Lycée Louis-Le-Grand, Paris Pour le 13/02/2014
MPSI 4 – Mathématiques
A. Troesch
DM no 11 : Polynômes
Problème – Polynômes de Tchebychev et théorème de Pólya
Le but de ce problème est de démontrer un théorème dû à George Pólya sur les polynômes à coefficients complexes :
Soit P un polynôme unitaire à coefficients complexes, non constant. Alors la projection orthogonale sur
l’axe réel de l’ensemble des complexes z tels que |P (z)| 6 2 est de longueur totale inférieure à 4.
On énonce de manière un peu plus précise :
Théorème 1 (Polya) Soit P ∈ C[X] un polynôme unitaire de degré au moins 1. Soit :
C = {z ∈ C | |P (z)| 6 2} et R = {Re(z), z ∈ C}.
Alors R est une union finie d’intervalles fermés bornés deux à deux disjoints I1 , . . . , It tels que
ℓ(I1 ) + · · · + ℓ(It ) 6 4,
la longueur d’un intervalle I = [a, b] étant définie par ℓ(I) = b − a.
Dans la partie III, on démontrera que ce théorème découle d’un théorème plus simple portant sur des polynômes à
coefficients réels :
Théorème 2 Soit P ∈ R[X] un polynôme unitaire de degré n > 1, dont toutes les racines sont réelles.
Alors l’ensemble S = {x ∈ R | |P (x)| 6 2} est une union disjointe d’intervalles fermés bornés I1 , . . . , It
tels que
ℓ(I1 ) + · · · + ℓ(It ) 6 4.
On démontrera ce dernier théorème dans la partie IV. La démonstration utilise un résultat dû à Tchebychev, qui fait
l’objet de la partie II :
Théorème 3 (Tchebychev) Soit P ∈ R[X] un polynôme unitaire de degré n > 1. Alors :
1
max |P (x)| > .
−16x61 2n−1
La partie I est quant à elle consacrée à des résultats préliminaires sur les polynômes, utiles pour la partie IV.
Les théorèmes ci-dessus ne peuvent bien sûr être utilisés dans la copie que pour les questions ultérieures à leur
démonstration. On pourra admettre en cours de copie les résultats des questions non démontrées à condition de
l’indiquer clairement sur la copie.
La partie II est indépendante de la partie I. La partie III est indépendante de la partie I et de la partie II. La partie
IV utilise des résultats des trois parties précédentes.
Partie I – Préliminaires
Dans toute cette partie P ∈ R[X] est un polynôme de degré n > 1, dont toutes les racines (dans C) sont réelles.
On note r1 < · · · < rk les racines de P deux à deux distinctes, et α1 , . . . , αk leur multiplicité.
1. En localisant les racines de P ′ par rapport à celles de P , montrer :
Lemme 4 Si r est racine au moins double de P ′ , alors r est racine de P .
2. Montrer :
Lemme 5 Pour tout x ∈ R, on a : P ′ (x)2 > P (x)P ′′ (x).
1
Partie II – Polynômes et théorème de Tchebychev
On définit une suite de polynômes (Tn )n∈N (appelés polynômes de Tchebychev de première espèce) par la relation de
récurrence suivante :
(
T0 = 1; T1 = X;
∀n > 1, Tn+1 = 2XTn − Tn−1 .
1. Étude élémentaire des polynômes Tn
(a) Expliciter Ti pour tout i ∈ [[0, 4]].
(b) Justifier que pour tout n ∈ N∗ , Tn est un polynôme, et déterminer son degré et son coefficient dominant,
ainsi que la valeur de Tn (1) et de Tn (−1).
(c) Montrer que pour tout n ∈ N, et tout θ ∈ R, Tn (cos(θ)) = cos(nθ).
2. Étude des racines de Tn et Tn′ . On pose n ∈ N∗ .
(a) À l’aide de la question précédente, déterminer les racines de Tn et leur multiplicité.
(b) Déterminer de même les racines de Tn′ .
On note s1 < · · · < sn−1 ces racines.
(c) Déterminer Tn (s1 ), . . . , Tn (sn−1 ).
3. Démonstration du théorème de Tchebychev
Soit n ∈ N∗ , et soit Q un polynôme unitaire de degré n.
(a) Justifier l’existence max |Q(x)|.
−16x61
n−1
On définit Qn = Tn − 2 Q.
(a) Montrer que deg Qn 6 n − 1.
1
(b) On suppose que max |Q(x)| < .
−16x61 2n−1
i. Montrer que Qn 6= 0.
ii. Trouver une contradiction en déterminant le signe de Qn aux points +1, −1, s1 , . . . , sn−1 .
(c) Démontrer le théorème 3
Partie III – Exemples et réduction du problème au cas de polynômes réels
1. Un premier exemple
Soit P ∈ C[X] un polynôme unitaire de degré 1. On écrit P = X − a, a ∈ C.
(a) Décrire géométriquement l’ensemble C = {z ∈ C | |P (z)| 6 2}, puis déterminer R = {Re(z), z ∈ C} sous la
forme d’un intervalle dont on donnera les bornes en fonction de a.
(b) En déduire que le théorème 1 est vrai pour les polynômes de degré 1.
2. Un deuxième exemple
Soit P = X 2 − 2, et C et R les ensembles associés définis dans l’introduction.
(a) Montrer que pour tout couple (x, y) de réels, x + i y appartient à C si et seulement si
(x2 + y 2 )2 6 4(x2 − y 2 ).
(b) Justifier que R = [−2, 2] et conclure.
3. Réduction du problème
Soit P ∈ C[X] un polynôme unitaire de degré n > 1, C et R les ensembles associés. On note r1 , . . . , rk ses
racines deux à deux distinctes de multiplicité α1 , . . . , αk . On note, pour tout i ∈ [[1, k]], ti = Re(ri ). On définit
alors Q ∈ R[X] par :
Yk
Q(X) = (X − ti )αi ,
i=1
et S l’ensemble {x ∈ R | |Q(x)| 6 2}.
2
(a) Montrer que pour tout z ∈ C, |Q(Re(z))| 6 |P (z)|.
(b) En déduire que R ⊂ S.
(c) Justifier que si le théorème 2 est vrai, alors le théorème 1 est également vrai.
Partie IV – Démonstration du théorème de Pólya
D’après la partie précédente, il suffit donc de montrer le théorème 2. Dans toute cette partie, on se donne un polynôme
unitaire P de degré n > 1 et dont toutes les racines dans C sont réelles.
1. Justifier que S est non vide.
2. Cas où S est un intervalle
On suppose ici que S est un intervalle I.
(a) Justifier que I est un intervalle borné.
(b) Soit a et b les bornes inférieure et supérieure de I. Justifier que a 6= b, puis que |P (a)| = |P (b)| = 2. En
déduire que I est fermé.
(c) Justifier l’existence et donner la valeur de max |P (y)|.
a6y6b
(d) En considérane le polynôme
n
2 b−a
Q(X) = P (X + 1) + a ,
b−a 2
et à l’aide d’un résultat démontré précédemment, montrer que :
n
b−a
max |P (y)| > 2 .
a6y6b 4
(e) Conclure
3. Une description de S
Soit E l’ensemble des solutions de l’équation |P (x)| = 2, donc E = {x ∈ R | P (x) = 2 ou P (x) = −2}.
(a) Montrer que E est un ensemble fini et non vide.
On note N le cardinal de E, et β1 < . . . < βN les éléments de E que l’on a ordonné.
(b) Montrer que pour tout i ∈ [[1, N − 1]], soit [βi , βi+1 ] ⊂ S, soit ]βi , βi+1 [∩S = ∅.
(c) Justifier que ] − ∞, β1 [∩S = ∅ et ]βN , +∞[∩S = ∅.
(d) En déduire que S est une réunion d’un nombre fini t d’intervalles fermés deux à deux disjoints.
On note I1 , . . . , It ces intervalles, rangés dans l’ordre croissant. On note pour tout entier j ∈ [[1, t]], Ij =
[aj , bj ]. Ainsi, on a : a1 6 b1 < a2 6 b2 < · · · < at 6 bt .
4. De l’existence d’une racine de P dans chaque Ij
(a) Justifier que pour tout j ∈ [[1, t]], |P (aj )| = |P (bj )| = 2.
(b) Soit j ∈ [[1, t]] tel que aj 6= bj et P (aj ) = P (bj ) = 2.
i. Justifier l’existence d’un minimum de P sur Ij , atteint en un point b ∈]aj , bj [.
ii. Justifier que P ′ (b) = 0 et P ′′ (b) > 0.
iii. À l’aide de résultats établis précédemment, montrer que P admet une racine dans ]aj , bj [.
(c) Que dire du cas où aj 6= bj et P (aj ) = P (bj ) = −2 ?
(d) Justifier que pour tout j ∈ [[1, t]], aj 6= bj .
(e) Montrer que tout intervalle ]aj , bj [, j ∈ [[1, t]], contient au moins une racine de P .
3
5. Où l’on augmente le nombre de racines dans le dernier intervalle
Soit m le nombre de racines de P situées dans l’intervalle It (le plus à droite).
(a) Que vaut t si m = n ? En déduire que le théorème 2 est vrai dans ce cas.
On suppose à partir de maintenant que t > 2.
(b) Montrer que m < n.
(c) Soit c1 , . . . , cm les racines de P situées dans It (éventuellement répétées autant de fois que leur multiplicité),
et cm+1 , . . . , cn les autres racines. Soit :
Q = (X − c1 ) . . . (X − cm ).
Justifier l’existence et l’unicité d’un polynôme R de degré au moins 1 tel que P = QR. Donner une
factorisation de R en produit de facteurs irréductibles dans R[X].
(d) On définit le polynôme P1 par P1 (X) = Q(X + d)R(X), où d = at − bt−1 est la distance séparant les deux
derniers intervalles It−1 et It .
i. Soit x ∈ I1 ∪ · · · ∪ It−1 . Montrer que :
• pour tout i ∈ [[1, m]], |x + d − ci | < |x − ci |,
• |Q(x + d)| < |Q(x)|,
• |P1 (x)| 6 2.
ii. Soit x ∈ It . Prouver que :
• |R(x − d)| 6 |R(x)|
• |P1 (x − d)| 6 2.
(e) On note S1 = {x ∈ R | |P1 (x)| 6 2}, et on écrit S1 = J1 ∪ · · · ∪ Jt′ comme une union d’intervalles
fermés deux à deux disjoints, l’ordre des indices respectant l’ordre des intervalles. On note It′ l’intervalle
[at − d, bt − d].
i. Montrer que I1 ∪ · · · ∪ It−1 ∪ It′ ⊂ S1 .
ii. Décrire les racines de P1 en fonction de celles de P , et montrer qu’elles sont dans I1 ∪ · · · ∪ It−1 ∪ It′ .
iii. Montrer que It−1 ∪ It′ est un intervalle. En déduire que It−1 ∪ It′ ⊂ Jt′ .
iv. Montrer que le nombre de racines de P1 situées dans Jt′ est strictement supérieur à m.
6. Terminer la preuve du théorème 2 puis du théorème 1.