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Module 1

Le document présente les caractéristiques, fonctions et types de zones humides, soulignant leur importance pour la préservation de l'environnement. Il décrit les spécificités des sols, la biodiversité qui y réside, ainsi que les rôles hydrologiques, biogéochimiques et écologiques qu'elles jouent. Enfin, il aborde les différents types de zones humides, notamment côtières, liées aux eaux courantes et stagnantes, et leur dynamique face aux changements climatiques.

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Module 1

Le document présente les caractéristiques, fonctions et types de zones humides, soulignant leur importance pour la préservation de l'environnement. Il décrit les spécificités des sols, la biodiversité qui y réside, ainsi que les rôles hydrologiques, biogéochimiques et écologiques qu'elles jouent. Enfin, il aborde les différents types de zones humides, notamment côtières, liées aux eaux courantes et stagnantes, et leur dynamique face aux changements climatiques.

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ÉCOLE RÉGIONALE POST-UNIVERSITAIRE D’AMÉNAGEMENT ET DE GESTION

INTEGRÉS DES FORÊTS ET TERRITOIRES TROPICAUX


- ÉRAIFT -
Centre de Catégorie II sous les auspices de l’UNESCO
Cours : Aménagement et Gestion Intégrés des Zones Humides Tropicales (AGH400)
Tronc commun des Masters régionaux ERAIFT, Semestre 2.
Par

Dr ATANGANA KENFACK Junie Albine


Enseignante-Chercheur en Sciences de l’Environnement
Université de Yaoundé 1/IUT-Bois

MODULE 1 : CARACTERISTIQUES ET FONCTIONS DES ZONES


HUMIDES

En effet, la connaissance des zones humides (ZH) est un préalable nécessaire à la préservation, la
gestion et à la restauration de ces espaces. Il importe donc d’avoir des statistiques les plus précises
possibles, tant en ce qui concerne leur superficie, leur composition, ainsi que les évolutions
qualitatives et quantitatives auxquelles elles sont soumises.
Le terme générique "zones humides" recouvre une grande variété de systèmes aquatiques, qui vont
des mares temporaires en milieu aride aux plaines d’inondation des grands fleuves tropicaux, ou
des tourbières de montagne aux mangroves côtières.

1.1. Principales caractéristiques des zones humides (ZH)

Du point de vue de la science, « les zones humides se caractérisent par la présence, permanente ou
temporaire, en surface ou à faible profondeur dans le sol, d’eau disponible douce, saumâtre ou
salée. Souvent en position d’interface, de transition, entre milieux terrestres et milieux aquatiques
proprement dits, elles se distinguent par une faible profondeur d’eau, des sols hydromorphes ou
non évolués, et/ou une végétation dominante composée de plantes hygrophiles au moins pendant
une partie de l’année. Enfin, elles nourrissent et/ou abritent de façon continue ou momentanée des
espèces animales inféodées à ces espaces ». De cette définition scientifique, on peut extraire les
caractéristiques principales des zones humides suivantes :

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◼ La présence d'eau en surface ou à faible profondeur dans le sol ;
◼ Des sols saturés en eau de compositions spécifiques ;
◼ Des organismes vivants animaux et végétaux adaptés pour y séjourner
temporairement ou en permanence.

1.1.1. La présence d'eau


Les zones humides se caractérisent par la présence, permanente ou temporaire, en surface ou à
faible profondeur dans le sol, d’eau douce, saumâtre ou salée.

1.1.2. La saturation du sol en eau

L’humidité est la caractéristique centrale des zones humides. Un sol peut être qualifié d’humide
lorsque des traces d’humidité ou d’oxydation (horizons histiques – tourbeux, traits réductiques et
rédoxiques) sont repérables à 50 cm, au plus, sous la surface du sol.
En pratique, le l’étude des sols (pédologie) consiste à vérifier la présence de sols Hydromorphes.
En effet, l’engorgement des sols par l’eau peut se révéler sous la forme de traces qui perdurent
dans le temps appelées « traits d’hydromorphie ». Ces traits sont la plupart du temps observables.
Ils peuvent persister à la fois pendant les périodes humides et sèches, ce qui les rend
particulièrement intéressants pour identifier les sols de zones humides. Les sols de zones humides
se caractérisent généralement par la présence d’un ou plusieurs traits d’hydromorphie suivants :
✓ Des traits rédoxiques,
✓ Des horizons réductiques,
✓ Des horizons histiques.

Les traits rédoxiques (notés g), résultent d’engorgement temporaires par l’eau avec pour
conséquence principale des alternances d’oxydation et de réduction. Le fer réduit (soluble), présent
dans le sol, migre sur quelques millimètres ou quelques centimètres puis précipite sous formes de
taches ou accumulation de rouille, nodules ou films bruns ou noirs. Dans le même temps, les zones
appauvries en fer se décolorent et deviennent pâles ou blanchâtres. Un horizon de sol est qualifié
de rédoxique lorsqu’il est caractérisé par la présence de traits rédoxiques couvrant plus de 5 % de
la surface de l’horizon.
Les horizons réductiques (notés Go et Gr), résultent d’engorgements permanents ou quasi

Junie Atangana. 2
permanents, qui induisent un manque d’oxygène dans le sol et créent un milieu réducteur riche en
fer ferreux ou réduit. L’aspect typique de ces horizons est marqué par 95 à 100 % du volume qui
présente une coloration uniforme verdâtre/bleuâtre.
Les horizons histiques (notés H), sont des horizons holorganiques entièrement constitués de
matières organiques et formés en milieu saturé par la présence d’eau durant des périodes
prolongées (plus de six mois dans l’année). Les différents types d’horizons H sont définis par leur
taux de « fibres frottées » et le degré de décomposition du matériel végétal.

Traits rédoxiques (g) Agrosol Traits réductiques (Go) Agrosol

1.1.3. La présence d’organismes vivants animaux et végétaux adaptés aux milieux humides

Certains organismes mettent en œuvre des stratégies biologiques originales avec des stades de
résistance à l’assèchement. D’autres possèdent de bonnes capacités de déplacement, ou sont
capables de se faire transporter, parfois sur de longues distances, afin d’assurer la survie de
l’espèce. De fait, on peut très schématiquement distinguer un ensemble d’espèces qui sont
caractéristiques de certains types de zones humides, et un autre groupe d’espèces qui les utilisent
de manière opportuniste pour y trouver abri, et/ou nourriture, et/ou milieux favorables à leur
reproduction. D’où la richesse faunistique et floristique qui fait la réputation de ces milieux, et
tient pour partie à leur utilisation par de nombreuses espèces non strictement aquatiques.
C’est là un des paradoxes des zones humides : malgré leur caractère souvent éphémère, elles jouent
un rôle majeur dans le fonctionnement écologique au niveau régional car elles permettent durant
quelques mois à un ensemble d’espèces d’accomplir leur cycle biologique. Pour y vivre, il faut
donc être capable de s’adapter à la variabilité de l’environnement.
Il est important de rappeler que, par les variations des niveaux et de la chimie de l’eau, les zones
humides offrent aux êtres vivants végétaux et animaux des conditions environnementales

Junie Atangana. 3
nettement plus difficiles à supporter que celles rencontrées dans les systèmes purement terrestres
ou aquatiques. Les organismes ont donc développé des adaptations (cellulaires, tissulaires,
physiologiques, anatomiques, comportementales) représentant un coût énergétique : adaptations
comportementales comme les migrations d’oiseaux, de poissons, d’amphibiens leur permettant de
boucler leur cycle de vie ; adaptations anatomiques telles que les formes de becs d’oiseaux d’eau,
véritables outils facilitant leur alimentation ou les systèmes pileux et organes respiratoires
d’insectes, à divers stades de vie, pour suppléer à l’absence d’oxygène, etc. On distingue :

⚫ Les organismes "résidents" ou spécifiques, dont l’ensemble du cycle se déroule dans les
zones humides, Dans cette catégorie se trouvent en majorité des invertébrés ;
⚫ Les organismes "temporaires", beaucoup plus nombreux, présents à un moment donne´ pour
se nourrir, se reproduire, s’abriter, et qui survivent en utilisant conjointement des habitats
terrestres, purement aquatiques ou marins. On a ici les vertébrés.
⚫ Les organismes dits espèces occasionnelles, normalement pas retenues ou identifiés en tant
que telles dans les inventaires et celui des exotiques assimilés à la faune nationale lorsqu’elles
obtiennent le statut souvent discuté de "naturalisées".
Chaque organisme, quel que soit son écosystème de prédilection, joue un rôle dans le "bon état"
de la biosphère et, par ses capacités d’adaptation, offre des opportunités de maintien d’un certain
niveau de qualité de son fonctionnement général.

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Tableau : Taxons inféodés aux zones humides menacées à
l’échelle mondiale (source, IUCN)

Remarque sur la superficie des ZH


La superficie des ZH varie au fil des saisons et, à long terme, leur existence est largement tributaire
des fluctuations climatiques, même de faible amplitude. Ces variations rendent difficile la
délimitation exacte de ces écosystèmes particuliers. Toutefois, les SIG aident beaucoup dans
l’identification des ZH.

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Figure 1 : Répartition des zones humides (en %) dans le monde (Davidson
et al. 2018)

Figure 2 : Superficie relative (en %) de différentes catégories de zones humides naturelles


intérieures (Ramsar, 2018).

1.2. Les types de zones humides

Les zones humides peuvent être regroupées en plusieurs ensembles :


• Les zones humides côtières (marais côtiers, vasières et prés salés, estuaires…) ;
• Les zones humides liées aux eaux courantes (berges rivières, prairies inondables
ou humides, annexes hydrauliques) ;
• Les zones humides liées aux eaux stagnantes (marais, tourbières, étangs et mares, berges
des lacs…).
1.2.1. Les zones humides alluviales liées aux eaux courantes

Elles sont situées en fond de vallée, dans le lit majeur des cours d’eau. Les pratiques agricoles
traditionnelles, conjuguées aux phénomènes d’inondation naturels et réguliers, ont
progressivement façonné ces paysages typiques, dominés par les prairies humides et les
boisements alluviaux.

Junie Atangana. 6
1.2.2. Les zones humides liées aux eaux stagnantes / Les tourbières et les bas-marais

La tourbière est un écosystème constamment saturé d’eau au sein duquel s’accumulent les matières
organiques non décomposées, formant la tourbe. Les tourbières véritables se distinguent des bas-
marais par l’épaisseur de la tourbe, supérieure à 50 centimètres.

1.2.3. Les zones humides côtières

Ces sont des écosystèmes entièrement soumis à l’influence de l’eau de mer et à l’immersion
périodique. Font partie des zones humides côtières : les lagunes, les mangroves, les récifs
coralliens, les vasières également appelées slikkes (submergées à chaque marée et pratiquement
dépourvues de végétation) et les prés salés immergés sporadiquement et présentant un tapis de
végétation relativement dense.
Les zones humides palustres correspondent aux plans d’eau dont la profondeur n’excède pas 6
mètres, c’est-à-dire les étangs et les mares. Si naturellement un étang peut se former par
accumulation d’eau dans une dépression imperméable, la plupart de ces milieux ont une origine
artificielle. Ils ont été créés et entretenus par l’homme pour les besoins de la pisciculture, la pêche,
la chasse, pour servir d’abreuvoir pour le bétail ou de réservoir d’eau.

1.3. Les fonctions des zones humides

Toute zone humide exerce un effet sur son environnement, notamment à travers la dynamique de
l’eau et de la végétation. La fonction peut être définie comme un processus naturel qui se déroule
au sein d’une zone humide. La fonction peut être plus ou moins altérée, elle peut également être
un potentiel pour une zone humide fortement dégradée. Grâce aux processus naturels se déroulant
en leur sein, les zones humides assurent des fonctions de trois types :
➢ La fonction hydrologique/hydraulique, ex: rétention des eaux de surface ;
➢ La fonction physique/biogéochimique/épuratrice, ex: rétention et
élimination des nutriments ;
➢ La fonction biologique/écologique, ex : lieu de stationnement d’oiseaux.

Junie Atangana. 7
1.3.1. La fonction hydrologique / hydraulique des ZH

Les zones humides jouent un rôle de premier plan dans le cycle de l’eau :
▪ Elles reçoivent de l’eau, la stockent et la restituent au fil du temps ;
▪ Elles servent aussi à réguler les débits d’eau et à apporter l’eau nécessaire à la vie.

Le régime hydrologique est une mesure des niveaux, du volume, du moment et de la fréquence à
laquelle l’eau s’écoule à l’intérieur et à l’extérieur d’une zone humide. Il aide à établir la structure
et les fonctions des zones humides, influe sur la biodiversité et la productivité primaire, et
contribue à différents services écosystémiques comme la maîtrise des crues et l’amélioration de la
qualité de l’eau.
En effet, toute modification du cycle de l’eau a une incidence sur les processus des zones humides,
entraînant une augmentation ou une diminution des quantités d’eau, provoquant la transformation
de zones humides éphémères ou saisonnières en zones humides quasi-permanentes, ou modifiant
la saisonnalité des débits d’eau. De nombreux bassins hydrographiques ont connu des changements
au niveau de la saisonnalité des débits ou des eaux de surface, à l’image des bassins du Colorado,
du Yangtze, du Murray-Darling et du Nil, et du delta du Mékong (augmentation de la salinité et
des niveaux d’eau).
La surexploitation des eaux souterraines a épuisé les ressources en eau disponibles pour les zones
humides dans certaines régions des Etats-Unis d’Amérique, dans la Grande Plaine du Nord de la
Chine, dans le système aquifère du Sahara septentrional, dans le système aquifère Guarani
d’Amérique du Sud et dans des aquifères situés au Nord-Ouest de l’Inde et au Moyen-Orient. À
mesure que la consommation et la pollution augmentent, sous l’effet de la croissance
démographique, les ressources en eau douce sont soumises à une pression de plus en plus
importante.

1.3.2. La fonction physique /biogéochimique des ZH

Du fait de leurs caractéristiques hydrologiques et de la spécificité de leurs sols, les zones humides
abritent un ensemble exceptionnel de mécanismes biogéochimiques. Lorsqu’ils sont saturés, les
sols de ces milieux humides stockent, transforment et exportent des nutriments et autres composés.
Au nombre des processus écosystémiques qui mènent à l’absorption et à la rétention des nutriments
figurent :

Junie Atangana. 8
⚫ L’assimilation et le stockage dans les tissus végétaux ;
⚫ L’activité microbienne (transformation du carbone, de l’azote et du soufre) et
⚫ Le processus physique de sédimentation.

De nombreux processus biogéochimiques sont à la base de services écosystémiques comme


l’amélioration de la qualité de l’eau, notamment l’élimination des nutriments provenant des rejets
agricoles et urbains.
L’azote est un nutriment clé nécessaire à la croissance, mais en quantité excessive, il peut ruisseler
en provenance de terres agricoles et urbaines et polluer les eaux de surface et souterraines. Dans
les sols gorgés d’eau, l’azote nitrique est transformé par les microbes en azote gazeux avant de
retourner dans l’atmosphère, résultat du processus de dénitrification, capable d’éliminer jusqu’à
90 % de la teneur en azote initiale. Les taux de dénitrification sont étroitement liés à la présence
de matière organique et de nitrates dans les sols. Or, ces deux éléments peuvent être présents en
abondance dans les zones humides, ce qui en fait des « points chauds » de la dénitrification.
L’augmentation des nitrates liées à l’activité agricole entraîne des taux de dénitrification plus
élevés. Des processus atmosphériques sont également à l’origine d’un apport d’azote dans les
zones humides.
Le phosphore est lui aussi un nutriment essentiel est indispensable à la croissance des végétaux.
Le plus souvent insoluble, l’essentiel du phosphore se fixe sur les sédiments qui en assurent ensuite
le transport. L’intensification de l’agriculture s’accompagne d’une utilisation accrue d’engrais
phosphatés, ce qui se traduit par une diminution du phosphore présent dans les zones humides.
Une partie se dépose en profondeur et est absorbée par les sols, tandis qu’une autre favorise la
croissance des plantes et donc l’eutrophisation. Selon les estimations, le changement climatique
devrait provoquer une diminution de 30% de la quantité de phosphore présente dans les zones
humides d’ici à 2050.
Les nutriments quittent les zones humides sous différentes formes, notamment sous forme de
matière organique. L’absorption de nutriments et leur stockage temporaire dans les végétaux
peuvent avoir pour effet bénéfique de désynchroniser le flux des nutriments à l’intérieur des
bassins hydrographiques. Ce processus permet d’améliorer la qualité de l’eau pendant la période
cruciale de végétation, ce qui réduit l’eutrophisation.
Les zones humides renferment l’essentiel des réserves de carbone du sol de la planète. Le
phénomène de séquestration et de stockage du carbone est le fruit de l’équilibre entre la production
Junie Atangana. 9
primaire (absorption de dioxyde de carbone pour la photosynthèse et production de matière
organique) et la respiration (ou la décomposition, soit la production de dioxyde de carbone ou de
méthane à partir de matière organique). Le milieu humide ralentit la décomposition et lorsqu’elle
est inférieure à la productivité des plantes, le carbone s’accumule. La modification des
températures et du régime des précipitations sous l’effet des changements climatiques peut rompre
l’équilibre de ces processus et transformer les zones humides en sources de carbone.
Les tourbières sont de formidables puits de carbone, abritant le plus grand stock à long terme de
tous les écosystèmes. La tourbe s’accumule au rythme de 0,5 à 1,0 mm par an sur des milliers
d’années, ce qui fait des tourbières l’une des plus grandes réserves mondiales, avec une quantité
de carbone stocké estimée à plus de 600 PgC (pétagramme de C= 1015gC). Ce volume représente
plus des trois quarts de ce qui est stocké dans l’atmosphère. Bien que les tourbières n’occupent
que 3% de la surface terrestre, elles stockent deux fois plus de carbone que l’ensemble des forêts
de la planète.
Les zones humides côtières et marines, y compris les marais salants, les mangroves et les herbiers
marins, sont également des lieux cruciaux en termes d’absorption et de stockage du carbone. Les
forêts de mangrove font partie des écosystèmes à plus forte densité de carbone au monde (Ewers
Lewis et al., 2018). Ce « carbone bleu » s’accumule sous l’effet d’une production primaire élevée
et du piégeage des sédiments, ce qui permet au carbone de s’accumuler sur de longues périodes
(probablement sur des milliers d’années). L’augmentation des perturbations anthropiques dans les
zones côtières est liée à la diminution des réserves de carbone du sol des zones humides.

1.3.3. La fonction biologique/ écologique des ZH

La production primaire est une mesure du rythme de croissance des végétaux (à savoir la quantité
de carbone fixé lors de la photosynthèse par les plantes et les algues) et une source d’énergie
indispensable pour tous les animaux. La productivité primaire varie en fonction des types de zones
humides, des espèces végétales présentes, du climat, du sol, de la présence d’éléments nutritifs et
du régime hydrologique. Très productive, la zone humide du Pantanal (Brésil, Bolivie et Paraguay)
abrite par exemple 260 espèces de poissons, 650 espèces d’oiseaux et de nombreux grands
animaux. L’évolution de la production primaire est étroitement liée à celle de la qualité de l’eau,
notamment à sa teneur en nutriments, laquelle varie en fonction du ruissellement en provenance
des terres agricoles. Face à un apport excessif de nutriments, les zones humides peuvent être

Junie Atangana. 10
envahies par des espèces agressives à taux de croissance élevé comme les massettes (Typha spp.)
ou, selon l’endroit, le roseau commun (Phragmites spp.). La prédominance d’espèces végétales à
forte productivité peut représenter un compromis par rapport à d’autres fonctions des zones
humides. En règle générale, on assiste à une diminution de la biodiversité, laquelle s’accompagne
d’une augmentation du volume de matière organique et de carbone dans les sols.
Les zones humides sont également d’importantes sources de carbone organique, la litière de
feuilles et le carbone organique dissous qu’elles produisent venant alimenter des réseaux
trophiques situés en aval. Le carbone organique joue aussi un rôle majeur du fait de sa capacité à
atténuer la lumière et à absorber les rayons ultraviolets nocifs, protégeant ainsi les amphibiens et
les œufs de poissons de différents effets tel que l’altération de l’ADN.

Tableau : Production primaire suivant les différents types de zones humides (Cronk et Fennessy,
2001)

De nombreux taxons d’eau douce sont menacés à l’échelle mondiale, notamment les plantes
aquatiques (80%), les écrevisses (67%), les amphibiens (49%), les poissons (43%) et les
mollusques non marins (30%). Dix-huit pour cent des espèces d’eau douce sont menacées à
l’échelle mondiale, dont 4% sont En danger critique d’extinction. Les espèces les plus menacées
sont les mollusques (38% : 15% classés En danger critique) et les plantes aquatiques (33% : 8%
classées En danger critique).
En Afrique en 2011, sur l’ensemble des taxons d’eau douce évalués, les plus menacés au niveau
sont les mollusques (41%) suivis des amphibiens (31%), des crabes (28%) et des poissons (27%).
De nombreuses espèces de la région indo-birmane sont menacées, dont 77% des mammifères
inféodés aux zones humides, ainsi que des crabes (34%), des amphibiens, des poissons et des
Junie Atangana. 11
mollusques (17% pour chaque espèce). Cependant, peu d’entre elles (2%) sont classées « En
danger critique d’extinction ».

Les relations entre diversité et stabilité sont de nature complexe. Cette relation se vérifie dans
le cas où les écosystèmes ne sont pas soumis à des perturbations. Dans ces conditions :
▪ L'écosystème est d'autant plus stable qu'il est diversifié. On se trouve alors dans des
conditions de basse entropie ; l'écosystème se caractérise par un haut degré d'organisation
qui va de pair avec sa complexité. Le flux d'énergie passe à travers un très grand nombre
de structures (animales et microbiennes) interdépendantes qui multiplient les voies suivant
lesquelles est dissipée, progressivement (par paliers) l'énergie. Il en résulte une grande
vitesse d'humification et de minéralisation. L'efficience photosynthétique est élevée,
comme l'est aussi le dynamisme biologique global de l'écosystème.
• Par ailleurs, plus l'énergie est canalisée dans un grand nombre de circuits de catabolisme-
anabolisme (caractérisées par des « structures dissipatives » au sens thermodynamique),
plus la fertilité du sol qui en résulte est grande.

1.4. Les Services rendus par les ZH

Les zones humides jouent un rôle plus important dans la fourniture de services écosystémiques
que tout autre écosystème. Les valeurs des zones humides peuvent prendre différentes dimensions
: dimension financière, esthétique, spirituelle, culturelle.
Les services sont les avantages, directs ou indirects, fournis par la zone humide du fait de ses
fonctions et perçu par l’homme. On distingue :
- les Services de régulation : conséquences des fonctions des zones humides positives pour
la collectivité, par la régulation des systèmes « naturels ». Les services de régulation occupent eux
aussi une place de premier plan, notamment en ce qui concerne le climat, les régimes
hydrologiques, la lutte contre la pollution, la désintoxication, et la réduction des risques naturels.
Les services de régulation sont étayés par les services d’appui à la biodiversité, à la formation des
sols et au cycle des nutriments.
- les Services d’approvisionnement (ou de production) : les services d’approvisionnement en
aliments, en eau douce, en fibres et en combustibles sont très importants, car utilisés par les
activités humaines.

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- les Services culturels : Les services culturels en termes de spiritualité, d’inspiration, de
loisirs et d’éducation sont importants dans les zones humides constituées de cours d’eau, de
ruisseaux et de lacs. Ce sont des bénéfices non marchands. La valeur intrinsèque de la biodiversité
(valeur des espèces indépendamment de leur « utilité » pour telle ou telle autre service de
production ou de régulation) fait partie des services culturels.

Figure 3 : Les services des ZH (Millenium Ecosystem Assessment)

En effet, les aliments figurent en tête des services d’approvisionnement, les services de régulation
du climat occupent eux aussi une place importante. Les zones intertidales, les marais salants et les
mangroves contribuent à la réduction de la pollution et au processus de désintoxication et, avec les
récifs coralliens, à la régulation des catastrophes naturelles. Toutefois, on ne saurait ignorer non
plus qu’en région tropicale, les ZH sont le biotope d’élection de nombreux vecteurs de maladies
parasitaires.

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Tableau : Liste récapitulative des services écosystémiques des zones humides (Ramsar, 2018)

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