CHAPITRE 4 : VALORISATION EN DEVISES
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Chapitre 4 : Valorisation en devises
INTRODUCTION AUX PROBLÈMES DE TRANSACTIONS EN DEVISES
1 . THEORIE
INTRODUCTION : ACTIFS ET PASSIFS MONÉTAIRES ET NON MONÉTAIRES
Actifs et passifs non monétaires
On pourrait décrire ces actifs et passifs non monétaires comme étant
des postes qui ne seront plus influencés par l’évolution ultérieure du
cours de change de la monnaie dans laquelle ils ont été libellés.
Pour les actifs ou passifs non monétaires dont l’acquisition a donné lieu
à une opération en devises étrangères ( par exemple stocks,
immeubles, immobilisations financières et le capital social) , la valeur
d’inventaire comptable pour laquelle ils sont inscrits et restent inscrits
dans les comptes est leur valeur d ‘inventaire comptable en €
applicable au jour de l’inscription originelle de ces actifs et passifs dans
le patrimoine bilantaire de l’entreprise, en vertu du principe comptable
de coût historique.
Ainsi, si une entreprise belge achète une machine de production et
que la facture est libellée en $, cette opération comptable donne lieu
à un enregistrement comptable d’un poste non monétaire, au cours du
jour en €. Dès lors , la valeur d’achat ( d’inventaire) n’est plus influencée
par l’évolution du cours du $.
Exemple :
Actifs et passifs monétaires
Les postes monétaires concernent principalement les créances, dettes
et autres postes de trésorerie. Les actifs et passifs monétaires en devises
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étrangères (par exemple, les comptes clients, fournisseurs, placements
de trésorerie, comptes à vue, emprunts,…) sont, eux aussi, enregistrés
au cours du jour, en €, au moment de l’opération.
MAIS, contrairement aux postes non monétaires, ces actifs et passifs
monétaires, bien que convertis en € pour leur enregistrement initial,
restent « libellés » en devises étrangères. Leur contrevaleur en €
continue donc de subir les fluctuations (à la hausse ou à la baisse) de la
devise, sauf s’ils font l’objet d’une couverture de change (voir infra).
La Commission des Normes Comptables indique à cet égard que
l’organisation administrative et comptable doit être telle que, non
seulement, elle enregistre la contre-valeur en € de l’opération en
devises, mais aussi qu’elle assure le suivi du montant en devises sur
lequel elle porte.
DIFFERENCE DE CHANGE: Ces différences sont actées lors de la réalisation
des postes monétaires en cause et sont portées directement en
compte de résultats.
Exemple d’une différence de change :
SECTION 1 : APERÇU DE LA VALORISATION COMPTABLE DES POSTES
MONÉTAIRES NON COUVERTS.
Les avoirs et/ou engagements libellés en devises sont généralement,
avant les écritures de fin d'exercice, comptabilisés à des cours de
conversion très différents (cours historique). Dans le bilan, ces avoirs et
engagements doivent être évalués sous l'angle de la contre-valeur en
euros de la devise en cause.
Que faire en fin d'exercice?
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- On ne peut appliquer, sans plus, le principe de l'inscription des
éléments d'actif et de passif à leur valeur d'acquisition, au cours de
conversion appliqué initialement pour leur comptabilisation en euros;
- Il y a lieu de les ré estimer à un cours de marché représentatif de la
situation de fin d'exercice (cours de clôture); et
- Que cette réestimation soit opérée pour tous les postes monétaires en
devises, et pas uniquement lorsque le cours de clôture est, en ce qui
concerne les actifs monétaires, inférieur à leur cours initial de
conversion, et lorsque le cours de clôture est, en ce qui concerne les
passifs monétaires, supérieur à leur cours initial de conversion.
Quel taux de clôture appliquer?
Le plus fréquemment adopté est le cours à la date d'arrêté des
comptes. L'organe d'administration peut toutefois décider, au titre de
règle d'évaluation, d'adopter comme cours de clôture une moyenne
des cours du dernier mois de l'exercice ou des quinze derniers jours de
l'exercice et des quinze premiers jours de l'exercice suivant.
On adopte le cours du marché au comptant, même pour les avoirs et
engagements qui n'échoieraient qu'à une époque ultérieure.
Il est de pratique courante d'adopter le cours moyen plutôt que le
cours acheteur ou vendeur.
Comment traiter les écarts de conversion en fin d'exercice?
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ECART DE CONVERSION : En tant qu'ils sont afférents à des postes
monétaires en devises qui, considérés isolément, continueront quant à
leur contre-valeur en €, à subir les fluctuations des cours de change, les
écarts de conversion ne sont ni définitifs, ni réalisés. Ils existent
uniquement à la date de clôture.
a) 1ère étape: inscription de tous les écarts de conversion en compte
de régularisation
Soit à l'actif, s'il s'agit de pertes latentes;
Soit au passif, s'il s'agit de gains latents, en autant de comptes distincts
qu'il y a de devises concernées. Une autre méthode, tout aussi
acceptable, consiste à n'ouvrir, par devise, qu'un seul compte d'
"écarts de conversion", enregistrant au débit les écarts négatifs, et au
crédit, les écarts positifs.
Exemple d'écritures:
- 40.. Réestimation au cours de conversion de clôture des
créances en USD sur clients
à 497.. Ecarts de conversion sur USD
-496. Ecarts de conversion sur USD
à 44.. Réestimation au cours de conversion de clôture des
dettes en USD envers les fournisseurs
-496. Ecarts de conversion sur USD
à 48(6) Réestimation au cours de conversion de
clôture des USD à recevoir à terme
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-416. Réestimation au cours de conversion de clôture des USD à
recevoir (livrer) à terme
à 497. Ecarts de conversion sur USD
A la suite de ces écritures, tous les postes monétaires en devises se
trouvent convertis dans les comptes au cours de clôture et la
contrepartie de leur réestimation se trouve dans un ensemble de
comptes de régularisation "Ecarts de conversion".
b) Deuxième étape: Prise en compte de résultats de certains écarts de
conversion
Lesquels?
Nous allons appliquer le principe comptable suivant:
PRINCIPE DE PRUDENCE : les pertes probables doivent être enregistrées, et
seuls les bénéfices réalisés à la date de clôture du bilan peuvent être
pris en compte.
Diverses hypothèses doivent être distinguées:
1° Les comptes de régularisation ne comportent pour l'ensemble des
devises que des écarts de conversion négatifs correspondant à des
pertes latentes.
Ces pertes latentes doivent être prises en charge:
655 Ecarts de conversion des devises
à 496.. Ecarts de conversion sur devises
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2° Les comptes de régularisation ne comportent pour l'ensemble des
devises que des écarts de conversion positifs correspondant à
l'existence de gains latents.
On maintient ces gains latents au bilan et on ne les prend pas en
résultats.
3° Les comptes de régularisation comportent pour une même devise
simultanément des écarts de conversion positifs et des écarts de
conversion négatifs.
Il y a lieu de considérer que, s'agissant de saisir le risque et le résultat de
change, les principes d'évaluation déposés dans l'arrêté royal du 30
janvier 2001 et notamment le principe de l'évaluation distincte des
éléments du patrimoine et celui de prudence, de sincérité et de bonne
foi, doivent s'appliquer devises par devises à l'ensembles des avoirs et
engagements libellés dans cette devise et non séparément à chacun
de ces avoirs et engagements.
Dès lors, lorsque sur une même devise, des écarts positifs et négatifs sont
actés et portés en compte de régularisation,
- seul l'excédent du montant des écarts négatifs par rapport au
montant des écarts positifs sera pris en charge;
- le compte de résultats ne sera pas influencé en cas d'excédent du
montant des écarts positifs par rapport aux écarts négatifs.
4° Des écarts positifs sont (par solde) actés sur les avoirs et
engagements en certaines monnaies tandis que des écarts négatifs
sont (par soldes) actés sur des avoirs et engagements en d'autres
monnaie.
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Aucune compensation ne peut, en ce cas être opérée entre écarts
positifs et négatifs. En effet, sous l'angle du risque et des résultats de
change, chaque devise doit être considérée comme un élément de
patrimoine distinct auquel s'applique le principe de l'évaluation
distincte.
Exemple :
1. Le solde du client AGASSI s’élève à 960 € et est représenté par une facture
de 1.000 $.
2. Le solde du client NELSON s’élève à 3.200 € et est représenté par une
facture de 2.000 £.
Il ressort de l’analyse des dettes commerciales ce qui suit :
1. Le solde du fournisseur SAMPRAS s’élève à 955 € et est représenté par
une facture de 1.000 $.
2. Le solde du fournisseur A. CHRISTIE s’élève à 3.220 £ et est représenté
par une facture de 2.000 £.
Les cours de clôture sont : 1€ = 1,30 $ et 1€ = 0,85£
Enregistrez les éventuelles OD nécessaires en justifiant votre réponse.
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SECTION 2 : OPÉRATIONS DE CONTRATS DE CHANGE À TERME
Introduction
Les opérations de change à terme constituent certainement la plus
simple des techniques de couverture du risque de change. L’achat ou
la vente à terme de matières premières ou de bétail est une méthode
de transaction connue depuis l’antiquité.
Nous analyserons les aspects comptables de base de ces opérations
de change à terme négociées de gré à gré, c’est-à-dire mises en
oeuvre par les institutions bancaires. Les contrats à terme négociés sur
des marchés organisés ( exemple : Bourse de Chicago) ( financial
futures, swap, FRA,…) ne seront pas analysés ici.
1 : Fonctionnement et explication du contrat de change à terme.
Définition
L’opération de change à terme est une convention passée entre deux
parties, un acheteur et un vendeur, par laquelle l’acheteur s’engage
irrévocablement et inconditionnellement à acquérir auprès du vendeur
(qui prend l’engagement inverse) une certaine quantité de devise A
contre une certaine quantité de devise B ( c’est-à-dire à un cours de
change entre les devises A et B déterminé à l’avance) à une
échéance donnée, appelée le jour de livraison ou l’échéance.
Le cours de change à terme est le cours de change fixé par les parties
le jour de la conclusion du contrat.
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Ce cours correspond à une pure logique financière du jour ( le
différentiel d’intérêts) et n’est nullement l’estimation de ce que sera le
cours de change au comptant le jour de la livraison.
Il en résulte un cours qui est de facto la meilleure image que l’on puisse
avoir aujourd’hui de ce qu’il vaudra au comptant ultérieurement. Et
pourtant, il est extrêmement peu probable qu’à l’échéance, le cours
au comptant soit égal au cours déterminé auparavant , car le monde
économique n’est pas stationnaire : tous les jours, les événements, leur
interprétation et conséquences remettent en cause les calculs.
2: Traitement comptable
Les différents avis de la Commission des Normes Comptables font une
distinction entre les opérations de couverture spécifiques et les
opérations isolées.
Les opérations de couvertures spécifiques correspondent aux
transactions de change à terme destinées à fixer de manière définitive
la contre-valeur en € de dettes ou créances libellées en devises.
Les opérations isolées comprennent les autres transactions ( plus
spéculatives).
Opérations de couverture
La Commission des Normes Comptables préconise que lorsqu’un
contrat de change à terme a été conclu pour éviter tout risque de
change, la créance ou la dette est simplement comptabilisée au cours
de change à terme.
Ainsi, si nous facturons 1.000 £ à un acheteur anglais, à échéance d’un
an , nous enregistrerons ces 1.000 £ pour leur contre-valeur de (1.000 *
1,493) = 1.493 €.
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Cette méthode est extrêmement simple, mais fait intervenir en 70
Chiffre d’affaires une partie de chiffre d’affaires et une partie de
contenu financier ( le déport ou le report).
Opération isolée
Celles-ci incluent les opérations spéculatives et d’arbitrage. La CNC
recommande d’éclater le cours de change à terme en ses deux
composants, à savoir le cours au comptant et le report ou le déport.
Ce report ou déport doit faire l’objet d’une prise en résultat
échelonnée pro rata temporis sur la durée de l’opération, en tant que
différentiel d’intérêt.
De plus, pour ces opérations spéculatives, n’oublions pas la constitution
éventuelle à la date de clôture d’une provision pour autres risques et
charges s’il s’avère que l’opération spéculative engendrerait une perte
par rapport à une absence de spéculation.
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Exercices
Exercice 1
Le 5/02, encodage d’une facture fournisseur pour achat d’une
machine de production : 150.000 $, frais de transport de 1.500 $ en plus.
Ps : La TVA ( en € ) payée lors de la réception du bordereau de
dédouanement
Cours historique ( cours du jour) : 1€ = 1,30 $ ;
Le 15/04, paiement de la facture fournisseur, cours du jour :
1€ = 1,33$
1€ = 1,25 $,
Frais bancaires : 25€, tva 21%
Enregistrez les écritures au 05/02 et au 15/04
Quel est le poste monétaire et non monétaire ?
Exercice 2 :
Au 31.12.N, il ressort de l’analyse du listing des créances commerciales
en devises ce qui suit :
Clients en $ :
Date facture Montant en $ Montant en € :
1/12/N 1.800 1.764,00
4/12/N 3.000 2.910,00
4.800 4.674
Clients en £ :
Date facture Montant en £ Montant en € :
1/12/N 1.490 2.458,50
Au 31.12.N, il ressort de l’analyse du listing des dettes commerciales en
devises ce qui suit :
Fournisseurs en $ :
Date facture Montant en $ Montant en € :
1/12/N 800 784,00
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16/12/N 1.540 1.540,00
2.340 2.324
Fournisseurs en £ :
Date facture Montant en £ Montant en € :
27/11/N 5.430 £ 9.231,00€
Les cours de clôture sont :
1 € = 1,50 $ et 1€ = 0,75 £
La société a enregistré ses créances et dettes au cours historique.
Enregistrez les od nécessaires.
Exercice 3
Une société a conclu un contrat de change à terme de 150.000 $ pour
payer une facture fournisseur encodée le 16/08/N et payable le
16/10/N.
Cours du contrat de change : 1€ = 1.25$
1) Enregistrez les écritures comptables au 16/08/N et au 16/10/N :
réception des $ et paiement du fournisseur
2) Si le contrat s’échelonne sur 2 exercices comptables, y a-t-il lieu
de créer une éventuelle provision à la date de clôture ?
Exercice 4
Au 31.12.N, il ressort de l’analyse du listing des créances commerciales
en devises ce qui suit :
Clients en $ :
Date facture Montant en $ Montant en € :
1/12/N 1.800 1.764,00
4/12/N 3.000 2.910,00
18/12/N 1.450 1.595,00
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1) Total 6.250 $ 6269,00€
Clients en £ :
Date facture Montant en £ Montant en € :
1/12/N 1.490 2.458,50
16/12/N 1.670 2.772,20
2) Total 3.160 £ 5.230,70€
Au 31.12.N, il ressort de l’analyse du listing des dettes commerciales en
devises ce qui suit :
Fournisseurs en $ :
Date facture Montant en $ Montant en € :
1/12/N 800 784,00
16/12/N 1.540 1.540,00
3) Total 2.340 $ 2.324,00€
Fournisseurs en £ :
Date facture Montant en £ Montant en € :
27/11/N 5.430 £ 9.231,00€
Le cours de clôture de l’€ est de 1€ = 1,20$ et 1€ = 0,80 £
1) La société a enregistré ses créances et dettes au cours historique
Enregistrez les éventuelles OD nécessaires en justifiant votre réponse.
2) La société a enregistré ses créances et dettes au cours historique
même pour la facture client du 4/12/N où elle a conclu un
contrat de change à terme pour 1$ = 1,05 €.
Exercice 4
Une société réalise un contrat spéculatif sur le $ :
Contrat au 15/12/N : Achat à terme de 100.000 $, livrables le
15/02/N+1 ; cours convenu : 1€ = 1,35$
Cours du $ :
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15/12/N : 1€ = 1,30$ ;
31/12/N : 1€ = 1,34$ ;
15/02/N+1 : 1€ = 1,38$
Cours du $ :
31/12/N : 1€ = 1,36 $
15/02/N+1 : 1€ = 1,33 $
Enregistrez les écritures, sachant que les $ reçus le 15/02/N+1 sont
reconvertis en €.
Exemple sur comptes annuels :
Evs : 0452.080.178
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