SUJET: « Tout grand roman est un déicide, c’est-à-dire un assassinat
symbolique de la réalité ». Commentez et discutez ces propos à l’aide
d’exemples illustratifs.
La littérature demeure le cadre à partir duquel l’écrivain, à travers des genres
variés, révèle sa vision du monde. Le roman, plus accessible au public, dévoile
de façon plus claire le côté artistique de l’homme de plume. La grandeur et la
pertinence de l’œuvre romanesque se mesurent par l’illusion de vérité qu’elle
entretient. C’est fort de ce constat qu’il est affirmé : « Tout grand roman est un
déicide, c’est-à-dire un assassinat symbolique de la réalité ». En d’autres termes,
le véritable roman est une falsification du réel. Mais, la vocation de tout grand
roman est-elle uniquement de fictionnaliser la réalité ? Alors, il convient d’une
part d’analyser la dimension illusionniste du roman et d’autre part de montrer
comment l’œuvre romanesque reflète la vie.
Louis Aragon sur le roman. Le surréaliste soutient : « L’art du romancier est de
savoir mentir mais mentir en créant l’illusion de vérité ».
Louis Aragon « Le roman est un mentir-vrai. Il falsifie la vie, et comme tout
autre art, il choisit dans le réel et le recrée ».
En gros, le roman, étant un produit du milieu, ne peut en aucun cas ignorer les
réalités de celui-ci. Mieux, il devient sa vitrine et son miroir.
« Le roman est un miroir que l’on promène le long du chemin ». Stendhal
« Tant qu’il y aura sur cette terre misère et ignorance, des livres de la nature de
celui-ci pourront ne pas être inutiles ». Les Misérables [Link]
Le roman a été pendant longtemps une arme de combat contre les injustices
sociales, politiques et religieuses. Il fait un diagnostic sans complaisance des
maux qui minent le milieu et tente d’y apporter des solutions. La plupart des
romans africains produits dans la période dite de contestation entrent dans ce
cadre. C’est ainsi qu’une vie de boy de Ferdinand Oyono dénonce avec force les
effets néfastes de la colonisation à travers le personnage de Toundi. Le même
son de cloche est noté du côté de l’œuvre de Chinua Achébé Le monde
s’effondre dans lequel l’auteur fustige le couple colonialisme /racisme par
l’intermédiaire d’Okonkwo, le héros du roman.
Dans la même veine, le roman cherche également à corriger les défauts des
hommes. Les personnages mis en scène portent les valeurs du milieu et peuvent
parfois incarner des types qui le plus souvent sont nuisibles à la société. Le
romancier crée ses anti-modèles pour pointer du doigt l’hypocrisie,
l’intolérance, la méchanceté, la tyrannie et tant d’autres vices qui avilissent
l’homme. Dans La symphonie pastorale, André Gide condamne l’attitude
hypocrite du Pasteur face à Gertrude, fille aveugle qu’il avait recueillie pour
assurer son éducation. D’un amour filial, l’homme d’église bascule vers un
amour charnel et détruit ainsi l’équilibre de son foyer. Dans Karim, Ousmane
Socé Diop dénonce le vol à travers le personnage de Badara qui détourne les
deniers publics pour financer ses séances de rivalité l’opposant à Karim. Badara
bat à plate couture son adversaire mais termine ses jours en prison.
En définitive, la problématique du roman a toujours suscité des débats houleux
dans les milieux littéraires. Si d’aucuns pensent qu’il assassine symboliquement
la réalité, d’autres soutiennent qu’il est le véritable miroir qui reflète la vie. Face
à ces prises de positions parfois trop radicales, il s’avère nécessaire de rappeler
la définition du genre en tant que tel. Considéré comme un fourre-tout, une
œuvre protéiforme, le roman s’illustre par sa dimension fictive qui l’élève au
rang d’un miroir déformant en contact avec la réalité. Ainsi, il reste un produit
d’art qui tente de recréer la vie. Mais le roman, compte tenu de son statut de
menteur au premier degré, peut-il jouer un rôle éminemment utile dans cette
société instable et envahie par les nouveaux objets technologiques ?
7 SUJETS DE DISSERTATION SUR LE ROMAN
SUJET 1
Sembéne Ousmane a écrit : « Le roman n’est pas seulement pour moi
témoignage, description, mais action, une action au service de l’homme, une
contribution à la marche en avant de l’humanité ».
Vous expliquerez puis discuterez cette conception du roman, que vous étendrez
à l’œuvre littéraire en générale vous appuyant sur des exemples précis tirés de
vos lectures.
SUJET 2
« Le roman est un miroir que l’on promène le long du chemin ». Expliquez et
discutez cette affirmation de Stendhal en vous appuyant sur des exemples
littéraires.
SUJET 3
« Tant qu’il y aura sur cette terre misère et ignorance, des livres de la nature de
celui-ci pourront ne pas être inutiles ». Expliquez ces propos de Victor Hugo
lisibles dans la préface du roman intitulé Les Misérables (1862).
Vous montrerez d’abord tout l’intérêt sur lequel repose un roman engagé pour
donner raison à Hugo et à tous ceux qui s’acharnent comme lui à faire éloigner
du monde la misère humaine. Néanmoins, n’oubliez pas d’émettre des réserves
car il existe d’autres romans n’ayant rien à voir avec l’engagement et pourtant
orientés vers ce même objectif. Enfin, démontrez que, les autres genres
littéraires en sont capables.
SUJET 4
Dans toute production romanesque, il y a toujours une empreinte personnelle du
romancier et du monde.
Développer d'abord, cette opinions, avec des exemples tirés des œuvres
romanesques, que le roman est une œuvre d'art née de la sensibilité personnelle;
ensuite prouver que le romancier pour produire son roman puise sa matière et
son inspiration du réel des hommes. Enfin, dites selon vous, laquelle de ces
appréciations sur le roman montre de plus le génie du romancier.
SUJET 5
L’impression du monde réel par les mots, c'est tout ce qu'il faut entendre par
roman.
Montrer d'une part, comment à partir de la fiction le roman se veut miroir du
monde,d'autre part que le roman est un outil d'évasion. Enfin, démontrez qu'à
travers la fiction, le romancier peut dénoncer les tares auxquelles l'humanité a
toujours été confrontée.
SUJET 6
Le personnage romanesque est tout sauf ce que nous sommes.
Expliquez cette déclaration, en justifiant d'abord que le personnage du roman
n'est qu'une pure
simulation du réel; ensuite, tentez d'argumenter qu'en dépit de tout, il est
similaire à nous.
SUJET 7
Celui qui décide d'écrire un roman n'est jamais neutre. Il prend toujours parti,
soit pour instruire soit pour stigmatiser. De part et d'autre il est au service de
tous. Dans une argumentation bien structurée et étayée par des exemples précis
tirés des oeuvres
romanesque que vous avez lues, démontrez d'une part que le roman est une
leçon de conduite et un instrument de révolte contre la détresse; d'autre part,
tentez de prouver que l'oeuvre romanesque est porteuse de l'histoire personnelle
du romancier. A la lumière des deux premiers aspects dites lequel
vous parait utile à la société.
SUJET 8
Écrire un roman, c'est manifester une certaine insatisfaction du monde.
Dans un développement argumenté et organisé, et en vous appuyant sur des
exemples précis tirés des œuvres romanesques que vous connaissez, comment
cette déclaration, en montrant d'abord,
comment le romancier, à travers son génie créateur, refuse de se contenter
seulement de la transcription du réel dans son roman: en montrant, ensuite, que
malgré son détachement du réel , le romancier se veut objectif. Déterminez enfin
les rapports qui existent entre la fiction et la réalité.
SUJET 9
L’écrivain Albert Béghin affirmait : « les personnages du roman ne ressemblent
pas davantage à la réalité qu’à des habitants des songes ». Expliquez et discutez
ce point de vue sur la manière de concevoir le personnage romanesque.
SUJET 10
« Tout grand roman est un déicide, c’est-à-dire un assassinat symbolique de la
réalité ». Commentez et discutez ces propos à l’aide d’exemples illustratifs.
SUJET 11
Dans la préface de Pierre et Jean, Maupassant disait : « Le but du roman n’est
pas de nous raconter une histoire, de nous amuser et de nous attendrir mais de
nous forcer à penser, à comprendre le sens profond et caché des événements.»
Partagez-vous cette opinion ? Vous donnerez votre réponse en vous appuyant
sur des exemples littéraires précis.
SUJET 12
Dans une interview accordée à « Afrique Culture » parue en Avril 1991,
Boubacar Boris Diop déclarait : « chaque romancier doit oser être lui-même, se
méfier des modes et des chapelles des critères qui fondent leur succès, oser
écrire à contre-courant, c’est cela pour lui le prix de l’authenticité ».
En vous fondant sur les œuvres que vous connaissez, pensez-vous que le succès
d’une œuvre littéraire réside dans sa conformité plus que dans son originalité ?
SUJET 13
Jean B. Louvet définit ainsi le rôle du romancier : « un romancier doit être
l’historien de son âge. Il ne peut prendre autre chose que ce qu’il a vu ».
Expliquez puis discutez son point de vue.
SUJET 14
« Le roman doit-il accorder la priorité à la représentation du réel ou tout au
contraire privilégier l'invention imaginaire ? Partagez-vous ce point de vue ?
Vous appuierez vos réponses sur vos
lectures.
SUJET 15
Un roman doit-il ouvrir les yeux du lecteur sur la vie et le monde, ou, au
contraire, lui permettre
d'échapper à la réalité ? Partagez-vous ce point de vue ? Vous appuierez vos
réponses sur vos lectures.
SUJET 16
Dans sa préface de L'Assommoir (1877), Émile Zola se félicitait d'avoir écrit «
un roman qui sente l'odeur du peuple » parce qu'il était convaincu d'avoir réussi
à reproduire, en même temps que les aspirations de celui-ci, et avec une absolue
fidélité, le langage ordurier de la masse prolétarienne tout autant que sa misère
décrite à la loupe. Dans une démarche cohérente et organisée autour d’exemples
convaincants, commencez par vous
interroger sur la raison d’une production artistique qui se penche sur la misère
du monde. Toutefois, demandez-vous si c’est le peuple seulement qui peut
constituer la source d'inspiration de l'écrivain. Enfin, nuancez le plus possible
ces deux avis en montrant que poésie, théâtre et roman sentiront toujours «
l’odeur du peuple », d’une façon ou d’une autre.
SUJET 17
Émile Zola dans Le Roman expérimental (1880) affirme qu’une œuvre littéraire
doit être « un
procès-verbal, rien de plus : elle n’a que le mérite de l’observation exacte ».
Ce jugement s’accorde-t-il avec votre lecture de Les contemplations et de
L’Étranger ?