ÉCOLE RÉGIONALE POST-UNIVERSITAIRE D’AMÉNAGEMENT ET DE GESTION
INTEGRÉS DES FORÊTS ET TERRITOIRES TROPICAUX
- ÉRAIFT -
Centre de Catégorie II sous les auspices de l’UNESCO
Cours : Aménagement et Gestion Intégrés des Zones Humides Tropicales (AGH400)
Tronc commun des Masters régionaux ERAIFT, Semestre 2.
Par
Dr ATANGANA KENFACK Junie Albine
Enseignante-Chercheur en Sciences de l’Environnement
Université de Yaoundé 1/IUT-Bois
MODULE 3 : LES ACTEURS DANS LES ZONES HUMIDES
TROPICALES
Une des caractéristiques essentielles des ZH correspond à sa capacité à remplir des fonctions très
diverses en rendant une gamme étendue de biens et de services auprès de multiples usagers.
3.1. Les acteurs en présence dans les ZH
L’eau en tant que ressource qui caractérise les ZH, intervient en effet dans la fourniture d’une
multitude de biens et services, souvent concurrentiels, voire même incompatibles. Ces biens et
services sont interdépendants les uns par rapport aux autres : une action qui favorise un bien ou
service donné peut s’accompagner de préjudices pour un autre. Ainsi, la diversité d’usages de
l’eau nécessite la prise en compte de l’ensemble des usages réels ou potentiels de la ressource.
De façon générale les grands ensembles d’utilisation des ZH par différentes catégories d’acteurs
mis en avant sont : l’usage domestique (local), l’usage industriel et l’usage agricole. Cette
distinction présente synthétiquement les trois usagers principaux (en termes de quantité et qualité
de l’eau), ce qui permet d’avoir une vision relativement globale des principaux « utilisateurs »
des ZH. Cependant, une telle simplification risque de cacher la diversité réelle des usages,
diversité qui est souvent à l’origine des problèmes d’appréhension et de gestion de la ressource.
Mis à part les usages traditionnellement liés à l’eau, d’autres usages fournissent d’autres biens et
services. Les différentes catégories d'acteurs sont identifiées en fonction des domaines dans
lesquels ils agissent :
• le domaine environnemental comprend les scientifiques intervenant ou contribuant à la
connaissance des milieux et des hommes. Ils sont rattachés essentiellement aux organismes de
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recherche tels que les universités, les instituts, les observatoires ou stations spécialisées dans le
domaine marin côtier, les bureaux d'études, les associations non gouvernementales de défense et
de protection de la nature ou représentant la société civile ainsi que certaines organisations
internationales ayant cette vocation .
• le domaine socio-économique est celui des utilisateurs du milieu côtier considérés comme
agents économiques, qu'il s'agisse des producteurs de biens et de services exploitant l'espace
littoral à des fins économiques ou des usagers fréquentant l'espace littoral à titre permanent
(habitation) ou temporaire (loisirs). Cette catégorie d'acteurs génère le développement
économique de la zone considérée.
• le domaine administratif correspond aux gestionnaires de l'espace littoral qui décident de
la planification, de la réglementation et de l'aménagement du littoral. Il peut s'agir des acteurs
représentant les services de l'Etat et des collectivités territoriales ou assurant la tutelle des
diverses activités exercées sur le littoral. Ils sont notamment chargés de l'élaboration et de
l'application de la réglementation, de la délivrance des permis, des concessions et des licences,
de la surveillance et du contrôle de la qualité et des usages du milieu, de l'instruction de dossiers
d’étude d'impact, etc. Des organisations internationales peuvent également intervenir à des
échelles qui permettent de dépasser les cadres administratifs nationaux.
Les réglementations nationales et locales s'insèrent dans un ensemble beaucoup plus vaste qui est
celui du droit international. Ce droit s'est développé, en partie grâce au rôle déterminant des
organisations internationales, gouvernementales et non gouvernementales. On peut citer, à titre
d'exemple, les conventions Internationales sur la biodiversité, sur la protection de
l’environnement, sur la pollution.
La réglementation encadre les activités exercées dans la zone côtière en termes d'extension
géographique et d'intensité. Elle permet grâce à la délivrance de permis et de licences, de
contrôler certaines activités et peut aller jusqu'à l'interdiction des plus néfastes pour
l'environnement et pour l'Homme. C'est le cas par exemple, d'une part de l'urbanisation littorale,
du trafic maritime, etc., ou d'autre part des rejets de déchets toxiques, de la pêche à l'explosif, etc.
La réglementation conditionne également les modes de gestion de la zone côtière et constitue un
élément dont il faut tenir compte pour compléter la définition du cadre dans lequel on se situe.
Elle peut varier d'un pays à un autre voire d’une région à une autre.
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3.2. Le rôle des acteurs des ZH
Dans le cadre de la gestion intégrée des ZH, il est important d’identifier l’ensemble des acteurs
du Bassin versant qui sont ou peuvent être parties prenantes dans la ZH : qui sont-ils ? que font-
ils ? de quoi ont-ils besoin ? quel peut-être leur rôle dans la survie ou la dégradation des ZH ?
Les acteurs qui régissent le secteur : L’Etat et ses services déconcentrés
L’Etat, à travers différents ministères ou services, définit la stratégie et assure la coordination du
secteur de l’eau et de l’environnement. De manière générale, et en particulier dans les pays ayant
engagé un processus de décentralisation, l’Etat s’appuie au niveau local sur des services
déconcentrés chargés :
- de promouvoir la stratégie nationale et d’accompagner sa mise en œuvre ;
- de veiller au respect des règles et des normes du secteur ;
- d’appuyer les collectivités locales pour la maîtrise d’œuvre ;
- de collecter et de diffuser l’information sur les actions menées.
L’accès à l’eau et les enjeux sanitaires, sociaux, économiques et environnementaux qui lui sont
liés nécessitent une approche multi-acteurs, différents secteurs interagissant et ayant des
répercussions directes ou indirectes sur la gestion de l’eau. De fait des acteurs des secteurs
associés aux ZH devraient être identifié. Il s’agit par exemple des acteurs de la santé, de
l’environnement, de la planification, etc. L’Etat, à travers ses ministères dédiés, est chargé de
veiller à la conservation et à la protection des eaux souterraines et de surface, d’élaborer des
normes sur la qualité de l’eau et d‘en contrôler l’application.
Les collectivités locales
Même si la compétence de la gestion de l’eau ne lui est pas transférée, la collectivité locale reste
néanmoins promotrice du développement local sur son territoire à travers l’élaboration et le suivi
de plans locaux de développement sectoriels. A cet effet, elle met en place des cadres de
concertations pour impliquer l’ensemble des acteurs locaux du secteur (eau). Elle mobilise et
gère des financements auprès de ses partenaires au développement. Si nécessaire, la collectivité
peut initier des groupements d'intérêts communaux pour prendre en charge des projets de plus
grande envergure.
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Les populations locales / usagers
D’une part, les populations locales peuvent être responsables de l’exploitation des ZH, d’autre
part, elles peuvent se regrouper en association pour exploiter les ZH.
Les opérateurs privés locaux
Les gestionnaires et exploitants privés, les artisans, sont autant d’acteurs du système d’utilisation
de l’eau des ZH. Ils sont des relais pour l’organisation des usagers, la sensibilisation et la
mobilisation des populations autour de l’accès à l’eau.
Identifier les utilisateurs de l’eau de façon exhaustive et écouter leurs expériences vécues, leur
perception des problèmes actuels et leurs propositions d’amélioration des services des ZH est
nécessaire pour appréhender les enjeux économiques et sociaux locaux.
En effet, les usagers des ZH ont la possibilité d’exprimer auprès des mairies leurs besoins et de
participer aux prises de décision importantes relatives aux ZH.
A la croisée de nombreux usages, la gestion de l’eau au niveau des ZH exige une réelle
concertation entre ses acteurs, afin que chacun puisse faire entendre ses préoccupations, ses
souhaits, ses intérêts.
Finalement, développement du tourisme, accroissement démographique, besoins énergétiques,
intensification de l’agriculture, etc, sont autant de mutations qui ont contribué à l’émergence de
nouvelles relations vis-à-vis de la ressource en eau et à la multiplication des fonctions
économiques de l’eau (ZH).
Les services issus de ces fonctionnalités multiples sont souvent à l’origine de tensions entre les
divers usagers de l’eau, tensions qui se traduisent dans de nombreux cas par des conflits. Les
conflits d’usage relèvent ainsi de problèmes de quantité (rareté relative) de la ressource auxquels
s’ajoutent les problèmes qualitatifs, ces derniers particulièrement aggravés par l’augmentation
des pollutions.
Par ailleurs, l’eau constitue un défi pour l’action publique, car le territoire de gestion de la
ressource (et donc des dynamiques de gouvernance entre les acteurs) dépasse les frontières
administratives traditionnelles, voire les frontières nationales.
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