UE 115
Devoir 1
Économie
Année 2015-2016
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Auteur : Nicolas DELORD
EXERCICE 1 : QUESTIONS SUR UN DOCUMENT TEXTE (10 POINTS)
Quel équilibre entre l’État et le marché pour la Chine ?
Aucun autre pays n’a connu une croissance aussi rapide et n’a extrait autant de gens de la pauvreté que la
Chine au cours des 30 dernières années. Malgré l’opposition de puissants intérêts particuliers, la volonté de
ses dirigeants de revoir le modèle économique du pays quand et lorsque c’est nécessaire, constitue une
marque du succès chinois. Et maintenant que l’État met en œuvre d’autres réformes fondamentales, ces
intérêts particuliers font tout pour y résister. Dans ces conditions, les réformateurs pourront-ils triompher à
nouveau ?
Pour répondre à cette question, il faut prendre en compte un point clé : de la même manière que dans le
passé, le cycle actuel de réformes va restructurer non seulement l’économie, mais toucher aux intérêts
particuliers dont dépendent en partie les réformes futures. Et aujourd’hui, tandis que l’on porte beaucoup
d’attention à des initiatives importantes – par exemple l’intensification de la campagne anticorruption – le
plus grand problème auquel la Chine est confrontée concerne les rôles respectifs de l’État et du marché.
Il y a plus de 30 ans, quand les réformes ont commencé, la direction était claire : il fallait que le marché joue
un rôle bien plus important dans la répartition des ressources. Et c’est ce qu’il a fait, au point qu’aujourd’hui
le secteur privé est beaucoup plus étendu qu’il ne l’était alors. Il y a un large consensus sur l’idée que le
marché doit jouer un « rôle décisif » (selon l’expression des responsables politiques) dans beaucoup de
secteurs où les entreprises publiques dominent. Mais quel devrait être son rôle dans les autres secteurs, et
plus généralement dans l’économie ?
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Beaucoup des problèmes de la Chine d’aujourd’hui tiennent à trop de marché et trop peu d’État. Ou, pour
le dire autrement, l’État fait ce qu’il ne devrait pas, et ne fait pas ce qu’il devrait.
L’augmentation de la pollution, par exemple, menace gravement la qualité de vie, le niveau des inégalités de
revenus et de patrimoine se rapproche maintenant de celui des États-Unis et la corruption envahit autant le
secteur public que le secteur privé. Tout cela mine la confiance au sein de la société et dans le gouverne-
ment – une tendance particulièrement évidente en ce qui concerne la sécurité alimentaire.
Ces problèmes pourraient s’aggraver au moment où la Chine restructure son économie, basculant d’une
croissance basée sur les exportations à une croissance basée sur les services et la consommation des
ménages. Le potentiel de croissance de cette consommation est important, mais le style de vie matérialiste
et dépensier des Américains serait un désastre pour le pays – et pour la planète. La pollution de l’air en
Chine atteint un niveau tel qu’elle menace la vie de la population. Quant au réchauffement climatique – dû,
notamment, aux émissions de carbone de la Chine qui sont toujours à la hausse – il pourrait menacer toute
la planète.
Il existe une meilleure stratégie. Tout d’abord, le niveau de vie serait meilleur si davantage de ressources
étaient allouées pour corriger les déficits massifs en termes de santé et d’éducation. L’État devrait jouer un
rôle moteur pour cela, comme il le fait dans la plupart des économies de marché. Or, il y a de bonnes raisons
pour qu’il intervienne ainsi.
Le système de santé américain essentiellement privé est beaucoup plus coûteux et moins efficace que ceux
des pays européens. Il n’est pas souhaitable pour la Chine qu’elle s’oriente vers un système de santé plus
libéral. Depuis quelques années, le gouvernement a réalisé des avancées importantes pour que la popula-
tion puisse accéder plus largement aux soins de santé primaire, notamment dans les zones rurales. Certains
observateurs comparent la politique de santé chinoise à celle du Royaume-Uni où un système privé s’ajoute
au système de santé public. On peut discuter pour savoir si ce modèle est meilleur que le système français
par exemple dans lequel l’État est très présent. Mais, si l’on adopte le système britannique, c’est le système •••/•••
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Économie • Devoir 1
•••/••• de santé public qui fait toute la différence car, au Royaume-Uni, le secteur privé de santé joue un rôle rela-
tivement réduit.
De la même manière, bien que la Chine ait déjà fait des progrès pour passer d’une économie manufacturière
à une économie de services (pour la première fois en 2013 la part des services dans le PIB a dépassé celle
de la production manufacturière), il lui reste encore un long chemin à parcourir. Beaucoup de secteurs sont
déjà en surcapacité, et pour qu’elle se déroule sans trop de difficultés, leur restructuration nécessitera l’aide
de l’État.
La Chine se réorganise d’une autre manière, en procédant à une urbanisation rapide. Pour que les villes
soient vivables et leur environnement durable, il faudra que l’État planifie le développement urbain et inter-
vienne énergiquement pour fournir moyens de transport, écoles, hôpitaux et espaces verts, entre autres
services publics.
La crise économique mondiale après 2008 montre que les marchés ne se régulent pas d’eux-mêmes. Ils
donnent facilement naissance à des bulles des actifs ou du crédit qui finissent inévitablement par éclater –
souvent lorsque les flux financiers transfrontaliers s’inversent brusquement – avec un coût social énorme.
L’engouement de l’Amérique pour la dérégulation a causé la crise. Le problème n’est pas seulement le
rythme et le séquençage de la libéralisation comme certains le disent, car il faut aussi considérer ce à quoi
aboutit la libéralisation. La déréglementation des taux d’épargne a conduit à la crise des caisses d’épargne
dans les années 1980 aux États-Unis. L’absence de réglementation des taux de prêt a encouragé les
conduites prédatrices aux dépends des consommateurs pauvres. La dérégulation bancaire a conduit à plus
de risque et non à plus de croissance.
Il faut espérer que la Chine ne suivra pas le même chemin que les États-Unis, avec les mêmes consé-
quences désastreuses. Le problème pour ses dirigeants est de concevoir une réglementation appropriée à
son étape de développement.
Il y faudra un financement supplémentaire. Pour remplir leur caisse, les gouvernements locaux s’appuient
sur la vente de terrains, ce qui entraîne de nombreuses distorsions économiques et constitue une source
importante de corruption. Les autorités devraient plutôt accroître leurs revenus par des taxes vertes (notam-
ment une taxe sur les émissions de carbone), un impôt sur les revenus plus progressif (revenus du capital
inclus) et une taxe foncière. Par ailleurs, l’État devrait s’approprier par l’intermédiaire des dividendes une
plus grande part des bénéfices des entreprises publiques (sans doute en partie aux dépends des dirigeants
de ces firmes).
La question est de savoir si la Chine peut simultanément maintenir une croissance rapide (même si elle est
un peu inférieure aux pics records récents), contrôler l’expansion du crédit (ce qui pourrait entraîner une
chute brutale du prix des actifs), faire face à une demande mondiale faible, restructurer son économie et
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combattre la corruption. Dans d’autres pays ces défis impressionnants n’ont pas conduit à des progrès,
mais à la paralysie.
La clé du succès économique est claire : il faut recourir à la fiscalité et augmenter le budget consacré à
l’urbanisation, à la santé et à l’éducation. Cela permettrait de soutenir la croissance, d’améliorer la qualité
de l’environnement et de réduire les inégalités. Si la Chine parvient à réaliser un tel programme, elle s’en
trouvera mieux – ainsi que le reste du monde.
Joseph Stiglitz, Les Échos, avril 2014.
TRAVAIL À FAIRE
1. Les réformes des années 1980 en Chine sont-elles marquées par un rôle plus important de l’État
ou du marché ? Expliquez. (2 points)
2. Quels sont les problèmes principaux rencontrés par la Chine contemporaine ? À quel stade de
développement économique correspondent ces préoccupations ? (2 points)
3. Les solutions proposées par Joseph Stiglitz passent-elles par plus d’État ou plus de marché ? À
quel(s) courant(s) économique(s) rattacheriez-vous cet économiste et pour quelles raisons ? (2 points)
4. Remplissez le tableau à partir des éléments du texte en identifiant la stratégie économique chinoise
contemporaine, les risques qu’elle comporte et, enfin, les propositions de réformes faites dans le
texte. (4 points)
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UE 115 • Économie
Stratégie chinoise Risques Proposition de réformes
actuelle économiques
Spécialisation
productive
Urbanisation
et environnement
Santé et éducation
Financement
du modèle économique
EXERCICE 2 : DISSERTATION (10 POINTS)
TRAVAIL À FAIRE
Proposez un plan détaillé du sujet ci-après avec des arguments synthétiques, une introduction rédi-
gée, un plan apparent et une conclusion, en vous appuyant sur vos connaissances et les éléments de
cours de la série (faits et théories).
Dans quelle mesure les causes économiques des Trente Glorieuses sont-elles aussi à l’origine du
ralentissement de la croissance économique dans les pays développés à partir des années 1970 ?
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