Étude Pédologique Vallée du Niari
Étude Pédologique Vallée du Niari
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INTRODUCTION. . . . • . . . . • • . • • • • • . . • . • • • • • . . . • . • . • . • . • . • . . • • . • . • • • . . • . • . • • • • . • • • . . • • 9
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les sols des reliefs calcaires . 40
8 - rankers d'érosion lithiques sur calcaires et dolomies et sols faiblement fer-
. rallitiques ferrisoliques sur matériaux colluviaux associés............. • 40
les sols alluviaux (sols d'alluvions récentes).................................... 42
9 - sols faiblement ferrallitiques ferrisoliques et modaux et sols hydromorphes
minéraux sur alluvions............................................... 42
les dépressions de la plaine de piedmont. • . . . • . . • . . . • . . . . . . . • . . . . . . . . . . . . . • . •• • 45
10 - sols hydromorphes minéraux et sols faiblement ferrallitiquesmodaux ou
indurés sur matériaux provenant du schisto-calcaire et du schisto-gré-
seux. . . . . . . . • . . . . . . . . . . • . • . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . • . • • • . • • 45
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INTRODUCTION
Les premières études relatives aux sols de la Vallée du NIARI ont débuté par des observa-
tions réalisées par des Géologues, et en particulier V. BABET, sur les formations superficielles
et sur les produits résultant de l'altération des roches.
A partir de 1947, un inventaire pédologique systématique de cette région a été entrepris par
les pédologiJes de l'Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, d'abord sous la
direction de H. ERHART puis de G. AUBERT (+). La première carte des sols de la Vallée éta-
blie par J. M. BRUGIERE, en 1952, restait jusqu'à ce jour, le seul document de cartographie
pédologique d'ensemble de cette région. De nombreuses études localisées ont, cependant, été réa-
lisées depuis par J. M. BRUGIERE, G. MARTIN, G. BOCQUIER, P. de BOISSEZON, G. LAPORTE,
A. NOVIKOFF et F. GRAS; mais ces travaux, généralement non publiés, n'ont eu qu'une diffu-
sion restreinte (++).
Cette étude des sols de la Vallée du NIARI et la carte pédologique de l'atlas, qui l'accom-
pagne, ne doit pas être considérée comme un travail original, mais plutôt comme un essai de syn-
thèse des publications, rapports et travaux parfois inédits des pédologues de l'O. R. S. T. O. M. ayant
travaillé dans la Vallée du NIARI.
La zone étudiée et cartographiée correspond à la partie médiane de cette vallée, entre de
Chavannes et le Pont sur le NIARI, proche de Kibangou. De plus, c'est essentiellement sur la rive
gauche, beaucoup moins accidentée et donc plus intéressante du point de vue de la mise en valeur
agricole, qu'ont porté l'essentiel des travaux.
Les principes difficultés rencontrées dans l'étude de ces sols sont liées, tout d'abord, au
grand développement des profils de sols. La roche-mère non altérée est, en effet, le plus souvent,
à une profondeur de l'ordre de vingt mètres ou plus. Cette grande épaisseur des sols parait en
relation avec l'intensité des processus d'altération do.e aux conditions climatiques actuelles, mais
résulte également de processus d'évolution pédogénétique anciens. D'autre part, les sols sont fré-
quemment complexes, c'est - à - dire qu'ils contiennent des matériaux allochtones, ne présentant pas
de relation pédogénétique directe avec les roches-mères locales.
Nous aurons l'occasion, dans cet exposé, de préciser ces deux points. Remarquons cepen-
dant, ici, que si l'examen des deux premiers mètres des profils de sol permet généralement de
donner les caractéristiques utiles pour la mise en valeur agricole, il est presque toujours insuf-
fisant pour expliquer la genèse de ces sols.
(+) La classification des sols utilisée est celle présentée par M. G. AUBERT au colloque CCTA de Léopoldville
en Mai-Juin 1963.
(++) On trouvera, en annexe, une bibliographie complète des publications et rapports relatifs à l'étude des sols
de la Vallée du NIA RI.
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CHAPITRE 1
Le climat, la géologie et la végétation étant étudiés d'un point de vue général dans d'autres
volumes de l'étude de synthèse sur les pays du Niari, nous noterons simplement ici les facteurs
les plus marquants de la pédogénèse ainsi que les variations de ces facteurs qui déterminent les
différentes catégories de sols représentées dans la Vallée du NIARI.
LE CLIMAT
Le climat "BAS-CONGOLAIS" (+), de type Soudano-Guinéen, se caractérise, ici, par une plu-
viométrie moyenne de l'ordre de 1. 200 mm, répartis sur sept mois de l'année et une saison sèche
d'environ cinq mois (mi-Mai à la mi-Octobre). Les études pluviométriques montrent que la pluvio-
sité annuelle est sujette à d'importantes variations avec des écarts à la moyenne pouvant dépasser
50 0/0.
Les températures moyennes mensuelles varient entre 22 et 26°C et la moyenne annuelle se
situe aux alentours de 25°C.
La tension de vapeur d'eau et l'humidité relative sont élevées toute l'année ; et même pen-
dant la saison sèche, le déficit de saturation reste faible.
Les conditions climatiques règnant dans la région ne sont cependant pas exactement les mê-
mes partout. C'est ainsi que la "Boucle du NIARI" parait un peu moins arrosée, surtout dans sa
partie occidentale, tandis que les Plateaux Babembé, et dans une moindre mesure, le Plateau des
Cataractes, ont une pluviométrie et une humidité relative moyennes un peu plus élevées. D'autre
part, dans chacune des saisons de l'année, les conditions climatiques ne doivent pas être considé-
rées comme constantes, car les pluies sont d'intensité très variable et inégalement réparties.
Le pédoclimat, lié à ces conditions climatiques, est donc assez variable, d'autant plus que
la savane ne régularise que très imparfaitement, dans la partie supérieure du sol, ces variations
des conditions atmosphériques. Ainsi, pendant la saison des pluies, l'humidité du sol, générale-
ment supérieure au point de flétrissement (pF : 4, 2), peut descendre, temporairement, en-dessous
de cette valeur. Au cours de la saison sèche, par contre, on observe, généralement, un dessèche-
ment régulier et progressif de la partie supérieure des profils sur un peu plus d'un mètre.
Sous forêt, les variations pédoclimatiques (température et humidité) sont mieux régularisées
et seules les grandes variations saisonnières sont sensibles.
On peut schématiser cette influence climatique par les valeurs du quotient hydrométrique de
Meyer (++) qui s'établissent entre 220 (Dolisie) et 450 (Mouyondzi).
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L'indice de drainage calculé d'HENIN-AUBERT (+) présente des valeurs de l'ordre de 400 mm
pour la plupart des sols de perméabilité moyenne (lX = 1) mais il est silrement inférieur pour les
sols peu perméables issus du Schisto-gréseux (a = 0,5).
Ces conditions climatiques sont celles qui généralement permettront au processus de ferra-
lisation de se développer mais avec une intensité relativement limitée. Nous verrons d'ailleurs que
les caractéristiques de la plupart des sols de la Vallée du NIARI correspondent à celles de sols fai-
blement ferrallitiques.
Les matériaux originels des sols de la Vallée du NIARI paraissent issus de la décomposition
de roches sédimentaires précambriennes appartenant au Système du Congo-Occidental. Dans la Val-
lée, les roches-mères correspondent, essentiellement, aux différentes couches des formations du
Système Schisto-Calcaire. Par contre, au Sud et au Sud-o'lest, on observe des sols issus des for-
mations du Schisto-Gréseux, et au Nord, les sols bordant le massif granitique du Chaillu provien-
nent de la Tillite du Niari et du Bouenzien.
Du point de vue pétrographique, on peut distinguer, en fonction de l'intensité de la désagré-
gation, de la rapidité et du mode d'altération, les différents types de roches-mères suivantes :
Les roches des niveaux Schisto-Calcaire contenant des calcaires, calcaires dolomitiques et
dolomies, massifs et bien cristallisés (SC~, SC lo, et une grande partie du SC 1U ) se désagrègent et
s'altèrent relativement lentement donnant souvent naissance à des sols squelettiques et à des sols
peu évolués.
Les roches des autres niveaux du Schisto-Calcaire, généralement riches en minéraux ar-
gileux : (SC ~ et SCu) sont par contre à l'origine de sols bien développés, dont les horizons d'al-
tération sont rarement observables car situés à une profondeur de l'ordre de dix à vingt mètres.
Théoriquement les sols issus des calcaires du SC u devraient se différencier de ceux issus du SC r
par la présence de nombreuses silicifications (cherts, silex, morceaux de roches siliceuses poly-
morphes ... ) résistantes à l'altération, mais, dans la pratique, si les sols observés sur SCu con-
tiennent fréquemment des résidus siliceux de taille variable, par contre, il en existe également
dans les sols sur SC r.
Les sols issus de matériaux originels provenant du Schisto-Gréseux paraissent résulter de
la décomposition de grès à grains fins, généralement feldspathiques et d'argilites de l'étage infé-
rieur de la série de la M'PIOKA.
Au nord de la Vallée du NIA RI, les horizons d'altération des sols, généralement situés à
une grande profondeur, correspondent soit à la décomposition de poudingue à pâte argilo-gréso-
calcaire (Tillite), soit à celle de grès faiblement calcareux ou feldspathique ou à celle d'argilite
du Bouenzien.
Enfin, en bordure du NIA RI et de ses principaux affluents, les sols des terrasses sont for-
més à partir de matériaux alluviaux d'origine très diverses en fonction de l'hétérogénéité pétrogra-
phique des bassins versants.
La correspondance entre les différentes catégories de sols et ces divers types de roches-
mères n'est cependant pas très étroite. Une classification en familles de sols, en fonction des ca-
ractères pétrographiques des roches-mères, se heurte dans la Vallée du NIARI, à de nombreuses
difficultés et n'est pas toujours possible. Il semble, en effet, que les matériaux originels de nom-
breux sols de la Vallée aient des origines diverses.
Ce mélange de matériaux se manifeste nettement à l'examen des éléments grossiers (de taille
supérieure à 2 mm) présents dans le profil. En effet, à côté de matériaux grossiers ferrallitiques
(concrétions, blocs de cuirasse... ) ou résiduels (cherts, galets, quartz filoniens, éléments peu al-
térables) que l'on peut considérer comme autochtones, c'est-à-dire pouvant provenir de la roche-
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mère locale, on observe fréquemment, mais en proportions variables, des matériaux grossiers, de
nature analogue, mais allochtones, c'est-à-dire qui ne peuvent pas résulter de l'altération et d'une
transformation pédogénétique de roches locales.
Cette diversité d'origine des matériaux grossiers des sols parait également exister pour les
matériaux constituant la terre fine, mais elle est alors moins visible sur le terrain, car souvent
la majeure partie de la terre fine peut résulter de la décomposition de roches locales et les ma-
tériaux fins allochtones ne sont décelables que par un examen plus précis (morphoscopie des sa-
bles, granulométrie fine, minéraux lourds, etc ... ). Il n'existe donc souvent qu'une correspondance
grossière entre les matériaux originels des sols et les roches-mères locales. C'est pourquoi no~s
avons souvent utilisé, pour définir l'origine présumée des matériaux originels des sols, des ex-
pressions non exclusives comme "essentiellement issus de" ou "issus d'un mélange de" matériaux
provenant de telle et telle formations géologiques.
On doit enfin remarquer ,que les sols de la Vallée du NIA RI contiennent souvent des éléments
comme des blocs de cuirasse cassés et dispersés au milieu d'autres matériaux qui témoignent de
l'existence de cycles de pédogenèse antérieurs ayant plus ou moins marqué les matériaux des sols.
Ces pédogénèses ont été accompagnées ou suivies de remaniements d'importance variable, qui ont
abouti à une uniformisation des matériaux édaphiques. Malgré la diversité des affleurements géo-
logiques des couches ou étages, en particulier du Schisto-Calcaire, on n'observe qu'un nombre li-
mité de types de matériaux originels, qui à l'échelle des unités géomorphologiques présentent des
caractères physiques et chimiques relativement constants.
Du point de vue cartographique, les limites des catégories de sols diffèrent donc souvent de
celle des affleurements géologiques. Ces différences sont dtles, pour une part, aux différents re-
maniements intervenus, mais aussi au fait que les cartes géologiques sont généralement établies à
partir d'observations réalisées principalement au fond des vallées en bordure des cours d'eau, tan-
dis que les cartes pédologiques rendent compte essentiellement des sols observés sur les interflu-
ves qui sont normalement issus de la décomposition de roches appartenant à des niveaux supérieurs.
LE RELIEF
La Vallée "actuelle" du NIARI n'occupe, dans l'ensemble étudié, que des surfaces tres ré-
duites, avec un système de deux et parfois trois terrasses étagées, d'autant plus récentes qu'elles
sont plus basses. Ces terrasses n'acquièrent une réelle importance qu'entre le confluent de la
Bouenza (près de le BRIZ) et le confluent de la Kibouba en aval de Loudima, c'est-à-dire dans le
bief médian et à faible pente du NIARI. Ensuite, en effet, le NIARI s'est surimposé (méandres
encaissés) dans les calcaires argileux du SCr.
Au Sud et à l'Ouest de cette vallée actuelle, c'est-à-dire sur la rive gauche, s'étendent de
vastes zones de relief peu accusé parfois mal drainées, qui correspondraient à une plaine de pied-
mont, sorte de dépression subséquente au pied de la côte (Cuesta) bordant au Sud, le Plateau des
Cataractes et au sud-ouest, les collines synclinales de direction mayombienne (chainons du Mont-
Bélo, du Banda, du Libindou, Malolo, etc ... ).
Sur la rive droite au contraire, on observe une morphologie en colline souvent à fortes pen-
tes avec un réseau hydrographique plus abondant et diversifié. Ces collines s'élèvent progressive-
ment en bordure du massif du Chaillu jusqu'aux Plateaux Babembé qui s'étendent depuis la région
de Mouyondzi jusqu'à Sibiti. Ces plateaux constituent un exemple remarquable de surface d'érosion.
Ils ont conservé une morphologie plane typique, bien que le réseau hydrographique les ait entaillés
et disséqués.
Les conséquences pédogénétiques de ces différents aspects morphologiques des paysages de la
Vallée du NIARI sont doubles :
- d'une part, l'histoire géomorphologique permet parfois d'expliquer l'origine des maté-
riaux à partir desquels se sont formés les sols que nous observons;
- d'autre part, en fonction du relief actuel, se dessinent différents modes d'évolution
liés aux conditions de drainage et aux processus d'érosion. Examinons, de ce double point de vue,
les différentes unités géomorphologiques en allant du nord vers le sud (v. fig. 1).
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Coupe schématique de la vallée du Niari
Sols 5 8 2 et 10 1 3 et 8
(voir carte
de l'atlas)
Plateaux Babembés
Unités Plateau des Reliefs Plateaux de la Terrasses Collines (Mouyondzi)
géomorphologiques cataractes calcaires Vallée du Niari alluviales et reliefs calcaires résiduels
IL..B_a_d_o_n_d_o_s r_é_s_id_u_e_l_s P_laine de piémont _
Formations S. G
géologiques
4) La plaine de piedmont
Elle constitue la partie la plus intéressante du point de vue agricole de par son relief géné-
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ralement peu accidenté.
Les matériaux originels des sols présentent un gradient texturaI très net en devenant de plus
en plus sableux à mesure que l'on approche des reliefs du Schisto-Gréseux. On peut distinguer
trois familles de sols :
- les sols argileux, situés dans la partie nord de la plaine de piedmont, entre le Bri:z
et Loudima et bordant le NIARI dans la partie nord-est de la Boucle, entre le confluent de la Ki-
bouba et Makabana. Cette zone des sols argileux, qui surplombe la Vallée actuelle du NIARI d'en-
viron quarante à trente mètres, dans la portion comprise entre le Briz et Loudima, est relative-
ment plus élevée (150 m de dénivellation) dans la bief suivant. Cette zone domine également le
reste de la plaine de piedmont et forme donc des plateaux dont la surface, peu accidentée, est
cependant moins plane et les limites beaucoup moins abruptes que dans le cas des plateaux Ba-
bembé.
Cette zone de sols argileux de la plaine de piedmont est dénommée "Plateaux de la Vallée
du NIARI" (Plateaux de Télémines, Plateaux de N'Dolo et de Mifitsingui. .. ).
- Au sud et au sud-ouest de la zone des sols argileux, nous observons, successivement,
une zone de sols argilo-sableux puis des sols sablo-argileux à sableux.
Ce sont des zones généralement déprimées entre les Plateaux de la Vallée du NIARI et la
bordure du Plateau des Cataractes ou les chainons du synclinal NIARI-NIANGA. Cette zone possède
une morphologie très complexe dans le détail. due à la superposition de deux types d'évolution
géomorphologique : modelé fluviatile et modelé karstique.
Le modelé fluviatile parait surtout marqué dans la zone des plaines basses de la Boucle du
NIA RI, comme en témoignent des surfaces d'aplanissement emboitées. Ailleurs, il est morpholo-
giquement moins marqué, mais l'origine alluviale de certains matériaux sableux a été avancée.
Les 'phénomènes de dissolution du calcaire et de circulation d'eaux souterraines donnent nais-
sance à un réseau de dépressions fermées et de vallées sèches à fond plat. Le réseau hydrographi-
que de surface est très réduit et fonctionne par intermittence, relayant le réseau souterrain plus
ou moins colmaté par les résidus de décalcification et les matériaux alluviaux. Le fond des doli-
nes est souvent occupé par des marécages et des lacs dont le niveau manifeste une certaine in-
dépendance vis-à-vis du régime pluviométrique.
Cette zone déprimée de la plaine de Piedmont présente donc une grande hétérogénéité dans le
détail du relief et .les conditions de drainage. Les phénomènes de pédogénèse ancienne et de cui-
rassement contribuent également à accentuer ces variations de détail du relief.
Enfin, particulièrement au sud du plateau de Télémines, cette zone déprimée de la plaine de
Piedmont peut être accidentée par des pointements de calcaires ou de dolomies, premières buttes-
témoins de la côte formée par le SC 111 et le Schisto-gréseux.
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- En fonction du relief accentué et de la faible perméabilité des matériaux issus au
Schisto-gréseux, les sols sont fréquemment érodés et possèdent des profils fortement tronqués.
- Sur les pitons karstiques, formés sur roches carbonatées massives, les phénomènes
d'altération apparaissent comme relativement lents et l'érosion entrafue, au fur et à mesure, le
peu de terre qui se forme.
- Enfin, au pied de ces reliefs, il existe des zones colluviales formées par des maté-
riaux d'apport relativement récents et souvent peu évolués. Ces zones colluviales sont fréquem-
ment marquées par une hydromqrphie temporaire dUe aux conditions de drainage déficientes.
LA VEGETA TIûN
Le terme "Vallée du NIARI" désigne essentiellement les zones de savanes situées sur le sou-
bassement Schisto-calcaire ; c'est dire que les zones forestières sont très réduites dans la Vallée
elle-même et n'acquièrent une certaine importance qu'en bordure, soit vers le nord aux confins du
Massif du Chaillu, soit au Sud, sur le Plateau des Cataractes (+).
Le déboisement, plus ou moins ancien, et les feux de brousse, ont abouti à l'établissement
de savanes arbustives où sont représentées de nombreuses espèces panafricaines, mais où il est
quand même possible de distinguer différents groupements végétaux en liaison étroite avec les fa-
milles de sols (++).
Nous donnerons, dans le chapitre relatif à l'étude des différentes catégories de sols, une dé-
finition succincte des principaux types ,de savanes.
Si, dans le détail, les types de savanes et de forêts· jouent un rôle un peu différent du point
de vue de la formation de l'humus et de la protection du sol vis-à-vis des agents atmosphériques,
il ne semble pas que le.s processus même d'altération et d'évolution pédogénétique des sols en soient
fondamentalement modifiés. En particulier, le cuirassement ou le concrétionnement d'horizons en-
richis en sesqui-oxydes n'apparait pas comme spécialement plus marqué en savane que sous forêt.
Si l'érosion est souvent plus sévère sous savane que sous forêt, ce n'est pas fondamentalement le
type de végétation qui en est responsable, mais plutôt l'importance de la pente et la faible perméa-
bilité des sols qui favorisent le ruissellement. Toutefois, le couvert végétal, suivant sa nature,
peut, plus ou moins, limiter les processus d'érosion.
Par contre, les différents types d'humus ainsi que le pédoclimat des horizons supérieurs des
sols paraissent liés étroitement aux types de végétation. En particulier, les sols sous forêts pré-
sentent une matière organique évoluée et relativement riche en azote, avec un rapport carbone/
azote (C/N) généralement inférieur à 14 et le plus souvent compris entre 9 et 12, pour les hori-
zons supérieurs ; au contraire, les sols de savane possèdent une matière organique moins évoluée,
avec des rapports C/N généralement compris entre 16 et 19 pour l'horizon humifère supérieur AI.
La répartition des matières organiques dans la partie supérieure des profils parait également liée
aux types de végétation. C'est ainsi que les sols forestiers possèdent une matière organique surtout
concentrée dans les premiers centimètres du profil, tandis que pour les sols de savane, les teneurs
en matières organiques restent élevées sur une profondeur plus importante. Ces différences parais-
sent essentiellement dUes au système racinaire plus ou moins superficiel de ces deux types de vé-
gétation, ainsi qu'à l'apport de débris organiques sur le sol, très faible en savane du fait des feux
de brousse. Liée, semble-t-il, essentiellement aux cendres et particules de charbon végétal, la
couleur des horizons humifères est nettement plus foncée et de teinte noirâtre pour les sols de
savane.
On doit cependant remarquer que les humus des sols forestiers et ceux des sols de savane
ne sont pas foncièrement différents, puisque, dans les deux cas, on a affaire à une matière orga-
nique non grossière à décomposition rapide et qui est bien liée aux matières minérales des sols.
Si les taux d'humification sont plus ou moins importants, par contre le rapport acides humi-
ques/acides fulviques est, dans les deux cas, le plus souvent voisin de 1, ou légèrement inférieur
à ce chiffre dans les horizons supérieurs, et diminue fortement en profondeur.
(+) AUBREVILLE (A.), 1948 -"Etude sur les forêts de l'A. E. F. et du Cameroun"
Bull. Scient. N° 2, Ministère de la F. O. M., Mai 1948.
(++) KOECHLIN (J.), 1961 - "La végétation des savanes dans le sud de la Rép. du Congo". Mémoires de 1'1. R.
S. C., Brazzaville. L'ouvrage de J. KOECHLIN a fourni la matière du volume consacré à la végétation dans
les pays du Niari et de la carte de la végétation de l'atlas.
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La remontée biotique d'éléments minéraux prélevés par les racines profondes dans le sol
aboutit à une accumulation de bases dans les horizons supérieurs du sol, un peu plus marquée sous
forêt que sous savane. Ce phénomène est très important, car il aboutit à une concentration des ba-
ses dans les horizons humifères, ce qui compense le phénomène de lessivage. Enfin, notons que la
végétation naturelle, par son rôle évapotranspirant, limite la quantité d'eau qui percole dans les
sols et donc le lessivage.
L'ACTION DE L'HOMME
18
CHAPITRE Il
Différents processus interviennent dans la formation des sols de la Vallée du NIARI. Cepen-
dant, on peut considérer qu'ils peuvent être groupés en deux ensembles principaux : le processus
de ferrallitisation et l'hydromorphie.
LE PROCESSUS DE FERRALLITISATION
C'est le processus qui intéresse la quasi totalité des sols bien drainés de la Vallée. Cepen-
dant, l'examen des profils et l'analyse des sols montre que ce processus ne se développe que fai-
blement.
Rappelons que dans ce processus de formation des sols, l'altération des minéraux est très
poussée. La plupart des minéraux silicatés sont hydrolisés ce qui aboutit à une individualisation
des sesquioxydes. Tandis que la silice et les bases libérées sont en grande partie éliminées du
profil, les oxydes et hydroxydes de fer, d'alumine et de manganèse s'accumulent dans le profil
d'une manière relative ou absolue.
L'analyse minéralogique des sols de la Vallée du NIARI montre que les argiles sont généra-
lement de type kaolinitique bien cristallisés avec des quantités variables d'illite. La goethite est
abondante, par contre la gibbsite est généralement absente. Elle a cependant été observée dans des
horizons de départ sur calcaire argileux et reste présente dans l'ensemble du profil sur les grès
du Bouenzien.
Lorsque la roche-mère contient de la chlorite ou de la vermiculite, ces minéraux disparais-
sent brutalement. L'illite qui peut exister dans de nombreuses roches-mères du NIARI, parait, par
contre, mieux se conserver au niveau des horizons d'altération mais, par la suite, cède progres-
sivement la place à des minéraux kaolinitiques lorsque l'on remonte dans le profil.
Au total le rapport de la silice combinée par rapport aux sesquioxydes (SiOa/RaOs) est nette-
ment inférieur à 2, tandis que le rapport Si0 2 / Alps, voisin de deux, n'est nettement inférieur à
ce chiffre que pour la fraction concrétionnée du sol,
La capacité d'échange cationique de la fraction argileuse est généralement de l'ordre de 6
meq/lOO g. et la fraction limoneuse (2 à 20fJ.) est généralement peu importante avec des rapports
limon/argile inférieure à 0,2.
La décarbonatation totale des calcaires et la disparition rapide de la majorité des minéraux
altérables font que la réserve minérale des horizons non humifères de ces sols est généralement
très limitée. Ainsi, mis à part les sols faiblement évolués d'érosion ou d'apport, la somme des
bases totales (Ca + Mg + K) pour les horizons non humifères est généralement inférieure à 5 meq/
100 g. de terre.
La fraction échangeable, toujours pour ces mêmes horizons, est extrêmement faible (infé-
rieure à 1 meq/lOO g.), et les taux de saturation sont généralement inférieurs à 100/0.
Dans les horizons humifères, par contre, malgré une capacité d'échange beaucoup plus im-
portante dûe à la présence de matières organiques, les degrés de saturation sont généralement plus
élevés et dépassent fréquemment 15 0/0. La remontée biotique et l'accumulation de bases sont alors
plus ou moins importantes. Le pH des horizons supérieurs s'établit généralement, pour ces sols
évolués, aux alentours de cinq et n'augmente, d'une manière notable, qu'au niveau des horizons de
départ, proches de la roche saine.
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L'examen du profil montre que ces sols, faiblement ferrallitiques, de la Vallée du NIARI,
présentent une morphologie particulièrement typique. En effet, d'une part, les profils de sols non
érodés ont, comme nous l'avons indiqué, un grand développement, mais, d'autre part, ils compor-
tent trois niveaux (+) bien individualisés (supérieur, moyen, inférieur) qui peuvent être définis de
la manière suivante :
LE NIVEAU SUPERIEUR est caractérisé par l'absence, presque totale, d'éléments gros-
siers et sa structure non massive (généralement de type polyédrique moyen à fin). Il comporte
classiquement un horizon humifère et un horizon de pénétration humifère, plus ou moins dévelop-
pée suivant les cas, et en général, de texture un peu plus légère que le matériau sous-jacent. On
n'observe généralement pas d'horizon d'accumulation d'argile dans ce niveau supérieur, mais, par-
fois, un horizon un peu plus structuré, à la partie inférieure de l'horizon de pénétration humifère,
dans lequel les unités structurales, souvent polyédriques moyennes, sont revêtues ou imprégnées
superficiellement d'un enduit gris-brunâtre (probablement argilo-humique ? ).
En-dessous, le matériau est de couleur jaune à jaune ocre (10 YR à 7,5 YR 5/6 à 6/6) (++)
pour les sols issus du Schisto-calcaire et du Bouenzien et parfois un peu plus rougeâtre (7,5 YR
à 5 YR 4/6 à 4/4), pour certains sÇlls issus du Schisto-gréseux. La texture et la richesse en ba-
ses restent relativement constantes non seulement dans le profil, mais latéralement. Toutefois,
nous avons déjà indiqué que ce matériau paraissait, grosso-modo, être en rapport avec la roche-
mère locale. En particulier, les multiples changements de faciès des formations du Bouenzien se
traduisent, le long des coupes mixtes de la voie ferrée Comilog, par des changements de texture
rapides et assez significatifs pour les matériaux de ce niveau supérieur. Cependant, pour le Schisto-
calcaire, la correspondance entre la roche locale et les matériaux de ce niveau supérieur parait
parfois moins étroite. en particulier, pour les différents sols de la plaine de Piedmont. A la base
de ce niveau supérieur on note parfois la présence d'un petit horizon de 20 à 30 cm d'épaisseur
qui contient des éléments de taille un peu supérieure à deux mm, mais inférieure à un cm. Ces
petits gravillons sont fréquemment des concrétions riches en sesquioxydes, associées, par exem-
ple, à des débris de cherts ou à des quartz. Cette fraction grossière est en fait très peu abon-
dante (moins de 5 "/0) mais semble annoncer le niveau suivant.
LE NIVEAU MOYEN : se différencie, en effet, du niveau supérieur par sa richesse en élé-
ments grossiers, puisque brusquement le pourcentage de terre fine tombe à des valeurs de l'ordre
de 30 "/0 ou inférieures. La limite avec le niveau supérieur est donc. nette. Les matériaux grossiers
contenus dans ce niveau sont de dimensions très variables depuis quelques millimètres jusqu'à des
blocs dont le diamètre peut atteindre un ou plusieurs mètres. Ces matériaux grossiers ne semblent
cependant pas avoir subi un granulo-classement ni en fonction de leur taille, ni en fonction de leur
densité. Du point de vue qualificatif, les éléments grossiers sont aussi très disparates, car à cô-
té d'éléments riches en sesquioxydes (concrétions gravillonnaires ou noduleuses, blocs de cuirasse)
on peut observer des morceaux de roches ayant subi parfois une usure par transport hydrique, ou
difficilement altérables en raison de leur nature le plus souvent siliceuse (cherts, roches siliceu-
ses polymorphes, grès quartziteux, etc ... ). L'importance relative de ces deux fractions, ferralli-
tique et résiduelle, est assez variable d'un type de sols à l'autre. Cependant, comme nous le ver-
rons dans l'étude des différentes catégories de sols, c'est généralement la fraction ferrallitique qui
est la plus importante. Mais rappelons que dans ce niveau, à côté d'éléments autochtones, il existe
des éléments grossiers allochtones qui ne peuvent pas être issus de la roche locale ou d'une ro-
che analogue comme des galets de grès quartziteux ou blocs de granit altérés sur sols issus du
Schisto-calcaire.
De par par sa couleur, sa texture et sa structure, la terre fine, qui emballe ces matériaux
grossiers, est très analogue au matériau du niveau supéri.eur.
La limite entre cette nappe de cailloux et le niveau inférieur est plus ou moins marquée sui-
vant les cas.
!--E NIVEAU INFERIEUR, en effet, peut débuter par un horizon tacheté, qui paraît en conti-
nuité génétique avec le niveau moyen riche en concrétions. Les taches, généralement rouges, plus
ou moins violacées dans la masse jaune, sont, en effet, de plus en plus indurées à mesure que l'on
s'approche de l'horizon à concrétions. Mais dans de nombreux cas cet horizon tacheté n'existe pas,
ou est séparé du niveau moyen, à éléments grossiers, par un horizon formé de matériaux analogues
2. ceux du niveau supérieur par leur couleur, leur texture et leur structure.
(+) Cette morphologie en trois niveaux peut également être observée dans la majorité des sols non sableux du
Sud du Congo.
(++) Code des couleurs "Munsell Soil color charts".
20
Profils des sols complexes sur schisto-calcaire
mètre
o
Horizons humifères
Niveau
Horizon jaune, argileux, Supérieur
polyédrique
Concrétions arrondies à
patine blocs de cuirasses
(cailloux et galets) Niveau
Concrétions nodulaires Moyen
subarrondies
Concrétions anguleuses
ou en plaquettes
8 Niveau
Inférieur
Horizon dl altération
9 argileux massif
1- Roche
-1- Calcaire sublithographique Saine
:JL....----L_---=-_:::....JL.....-_.....:....-_
Fig. 2
21
Les horizons inférieurs de ce niveau sont constitués par des horizons non structurés massifs,
de couleur généralement bariolée, souvent gorgés d'eau et dans lesquels apparait peu à peu la
stratification de la roche-mère sous-jacente. Lorsque la roche-mère contient des éléments gros-
siers difficilement altérables, on les retrouve dans ce niveau inférieur avec une disposition analo-
gue à celle que l'on peut observer dans la roche-mère en voie d'altération ou saine.
Les épaisseurs de ces trois niveaux sont très variables, d'une catégorie de sol à l'autre, mais
l'on doit remarquer que le niveau moyen, riche en éléments grossiers, suit le plus souvent, gros-
so-modo, la topographie actuelle, et par conséquent, le niveau supérieur meuble présente une épais-
seur analogue en sommet de colline et sur les pentes. L'épaisseur du niveau supérieur est, en
général, de l'ordre de deux à trois mètres en moyenne, mais peut être beaucoup plus importante
(6 m. par exemple). Le niveau moyen riche en éléments grossiers ferrallitiques ou résiduels est
également d'épaisseur très variable puisque des valeurs de l'ordre de six mètres ont fréquemment
été notées sur les plateaux Babembé ou le long du chemin de fer Comilog, tandis que sur le Pla-
teau des Cataractes on a parfois simplement affaire à une simple ligne de cailloux ("stone line").
Enfin, le niveau inférieur est en général très épais puisque les sondages, tranchées de chemin de
fer ou puits d'une vingtaine de mètres de profondeur, n'atteignent généralement pas la roche saine.
La genèse de ces profils complexes, à nappe d'éléments grossiers, a suscité de nombreuses
hypothèses et théories qui, dans le cas des sols de la Vallée du NIARI, ne paraissent pas pleine-
ment satisfaisantes. Nous en donnerons ici un bref aperçu.
1) Les premières théories dites "du recouvrement" supposent l'existence d'une surface d'éro-
sion, jonchée de produits grossiers plus ou moins autochtones. Cette phase d'érosion aurait été
suivie d'une phase de recouvrement soit éolien, soit alluvial, soit colluvial.
Sont en faveur de ces théories :
la limite nette et l'absence de transition entre le niveau supérieur et la nappe d'élé-
ments grossiers,
- le fait que les éléments riches en sesquioxydes de la partie supérieure du niveau gros-
sier présentent souvent une patine superficielle noirâtre à violacée qui, pour certains, ne pourrait
se former qu'à l'air libre,
- enfin, la présence de matériaux grossiers d'origines diverses, rassemblés d'une ma-
nière confuse dans ce niveau moyen.
Par contre:
l'autochtonie, au moins relative, des matériaux du niveau supérieur qui est observée
dans un très grand nombre de cas,
le fréquent parallélisme entre la surface topographique actuelle et le niveau moyen
riche en éléments grossier ,
- enfin, l'absence de zones hautes dans le paysage, ne présentant pas la même mor-
phologie et qui pourraient avoir servi de zone de départ pour des phénomènes de colluvionnement,
amènent à mettre en doute ces théories du recouvrement.
2) Pour expliquer l'autochtonie des matériaux du niveau supérieur, certains auteurs font in-
tervenir des phénomènes de ségrégation des éléments fins et grossiers dans le sol lui-même, soit
par une remontée de la terre fine par les termites pour constituer leurs édifices épigés, ce qui
aboutirait à une accumulation relative des éléments grossiers dans le niveau moyen, soit par une
sédimentation des éléments grossiers dans le niveau supérieur.
Le principal obstacle à la première de ces deux théories est la grande épaisseur du niveau
supérieur et du niveau moyen dans le cas des sols de la Vallée du NIA RI.
Pour la deuxième théorie, on n'explique pas très bien la sédimentation interne des éléments
grossiers dans un matériau actuellement bien structuré et qui de plus, n'aboutit pas à un classe-
ment des matériaux en fonction de leur densité, de leur taille, ou de leur origine.
Il semble donc qu'aucune théorie simple ne permette encore d'expliquer, dans tous les cas,
la morphogénèse de ces profils complexes. On doit cependant remarquer que des morphologies ap-
paremment analogues peuvent résulter de processus différents, et que certaines théories, comme
celles du colluvionnement de matériaux locaux, peuvent être valables dans certains cas, mais ne
paraissent pas totalement généralisables.
22
En effet, les phénomènes de colluvionnement et de glissement lent de terrain aboutissent sou-
vent à la formation de lignes de cailloux formées par "fauchage" des filons de quartz ou de couche
d'éléments sicilifiés (fig. nO 3). Les phénomènes d'écoulement lent des matériaux le long des ver-
sants, fréquemment associés à des phénomènes d'érosion interne (par dissolution, spécialement
dans la partie des zones d'altération, dont le drainage externe est plus favorable) permettent d'ex-
pliquer que la nappe d'éléments grossiers s'infléchisse et suive la pente, donnant l'impression d'une
"adaptation" de la nappe d'éléments grossiers en fonction de la topographie des versants. Mais ce
phénomène d'écoulement lent des matériaux du sol n'explique pas comment ont été mis en place les
matériaux autochtones du niveau supérieur sur le sommet des collines ou des hauts plateaux.
Niveau
supérieur
Niveau
moyen
Niveau
inférieur
Plaquettes
siliceuses
1 horizons humifères
2 et 4 argileux, jaune, polyédrique
3 Concrétions, blocs de cuirasse, résidus siliceux
3 et 6 horizons dl altérations
7 Calcaire sublithographique gris
Centre OR8TOM Brazzaville Pédologie nO 730.
Fig. 3
Lorsque l'érosion a plus ou moins tronqué le profil type de sols faiblement ferrallitiques mo-
daux, précédemment décrits, (ex. zone des collines de la rive droite), les sols ont été classés
dans la série des "sols faiblement ferrallitiques modaux "érodés".
A côté de ces sols faiblement ferrallitiques modaux ou indurés, dont le profil complexe est
généralement très développé, on peut observer, dans certaines zones de la Vallée du NIA RI, des
sols moins développés ne présentant pas toujours cette morphologie en trois niveaux et qui se sont
formés sur des matériaux d'apport peu ancien au pied de reliefs rocheux (sols colluviaux) ou sur
des alluvions récentes (terrasses inférieures du NIARI). Ces sols ont en commun les propriétés
suivantes :
23
Le rapport limon/argile est supérieur à 0,2 ; la réserve minérale est généralement plus
conséquente que pour les sols faiblement ferrallitiques modaux, traduisant une décomposition des
minéraux altérables un peu moins· poussée. Mais la somme des bases échangeables, quoique plus
importante, n'est cependant pas très élevée. Les taux de saturation sont souvent supérieure à 300/0
et peuvent dépasser 50 % pour l'horizon humifère de surface. Ces sols sont parfois marqués par
un phénomène d'engorgement temporaire de profondeur.
La position systématique de ces sols n'a pu, jusqu'à maintenant, être définie en raison de
faible nombre d'analyses des minéraux argileux de ces sols. Ils doivent se placer à la limite en-
tre les sols faiblement ferrallitiques et ferrugineux. Nous les appellerons provisoirement sols fai-
blement ferrallitiques ferrisoliques sur matériaux alluviaux ou sur matériaux colluviaux.
LE PROCESSUS D'HYDROMORPHIE
En dehors des sols ferrallitiques, les sols hydromorphes constituent la catégorie de sols la
mieux représentée dans la Vallée du NIARI.
Ce processus d'hydromorphie intéresse des surfaces de sol très dispersées et discontinues,
soit sur les· terrasses, soit dans les dépressions fermées particulièrement fréquentes dans la zone
de la plaine du Piedmo:lt.
Ce processus est dO à l'action d'un eXC8S d'eau dans le profil soit sous l'influence d'une nappe
phréatique ou d'un engorgement temporaire, soit sous l'action d'une inondation du sol pendant les
crues.
L'hydromorphie se traduit généralement dans les sols par:
une accumulation plus ou moins importante de matières organiques en surface,
- la présence d'horizon de gley (+) ou de pseudogley (+)
En fait, dans la Vallée du NIA RI, l'hydromorphie étant rarement permanente et totale, l'ac-
cumulation de matières organiques n'est jamais très poussée et en particulier les sols tourbeux ne
sont pas représentés et les sols hydromorphes moyennement organiques (++) sont rares.
Les sols hydromorphes observés appartiennent donc essentiellement à la sous-classe des "sols
hydromorphes minéraux" et se différencient par la présence de gley ou de pseudogley avec souvent,
dans le deuxième cas, formation de taches et concrétions et parfois de carapaces ou cuirasses.
Nous verrons cependant, dans l'étude des zones basses et dépressions fermées marécageuses
que les zones sont souvent bordées de petites collines où affleurent des niveaux riches en concré-
tions ferrugineuses et contenant fréquemment des blocs de cuirasses conglomératiques. Bien que
ces cuirasses puissent avoir une origine alluviale, il ne semble pas qu'elles se forment, actuelle-
ment, mais paraissent plutôt en voie de démantèlement et ces sols à cuirasse doivent être géné-
ralement classés soit comme ferrallitiques indurés, soit comme squelettiques sur cuirasses.
Cette dernière catégorie de sols peut être observée dans les régions à la fois de relief très
accidenté permettant une érosion très active et où l'altération de la roche-mère n'est pas suffi-
sament rapide pour qu'un sol bien développé puisse se former.
Ces sols qui se classent parfois dans le groupe des sols squelettiques (par exemple sur dolo-
mie du SC~), sont plus fréquemment des "rankers d'érosion lithiques" sur dolomie ou calcaire do-
lomitique massifs du SC m ou sur calcaire oolithique du SC~.
(+) Un horizon de gley correspond à un engorgement relativement prolongé ce qui explique que les phénomènes
de réduction l'emportent sur l'oxydation. Le fer se réduit (état ferreux) donnant des teintes gris bleuté dont
l'intensité est inférieure ou égale au "chroma" 2 du Code des couleurs Munsell. Un horizon de pseudogley
correspond à un engorgement périodique qui provoque des alternances de réductions et d'oxydations avec re-
distribution du fer, soit dans l'horizon lui-même, soit dans d'autres horizons. Cet horizon est bariolé avec
des alternances de bandes ou taches grisâtres et ocre ou rouille.
(++) teneur en matières organiques supérieure à 12 % pour les sols sableux.
24
La décarbonatation de ces sols n'est généralement pas totale et l'altération des minéraux ar-
gileux est très limitée, sinon nulle. Ainsi le talc et les chlorites gonflantes paraissent se conser-
ver, au moins partiellement, dans ces sols.
Ces sols d'érosion, peu épais, à réaction neutre ou alcaline et contenant souvent du calcaire
actif présentent parfois des caractères morphologiques qui rappellent ceux des rendzines.
ASSOCIA TIONS
25
CHAPITRE III
CARACTÉRISTIQUES MORPHOLOGIQUES
PHYSICO-CHIMIQUES ET BIOLOGIQUES
Ces sols recouvrent essentiellement la zone des PLATEAUX DE LA VALLEE DU NIA RI. Ce
sont donc des sols de pentes faibles, sur lesquels des exploitations agricoles mécanisées ont pu
s'installer,
Les matériaux originels de ces sols de texture argileuse paraissent être essentiellement for-
més à partir des produits résiduels de décalcification de calcaire argileux soit du Sc~, dans la
partie orientale de la Boucle du NIARI, soit du Sc 11 entre Loudima et Le Briz.
La végétation qui recouvre ces sols est une savane moyennement arbustive à Byparrhenia dt-
pl andra et Anona arenaria. Dans ces savanes le développement des grandes andropogonées est tel
que la strate arbustive dépasse faiblement la strate herbacée qui forme, en fin de cycle, un feu-
trage dense. Par contre, au niveau du sol, les touffes sont espacées et en début de saison de
pluie, une partie importante de la surface du sol est soumise au battage de la pluie, et à des écarts
de température importants. Il existe cependant sur ces sols quelques petits massifs de forêt mé-
sophile secondaire à Ter"'linal ia superba, en particulier dans la région de Makabana (forêt de N'Dolo
et de Mifitsinguil,
Bien que ces plateaux soient peu accidentés, l'influence du relief est loin d'être négligeable et
détermine~ comme nous le verrons, des variations des caractéristiques des horizons humifères de
ces sols. Dans les dépressions fermées et dans les zones colluviales de bas de pente, des phéno-
mènes d'hydromorphie peuvent marquer les sols d'une manière plus ou moins importante. Les ri-
vières permanentes sont rares et le drainage de ces plateaux s'effectue, en grande partie, par
circulation karstique qui donne naissance à des résurgences.
En raison de la bonne perméabilité de ces sols, le ruissellement est très limité sur faible
pente et les sols tronqués par l'érosion n'apparaissent qu'en bordure de certains plateaux.
Comme nous l'avons souligné précédemment le profil de ces sols est formé de trois niveaux:
le niveau supérieur présente généralement la morphologie suivante :
o 2 cm : humifère noir (10 YR 2/1), argileux, grumeleux fin, avec un chevelu racinaire fin
dense, et une porosité élevée.
2 - 30 cm horizon humifère homogène, brun sombre (10 YR 2/2) argileux, structure nuciforme
à polyédrique fine de cohésion moyenne.
30- 50 cm horizon argileux d'aspect bigarré par suite d'une pénétration humifère hétérogène es-
sentiellement sur les faces des agrégats polyédriques moyens à grossiers, qui sont
colorés en brun (7,5 YR 5), tandis que la masse terreuse est jaune brunâtre (10 YR
6/6 ).
En dessous la pénétration humifère devient peu visible, la structure est de type polyédrique moyen,
de 50 cm mais moins cohérente et se résolvant en une agrégation très fine microgrumeleuse, de
27
couleur jaune ocre (10 YR s/sl. Ce matériau présente alors une texture argileuse,
assez constante lorsque s'enfonce dans le profil.
Ce niveau supérieur argileux dépourvu d'éléments grossiers présente une épaisseur très va-
riable mais généralement supérieure à deux mètres et pouvant atteindre des épaisseurs beaucoup
plus importantes. Toutefois, en bordure des plateaux, les sols de pente présentent un niveau su-
périeur généralement moins épais.
Le niveau moyen, dont la limite supérieure est très tranchée, est essentiellement formé de
gravillons ferrallitiques avec parfoi.s blocs de cuirasse fragmentés. Ces gravillons présentent gé-
néralement une certaine différenciation quant à leurs formes arrondies et à patine noire dans la
partie supérieure du niveau, puis toujours de forme arrondie mais sans patine superficielle en-
dessous, enfin subanguleux ou formant des plaquettes à la partie inférieure. Les autres éléments
grossiers que l'on peut observer dans ce niveau moyen sont très divers et. si fréquemment ce
sont des résidus siliceux qui peuvent provenir des calcaires sous-jacents ou de roches analogues,
on observe aussi des morceaux de roches allochtones dont l'usure indique souvent un transport.
Parmi ces éléments, notons des galets (de quartz, de grès), des morceaux de silex et des débris
de roches silicifiées parfois oolithiques, et même des morceaux de granite partiellement altérés.
D'autre part, les concrétions ferrallitiques et blocs de cuirasse ne peuvent pas toujours être con-
sidérés comme autochtones, car ils contiennent parfois des éléments résiduels non autochtones.
L~importance de la fraction grossière, dans ce niveau moyen, est prédominante et la terre fine,
ocre jaune argileuse, qui enrobe ces matériaux grossiers, représente pondéralement moins d'un
tiers de la masse totale.
Le niveau inférieur présente des morphologies diverses en fonction, semble-t-il, de la na-
ture de la roche-mère et du degré d'engorgement des horizons profonds. Dans certains cas, on
observe, en effet, en discontinuité nette avec le niveau moyen, un horizon argileux jaune à struc-
ture polyédrique très analogue aux horizons situés juste en-dessus de la nappe de cailloux et de
concrétions.
A cet horizon fait généralement suite un horizon à structure massive d'argile tachetée puis
l'on passe à des horizons argileux résultant de la décarbonatation totale du calcaire et, petit à
petit, la stratification du calcaire primitif apparait. Dans d'autres cas, l'horizon tacheté n'existe
pas et l'on passe progressivement du matériau structuré jaune ocre à l'horizon argileux massif
issu de l'altération du calcaire (v. fig. 2),
Inversement lorsque l'horizon structuré situé en dessous de la nappe d'éléments grossiers
n'existe pas, l'horizon tacheté prolonge, vers le bas, le niveau moyen à concrétions, et l'on peut
observer, dans les taches rosées de l'horizon tacheté, des masses rouges violacées légèrement in-
durées, souvent de forme lamellaire ou anguleuse et qui présentent parfois en coupe une structure
finement litée. Le passage entre cet horizon tacheté et la partie inférieure du niveau à concrétions
apparait donc comme progressif et la continuité génétique entre ces deux horizons semble manifeste.
L'épaisseur de ce niveau inférieur parait variable au total, mais l'horizon structuré de pro-
fondeur et l'horizon tacheté, lorsqu'ils existent, ont une épaisseur maximum de l'ordre de un à
deux mètres. Les horizons d'altération que l'on observe en dessous, sont par contre, beaucoup
plus épais.
28
0, 9 pour les horizons de surface des sols de savane. Toutefois, cette structure est assez fragile,
comme nous le verrons dans le chapitre relatif à l'action des façons culturales. Malgré la tex-
ture argileuse, le porosité est assez forte et la perméabilité élevée (log 10 K est généralement
supérieur à deux).
La capacité de rétention pour l'eau de ces sols est élevée, de l'ordre de 25 à 35 % pour l'ho-
rizon supérieur de ces sols.
Ces sols sont acides et le pH varie sous végétation naturelle entre 4,7 et 5,2 pour l'horizon
humifère de surfacE"'. Pourtant, par suite de la remo;ltée biotique les éléments échangeables sont
surtout concentrés dans la partie supérieure de cet horizon. Ainsi, la somme des bases échangea-
bles de l'ordre de 2 à 3 meq/100 pour cet horizon supérieur, décroit rapidement en profondeur
pour atteindre des valeurs de 1/2 meq/100 g., ou moins, tandis que les taux de saturation restent
généralement inférieurs à 30 %. La réserve minérale, de l'ordre de 5 meq/100 g. (Ca + K + Mg
total) en profondeur, devient également plus importante dans les horizons humifères de surface.
Parmi les cations, K prédomine. Les teneurs en phosphore total sont satisfaisantes.
La matière organique de ces sols, 3 à 4 % pour la couche (0-10 cm), en grande partie res-
ponsable de la structure assez fine et de la bonne perméabilité des horizons supérieurs n'est ce-
pendant que moyennement évoluée p\;.isque le rapport C/N de l'ordre de 17 en surface, est encore
égal ou supérieur à dix, dans l'horizon de pénétration humifère d'aspect bigarré. Les taux d'hu-
mification sont souvent inférieurs à 20 % et le rapport Ac. humiques/Ac. fulviques, inférieur à
un pour l'horizon supérieur devient très faible en-dessous.
La capacité d'échange cationique dû.e aux matières organiques est cependant assez élevée ."
180 meq/1 00 g. Au total, les matières organiques jouent un rôle primordial autant pour les pro-
priétés physiques que chimiques de ces sols.
Les variations les plus importantes de ces importantes de ces propriétés physico-chimiques
sont liées à la position topographique des sols dans le paysage. Le développement des horizons
humifères et les teneurs en matières organiques et en bases varient fortement en fonction de fai-
bles variations de la pente. On observe, en effet, une accumulation de matières organiques dans
les positions planes de sommet et dans les parties concaves des versants. Au contraire, la partie
convexe, même avec des pentes très faibles (3 % par exemple), possède des sols dont les horizons
humifères sont moins développés.
Les sols d'emplacements d'anciens villages (bosquets de manguiers, ficus, etc ... ) présentent
également un net enrichissement en matières organiques et en bases.
Enfin, en bas de versants, sous savane à Hyparrhenia diplandra et BrideZ ia ferru~tnea. on peut
observer des sols colluviaux, plus ou moins marqués par un engorgement temporaire partiel, et
présentant une accumulation de matières organiques (plus de 10 %) et de bases (plus de 10 meq/
100 g.) très marquée en surface.
Ces sols colluviaux sont, d'autre part, caractérisés par des différences granulométriques im-
portantes entre l'horizon supérieur fortement humifère sablo-argileux, et les horizons inférieurs
argileux et souvent compacts avec un (B) structural marqué. On doit enfin noter que les taux -de
limo:;}, dans ces sols colluviaux, sont généralement plus élevés que pour les autres sols argileux
de plateau.
Du point de vue microbiologique, les sols de savane de plateau présentent une activité bio-
logique globale relativement élevée par rapport aux autres sols congolais. En particulier, le cy-
cle du carbone parait relativement rapide Par contre, dans le cas de celui de l'azote, l'on ob-
serve une densité de germes fixateurs (Beijerinckia) élevée, mais l'activité nitrifiante parait limi-
tée et la minéralisation de l'azote organique se fait, semble-t-il, assez mal. Les méthodes d'ana-
lyses microbiologiques qui ont été pratiquées ne traduisent qu'imparfaitement, de ce point de vue,
l'activité biologique réelle du sol en place, car les teneurs en azote nitrique et ammoniacal de
ces sols ne sont pas faibles.
Utilisation
L'évolution de ces sols sous culture et les méthodes de conservation des sols étant étudiées
dans la deuxième partie de cet exposé, nous donnerons seulement ici un bref aperçu des aptitudes
culturales de ces sols.
Ces sols sont profonds, car le niveau moyen, riche en éléments grossiers, est généralement
29
SOLS FAIBLEMENT FERRALLITIQUES MODAUX SUR MATERIAUX ARGILEUX
PRINCIPALEMENT ISSUS DU SCHISTO-CALCAffiE
Echantillon N° TSl141 142 FL21 22 23 25
Profondeur (en cm) 0-10 50-60 0-10 30-40 90 300
situé à une profondeur supérieure à 1,50 m et n'approche de la surface qu'en bordure de plateau.
Ce niveau grossier constitue alors un obstacle sérieux à la pénétration des racines étant donné le
pourcentage élevé d'éléments grossiers. La texture argileuse confère à ces sols une capacité de
rétention pour l'eau assez élevée (de l'ordre de 32 %), mais avec un domaine d'eau utile (entre
pF 2,5 et 4,2) limité (environ 8 à 12 %).
La structure, du fait de l'action, semble-t-il, des hydroxydes de fer et surtout de la matière
organique, est cependant fine et les sols se ressuient rapidement.
Du point de vue des cations échangeables, ces sols sont pauvres mais relativement un peu
mieux pourvus que la plupart des sols congolais ; leur réserve minérale est limitée, sauf en po-
tassium.
Leur teneur en acide phosphorique est faible.
30
Les sols colluviaux de bas de pente, qui bénéficient d'une alimentation en eau généralement
meilleure, mais parfois excédentaire, sont chimiquement plus riches.
31
cohésion moyenne à forte.
40 - 55 cm horizon de transition de couleur jaune clair avec des trainées d'infiltration humifère
brune qui deviennent plus rares et s'atténuent à la base de l'horizon, argilo-sableux
à porosité faible et compacité élevée.
plus de 55 jaunâtre clair (2,5 Y 6/4) devenant plus clair en séchant (2,5 Y B/4), argilo-sableux
cm à structure polyédrique moyenne de cohésion forte à porosité toujours faible, mais
compacité un peu moins élevée que dans l'horizon précédent.
Le niveau moyen, riche en éléments grossiers, est de composition très hétérogène puisque,
à côté des éléments résiduels siliceux provenant du SCl1' il contient des gravillons et fréquemment
des carapaces ou des cuirasses. Ces dernières sont soit caverneuses, soit pisolithiques et même
conglomératiques avec des galets et cailloux quartzeux, des cherts et des fragments d'anciennes
cuirasses recimentées par les sesquioxydes. Ces cuirasses sont spécialement abondantes en bor-
dure des vallées et dépressions fermées.
La part respective de ces deux fractions grossières d'origine résiduelle ou ferrallitique est
très variable et, par exemple, dans la partie occidentale de la Boucle du NIARI ce sont les ré-
sidus siliceux qui prédominent alors que plus à l'est, dans la région des lacs, ce sont plutôt des
concrétions et des blocs de cuirasses. On observe alors de haut en bas dans ce niveau, des con-
crétions de forme arrondie, puis des bolcs de cuirasse presque jointifs, enfin à la base une ca-
rapace continue d'origine récente.
Le niveau inférieur n'a jamais pu être observé jusqu'à la roche-mère saine. Il débute fré-
quemment par un horizon tacheté qui parait en continuité génétique avec l'horizon à concrétions ou
induré du niveau moyen.
Si nous revenons aux caractéristiques morphologiques du niveau supérieur de ces sols argilo-
sableux à sablo-argileux, on peut dire, en résumé, qu'ils sont de couleur jaune plus pâle (2,5 Y
ou 10 YR 6/4) que pour les sols argileux précédemment étudiés, ce qui semble traduire un état
d'hydratation plus prononcé des hydroxydes qu'expliquent la compacité et la faible porosité de ces
sols.
Ces sols sont même parfois engorgés en profondeur pendant la saison des pluies et l'on passe
alors à des sols faiblement ferrallitiques à pseudogley. En saison sèche ces sols argilo-sableux
durcissent fortement et possèdent des fentes de retrait importantes.
Caractéristiques physico-chimiques
Les horizons supérieurs de ces sols sont généralement plus pauvres en argile que les hori-
zons inférieurs, mais il ne semble pas qu'il y ait systématiquement un horizon B texturaI et quand
il existe, il est très peu marqué.
Comme pour les sols argileux, ce sont les sables fins qui prédominent largement, et ces sa-
bles proviennent probablement en grande partie du Schisto-gréseux proche ou préexistant.
Du point de vue des bases, ces sols présentent des teneurs très analogues à celles des sols
argileux précédemment étudiés, mais du fait de leur texture plus légère, les taux de saturation et
les pH sont un peu plus élevés.
Les richesses en matières organiques sont très VOlsmes de celles observées pour les sols
argileux, c'est-à-dire de l'ordre de 3 % pour la couche 0-10 avec un rapport C/N assez élevé de
l'ordre de lB. Les taux d'acides humiques sont généralement faibles et les acides fulviques prédo-
minent même dans l'horizon supérieur.
Les variations les plus importantes de ces sols sont liées à l'engorgement plus ou moins
marqué du profil en fonction de la position topographique. Dans les légères dépressions on observe
une accumulation plus marquée de matières organiques en surface avec fréquemment un horizon
supérieur plus sableux et à tendance particulaire. Lorsque l'hydromorphie est plus marquée, un
pseudogley se forme en profondeur avec début de concrétionnement.
D'autre part, ces sols paraissent plus sensibles à l'érosion que les sols argileux et sur les
pentes, même faibles, de l'ordre de 2 %, les horizons humifères sont moins développés. Enfin,
en rupture de pente, particulièrement en bordure de vallée ou de dépressions fermées marécageu-
ses, le niveau supérieur peut disparaitre, et un horizon faiblement humifère se développe dans les
matériaux graveleux du niveau moyen.
32
SOLS FAIBLEMENT FERRALLITIQUES MODAUX SUR MATERIAUX ARGILO-
SABLEUX A SABLO-ARGILEUX ISSUS D'UN MELANGE DE MATERIA UX
PROVENANT DU SCHISTO-CALCAffiE ET DU SCHISTO-GRESEUX
Analyse granulométrique
Argile (%) 46 58,5 34,0 46,0 39,2
Limon 6,5 4,5 4,5 11,7 15,4
Sable fin 34 29 44,5 35,1 38,7
Sable grossier 6,5 5 10,0 5,0 5,8
Utilisation
Ces sols présentent une richesse chimique (matières organiques et Bases Echangeables) très
analogue à celle des sols argileux des Plateaux de la Vallée du NIARI.
Par contre, leur profondeur utile est très variable et localement insuffisante pour de nom-
breuses cultures.
Leur structure suffisamment fine en surface, un peu trop compacte en dessous, est beaucoup
plus fragile que celle des sols argileux.
En corollaire du manque de porosité des horizons profonds, ces sols paraissent plus sensi-
bles à l'érosion que les sols précédemment étudiés.
Les sols à pseudogley de profondeur peuvent être utilisés pour les cultures temporaires sur
billons.
33
LES SOLS ERODES DES COLLINES
Ces sols existent surtout sur la rive droite du NIARI dans la zone des collines jusqu'au pied
des Plateaux Babembé. Du fait du relief accidenté, ils sont plus ou moins érodés. Ces sols s'ob-
servent généralement sous savane à Andropo~on pseudapr i eus et Hyparrheni a l eeom tei avec, pour la
strate arbustive, Vitex madiensis, Anona arenaria et Crossopteryx rebriru~a. On doit cependant noter
que la forêt, qui occupe certains interfluves, peut former de véritables massifs forestiers comme
ceux de M'Bomo et de N'Gourou.
Trois catégories de sols, qui n'ont pu être distinguées cartographiquement, constituent cet en-
semble de "Sols érodés des Collines".
1) Une première catégorie est issue du démantèlement de l'ancienne surface cuirassée au pied
et à proximité des Plateaux Babembé. Ces sols de pente, fortement érodés, sont formés essentiel-
lement par des matériaux grossiers : blocs de cuirasse, gravillons ferrallitiques et galets ou cail-
loux difficilement altérables qui se sont épandus le long des pentes, donnant des sols fréquemment
graveleux ou pierreux, dès la surface.
La morphologie, en trois niveaux superposés, n'existe plus d'une manière systématique et les
reprises d'érosion continuelles donnent naissance à des sols squelettiques sur blocs de cuirasse, à
des sols érodés graveleux dans lesquels un horizon faiblement humifère se différencie dans un col-
luvium grossier, enfin à des sols plus complexes dans lesquels plusieurs nappes de matériaux gros-
siers et de matériaux fins se superposent. Le pourcentage des éléments grossiers est alors très
variable dans un même niveau. Des phénomènes de redistribution des sesquioxydes peuvent eJdster
(par lessivage oblique) et des carapaces peuvent se former sur les replats de versants. Dans la
partie inférieure des versants, les galeries forestières, très secondarisées, recouvrent des sols
de forte pente qui, par contre, sont différenciés essentiellement à partir de roches locales. Les
matériaux grossiers allochtones sont alors peu abondants et l'on observe, à moins d'un mètre de
profondeur, les horizons d'altération du calcaire marneux, lie de vin (Sc~).
2) Lorsque l'on s'éloigne de la zone des Plateaux Babembé, on observe également des sols
fréquemment érodés mais dont le profil ne comporte pas une telle accumulation de matériaux fer-
rallitiques indurés.
Les sols de sommets de collines présentent classiquement leur morphologie en trois niveaux
superposés.
Le niveau supérieur est très analogue à celui des sols argileux des Plateaux de la Vallée du
NIARI quoique le plus souvent moins épais (1,5 à 2,5 m. en moyenne). Il surmonte un niveau moyen,
surtout gravillonnaire, avec peu de blocs de cuirasse et dont l'épaisseur est également très varia-
ble (1,5 à 10 m.). Le niveau inférieur est encore plus épais.
Ces sols de sommets de collines présentent donc des possibilités analogues à celles des sols
argileux des Plateaux de la Vallée du NIARI ; ma1heureusement, les surfaces planes ou de pente
faible sont très réduites et dispersées (+).
Les sols de versant sont, par contre, plus étendus. Leur niveau supérieur est généralement
tronqué du fait de l'érosion en nappe, et fréquemment le niveau gravillonna ire ou pierreux affleure
ou est situé à une très faible profondeur.
L'horizon humifère est toujours limité par suite du faible développement de la végétation clair-
semée et de l'entrainement des débris organiques par les eaux de ruissellement.
Ces sols de pente, peu profonds, sont malgré tout parfois cultivés par les villageois, faute
de mieux. Les cultures qui se font en billons alignés suivant la ligne de plus grande pente, pro-
voquent généralement une érosion en ravines qui dégénère parfois dans la région au sud de Mou-
yondzi en une érosion en lavakas. Préconiser des cultures en courbe de niveau serait, dans ce
cas de forte pente, aussi, si ce n'est plus, catastrophique.
(+) Entre la route Loudima-Sibiti et la Boucle du NIARI, certains sommets de collines sur Schisto-calcaire for-
ment des plateaux qui paraissent prolonger, rive droite, les Plateaux de la Vallée du NIARI. Mais ces som-
mets aplanis présentent une pente impartante vers le Sud-Ouest.
34
Lorsque l'érosion est plus intense, le niveau supérieur meuble est totalement enlevé et l'ho-
rizon graveleux affleure. Seule, une utilisation forestière ou pastorale extensive peut alors être
envisagée.
3) Enfin, à un dernier stade d'érosion, en particulier en approchant du NIARI, les deux ni-
veaux supérieurs et moyens peuvent avoir été enlevés complètement et l'on observe soit des sols
squelettiques lithiques sur calcaire massif, soit des rankers d'érosion sur calcaire argileux. On
peut dans ce dernier cas, distinguer un horizon A, d'une vingtaine de cm. brun-noirâtre argileux
à structure nuciforme à polyédrique auquel fait suite un horizon massif argileux brun-rougeâtre,
correspondant à l'altération du calcaire marneux décarbonaté et dans lequel la stratification de la
roche apparait rapidement.
L'utilisation de ces sols ne peut être agricole.
En résumé, ces sols érodés des collines sont très hétérogènes. Nous les avons groupés sous
la dénomination de sols faiblement ferrallitiques modaux érodés, parce que c'est cette série de sol
qui domine dans cette région.
Seuls, les sommets de collines et certains replats colluviaux peuvent être cultivés. La voca-
tion de cette zone est essentiellement forestière et pastorale. On doit cependant noter que le sur-
pâturage risque de déclancher des phénomènes d'érosion en nappe.
Ces sols sont seulement représentés dans la partie Nord de la carte, entre les différents
Plateaux Babembé. De par leur couverture végétale, surtout forestière, ils appartiennent déjà au
massif forestier du Chaillu. Ils occupent des surfaces importantes dans le canton Sous-Bouenza.
Leurs profils se présentent classiquement, sous forme de trois niveaux superposés. Cepen-
dant le niveau supérieur, jaune, argilo-sableux, quoique peu épais, est généralement moins érodé
(sauf en bordure de la Bouenza) que pour les sols issus du Schisto-calcaire. Ceci tient essentiel-
lement au fait de la couverture forestière qui limite l'érosion. Le niveau moyen graveleux contient
fréquemment des galets de la Tillite et des cailloux de grès en plus des gravillons et blocs de
cuirasses ferrallitiques.
Ces sols possèdent des caractéristiques physico-chimiques analogues à celles des sols pro-
ches des Plateaux Babembé. Cependant, l'horizon humifère apparait comme moins développé. Le
défrichement de ces pentes, et leur utilisation pour les cultures annuelles ou bisannuelles, ne pa-
rait pas déclancher une érosion aussi importante que les sols issus du Schisto-calcaire, car la
forêt se réinstalle rapidement.
On doit cependant noter que les sols de savane, sur Tillite, en particulier en bordure de la
Bouenza, sont fréquemment érodés en nappe et en ravines. Ces sols, de forte pente, constamment
rajeunis par l'érosion, sont peu développés et présentant le profil suivant :
o 15 cm brun-rouge (5 YR 4/3) argilo-sableux à structure grumeleuse fine, bien développée
de cohésion moyenne.
15 - 50 cm brun-rouge (5 YR 4/3) argilo-sableux à structure polyédrique moyenne à cohésion
forte, la surface des agrégats est luisante.
Présence de fragments de Tillite ferruginisée.
50 - 90 cm analogue par la couleur et la texture, mais à structure plus grossière avec toujours
quelques fragmente de Tillite ferruginisée.
A partir de on observe les horizons d'altération de la Tillite.
90 cm On trouve dans l'ensemble du profil des galets de grès-quartzite et de granite alté-
ré, souvent débités en tranches parallèles.
35
LES SOLS ISSUS DU SCHISTO-GRESEUX
Ces sols ne sont représentés qu'en bordure de la Vallée sur les buttes -témoins du Plateau
des Cataractes et sur les collines bordant au Sud-Ouest la Boucle du NIARI.
Ils sont issus d'altération de grès quartziteux feldspathiques sur les sommets et d'argilite
sur les flancs. des collines.
Ces collines sont généralement recouvertes d'une forêt mésophile riche en Terminal ia superba
(Limba) ; cependant, sur les flancs de ces collines, on observe fréquemment une savane à Hyppar-
rhenia lecomtei et Andropo~on pseudopricus. dont la strate arbustive, relativement dense, est caracté-
risée par Syzy~tum macrocarpum avec de nombreux Hymenocardia acida. tandis que sur les sommets, la
savane est moins arbustive et dans la strate herbacée, plus dense, on n'observe pas de dominance
nette, mais Hypparrhenia diDlandra est fréquent.
Bien que les altitudes de ces collines soient analogues et paraissent donc former des plateaux
qui dominent la Vallée du NIA RI, en fait les sommets sont arrondis et les flancs sont entaillés par
de nombreuses petites vallées étroites en V, fréquemment occupées par la forêt. Sur les flancs de
ces collines, les phénomènes d'érosion en nappe et même en lavakas sont fréquents.
Les sols présentent généralement une morphologie complexe en trois niveaux avec un niveau
moyen riche en matériaux grossiers d'origine ferrallitique ou résiduelle.
Sur les sommets les plus élevés, les sols issus de grès sont argilo-sableux et présentent la
morphologie suivante :
a - la cm brun-noirâtre, sablo-argileux à tendance grumeleuse fine, riche en racines de gra-
minées.
la - 35 cm brun-rougeâtre, horizon de pénétration humifère un peu plus argileux, polyédrique
moyen à grossier ; cohésion forte.
Au dessous jaune-rougeâtre, clair (7,5 YR 6/4) argilo finement sableux, polyédrique à tendance
de 35 cm prismatique, compacité élevée.
Le niveau moyen se trouve à une profondeur variable. Il est constitué de gros blocs de cui-
rasses et de gravillons ferrallitiques pour les sols des collines les plus hautes, de gravillons et
de petits débris de cuirasse pour les sols situés à des altitudes plus faibles avec parfois des mor-
ceaux de grès ferruginisés et des quartz pyramidés ou filoniens. L'épaisseur de cette nappe d'é-
léments grossiers est très variable depuis plusieurs mètres jusqu'à une simple "ligne de cailloux".
Le niveau inférieur d'altération des grès présente une texture argilo-sableuse, généralement
un peu plus riche en limons, de couleur rougeâtre plus ou moins violacée, avec localement des
taches jaunes ou blanchâtres un peu plus argileuses, correspondant à l'hétérogénéité de la roche.
Ces sols de sommet peu ou non érodés ont un horizon humifère de texture assez légère sur
des horizons profonds plus argileux et à structuration grossière.
Du fait de la pauvreté en minéraux altérables de la roche-mère et du type d'évolution, le
potentiel chimique de ces sols est généralement faible et le pH ne dépasse pas cinq en surface.
La somme des Bases Echangeables est seulement de l'ordre de 1/4 meq/l 00 g. en-dessous.
Ces sols ont cependant une matière organique abondante (5 %) et relativement bien évoluée
(rapport C/N de 14).
Malheureusement, ces sols de sommet de collines occupent des surfaces réduites et les po-
pulations, très nombreuses sur les Plateaux Badondos, cultivent les sols de fortes pentes, érodés
et moins humifères.
Comme dans le cas de sols de pente de collines de la rive droite, ces cultures se font en
billons alignés suivant la ligne de plus grande pente et les mêmes recommandations pour la pro-
tection de ces sols doivent être faites.
A la base des formations de la M'Pioka, on observe des sols de pente formés sur les argi-
lites.
36
Ces sols, généralement érodés en nappe et en ravines, n'ont qu'une faible extension dans la
zone étudiée, mais acquièrent une importance plus grande, à l'est, dans la région de Mindouli.
De couleur rouge à rouge foncé, héritée, semble-t-il, de la roche-mère, ils renferment en-
viron 60 à 80 % d'argile et, du fait de l'érosion, l'horizon humifère est très peu marqué.
La nappe d'éléments grossiers est généralement peu épaisse (20 à 30 cm) et constituée es-
sentiellement de gravillons en forme de plaquettes fortement ferruginisés ; des quartz filoniens
peuvent être également présents dans cette nappe de cailloux. En dessous du niveau grossier, on
observe généralement, en continuité, un horizon tacheté, dans lequel se forment les plaquettes en-
richies en sesquioxydes.
La roche altérée, sous-jacente, de couleur brun-chocolat, non structurée, parait généralement
avoir été plissotée.
Les possibilités d'utilisation agricole de ces sols pauvres en bases et peu perméables, sont
très limitées en raison du faible développement de l'horizon humifère, un peu plus riche et moins
grossier comme structure. La vocation de ces sols de pente est essentiellement pastorale ou fo-
restière.
(+) Les Plateaux Babembé situés à une altitude de 530 m. ne doivent pas être confondus avec les Plateaux de
la Vallée du NIARI qui constituent une partie de la plaine de Piedmont.
37
Ce niveau moyen, caractérisé par sa richesse en éléments grossiers, essentiellement d'ori-
gine ferrallitique, possède une épaisseur moyenne de sept à huit mètres. Il comporte des éléments
grossiers de taille très variable, depuis des graviers de diamètre inférieur au cm, jusqu'à des
blocs de cuirasse de plusieurs mètres cubes.
Les forages effectués par 1'1. E. R. G. M. montrent que ces éléments cuirassés n'existent pas
seulement en bordure des plateaux, mais également dans les sols du milieu des plateaux.
Ces cuirasses sont généralement situées dans la zone médiane de ce niveau moyen. Ce sont
des cuirasses scoriacées contenant un argilo ocre-jaune dans les cavités.
En dehors de ces matériaux riches en sesquioxydes (alumine et surtout fer), on observe, par-
ticulièrement dans la partie supérieure de ce niveau moyen, des galets et cailloux de grès et des
blocs de cuirasse à patine superficielle, cassés, associés à des concrétions de forme subarrondie.
Le niveau inférieur, qui s'étend depuis le niveau moyen jusqu'à la roche-mère, est très épais,
puisqu'à vingt mètres de profondeur on n'atteint généralement pas la roche saine. Il comporte gé-
néralement un horizon tacheté en continuité avec l'horizon à concrétions ou à cuirasse, puis une
masse argileuse, non structurée, de couleur rouge violacée, dans laquelle la stratification devient
de plus visible vers le bas, mais ces horizons d'altération sont cependant entièrement décarbona-
tés. La roche sous-jacente est un calcaire marneux, lie de vin, contenant 45 à 50 % de carbonate
de calcium.
La présence de la nappe s'observe dans ce niveau inférieur à des hauteurs variables.
Caractéristiques physico-chimiques
Ces sols ont une texture très argileuse sauf en surface, avec fréquemment plus de 80 % d'é-
léments fins.
La réserve minérale des horizons non humifères est analogue à celle des sols argileux des
Plateaux de la Vallée du NIARI, mais la richesse en bases échangeables des horizons humifères
parait un peu plus faible. De ce fait, et en raison de la texture plus argileuse associée à des taux
de matières organiques plus élevés, la réaction est un peu plus acide avec des pH inférieurs à
4, 5 pour les horizons de surface, augmentant en profondeur (voisin de 5).
Malgré la texture très lourde, la structure des horizons de surface est relativement fine en
raison de bonnes teneurs en matières organiques (5 à 7 % pour la couche 0 - 10 cm).
Ces sols ont donc une profondeur suffisante, des propriétés physiques intéressantes, mais
une richesse chimique médiocre. En raison de leur bonne perméabilité et de l'absence de pente,
les risques d'érosion ne sont pas trop à craindre.
Le danger principal est de voir la teneur en matière organique diminuer et la structure de-
venir particulaire en surface par suite d'une culture répétée de ces plateaux relativement peuplés.
Etant donné l'utilisation semi-intensive de ces terres, l'apport d'une fumure organique et minérale
(surtout Ca), parait souhaitable.
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SOLS FAffiLEMENT FERRALLITIQUES INDURES DES PLATEAUX DE MOUYONDZI
Echantillon N° BD 11 12 13 14
Profondeur (cm) 0-10 25 65 140 10 40-50 100
Granulométrie (0/0)
Argile 73 76 80 86 79 88 89
Limon 5 6 6,5 2 5,5 4 4
Sable fin 3,5 4 4,5 4,5 3 2 2
Sable grossier 4,1 4,2 3 2,5 2,5 2 2
50 à 210 cm jaune-ocre (10 YR 6/6), un peu plus argileux, avec quelques trainées de pénétra-
tion humifère; structure fine presque farineuse, microgrumeleuse ; porosité élevée.
Le niveau moyen que l'on observe en dessous est formé de concrétions, de galets et de mor-
ceaux de grès ferruginisés associés à des bloc s de cuirasses qui ont cependant, ici, un dévelop-
pement plus limité que dans le cas des sols indurés du Plateau de Mouyondzi sur Schisto-calcaire.
L'épaisseur de ce niveau moyen, est d~ l'ordre de cinq mètres (2,5 à 5 ml.
Enfin, les niveaux inférieurs sont fréquemment très épais (8 à 20 m.) et parfois à cheval sur
des formations pétrographiques différentes.
Caractéristiques physico-chimiques
Ces sols, .argilo-sableux, ont une structure assez fine, une porosité et une capacité de ré-
tention pour l'eau convenables. Par contre, leur réaction est très acide en surface (pH de l'ordre
de 4) et si les horizons humifères possèdent 2 à 4 meq/lOO g. de bases échangeables, en profon-
deur les taux sont de l'ordre de 0,2 meq/lOO g. avec des pH un peu plus élevés mais inférieurs
à 5. Les matières organiques de ces sols sont bien liées aux matières minérales, mais de teneur
moyenne (4 % en surface) avec un rapport Carbone/Azote inférieur à douze, sous forêt.
Utilisation : Ces sols ont une richesse chimique assez faible, mais leurs propriétés physiques sont
bonnes. Au moment du défrichement de la forêt, le brOlis des branches apporte des éléments mi-
néraux qui rendent moins acide, pour un temps, la réaction de ces sols.
39
LES SOLS DES RELIEFS CALCAIRES
Ces sols se trouvent essentiellement sur la partie inférieure des versants et au pied des but-
tes témoin du Plateau des Cataractes et des collines qui bordent, vers le Sud-Ouest, la Boucle du
NIA RI.
Ces sols lithiques d'érosion sont formés à partir de roches carbonatées massives (surtout
calcaires dolomitiques et dolomies du SCIII)' Toutefois, sur la rive droite du NIARI, on observe
également des rankers d'érosion associés à des sols squelettiques sur calcaire oolithique du Sc~
et sur dolomie du Sc~.
Les sols colluviaux associés sont formés, pour une part, des résidus de dissolution et de
colluvions provenant de ces sols érodés de pente et, pour une autre part, de matériaux sablo-
argileux provenant du Schisto-gréseux proche ou préexistant.
Les pentes des reliefs dolomitiques sont recouvertes par une savane à Hyparrhenia chrysa~yrea
dans laquelle la strate arbustive est extrêmement réduite.
Le profil type observé sur un piton en "pain de sucre" est le suivant
o 5 cm : noir (7,5 YR 2/0), humifère, argilo-limoneux à structure finement grenue et excel-
lente porosité, peu caillouteux, grande densité radiculaire.
5 - 15 cm brun noirâtre (10 YR 2/1), gravelo-argileux, avec un mélange de débris de calcaires
dolomitiques et siliceux recouverts de matières organiques. La terre fine argilo-li-
moneuse, riche en matières organiques, a une structure finement grenue. Les raci-
nes graminéennes sont abondantes.
15 - 50 cm brun grisâtre (2,5 Y 4/2), argilo-graveleux, horizon de pénétration humifère se pro-
longeant en veines et poches humifères dans l'horizon inférieur.
50 - 70 cm horizon d'altération de la roche dolomitique: masse brun très pâle (10 YR 7/3) s'ef-
frittant à l'ongle avec des veines et poches humifères et quelques plages et dépôts
ocres.
Les caractéristiques morphologiques et physicochimiques, données dans le tableau ci-après,
montrent que ce sol d'érosion à profil AC présente une certaine analogie avec les rendzines des
pays tempérés. La décarbonation est très partielle et la matière organique, de type mull calcique,
confère aux horizons supérieurs une structure grenue caractéristique.
Variations
En fonction de la pente et de l'intensité de l'érosion, on observe une diminution de l'épais-
seur du sol, avec des sols plus caillouteux dès la surface et l'on arrive parfois à des sols sque-
lettiques qui n'occupent que les trous ou les fentes entre les rochers. Cette terre, très humifère,
présente alors une réaction neutre ou alcaline, et le chevelu racinaire est spécialement dense au
contact de la roche qui apparait comme saine et non décarbonatée, à l'exception d'une mince (l à
2 mm) pellicule poreuse, blanchâtre en surface. A côté,.)e calcaire dolomitique est à nu et pré-
sente des formes de dissolution typiques avec des rainures linéaires entrecroisées ou en micro-
lapiez.
Lorsque les calcaires et dolomies du SC III. sont moins purs, on peut observer, malgré l'é-
rosion, des sols un peu plus profonds. La structure est plus grossière, grumeleuse puis polyédri-
que et les cailloux calcaires n'existent plus. Ces sols ont cependant une réaction voisine de la
neutralité ou même légèrement alcaline avec des teneurs en calcium et magnésium échangeables
élevées.
Utilisation : Ces sols de forte pente sont généralement trop peu profonds et trop graveleux ou cail·
louteux pour être utilisables pour l'agriculture bien que chimiquement ils soient riches, mais, il
est vrai, fréquemment déséquilibrés.
Ils portent des pâturages intéressants mais souvent trop accidentés pour les bovins. Par con-
tre, lorsque la pente s'atténue, ils peuvent présenter une profondeur utile plus importante et s'ils
40
ne sont pas trop caillouteux, des cultures manuelles peuvent être envisagées.
Ce sont, cependant, les sols colluviaux que l'on observe en bas de versant qui présentent le
plus d'intérêt.
Echantillon N° TSI 51 52 53 54
Profondeur (en cm) 0-5 8-15 25-35 50-70
Terre fine (%) 91,9 31,9 66,0 62,5
G ranulomét rie
Argile (%) 34 26 14 6
Limon 18 15 16 23,5
Sables fins 22 ~O 19 23,5
Sables grossiers 9 25 44 44
Matières organiques
C% 7,5 5,6 2 0,3
N (mg/100 g) 470 383 180 36
C/N 16 14,5 11,3 9,1
Mat. Org. (%) 12,9 9,6 3,5 0,6
Ac. Humiques (mg/100 g) 1, 170 670 95 20
Ac. Fulviques (mg/100 g) 581 435 397 31
De par leur orlgme complexe, les matériaux de ces sols ont une texture assez variable, mais
la fraction sableuse est souvent prédominante. De plus, ces matériaux provenant, pour une part,
de sols peu évolués ou même simplement de rochers désagrégés et peu altérés, ont une richesse
en bases importante et des teneurs en limons élevées.
Cependant, ces sols sont souvent assez caillouteux et leur drainage externe est parfois défi-
cient, car le réseau hydrographique est inexistant (vallées sèches, dépressions fermées, etc ... ),
aussi les sols sont souvent marqués par une hydromorphie temporaire.
Le profil type, observé sur faible pente sous jachère, à Impérata, est le suivant :
o- 7 cm : noir (10 YR 2/1) humifère argilo-finement sableux à structure grenue avec de nom-
breuses racines herbacées.
41
7 32 cm brun, humifère, polyédrique à nuciforme de texture analogue.
32 62 cm brun-jaunâtre sombre (10 YR 3/4) un peu plus argileux, avec une pénétration diffuse
de matières organiques jusqu'à une profondeur de 45 cm et présence de nombreuses
petites concrétions noires de taille inférieure à 2 mm de forme arrondie.
Plus de brun-jaunâtre (10 YR 5/8), argilo-sableux avec toujours de petites concrétions noi-
62 cm res dont le nombre augmente avec la profondeur, ces petites concrétions noires sont
riches en fer et manganèse.
Ces sols possèdent des teneurs en limons relativement élevées et le rapport limon/argile est
toujours très supérieur à 0,2. La réserve minérale est importante non seulement en surface, mais
en profondeur (Ca et surtout Mg), Le degré de saturation dépasse 50 % pour l'horizon humifère de
surface, mais peut être inférieur en profondeur.
La tendance à l'engorgement temporaire est visible : la première manifestation parait être
ce fin concrétionnement des horizons profonds, mais souvent, on observe une accumulation humi-
fère importante et, en profondeur, une structure plus large et cohérente avec formation d'un pseu-
dogley.
Ces sols ont une richesse chimique très intéressante et bénéficient, généralement, d'une bonne
alimentation en eau (parfois un peu excédentaire). Malheureusement, le relief est assez accidenté
et les parcelles cultivables sont discontinues. La présence fréquente de lits plus ou moins conti-
nus de graviers ou de pierres et la compacité des hori:1!0ns profonds, lorsqu'ils sont marqués par
l'hydromorphie, invitent à réaliser des cultures en billons.
Plus accidentés que les sols faiblement ferrallitiques modaux, argilo-sableux à sablo-argileux,
qui leur font suite, ces sols sont nettement plus riches chimiquement. Morphologiquement, la li-
mite entre les deux catégories de sols est souvent délicate à faire, en particulier dans le cas des
sols de bas de pente à pseudogley de profondeur.
Ces zones alluviales relativement récentes n'occupent, dans le NIARI, que des surfaces limi-
tées du fait de l'encaissement, plus ou moins prononcé, du fleuve et de ses affluents. Il n'existe
pas de grande plaine alluviale avec d'~ vastes terrasses monogéniques, mais seulement d'anciens
méandres abandonnés, qui ont donné raissance à des terrasses, d'âges variables, assez hétérogè-
nes quant à leurs matériaux, et présentant un microrelief relativement varié.
Pour le NIA RI, entre la rivière Bouenza et la Kibouba, une évaluation approximative a mon-
tré la présence d'environ Il, 000 ha de "sols alluviaux", mais très dispersés et constitués de sols
de valeur très inégale. De plus, les affluents de la rive gauche Loudima et Loamba et, dans une
moindre mesure, Louadi, Livouba, N'Kenké, Loa et Loutété, ont formé des terrasses d'étendue
restreinte sur une partie de leurs cours. Enfin, dans la Boucle du NIA RI (Morndi et Mikokoto), et
surtout sur la rive droite, les zones alluviales n'ont qu'une étendue très faible.
Les alluvions qui constituent ces terrasses sont d'âge et de nature très variés. On peut tout
de même remarquer qu'il existe généralement, dans le cas du Niari, trois terrasses étagées. Les
pentes très marquées limitant ces terrasses sont fréquemment riches en galets et cailloux plus ou
moins anguleux. Ailleurs, les matériaux sont argilo-limoneux avec, surtout, des sables fins, à
l'exception de bourrelets de berge anciens ou actuels plus sableux. Mais d'importantes variations
granulométriques verticales et latérales sont à noter. La réserve minérale de ces matériaux est
généralement importante et les bases totales supérieures à 10 meq/lOO g. peuvent atteindre des
valeurs de l'ordre de 50 meq/lOO g. (surtout Ca et Mg).
Au pied des Plateaux de la Vallée du NIARI ou des collines et falaises de la rive droite du
NIARI, des colluvions ont souvent recouvert la terrasse supérieure. Ces matériaux colluviaux sont
plus ou moins évolués suivant leur origine, mais lorsque l'on observe des affleurements calcaires
sur les pentes, ce qui est fréquent, ces colluvions possèdent une réserve minérale également im-
portante.
42
La végétation de savane faiblement arbustive qui recouvre ces sols d'alluvions récentes est
caractérisée par Hyparrhenia cyanescens et Rauh/nia Thonnin~i i. Toutefois, sur les anciens bourre-
lets sableux, on observe généralement une savane densément arbustive à HLnnenOC'2rdia acida, tandis
que les bourrelets de berge actuels sont fréquemment occupés par un peuplement presque pur de
Pennisetum purpureum. Les zones inondées ou à hydromorphie de nappe sont recouvertes, soit d'une
savane à Imperata cyl indric'2, soit d'une prairie marécageuse à cypéracés.
Le type d'évolution de ces sols d'alluvions récentes est étroitement lié au relief de ces ter-
rasses dû aux déplacements des anciens cours d'eau. L'hydromorphie joue souvent un rôle impor-
tant et, suivant les cas, intéresse une partie ou la totalité du profil.
Le type d'évolution des sols bien drainés est probablement faiblement ferrallitique et nous
avons classé ces sols dans le sous-groupe ferrisolique en raison de leur richesse en minéraux al-
térables et de leur rapport limon sur argile élevé. Il est cependant fort possible que certains de
ces sols puissent être classés dans le groupe des sols ferrugineux tropicaux lessivés. Mais les
variations texturales sont difficiles à interpréter en raison de l'hétérogénéité des alluvions et des
migrations obliques peuvent être invoquées pour expliquer les phénomènes d'accumulation de fer et
de manganèse.
Devant la diversité de ces sols, il est difficile de choisir parmi les nombreuses descriptions
de profils qui ont été faites un profil-type qui ait une valeur générale. Toutefois, les trois pro-
fils que nous donnons ci-dessous peuvent être considérés comme significatifs des types d'évolution
observés.
Profil N° 1 sur terrasse moyenne de pente faible (sol faiblement ferrallitique ferrisolique)
o- 15 cm brun-grisâtre (10 YR 4/2), humifère (+) sablo-argileux, structure nuciforme fine
moyennement développée, à cohésion faible, porosité élevée et chevelu racinaire
fin et dense.
15 - 45 cm brun-rouge (5 YR 4/4), faiblement humifère, sablo-argileux, polyédrique moyen fai-
blement développé. Cohésion de l'horizon forte, porosité moyenne légèrement "hu-
mide", en-dessous de 25 cm.
45 à 105 cm on passe progressivement à un horizon brun jaune (10 YR 5/8) argilo-sableux, pé-
nétration humifère par taches grises très nombreuses, farineux à agrégation élé-
mentaire microgrumeleux. La cohésion de l'horizon est moyenne et les racines sont
rares ou absentes.
105-l60cm progressivement apparaissent dans un matériau analogue à celui de l'horizon pré-
cédent, de nombreuses taches et petites concrétions sombres, légèrement durcies.
Profil N° 2 sur très légère pente (sol ferrugineux tropical lessivé ? ).
o- 15 cm gris clair (10 YR 4/2), sableux à structure grumeleuse fine bien développée, cohé-
sion faible, chevelu racinaire très fin.
15 - 50 cm un peu plus clair (10 YR 4/4), structure particulaire ; sableux, à cohésion un peu
plus forte, très bonne porosité, racines fines et moyennes nombreuses.
50 - 150 cm ocre-jaune (7,5 YR 5/6), sabla-argileux structure polyédrique fine, moyennement
développée, cohésion plus forte, porosité moyenne avec quelques taches noires, bien
individualisées, mais faiblement indurées, d'environ un cm de diamètre, entre 50
et 70 cm de profondeur.
43
La description et les résultats analytiques ci-dessus montrent que ce sol présente une cer-
taine analogie avec les sols ferrugineux tropicaux lessivés.
Profil N° 3 dans une dépression de la terrasse supérieure, on peut observer le sol hydromor-
phe à pseudogley suivant :
o - 10 cm brun humifère, finement sableux, à structure polyédrique moyenne, à faible cohé-
sion, nombreuses racines.
10 - 32 cm gris, de pénétration humifère diffuse, sableux fin, faiblement argileux avec des
petites taches faiblement indurées à la base de l'horizon.
Il existe aussi des sols hydromorphes à gley dans lesquels l'accumulation humifère est net-
tement plus importante sans qu'on puisse qualifier ces sols du nom d'organique ou même de moyen-
nement organique.
Enfin, sur la terrasse basse actuelle, les sols sont soit faiblement évolués et présentent un
profil AC peu différencié, soit hydromorphes à pseudogley et concrétions, soit hydromorphes à
gley.
44
LES "SOLS ALLUVIAUX"
Profils N° 1 2 3
Profondeur (cm) 0-10 50 100 0-20 50-60 HlO-121 0-10 30-40
Bases Echang.
(meq/100 g)
CaO 3,3 0,9 0,9 3,22 0, ln 1,2 11,76 2,12
MgO 0,8 0,15 0,13 2, 14 0,85 1,55 4,35 1,27
Kp 0,25 0,09 0,09 0,25 0,19 0,21 1,04 0,24
Na2 0 0,03 0,04 0,03 0,16 0,13 0,13 l, 0 0,16
Somme 4,38 l, 18 1, 15 5, 77 2,14 3,09 18,15 3,78
Cap. d'Echo
(meq/100 g) 7,6 2,3 2,5
taux saturation 0/0 57 51 46
pH 6,2 5,6 5,6 6,0 5,5 5,4 5,95 6,05
Ces deux catégories de sols sont représentées autour des lacs et marais qui occupent le fond
de dépressions fermées et de vallées sèches dans les parties basses de la plaine de Piedmont et.
dans une moindre mesure, dans la zone des Plateaux de la Vallée du NIARI et au pied des reliefs
calcaires.
Le régime de ces lacs et marais est, semble-t-il, complexe en raison d'une circulation sou-
terraine des eaux très variable. Le niveau des eaux, dans ces dépressions, peut être très différent
d'une année à l'autre et le maximum de hauteur ne correspond pas forcément au maximum de plu-
viométrie. C'est dire que les sols hydromorphes qui entourent ces lacs bénéficient d'un engorge-
ment plus ou moins prononcé et parfois variable d'une année sur l'autre.
Lorsque l'on s'éloigne de ces lacs, on observe toute une gamme d'hydromorphie plus ou moins
permanente et totale. Nous schématiserons cet ensemble de sols par les deux profils suivants :
- le premier est marqué par une hydromorphie de nappe de profondeur:
o 18 cm gris très sombre (+) (10 YR 3/1), accumulation humifère importante, argileux, à
structure grenue en surface puis polyédrique grossier à cohésion forte.
(+) lorsque ces horizons organiques argileux sont travaillés, ils bleuissent à l'air.
45
18 - 100 cm horizon de pénétration humifère par grosses trainées verticales noirâtres dans une
argile grise brunâtre-clair (2,5 Y 6/2) à structure polyédrique grossière à tendance
prismatique et à cohésion forte.
Plus de
100 cm : horizon de gley, gris clair, argileux à débit polyédrique avec quelques taches dif-
fuses ocre-rouille.
Dans d'autres profils analogues on observe un concrétionnement plus important avec la pro-
fondeur. Les taches ocre-rouille s'individualisent nettement et deviennent plus nombreuses et plus
cohérentes.
Lorsque l'on s'approche des marécages permanents, les sols, sous prairie marécageuse,
temporairement inondés, sont soumis à une hydromorphie permanente de profondeur.
o - 15 cm : brun-noirâtre, très humifère, polyédrique grossier à prismatique avec quelques ta-
ches rouille diffuses correspondant aux passages des racines.
15 - 28 cm brun-grisâtre sombre de pénétration humifère, polyédrique moyen avec encore des
taches rouille.
38 - 45 cm gris clair, argileux, micropolyédrique avec des petites masses cohérentes ocre-
rouille.
Plus de
45 cm gris blanchâtre, très compact avec des taches ocres sur le passage des racines,
nappe à 70 cm de profondeur.
Caractéristiques physico-chimiques :
Ces sols hydromorphes possèdent des textures assez variables suivant la zone dans lesquels
ils se trouvent, très argileux, comme ceux que nous venons de décrire, dans la zone des plateaux
de la Vallée du NlARI et plus sableux en approchant des collines schisto-gréseuses. Leur richesse
en bases est généralement médiocre, moins de 5 meq/100 g. de bases échangeables pour l'hori-
zon' supérieur, et les teneurs en matières organiques ne sont pas très élevées (5 à 6 % pour les
sols les plus argileux). C'est une matière organique moyennement évoluée seulement et riche en
acides fulviques.
L'utilisation de ces sols hydromorphes se limite à ceux dont les horizons supérieurs ne sont
pas touchés par une hydromorphie permanente (cultures temporaires en billon), car le drainage de
ces sols, faute d'exutoire à proximité, est généralement impossible et n'apporterait que des sur-
faces réduites de sols à richesse organique pas très élevée et à potentiel chimique médiocre.
En bordure des vallées et dépressions fermées, au-delà et généralement bien en dessus de
la zone des sols hydromorphes, on voit fréquemment affleurer des cuirasses ferrallitiques ou des
sols riches en éléments grossiers concrétionnés. Ces cuirasses conglomératiques sont peut-être
d'anciennes cuirasses de nappe, mais, à l'heure actuelle, par suite d'une inversion de relief, elles
apparaissent comme disloquées et formant des collines qui dominent les dépressions ainsi que le
paysage avoisinant. Les sols de ces collines sont, soit peu profonds ou graveleux dès la surface
soit, souvent, squelettiques sur cuirasse. Nous avons classé ces sols bordant les zones maréca-
geuses comme faiblement ferrallitiques modaux ou indurés érodés, parce qu'ils se prolongent en
continuité avec des sols faiblement ferrallitiques précédemment décrits (catégorie 1 et 2), mais
on pourrait également les considérer comme des sols d'érosion sur d'anciens sols ferrallitiques
concrétionnés ou indurés.
Cette dernière façon de voir remettrait en cause l'ancienneté probable des phénomènes de
pédogénèse qui ont donné naissance, au moins en partie, à la masse énorme de matériaux ferral-
litiques que nous trouvons rassemblés dans le niveau moyen de la majorité des sols de la Vallée
du NlARI.
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CONCLUSION
Dans ce rapide inventaire des sols de la Vallée du NIARI, nous avons essayé de rassembler
les principales données sur les facteurs de formation des sols, sur leurs caractéristiques physico-
chimiques et biologiques et sur leurs positions systématiques en fonction de la classification ac-
tuelle des sols.
Deux problèmes fondamentaux se posent et sont d'ailleurs liés :
- le premier est relatif à la genèse des nappes d'éléments grossiers (ferrallitiques ou
résiduels) que l'on observe dans ces sols.
- le deuxième, est relatif au rôle joué par les différents processus de pédogénèse qui
se sont succédés depuis le Précambrien, dans l'évolution des matériaux qui constituent les sols
actuels. Ces deux problèmes n'ont pu qu'être ébauchés et, en fait, sont encore mal connus et ex-
pliqués, ce qui fait que la classification pédogénétique que nous avons adoptée pour la légende de
la carte ne représente qu'une approximation en fonction des données actuelles.
Quels que soient les processus pédogénétiques, anciens ou récents, qui ont donné naissance
aux sols de la Vallée du NIA RI, il est possible d'établir un classement des différents sols étudiés
en fonction de leur potentialité :
- en premier lieu, nous placerons les sols alluviaux (9) dont le potentiel chimique est
généralement bon et dont les qualités physiques permettent d'envisager une intensification des cul-
tures, au besoin en drainant les zones trop hydromorphes et en irriguant pendant la saison sèche.
- en second lieu, nous plaçons les sols argileux de plateau (6 et surtout 1). Ces sols,
dont le potentiel chimique est moins intéressant, bénéficient, au départ, de propriétés physiques
favorables et peuvent être cultivés mécaniquement en raison des faibles pentes. C'est, à juste rai-
son, la zone de grande culture de la Vallée ; mais nous verrons, dans la deuxième partie de cet
exposé, quelles sont les méthodes culturales préconisées pour améliorer le potentiel chimique de
ces sols et leur conserver de bonnes qualités physiques.
Une mention particulière doit être faite pour les sols colluviaux de bas de pente que l'on
trouve dans et en bordure de la zone des Plateaux de la Vallée du NIARI. Ils bénéficient d'une
alimentation en eau supérieure et de propriétés chimiques plus intéressantes. La culture de ces
sols colluviaux, qui ne peut être envisagée que manuellement étant donné l'exiguité et la pente des
parcelles, peut être cepend,ant intensifiée.
Les sols argileux des Plateaux de Mouyondzi (6) , bien que dispersés en nombreuses unités
de faible extension, présentent des potentialités analogues à celles des Plateaux de la Vallée du
NIARI. Une intensification des cultures est possible, mais elle doit être poursuivie en entretenant
la fertilité de ces sols.
Les sols argilo-sableux à sablo-argileux de la Plaine de Piedmont (2) ont des potentialités
chimiques analogues à celles des sols argileux (1). Leurs propriétés physiques sont moins favora-
bles et la présence fréquente de nombreuses dépressions marécageuses et de sols peu profonds les
rend moins favorables pour la grande culture que les sols argileux de plateaux. Bien que la conduite
de ces terres soit encore plus délicate que pour les sols de la catégorie 1, une exploitation semi-
intensive agro-pastorale, en mettant l'accent sur cette deuxième spéculation, peut être envisagée.
En quatrième position, nous placerons les sols colluviaux, situés au pied des reliefs cal-
caires (partie de 8), les surfaces utilisables sont très dispersées et difficiles à évaluer, mais leur
potentiel chimique est bon et on y voir de belles cultures.
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La conservation des sols de la catégorie 5. sur Schisto-gréseux, exigerait d'abandonner
presque totalement les cultures vivrières sur les pentes. Mais ces Plateaux Badondos sont rela-
tivement très peuplés et il est évident que les terres des sommets de collines et des quelques
vallées séparant les buttes-témoins du Plateau des Cataractes ne peuvent suffire étant donné le type
extensif de culture utilisé.
Les sols des collines de la rive droite (3 et 4) constituent des terroirs agricoles de faible
valeur, car seuls les sols de sommet de collines et quelques sols colluviaux occupant des surfaces
réduites, peuvent être cultivés. La vocation des autres terres étant surtout sylvo-pastorale.
Enfin, les sols marécageux de la zone des lacs (10), ne peuvent être utilisés que très par-
tiellement, et d'une manière le plus souvent temporaire. Les travaux de drainage paraissent trop
délicats et nécessiteraient des investissements importants. Ils ne seraient probablement que peu
justifiables.
Ces sols de la Vallée du NIARI présentent donc des potentialités diverses, souvent médiocres,
mais parfois intéressantes. La mise en valeur de certaines de ces terres qui a été entreprise es-
sentiellement depuis 1946, s'est cependant heurtée à de nombreuses difficultés dOes, au départ, à
une connaissance insuffisante des caractéristiques des sols, ainsi que des méthodes de conservation
à leur appliquer.
Toutefois, les recherches pourSUiVieS par les pédologues de l'O. R. S. T. O. M. en liaison
étroite avec les Instituts et Stations de Recherches Agronomiques, ont permis de préciser les cau-
ses de dégradation des sols sous l'action des cultures et de mettre au point des méthodes cultura-
les conservatrices et améliorantes.
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RÉPUBI.IQUE DU CONGO