« SEUL»
un scénario de Alex De Araujo
1. EXT/JOUR, FORÊT 1.
Une forêt calme. Antoine apprend à Laurie comment tirer avec l’arme de leur père.
Antoine :
Tu prends une grande inspiration, très lentement et tu appuies dès que tu le sens.
Laurie (l’arme en main en visant) :
Et si je le sens pas ?
Antoine :
Tu le sentiras, papa disait que le truc c’est de pas trop attendre et de se faire
confiance.
Le coup de feu part. La cible n’a pas bougé. Elle essaye de préparer une deuxième
balle. Ses mains tremblent, incapable de faire quoi que ce soit.
Antoine (en prenant le fusil des mains de sa sœur) :
C’est rien t’inquiète pas. Les premiers ne sont jamais simples, on va rentrer et on
reviendra demain, ok ?
Elle acquiesce. Ils se lèvent et s’en vont.
Antoine :
Si on enlève le dernier, s’étaient de beaux tirs frangine.
Laurie :
Mhh, le sol était pas stable aussi.
Antoine (souriant) :
Ah le sol était pas stable ?
Laurie :
Non et ça me faisait bouger…
Antoine :
J’irais gronder le sol alors la prochaine fois.
Laurie :
T’es pas marrant…
Elle a l’air contrariée. Elle s’arrête.
Laurie :
Tout à l’heure, t’as dit que papa pensait que le moment venu on sentait les choses.
Comment ça se fait qu’il n’ait jamais senti bon de nous parler de son hôtel ?
Antoine :
Nan s’teu plaît Laurie, c’est bon avec ça.
Laurie :
Mais on pourrait en faire quelque chose. Imagine si on le retapait. On pourrait se
faire beaucoup d’argent et papa serait un peu avec nous d’une certaine manière.
Antoine la regarde. L’écharpe qu’elle porte se détache lentement et s’envole. Un
flash rouge (lumière rouge) apparaît. Antoine est perdu. Il regarde au loin.
2. INT/JOUR, SALON 2.
Antoine se tient assis devant une table. Une cigarette dans un cendrier fume encore.
Laurie (dans une autre pièce éloignée) :
Antoine ! Tu sais où est mon téléphone ? Antoine !? Me répond pas surtout…
Antoine regarde le cendrier. La fumée devient épaisse, le faisant aller ailleurs. Il est
dans un hôtel. Peu éclairé. Des portes numérotées autour de lui. Il regarde autour de
lui. Il essaye de comprendre. Une écharpe est posée sur une poignée de la première
porte, l’écharpe de sa sœur. Il la prend. La sent. Ses yeux se ferment.
Il ouvre ses yeux. Ils sont dans la forêt près d’un ruisseau. Il tient l’écharpe dans sa
main et la paire de chaussures de sa sœur, sans y prêter attention. Laurie est
quelques mètres plus loin, proche de l’eau.
Laurie :
Je crois que j’en ai un pas trop mal !
Elle attrape un caillou, le regarde et l’amène à son frère.
Antoine (en rigolant) :
Et tu veux que j’en fasse quoi au juste ?
Laurie (souriante) :
Il est beau non ? Garde-le, tu pourrais t’en servir si un jour tu te retrouves seul, pour
te défendre…mh non peut-être pas pour te défendre.
Antoine :
C’est sûr qu’avec ce petit caillou, personne n’oserait t’agresser. Il a l’air si dangereux.
Laurie (ironique) :
Ahah, super drôle. En attendant moi je dis que tu devrais le mettre à côté de la photo
de papa. Ca sera notre porte bonheur.
Antoine :
Il veillera sur lui.
Il regarde autour de lui. Les arbres. L’eau. La nature. Admiratif. Il met sa main dans
une de ses poches et en ressort le caillou de sa sœur. Il sourit.
3. INT/JOUR, SALON 3.
Antoine est assis contre un mur de l’hôtel. Les bras enroulés autour de ses genoux.
L’écharpe dans une de ses mains. Les yeux fermés. La voix de Laurie résonne, elle
l’appelle.
Laurie :
Antoine. Antoine t’es où ? Viens manger je t’attends moi. J’ai faim !
Il ouvre les yeux. Il est dans une cuisine avec deux assiettes prêtes à être servies
devant lui.
Antoine :
Laurie ! A table !
Bruit de pas dans l’escalier.
Antoine (en posant les assiettes à table) :
Hop. Et je veux pas t’entendre me dire que c’est trop poivré j’ai pas mis un grain de
poivre.
Laurie (prenant une bouchée) :
Mmmmh…
Antoine (en exagérant les propos de sa sœur) :
« Mmmmmh » ? C’est quoi ce « Mmmmmh » ?
Laurie :
J’en ai connu des salades. Mais alors des comme ça…
Antoine :
Je tiens ça du plus grand.
Laurie (en reprenant une bouchée) :
Alors, j’aurais pas forcément dis ça mais si tu considères ça comme une salade, je
pense qu’on devrait demander à McDo une collab.
Antoine :
Je serais pas contre moi, ça nous ferait de l’argent en plus vu que MADAME la
princesse de Chambooord refuse de se bouger pour trouver un taff.
Laurie :
T’es vraiment qu’un c…
Le téléphone de Laurie sonne. Elle se lève pour aller décrocher.
Laurie :
Je reviens, j’en ai pas pour longtemps !
Elle sort par la porte d’entrée. Un flash d’une pièce rougeâtre apparait. Antoine est
seul à table. Devant son assiette vide et l’assiette de sa sœur pleine. Il soupire. Se
lève et débarrasse son assiette laissant l’autre seule.
4. INT/JOUR, HOTEL 4.
Antoine souffle. Il est devant une porte, la regarde et l’ouvre. Au milieu de la pièce,
un caillou, le porte bonheur. Sur un petit tabouret, un téléphone. Un numéro apparaît
qui le fait sonner. Il regarde la porte d’à côté. L’écharpe est enroulée de la poignet. Il
entend des bruits qui viennent de la pièce. Il colle son oreille et écoute prudemment.
Antoine :
Je te l’ai pas dis souvent mais je t’aime petite sœur. Il est parti oui, mais on va s’en
sortir. Si tu veux qu’on s’appelle tu me dis. Un grand frère c’est fait pour ça.
Il décolle son oreille. Son visage se sert. Un bruit dans le fond de la pièce. Une porte
s’est ouverte. Il s’en approche. La porte dérobée cachait l’accès à un ascenseur.
Dedans une assiette presque vide. Un morceau de salade et un poivrier sont
respectivement dans et à côté de l’assiette.
Antoine :
Laurie…me laisse pas.
Il s’avance et tente d’appuyer sur tous les chiffres. Il se tourne, sa sœur est dans
l’ombre, tout est visible sauf son visage. Elle tient le fusil dans les mains. En
appuyant sur l’un des numéros, il perd de vu sa sœur. Une lumière rouge l’attire. Il
sort de l’ascenseur, une paroi entre ouverte laisse s’échapper des lumières rouges. Il
la pousse. Entre. Des balles sont étalées par terre autour du fusil.
La pièce se déforme.
Laurie :
Je serais toujours là. On se l’est promis.
Sous les paroles de sa sœur des vibrations passent dans sa tête. Il est troublé.
5. EXT/JOUR, FORET 5.
Les vibrations troublent sa vue, il est dans la forêt au poste de tir. Les vibrations lui
font mal. Il tient son fusil en joue. Dans la douleur, il rabat son arme.
Antoine (en se frottant la tête) :
Raah…à l’époque tu te souviens on tirait avec le colt de papa sur les sangliers. « Y
en a trop de ces bestioles de toute manière » qu’il disait avec sa voix grave. Et
maintenant j’arrive même plus à tirer avec ça plus de deux fois. Je suis devenu
vraiment naze.
Il tient son fusil et le pose à côté de lui, tourner vers là où il visait.
Antoine :
Ne me laisse pas tirer seul, aller vas y.
Il prend ses jumelles et regarde droit devant lui en attendant le tir. Personne n’est à
côté de lui. Personne n’est là.
Il est seul.