Amandry Platea
Amandry Platea
hellénique
Amandry Pierre. Collection Paul Canellopoulos (I). Armes et lébès de bronze. In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 95, livraison 2, 1971. pp. 585-626;
doi : https://doi.org/10.3406/bch.1971.4863
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1. Casque corinthien (fîg. 1).
Hauteur, du sommet de la calotte à la pointe inférieure du couvre-joue (A) :
22,5 cm ; au bord du couvre-nuque (B) : 21,5 cm. Longueur, du bord du couvre-
nuque à la pointe inférieure du couvre-joue (G) : 23 cm ; du bord du couvre-nuque
à l'extrémité du nasal (D) : 24,5 cm. Largeur d'un bord à l'autre, à l'endroit de la
retraite entre couvre-joue et couvre-nuque (E) : 18 cm. Distance entre les pointes
des ouvertures oculaires (F) : 12 cm. Distance du haut de l'ouverture oculaire à
l'extrémité du nasal (G) : 6,5 cm ; à la pointe inférieure du couvre-joue (H) : 13 cm.
Hauteur du couvre-joue, de l'angle supérieur à l'angle inférieur (I) : 8 cm. Distance
entre les couvre-joues, aux angles supérieurs (J) : 6,5 cm ; aux angles inférieurs
(K) : 8,5 cm. Les deux couvre-joues ayant été brisés et réparés, certaines mesures
peuvent en être légèrement affectées. Trois sillons parallèles incisés le long du
bord, le premier et le deuxième (à partir du bord) étant séparés par un intervalle
plus large que le deuxième et le troisième. Provenance indiquée : Péloponnèse.
Fig. 1. — Casque corinthien 1.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 587
et avec un sillon de plus de part et d'autre, sur un casque qu'on range dans
le groupe le plus récent, au premier quart du vie siècle5. Inversement,
le décor du casque 2 apparaît déjà sur deux casques classés dans le groupe
le plus ancien, au troisième quart du vne siècle, et reparaît sur un casque
apparenté à celui de Myros 6.
.
3. Casque « illyrien » (fig. 4 et 5).
Fait d'une seule pièce. Hauteur, du sommet de la calotte à la pointe des couvre-
joues : 27,5 cm ; au bord du couvre-nuque : 20 cm. Longueur : 22 cm. Largeur,
mesurée d'un bord à l'autre, entre les pointes des angles que font le couvre-joue
et le couvre-nuque à leur point de rencontre : 18 cm. Dimensions de l'ouverture
faciale : largeur, en haut : 11 cm ; en bas : 11,5 cm ; hauteur : 15,5 cm. Un trou sur
le front et deux à la nuque, pour la fixation du cimier. Petits trous régulièrement
espacés le long du bord ; six clous à large tête bombée encore en place. A la pointe
de chaque couvre-joue, en arrière de la rangée de petits trous, un trou de diamètre
double pour le passage de la monture d'une jugulaire. Sur le couvre-joue droit,
le long du bord de l'ouverture faciale, inscription gravée sur une longueur de 9 cm.
Provenance indiquée : Grèce du Nord. ,
Les traits les plus caractéristiques du casque de . la collection
Canellopoulos sont : la forme . orthogonale de la «lucarne» faciale, la
grande ouverture des angles, d'une part à la pointe du couvre-joue, d'autre
part au point de rencontre entre couvre-joue et couvre-nuque (qui se situe
à peu près à mi-hauteur du bord vertical de la « lucarne »), le profil de la
partie postérieure, où la calotte et le couvre-nuque se rencontrent à angle
obtus.
D'après les indices d'évolution qu'Emil Kunze a décelés dans la
structure du casque « illyrien » 7, celui-ci serait à dater du deuxième quart
du vie siècle ou, au plus tard, du milieu du siècle8.
L'inscription, en alphabet corinthien du vie siècle, ne contredit pas
à cette datation.
L'omicron est beaucoup plus petit que les autres lettres, selon l'usage
corinthien9. Le cercle n'est pas gravé : la lettre a été emboutie au moyen d'un outil
■
d'autres alphabets. Ici, la barre médiane est horizontale, et les deux autres lui
sont à peu près perpendiculaires.
L'iofa à trois branches n'apparaît à Corinthe, dans les inscriptions
peintes sur vases, qu'au deuxième quart du vie siècle, sur les vases de style
corinthien récent11. La forme plus ancienne, à quatre branches, subsiste
concurremment avec la nouvelle, souvent sur le même vase, parfois dans
le même mot12. Les deux formes coexistent encore dans la deuxième
moitié du vie siècle : on les trouve toutes deux sur des tablettes de bois
peint de Pitsa, mais pas sur une même tablette13.
L'inscription peut donc être datée du deuxième quart ou de la deuxième
moitié du vie siècle. Sa gravure n'est d'ailleurs pas nécessairement
contemporaine de la fabrication du casque.
«J'appartiens à Pai(w)ôn », dit l'inscription. Il est constant à l'époque
archaïque — et l'usage ne s'est pas perdu à l'époque classique — qu'un
objet proclame lui-même, à la première personne, le nom de son possesseur,
— que celui-ci soit un homme ou une divinité14.
Avant la fin du vme siècle, on lit sur des vases de terre cuite : « Je suis
la coupe de Korakos15 », « Je suis la coupe de Nestor où il fait hon boire »16.
L'inscription «J'appartiens à Phidias», gravée sous un pichet qui avait
été jeté au rebut avec les déchets de la statue de Zeus à Olympie, est le
plus célèbre des graffiti de cette espèce, dont la liste est longue.
(10) Sur la technique employée pour les lettres rondes dans les inscriptions sur métal, cf.
S. Casson, AJA 39 (1935), p. 511-515 ; G. Richter, AJA 43 (1939), p. 196 n. 4.
(ll)-H. Payne, Necrocorinthia (1931), p. 160; L. H. Jeffery, Local Scripts, p. 115;
R. Arena, Le iscrizioni corinzie su vasi (MemLinceit Ser. VIII, vol. XIII, fasc. 2, 1967), p. 61.
Un seul exemple d'iota à trois branches dans le style corinthien moyen : Arena, n° 29, p. 86-87.
(12) Les vases recensés ci-dessous sont tous de style corinthien récent. La lettre Ρ se réfère
à la numérotation de Payne, Necrocorinthia, p. 161-169, — la lettre A à celle d'ARENA, Iscrizioni
corinzie su vasi, p. 65-126. L'io/α à trois branches se trouve seul sur les vases suivants : P43
(A 58), Ρ 44 (A 59), Ρ 69 (A 87), Ρ 72. Les formes à trois et à quatre branches coexistent sur les
vases suivants : Ρ 37 (A 51), Ρ 38 (A 52), Ρ 39 (A 53), Ρ 46 (A 60), Ρ 47 (A 61), Ρ 48 (A 62),
Ρ 60 (A 73), Ρ 61 (A 72), Ρ 62 (A 74), Ρ 66 (A 79), Ρ 67 (A 90), Ρ 70 (A 88), A 75.
(13) EAA, s. v. « Pitsa » (A. K. Orlandos).
(14) Un choix d'inscriptions gravées sur des monuments ou sur des objets divers, où ces
monuments ou ces objets s'expriment eux-mêmes à la première personne, a été réuni par
M. Burzachechi, « Oggetti parlanti nelle epigrafi greche », Epigraphica 24 (1962), p. 3-54.
(15) L. H. Jeffery, Local Scripts, p. 347, 356 n° 1, pi. 67, 1 ; P. J. Rus in Ugaritica VI
(1969), p. 450, flg. 6, n° 4.
(16) Jeffery, op. cit., p. 235-236, 239 n° 1, pi. 47, 1 ; H. Metzger, BEA 67 (1965), p. 301-
305 ; A. E. Raubitschek in L'épigramme grecque (Entretiens sur l'Antiquité classique, Fondation
Hardt, XIV, 1967 11968]), p. 9-11.
Fig. 4. — Casque illyrien 3.
592 PIERRE AMANDRY [BCH 95
(17) Je laisse de côté une plaque de bronze de Delphes, portant quelques lettres gravées :
P. Perdrizet, FD V, n° 700, p. 130, fig. 484 ; Ε. Kunze, Ol. Ber. VII, p. 113. Il n'est pas sûr
qu'il s'agisse d'un couvre-joue. Le sens de l'inscription n'apparaît pas clairement ; la lecture de
P. Perdrizet doit être corrigée pour la dernière lettre, qui est un psi.
(18) E. Kunze, Ol.Ber. VII, p. 82 n° 31, p. 113, pi. 46, 1 ; VIII, p. 109, pi. 33, 4 et 43, 1-2.
(19) B. Schroder, Jdl 27 (1912), p. 342, Beil. 11, 4 et 7 et 15, 5 ; E. Kunze, Ol.Ber. VI,
p. 145-146, pi. 55.
(20) B. Schroder, loc. cit., p. 327, Beil. 11, 6 et 12, 6. Sur ce roi, cf. RE, s. v. « Monunios ».
Comme Th. Wiegand l'avait indiqué dans la première publication du casque, à laquelle
B. Schroder se réfère, il s'agit presque sûrement d'un casque d'homme de troupe tiré des magasins
royaux, et non du casque personnel du roi. Le cas est le même que celui des casques, boucliers et
carquois inscrits au nom des rois ourartiens, ou que celui de la vaisselle portant le nom des
souverains achéménides, ou que celui des livres de piété reliés aux armes des rois de France.
(21) Sur ces formules, cf. M. Burzachechi, loc. cit. [supra, note 14) ; W. House, Greek
votive offerings (1902), p. 322-334 ; E. Kunze, Ol.Ber. VIII, p. 83-89.
(22) Quelques exemples d'un nom de divinité au génitif, sans article ni verbe : Ol.Ber. VII,
p. 81 n° 23 et p. 112 (= Jeffery, Local Scripts, p. 224 n° 6, pi. 44) (casque : Zeus), Ol.Ber. VIII,
p. 86 et fig. 29, 2, p. 123 n° 36, p. 87 et pi. 30, 2-3 (casques et talon de lance : Zeus), Jdl 27
(1912), p. 342, Beil. 11, 5 et 16, 2 (casque : Athéna), A. de Ridder, Bronzes Acrop. (1896), nos 287,
307 (talons de lance : Athéna), A. de Ridder, Bronzes Soc. arch. (1894), n° 10 (trépied bas :
Apollon). Exemple d'un nom de divinité au génitif, sans article, mais suivi du verbe ειμί : Arena,
Jscrizioni corinzie su vasi, p. 92 n° 41 (cratère corinthien de terre cuite : Apollon).
Fig. 5. — Casque illyrien 3 : inscription.
11
594 PIERRE AMANDRY ÎBCH 95
casque est celui d'un homme, on peut supposer que, au vie siècle, on avait
déjà oublié sa relation originelle avec l'ethnique d'un peuple macédonien ;
sans quoi, il serait .probablement précédé de l'article31.
Dans l'Iliade intervient un dieu guérisseur nommé Παιήων. On reconnaît
déjà ce nom sur des tablettes de Cnossos32. A l'époque classique, sous
les formes Παιών en ionien-attique et Παιάν en dorien, ce nom a été accolé
à celui d'Apollon, d'Asclépios, de Dionysos et d'autres divinités, avec
lesquelles le dieu homérique s'est plus ou moins confondu33. Même employé
seul, il est douteux, dans beaucoup de cas, que ce nom désigne une divinité
distincte d'Apollon ou d'Asclépios. Cependant, dans certains endroits,
le dieu des temps anciens a pu conserver une personnalité propre, au moins
comme héros34.
Le nom du dieu guérisseur a été mis en relation avec celui de l'ancêtre
éponyme des Péoniens35. Les héros guérisseurs étaient nombreux en
Grèce du Nord, — nombreux aussi, de la Ghalcidique à la Crimée, les
cultes d'Apollon, attestés par des inscriptions et par des monnaies, où le
dieu jouait un rôle de guérisseur que souligne, en plusieurs endroits,-
l'épithète 'Ιατρός ou Ίητρός. Si le casque a été trouvé en Grèce du Nord,
on l'imaginerait dédié dans un sanctuaire champêtre de Macédoine à
quelque héros guérisseur, comme les casques pris aux hommes de Télèphe
par les Achéens lors de leur débarquement en Mysie, qui, selon une tradition
12928 (Diospolis Magna, milieu du ne siècle av. J.-C.) — A l'époque impériale, on connaît un
Παίων Σιδήτης, poète itinérant, dont le nom figure dans deux épigrammes gravées sur le Colosse
de Memnon, probablement entre 89 et 91 (G. Kaibel, Epigrammata ■ Graeca [1878], 1006 et
1007 ; A. et E. Behnand, Les inscriptions du Colosse de Memnon [1960], 11 et 12), et un Πόπλιος
Αΐλιος Πομπηϊανός Παίων Σιδήτης nommé dans une inscription de Nysa, sous Antonin le
Pieux (A. Wilhelm, OJh 24 [1929], p. 191). De l'avis de M. Louis Robert (à qui je dois la plupart
des indications contenues dans cette note et dans la précédente), il s'agit d'un seul et même
personnage : cf. A. et E. Bernand, op. cit., p. 50-51. De toute façon, dans ce cas, Παίων devait
être un surnom, adopté par ce poète pour des raisons professionnelles.
(31) Dans une étude sur l'origine des peintres et potiers d'Athènes portant des noms tirés
d'ethniques, Ch. Dugas a estimé que la présence, exceptionnelle, de l'article devant le nom de
Lydos, dans les deux signatures actuellement connues de ce peintre, n'autorisait aucune conclusion
quant à son origine : Mélanges Glolz (1932), I, p. 335-340 (= Recueil Charles Dugas [1960], p. 13-
17). Selon lui, ό Λυδός n'aurait été qu'un surnom. Mais el Greco, il Veronese, il Perugino étaient
aussi des surnoms.
(32) M. Ventris et J. Chadwick, Documents in Mycenaean Greek (1956), p. 216 et 208.
(33) Cf. Pape-Benseler, Eigennamen9 (1863-1870), s. υ. Παίων et Παιών ; H. Usener,
Gotternamen (1896), p. 153-155; F. Bechtel,· Gr. Dial. Ill (1924), p. 66; Eisele in Roscher,
Lexikon, s. v. « Paian u. Paion » ; RE, s. v. « Paian », col. 2340-2345 (v. Blumenthal) ; Liddell-
Scott-Jones, Lexicon, s. υ. Παιάν.
(34) IG XII, Suppl., 675 et Add. p. 218 : he]poov Παιέονος (Chalcis, probablement lre moitié
du ve siècle). Cf. Jeffery, Local Scripts, p. 87 n° 4.
(35) G. H. Macurdy, CIRev 26 (1912), p. 249-251 ; Language 6 (1930), p. 297-303. Sur
l'éponyme des Péoniens : RE, «. v. « Paiones » ; Roscher, Lexikon, s. v. « Paian u. Paion », col.
1251. Trois ascendances différentes étaient attribuées à ce personnage : il était fils d'Endymion,
roi d'Élis, et s'était exilé dans la région de l'Axios, par dépit d'avoir été défait par son frère
Épeios au concours institué par le roi entre ses fils pour désigner son successeur ; il était aussi
fils de Poseidon et de Hellé, ou fils d'Autarieus.
Fig. 6. — Casque chalcidien 4.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : ARMES 597
>* il·»·
(41) Avec couvre-nuque incurvé sur des vases de Douris, presque rectiligne sur des vases
du peintre de Kléophradès.
(42) Ph. Papadopoulou, ArchDelt 19 (1964) I, p. 85-89, pi. 54 ; E. Kunze, Ol.Ber. VIII,
p. 149 et 153-154.
600 PIERRE AMANDRY [BCH 95
Largeur d'une face vers le haut : 1,8 cm. L'ensemble est creux sur une longueur
de 20 cm.
Ces deux talons de lance appartiennent à un même type, qui présente
quelques variantes dans l'aspect de la douille43. D'après les dédicaces
gravées sur un certain nombre de ces objets (cf. ci-dessous, 7), ce type
de talon semble avoir connu sa plus grande vogue dans la première moitié
du ve siècle.
(43) H. Weber, Olymp. Forsch. I (1944), p. 154-157 ; A. Snodgrass, Early Greek Armour
and Weapons (1964), p. 133·.
(44), Deux talons de lance du même type que celui-ci, provenant respectivement d'Olympie
et d'Arcadie, mesurent 42 cm et 42,3 cm : Olympia IV, 1050 ; G. Richter, AJA 43 (1939), p. 194
n. 8. Le talon d'une sarissa macédonienne de Vergina, d'un type différent, mesure 45,5 cm :
M. Andronicos, BCH 94 (1970), p. 104.
(45) La plupart des exemples ont été réunis par G. Richter, loc. cit., p. 194-201 et par
H. Weber, loc. cit. D'autres talons inscrits ont été trouvés depuis lors à Olympie : Ol.Ber. VIII,
p. 83, 87, 109, pi. 30, 1-4 (E. Kunze). Sur la provenance de l'exemplaire d'Arcadie publié par
G. Richter, cf. Jeffery, Local Scripts, p. 215 n° 11 et p. 209.
(46) Cf. Jeffery, Local Scripts, p. 206-207. Comparer, pour l'écriture, la dédicace à Artémis
gravée sur une clef de bronze à Lousoi : IG V 2, 399, pi. II ; Jeffery, p. 215 n° 23.
602 PIERRE AMANDRY [BCH 95
LÉBÈS DE BRONZE
(47) Une liste d'exemples de noms de lieux et de noms communs en -ος et en -ov, présentant
une forme en -οι au locatif, est donnée par Kuhner-Blass, Grammatik der griech. Sprache, 1 2
(1892), p. 304. La dédicace d'une phiale d'argent à Mégare en fournit un autre exemple : cf. supra,
note 26. M. Olivier Masson a appelé mon attention sur un exemple en Arcadie même, celui d'une
tête de sanglier en bronze portant la dédicace Έρμανος Φενεοΐ : 1GV 2, 360 ; Roehl,
commentaire à IGA 60.
(48) RE, s. v. « Stymphalos », col. 450-453 ; R. Stiglitz, Die grossen Gôttinnen Arkadiens
(Sonderschriften d. osterr. arch. lnst. in Wien, XV, 1967).
(49) L'objet a été examiné par le technicien Andréas Mavraganis. L'état du bronze est le
même au fond des lettres des deux inscriptions que sur toute la surface.
(50) Par exemple : Ol.Ber. VIII, p. 87, pi. 30, 2-3 ; Olympia V, 254-256.
(51) Ce nom, employé aussi par E. Vanderpool (note 52), paraît mieux approprié à ce type
de chaudron que dinos, préféré par H. Payne (note 60) : cf. G. M. A. Richter et M. J. Milne,
Shapes and Names of Athenian Vases (1935), p. 9-10.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBÈS DE BRONZE 603
Fig. 9. — Lébès 8.
604 PIERRE AMANDRY ÎBCH 95
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 605
gueur de chaque applique : 6,8 cm. Dans deux de ces appliques s'engagent les
extrémités d'anses mobiles de forme ovale, faites d'une tige carrée à angles coupés
qui s'incurve vers l'intérieur à l'endroit de préhension, entre deux bourrelets
circulaires en forte saillie. Plus grande longueur d'une anse : 12,3 cm.
Un anneau de bronze plat (qui ne figure pas sur les photographies publiées
ici), épais de 1,5 mm environ, de mêmes dimensions (en diamètre et en largeur)
que le rebord du chaudron, adhérait à ce rebord, au moment de la découverte,
cachant et protégeant ainsi l'inscription. Il est douteux que cet anneau ait fait
partie d'un couvercle : d'une part, le bord intérieur de cet anneau est régulier
et ne présente aucune trace d'arrachement ; d'autre part, des encoches profondes
en moyenne d'un millimètre, dans les bourrelets des bobines, du côté intérieur,
à 2 millimètres environ au-dessus du rebord du chaudron, étaient sûrement
destinées à assurer l'immobilité du couvercle, après qu'on l'y avait introduit par
léger forcement (tous les couvercles retrouvés, plats ou convexes, sont en tôle
mince). Il semble donc que l'anneau retrouvé in situ s'interposait entre le rebord
du chaudron et le couvercle.
Le lébès a été acquis peu de temps après sa découverte, vers 1958. Le vendeur
a déclaré qu'il avait été trouvé dans la plaine de Marathon, non loin du tombeau
des Athéniens, et qu'il contenait des ossements humains.
Ce lébès n'est pas inédit. Eugene Vanderpool l'a fait connaître
récemment52. Mais il eût été dommage de ne pas inclure dans un choix d'objets
de la collection Canellopoulos un des documents les plus intéressants
de cette collection.
L'inscription (fig. 10) se lit sans difficulté53 : Άθεναΐοι άθλα επί τοις
εν το ι πόλεμοι.
Lettres caractéristiques : alpha à barre légèrement oblique ; epsilon à trois
barres d'égale longueur, horizontales ou très légèrement penchées, avec haste
verticale dépassant dans un cas seulement le niveau de la barre inférieure ; thêta
pointé ; lambda attique à branche oblique courte ; mu largement ouvert à branches
obliques ; nu à hastes un peu obliques, la troisième plus courte que la première ;
sigma à trois branches.
La date indiquée par l'écriture se place entre l'époque des guerres
médiques et le milieu du Ve siècle, et plutôt plus près de la limite supérieure
que de la limite inférieure54.
Du lébès de la collection Canellopoulos, Eugene Vanderpool a rapproché
deux autres vases de bronze, un lébès et une hydrie, qui portent la même
inscription.
(55) A. de Ridder, Bronzes antiques du Louvre, II (1915), n° 2590, p. 101, pi. 93. Hauteur :
20 cm. Plus grand diamètre : 31 cm. Diamètre du couvercle : 22 cm. Le lébès contenait des
ossements qui y sont encore conservés. L'existence de ce vase a été signalée, et le texte de l'inscription
publié, d'abord par C. Carapanos, Dodone et ses ruines (1878), p. 228, puis par A: Furtwângler,
Olympia IV (18901, p. 134. Les photographies de la figure 11 m'ont été procurées par M. Pierre
Devambez.
(56) Les seules différences résident dans l'aspect des appliques et des poignées. Les appliques,
légèrement concaves aux longs côtés, présentent cinq anneaux séparés l'un de l'autre par deux
filets. Ce type d'applique n'est pas moins répandu que le type en bobine. Quant aux poignées
du lébès du Louvre, elles diffèrent entre elles : la tige de l'une est unie; l'autre est ornée en son
milieu d'une perle en double cône. Le remplacement d'une des poignées peut dater de l'antiquité
aussi bien que des temps modernes.
(57) Alpha, epsilon, mu sont moins larges, mais gardent des traces d'archaïsme ; les hastes
du nu sont verticales ; le sigma est encore à trois branches.
(58) Ph. Petsas, Μακεδόνικα 9 (1969), p. 135, pi. 14 ; J. et L. Robert, REG 83 (1970).
Bull. 366. Fac-similé de l'inscription : Petsas, loc. cit. ; Vanderpool, loc. cil. (note 52). L'hydrie
mesure 34,5 cm de haut ; le diamètre à l'épaule est de 24,5 cm, celui de l'embouchure de 11 cm.
L'anse verticale manque. M. Ch. Makaronas m'a procuré les photographies de la figure 12.
(59) Le sit/ma a quatre branches, les lettres rondes sont plus petites que les autres ; mais les
hastes du nu sont obliques.
(60) Je tiens pour raisonnable de supposer que les vases sont pratiquement contemporains
des inscriptions qu'ils portent, qu'une commande était passée aux chaudronniers de la ville à
l'occasion de chaque concours, et que l'État ne rachetait pas les chaudrons des grands-mères pour
les offrir aux vainqueurs.
(61) Sur ce type de lébès, cf. A. Fortwângler, Olympia IV (1890), p. 134-136 ; H. Payne,
Perachora I (1940), p. 161-162.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 609
(62) L'urne contenant les os du mort, enveloppés dans une étoffe qui s'est parfois conservée
(par exemple, à Eleusis : G. Mylonas, PraktAE 1953, p. 81, et à Draphi, en Attique : BCH 81
[1957],' p. 518-519), était généralement placée dans une alvéole circulaire ménagée au centre d'un
sarcophage de pierre de forme carrée. Quand le diamètre de l'alvéole ne dépassait guère celui du
lébès, il n'y avait de place pour d'éventuelles offrandes qu'à l'intérieur même de l'urne. Une autre
tombe d'Eleusis n'en contenait pas : G. Mylonas, PraklAE 1954, p. 57-58. Mais l'espace libre
autour de l'urne était parfois suffisant pour qu'on y déposât des vases. Ceux qui ont été trouvés
dans deux tombes de Ialysos ont été décrits, mais non reproduits ni datés : Clara Rhodos 3 (1929),
p. 224 ; 8 (1936), p. 178. Celle des deux tombes d'Eleusis où l'étoffe était conservée contenait
cinq lécythes, qui n'ont pas été publiés, à ma connaissance ; on les a datés approximativement du
milieu du ve siècle. On a imprimé, dans un journal quotidien d'Athènes (Έθνος, 5 février 1962),
une photographie de trouvailles faites dans la ville, rue Éole, où figurait, avec des vases peints,
une paire d'anses de lébès montées sur des appliques en bobines. Ces anses n'ont pas été publiées
avec le reste des trouv-ailles : ArchDell 18 (1963) [1965J, p. 33-35, pi. 31-35. On ne sait rien des
conditions de trouvaille d'un lébès, en excellent état de conservation, qui est exposé au Musée
d'Érétrie (inv. n° 516) ; il provient sans doute de fouilles anciennes dans le cimetière de la ville
antique.
(63) A Trebenichte, les deux types d'appliques, à double bobine et à anneaux, sont représentés
dans les trouvailles faites dans la nécropole. Les exemplaires dont la place est sûre décoraient
l'épaule de cratères sans anses, où ils alternaient avec des figurines animales (boucs, sphinx) :
B. D. Filow, Arch. Nekropole von Trebenischte (1927), p. 51-54 ; Cl. Rolley, Coll. Stathatos III
(1963), p. 96-97. Mais d'autres appliques, où est montée une poignée mobile, proviennent sûrement
de lébès : L. Popovic, Catalogue des objets découverts près de Trebenisté (1956), p. 118, nos 35-38,
p. 121, n°s 51-53, pi. XXX.
(64) Aux indications concordantes fournies par les conditions de trouvaille, si imprécises
soient-elles, et par les inscriptions, s'ajoutent quelques indices qu'on peut tirer de détails de
structure ou de décoration. Les disques, aux poignées du lébès Canellopoulos, et les anneaux, aux
appliques du lébès du Louvre, ont leur pendant dans le décor des talons de lance (supra, 5 à 7).
Il n'y a peut-être aucune relation directe à établir entre la forme oblongue et la dépression
médiane de la tige des poignées du lébès Canellopoulos et les contours identiques de bracelets
d'Asie Mineure, de Syrie et d'Iran à partir de la fin du vie siècle, ni entre le décor à nodosités
des bourrelets des appliques du même lébès et le décor des manchons de quelques-uns des mêmes
bracelets : P. Amandry, AntKunst 1 (1958), p. 11-14." Mais de telles rencontres, même fortuites,
ne se produisent qu'à une même époque.
(65) E. Diehl, Die Hgdria (1964), Β 122 et Β 123, pi. 11. La datation proposée, p. 32, n'est
appuyée d'aucun argument.
(66) Je n'aperçois pas de différence essentielle entre les hydries d'Istanbul et d'autres qui
sont datées par E. Diehl du 2e quart du ve siècle, par exemple une hydrie de Londres, Β 110,
p. 31, pi. 9. Sur le classement et la chronologie des hydries de bronze, cf. D. von Bothmer,
Gnomon 37 (1965), p. 599-608 ; Cl. Rolley, RE G 78 (1965), p. 602-609.
12
610 PIERRE AMANDRY [BCH 95
Deux lécythes de terre cuite à figures rouges passent pour avoir été
trouvés dans la même tombe que le lébès de la collection Canellopoulos67.
Les mérites artistiques de ces deux lécythes sont minces. Ils font
partie de ces vases produits par milliers par les fournisseurs des boutiques
installées près des cimetières. Leur intérêt réside dans leur similitude,
et dans leur médiocrité même. Identiques de forme, de dimensions et de
style, ils sont l'œuvre d'un même fabricant, et on est en droit de penser
qu'ils ont été achetés en même temps, le jour de l'incinération du mort,
pour être déposés dans la tombe, auprès du lébès ou dans le lébès même.
Au sujet de ces lécythes, M. Brian Cook a bien voulu me fournir les
précisions suivantes : « They are, as you rightly observed, related to the
Aischines Painter, but not from his own hand. His vases seldom have
so flat a shoulder and so sharp an angle between shoulder and body, but
(67) Une fois n'étant pas coutume, on est tenté, dans ce cas, d'ajouter foi aux dires du vendeur :
les lécythes ont été présentés en même temps que le lébès, et ont été offerts par-dessus le marché I
(68) Comparer la position des mains d'une Niké, sur un lécythe à figures rouges, Cambridge
G 151 : CVA 1, III I J, pi. 29,5 (indication due à M. Brian Cook).
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBÈS DE BRONZE 611
you might compare Athens 18857 (ex Empedokles 1843) and London E 609.
Many of the Tymbos Painter's white-ground lekythoi are like this. The
foot in two degrees is a relatively rare feature on red-figured lekythoi.
There are a few in what Beazley called Class ATL, including Catania 384
and Amsterdam 6251, as well as in that class of larger lekythoi, with
two figures, chiefly by the Aischines Painter : Syracuse 22827, Oxford 536,
Naples Gela 13 (ex Navarra, by the Beth Pelet Painter) and Carlsruhe 69/20
(by the Carlsruhe Painter)69. When the smaller lekythoi of ATL shape
have a foot in two degrees, I tend to think of this as an early feature.
I should think that these two belong in the early years of the second
quarter of the century. »
La date de ces lécythes pourrait donc remonter jusque vers 475/470,
et ne devrait pas, en tout cas, être abaissée au-delà de 465 70. Il s'est
écoulé un certain temps — des semaines, des mois, ou des années ? — entre
l'attribution du lébès comme prix et son utilisation comme urne cinéraire.
La date des lécythes invite à maintenir celle du lébès tout près de l'époque
des guerres médiques.
En conclusion, on proposerait, pour les trois vases de bronze qui
portent la même inscription, les dates suivantes (avec une marge d'une
dizaine d'années dans un sens et dans l'autre) : lébès Canellopoulos, 480 ;
lébès du Louvre, 465 ; hydrie de Salonique, 450.
(69) Bonne reproduction de ce lécythe, proche par le style des lécythes de la collection
Canellopoulos : Griechische Vasen (Bildhefte des Badischen Landesmuseums, 1969), fig. 34
(J. Thimme).
(70) Parmi les grands lécythes à pied à deux degrés, celui du peintre de Carlsruhe (note
précédente) est daté par J. Thimme de 460 environ, et un lécythe du peintre d'Eschine (Oxford
536) a été daté de 460/450 par J. D. Beazley, CVA Oxford 1 (1927), pi. 38, 9.
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 613
Diodore, dont les sources ne devaient pas être antérieures non plus
au ive siècle, associe Γέ-πιτάφιος άγων à Γέπιτάφιος λόγος et précise la date
de leur institution, en 479, aussitôt après la bataille de Platées : ό των
'Αθηναίων δήμος έκόσμησε τους τάφους τών εν τω Περσικω πολέμω τελευτησάντων,
και τον αγώνα τον έπιτάφιον τότε πρώτον έποίησε, και νόμον έθηκε λέγειν εγκώμια
τοις δημοσία θαπτομένοις τους προαιρεθέντας τών ρητόρίον (XI, 33,3).
Ce n'est pas avant le 11e siècle av. J.-G. que des textes épigraphiques
mentionnent une fête des Epitaphia, à laquelle participent les éphèbes.
Une procession s'y déroulait, et un concours y était organisé, qui
comportait, entre autres épreuves, plusieurs courses, dont une aux flambeaux71.
Déjà, Adolf Furtwângler et, de façon plus explicite, K. A. Neugebauer
tenaient le lébès d'Ambélokipi pour le document le plus ancien qu'on
possédât sur Γέπιτάφιος άγων72. Avec le lébès Canellopoulos, on
remonterait tout près de la date de fondation de ce concours, puisque Eugene
Vanderpool admet l'exactitude de la date indiquée par Diodore73.
les lettres qui pouvaient être gravées sur le bord (il y a place pour trois), mais
aussi les boules en relief au pourtour ont disparu, à l'endroit où le pouce s'arc-
boutait pour soulager l'effort des quatre autres doigts repliés autour de l'anse
verticale75.
Αία désigne la Colchide (Médée est appelée Αίαίη), l'île de Circé et une
région de Thessalie. Protésilas avait un sanctuaire dans sa ville natale
de Phylaké, qui est devenue à l'époque hellénistique une kômé de Thèbes
de Phthiotide. Phthia, ville ou région de Thessalie, est localisée plutôt
dans la région de l'Othrys76.
Cette liste doit être à peu près complète 77. On connaît donc une douzaine
de formules, en comptant l'inscription gravée sur l'hydrie et sur les deux
lébès athéniens. Or, dans la série, celle-ci se distingue des autres, qui,
malgré des différences de détail, présentent pour l'essentiel des traits
communs. Les amphores panathénaïques, les lébès et les hydries de bronze
du Péloponnèse, d'Eubée, de Béotie, de Thessalie, de Propontide et de
Grande-Grèce, les statères d'Élis et de Métaponte sont tous des «objets
parlant»78. Ils se présentent eux-mêmes comme faisant partie des prix
offerts à un concours 79. La provenance est indiquée par le nom de la ville
au locatif, ou précédé de la préposition έκ, ou sous la forme adverbiale
en -θεν80. Le nom du dieu ou du héros en l'honneur de qui les jeux étaient
célébrés peut être au génitif, ou introduit par επί ou par παρά. Mais ni les
Athéniens ni les Argiens ni les Érétriens ni aucun autre peuple ne se vantent
de la générosité dont ils ont fait preuve en dotant de prix les concours
qu'ils organisaient dans leur propre cité : il allait de soi que les amphores
gagnées à Athènes avaient été offertes par les Athéniens.
(77) Trois fragments de vasques de bronze de l'Acropole portent chacun les restes de deux
inscriptions; la première semble indiquer l'origine de l'objet (prix gagné à un concours ?), la
deuxième semble faire état d'une offrande par un particulier (le vainqueur du concours ?) :
A. G. Bather, JHS 13 (1892-1893), p. 129, nos 62 et 64, pi. VII, et p. 233 ; A. de Ridder, Bronzes
de l'Acropole, n° 55. Il faudrait aussi revoir l'inscription gravée sur un rebord d'embouchure
d'hydrie, à Jannina : E. Diehl, Die Hydria, Β 135, p. 219.
(78) Cf. supra, note 14.
(79) Dans les cas où le mot αθλον n'est précédé ni d'une préposition ni d'un article, on peut
hésiter à y reconnaître un nominatif singulier ou un génitif pluriel. La seconde interprétation
s'impose dans le cas de III B, à cause de la similitude de la formule avec celles de III A et de
III G. Dans d'autres cas (II A, VI, VII, VIII, IX, X), j'ai aussi considéré άθλδν comme un génitif
partitif. Dans un seul cas (II Β), άθλον est sûrement au nominatif (si la transcription est exacte) ;
c'est aussi le document le plus récent de toute la série.
(80) Cf. M. Lejeune, Les adverbes grecs en -θεν (1939), en particulier p. 134-147.
(81) 'Eugene Vanderpool a séparé 'Αθηναίοι du reste de la formule en plaçant un point en
haut entre 'Αθηναίοι et αθλα. On voit mal quel sens l'introduction de ce signe de ponctuation
donne à la phrase.
620 PIERRE AMANDRY [BCH 95
(82) Voir, par exemple, la dédicace du trépied de Platées : το[ίδε τον] πόλεμον [έ]πολ[έ]μεον.
De même, οι πολέμιοι étaient les ennemis qu'il n'était pas nécessaire de nommer ; c'est pourquoi,
sur ce point, les réserves exprimées par R. Meiggs et D. Lewis, Greek Hist. Inscriptions (1969),
p. 54, à l'égard de l'interprétation que j'ai proposée de la dédicace du portique consacré à Delphes
par les Athéniens, ne me paraissent pas fondées.
(83) Cf. W. Gauer, Weihgeschenke aus den Perserkriegen (Istanbuler Mitteilungen, Beiheft 2,
1968).
(84) Les textes relatifs à cette fête ont été réunis, notamment, par Stengel, RE, s. v.
* Eleuthéria » (1905), col. 2347-2348 ; M. P. Nilsson, Griech. Feste (1906), p. 34 ; E. Kirsten,
RE, s. υ. « Plataiai » (1950), col. 2326-2328.
(85) Aristide, 21, 1 ; cf. éditions Ida Calabi Limentani (1964) et R. Flacelière (1969).
Stengel, lor. cit. : « von Aristeides gestifteten Eleuthéria in Plataiai ».
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 621
(86) Sur le concours des Eleuthéria aux époques hellénistique et romaine, cf. L. Robert,
REA 31 (1929), p. 13-20 et 225-226 ; L 'épi gramme grecque (Entretiens sur l'Antiquité classique,
Fondation Hardt, XIV, 1967 [1968]), p. 187-190.
(87) A. R. Burn, Persia and the Greeks (1962), p. 545 n. 91.
(88) On a même écrit, dans un journal quotidien d'Athènes, que le lébès avait été trouvé
dans le soros des Athéniens !
(89) Des amphores panathénaïques ont été trouvées, entre autres lieux, à Sparte, à l'Isthme
et en Thessalie, à Labraunda et en Crimée, à Tarente, à Bologne et en Ëtrurie. Des trois vases de
bronze donnés en prix aux concours d'Héra Argeia (supra, p. 615), l'un provient des environs
d'Athènes, un autre de Sinope ; le lieu de trouvaille du troisième est inconnu.
(90) HE, s. v. * Marathon », col. 1428 (Wrede, 1930) ; Suppl. III, s. v. « Herakles », col. 931
(Gruppe, 1918).
(91) E. Vanderpool, Hesperia 11 (1942), p. 333-337.
622 PIERRE AMANDRY {BCH 95
Pindare, entre 465 et 445, prouvent que leur célébrité égalait alors celle
des grands jeux panhelléniques et d'autres concours locaux92.
La marche forcée des Athéniens, après le rembarquement des Perses,
les avait conduits du téménos d'Héraclès à Marathon au téménos d'Héraclès
au Kynosarge93. Les Héracleia — celles d'Athènes et celles de Marathon —
comptaient parmi les fêtes importantes de la cité94. Elles figurent, chez
Aristote95, parmi les cinq grandes fêtes pentétériques d'Athènes (avec
les Délia, les Brauronia, les Eleusinia et les Panathénées). Le nom de
Marathon était déjà associé à un exploit commun d'Héraclès et de Thésée :
c'était là que le taureau ramené de Crète par Héraclès avait été une
deuxième fois dompté par Thésée. La bataille de Marathon a scellé l'amitié
des deux héros. Les images des exploits de l'un et de l'autre voisinaient
aux métopes du trésor élevé par les Athéniens à Delphes. Au Portique
Peint de l'Agora d'Athènes, Thésée était représenté à côté d'Athéna et
d'Héraclès dans le tableau de la bataille de Marathon, émergeant à mi-corps
du sol96, comme à demi prisonnier encore des puissances infernales
auxquelles Héraclès l'avait arraché.
Aucun document n'atteste l'existence de concours aux Héracleia
de Marathon avant 490. Mais, même si leur institution est antérieure
à cette date, il est raisonnable de supposer que, dès 489, ou au moins
après 480, les Athéniens y ont associé le souvenir de leurs morts enterrés
sur le champ de bataille97. Ne serait-ce pas à cette fête pente térique,
plutôt qu'à aucune des quatre autres, que le héraut formulait des vœux
non seulement pour les Athéniens, mais aussi pour les Platéens98, dont
les morts avaient été enterrés dans une autre tombe commune qui vient
d'être retrouvée99 ?
Dans cette hypothèse, l'emploi de la formule 'Αθηναίοι άθλα έπί τοις
εν τω πολέμω se justifierait dans le cadre des rapports entre l'État athénien
(92) OZ., IX, 89-90 : en l'honneur du lutteur Epharmostos d'Oponte, vainqueur à Olympie
en 468 et à Delphes probablement en 466, à l'Isthme et à Némée, en Arcadie, en Achaïe, à Argos,
à Thèbes, à Athènes, à Eleusis et à Marathon. — 01., XIII, 110 : pour Xénophon de Corinthe,
vainqueur au stade et au pentathle à Olympie en 464 ; les jeux de Marathon sont cités dans une
liste de concours où Xénophon lui-même ou des membres de sa famille ont triomphé, comprenant
les quatre grands jeux, les concours d'Argos, de Pellène, d'Arcadie, de Sicyone, de Mégare, de
Thèbes, d'Eubée, d'Eleusis, de Sicile. — Pyth., VIII, 79 : pour Aristoménès d'Égine, vainqueur
à la lutte à Delphes en 446, et aussi à Mégare, à Marathon, à Argos (ou à Égine).
(93) Hérodote, VI, 115.
(94) Cf. S. Solders, Die ausserstadttischen Kuîle und die Einigung Attihas (1931), p. 78;
L. Deubner, Attische Feste (1932), p. 226-227.
(95) Const. Alh., 54, 7. Le nom des Héracleia est restitué d'après Pollux, VIII, 107.
(96) Pausanias, I, 15, 3. Autre version de l'apparition de Thésée au cours de la bataille de
Marathon : Plutaroue, Thésée, 35, 8. Apparition d'un autre personnage : Pausanias, I, 32, 5.
(97) Thucydide, II, 34, 5 ; Pausanias, I, 29, 4. Sur la question de savoir si l'inhumation
sur le champ de bataille était
111."exceptionnelle ou habituelle, cf. supra, note 73.
(98) Hérodote, VI,
(99) Sp. Marinatos, ArchAnAth 3 (1970), p. 164-166, 357-365,
1971] COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : LEBES DE BRONZE 623
(100) La façon dont on entend le texte d'Aristote ne change rien au fond des choses. Pour
rattacher τοις τετελευτηκόσιν à αγώνα, on a supprimé καί après έπιτάφιον, ou bien corrigé ce
καί en έπί, ou bien encore détaché ensemble καΐ τοις τετελευτηκόσιν... καΐ Άρμοδίω... de
έναγίσματα ποιεί, en isolant ces deux mots du reste du texte. Cf. par exemple A. Mommsen,
Feste der Stadt Athen (1898), p. 302, n. 4. Les paraphrases de Pollux et de Philostrate montrent
que les érudits anciens s'étaient posé les mêmes questions que les exégètes modernes, et qu'ils y
avaient apporté les mêmes solutions. Pollux, VIII, 91 : διατίθησι δέ τόν έπιτάφιον αγώνα των
έν πολέμω άπαθανόντων καί τοις περί Άρμόδιον έναγίζει. Philostrate, Vit. Soph., II, 30 :
έν τη ακαδημία οΰ τίθησι τόν αγώνα έπΐ τοις έκ τών πολέμων θαπτομένοις ό πολέμαρχος.
(101) Ce sacrifice aurait été de cinq cents chèvres, s'il faut en croire une historiette racontée
par Xénophon et reprise par Plutarque : avant la bataille de Marathon, les Athéniens avaient fait
vœu de sacrifier à Artémis autant de chèvres qu'ils tueraient d'ennemis ; le nombre de Perses
tombés sur le champ de bataille les fit rabattre de leur promesse. Sur la fête d'Artémis Agrotéra,
cf. aussi N. G. L. Hammond, JHS 88 (1968), p. 40-41.
(102) Chr. Pélékidis, Histoire de Véphébie attique (1962), p. 219-220.
(103) Ibid., p. 253.
624 PIERRE AMANDRY ÎBCH 95
(104) Cependant, au iie siècle de l'ère chrétienne, à Marathon même, on continuait à vénérer
les morts de 490 comme des héros, au même titre que le héros éponyme Marathon et que le dieu
Héraclès : Pausanias, I, 32, 4.
(105) On pourrait être tenté de pousser· aussi l'enquête dans une autre direction. Athéna
recevait un culte à Marathon : sur la localisation de son sanctuaire par rapport à celui d'Héraclès,
cf. N. G. L. Hammond, JHS 88 (1968), p. 23-26 (on découvrait, au printemps de 1971, les restes
d'un édifice d'époque classique dans la région d'où provient la borne d'un sanctuaire d'Athéna :
ibid., p. 24). Athéna était présente dans le tableau de la bataille de Marathon au Portique Peint
et dans le groupe de statues dédié par les Athéniens à Delphes. La statue d'Athéna Promachos
passait pour avoir été consacrée en action de grâces à la déesse qui avait sauvé les Athéniens à
Marathon. Les jeux funèbres auraient-ils eu quelque rapport avec le culte d'Athéna à Marathon ?
Aucun texte n'associe la tenue de concours à la célébration de ce culte, alors que l'existence de
concours aux Héracleia est attestée par une inscription à peu près contemporaine de la bataille.
La tradition établissant un lien entre la statue d'Athéna Promachos et la bataille de Marathon
n'est pas attestée avant l'époque romaine, où elle a reçu une large audience : L. Robert, CRAI,
1970, p. 6-27. Si cette tradition est fondée, la statue de l'Acropole fait partie d'un groupe de
monuments commémoratifs de la bataille de Marathon qui date du temps de Cimon, comme la fresque
du Portique de l'Agora et les statues de Delphes. Ce n'était plus une exaltation spontanée, mais
une exploitation réfléchie : cf. P. Amandry, Theoria (Festschrift fur W.-H. Schuchhardt, 1960),
p. 1-8. De toute façon, il était normal que la déesse tutélaire de la cité figurât dans ces monuments
votifs.
(106) Faut-il aussi verser à ce dossier l'épigramme du « monument de Callimachos »? On
a longtemps accepté, sans les discuter ni les vérifier, des lectures et des restitutions où la mention
du nom du polémarque Callimachos précédait celle du combat des Mèdes et des Grecs à Marathon.
L'inscription a été revue attentivement par B. B. Shefton, BSA A5 (1950), p. 140-164. Cette
révision a réduit à néant l'hypothèse d'une différence de date entre les deux lignes de
l'inscription, l'une étant supposée avoir été gravée avant la bataille, et l'autre après. Mais elle a aussi
condamné la restitution Μέ[δον] : la pierre porte les lettres μα. La disparition des Mèdes entraînait
logiquement celle des Grecs : E. Fraenkel, Eranos 49 (1951), p. 63-64, a proposé de substituer à
τόν άγδνα τόν Μέ[δοντε καΐ Λ]ελένον le texte suivant : τόν άγονα τδν Μα[ραθονόθεν Λ]ελεν, δν...
Cette coupure des mots et cette restitution, qui mettent l'épigramme en rapport, non plus
avec la bataille, mais avec un concours tenu à Marathon, ont été admises par Β. Β. Shefton,
BSA 47 (1952), p. 278 : il avait lui-même souligné, dans son article de 1950, le caractère insolite
de l'emploi de άγων au sens de bataille, à une époque où ce mot désignait normalement un concours.
Les Mèdes et les Grecs écartés, que doit-il advenir des noms de Marathon et de Callimachos ?
Là où l'on restituait le nom de Marathon, au dernier vers, Shefton considère la lecture μα comme
très douteuse, et lirait plutôt μν. Mais, comme on vient de voir, on peut réintroduire cette
restitution au vers précédent, grâce à l'élimination de la lecture erronée με au profit de μα. Il est
sûr que ces deux lettres peuvent appartenir à quantité d'autres mots qu'au nom de Marathon.
Quant à la restitution du nom de Callimachos, elle repose sur la présence du démotique Άφιδ-
ναιο[.] (Άφιδναϊο[ς], Άφιδναίο[ν] ?) et sur celle de la fin de mot μαρχος. Ces deux syllabes
aussi peuvent terminer bien d'autres mots que πολέμαρχος : on n'a que l'embarras du choix,
13
626 PIERRE AMANDRY [BCH 95
Pierre Amandry.
parmi les noms communs et les noms propres. Un faible indice en faveur du maintien du nom
de Marathon est fourni par la formule ποασίν Άθεναίον, qui a une résonance guerrière. Après
Λ]ελεν (ou άνΛ]ελεν), on restituerait, plutôt que le relatif δν (on attendrait Λόν), une forme du
mot βνομα ou un dérivé de ce nom : ce serait une allusion à la renommée que les Athéniens
s'étaient acquise à Marathon. La restitution [πολέ]μαρχος aurait, dans ce cas, quelque chance
d'être correcte. Mais il faudrait éliminer la restitution du nom de Callimachos. Le monument
aurait été dédié à Athéna sur l'Acropole par un polémarque du dème d'Aphidna (comme
Callimachos, et peut-être pas par pure coïncidence), peu de temps après la bataille de Marathon,
soit que ce polémarque eût remporté la victoire aux jeux de Marathon (ce qui donnerait un sens
satisfaisant et usuel à είλεν ou άνεϊλεν, comme l'a souligné E. Fraenkel, conduirait à identifier
la statue que portait la colonne avec une Niké, et obligerait à se demander si les fonctions des
archontes et leur âge — on n'accédait pas à ces fonctions à moins de trente ans, et peut-être
de quarante ; cf. P. Roussel, Étude sur le principe de l'ancienneté dans le monde hellénique
[paru en 1942 ; inséré dans le tome 43, 2e partie, des Mémoires de l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres, 1951], p. 134-136, 149-150 — étaient compatibles avec leur participation
à des concours athlétiques), soit qu'il eût eu la charge d'organiser ou de présider le premier
concours tenu par les Athéniens à Marathon après la bataille (ce qui, pour l'identification de la
statue, ferait pencher en faveur d'Iris, à qui conviendrait mieux qu'à Niké le nom de άγγελος
αθανάτων, fourni par une restitution, certes, mais par une des moins discutables). [Au moment
où je corrige les épreuves de cet article (octobre 1971) parvient à Athènes le 1er fascicule (« Spring »)
du volume 12 (1971) de la revue Greek, Roman and Byzantine Studies, qui contient, aux pages 5
à 24, un article de Evelyn Β. Harrison intitulé « The Victory of Kallimachos ». Le nom de
Marathon disparaît de l'épigramme, celui de Callimachos y est maintenu. Le monument aurait
été dédié par le polémarque de l'année 490 pour commémorer une victoire remportée par lui
aux Panathénées, cette année-là, peu de temps avant la bataille où il devait trouver la mort.]
(107) Clara Rhodos 3 (1929), p. 225, fig. 221.
(108) Clara Rhodos 8 (1936), p. 179, fig. 167.