ÉCOLE RÉGIONALE POST-UNIVERSITAIRE D’AMÉNAGEMENT ET DE GESTION
INTEGRÉS DES FORÊTS ET TERRITOIRES TROPICAUX
- ÉRAIFT -
Centre de Catégorie II sous les auspices de l’UNESCO
Cours : Aménagement et Gestion Intégrés des Zones Humides Tropicales (AGH400)
Tronc commun des Masters régionaux ERAIFT, Semestre 2.
Par
Dr ATANGANA KENFACK Junie Albine
Enseignante-Chercheur en Sciences de l’Environnement
Université de Yaoundé 1/IUT-Bois
MODULE 2 : ENJEUX ET DÉFIS DANS LES ZONES HUMIDES
TROPICALES
Les enjeux sont des évènements externes aux zones humides qui peuvent entraver ou perturber
leur bon fonctionnement, conduisant ainsi à leur dégradation. Ils ont généralement une incidence
directe ou indirecte sur les ZH.
2.1. Les grandes tendances mondiales
Les grandes tendances mondiales ont des incidences sur les zones humides par le biais des prises
de décisions et des comportements humains qu’elles suscitent.
La croissance de la population est à la base de nombreuses décisions en matière de production
alimentaire et de développement des infrastructures. La population mondiale devrait atteindre 10
milliards de personnes d’ici le milieu du 21e siècle, avec la plus forte croissance dans les pays en
développement.
La mondialisation qui fait référence à l’intégration des économies nationales dans le commerce
et les flux financiers internationaux peut avoir des avantages (développement économique,
réduction de la pauvreté), mais risque d’accroître les pressions environnementales sur les zones
humides. Les transports et les télécommunications modernes ont accru les flux de personnes, de
marchandises et de savoirs à travers le monde. Les gens se déplacent pour affaires ou pour le
tourisme, ou parce qu’ils deviennent des migrants économiques. Les aliments et les biens sont
produits dans des régions où les coûts de production sont faibles, puis sont expédiés à des
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consommateurs éloignés. L’opposition aux accords commerciaux mondiaux s’est accrue, avec
des politiques plus protectionnistes désormais visibles, tandis que la prise de conscience de
l’inégalité de la répartition des richesses est également plus forte.
L’évolution des modes de consommation est le résultat de la croissance démographique, de la
mondialisation et du développement économique. Elle affecte finalement les zones humides.
Dans les pays en développement, une modification des modes de consommation alimentaire et
énergétique, augmente la demande en infrastructures, en produits industriels, en eau, et la
production de déchets et l’émission de gaz à effet de serre. De même, l’augmentation de la
consommation de viande a une incidence considérable sur la demande en ressources, entraînant
notamment un changement d’utilisation des terres pour produire des pâturages et du soja
nécessaires à l’alimentation animale. Elle accroît également en demande en eau. La production
de viande de bœuf, de volaille et de porc exige davantage de ressources que les aliments
d’origine végétale.
L’urbanisation crée des pressions sur les zones humides, en particulier sur les zones côtières et
les deltas des fleuves. D’ici à 2050, les deux tiers de la population mondiale devraient vivre dans
des zones urbaines. Dans les pays en développement, la population urbaine doublera
probablement, en raison des possibilités économiques qu’offrent les villes ; de la mécanisation
agricole qui réduit l’emploi rural et ; de la dégradation de l’environnement qui raréfie les
moyens d’existence en milieu rural. Alors que l’urbanisation offre un potentiel d’utilisation
efficace des ressources, la rapidité de la croissance urbaine entraîne souvent un développement
mal réglementé des zones périurbaines, avec des incidences sociales et environnementales
préjudiciables. En effet, les transformations liées à l’urbanisation altèrent les zones humides en
raison de la modification de la connectivité hydrologique, de la dégradation des habitats, de
l’altération des nappes phréatiques, de la saturation des sols, de la pollution et, finalement, en
affectant la richesse et l’abondance des espèces.
Changement climatique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(GIEC) a estimé que le changement climatique réduirait considérablement les ressources en eau
de surface et en eau souterraine dans les régions subtropicales sèches. Cette réduction des
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ressources en eau devrait :
Intensifier la concurrence pour l’eau (conflits) ;
Augmenter le risque d’extinction des espèces d’eau douce, notamment en raison des effets
synergiques avec d’autres moteurs ;
Entrainer des bouleversements brutaux et irréversibles à l’échelle régionale de la
composition, la structure et des fonctions des écosystèmes dulcicoles, y compris les milieux
humides ;
Endommager les écosystèmes côtiers par l’élévation du niveau marin.
Les réponses peuvent être à la fois négatives et positives pour les zones humides.
L’augmentation de la production d’hydroélectricité ou de biocarburants peut entraîner une perte
de zones humides, tandis que le rôle des zones humides dans le stockage du carbone peut en
favoriser la conservation et la restauration.
Globalement, ces évènements indirects ont des impacts sur le milieu physique, qui voit ses
fonctions perturbées, voire dégradées.
Exemple : La rivière, privée de son espace de liberté par la construction des canaux et des digues,
va surcreuser son lit. La vitesse de son courant s’agrandit, menaçant ainsi les constructions de
l’aval. Avec le surcreusement, le niveau de la nappe alluviale baisse et avec lui, le gisement
d’eau potable. De plus, on assiste à l'assèchement des zones humides annexes (mares, forêts
alluviales etc.).
L’accumulation de matière organique qui caractérise les lacs et étangs comble petit à petit la
cuvette : lacs et étangs peuvent évoluer vers un marais. Ainsi, la disparition des ceintures de
végétation, la pollution aquatique et le développement d’espèces envahissantes sont des menaces
pour ces milieux.
Si dans leur évolution naturelle, les plans d’eau tendent à se combler de végétation, face à ces
menaces (modernisation de l’agriculture (mécanisation, remembrement, culture hors sol…),
urbanisation, pollution, etc.), ils sont alors détruits ou disparaissent en se comblant de végétation
et de sédiments.
Des prélèvements d’eau prolongés ou permanents ainsi que la retenue ou le détournement de
l’eau détruisent les caractéristiques écologiques des zones humides intérieures ; la mer d’Aral et
le lac Tchad en étant des exemples extrêmes. Toutes les zones humides sont susceptibles d’être
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dégradées par la perte d’eau, tandis que les zones humides côtières sont sensibles à l’élévation du
niveau marin et au captage d’eau douce.
L’hydroélectricité a récemment suscité un regain d’intérêt, en partie pour réduire les émissions
de carbone provenant des combustibles fossiles. Sur les 292 grands réseaux hydrographiques du
monde, seuls 120 ont encore un écoulement libre, dont 25 seront fragmentés par des barrages
dont la construction est en cours ou planifiée. Cependant, l’hydroélectricité n’est pas toujours
non-émettrice de carbone en raison du défrichement des terres qu’elle entraîne et des émissions
de méthane des réservoirs. Les barrages peuvent également avoir des effets préjudiciables sur les
ressources en eau, la biodiversité et les services écosystémiques.
Le transport de sédiments vers les zones humides peut augmenter en raison de l’érosion induite
par la déforestation et d’autres changements dans l’utilisation des terres. Il peut altérer le
caractère des lacs en modifiant les habitats des rives, en les comblant ou en augmentant la
turbidité de l’eau. Il est considéré comme étant l’un des facteurs responsables du déclin des
cichlidés du lac Victoria. Il dégrade également les écosystèmes côtiers, les herbiers marins, les
mangroves et les récifs coralliens. La sédimentation réduit la durée de vie des réservoirs,
compromettant ainsi les projets hydroélectriques. À l’inverse, l’apport de sédiments dans les
zones humides côtières et les deltas peut parfois être réduit par la construction de barrages et de
digues, ce qui diminue l’apport de nutriments et limite la productivité de ces zones.
La salinisation induite par les prélèvements d’eau douce ou l’intrusion d’eau salée due à
l’élévation du niveau marin (Herbert et al. 2015) influe sur de nombreux écosystèmes, depuis les
zones humides intérieures jusqu’aux estuaires et aux mangroves.
Les tableaux suivants montrent les moteurs directs et indirects des changements dans les zones
humides.
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Tableau : Moteurs directs d’origine anthropique induisant des changements dans différents types de ZH
naturelles (Ramsar, 2018)
Tableau : Moteurs indirects et leur influence sur les moteurs directs de changements dans les ZH naturelles
(Ramsar, 2018)
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2.2. Les défis des ZH
La disparition des zones humides peut entraîner des pertes importantes pour le bien-être humain
et avoir des effets économiques négatifs sur les communautés, les pays et les entreprises. Il est
nécessaire d’intégrer les services écosystémiques liés à l’eau et aux zones humides dans la
gestion de l’eau si l’on veut réussir la transition vers une économie durable peu gourmande en
ressources.
Le défis dans les zones humides tropicales est d’atteindre un équilibre entre l’utilisation de l’eau
en tant que fondement pour la subsistance d’une population mondiale en plein essor, sa
protection et sa conservation en vue de garantir la pérennité de ses fonctions et caractéristiques.
La quasi-totalité de l’eau douce utilisable à des fins humaines est issue des précipitations. Or
celles-ci varient considérablement dans le temps et dans l’espace. La plupart des régions
tropicales et subtropicales se caractérisent par des variations saisonnières et annuelles
importantes de la pluviométrie, souvent aggravées par des variations à court terme irrégulières.
Cette variabilité se traduit par une augmentation de la demande vis-à-vis du développement des
infrastructures et par la nécessité accrue de gérer la demande et l’approvisionnement en eau. Il
est clair que pour faire face à cette variabilité, la tâche est d’autant plus ardue pour les pays les
plus pauvres, disposant de peu de ressources financières et humaines. En outre, les changements
climatiques que connaît actuellement notre planète pourraient aggraver la situation.
Par ailleurs, les besoins fondamentaux en eau des êtres humains sont une priorité absolue pour la
plupart des pays. Cependant, la moitié de la population mondiale ne bénéficie pas de systèmes
d’assainissement. Ce manque de services touche avant tout les populations les plus démunies des
pays en développement, où l’approvisionnement en eau et l’assainissement des zones urbaines et
rurales représentent les défis les plus alarmants.
S’agissant de la production alimentaire, les besoins de l’agriculture irriguée et ceux des êtres
humains et des écosystèmes vont certainement générer de graves conflits. Les difficultés
prendront d’autant plus d’ampleur que les pays souffrant de pénuries d’eau s’efforceront
d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, au lieu de viser la sécurité alimentaire grâce aux
échanges commerciaux. Car lorsqu’ils importent des produits alimentaires, les pays peuvent
importer de l’eau en provenance de régions mieux loties (concept de « l’eau virtuelle »).
Toutes les activités humaines entraînent une consommation d’eau et la production de déchets.
Mais certaines consomment plus d’eau ou produisent plus de déchets par emploi que d’autres. Il
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est donc nécessaire de prendre en compte cette réalité lors de l’élaboration des stratégies de
développement économique, notamment dans les régions où il y a pénurie d’eau, tel les zones
tropicales.
En ce qui concerne la gestion des risques, la pollution de l’eau fait apparaître un autre éventail de
risques, puisqu’elle porte atteinte à la santé humaine, au développement économique et aux
fonctions des différents écosystèmes. Autres risques à prendre en compte en matière de gestion
et valorisation des ressources en eau, les risques économiques sont loin d’être négligeables en
raison du type d’investissements nécessaires, souvent à grande échelle et à long terme. Enfin,
l’instabilité politique et les changements de gouvernement constituent également des facteurs de
risques importants. Jusqu’à présent, on ne s’est guère soucié de l’évaluation systématique des
coûts et avantages de l’atténuation des risques pour tous les usagers de l’eau ni de l’évaluation
comparative avec d’autres options.
Il est nécessaire de sensibiliser l’opinion publique afin de mobiliser un soutien efficace pour une
gestion durable des ressources en eau et d’encourager les changements de comportement et les
actions nécessaires à ce soutien.
De même, l’attention et l’engagement des politiques sont essentiels pour garantir une prise de
décision saine et la réalisation des investissements nécessaires en matière de mise en valeur et de
gestion durable de l’eau.
Il y a lieu de définir des moyens appropriés permettant de coordonner l’élaboration, la
planification et l’application des politiques de manière intégrée, au-delà des limites sectorielles,
institutionnelles et professionnelles, et de prendre en compte les problèmes encore plus
complexes de coordination découlant de la gestion des cours d’eau traversant plusieurs pays.
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