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Recherchfs Sur La Genese Et L'Evolution

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RECHERCHFS SUR LA GENESE ET L'EVOLUTION DES

SOLS DE MANGROVES ET DE TANNa.)

DU SENEGAL

J. VIEILLEFON Centre de DAKAR

-oooCX) 000 0 -
ERRATA

Pages Lignes

12 pH au lieu de pli
3 16 attribue

6 16 Ziguinchor

8 10 pH au lieu de pli

11 3 sédiments

2$ donnent

12 10 oxydants

14 16 ajouter une virgule après disparu

20 16 Adansonia

23 10 remplacer V 53 par N° 3

24 ajouter "fentes" après nombreuses

24 9 remplacer V 51 par N°

10 V 52 N° 2

25 dernière V 51 N°

29 10 Echinochloo

31 20 supprimer (2)

36 10 adsorbés

41 4 physico-chimiques

14 limnigraphe
- l -

INTRODUCTION

Les sols de mangroves tropicales ont d~jà fait l'objet de nombreuses ~tudes,

mais les chercheurs se sont particulièrement penoh~s sur les problèmes des caractères aetpis
au cours de l'assainissement et de la construction de polders, le but prinoipal de ces
op~rations ~tant l'extension des surfaces utilisables pour la riziculture.

Parmi les r~gions où ont ~t~ entrepri ses ces ~tudes i l convient de citer la
Gambie, la Sierra Leone, le Nig~ria, la Floride, les Guyanes, la Malaisie, le Vietnam,
ainsi que le S~n~gal, la Guin~e, laGuyane Française et Madagasoar dans le domaine gé[Link]~

dtaotivit~ de l'O.R.S.T.O.M.

La plus forte constribution à ces ~tudes vient des chercheurs de h station de

Rokupr en SieIT8 Leone, de 1954 à 19622, perm! lesquels i l faut mentionner TeE. TOMUmON,
M.G.R. HART, J.W.O. JEFFERY et P.R. HSSE.

Ces auteurs ont mis en évidence les modifications du pli et d'un certain nombre
de caractères ohimiques provoqu~s par le dreinage et la dessication de ces sols et ont ob-
servé que ces modifications n'avaient pas la mOrne amplitude suivant les sols et les types
de v~gétation les oouvrant à l'origine.

Au Sén~gal même, où quelques sols d'anoiennes mangroves ont été prospect~s Pir
R. MAIGNIEN, dans un but plus précis~ment agronomique, une sooiété néerlandaise (ILAOO),
a construit un polder dans une zone de mangrove de la r~gion de la Casamance, d ans le
but de rechercher des techniques d'assainissement faoilement r~alisable par les oultiva-
teurs locaux.

Bien que susoeptibles d'apporter de nombreux renseignements sur les sols et la


manière de les trai ter, ces travaux basés à priori sur l'aménagement et en particulier
sur l'amélioration du ~anage ont en commun les d~fauts d'être empiriques, aléatoires et
on~reux.

Il nous a paru plus logique de tenter une étude plus fine de ces sols, en
- 2 -

insistant sur leur genèse et leur comportement dans le milieu naturel, afin de dégager les
différentes phases de leur évolution, et ainsi mieux connattre les facteurs sur lesquels

nous pourrions agir avec le minimum d'alé~s.

DEFINITIONS

Les mangroves sont des formations végétales arborées spécifiques des régions
littorales à climat équatorial ou tropical humide ; elles peuvent cependant subsister à
l'état de "reliques" en région plus sèche, tropicale sèche ou même semi-aride, attestant

là un changement climatique récent.

Les régions à mangroves sont caractérisées par d'importants balancements de


marées, permettant une alternance de submersion et de drainage, mais également par une cer-

taine protection de la houle, permettant le dépet des s~diments et l'installation de la

végétation.

Les sols y sont récents, en cours d'évolution, et l'on peut y observer les
différents stades de la pédogenèse précose.

Les tannes (termes vernaculaire "ouolof") sont des étendues sans végétation
situées à l'arrière des mangroves, qui ne sont plus atteintes par la submersion quotidienne,
sauf aux très grandes ma~es, mais subissent une alternanoe annuelle d'inondation et d'as-
sèchement, que favorise le climat tropical alterné, saison sèohe et saison des pluies (ou
hivernage) étant nettement tranchées. Ils sont fr~ents au Sénégal, nais plus rares en
Sierra Leone ou au Nigéria.

Les marais à halophytes qui sont mêlés aux tannes sans végétation, et caracté-
risés eux aussi par une submersion annuelle, leur sont assimilés.

l - CADRE NATUREL DE L'ETUDE.

La Casamance Maritime, située dans le quart sud-ouest du Sénégal, en bordure

de l'Ooéan Atlantique, est une région idéale pour l'étude des mangroves, des tannes et de
16"~D'

t~"30' 1

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fi 500 000'

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LEGENDE

FRDtlT1ERE

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en saison sèche.

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- 3 -

leurs sols. Les mangroves y sont très étendues et remontent jusqu'à près de 200 Kms de la

merl le long des deux cours d'eau qui drainen~ cette région, la Casamance et le Songrougrou.

Mangroves et tannes couvrent plusieurs dizaines de milliers d'hectares. (fig. I)

Cette remarquable extension a été favorisée par l'histoire géomorphologique du

bassin de la Casamanoe, par ailleurs les matériaux déposés sont d'une grande homogénéité,

et les conditions climatiques et hydrologiques particulières à cette région ont permis le

développement des tannes.

4) Géomorphologie.

Les séries marines du Crétacé, de l'Eocène et du Miocène sont surmontés par des

formations grèseuses ou argileuses , azorques, considérées comme appartenant au Continental

Terminal o Ces formations constituent des plateaux très largement découpés au Quaternaire,

d'autant plus que l'on s'approche du rivage marin, et qui disparaissent à l'ouest par un

talus marqué d'affleurements de cuirasses ferrugineuses. Plus à l'ouest oommencent les

d~pôts recents d'origine marine.

La géomorphologie de la région de Basse Gasamance a été étudiée par p. MICHEL

( )~ Cet auteur a distingué les dép&ts sableux en terrasses qu'il attibue à une transgres-

sion "ou ljienne", qui suivit le creusement des vallées des marigots lors d'une régression

les dépOts argileu:c récents des vasières, et enfin les dépOts sableux des cordons littoraux

subactuels et aotuels.

Lfétude présente nous permet d'apporter quelques observations complémentaires.

Tout d'abord, il semble que l'on puisse nettement étendre les surfaces de la terrasse

lI oulj ienne', en particulier sur le pourtour du petit plateau limité à Pest par la route
Btgnona-Diouloulou~ Par ailleurs, à l'intérieur ~e des vallées colmatées qui rejoignent

les marigots de Bignona, de Baïla et de Diouloulou, on observe fréquemment des ilots sa-

bleu~ séparés par des chenaux argileux, tous sensiblement à la même altitude, qui sont in-

contestablement des restes du remblayage de l1époque "ouljienne"; ils comportent d'ailleurs

fréquemment un horizon dur~i et concrétionné en profondeur, identique à oelui cité par


- 4 -

P. MICHEL pour les terrasses qu'il décrit.

A l'amont de ces vallées colmatées, le sable est moins trié et les traoes de

colluvionnement sont nettes~ Cependant, on ne trouve jamais dans oette région, des dép6ts

sableux surmontant les dép6ts argileux récents, comme à l'ouest, sous les oordons littoraux~

Par contre, i l semble que le maximum de la transgression dite tlflandrienne", pendant

laquelle a débuté le dép6t des vases et argiles, soit marqué par une terrasse argileuse,

analogue à un anoien schorre, que l'on peut observer par exemple près de la rizière dite

de Djimaltakor, et aussi près de Bambaly, au bord de la Casamance.

La morphologie aotuelle de "slikkeu et "schorre" ntest pas aussi nette que dans

les pays tempérés, on observe cependant de l'aval vers l'amont: d'abord les zones à mangm~

recouvertes à chaque marée, puis les zones plus ou moins dénudées recouvertes par les marées

de vives eaux, puis par ~ seules grandes marées, enfin la zone de transition avec les sols

du Continental Terminal, toujours sableuse et peuplée d'espèces végétales non halophiles.

Dans la sone de l'étude, près de Balingore, il s'agit essentiellement de dépOts

argileux de vasières, le raccord avec les dépots sableux "ouljiens" et les colluvions

sableuses du Continental Terminal se faisant vers l'amont des vallées.

Sur la face ouest des bas plateaux, les vallées oolmatées sont presque entiè-

rement sableuses, m~me près des marigots et sous la mangrove.

Les premières observations ont mon~ que si au voisinage de l'Ooéan, les diffé-

renoes d'altitude entre les terrasses "ouljienne" et "flandrienne~ sont fortes (4 à 5 m),

elles s'atténuent en remontant vers l'amont des oours d'eau, les niveaux sableux disparais-

sant m~me, alors que l'on trouve des dép8ts argileux consolidés en amont de Sedhiou. p.

MICHEL suggère qu'un affaissement de la partie orientale de la Basse Casamance a pu jouer

entre les deux phases transgressives.


- 5 -

B) Mat~riaux.

I) Nature et origine.

Mis à part les matériaux grossiers que nous n'aborderont pas, les dépOts des

vasières sont caraotérisés par une forte altération, la kaolinite y est le minéral presque

exclusif, avec le quartz finement divisé. Le bassin versant est en effet constitué des seule;

formations du Continental Terminal qui ont subi une intense ferrallitisation~ Dans d'autres

régions de mangroves, où le socle ou des formations sédimentaires anciennes participent aux

bassins versants, comme en Guyane ou à Madagascar, d'autres minéraux accompagnent la kao-

linite, oautionnant la notion dhéritage, qui semble également valable pour le bassin de la

Casamance.

2) Epaisseur~

L'abaissement du niveau marin qui a provoqué le creusement des vallées, aurait

atteint moins 50 mètres par rapport au niveau marin actuel. Des mesures de sondages éleo-

triques permettent dlapp~écier à environ 30 mètres l'épaisseur des sédiments fins, même

dans les petites vallées affluentes~ Les car~ges ont permis de reconna1tre 2 couches,

mais il y en a certainement plusieurs qui oorrespondraient à différentes phases d'alluvion-

nement au Quaternaire.

C) Climatologie.

Le climat de la Casamance Maritime est du type soudano-guinéen (ou sub-guinéen).

Il se caractérise comme le climat soudanien par deux saisons sèche et plusieuse très

tranchées, mais avec des précipitations plus importantes et une humidité de l'air plu~ ére-

vée. L'influence de la mer y est par ailleurs importanteè Bignona, ~tué à 25 kms au nord

de Ziguinchor, se trouve à la limite du climat subguinéen et du climat soudanien, recevant

moins de pluies et en un nombre de jours moins élevéè

Températures.

A Ziguinchor les moyennes mensuelles et annuelles sont les suivantes :


J F M A M JJ A SON D Année.

23°8 25°6 27°4 27°9 2805 28°4 27°I 26°4 26°9 27°8 26°7 24°4 26°7
Fi9: 2
PR~CIPITATION EVAPORATION

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Précipitations Ziguinchor.

Evaporation Il (piclle)
(6ac C()/Oy~tlo 1968/
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- 6 -

Hygrométrie.

Les maxima moyens de l'humidité relative se maintiennent toute l'ann~e entre

90 et 100 % (99 % de JufUet à Novembre). Les minima ne sont pas inférieur à 30 % et se si-
tuent autour de 70 % en hivernage.

Précipitations. (fig. 2)

Le total des précipitations diminue quand on va de l'ouest à l'est de Oussouye

vers Ziguinchor, et du sud vers le nord ou le nord-est, de Ziguirlchor vers Bignona ou

Sedhiou. Le mois d'aoOt est le plus pluvieux, avec 34,4 % et 33,2 % des précipitations
annuelles, respectivement pour Zinguinchor et Sedhiou.

Vents.

Les vents sont du secteur nord-est en saison sèche, du seoteur ouest en sai-

son humide. Bien qu'ils ne soient jamais très violents, les vents de saison sèches, aidés

de fréquentes trombes, peuvent occasionner'une importante déflation dans les zones dépour-

vues de végétation comme les tannes.

Evaporation.

La moyenne annuelle est de 1.478 mm à Zing~or, mesurée au Piche. Le total

mensuel, faible en saison des pluies, dépasse 100 mm de décembre à juin et atteint presque

200 mm en mars et avril.

Les mesures effectuées par 1LACO en bac Colorado donnent des résultqts plus

élevés que celles de l'évaporomètre Piche, ainsi que le montre la figure 2. Elles ren-

draient cependant plus fidèlement compte des variations observées dans le régime hydrique

des sols.

D) Hydrologie.

Tous les cours d'eau de la zone qui nous intéresse de la Casamance Maritime

sont soumis ~x mouvements des marées. M~me pendant la saison des pluies, et malgré d'im-

portants apports dus aux fréquentes averses, ces mouvements se propagent loin vers l'amont.

On observe simplement de légères diminutions d'amplitude. En saison sèche, alors que l'écou-

lement en provenance des plateaux est pratiquement interrompu , la marée parcourt librement

les marigots.
, L'hivernage a surtout une influence sur la salinité des eaux cp i se déplacent.
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- 7 -

La figure 3 montre les variations de la salinité des marigots au cours de

l'année, les pluies de l'hivernage provoquent une très forte et très rapide chute de la

conductivité electrique~ On remarque par ailleurs que la salinisation qui se produit

en saison sèche est d'autant moins rapide et son terme moins élevé que l'on s'éloigne de

l'embouchure.

II. METHODOLOGIE.

Bien qu'il ne corresponde pas exactement au déroulement chronologique des

recherches, l'exposé suivant fait le tour des techniques appli~ ées.

A) Sur le terrain.

I) Prospection de la Casamance Maritime.

Cette prospection a permis une reconnaissance des divers sols de mangrove et

de tanne, de~is l'embouchure de la Casamance juscp 'à l'amont des vallées affluentes, où

la marée se fait encore sentir~ Simultanément, un cert~n nombre de dép8ts sableux et de

terrasses ont été caractérisé9, ainsi que leurs rapports avec les vasières~ Une étude

dynamique sommaire de ces dernières a été entreprise, à l'aide des photos aériennes et

d'observations sur place. La figure 4 donne un exemple de l'extension rapide de la mangrove

dans un élargissement du cours de la Casamance, en aval de Ziguinchor, en IO ans (I954-I964).

L'étude des vasières a donné de précieuses indications sur l'écologie des

diverses espèces de la mangrove et sur les conditions de leur implantation.

Cette prospection générale & enfin donné lieu au prélèvement de nombreux

échanti Hons.

2) Etude de l'évolution des sols dans une "chaîne lt de sols.

C'est près de Balingore, sur le marigot de Bignona, qu'à été choisie la zone

d'étude, en raison de la représentativité des formations végétales et des sols qu'on y

trouve.

Huit emplacements caractéristiques pnr leur végétation, leurs sols et leur


PROGRESSION DE L'ENVASEMENT

195"4-

Région de Ziguinchor
Iles ~ux oIseaux
daprts photos aérie/1/JeJ.7U IjsOIJf)Q'
- 8 -

régime hydrique ont été sélectionnés, sur lesquels ont été faites les opérations suivantes

- description de profils et prélèvement d'échnntillons des horizons,

- prélèvem~nts en tubes pour détermination de la densité apparente des horizons de

surface,

- prélèvements en tubes étanches sur un ou deux m~tres de profondeur pour extraction,

de la solution du sol et étude du sol ayant subi le minimum de perturbation,

- prélèvement en cubes (méthode Vergières) pour expérimentation~

Par ailleurs, la cha~ne de sols a été équipée d'une série de pièzomètres enfon-

cés à 0,50, l et 2 mètres de profondeur, pour le prélèvement périodique des nappes, tandis

qu'aux mêmes emplacements on a effectué des mesures périodiques du pli et OUPDtentiel

d'oxydo-réduction, à l'aide d'un m3tériel portatif facilitant les mesures nin situ l1 •

Enfin, on a entrepris une étude de la dissolution des coquilles calcaires,

que l'on ne retrouve jamais dans les sols de mangrove.

B) Au laboratoire.

A la différence des sols drainés, qui ne posent pas de problèmes pour la conser-

vation des échantillons, on se hemrte dans l'étude des sols de mangroves à de nombreuses

difficultés, et l'on doit faire appel à d'autres techniques que celles qui sont habituel-

les au pédologue, en particulier des méthodes propres à 1& sédimentologie ou à l'océano-

graphie.

r) Difficultés.

Parmi les particularités des sols étudiés qui compliquent leur étude analytique

on peut citer:

l'importante teneur en eau de la plupart de ces sols,

- la relative importance de la matière organique et la difficulté de la doser par les

méthodes classiques.

- la salinité variable des sols,

l'importance des composés soufrés, SH 2 , soufre élémentaire, sulfures et pdysulfures.

L'étude de l'évolution de ces sols doit faire intervenir les échanges


- 9 -

qui se produisent entre le sol et sa solution, d'une part, et les nappes qui le baignent,

d'autre part. La tentative de bilan est cependant délicate, en raison des pertes qui

peuvent se produire, parmi lesquelles on peut citer les migrations de solutions en

profondeur ou latéralement vers les m8rigots, les départs de gaz (SH2 , méthane, mercaptan)

ou la déflation de l'argile salée sur les tannes.

2) Méthodes employées.

Le problème de la conservation des échantillons ayant été résolu par l'emploi

de tubes étanches, le contenu est ensuite divisé longitudinalement en deux (technique GONI,

PARENT du B.R.G.M.), une moitié de l'échantillon sert à l'extraction de l'eau intersticielle,

l'autre à l'étude du sédiment lui-m~me.

Sur l'eau intersticielle on a effectué les ~nQlyses et mesures suivantes:

- pH, Eh, conductivité électrique,


- sels, fer, alumine et silice solubles,

Sur le sédiment lui-~Q :

matière organique par combustibn totale et dosage du 002 ,

- sels solubles,
dosage des différentes formes du soufre,

- étude du complexe absorbant,


mesures du pH et du potentiel redox.

En outre, les prélèvements des pièzomètres sont périodiquement complètement

analysés (sels solubles, pH).

3) Etudes oomplémentaires.
Indépendament des mesures.périodiques qui sont faites dans le polder de Medina,

qui sont destinées à suivre les transformations induites dans les sols par différentes tech-

niques d'assainissement, deux expérimentations ont été tentées.

Dans la première, des échantillons de vases nues et de sols de mangrove, pré-

levés en pots étanohes, ont été soumis à une dessication ménagée, les variations du pH

ont été notées, corrélativement avec les variations de poids.


-IO-

Dans la seconde, des échantillons de la chatne de sols, prélevés en cubes

Vergières, ont été soumis à des alternances de dessication et d'humectation, ou à un


lessivage intense, afin de suivre le dessalement et les variations du pH en accélèrant les

processus naturels.

III - FORlVIATION DES SOLS

A) Le matériau originel.
Une récente mise au point de A. GUILCHER a montré que l'origine des vases

marines ou mieux, fluvio-marines, est [Link], au moins dans les régions chaudes qui

nous intéressent ioi. Nous ne reviendrons pas sur les conditions de dépOt qui ont été analy-

sées par cet auteur. Nous passerons rapidement en revue les principales caractéristiques

de ces vases.

I) Nature des vases.

Les vases sont constituées de matériaux variés, tant par leurs dimensions

granulomètriques que par leur constitution minéralogique. C'est donc plus un état du maté-

riau qu'un caractère pétrographique (DEBYSER).

Les rra tériaux apportés en suspension par les cours d'eau subissent, dans les

estuaires comme dans la pleine mer, une importante homogénéisation. Le brassage par les

oourants de marée provoque un mélange intime des particules minérales amenées par les cou-

rants fluviaux et les particules organiques dont une grande partie proviendrait du planc-

ton.

En Casamance, la granulomètrie du sédiment est généralement fine, avec 60 à

70 pour IOO de particules inférieures à 2 microns.

2) Origine.
a) Influence du bassin versant.

C'est dans la nature de l'argile, presqu'uniquement kaolinitique, que se tra-

duit l'influence de l'héritage du bassin versant. On trouve ~galement du quartz dans la plu-

part des fractions granulomètrïques, ces grains de quartz sont généralement colorés par des
- II -

oxydes de fer comme dans les sols qui recouvrent les plateaux.

b) Influe~~e du milieu de sédimentation~

Les sédiements déposés sont riches en eau (100 à 150 %du poids sec), la
teneur en eau serait liée d'une part à la granulomètrie du sédiment, d'autre part, à la

nature et à la teneur en matière organique.

Par ailleurs, l'eau intersticielle du sédiment est salée, et reflèterafrla

salinité de l'eau du milieu au moment de la s~imentation.

B) La pédogenèse initiale (diagenèse des géologues).

Au fur et à mesure que le dép6t se constitue, les matériaux subissent un cer-

tain nombre de transformatiornqui nous permettent de dire que la vase, dès après son dép~t,

se comporte comme un sol~

Deux phénomènes vont jouer un rôle important, ce sont le tassement libre et .

l'état d'anaérobiose.

1) Influence du tassement.

La première conséquence du tassement est une certaine diminution de la teneur

en eau d~ns les oouches situées immédiatement sous la surfaoe du dépôt. Dans les vases nues

dt Casamance, el~passe de 180 à 200 % dans la couche de 0 à 20 cms,à 160 %de 20 à 40 cms
et se stabilise à environ 155 % jusqu'à l mètre.

L'eau, ou plut6t la solution saline qui est ainsi expurgée du sédiment, en tra-

verse les couches supérieures, et oontribue ainsi à homogénéiser le sol en cours de forma-

tion.

2) Influence de l'anaérobiose.
Sous l'action de baotéries spécifiques comme Sporovibrio desulfuricans les

sulfates de l'eau de mer sont réduits en ions sulfures SH· et S--qui, se combinant au fer

apporté dans la fraction minérale, donne des sulfures de fer, de la pyrite. Le fer pro-

viendrait des hydroxydes fixés sur les feuillets argileux, tandis que les lits plus

organiques seraient responsables de la production d'ions sulfure, les sulfures et poly-


-u-

sulfures de fer se développeraient ainsi préférentiellement à l'interface.

Ces phénomènes ont d'autres conséquences sur l'eau intersticielle. En raison

de son appauvrissement en ions S04 au profit d'ions S-- et SH- donc en acide fort au

profit d'acides faibles, l'eau intersticielle voit cugmenter sa réserve alcaline. D'autre

part, une partie seulement du fer libéré des argiles serait consommé pour la production

de polysulfures, une certaine proportion du reste serait solubilisée dans l'eau intersti-

cielle.

Le milieu anaérobie se conservant dans le dépOt un certain équilibre semble

atteint dans le sédiment et sa solution. Le cycle du soufre est bloqué au stade sulfure,

et si les microorganismes oxydant sont présents, ils sont incapables d'agir.

C) La colonisation par la mangrove.

Quand le dépOt, par exhaussements successifs, arrive à dépasser l'altitude des

b~s mers, et donc subit une découverte de plus ou moins longue durée, les fruits flottants

et souvent vivipares des palétuviers peuvent s'installer et contribuer petit à petit à la

consolidation du dépOt en formant un écran à la circulation des troubles.

Envisageons tout d'abord les différentes espèces végétales présentes dans les

mangroves.

I) Les arbres de la mangrove.

Cinq espèces d'arbres seulement entrent dans la composition des vastes peuple-

ments de la mangrove ; trois du genre Rhizophora, R. racemosa, R mangle et R Harrisonii,

caractérisés par des racines échasses qui partent du tronc et des basses branches pour

compléter l'ancrage de l'arbre, un enracinement profond et très dense de radicelles fi-

breuses, ainsi que par de remarquables fruits vivipares et flottants, qui sont susceptibles

de donner de nouveaux arbres dès qu'ils sont en contact avec la vase stabilisée. Seul le

Rhizophoro mangle occupe de grandes surfaces.

Les Rhizophorœsont complétés par Avicennia nitida (=germinans) qui lui aussi

est très largement répandu, et Laguncularia racemosa, que l'on rencontre surtout sur les
- 13 -

vases récentes et dans les zones de m~grove en cours d'érosion. Les troncs des Avicennias

sont entourés d'un tapis dense de racines aérifères, les pneumatophores, dont le sommet

dépasse légèrement le niveau moyen des hautes eaux.

Il faut cependant noter une certaine convergence de ces différentes espèces,

puisque les jeunes Avioenni~ présentent de petites racines échassês tandis que les Laguncu-

lari~ ont quelques pneumatophores au début de leur croissanoe.

Si les mangroves de la cete ouest de l'Atlantique sont constituées de ces m~es

espèces, la flore des mangroves de l'océan Indien est riche de plusieurs espèces supplé-

mentaires, tandis que le genre Rhizophora n'est représenté que par une seule espèce.

Rhizophora et Avicennia constituent pourtant les p8les principaux de ces peuplements.

2) Ecologie sommaire.

Les peuplements de Rhizophoras et d'Avicennias sont généralement nettement

séparés, la zone de transition étant de faible largeur. Dans un peuplement "mar", les

Avicennias sont toujours plus éloignés des marigots et chenaux de marée que les Rhizophoras~

Parmi ces derniers, c'est le R~ racemosa que l'on trouve en bordure des chenaux voisins de

l'estuaire et des marigots plus anciens où l'alluvionnement est interrompu. La forrration

à R. racemosa est de peu d'épaisseur mais très visible, même sur les photos aériennes,

cette espèce étant la plus élevée.

En arrière, les R. mangle forment une large bande, dont la limite interne se

situe à peu près à l'altitude moyenne des marées de vives eaux. S'y adjoignent quelques

R. Harrisonii, dont nous verrons plus loin l'action~

C'est plus en amont, sur la pente faible des dép6ts vaseux que commencent les

Avicennias, qui ne sont pas soumis toute l'année à des submersions quotidiennes, et peuvent

supporter une salure plus élevée du substratum.

Par contre, lors de la colonisation de vases récentes, on trouve soit des

Rhizophora mangle, soit des Avicennias, parfois accompagnés de Laguncularia, jamais les

deux premiers ensemble~ L'Avicennia s'implanterait de préférence sur les vases peu oonso-
- 14 -

lidées, plus riches en eau, mais aussi plus largement découvertes à basse mer. Par contre,

le Rhizophora mangle affectionnerait les sols plus stables mais supporterait une submer-

sion plus importante.

Quel que soit l'occupant initial, comment parvient-on à la zonation précédement

exposée ?

Si le premier occupant est l'Avicennia, après stabilisation du banc de vase,

quelques Rhizophoras vont s'installer en bordure du cours d'eau ainsi que le long des

ohenaux de marée qui se creusent .progressivement sur le banc lui-même~ Les trois espèces

de Rhizophorffi s'établissent ainsi au hasard; elles ont ensuite tendance, par enracinement

sur place des fruits des premiers arbres, à étouffer les Avicennias et à gagner progressi-

vement sur leur domaine~

C'est là qu'intervient surtout l'espèce R~ Harrisonii, dont les racines

échasses peuvent fournir jusqu'à 8 à 10 rejets successifs f qui enjambent littéralement

les Avicennias, et permettent ensuite au R~ mangle de s'installer en rorce. La zone à

Rhizophora s'élargit ainsi sur deux fronts: vers l'amont où il reste un t~pis de pneuma-

tophores lorsque les troncs d'Avicennias ont disparu vers l'aval en favorisant la conti-

nuité de la sédimentation.

S'ils peuvent s'étendre indéfiniment vers l'aval si la sédimentation n'est pas

contrariée, les Rhizophora n'empiètent sur les Avicennias que jusqu'à la limite de remontée

moyenne des marées; au delà les Avicennias subsistent, et repartiront ensuite à la conqu~

du terrain perdu lorsque eette m~e limite s'éloignera vers l'aval~

Dans l'autre cas f les Rhizophoras ayant occupé les premiers les bancs de vase

nue f on peut proposer un schèma moins complexe: les Rhizophoras s'étendent d'abord d~ns

toutes les directions, puis préfèrentiellement vers l'aval f et laissent ensuite progres-

sivement la place aux Avicennias dans les zones internes où les marées pénètrent de moins

en moins.

Si ce schèma est très souvent attesté par les observations des mangroves aux
- 15 -

différents stades de développement, il peut bien souvent se compliquer si les régimes de

submersion subissent ces modifications, en ra~son drélargisseme~: de lits de marigG;s,

de recoupement de méandres, de variations interannuelles de débit ou de salinité, etc •••

Quelles sont les premières modifications 8pportées au sédiment par la colo-

nisation par les mangroves ? On trouvera dans le tableau l quelques caractéristiques

concernant :

- l - une vase en cours de colonisation par Avicennia;,

- 2 - une vase en cours de colonisation par Rhizophora=,

- 3 un sol de mangrove à Rhizophor~

- 4 - un sol de tanne situé près de l'embouchure, donné à titre de comparaison.

: Teneur en eau : Salinité pH


·
-------------- ··--------------- .-------------- .---------------
: (1) surface
· 150 % · 30 g/l 7 à 8

170 56 40 g/l
·· à 100 om · o
7 à 8
:--------------:---------------:--------------:---------------:
(2) surface no % 30 g/l 6,7 à 7,6

à 100 cm 140 % 40 g/l 6,7 à 7,6


:--------------:---------------:--------------:---------------:
(3) surface 140 % 60 g/l 6,5 à 7,5
:
à 100 cm 130 % 60 g/l
0------_---------------__---
• •
0-------

-------
III
_ _ _ _ 0 .
(4) surface 90 % max85 g/l 5,6 à 7

à 100 cm 130 %
.

La teneur en eau est calculée par rapport au poids de sol sec~

Si ln teneur en eau varie assez peu à un mètre de profondeur, on peut voir

que llimplanta~ion des Rhizophoras provoque dans la zone où les racines sont très denses,
N

Vents de saison sèche

Echelle en plon 115000

--..:._--
____
__ ~ - - _ o _ - - _ o _ _._· --0 ~o o

~ --_. Niveou mtllimum de 10 noppe (Juillet-Octobre)

D Ton vir

___
- _ Niveau minimum de la nappe iMarsAvrili

r "S2", _1 .".,...."'"'''' 'Ilflrr WI'l Ton à Héleucharis L "Lune"e" Figure 5


- 16 -

une légère augmentation de la teneur en eau. Par ailleurs, le pH a tendance à diminuer,

tandis que la salinité du sol cugmente.

D) La formation des tannes.

Lorsqu'un cert2in équilibre est établi, le développement des diverses espèces

de la mangrove est commandé en premier lieu par le régime hydrique, le régime de submer-

sion des sols.

C'est ce même régime de submersion, passant d'une alternance biquotidienne

d'inondation et d'assèchement à une alternance seulement annuelle, qui est le principal

responsable de la formation des tannes.

La limite interne de débordement des marées moyennes, puis des marées de

vives eaux, ayant tendance à s'éloigner vers l'aval, l'humectation du sol n'est plus

assurée, du moins en surface il se produit une deshydratation et un tassement irréver-

sibles, et corrélativement une concentration des sels. Les Avicennias ne peuvent résister

à ces conditions et leur disparition accentue encore l'évaporation à la surface du sol~

La nappe phréatique, qui s'éloigne peu de la surface du sol dans les mangroves,

s'abaisse fortement dans le tanne, jusqu'à un mètre de profondeur vers la fin de la saison

sèche.

Une autre conséquence de la disparition de la végétation est la diminution

accentuée de la teneur en matière organique, qui concourt au tassement et à la déshydra-

tation.

Au cours de la saison des pluies, la submersion. des tannes est quasi totale

et permanente, par suite des pluies et du gonflement des marigots; la morphologie en

légère cuvette résultant du tassement permet la persistance de oette nap~e superficielle

assez longtemps après la saison des pluies. Elle permet m~me une légère désalinisation

des horizons de surface et l'implantation de quelques halophytes, parmi lesquelles

Heleocharis et Scirpus •
- 17 -

En saison sèche, sècheresse et sursalure donnent à l~ surface du sol une

structure poudreuse qui est favorable à la déflation éolienne et à la formation de lunettes.

On peut ainsi observer des tannes, soit en bordure des zones non salées

étnblies sur le Continental Terminal ou les terrasses anciennes, soit au milieu des for-

mations de mangrove où leur étude est particulièrement instructive pour ln compréhension

de l'évolution des sols de mangrove.

DI - ETUDE D'UNE "CHAINE DE SOLS Il •

Afin de bien comprendre les liaisons évolutives qui apparaissent quand on

passe de la mangrove au tanne, il était nécessaire d'éliminer les zones voisines du

Continental Terminal où peuvent se o8toyer des dépOts de granulomètrie différentes, ainsi

que des apports de nappes d'eau douce. Par ailleurs, les zones proches de l'estuaire ne

sont souvent pas suffisament évoluées et susceptibles de modifioations.

C'est pourquoi la zone pilote pour l'étude de ces sols a été choisie près de

Balingore, dans un coude du marigot de Bignona, et où se trouvent bien représentés, sur

un espaoe relativement restreint, les divers types de sols et de végétation.

A) Caractéristigues locales de la zone d'étud~.

1) Topographie.

Ainsi qu'il est dit plus haut, c'est par une transition progressive que l'on

passe des bras des marigots aux zones dénudées; cette transition s'observe dans la topo-

graphie, où les pentes, quoique très fùibles, marquent bien les différences d'inondation

par les marées et les différences de végétation.

La figure 5 présente une coupe de la mangrove de Balingore, suivant la direo-

tion est-nord-est à ouest-sud-ouest. De droite à gauche, donc du marigot jusqu'à la cuvette

oentrale, on a suocessivement :

- une pente forte en bordure du marigot, souvent supérieure à 100 %,


- à partir de la frange à gr~nds Rhizophoras jusqu'à la bordure de la cuvette à grands

Avicennias, une pente très faible, environ 0,3 %0.


COUPE DE LA CHAINE DE SOLS .
Végétation ~appe

fchelle en plon ,. 2 000

2m

/
_50 cmi
/

Profils 8 0 0, 8 8
Maximum fin JuJilet.
/)

liî.
Niveau mo Yen en hivernage

;~
" i.~ \
Rhizophora. Avicennio
!'~rmf
,rill
He\eochoris
,
Niveaux de la nappe à

Differentes epoqu es de l'annee


-e -
-+ --;
.- Debut d hivernage Juin

Milieu laison seche Moll

Fin de sOlsan
. 5è<he Mai

Figure 6
-c~-_ r_ Minimum fin [Link]
- 18 -

- au pied des grands Avicennias, une pente plus forte (3 %0), cette bordure marquant
le point culminant de la coupe,

- vers la cuvette, une pente inverse de 0,7 %0, où se trouvent les zones dénudées ou
"tannes vifs ll ,

- enfin, la pente s'annule progressivement vers le centre de la cuvette, occupée en ma-

jorité par les formations halophytes du "tanne herbacé".

Vers le bord ouest de la cuvette, la pente remonte brusquement sur une sorte

d'Ue allongée surplombant la cuvette de 60 à 80 cms, qui e st une "lunette" de déflation

construite par les dép8ts d'éléments arrachés en saison sèche aux "tannes vifs".

A l'ouest de cette lunette, on retrouve la succéssion inverse des pantes

jusqu'au marigot.

2) Régime hydrique.

Le régime de submersion des différentes zones de la mangrove a une influence

très nette sur la répartition de la végétation. Tandis que s'amenuise progressivement la

durée de submersion, on observe également des différences dues aux changements de la

salinité, quand on passe de la mangrove au tanne.

Dès les premières pluies de llhivernage, les tannes stériles et herbue, la

frange à Avicennias et Sesuviums se couvrent d'une couche d'eau qui peut atteindre 20 cms

d'épaisseur, dans les autres zones, c'est le gonflement du marigot provo~é par les pluies

qui amène une augmentation de la lame d'eau venant recouvrir le sol à chaquerrarée.

Pendant la saison sèche, alors que les zones de mangroves à Rhizophoras conti-

nuent à ~tre recouvertes par les marées, la zone centrale des tannes et sa bordure d'Avi-

cennias se dés sèchent progressivement, la nappe atteignant en mai sa profondeur maximale

0,90 m pour le tanne herbu, 0,35 m pour le tanne nu, 0,25 m pour la frange à grands

Avicennias, 0,15 m pour la zone à Avicennias petits. (fig. 6).

Seules les marées d'équinoxe de printemps peuvent venir submerger une partie

des tannes ; elles provoquent alors d'importants changements dans la structure des
- I9 -

.horizons de surface.

3) Végétation.

Nous passerons d'abord en revue la végétation des bordures puis celle de la

mangrove proprement dite.

Bordures.

A l'extérieur de la mnngrove, en bordure des anciens schorres, on observe des

peuplements purs de Paspalum vaginatum. Si l'alimentation en eau est irrégulière, avec

assèchement en saison sèche, on a des prairies à Héléocharis mutata, à Philoxerus vermi-

cularis ou même des "tannes dénudés".

Sur les tlots eu terrasses sableuses "ouljiens n , la strate arborée est carac-

térisée par Parinari macrophylla et quelques Acacia albida, ces derniers sans doute intro-

duits par l'homme ( ). La partie supérieure des ~nciens shorres et le bas des colluviŒS
\
sableuses sont couverts de Schizachirium compressum, Pobéguina arrecta, Parathéria

prosptrata et Pycreus polystachius. La strate arborée est presque uniquement constituée

d'Elaeis guinéensis, qui ceinturent chacune des rizières; il semble que leur emplacement

marque la position des sources alimentées par la nappe du Continental Terminal, ainsi

que le point où les variations de hauteurs de la nappe sont les plus faibles,tandis que

dans les terrains drainés du Continental Terminal et dans les vallées les variations sont

plus importantes.

Mangrove et tanne.

A l'intérieur de la mangrove, et dans le cas particulier de celle de Balingore 9

on peut distinguer 7 zones principales, caractérisées par leur régime de submersion et

par les peuplements végétaux suivants :

I) frange de grends Rhizophoras racemosa et de Rhizophoroomangle plus petits, le long

du marigot et des chenaux de mangrove actifs. Cette bordure est peu épaisse, elle s'élar-

git sur les rives convexes et s'amoindrit jusqu'à disparaître parfois sur les rives conca-

ves des méandres.


2) succédant à la précédente une bordure plus large de Rhizophoras mangle, plus petits
- 20 -

que les précedents, et en peuplements généralement moins denses.

3) peuplement de Rhizophoras mangle avec strate herbacée cense de Paspalum vaginatum.

4) peuplement plus ou moins large drAvicennias nitida de taille moyenne, m~lé de quel-

ques Rhizophor$mangle, avec strate herbacée de Scirpus littoralis.

5) frange souvent interrompue, généralement moins étendue que 1a zone préoédente,

drAvicennias nitida de grande taille avec une strate herbaoée composée de Sporobolus

robustus et de Sesuvium portulacastrum.

6) zone dénudée (tanne vif) très étendue à surfaoe boueuse ou poudreuse suivant les

saisons, avec de rares plages à Philoxerus vermicularis entourant ou isolant en plusieurs

morceaux la dernière.

7) zone herbeuse (tanne "herbaoée") à Héléocharis mutata et Héléocharis carribea plus

petite.

La végétation de la "lunette" présente un aspect particulier. Les p:l rties basses

sont couvertes de Paspalum vaginatum, et les Parties hautes portent une végétation inha-

bituelle au milieu de la mangrove, puisque constituée de P~~ni~ reclinata (palmier), de

Spondias mombin, de Stereospermum Kunthianum, parfois même drAdaksonia (Baobab) aveo en-

dessous un Igname sauvage et des Andropogonées banales. Cette butte a d'ailleurs été colo-

nisée par des termites. Nous reviendrons plus loin sur la question de son origine.

B) Etude morphologique des sols de la chatne.

Suivant le sens de l'évolution tel qu'il apparait dans 18 répartition des sols,

quand on passe des régions de mangroves récentes à celles plus anciennes où un cert~n é~

libre est atteint, il est logique d'étudier succéssivement les compléxes sol-végétation

définis ci-dessus en passant des bords du marigot au centre du tanne, puis à sa bordure oc-

cidentale où se trouve la lunette.

I) J:ormation à Rhizophgras mangle.


Dans oette zone le R. mangle est dominant sur le R. racemosa et il n'y a pas

de sous-bois herbacé. Les arbres, qui mesurent 2 mètres à 2 mètres 50 de haut, sont serrés

et leurs racines échasses sont étroitement m~16es, opposant un obstacle sérieux à la pénè-

tration.
- 2r -

La surface du sol est plane, seulement bosselée près de quelques trous de

crabes, pnrsemée de coquillages c8niques de Tympanotonus fuscatus de petite tûille, et

incisée du ceté du marigot pûr de fins chenaux anastomosés qui recueillent le ruissel-

lement élU reflux~

La consistance est spongieuse, et lion remarque une nette tendance à la

thixotropie du matériau.

Description du profil.

oà 23 cms N/4 à 5 B 4/1, gris bleuté, nombreuses et larges taches brunes

(10 YR 4/4) sur des amas de réldicelles de Rhizophoras, argi-

leux organique, structure fibreuse très compacte, épaisseur

assez uniforme, limite assez nette avec l'horizon sous-jacent.

23 à 35 cms horizon identique au précédent mais taches plus petites et plus

rares, moins humifère, passage graduel à

+ de 35 cms le profil se continue, gris bleu et toujours fibreux jusqu'à

plus de 2 mètres de profondeur.

Ce sol est roccuvert chaque jour par la marée, et toujours complétement engor-

gé. Il ne se draine momentanément sur les ro ans supérieur que lors des grandes marées

basses.

Le sol qui se trouve sous la for~t à grands Rhizophoras racemosa est en tout

points identique, mais il est recouvert à la marée par une lame d'eau plus importante,

30 à 40 cms au lieu de ro en moyenne. Les arbres y ont une densité comparable, mais l'en-

trelacement de leurs grandes racines échasses rend difficile la pénétration et la manipu-

lation d'appareil. L'étroitesse relative de la zone couverte par ces formations à fait

que nous l'avons écartée de nos points d'étude.

La largeur de la zone à Rhozophoras mangle est très variable, suivant la

configuration du terrain; dans la région étudiée, et en général en Casamance Maritime, il


ne semble pas qu'elle dépasse r50 à 20üm.
-22-

2) Formation à R. mangle et Paspalum vaginatum.

Là encore, le R. mangle est dominant mais plus clairsemé, il est accompagné

de qU0.1qles R. Harrisonii et comporte un sous-bois assez dense et bien dévelop~é de Paspa-

lum vaginatum, qui bien que considérée généralement comme une halophyte, est assez ubiquis~

Les coquillages sont beaucoup plus rares à la surface du sol qui est légèrement

mamelonnée.

Description du profil.

a à 30 cms ra YR 4/r, gris foncé, argileux, fibreux, massif, assez nombreuses

racines de Paspnlum ; épaisseur variable, limite assez nette avec

l'horizon sous-jacent.

30 à 45 cms N/6, gris clair et 5 B 4/r, bleu, bariolé; mêmes autres caracté-

ristiques que ci-dessus; épaisseur variable, limite nette.

-:- de 45 cms N/4, gris et 5 B 4/r, bleu, apparition de très nombreuses

racines de Rhizophoras.

Variations.

L'horizon supérieur fibreux, constitué de très nombreuses radicelles des

Rhizophoras, peut atteindro 40 à 50 cms ; sa densité est très largement inférieure à celle

des horizons profonds.

3) Formation à Avicennias nitida, et Scirpus littoralis.

Après une zone limite de faible largeur où se remarquent quelques tronos

de Rhizophoras et d'Avicennias morts mais aussi quelques R. mangle jeunes, on pûsse à la

zone où se développent les Avicennias, dont chaque tronc est entouré d'un tapis dense de

"pneumatophores".

La strate herbacée à Scirpus est très dense mais discontinue ; la surface

encore légèrement mamelonnée. Les arbres sont légèrement plus halts que dans la zone

précédente.
- 23 -

Description du profil.

a à 3 cms Brun clair, fibreux, matière organique peu décomposée,

3 à 35 cms ra YR 2/2, brun foncé, possant rapidement à N/6, gris clair à

rares mouchetures brunes; argileux, massif, très plastique,

très nombreuses racines, maximum de l'enracinement des Avicennias

à 2a cms, épaisseur uniforme, passage graduel à

35 à 55 cms N/6, gris clair, nombreuses et larges taches bleues (5 B 4/r),

autres caractères identiques à l'horizon précédent, sans enra-

cinement ; épaisseur uniforme, passage rapide à

+ de 55 cms horizon identique à l'horizon profond du profil V 53, avec de

très nombreuses rRcines de Rhizorhoras peu décomposées.

Variations.

an observe peu de variations sur ce sol, tant dans l'espace que dans le temps,

l'engorgement du profil étant permanent, sauf dans l'horizon tout à fait supérieur où la

nappe s'abaisse seulement jusqu'à r5 cms de la surface en fin de saison sèche; les mouche-

tures sont alors plus vives.

4) Formation à Avicennias et Sesuvium portulacastrum.

Bien que cette zone soit assez étroite, son intér~t réside dans sa position de

limite entre le tanne et la mangrove, et dans sa position topographique légèrement plus

élevée que les deux zones principales.

Les Avicennias sont là remarquablement développés, atteignant 5 à 6 mètres de

hauteur, mais ils dépérissent du c8té du tanne.

La surface du sol est hérissée de très nombreux pneumatophores, qui dispa-

raissent également vers le tanne, et craquelée par de nombreuses gui ne traversent cepen-

dant que les 5 à ra cms supérieurs.

Description du profil.

a à 3-5 cms ra YR 2/3, brun foncé, argileux, mêlé de débris végétaux.


- 24 -

5 à 45 cms ro YR 2/2, brun très foncé, petites tRches ocres et brunes,

devenant légèrement pleutism sèchant ; argileux; structure

massive, compact, très plastique; peu de débris végétaux,

épaisseur assez uniforme, passage graduel à

45 à 60 cms ro YR 2/2, brun très foncé, mêlé de bleu (5 B 4/r) , nombreuses

taches brunes (ro YR 4/4) de dimensions moyennes, argileux,

massif, cavités racinaires, épaisseur uniforme, passage diffus

+ de 60 Qms horizon identique aUx horizons profonds des profils V 51 et

V 52, gris clair et bleu, fluide, m~lé de débris de racines

peu décomposées, qui disparaissent après 150 cms.

Variations.

Dans les zones où les Avioennias sont plus clairsemés, et les plages à Sesu~

plus denses, on observe quelques taches jaunes entre 20 et 50 cms de profondeur.

Cette zone est celle qui est le moins soumise à la submersion par les marées

ou les pluies de l'hivernage, le front de la nap)e ne dépasse pas cependant la profon-

deur de 30 oms, au plus bas.

5) Tanne vif sans végétation.


Quand on quitte les frondaisons des grands Avicennias on débouche sur une

vaste zone plane, qui, en saison sèche, présente un caractère frappant d'aridité, tant

sur les plages dénudées que dans les zones herbacées dont le tapis d'halophyte est déssé-

ché et roussi par le soleil~

La surface du sol est plane, la couche superficielle est poudreuse excessi-

vement riche en sels, parfois légèrement encroCtée. Au dessous on peut observer des amorces

de polygones d'environ 20 oms découpés p~r des fentes de l à 2 cms de large. La couleur

de la surface est un peu plus claire que dans la zone précédente et que dans la partie

herbue du tanne.
- 25 -

En saison des pluies la couche pulvérulente de surface devient boueuse et

glissante et~nd à former une pellicule souple qui repose plus ou moins régulièrement sur

l'horizon sous-jacent. Cette pellicule est souvent boursoufflée par de petits d8mes où

s'accumulent des gaz (méthane, mercaptan), du moins tant qu'une lame d'eau les recouvre.

Description du profil.

a à 3 cms ra YR 4/4, brun; argileux m~lé d'efflorescences salines en

croate friable poudreuse ; horizon ondulé, limite tranchée

avec l'horizon sous-jacent.

3 à r3 cms ra YR 5/r, gris, petites taches beige-jaune (ra YR 6/8) à ocre

rouge (2,5 YB 5/S) sur les fentes et le long d'anciennes racines

fines ; argileux ; structure cubique à tendance prismatique,

moyenne, bien developpée ; plastique épaisseur uniforme, limite

nette

13 à 30 cros ra YR 5/r, gris, nombreuses taches jaune vif (2,5 Y à 5Y 8/8)


en amas et à l'emplacement d'anciennes grosses racines argi-

leux ; structure massive, cavités tubulaires à l'emplaoement

d'anciennes racines mortes; très plastique; horizon ondulé,

passage graduel à

30 à 50 oms - N/6, gris clair, grosses taches j éll nes moins nombreuses, argi-

leux, masmf, autres caractères comme ci-dessus; horizon irré-

gulier, passage graduel à

50 à 65 ems N/6, gris clair, taches bleues (5 B 4/r) sur des amas de radi-

celles ; autres caractères identiques ; apparition de grosses

racines peu décomposées

+ de 65 cms N/6 et 5 B 4/r mélangés, comme dans l'horizon profond du profil

V SI.
- 26 -

Variations.

Les variations observées affectent surtout les horizons supérieurs ; pelli-

cule boueuse en saison des pluies, masquant les fentes et la structure de saison sèche.

Pendnnt la saison sèche, d'autres modifications peuvent être apportées p?r la submersion

occasionnelle par les grandes marées de saison sèche très salées. La struoture est encore

détruite et on assiste à un gonflement de l'horizon de surface par le sel lors du retrait

des eaux et de la dessication ••• Les zones non atteintes par ces marées ne subissent auCU-

ne modification, la nappe salée ne semblant pas circuler latéralement.

Dans les horizons à taches ocres ou jaunes, il est fréquent que les taches

soient durcies et plus structurées que le reste de l'horizon ; les faces de ces petits

agrégats polyédriques sont mamelonnées~

Au sujet de la couleur de la surface de ces tannes nus, on peut faire les

observations suivantes; quand l'horizon de surface est argileux ou argilo-limoneux, la

teinte de la surface est brune en hivernage, brun clair à beige en saison sèche, cer-

taines parties étant plus jaunes par dép8t de soufre en fleurs; quand les horizons de

surface sont recouverts d'une pellicule, m~me très mince, de sable, le tanne devient

blanc, les cristaux de sel liant les grains de sable provoquant une intènse réverbération~

6) Tanne herbacé à Heleocharis~

Si en fin de saison sèche cette partie du tanne présente un aspect aussi

désolé que les zones sans végétation, en hivernage un tapis dense et très vert se dévelop-

pe et s'étend progressivement vers le tanne vif.

L'horizon superficiel est encore poudreux mais les fentes sont plus visibles

et plus profondes. On observe également de rares dép6ts de soufre en fleur et vers la fin

de l'hivernage on perçoit un assez fort dégagement d'hydrogène sulfuré, qli est commun

dans la mangrove à Rhizophoras mais plus rare sous Avicennias et dans le tanne vif.

En hivernage la nappe superficielle qui recouvre .ette zone peut atteindre

20 oms d'épaisseur.
- 27 -

Description du profil.

a à 3 cms ra YR 3/3, brun fonc~, argilo-limoneux, structure poudreuse fine,

chevelu racinaire très dense, ~paisseur uniforme, limite tran-

ohée vers llhorizon sous-jacent.

3 ,à IO cms ra YR 5/r, gris, nombreuses et fines taches tubulaires beige-

jaune (la YR 6/8) et vers la base de lthorizon larges taches

arrondies jaune-beige (2,5 y 7/8), argilo-limoneux, structure

cubique moyenne, assez bien développée, fentes de petites dimen-

sions, sans rev~tement, microporosité faible, plastique, fort


enracinement à la surface des cubes, épaisseur assez uniforme,

Hmi te nette.

ra à 30 oms ra YR 4/2, gris-brun, assez nombreuses taches allongées jaune-

beige (2,5 YR 7/8), argileux, structure prismatique moyenne,

bien developp~e, fentes assez larges recouvertes d'une pelli-

cule brune argileuse et organique salée, microporosité faible à

nulle, très plastique, sans enracinement, horizon ondulé, limite

assez nette.

30 à 55 oms horizon de transition identique au prÉcédent, mais avec dispari-

tion de·la structure prismatique.

55 à 75 oms N 4, gris, quelques taches brunes allongées entour~es d1un halo

brun-elair, argileux, structure massive, continue, sans fentes

ni d~bris végétaux, épaisseur uniforme, passage graduel à

plus de 75 cms N 4, gris, avec quelques passages bleutés (5 B 4/r), argileux,

très plastique, à partir de 150 cms apparaissent de nombreuses

racines de palétuviers, Rhizophoras, en voie de pourrissement.

Le profil se continue identique jusqu'au delà de 3,50 ID avec de très fines

pass'es sableuses.
- 28 -

La structure décrite pour les horizons supérieurs jusqu'à 30 cms n'est obser-

vable qu'à la fin de la saison sèche. Dès qu~ les pluies engor~ent le sol et dissûlvent

les sels accumulés à la surface, elle disparait et le profil est uniformément plastique,

sauf une légère résistance à la pénétration entre 10 et 30 cms. Les horizons fibreux de
surface deviennent glissante, et il est difficile de se déplacer sur ce sol. La partie

supérieure forme une pellicule où s'accrochent parfois de nombreuses bulles de gaz (SH2~.

En hivernage la teneur en sels de l'eau qui recouvre la surface du sol ne

dépasse pas 3 à 4 pour rooo (mesur~par conductimétrie), dans la nappe située vers 80 cms

de profondeur, en fin de saison sèche, elle atteint 50 pour IOOO.

Variations.

Le profil décrit ci-<iessus est typique des zones intérieures de la mangrove,

dans les tannes à Heleocharis situés plus en amont du marigot ou d~ns les chenaux argileux

des rizières qui y aboutis sent on observe u.n profil un peu di fférent :

o à 20 QffiS Gris-brun, argileux, humifère.

20 à 50 ou 75 cms Gris clair à gris olive, taches jaunes vif et taches rouilÈ

plus petites durcies, argileux, ~stique.

50 à 80 cms Brun chooolat, argileux, plastique et collant.

plus de 80 cms Gris, argileux fibreux.

L'horizon à taches jaunes et rouille peut parfois ne commencer que vers 50 cms

de profondeur.

7) Bourrelet éolien ou ftlunettelt.

Bien que le bourrelet éolien ne représente qu'une très faible surface dans

la zone, il est intéressant de l'étudier ici en raison du type d'évolution spécial qu'il

représente, et qui est, 00mne celle du tanne, pratiquement irréversible.

Sur la bordure s~ouest du tanne, sous les vents dominants de saison sèche, la

végétation du bourrelet est composée de bouquets d'arbres et d'arbustes dont la présence


au milieu de la mangrove ne laisse pas de surprendre. Il s'agit en effet d'espèces non
- 29 -

halophiles, dont l'installation n'a pu se faire qu'après un dessalement suffisant du sub-

stratum. On y trouve en particulier :

Arbres et arbustes Plantes herbacées et lianes

Phoeni~ reclinata Hygrophila senegalensis

Spondias Mombin Schizachirium compressum

Stereospermum Kunthianum Schizachirium brevifolia

Adansonia digitata Neurotheca loezeliordes

Terminalia macroptera Tacca involucrata


Lannea nigritana Fimbristylis ferruginea
Vernonia senegalensis Echinoclloa colonum
Allophyllus africanus Ampelocissus leonensis

Dioscorea sp.

La partie centrale du bourrelet est ceinturée de Paspalum vuginatum.

Sur une coupe on observe successivement d'est en ouest:

- un premier bourrelet qui ne s'élève que de 25 oms au dessus du tanne~ la pente

faible du tanne s'y relève fortement et elle est striée de rigoles d'érosion hydrique,

- une plage horizontale d'une trentaine de mètres de large, plus ou moins dépourvue

de végétation, dont l'aspect de surface ressemble à celui du tanne,

- la lunette proprement dite, de 80 cms de haut en son sommet, de 40 à 50 mètres de

long sur 20 de large.

Le bourrelet et la lunette sont surmontés d'assez nombreuses termitières,

dont certaines paraissent non fonctionnelles.

Description du profil.

a à ra cms ra YR 3/2, brun-gris foncé, argilo-limoneux, assez humifère,

structure grumeleuse fine moyennement développée, microporosité

forte, enracinement fort, épaisseur uniforme, limite nette avec


- 30 -

l'horizon sous-jacent.

10 à 30 cms 10 YR 4/2, gris-brJn, petites taches jaune vif, contras::,ées,

moyennement abondantes, argilo-limoneux, structure massive à

débit polyédrique fin, quelques fines fentes, sans revêtement,

microporosité faible, plastique, enracinement faible, épaisseur

uniforme, passage rapide à

30 à 40 cms ro YR 4/3, brun assez nombreuses taches brun-jaune (ro YR 5/8)

de dimensions petites à moyennes, texture inchangée, structure

massive continue, un peu plus plastique, enracinement disparait,

passe rapidement à

40 à 50 cms 10 YR 4/2 et 5/6, bariolé gris-brun-jaune, texture inchangée,

structure plus fluide, très plastique et collant, limite trancHe.

+ de 50 cms ro YR 5/r, gris, tacheté vers 65 cms, argileux, cet horizon est

équivalent à l'horizon supérieur des sols du tanne voisin.

Variations.

Quelques variations sont introduites par les termites, qui se contentent

d'explorer la partie supérieure de profil, sans atteindre le sous sol salé ••• Il semble

que ce sol se soit développé sur un dépôt éolien de "lunette" ; i l se trouve en effet

dans la partie sud-ouest du tanne, et nous rappelerons que les vents soufflent du nord-

est quand le tanne est desséché, de janvier à mai.

Processus de formation.

On a vu que les sols du tanne subissent des alternances saisonnièresde sub-


I

mersion et d'assèchement. En hivernage, la submersion par des eaux relativement douces

provoque la mise en mouvement des sels sur une tranche de sol assez épaisse (prouvée par

l'étude des variations de la salinité de la nappe). Lors de l'assèchement, la nappe se

concentre et une remontée des sels se produit, qui provoque en surface le développement

d'une structure poudreuse, en particulier dans les zones dépourvues de végétation.


- 3I -

Cette poudre salée, qui est par ailleurs récoltée par les cultivateurs Diola

pour la production de sel, est mise en mouvement par déflation et transportée par le vent

sur la bordure sud-ouest du tanne où les Avicennias de bordure forment un écran.

Pendant l'hivernage suivant leur dép5t, ces sédiments très salés sont lessivés

de leur sels par l'eau des pluies qui entraîne également une grande partie des cations

du complexe absorbant~ Le milieu devient alors favorable à l'installation d'une végéta-

tion non halophile, ainsi que de populations de termites qui concourent à l'édification

et à la consolidation de la lunette.

Le tanne fonctionne donc comme une petite sebkha, et le bourrelet est en tous

points comparable à une lunette.

Le processus defurmation de la lunette est irréversible puisque par lessivage

des sels qu'il contenait, le dép6t éolien est défloculé et perd ses caractéristiques

dimensionnelles favorables à une reprise par le vent.

Progressivement, la lunette gagne sur le tanne et sur la zone à Avicennias,

dont on retrouve sous la lunette des traces de racines et de pneumatophores gainés de

sulfates et dioxydes de fer.

Lors du lessivage des sols dans le sol de la lunette, les chlorures sont

entratnés préférentiellement aux sulfates. Les premiers retournent à la nappe du tanne,

et bouclent leur cycle d'évolution dans la sebkha. Il semble donc que l'on assiste à une

sorte de triage chimique, mais moins net que celui qui a été observé par J. BOULAINE (2)

dans la sebkha de Ben Ziane. En particulier on n'observe pas dans notre cas d'accumulation

de cristaux de gypse en profondeur.

En sien tenant donc aux seules caractéristiques morphologiques des profils,

on observe de la mangrove vers le tanne une évolution importante, où la végétation et le

régime hydrique jouent des reles de premier plan.

Les formations à Rhizophoras sont caractérisées par un enracinement profond


- 32 -

et particulièrement dense. On parle même de sol fibreux tant les radicelles sont nom-

breuses et finement divisées et entrelao~es, au moins dans les horizons supérieurs. Les

racines profondes se conservent bien dans le milieu Qna~robie et subsistent longtemps

après la chute des arbres, que la surface soit alors couverte par les Avicennias ou par

un tanne.

L'enracinement des Avicennias est nettement plus superficiel, et leur instal-

lation ~rès les Rhizophoras provoque la disparition de l'horizon fibreux, mais les

racines d'Avicennias, de m~me que leur pneumatophores qui ne sont que des diverticules à

géotropisme négatif, disparaissent dans le tanne.

Si dans les deux principaux types de mangrove la couleur des horizons reste
uniforme, dans ses taches comme dans sa matrice, une importante modification se produit

dans les tannes, en particulier dans l'horizon de 20 à 50 cms, où apparaissent des teintes

plus claires et plus vives, en marbrures plus prononcées et dont les limites tranohées
sont souvent le lieu de ségrégation et de précipitations sp~cifiques, en particulier de

sels de fer. Les battements de la nappe en sont la cause.

Sur le plan de la structure également, ce n'est que dans les tannes qu'elle

se manifeste, là encore dans les limites de déplacement du front de la nappe phr~atique.

Bien que les inondations de la saison des pluies masquent provisoirement ces structures,

elles sont cependant un signe tangible d'évolution, car il nous a été permms de les

retrouver dans des sols actuellement couverts d'Avicennias dont la morphologie indiquait

l'existence d'un tanne dans une époque antérieure.

c) Quelques caractères analytiques des sols.

Parmi les résultats analytiques obtenus au cours de cette étude, un certain


nombre nous permettra de définir le sens de l'évolution et quelques unes de ses moda-

lités. Ils concerneront des caractères physiques (teneur en eau, densité apparente) des

caractères physico-chimiques (pH, Eh) et chimiques (sels solubles, complexe, éléments


soufrés).
Fi~; 7
RELATIONS TENEUR EN EAU

DENSITE APPARE NTE

,1-

••
,, •
• •


,5 •

,4- o

o
o
,3 o

JO ........-----r-----------+--------~f__--------_+_-
So 100 lSO 2.00 "/oQ

• SaI de mtingrove
o Sol de t,gnne horizon 0 -20 cm5
- 33 -

1) Teneur en eau et densité apparente.

Il s'agit tout d'abord de la teneur en eau à l'état naturel, mesurée en

hivernage, soit sous conditions d'engorgement que l'on peut assimiler au pF O.

Tableau n

Teneur en eau en % du poids sec pour 7 profils de la chaîne de sols

Densité apparente de l'horizon supérieur (entre parenthèses)

: Profils :
:
l·: n III IV V
:
VI
--------- .------------ .------------ .------------ .------------ .------------ .------------
Rhiz. Rhiz.
. Avic. . Avic. Tanne vif : Heleo.
--------- : ------------ ·------------ ------------ : ------------ ·------------. .------------
: • ~ r
: 0-20 cm 210 (r,r5) 120 (1,27) 106 (r,4I) 67 (r,39 )
· 40 (1,64) 55 (l,54)
:
:20-40 \1
192 : 140 127 so 67 67
:40-60 \1
135 no 144 125 90 JI20
: :
:60-80 Il 132 145 r25 144 Ils 130
·:so-roo" : 135 152 IIO 132 132 145

.: .
·~--------~-----------~-----------------------------------------------------------------
:

Après l'augmentation signalée dans les sols de mangrove par r~pport aux vases

nues, on observe une diminution progressive, et qui gagne petit à petit les horizons

profonds, quand on passe aux sols de tanne.

La légère augmentation constatée dans le profil VI, du tanne à Heleocharis,

semble due à l'enracinement de ces halophytes.

A l'inverse, la densité apparente suit une variation contraire qui n'est

pas seulement en relation avec la teneur en eau, mais sans doute aussi avec les qua'li-

tés de la matière organique et sa teneur. La figure 7 montre en effet que les éohantil-

lons de mangroves et de tannes se groupent dans deux domaines distincts.

Sur les échantillons soumis à un séchage à l'air avant analyse, on observe

également une diminution parralèle, de 20 % du poids total dans les mangroves à ro %


- 34 -

dans les tannes. De même le retrait au sèchage qui attein t 30 % en volume dans les

mangroves, n'est que de 10 %dans les horizons supérieurs des tannes.

2) pH et potentiel redox.
Ces deux valeurs sont sous la dépendance de l'état d'engorgement du sol,

dans les mangroves oomme dans les rizières, le pH est moins lié au taux de saturation

que dans les sols bien drainés, il est par contre soumis à des variations importantes
dues aux variations du potentiel d'oxydo-réduction, lui-m@me conditionné par les
conditions d'engorgement ou de dessication du sol.

En période de dessèchement du sol, un milieu oxydant s'installe qui, par


oxydation des sulfures sous l'action de bactéries comme Thiobacillus thiooxydans,
provoque la formation d'ions sulfuriques qui font considérablement baisser le pH.

Il convient donc d'étudier le pH dans les conditions qui ne provoquent

pas de modification sensible du milieu. Deux méthodes étaient possibles, la mesure


in situ et la prise d'échantillons en tubes étanches.

Nous verrons plus loin comment on peutoomparer les valeurs obtenues par
ces deux procédés dans l'étude des variations annuelles.

A titre indicatif on a rassemblé dans le tableau III les valeurs mesurées

en hivernage sur l'eau intersticielle des 6 profils.

Tableau III

pH de l'eau intersticielle en hivernage

----------------------..-----------
Profils l II III IV V VI
-----: :-------:-------:-------:-------:- -.
0-20 cm 7,4 7,5 7,0 6,4 4,7 4,5
·:
·:
2Q-40 " 7,0 7,3 7,0 6,4 5,r 5,1 : .

40-60 " 7,1 6,2 6,5 5,0 4,S 5,0 ·


60-80 7,4 6,4 6,9 4,7 5,5
. 5,2
" · : : :

----
·
so-roo"
...·
S,O
. 6,4
. 6,4 :
. 4,6
. 5,3
_ _ _- - " - - _ - - . l . - _ - - - . & o _____
:
.
~
5,3
_____._..
••

fig: 8
EVOLUTION DU PH DES SOLS

PENDANT LE SECHAGE

100 9S- ~O IS' '0 0/0 . r•.:d s cd.. \'


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-
a Rf~'1.0rkO V",&
- 35 -

On observe que le pH de l'eau intersticielle est plus bas dans les sols de

tannes que dans la mangrove. Examinons maintenant le tableau IV des valeurs du pH des

~chantillons de oes m~mes sols après s~chage à l'air.

Tableau IV

pH des sols de mangrove et de tanne après sèchage à l'air

: :
Profils l III IV V VI
·
II
·.------------.-------.-------.-------.-------.-------.-------.
.
0-20 cm 2,4 : :
3,5 • 4,0 :
4,I • 4,I 5,4 :

·• 40-60 " : 2,4 ·• 2,6 : 2,5 2,5 · 3,7 4,7 .


80-IOO" ·• 2,3 2,3 2,3 2,I 2,9 . 3,5


•· .
· .• · ..
.
·--------------------------------------------------------------
Tous les échantillons subissent une aoidification au séchage, mais cet effut

est d'autant moins accentué que l'on passe des mangroves aux tannes. Il semble donc

que les alternances répétées d'humectation et d'engorgement qui se produisent dans les

tannes provoquent un épuisement progressif du stock de sulfures, dont l'oxydation par

les Thiobaoillus est susceptible de produire de llacide sulfurique. Les ions sulfate

fonn~s en saison sèche sont en effet soit lessivés en hivernage, soit blocpés sous

forme de sulfates de fer peu solubles.

L'évolution du pH d1un sédiment au cours du séchage permet ainsi de séparer

une vase nue d'un sol de mangrove ou d'un sol de tanne. Dans une expérience un certain

nombre d'~chantillons de vases récentes et de sols de mangrove recueillis en pots

étanohes ont ~té soumis à une dessication ménagée, et le poids et le pH ont été mesurés

périodiquement. La figure 8 présente les oourbes de variation obtenus pour 3 d'entre

eux, une vase nue sous l'eau, une mangrove jeune à Rhizophoras et une mangrove ancien-

ne à Rhizophoras suocèdant aux Avicennias. Bien que l'on se soit limité à une perte

d'eau relativement faible (20 %du poids de l'échantillon frais) on constate une forte

baisse de pH dans les 2 éohantillons de la mangrove, alors que dans la vase nue la

variation est insignifiante. Il a été avancé par certains auteurs que le maximum
- 36 -

d'oxydation des sulfures se produisait pour une humidité de 60 % dans l'échantillon.


L'humidité à l'état frais des échantillons dt mangrove étant voisine de 200 % du poids
de sédiment sec, soit 65 à 70 %du poids humide, c'est entre 65 et 55 %que lIon ob-
serve la forte baisse du pH.

Les mesures du potentiel d'oxydo-réduction ou Eh qui ont été effectuées

sur l'eau intersticielle et sur le sol sont toujours plus élevées que les mealres in

situ. On observe cependant que ces valeurs sont toujours un peu plus élevées dans les

tannes que dans les mangroves.

3) Complexe absorbant.
L'analyse des cations aasorbés suppose, en raison de la présence d'une

grande quantité de sels solubles, soit une double détermination des sels solubles et

des cations du complexe non dessalé, soit un dessalement par l'alcool qui s'est avéré

particulièrement long et délicat.

A titre indicatif, on trouvera dans le tableau V quelques déterminations


concernant les horizons de surface de 4 profils de la char ne de sols~

Tableau V

Bases échangeables des sols des profils l, III, V et VI

(mé pour lOO g)

Profils l III V VI
-----~------ 8
.------- .------- .------- .-------
• • •

· CaO 3,4 3,2 2,0 4,4


MgO 7,6 7,4 4,5 5,6

1,8 1,5
.
K 2,2 1,7
Na 4,4 5,2 4,0 4,0
s 17,8 18,0 12,2 15,5
· T 20,5 19,3 15,9 15,1
Na/T % 21,5 27,0 25,2 26,6
·• Na + K
C 0,56 0,70 0,87 0,55

~
a + Mg..!- •
JJ. •
-.&.. •
~

-.t.
- 37 -

On observe qu'il Y a plus de Mg que de Ca, !lB. i s aussi plus que de Na, ce

qui montre qu'une partie seulement du sodium de l'eau de mer est adsorbée sur le

complexe. Le rapport NalT est cependant partout supérieur à 20 %, bien que ces sols
ne développent pas les caractères de sols à alcalis.

4) Sels solubles.

Nous verrons ultérieurement comment évolue la salinité, mesurée par la

conductivité électrique, tant dans la solution du sol que dans les prélèvements des

pièzomètres, au cours des saisons.

Il est intéressant de comparer les dosages des anions et cations solubles

dans le sol et dans la solution du sol. On a rassemblé dans le tableau VI ces données

pour 4 profils, les deux types de mangrove, le tanne vif et le tanne à Heleocharis. Pour

les échantillons de solon a procédé à un sèchage à l'air puis les sels ont été déter-

minés sur l'extrait au 1/10 et notés en milliéquivalents pour 100 g. Les résultats

d'analyse des solutions extraites à la presse (dosés en mé/litre) ont été ramenées en

mé pour 100 g en ten3nt compte de la teneur en eau de l'échantillon fr~is.

Nous comparerons dans le tableau VI les valeurs trouvées pour deux échan-

tillons par profil.


Tableau VI

Sels solubles dans le sol Ca) et dans sa solution (b)


(mé/IOO g)

. --- --
: :
·,-.------- : ---------------------------·------------------ ---------------------------.---------------------------:
• Profils:
l III V
· VI

·· 80-Ioo om ··· 0-20 cm .·· 80-100 cm · 20-40 cm ·· 60-80 cm ·· 20-40 cm .· 60-80 cm


......

·· 0-20 cm
:------~----- ·-------------:------------- .-------------:------------- : -------------:------------- - -----.·
a · a a · a b a · b ·
·:
b
·
a
·
b
· . b
·
b
· a
· b a b
·
· ..: -....... : - - : - - -· - - : - - :
_ _ _ _ _ _.- _ _ _ _ _ : _ _ _ _ _ _ : _ _ _ _ _ _ e _ _ _ _ _ _ - _ _ _ _ _ _ : _ _ _ _ _ _
-":---,
· · · · : · · ·
Cl 22,0 · 7I,0 82,0 · 53,0 · 3I,0 6I,2 97,5 · 43,5 47,0 76 0 II4,0~ 76,0 64 , 2 · I02,0: H9 ,0:
128~7:
• ·
en
Cl') · 504- 12,4 6,3 29,5 · 6,2 · IO,O 14,2 87,5 2,1 8,4 ·· 7,0 47,5:· 12,5:: 15,4 8,8 : 76,2: 19,6:
· ··
1 · ·· 1,5 I,2 2,6 · 3,2: 3 ,9:: 1,6 ·· 2,5 7,3: 4,5:
Ca 1,3
·· 3,8
· 3,6 2,7 I,I 3,6 3,2 ·
:
10,6 14,7
··
37 ,3 · II,7 8,6 ·· 16,9 · 40,3 9,2 9,5 17,2 · 37,1:· 25 ,5'·: 21,3 17,7 52,0:· 32 3:
·
·: Mg
·· · · · · ·: · ,:
· · · :
· : •
·· K 1,1
· 1,5 0,1 : I,I 1,1 I,2 0,1 ··· 0,8 1,3 · 1,2 ·: 1,2:· 2,6;· 1,3 · 0,8 0,2:· 1,7:
· ·
· Na '·. 24,0 :· 66,0 62,0 46,8 '·. 35,0 · 66,5 ;II8,0 '··. 38,2 52,0 '·. 66,0 '·. 125,0: I08,0; 86,0 '··. 56,0 II6,0:· 105,0::
· · ·
· ··· ·· ·· ·· · ··· ·
---._--------------------------------~----------------------------------------
! :· ·: : :· · ···
- 39 -

En confrontant ces donn~es partielles on peut remarquer que le sol s'enri-

chit en ions sulfates par rapport à la solution (eau intersticielle), particulièrement

dans les horizons profonds. Pour les chlorures par contre, si dans les horizons de

profondeur le sol est plus riche que la solution, il n'en est pas de même en surface,

dans les mangroves ; les différences s'estompent dans les tannes.

Les cations, en particulier sodium et magnésium semblent se comporter comme

les chlorures.

Si l'on calcule les rapports des cations et des anions antre eux on cons-

tate par exemple que le rapport Cl/S0 4 , qui est voisin de ra dans l'eau de mer, est

compris entre II et 22 en surface, entre 8 et 20 en profondeur pour ce qui est des

mangroves, ce qui peut être considér~ comme un indice de la réduction des sulfates.

Par contre, dans les tannes ce rapport s'établit entre 4 et 5 en surface

et entre 5 et 8 en profondeur. Les raisons de ce renversement peuvent être d'une part

l'oxydation des sulfures, d'autre part un certain lessivage préférentiel des chlorure~

bien que la remontée capillaire provoque une concentration de l'ensemble des sels.

Pour le rapport Mg/Ca, on observe pareillement un renversement en passant

des mangroves aux tannes. Dans les mangroves, il est un peu inférieur à sa valeur dans

l'eau de mer, mais dans les tannes, il augmente beaucoup, montrant une accumulation du

magnésium, aocumulation relativement plus forte que celle du sodium, qui est moins bien

fixé.

5) Composés soufrés.

En l'absence de données concernant les teneurs en sulfures et polysulfures,

on peut comparer les valeurs des teneurs en hydrogène sulfuré et en soufre élémentaire

pour les 6 profils de la chatne (en rnilliéquivalents pour 100 g, valeur maximum par

horizon).
- 40 -

Tableau VII

Teneur maximum en SHQ et S élémentaire dans la chatne de sols


L ____ - - __________________________________________ ~ ___________________

Profils l II III IV
. V VI .: .
: ; .
----------- : ------- ·------- .-------- : - - - - - - ------- : ------- :
:

0-20 cm
·
9,7 1,7 4,9 0,4 0 0
20-40 " 17,0 O,S 3,9 0,6 0 0
:
40-60 fi
19,0 3,2 3,7 3,4 0 0,9
60-80 " 13,1 5,9 3,1 5,8 3,5 1,5
SO-IOCJl 13,S 3,4 2,1 14,0 13,5 1,7

~
On observe une disparition progressive de ces composés des mangroves vers

les tannes. Il est probable que les sulfures de fer persistent plus longtemps~ Les

chiffres obtenus dans les mangroves de Balingore en S et SH sont par ailleurs très
2
inférieurs aux teneurs en soufre total citées par llILACO à Médina.

Il convient enfin de noter que les teneurs en hydrogène sulfuré et en

soufre subissent des variations saisonnières qui seront exposées ultérieurement.

V - éVOLUTION DES SOLS.

Nous avons étudié dans le chapitre précédent les différents types de sols

de la Uohatne" de sols de la mangrove au tanne et nous avons passé en revue un cer-

tain nombre de caraotéristiques dont les variations relatives mettent en valeur les

différents stades de l'évolution qui conduit des vases d'estuaire aux sols de tanne.

Nous envisageons maintenant l'aspect actuel de cette évolution par létude

des variations annuelles de quelques unes de ces caractéristiques.

A) Régime hydrique dans la cha~ne de sols.

Nous avons vu oomment les variations de la nappe pouvaient Otre responsaoes


Fig: 9 COURBE DE TAR'5SEMENT
NAPPE DU TANNE

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FiC]: 10 INFLUENCE DE LA MAR~E
SUR LA NAPPE DE LA MANGROVE

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- 41 -

de la zonation de la végétation, de l'extension des tannes mnsi que du développemeE

de la stucture dans les horizons de surface. L'étude précise de ces variations, tant

de la hauteur des nappes que de leur concentration en sels, permet de mieux compren%e

les cycles annuels observés par exemple dans les caractéristiques physico-chimique

comrùe le pH et le potentiel redox.

C'est l'objet des études piézométriques et limnigraphiques.

1) Battement de la nappe~

Nous avons vu que le battement de la nappe est d'~tant plus large que

l'on passe de la mangrove vers les tannes. On observe aussi que l'abaissement de la

nappe se transmet progressivement du tanne vers la mangrove à Avicennias au oours de

la saison sèche. Cependant, avant m@me les premières pluies on constate une remontée

progressive de la nappe à la périphérie du tanne, liée à une remontée importante de

l'hygrométrie.

Dans le centre du tanne, où un liminigraphe,était installé, le tarissement

de la nappe se produit d'une manière assez brutale, ffinsi qu'il apparatt sur la figure

9. Vers le milieu de la saison sèche 67-68 elle est passée en 4 jours seulement de 18

à 54 cm de profondeur.

Dans la mangrove, la nappe subit les contrecoups des battements de la~

dans le marigot, et pas seulement quand les marées sont assez forte pour en submerger

l'ensemble. La figure 10 montre les variations de la nappe dans le profil III, de la

mangrove à Avicennias et Soirpus, en période de marées de morte eau. Il existe donc

un effet dynamique de la marée sur la nappe qui semble se transmettre jusqu'au tanne,

mais moins perceptible. Il est donc possible que des mouvements de solutions se pro-

duisent dans l'ensemble de la chaîne de sols~

2) Variations de la salinité.
L'inondation en hivernage de l'ensemble des sols par les eaux douces, Ité~

poration et la resalinisation du mari~ot en saison sèche se traduisent par d'importan~


fig: 11 VARIATlON5 DE LA CONDUCTIVITE ( EC)
Piezomètres des profils l,m,V.

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- 42 -

variations de salinité dans les nappes, et ces variations ont des [Link] crois-

santes quand on passe de la mangrove au tanne.

C'est ce qui ressort de l'examen de la figure XI où sont portées les

variations de la conductivité électrique de la nappe prélevée à 50 cm dans 3 profils

de la chatne.

Dans les 3 profils l'abaissement de la salinté est très brutal au début

de l'hivernage. La remontée observée en fin d'hivernage doit être attribuée à l'incur-

sion d'une ou plusieurs marées de vives eqUX dans la mangrove, tandis que dans le tanne

l'assèchement provoque une resalinisation brutale.

Les variations de la salinité mesurées dans les piézomètres se retrouvent

dans l'eau intersticielle des sols. On comparera dans le tableau X leurs valeurs res-

pectives mesurées en fin de saison sèche et en fin de saison des pluies dans les hori-

zons correspondants~

Tableau X

Conductivités de la nappe (ECp) et de l'eau intersticielle (ECe)

en fin de saison sèche (S) et en fin d'hivernage (H)

· . ·• :
Profils l II III v VI
· . . . . . . .
.-------------.---------.---------.---------.---------.---------.---------.
Saison
· ·
: S
. . . . .
: H : S : H : S: H : S
.-------------.----.----.----.----.----.----.----.----.----.----.----.----.
D • • 0 • •

• • • • • lit • • • • • • • 0

33 · 38 · 42 · 50 46 : 53 ·· 54 - . 75
: : : :
: ECp
· · · ·
· · · ·
· . · . · . ·:24,2:· 50 32 79 ··:32,5:. 69 :
98
·
·
ECe :29,4: 36 ·: 18,6: 36 :22,5: 50 ·
: 50 cms

·
··
·:100 cms ECp 37 37 43
· . . . . .
50 50 56 55 61 85 96
·
67
..
74
:
ECe 31 :22,3:37,5:20,2: 53 :25,5: 58 30 85 :23,5: 66

: : : :
---------------------------------------------------------------------------
La conductivité, en rnillirnhos/cm/crn2 à 25 0, varie plus fortement dans la
MOYENN
ES pH
rH
rH

30

'20

pli

l'rotil ,

---
------
Prolil '2

--,--0- , fr o ti \4

-- Plolil ~
~~
_ ..

A A, 0, , tt o. , J, f. figure 12
- 43 -

solution du sol (eau intersticielle) que dans la nappe. Il semble que l'équilibre se

fasse en hivernage.

B) Variation annuelle du pH et du potentiel redox. (fig. 12)

Nous ne reprendrons pas le détail des observations collectées au cours de

2 campagnes de mesures dans les différents sites de la chatne de solse Nous reverrons

seulement les conclusions les plus importantes.

Co~ne on pouvait s'y attendre, le poten~el redox est sous l'influence des

conditions d'aération du sol, donc des variations de hauteur de la nappe phréatique;

cette influence est particulièrement nette dans les tannes.

Il est aussi logique d'observer généralement des variations inverses du pH

et du potentiel. Il y a cependant des exceptions qui montrent que les mécanismes en jeu

sont complexes.

En effet, si l'augmentation du potentiel provoque un abaissement corrélatif

du pH, ce dernier peut descendre plus bas que ne le justifierait le simple effet de

l'augmentation du potentiel. L'apparition de conditions oxydantes permet la transfor-

mation des ~lfures en sulfates, donc en acide fort, qui accentue l'abaissement du pH.

Par ailleurs, grâce aux mouvements des solutions acides, on peut observer une acidifi-

cation alors m~me que les conditions ambiantes du sol sont redevenues réductrices.

Les variations sont plus importantes dans les tannes que dans les mangroves

et Ithivernage provoque un certain regroupement des valeurs e

Dans la solution du sol, on observe également des variations du pH dont

l'amplitude est comparable à celle des mesures in sitUe Il existe cependant un certain

décalage, en particulier dans les tannes où l'acidification se prolonge au début de

l'hivernage e

Enfin si les mesures in situ ont montré que le pH est très souvent plus

bas en profondeur qu'en surface, il n'en est pas de même dans la solution du sole
-44-

Il semble donc qu'il y ait circulation verticale des solutions acides&

Il est enfin intéressant de remarquer que l'acidification disparait pro-

gressivement dans l'horizon supérieur du tanne à Heleocharis, en raison sans doute

de l'épuisement progressif des composés soufrés oxydables, ainsi qu'il l'a été mention-

né auparavant. On a pareillement observé que dans le polder de Médina, là où existaient

des tannes à Heleocharis, le pH baisse beaucoup moins sous l'influence du drainage que

dans les emplacements originellement occupés par la mangrove.

f....0 N C LUS ION S.

Nous sommes donc bien en présence de la formation actuelle de sols et d'une

évolution relativement rapide qui conduit, quand on doit en faire la cartographie, à

faire se cot6yer sur une carte des types de sols classés dans des groupes, voire des

classes différentes, bien que la roche-mère soit identique et la tendance pédogenétique

unique.

CGmrnent en effet classer les divers profils examinés le long de la chatne

de sols au sens large, depuis le dépet dit de "slikke" jusqu'aux rizières douces des

vallées?

On peut considérer que le matériau originel du sol est complètement et défi-

nitivement en pla~e lorsque la végétation s'installe. A ce moment, l'exhaussement

postérieur sera faible, par contre on observera un enrichissement en même temps qu'une

redistribution de la matière organique, ainsi qu/une redistribution des sels per le

tassement, la circulation des solutions. Les modifications du matériau l'emporteront

sur les apports de matériaux neufs.

Ce n'est donc que sur les slikkes, les bancs de vases nues non colonisées

par la mangrove que l'on pourra parler de sols minéraux bruts d'apport marin, ou mieux,

fluvio-marin.
- 45 -

Lorsque l'Avicennia est le premier occupant l'enrichissement en matière

organique de l'horizon de surface est faible et les modifications physiques peu impor-

tantes. Cependant, quelques caractères chimiques sont modifiés par rapport à la vase

nue~ Il est permis alors de parler de sols peu évolués d'apport, sous groupe hydromorphe~

Sous Rhizophora par contre, l'enrichissement en matière organique est plus

intense ; il se développe un horizon supérieur fibreux, assez poreux et perméable,

tandis qu'en profondeur le sol devient mou et fluide~ L'ensemble du profil est salé,

mais la redistribution des sels est accompagnée d'une modification des rapports des

cations et des anions entre eux. Les caractères hydromorphes sont cependant toujours

prépondérants et l'on peut qualifier ce sol de sol hydromorphe. groupe humique à gley,

salé.

Dans la mangrovQ interne à Avicennia , succèdant au Rhizophora, les

battements de la nappe sont de plus grande amplitude et il y a des périodes de plusieurs

jours pendant lesquelles la marée ne recouvre plus les sols. Ces derniers se tassent

et se déshydratent dans l'horizon supérieur ~ parrallèlement une partie de la matière

organique disparait et la salinité augmente. La partie supérieure du profil subit donc

un début de maturation et la st~ration commence, tandis qm'en profondeur l'horizon

fluide se conserve et devient plus caractéristique d'un gley, tandis que quelques

taches de pseudogley apparaissent àans l'horizon supérieur, en particulier le long des

racines.

Ce sol est encore un sol hydromorphe humique à gley, mais il est nettement

moins fibreux que le précédent qui pourrait peut-~tre se ranger dans la première sous-

classe des sols hydromorphes, en abaissant un peu la limite inférieure du taux de

matière organique.

Dès que la salure est trop forte pour que les Avicennias survivent on passe

à un véritable sol salé, dans un domaine où l'alternance annuelle de dessication et

d'engorgement succède à la submersion fréquente par les marées. Les battements de la


nappe, le régime hydrique, sont responsables des modifications profondes que l'on
- 46 -

observe dans le sol.

Le profil est plus nettement différencié, gley et pseudogley sont bien carac-

térisés et il s'agit encore d'un sol à caractère hydromorphe, mais le dessèchement provo-

que un enrichissement important en sels en surface et l'ap~arition d'efflorescences

salines et d'une structure poudreuse caractéristiques. Parrallèlement les phénomènes

d'oxydation [Link] une acidification importante.

Ce sol est donc à classer dans les sols halomorphes (ou sodiques) sous

groupe salin acidifié.

Le terme provisoire de l'évolution, au milieu du tanne, est un sol un peu

différent du précédent, le marais à Eleocharis est en effet moins salé, au moins légè-

rement dessal~ en surface. La structure de l'horizon supérieur se développe plus nette-

ment, l'horizon de surface poudreux a tendance à disparattre. Le sol serait alors

intermédiaire avec les sols salins à horizon superficiel friable.

Quand le tanne est en bordure des sols des plateaux du Continental Terminal,

par exemple le IDng des vallées transformées partiellement en rizières, les apports d'eau

douce sont plus réguliers, la saison des pluies se continuant par l'écoulement de la

nappe douce des plateaux; le dessalement est plus intense, l'acidification disparait,

au moins dans l'horizon supérieur; la végétation d'Eleocharis est remplacée par une

prairie à Paspalum vaginatum, pu~à Schizachirium dans les zones où la nappe ne dépasse

pas la surface du sol en hivernage.

Le sol peut alors ~tre classé hydromorphe minéral à pseudoqley, comme le

sol des lunettes qui est à rapprocher de ce dernier type.

Dessication et oxydation accentuent alors les ségrégations ferrugineuses,

en particulier autour des anciennes r~cines de palétuviers.

En résumé, tout au long de la chat ne de sols qui conduit, à partir de la

même roche-mère alluviale, des vases nues couvertes d'eau aux tannes dénudés puis aux
- 47 -

prairies marécageuses douces, on observe un balancement des influences tant8t dominante~

tantôt secondaires, de l'hydromorphie et de l'halomorphie.

Ces balancements dans l'évolution pédogenétique se reflètent dans la répar-

tition relative des sols hydromorphes et des sols salés quand on passe de la zone

d'estuaire aux vallées qui incisent les plateaux de Basse Casamance. De la zone litto-

raIe aux sols hydromorphes à végétation dense de palétuviers, on passe à une région où

les tannes s'étendent et où les sols salés prédominent, puis vers l'amont à des sols

hydromorphes à pseudogley favorables à la riziculture.

La différenciation morphologique des profils autant que les changements

profonds des caractéristiques physiques et chimiques des sols, permettent de suivre les

différentes étapes de cette évolution. Aussi intense que soit cette dernière, elle ne

parvient pas oependant à effacer complètement les traces de l'origine de ces sols,

gr~ce à la conservation de quelques racines de palétuviers fossilisées par des dép~ts

et des épigénies de sels et d'oxydes de fer.

...
. . ,

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