L’INSTRUCTION PREPARATOIRE
L'instruction préparatoire est une phase inquisitoire dirigée par le Juge
d’instruction : elle est secrète, écrite, non contradictoire et débouche sur le
prononcé de véritables décisions judiciaires (ordonnances du juge d’instruction).
Elle est obligatoire pour les crimes passibles de la peine de mort, de la réclusion
perpétuelle et la peine d'emprisonnement allant jusqu'à 30 ans. Elle l’est
également pour les crimes commis par les mineurs et les délits en vertu d’une
disposition spéciale.
Elle est facultative pour les autres crimes et délits commis par les mineurs et
pour les délits punis par un emprisonnement allant jusqu'à cinq ans ou plus.
Le juge d'instruction est l'organe chargée de cette étape du procès pénal et doit
être désigné sur réquisitoire du ministère public, que ce soit pour instruire une
infraction commise dans des conditions ordinaires ou en cas de flagrance. Le juge
d'instruction peut déléguer exceptionnellement certains actes nécessaires à la
manifestation de la vérité à des commissions rogatoires (un autre juge
d’instruction, un juge de jugement, un OPJ relevant du ressort de sa juridiction.)
Rôle du juge d’instruction
Le juge d’instruction ordonne aux OPJ d’accomplir certains actes afin d’établir la
vérité. Le juge d’instruction est une autorité d’accusation qui rend des mandats
afin d’instruire et de confronter les suspects et témoins. Il dispose des mêmes
pouvoirs qui sont attribués au parquet. Il est également une autorité judiciaire
puisque les ordonnances qu’il prononce ont un caractère juridictionnel et
certaines d’entre elles sont susceptibles d’appel.
Chambre correctionnelle
Compétente pour exercer le contrôle sur les actes d’instruction et les
ordonnances judiciaires rendues par le juge d’instruction.
Etant donné que l’instruction préparatoire est une phase qui se situe entre
l’instruction préliminaire et le jugement, la saisine du juge d’instruction n’est pas
systématique. Elle opère lorsque l’instruction préparatoire est obligatoire.
Le juge d’instruction peut être saisi si l’instruction préparatoire est facultative,
sur réquisitoire du procureur ou suite à une citation directe.
L’ouverture de l’instruction préparatoire
Le déclenchement de l’instruction peut avoir lieu par le ministère public sur
réquisitoire, ou à l’initiative de la victime qui saisit le juge d’instruction. Mais
c’est rare que le ministère public donne cette liberté à la partie civile. L’acte
utilisé est la plainte avec constitution de partie civile (la citation directe).
La citation directe devra remplir certaines conditions de forme et de fond pour
qu’elle soit examinée par le Juge : elle doit énoncer en plus des faits leur
qualification juridique et les textes d’incrimination, le dommage et sa nature, le
lien de causalité avec le fait incriminé, son évaluation pécuniaire et le paiement
d’une caution à la caisse du tribunal près duquel siège le juge considéré.
Lorsque la plainte est déclenchée par la victime, le juge d’instruction ordonne la
réparation des dommages intérêts de la partie civile.
Intervenants dans l’instruction préparatoire
Lorsque l’instruction préparatoire est initiée, elle connait l’intervention de deux
juridictions que sont le juge d’instruction qui siège dans le TPI et la chambre
correctionnelle devant la cour d’appel. Les TPI en matière pénale sont
compétents pour connaitre des délits. Tout jugement rendu par les TPI est
susceptible d’appel devant la chambre correctionnelle, près de la cour d’appel,
dans le cadre de l’instruction préparatoire.
En matière délictuelle, l’instruction est facultative et ne peut avoir lieu que dans
les délits punis d’une peine d’emprisonnement de 5 ans et, également les délits
commis par les Mineurs. Ces délits peuvent donner lieu à l’ouverture
d’instruction préparatoire. L’instruction préparatoire est obligatoire en matière
délictuelle en cas d’existence d’une disposition expresse
En matière criminelle, l’instruction est facultative dans les crimes dont la peine
d’emprisonnement est inférieure à 30 ans de réclusion. Elle est obligatoire dans
les crimes susceptibles d’être punis des sanctions les plus graves (la peine de
mort, la réclusion perpétuelle ou d’une durée de 30 ans).
Actes spécifiques au Juge d’instruction
-Enquête psychologique - mesures médicales:
Le juge d'instruction doit procéder en matière de crime et facultativement en
matière de délit à des enquêtes sur la personnalité du délinquant, son milieu
familial et social (art. 87 du CPP).
Il est habilité à ordonner toute mesure de nature à resocialiser le délinquant
n'ayant pas atteint l’âge de la majorité en matière pénale et qui a commis une
infraction punie d'une peine d'emprisonnement allant jusqu'à cinq ans. Le juge
d'instruction peut à tout moment prendre les mesures qui s’imposent et
ordonner des examens médicaux ou psychologiques.
-Interrogatoire : استنطاق
Interrogatoire de première comparution: le juge d'instruction doit s'assurer de
l'identité du prévenu, l'informer de son droit d'être assisté par un avocat et des
chargés qui pèsent à son encontre.
Il doit informer le prévenu de son droit de ne pas faire une déclaration dans
l'immédiat.
Le Ministère public et la partie civile n'assistent pas. Mais le juge d'instruction
peut procéder à toute confrontation dans les cas d’urgence résultant du risque
de mort d'un témoin ou du risque de disparition des preuves.
Interrogatoire de fond: Il a lieu pour clore tout interrogatoire excepté en cas de
non-lieu au début de l'information judiciaire. Le prévenu y est assisté par un
avocat dans les cas prévus par la loi, et le juge doit convoquer l’avocat 48h au
moins avant la date prévue pour l'interrogatoire.
- L’audition des témoins :
Le juge d'instruction peut entendre toute personne dont le témoignage pourrait
servir à la manifestation de la vérité. L’audition est effectuée séparément sans la
présence du prévenu et pour chaque témoignage un procès-verbal (PV) est
établi. Ce juge peut confronter les témoins entre eux ou avec le prévenu en
présence de l'avocat.
Il peut les faire participer à la reconstitution de l'infraction et à toute action
servant à la recherche de la vérité.
- La confrontation :
La confrontation permet de confronter les suspects entre eux ou avec les
témoins. Elle est de nature à permettre la vérification profonde des dépositions
des parties au procès pénal.
- Enquête de personnalité :
Le juge d’instruction qui effectue cette enquête fait des recherches sur la
personnalité du suspect et de son entourage. Elle est obligatoire en matière
criminelle et facultative en matière délictuelle.
-Perquisition et Saisies
-Transport sur les lieux
Ces deux mesures peuvent également être effectuées par le juge d'instruction
qui peut se déplacer en tout lieu pour constat, perquisition ou saisies assisté d'un
greffier pour la rédaction des procès-verbaux.
-Les écoutes téléphoniques
Le juge d'instruction peut habiliter par écrit les OPJ à procéder à des écoutes
téléphoniques et à en établir des copies ou des saisies. Il s’agit d’un moyen de
preuve écrite permettant au juge d’instruction de prendre sa décision.
Les décisions du juge d’instruction
Les ordonnances, marquant la fin de la phase de l’instruction, sont dites des
ordonnances coercitives ayant la nature de décisions juridictionnelles
susceptibles du recours devant la cour d'appel et la cour de cassation.
Le juge d’instruction peut rendre soit une ordonnance d'incompétence, soit une
ordonnance de non-lieu soit encore une ordonnance de renvoi.
Sur l’ordonnance d’incompétence, le juge d’instruction pourrait se déclarer
incompétent au regard de la qualification du fait incriminé par exemple. Cette
décision peut être rendue si le juge d’instruction n’est pas celui du lieu de
l’infraction, de la résidence de l’une des personnes soupçonnées de l’avoir
commis, du lieu d’arrestation, même si elle a été opérée pour une autre cause
(article 57 du CPP).
- L’ordonnance de non-lieu
Elle est rendue par le juge d’instruction qui conclut que la saisine d’une
juridiction de jugement n’a aucun fondement. Une telle ordonnance doit être
motivée par des raisons de fait ou de droit.
La raison de droit a lieu quand les faits reprochés ne sont susceptibles d’aucune
qualification pénale. L’ordonnance de non-lieu basée sur des éléments de faits
produit une clôture provisoire de l’affaire, c’est-à-dire qu’en cas d’apparition de
faits nouveaux au courant du délai de prescription, les poursuites peuvent être
reprises et l’instruction ré ouverte.
L’ordonnance de non-lieu est un acte juridictionnel susceptible d’appel devant
la chambre correctionnelle qui devrait s’y prononcer dans le délai de 15 jours.
- L’ordonnance de renvoi
En cas de charges suffisantes à la condamnation, le juge d’instruction renvoie
l’affaire devant le juge de jugement pour y statuer. Le dossier est transmis au
ministère public qui le communique au tribunal chargé de l’affaire. Si l’infraction
constitue une contravention, le prévenu doit être libéré s’il a été détenu à titre
préventive (V. détention préventive).
Si l’infraction est qualifiée de délit, le juge d’instruction doit se prononcer sur la
détention préventive ou le contrôle judiciaire.
L’ordonnance de renvoi n’est pas susceptible d’appel, elle peut néanmoins faire
l’objet de pourvoi en cassation au même temps que le jugement rendu sur le
fond.
Les Mandats décidés par le juge d'instruction
Le mandat de comparution sert à mettre le prévenu en demeure de se présenter
devant le juge, à la date et à l'heure indiqué sur ledit mandat.
Le mandat d'amener est l'ordre à la force publique de conduire immédiatement
le prévenu devant le juge d’instruction.
Le mandat de dépôt est l'ordre donné par le juge au chef de la maison d'arrêt,
de recevoir et de détenir le prévenu.
Le mandat d'arrêt est l'ordre donné à la force publique de rechercher le prévenu
et de le mettre à la disposition du Chef de l'établissement pénitentiaire où il sera
détenu.
Contrôle du juge d’instruction
Par la Chambre correctionnelle
La chambre correctionnelle est compétente pour connaître des appels formés
contre les jugements rendus par les tribunaux de 1ère instance en matière
délictuelle. Elle est composée de trois conseillers dont un président et deux
assesseurs désignés par l’assemblée plénière de la cour d’appel à l’ouverture de
chaque année judiciaire.
Aussi, elle est compétente pour connaître des appels formés contre les décisions
des juges d’instruction. Elle exerce à ce titre un contrôle sur les actes
d’instruction et les ordonnances judiciaires rendues par le juge d’instruction. La
procédure devant la chambre est inquisitoire car écrite et secrète. La violation
du secret de la procédure constitue une infraction.
Le contrôle administratif
Le contrôle administratif des actes du juge d’instruction est exercé par le
Président de la chambre correctionnelle qui le supérieur hiérarchique des juges
d’instruction. Le président peut visiter à tout moment les maisons pénitentiaires
et recevoir les demandes de liberté provisoire. Il est doté du pouvoir de donner
ses instructions aux juges d’instruction. Il est également habilité à saisir, à tout
moment, la chambre correctionnelle pour effectuer un contrôle des actes
accomplis par les juges d’instruction.
L’exercice de l’Appel devant la Chambre correctionnelle
Appel par le ministère public
Le ministère public peut interjeter appel devant la chambre correctionnelle
contre toute ordonnance de nature juridictionnelle du juge d’instruction telle
que l’ordonnance d’incompétence, la détention préventive et l’ordonnance de
non-lieu.
Cependant, il ne peut pas interjeter appel contre les ordonnances d’expertise et
les ordonnances de nature administrative.
L’appel est intenté par déclaration écrite au greffe de la chambre
correctionnelle, au lendemain du jour au courant duquel l’ordonnance a été
rendue.
Appel par le prévenu
Le prévenu peut interjeter appel contre les ordonnances qui tendent à :
l’admission de la partie civile, le mandat de dépôt, les ordonnances relatives à la
détention préventive et à la libération provisoire.
L’appel est interjeté par déclaration écrite au greffe de la juridiction près de
laquelle siège le juge d’instruction dans un délai de trois jours à compter de la
notification.
Appel par la partie civile (victime / plaignant)
La partie civile peut interjeter appel contre les ordonnances du juge d’instruction
de non-lieu et l’incompétence. La partie civile peut également intenter un appel
contre toute ordonnance susceptible de porter atteinte à ses intérêts. Cet appel
devrait intervenir dans un délai de trois jours à compter de la notification.
LES JUGES REPRESSIFS
Ce sont les juges compétents pour connaître des affaires relatives à la
commission d’infractions pénales, et ce au regard des différentes phases d’un
procès pénal (l’enquête, l’instruction, le jugement…).
Les juges du siège
1-Les juges de jugement : ils ne peuvent se remplacer dans une même affaire et
audience. Sous peine de nullité du jugement rendu, le juge ne peut participer à
la délibération s’il n’a pas été impliqué dans les débats.
2-Les juges d’instruction : ils ne prennent part ni à l’action publique ni à
l’instruction définitive ni au jugement. Le juge d’instruction ne peut informer que
sur réquisitoire du ministère public.
Les juges du ministère public
Le ministère représente la société et est partie principale dans ces procès. Il est
représenté par des procureurs généraux, des procureurs et leurs substituts qui
disposent de la force publique. Le ministère public est représentant du pouvoir
exécutif (exécution de la politique publique en matière pénale) et membre de
l’autorité judiciaire. Les magistrats du parquet sont amovibles et peuvent être
mutés par leur autorité hiérarchique (ils ne sont pas indépendants).
Les juges du ministère public sont irrécusables et peuvent changer durant les
phases du procès ou l’audience.
Les juridictions
Le juge de proximité en matière pénale est compétent pour connaître des
contraventions prévues par la loi sur les tribunaux de proximité.
Les tribunaux de 1ère instance comprennent un Président, des juges, un Parquet
composé d’un Procureur du Roi et d’un ou de plusieurs substituts, un greffe et
un secrétariat du Parquet. Les tribunaux de 1ère instance sont divisés en
sections, suivant la nature des affaires à juger (civile, statut personnel,
immobilière, sociale, pénale…).
Les tribunaux de 1ère instance siègent avec 3 magistrats dont un président,
assistés d’un greffier.
En matière pénale la présence du Ministère Public à l’audience est obligatoire
sous peine de nullité de la procédure. En dehors de la matière pénale, la
présence du Ministère Public à l’audience est facultative sauf lorsqu’il est partie
principale au procès ou lorsque sa présence est rendue obligatoire par la loi.
-Les Cours d’Appel contiennent des chambres spécialisées : de la famille,
chambre criminelle, chambre correctionnelle… Elles comprennent un 1er
Président, des Présidents de chambre, un Parquet composé d’un Procureur
Général du Roi et de Substituts Généraux, un ou plusieurs magistrats chargés de
l’instruction, un ou plusieurs magistrats des mineurs, un greffe et un secrétariat
du Parquet Général.
- La chambre criminelle : Cette chambre siège avec 5 juges dont un président et
quatre assesseurs assistés d’un secrétaire greffier. Elle connaît des crimes en
premier ressort et à titre de juridiction d’appel, elle peut statuer sur les délits et
contraventions connexes à des crimes.
- La chambre correctionnelle : Cette chambre tient des audiences avec 3 juges
(un président et deux conseillers assesseurs) assistés d’un secrétaire greffier.
Cette chambre connaît des appels formés contre les jugements rendus par les
tribunaux de 1ère instance en matière de délits et de contraventions. De même
qu’elle connaît des appels formés contre les décisions des juges d’instruction.