Une valuation discrète est unique
Tsung-Hsuan TSAI Sarah TIMHADJELT
Résumé
Une valuation, ou valuation de Krull, est une mesure de la multiplicité. Cette no-
tion est une généralisation de l’ordre d’annulation d’un polynôme en algèbre, du degré de
divisibilité en théorie des nombres, ou de l’ordre d’un pôle en analyse complexe.
Le but de cet article est de démontrer que pour un corps complet de valuation dis-
crète, une valuation discrète est unique.
On introduira d’abord la notion de valuation. Ensuite on aura besoin du lemme d’ap-
proximation et du lemme de Hensel, pour déduire le résultat final.
Table des matières
1 Généralité sur les valuations 1
1.1 Valuation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Valuation discrète . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2 Valeur absolue associée et Lemme d’approximation 5
2.1 Lemme d’approximation pour les valeurs absolues . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2.2 Valeur absolue associé à une valuation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
3 Corps complet et Lemme de Hensel 9
4 Unicité de valuation discrète sur un corps complet 11
1 Généralité sur les valuations
1.1 Valuation
Pour un groupe abélien totalement ordonné (G, +, ă), on étend ses lois sur G Y t8u par :
• x + 8 = 8 et x ă 8 @x P G
• 8 + 8 = 8 et 8 ď 8
1
Généralité sur les valuations
Définition 1.1. Soit (K, +, ˆ) un corps commutatif et (G, +, ă) un groupe abélien totalement
ordonné. On appelle valuation un morphisme de groupes v : K ˆ Ñ G, avec v(0) := 8, vérifiant
v(a + b) ě mintv(a), v(b)u @a, b P K. Si un corps K admet une valuation, on l’appelle corps de
valuation.
Exemple 1.1. L’application v : K Ñ G Y t8u vérifiant
"
0 si a ‰ 0
v(a) =
8 si a = 0
est une valuation, dite valuation triviale.
Exemple 1.2. Soit (A, +, ˆ) un anneau intègre commutatif et (G, +, ă) un groupe abélien to-
talement ordonné. Soit v : Azt0u Ñ G un morphisme de monoïde avec v(0) := 8, vérifiant
v(a + b) ě mintv(a), v(b)u @a, b P A.
On note F (A) le corps de fractions de A, alors v se prolonge naturellement en une valuation à
F (A) par v(a/b) = v(a)´v(b). Il suffit de vérifier que v(a1 /b1 +a2 /b2 ) = v(a1 b2 +a2 b1 )´v(b1 b2 ) =
mintv(a1 b2 ), v(a2 b1 )u ´ v(b1 b2 ) = mintv(a1 /b1 ), v(a2 /b2 )u.
Soit a, b P K, d’après la définition, on a directement :
• v(1) = v(´1) = 0
• v(a) = v(´a)
• v(a ´ b) ě mintv(a), v(b)u
• v(am ) = m ¨ v(a) @m P Z
Lemme 1.2. Si v(a) ‰ v(b), alors v(a + b) = mintv(a), v(b)u.
Démonstration. Sans perte de généralité supposons que v(a) ă v(b). On a v(a+b) ě mintv(a), v(b)u =
v(a). En plus v(a) = v(a+b´b) ě mintv(a+b), v(b)u = v(a+b), si v(a+b) ě v(b) alors v(a) ě v(b)
absurde, donc v(a + b) ă v(b) et v(a) ě v(a + b). D’où l’égalité.
On s’intérésse ensuite aux éléments de valuation supérieur à l’élément neutre 0 de G.
Définition 1.3. Av := ta P K|v(a) ě 0u muni des opérations induites est un sous anneau de
K. On l’appelle anneau de valuation associé à v.
Si a, b P Av , alors v(a ´ b) ě mintv(a), v(b)u ě 0, et v(ab) = v(a) + v(b) ě 0. En plus
1 P Av , ce qui justifie que Av est un anneau.
Pour a P Av , on note (a) l’idéal de Av engendré par a. On définit le produit des idéaux I
et J comme l’idéal engendré par tij|i P I, j P Ju.
Lemme 1.4. Soit a P Av . L’idéal engendré par a dans Av s’écrit (a) = tb P K|v(b) ě v(a)u.
Démonstration. Soit b P Av tel que v(b) ě v(a). Le cas a = 0 est trivial. Si a ‰ 0 on pose
c = ba´1 . On a v(c) ě 0, donc b = ca avec c P Av , on a b P (a). Réciproquement si b P (a) alors
v(ba´1 ) ě 0, donc v(b) ě v(a). Par conséquence, @a P Av v(b) ě v(a) ðñ b P (a).
Lemme 1.5. v(a) = 0 si et seulement si a est inversible dans Av .
Démonstration. On remarque que v(a´1 ) = ´v(a). Si v(a) = 0, alors v(a´1 ) = 0, donc a´1 P Av ,
a est inversible dans Av . Réciproquement si v(a) ‰ 0, alors soit a R Av , soit a´1 R Av . Ainsi
v(a) = 0 ô a P Aˆ v.
2
Généralité sur les valuations
De ce fait, v(a) = v(b) ô (a) = (b). On peut ainsi classifier les idéaux principaux de Av :
Proposition 1.6. Soit I l’ensemble des idéaux principaux de Av , alors l’application
Ψ: I Ñ v(Av )
(a) ÞÑ v(a)
est une bijection.
Démonstration. Par l’équivalence v(a) = v(b) ô (a) = (b), Ψ est bien définie et injective. Elle
est clairement surjective.
Plus généralement, les éléments de K de valuation plus grand qu’un élément de G forme
un idéal de Av .
Lemme 1.7. Soit x P G tel que x ě 0. I = ta P K|v(a) ě(ą) xu est un idéal de Av .
Démonstration. Sachant que x ě 0, on a I Ă Av . Si a, b P I, alors v(a´b) ě mintv(a), v(b)u ě(ą)
x ; si a P I, b P Av , alors v(ab) = v(a) + v(b) ě(ą) x. I est un idéal de Av .
En plus, pour les idéaux I = ta P K|v(a) ě xu et J = ta P K|v(a) ě yu, leur produit est
IJ = ta P K|v(a) ě x + yu. Si l’un des inégalités de départ est stricte, alors l’inégalité finale est
stricte. On voit bien que les idéaux de cette forme sont totalement ordonnée par l’inclusion, avec
Av le plus grand, et ta P K|v(a) ą 0u le second.
Proposition 1.8. Av est un anneau local (i.e. anneau qui n’admet qu’un idéal maximal), avec
l’idéal maximal mv := ta P K|v(a) ą 0u.
Démonstration. Par le lemme 1.7 mv est un idéal de Av , en plus par le lemme 1.5 Av zmv =
ta P K|v(a) = 0u = Aˆv . mv est l’ensemble des non inversibles dans Av . Un idéal propre I de
Av ne contient aucun élément inversible, donc I P mv . D’où mv est l’unique idéal maximal de
Av .
On définit ainsi kv := Av /mv le corps résiduel associé. Pour un élément a P Av , on note
a = a + mv sa classe dans kv . Pour un polynôme f P Av [X], on note f le polynôme correspondant
dans kv [X], i.e.
n
ÿ ÿn
pour f = ai X i on note f = ai X i
i=0 i=0
Pour un polynôme F P kv , on dit que f P Av est un représentant de F si f = F . On
remarque que pour F P kv , on peut en choisir un représentant de même degré. Cette notion sera
utile dans le chapitre 3.
1.2 Valuation discrète
Une valuation est dite discrète si son image de K ˆ est un groupe cyclique. Quitte à
composer par l’isomorphisme de v(K ˆ ) dans Z, une valuation discrète se ramène à une application
surjective v : K Ñ Z Y t8u. Si un corps K admet une valuation discrète, on l’appelle corps
de valuation discrète. Dans ce cas Av est appelé anneau de valuation discrète associé.
Un élément π P Av est appelé une uniformisante si v(π) engendre v(K ˆ ) (qui n’existe
que dans le cas discret). Pour une valuation discrète surjective, on a v(π) = 1. D’après le lemme
1.4 on a (π) = ta P Av |v(a) ě 1u, qui coïncide avec mv = ta P Av |v(a) ą 0u.
3
Généralité sur les valuations
Lemme 1.9. Soit A un anneau principal et π un élément non nul non inversible. Alors qu’il
n’existe pas d’élément non nul a qui puisse s’écrire a = an π n avec an P A pour tout n P N.
Ş n
Démonstration. L’ensemble (π ) est un idéal comme intersection des idéaux. Désignons par
nPN
c son générateur, on veut montrer que c = 0.
Pour tout n P N, on peut écrire c = cn π n avec cn P A. Puisque π = 0, pour tout nN,
c1 = cn+1 π n , donc c1 P (c). On peut alors écrire c1 = ac avec a P A si bien que c1 = c1 aπ, donc
c1 (1 ´ aπ) = 0. Puisque π est non inversible, cela montre que c = 0.
Proposition 1.10. Une valuation v est discrète si et seulement si son anneau de valuation
associé Av est principal.
Démonstration. Soit v une valuation discrète (surjective sur Z). Soit I un idéal de Av , on pose
a P I tel que v(a) soit minimal. On a déjà (a) Ă I. Pour b P I, or v(b) ě v(a) donc b P (a). Ainsi
I = (a), Av est principal.
Réciproquement si Av est principal, on pose mv = (π). Soit a P Av , on pose n = suptn P
N | π n divise au. Puisque π est non inversible, par le lemme 1.9 si n = 8 alors a = 0. Sinon on
a a = π n a1 avec π - a1 , i.e. a1 R (π) = mv , a1 est inversible. Ainsi par lemme 1.5 v(a) = n ¨ v(π).
Pour a P KzAv , or a´1 P Av donc Dn P N v(a) = ´n ¨ v(π). Par conséquence, @a P K ˆ Dn P
Z v(a) = n ¨ v(π). Donc v(K) = v(π)Z Y t8u, v est discrète.
Pour une valuation discrète, son anneau de valuation Av n’admet que des idéaux principaux
et v(Av ) = N, donc par lemme 1.4, les ensembles ta P K|v(a) ě nu avec n P N sont les idéaux
de Av . Ils s’écrivent aussi mnv ou π n Av .
Exemple 1.3. Soit p un nombre premier, a P Z anneau des entiers. Or Z est factoriel, il existe
n P N tel que a = pn b où b est premier avec p. On définit l’ordre de divisibilité par p comme
vp (a) = suptn P N | pn divise au
( a, b P Z on) écrit a = p
v(a) 1
On remarque que si a = 0 alors v(a) = 8. Pour a et b = pv(b) b1 avec
a1 , b1 premier avec p. On vérifie que v(ab) = v pv(a)+v(b) a1 b1 = v(a) + v(b), et que si v(a) ď v(b)
( )
alors v(a + b) = v pv(a) (a1 pv(b)´v(a) + b1 ) ě v(a). Par l’exemple 1.2, vp se prolonge en une
valuation discrète à Q, qui vérifie
(a) " 1
n P Z si ab = pn ab1 avec p - a1 , p - b1
vp =
b 8 si a=0
La valuation vp est appelée valuation p-adique de Q. Dans ce cas Avp = t ab | a, b P Z, p - bu,
mvp = pAvp , et kvp – Z/pZ.
Cette construction s’applique pour tout anneau factoriel avec un élément premier.
Exemple 1.4. Soit K un corps commutatif. X étant un élément premier de K[X], l’ordre d’un
N
polynôme f = an X n P K[X] défini par
ř
n=0
o(f ) = inftn P N | an ‰ 0u
se prolonge en une valuation au corps des fractions rationnelles K(X). Dans ce cas Ao =
t fg | f, g P K[X], g(0) ‰ 0u, mo = XAo , et ko – K.
4
Valeur absolue associée et Lemme d’approximation
2 Valeur absolue associée et Lemme d’approximation
Le lemme d’approximation est un résultat pour les valeurs absolues. Pour une valuation à
valeurs réelles, on peut lui associer une valeur absolue. Ce résultat admet donc une version pour
les valuations.
2.1 Lemme d’approximation pour les valeurs absolues
Définition 2.1. Soit K un corps. Une valeur absolue sur K est une application | ¨ | de K dans
R+ telle que @x, y P K :
• |x| = 0 ô x = 0
• |xy| = |x| ¨ |y|
• |x + y| ď |x| + |y|
Si on a |x + y| ď max(|x|, |y|) qui est une condition plus forte que |x + y| ď |x| + |y|, cette valeur
absolue | ¨ | est dite ultramétrique.
Exemple 2.1. L’application | ¨ | : K Ñ R+ définie par :
"
1 si x ‰ 0
|x| =
0 si x = 0
est une valeur absolue sur K, appelé valeur absolue triviale.
Exemple 2.2. La valeur absolue sur R définie par :
"
x si xě0
|x|R =
´x sinon
est dite la valeur absolue usuelle.
La donnée d’une valeur absolue | ¨ | sur un corps K nous permet de définir une distance
d : K ˆ K Ñ R+ par d(x, y) = |x ´ y| pour x, y P K. On définit alors un espace métrique (K, d),
il admet ainsi une topologie induite.
L’inégalité triangulaire implique que ||x| ´ |y||R ď |x ´ y|, c’est-à-dire dR (|x|, |y|) ď d(x, y)
la valeur absolue est lipschitzienne donc continue.
On munit K ˆ K de la topologie produit. On vérifie aisément que l’addition et le produit
du corps sont des applications continues de K ˆ K dans K. Ainsi le corps K muni de la topologie
induite par une valeur absolue est un corps topologique.
Définition 2.2. Deux valeurs absolues | ¨ |1 , | ¨ |2 sur un corps K sont dites équivalentes si elles
définissent la même topologie.
On s’intéresse aux conditions nécessaires et suffisantes pour que deux valeurs absolues soient
équivalentes.
Lemme 2.3. Soient | ¨ |1 , | ¨ |2 deux valeurs absolues non triviales sur un corps K,alors les
assertions suivantes sont équivalentes :
5
Valeur absolue associée et Lemme d’approximation
1. | ¨ |1 , | ¨ |2 sont équivalentes
2. @x P K |x|1 ă 1 ô |x|2 ă 1
3. Dα ě 0 @x P K |x|1 = |x|α
2
Démonstration.
|¨|1
1 ñ 2 : Si les deux valeurs absolues sont équivalentes et |x|1 ă 1, on a xn ÝÝÑ 0 donc
|¨|2
xn ÝÝÑ 0 aussi. Ainsi |x|n2 Ñ 0 et |x|2 ă 1, d’où |x|1 ă 1 ñ |x|2 ă 1. La réciproque est
symétrique.
2 ñ 3 : Remarquons que |x|1 ą 1 ô |x´1 |1 ă 1 ô |x´1 |2 ă 1 ô |x|2 ą 1, en plus
|x|1 = 1 ô |x|2 = 1. La valeur absolue | ¨ |1 étant non triviale, il existe a P K ˆ telle que
log |a|1
|a|1 ă 1, donc |a|2 ă 1. On pose α = ą 0.
log |a|2
Soit b P K ˆ , on veut montrer que |b|1 = |b|α2 . On distingue trois cas :
i. |b|1 = 1, alors |b|2 = 1, d’où |b|1 = |b|α2
log |a|i
ii. |b|1 ă 1, alors |b|2 ă 1. On pose βi = pour i = 1, 2.
log |b|i
Si β1 ă β2 , il existe r = n P QX]β1 , β2 [ par densité. On pose alors x = an b´m P K ˆ ,
m
ainsi
log |x|i = n log |a|i ´ m log |b|i = n log |b|i (βi ´ r) pour i = 1, 2
Or log |b|1 ă 0, log |b|2 ă 0, β1 ą r et β2 ă r, donc log |x|1 ă 0 et log |x|2 ą 0, ainsi
|x|1 ă 1 et |x|2 ą 1, Contradiction.
Le même raisonnement s’applique en supposant β1 ă β2 . On en conclut que β1 = β2 ,
log |b|1 log |a|1
soit = = α, d’où |b|1 = |b|α
2.
log |b|2 log |a|2
iii. Si |b|1 ą 1, alors |b|2 ą 1. On applique le raisonnement précédent à b´1 . Ainsi
|b´1 |1 = |b´1 |α α
2 , donc |b|1 = |b|2 .
3 ñ 1 : Une boule ouverte pour la topologie induite par | ¨ |1 (respectivement | ¨ |2 ) est une
boule ouverte pour la topologie induite par | ¨ |2 (resp. | ¨ |1 ). On a donc bien la double
inclusions des deux topologies.
Lemme 2.4. Soient K un corps et | ¨ | une valeur absolue sur K. Si x P K tel que |x| ‰ 1, alors
xn
"
|¨| 0 si |x| ă 1
ÝÝ Ý Ñ
1 + xn nÑ8 1 si |x| ą 1
Démonstration. |x| ‰ 1, donc 1 + xn ne s’annule pas, la fraction est bien définie. Si |x| ă 1,
|¨|
|xn | = |x|n ÝÝÝÑ 0. Par la continuité de la valeur absolue xn ÝÝÝÑ 0. Sachant que le corps est
nÑ8 nÑ8
xn |¨|
topologique, on a ÝÝÝÑ 0.
1 + xn nÑ8
|¨| xn 1 |¨|
Si |x| ą 1, alors |x´1 | ă 1 donc x´n ÝÝÝÑ 0. Ainsi = ÝÝÝÑ 1.
nÑ8 1 + xn 1 + x´n nÑ8
Soit K un corps. Le lemme d’approximation nous dit que pour les valeurs absolues
| ¨ |1 , ..., | ¨ |J non équivalentes et les éléments b1 , ..., bJ de K, on peut trouver un élément x de
K qui approche bj simultanément dans la topologie de | ¨ |j , aussi proche que l’on veut. Afin de
démontrer ce résultat, il nous faut un lemme intermédiaire :
6
Valeur absolue associée et Lemme d’approximation
Lemme 2.5. Soit | ¨ |1 , ..., | ¨ |J des valeurs absolues non triviales non équivalentes sur un corps
K. Alors il existe x P K tel que |x|1 ą 1 et @j P v2, Jw |x|j ă 1.
Démonstration. Par récurrence sur J,
J = 2 : D’après le point 2 du lemme 2.3, sachant que | ¨ |1 , | ¨ |2 non équivalentes et non
triviales, on trouve y P K ˆ tel que |y|1 ă 1, |y|2 ě 1 et z P K tel que |z|1 ě 1, |z|2 ă 1.
On pose x = zy ´1 . Alors x satisfait les conditions.
J ą 2 : Par l’hypothèse de récurrence au rang J ´ 1, on trouve y P K tel que |y|1 ą 1 et
|y|j ă 1 pour 2 ď j ď J ´ 1. On trouve également z P K tel que |z|1 ą 1 et |z|J ă 1 par
l’hypothèse au rang 2. On a alors 3 possibilités :
i. Si |y|J ă 1, alors x = y convient.
ii. Si |y|J = 1, alors la suite |y n z|j ÝÝÝÑ 0 pour 2 ď j ď J ´ 1, on choisit x = y n z avec
nÑ8
n P N assez grand.
iii. Si |y|J ą 1, alors par le lemme 2.4
ˇ yn ˇ
ˇ ˇ "
ˇ ˇ ÝÝÝÑ 0 si 2ďj ďJ ´1
ˇ 1 + y n ˇ nÑ8 1
j
si j = 1, J
yn
Ainsi on pose x = z pour n assez grand, on obtient bien le résultat voulu.
1 + yn
Théorème 2.6 (Lemme d’approximation). Soient ϵ ą 0, J P N et | ¨ |1 , ..., | ¨ |J des valeurs
absolues sur un corps K non triviales non équivalentes. Soit (b1 , ..., bJ ) P K J , alors il existe
x P K tel que @j P v1, Jw on ait |x ´ bj |j ă ϵ.
Démonstration. D’après le lemme ˇ 2.5, pour
ˇ tout j P v1, Jw il ˇexiste xˇj P K tel que |xj |j ą 1 et
ˇ xn ˇ ˇ xn ˇ
j j
|xj |i ă 1 @i ‰ j. On a alors lim ˇ = 1 et @i ‰ j lim ˇ = 0.
ˇ ˇ ˇ ˇ
nÑ8 ˇ 1 + xn ˇ nÑ8 ˇ 1 + xn ˇ
ˇ ˇ
j j j i
J
ÿ xnj
On pose alors wn = bj , ainsi lim |wn ´ bj |j = 0. On choisit alors x = wn pour
j=1
1 + xnj nÑ8
n assez grand.
2.2 Valeur absolue associé à une valuation
Pour un corps K muni d’une valuation v à valeurs réelles, on peut définir la valeur absolue
associée à cette valuation par :
| ¨ |v : K Ñ R+
x ÞÑ e´v(x)
´8
avec la convention e = 0.
La constante d’Euler e peut être remplacée par un nombre réel strictement supérieur à 1.
On définit ainsi des valeurs absolues équivalentes.
Exemple 2.3. La valeur absolue associé à la valuation p-adique sur Q est appelé Valeur absolue
p-adique. Elle est conventionnellement définie comme :
| ¨ |p : Q Ñ R+
x Þ Ñ p´vp (x)
7
Valeur absolue associée et Lemme d’approximation
On remarque alors que, pour la valuation triviale, on retrouve la valeur absolue triviale.
On a en effet l’équivalence suivant :
Proposition 2.7. Soit K un corps. Une application de K dans R est une valeur absolue associée
à une valuation à valeurs réelles si et seulement si elle est une valeur absolue ultramétrique.
Démonstration. Soit v une valuation de K à valeurs réelles. On vérifie que pour x, y P K :
• |x|v = 0 ô v(x) = 8 ô x = 0
• |x + y|v = e´v(x+y) ď e´ mintv(x),v(y)u = maxte´v(x) , e´v(y) u = maxt|x|v , |y|v u
• |xy|v = e´v(xy) = e´v(x)´v(y) = |x|v ¨ |y|v
Réciproquement soit |¨| une valeur absolue ultramétrique sur K. On définit v : K Ñ RYt8u
telle que @a P K "
´ ln |a| si a ‰ 0
v(a) =
8 si a = 0
On vérifie que pour a, b P K
• v(a) = 8 ô |a| = 0 ô a = 0
• v(a + b) = ´ ln |a + b| ě ´ ln(maxt|a|, |b|u) = mintv(x), v(y)u
• v(ab) = ´ ln |ab| = ´ ln |a| ´ ln |b| = v(a) + v(b)
On définit bien une valuation à valeurs dans le groupe totalement ordonné (R, +, ă).
Grâce à cette proposition, les résultats de valeurs absolues ultramétrique s’applique sur les
valuations. Pour une valuation v, notons dv la distance associée à sa valeur absolue associée.
Cette distance vérifie donc dv (a, b) = e´v(a´b) . (K, dv ) est un espace ultramétrique. On dit que
deux valuations sont équivalentes si elles définissent la même topologie.
Les deux corollaires suivants proviennent du lemme 2.3 et du théorème 2.6.
Corollaire 2.8. Soient v, w deux valuations non triviales sur un corps K, alors les assertions
suivantes sont équivalentes :
1. v et w sont équivalentes
2. Av = Aw
3. v et w sont positivement proportionnelles.
Démonstration. On les identifie les points avec ceux du lemme 2.3.
1. Par la définition.
2. Soit a P K. Si a ‰ 0 alors |a´1 |v ă 1 ô |a´1 |w ă 1, donc |a|v ą 1 ô |a|w ą 1. Par les
contrapositions |a|v ď 1 ô |a|w ď 1, donc v(a) ě 0 ô w(a) ě 0. D’où Av = Aw .
3. Soit α ě 0 tel que @a P K |a|v = |a|α
w . Ainsi ln |a|v = α ln |a|w , donc v(a) = α ¨ w(a).
Par conséquence, si on se donne deux valuations discrètes surjectives (sur Z Y t8u) équi-
valentes, alors qu’elles sont identiques.
Corollaire 2.9. Soient c P R, J P N et v1 , ..., vJ des valuations non triviales sur un corps K non
équivalentes. Soit (b1 , ..., bJ ) P K J , alors il existe x P K tel que @j P v1, Jw on ait vj (x ´ bj ) ą c.
Démonstration. On pose ϵ = e´c ą 0. Les valeurs absolues associées | ¨ |1 , ..., | ¨ |J sont non
triviales non équivalentes, donc par le lemme d’approximation il existe x P K tel que @j P v1, Jw
|x ´ bj |j ă ϵ = e´c , donc vj (x ´ bj ) ą c.
8
Corps complet et Lemme de Hensel
Comme une valuation définit un espace ultramétrique, on a :
Proposition 2.10. Une suite (an ) d’un corps de valuation K par rapport à v est de Cauchy si
et seulement si v(an+1 ´ an ) ÝÝÝÑ 8.
nÑ8
Démonstration. v(an+1 ´ an ) ÝÝÝÑ 8 si et seulement si |an+1 ´ an |v ÝÝÝÑ 0. L’application
nÑ8 nÑ8
directe est immédiate.
Réciproquement si |an+1 ´ an |v ÝÝÝÑ 0, alors pour ϵ ą 0, Dn P N @p ě n |ap+1 ´ ap |v ă ϵ.
nÑ8
Ainsi pour q ą p ě n, on a |aq ´ ap |v ď maxt|aq ´ aq´1 |v , . . . , |ap+1 ´ ap |v u ă ϵ. D’où la suite
(an ) est de Cauchy.
3 Corps complet et Lemme de Hensel
Un corps de valuation K est dit complet si la topologie associée à sa valuation v rend K
un espace complet. Dans ce cas, K est appelé corps complet par rapport à la valuation v, ou un
corps complet de valuation.
Une suite (an ) d’un corps complet de valuation est convergente si et seulement si v(an+1 ´
an ) Ñ 8, car elle est ainsi une suite de Cauchy.
Exemple 3.1. Soit Q muni de la valuation p-adique vp . On définit Qp la complété de Q par la
distance associée à vp . Ses éléments sont les classes d’équivalences des suites de Cauchy, où deux
suites sont dites équivalentes si leur différence converge vers zéro. On prolonge vp par continuité.
Alors Qp est un corps complet par rapport à la valuation vp prolongée. On note souvent Zp son
anneau de valuation.
Exemple 3.2. Soit k un corps. L’anneau des séries formelles K[[X]] muni de l’ordre comme
l’exemple 1.4, s’étant sur le corps des séries formelles de Laurent K((X)) (qui est son corps de
fraction) en un corps complet de valuation. Ce corps est en effet la complétion du corps K(X).
Le lemme de Hensel relève la décomposition premier d’un polynôme de kv [X] à Av [X].
Il s’applique sur tout corps complet de valuation discrète. On introduit un lemme qui nous
sert à démontrer le lemme de Hensel.
Lemme 3.1. Soit k un corps, G, H P k[X] premiers entre eux. Alors pour P P k[X] tel que
d0 P ď d0 G + d0 H, il existe V, W P k[X] vérifiant P = V G + W H, d0 V ď d0 H et d0 W ď d0 G.
Démonstration. k est un corps donc k[X] est un anneau euclidien par rapport au degré du
polynôme. G et H sont premiers entre eux dans un anneau principal, d’après le théorème de
Bézout on pose V, W P k[X] vérifiant GV + HW = P . Par la division euclidienne de V par H,
on a V = QH + V 1 avec d0 V 1 ă d0 H. L’égalité dessus s’écrit P = (V ´ QH)G + (W + QG)H =
V 1 G + W 1 H. En plus d0 (W 1 H) = d0 (P ´ V 1 G) ď maxtd0 P, d0 V + d0 Hu ď d0 G + d0 H, donc
d0 W 1 ď d0 G.
Théorème 3.2 (lemme de Hensel). Soit K un corps complet par rapport à une valuation discrète
v. Soit f un polynôme unitaire dans Av [X] tel que le polynôme correspondant f P kv [X] se
factorise comme f = GH avec G, H unitaire premiers entre eux dans kv [X]. Alors il existe des
polynômes unitaires g, h qui sont des représentants de même degrés de G, H tels que f = gh.
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Corps complet et Lemme de Hensel
Démonstration. Posons r = d0 G, s = d0 H, ainsi d := d0 f = r + s. Construisons récursivement
pour n P N des représentants gn , hn de même degrés de G, H, tels que f −gn hn P mnv [X].
Pour n = 1, on choisit g1 , h1 P Av [X] des représentants de même degrés de G, H. On a
f −g1 h1 P mv [X] car f = g1 h1 .
Supposons que gn , hn déjà construit, de sorte que
d
ÿ
f −gn hn = cni X i avec cni P (π n )
i=0
Or G et H sont premiers entre eux, d’après le lemme 3.1, pour chaque i P v0, dw il existe
Vi , Wi P Av [X] tels que X i = Vi G + Wi H avec d0 Vi ď s et d0 Wi ď r. Posons vi , wi leur repré-
sentants de même degrés, ainsi dans Av on a X i −vi gn −wi hn P mv [X]. On pose
d
ÿ d
ÿ
gn+1 = gn + cni wi , hn+1 = hn + cni vi
i=0 i=0
Or cni n
P (π ) Ă mv , donc gn+1 = gn = G. Le coefficient de degré r de gn+1 est ainsi non nul,
en plus pour tout i on a d0 wi ď r, donc d0 gn+1 = r. De même hn+1 = hn = H et d0 hn+1 = s.
On vérifie que ( )( )
d
ÿ d
ÿ
f ´ gn+1 hn+1 = f ´ gn + cni wi hn + cni vi
i=0 i=0
( )( )
d
ÿ d
ÿ d
ÿ
= f ´ gn hn ´ cni (vi gn + wi hn ) ´ cni wi cni vi
i=0 i=0 i=0
( )( )
d
ÿ d
ÿ d
ÿ
= cni (X i ´ vi gn ´ wi hn ) ´ cni wi cni vi
i=0 i=0 i=0
n+1
ce qui justifie que f ´ gn+1 hn+1 P (π )[X] car cni n i
P (π ) et X −vi gn −wi hn P (π)[X].
Pour chaque i on a v(cni ) ě n, la série cni est convergente, soit ci la somme. Comme
ř
ně1
n´1 d d n´1 d
cki wi = g1 + cki wi , on pose g = g1 + ci wi . Puisque mv = Bf (0, |π|)
ř ř ř ř ř
gn = g1 +
k=1 i=0 i=0 k=1 i=0
est un fermé, on a ci P mv . Par conséquence g = g1 = G, de même h = H. Par construction
f ´ gn hn P (π n ), cette suite converge vers 0, donc f = gh. Le polynôme G étant unitaire, le
coefficient dominant de g vaut 1 + a avec a P mv . Remplaçons g par (1 + a)´1 g et h par (1 + a)h,
on obtient f = gh avec g, h unitaires car f est unitaire.
Si on applique le lemme de Hensel aux cas où G est de degré 1, alors qu’on en obtient une
version faible. Cette version est utile pour démontrer le résultat final.
Corollaire 3.3. Soit f un polynôme unitaire dans Av [X] tel que le polynôme correspondant f
admet une racine simple a. Alors f admet une racine simple b telle que b = a.
Démonstration. Soit K un corps complet par rapport à une valuation discrète v. a étant une
une racine simple, f se décompose en f = (X ´ a)H avec X ´ a et H premiers entre eux. Par
la proposition 3.2 il existe g, h P Av [X] unitaires tels que f = gh, d0 g = 1, g = X ´ a et h = H.
On pose g = X ´ b, ainsi b est une racine de f et b = a. En plus si b était une racine de h, alors
a serait une racine de H, absurde. Donc b est une racine simple de f .
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Unicité de valuation discrète sur un corps complet
4 Unicité de valuation discrète sur un corps complet
Théorème 4.1. Soit K un corps complet par rapport à une valuation discrète v, alors v est la
seule valuation discrète surjective sur K.
Le théorème s’applique sur tout corps complet de valuation discrète. Pour éviter de parler
d’extensions du corps, on se restreint dans le cas où le corps résiduel kv est algébriquement clos.
Démonstration. (cas kv algébriquement clos) Soit w une autre valuation discrète surjective sur
K distinct de v, soit π une uniformisante de w. Par le lemme d’approximation, il existe a P K tel
que v(a´1) ą 1 et w(a´π) ą 1. On a alors par le lemme 1.2 v(a) = v(1) = 0 et w(a) = w(π) = 1.
Si le caractéristique du corps résiduel char(kv ) = p ą 0, on choisit m ą 1 un entier premier
avec p, sinon un entier m ą 1 suffit. On applique le lemme de Hensel au polynôme f = X m −a,
qui est dans Av [X] car v(a) = 0. Soit r une racine de f dans kv . Si elle est multiple, alors
1
f (r) = rm ´ a = 0 et f (r) = mrm´1 = 0. Sachant que m ‰ 0 dans kv , on a r = 0, donc a = 0.
Ce qui est absurde car v(a) = 0 implique a R mv . r étant une racine simple, par le corolaire 3.3
on obtient b P Av tel que bm = a. Mais m ¨ w(b) = w(bm ) = w(a) = 1, contradiction.
Exemple 4.1. Soient p ‰ q P N premiers. On pose a = pq P Q, alors vp (a) = 1 et vq (a) = ´1. Par
le point 2 du corollaire 2.8 vp et vq ne sont pas équivalentes.
Nous illustrons un exemple de corps de valuation qui admet des valuations discrètes non
équivalentes. L’hypothèse de la complétude est donc nécessaire.
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