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Synthèse du Droit : Concepts et Règles

Le document présente une synthèse des notions fondamentales du droit, y compris les définitions du droit, ses fonctions, et la distinction entre droit objectif et droit subjectif. Il aborde également la typologie des règles de droit, leur structure, ainsi que leurs caractères obligatoires et coercitifs. Enfin, il souligne l'importance de l'équité et des valeurs dans l'application du droit, tout en précisant les différentes sanctions liées à la violation des règles juridiques.

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Synthèse du Droit : Concepts et Règles

Le document présente une synthèse des notions fondamentales du droit, y compris les définitions du droit, ses fonctions, et la distinction entre droit objectif et droit subjectif. Il aborde également la typologie des règles de droit, leur structure, ainsi que leurs caractères obligatoires et coercitifs. Enfin, il souligne l'importance de l'équité et des valeurs dans l'application du droit, tout en précisant les différentes sanctions liées à la violation des règles juridiques.

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DROIT Q1 synthèse + notes

Format d’examen ; QCM, questions de maniement du code (retrouver les sources légales d’une
affirmation juridique), questions transversales et de compréhension globale. Matière d’examen
: le syllabus (sauf les parties « pour mémoire »)

TIP IMPORTANT ; annoter le code bac avec toutes les références aux codes (civil, pénal...)
présentes tout au long su syllabus. C’est un antisèche légal.

(!) les articles de lois ([Link]. ou autres) mentionnés dans le syllabus ne sont pas tous repris
dans cette synthèse (sauf les plus importants).

PARTIE I. Notions fondamentales

A. Les définitions du droit

Le droit est une notion polysémique (comme la plupart des sciences sociales) ; en voici
quatre acceptions différentes ;

I. Le droit comme discipline intellectuelle : le mot droit désigne la science ou la


discipline intellectuelle qui assure la connaissance du droit, et ce dans un des trois
sens que nous allons exposer.

II. Le droit naturel : Le droit naturel désigne un ensemble de valeurs et de principes non
écrits, qui sont inscrits dans la nature des choses (ex. : rendre la chose empruntée à
autrui) ou dans la nature de l’être humain (ex. : la liberté d’expression), et qui expriment
un idéal supérieur de justice. Le droit naturel s’identifie au droit tel qu’il devrait être
idéalement. Il est présenté comme universel et immuable car fondé sur la nature
humaine.

III. Le droit objectif : Le droit objectif (« law ») est l’ensemble des règles juridiques
applicables dans un ordre juridique donné. Le droit apparaît comme un ensemble
formé de règles de conduite ayant pour objet d'ordonner les comportements sociaux.
Ex. : le droit belge.

Deux éléments ressortent de cette définition du droit objectif : la « règle juridique » et l’«
ordre juridique ».

Les règles juridiques, sous peine de sanction, obligent à certaines choses («


vous devez »), en permettent d’autres (« vous pouvez »), et en interdisent d’autres
encore (« vous ne pouvez pas »). Il convient de distinguer les « règles », les « règles de
droit » et les « règles de droit étatique » :

(1) Toutes les règles ne sont pas des règles de droit. Le droit peut cependant
s’approprier n’importe laquelle de ces règles (= internormativité). Ex. : les règles de
politesse et de savoir-vivre. Ex. : l’incivilité est devenue un concept juridique ; le non-
respect d’une règle de savoir-vivre (se promener nu en rue) est également le non-
respect d’une règle juridique (outrage aux bonnes mœurs).
(2) Toutes les règles de droit ne sont pas des règles de droit étatiques (= norme
juridique établie par l'État, obligatoire et sanctionnée). À nouveau, le droit étatique est
néanmoins libre de reconnaître toute règle de droit « non étatique », en l’assortissant
d’effets juridiques dans l’État considéré. Ex. : les règles édictées par l’Église catholique
ou les fédérations sportives internationales (illustration : les lois de la FIFA).

(3) Les règles de droit étatiques peuvent être sanctionnées de manière contraignante.
Les autres règles juridiques ne pourront l’être que si le droit étatique le prescrit.
Autrement dit, la contrainte est le monopole du droit étatique.

L’ordre juridique vise l’ensemble des règles juridiques propres à un groupement


humain déterminé. Tout groupement socialement organisé est susceptible de
constituer un ordre juridique.

Il existe autant d'”ordres juridiques” qu’il y a, au sein de la communauté humaine, de


groupes socialement organisés. Il est vrai que les ordres juridiques étatiques occupent
une place centrale en raison de leur importance et de leur sophistication.

L’ordre juridique étatique repose sur un corps social spécifique : la population (les
générations passées, présentes et futures) de l’État, à savoir les nationaux et les
étrangers établis durablement sur le territoire de l’État. Il est pourvu d’organes qui lui
sont propres (ex. en Belgique : le Sénat, la Chambre...). Mais l’État n’a pas le monopole
du droit, il y a des ordres juridiques autres qu’étatiques. Ex. : une fédération sportive,
l’Église orthodoxe, l’Union européenne…

Une différence essentielle distingue les ordres juridiques étatiques des autres ordres
juridiques : l’État a le monopole de l’exercice de la violence physique légitime. Le
caractère coercitif est spécifique à la règle de droit étatique.

IV. Le droit subjectif : Le droit subjectif (« right ») vise la prérogative ou le pouvoir


d’action conféré à une personne par une règle de droit objectif. Cette prérogative
permet à un sujet de droit de faire, d’exiger ou d’interdire quelque chose. Ex. : le droit
de propriété (art. 3.50 [Link].).

Le droit subjectif peut donc se définir comme la faculté d’exiger d’un tiers (= le titulaire
passif : le débiteur) une prestation ou une abstention déterminée par une règle de droit
objectif. Si tout droit subjectif puise son fondement dans une règle de droit objectif,
toute règle de droit objectif ne confère pas nécessairement un droit subjectif (on ne
parle donc pas de « règle de droit subjectif », mais bien d’un ou de droit(s) subjectif(s)).

B. Les fonctions du droit

Les fonctions du droit (étatique) peuvent varier d’après la vision que l’on a de la société.
Le droit permet le maintien de l’ordre social en évitant l’anarchie et la violence. Le droit
sécurise les rapports humains. Le droit garantit la liberté individuelle et assure l’égalité.
Dans une perspective plus conflictuelle, le droit peut être présenté comme un outil
pour maintenir la domination et les rapports de force existants.

Le droit peut aussi avoir pour fonction de protéger les intérêts communs et de concilier
des intérêts divergents.

C. Le droit, les valeurs, la justice et l’équité

Les valeurs désignent des qualités estimées ou désirées par une ou plusieurs
personnes. Les valeurs concernent principalement la sphère privée. Par contraste, le
droit se concentre sur la sphère publique. La séparation entre les deux notions n’est
pas totale, le droit consacre certaines valeurs morales. Ex. : - C. civ., art. 5.35 : le
respect de la parole donnée, la loyauté - C. civ., art. 1.9 : l’obligation d’être de « bonne
foi » - C. civ., art. 6.5 : l’obligation de réparer le dommage causé par sa faute

Les valeurs consacrées par le droit changent constamment et donc le législateur est
en permanence amené à adopter de nouvelles règles de droit ou à modifier les règles
existantes pour suivre l’évolution de la société. Ex. : l’avortement, l’euthanasie ou le
mariage du même sexe.

Lorsque le juge doit trancher un litige, il doit se fonder sur les règles de droit en vigueur,
et non sur des valeurs personnelles, même celle de l’équité. On dit que le juge doit
statuer « en droit », et non « en équité ». Permettre au juge de s’affranchir de la règle de
droit présente un risque d’arbitraire. Le juge serait autorisé à tenir compte de l’équité
uniquement lorsque le droit positif lui-même l’y invite. Ex. : - C. civ., art. 6.10 : « La mineure
de douze ans et plus est responsable du dommage causé par sa faute (...). Le juge peut
néanmoins décider que le mineur ne doit aucune réparation ou limiter cette réparation. Il statue
selon l’équité (...) »

(!) Toutefois, l’équité est davantage présente dans la décision que ne le fait
croire une application rigoureuse du syllogisme juridique. L’équité ne peut pas
s’afficher, elle est perçue comme inconvenante et « juridiquement incorrecte » mais est
omniprésente.

D. Les règles de droit (du point de vue du droit objectif)

Le droit objectif se manifeste concrètement dans des règles de droit. La règle de droit
prescrit de manière impérative et sous peine de sanction des comportements
déterminés, en obligeant, interdisant ou autorisant certaines choses.

I. Typologie des règles et de leurs destinataires : On peut opérer la distinction entre


deux types de règles : les règles primaires et les règles secondaires.

Les règles primaires sont les règles qui régissent les comportements de leurs
destinataires. Ex. : interdiction de fumer dans les lieux publics, obligation de s’arrêter à
un feu rouge, interdiction de porter atteinte à l’intégrité physique d’autrui (C. pén., art.
398 et 418)

Il existe trois catégories de destinataires des règles primaires. Les destinataires


primaires (ou directs) sont les personnes à qui la règle de droit permet, impose ou
interdit le comportement déterminé. Les destinataires primaires doivent suivre la
prescription sous peine d’une sanction.

Les destinataires secondaires (ou indirects) sont les personnes pour qui la règle de
droit est source de droits subjectifs. Les destinataires secondaires peuvent exiger que
les destinataires primaires fassent ou s’abstiennent de faire quelque chose.

Les destinataires tertiaires sont les personnes qui ont pour fonction de faire respecter
la règle de droit et de sanctionner sa violation. Ces destinataires tertiaires sont des
juridictions et des autorités publiques (ex. : juges, policiers).

Les règles secondaires sont les règles qui déterminent les conditions, les procédures
pour créer, reconnaître, appliquer, modifier et supprimer les règles primaires. Ces
règles concernent prioritairement les institutions juridiques dont elles régissent le
fonctionnement.

II. Structure de la règle de droit : La norme est construite en deux temps selon un
schéma hypothético-déductif : si X alors Y ; s’il y a telle hypothèse, alors il y a telle
conséquence juridique (solution + dispositif).

L’hypothèse décrit la situation ou les conditions auxquelles la règle va


s’appliquer. Elle définit les conditions d’applications, le champ d’application
(personnel, matériel ou temporel) de la règle.

=> Cette situation ou ces conditions peuvent être :

- des circonstances de fait ; -1. Fait de la nature (pas de mariage avant 18 ans) 2.
Fait de l’homme (“Le meurtre commis avec préméditation est qualifié assassinat. Il
sera puni de la réclusion à perpétuité”) 3. Déclaration de volonté (“Il n’y a pas de
mariage lorsqu’il n’y a point de consentement”.)

- un état de droit (“le mineur est émancipé de plein droit par le mariage” ;

- des circonstances mélangées de fait et de droit (“L’enfant né pendant le


mariage ou dans les 300 jours qui suivent la dissolution ou l’annulation du mariage, a
pour père le mari”).

Le dispositif (ou solution) détermine les conséquences juridiques liées à la réalisation


de l’hypothèse. Il détermine ce que la règle prévoit en cas d’application de celle-ci (Ex. :
"obligation de réparer les dommages causés par une faute”).

III. Caractères de la règle de droit :


a. Caractère obligatoire

La règle de droit prescrit l’adoption d’un comportement dans une situation déterminée.
Pour encadrer les relations sociales, les règles de droit édictées par l’État sont
obligatoires.

Cependant, le caractère obligatoire est susceptible de degré : l’intensité du caractère


obligatoire varie. Ainsi, on distingue les règles impératives et les règles supplétives

=>La règle impérative est la règle qui s’impose à ses destinataires sans que
ceux-ci puissent en écarter l’application. L’État intervient de manière autoritaire.

Parmi ces règles impératives, on fait une sous-distinction ;

Il y a les règles d’ordre public qui protègent l’ordre public. L’ordre public concerne ce
qui touche aux intérêts essentiels de l’État ou de la collectivité ainsi que les bases
juridiques sur lesquelles repose l’ordre économique, moral social ou environnemental
de la société.

Il y a les règles impératives au sens strict (ou simplement impératives) qui protègent
des intérêts privés, souvent les intérêts d’une catégorie de personnes présentant une
vulnérabilité ou une faiblesse.

=>L’intérêt de cette sous-distinction concerne la nullité qui est attachée aux


actes qui contreviennent à ces règles. La nullité consiste en l’anéantissement de l’acte
contraire à la règle impérative (au sens large). Elle doit en principe être prononcée par
un juge et elle a un effet rétroactif : l’acte contraire à la règle est censé n’avoir jamais
existé.

Il y a deux types de nullité (C. civ., art. 5.58) :

- il y a nullité absolue de l’acte qui s’oppose à une règle d’ordre public : toute
personne intéressée peut solliciter la nullité, on ne peut renoncer à se prévaloir de la
nullité, le juge peut prononcer d’office cette nullité ;

- il y a nullité relative de l’acte qui s’oppose à une règle simplement impérative :


seule la personne protégée peut demander l’annulation, la personne protégée
peut renoncer à se prévaloir de la nullité.

=> La règle supplétive présente un caractère subsidiaire, en ce sens qu’elle ne


s’impose qu’à défaut de volonté contraire des destinataires de la règle (les
destinataires d’une règle supplétive peuvent décider de faire autrement que ce qui est
prévu par cette règle). Mais si les destinataires de la règle ne prévoient de dérogation à
la règle supplétive alors celle-ci s’applique. On trouve ces règles, en nombre important,
en droit privé (contrats).
(!)> Comment savoir si une règle est impérative ou supplétive ? Trois critères
permettent de distinguer la règle impérative et la règle supplétive : la forme (si les mots
“nullité” apparaissent = impérative, si les mots “sauf convention contraire”
apparaissent = supplétive), la sanction (s'il y a sanction pénale ou nullité en cas de
violation = impérative) et l’objet (protection de l’ordre public ou de certains intérêts
privés = impérative>< a pour objet de suppléer lors d’un cas ou une autre règle n’est
pas en vigueur = supplétive).

b. Caractère coercitif

Pour assurer son effectivité, la règle de droit est généralement assortie d’une sanction.
Cette sanction est susceptible d’être exécutée par la force (contrainte). La notion de «
sanction » vise l’ensemble des conséquences attachées au non-respect d’une règle de
droit.

Les différentes sanctions peuvent être catégorisées de la manière suivante :

> Les sanctions consistant en une exécution forcée : L’exécution forcée consiste
à condamner le débiteur à exécuter son obligation. Elle s’effectue en nature. Ex. :
expulser un squatteur ou un ancien locataire ;

> Les sanctions consistant en une privation ou une limitation d’un droit ou d’une
liberté : Si l’auteur de la règle estime qu’il faut protéger un intérêt d’ordre général alors
il est possible de retrouver des sanctions de ce type qui cherchent à punir l’auteur du
comportement. La logique est répressive. Ex. : - emprisonnement ;

> Les sanctions consistant en une réparation du préjudice causé : Il s’agit


d’effacer les conséquences négatives de cette violation. Cette réparation se fait en
nature ou par équivalent (c’est-à-dire généralement par le paiement d’une somme
d’argent). Il s’agit, en l’espèce, non plus de punir l’auteur, mais bien d’indemniser la
victime d’un comportement fautif. Ex. : un débiteur qui a payé trop tardivement.

> Les sanctions conduisant à supprimer ou à diminuer l’efficacité juridique


d’actes accomplis irrégulièrement (annulation et limitation de l’efficacité de l’acte
contesté). Ex. : - le refus d’application ou l’annulation d’une règle juridique contraire à
la Constitution ;

La sanction ne se retrouve pas uniquement dans les règles de droit étatiques. Les
ordres juridiques non étatiques peuvent prévoir des sanctions en cas de non-respect
des règles qu’ils édictent.

(!)Les sanctions peuvent, le cas échéant, être imposées par la contrainte, c.-à-d. en
recourant à l’usage de la force. C’est une condition de l’effectivité du droit. À la
différence de la sanction, l’usage de la contrainte physique légitime constitue le
monopole de l’État et donc du droit étatique. Il existe des exceptions à ce monopole
étatique de la violence légitime, comme la légitime défense.

c. Caractère général et abstrait

La règle de droit individuelle est celle qui s’adresse à une ou plusieurs personnes
déterminée(s) ou, à tout le moins, déterminable(s) par avance. Contrairement à la règle
de droit générale, qui présente un caractère abstrait, la règle de droit individuelle est
concrète, en ce sens qu’elle est destinée à s’appliquer une seule fois. Les règles
individuelles sont tantôt d’origine publique, tantôt d’origine privée. Les principales
règles individuelles d’origine publique sont adoptées par :

>le pouvoir exécutif et plus largement par les différentes autorités


administratives : on parle d’acte administratif à portée individuelle (Ex. : arrêté royal
nommant un fonctionnaire, autorisation de manifestation...) ;

>le pouvoir judiciaire, dans le cadre des litiges dont il est saisi (Ex. : décisions
jurisprudentielles) ;

> le pouvoir législatif (loi autorisant le changement de nom et prénom) (rare).

(!)Les règles individuelles peuvent également émaner de personnes privées. On vise ici
les contrats (conventions) conclus entre particuliers. Ex. : un contrat de vente d’une
propriété.

E. L’Etat de Droit

I. Le respect du droit par tous : Le droit doit être quelque chose qui influence tout le
monde ; l’Etat de droit est un État au sein duquel toute personne est soumise au droit, y
compris l’État et toute autorité publique qui disposent. L’action des pouvoirs publics
est entièrement canalisée par le droit. L’exercice de la puissance publique suppose
toujours une compétence qui procède par une habilitation légale. Ce principe s’oppose
à l’Ancien Régime (régime arbitraire dans lequel il y avait une forte concentration des
pouvoirs et où ceux qui le détenaient agissaient dans leur intérêt personnel et non dans
l’intérêt général (tyrannie, despotisme, Etat de police... -> risque d’abus de pouvoir)).

=> Exigence formelle (pour être dans un Etat de droit) ; les gouvernements agissent sur
base d’une habilitation juridique = autolimitation du droit.

=> Exigence matérielle ou substantielle (pour être dans un Etat de droit) ; certaines
insuffisances de l’exigence formelle se sont révélées à l’issue de la WW2 (l’Etat Nazi
était un état de droit d’un point de vue de l’exigence formelle, puisqu’il agissait selon
ses propres habilitations juridiques) -> le droit doit être créé sur base d’un système de
valeurs liées d’une part aux libertés fondamentales et aux droits humains et, d’autre
part à la démocratie = hétérolimitation du droit ( limité par un droit qui lui est extérieur,
par un droit dont le contenu est indépendant de la volonté du pouvoir politique et qui se
traduit par les notions de droits fondamentaux et de démocratie).

a. Les droits fondamentaux

Les droits fondamentaux ne sont pas immuables, intemporels et universels mais se


sont construits progressivement en fonction de choix politiques liés à des mouvements
sociaux et d’évolutions sociétales, qui se séparent en trois générations en fonction des
pensées sociales de l’époque :

- fin du 18e siècle : pensée libérale = libertés civiles individuelles (liberté d’expression)
et libertés politiques (droit de vote, droit d’être élu) ;

- fin de la WW2 : pensée socialiste = seconde génération de droits économiques,


sociaux et culturels ;

- fin du 20e siècle : troisième génération se centrant sur l’espèce humaine en lien avec
des mouvements écologistes, pacifistes et tiers-mondistes (droits relatifs à
l’environnement, droits relatifs aux minorités, droits sur la protection des données...).

Ex. de droits fondamentaux : interdiction de l’esclavage, interdiction de torture, droit à


la vie, égalité et non-discrimination, liberté individuelle, liberté d’expression...
(énormément d’articles importants à ce sujet dans la Const., la C.E.D.H. et la Charte
UE => voir syllabus pour annotations.)

=> Idéal démocratique : régime où le pouvoir est exercé par le peuple, pour le peuple et
au nom du peuple. Trois principes ; décisions prises à la majorité, protection des
minorités (éviter les décisions discriminatoires par rapport à l’ethnie, la religion etc.) et
acceptation de la contestation politique.

II. La séparation et l’équilibre des pouvoirs : Dans un État de droit, il existe une pluralité
de « pouvoirs constitués ». Les pouvoirs sont dits « constitués », car ils sont établis et
organisés par la Constitution de l’État. Une seule personne (physique ou morale) ne
peut pas obtenir tout le pouvoir => Depuis Montesquieu, il est classique de dire que le
pouvoir est réparti entre trois instances ayant leurs missions respectives :

- pouvoir législatif (le parlement) : élaboration, modification et suppression des lois


(expression de la “volonté générale” puisqu’elles sont issues du parlement qui est
composé d’élus ;

- pouvoir exécutif (le gouvernement et le Roi) : exécute, applique les règles juridiques de
valeur législative, définit la politique nationale (établissement du budget, dirige la
politique extérieure, commande l’armée...) ;
- pouvoir judiciaire (les juridictions) : tranche les litiges en appliquant la règle de droit
aux cas concrets. L’ensemble des décisions prises par le pouvoir judiciaire forme la
jurisprudence.

(!)Cette séparation n’est que relative, ce qui permet d’éviter les abus de pouvoir.
Chacun des pouvoirs exerce une influence sur l’un l’autre :

- Législatif sur exécutif : délimite les compétences de l’exécutif puisqu'il vote des
lois qui limitent son champ d’action. Il y a aussi un contrôle politique => droit
d’interpellation sur la manière dont le gouvernement (pas le Roi) exerce son
pouvoir exécutif (peut amener à un vote de méfiance si un ministre n’exerce pas
bien son pouvoir). Il peut aussi créer des commissions parlementaires pour
enquêter sur certains événements particuliers permettant d’évaluer la politique
du gouvernement, et il vote le budget élaboré par le gouvernement exécutif ;
- Législatif sur judiciaire : Le pouvoir législatif établit les lois relatives à
l’organisation et au fonctionnement des cours et tribunaux, et en élaborant et en
modifiant les lois, va forcément influencer le travail des cours et tribunaux qui
tranchent les conflits en appliquant les lois. Il vote aussi le budget de la justice ;
- Exécutif sur législatif : Le Roi et les gouvernements communautaires et
régionaux sont en Belgique une des branches du pouvoir législatif. Ils jouent
donc un rôle important dans l’élaboration des lois, décrets et ordonnances
(Const. Art. 36). Le Roi peut également dissoudre la Chambre des représentants
(pouvoir de dissolution) dans des cas précis (Const. Art. 46) ;
- Exécutif sur judiciaire : Le Roi nomme les juges (Const, art. 151, §4) et nomme et
révoque les membres du ministère public près les cours et tribunaux (Const.,
art. 153). => principe d’inviolabilité du Roi : le judiciaire ne peut pas punir le Roi.
Le Roi peut remettre ou réduire des peines prononcées par un juge.
- Judiciaire sur législatif : peut juger des parlementaires même si cela suppose
des règles particulières (Const., art. 58, 59 et 120). Selon la jurisprudence de la
Cour de cassation, les juges doivent écarter une loi qui s’oppose à un traité
international qui a des effets directs.
- Judiciaire sur exécutif : peut juger des ministres même si cela suppose des
règles particulières (Const., art. 103 et 125). Les cours et tribunaux n’appliquent
pas les arrêtés et règlements du pouvoir exécutif qui ne sont pas conformes aux
lois.

III. Hiérarchie des règles juridiques : La hiérarchie des règles juridiques (ou hiérarchie
des normes) suppose que les pouvoirs publics, lorsqu’ils édictent des règles,
respectent les règles supérieures. Le respect de la hiérarchie des règles juridiques est
lié à l’exigence formelle de l’État de droit.

De ce point de vue, la Constitution a la primauté sur les autres règles en tant que « Loi
fondamentale » de l’État, viennent ensuite les règles issues du pouvoir législatif
(censées être l’expression de la volonté générale) et enfin, viennent les règles issues du
pouvoir exécutif (venant exécuter les règles du pouvoir législatif).

-> Il existe des contrôles qui permettent de déterminer si cette hiérarchie est
bien respectée (Cour Const., Const. Art. 159, Conseil d’Etat etc.).

IV. La protection juridictionnelle du citoyen et la responsabilité des pouvoirs publics


pour les dommages causés : Le citoyen doit, dans un État de droit, pouvoir s’adresser
au pouvoir judiciaire afin d’obtenir le respect de ses droits subjectifs. Dans un Etat de
droit, Il devrait exister des juridictions compétentes pour statuer contre l’action des
pouvoirs publics (les trois) au cas où ils venaient à commettre une faute, et les
dommages liés à cette faute doivent pouvoir être réparés. Le système Belge n’est pas
encore parfait à cet égard, car la responsabilité de l’État du fait des jugements est
particulièrement difficile à mettre en œuvre en raison des principes de l’indépendance
des juges et de l’autorité de la chose jugée.

V. La doctrine de l’Etat de droit : l’occasion d’une réflexion sur le caractère idéologique


du droit ?

Le droit est associé avec la neutralité et avec l’objectivité (exigence formelle) ainsi
qu’avec la justice, la démocratie et l’ordre naturel des choses (exigence matérielle ou
substantielle). Le droit Belge, lui, s’inspire de l’idéologie libérale car il est très axé sur la
protection de la liberté individuelle face aux abus de pouvoir, ainsi que la nécessité de
maintenir une sphère privée chez l’individu (l’Etat ne nous dit pas quoi penser) et
l’égalité des chances des individus (on ne cherche pas à donner à chacun la même
chose, mais on met tout le monde dans les mêmes conditions).

On peut aussi avancer que le droit en lui-même est une idéologie, car il vise à présenter
la réalité à partir de concepts juridiques, à transformer les problèmes politiques et
sociaux en problèmes juridiques ; tout est analysé à travers les lunettes du droit (ex. :
une personne achète un journal, c’est un contrat, pas juste une action culturelle ou
sociale).

Enfin, le droit peut être vu comme un instrument dans une relation de pouvoir pour
justifier une idée politique. Ex. : la colonisation justifiée parce que les tribus avaient
signé des contrats ou que la colonisation était juridiquement bonne, car elle a permis la
suppression de pratiques culturelles considérées à l’époque comme barbares
(polygamie, anthropophagie). On voit donc qu’un régime raciste a pu être justifié par la
référence au droit.

F. Les personnes

La « personne » ou le « sujet de droit » désigne le titulaire de droits (subjectifs) et


d’obligations dans un ordre juridique donné. La personne (sujet de droit) se distingue
donc de la chose (objet de droit)
(!) La personnalité juridique vise l’aptitude à être titulaire de droits (subjectifs) et/ou
d’obligations.

=> I. Catégories de personnes :

a. Les personnes physiques

Désigne tous les êtres humains dès la naissance si nés vivants (par opposition à
l’enfant mort-né) et viables (viabilité désigne « la capacité physiologique à survivre »,
certaines déficiences ou immaturités physiologiques conduisent nécessairement et
rapidement au décès).

(!)Tous les êtres humains sont des personnes physiques et jouissent donc de la
personnalité juridique. En effet, l’esclavage et la mort civile (qui consiste en la privation
de tous les droits civils et politiques) sont abolis en Belgique (Const. art. 18).

La personnalité juridique disparaît avec le décès de la personne. La mort n’est pas


définie juridiquement : la tendance actuelle de la science retient comme critère la mort
cérébrale (arrêt définitif du fonctionnement du cerveau).

b. Les personnes morales

La personne morale est une entité abstraite constituée par un groupement de biens ou
de personnes (physiques ou morales) à laquelle le droit objectif attribue une
personnalité juridique distincte des membres qui la composent. Elle peut être sujet de
droits et d’obligations et elle jouit d’un patrimoine propre et peut être traduite en
justice. Elle est composée d’organes (personnes physiques qualifiées pour agir au nom
de la personne morale).

=> personne morale de droit public : créée par les autorités publiques, qui
doivent servir l’intérêt général. (Communautés, provinces, SNCB, CPAS, ONSS, STIB...)

=> personne morale de droit privé : les personnes morales de droit privé doivent
être distinguées, selon qu’elles constituent des groupements de personnes ou des
groupements de biens. Entreprises de particuliers (sociétés, associations) =
groupements de personnes à but lucratif ou non-lucratif =/= fondations (groupement de
biens, a pour objet de gérer un capital en vue d’un but désintéressé).

II. La capacité des personnes :

a. La capacité de jouissance

Désigne l’aptitude à être titulaire de droits et d’obligations. Ressemble à la personnalité


juridique mais l’étendue de la capacité de jouissance peut varier d’une personne à
l’autre :

=> Certaines personnes physiques sont inaptes à avoir la capacité de jouissance (les
incapacités de jouissance sont soit une sanction, soit liées à une inaptitude), comme
un mineur qui ne peut pas voter ou une indignité successorale (un fils qui tue son père
ne peut pas hériter de son patrimoine) (C. Civ. Art. 4.6).

=> Les personnes morales se voient reconnaître la personnalité juridique et donc une
capacité de jouissance pour leur permettre de réaliser un but spécifique (C. civ., art.
1.3). Leur spécificité justifie donc diverses restrictions :

-qui résultent de la nature même de la personne morale (une entreprise ne peut pas se
marier) ;

-qui résultent de la Loi (principe de la spécialité légale) : restrictions liées à son cadre
légal (ex. : l’objet des sociétés étant lucratif, il leur est en principe interdit de faire des
donations ou libéralités, à moins que celles-ci n’aient un but de promotion
commerciale) ;

-qui résultent des statuts (principe de la spécialité statutaire) : la personne morale


créée dans un certain objectif n’est pas sensée aller à l’encontre de ce dernier. L’acte
accompli par la personne morale en dehors de sa spécificité est en principe sanctionné
de nullité.

b. La capacité d’exercice

La capacité d’exercice désigne l’aptitude à mettre en œuvre de manière autonome les


droits et obligations dont on est titulaire.

=> Les personnes physiques ont la capacité d’exercice sauf exceptions prévues
par la Loi (C. civ. art. 1.3 et 5.40) et liées à une idée de protection ; par exemple les
mineurs ou les personnes protégées (infirmes mentaux, personnes majeures qui sont
totalement ou partiellement incapables d’assumer la gestion de leurs biens ou de leurs
personnes) => pas de capacité d’exercice pour ne pas conclure de ventes stupides (par
exemple).

Pour mettre en œuvre les droits d’un “incapable”, il faut donc qu’intervienne une
personne capable, à même de suppléer à l’incapacité. On parle alors du « représentant
légal » (ex. : les parents du mineur ou le tuteur de l’incapable).

Les personnes morales sont par nature dans l’incapacité d’exercer elles-mêmes les
droits dont elles sont titulaires. Mais la Loi (C. Civ. Art. 1.3) prévoit la capacité
d’exercice (étonnant selon le professeur) pour les personnes morales par
l’intermédiaire de personnes physiques (organes1). Ex. : conseil d’administration =
organe d’une entreprise, Sénat = organe de l’Etat.

1
Les organes ont en principe le pouvoir d’accomplir tous les actes nécessaires ou utiles à la réalisation
de l’objet de la personne morale concernée. Ce sont eux qui assument la gestion, ainsi que la
représentation externe de la personne morale. Les actes posés par les organes sont considérés comme
posés par la personne morale elle-même.
III. Le patrimoine des personnes :

Ensemble indivisible de droits et obligations qui ont une valeur pécuniaire que
possèdent une personne. Cet ensemble est ou peut être :

-inaliénable entre vifs ; càd qu’il ne peut pas avoir de donations de patrimoine entier
entre personnes vivantes (le contenu du patrimoine ne se transmet, dans sa globalité,
que pour cause de mort))

-un gage commun des créanciers ; si qqn est votre créancier, votre patrimoine peut être
utilisé en son entièreté comme remboursement (sauf bien insaisissables : vêtements,
le coucher, objets nécessaires pour les études).

Si un débiteur a plusieurs créanciers, ceux-ci doivent être traités dans le respect de la


règle de l’égalité sauf s'il y a des privilèges (préférant un créancier à l’autre et qui sont
fixés par la loi (et non par des contrats)) ou des suretés réelles (gage ou hypothèque :
l’hypothèque est un droit réel sur les immeubles affectés à l’acquittement d’une
obligation. Elle peut avoir une origine légale ou contractuelle. On parle de gage (et non
d’hypothèque) lorsque le bien en question est un meuble (et non un immeuble => Un
bien meuble est un objet matériel pouvant être déplacé, comme une voiture ou un
meuble. Un bien immeuble est un bien fixe, comme un terrain ou une maison, qui ne
peut pas être déplacé sans être détruit ou endommagé.).

(!) Le patrimoine de la personne morale étant distinct de celui de ses membres, les
créanciers de la personne morale ne pourront en principe pas exercer de recours sur le
patrimoine personnel de ses membres afin de le saisir, et inversement.

G. Les droits subjectifs

Cf. Droit subjectif p.2 pour définition.

I. Les catégories de droit subjectif :

a. Les droits extrapatrimoniaux : Droits dits “hors-patrimoine” dans le sens où ils


ne sont pas évaluables en argent et ne peuvent en conséquence pas figurer dans le
patrimoine d’une personne. Ces droits sont inaliénables et intransmissibles et ne
peuvent donc pas faire l’objet d’un contrat (“hors commerce”). Ils sont également «
indisponibles » et ne peuvent donc pas faire l’objet d’un acte juridique unilatéral et ne
peuvent être perdus que par le seul écoulement du temps.

Les droits extrapatrimoniaux sont des droits inhérents à la personne. Ils ont un
caractère absolu, ils sont opposables à tous (pers. physiques et morales). Il en existe
deux catégories :

- les libertés publiques ; concernent prioritairement les relations d’un particulier ou


d’un groupe avec l’autorité publique (liberté individuelle, d’expression, etc.). Elles sont
prévues dans des textes internationaux (ex. : CEDH) et dans la Constitution (art. 10, 11,
12, 16, 19, 23, 26).

- les droits de la personnalité ; se rapportent à la personne en tant qu’individualité. Ils


concernent prioritairement les relations des particuliers entre eux. Ces droits
concernent le corps, la vie, la vie privée, l’image, l’honneur, le nom, la famille de
l’individu et signifient que les individus peuvent disposer d’eux-mêmes dans ces
aspects. Ex. : le droit de se marier

(!) les personnes morales possèdent aussi de droits de la personnalité sous réserve
qu’ils soient étroitement liés à la nature humaine (ex. : le droit à l’image)

b. Les droits patrimoniaux

Ils ont une valeur pécuniaire et font donc partie du patrimoine de la personne et
possèdent toutes les caractéristiques propres à ce dernier (vente, succession...). Les
droits patrimoniaux sont en principe susceptibles d’être prescrits (peuvent s’acquérir
ou se perdre par l’écoulement du temps). Parmi les droits patrimoniaux, on distingue
les droits de créance et les droits réels :

- les droits de créance (ou droits personnels) ; droit en vertu duquel une personne
(créancier) peut exiger d’une autre (débiteur), l’exécution (forcée) d’une prestation,
étant entendu qu’il peut s’agir d’une :

• Obligation de donner (transfert d’un droit réel ou somme d’argent (obligation


pécuniaire))
• Obligation de faire
• Obligation de ne pas faire, de s’abstenir (prestation négative)
• Obligation de garantir ([Link]. 5.46 et 6.5)

(!) Le droit de créance établit un rapport entre des personnes (physiques ou morales),
ce rapport est relatif (limité au créancier et au débiteur) et n’est donc pas opposable à
tous (ex. : C. civ., art. 5.103).

- les droits réels ; Les droits réels confèrent à leur titulaire une maîtrise directe,
immédiate et exclusive sur une chose corporelle. Les droits réels portent sur
une chose corporelle (meuble ou immeuble).

(!) À la différence des droits de créance, les droits réels ont un effet absolu (erga
omnes, opposable à tous) et octroient un droit de suite (permet de revendiquer le bien,
même si celui-ci a changé de propriétaire (en cas de vol d’un bien ensuite vendu par
exemple)) et de préférence (donne au titulaire d'un droit réel la priorité sur d'autres
créanciers lors du partage de la valeur d'un bien (ex. : privilège du Trésor public : si une
personne doit des impôts, l'État a priorité pour récupérer ce montant avant d’autres
créanciers sur les biens du débiteur).
Les droits réels sont énumérés par la loi. Cela signifie que les particuliers ne peuvent
pas créer des droits réels. L’art. 3.3 du Code civil permet d’établir la liste des droits
réels (tous cités). Ces différents droits réels peuvent être rassemblés en deux
catégories :

1. Les droits réels principaux (ou droits réels de jouissance). Cette catégorie regroupe ;

- le droit de propriété (défini à l’art.3.50 du [Link]., et octroyant l’usus (user de sa


maison, ex. : travaux), le fructus (percevoir les fruits du bien (déf. Fruit : [Link]. Art.
3.42)) et l’abusus (peut donner, vendre ou détruire la chose. Il peut également prélever
les produits de la chose (déf. Produits : [Link].3.42))

(!) Les autres droits réels principaux sont des « démembrements » de la propriété. Ainsi,
dans le cas de l’usufruit (droit réel d’usage), l’usufruitier dispose de l’usus et du fructus
tandis que le nu-propriétaire dispose de l’abusus (C. civ., art. 3.138 à 3.166).

- la copropriété (situation juridique dans laquelle plusieurs personnes


possèdent ensemble un même bien, chacun ayant une part indivise sans division
physique du bien)

- les droits réels d’usage (permettent à une personne d'utiliser un bien


appartenant à un autre, sans en avoir la pleine propriété. Ex. : un droit d'usage sur un
jardin permet à une personne de l'entretenir et de profiter de ses fruits, sans en être
propriétaire) ; les servitudes, l’usufruit, l’emphytéose et le droit de superficie (art.3.3.
[Link].).

=>Ces trois types de droits réels principaux ont une existence propre (ils existent
indépendamment d’une créance) et confèrent à leur titulaire une utilité tant juridique
que matérielle sur la chose corporelle.

2. Les droits réels accessoires ; - les sûretés réelles (garanties offertes par un débiteur
à un créancier, portant sur un bien spécifique, afin d'assurer le paiement de la dette en
cas de défaillance : privilèges spéciaux, le gage, l’hypothèque et le droit de rétention
(art.3.3. [Link].))

(!) Ils n’ont pas une existence propre puisqu’ils se greffent sur un droit de créance pour
en garantir l’exécution (si insolvabilité du débiteur (incapacité de venir à bout de sa
dette). Ils confèrent à leur titulaire une utilité juridique (mais pas matérielle) puisqu’il
s’agit pour son titulaire d’être protégé face à l’insolvabilité du débiteur.

c. Les droits intellectuels

Les droits intellectuels confèrent à une personne des droits sur une création
immatérielle, qui doit être matérialisée (breveter une idée = matérialiser) pour exister
juridiquement. Ces droits permettent au créateur de protéger l’intégrité morale de son
œuvre et d’en tirer un bénéfice économique exclusif et temporaire, conciliant ainsi les
intérêts du créateur (doit pouvoir tirer profit) et ceux de la société (ne doit pas être
privée de l’invention).

Ils se divisent en propriété littéraire et artistique pour les œuvres créatives, et en


propriété industrielle pour les inventions et marques. Ces droits, souvent appelés «
propriété intellectuelle », partagent des caractéristiques avec les droits réels en
conférant une maîtrise directe et opposable à tous, bien qu’ils soient limités dans le
temps (!).

(!) Ils ont des aspects extrapatrimoniaux et des aspects patrimoniaux ; ils englobent des
aspects moraux, pour protéger la personnalité du créateur, et économiques, pour
favoriser l’exploitation de l’œuvre.

II. Les sources de droits subjectifs :

Les droits subjectifs puisent leur fondement dans une règle de droit objectif. Plus
précisément, des actes juridiques ou des faits juridiques ;

- l’acte juridique est un acte volontaire destiné à créer, modifier, transmettre ou


éteindre des droits ou obligations, en produisant des effets juridiques voulus par son
auteur. Il peut être bilatéral, comme un contrat, ou unilatéral, comme un testament ou
une offre de contracter.

- Le fait juridique est un événement, volontaire ou non, qui produit des effets
juridiques déterminés par la loi sans que ceux-ci aient été voulus par la personne
concernée. Ces faits incluent des actes humains (comme un accident ou un vol), des
phénomènes naturels (le temps), et des événements de la vie (comme la naissance ou
le décès). (C. civ., art. 3.21, 3.24, 3.28, 2219)

H. Les branches du droit (interne) : (!) Une branche de droit regroupe les règles
régissant un domaine particulier des rapports sociaux, élaborées au niveau national
(droit interne) ou international. En droit interne, la division principale est entre le droit
public, qui régit les relations entre les pouvoirs de l'État et les citoyens, et le droit privé,
qui régit les relations entre particuliers.

I. Les branches du droit public :

a. Le droit constitutionnel

Le droit constitutionnel régit le fonctionnement des principales institutions de l’État et


garantit les droits fondamentaux des individus, principalement définis dans la
Constitution.
(!) Cette branche s’appuie également sur des lois spéciales et ordinaires qui précisent
et prolongent certains principes constitutionnels, avec une jurisprudence importante
de la Cour constitutionnelle.

b. Le droit administratif

Le droit administratif régit le fonctionnement des autorités administratives et leurs


relations avec les particuliers, en prolongeant les principes du droit constitutionnel. Il
couvre divers domaines comme les services publics, les marchés publics, le droit des
étrangers et l’emploi des langues.

(!) Les règles de droit administratif sont en partie inscrites dans la Constitution, mais
surtout dispersées dans des lois spécifiques, avec des principes généraux appliqués
par la jurisprudence du Conseil d’État (très importante pour cette branche du droit).

c. Le droit fiscal

Le droit fiscal régit la collecte des impôts et la contribution de la population aux


charges publiques en Belgique, pour les citoyens belges et étrangers. Il distingue entre :

-impôts directs, prélevés sur des revenus récurrents ; immobiliers (loyers...), mobiliers
(dividendes...), et professionnels (salaire...),

-impôts indirects, perçus lors de certaines transactions (droits de douane, TVA, droits
d’accises, droits d’enregistrement, droits de succession).

(!) La Constitution belge fixe des principes fondamentaux du droit fiscal, tels que la
légalité (Const. Art. 170), l’annualité (Const., art. 171) et l’égalité de l’impôt (Const., art.
172). Les règles fiscales belges se trouvent dans la Constitution, des codes spécifiques
et diverses lois.

d. Le droit de la sécurité sociale

Le droit de la sécurité sociale assure la prise en charge des risques sociaux (comme la
maladie, le chômage et la vieillesse) et certaines situations de pauvreté via des aides
sociales (CPAS). Il définit les bénéficiaires, les conditions d’accès, le montant et les
modes de financement des prestations.

(!) Bien que reconnu par la Constitution (Const., art. 23, al. 3, 2°), ce droit n'est pas
codifié et se trouve dans diverses lois spécifiques.

e. Le droit pénal (et le droit de la procédure pénale)


Le droit pénal définit les infractions (comme crimes, délits et contraventions) et fixe les
sanctions correspondantes (comme amendes ou peines de prison). Le droit de la
procédure pénale assure la mise en œuvre du droit pénal en organisant la recherche, la
poursuite et le jugement des infractions.

(!) Ces règles sont codifiées dans le Code pénal (pour le droit pénal) et le Code
d’instruction criminelle (pour le droit de la procédure), complétés par diverses lois
spécifiques (pour les deux). Le droit pénal repose sur des principes fondamentaux :

- la légalité des incriminations et des peines (on ne peut être condamné que si
une loi prévoit l'infraction => Const. Art. 12 et 14), - l’interprétation stricte (le juge doit
s’en tenir aux termes de la loi sans extrapoler, aller au-delà de la loi), - la non-
rétroactivité (une infraction ne peut être punie que si elle était déjà illégale au moment
où elle a été commise => (!) sauf exception ; C.pén. art.2).

II. Les branches du droit privé :

a. Le droit civil

Le droit civil est la branche principale du droit privé, régissant les relations entre
particuliers et comprenant les (sept) matières suivantes :

- (1)le droit des personnes (relatives à la condition juridique des individus), (2)- le droit
de la famille (mariage et filiation), (3) - le droit des régimes matrimoniaux (situation
juridique des époux), (4) - le droit des successions (sort des biens, créances et dettes
post-mortem), (5) -le droit des donations (actes juridiques à titre gratuit (testaments)),
(6) - le droit des biens (définition des droits que l’on peut acquérir sur biens meubles ou
immeubles), (7) - le droit des obligations (engagements liés à une loi ou à un acte
juridique).

(!) Ce droit règle des aspects essentiels de la vie, comme la naissance, le mariage, les
contrats, et la transmission des biens après décès. Le droit civil est principalement
codifié dans le (nouveau) Code civil belge, initialement de 1804 (Code Napoléon = Anc.
[Link].) et progressivement mis à jour, avec des lois complémentaires pour des
situations particulières.

(!) Le droit économique et le droit du travail (qui sont d’autres branches du droit privé)
ont progressivement conquis leurs autonomies par rapport au droit civil pour mieux
répondre à des relations sociales spécifiques.

b. Le droit économique

Le droit économique régit les activités économiques et répond aux besoins spécifiques
des relations entre sociétés, tels que la rapidité et la simplification des preuves. Il est
encadré par le Code des sociétés et des associations, le Code de droit économique, et
diverses lois spécifiques.

c. Le droit du travail : Le droit du travail encadre les relations de travail entre


employeurs privés et travailleurs salariés, tenant compte des dépendances juridique et
économique des salariés. Ce domaine est principalement régi par la loi du 3 juillet 1978
sur le contrat de travail et les conventions collectives de travail, répondant aux besoins
de protection des travailleurs dans une société industrielle.

d. Le droit judiciaire privé

Le droit judiciaire privé fixe les règles de procédure que les juridictions suivent pour
résoudre des conflits relatifs aux droits subjectifs, en définissant les compétences, les
étapes du procès et les modes d’exécution des décisions. Il accompagne des branches
du droit comme le droit civil, économique et du travail, et est principalement codifié
dans le Code judiciaire. La Constitution en pose certains principes fondamentaux, tels
que la publicité des audiences, l’indépendance des juges, et le droit d’être entendu, qui
sont précisés par la jurisprudence de la Cour de cassation (au niveau de
l’interprétation).

e. Le droit international privé

Le droit international privé régit les situations de droit privé comportant un élément
étranger, comme des litiges impliquant plusieurs législations nationales. Il traite de
trois aspects principaux :

-la compétence des tribunaux belges dans des litiges internationaux liés à la
Belgique,

-le choix de la loi applicable lorsque plusieurs lois nationales pourraient


s'appliquer,

- la reconnaissance des décisions judiciaires étrangères (“exequatur” des


décisions).

(!) Bien que « international » dans son objet, il est principalement établi par chaque État,
même si certaines conventions, comme celle de La Haye (12 juin 1902), harmonisent
certaines règles. En Belgique, le droit international privé est codifié dans le Code de
droit international privé de 2004.

(!) La classification du droit n'est pas universelle et certains auteurs proposent d’autres
divisions au-delà de la distinction traditionnelle entre droit public et droit privé (summa
divisio). La frontière entre ces branches est souvent floue, et avec l’évolution de la
société, de nouvelles branches émergent, comme le droit de l’environnement et le droit
de la jeunesse, rendant la classification encore plus complexe.

PARTIE 2 : La structure de l’État et l’exercice des pouvoirs en Belgique

A. CARACTERISTIQUES DE L’ETAT BELGE

I. État de droit : En Belgique, l’État de droit (défini auparavant) limite les pouvoirs des
institutions publiques, qui doivent respecter des règles établies démocratiquement et
protectrices des droits humains. Le système belge assure la séparation des pouvoirs,
permet des réparations pour les fautes des autorités, et dispose de juges indépendants
vérifiant la hiérarchie des normes (Conseil d’Etat, Cour Const., + reconnait la CJUE,
CEDH). Les droits fondamentaux sont garantis par la Constitution et protégés par des
recours juridiques et divers traités internationaux (déclaration universelle des droits de
l’homme etc., voir code bac).

II. Monarchie :

La Belgique est une monarchie constitutionnelle où le Roi, chef de l’État, n’a que les
pouvoirs accordés par la Constitution (Const. Art. 105). Ses actes nécessitent un
contreseing ministériel (signature d’un ministre validant un acte juridique), rendant les
ministres responsables, tandis que le Roi lui-même est inviolable (Const. Art. 88 ; le roi
ne peut être assigné devant un tribunal) et n’exerce qu’une influence symbolique. La
monarchie est héréditaire selon le principe de primogéniture, désormais ouvert aux
femmes.

III. Démocratie représentative et parlementaire :

La Belgique est une démocratie représentative, où les citoyens élisent un parlement


chargé de légiférer en leur nom, caractéristique d’un régime parlementaire. Le droit de
vote est passé du suffrage censitaire (seuls les citoyens payant un impôt votent) au
suffrage universel pour tous les adultes, y compris les étrangers pour certaines
élections, garantissant une large représentation.

IV. Etat fédéral :

De 1831 à 1970, la Belgique était un État unitaire décentralisé (unitaire, car une seule
autorité centrale gouvernait tout le pays ; décentralisé, puisque les provinces et
communes géraient les intérêts locaux sous contrôle central). Aujourd'hui, la Belgique
est un État fédéral avec plusieurs niveaux juridiques superposés, comprenant quatre
régions linguistiques, trois Communautés, et trois Régions, tout en conservant ses
provinces et communes décentralisées.

a. Régions linguistiques
En 1960, quatre régions linguistiques ont été créées :

- Région néerlandaise avec cinq provinces flamandes ; - Région française avec cinq
provinces wallonnes ; - Région allemande avec neuf communes germanophones (en
province de Liège) ; - Région bilingue de Bruxelles-Capitale comprenant 19 communes
bruxelloises.

(!) Certaines communes accordent des facilités linguistiques (ex. : Kraainem,


Malmedy, etc.) à leurs minorités, permettant des services administratifs dans leur
langue, mais ces facilités s'appliquent aux résidents, pas aux institutions communales
elles-mêmes.

b. Régions et communautés

Le fédéralisme belge est une dynamique « centrifuge » (=/= “centripète” d’autres états
fédéraux (construction par association d’Etats)), marquée par la dissolution
progressive d'un État unitaire via six réformes successives :

- 1970 : création de trois « Communautés culturelles » aux compétences


culturelles et de Régions sans pouvoir effectif.

- 1980 : les Régions wallonne et flamande deviennent opérationnelles, avec des


compétences économiques, et les Communautés gèrent les matières
personnalisables (domaines qui touchent directement l’individu ; ex. Santé ou aide aux
personnes).

- 1988-1989 : la Région bruxelloise devient opérationnelle, et les Régions


(environnement, les travaux publics, logement...) et Communautés (éducation)
gagnent des compétences.

- 1993 : la Constitution déclare la Belgique « État fédéral » ; les parlements


régionaux et communautaires sont élus directement.

- 2001 : nouvelles compétences pour les Régions (davantage d’autonomie


fiscale et pour les transports publics et relations internationales) et protection
renforcée pour les Flamands à Bruxelles.

- 2014 : sixième réforme avec des transferts de compétences, une réforme du


Sénat et la scission de la circonscription Bruxelles-Hal-Vilvoorde.

(!) Le fédéralisme belge est complexe, particulièrement pour Bruxelles et la minorité


germanophone. Les partis flamands prônent la bipolarité (deux Communautés
principales), tandis que les francophones défendent la tripolarité (trois Régions). Une
future (et probable) réforme de l’Etat sera difficile.
V. Etat décentralisé (provinces et communes) :

a. Territoire

La Belgique compte actuellement dix provinces et 581 communes, toutes faisant partie
d'une province sauf les 19 communes bruxelloises, dont les compétences provinciales
sont exercées par les autorités régionales. Les provinces sont des subdivisions des
Régions flamande et wallonne et fonctionnent comme des entités décentralisées.
Depuis la sixième réforme de l'État, les Régions ont la possibilité de supprimer les
provinces et de les remplacer par des collectivités supra communales.

b. Compétences

Les provinces et communes n’ont pas de compétences législatives, mais elles peuvent
adopter des règlements dans deux cas :

- Pour des matières d’intérêt général déléguées par une autorité supérieure
(fédérale ou fédérée), telles que l’octroi de permis d'urbanisme ou la gestion de
bibliothèques.

- Pour des matières d'intérêt provincial ou communal, qui leur confèrent une
autonomie limitée, comme la promotion du tourisme provincial ou la gestion de
l’urbanisme local.

(!) En tant qu’entités décentralisées, les provinces et communes disposent d’un


pouvoir propre mais subordonné à deux principes : la hiérarchie normative (si une règle
est déjà mise en place par une autorité supérieure, alors pas d'autonomie) et le
contrôle de tutelle (système où une autorité supérieure vérifie la conformité à la loi et la
protection de l’intérêt général), exercé principalement par les Régions.

c. Institutions

I. Principaux organes provinciaux : - Le conseil provincial ; Assemblée élue pour 6 ans


par les Belges, le nombre de membres dépendant de la population de la province.
Réunions publiques (minimum 1 fois par mois) pour voter le budget, gérer le
patrimoine, adopter des règlements et ordonnances provinciales, fixer les taxes et
organiser des consultations populaires.

-Le collège provincial ; Organe exécutif élu par le conseil provincial, comprenant le
gouverneur. Gère les affaires quotidiennes de la province, exécute les décisions du
conseil, participe à la tutelle sur les communes et intervient dans les litiges électoraux.
- Le gouverneur provincial ; Nommé à vie par le gouvernement régional, il veille au
respect des normes supérieures et assure l’ordre public dans la province.

II. Principaux organes communaux : Le conseil communal ; Assemblée élue pour 6 ans
(Belges, citoyens de l’UE, et certains étrangers non européens), dont les réunions sont
publiques au moins 10 fois par an. Gère le budget, le patrimoine, les taxes
communales et prend des règlements locaux, tout en organisant des consultations
populaires.

-Le Collège des Bourgmestre et échevins ; Organe exécutif composé d’échevins et du


bourgmestre, en charge de l’administration quotidienne de la commune, des actions
en justice, et des registres d’état civil.

-Le Bourgmestre ; Nommé par le gouvernement régional, il dirige l’administration


communale, préside les réunions, et assure le maintien de l’ordre, avec un rôle
spécifique dans les ordonnances de police.

B. LES POUVOIRS LEGISLATIFS ET EXECUTIFS

I. L’Autorité fédérale :

a. Territoire : Bien que la Belgique soit un État fédéral, elle conserve des
institutions nationales (Chambre des représentants, Sénat, gouvernement fédéral) aux
compétences couvrant tout le territoire.

b. Compétences : Les compétences fédérales se divisent en : - Compétences


attribuées : spécifiquement confiées par la Constitution ou une loi spéciale (ex. : battre
monnaie) ; - Compétences résiduelles : couvrant les domaines non attribués aux
entités fédérées, incluant la justice, la sécurité sociale, la défense, le droit fiscal et
civil, la politique étrangère et les télécommunications.

c. Institutions : - Pouvoir législatif : composé de la Chambre des représentants


(150 députés élus tous les 5 ans, scission de Bruxelles-Hal-Vilvoorde en 11
circonscriptions dans Bruxelles-capitale et le Brabant flamand (deux circonscriptions
remplaçant donc BHV)) et du Sénat (60 sénateurs désignés indirectement pour
représenter les entités fédérées) ;

- Pouvoir exécutif : exercé par le Roi (en réalité, le gouvernement) et le


gouvernement fédéral, comprenant des ministres (parité linguistique) et des
secrétaires d’État. Le gouvernement fédéral est responsable devant la Chambre et se
limite aux « affaires courantes » (décisions indispensables pour assurer le
fonctionnement quotidien = pas d’initiative politique, juste de la gestion) en cas de
démission.
II. Les communautés :

a. Territoire : La Belgique reconnaît trois langues officielles (français,


néerlandais, allemand), correspondant aux trois Communautés : française, flamande
et germanophone. Les Communautés exercent leurs compétences dans leurs régions
linguistiques respectives ((!)Française et flamande exercent à Bruxelles).

(!) À Bruxelles, les compétences communautaires sont partagées entre les


Communautés et la Commission communautaire commune (COCOM) pour les
institutions bilingues, avec des compétences spéciales déléguées à la Commission
communautaire française (COCOF) par la Communauté française.

b. Compétences : Les Communautés gèrent : - Matières culturelles : théâtres,


musées, TV, sports, bibliothèques. - Matières personnalisables : santé, aide aux
personnes, maisons de justice, allocations familiales, contrôle des films. -
Enseignement : de la maternelle aux universités. - Emploi des langues : administration,
éducation, relations de travail (avec compétence fédérale pour Bruxelles et les
communes à facilités). - Recherche scientifique et relations internationales dans leurs
domaines.

c. Institutions : Le pouvoir législatif communautaire est exercé par les


Parlements de chaque Communauté (française, flamande, germanophone), dont les
membres sont élus pour 5 ans. Le pouvoir exécutif est exercé par les Gouvernements
communautaires, comprenant un ministre-président, et adopte les règlements pour
exécuter les décrets sans pouvoir les suspendre.

III. Les régions :

a. Compétences : Les Régions sont responsables de plusieurs domaines clés :

> Cadre de vie : aménagement du territoire, urbanisme, environnement, distribution de


l’eau, rénovation rurale, et logement social ; > Économie : aides aux entreprises,
commerce des armes, politique de l’emploi, énergie, agriculture et subsides européens
; > Transports et travaux publics : gestion des routes, autoroutes, transports en
commun, aéroports et voies navigables ; > Pouvoirs locaux : tutelle et financement des
provinces et communes ; > Autres domaines : bien-être animal, sécurité routière,
recherche scientifique et relations internationales dans leurs compétences.

(!) La Région de Bruxelles-Capitale a des compétences similaires mais avec des


exceptions, notamment des transferts de compétences limités des Communautés et
un droit d’intervention fédéral pour le rôle de capitale.
c. Institutions : Le pouvoir législatif régional est exercé par les Parlements des
Régions (Bruxelles-Capitale, Wallonie, Flandre), dont les membres sont élus pour 5
ans. Le pouvoir exécutif est exercé par les Gouvernements régionaux, composés de
ministres élus par les Parlements et dirigés par un ministre-président. Ils fonctionnent
collégialement pour exécuter les décrets sans pouvoir en suspendre l’application.

IV. Transfert de compétences entre entités fédérées :

Le fédéralisme belge est asymétrique en raison des transferts de compétences entre


les entités fédérées : La Communauté flamande a absorbé les compétences de la
Région flamande, unifiant ainsi ses organes pour les matières communautaires et
régionales. La Région wallonne a transféré certaines compétences (pouvoirs locaux,
monuments, emploi) à la Communauté germanophone, tandis que la Communauté
française a délégué des compétences (tourisme, promotion sociale, transport des
écoliers) à la Région wallonne et à Bruxelles via la COCOF, en raison de contraintes
financières.

V. Rapport entre entités fédérales et fédérées :

a. Principe de la loyauté fédérale : Les entités fédérées belges sont autonomes


dans l’exercice de leurs compétences et n’ont pas à rendre de comptes à l’entité
fédérale ni entre elles. Cependant, elles doivent respecter la « loyauté fédérale », ce qui
signifie qu'elles doivent éviter de poser des actes qui pourraient nuire à l'équilibre
politique belge ou aux intérêts des autres entités. (!) Depuis la sixième réforme de
l’État, la Cour constitutionnelle peut annuler les dispositions légales qui enfreignent ce
principe.

b. Procédures de coopération : concertation et accords de coopération : pour


prévenir les conflits, un Comité de concertation, composé de représentants des entités
fédérale et fédérées, favorise la coopération entre entités. Les entités peuvent aussi
conclure des accords de coopération pour gérer des matières communes, comme les
ressources hydrauliques ou les infrastructures partagées. Ces accords sont négociés
par les exécutifs et parfois soumis aux législatifs pour approbation.

c. Conflits et leur résolution : Les conflits se divisent en : - Conflits de


compétence : lorsqu’une entité viole la répartition des compétences, ce qui relève des
juridictions comme la Cour constitutionnelle ; - Conflits d’intérêts : lorsqu’une entité
estime que ses intérêts sont lésés par une autre, traité par le Comité de concertation,
qui peut suspendre la procédure législative du projet pendant 60 jours. Le Sénat
émettra à l’avenir des avis motivés sur ces conflits.
C. LE POUVOIR JUDICIAIRE :

I. La fonction de juger et le pouvoir judiciaire :

La fonction de juger, qui consiste à trancher les litiges en appliquant le droit, est
exercée principalement par le pouvoir judiciaire, mais d’autres institutions y
contribuent également (Chambres pour les élections, juridictions internationales, Cour
constitutionnelle, Conseil d’État, arbitrage, etc.). Les cours et tribunaux traitent les
litiges civils, politiques et pénaux, chacun selon des règles spécifiques.

II. Les acteurs du procès :

- Le juge : Nommé à vie par le Roi (et est inamovible sauf consentement), est
indépendant (tranche sans influence/contrainte) et impartial (tranche sans parti pris ou
préjugés) ; il ne peut pas trancher sur qqch qui le concerne personnellement ou sur une
affaire qu’il a connue auparavant, ou s'il y a conflit d’intérêts ou une “inimité capitale”
(ex. : 2 étudiants, 1 devient juge, l’autre devient défendant => le juge n’aimait pas
l’autre étudiant = inimité capitale).

- Le ministère public : Nommé et révoqué par le Roi, défend l’intérêt général dans les
procès civils et pénaux (rôles différents ; civil = assiste le juge, pénal = poursuit). Il n’est
ni irrévocable ni inamovible, et il peut aussi imposer la continuité d’une affaire mais pas
l’arrêt de celle-ci (=pouvoir d’injonction positive).

- L’avocat : défend et conseille son client, avec un rôle renforcé par (!)l'arrêt Salduz
(L’arrêt Salduz (- Cour eur. D.H., 27 novembre 2008) a entraîné une révision de la loi
belge pour permettre l'assistance d’un avocat dès l’interrogatoire et la concertation
confidentielle dès la première audition, renforçant les droits de la défense et le droit à
un procès équitable) octroyant des garanties supplémentaires pour les personnes
privées de liberté.

- Le greffier : Nommé par le Roi, assiste le juge et gère l’organisation des audiences. -
L’huissier : Nommé par le Roi, a 4 rôles ; signifie des actes judiciaires, recouvre les
dettes, exécute les décisions de justice et effectue des constatations matérielles. -
L’expert : fournit au juge des avis techniques dans des domaines spécialisés, qui, bien
que consultatifs (le juge charge l’expert mais n’est pas tenu de suivre son avis),
influencent souvent le verdict.

III. Les principes de fonctionnement :

a. Principe du contradictoire et principe de l’égalité des armes : Le principe du


contradictoire garantit que chaque partie peut prendre connaissance de l'ensemble
des pièces du dossier et échanger ses arguments de manière transparente. Le principe
de l’égalité des armes assure que chaque partie ait une opportunité égale de défendre
sa position sans désavantage, afin d’établir un équilibre procédural dans la recherche
de la vérité.

b. Publicité des audiences : Les audiences judiciaires sont publiques pour


garantir la transparence, bien qu’un huis clos soit possible pour des raisons d’ordre
public ou de mœurs. (!) Ce principe, prévu par la Constitution, s'applique uniquement
aux juridictions de l’ordre judiciaire.

c. Obligation de statuer dans un délai raisonnable : Le juge est tenu de statuer


sur chaque litige qui lui est soumis sans refuser de juger, même si la loi est peu claire.
Les délais doivent être raisonnables pour ; - éviter que l’inculpé ait son sort incertain
pour une longue période ; - éviter les souffrances d’une personne présumée innocente
et peut-être réellement innocente ; - éviter le dépérissement des preuves (ex. : mort
d’un témoin), avec des conséquences prévues en cas de dépassement (civil :
financières (dans le sens où cela coûte de l’argent à tout le monde), pénal : le juge peut
condamner à une peine plus souple que la peine minimale).

d. Principe dispositif : En matière civile, le juge respecte le principe dispositif en


limitant sa décision à ce qui est demandé par les parties. Le juge ne peut pas aller au-
delà des demandes des parties, sauf si l’ordre public est en jeu, où il doit intervenir
activement. (!) ne signifie pas que le juge est passif. Il est actif, mais limité.

e. Interdiction de l’”arrêt de règlement” : Le juge doit se limiter à trancher le cas


qui lui est présenté sans créer de règles générales et abstraites qui s'appliqueraient à
d'autres situations. Cela empêche les juges d’agir comme des législateurs. Leur rôle
est uniquement d’appliquer la loi existante pour résoudre un conflit spécifique, ce qui
respecte la séparation des pouvoirs.

f. Publicité et motivation des décisions : Les jugements doivent être motivés et


prononcés publiquement, même dans les affaires à huis clos, afin d’assurer la
transparence et permettre aux parties de comprendre la décision rendue.

g. Autorité de la chose jugée : Une fois rendue, une décision de justice a une
autorité qui empêche que la même affaire soit rejugée (présomption de vérité légale ; la
décision est présumée exprimer la vérité légale dans le cas tranché). La décision peut
être contestée seulement par des voies de recours.

h. Voies de recours : Les parties peuvent contester une décision via l’opposition,
l’appel ou le pourvoi en cassation. Chaque voie permet une nouvelle révision :
Opposition : demande un réexamen par le même tribunal ; Appel : demande un
réexamen par un tribunal supérieur ; Pourvoi en cassation : la Cour de cassation vérifie
uniquement la légalité de la décision sans rejuger l’affaire sur les faits (elle va “casser”
si elle est considérée illégale).

IV. La pyramide judiciaire :

La structure des juridictions en Belgique se présente en trois niveaux :

-1. Premier degré de juridiction (juridictions de premier ressort) : Ce sont les


juridictions de base qui traitent les affaires pour la première fois. Les décisions peuvent
souvent faire l’objet d’un appel. -2. Second degré de juridiction (juridictions de dernier
ressort) : Ces juridictions statuent en appel, réexaminant les affaires déjà jugées en
premier ressort. - 3. Cour de cassation : Cette Cour suprême (chapeau de la pyramide)
vérifie si les décisions rendues en dernier ressort respectent bien la loi, sans rejuger les
faits, garantissant ainsi l’unification de la jurisprudence en Belgique.

(!) Les compétences des juridictions sont déterminées par leur champ d’action
(compétence matérielle) et par la zone géographique (compétence territoriale) où elles
peuvent exercer leur pouvoir.

=>Principales juridictions :

- Juge de paix : il en existe 187. Compétent pour les litiges civils d’un montant inférieur
à 5 000 euros et pour certains litiges spécifiques (n’importe le montant) (baux,
copropriété, etc.). En cas de litige supérieur à 2 000 euros, appel possible devant le
tribunal civil ou de la famille.

- Tribunal de police : il en existe 15. Traite les contraventions, délits


“contraventionnalisés” (délits mais circonstances atténuantes donc revient au rang de
contravention) et les infractions au Code de la route, y compris les dommages civils
liés à des accidents. Appel possible devant le tribunal correctionnel (pénal) ou civil
(civil, si montant supérieur à 2 000 euros).

=>Tribunal de 1e instance, avec plusieurs sections :

- Tribunal civil : il en existe 13. Compétent pour tous les litiges civils au-delà de 5 000
euros, les appels des jugements de paix et de police (civil, si + de 2000 euros). Appel
possible devant la Cour d’appel (sauf si le tribunal civil était lui-même l’instance
d’appel ou si le montant est inférieur à 2500 euros).

-Tribunal correctionnel : il en existe 13. Compétent pour les délits et certains crimes
"correctionnalisés" (crime requalifié en délit pour circonstances atténuantes), ainsi
que pour l’appel des décisions de la police (pénal). Appel possible devant la Cour
d’appel SAUF si le tribunal correctionnel était déjà la juridiction d’appel.

- Tribunal de la famille et de la jeunesse : il existe 13 tribunaux. Traite les affaires


familiales (garde, divorce) et les affaires protectionnelles et pénales des mineurs, ainsi
que les appels formés contre le juge de paix en matière de “famille et jeunesse” (+ de
2000 euros). Appel possible devant la Cour d’appel (+ de 2500 euros).

- Tribunal de l’application des peines : il existe 5 tribunaux. Gère les libérations


conditionnelles et mesures pour détenus (libération conditionnelle, surveillance
électronique...), sans possibilité d’appel (décision de premier et dernier ressort).

- Tribunal de l’entreprise : il existe 9 tribunaux. Compétent pour les litiges entre


entreprises et dans certains cas spécifiques (insolvabilité, droit d’auteur). Appel
possible devant la Cour d’appel (+ de 2500 euros).

- Tribunal du travail : il existe 9 tribunaux. Compétent pour les litiges relatifs au droit du
travail et à la sécurité sociale et le règlement collectif des dettes, avec appel possible
devant la Cour du travail.

- Tribunal d’arrondissement : il existe 13 tribunaux. Détermine la compétence du


tribunal saisi pour un litige, sans possibilité d’appel.

=>Cours d'appel :

- Cour d’appel : il en existe 5. Composée de plusieurs chambres (civile,


correctionnelle, jeunesse, famille), elle traite des appels des tribunaux civils,
correctionnels, de la famille et de l’entreprise. Également compétente pour les
infractions commises par les ministres (gouvernements de tous niveaux) en juridiction
de premier et dernier ressort. Pas d’appel possible mais possibilité de pourvoi en
cassation.

- Cour du travail : il en existe 5. Compétente pour les appels des jugements du tribunal
du travail. Pas d’appel mais pourvoi en cassation.

- Cour d’assises : il en existe 11. Composée de 3 juges et 12 jurés tirés au sort. Non
permanente (ne siège que si nécessaire), elle juge des crimes graves (sauf crimes
correctionnalisés) et des délits politiques ou de presse (sauf délits de presse racistes
ou xénophobes => tribunal correctionnel). Pas de possibilité d’appel, mais pourvoi en
cassation possible.

=>Cour de cassation :
La Cour de cassation est la juridiction suprême en Belgique (1 seule, elle est à
Bruxelles). Elle vérifie si les décisions en dernier ressort respectent bien les règles de
droit. Elle ne traite pas du fond des affaires et ne les rejuge pas mais annule ("casse") la
décision si elle constate une erreur de droit et renvoie l’affaire devant une juridiction de
même niveau que celle qui a rendu la décision cassée (qui est tenue de respecter la
position de la cour de cassation). Elle reçoit les pourvois de multitudes de juridictions
vues ci-dessus.

PARTIE III. Sources (formelles) du droit dans l’ordre juridique belge

(!) Rappel : L’ordre juridique belge est composé de sources formelles, qui sont
juridiquement contraignantes et de sources informelles, qui n’ont pas de force
obligatoire, mais qui influencent indirectement le droit belge.

A. La Constitution

I. Définition (de rappel) : La Constitution établit les règles d’organisation, de


fonctionnement, et de compétence des institutions d’État, ainsi que les droits
fondamentaux des individus. Elle constitue le sommet de la hiérarchie juridique
interne, et ses règles doivent être respectées par toutes les autres normes inférieures :
lois spéciales, lois ordinaires, arrêtés, et règlements locaux.

B. Les lois spéciales : I. Définition : Les lois spéciales sont adoptées par le
pouvoir législatif fédéral avec des quorums (désignent les seuils de présence et de vote
nécessaires pour valider une décision) spécifiques pour protéger la minorité
linguistique francophone contre des décisions de la majorité néerlandophone.

II. Domaine : Leur domaine est fixé par la Constitution. Elles traitent de
questions sensibles pour les communautés linguistiques (ex. : Const. Art. 4 ; frontières
linguistiques, etc.)

III. Procédure d’adoption : La Chambre des représentants et le Sénat examinent


ensemble les lois spéciales, passant le texte d'une assemblée à l'autre jusqu’à un
accord commun (Const., art. 77). Les quorums requis sont : - Présence : majorité des
membres de chaque groupe linguistique ; - Vote : majorité absolue dans chaque groupe
linguistique et 2/3 des suffrages exprimés au total.

(!) Comparée à la révision constitutionnelle, la majorité spéciale est plus protectrice de


la minorité linguistique. (!) Le sénateur germanophone ne vote pas pour les lois
spéciales et ne fait partie d’aucun groupe linguistique.

C. La loi fédérale ordinaire


I. Définition : La loi fédérale ordinaire est une règle de droit établie par le pouvoir
législatif fédéral (Const., art. 36) selon les quorums de l’article 53 de la Constitution. La
plupart des lois adoptées sont des lois ordinaires, par opposition aux lois « spéciales ».

II. Domaine : Le pouvoir législatif fédéral dispose de la « plénitude des


attributions/législation » : il est compétent pour les matières qui lui sont
spécifiquement confiées par la Constitution et pour toutes les matières résiduelles,
c’est-à-dire celles non attribuées aux autres niveaux de pouvoir.

III. Procédure d’élaboration : Trois procédures d’élaboration pour les lois ordinaires :

I. Lois monocamérales : La Chambre des représentants et le Roi adoptent seules


les lois monocamérales, sans intervention du Sénat. Depuis la sixième réforme de
l’État, cette procédure est devenue le mode d’adoption le plus courant des lois. (Visées
à Const., art. 74)

=>Différentes étapes de l’élaboration d’une loi « monocamérale » (le droit


commun) :

1. Initiative législative : L’initiative d’une loi peut venir soit de la Chambre des
représentants, soit du Roi (via le gouvernement). Si elle vient du gouvernement, elle est
appelée « projet de loi » et est accompagnée d’un exposé des motifs. Si elle vient des
membres de la Chambre, elle est appelée « proposition de loi », accompagnée de
développements.

2. Avis de la section de législation du Conseil d’État : Le Conseil d’État donne un


avis juridique obligatoire pour les projets de loi, mais facultatif pour les propositions de
loi. Son avis couvre des aspects comme la compétence, la procédure législative, la
conformité avec les normes supérieures, et la cohérence du texte. En cas d’urgence,
cet avis peut être limité aux points de compétence et de procédure.

3. Phase parlementaire d’adoption : - Dépôt du projet ou de la proposition sur le


bureau de la Chambre ; - Discussion, amendements et vote dans la commission
concernée (même principe que les ministères : commission de la justice, de l’intérieur
etc.), composée de parlementaires spécialisés ; - Discussion, amendements et vote en
séance plénière de la Chambre, article par article puis sur l’ensemble de la loi. Le vote
est effectué selon des quorums de présence et de vote, déterminés à l’article 53 de la
Constitution.

4. Sanction royale : Le Roi, en tant que troisième branche du pouvoir législatif,


donne son assentiment officiel à la loi par la sanction royale, sous contreseing
ministériel. La sanction royale conditionne l’existence même de la loi.
5. Promulgation : Le Roi atteste de l’existence de la loi et en ordonne
l’exécution. La promulgation donne à la loi sa force exécutoire. (!) C’est la promulgation
qui confère sa date à la loi (=/= date dans le moniteur belge -> voir ci-après).

(!) La signature du Roi est nécessaire pour valider la loi, toujours accompagnée du
contreseing d’un ministre.

7. Publication au Moniteur belge : La publication dans le Moniteur belge


(“journal” officiel de la Belgique où sont publiés les textes de loi, les arrêtés et
règlements) rend la loi obligatoire pour les citoyens. Cette publication est désormais
uniquement disponible en ligne, sauf pour quelques copies de référence.

(!) La loi devient obligatoire 10 jours après sa publication au MB, sauf si un autre délai
est précisé dans le texte.

II. Lois bicamérales intégrales : La Chambre des représentants et le Sénat


adoptent ensemble ces lois, chacune devant approuver le texte sans possibilité de «
dernier mot » pour l’une ou l’autre en cas de désaccord. Cette procédure plus lourde
est réservée aux matières institutionnelles et de grande importance (visées à Const.,
art. 77).

III. Lois bicamérales optionnelles : Pour ces lois, le Sénat peut intervenir (=/= pas
d’initiative, juste intervenir) vis-à-vis d’un projet de loi de la Chambre s’il en décide par
une majorité et avec un tiers des membres de chaque groupe linguistique. En cas
d’amendement, le texte revient à la Chambre des représentants, qui a le dernier mot
(peut modifier son projet ou non). (Matières visées à Const. Art. 78)

Procédure Jusqu’en 1993 1993- 2014 Actuellement


d’élaboration de la
loi
Monocamérale / Pour les matières Régime de droit
limitativement commun
énumérées
Bicamérale intégrale Procédure unique Pour les matières Concerne un nombre
limitativement plus restreint encore
énumérées de matières
Bicamérale / Régime de droit Procédure
optionnelle commun exceptionnelle
(périmètre
circonscrit et
prérogatives
réduites)

D. Autres normes ayant valeur de loi fédérale ordinaire : arrêtés royaux de pouvoirs
spéciaux :
Certaines circonstances exceptionnelles, telles que des crises ou urgences nationales,
ont amené la Belgique à conférer temporairement au Roi un pouvoir législatif spécial
via des lois de pouvoirs spéciaux. (Const. Art. 105)

(!) Ces lois permettent au Roi de créer des arrêtés royaux ayant force de loi dans des
domaines définis, pour une période limitée, et visant des objectifs précis. Les arrêtés
ainsi pris doivent généralement être confirmés par une loi pour combler le manque de
légitimité démocratique et garantir leur validité.

E. Les « lois » fédérées : les décrets et les ordonnances

I. Définition et Domaine : Les Communautés et les Régions en Belgique peuvent


édicter des normes ayant force de loi dans leurs domaines de compétence. Les
Communautés et les Régions flamande et wallonne (via les parlements et les
gouvernements) adoptent des décrets, tandis que la Région de Bruxelles-Capitale (le
gouvernement et parlement régional bruxellois) édicte des ordonnances pour les
matières régionales de Bruxelles. (!) La Communauté flamande a absorbé les
compétences de la Région flamande.

II. Procédure d’élaboration : L’élaboration des décrets et ordonnances suit un


processus monocaméral similaire à celui des lois fédérales ordinaires, avec des étapes
comme l’initiative législative, l’avis du Conseil d’État et la phase parlementaire
d’adoption. Les quorums de présence et de vote (majorité des membres et des
suffrages) sont requis, et certains décrets et ordonnances dits “spéciaux” (comme les
lois) nécessitent une majorité qualifiée des 2/3 des suffrages exprimés.

III. Statut : Les décrets des Communautés et Régions ont « force de loi », leur
conférant un rang hiérarchique égal à celui des lois fédérales (peuvent abroger,
modifier ou remplacer les lois dans leurs domaines de compétences).

(!) Les ordonnances bruxelloises peuvent aussi modifier les lois, bien qu'elles ne soient
pas explicitement dotées de la même « force de loi » et sont soumises à une haute
tutelle fédérale pour certains domaines (en matière d’urbanisme, d’aménagement du
territoire, des travaux publics et des transports : une ordonnance peut être suspendue
et annulée par la pouvoir fédéral).

IV. Pouvoirs spéciaux : Un décret ou une ordonnance peut habiliter un


gouvernement communautaire ou régional à légiférer temporairement par arrêtés de
pouvoirs spéciaux, similaires (avec les mêmes principes applicables) aux pouvoirs
spéciaux conférés au Roi au niveau fédéral.
F. Les normes réglementaires fédérales : arrêtés royaux et arrêtés ministériels

I. Définition et Domaine : Les normes réglementaires fédérales incluent les :

- Arrêtés royaux : pris par le Roi, sous contreseing ministériel (Const., art. 106), en tant
que détenteur du pouvoir exécutif fédéral (Const., art. 37).

- Arrêtés ministériels : n’ont pas de reconnaissance constitutionnelle mais existent par


délégation du Roi pour des aspects secondaires. Ces arrêtés doivent être conformes
aux arrêtés royaux et aux normes supérieures.

(!) Le pouvoir réglementaire s'exerce dans trois domaines :

- Pouvoir d’exécution (Const., art. 108) : le Roi met en œuvre les lois sans en modifier
l’essence. Tout retard excessif dans la prise de ces arrêtés peut engager la
responsabilité de l'État.

- Pouvoir d’attribution (Const., art. 105) : Le pouvoir d’attribution est la capacité que le
Parlement peut donner au Roi d'édicter des règles dans certains domaines spécifiques,
surtout lorsqu'il est plus pratique que le Parlement ne s'occupe pas des détails.
Certaines lois, dites d’habilitation ou lois-cadres, autorisent ainsi le Roi à régler
certaines matières non législatives de façon élargie. Les arrêtés royaux issus de ces lois
demeurent en principe réglementaires.

=>Un exemple est la loi de 1964 sur la pollution de l'air, où le Parlement a


permis au Roi de définir les appareils polluants à limiter ou interdire pour réduire la
pollution.

- Pouvoir autonome : dans les domaines du maintien de l’ordre public et de


l’organisation de la fonction publique fédérale, le Roi peut prendre des arrêtés sans loi
préalable.

II. Procédure d’Élaboration :

Les arrêtés royaux et ministériels suivent des étapes similaires, impliquant :

- Formalités préalables : certaines lois exigent des consultations ou des


délibérations en Conseil des ministres. Si ces étapes sont omises, l’arrêté peut être
annulé par le Conseil d’État ou les tribunaux.

- Avis du Conseil d’État : avis de la section législation obligatoire sauf cas


d’urgence. L’absence de cet avis, lorsqu’il est requis, affecte la légalité de l’arrêté.
- Publication et entrée en vigueur : les arrêtés sont publiés au Moniteur belge et
entrent en vigueur le dixième jour suivant, sauf délai différent précisé.

G. Les normes réglementaires fédérées : arrêtés du gouvernement et arrêtés


ministériels

Les gouvernements des communautés et régions ont un pouvoir réglementaire dans


leurs domaines de compétence, similaire à celui de l’exécutif fédéral :

- Pouvoir d’exécution : Ils peuvent édicter des règlements nécessaires pour


appliquer les décrets, sans suspendre ni dispenser de leur exécution (art. 20, loi
spéciale du 8 août 1980).

- Pouvoir d’attribution : signifie que les gouvernements des communautés et


régions peuvent recevoir des compétences spécifiques si une loi ou un décret le
permet. Cela veut dire qu’ils peuvent prendre des décisions réglementaires dans des
domaines particuliers lorsque le législateur les y autorise, surtout dans des situations
complexes ou techniques.

- Pouvoir autonome : Ils ont également un pouvoir pour organiser leurs


administrations respectives, encadré par l’article 87 de la loi spéciale du 8 août 1980.

(!) Ils peuvent déléguer des pouvoirs accessoires à des ministres par arrêté ministériel,
suivant une procédure d'élaboration proche de celle du fédéral (ne porte que sur
mesures accessoires et doit être révocable).

H. Les normes réglementaires des autorités décentralisées : règlements et


ordonnances provinciaux et règlements et ordonnances communaux

Dans les provinces et communes, le pouvoir normatif est exercé principalement par le
Conseil provincial et le Conseil communal, respectivement.

=> Province : Le Conseil provincial adopte des règlements pour l'administration


intérieure et des ordonnances de police. En Wallonie, ces règlements sont publiés au
Bulletin de la province et sur le site internet, prenant effet 8 jours après publication sauf
exceptions.

=> Commune : Le Conseil communal élabore des règlements similaires pour


l'administration et la police communale, en respectant les normes supérieures
(fédérales, communautaires, régionales et provinciales). Ces règlements sont publiés
par voie d’affichage et prennent effet 5 jours après, sauf indication contraire.

Exemple : règlement de stationnement de la Commune d’Ixelles.


I. Les conventions collectives de travail

I. Définition : Une convention collective de travail est un accord écrit entre syndicats et
employeurs, fixant les conditions de travail, les droits et les obligations des parties.

II. Élaboration : Elle est conclue au sein du Conseil National du Travail, d’une
commission paritaire ou d’entreprises, puis publiée au Moniteur belge. Elle peut être
rendue obligatoire pour un plus grand nombre par arrêté royal.

III. Domaine : La convention contient :

- Dispositions normatives : règles de travail (salaire, horaires) s’appliquant aux


signataires et parfois à d’autres. - Dispositions contractuelles : obligations spécifiques
entre les signataires (comme la paix sociale).

IV. Statut : Les conventions obligatoires sont considérées comme des règlements,
tandis que les autres peuvent être traitées comme des règlements ou des contrats,
selon la juridiction.

J. Les sources formelles dites « originaires » : principes généraux du droit, coutume et


jurisprudence

I. Définition : Les sources formelles dérivées du droit, comme les lois, décrets et
ordonnances, tiennent leur validité de la Constitution, à laquelle elles sont
subordonnées, et leur légalité est évaluée selon la hiérarchie des normes (art. 33 de la
Constitution). En parallèle, d’autres sources « originaires », comme les principes
généraux du droit et la coutume, reposent sur l’effectivité et la légitimité plutôt que sur
une norme supérieure.

a. Les principes généraux du droit (PGD) : Les PGD sont des règles non écrites
que le juge applique comme une norme même si elles ne sont mentionnées dans
aucun texte précis. Ils comprennent des principes de justice fondamentale (ex. : droits
de la défense, sécurité juridique).

- Caractéristiques :

- Non écrits et même quand un principe est cité dans une loi, il peut avoir une portée
plus large que ce que la loi prévoit et peut donc être appliqué par lui-même (application
autonome). (!) Par exemple, le principe d’impartialité est illustré par des articles
spécifiques dans le Code judiciaire, mais ce principe peut s’appliquer dans d’autres
situations qui ne sont pas couvertes par ces articles. Il a donc une existence et une
force qui ne dépendent pas exclusivement des textes.
- Généraux, appliqués à de nombreuses situations et parfois à toutes les branches du
droit.

- Inspirés par des valeurs morales ou sociales, ils traduisent les besoins de la société.

- Catégories :

1. **PGD qui étendent une règle écrite** : Ces principes appliquent l’esprit d’une règle
écrite à d’autres situations similaires non spécifiquement prévues par le texte (ex. :
impartialité)

2. **PGD qui structurent l’ordre juridique** : Ils forment les bases du droit pour assurer
sa stabilité et cohérence (ex. : sécurité juridique

3. **PGD qui protègent contre les abus de pouvoir** : Ces principes limitent les actions
des autorités pour préserver les droits des individus (ex. : la non-rétroactivité en
matière pénale).

(!) Ces trois catégories montrent l’étendue des PGD : de l’application de règles, à la
structuration du droit, jusqu’à la protection des droits individuels.

- Fonctions : Ils comblent les lacunes, guident l’interprétation (ex. : continuité de


l’État) et ajoutent de la souplesse en corrigeant les excès potentiels d’un texte.

- Hiérarchie et statut : Les PGD sont de rang législatif, supérieurs aux


règlements, et parfois supra législatifs s’ils proviennent de normes
constitutionnelles ou internationales (ex. : égalité des armes issue de la CEDH).

b. La coutume

La coutume est une règle non écrite, basée sur des pratiques répétées et considérées
comme juridiquement obligatoires. Elle se compose d’un élément matériel (la
répétition dans le temps) et d’un élément psychologique (la conviction de son
caractère obligatoire).

=>Types de coutumes : - **Secundum legem** (en accord avec la loi) : le législateur y


fait référence pour définir la norme (ex. : la loi se réfère aux « usages ») ; - **Praeter
legem** (à côté de la loi) : comble les lacunes légales.

- **Contra legem** (contre la loi) : possible pour des règles supplétives (s'applique
uniquement si les parties n'ont pas prévu de dispositions contraires) mais la loi prime
en général.

c. La jurisprudence
Portée : En Belgique, il n’existe pas de précédent obligatoire. Les juges ne sont pas
tenus par les décisions antérieures, mais une jurisprudence constante renforce la
sécurité juridique.

Rôle des juridictions supérieure : Les arrêts de la Cour de cassation unifient


l’interprétation légale et les décisions des Cours et tribunaux exercent une grande
influence.

=>TABLEAU RECAPITULATIF

PL = pouvoir législatif, PJ = pouvoir juridique, PE = pouvoir exécutif

Niveau de pouvoir Compétences Institutions Normes juridiques


Autorité fédérale Compétences PL : Chambre des - Constitution
attribuées : représentants, - Loi spéciale
- matières Sénat, Roi - Loi ordinaire,
régaliennes (police, (Gouvernement arrêté royal de
justice, armée) fédéral) pouvoir spécial
- politique PE : Roi, - Arrêté royal,
monétaire Gouvernement arrêté ministériel
- sécurité sociale et fédéral
droit du travail PJ : Cours et
- fiscalité tribunaux, C.E.,
Compétences juridictions
résiduelles administratives,
C.C.
Régions Compétences PL : Parlements et - Décret spécial,
attribuées : gouvernements : - ordonnance
- cadre de vie - wallons, - spéciale
compétences à flamands, - - Décret,
caractère bruxellois ordonnance, arrêté
économique et PE : de pouvoir spécial
social Gouvernements : - - Arrêté de
- transports et wallon, -flamand, gouvernement,
travaux publics - bruxellois Pas de arrêté ministériel
- pouvoirs locaux PJ
- bien-être animal
- sécurité routière
Communautés Compétences PL : Parlements et - Décret spécial
attribuées : gouvernements : - - Décret, arrêté de
- matières flamands, - de la pouvoir spécial
culturelles Communauté - Arrêté de
- matières française, - de la gouvernement,
personnalisables Communauté arrêté ministériel
- enseignement germanophone
- emploi des PE :
langues Gouvernements : -
flamand - de la
Communauté
française, - de la
Communauté
germanophone
Pas de PJ
Provinces Compétences Conseil provincial Règlement
attribuées : Collège provincial provincial
- intérêts Gouverneur Ordonnance de
provinciaux police
- intérêt général
confié par une
autorité supérieure

Communes Compétences Conseil Règlement


attribuées : communal communal
- intérêts Collège des Ordonnance de
communaux Bourgmestre et police
- intérêt général échevins (Collège
confié par une communal)
autorité supérieure Bourgmestre

PARTIE IV. Cohérence de l’ordre juridique belge

I. Différents types de conflits : Les contradictions juridiques surgissent lorsque


plusieurs normes imposent des obligations opposées pour une même situation. Les
règles secondaires du système juridique définissent laquelle s'applique. Voici les
principaux types de conflits :

1. Conflit temporel : Ce conflit surgit lorsque deux normes, issues du même


auteur, se succèdent dans le temps et s'appliquent à la même situation.

Exemple : Une loi fédérale A, adoptée au temps t, impose un comportement a pour la


situation X ; une nouvelle loi fédérale B, adoptée au temps t+1, impose un
comportement différent pour cette même situation X. Quelle loi s’applique ?

2. Conflit spatial (conflit de lois dans l’espace) : Ce type de conflit se pose


lorsqu'une situation est potentiellement régie par des lois de différents pays en raison
d'éléments d’extranéité.
Exemple : Dans un accident en Belgique impliquant une victime hollandaise et un
conducteur allemand avec une voiture assurée au Luxembourg, quelle loi nationale
(belge, allemande, hollandaise, luxembourgeoise) doit s'appliquer ?

3. Conflit vertical (conflit lié à la hiérarchie des normes) : Un conflit vertical


survient lorsque deux normes de niveaux hiérarchiques différents régissent
contradictoirement une même situation.

Exemple : Une loi fédérale ordinaire discrimine les bénéficiaires d’allocations chômage
en fonction de la couleur des cheveux, mais la Constitution garantit l'égalité des
citoyens. Ici, la Constitution, en tant que norme supérieure, devrait prévaloir.

4. Conflit horizontal (conflit de compétence) : Dans ce type de conflit, deux


normes de même niveau hiérarchique mais émanant de deux autorités politiques
distinctes régissent la même situation de manière contradictoire. Ce conflit est lié au
système fédéral belge et au principe d'exclusivité de compétence, où une compétence
exercée par une entité exclut les autres.

Exemple : Un décret régional et une loi fédérale couvrent une même matière, créant un
conflit de compétence.

II. Conflits de lois dans le temps :

1. Naissance de la loi : La loi entre en vigueur 10 jours après sa publication au


Moniteur belge, sauf disposition contraire (loi du 31 mai 1961, art. 4). Elle est valable
jusqu’à son abrogation ou son annulation.

2. Mort de la loi : - Abrogation : Effectuée par l’autorité qui a édicté la règle ou


une autorité supérieure. Elle agit ex nunc (effet non rétroactif, signifie "à partir de
maintenant" : la décision ou la règle prend effet à partir de la date où elle est adoptée,
sans effet sur le passé.) et peut être expresse (abrogation clairement déclarée) ou
implicite ; lorsqu'une nouvelle loi entre en contradiction avec une loi existante, sans
mentionner explicitement qu'elle l'abroge. Dans ce cas, la nouvelle loi remplace
l'ancienne sur les points conflictuels parce qu'on considère que le législateur voulait
modifier la règle antérieure, même sans le dire directement.

- Annulation : Décidée par une juridiction (Cour constitutionnelle pour les lois, Conseil
d’État pour les actes administratifs) ou par l’autorité de tutelle (autorité supérieure qui
supervise et contrôle certaines décisions des autorités locales ou décentralisées).
Elle agit ex tunc (effet rétroactif, signifie "depuis le début" : la décision ou la règle agit
comme si elle avait toujours été en vigueur, annulant les effets passés de la règle
précédente).
3. Application de la loi dans le temps : Les lois peuvent s’appliquer de manière
immédiate ou rétroactive, selon des principes précisés par le Code civil.

- Effet immédiat : La loi nouvelle s’applique aux effets futurs des situations en cours,
sauf si elle porte atteinte à des droits acquis (C. civ., art. 1.2).

- Absence d’effet rétroactif : En principe, une loi ne s’applique pas aux événements
passés, sauf exception, comme pour certaines lois d’intérêt général, d’ordre public ou
de gestion de crise (C. civ., art. 1.2, al. 1er).

(!) Dans le domaine contractuel, la loi en vigueur lors de la conclusion du contrat


s’applique, sauf si la nouvelle loi est impérative ou d’ordre public (= effet rétroactif).

III. Conflits des lois dans l’espace (le droit international privé) : Un conflit de lois
« dans l’espace » se produit lorsqu'une situation juridique pourrait être soumise à
plusieurs lois nationales en raison d'éléments internationaux. Ces conflits peuvent
concerner des domaines civils ou pénaux, et la loi applicable dépend des règles de
rattachement propres à chaque État.

Ces règles indiquent quelle juridiction est compétente et quelle loi doit être appliquée,
mais elles ne sont pas uniformes entre pays, ce qui peut mener à des solutions
juridiques différentes pour une même situation. En Belgique, par exemple, le Code de
droit international privé (DIP) régit ces situations, mais une loi étrangère ne sera pas
appliquée si elle est contraire à l'ordre public belge. Pour limiter les divergences, on
harmonise parfois les règles de conflit de lois ou le droit lui-même par des traités
internationaux.

IV. Conflits “verticaux” et “horizontaux” : Les conflits verticaux (conflits de hiérarchie


des normes) et horizontaux (conflits de compétence) se résolvent par des mécanismes
similaires, car tous deux concernent la validité d’un acte. (!) Les conflits horizontaux
sont en fait des conflits verticaux, car une compétence usurpée entraîne forcément la
violation d’une norme supérieure qui fixe les compétences.

Les mécanismes de contrôle pour respecter la hiérarchie des normes sont distingués
de la manière suivante :

- les contrôles préventifs (visent à éviter qu’une norme non encore promulguée
ne méconnaisse une norme de niveau supérieur) ET les contrôles curatifs (visent à
sanctionner, pour méconnaissance d’une norme supérieure, une norme d’ores et déjà
promulguée) ;
- les contrôles exercés par une institution à caractère juridictionnel (contrôles
juridictionnels) => par un juge ET les contrôles exercés par une institution à caractère
politique (contrôles politiques) => par des instituions de tutelle ;

- les contrôles exercés sur la compatibilité des normes ayant valeur de loi avec
les normes qui leur sont supérieures ET les contrôles exercés sur la compatibilité des
normes de rang infralégislatif avec les normes qui leur sont supérieures.

1. Le respect, par les normes ayant valeur de loi, des normes qui leur sont
supérieures :

a. Contrôle préventif par le Conseil d’État (section de législation) : il émet un avis


sur les projets de lois pour vérifier la compétence et la conformité aux normes
supérieures, bien que son avis ne soit pas contraignant.

b. Contrôle curatif par la Cour constitutionnelle (CC) : La CC a été créée pour assurer la
constitutionnalité des lois, avec 12 juges (parité linguistique et professionnelle). Elle
peut annuler ces normes.

Elle peut être saisie par recours en annulation OU question préjudicielle = question
posée par une juridiction à la CC ou à une autre cour internationale pour vérifier la
conformité d'une loi ou norme avec des dispositions constitutionnelles ou
internationales avant de juger l'affaire en cours. Les arrêts d’annulation s’appliquent à
tous et ont effet rétroactif, sauf exception pour préserver la sécurité juridique.

(!)c. La non-application par les Cours et tribunaux des lois qui sont contraires aux droits
international et européen directement applicables (jurisprudence « Le Ski ») : La
jurisprudence « Le Ski » (Cour de cassation, 27 mai 1971) établit que les normes de
droit européen et international directement applicables priment sur les lois internes.
Une règle internationale est considérée comme directement applicable si elle est
claire, précise, inconditionnelle et répond à l’intention des auteurs du traité. En cas de
conflit entre une loi belge et une règle internationale ayant effet direct, le juge belge doit
écarter la loi interne sans devoir poser de question préjudicielle. Dans l'affaire « Le Ski
», une loi belge imposant des droits de douane contraires au traité CEE (communauté
économique européenne) a été ignorée pour respecter le droit européen. (!) Ceci
concerne les lois mais aussi les normes réglementaires.

2. Le respect, par les normes de niveau réglementaire, des normes qui leur sont
supérieures : -Contrôle préventif par le Conseil d’État (section de législation) pour
vérifier la compétence et la conformité aux normes supérieures.
-Contrôle préventif de l’autorité de tutelle (voir synthèse ci-dessous) : Pour les
actes des autorités décentralisées (communes, provinces), les Régions exercent un
contrôle préventif pour vérifier la conformité à la loi et à l’intérêt général.

-Contrôle curatif par la section du contentieux administratif du Conseil d’État :


Cette section peut annuler des actes réglementaires pour non-respect des formes
requises ou pour contradiction avec des normes supérieures.

-Exception d’illégalité (Constitution, art. 159) : permet aux cours et tribunaux


(OBLIGATOIREMENT) de refuser d’appliquer un règlement ou un acte administratif
(d'une autorité fédérale, régionale ou locale) s’ils le jugent contraire à une norme
supérieure, comme une loi, un décret, ou la Constitution. (!) Ce contrôle ne supprime
pas le règlement ou l'acte de l’ordre juridique, mais il ne sera pas appliqué dans
l'affaire en cours.

Ex. : Un arrêté royal impose une vaccination obligatoire mais n'a pas respecté
une procédure préalable prévue par la loi. Les parents refusant la vaccination ne
peuvent pas être condamnés, car l'arrêté royal est jugé illégal dans ce contexte.

f. Le contrôle curatif de l’autorité de tutelle sur les actes de l’autorité décentralisée :

Le contrôle de tutelle portant sur les actes des autorités décentralisées peut être
curatif (on a vu qu’il pouvait également être préventif) et peut mener à sa suspension ou
à son annulation avec effet rétroactif pour en garantir la légalité et l'opportunité.

=> petite synthèse sur l’autorité de tutelle :

Le contrôle de l’autorité de tutelle est un mécanisme par lequel une autorité supérieure
(comme une région) surveille les actes des autorités décentralisées (comme les
communes ou provinces) pour s’assurer qu’ils respectent la loi et l’intérêt général. Ce
contrôle peut être :

1. préventif : L’acte doit obtenir l’avis ou l’autorisation de l’autorité de tutelle avant


d’être approuvé et d’entrer en vigueur.

2. curatif : L’autorité de tutelle peut suspendre ou annuler un acte après son adoption,
avec effet rétroactif si nécessaire, s’il est jugé illégal ou inopportun.

=>Tableau Récapitulatif sur les différents thèmes ci-avant et leurs particularités


vis-à-vis des normes et règlements :
Avis Arrêt C.C Cours et Cours et Autorité Autorité de
C.E. C.E. tribunaux tribunaux de tutelle tutelle
(sec. (sec. du (exception (jurisprud (contrôle (contrôle
lég.) cont. d’illégalité) ence « Le préventif) curatif)
adm.) Ski »)
Lois X X X
spécial
es,
Lois,
Décret
s et
Ordon
nances
[Link] X X X X
ux,
[Link]
. et
[Link]
tériels
Règle X X X X X
ments
et
ordonn
ances
provinc
iaux,
règlem
ents et
ordonn
ances
comm
unaux

PARTIE V. Théorie générale du contrat

I. Définition et notions générales :

Selon le C. civ. (art. 5.4), le contrat est défini comme un accord de volontés entre deux
ou plusieurs personnes visant à produire des effets de droit. Cette définition implique
plusieurs caractéristiques :
Le contrat est un acte juridique

Un contrat est un acte volontaire destiné à produire des effets juridiques (C. civ., art.
1.3). Contrairement aux faits juridiques, qui entraînent des effets de droit sans intention
(ex. : naissance, accident), les actes juridiques sont intentionnels (ex. : achat d’un bien,
reconnaissance d’un enfant).

Le contrat est un acte juridique bilatéral ou multilatéral

Le contrat nécessite un accord entre au moins deux parties. Les actes juridiques
unilatéraux (ex. : testament, acceptation d’une succession) ne sont pas des contrats
(C. civ., art. 5.125).

Bilatéralité dans la formation, unilatéralité ou bilatéralité dans les effets

Un contrat peut être :

• Unilatéral : une seule partie s'engage (ex. : cautionnement).


• Synallagmatique : les deux parties s'engagent réciproquement (ex. : bail, vente)
(C. civ., art. 5.6).
(!) Un contrat est toujours bilatéral dans sa formation dans le sens où il faut toujours un
accord entre deux parties (ou plus) pour le former.

Le contrat produit des effets de droit

Les effets juridiques d’un contrat peuvent consister à :

• Créer des droits et obligations (ex. : signer un contrat de bail).


• Modifier ou transmettre des droits (ex. : prolongation ou cession de bail).
• Éteindre des droits et obligations (ex. : résiliation d’un contrat).

II. Principes de base :

1. Liberté contractuelle

Les parties sont libres de conclure ou non un contrat, de choisir leur cocontractant et
de déterminer son contenu, dans les limites fixées par la loi (C. civ., art. 5.14). Ce
principe est toutefois limité par :

• Ordre public et lois impératives (C. Civ. Art. 1.3) : Certaines règles protègent
des intérêts généraux ou individuels et ne peuvent être dérogées.
• Contrat forcé : Rarement, des personnes peuvent être obligées de contracter
(ex. : assurance en responsabilité civile pour une voiture).

2. Principe du consensualisme

En règle générale, un contrat se forme par le simple accord des parties, sans formalité
spécifique (C. civ., art. 5.28). Cependant, des exceptions existent pour certains
contrats :

• Contrat formel : On parle alors de contrats formels lorsque l’accomplissement


de certaines formalités (écrit...) est exigé (C. civ., art. 5.5). (Ex. : contrat de
crédit).
• Contrat réel : On parle de contrat réel lorsque l’existence du contrat est liée à la
remise d’une chose (C. civ., art. 5.5). Le contrat ne se forme pas tant que la
chose n’est pas remise. (Ex. : dépôt, prêt).

3. Principe de la convention-loi

Un contrat valablement formé a force obligatoire et agit comme loi entre les parties
(pas pour tout le monde) (C. civ., art. 5.69). Les parties doivent respecter leurs
engagements, sous peine de recours judiciaires. Toutefois, des exceptions existent :

• Droit de rétractation : La loi ou le contrat peut accorder à une partie un délai


pour se rétracter (mettre fin au contrat).
• Intervention judiciaire : Dans certains cas, le juge peut modifier les termes d’un
contrat (ex. : révision du loyer).

4. Relativité des effets internes

Les obligations issues d’un contrat concernent uniquement les parties contractantes
(C. civ., art. 5.103). Cependant, certaines exceptions permettent de faire intervenir des
tiers :

Stipulation pour autrui : La stipulation pour autrui permet à deux parties


(stipulant et promettant) de créer un droit direct au bénéfice d’un tiers, qui peut
demander l’exécution de l’obligation dès son acceptation. Exemple : assurance-vie où
un bénéficiaire reçoit un paiement sans être partie au contrat.

Action directe : L’action directe permet à un tiers de réclamer directement à un


débiteur ce que celui-ci doit à son propre débiteur, sans intermédiaire. Exemple : Un
locataire endommage un appartement. Le propriétaire a une assurance habitation. La
victime des dégâts (voisin) peut demander directement à l’assureur du propriétaire de
couvrir les dommages, sans passer par le propriétaire.

5. Opposabilité des effets externes

Le contrat est opposable aux tiers (pas les effets internes), qui doivent en reconnaître
l’existence et les effets (C. civ., art. 5.103).

Le principe de l’opposabilité des effets externes a une conséquence (la tierce


complicité) et des exceptions (dont l’action paulienne).

La tierce complicité signifie que le tiers qui connaît l’existence du contrat engage sa
responsabilité s’il se rend complice de l’inobservation des obligations contractuelles
par l’une des parties. Le tiers complice commet une faute qu’il devra réparer.

L’action paulienne est l’action par laquelle un créancier tente de s’opposer aux actes
de son débiteur qui sont passés en fraude de ses droits.

Conditions de l’action paulienne :

1. Créance antérieure : La créance doit exister avant l’acte attaqué.


2. Appauvrissement du débiteur : L’acte doit réduire le patrimoine du débiteur
(ex. : vente sous-évaluée).
3. Préjudice pour le créancier : L’acte nuit directement aux droits du créancier.
4. Intention frauduleuse : Le débiteur savait que son acte nuirait au créancier.
5. Complicité du tiers (si acte onéreux) : Le tiers devait connaître le préjudice
causé par l’acte.

Ex. : Si un débiteur vend un bien à un proche à un prix dérisoire pour éviter de


rembourser ses créanciers, l’acte peut être rendu inopposable. Cela rétablit les droits
du créancier comme si l’acte n’avait jamais existé.

6. Bonne foi

Les contrats doivent être négociés et exécutés de bonne foi, impliquant loyauté,
collaboration et respect des attentes légitimes du cocontractant. Les parties ne
peuvent pas exclure ou limiter le principe de la bonne foi (C. Civ. Art. 5.73).

III. Typologie des contrats :


1. Contrats unilatéraux et synallagmatiques

Intérêt pratique de la distinction : La théorie des risques (si une des parties est dans
l’impossibilité d’exécuter son obligation à cause d’un cas de force majeure (événement
imprévisible et insurmontable), l’autre partie est libérée de son obligation corrélative)
s’applique aux contrats synallagmatiques. Ex. : Si un bien loué est détruit par un
incendie accidentel, le locataire n’a plus à payer le loyer, car le bailleur ne peut plus
fournir la chose.

2. Contrats à titre onéreux et gratuits (C. Civ. Art. 5.7)

• Onéreux : Les deux parties reçoivent un avantage en échange (ex. vente).


• Gratuit : Une partie procure un avantage sans contrepartie : libéralités ; ex.
donation ou contrats de service gratuit ; ex. prêt sans intérêt, hébergement.
Intérêt pratique de la distinction : Les débiteurs dans des contrats gratuits
bénéficient d’une responsabilité allégée. Certains actes gratuits du débiteur pourront
dans certaines circonstances (ex. : faillites) être déclarés inopposables aux créanciers.

3. Contrats commutatifs et aléatoires

Cette distinction concerne les contrats à titre onéreux. Un contrat à titre onéreux est dit
:
- commutatif lorsque la valeur de la compensation revenant aux parties est fixée et
peut être appréciée au moment de la conclusion du contrat. Exemple : contrat de vente
;
- aléatoire lorsque la valeur de la compensation revenant aux parties ne peut être
évaluée au moment de la conclusion du contrat et dépend du hasard (et des
probabilités). Exemple : contrat d’assurance.
Intérêt pratique de la distinction : Les contrats aléatoires (jeu, pari), sauf assurance,
sont strictement encadrés. ([Link]. Art. 1965, 1966).

4. Contrats consensuels, réels et formels

• Consensuel : Formé par simple accord des parties (ex. vente).


• Réel : Nécessite la remise d’une chose (ex. prêt).
• Formel : Nécessite une forme spécifique pour être valide (ex. mariage).
Intérêt pratique de la distinction : Les formes imposées renforcent la protection des
parties faibles.
5. Contrats intuitu personae et non intuitu personae

• Intuitu personae : Le contrat engage spécifiquement une personne (engagée


par rapport à ses qualités ou sa réputation ; il lui convient donc d’exécuter le
contrat)
• Non intuitu personae (en général) : La personne qui exécute le contrat importe
peu (ex. vente classique).
Intérêt pratique de la distinction : Seuls les débiteurs spécifiques peuvent exécuter
les contrats intuitu personae. Le créancier peut s’opposer à ce qu’un tiers intervienne.

6. Contrats de gré à gré et d’adhésion

• Gré à gré : Le contenu est négociable (ex. vente d’une voiture).


• Adhésion : Rédigé par une seule partie, sans négociation (ex. assurance).
Intérêt pratique de la distinction : Des règles légales (C. Civ. Art. 5.23) limitent les
clauses abusives dans les contrats d’adhésion et obligent la partie forte d’informer la
partie faible des contions générales avant la conclusion du contrat.

7. Contrats C2C, B2B et B2C

• C2C : Entre particuliers, soumis au Code civil.


• B2B : Entre entreprises, encadrés par le Code civil et le Code de droit
économique.
• B2C : Entre une entreprise et un consommateur, avec des règles spécifiques
(dans le code de droit économique) renforçant la protection des
consommateurs. Soumis au Code civil et Code de droit économique.
IV. Formation du contrat :

1. Processus de formation

a. Les pourparlers

Les pourparlers sont les négociations entre parties avant de conclure un contrat, sans
obligation de résultat. Les parties échangent des propositions, avec un devoir
d’information pour éclairer le consentement. La responsabilité peut être engagée en
cas de faute (faute précontractuelle) (ex. obtention frauduleuse d'informations).

b. L’offre

L’offre est une proposition unilatérale complète, ferme, et extériorisée de conclure un


contrat. Elle lie l’offrant pour un délai fixé ou raisonnable. Si l’offre est retirée
prématurément, des sanctions comme des dommages et intérêts ou l’exécution forcée
peuvent s’appliquer.

c. L’acceptation et la conclusion du contrat

Le contrat est conclu lorsque l’acceptation rencontre l’offre, portant sur ses éléments
essentiels ou substantiels, sans ajout ou modification. La théorie de la réception
détermine que le contrat est formé dès que l’offrant reçoit l’acceptation.

• Exemple : L’offre d’achat d’une maison acceptée par le vendeur.

2. Conditions de forme

Le principe du consensualisme fait que le contrat naît de la seule rencontre des


volontés, mais certains contrats requièrent une forme spécifique (réels ou formels).

• Exemple : Un prêt se forme à la remise des fonds (=contrat réel).


3. Conditions de fond

a. L’objet

L’objet est la prestation convenue, qui doit être licite, possible, et déterminé ou
déterminable objectivement.

• Exemple : Acheter un immeuble existant, mais pas vendre la Lune (objet


impossible).
b. La cause

La cause est la raison d’être du contrat, qui doit être licite et déterminante.

• Exemple : Louer un bien car il est bâtissable.

c. La capacité

Seules les personnes capables peuvent contracter, sauf les mineurs et les personnes
protégées, qui peuvent être représentées pour couvrir leur incapacité.

• Exemple : Un mineur ne peut pas vendre un immeuble.

d. Le consentement

Le consentement doit être libre et éclairé. Le consentement peut être vicié par l’erreur
(C. civ., art. 5.34 et 5.33), le dol (C. civ., art. 5.35 et 5.33), la violence (C. civ., art. 5.36
et 5.33), la lésion ou l’abus de circonstances (C. civ., art. 5.37 et 5.38)

=> ce qui expose le contrat à un acte de nullité (partielle = pour une clause si
précisé par le législateur ou l’entièreté du contrat ou totale). La nullité est absolue si
l’intérêt général est violé, relative si un intérêt privé est protégé.

4. Remèdes

Autres remèdes que la nullité

1. La rescision

La rescision vise à annuler un contrat pour protéger une partie victime d'un
déséquilibre ou d'une situation spécifique prévue par la loi.

• Exemple : Un mineur vend un bien et se rend compte qu'il a été lésé dans la
transaction. Selon C. civ. art. 5.43, il peut demander la rescision du contrat, et il
ne devra restituer que ce qui lui a été profitable, tandis que l'acheteur devra
restituer l'intégralité du bien ou de sa valeur.
2. L'adaptation ou le rééquilibrage du contrat

L'adaptation permet au juge de modifier certaines clauses d’un contrat pour corriger un
déséquilibre, souvent en cas d'abus de circonstances ou de clauses abusives.
• Exemple : Une personne âgée ayant signé un contrat pour des volets facturés
trois fois leur valeur peut demander au juge d’adapter le prix à un montant
raisonnable (C. civ., art. 5.37).
3. Les dommages et intérêts

Si une faute a été commise lors de la formation du contrat ou si un vice de


consentement est établi, la partie lésée peut demander réparation par des dommages
et intérêts.

• Exemple : Une personne achète une voiture dont le vendeur a trafiqué le


compteur kilométrique. En plus de la nullité pour dol (C. civ., art. 5.35), la
victime peut réclamer des dommages et intérêts pour couvrir la perte subie.
4. La conversion

La conversion transforme un contrat irrégulier en un autre contrat valide en appliquant


les règles du droit commun.

• Exemple : Un bail de courte durée (moins de trois ans) non conclu par écrit
devient automatiquement un bail de neuf ans conformément à la loi.
5. La caducité
Intervient lorsqu’un contrat valide au départ devient inefficace parce qu’un élément
essentiel disparaît après sa conclusion. Contrairement à la nullité, qui vise un contrat
invalide dès l'origine, la caducité se produit en raison d’un événement postérieur à la
formation du contrat.

• Exemple : Si un bien loué est détruit par un incendie, le bail devient caduc, car il
n’a plus d’objet.

(!) Ces remèdes permettent soit d'annuler, soit de corriger ou de compenser les
déséquilibres contractuels selon la situation.

V. Exécution du contrat :

1. Contenu des obligations

Détermination du contenu

Le contenu des obligations est fixé par l’art. 5.71 du C. Civ., qui prévoit que le contrat
oblige non seulement à ce qui est convenu, mais aussi à ce que la loi, la bonne foi ou
les usages lui attribuent. Cela inclut :

• Les engagements convenus dans le contrat.


• L’usage, c’est-à-dire les pratiques générales et constantes reconnues comme
applicables dans une région ou un milieu professionnel.
Ex. : Un entrepreneur doit respecter les règles de l’art, comme éviter d’installer une
chaudière sur un socle inflammable.
• La loi, qui supplée les volontés des parties pour combler des vides contractuels
(règles supplétives vues auparavant) ou imposer des règles impératives (qui
elles s’appliquent même contre la volonté des parties).
• La bonne foi, qui impose des obligations comme le devoir de loyauté,
d’information, de collaboration et la limitation du préjudice.
Ex. : Un professionnel doit informer un client des difficultés susceptibles d'augmenter
le coût des travaux.

2. Intensité des obligations

Différents types d’obligations

• Obligations de moyens : Engage le débiteur à fournir tous les efforts


raisonnables et à agir avec diligence pour atteindre un certain résultat, sans
garantir qu'il y parviendra. Le débiteur doit se comporter comme une personne
prudente et raisonnable placée dans les mêmes circonstances, en respectant
les règles de l’art. => Il est “obligé” de “fournir les moyens” = obligation de
moyens.
Ex. : Un avocat doit défendre son client avec soin.
• Obligations de résultat : Le débiteur doit atteindre un résultat précis sauf en
cas de force majeure.
Ex. : Un teinturier doit restituer un vêtement nettoyé.
• Obligations de garantie : Le débiteur doit garantir un résultat, même en cas de
force majeure.
Ex. : Garantie des vices cachés sur un bien vendu (pas de vices cachés sur le bien).

Preuve

La charge de la preuve, qui désigne l'obligation pour une partie de prouver les faits ou
éléments nécessaires pour soutenir sa prétention devant un juge, varie selon l’intensité
de l’obligation ;

• Pour une obligation de moyens, le créancier doit prouver que le débiteur n’a
pas agi avec diligence.
• Pour une obligation de résultat, le créancier prouve uniquement que le résultat
n’a pas été atteint ; le débiteur doit démontrer la force majeure.
• Pour une obligation de garantie, le créancier prouve simplement l’inexécution ;
le débiteur reste responsable.

3. Modalités des obligations

Le terme

Un terme est un événement futur et certain qui affecte l’exigibilité ou l’extinction d’une
obligation.

• Terme suspensif : L’obligation existe, mais son exigibilité est suspendue.


Ex. : « Vous pourrez occuper ma maison à ma mort. »
• Terme extinctif : L’obligation prend fin à une date précise.
Ex. : Fin d’un bail de trois ans.

La condition

Une condition est un événement futur et incertain dont dépend l’exigibilité ou


l’extinction d’une obligation.

• Condition suspensive : L’obligation devient exigible si l’événement se réalise.


Ex. : « J’achète votre maison si j’obtiens un crédit. »
• Condition résolutoire : L’obligation prend fin si l’événement se réalise.
Ex. : « Le contrat est annulé si le prix du pétrole descend sous un seuil. »

4. Interprétation du contrat

Le juge interprète le contrat en recherchant la volonté commune des parties, en tenant


compte des circonstances et de l’exécution passée.

• En cas de doute du juge, les règles d’interprétation (C. Civ. Art. 5.66) prévoient
que :
o Les clauses d’un contrat d’adhésion s’interprètent contre leur rédacteur.
o Les clauses exonératoires de responsabilité s’interprètent contre le
débiteur.
Ex. : Si un contrat de bail mentionne des « frais communs », seuls ceux explicitement
mentionnés sont à la charge du locataire.
5. Voies normales d’extinction du contrat

Exécution ou paiement

L’obligation s’éteint par son exécution (appelée paiement), qui peut être réalisée par le
débiteur ou un tiers.

Terme ou condition

Un contrat peut se terminer avec l’arrivée d’un terme ou la réalisation d’une condition
(ex.: fin d’un bail).

Résiliation

• De commun accord : Par application du principe de convention-loi, les parties


décident ensemble de résilier (C. civ., art. 5.69, 5.70 et 5.112).
• Unilatérale : Prévue par la loi ou le contrat (C. civ., art. 5.112).
Ex. : Résiliation anticipée d’un bail tous les trois ans.

(!) Après la fin de certains contrats, il peut arriver que les parties soient liées par des
obligations « post-contractuelles » (C. civ., art. 5.114). Ex. : Une clause de non-
concurrence ou de confidentialité.

VI. L’inexécution du contrat : Si le débiteur n’exécute pas ou exécute partiellement une


obligation, que peut faire le créancier, et que peut répondre le débiteur ?

1. Moyens de défense non judiciaires du créancier

a. La mise en demeure

Acte juridique unilatéral adressé par le créancier pour exiger de manière claire
l’exécution d’une obligation.

• Effets :
o Interpelle le débiteur et donne une dernière chance.
o Fait courir les intérêts de retard (5,75% sauf si les parties prévoient autre
chose).
o Transfère les risques liés à la disparition fortuite de la chose au débiteur =
La mise en demeure rend le débiteur responsable des risques si la chose
disparaît accidentellement.
• Exceptions : En principe (C. civ., art. 5.231, al. 2), la mise en demeure est
obligatoire mais la loi prévoit des exceptions (C. civ., art. 5.233) et les parties
peuvent également en prévoir.
o Pas requise si inutile (ex. : impossibilité d’exécution).
o Formalisme libre sauf cas spécifiques (ex. : lettre recommandée requise
en matière d’assurance).

b. L’exception d’inexécution

Moyen de défense temporaire par lequel le créancier suspend l’exécution de son


obligation aussi longtemps que le débiteur n’exécute pas son obligation.

• Conditions :
o Contrat synallagmatique.
o Inexécution imputable au débiteur (c’est sa faute).
o Proportionnalité et bonne foi du créancier vis-à-vis de la faute du
débiteur.
• Effet : Suspension des obligations jusqu’à exécution du débiteur.

Exemple : Un locataire refuse de payer le loyer car le bailleur ne réalise pas les travaux
nécessaires.

c. Le droit de rétention

Le créancier conserve un bien appartenant au débiteur jusqu’au paiement.

• Conditions :
o Le bien retenu et la créance doivent être connexes.

Exemple : Un garagiste retient une voiture non payée après réparation.

d. Le remplacement en vertu d’une clause contractuelle

Les parties peuvent inclure une clause permettant au créancier de remplacer le


débiteur défaillant par un tiers, sans recours au juge.

Exemple : Une société immobilière engage un autre sous-traitant pour achever des
travaux.
e. Le remplacement unilatéral par notification écrite

En cas d’urgence, le créancier peut procéder au remplacement du débiteur par


notification écrite.

• Conditions :
o Urgence ou circonstances exceptionnelles.
o Notification écrite des manquements.
o Mise en demeure préalable.

Exemple : Un fournisseur remplace un transporteur défaillant pour livrer à temps.

f. La résolution en vertu d’une clause résolutoire

Une clause peut prévoir la dissolution automatique du contrat en cas d’inexécution


grave.

• Conditions :
o Mise en demeure préalable.
o Notification écrite des manquements.

Exemple : Résiliation d’un contrat de location si le locataire utilise le bien en violation


des termes.

g. La résolution unilatérale par notification écrite

Le créancier peut dissoudre le contrat sans clause résolutoire ni recours au juge.

• Conditions :
o Mise en demeure préalable.
o Inexécution grave ou manifeste.
o Notification écrite des manquements.

Exemple : Une agence annule un contrat de prestation pour retard constant.

h. La réduction unilatérale du prix

Le créancier réduit le prix en cas d’inexécution non grave.

• Conditions :
o Mise en demeure préalable.
o Notification écrite.
Exemple : Réduction du prix d’un produit livré en partie défectueux.

2. Moyens de défense judiciaires du créancier


L’article 5.83 du C. civ. énumère les différentes sanctions en cas d’inexécution
imputable au débiteur (faute du débiteur) :

a. L’exécution en nature

Le créancier peut demander au juge l’exécution de l’obligation sauf si celle-ci est


impossible, abusive ou contraire à la dignité humaine.

Exemple : Livraison d’un bien promis ou remboursement par un tiers autorisé par le
juge.

b. La réparation du dommage

Le créancier peut réclamer la réparation intégrale sous forme pécuniaire ou en nature.

Exemple : Remplacement d’une machine défectueuse ou indemnisation financière.

c. La résolution judiciaire

Le juge prononce la dissolution du contrat pour inexécution grave, avec possibilité de


dommages et intérêts.

Exemple : Annulation d’un contrat de travaux non réalisés dans les délais convenus.

d. La réduction judiciaire du prix

Le créancier demande au juge une réduction proportionnelle au défaut d’exécution.

Exemple : Paiement réduit pour une maison partiellement rénovée.

3. Moyens de défense du débiteur

a. Le paiement ou l’exécution

Le débiteur peut prouver qu’il a exécuté son obligation.

Exemple : Fournir une preuve de paiement au créancier.

b. L’inexistence de l’obligation

Le débiteur conteste l’existence ou la validité du contrat.


Exemple : Prétendre que l’obligation est nulle en raison d’un dol.

c. Force majeure

Le débiteur invoque un événement imprévisible et indépendant rendant l’exécution


impossible.

Exemple : Retard de livraison causé par une inondation.

d. Clause exonératoire

Le débiteur peut invoquer une clause limitant sa responsabilité.

Exemple : Limitation des dommages pour retard dans une livraison non essentielle.

e. Abus de droit du créancier

Le débiteur démontre que le créancier agit de manière abusive.

Exemple : Refus de négocier dans une situation manifestement défavorable au


débiteur.

f. Demande d’un délai pour s’exécuter

Le débiteur sollicite un délai supplémentaire auprès du juge pour exécuter ses


obligations.

Exemple : Retard de paiement en raison de difficultés financières temporaires.

g. Imprévision (changement de circonstances)

Le débiteur demande une renégociation ou une adaptation du contrat en cas de


bouleversement économique imprévu.

Exemple : Fournisseur demandant une révision des prix en raison d’une hausse
brutale des matières premières.

VII. Preuve du contrat :

1. Objet de la preuve

• Définition : Dans un litige, prouver consiste à démontrer les faits ou actes sur
lesquels on fonde une prétention. Sans preuve, un droit ne peut être reconnu.
• Règle générale : Les parties doivent prouver les faits qu’elles allèguent, sauf
exception pour les faits notoires (connus de tous) et les règles d’expérience
commune (exemples usuels reconnus par tous).
o Exemple : Un créancier doit prouver qu’un contrat existe pour exiger son
exécution.
• Preuve et intensité des obligations :
o Obligation de moyens : Le créancier prouve que le débiteur n’a pas agi
de manière raisonnable et prudente.
▪ Exemple : Si un médecin est poursuivi, le patient doit prouver qu’il
n’a pas respecté les règles de l’art.
o Obligation de résultat : Le créancier prouve que le résultat promis n’est
pas atteint, et le débiteur doit prouver qu’un cas de force majeure l’a
empêché de s’exécuter.
▪ Exemple : Un transporteur doit prouver qu’un accident
imprévisible a empêché la livraison.
o Obligation de garantie : Le créancier prouve que le résultat garanti n’est
pas atteint. Le débiteur ne peut invoquer une force majeure.
▪ Exemple : Si un bien vendu présente un vice caché, le vendeur doit
réparer ou remplacer, sans invoquer une cause externe.
(!)Limitation de la preuve au droit : Les parties ne doivent pas prouver les règles
juridiques. Le juge est censé connaître le droit et doit rechercher les normes
applicables.

2. Caractères de la preuve
• Principe : la preuve libre
o En principe, les parties peuvent utiliser tous les moyens de preuve
disponibles. Le juge est libre d’évaluer la valeur des éléments soumis.
o Exemple : Témoignages, présomptions de fait, ou aveux peuvent être
utilisés.
• Exception : la preuve réglementée
o Certains cas imposent des moyens de preuve précis, notamment pour
garantir la sécurité juridique. Le juge ne peut s’appuyer que sur les
preuves définies par la loi.
▪ Exemple : Pour un acte juridique ≥ 3500 €, un écrit signé est
obligatoire (C. civ., art. 8.9).
(!)Ce système peut limiter la vérité judiciaire en écartant certains éléments de preuve.
• Règles supplétives ou impératives : Les parties peuvent déroger aux règles
supplétives (liberté contractuelle), mais pas aux règles impératives.
=>Exemple de disposition impérative : L’interdiction de clauses qui modifient les
règles avant un litige (C. civ., art. 8.11).
3. Charge de la preuve

• Principe général : C'est à celui qui affirme un fait ou un acte d'en apporter la
preuve.
o Exemple : Un créancier doit prouver l’existence d’une dette ; un débiteur
doit prouver qu’il a payé ou qu’il est libéré par un cas de force majeure.
• En cas de doute : Celui qui a la charge de la preuve et n’y parvient pas perd le
procès (C. civ., art. 8.4).
• Présomptions légales : Dans certains cas, le demandeur ne doit pas apporter
la preuve de sa prétention car il existe une présomption légale qui le dispense de
devoir prouver ce qu’il affirme.
o Présomption simple/réfragable : Valable jusqu’à preuve du contraire
(renversement de la charge de la preuve).
▪ Exemple : Le terme d’un contrat est présumé dans l’intérêt du
débiteur, sauf preuve du contraire (C. civ., art. 5.153).
o Présomption irréfragable : Ne peut être contestée par aucune preuve.
▪ Exemple : Un soignant ne peut recevoir de libéralités (donation
pécuniaire) d’un patient traité pendant sa maladie (C. civ., art.
4.142).
• Collaboration des parties : Les parties doivent coopérer pour établir la vérité.
o Exemple : Une banque peut être obligée de fournir des documents
prouvant une transaction litigieuse.

4. Degré de preuve

• Preuve certaine : Les faits doivent être établis avec un degré raisonnable de
certitude, excluant tout doute raisonnable. (Quasi-100%)
o Exemple : Preuve d’un contrat par un écrit signé.
• Preuve par vraisemblance : Admise pour certains faits difficiles à prouver de
manière certaine (faits négatifs ou positifs spécifiques). La vraisemblance est
atteinte à 75 %.
Exemple : Un assuré prouve par des indices sérieux qu’il a été victime d’un vol.
5. Typologie des moyens de preuve
• Écrit signé :
o Comprend les actes authentiques (rédigés par un officier public) et les
actes sous signature privée. ([Link]. Art. 8.1).
Exemple d’acte authentique : Contrat de vente passé devant notaire.
o Conditions d’un acte sous signature privée : [Link]. art. 8.20 et 8.21
• Témoignage :
o Déclarations orales ou écrites (attestations), admissibles seulement si la
loi permet la preuve libre.
Exemple : Témoignage d’un tiers ayant assisté à une transaction.
• Présomptions de fait :
o Déduction de faits inconnus à partir d’indices connus, sous réserve qu’ils
soient sérieux et précis.
Exemple : Tickets bancaires utilisés pour prouver une transaction.
• Aveu :
o Reconnaissance volontaire d’un fait défavorable.
Exemple : Une personne reconnaît sa dette dans une correspondance.
• Serment :
o Déclaration solennelle d’une partie devant un juge, rarement utilisée.
Exemple : Serment prêté pour confirmer une allégation en l’absence d’autres
preuves.

6. Hiérarchie des moyens de preuve (en matière civile)

• Principe : preuve libre (C. civ., art. 8.8) :


o Toutes les preuves sont admises sauf disposition contraire.
• Exception : preuve réglementée (C. civ., art. 8.9) :
o Pour les actes juridiques ≥ 3500 €, un écrit signé est nécessaire.
Retour à la preuve libre :
Cas d’exception à l’exception : Les règles prévues à l’article 8.9 du Code civil ne sont
pas applicables dans les situations suivantes :

- Actes juridiques unilatéraux (C. civ., art. 8.10).


- Impossibilité matérielle ou morale d’obtenir un écrit. (C. civ., art. 8.12).
- Preuve par et contre les tiers. (C. civ., art. 8.14).
- Preuve par commencement d’écrit corroboré par d’autres éléments ([Link]., art.
8.13).
▪ Exemple : Un échange de courriels peut servir de commencement
de preuve par écrit.
-Preuve entre entreprises : Tout mode de preuve est admissible, sauf exception
légale (C. civ., art. 8.11).

VIII. Principes généraux en matière de responsabilité extracontractuelle :


A. Notions et fonctions de la responsabilité extracontractuelle

1. Définition et origine

La responsabilité extracontractuelle, ou responsabilité délictuelle, impose à une


personne de réparer un dommage qu’elle a causé à autrui, indépendamment de tout
lien contractuel.

• À ne pas confondre avec :


o La responsabilité morale : liée à la conscience et à l’éthique.
o La responsabilité pénale : sanctionnant les infractions au regard de la
loi pénale.
• Origine du terme "délictuel" :
o En droit civil : tout comportement causant un dommage à autrui est
qualifié de "délit".
o En droit pénal : un délit est une infraction intermédiaire entre la
contravention et le crime.
2. Sources de la responsabilité

La responsabilité extracontractuelle peut découler de (d’) :

• Un acte juridique : par exemple, la violation d’une obligation légale ou


réglementaire.
• Un fait humain : tout comportement fautif entraînant un dommage.
• La loi : lorsque celle-ci prévoit explicitement une obligation de réparation.
C. civ., art. 5.3 : « Les obligations naissent d'un acte juridique, (…) de la responsabilité
extracontractuelle ou de la loi. »

3. Éléments constitutifs de la responsabilité

Pour engager la responsabilité extracontractuelle, trois éléments sont nécessaires :

• Une faute : violation d’une norme légale ou de prudence.


• Un dommage : atteinte à un intérêt protégé, entraînant des conséquences
économiques ou non.
• Un lien de causalité : relation directe entre la faute et le dommage.
C. civ., art. 6.5 : « Toute personne est responsable du dommage qu’elle cause à autrui
par sa faute. »
C. civ., art. 6.18 : « Un fait générateur de responsabilité est une cause d’un dommage
s’il est une condition nécessaire de ce dernier. »

4. Fonctions de la responsabilité civile

La responsabilité civile remplit trois fonctions principales :

• Réparation : Rendre à la victime une compensation pour le préjudice subi.


• Prévention : Encourager des comportements prudents en imposant une
responsabilité.
• Sanction : Décourager les comportements nuisibles à l’ordre social.

(!)La fonction de prévention est souvent analysée d’un point de vue économique : un
individu agit de manière à éviter des coûts si les dépenses de prévention sont
inférieures à ceux liés au dommage.
B. Fondements de la responsabilité extracontractuelle : faute, risque,
accident

1. La faute (responsabilité subjective)

La responsabilité pour faute repose sur un manquement à une norme de conduite. Elle
exige une preuve par la victime que le comportement de l’auteur est fautif.

a. Historique et fondement moral

• Les anciens art. 1382 et 1383 du C. civ. posaient la faute comme base de la
responsabilité : tout dommage nécessitait une faute pour être réparé.
• La faute repose sur une morale individualiste : la personne libre et responsable
de ses actes doit en répondre.

b. Limites du modèle basé sur la faute

• Difficultés de preuve pour la victime : Surtout lorsqu’il est difficile de prouver


un comportement fautif (ex. : dommages écologiques).
• Dommages collectifs : La notion de faute est parfois inadéquate (ex. : pollution
de masse).
• Rôle des assurances : Les juges élargissent parfois la notion de faute,
notamment en présence d’une couverture assurantielle.

2. Le risque (responsabilité objective)

Progressivement, une responsabilité sans faute, fondée sur le risque, a émergé.

• Concept clé : Celui qui tire profit d’une activité risquée doit en assumer les
conséquences dommageables, même sans faute.
• Notion de "risque créé" : L’accent est mis sur le lien entre l’activité à risque et
le profit généré par celle-ci.
• Exemples législatifs :
o Loi de 1919, art. 58 : Réparation des dommages miniers.
o Loi de 1985, art. 5 : Dommages nucléaires causés par un accident.
o Loi de 2022, art. 39 : Principe du "pollueur-payeur".

Avantages et limites

• Avantages :
o La victime n’a plus à prouver la faute, seulement le lien entre l’activité et
le dommage.
o Réparation facilitée et accélérée.
• Limites :
o La victime doit toujours prouver la causalité entre le risque et le
dommage.
o Certains régimes prévoient des plafonds d’indemnisation (ex. : accidents
nucléaires).

3. L’accident (responsabilité sans causalité directe)

Dans certains cas, le simple fait qu’un dommage survienne donne droit à réparation,
sans avoir à démontrer un lien de causalité spécifique.

• Exemples en droit belge :


o Accidents du travail (loi de 1971).
o Accidents de la route (loi de 1989).
o Accidents médicaux (loi de 2010).
• Conditions nécessaires :
o Assurance obligatoire pour mutualiser les risques.
o Fondement : la survenance d’un accident, peu importe la faute ou le
risque créé.

C. Responsabilité du fait personnel : cas général du majeur

Rappel : Le livre 6 du C. civ. explicite les trois conditions de la responsabilité


extracontractuelle : une faute, un dommage et un lien de causalité entre la faute et le
dommage. L’art. 6.1 du C. civ précise qu’en principe, les dispositions du livre 6 sont
supplétives et s’appliquent tant bien aux personnes physiques que morales.

1. La faute

La faute consiste en un manquement à une norme légale ou générale de prudence.

a. Types de normes

• Normes légales : Leur non-respect constitue automatiquement une faute (ex. :


non-respect du Code de la route).
• Norme générale de prudence : Obligation de se comporter comme une
personne raisonnable et prudente dans des circonstances identiques.

b. Critères d’évaluation

C. civ., art. 6.6 énonce plusieurs critères :

• Prévisibilité : L’auteur pouvait-il prévoir que son comportement entraînerait un


dommage ?
• Proportionnalité : Les mesures pour éviter le dommage étaient-elles
raisonnables par rapport au risque encouru ?
• État des connaissances scientifiques : L’auteur a-t-il utilisé les techniques
disponibles et adéquates ?
• Règles de l’art : Pour les professionnels, le comportement est évalué au regard
des bonnes pratiques de leur profession.

c. Causes d’exclusion de responsabilité

Certaines situations exonèrent l’auteur de sa responsabilité ([Link]. Art. 6.7 et 6.8) :

• Force majeure : Impossibilité absolue de respecter la norme en raison d’un


événement imprévisible et irrésistible.
• Erreur invincible : Une erreur qu’une personne raisonnable aurait également
commise.
• État de nécessité : Sacrifice d’un intérêt pour en protéger un autre supérieur.
• Ordre légal : Respect d’un ordre émanant d’une autorité compétente.
• Légitime défense : Réaction proportionnée pour repousser une attaque injuste
et actuelle.

Cbis. Dommage, lien causal et réparation

1. Dommage ([Link]. Art. 6.24)

Pour être réparable, un dommage doit être :

• Certain (présent ou futur mais prévisible).


• Personnel (subi directement ou par ricochet).
• Licite (atteinte à un intérêt protégé par le droit).
• Non encore réparé (la victime ne peut demander double compensation).
2. Lien causal

Le lien entre la faute et le dommage repose sur la théorie de l’équivalence des


conditions :

• Une faute est causale si, sans elle, le dommage ne se serait pas produit tel
qu’il s’est produit.
• Tempérament : lien causal trop distendu :
Dans certaines situations, bien qu’un comportement puisse être une condition
nécessaire du dommage, le lien avec ce dernier peut être jugé trop indirect ou
improbable pour engager la responsabilité. Dans ce cas, on dit que le lien est «
distendu », et il peut être écarté par le juge.
=>Critères d’appréciation :

• Caractère improbable du dommage : Le dommage est une conséquence très


inhabituelle ou inattendue de la faute.
• Contribution insignifiante de la faute au dommage : La faute a joué un rôle
négligeable dans la survenance du dommage.

3. Réparation

• Réparation intégrale : En nature (restauration de la situation initiale) ou par


dommages et intérêts (indemnisation monétaire). (!)Priorité à la réparation en
nature : Sauf si celle-ci est impossible ou déraisonnable.

D. La responsabilité du fait personnel : cas du mineur

1. Principe général : responsabilité adaptée à l’âge

• Mineur de moins de 12 ans : Pas responsable des dommages causés par sa


faute ou tout autre fait générateur. Exemple : Un enfant de 10 ans casse une
vitre en jouant au ballon ; il ne peut pas être tenu responsable.
• Mineur de 12 ans et plus : Responsable des dommages causés par sa faute ou
un autre fait générateur. Exemple : Un adolescent de 14 ans endommage
volontairement la voiture d’un voisin ; il peut être tenu responsable.

2. Réparation du dommage

• Le juge statue en équité (ne se contente pas d'appliquer strictement la loi ou les
règles juridiques préétablies. Il prend une décision en tenant compte des
circonstances particulières de l'affaire et des intérêts en présence), en tenant
compte des circonstances et de la situation économique des parties.
o Possibilité pour le juge de limiter, voire d’annuler la réparation.
o Si une assurance couvre le dommage, le juge ne peut pas refuser ou
limiter l’indemnité en deçà (dessous) de la couverture assurée.

Exemple : Un mineur endommage une bicyclette en voulant aider un ami à la réparer.


Le juge peut estimer que la réparation ne doit pas être exigée.

E. La responsabilité du fait personnel : cas d’une personne atteinte


d’un trouble mental

1. Principe général : responsabilité maintenue

Une personne atteinte d’un trouble mental reste responsable des dommages causés,
même si ce trouble abolit ou altère gravement sa capacité de discernement.

• Objectif : Faciliter la réparation tout en prenant en compte l’état mental de


l’auteur. Exemple : Une personne souffrant de schizophrénie casse une vitre
pendant une crise ; elle est tenue responsable.

2. Réparation du dommage

La réparation suit les mêmes règles que pour un mineur de 12 ans et plus. Le juge
statue en équité, en prenant en compte les circonstances et les conditions
financières des parties.

F. La responsabilité du fait d’autrui : cas du titulaire de l’autorité sur un


mineur

1. Conditions d’application

• Mineur : Toute personne physique de moins de 18 ans (hors mineurs


émancipés).
• Titulaire de l’autorité sur le mineur : Parents, adoptants, tuteurs ou
accueillants familiaux (disposant de l’autorité parentale). Exemple : Une mère
est responsable des actes de son fils mineur qui casse la vitre d’un magasin.
• Dommage causé par le mineur : Doit être lié à une faute ou un autre fait
générateur de responsabilité.

Exemple 1 : Le mineur vole dans un magasin (faute).


Exemple 2 : Le mineur promène un chien, et ce dernier mord un passant (fait
générateur).

2. Effets et moyens de défense

• Mineur de moins de 16 ans :


o Responsabilité sans faute du titulaire de l’autorité.
o Défenses possibles :
▪ Absence de lien parental.
▪ Cas de force majeure, faute de la victime ou d’un tiers.
• Mineur de 16 ans ou plus :
o La faute du titulaire de l’autorité est présumée mais peut être réfutée.
o Moyens de défense similaires à ceux applicables aux mineurs de moins
de 16 ans.

(!)Objectif : Protéger les victimes en offrant un responsable plus solvable (titulaire de


l’autorité), tout en encourageant la prévention.

G. La responsabilité du fait d’autrui : cas du commettant

1. Conditions d’application

• Commettants et préposés : Le commettant (exemple : employeur) exerce un


pouvoir de subordination sur le préposé (exemple : employé). Exemple : Une
entreprise est responsable si son ouvrier fait tomber une brique sur un passant.
• Acte dans le cadre des fonctions : Le dommage doit être causé dans l’exercice
ou à l’occasion des fonctions du préposé. Exemple : Un livreur heurte un piéton
en livrant un colis.

2. Effets et moyens de défense

• Responsabilité sans faute du commettant.


• Moyens de défense :
o Contester l’existence du lien de subordination.
o Prouver un cas de force majeure, une faute de la victime ou d’un tiers.

(!)Objectif : Garantir une réparation en tenant le commettant responsable, mais lui


permettre un recours contre le préposé en cas d’indemnisation.
H. La responsabilité du fait des choses

1. Conditions d’application

• Une chose corporelle viciée : La chose doit présenter un vice compromettant


la sécurité attendue dans les circonstances données.

Exemples de vices :

o Trou dans la chaussée.


o Vélo dont la roue se détache.
o Bac à sable contenant un tesson de bouteille.
• Un gardien : Défini comme celui qui exerce un pouvoir non subordonné sur la
chose (souvent présumé être le propriétaire). Exemple : La commune est
gardienne de la chaussée.
• Un dommage causé par le vice : Le dommage doit être directement lié au vice
de la chose.

2. Effets et moyens de défense

• Responsabilité sans faute du gardien.


• Moyens de défense :
o Contester les conditions d’application (absence de vice, gardien non
identifié).
o Évoquer un cas de force majeure, la faute de la victime ou celle d’un
tiers.

(!)Objectif : Relier les dommages causés par une chose à un patrimoine pour garantir
réparation.

I. La responsabilité du fait des animaux

• Principe : Similaire à la responsabilité des choses viciées. Le gardien de


l’animal est responsable des dommages causés par celui-ci, même sans
faute. Exemples :
o Une vache détruit un potager.
o Un chien mord un passant.
o Un automobiliste évite un chien errant et provoque un accident.
• Moyens de défense :
o Contester les conditions d’application (animal non identifié ou sans
gardien).
o Évoquer un cas de force majeure ou la faute d’un tiers.
(!)Objectif : Assurer réparation en rattachant l’animal à un responsable solvable.

IX. Validité de la norme juridique :

Synthèse : Validité d'une norme juridique

A. Notion de validité

La validité d’une norme juridique désigne sa capacité à produire ses effets en


respectant certaines qualités. Elle repose sur trois critères principaux issus du terme
latin "valere" :

1. Légalité : La norme doit être adoptée par l’autorité compétente, conformément


aux procédures légales, et ne doit pas contredire les normes supérieures.
a. Exemple : Une norme est valide si elle respecte les procédures prévues
par la Constitution ou le Code civil.
2. Effectivité : La norme doit être appliquée et respectée par ses destinataires, en
influençant leurs comportements et pratiques.
a. Exemple : Une règle environnementale visant à réduire les émissions de
gaz à effet de serre doit effectivement modifier les pratiques des
entreprises.
3. Légitimité : La norme doit refléter des valeurs morales et sociétales, incarnant
un idéal de justice.
a. Exemple : Une norme relative aux droits humains est considérée légitime
si elle protège la dignité humaine.
B. Caractéristiques de la validité

1. Pluralité des critères : La validité combine légalité, effectivité et légitimité. Ces


critères interagissent. Exemple : Le principe de proportionnalité articule légalité
et effectivité en vérifiant si une règle est adaptée aux objectifs poursuivis.
2. Graduelle : Une norme peut être plus ou moins valide selon les critères.
a. Exemple : Une règle peut être légale mais peu légitime, ou effective dans
certains contextes mais pas dans d’autres.
3. Récursivité : La validité évolue au gré des pratiques des acteurs. Les
interprétations et applications influencent l’adaptation des normes.
a. Exemple : Les décisions des tribunaux peuvent modifier la portée
pratique d’une norme.

C. Les trois critères de la validité

1. Légalité : Validité formelle


Une norme est légale si elle respecte les règles secondaires d’un ordre juridique.

a. Exemple : Le Conseil d’État vérifie la conformité d’un arrêté royal à la


Constitution.
b. Limite : Si la légalité d’une norme dérive d’une autre norme, quelle est la
source ultime de validité ? (ex. : Constitution).
2. Effectivité : Validité factuelle

La norme est effective si elle est appliquée et influence les comportements ou


représentations des destinataires.

a. Distinction :
i. Matérielle : Influence les comportements (ex. : respect de
l’interdiction de vol).
ii. Symbolique : Influence les représentations (ex. : reconnaissance
des valeurs véhiculées).
Exemple : Une règle anti-cannabis peut être effective pour les autorités
poursuivant les contrevenants, mais peu effective si elle n’est pas respectée par
la population.
b. Différence entre efficacité et efficience :
i. Efficacité : La norme atteint-elle ses objectifs ?
ii. Efficience : Atteint-elle ces objectifs au moindre coût économique
et social ?
3. Légitimité : Validité axiologique

La norme est légitime si elle incarne des valeurs éthiques, humanitaires ou religieuses.
Elle reflète un idéal de justice. Exemple : Une norme sur l’abus de droit est légitime car
elle protège les individus contre des comportements contraires à la bonne foi.

(!)En conclusion, la validité d'une norme ne dépend pas seulement de sa conformité


légale mais aussi de son application concrète et de son alignement avec les valeurs
sociétales. Ces trois critères interagissent pour former un système juridique cohérent
et dynamique.

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