0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
10 vues43 pages

Amandry Platea

Le document présente une étude sur la collection d'armes et de lébès en bronze de Paul Canellopoulos, détaillant notamment des casques corinthiens et un casque illyrien. Les dimensions, la provenance et les caractéristiques stylistiques de ces pièces sont analysées pour établir leur datation et leur classification. L'article contribue à la compréhension de l'évolution des armements grecs à travers des exemples spécifiques et des comparaisons avec d'autres artefacts archéologiques.

Transféré par

mavaldesguia
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
10 vues43 pages

Amandry Platea

Le document présente une étude sur la collection d'armes et de lébès en bronze de Paul Canellopoulos, détaillant notamment des casques corinthiens et un casque illyrien. Les dimensions, la provenance et les caractéristiques stylistiques de ces pièces sont analysées pour établir leur datation et leur classification. L'article contribue à la compréhension de l'évolution des armements grecs à travers des exemples spécifiques et des comparaisons avec d'autres artefacts archéologiques.

Transféré par

mavaldesguia
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Bulletin de correspondance

hellénique

Collection Paul Canellopoulos (I). Armes et lébès de bronze


Pierre Amandry

Citer ce document / Cite this document :

Amandry Pierre. Collection Paul Canellopoulos (I). Armes et lébès de bronze. In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 95, livraison 2, 1971. pp. 585-626;

doi : https://doi.org/10.3406/bch.1971.4863

https://www.persee.fr/doc/bch_0007-4217_1971_num_95_2_4863

Fichier pdf généré le 18/08/2020


COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS (I)

jusqu'aux
cellel'art
importante
de
choix.
une
la
autoriser
dans pente
Demaison
que
une
par
La
toutes
grec,
M.
série
l'École
lecollection
septentrionale
temps
nombre
de
Paul
àles
d'articles
toutes
style
modernes,
française
collections
Canellopoulos
ades
néoclassique
les
étéqui
pièces,
de
époques,
offerte
àyparaîtront
privées
l'Acropole.
publier
sont
qui
a àconstruite
constituée
du
représentées
dépasse
l'État
qui
un
3edans
M.
existent
millénaire
choix
grec
six
Canellopoulos
le
à Athènes
au Bulletin
et
mille.
par
d'objets
milieu
actuellement
doit
avant
des
Toutes
être
du
est
de
pièces
del'ère
Correspondance
xixe
la
ainstallée
sales
plus
bien
de
chrétienne
collection,
en
siècle
branches
premier
Grèce,
voulu
dans
sur

Hellénique, avec l'assentiment de M. Spyridon Marinatos, Inspecteur


Général du Service archéologique.

Armes
1. Casque corinthien (fîg. 1).
Hauteur, du sommet de la calotte à la pointe inférieure du couvre-joue (A) :
22,5 cm ; au bord du couvre-nuque (B) : 21,5 cm. Longueur, du bord du couvre-
nuque à la pointe inférieure du couvre-joue (G) : 23 cm ; du bord du couvre-nuque
à l'extrémité du nasal (D) : 24,5 cm. Largeur d'un bord à l'autre, à l'endroit de la
retraite entre couvre-joue et couvre-nuque (E) : 18 cm. Distance entre les pointes
des ouvertures oculaires (F) : 12 cm. Distance du haut de l'ouverture oculaire à
l'extrémité du nasal (G) : 6,5 cm ; à la pointe inférieure du couvre-joue (H) : 13 cm.
Hauteur du couvre-joue, de l'angle supérieur à l'angle inférieur (I) : 8 cm. Distance
entre les couvre-joues, aux angles supérieurs (J) : 6,5 cm ; aux angles inférieurs
(K) : 8,5 cm. Les deux couvre-joues ayant été brisés et réparés, certaines mesures
peuvent en être légèrement affectées. Trois sillons parallèles incisés le long du
bord, le premier et le deuxième (à partir du bord) étant séparés par un intervalle
plus large que le deuxième et le troisième. Provenance indiquée : Péloponnèse.
Fig. 1. — Casque corinthien 1.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 587

Fig. 2. — Casque corinthien 2.~

2. Casque corinthien (fig. 2 et 3).


Dimensions : (A) 21 cm ; (B) 21 cm ; (G) 23 cm ; (D) 24,5 cm ; (E) 19 cm ;
(F) 12 cm ; (G) 6,5 cm ; (H) 14 cm ; (I) 9,5 cm ; (J) 6,5 cm ; (K) 8 cm. Décor incisé
le long du bord : languettes doubles entre deux sillons vers l'extérieur et trois
vers l'intérieur. Provenance indiquée : Péloponnèse.
Les deux casques appartiennent au groupe bien distinct, parmi les
casques corinthiens, qui a été baptisé par Emil Kunze « groupe de Myros »,
du nom du propriétaire d'un de ces casques1.
La datation de la série repose essentiellement sur une comparaison
stylistique entre les lions gravés sur le front de deux de ces casques et les
lions peints sur des vases corinthiens de la fin du vne siècle2. On répartit
les exemplaires du groupe de part et d'autre de cette date, d'après des

(1) Olympia-Bericht VII (1961), p. 77-116.


(2) Casque d'Olympie : Olijmpia-Bericht III (1941), p. 109-110, pi. 41, 1 ; VII (1961), n° 42,
p. 84, pi. 54-55. Casque de Delphes : BCH 73 (1949), p. 439-440, pi. 24. Sur la date de ces casques :
E. Kunze, Ol.Ber. VII, p. 104 ; A. Snodgrass, Early Greek Armour and Weapons (1964), p. 25.
588 PIERRE AMANDRY, [BCH 95

Fig. 3. — Casque corinthien 2.

détails de structure où l'on croit déceler des signes d'évolution : courbure


de l'occiput, extension du couvre-nuque, effîlement, du couvre-joue,
rétrécissement du nasal en . son milieu.
D'après ces critères, le casque Λ. serait un peu antérieur aux deux
casques à décor gravé et au casque de Myros lui-même, qu'on situe vers 600.
Il daterait donc du dernier quart du vue siècle 3. Le casque 2 serait un peu
plus récent que le casque de Myros et se placerait au premier quart du
vie siècle4.
Les indices chronologiques tirés de la structure des casques méritent,
à tout prendre, plus de considération que ceux qu'on chercherait à découvrir
dans le choix des motifs décoratifs, simples et banals, qui sont incisés
le long des bords. Le décor du casque 1 se retrouve, plus fortement accusé,

(3) Sa structure le rapproche particulièrement de deux casques d'Olympie, Ol.Ber. VII, Β


5060, n° 15, pi. 34, 2 et 35, 1, et Β 2604, n° 1, pi. 21, qui, dans la classification de E. Kunze, sont
séparés par un quart de siècle, l'un étant rangé dans le premier groupe (« protocorinthien »),
l'autre parmi les exemplaires les plus récents du deuxième groupe {« corinthien ancien »).
(4) II est semblable au casque d'Olympie Β 2192, Ol.Ber. VII,- n° 27, pi. 40.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 589

et avec un sillon de plus de part et d'autre, sur un casque qu'on range dans
le groupe le plus récent, au premier quart du vie siècle5. Inversement,
le décor du casque 2 apparaît déjà sur deux casques classés dans le groupe
le plus ancien, au troisième quart du vne siècle, et reparaît sur un casque
apparenté à celui de Myros 6.

.
3. Casque « illyrien » (fig. 4 et 5).
Fait d'une seule pièce. Hauteur, du sommet de la calotte à la pointe des couvre-
joues : 27,5 cm ; au bord du couvre-nuque : 20 cm. Longueur : 22 cm. Largeur,
mesurée d'un bord à l'autre, entre les pointes des angles que font le couvre-joue
et le couvre-nuque à leur point de rencontre : 18 cm. Dimensions de l'ouverture
faciale : largeur, en haut : 11 cm ; en bas : 11,5 cm ; hauteur : 15,5 cm. Un trou sur
le front et deux à la nuque, pour la fixation du cimier. Petits trous régulièrement
espacés le long du bord ; six clous à large tête bombée encore en place. A la pointe
de chaque couvre-joue, en arrière de la rangée de petits trous, un trou de diamètre
double pour le passage de la monture d'une jugulaire. Sur le couvre-joue droit,
le long du bord de l'ouverture faciale, inscription gravée sur une longueur de 9 cm.
Provenance indiquée : Grèce du Nord. ,
Les traits les plus caractéristiques du casque de . la collection
Canellopoulos sont : la forme . orthogonale de la «lucarne» faciale, la
grande ouverture des angles, d'une part à la pointe du couvre-joue, d'autre
part au point de rencontre entre couvre-joue et couvre-nuque (qui se situe
à peu près à mi-hauteur du bord vertical de la « lucarne »), le profil de la
partie postérieure, où la calotte et le couvre-nuque se rencontrent à angle
obtus.
D'après les indices d'évolution qu'Emil Kunze a décelés dans la
structure du casque « illyrien » 7, celui-ci serait à dater du deuxième quart
du vie siècle ou, au plus tard, du milieu du siècle8.
L'inscription, en alphabet corinthien du vie siècle, ne contredit pas
à cette datation.
L'omicron est beaucoup plus petit que les autres lettres, selon l'usage
corinthien9. Le cercle n'est pas gravé : la lettre a été emboutie au moyen d'un outil

(5) OLBer. VII, Β 4170, n° 3, pi. 22, p. 93, fig. 43 a.


(6) Ol.Ber. VII, p. 93, fig. 43 i ; Β 5060, n° 15 (rapproché, pour la structure, du casque 1 :
note 3) ; Β 2772, η» 16, pi. 33 ; p. 102-103, fig. 49-50.
(7) Dans deux études fondamentales sur ce type de casque : Ol.Ber. VI (1958), p. 125-151 ;
Ol.Ber. VIII (1967), p. 116-135. .
(8) Le casque Canellopoulos serait plus récent que le casque d'Olympie Β 1557 {Ol.Ber. VI,
pi. 47-48) et qu'un easque de Kozani (ArchEph, 1948-1949, p. 102, fig. 19). Il serait un peu plus
ancien qu'un casque de Londres, BM 1914.4-8.1 (Ol.Ber. VI, pi. 51-52), que le casque Stathatos
(Coll. Stathatos I, pi. XX) et que les trois casques les plus anciens de Trebenichte (Filow, Arch.
Nekr. von Trebenischte, nos 114-116, p. 79-83).
(9) L. H. Jeffery, Local Scripts of archaic Greece (1961), pi.· 18-21.
590 PIERRE AMANDRY [BCH 95

cylindrique à tôte plate, probablement muni d'une pointe au centre, à moins


que le point n'ait été marqué après coup10.'
Les trois branches de Viola sont habituellement inclinées, dans les inscriptions
corinthiennes, donnant ainsi à cette lettre l'aspect que présente le sigma dans


d'autres alphabets. Ici, la barre médiane est horizontale, et les deux autres lui
sont à peu près perpendiculaires.
L'iofa à trois branches n'apparaît à Corinthe, dans les inscriptions
peintes sur vases, qu'au deuxième quart du vie siècle, sur les vases de style
corinthien récent11. La forme plus ancienne, à quatre branches, subsiste
concurremment avec la nouvelle, souvent sur le même vase, parfois dans
le même mot12. Les deux formes coexistent encore dans la deuxième
moitié du vie siècle : on les trouve toutes deux sur des tablettes de bois
peint de Pitsa, mais pas sur une même tablette13.
L'inscription peut donc être datée du deuxième quart ou de la deuxième
moitié du vie siècle. Sa gravure n'est d'ailleurs pas nécessairement
contemporaine de la fabrication du casque.
«J'appartiens à Pai(w)ôn », dit l'inscription. Il est constant à l'époque
archaïque — et l'usage ne s'est pas perdu à l'époque classique — qu'un
objet proclame lui-même, à la première personne, le nom de son possesseur,
— que celui-ci soit un homme ou une divinité14.
Avant la fin du vme siècle, on lit sur des vases de terre cuite : « Je suis
la coupe de Korakos15 », « Je suis la coupe de Nestor où il fait hon boire »16.
L'inscription «J'appartiens à Phidias», gravée sous un pichet qui avait
été jeté au rebut avec les déchets de la statue de Zeus à Olympie, est le
plus célèbre des graffiti de cette espèce, dont la liste est longue.

(10) Sur la technique employée pour les lettres rondes dans les inscriptions sur métal, cf.
S. Casson, AJA 39 (1935), p. 511-515 ; G. Richter, AJA 43 (1939), p. 196 n. 4.
(ll)-H. Payne, Necrocorinthia (1931), p. 160; L. H. Jeffery, Local Scripts, p. 115;
R. Arena, Le iscrizioni corinzie su vasi (MemLinceit Ser. VIII, vol. XIII, fasc. 2, 1967), p. 61.
Un seul exemple d'iota à trois branches dans le style corinthien moyen : Arena, n° 29, p. 86-87.
(12) Les vases recensés ci-dessous sont tous de style corinthien récent. La lettre Ρ se réfère
à la numérotation de Payne, Necrocorinthia, p. 161-169, — la lettre A à celle d'ARENA, Iscrizioni
corinzie su vasi, p. 65-126. L'io/α à trois branches se trouve seul sur les vases suivants : P43
(A 58), Ρ 44 (A 59), Ρ 69 (A 87), Ρ 72. Les formes à trois et à quatre branches coexistent sur les
vases suivants : Ρ 37 (A 51), Ρ 38 (A 52), Ρ 39 (A 53), Ρ 46 (A 60), Ρ 47 (A 61), Ρ 48 (A 62),
Ρ 60 (A 73), Ρ 61 (A 72), Ρ 62 (A 74), Ρ 66 (A 79), Ρ 67 (A 90), Ρ 70 (A 88), A 75.
(13) EAA, s. v. « Pitsa » (A. K. Orlandos).
(14) Un choix d'inscriptions gravées sur des monuments ou sur des objets divers, où ces
monuments ou ces objets s'expriment eux-mêmes à la première personne, a été réuni par
M. Burzachechi, « Oggetti parlanti nelle epigrafi greche », Epigraphica 24 (1962), p. 3-54.
(15) L. H. Jeffery, Local Scripts, p. 347, 356 n° 1, pi. 67, 1 ; P. J. Rus in Ugaritica VI
(1969), p. 450, flg. 6, n° 4.
(16) Jeffery, op. cit., p. 235-236, 239 n° 1, pi. 47, 1 ; H. Metzger, BEA 67 (1965), p. 301-
305 ; A. E. Raubitschek in L'épigramme grecque (Entretiens sur l'Antiquité classique, Fondation
Hardt, XIV, 1967 11968]), p. 9-11.
Fig. 4. — Casque illyrien 3.
592 PIERRE AMANDRY [BCH 95

En revanche, peu nombreux sont les casques où soit inscrit le nom


du propriétaire : on en connaît quatre17. Peut-être cette rareté est-elle
simplement due au fait que le métal se laisse inciser moins aisément que
l'argile, et que le souci d'un bon résultat impliquait le recours aux services
d'un graveur.
Sur un des couvre-joues de chacun de deux casques corinthiens,
provenant probablement pour l'un et sûrement pour l'autre d'Olympie,
sont gravés respectivement, au génitif, les noms des propriétaires :
« A Myros », « A Hyrkos »18. Au ve siècle, sur le front d'un casque « illyrien »
provenant aussi d'Olympie, ont été gravées en pointillé deux lignes dont
le texte devait être à peu près identique. Celui de la deuxième ligne semble
devoir se lire : «J'appartiens à Werzas (?) »19. Au début du 111e siècle,
le couvre-nuque d'un casque thrace, retrouvé près du lac d'Ochrida,
a reçu, en pointillé, une estampille : « Au roi Monounios »20.
Quant un objet est dédié à une divinité, les inscriptions se partagent
en deux groupes. Les unes évoquent l'acte de l'offrande, les autres. son
résultat. Dans le premier cas, le nom du dédicant (peuple ou particulier)
figure en tête, au nominatif. Le texte comporte, en outre, ou peut comporter
(un ou plusieurs éléments étant souvent sous-entendus), un verbe
signifiant offrir ou consacrer, — la désignation de l'objet offert, ou le pronom
de la première personne, à l'accusatif, — le nom de la divinité à qui il est
consacré, au datif, — la mention de l'origine ou de l'occasion de l'offrande,
en particulier quand il s'agit de butin. Dans le deuxième cas, la divinité,
à qui l'offrande a transféré la-propriété de l'objet, est nommée, au génitif ;
son nom figure seul, ou bien précédé d'un des mots ιερός ou ειμί, ou bien
de ces deux mots21., Le nom divin est souvent aussi précédé de l'article,
mais ce n'est pas une règle constante22.

(17) Je laisse de côté une plaque de bronze de Delphes, portant quelques lettres gravées :
P. Perdrizet, FD V, n° 700, p. 130, fig. 484 ; Ε. Kunze, Ol. Ber. VII, p. 113. Il n'est pas sûr
qu'il s'agisse d'un couvre-joue. Le sens de l'inscription n'apparaît pas clairement ; la lecture de
P. Perdrizet doit être corrigée pour la dernière lettre, qui est un psi.
(18) E. Kunze, Ol.Ber. VII, p. 82 n° 31, p. 113, pi. 46, 1 ; VIII, p. 109, pi. 33, 4 et 43, 1-2.
(19) B. Schroder, Jdl 27 (1912), p. 342, Beil. 11, 4 et 7 et 15, 5 ; E. Kunze, Ol.Ber. VI,
p. 145-146, pi. 55.
(20) B. Schroder, loc. cit., p. 327, Beil. 11, 6 et 12, 6. Sur ce roi, cf. RE, s. v. « Monunios ».
Comme Th. Wiegand l'avait indiqué dans la première publication du casque, à laquelle
B. Schroder se réfère, il s'agit presque sûrement d'un casque d'homme de troupe tiré des magasins
royaux, et non du casque personnel du roi. Le cas est le même que celui des casques, boucliers et
carquois inscrits au nom des rois ourartiens, ou que celui de la vaisselle portant le nom des
souverains achéménides, ou que celui des livres de piété reliés aux armes des rois de France.
(21) Sur ces formules, cf. M. Burzachechi, loc. cit. [supra, note 14) ; W. House, Greek
votive offerings (1902), p. 322-334 ; E. Kunze, Ol.Ber. VIII, p. 83-89.
(22) Quelques exemples d'un nom de divinité au génitif, sans article ni verbe : Ol.Ber. VII,
p. 81 n° 23 et p. 112 (= Jeffery, Local Scripts, p. 224 n° 6, pi. 44) (casque : Zeus), Ol.Ber. VIII,
p. 86 et fig. 29, 2, p. 123 n° 36, p. 87 et pi. 30, 2-3 (casques et talon de lance : Zeus), Jdl 27
(1912), p. 342, Beil. 11, 5 et 16, 2 (casque : Athéna), A. de Ridder, Bronzes Acrop. (1896), nos 287,
307 (talons de lance : Athéna), A. de Ridder, Bronzes Soc. arch. (1894), n° 10 (trépied bas :
Apollon). Exemple d'un nom de divinité au génitif, sans article, mais suivi du verbe ειμί : Arena,
Jscrizioni corinzie su vasi, p. 92 n° 41 (cratère corinthien de terre cuite : Apollon).
Fig. 5. — Casque illyrien 3 : inscription.

11
594 PIERRE AMANDRY ÎBCH 95

La formule « J'appartiens à Pai(w)ôn » peut donc convenir aussi bien


à un homme qu'à un être divin. Le nom lui-même n'impose pas d'emblée
le choix de l'une ou de l'autre explication. Or, il demeure le seul élément
d'appréciation, — les indices qu'auraient pu fournir le lieu et les conditions
de trouvaille ayant disparu.
L'inscription a été gravée en Corinthie ou dans un territoire colonisé
ou administré par des Corinthiens. Si le casque a été trouvé en Grèce
septentrionale, il provient de la région de Potidée ou d'Olynthe23. Quel
crédit mérite l'indication donnée par le vendeur ? La concordance entre
les noms attribués aux divers types de casques et les régions d'où sont
censés provenir les casques de la collection Ganellopoulos n'est pas sans
inspirer quelque inquiétude sur la véracité de cette indication : casques
«corinthiens» du Péloponnèse (ci-dessus, let 2), casque « illyrien » de
Grèce du Nord, casque « chalcidien » d'Eubée (ci-dessous, 4). En revanche,
il est établi que des sites antiques de Chalcidique sont fouillés
clandestinement depuis une quarantaine d'années, et que de nombreux objets
de la collection Canellopoulos, comme d'autres collections d'Athènes,
proviennent de cette région24. La plupart des objets présentés sur le marché
semblent provenir de tombes25. Si c'était le cas pour le casque, le nom
inscrit sur le couvre-joue aurait toute chance d'être celui du propriétaire26.
Mais la ville de Potidée et ses environs n'ont fait pratiquement l'objet
d'aucune exploration scientifique27, et le nombre de pierres antiques
entassées au long des rues et au coin des champs laisse entière la possibilité
qu'on y ait découvert fortuitement les restes d'un sanctuaire ou quelque
dépôt votif28.
Comme nom d'homme, Παίων est attesté par trois exemples, à l'époque
hellénistique : un à Athènes29, deux en Egypte30. Si le nom gravé sur le

(23) Jeffery, Local Scripts, p. 363-364."


(24) Un choix d'objets macédoniens de la collection Canellopoulos sera publié ultérieurement.
Pour la collection Stathatos, cf. Coll. Stathatos I (1953), p. 35-72 ; III (1963), p. 100-103, 191-193,
197-214. Pour la collection Bénaki : Th. Macridis, ArchEph 1937, p. 512-521 ; un millier environ
de petits objets sont inédits.
(25) Un cimetière, déjà partiellement pillé, a été fouillé près - de Néa Syllata :
Ph. Papadopoulou, ArchDelt 19 (1964) I, p. 84-112:
(26) Trouver dans une tombe un objet dédié à une divinité est exceptionnel. Gomment une
phiale d'argent, offerte à Athéna dans un sanctuaire de Mégare au début du ve siècle, est-elle
parvenue en Macédoine, où elle a été déposée dans une tombe, à Kozani, un siècle et demi plus
tard ? Cf. V. Kallipolitis et D. Feytmans, ArchEph 1948-1949, p. 92-96 ; Jeffery, Local
Scripts, p. 135.
(27) Cf. J. A. Alexander, Potidaea (1963), p. 6-7.
(28) Des objets de bronze, acquis par le Musée Britannique, ont été présentés comme
provenant de Potidée : J. Forsdyke, BMO 6 (1931-1932), p. 82-83 ; 8 (1933-1934), p. 108-109.
(29) Sur une colonnette funéraire, IG II2, 6855 : 'Ιάσων Παίονος Μελιτεύ[ς] (me/iie siècle
av. J.-C, d'après l'écriture). Cf. F. Bechtel, Hist. Personennamen (1917), p. 541.
(30) P. Pelrie II, 30 (b), 1. 17 : Παίων Πατρόκλου (me siècle av. J.-C). M. Launey,
Recherches sur les ]armées hellénistiques, I, p. 311, n. 5, a supposé que ce personnage était d'origine
macédonienne : plusieurs autres, dans la môme liste, portent des noms macédoniens. — Ostr.
Wilcken, 334, 1. 4 ; W. Peremans et E. Van't Dack, Prosopographia Plolemaica, V (1963),
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 595

casque est celui d'un homme, on peut supposer que, au vie siècle, on avait
déjà oublié sa relation originelle avec l'ethnique d'un peuple macédonien ;
sans quoi, il serait .probablement précédé de l'article31.
Dans l'Iliade intervient un dieu guérisseur nommé Παιήων. On reconnaît
déjà ce nom sur des tablettes de Cnossos32. A l'époque classique, sous
les formes Παιών en ionien-attique et Παιάν en dorien, ce nom a été accolé
à celui d'Apollon, d'Asclépios, de Dionysos et d'autres divinités, avec
lesquelles le dieu homérique s'est plus ou moins confondu33. Même employé
seul, il est douteux, dans beaucoup de cas, que ce nom désigne une divinité
distincte d'Apollon ou d'Asclépios. Cependant, dans certains endroits,
le dieu des temps anciens a pu conserver une personnalité propre, au moins
comme héros34.
Le nom du dieu guérisseur a été mis en relation avec celui de l'ancêtre
éponyme des Péoniens35. Les héros guérisseurs étaient nombreux en
Grèce du Nord, — nombreux aussi, de la Ghalcidique à la Crimée, les
cultes d'Apollon, attestés par des inscriptions et par des monnaies, où le
dieu jouait un rôle de guérisseur que souligne, en plusieurs endroits,-
l'épithète 'Ιατρός ou Ίητρός. Si le casque a été trouvé en Grèce du Nord,
on l'imaginerait dédié dans un sanctuaire champêtre de Macédoine à
quelque héros guérisseur, comme les casques pris aux hommes de Télèphe
par les Achéens lors de leur débarquement en Mysie, qui, selon une tradition

12928 (Diospolis Magna, milieu du ne siècle av. J.-C.) — A l'époque impériale, on connaît un
Παίων Σιδήτης, poète itinérant, dont le nom figure dans deux épigrammes gravées sur le Colosse
de Memnon, probablement entre 89 et 91 (G. Kaibel, Epigrammata ■ Graeca [1878], 1006 et
1007 ; A. et E. Behnand, Les inscriptions du Colosse de Memnon [1960], 11 et 12), et un Πόπλιος
Αΐλιος Πομπηϊανός Παίων Σιδήτης nommé dans une inscription de Nysa, sous Antonin le
Pieux (A. Wilhelm, OJh 24 [1929], p. 191). De l'avis de M. Louis Robert (à qui je dois la plupart
des indications contenues dans cette note et dans la précédente), il s'agit d'un seul et même
personnage : cf. A. et E. Bernand, op. cit., p. 50-51. De toute façon, dans ce cas, Παίων devait
être un surnom, adopté par ce poète pour des raisons professionnelles.
(31) Dans une étude sur l'origine des peintres et potiers d'Athènes portant des noms tirés
d'ethniques, Ch. Dugas a estimé que la présence, exceptionnelle, de l'article devant le nom de
Lydos, dans les deux signatures actuellement connues de ce peintre, n'autorisait aucune conclusion
quant à son origine : Mélanges Glolz (1932), I, p. 335-340 (= Recueil Charles Dugas [1960], p. 13-
17). Selon lui, ό Λυδός n'aurait été qu'un surnom. Mais el Greco, il Veronese, il Perugino étaient
aussi des surnoms.
(32) M. Ventris et J. Chadwick, Documents in Mycenaean Greek (1956), p. 216 et 208.
(33) Cf. Pape-Benseler, Eigennamen9 (1863-1870), s. υ. Παίων et Παιών ; H. Usener,
Gotternamen (1896), p. 153-155; F. Bechtel,· Gr. Dial. Ill (1924), p. 66; Eisele in Roscher,
Lexikon, s. v. « Paian u. Paion » ; RE, s. v. « Paian », col. 2340-2345 (v. Blumenthal) ; Liddell-
Scott-Jones, Lexicon, s. υ. Παιάν.
(34) IG XII, Suppl., 675 et Add. p. 218 : he]poov Παιέονος (Chalcis, probablement lre moitié
du ve siècle). Cf. Jeffery, Local Scripts, p. 87 n° 4.
(35) G. H. Macurdy, CIRev 26 (1912), p. 249-251 ; Language 6 (1930), p. 297-303. Sur
l'éponyme des Péoniens : RE, «. v. « Paiones » ; Roscher, Lexikon, s. v. « Paian u. Paion », col.
1251. Trois ascendances différentes étaient attribuées à ce personnage : il était fils d'Endymion,
roi d'Élis, et s'était exilé dans la région de l'Axios, par dépit d'avoir été défait par son frère
Épeios au concours institué par le roi entre ses fils pour désigner son successeur ; il était aussi
fils de Poseidon et de Hellé, ou fils d'Autarieus.
Fig. 6. — Casque chalcidien 4.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 597

antique, avaient été exposés, à une quarantaine de stades de Smyrne,


près d'une source thermale dont l'eau avait guéri les blessures des soldats
achéens, et à laquelle restait attaché, à l'époque impériale, le nom
d 'Agamemnon 36.
Mais l'identité du dieu guérisseur et de l'ancêtre des Péoniens n'est
qu'une hypothèse, reposant sur un rapprochement entre les deux noms
qui n'a pas convaincu tous les linguistes37. Il n'en reste pas moins que
plusieurs personnages mythiques ont porté le nom de Παίων38, et que,
même sans aucun lien avec le dieu-médecin, et même ailleurs qu'en Grèce
du Nord, l'un d'eux a pu être honoré d'un culte.

4. Casque « chalcidien » (fig. 6).


Hauteur, du sommet de la calotte au couvre-nuque et au bas du couvre-joue :
respectivement 17,5 cm et 25,5 cm. Longueur, du couvre-nuque au bord antérieur
du couvre-joue et à la pointe du nasal : respectivement 20 cm et 21,5 cm. Échan-
crure auriculaire haute de 4 cm, à partir du couvre-nuque. Un trou de 0,5 cm de
diamètre est percé de chaque côté, un peu en avant du haut de cette échancrure.
Largeur, mesurée d'une échancrure auriculaire à l'autre : 15,5 cm. Distance entre
les pointes des angles formés par la rencontre des bords des ouvertures oculaires
et des couvre-joues : 7 cm. Distance entre la pointe d'un de ces angles et le bord
supérieur de l'ouverture oculaire correspondante : 5 cm. Rebord renforcé, en
légère saillie, large de 1 mm au couvre-joue et de 5 mm à l'ouverture oculaire.
Le nasal mesure à peu près 3,5 cm de long à partir de l'endroit où il se détache
du front ; sa largeur ne dépasse pas 0,5 cm. Provenance indiquée : Eubée.
Ce casque de type « chalcidien » appartient au groupe à couvre-joue
« en faucille »39. Comme d'autres exemplaires du même groupe, il présente
des traits qu'on rencontre aussi dans des casques de type corinthien datant
de la fin de l'archaïsme40 : rétrécissement rapide de la calotte vers le haut,
saillie marquée de la partie occipitale de la calotte par rapport au couvre-
nuque, profil presque rectiligne et hauteur relativement faible du couvre-
nuque, étroitesse du nasal.

(36) Philostrate, Heroicus, III, 35 (691).


(37) Cf. à propos de l'hypothèse de G. H. Macurdy (supra, note 35 : passage de Παιάων à
Παίων), les réserves plus ou moins fortement marquées par plusieurs savants : P. Kretschmer,
Glotta 21 (1933), p. 176-177 ; von Blumenthal, RE, s. v. « Paian », col. 2344 (1942) ; H. Frisk,
Griech. Etym. Wôrterbuch, s. ν. παιάν (1965). A propos du casque de la collection Canellopoulos,
M. Olivier Masson estime que, s'il s'agissait du nom divin, on attendrait une forme telle que
*Παια/ονος.
(38) Cf. les études citées plus haut, notes 33 et 35*
(39) E. Kunze, 01. Ber. VIII, p. 144-160.
(40) Par exemple : Olympie Β 5168, 4413 et 5172, Ol.Ber. VIII, p. 88 et 100-103, pi. 37-39.
(les deux derniers dédiés à Zeus par la ville de Rhégion). Autres casques corinthiens du m$me
type : E. Kunze, Festschrift fur Cari Weickert (1955), p. 7-21,
598 PIERRE AMANDRY [BCH 95

>* il·»·

Fig. 7. — Talons de lance 5 et β (3:5).


1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 599

Ces casques « chalcidiens » et « corinthiens » doivent être proches les


uns des autres dans le temps. A la frise du trésor de Siphnos, qui offre
plus d'une vingtaine d'exemples de casques corinthiens, le passage de la
calotte au couvre-nuque se fait selon une courbe continue, sans ressaut,
et le couvre-nuque s'incurve profondément. Il en est encore de même sur
des vases d'Euphronios. La rupture du profil, avec un ressaut nettement
marqué entre la calotte et le couvre-nuque, est accomplie à l'époque des
guerres médiques, dans les types « corinthien » et « chalcidien » ^, II est
difficile de préciser combien de temps dure cet usage,, dans l'un et l'autre
types, car il s'agit alors de répétition, de routine et de survivance.
Pour les raisons qui ont été indiquées plus haut, à propos du casque
« illyrien », l'indication de provenance n'inspire qu'une confiance limitée.
Un casque « chalcidien », trouvé dans le cimetière de Néa Syllata, en
Chalcidique, ressemble à celui de la collection Ganellopoulos, à quelques
détails près : passage de la calotte au couvre-joue plus amorti, ouverture
oculaire moins ample42. La même provenance, pour le casque Canellopoulos,
ne serait pas invraisemblable.

5. Talon de lance (fig. 7, à gauche).


Longueur : 26,5 cm. Douille circulaire, de 2 cm de diamètre en haut, longue
de 10,5 cm. La douille présente, à l'extérieur, de haut en bas, d'abord une surface
lisse sur une longueur de 2,5 cm, puis une série de onze anneaux séparés l'un de
l'autre par deux filets. La douille est séparée de la pointe, extérieurement, par
un bourrelet en forte saillie. Mais, à l'intérieur, il n'y a pas de séparation entre
les deux parties du talon ; la pointe est creuse presque jusqu'au bout (un fil de
fer s'enfonce sur une longueur de 23,5 cm). Pointe de section carrée et de forme
pyramidante ; largeur d'une face, en haut : 1,8 cm ; en bas : 0,5 cm. Le bout de
la pointe est usé ; mais la longueur est presque complète. Le passage de la douille
circulaire à la pointe carrée se fait par l'intermédiaire de huit pans coupés qui,
deux à deux, forment des espèces de feuilles dont la nervure est prolongée par
une des arêtes de la pointe.

6. Talon de lance (fig. 7, à droite).


Longueur : 25 cm. Même type que le précédent. Mais la douille, de 2 cm de
diamètre en haut, longue de 10 cm, ronde à l'extérieur sur une longueur de 2,2 cm,
présente ensuite dix facettes dans le, sens de la longueur. Un trou, irrégulier et
peut-être fortuit, se voit dans la partie unie de la douille. Deux autres, de 2 mm
de diamètre, sont forés dans deux facettes diamétralement opposées, à 3,5 cm
du bord supérieur. La pointe s'arrondit vers l'extrémité (presque complète).

(41) Avec couvre-nuque incurvé sur des vases de Douris, presque rectiligne sur des vases
du peintre de Kléophradès.
(42) Ph. Papadopoulou, ArchDelt 19 (1964) I, p. 85-89, pi. 54 ; E. Kunze, Ol.Ber. VIII,
p. 149 et 153-154.
600 PIERRE AMANDRY [BCH 95

ig. 8. — Talon de lance 7 (3:4).


1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 601

Largeur d'une face vers le haut : 1,8 cm. L'ensemble est creux sur une longueur
de 20 cm.
Ces deux talons de lance appartiennent à un même type, qui présente
quelques variantes dans l'aspect de la douille43. D'après les dédicaces
gravées sur un certain nombre de ces objets (cf. ci-dessous, 7), ce type
de talon semble avoir connu sa plus grande vogue dans la première moitié
du ve siècle.

7. Pointe d'un talon de lance (fig. 8).


Longueur conservée : 22 cm (manquent la douille et l'extrémité de la pointe).
Pointe à section rectangulaire, de même type que celles des exemplaires 5 et 6.
Largeur d'une face, en haut : 2,2 cm ; en bas : 0,8 cm. La pointe est creuse sur une
longueur de 13,5 cm. Inscriptions gravées sur deux faces opposées. Il semble
que la pointe ait été séparée de la douille, au-dessus du bourrelet, au moyen d'un
instrument tranchant. En outre, on a essayé de couper l'objet vers le haut de la
partie rectangulaire (des entailles, dans le prolongement l'une de l'autre, se
voient sur deux faces voisines). L'extrémité a été sciée, et une face non inscrite
limée, à partir du trait de scie, sur quelques centimètres de longueur.
La pointe doit être, dans son état actuel, amputée à l'extrémité de
3 ou 4 centimètres. Dans les talons de lance 5 et 6, la longueur de la douille
2
et celle de la pointe, sont dans un rapport de ο7:. Le talon complet devait
donc mesurer de 40 à 45 centimètres, comme quelques autres parmi les
plus longs dans cette série44.
Des talons de lance portant une dédicace ont été découverts à Olympie,
à Athènes, et sur d'autres sites de Grèce et de Chypre45. D'après les
inscriptions gravées sur celui-ci, il provient de Stymphale. L'écriture est conforme
à l'usage établi en Arcadie dans la première moitié du ve siècle46.
Une seule des deux inscriptions est immédiatement intelligible :

(43) H. Weber, Olymp. Forsch. I (1944), p. 154-157 ; A. Snodgrass, Early Greek Armour
and Weapons (1964), p. 133·.
(44), Deux talons de lance du même type que celui-ci, provenant respectivement d'Olympie
et d'Arcadie, mesurent 42 cm et 42,3 cm : Olympia IV, 1050 ; G. Richter, AJA 43 (1939), p. 194
n. 8. Le talon d'une sarissa macédonienne de Vergina, d'un type différent, mesure 45,5 cm :
M. Andronicos, BCH 94 (1970), p. 104.
(45) La plupart des exemples ont été réunis par G. Richter, loc. cit., p. 194-201 et par
H. Weber, loc. cit. D'autres talons inscrits ont été trouvés depuis lors à Olympie : Ol.Ber. VIII,
p. 83, 87, 109, pi. 30, 1-4 (E. Kunze). Sur la provenance de l'exemplaire d'Arcadie publié par
G. Richter, cf. Jeffery, Local Scripts, p. 215 n° 11 et p. 209.
(46) Cf. Jeffery, Local Scripts, p. 206-207. Comparer, pour l'écriture, la dédicace à Artémis
gravée sur une clef de bronze à Lousoi : IG V 2, 399, pi. II ; Jeffery, p. 215 n° 23.
602 PIERRE AMANDRY [BCH 95

Δαμ,ατρος Στυνφάλοι. La forme Στυνφάλοι est un locatif47. L'existence d'un


sanctuaire de Déméter à Stymphale n'est pas attestée48 ; mais le culte
de Déméter était largement répandu en Arcadie.
L'autre inscription est embarrassante : ΔΑΜΑΜΑΤΟΣ Στυνφάλο[ι].
Son authenticité ne paraît pas plus douteuse que celle de la première49.
Il n'est pas sans exemple que des talons de lance aient été inscrits sur deux
ou trois des faces de la pointe ; mais il s'agit d'une seule dédicace, coupée
en deux ou trois tronçons50. Ici, les deux textes sont presque identiques
l'un à l'autre. Le bronze a été gratté à la place des sept premières lettres
de ΔΑΜΑΜΑΤΟΣ. Le texte, dans son premier état, , devait être fautif.
Le graveur, s'étant de nouveau trompé à sa deuxième tentative, aurait-il
pris le parti de regraver tout le texte sur la face opposée ?

LÉBÈS DE BRONZE

8. Lébès51 de bronze (fig. 9).


État de conservation bon à la partie supérieure, de plus en plus médiocre
vers le bas ; le fond a complètement disparu. Plus grande hauteur conservée :
ca 23 cm. Hauteur primitive : environ 34 cm. Diamètre à l'épaule : 43 cm. Diamètre
de l'embouchure : 23 cm. Autour de l'embouchure, rebord large de 1,8 cm, sur
lequel est gravée une inscription en pointillé.
Quatre appliques, qui étaient détachées,- ont" été resoudées sur l'épaule du
chaudron, contre le rebord, à peu près à la place où elles avaient laissé leur trace.
Plates au-dessous (et creuses : cf. infra, 11), de section semi-circulaire sur toute
leur longueur, elles présentent l'aspect de deux bobines mises bout à bout, séparées
et terminées par des bourrelets entre deux filets ; des entailles pratiquées à
intervalles réguliers dans le bord de ces bourrelets y ont découpé de gros points. Lon-

(47) Une liste d'exemples de noms de lieux et de noms communs en -ος et en -ov, présentant
une forme en -οι au locatif, est donnée par Kuhner-Blass, Grammatik der griech. Sprache, 1 2
(1892), p. 304. La dédicace d'une phiale d'argent à Mégare en fournit un autre exemple : cf. supra,
note 26. M. Olivier Masson a appelé mon attention sur un exemple en Arcadie même, celui d'une
tête de sanglier en bronze portant la dédicace Έρμανος Φενεοΐ : 1GV 2, 360 ; Roehl,
commentaire à IGA 60.
(48) RE, s. v. « Stymphalos », col. 450-453 ; R. Stiglitz, Die grossen Gôttinnen Arkadiens
(Sonderschriften d. osterr. arch. lnst. in Wien, XV, 1967).
(49) L'objet a été examiné par le technicien Andréas Mavraganis. L'état du bronze est le
même au fond des lettres des deux inscriptions que sur toute la surface.
(50) Par exemple : Ol.Ber. VIII, p. 87, pi. 30, 2-3 ; Olympia V, 254-256.
(51) Ce nom, employé aussi par E. Vanderpool (note 52), paraît mieux approprié à ce type
de chaudron que dinos, préféré par H. Payne (note 60) : cf. G. M. A. Richter et M. J. Milne,
Shapes and Names of Athenian Vases (1935), p. 9-10.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBÈS DE BRONZE 603

Fig. 9. — Lébès 8.
604 PIERRE AMANDRY ÎBCH 95
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 605

gueur de chaque applique : 6,8 cm. Dans deux de ces appliques s'engagent les
extrémités d'anses mobiles de forme ovale, faites d'une tige carrée à angles coupés
qui s'incurve vers l'intérieur à l'endroit de préhension, entre deux bourrelets
circulaires en forte saillie. Plus grande longueur d'une anse : 12,3 cm.
Un anneau de bronze plat (qui ne figure pas sur les photographies publiées
ici), épais de 1,5 mm environ, de mêmes dimensions (en diamètre et en largeur)
que le rebord du chaudron, adhérait à ce rebord, au moment de la découverte,
cachant et protégeant ainsi l'inscription. Il est douteux que cet anneau ait fait
partie d'un couvercle : d'une part, le bord intérieur de cet anneau est régulier
et ne présente aucune trace d'arrachement ; d'autre part, des encoches profondes
en moyenne d'un millimètre, dans les bourrelets des bobines, du côté intérieur,
à 2 millimètres environ au-dessus du rebord du chaudron, étaient sûrement
destinées à assurer l'immobilité du couvercle, après qu'on l'y avait introduit par
léger forcement (tous les couvercles retrouvés, plats ou convexes, sont en tôle
mince). Il semble donc que l'anneau retrouvé in situ s'interposait entre le rebord
du chaudron et le couvercle.
Le lébès a été acquis peu de temps après sa découverte, vers 1958. Le vendeur
a déclaré qu'il avait été trouvé dans la plaine de Marathon, non loin du tombeau
des Athéniens, et qu'il contenait des ossements humains.
Ce lébès n'est pas inédit. Eugene Vanderpool l'a fait connaître
récemment52. Mais il eût été dommage de ne pas inclure dans un choix d'objets
de la collection Canellopoulos un des documents les plus intéressants
de cette collection.
L'inscription (fig. 10) se lit sans difficulté53 : Άθεναΐοι άθλα επί τοις
εν το ι πόλεμοι.
Lettres caractéristiques : alpha à barre légèrement oblique ; epsilon à trois
barres d'égale longueur, horizontales ou très légèrement penchées, avec haste
verticale dépassant dans un cas seulement le niveau de la barre inférieure ; thêta
pointé ; lambda attique à branche oblique courte ; mu largement ouvert à branches
obliques ; nu à hastes un peu obliques, la troisième plus courte que la première ;
sigma à trois branches.
La date indiquée par l'écriture se place entre l'époque des guerres
médiques et le milieu du Ve siècle, et plutôt plus près de la limite supérieure
que de la limite inférieure54.
Du lébès de la collection Canellopoulos, Eugene Vanderpool a rapproché
deux autres vases de bronze, un lébès et une hydrie, qui portent la même
inscription.

(52) «Three Prize Vases», ArchDelt 24 (1969) Π970], p. 1-5.


(53) Fac-similé : loc. cit. (note 52), p. 1, flg. 1.
(54) Sur l'écriture attique de cette période, cf. R. Meiggs, « The dating of fifth-century
Attic inscriptions », JHS 86 (1966), p. 86-97. L'inscription du lébès Canellopoulos est à rapprocher,
tout particulièrement, de la dédicace d'un casque de l'armée perse offert à Zeus Olympien par
les Athéniens : E. Kunze, Ol.Ber. VII, p. 129-137, pi. 56-57.
606 PIERRE AMANDRY IBCH 95

Fig. 11. — Lébès d'Ambélokipi (Musée du Louvre).


1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 607

Fig. 12. — Hydrie de Karabournaki (Musée de Salonique).


608 PIERRE AMANDRY [BCH 95

Le lébès (fig. 11) est connu depuis longtemps. Il appartient au Musée


du Louvre et aurait été trouvé. aux environs d'Athènes, à Ambélokipi,
en 1875 55. Il est de même type que le lébès Ganellopoulos 58, et plus petit.
L'inscription est également gravée en pointillé sur le rebord de
l'embouchure : Άθεναΐοι άθλ' επί τοις έν rôt πο<π>λέμοι. L'écriture donne
l'impression d'être plus récente de dix à vingt ans que celle de l'inscription de
l'autre lébès57.
L'hydrie (fig. 12) se trouve au Musée de Salonique. Elle a été trouvée
en 1954 aux environs de la ville, à Karabournaki. ~ L'inscription n'est
apparue que récemment, grâce au nettoyage du vase58. Elle est gravée
en pointillé au pourtour de l'embouchure : Άθεναΐοι άθλ<ο>α (έ)πί τοις
έν τδι, πόλεμοι. Elle doit être un peu plus récente que celle du lébès du
Louvre 59.
La forme des vases est plutôt d'un moindre secours, pour en préciser
la date, que celle des lettres ^ ' Le lébès à quatre appliques en bobines
a, été largement utilisé, comme ex-voto dans les sanctuaires et comme
urne cinéraire dans les cimetières61. Souvent, la tôle du récipient a été
rongée par l'oxydation ; seules, les appliques fondues ont résisté à la
corrosion (par exemple, ci-dessous, 11). Cependant, quelques-uns de ces
chaudrons ont été retrouvés en bon état dans des tombes.
Malheureusement, il est rare que les offrandes qui les accompagnaient aient été

(55) A. de Ridder, Bronzes antiques du Louvre, II (1915), n° 2590, p. 101, pi. 93. Hauteur :
20 cm. Plus grand diamètre : 31 cm. Diamètre du couvercle : 22 cm. Le lébès contenait des
ossements qui y sont encore conservés. L'existence de ce vase a été signalée, et le texte de l'inscription
publié, d'abord par C. Carapanos, Dodone et ses ruines (1878), p. 228, puis par A: Furtwângler,
Olympia IV (18901, p. 134. Les photographies de la figure 11 m'ont été procurées par M. Pierre
Devambez.
(56) Les seules différences résident dans l'aspect des appliques et des poignées. Les appliques,
légèrement concaves aux longs côtés, présentent cinq anneaux séparés l'un de l'autre par deux
filets. Ce type d'applique n'est pas moins répandu que le type en bobine. Quant aux poignées
du lébès du Louvre, elles diffèrent entre elles : la tige de l'une est unie; l'autre est ornée en son
milieu d'une perle en double cône. Le remplacement d'une des poignées peut dater de l'antiquité
aussi bien que des temps modernes.
(57) Alpha, epsilon, mu sont moins larges, mais gardent des traces d'archaïsme ; les hastes
du nu sont verticales ; le sigma est encore à trois branches.
(58) Ph. Petsas, Μακεδόνικα 9 (1969), p. 135, pi. 14 ; J. et L. Robert, REG 83 (1970).
Bull. 366. Fac-similé de l'inscription : Petsas, loc. cit. ; Vanderpool, loc. cil. (note 52). L'hydrie
mesure 34,5 cm de haut ; le diamètre à l'épaule est de 24,5 cm, celui de l'embouchure de 11 cm.
L'anse verticale manque. M. Ch. Makaronas m'a procuré les photographies de la figure 12.
(59) Le sit/ma a quatre branches, les lettres rondes sont plus petites que les autres ; mais les
hastes du nu sont obliques.
(60) Je tiens pour raisonnable de supposer que les vases sont pratiquement contemporains
des inscriptions qu'ils portent, qu'une commande était passée aux chaudronniers de la ville à
l'occasion de chaque concours, et que l'État ne rachetait pas les chaudrons des grands-mères pour
les offrir aux vainqueurs.
(61) Sur ce type de lébès, cf. A. Fortwângler, Olympia IV (1890), p. 134-136 ; H. Payne,
Perachora I (1940), p. 161-162.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 609

convenablement, publiées 62. Les plus anciens vases de ce type remontent


probablement au dernier quart du vie siècle63. Le plus grand nombre
doit dater de la première moitié du ve siècle64.
L'hydrie de Salonique a été justement rapprochée par E. Vanderpool
de deux hydries d'Istanbul, qui ont été datées, dans un ouvrage récent,
de la deuxième moitié du ve siècle65. Mais la chronologie de cette série
d'hydries sans décor demeure assez floue, et ces exemplaires peuvent
être antérieurs au milieu du siècle66.

(62) L'urne contenant les os du mort, enveloppés dans une étoffe qui s'est parfois conservée
(par exemple, à Eleusis : G. Mylonas, PraktAE 1953, p. 81, et à Draphi, en Attique : BCH 81
[1957],' p. 518-519), était généralement placée dans une alvéole circulaire ménagée au centre d'un
sarcophage de pierre de forme carrée. Quand le diamètre de l'alvéole ne dépassait guère celui du
lébès, il n'y avait de place pour d'éventuelles offrandes qu'à l'intérieur même de l'urne. Une autre
tombe d'Eleusis n'en contenait pas : G. Mylonas, PraklAE 1954, p. 57-58. Mais l'espace libre
autour de l'urne était parfois suffisant pour qu'on y déposât des vases. Ceux qui ont été trouvés
dans deux tombes de Ialysos ont été décrits, mais non reproduits ni datés : Clara Rhodos 3 (1929),
p. 224 ; 8 (1936), p. 178. Celle des deux tombes d'Eleusis où l'étoffe était conservée contenait
cinq lécythes, qui n'ont pas été publiés, à ma connaissance ; on les a datés approximativement du
milieu du ve siècle. On a imprimé, dans un journal quotidien d'Athènes (Έθνος, 5 février 1962),
une photographie de trouvailles faites dans la ville, rue Éole, où figurait, avec des vases peints,
une paire d'anses de lébès montées sur des appliques en bobines. Ces anses n'ont pas été publiées
avec le reste des trouv-ailles : ArchDell 18 (1963) [1965J, p. 33-35, pi. 31-35. On ne sait rien des
conditions de trouvaille d'un lébès, en excellent état de conservation, qui est exposé au Musée
d'Érétrie (inv. n° 516) ; il provient sans doute de fouilles anciennes dans le cimetière de la ville
antique.
(63) A Trebenichte, les deux types d'appliques, à double bobine et à anneaux, sont représentés
dans les trouvailles faites dans la nécropole. Les exemplaires dont la place est sûre décoraient
l'épaule de cratères sans anses, où ils alternaient avec des figurines animales (boucs, sphinx) :
B. D. Filow, Arch. Nekropole von Trebenischte (1927), p. 51-54 ; Cl. Rolley, Coll. Stathatos III
(1963), p. 96-97. Mais d'autres appliques, où est montée une poignée mobile, proviennent sûrement
de lébès : L. Popovic, Catalogue des objets découverts près de Trebenisté (1956), p. 118, nos 35-38,
p. 121, n°s 51-53, pi. XXX.
(64) Aux indications concordantes fournies par les conditions de trouvaille, si imprécises
soient-elles, et par les inscriptions, s'ajoutent quelques indices qu'on peut tirer de détails de
structure ou de décoration. Les disques, aux poignées du lébès Canellopoulos, et les anneaux, aux
appliques du lébès du Louvre, ont leur pendant dans le décor des talons de lance (supra, 5 à 7).
Il n'y a peut-être aucune relation directe à établir entre la forme oblongue et la dépression
médiane de la tige des poignées du lébès Canellopoulos et les contours identiques de bracelets
d'Asie Mineure, de Syrie et d'Iran à partir de la fin du vie siècle, ni entre le décor à nodosités
des bourrelets des appliques du même lébès et le décor des manchons de quelques-uns des mêmes
bracelets : P. Amandry, AntKunst 1 (1958), p. 11-14." Mais de telles rencontres, même fortuites,
ne se produisent qu'à une même époque.
(65) E. Diehl, Die Hgdria (1964), Β 122 et Β 123, pi. 11. La datation proposée, p. 32, n'est
appuyée d'aucun argument.
(66) Je n'aperçois pas de différence essentielle entre les hydries d'Istanbul et d'autres qui
sont datées par E. Diehl du 2e quart du ve siècle, par exemple une hydrie de Londres, Β 110,
p. 31, pi. 9. Sur le classement et la chronologie des hydries de bronze, cf. D. von Bothmer,
Gnomon 37 (1965), p. 599-608 ; Cl. Rolley, RE G 78 (1965), p. 602-609.

12
610 PIERRE AMANDRY [BCH 95

Deux lécythes de terre cuite à figures rouges passent pour avoir été
trouvés dans la même tombe que le lébès de la collection Canellopoulos67.

9. Lécythe attique à figures rouges (fîg. 13).


Hauteur : 18 cm. Pied à deux degrés, haut de 0,9 cm ; diamètre : 4,5 cm.
Hauteur à l'épaule : 12 cm ; diamètre de l'épaule : 6 cm. A la base du col, vingt
taches de peinture noire ayant vaguement la forme de feuilles font comme un
collier, qu'entoure sur l'épaule un autre cercle de vingt et une feuilles, plus grandes
et pointues. Sur la panse, la zone principale, haute de 6,2 cm, est bordée en haut
et en bas par une grecque. Une Ménade, portant une peau de bête mouchetée
par-dessus le péplos, est assise sur un rocher qui a grossièrement la forme d'un
siège ; elle s'y appuyé de la main droite et tient un thyrse de la main gauche.
Un bandeau, serrant les cheveux au-dessus du front, disparaît sous un gros chignon
au niveau de l'oreille, où est accroché un pendant.
Le vase est intact ; mais le vernis noir s'est écaillé par plaques, en particulier
derrière la tête et l'épaule de la Ménade.

10. Lécythe attique à figures rouges (fîg. 14).


Même forme et mêmes dimensions d'ensemble et de détail que le lécythe
précédent. Seules différences : le cercle extérieur de feuilles, sur l'épaule, n'en
comporte que quatorze, et la hauteur de la zone principale, entre les grecques,
est de 6,6 cm. Une femme assise sur un rocher, de même forme générale que le
tenait"
siège peint sur l'autre lécythe, dans ses mains fermées (la droite vers le
bas, la gauche vers le haut) un objet, ou deux objets ; on croit distinguer les
traces évanides d'une bandelette68. Derrière la tête de la femme est suspendu
ce qui paraît être une peau de bête à sabots.
Le col et l'anse étaient brisés en six morceaux ; le reste du vase est intact.
Le vernis noir s'est écaillé de-ci de-là.

Les mérites artistiques de ces deux lécythes sont minces. Ils font
partie de ces vases produits par milliers par les fournisseurs des boutiques
installées près des cimetières. Leur intérêt réside dans leur similitude,
et dans leur médiocrité même. Identiques de forme, de dimensions et de
style, ils sont l'œuvre d'un même fabricant, et on est en droit de penser
qu'ils ont été achetés en même temps, le jour de l'incinération du mort,
pour être déposés dans la tombe, auprès du lébès ou dans le lébès même.
Au sujet de ces lécythes, M. Brian Cook a bien voulu me fournir les
précisions suivantes : « They are, as you rightly observed, related to the
Aischines Painter, but not from his own hand. His vases seldom have
so flat a shoulder and so sharp an angle between shoulder and body, but

(67) Une fois n'étant pas coutume, on est tenté, dans ce cas, d'ajouter foi aux dires du vendeur :
les lécythes ont été présentés en même temps que le lébès, et ont été offerts par-dessus le marché I
(68) Comparer la position des mains d'une Niké, sur un lécythe à figures rouges, Cambridge
G 151 : CVA 1, III I J, pi. 29,5 (indication due à M. Brian Cook).
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBÈS DE BRONZE 611

Fig. 13. — Lécythe 9.


612 PIERRE AMANDRY [BCH 95

you might compare Athens 18857 (ex Empedokles 1843) and London E 609.
Many of the Tymbos Painter's white-ground lekythoi are like this. The
foot in two degrees is a relatively rare feature on red-figured lekythoi.
There are a few in what Beazley called Class ATL, including Catania 384
and Amsterdam 6251, as well as in that class of larger lekythoi, with
two figures, chiefly by the Aischines Painter : Syracuse 22827, Oxford 536,
Naples Gela 13 (ex Navarra, by the Beth Pelet Painter) and Carlsruhe 69/20
(by the Carlsruhe Painter)69. When the smaller lekythoi of ATL shape
have a foot in two degrees, I tend to think of this as an early feature.
I should think that these two belong in the early years of the second
quarter of the century. »
La date de ces lécythes pourrait donc remonter jusque vers 475/470,
et ne devrait pas, en tout cas, être abaissée au-delà de 465 70. Il s'est
écoulé un certain temps — des semaines, des mois, ou des années ? — entre
l'attribution du lébès comme prix et son utilisation comme urne cinéraire.
La date des lécythes invite à maintenir celle du lébès tout près de l'époque
des guerres médiques.
En conclusion, on proposerait, pour les trois vases de bronze qui
portent la même inscription, les dates suivantes (avec une marge d'une
dizaine d'années dans un sens et dans l'autre) : lébès Canellopoulos, 480 ;
lébès du Louvre, 465 ; hydrie de Salonique, 450.

L'existence d'un επιτάφιος άγων à Athènes, au IVe siècle av. J.-C,


est attestée par trois auteurs. Les deux plus anciens textes, qui datent
du premier quart du siècle, présentent le concours comme faisant partie
de la cérémonie annuelle au cours de laquelle était prononcée l'oraison
funèbre :
Lysias, Or. fun. (II), 80 : αγώνες τίθενται έπ' αύτοΐς ρώμης και σοφίας
και πλούτου, ώς άξιους οντάς τους εν τω πολέμω τετελευτηκότας ταΐς αύταΐς
τιμαΐς και τους αθανάτους τιμασθαι.
Platon, Ménéxène, 249 b : αγώνας γυμνικούς και ιππικούς τιθεΐσα (ή πόλις)
και μουσικής , πάσης.
Dans la Constitution d'Athènes, 58,1, Aristote cite l'organisation de
Γέπιτάφιος άγων parmi les attributions du polémarque : Ό δέ πολέμαρχος
θύειαγώνα
δ' μεν · τον
θυσίας
έπιτάφιον,
τήν τε και
τη τοις
Άρτέμιδι
τετελευτηκόσιν
τη άγροτέρα
εν τω
καιπολέμω
τω Ένυαλίω,
και Άρμοδίω
διατίθησι
και
Άριστογείτονι έναγίσματα ποιεί.

(69) Bonne reproduction de ce lécythe, proche par le style des lécythes de la collection
Canellopoulos : Griechische Vasen (Bildhefte des Badischen Landesmuseums, 1969), fig. 34
(J. Thimme).
(70) Parmi les grands lécythes à pied à deux degrés, celui du peintre de Carlsruhe (note
précédente) est daté par J. Thimme de 460 environ, et un lécythe du peintre d'Eschine (Oxford
536) a été daté de 460/450 par J. D. Beazley, CVA Oxford 1 (1927), pi. 38, 9.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 613

Fig. 14. — Lécythe 10.


614 PIERRE AMANDRY [BCH 95

Diodore, dont les sources ne devaient pas être antérieures non plus
au ive siècle, associe Γέ-πιτάφιος άγων à Γέπιτάφιος λόγος et précise la date
de leur institution, en 479, aussitôt après la bataille de Platées : ό των
'Αθηναίων δήμος έκόσμησε τους τάφους τών εν τω Περσικω πολέμω τελευτησάντων,
και τον αγώνα τον έπιτάφιον τότε πρώτον έποίησε, και νόμον έθηκε λέγειν εγκώμια
τοις δημοσία θαπτομένοις τους προαιρεθέντας τών ρητόρίον (XI, 33,3).
Ce n'est pas avant le 11e siècle av. J.-G. que des textes épigraphiques
mentionnent une fête des Epitaphia, à laquelle participent les éphèbes.
Une procession s'y déroulait, et un concours y était organisé, qui
comportait, entre autres épreuves, plusieurs courses, dont une aux flambeaux71.
Déjà, Adolf Furtwângler et, de façon plus explicite, K. A. Neugebauer
tenaient le lébès d'Ambélokipi pour le document le plus ancien qu'on
possédât sur Γέπιτάφιος άγων72. Avec le lébès Canellopoulos, on
remonterait tout près de la date de fondation de ce concours, puisque Eugene
Vanderpool admet l'exactitude de la date indiquée par Diodore73.

Cette explication paraît, à première vue, aller de soi. Cependant,


à l'examen, on découvre des difficultés, qui proviennent de certains détails
de la formule gravée sur les trois vases de bronze.
Il s'agit évidemment d'un texte officiel, établi par les organisateurs
du concours. Or, on connaît un certain nombre de formules rédigées dans
les mêmes conditions.

(71) Chr. Pélékidis, Histoire de Véphébie attique (1962), p. 235-236.


(72) A. Furtwângler, loc. cit. (note 55) ; K. A. Neugebauer, fiJIÎ 38-39 (1923-1924),
p. 405, n. 8.
(73) Sans aller jusqu'à qualifier de « romance derived from some literary piece of historical
fiction » (comme fait A. R. Burn, Persia and the Greeks, p. 545) le récit fait par Diodore de ce qui
s'est passé chez les Grecs et entre les Grecs au lendemain de la bataille de Platées, on doit
reconnaître qu'il comporte d'incontestables inexactitudes et des invraisemblances évidentes, qui
rendent suspecte la précision apportée sur la date de fondation des jeux funéraires à Athènes.
C'est pourquoi cette date n'a pas cessé d'être discutée depuis plus de quatre-vingts ans. Dans
une abondante bibliographie, quelques travaux serviront de repères et de jalons : U. von
Wilamowitz-Moellendorf, AHstoteles und Athen (1893), I, p. 249-251 ; A. Mommsen, Feste
der Stadt Athen (1898), p. 298-306 ; RE, s. ν. Επιτάφιος άγων (Thalheim, 1907) ; A. Brueckner,
AM 35 (1910), p. 184 et 200-210 ; M. P. Nilsson, Jdl 31 (1916), p. 324-325 (= Opuscnla selecta,
I [1951], p. 190-191) ; L. Deubner, Attische Feste (1932), p. 230-231 ; F. Jacoby, JHS 64 (1944),
p. 37-66; A. W. Gomme, Hist. Commentary on Thucydides, II (1956), p. 94-103 ; E. Vanderpool,
ArchDelt 24 (1969), p. 5, n. 8 (travaux récents). Faut-il lier les jeux et l'oraison funèbre, comme
fait Diodore ? Est-ce que, en même temps qu'on « ajoutait » (selon Thucydide) l'oraison funèbre
au programme des cérémonies (à une date qui n'est d'ailleurs pas non plus établie), on y a ajouté
aussi le concours? Ou bien celui-ci existait-il auparavant, ou n'a-t-il été institué que plus tard ? Le
silence des auteurs du ve siècle sur les jeux funèbres a fait douter de leur existence à cette époque.
D'autres ont pensé que le concours avait été institué, ou réorganisé, à l'occasion du « retour des
cendres » de Thésée. Dans les inscriptions éphébiques de l'époque hellénistique, les Théseia et
les Epitaphia sont constamment associées ; mais ce rapprochement n'est peut-être dû qu'à la
similitude du programme des deux fêtes (cf. cependant infra, p. 622). — La question de
Γέπιτάφιος άγων est aussi liée au problème des usages athéniens relatifs au lieu de sépulture des
morts au combat, et en particulier dans les diverses campagnes des guerres médiques, en relation
avec la description des monuments du cimetière du Céramique par Pausanias.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 615

I. Athènes. Amphores panathénaïques de terre cuite. Du 2e quart


du vie siècle av. J.-G. à l'époque hellénistique :
τον Άθένεθεν άθλον
των ΆθήνηΟεν άθλων (premier exemple connu en 333/2).

II. Athènes (?). A. Kalpis de bronze. Se trouvait sur le marché de


New York vers 1960. Provenance inconnue. Début du Ve siècle av. J.-G. (?) :
έχς Άνακίο αθλον
D. von Bothmer, Gnomon 37 (1965), p. 603 : «inscription in archaic Attic
script ».

Β. Kalpis de bronze. Trouvée à Chersonnèse du Pont. Vers 400 av.


J.-G. (?) :
άθλον εξ Άνακίων
Ε. Diehl, Die Hydria (1964), Β 133, p. 219.
Ces deux vases ne me sont connus que par les mentions de Dietrich
von Bothmer et d'Erika Diehl. S'agirait-il de prix donnés à Athènes aux
fêtes des Dioscures74?

III. Argos. A. Hydrie de bronze. Musée d'Ankara. Trouvée à Sinope.


Deuxième quart du ve siècle av. J.-G. :

παρ /ιέρας Άργείας έμι τον /ια,Ρέθλον


Ε. Diehl, Die Hydria, Β 77, p. 216 ; L. H. Jeffery, Local Scripts, p. 164.
B. Hydrie de bronze. New York, MMA 26.50. Provenance inconnue.
Deuxième quart du ve siècle av. J.-C. :
παρ Λέρας Άργείας /ια/εθλον
Ε. Diehl, op. cit., Β 78, p. 216 ; L. H. Jeffery, op. cit., p. 164, n° 26 (p. 169).
C. Lébès de bronze. Londres, British Museum. Trouvé dans la « tombe
d'Aspasie », entre Athènes et le Phalère. Deuxième moitié du ve siècle
av. J.-C. :
[/ι]έ[ρας] Ά[ρ]γε[ί]ας έμι τον ά/εθλον
Α. Η. Smith, JHS 46 (1926), p. 256-257 ; SEG XI (1954), 330 (où l'inscription
est qualifiée de « dedicatio Junoni ») ; L. H. Jeffery, op. cit., n° 43 (p. 170).
Le bord du lébès étant rongé à l'emplacement des premières lettres de l'inscription,
il n'est pas impossible que le nom de la déesse ait été précédé de la préposition
παρ(ά), comme sur les hydries A et Β. ,

(74) Cf. RE, s. v. « Anakeia » et « Anakeion » ; L. Deubner, Altische Feste, p. 216,


616 PIERRE AMANDRY IBCH95

Fig. 15. — Hydrie (Athènes, Musée national).


1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 617

IV. Argos (?). Col d'hydrie de bronze. Copenhague, Glyptothèque


Ny Carlsberg, I. N. 3293, Br. 36. Provenance inconnue. Troisième quart
du ve siècle av. J.-C. :
[ca 3 l.]K.IK[ca 8 1.] [έμ]ι [τ]δν [Λ]α[/έ]6λον
Mentionné par E. Diehl, Die Hydria, Β 82, p. 216, et par D. von Bothmer,
Gnomon 37 (1965), p. 601. Publié par F. Johansen, Meddelelser fra Ny Carlsberg
Glyptothek 26 (1969), p. 54-65.
Le style du buste féminin qui surmonte l'anse est argien, l'alphabet
l'est aussi. Les quelques lettres lisibles dans la première moitié de
l'inscription interdisent de restituer le même texte que sur les vases III, A, B, C.
Il y avait en Argolide d'autres concours que ceux des Héraia.

V. Élis. Statères d'argent. Première moitié du ve siècle av. J.-C. :


Όλυνπικδν et ολυμπικδν
L. H. Jeffery, op. cit., n° 7 b (p. 220) ; W. Schwabacher, AntKunst 5 (1962),
p. 9-15.

VI. Êrétrie. Lébès de bronze. Athènes, MN 1318. Deuxième quart


du ve siècle av. J.-C. :
Έρετρίαθεν άθλον παρ /ιερακλέος
Α. de Ridder, Bronzes Soc. arch., n° 18, p. 9 ; K. A. Neugebauer, RM 38-39
(1923-1924), p. 405-406 (où ce lébès est rapproché de celui d'Ambélokipi) ;
L. IL Jeffery, op. cit., p. 85, n° 16 (p. 88).

VII. Thèbes. Hydrie de bronze. Providence, Rhode Island School


of Design. Deuxième quart du ve siècle av. J.-C. :
τον Θέβοας α'ίθλον
Ε. Diehl, Die Hydria, Β 107, p. 217 ; L. H. Jeffery, op. cit., n° 16 (p. 95) ;
P. Bernard et F. Salviat, BCH 91 (1967), p. 596.

VIII. Phylaké (?). Hydrie de bronze (fig. 15). Athènes, MN 13792.


Provenance inconnue (saisie au Pirée en 1897). Première moitié du ve siècle
av. J.-C. :
[έχ ?]ς Αίαύας ,τας Φθίας έθλον παρ Προτεσίλ[α]
Ε. Diehl, op. cit., Β 115, p. 218 (où l'inscription est transcrite de façon
inexacte). Toutes les lettres se lisent très clairement, sauf une dont subsistent
des traces avant le premier alpha. Cette lettre peut être un sigma à trois branches
(comme les autres sigma de cette inscription), avec haste médiane à peu près
horizontale et les deux autres obliques, la troisième se prolongeant vers le haut
au-delà de la barre médiane à cause d'un glissement de la pointe de l'outil. Entre
cette lettre évanide et le lambda (lui-même un peu oblitéré) du nom de Protésilas,
le bronze est encore plus usé et poli par un frottement prolongé : non seulement
618 PIERRE AMANDRY \_BCH 95

les lettres qui pouvaient être gravées sur le bord (il y a place pour trois), mais
aussi les boules en relief au pourtour ont disparu, à l'endroit où le pouce s'arc-
boutait pour soulager l'effort des quatre autres doigts repliés autour de l'anse
verticale75.
Αία désigne la Colchide (Médée est appelée Αίαίη), l'île de Circé et une
région de Thessalie. Protésilas avait un sanctuaire dans sa ville natale
de Phylaké, qui est devenue à l'époque hellénistique une kômé de Thèbes
de Phthiotide. Phthia, ville ou région de Thessalie, est localisée plutôt
dans la région de l'Othrys76.

IX. Lampsaque. Hydrie de bronze. Berlin 30636. Trouvée à Notion.


Milieu du ve siècle av. J.-C. :
άθλον έγ Λάμψακο επί Λεοφάντο το Λάμπρο
Ε. Diehl, op. cit., Β 120, p. 218 ; L. H. Jeffery, op. cit., p. 367, n° 47 (p. 371).

X. Métaponte. Statères d'argent. Premier tiers du ve siècle av. J.-G. :


Άχελοίο άέθλον
S. P. Noe, The Coinage of Metapontum, II (Num. Notes and Monographs, 47
[1931]), p. 4-8, n° 311 ; C. M. Kraay et M. Hirmer, Greek Coins (1966), n° 230 ;
L. H. Jeffery, op. cit., p. 254, n° 13 (p. 260).

XI. Cumes. Lébès de bronze. Londres, British Museum. Trouvé à


Cumes. Premier quart du ve siècle av. J.-C. :
έπί τοις 'Ονομαστό το Φειδιλέο άθλοις έθέθεν
Κ. Α. Neugebauer, RM 38-39 (1923-1924), p. 405-408 ; L. H. Jeffery,
op. cit., p. 238, n° 8 (p. 240).

(75) J'ai pu examiner et photographier i'hydrie au Musée national d'Athènes, grâce à


l'obligeance de M. V. Callipolitis et de Mme E. Touloupa.
(76) Cf. Liddell-Scott-Jones, Lexicon, s. ν. αΐα ; Etym. Magnum, éd. Gaisford (1962),
s. ν. Αίαίη ; RE, s. v. « Protesilaos », col. 937 ; F. Stahlin, Hellenische Thessalien, p. 135-136 et
171-173. L'inscription gravée sur l'embouchure de I'hydrie présente des difficultés d'interprétation
qu'il appartiendra aux spécialistes de dialectologie thessalienne de résoudre. M. Bruno Helly
(à qui je dois quelques-unes des indications qui précèdent) a bien voulu me faire part de ses
observations. L'étrangeté de certaines formes, en particulier de έθλον, a pu faire suspecter
l'authenticité de l'inscription. La couche de cire qui couvre tout le corps du vase empêche de distinguer
les parties antiques des restaurations. Mais l'embouchure a conservé sa patine. Des concrétions
couvrent partiellement plusieurs lettres. L'usure du rebord a presque effacé la lettre précédant
le premier alpha et la deuxième haste du lambda du nom de Protésilas, et fait disparaître les lettres
intermédiaires. Ces détails ne laissent guère subsister de doutes sur l'ancienneté de la gravure.
La lettre qui suit le premier alpha ne comporte qu'une barre verticale, sans ergots à la base qui en
feraient un khi et permettraient de lire Άχαιίας. La forme ίθλον ne serait-elle due qu'à une faute
du graveur qui aurait sauté un alpha en tête du mot ? Le talon de lance de Stymphale, le lébès
d'Ambélokipi et I'hydrie de Karabournaki fournissent des exemples de telles fautes (supra, p. 602
et 608).
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 619

Cette liste doit être à peu près complète 77. On connaît donc une douzaine
de formules, en comptant l'inscription gravée sur l'hydrie et sur les deux
lébès athéniens. Or, dans la série, celle-ci se distingue des autres, qui,
malgré des différences de détail, présentent pour l'essentiel des traits
communs. Les amphores panathénaïques, les lébès et les hydries de bronze
du Péloponnèse, d'Eubée, de Béotie, de Thessalie, de Propontide et de
Grande-Grèce, les statères d'Élis et de Métaponte sont tous des «objets
parlant»78. Ils se présentent eux-mêmes comme faisant partie des prix
offerts à un concours 79. La provenance est indiquée par le nom de la ville
au locatif, ou précédé de la préposition έκ, ou sous la forme adverbiale
en -θεν80. Le nom du dieu ou du héros en l'honneur de qui les jeux étaient
célébrés peut être au génitif, ou introduit par επί ou par παρά. Mais ni les
Athéniens ni les Argiens ni les Érétriens ni aucun autre peuple ne se vantent
de la générosité dont ils ont fait preuve en dotant de prix les concours
qu'ils organisaient dans leur propre cité : il allait de soi que les amphores
gagnées à Athènes avaient été offertes par les Athéniens.

La formule 'Αθηναίοι άθλα résonne comme une dédicace de butin


par une cité dans un sanctuaire panhellénique81. Le pluriel άθλα désigne
l'ensemble des prix ; chacun des vases portant la formule était un de ces
άθλα. Certes, dans les autres formules, le génitif partitif άθλων s'applique
aussi à l'ensemble des prix, et tous les éléments habituels se retrouvent
dans la formule athénienne. Mais, entre celle-ci et les autres, la différence
n'est pas seulement dans la forme. Cette différence de forme révèle une
différence d'esprit et d'intention. Dira-t-on que cet esprit était celui du
ve siècle, où la mode de l'« objet parlant » tendait à disparaître et où,
dans les dédicaces, l'offrande s'effaçait au profit de l'offrant ? Mais presque
tous les documents recensés datent du ve siècle, et la plupart de la première
moitié de ce siècle, donc de la même époque que les trois vases athéniens.
Objectera-t-on encore que les autres formules, attestées seulement au

(77) Trois fragments de vasques de bronze de l'Acropole portent chacun les restes de deux
inscriptions; la première semble indiquer l'origine de l'objet (prix gagné à un concours ?), la
deuxième semble faire état d'une offrande par un particulier (le vainqueur du concours ?) :
A. G. Bather, JHS 13 (1892-1893), p. 129, nos 62 et 64, pi. VII, et p. 233 ; A. de Ridder, Bronzes
de l'Acropole, n° 55. Il faudrait aussi revoir l'inscription gravée sur un rebord d'embouchure
d'hydrie, à Jannina : E. Diehl, Die Hydria, Β 135, p. 219.
(78) Cf. supra, note 14.
(79) Dans les cas où le mot αθλον n'est précédé ni d'une préposition ni d'un article, on peut
hésiter à y reconnaître un nominatif singulier ou un génitif pluriel. La seconde interprétation
s'impose dans le cas de III B, à cause de la similitude de la formule avec celles de III A et de
III G. Dans d'autres cas (II A, VI, VII, VIII, IX, X), j'ai aussi considéré άθλδν comme un génitif
partitif. Dans un seul cas (II Β), άθλον est sûrement au nominatif (si la transcription est exacte) ;
c'est aussi le document le plus récent de toute la série.
(80) Cf. M. Lejeune, Les adverbes grecs en -θεν (1939), en particulier p. 134-147.
(81) 'Eugene Vanderpool a séparé 'Αθηναίοι du reste de la formule en plaçant un point en
haut entre 'Αθηναίοι et αθλα. On voit mal quel sens l'introduction de ce signe de ponctuation
donne à la phrase.
620 PIERRE AMANDRY [BCH 95

ve siècle, à l'exception de celle des amphores panathénaïques, remontaient


en fait, comme celle-ci, au siècle précédent, et que les particularités de
la formule gravée sur les vases de bronze s'expliquent justement par le
fait qu'elle n'a été créée qu'au ve siècle ? Cet argument ne serait pas
dépourvu de toute valeur ; cependant, on attendrait plutôt, dans ce cas,
ό δήμος 'Αθηναίων que 'Αθηναίοι,.
Mais, en présence d'une exception, il ne faut la faire rentrer dans la
règle que si l'on a échoué à découvrir les circonstances particulières qui
expliqueraient et justifieraient une dérogation à l'usage. Or, la formule
« les Athéniens (ont donné) les prix (aux concours) en l'honneur des morts
à la guerre » impose à l'esprit, compte tenu du style habituel des dédicaces
du ve siècle, l'idée que ces concours n'avaient pas lieu à Athènes même.
De quels morts et de quelle guerre s'agissait-il ? De tous les morts
à la guerre, en général, comme il semble qu'il faille entendre έν τω πολέμω
dans les textes d'Aristote et de Lysias (supra, p. 612) ? Ou des morts à la
guerre qui était pour les Athéniens, entre 480 et 450, la guerre par
excellence82, έν τω Περσικω πολέμω, à la guerre contre les Perses au lendemain
de laquelle aurait été institué, selon Diodore (supra, p. 614), Γ επιτάφιος
άγων r
Alors que, dans toute la Grèce, des monuments votifs s'élevaient en
actions de grâces aux dieux83, comment n'aurait-on pas honoré la mémoire
des morts par des jeux funèbres ? Dans lesquels de ces jeux, hors d'Athènes,
les Athéniens auraient-ils été justifiés à jouer un rôle prépondérant ?
Deux hypothèses peuvent être envisagées, en réponse à cette question :
à Platées ou à Marathon.

A Platées, les Grecs assemblés après la victoire avaient décidé de


remercier les dieux et d'honorer les morts en célébrant tous les quatre ans
un concours qui fut appelé Eleuthéria84. La proposition aurait été
présentée par Aristide, selon Plutarque85, en exécution d'un vœu fait avant
la bataille, s'il faut en croire Diodore. La célébrité de cette fête est attestée,
du IIe siècle av. J.-C. au me siècle de l'ère chrétienne, par une série d'ins-

(82) Voir, par exemple, la dédicace du trépied de Platées : το[ίδε τον] πόλεμον [έ]πολ[έ]μεον.
De même, οι πολέμιοι étaient les ennemis qu'il n'était pas nécessaire de nommer ; c'est pourquoi,
sur ce point, les réserves exprimées par R. Meiggs et D. Lewis, Greek Hist. Inscriptions (1969),
p. 54, à l'égard de l'interprétation que j'ai proposée de la dédicace du portique consacré à Delphes
par les Athéniens, ne me paraissent pas fondées.
(83) Cf. W. Gauer, Weihgeschenke aus den Perserkriegen (Istanbuler Mitteilungen, Beiheft 2,
1968).
(84) Les textes relatifs à cette fête ont été réunis, notamment, par Stengel, RE, s. v.
* Eleuthéria » (1905), col. 2347-2348 ; M. P. Nilsson, Griech. Feste (1906), p. 34 ; E. Kirsten,
RE, s. υ. « Plataiai » (1950), col. 2326-2328.
(85) Aristide, 21, 1 ; cf. éditions Ida Calabi Limentani (1964) et R. Flacelière (1969).
Stengel, lor. cit. : « von Aristeides gestifteten Eleuthéria in Plataiai ».
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 621

criptions et par les témoignages de Plutarque et de Pausanias86. C'était


sans doute, à l'époque où vivaient ces auteurs, « not a survival, but a
revival »87. Le κοινον των Ελλήνων trouvait dans les événements des
guerres médiques des exemples et des précédents, au moins apparents,
d'unité grecque.
Que, dans la fondation du concours et dans son organisation, au moins
dans les premières années, Athènes ait joué le rôle principal, il n'y aurait
pas lieu de s'en étonner. Le prestige de la cité pouvait bénéficier de l'éclat
des honneurs rendus à ses citoyens tombés sur le territoire de Platées,
à laquelle l'unissaient des liens anciens et si étroits qu'on disait que les
Platéens avaient, en 479, fait don de leur territoire aux Athéniens.
L'attribution des deux lébès et de l'hydrie au concours des Eleuthéria
rendrait compte de façon satisfaisante du libellé de la formule qui est
inscrite sur ces vases. Mais ce serait une pure hypothèse : on ne sait
absolument rien de la célébration des Eleuthéria au ve siècle.

Le lébès Ganellopoulos a été trouvé à Marathon. L'inscription n'étant


apparue qu'au cours du nettoyage du vase, l'indication donnée par le
vendeur échappe à la suspicion d'avoir été inventée pour mettre en relation
le lébès avec la bataille de Marathon, — relation qu'on n'a pas manqué
d'établir, une fois l'inscription connue88. En soi, la découverte de ce lébès
à Marathon n'a pas plus de portée que celle de l'autre lébès à Ambélokipi
ni que celle de l'hydrie près de Salonique. Les vases donnés en prix aux
concours ont été dédiés aux dieux par les vainqueurs ou utilisés pour
une sépulture qu'on peut supposer, dans la plupart des cas, avoir été la
leur, à travers tout le monde grec, et souvent loin du lieu où ils avaient
été gagnés89.
Mais des concours athlétiques figuraient au programme de la fête des
Héracleia, à Marathon, dans la première moitié du ve siècle90. On a retrouvé,
à Marathon même, une inscription qui date du premier quart du Ve siècle,
relative à l'organisation de ces concours91. Trois mentions qu'en a faites

(86) Sur le concours des Eleuthéria aux époques hellénistique et romaine, cf. L. Robert,
REA 31 (1929), p. 13-20 et 225-226 ; L 'épi gramme grecque (Entretiens sur l'Antiquité classique,
Fondation Hardt, XIV, 1967 [1968]), p. 187-190.
(87) A. R. Burn, Persia and the Greeks (1962), p. 545 n. 91.
(88) On a même écrit, dans un journal quotidien d'Athènes, que le lébès avait été trouvé
dans le soros des Athéniens !
(89) Des amphores panathénaïques ont été trouvées, entre autres lieux, à Sparte, à l'Isthme
et en Thessalie, à Labraunda et en Crimée, à Tarente, à Bologne et en Ëtrurie. Des trois vases de
bronze donnés en prix aux concours d'Héra Argeia (supra, p. 615), l'un provient des environs
d'Athènes, un autre de Sinope ; le lieu de trouvaille du troisième est inconnu.
(90) HE, s. v. * Marathon », col. 1428 (Wrede, 1930) ; Suppl. III, s. v. « Herakles », col. 931
(Gruppe, 1918).
(91) E. Vanderpool, Hesperia 11 (1942), p. 333-337.
622 PIERRE AMANDRY {BCH 95

Pindare, entre 465 et 445, prouvent que leur célébrité égalait alors celle
des grands jeux panhelléniques et d'autres concours locaux92.
La marche forcée des Athéniens, après le rembarquement des Perses,
les avait conduits du téménos d'Héraclès à Marathon au téménos d'Héraclès
au Kynosarge93. Les Héracleia — celles d'Athènes et celles de Marathon —
comptaient parmi les fêtes importantes de la cité94. Elles figurent, chez
Aristote95, parmi les cinq grandes fêtes pentétériques d'Athènes (avec
les Délia, les Brauronia, les Eleusinia et les Panathénées). Le nom de
Marathon était déjà associé à un exploit commun d'Héraclès et de Thésée :
c'était là que le taureau ramené de Crète par Héraclès avait été une
deuxième fois dompté par Thésée. La bataille de Marathon a scellé l'amitié
des deux héros. Les images des exploits de l'un et de l'autre voisinaient
aux métopes du trésor élevé par les Athéniens à Delphes. Au Portique
Peint de l'Agora d'Athènes, Thésée était représenté à côté d'Athéna et
d'Héraclès dans le tableau de la bataille de Marathon, émergeant à mi-corps
du sol96, comme à demi prisonnier encore des puissances infernales
auxquelles Héraclès l'avait arraché.
Aucun document n'atteste l'existence de concours aux Héracleia
de Marathon avant 490. Mais, même si leur institution est antérieure
à cette date, il est raisonnable de supposer que, dès 489, ou au moins
après 480, les Athéniens y ont associé le souvenir de leurs morts enterrés
sur le champ de bataille97. Ne serait-ce pas à cette fête pente térique,
plutôt qu'à aucune des quatre autres, que le héraut formulait des vœux
non seulement pour les Athéniens, mais aussi pour les Platéens98, dont
les morts avaient été enterrés dans une autre tombe commune qui vient
d'être retrouvée99 ?
Dans cette hypothèse, l'emploi de la formule 'Αθηναίοι άθλα έπί τοις
εν τω πολέμω se justifierait dans le cadre des rapports entre l'État athénien

(92) OZ., IX, 89-90 : en l'honneur du lutteur Epharmostos d'Oponte, vainqueur à Olympie
en 468 et à Delphes probablement en 466, à l'Isthme et à Némée, en Arcadie, en Achaïe, à Argos,
à Thèbes, à Athènes, à Eleusis et à Marathon. — 01., XIII, 110 : pour Xénophon de Corinthe,
vainqueur au stade et au pentathle à Olympie en 464 ; les jeux de Marathon sont cités dans une
liste de concours où Xénophon lui-même ou des membres de sa famille ont triomphé, comprenant
les quatre grands jeux, les concours d'Argos, de Pellène, d'Arcadie, de Sicyone, de Mégare, de
Thèbes, d'Eubée, d'Eleusis, de Sicile. — Pyth., VIII, 79 : pour Aristoménès d'Égine, vainqueur
à la lutte à Delphes en 446, et aussi à Mégare, à Marathon, à Argos (ou à Égine).
(93) Hérodote, VI, 115.
(94) Cf. S. Solders, Die ausserstadttischen Kuîle und die Einigung Attihas (1931), p. 78;
L. Deubner, Attische Feste (1932), p. 226-227.
(95) Const. Alh., 54, 7. Le nom des Héracleia est restitué d'après Pollux, VIII, 107.
(96) Pausanias, I, 15, 3. Autre version de l'apparition de Thésée au cours de la bataille de
Marathon : Plutaroue, Thésée, 35, 8. Apparition d'un autre personnage : Pausanias, I, 32, 5.
(97) Thucydide, II, 34, 5 ; Pausanias, I, 29, 4. Sur la question de savoir si l'inhumation
sur le champ de bataille était
111."exceptionnelle ou habituelle, cf. supra, note 73.
(98) Hérodote, VI,
(99) Sp. Marinatos, ArchAnAth 3 (1970), p. 164-166, 357-365,
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 623

et les denies de l'Attique, moins de vingt ans après la réforme de Glisthène.


Même si « les Athéniens » avaient pris à leur charge tous les frais du concours
en l'honneur des cent quatre-vingt-douze morts « athéniens » qui
appartenaient aux diverses tribus et à divers dèmes, l'organisation de la fête
et des jeux n'en incombait pas moins, officiellement, aux Marathoniens.
La formule était de nature à satisfaire les traditions de particularisme
religieux et le souci d'autonomie administrative si fortement ancrés dans
tous les cantons de la Grèce archaïque.
Dans le passage de la Constitution d'Athènes cité plus haut (p. 612),
Aristote énumère les attributions religieuses du polémarque : sacrifice
à Artémis Agrotéra et à Enyalios, organisation de Γ επιτάφιος άγων,
sacrifices funéraires en l'honneur des morts à la guerre et d'Harmodios
et d'Aristogiton100. Le sacrifice à Artémis Agrotéra était offert en action
de grâces pour la victoire de Marathon101. Harmodios et Aristogiton ont été
honorés avant et après la deuxième guerre médique, et leurs statues
emportées parties Perses ont été sans retard remplacées par d'autres
sur l'Agora d'Athènes. Mais la présence d'Hippias à Marathon, avec l'armée
perse, liait plus intimement leur souvenir à cette bataille qu'à celles de
Salamine et de Platées. Le texte d'Aristote ne précise ni où ni quand se
tenait Γέπιτάφιος άγων. On peut se demander si l'ensemble des cérémonies
religieuses auxquelles le polémarque présidait, au ive siècle, n'était pas,
à l'origine, en rapport direct avec la bataille de Marathon.
Au 11e siècle av. J.-C, à la fête d'Artémis Agrotéra, une procession
et un concours (au moins une épreuve de course) étaient organisés, auxquels
participaient les éphèbes102. Une fois, en 123/2, les éphèbes sont allés en
pèlerinage à Marathon pour déposer une couronne et offrir des sacrifices
au soros103. On ignore si cet acte de piété se répétait souvent.
Les siècles avaient passé. La ferveur des lendemains d'angoisse et de
victoire avait fait place à la routine d'un cérémonial banal. Serait-ce
aussi la raison pour laquelle les Héracleia de Marathon ne figurent, à ma

(100) La façon dont on entend le texte d'Aristote ne change rien au fond des choses. Pour
rattacher τοις τετελευτηκόσιν à αγώνα, on a supprimé καί après έπιτάφιον, ou bien corrigé ce
καί en έπί, ou bien encore détaché ensemble καΐ τοις τετελευτηκόσιν... καΐ Άρμοδίω... de
έναγίσματα ποιεί, en isolant ces deux mots du reste du texte. Cf. par exemple A. Mommsen,
Feste der Stadt Athen (1898), p. 302, n. 4. Les paraphrases de Pollux et de Philostrate montrent
que les érudits anciens s'étaient posé les mêmes questions que les exégètes modernes, et qu'ils y
avaient apporté les mêmes solutions. Pollux, VIII, 91 : διατίθησι δέ τόν έπιτάφιον αγώνα των
έν πολέμω άπαθανόντων καί τοις περί Άρμόδιον έναγίζει. Philostrate, Vit. Soph., II, 30 :
έν τη ακαδημία οΰ τίθησι τόν αγώνα έπΐ τοις έκ τών πολέμων θαπτομένοις ό πολέμαρχος.
(101) Ce sacrifice aurait été de cinq cents chèvres, s'il faut en croire une historiette racontée
par Xénophon et reprise par Plutarque : avant la bataille de Marathon, les Athéniens avaient fait
vœu de sacrifier à Artémis autant de chèvres qu'ils tueraient d'ennemis ; le nombre de Perses
tombés sur le champ de bataille les fit rabattre de leur promesse. Sur la fête d'Artémis Agrotéra,
cf. aussi N. G. L. Hammond, JHS 88 (1968), p. 40-41.
(102) Chr. Pélékidis, Histoire de Véphébie attique (1962), p. 219-220.
(103) Ibid., p. 253.
624 PIERRE AMANDRY ÎBCH 95

Fig. 16. — Appliques de lébès (11).


1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 625

connaissance, dans aucune de ces listes, pourtant nombreuses et longues,


de concours d'inégale importance auxquels, aux époques hellénistique
et romaine, les athlètes se complaisaient à proclamer qu'ils avaient remporté
la victoire104 ? On n'y lit pas non plus le nom des Epitaphia, dont le modeste
concours semble n'avoir jamais été ouvert qu'aux Athéniens.
Quoi , qu'il en soit de ces hypothèses105, les lébès de Marathon et
d'Ambélokipi et l'hydrie de Salonique sont, certes, des documents à verser
au dossier de Γέπιτάφιος άγων106. Mais la formule inscrite sur ces vases pose
plus de problèmes qu'elle n'aide à en résoudre.

(104) Cependant, au iie siècle de l'ère chrétienne, à Marathon même, on continuait à vénérer
les morts de 490 comme des héros, au même titre que le héros éponyme Marathon et que le dieu
Héraclès : Pausanias, I, 32, 4.
(105) On pourrait être tenté de pousser· aussi l'enquête dans une autre direction. Athéna
recevait un culte à Marathon : sur la localisation de son sanctuaire par rapport à celui d'Héraclès,
cf. N. G. L. Hammond, JHS 88 (1968), p. 23-26 (on découvrait, au printemps de 1971, les restes
d'un édifice d'époque classique dans la région d'où provient la borne d'un sanctuaire d'Athéna :
ibid., p. 24). Athéna était présente dans le tableau de la bataille de Marathon au Portique Peint
et dans le groupe de statues dédié par les Athéniens à Delphes. La statue d'Athéna Promachos
passait pour avoir été consacrée en action de grâces à la déesse qui avait sauvé les Athéniens à
Marathon. Les jeux funèbres auraient-ils eu quelque rapport avec le culte d'Athéna à Marathon ?
Aucun texte n'associe la tenue de concours à la célébration de ce culte, alors que l'existence de
concours aux Héracleia est attestée par une inscription à peu près contemporaine de la bataille.
La tradition établissant un lien entre la statue d'Athéna Promachos et la bataille de Marathon
n'est pas attestée avant l'époque romaine, où elle a reçu une large audience : L. Robert, CRAI,
1970, p. 6-27. Si cette tradition est fondée, la statue de l'Acropole fait partie d'un groupe de
monuments commémoratifs de la bataille de Marathon qui date du temps de Cimon, comme la fresque
du Portique de l'Agora et les statues de Delphes. Ce n'était plus une exaltation spontanée, mais
une exploitation réfléchie : cf. P. Amandry, Theoria (Festschrift fur W.-H. Schuchhardt, 1960),
p. 1-8. De toute façon, il était normal que la déesse tutélaire de la cité figurât dans ces monuments
votifs.
(106) Faut-il aussi verser à ce dossier l'épigramme du « monument de Callimachos »? On
a longtemps accepté, sans les discuter ni les vérifier, des lectures et des restitutions où la mention
du nom du polémarque Callimachos précédait celle du combat des Mèdes et des Grecs à Marathon.
L'inscription a été revue attentivement par B. B. Shefton, BSA A5 (1950), p. 140-164. Cette
révision a réduit à néant l'hypothèse d'une différence de date entre les deux lignes de
l'inscription, l'une étant supposée avoir été gravée avant la bataille, et l'autre après. Mais elle a aussi
condamné la restitution Μέ[δον] : la pierre porte les lettres μα. La disparition des Mèdes entraînait
logiquement celle des Grecs : E. Fraenkel, Eranos 49 (1951), p. 63-64, a proposé de substituer à
τόν άγδνα τόν Μέ[δοντε καΐ Λ]ελένον le texte suivant : τόν άγονα τδν Μα[ραθονόθεν Λ]ελεν, δν...
Cette coupure des mots et cette restitution, qui mettent l'épigramme en rapport, non plus
avec la bataille, mais avec un concours tenu à Marathon, ont été admises par Β. Β. Shefton,
BSA 47 (1952), p. 278 : il avait lui-même souligné, dans son article de 1950, le caractère insolite
de l'emploi de άγων au sens de bataille, à une époque où ce mot désignait normalement un concours.
Les Mèdes et les Grecs écartés, que doit-il advenir des noms de Marathon et de Callimachos ?
Là où l'on restituait le nom de Marathon, au dernier vers, Shefton considère la lecture μα comme
très douteuse, et lirait plutôt μν. Mais, comme on vient de voir, on peut réintroduire cette
restitution au vers précédent, grâce à l'élimination de la lecture erronée με au profit de μα. Il est
sûr que ces deux lettres peuvent appartenir à quantité d'autres mots qu'au nom de Marathon.
Quant à la restitution du nom de Callimachos, elle repose sur la présence du démotique Άφιδ-
ναιο[.] (Άφιδναϊο[ς], Άφιδναίο[ν] ?) et sur celle de la fin de mot μαρχος. Ces deux syllabes
aussi peuvent terminer bien d'autres mots que πολέμαρχος : on n'a que l'embarras du choix,

13
626 PIERRE AMANDRY [BCH 95

11. Quatre appliques d'un lébès de bronze (fig. 16).


Appliques en forme de demi-bobines, légèrement bombées au milieu, où elles
sont décorées de nodosités entre deux filets. Longueur d'une applique : 5,5 cm.
Hauteur au bout : 2,2 cm. L'intérieur est creux et rempli de plomb.
Dans deux de ces appliques s'engagent les extrémités de poignées de forme
oblongue (longueur : 9,5 cm), à tige de section carrée, plus grosse au milieu où
elle s'incurve entre deux doubles cônes bordés de deux filets.
Chacune des quatre appliques est percée de part en part, en son milieu, d'un
canal qui traverse aussi la masse de plomb. Ce canal livrait passage à une broche,
longue de 6 cm à 6,5 cm. Trois de ces broches sont immobilisées dans leur logement
par l'oxydation ; une seule a pu en être extraite.
Les broches servaient à fixer le couvercle. On en a trouvé de semblables
en place dans les quatre appliques d'un lébès de Ialysos, dont le bord
du couvercle était, en outre, entaillé à l'emplacement correspondant
à celui des appliques107. Sur un autre lébès de Ialysos, les deux appliques
sans poignée étaient seules percées pour le passage d'une broche108.

Pierre Amandry.

parmi les noms communs et les noms propres. Un faible indice en faveur du maintien du nom
de Marathon est fourni par la formule ποασίν Άθεναίον, qui a une résonance guerrière. Après
Λ]ελεν (ou άνΛ]ελεν), on restituerait, plutôt que le relatif δν (on attendrait Λόν), une forme du
mot βνομα ou un dérivé de ce nom : ce serait une allusion à la renommée que les Athéniens
s'étaient acquise à Marathon. La restitution [πολέ]μαρχος aurait, dans ce cas, quelque chance
d'être correcte. Mais il faudrait éliminer la restitution du nom de Callimachos. Le monument
aurait été dédié à Athéna sur l'Acropole par un polémarque du dème d'Aphidna (comme
Callimachos, et peut-être pas par pure coïncidence), peu de temps après la bataille de Marathon,
soit que ce polémarque eût remporté la victoire aux jeux de Marathon (ce qui donnerait un sens
satisfaisant et usuel à είλεν ou άνεϊλεν, comme l'a souligné E. Fraenkel, conduirait à identifier
la statue que portait la colonne avec une Niké, et obligerait à se demander si les fonctions des
archontes et leur âge — on n'accédait pas à ces fonctions à moins de trente ans, et peut-être
de quarante ; cf. P. Roussel, Étude sur le principe de l'ancienneté dans le monde hellénique
[paru en 1942 ; inséré dans le tome 43, 2e partie, des Mémoires de l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres, 1951], p. 134-136, 149-150 — étaient compatibles avec leur participation
à des concours athlétiques), soit qu'il eût eu la charge d'organiser ou de présider le premier
concours tenu par les Athéniens à Marathon après la bataille (ce qui, pour l'identification de la
statue, ferait pencher en faveur d'Iris, à qui conviendrait mieux qu'à Niké le nom de άγγελος
αθανάτων, fourni par une restitution, certes, mais par une des moins discutables). [Au moment
où je corrige les épreuves de cet article (octobre 1971) parvient à Athènes le 1er fascicule (« Spring »)
du volume 12 (1971) de la revue Greek, Roman and Byzantine Studies, qui contient, aux pages 5
à 24, un article de Evelyn Β. Harrison intitulé « The Victory of Kallimachos ». Le nom de
Marathon disparaît de l'épigramme, celui de Callimachos y est maintenu. Le monument aurait
été dédié par le polémarque de l'année 490 pour commémorer une victoire remportée par lui
aux Panathénées, cette année-là, peu de temps avant la bataille où il devait trouver la mort.]
(107) Clara Rhodos 3 (1929), p. 225, fig. 221.
(108) Clara Rhodos 8 (1936), p. 179, fig. 167.

Vous aimerez peut-être aussi