Université de Jijel / Faculté des lettres et des langues
Département de Français
Niveau : 3èmeannée
Module : Etude de textes littéraires
Enseignante: Bouhadjar Rima
Contrôle de travaux dirigés (T.D) de 2ème semestre, 2024.
Tarek Hammadi, Groupe 5.
Email : tarekhammadi378@[Link]
GERMINAL D’EMILE ZOLA: RÉSUMÉ ET ANALYSE
Par Tarek Hammadi.
“Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai”
Maupassant, préface de Pierre et Jean.
Sommaire
Introduction :....................................................................................................................................................3
Eléments historiques.........................................................................................................................................3
Présentation de l’auteur....................................................................................................................................4
Présentation du roman......................................................................................................................................4
Résumé :...........................................................................................................................................................5
Première partie:....................................................................................................................................................6
Deuxième partie :.................................................................................................................................................6
Troisième partie :.................................................................................................................................................6
Quatrième partie :.................................................................................................................................................6
Cinquième partie :................................................................................................................................................7
Sixième partie :....................................................................................................................................................7
Septième partie :...................................................................................................................................................7
Le cadre spatio-temporel du roman :................................................................................................................7
Présentation des personnages :.........................................................................................................................7
Les thèmes dominants :....................................................................................................................................8
L’analyse du roman selon la théorie du reflet :................................................................................................9
La première phase :..................................................................................................................................................9
La deuxième phase :..............................................................................................................................................10
Conclusion :....................................................................................................................................................11
Bibliographie de l’auteur :..............................................................................................................................14
Quelques ouvrages de références :.................................................................................................................15
Introduction :
Eléments historiques
Le XIXᵉ siècle a connu nombre de révolutions politiques et sociales qui ont eu une
influence sur l’évolution de la littérature française, notamment en ce qui concerne l’importance
donnée au peuple.
La Révolution Française de 1848 :
L’année 1848 marque particulièrement l’histoire des arts et de la littérature de façon
symbolique. Jusque-là, la littérature et l’art en général s’intéressaient principalement à des
sujets nobles et importants ou aux sentiments de héros idéalisés. Les auteurs de cette époque
appartenaient pour la plupart au courant romantique, et les peintres consacraient leurs plus
grandes tableaux à des évènements ou personnages historiques.
La misère sociale et les conséquences de systèmes politiques autoritaires entrainent
notamment l’insurrection des ouvriers parisiens en 1848, ce siècle marque l’avènement de
la bourgeoisie libérale et de la démocratie ; la révolution de 1848 provoque pendant
quelques mois « L’illusion lyrique » -expression de l’historien Philipe Vigier, qui désigne
une courte période d’enthousiasme artistique dans l’idéal de réconciliation des classes- le
peuple devient alors le centre des préoccupations pour de nombreux artistes.
Courbet, Tableau de figures humaines, historique d'un enterrement à Ornans, 1850.1
1
[Link] (1819-1877), cette toile est un marqueur du début du réalisme, elle traduit la volonté de représenter des personnes
anonymes. Les habitants (à droite) se détournent de la fosse et des représentants de l’Église (à gauche). Courbet a souhaité que
l’œuvre soit surélevée de manière à ce que les visiteurs soient en quelque sorte dans la fosse de la toile, comme pour mieux leur
signifie que, malgré leur statut de privilégié, ils finiront tous ainsi.
Présentation de l’auteur
Emile Zola naît en 1840 à Paris. Fils d’un ingénieur
italien naturalisé et d’une mère originaire de la Beauce, Emile
Zola passe son enfance à Aix-en-Provence où la famille c’est
installée. Il perd son père à l’âge de 7 ans. En 1858, à cause des
difficultés matérielles, il part avec sa mère pour Paris. Après
deux échecs au baccalauréat et deux années d’existence
misérable, il parvient à se faire engager comme emballeur de
livres chez Editions Hachette, où il connait une rapide
promotion.
Lorsqu’ il dépose un recueil de poèmes sur le bureau de son
patron. Celui-ci lui conseille d’écrire des romans et lui confie la
publicité des livres édités. En 1869, Zola élabore le plan de la
saga littéraire Rougon-Macquart, dont Germinal est le treizième
volume. En 1898, il écrit l’article « J’accuse » pour défendre le Zola par Cézanne
capitaine Dreyfus, injustement accusé de trahison. Condamné à la prison, il s’exile en
Angleterre. Il meurt en 1902.
Présentation du roman
Publié en1885 par G. Charpentier -d’abord sous
forme de feuilletons dans le journal Le Gil Blas.-
Germinal est le 13ᵉ volume de la célèbre saga
romanesque du chef de file naturaliste, Emile Zola,
qu’il s’attache à décrire la réalité avec une minutie qu’il
voudrait scientifique. L’histoire des Rougon-Macquart de
20 ouvrages, intitulée Histoire naturelle et sociale d’une
famille sous le seconde Empire a été conçue, dès le départ,
selon un plan défini. Ses bornes temporelles sont le coup
d’Etat de 1851, d’une part, et la défaite de la France dans
la guerre de Prusse en 1870, d’autre part. Avec cette
vaste série romanesque, Zola veut concurrencer l’œuvre
de Balzac, La Comédie humaine.
Germinal est un roman naturaliste et social : il a
l’ambition de décrire la vie réelle. Zola décrit avec
Couverture de première édition
beaucoup de minutie le monde et les conditions des ouvriers de la mine et ne recule pas devant
les termes techniques.
L’histoire est réaliste mais développée de façon suggestive, pour les lecteurs sentent
ce qui se passe, comme s’ils le vivaient eux-mêmes. Il se divise en sept parties et quarante
chapitres. Zola s’inspire, d’une part, de démarches scientifiques : les théories de l’hérédité de
Darwin et du Dr. Lucas, la méthode expérimentale du Dr. Claude Bernard, d’autre part, il
s’appuie sur des actualités de son époque : principalement, la grève de 1869 à Montsou, qui a
inspiré une partie du roman, mais aussi, la grève de 1884 à Anzin (12 000 miniers en grève
pendant 56 jours).
Il mélange ces éléments professionnellement, dépeint avec précision la vie quotidienne des
mineurs, reflétant les conditions socio-économiques de peuple, pour bien illustrer les luttes et
les tensions sociopolitiques de son époque. Ainsi, ce roman constitue un témoignage puissant
de la réalité historique des travailleurs
industriels du XIXᵉ siècle.
Résumé :
Comme dans beaucoup de romans
avec l’arrivée d’un étranger (ici Étienne
de Zola, le schéma romanesque commence
Lantier) dans un milieu inconnu pour lui
(ici le mine).
Une nuit de mars 1866, Étienne Lantier,
Première partie:
un jeune ouvrier au chômage, erre sur les
routes du Nord de la France à la
Couverture et première page recherche d’un travail. A Montsou, il
rencontre Vincent Maheu, un vieux minier malade, ce dernier raconte à lui la misère de cette
région et les conditions de travail déplorables des miniers : les ouvriers payés au nombre de
wagons, la sécurité est négligée, les menaces de baisser les salaires.
Comme il est chômeur et vraiment besoin de travail, Étienne, se fait embaucher aux mines de
charbon à Montsou. Il travaille dans l’équipe de Maheu comme « herscheur », c’est là qu’il
tombe amoureux de Catherine Maheu, la fille ainée et devient le rival de l’homme qui la
convoite, Chaval.
Deuxième partie :
La famille Grégoire est riche, grâce aux actions qu’elle possède dans la Compagnie. La mère
Maheu, la Maheude, vient les voir parce que l’épicier ne veut plus lui faire crédit. Mais les
Grégoire ne donnent pas d’argent aux pauvres, seulement des vêtements usagés. L’épicier finit
par accepter de servir les Maheu à condition que Catherine vienne chercher les provisions.
Troisième partie :
Étienne rencontre Souvarine, un anarchiste russe exilé en France. Ils prennent contact avec un
L’idée de créer une section de l’Internationale à Montsou est lancée. En aout, Étienne s’installe
ancien contremaitre, Pluchard, secrétaire d’un syndicat ouvrier, l’Internationale Socialiste.
chez les Maheu et commence à introduire ses idées révolutionnaires dans le milieu. Il crée
une caisse de Prévoyance en cas de grève. En octobre, la crise industrielle se durcit et les
salaires continuent de descendre. Les miniers sont révoltés et votent pour une grève.
Quatrième partie :
Le 15 décembre, la grève est déclarée, personne ne descend dans les mines. On annonce une
délégation de miniers chez Hennebeau pour lui exposés leurs revendications. Les Grégoire
refusent, la grève dure et c’est l’hiver. L’argent que les miniers avaient mis à coté ensemble
est bientôt épuisé. Les dix milliers miniers de Montsou adhèrent à l’Internationale continuent la
grève malgré la faim et le froid.
Cinquième partie :
La compagnie des mines refuse les négociations et le mouvement de grève se durcit. Le patron
de l’un des puits, offre à Chaval une place de chef et fait reprendre le travail. Les grévistes
sabotent les mines et les matériels, ils défient les non grévistes et bourgeois. Une foule
hystérique est rassemblée, alors Hennebeau fait appel à l’armée pour l’arrêter.
Sixième partie :
recherche est lancé contre Étienne qui se cache dans une mine abandonnée. Les grévistes ont
La grève continue et les mines sont maintenant gardées par des soldats armés. Un avis de
faim. La Compagnie annonce la venue d’ouvriers belges pour remplacer les grévistes. Ces
derniers deviennent plus violents, ils font face à l’armée, qui tire…
Septième partie :
Beaucoup d’hommes (dont Maheu) sont morts ; les mineurs en veulent à Lantier. Ils reprennent
s’effondrent. Étienne est prisonnier sous terre avec Chaval, son ennemi, et Catherine, la femme
le travail sont rien obtenu. L’anarchiste russe, Souvarine, a saboté la mine, les galeries
de nourriture. Étienne est sauvé plus tard mais ses cheveux ont entièrement blanchi.
qu’ils aiment tous les deux. Lantier le tue mais Catherine meurt à son tour, par manque d’air et
à la mine. Avant de partir pour Paris, pour faire une carrière politique, Étienne Lantier vient la
Restée seule avec trois enfants en bas âge et le grand-père un infirme, la Maheude doit retourner
saluer et elle lui pardonne. Tous deux veulent croire à une revanche et à une victoire future des
syndicats ouvriers.
Le cadre spatio-temporel du roman :
L’action se déroule de Mars 1866 à Avril 1867, dans un centre minier à Montsou au Nord de la
France.
Présentation des personnages :
Étienne Lantier
Personnage Description
C’est le héros de l’histoire, fils de Gervaise Macquart et d’Auguste
Lantier (personnages de L’Assommoir).
« Il devait avoir vingt et un ans, très brun, joli homme, l’air fort
malgré ses membres menus. » Germinal p09-10.
Sa jeunesse explique en partie son idéalisme et sa volonté de
changer le monde. Les épreuves et la violence le rendent plus mûr,
ce que symbolisent ses cheveux blancs de rescapé, à la fin du
roman.
amoureuse à Étienne, mais car elle est forcé par les conditions misérable
Catherine La fille de Maheu, chargée de pousser les wagons à la mine, elle tombe
d’être l’amante de Chaval, elle s’offre à Étienne juste avant la catastrophe.
Maheu
Maheu Ouvrier respecté par ses pairs et par ses employeurs, Il accueille Lantier
(Toussaint) lors de son arrivée à la mine et lui propose de le loger.
Bonnemort Le père de Toussaint Maheu, Vincent. Surnommé Bonnemort, parce qu’il
rencontré par Étienne. Agé et infirme, il y voit mourir fils et petit-fils. Sa
a été sauvé trois fois lors d’accident dans la mine. C’est le premier mineur
résignation, au début, puis sa colère sauvage, à la fin, rendent compte de
l’évolution psychologique des mineurs de Montsou.
Antoine Chaval Homme brutal et colérique, il convoite Catherine. Il refuse de soutenir la
s’effondre, il est coincés sous terre aux avec Catherine et Étienne son
grève et dénonces ses collègues aux gendarmes. Lorsque la mine
ennemi.
La Maheude L’épouse de Toussaint, s’occupe des plus jeunes enfants de la famille
tandis que le grand-père, le père et les ainés vont à la mine. A la fin du
roman, elle doit alors redescendre sous terre pour gagner de quoi nourrir le
restant de sa famille.
Mr Hennebeau Le directeur de la mine, il n’est pas un méchant patron mais un homme
faible, qui crainte sa femme et redoute de perdre sa place à cause de la
grève.
Souvarine Anarchiste russe exilé en France. Il est impliqué dans les évènements de la
grève.
Deneulin Propriétaire d’une mine rivale, ses actions affectent les mineurs de
Montsou et la dynamique de la grève.
Pluchart Socialiste et organisateur de la grève, tente de mobiliser les mineurs pour
obtenir de meilleurs conditions de travail.
Les Grégoire Des bourgeois, comme Hennebeau, ils ne sont pas malhonnêtes ni
méchant, mais coupés de toute réalité. C’est le contraste entre leur
existence douillette et la vie terrible des mineurs qui est insupportable.
Les thèmes dominants :
La justice sociale:
Le rêve de justice sociale prend forme avec la parole, le discours. Comme les rêves, les
mots sont d'abord simples : « si l'on avait du pain seulement. » Première partie p.13
Au début du roman, les mineurs se taisent, de peur d'être renvoyés. Puis viennent les
discussions, le soir, et les « causeries » d'Étienne chez les Maheu. Ses discours devant les
mineurs libèrent, enfin, la parole et avec elle s'exprime l'espoir d'un monde plus juste.
La révolte:
C’est l’un des thèmes les plus importants du roman. La révolte à pour origine la misère
extrême dans laquelle vivent les ouvriers. C’est la seule solution pour changer de situation ;
parce qu’elle est celle d’un ouvrier, la révolte est nourrie d’idées socialistes. Lantier souhaite
l’élaboration d’un monde meilleur où l’amélioration de l’existence serait possible, même
lorsqu’on est né simple ouvrier.
« Fichez-moi donc la paix, avec votre évolution ! Allumez le feu aux quatre coins des villes, fauchez
les peuples, rasez tout, et quand il ne restera plus rien de ce monde pourri, peut-être en repoussera-t-il un
meilleur. » Troisième partie.
Le monde ouvrier:
Le monde ouvrier est décrit de manière réaliste à propos l’usage d’un champ lexicale
riche sur les technique et le monde de la mine. Zola prend parti pour que changent les
conditions de vie des mineurs qu'il décrit. Il attribue au peuple des attitudes animales, la
résignation d'un cheval de labour, puis la brutalité et la violence, mais il insiste sur le fait que ce
peuple est d'abord une victime.
« N’était-ce pas effroyable : un peuple d’hommes crevant au fond de père en fils, pour qu’on paie des
pots-de-vin à des ministres, pour que des générations de grands seigneurs et de bourgeois donnent des fêtes ou
s’engraissent au coin de leur feu » Quatrième partie.
La mort :
La mort est toujours présente dans le roman. Les mineurs résignés meurent dans un
éboulement ou les poumons usés par la poussière de charbon. Les mineurs révoltés meurent
encore : de froid, de faim, ou des balles de l'armée. La mort frappe aussi l'épicier, sauvagement
tué par la foule excédée. Zola souligne ainsi l'égalité de tous devant la mort.
L’analyse du roman selon la théorie du reflet :
La première phase :
Temps réel Temps fictif Simultanéité
Entre Avril 1884 et Janvier De Mars 1866 à Avril 1867. Le XIXe siècle est celle de la
1885. révolution industrielle, du
progrès scientifique et
technologique ; par
conséquent l’émergence de la
classe ouvrière exploitée par
les industrialistes et les
bourgeois. Alors on peut
dessiner une ligne directe
entre la situation misérable
des peuples et … du
socialisme et la nécessité
d’une lutte sociale et
politique contre l’injustice. Et
c’est ça l’idée capitale de
l’époque et c’est le lien entre
le temps réel et le temps fictif
du roman.
La deuxième phase :
La question de la spontanéité entre l'histoire et le roman "Germinal" d'Émile Zola,
nécessite d'analyser, comment les réalités historiques influencent naturellement le récit et
comment la fiction de Zola reflète et interprète authentiquement ces réalités.
1. Contexte historique :
- Zola établit "Germinal" dans les régions minières du nord de la France pendant le Second
Empire (1852-1870), le centre minier de Montsou où les évènements de ce roman se passent,
n’a jamais existé ; pourtant, Zola le situe très précisément, à dix kilomètres de Marchiennes.
Cette période a été marquée par une industrialisation rapide et l'expansion de l'industrie minière.
Le contexte historique n’est pas seulement un contexte, mais une composante vitale du récit,
influençant la vie des personnages et la progression de l’intrigue.
2. Luttes et grèves du travail :
- Les luttes ouvrières spontanées décrites dans "Germinal" reflètent les vraies grèves et
mouvements ouvriers de la fin du XIXe siècle. Zola a étudié les conflits de travail
contemporains, tels que les grèves à Anzin et d'autres mines de charbon, qui ont informé la
description du roman des griefs des mineurs, de leur organisation et des résultats souvent
violents de leurs luttes.
3. Représentations du caractère :
- Les personnages de "Germinal" représentent diverses couches sociales et idéologies
politiques, reflétant l'émergence spontanée de voix diverses au cours de la période. Étienne
Lantier incarne l’agitateur socialiste inspiré par des personnalités historiques qui ont défendu les
droits des travailleurs. L’évolution spontanée du personnage d’Étienne d’un étranger à un chef
des mineurs reflète la radicalisation dans la vie réelle de nombreux individus lors de conflits de
travail.
4. Changement technologique et social :
- Le roman capture l’impact spontané et souvent chaotique des progrès technologiques sur
la vie des travailleurs. L'introduction des machines, les changements dans les techniques
d'exploitation minière et les mutations ultérieures de la dynamique du travail sont représentés
avec une authenticité qui reflète les réalités historiques. Cet aspect souligne comment le progrès
industriel, tout en promettant de l'efficacité, a souvent conduit à l'exploitation des travailleurs et
à des bouleversements sociaux.
5. Réalisme et Naturalisme :
- L'engagement de Zola envers le naturalisme signifie que les événements et les
personnages de "Germinal" sont influencés par des facteurs environnementaux, sociaux et
héréditaires. Les interactions spontanées entre ces facteurs créent un récit qui se sent à la fois
inévitable et réaliste. Par exemple, les conditions de vie des mineurs, leurs soulèvements
spontanés et les réactions sévères des autorités reflètent toutes les vues déterministes du
naturalisme, fondées sur l'authenticité historique.
6. Commentaire politique et social:
- "Germinal" sert de commentaire spontané sur les questions politiques et sociales de
l'époque de Zola. Le roman critique l'exploitation du travail, l'indifférence de la bourgeoisie et
la brutalité de l'État. Ces éléments ne sont pas imposés artificiellement mais résultent
naturellement du contexte historique et des expériences vécues des personnages.
7. Réalisme documentaire :
- La recherche méticuleuse de Zola prête un réalisme documentaire à "Germinal". Ses
descriptions des opérations minières, de la vie quotidienne des mineurs, et de la géographie des
villes minières sont enracinées dans des faits historiques, donnant de la crédibilité au récit.
L'intégration spontanée de ces détails aide les lecteurs à comprendre les réalités historiques sans
se sentir comme s'ils lisaient un livre d'histoire.
En résumé, la spontanéité entre l'histoire et "Germinal" réside dans la capacité de Zola à
tisser les faits historiques sans souci dans le tissu de sa fiction. Le portrait réaliste du roman sur
les luttes ouvrières, les conflits de classe et l'impact de l'industrialisation émerge spontanément
du contexte historique, faisant de "Germinal" non seulement une histoire convaincante mais
aussi un document historique précieux.
Conclusion :
Les critiques ont largement salué "Germinal" d'Émile Zola pour sa puissante représentation
des réalités sévères de la vie des mineurs de charbon du XIXe siècle, son commentaire social et
politique et son style littéraire.
D’abord, les recherches méticuleuses de Zola et l'attention portée aux détails historiques sont
souvent louées. Les critiques reconnaissent la valeur du roman comme un document historique
qui offre un portrait vivant de l'industrie minière et des mouvements ouvriers à la fin du XIXe
siècle en France.
Tom Wolfe a décrit un incident de la recherche de Zola :
« En 1884, Zola descendit dans les mines d'Anzin pour faire la documentation de ce qui allait devenir le roman
Germinal. Posant comme secrétaire pour un membre de la Chambre des députés française, il descendit dans les
puits en portant ses vêtements de ville, son manteau de frock, son collier haut et rigide, et son chapeau haut
rigide (ceci me fait appel pour des raisons que je ne vais pas vous retarder), et en portent un cahier-feu et un
stylo. Un jour, Zola et les mineurs qui servaient de ses guides étaient à 150 pieds au-dessous du sol quand Zola
a remarqué un énorme cheval de travail, un Percheron, tirant une lance remplie de charbon dans un tunnel.
Zola a demandé: «Comment pouvez-vous obtenir cet animal dans et hors de la mine tous les jours?» Au début,
les mineurs pensaient qu'il plaisantait. Puis ils se rendirent compte qu’il était sérieux, et l’un d’eux dit : «
Monsieur Zola, ne comprenez-vous pas? Ce cheval descend ici une fois, quand il est un colt, à peine plus qu'un
foulard, et encore capable de s'adapter aux bouteilles qui nous amènent ici. Ce cheval grandit ici. Il devient
aveugle ici après un an ou deux, par manque de lumière. Il ramène du charbon ici jusqu’à ce qu’il ne puisse
plus le ramener, puis il meurt ici, et ses os sont enterrés ici. » Lorsque Zola transfère cette révélation des pages
de son carnet de documentation aux pages de Germinal, il fait tenir les cheveux sur vos bras. Vous réalisez,
sans besoin d'amplification, que le cheval est les mineurs eux-mêmes, qui descendent sous la surface de la terre
comme des enfants et creusent du charbon dans la fosse jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus creuser et sont
enterrés, souvent littéralement, là-bas. »2
La parution de Germinal, en 1885, s’accompagne d’un changement dans l’accueil de la
critique. Plusieurs articles entreprennent une lecture favorable de l’œuvre. Il faut retenir, entre
toutes, l’étude de Jules Lemaitre, parue dans la Revue politique et littéraire du 14 mars 1885
2
Tom Wolfe (Novembre 1989). «Stalking the billion-footed beast. A literary manifesto for the new social novel. » Harper’s Magazine.
(reprise plus tard dans Les Contemporains) : l’accusation d’immoralité est écartée, et Les
Rougon-Macquart sont comparés à une « épopée » antique, écrite dans la tradition homérique.
Analysé par Maupassant, dans une étude : « Zola est, en littérature, un révolutionnaire, c’est-à-
dire un ennemi féroce de ce qui vient d’exister. […] Mais un révolutionnaire élevé dans
l’admiration de ce qu’il veut démolir, comme un prêtre qui quitte l’autel, comme M. Renan
soutenant en somme la Religion, dont bien des gens l’ont cru l’ennemi irréconciliable. »
(Chroniques 2, UGE, 1980, coll. 10/18, pp. 311-312).
Emile Zola vu par les manuels de littérature des années 1930 :
J. Bédier et P. Hazard (Histoire de la Littérature française illustrée, Larousse, éd. de 1924, t. II,
p. 376) : « Sa langue, inégale, est comme un fleuve qui charrie des épaves dans une eau souvent
trouble et qui ne fait impression que par la force de son courant. Emile Zola, quoi que
volontairement obscène et systématiquement pessimiste, amuse par son imagination luxuriante.
C’est en son fond un écrivain populaire, un feuilletoniste lyrique. Il faut convenir pourtant
que L’Assommoir et Germinal sont des chefs-d’œuvre d’un genre vite épuisé peut-être, mais
des chefs-d’œuvre. »
Ch. M. des Granges (Histoire illustrée de la Littérature française des Origines à 1930, Hatier,
13e éd., 1933, p. 892) : « Dans ses meilleurs romans : L’Assommoir (1877), Germinal (1885),
Zola est un artiste d’un talent vigoureux et brutal. S’il n’avait, comme Rabelais, « semé l’ordure
dans ses écrits », on serait plus à l’aise pour louer la poésie vraiment saisissante en son robuste
épanouissement, qui anime telle page de son œuvre. Ce naturaliste a des visions de
romantique. »
Léon Allard résume l’opinion générale, en écrivant dans La Vie moderne, le 14 mars :
« Effarant problème, que celui qui est abordé dans Germinal, problème social dont l’avenir
réserve la solution, et la tient en suspens comme une menace de cataclysme. Historiens et
philosophes l’ont traité à leur manière ; le romancier à son tour arrive et le pose, de nouveau, ce
problème, non pour l’étudier abstraitement, mais pour le mettre sous nos yeux dans toute la
vérité saisissante de la vie. »
Philippe Gille s’exclame, dans Le Figaro : « Je ne connais pas dans l’Enfer de pages plus
effroyablement dramatiques que celles que je viens de citer, et […] si Dante les avait écrites
elles seraient depuis longtemps classiques dans notre pays. » (4 mars 1885). Octave Mirbeau
renchérit, dans La France, le 11 mars : « Il y a dans Germinal des pages superbes, qui vous font
couler dans l’âme des frissons tragiques, comme ceux dont vous secouent les sombres rêves du
Dante. Car c’est dans l’enfer moderne, au fond sinistre des mines, dont les gueules béantes
engloutissent chaque jour tant de proies humaines, que l’auteur a placé son drame effrayant. »
En résumé, les critiques considèrent "Germinal" comme un chef-d'œuvre qui combine une
rigoureuse exactitude historique avec un profond commentaire social, une caractérisation
vivante et une profondeur émotionnelle. Sa pertinence durable et son mérite littéraire continuent
d'être célébrés.
Personnellement, je n’ai jamais lu un roman plus réellement sombre mais engageant que
« Germinal ». C’est une création parfaitement élaboré, à fin d’exposer la réalité sociale,
politique et économique de l’époque, et inciter le peuple à travailler pour gagner les récoltes de
futur comme Zola écrit aux derniers lignes du roman :
« Des hommes poussaient, une armée
noire, vengeresse, qui germait lentement dans les
sillons, grandissant pour les récoltes du siècle
futur, et dont la germination allait faire bientôt
éclater la terre. »
Bibliographie de l’auteur :
1864 Contes à Ninon
1865 La Confession de Claude
1866 Mes Haines - Mon Salon
1867 Thérèse Raquin - Les Mystères de Marseille
1868 Madeleine Férat
1871 La Fortune des Rougon (1er volume des Rougon-Macquart
1872 La Curée (2ème volume)
1873 Le Ventre de Paris (3ème volume)
1874 La Conquête de Plassans (4ème volume)
1875 La Faute de l'Abbé Mouret (5ème volume)
1876 Son Excellence Eugène Rougon (6ème volume)
1877 L'Assommoir (7ème volume)
1878 Une Page d'Amour (8ème volume)
1880 Nana (9ème volume)
Le Roman Expérimental
Les Soirées de Médan
1881 Les Romanciers Naturalistes - Le Naturalisme au théâtre - Documents Littéraires
1882 Pot-Bouille (10ème volume)
Le Capitaine Burle (recueil de nouvelles)
Une Campagne (recueil des articles du Figaro)
1883 Au Bonheur des Dames (11ème volume)
1884 La Joie de Vivre (12ème)
Naïs Micoulin (recueil de nouvelles)
1885 Germinal (13ème volume)
1886 L'Œuvre (14ème volume)
1887 La Terre (15ème volume)
1888 Le Rêve (16ème volume)
1890 La Bête Humaine (17ème)
1891 L'Argent (18ème volume)
1892 La Débâcle (19ème volume)
1893 Le Docteur Pascal (20ème et dernier volume des Rougon-Macquart
1894 Lourdes (1er volume des Trois Villes)
1896 Rome (2ème volume)
1898 Paris (3ème et dernier volume des Trois Villes
1899 Fécondité (1er volume des Quatre Evangiles
1901 Travail (2ème volume)
1903 Vérité (3ème volume) - Publication posthume
des Quatre Evangiles, est resté à l'état de notes après la mort d'Emile Zola)
Quelques ouvrages de références :
Zola, Émile, Les Rougon-Macquart : Germinal, La Bibliothèque électronique du Québec
Collection À tous les vents, Volume 57.
Hambly, Peter, « La genèse de Germinal. Les grèves et la société », Les Cahiers
naturalistes n°41, 1971.
Guedj, Aimé, « Les révolutionnaires de Zola », Les Cahiers naturalistes n°36, 1968.
Girard, Marcel, « L’univers de Germinal », Revue des Sciences humaines n°69, 1953 [un
article fondateur pour l’analyse thématique du roman].
Schor, Naomi, « Individu et foule chez Zola : structures de médiation », Les Cahiers
naturalistes n°56, 1982.
– Cogny, Pierre, « Ouverture et clôture dans Germinal », Les Cahiers naturalistes n°50,
1976.
– Duchet, Claude, « Le trou des bouches noires. Parole, société, révolution
dans Germinal », Littérature, n°24, 1976.
– Racault, Jean-Michel, « A propos de l’espace romanesque : le prologue et l’épilogue
de Germinal », Les Cahiers naturalistes n° 58, 1984.
Barberis, Jeanne-Marie, « La voix du grand absent : la parole du peuple
dans Germinal », Littérature n°76, 1989.
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Autres sources :
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[Link]/Emile-Zola