TRIBUNAL DE PREMIERE INSTANCE DE MAN
Matière : SOCIALE
Jugement contradictoire N° 09/2019 du Mardi 23 Avril 2019
Affaire
v.b et 01 autre
C/
boulangerie fafaya
Titrage
1) Contrat de travail - Demandeurs - Observation d’un travail - Non-paiement intégral des salaires - Respect
de la procédure (non) - Faute - Absence à leur poste sans autorisation - Rupture du contrat de travail -
Caractère abusif (non).
2) Rupture du contrat de travail - Imputabilité aux demandeurs (oui) - Demande de l’indemnité de
licenciement - Débouté (oui).
3) Rupture du contrat de travail - Imputabilité aux demandeurs (oui) - Demande de paiement de l’indemnité
compensatrice de préavis - Respect du délai de préavis (non) - Débouté (oui).
4) Rupture du contrat de travail - Employeur - Paiement de l’indemnité de congé payé (non) - Paiement
effectué par l’employeur (non) - Condamnation à payer (oui).
5) Rupture du contrat de travail - Prime de gratification - Paiement effectué par l’employeur (non) -
Condamnation à payer (oui).
6) Rupture du contrat de travail - Salaire de présence - Paiement justifié (non) - Condamnation au paiement
(oui).
7) Rupture du contrat de travail - Arriéré de salaire - Paiement justifié par l’employeur (non) - Condamnation
au paiement (oui).
8) Rupture du contrat de travail - Prime de transport - Paiement effectué (non) - Condamner à payer (oui).
9) Rupture du contrat de travail - Prime d’ancienneté - Paiement effectué (non) - Condamner à payer (oui).
10) Rupture du contrat de travail - Non remise de certificat de travail (oui) - Condamnation au paiement de
dommages et intérêts (oui).
Résumé
1) Il convient de dire que les demandeurs en s’absentant à leur poste sans autorisation suite au non-paiement
intégral de leur salaire, ils ont commis une faute par conséquent la rupture de leur contrat ne revêt aucun
caractère abusif.
2) Il y a lieu de débouter les demandeurs de leur demande en paiement d’indemnité de licenciement, dès lors
que la rupture du contrat de travail ne revêt aucun caractère abusif.
3) Il convient de débouter les demandeurs de leur demande en paiement d’indemnité compensatrice de
préavis, dès lors que la rupture des contrats des demandeurs leur est imputable.
4) Il convient de condamner l’employeur à payer au demandeur une indemnité de congé payé, dès lors que
l’employeur ne justifie pas l’avoir versé à la fin de son contrat de travail.
5) Il convient de condamner l’employeur à payer aux demandeurs leur prime de gratification, dès lors qu’il
ne justifie pas leur avoir versé.
6) Il y a lieu de condamner l’employeur à payer le salaire de présence, dès lors qu’il ne justifie pas l’avoir
versé à ses ex-employés.
7) Il convient de débouter les demandeurs de leur demande en paiement d’arriéré de salaire, dès lors qu’ils ne
justifient pas du non-paiement.
8) Il convient de condamner le défendeur au paiement de la prime d’ancienneté, dès lors qu’il ne l’a pas versé
au demandeur au terme de son contrat de travail.
9) Il convient de condamner le défendeur à payer aux demandeurs des dommages et intérêts pour non remise
de certificat de travail.
10) Il convient de condamner l’employeur au paiement des dommages et intérêts pour non déclaration à la
CNPS.
LE TRIBUNAL
Vu les pièces du dossier ;
Vu l’échec de la tentative de conciliation ;
Ouï les parties en leurs demandes, moyens, fins et conclusions ;
Et après en avoir délibéré conformément à la loi ;
FAITS ET PROCEDURE
Par requête en date du 19/12/2018, Messieurs V.B et B.O ont fait citer leur ex-employeur, la Boulangerie
FAFAYA de GUIGLO, représentée par Monsieur D .T à comparaître devant le Tribunal du Travail de céans
pour s’entendre condamner, à défaut de conciliation à leur payer les sommes suivantes :
V.B
- 67.680 FCFA à titre d’indemnité de licenciement ;
- 65.550 FCFA à titre d’indemnité de préavis ;
- 131.100 F CFA à titre d’indemnité de congé payé ;
- 90.000 FCFA à titre d’indemnité de gratification ;
- 408.000 FCFA à titre de rappel de prime de transport ;
- 15.750 FCFA à titre de salaire de présence ;
- 23.400 FCFA à titre de prime d’ancienneté ;
- 40.000 FCFA à titre de reliquat de salaire ;
- ……... FCFA à titr e de dommages-intérêts pour non d éclaration à la CNPS ;
- ……... FCFA à titr e de dommages-intérêts pour non re mise de certificat de travail ;
B.O
- 63.750 FCFA à titre d’indemnité de préavis ;
- 55.250 FCFA à titre d’indemnité de congé payé ;
- 37.625 FCFA à titre d’indemnité de gratification ;
- 170.000 FCFA à titre de rappel de prime de transport ;
- 15.400 FCFA à titre de salaire de présence ;
- 40.000 FCFA à titre de reliquat de salaire ;
- ……... FCFA à titre de dommages-intérêts pour non d éclaration à la CNPS ;
- ……... FCFA à titr e de dommages-intérêts pour non r emise de certificat de travail ;
La tentative de conciliation entreprise s’est soldée par un échec ;
Attendu qu’au soutien de leur demande, Messieurs V.B et B.O exposent qu’ils ont été engagés par la
Boulangerie FAFAYA de GUIGLO en qualité pétrisseurs-façonneurs à différentes dates par des contrats de
travail à durée indéterminée, moyennant un salaire mensuel de 60.000 FCFA ;
Qu’ils percevaient régulièrement leur salaire jusqu’au 06/08/2017, date à laquelle leur employeur leur a fait
part de sa volonté de réduire leur salaire de 10.000 FCFA en raison des difficultés financières du moment ;
Que pour la sauvegarde de leur emploi, tous les façonneurs ont accepté la réduction de leur salaire pour une
période de trois mois jusqu’à fin octobre 2017 ;
Que leur employeur n’ayant pas versé leur salaire intégral à la fin du mois de Novembre 2017, ils ont tous
décidé de rentrer en grève, mais ont accepté de reprendre le service suite à l’intervention de leur chef
d’équipe ;
Que s’étant rendu à leur lieu de travail pour une reprise effective du service, ils ont été refoulés par leur
employeur qui a cependant reconduit leurs collègues dans leurs fonctions ;
Que toutes les démarches entreprises pour un règlement amiable étant restées vaines, ils sollicitent que le
tribunal de céans condamne leur ex-employeur à leur payer les montants sus mentionnés au titre des
différentes indemnités et dommages-intérêts réclamés ;
Pour sa part, Monsieur D.T , agissant pour le compte de la Boulangerie FAFAYA de GUIGLO, explique
qu’ayant constaté une baisse considérable de son chiffre d’affaires lié au nombre trop élevé des gâchis, c’est-
à-dire les pains cassés, brûlés ou invendables, il a convié tout le personnel a une réunion de crise ;
Qu’au cours de la réunion de crise tenue le 31/08/2017, il a clairement exposé au personnel qu’il avait soit le
choix de fermer la boulangerie, soit continuer l’activité avec une ponction de 10.000 FCFA sur leur salaire
pour une période de trois mois allant jusqu’à fin Novembre 2017 en veillant strictement à la réduction du
nombre de gâchis ;
Que pour la sauvegarde de leur emploi et la continuité de l’activité, le personnel a opté pour la ponction sur
leur salaire en promettant de réduire considérablement le nombre de pains invendables ;
Qu’il fait savoir que les nouvelles mesures de gestion qui ont commencé à porter du fruit avec la réduction du
coût des gâchis qui est passé de plus de 1.000.000 à moins de 500.000 FCFA, n’étaient pas du goût de V.B ;
Que ce dernier qui tirait grand profit des gâchis qu’il revendait avec la complicité de ses collègues, a
commencé à ne plus respecter les commandes des clients qui étaient obligés de se tourner vers les
boulangeries concurrentes ;
Qu’alors qu’il s’y attendait le moins, 05 de ses 06 allongeurs dont font partie les demandeurs, ont abandonné
leur poste sans juste motif, l’obligeant à saisir un huissier de justice pour établir le constat d’abandon de
poste ;
Qu’il estime n’avoir jamais licencié les demandeurs et sollicite que ceux-ci soient purement et simplement
débouté de leur action ;
Attendu qu’en répliques, les demandeurs contestent les allégations de leur ex employeur et soutiennent que
ce dernier leur a interdit l’accès ;
Qu’ils estiment qu’ils sont victimes d’un licenciement abusif et sollicite le paiement à leur profit des montant
ci-dessus ;
DES MOTIFS
EN LA FORME
SUR LE CARACTERE DE LA DECISION
Attendu que les parties ont comparu et conclu ;
Qu’il sied de statuer c ontradictoirement à leur égard ;
SUR LA RECEVABILITE DE L’ACTION
Attendu que l’action initiée par Messieurs V.B et B.O a été introduite conformément à la loi ;
Qu’il sied de la recevoir ;
AU FOND
SUR L’IMPUTABILITE ET LE CARACTERE DE LA
RUPTURE DU CONTRAT DE TRAVAIL
Attendu qu’il résulte des débats et des pièces au dossier que les demandeurs et certains de leurs collègues ont
observé un arrêt momentané de travail suite au non-paiement intégral de leurs salaires ;
Que s’il vrai que le droit de grève est reconnu à tous les salariés, il n’en demeure pas point que les employés
qui souhaitent entrer en grève doivent au préalable respecter la procédure prévue par les articles 82.2 à 82.7
du code du travail ;
Qu’en l’espèce, les demandeurs qui ont observé un arrêt de travail suite au non-paiement intégral le salaire
courant novembre 2018, ne justifient pas avoir respecté la procédure idoine ;
Qu’il s’ensuit qu’ils commettent une faute en s’absentant à leur poste sans autorisation ;
Que la rupture de leur contrat qui en découle ne revêt aucun caractère abusif ;
SUR LES DROITS ACQUIS
SUR L’INDEMNITE DE LICENCIEMENT
Attendu qu’aux termes de l’article 18.16 du code du travail, dans tous les cas où la rupture du contrat n’est
pas imputable au travailleur, y compris celui de la force majeure, une indemnité de licenciement, fonction de
la durée de service continu dans l’entreprise, est acquise au travailleur ou à ses héritiers ;
Attendu en l’espèce que la rupture du contrat de travail des demandeurs ne revêt aucun caractère abusif ;
Qu’il y a lieu de les débouter de leur demande en paiement de l’indemnité de licenciement ;
SUR L’INDEMNITE DE PRAVIS
Attendu qu’il ressort de l’article 18.7 du code de travail que toute rupture de contrat à durée indéterminée,
sans préavis ou sans que le délai de préavis ait été intégralement observé emporte obligation, pour la partie
responsable, de verser à l’autre partie une indemnité dont le montant correspond à la rémunération et aux
avantages de toute nature dont aurait bénéficié le travailleur durant le délai de préavis qui n’a pas été
effectivement respecté ;
Attendu en l’espèce que la rupture des contrats des demandeurs leur imputable ;
Qu’il convient également de les débouter de leur demande en paiement de l’indemnité compensatrice de
préavis ;
SUR L’INDEMNITE DE CONGE PAYE
Attendu qu’aux termes de l’article 25.8 du code du travail, lorsque le contrat de travail prend fin avant que le
salarié n’ait pu prendre effectivement ses congés, une indemnité calculée sur la base des droits à congé acquis
au jour de l’expiration du contrat doit être versée à titre de compensation ;
Attendu en l’espèce que l’employeur ne justifie pas avoir versé à V.B , l’indemnité de congé due à la fin de
son contrat de travail ;
Qu’il convient de le condamner à lui payer à titre d’indemnité de congé, la somme 131.100 FCFA ;
SUR LA PRIME DE GRATIFICATION
Attendu qu’aux termes de l’article 53 alinéa 2 de la convention collective que le travailleur engagé dans le
courant de l’année, démissionnaire ou licencié a droit à la prime de gratification au prorata du temps de
service effectué au cours de ladite année ;
Attendu en l’espèce que la Boulangerie FAFAYA de Guiglo ne justifie pas avoir versé aux ex-employés leur
prime de gratification au prorata du temps de service effectué ;
Qu’il convient de la condamner à leur payer les sommes suivantes à titre de gratification :
- V. B : 90.000 FCFA ;
- B. O : 37.625 FCFA ;
SUR LE SALAIRE DE PRESENCE
Attendu que les demandeurs sollicitent divers montants à titre de salaire de présence ;
Attendu que l’employeur ne justifie pas avoir versé à ses ex employés lesdits montants
Qu’il y a lieu de le condamner à leur payer les sommes suivantes à titre de salaire de présence ;
- V. B : 15.760 FCFA ;
- B. O : 15.400 FCFA ;
SUR LES ARRIERES DE SALAIRE
Attendu que les demandeurs sollicitent de leur ex-employeur, le paiement de la somme de 40.000 FCFA à
titre d’arriérés de salaire ;
Attendu cependant que ceux-ci ne justifient pas que ledit montant leur est dû ;
Qu’il convient de le débouter de ce chef de demande ;
SUR LE RAPPEL DE LA PRIME DE TRANSPORT
Attendu que la Boulangerie FAFAYA de Guiglo n’a pas versé à ses ex-employés la prime mensuelle de
transport de 17.000 F durant le contrat de travail ;
Qu’il convient de la condamner à leur payer les sommes suivantes à titre de rappel de la prime de transport
conformément aux dispositions de l’article 56 de la convention collective :
- V. B : 408.000 FCFA ;
- B. O : 170.000 FCFA ;
SUR LA PRIME D’ANCIENNETE
Attendu que la Boulangerie FAFAYA de Guiglo n’a pas versé à Monsieur V.B , sa prime d’ancienneté au
terme de son contrat de travail ;
Qu’il convient de la condamner à lui payer la somme 23.400 FCFA à titre de prime d’ancienneté ;
SUR LES DOMMAGES-INTERETS POUR NON REMISE
DE CERTIFICAT DE TRAVAIL
Attendu que les demandeurs n’ont pas reçu de leur ex-employeur, leurs certificats de travail à l’expiration
des contrats de travail, et ce conformément à l’article 18.18 du Code du Travail ;
Qu’il convient de condamner la Boulangerie FAFAYA à leur payer les sommes suivantes à titre de
dommages-intérêts pour non remise du certificat de travail :
- V. B : 60.000 FCFA ;
- B. O : 60.000 FCFA ;
SUR LES DOMMAGES-INTERETS POUR NON
DECLARATION A LA CNPS
Attendu qu’il résulte des dispositions de l’article 5 du code de prévoyance sociale que l’employeur qui ne se
soumet pas à l’obligation de déclaration du travailleur à la CNPS, est condamné au paiement de dommages-
intérêts ;
Attendu en l’espèce que l’employeur ne justifie pas avoir déclaré les demandeurs à la CNPS ;
Qu’il convient de le condamner à payer à ceux-ci, les sommes suivantes à titre de dommages-intérêts pour
non déclaration à la CNPS :
- V. B : 120.000 FCFA ;
- B.O : 60.000 FCFA ;
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement contradictoirement, en matière sociale et en premier ressort ;
Déclare Messieurs V.B et B.O recevables en leur action ;
Les y dit partiellement fondés ;
Dit que leur licenciement ne revêt aucun caractère abusif;
Condamne en conséquence, leur ex-employeur, la Boulangerie FAFAYA de Guiglo à leur payer les sommes
suivantes :
V.B
- 131.100 FCFA à titre d’indemnité de congé payé ;
- 90.000 FCFA à titre d'indemnité de gratification ;
- 408.000 FCFA à titre de rappel de prime de transport ;
- 15.750 FCFA à titre de salaire de présence ;
- 23.400 FCFA à titre de prime d’ancienneté ;
- 120.000 FCFA à titre de dommages-intérêts pour non déclaration à la CNPS ;
- 60.000 FCFA à titre de dommages-intérêts pour non remise de certificat de travail ;
B.O
- 37.625 FCFA à titre d'indemnité de gratification ;
- 170.000 FCFA à titre de rappel de prime de transport ;
- 15.400 FCFA à titre de salaire de présence ;
- 60.000 FCFA à titre de dommages-intérêts pour non déclaration à la CNPS ;
- 60.000 FCFA à titre de dommages-intérêts pour non remise de certificat de travail ;
Ainsi fait, jugé et prononcé pub liquement les, jour, mois et an que dessus.
Et ont signé Le Président et le Greffier ;
PRESIDENT : M . YORO SEPTIME SEVERE