0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
60 vues97 pages

Mémoire de Max

Le document présente une liste de sigles et abréviations liés au droit international, suivie d'un plan de travail structuré en deux parties sur le pouvoir juridictionnel de la Cour internationale de Justice (CIJ) et son bilan. Il aborde les critères d'identification de la compétence de la CIJ, les engagements des parties, ainsi que les perspectives d'avenir de la Cour face aux défis contemporains. L'introduction souligne l'importance de la coopération internationale et des mécanismes de règlement pacifique des différends pour maintenir la paix mondiale.

Transféré par

keitaballa92
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOC, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
60 vues97 pages

Mémoire de Max

Le document présente une liste de sigles et abréviations liés au droit international, suivie d'un plan de travail structuré en deux parties sur le pouvoir juridictionnel de la Cour internationale de Justice (CIJ) et son bilan. Il aborde les critères d'identification de la compétence de la CIJ, les engagements des parties, ainsi que les perspectives d'avenir de la Cour face aux défis contemporains. L'introduction souligne l'importance de la coopération internationale et des mécanismes de règlement pacifique des différends pour maintenir la paix mondiale.

Transféré par

keitaballa92
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats DOC, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

SIGLES ET ABREVIATIONS

A.F.D.I. : Annuaire français de droit international

A. J. I. L. : American Journal of International Law

C.I.J.: Cour internationale de justice

C.I.J. Rec. : Recueil des arrêts, des avis consultatifs et ordonnances de la CIJ

C.P.J.I. : Cour Permanente de Justice Internationale

C.P.J.I. Série A : Arrêts

C.P.J.I. Série B : Avis consultatifs

C.P.J.I. Série A/B : Arrêts, avis consultatifs et ordonnances (depuis 1931)

R.G.D.I.P : Revue Générale de Droit International Public

T.I.D.M. : Tribunal International du Droit de la Mer

B.I.R.D : Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement

C.I.R.D. : Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux investissements

O.M.C. : Organisation Mondiale du Commerce

O.N.U. : Organisation des Nations Unies

O.R.D. : Organe de Règlement des Différends (OMC)

S.F.D.I : Société Française pour le Droit International


PLAN DU TRAVAIL

1ère Partie : Les critères d’identification du pouvoir juridictionnel de la Cour


internationale de Justice

Chapitre I : Les critères statuaires du pouvoir juridictionnel de la CIJ

Section 1 : Les critères formels

Paragraphe 1 : L’indépendance de la CIJ

Paragraphe 2 : Le caractère obligatoire et définitif des décisions de la CIJ

2
Section 2 : Les critères matériels

Paragraphe 1 : l’existence d’un différend

Paragraphe 2 : L’application du droit international

Chapitre II : Les critères relatifs aux engagements juridictionnels des parties


en litige.
Section 1 : La soumission de la compétence de la CIJ au consentement des

Parties litigantes.

Paragraphe1 : La nécessite du consentement des parties en litige.

Paragraphe 2 : Les différentes modalités de formation de l’engagement

Juridictionnel

Section 2 : Les effets de l’engagement juridictionnel sur l’exécution des décisions

de la CIJ

Paragraphe 1 : Le contenu du caractère exécutoire des décisions de la CIJ

Paragraphe 2 : Les mécanismes d’exécution forcée des décisions de la CIJ

Deuxième Partie : Bilan et Perspectives d’avenir de la CIJ

Chapitre I : Le bilan mitigé de l’activité de la CIJ

Section1 : La contribution de la CIJ à l’apaisement des tensions internationales.

Paragraphe 1 : La contribution de la Cour à la primauté du droit dans les relations


internationales.

Paragraphe2 : La participation de la cour à l’émergence d’un système universel de


droit international.

Section 2 : Les obstacles à la contribution de la CIJ au maintien de la paix

Paragraphe1 : Les limites relatives à l’incohérence de l’ordre juridique international

Paragraphe 2 : Les limites relatives à l’insuffisance des moyens mis à la disposition


de la CIJ

3
Chapitre ΙΙ : Les perspectives d’avenir de la CIJ

Section 1 : Les Tendances actuelles à la restriction de la sphère de compétence de la


CIJ

Paragraphe1 : La multiplication des instances juridictionnelles internationales

Paragraphe 2 : La tendance à la désintégration du contentieux international au profit


du système de règlement des différends fermés

Section 2 : Les orientations d’avenir de la Cour

Paragraphe1 : La nécessaire adaptation de la Cour aux tendances actuelles de la


communauté internationale

Paragraphe2 : La restauration de l’unité de l’ordre juridique international par la CIJ

INTRODUCTION GENERALE

Les hommes, même si l’histoire qu’il fait se révèle toujours différentes de celles qu’ils
croient faire, s’efforcent bien de tirer les leçons du passé.
Ainsi la Charte des Nations Unies a été rédigée en réaction contre l’échec de la SDN qui n’a su
empêcher la deuxième guerre mondiale.

4
En effet en 1945, il ne reste plus rien de l’œuvre accomplie par le Traité de Versailles, et tout le
monde, à commencer par les grandes puissances, admet la nécessité de reconstruire sur de
nouvelles bases l’ordre international.

Pour empêcher le renouvellement d’une pareille catastrophe que l’on peut considérer comme un
véritable cataclysme, les puissances alliées décidèrent de mettre en tête des traités de paix, la
constitution d’une organisation internationale destinée à veiller sur la paix du monde.

Signée le 26 juin 1945 par les cinquante Etats représentant à la Conférence de San Francisco, la
charte instituera l’ONU qui se chargera de poser les fondements de la coopération en multipliant
échanges et rencontres, en renforçant les solidarités malgré les inégalités.
En plus de son préambule, l’article 1er de la charte fixe considérée comme « le but des buts » a été
vivement affirmé comme primordial.

Dans le préambule de la Charte, les peuples des Nations Unies sensées s’exprimer par
l’intermédiaire de leur gouvernement respectif, se déclarent résolus « à accepter des principes et
instituer des méthodes garantissant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans
l’intérêt commun ».

La paix et la sécurité étant perçues comme devant déboucher sur l’instauration des relations
amicales et sur la coopération des Etats.
Il était de ce fait essentiel de définir les moyens et les méthodes qui assureraient la réalisation de
l’objectif visé par l’ONU.
Le système établi par la Charte est en effet composé de « normes collectives efficaces », ce qui
exprime clairement l’idée que tout Etat a le droit de voir sa paix et sa sécurité protégées mais
aussi a l’obligation d’aider à protéger celles des autres.

C’est dans cette perspective que la charte va consacrer deux principes particulièrement
fondamentaux dans le cadre du système général de maintien de la paix.
Il s’agit d’abord de l’affirmation comme norme impérative de droit international général,
l’interdiction de l’emploi de la force des relations internationales.
Et ensuite l’autre principe qui nous semble être son corollaire est relatif à l’obligation de résoudre
les conflits qu’on a pu éviter par des moyens pacifiques.

5
Par ailleurs le droit international a toujours cherché à restreindre l’usage de la guerre.
L’interdiction générale du recours à la force a été justement consacrée par la Charte des Nations
Unies à son article 2 Ch. 4 qui vise tout recours à al force : « les membres de l’organisation
s’abstiennent, dans leurs relations internationales à la menace ou à l’emploi de la force, soit
contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de tout autre manière
incompatible avec les buts des Nations Unies ».

En revanche ce principe bien que solennellement affirmé souffre de nos jours d’effectivité. En
effet la fin de la guerre froide a certes éloigné la menace nucléaire mais en même temps, dans un
contexte nouveau, ont ressurgi des affrontements régionaux et internes, des conflits ethniques et
de nationalités, des guerres de revendication territoriale. Malheureusement cette situation se
poursuit sous nos yeux, avec toutes ses atrocités.

Bien plus les dernières années du siècle ont été marquées par des crimes contre l’humanité, par
des génocides. Le cortège d’honneur qui les accompagne choque profondément la conscience
universelle. Le monde entier en ceux qui sont épris de justice exige que cessent les exactions et
les massacres.
La communauté internationale voire la société civile internationale fait pression de plus en plus
que l’impunité ne puisse exister dans la dite communauté.
Cette exigence a conduit à la création des tribunaux internationaux. L’opinion publique mondiale
n’accepte plus que les pires criminels s’abritent derrière la raison d’Etat ou la souveraineté
nationale pour commettre impunément leurs exactions. Elle exige des enquêtes, des procès et des
sanctions.
Mais le recours à ces tribunaux n’est il pas la preuve que l’irréparable a été commis, que la
communauté internationale a failli à sa mission de la paix ?
C’est fort de ce constat qu’il incombe à la communauté internationale de développer des
mécanismes de présentation des conflits et de règlement pacifique des différents.
Selon les dispositions de la charte des Nations Unies, en particulier du chapitre VII, la
responsabilité du maintien de la paix s’exerce en une série de prises de position successives du
conseil de Sécurité.

Cependant ce dernier malgré la consistance de ses missions ne joue pas, un véritable exécutif
international apte à assurer la sécurité mondiale du fait de la réticence manifeste des Etats
souverains.

6
Ceci explique en grande partie les obstacles à l’établissement d’une véritable politique de sécurité
collective.
En effet dans tout conflit, le Conseil de sécurité n’a pu intervenir qu’avec l’aval des membres
permanents. Faisant application de leurs privilèges voire de leurs prérogatives dans des situations
conflictuelles où elles n’étaient qu’indirectement impliquées, les grandes puissances ont réduit
comme peau de chagrin le champ d’application de mécanisme fondamental qu’est la sécurité
collective.
Le constat général montre que la sérénité internationale n’est pas garantie comme elle se doit et la
paix est constamment menacée.
Il faudra sans doute se rappeler de cette observation de P. Valery selon laquelle : »l’homme ne
cesse d’osciller entre ordre et désordre : le premier l’ennuie, le second l’effraie ».
En d’autres termes aucun ordre ne peut prétendre abolir les conflits entre les hommes, ces
affrontements étant intéressants à leur nature et à leur situation.
Seulement ce qui est important est le mode de gestion et de solution de ces conflits. L’histoire
nous renseigne que dans l’empire, il appartenait à l’empereur de trancher et le cas échéant dans
un jeu d’équilibre, il revient à la guerre de le faire en dernier ressort.

En revanche dans cet ordre international dans lequel la démocratie semble être une préoccupation
permanente, chaque conflit est traité tant que faire se peut par la voie pacifique.
Elément sans lequel une communauté tant soit peu civilisée ne saurait exister, le règlement
pacifique des différends constitue le complément naturel du principe de base de tout régime de
sécurité collective : le non recours à la menace ou à l’emploi de la force. Mais si la finalité de
celui-ci est essentiellement statique, celle du règlement pacifique s’inscrit dans une démarche
avant tout dynamique, car la résolution des litiges a pour effet de mettre en concordance le droit
existant et l’évolution des réalités politiques.

Enoncé à l’article 2 ch. 3 de la Charte des Nations Unies (qui lui consacre d’ailleurs la totalité de
son chapitre VI) le principe de règlement pacifique des différends fait l’objet de divers textes
spécifiques de portée universelle ou régionale1

1
On peut ainsi citer à titre d’exemples les conventions de la Haye de 1899 et de 1907, l’acte général d’arbitrage de
1928, révisé en 1949, et la déclaration de Manille de 1982 ou encore le traité de Bogota de 1948, la Convention de
1957 conclue dans le cadre du Conseil de l’Europe ou encore le protocole de 1964 de la commission de médiation,
de conciliation et d’arbitrage de la défunte Organisation de l’Unité Africaine.

7
Aux termes des dispositions de cet article 2ch3, on peut relever que : « les membres de
l’organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière
que la paix et la sécurité internationale ainsi que la justice ne soient pas mises en danger ».
Sans être la clef de voûte du système de la charte en vue du maintien de la paix, l’obligation faite
aux Etats de régler pacifiquement leurs différends doit influencer de façon remarquable leurs
comportements.

Malgré tout ou peut nettement observer que la rigueur de l’obligation est le plus souvent
gravement affectée. C’est ce qu’a compris les rédacteurs de la charte qui n’ont pas perdu de vue
une telle éventualité pour la préciser davantage dans l’article 33.
Par rapport à l’article 2ch3, l’article 33 ch1 précise et énonce l’obligation de règlement pacifique
en définissant les moyens de sa mise en œuvre.
En effet on peut lire à travers les dispositions de cet article : « les partis à tout différend dont la
prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationale
doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d’enquête, de médiation, de
conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords
régionaux, ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix (….) ».

Ainsi le droit international ne contient pas l’obligation pour les Etats de faire usage de telle
modalité de règlement pacifique plutôt que telle autre.
Cette liberté de choix est confirmée par la Déclaration de Manille sur le règlement pacifique de
différends approuvée par l’Assemblée générale de l’ONU le 5 novembre 1982. Selon le
paragraphe 3 de cette Déclaration : « les différends internationaux doivent être réglés sur la base
de l’égalité souveraine des Etats et en accord avec le principe du libre choix des moyens,
conformément aux obligations découlant de la charte des Nations Unies et aux principes de la
justice et du droit international ».

Les moyens de règlement pacifique des différends peuvent être classés en deux grandes
catégories. Il s’agit d’une part des moyens diplomatiques qui tous sauf la négociation incluent
l’intervention d’une tierce partie et dont les résultats n’ont pas normalement d’effet contraignant.
La seconde catégorie, qui comprend les moyens juridictionnels, implique le recours à des
tribunaux arbitraux ad hoc ainsi qu’à des cours permanents universelles ou régionales.

8
Il faudra d’emblée indiquer que l’arbitrage ne fera pas l’objet de développements consistants bien
que notre étude tourne autour de cette dernière catégorie relative aux moyens juridictionnels de
règlement des différends.

L’arbitrage faudra t-on le noter est un mode de règlement des différends juridiques internationaux
par des arbitres que les partis ont choisis et investis pour connaître d’un contentieux dont
l’apparition est due à des circonstances antérieures à sa création. Ainsi sa composition et le
pouvoir de statuer qui lui est reconnu résultent exclusivement d’un acte émanant des partis elles
mêmes.
L’importance de l’arbitrage dans le règlement pacifique des différends ne peut pas être méconnue
mais elle ne doit pas non plus être sous estimée.
Et de même par opposition aux procédures diplomatiques l’arbitrage se caractérise dès lors par
l’application des règles de droit international 2
Contrairement à cette justice non institutionnalisé assurée par des organes préconstitués,
permanents, et qui procèdent selon une procédure prédéterminée.

C’est dans ce cadre qu’a été établi la CIJ comme organe judiciaire principal des Nations Unies.
En effet le lien intrinsèque qui existe entre la Cour et l’organisation n’est pas un phénomène
exceptionnel. En toutes les tentatives visant à établir une juridiction interétatique autonome ont
été des échecs et que les seules juridictions qui ont pu acquérir une véritable permanence ont été
crées sous les auspices d’organisations internationales. C’est ce qu’a compris les rédacteurs de la
charte qui en 1945 eut décidé non seulement la création d’une nouvelle juridiction à compétence
universelle mais également son inclusion au sein de l’ONU.
Ainsi la CIJ dont le siège se trouve à la Haye est établie par l’article 92 de la charte : « la CIJ
constitue l’organe judiciaire principal des Nations Unies. Elle fonctionne conformément à un
statut établit sur la base du statut de la CPJI et annexé à la charte dont il fait partie intégrante ».
De ce fait la Cour est l’un des six organes principaux et son activité s’inscrit dans le cadre du
chapitre VI de la charte sur le règlement pacifique des différends. Elle est l’organe judiciaire, ce
qui la rend souveraine dans son ordre juridictionnel et a une compétence universelle, puisque tous
les membres des Nations Unies sont ipso facto parties à son statut.

2
« L’arbitrage international a pour objet le règlement des litiges entre Etats par des juges de leur choix et sur la base
du respect du droit (…) » : convention de la Haye de 1907 pour le règlement des conflits internationaux, art.37.

9
C’est dans ce contexte d’interdépendance que s’inscrit cette étude portant sur la place de la CIJ
dans le système général de maintien de la paix institué par la charte des Nations Unies. L’analyse
a pour vocation d’identifier véritablement le rôle joué par la cour dans le règlement pacifique des
différends voire dans la préservation de la paix et de la sécurité collective.
Une telle approche présente des intérêts non négligeables.
Elle permet de montrer que la cour a acquis une autorité certaine et est de ce fait devenu un
organe incontournable dans le système institué par la charte des Nations Unies. On peut retenir
dans ce sens et à l’image du Président Gilbert Guillaume Que : « la société internationale a besoin
de paix. La société internationale a besoin de juges. Les Etats qui la composent en sont de plus en
plus conscients».3

Toute fois cette vitalité retrouvée de la Cour ne s’est pas s’imposer sans difficulté dans cette
communauté internationale où les Etats manifestent une certaine réticence à l’égard du règlement
judiciaire des différends.

De ce fait le pouvoir juridictionnel de la cour repose véritablement sur la volonté politique des
Etats formant la communauté internationale.
Cette étude permet encore d’identifier les véritables difficultés de la justice internationale.
Alors que la Cour vit des moments fastes ces dernières années, son avenir prochain semble
augurer de temps troubles pouvant aboutir si cette tendance se confirme à son vieillissement.
En effet aujourd’hui les milieux universitaires et les praticiens du droit sont préoccupés par le
phénomène de la multiplication des instances judiciaires internationales. Ce dernier bien que
s’inscrivant dans le cadre des changements fondamentaux avec la multiplication des domaines la
coopération interétatique a toute fois des conséquences déplorables pour l’ordre juridique
international.

En plus de ce phénomène de prolifération des juridictions internationales, il faudra


malheureusement ajouter l’autre problème nouveau relatif à la désintégration du contentieux
international par la multiplication des traités multilatéraux établissant des blocs de compétence au
profit d’instances juridictionnelles spéciales.

3
Discours précité.

10
Devant une telle situation on ne peut plus critique, des questions se posent : faut-il laisser le
problème s’éloigner ou faut –il réagir ? Que peut-on faire pour être sûr que les jugements de la
CIJ prévaudront sur toutes décisions d’autres organes ?

Ces questions trouveront sans doute de réponses dans le cadre de cette analyse. La précision de
notre angle d’étude nous permet de dégager la problématique suivante : Quel est le rôle et la
place de la CIJ dans le système général de maintien de la paix institué par la Charte des Nations
Unies ?

A cette interrogation on peut dire que la Charte a voulu faire de la CIJ, un organe essentiel dans
le système onusien. C’est d’ailleurs, ce qui pousse certains à parler de la Cour mondiale pour
justifier l’universalité de l’organe judiciaire des Nations Unies.
Ainsi une fois sa mission identifiée, il serait pertinent de s’interroger sur ses jours futurs après
avoir examiné le bilan de son activité.

Aux bénéfices de ces observations, il importe de prendre en compte deux centres d’intérêt : tout
d’abord il conviendra d’identifier le pouvoir juridictionnel de la Cour (Première Partie) avant
d’examiner ensuite son bilan et s’interroger sur son avenir (Deuxième Partie).

11
1ère PARTIE : LES CRITERES
D’IDENTIFICATION DU POUVOIR
JURIDICTIONNEL DE LA COUR
INTERNATIONALE DE JUSTICE

Par opposition à la cour permanente de Justice Internationale (CPJI), la Cour Internationale de


Justice a été institutionnalisée comme faisant partie intégrante du système général de maintien de
la paix mis en place par la charte des Nations Unies.

12
En effet la Conférence de San Francisco établit, tout à la fois la charte des Nations Unies et le
statut de le CIJ. Selon l’article 92 de la Charte :

« La Cour Internationale de Justice constitue l’organe judiciaire principal des Nations Unies. Elle
fonctionne conformément à un statut établi sur la base de la Cour permanente de Justice
Internationale et annexé à la présente Charte dont il fait partie intégrante. »

Cependant même si cet article décrit la Cour comme l’organe judiciaire principal des Nations
Unies et même si son statut est amené à la charte, celle-ci n’attribue pas à la cour le pouvoir de
juger les différends entre Etats.

Ainsi son pouvoir juridictionnel c’est-à-dire la faculté d’exercer les attributions inhérentes à la
fonction de juger résulte d’une part de son statut mais également de la reconnaissance par les
partis en litige de sa juridiction. Cette dernière peut de ce fait être considéré comme un acte-
condition venant activer les critères statutaires.

C’est pourquoi le pouvoir juridictionnel de la cour au plus brièvement sa juridiction au sens


matériel résulte à la fois de son statut (Chapitre I) et des actes des partis qui le lui reconnaissent
en l’espèce (chapitre II).

Chapitre I : Les critères statuaires du pouvoir juridictionnel de la CIJ

Le pouvoir juridictionnel de la CIJ résulte véritablement de son statut qui décrit son organisation,
indique son fonctionnement et enfin détermine sa compétence.

Seulement ce statut ne donne pas à proprement porter de définition de la juridiction internationale


en tant que telle mais indique sa mission qui est « de régler conformément au droit international
les litiges qui lui sont soumis ».

Il est néanmoins envisageable de déterminer deux critères résultant de l’interprétation faite à son
statut.

On peut de ce fait distinguer clairement les critères formels d’une part (section 1) et les critères
matériels d’autre part (section 2)

Section 1 : Les critères formels

13
Pour reconnaître le caractère juridictionnel d’un organe donné, la présence d’éléments organiques
et procéduraux doit être établie en droit international public et de même qu’en droit interne.
Ainsi les règles de libre contradiction, libre défense, publicité des débats, indépendance de
l’organe, caractère dolichomorphe de la décision constituent des éléments d’identification de
l’organe juridictionnel.

Cependant pour la commodité de l’étude, seuls seront retenus l’indépendance de l’organe c’est-à-
dire de la CIJ (paragraphe 1) et, le caractère obligatoire et définitif des décisions (paragraphe 2)

Paragraphe 1 : L’indépendance de la CIJ

La justice tend à assurer la paix entre les citoyens et entre les Nations. Elle est à la fois le fruit et
la garantie de la démocratie. Elle peut contribuer puissamment au développement économique en
lui fournissant un cadre juridique approprié.

Mais la justice nationale comme la justice internationale ne saurait remplir efficacement sa


fonction que si elle jouit de l’indépendance nécessaire et bénéficie de ce fait de la confiance du
justiciable.

Cette indépendance doit être organisée par les textes et le juge doit constamment veiller à écarter
les préjugés en bannissant les passions. Ainsi dans l’exercice de la fonction juridictionnelle.
Même lorsqu’il est désigné par les Parties en litige, le juge n’agit pas en tant que représentant de
celles-ci.

Selon J. Dazelle4 : « un organe doit être réputé judicaire si et seulement si ses membres ne sont
pas juridiquement liés par des instructions émanées de leurs gouvernements au sujet de la
décision qu’ils doivent prendre ».

S’agissant de la CIJ, l’article 2 de son statut dispose que « la cour est un corps de magistrats
indépendants, élus sans égard à leur nationalité, parmi les personnes jouissant de la plus haute
considération morale et qui réunissent les conditions requises pour l’exercice dans leur pays
respectifs de plus hautes fonctions judicaires ou qui sont des jurisconsultes possédant une
compétence notoire en matière de droit international ».

L’indépendance des juges de la CIJ ainsi proclamée est garantie à la fois par leurs conditions de
désignation, leur statut et les règles gouvernant le fonctionnement de la juridiction.

4
L’évolution des structures des juridictions internationales, Paris 1960, p. 460

14
En effet, les quinze membres de la cour sont élus par l’Assemblée Générale et le Conseil de
Sécurité des Nations Unies sous une liste de personnes qui doit être présentée par les groupes
nationaux de la cour permanente d’Arbitrage.

Ces groupes sont composés de quatre personnes jouissant de la plus haute considération morale,
ayant une compétence reconnue en matière de droit international et enfin disposé à accepter les
fonctions d’arbitres selon la convention de la Haye nationaux. « De consulter la plus haute Cour
de justice, les facultés et écoles de droit, les académies nationales et les sections nationales
d’académies internationales, et les sections nationales d’académies internationales,variées à
l’étude du droit ». Par la suite les candidats qui réunissent la majorité absolue des voix à la fois à
l’Assemblée Générale et au Conseil de Sécurité sont élus.

En ce qui concerne leur statut, il faudra indiquer que les membres de la cour ne sont donc pas des
agents gouvernementaux soumis aux instructions de leurs gouvernements respectifs. Pour
garantir leur indépendance, des immunités semblables à celles des agents diplomatiques leur sont
accordées.

Les juges de la CIJ sont inamovibles et ne doivent, en principe, exercer aucune autre activité
professionnelle.

Avant d’entrer en fonction, chaque juge de la Cour doit prendre l’engagement publiquement
d’exercer ses attributions « en pleine impartialité et en toute conscience. »

Par ailleurs les membres de la Cour ont un mandat de neuf ans, renouvelable par tiers tous les
trois ans et les élections triennales portent par suite sur cinq sièges.

Afin de réaliser une représentation universelle au sein de la Cour, l’article 9 de son statut dispose
que les juges élus doivent assurer « dans l’ensemble, la représentation des grandes formes de
civilisations et des principaux systèmes juridiques du monde ».

Ce qui explique le fait que chaque Etat membre permanent du Conseil de sécurité a toujours
disposé d’un juge de sa nationalité à l’exclusion de la Chine.

En ce qui concerne les autres Etats, pour se conformer à cette règle de l’universalité, on a
introduit dans l’élection des juges le principe général de la représentation géographique équitable.

C’est d’ailleurs cette même exigence qui justifie la désignation des juges ad hoc. En effet à côté
membres de la CIJ qui sont des juges permanentes, des juges ad hoc, occasionnels peuvent être
désignés. Cette intervention des juges occasionnels a produit lorsque l’une des parties est
représentée par un juge permanent ou lorsque les deux Parties en litige n’ont pas de juge

15
permanent siègent à la CIJ. Deux termes des dispositions de l’article 31 du statut de la CIJ / 3SI
LA Cour compte sur le siège un juge de la nationalité d’une des parties, toute autre partie peut
désigner « si la cour ne compte sur le siège aucun juge de la nationalité des parties, chacune de
ces parties peut procéder à la désignation d’un juge… ».

Le système des juges ad hoc bien que contraire à la conception de la magistrature selon
Montesquieu (on ne peut à la fois être juge et Partie), permet aux Etats-Unis en litige de nommer
un juge qui connaissant mieux les traditions juridiques et leurs problèmes, peut éclairer la Cour
sur certains aspects du différend.

L’indépendance paraît globalement effective et les procédés de sélection favorisent la


représentation de nationalités multiples et quand cela est possible, de différentes régions du
monde et de différentes cultures juridiques.

Cela s’explique par une volonté d’adapter le principe d’impartialité au contexte de la société
internationale.

Par ailleurs l’indépendance d’une juridiction est également tributaire des conditions dans
lesquelles est organisée et fonctionne la juridiction en cause.

Dans cette dernière perspective, il importe de préciser que la CIJ est l’organe judiciaire principal
des Nations Unies et jouit par conséquent d’une totale indépendance vis-à-vis de l’Assemblée
Générale, le Conseil de Sécurité en particulier.

De plus le secret des délibérés posé par l’article … et rappelé dans l’arrêt des Essais Nucléaires
est une garantie essentielle de l’indépendance du juge.

Selon Michel DUBISSON5 : « les membres de la Cour ont manifesté le plus souvent une
indépendance remarquable dans tous les litiges auxquels étaient Parties les Etats dont ils avaient
la nationalité. C’est ainsi que le juge britannique vota contre son propre pays dans l’affaire du
Détroit de Corfou. De même dans l’affaire des ressortissants américains au Maroc, à la fois le
juge français et le juge américain ont voté avec la majorité entre la thèse de leurs pays respectifs.

Et dans une autre affaire relative à l’Anglo-Iranian Oil Company, le juge britannique avait admis
l’incompétence de la cour comme l’avait préconisée la majorité, contre son gouvernement.

Cependant l’institution du juge ad hoc remet, en partie, en cause l’indépendance des juges de la
Cour.
5
In CIJ, Paris LCDJ 1964, p. 46

16
C’est la doctrine américaine qui a élaboré un ensemble d’études sur la question relative à
l’indépendance des juges eu égard aux Etats dont ils pourraient être ressortissants6.

D’après ces études, un peut souligner que si la nationalité des juges permanents à parfois en
quelque influence sur leur point de vue, c’est probablement par attachement « aux valeurs
culturelles propos à leurs pays d’origine ».

Egalement Mme Michèle Sicart – Bozec dans 1986, explique en effet les positions prises par ces
juges non par un manque d’indépendance à l’égard de leur gouvernement, mais par leur fonction
juridiction et diplomatiques (p.297).

En revanche le juge ad hoc semble beaucoup plus favorable à l’Etat qui l’a désigné et qui
d’ailleurs n’est pas seulement celui de sa nationalité.

Il faut préciser par ailleurs que le système qui sous-tend et garantit l’indépendance des membres
de la CIJ n’a jamais fait l’objet de critiques jusqu’en 1951 et en ce qui concerne le mode de
désignation des juges permanents.

En effet à cette date la non réélection du juge belge De Visscher conduisit l’Institut de droit
international à s’interroger sur l’influence des considérations politiques quant à l’élection des
juges.

Quelques années plus tard, à la suite d’un arrêt rendu le 04 Novembre 1960 dans l’affaire du Sud
Ouest Africain, la composition de la Cour a été sévèrement critiquée comme ne reflétant celle de
la communauté internationale.

Heureusement ces querelles se sont aujourd’hui estompées et qu’un équilibre a justement été
trouvé enfin d’adapter le principe d’impartialité au contexte de la société internationale.

Au total nous pouvons à juste titre affirmer que le statut, le règlement et les autres textes

applicables garantissent l’indépendance des juges dans les conditions qui jusqu’à présent n’ont
pas donné lieu à se réelles difficultés.

Pour nous en convaincre le juge Gilbert Guillaume 7estime que : « l’indépendance est avant tout
question de personnalité. Ne subit des pressions que le juge dont on pense qu’il pourrait céder à

6
W.Samore « National Origin V. Impartial Decision – A study of world Cust Holding », Chicago-Ket Law Review, vol.34 p. 193,
1956 ; T.Houdey, « National Bias and the ICJ », Midwest Journal of Political Science, vol. 12, 1966, pp. 568-586 ; such, « volting
Behaviour of National Judges in International Court », American weis,. « Judicial Independance and Impartiality- A preliminary
In quiry « in the international court of juctice at a crsossroad, edited by lou I- Damnosh, 1987

7
Gilbert Guillaume, la CIJ à l’aube du 21ème siècle : le regard d’un juge , Paris, Edition A-Pedone 2003.

17
ces pressions. Est indépendant le juge qui entend l’être. C’est à un tel juge que les plaideurs font
confiance ».

L’indépendance de la CIJ n’est pas le seul critère formel pour retenir son pouvoir juridictionnel,
il faut en outre y ajouter le critère relatif au caractère obligatoire et définitif des décisions qu’elle
rende.

Paragraphe 2 : Le caractère obligatoire et définitif des décisions de la CIJ

La décision par laquelle un organe juridictionnel tranche un litige est obligatoire et définitive.
Ainsi les décisions de la Cour ont toujours force obligatoire et sont généralement définitives.

En ce qui concerne le premier caractère c’est-à-dire obligatoire, il faut indiquer que toute
délibération priser par la Cour dans le cadre de l’exercice de sa fonction juridictionnelle est
revêtue de l’autorité de la chose jugée.

L’effet obligatoire tire son fondement essentiellement de l’accord des parties, de la règle Pacta
Sunt Servanda.

Ainsi l’on peut dire que c’est que le fait même que les parties accèdent librement à la juridiction
de la cour, qu’elles ont tenues de respecter ses décisions.

Cependant admettre que la simple reconnaissance à la juridiction de la Cour emporte engagement


de souscrire à la force obligatoire de la décision, c’est non moins reconnaître l’insuffisance ou le
caractère inapproprié et inadéquat du droit positif en la matière. En effet il faut souligner que le
rôle du juge n’est plus dépendant de la volonté des parties et la nature juridique de sa décision
n’est plus de l’ordre contractuel mais un acte juridictionnel. Ce dernier bénéficie dans tous les
systèmes même les plus rudimentaires de l’autorité de la chose jugée. La CIJ dans son avis
consultatif du 13 juillet 1954, confronté à la question de savoir si le Tribunal administratif des
Nations Unies avait les pouvoirs d’un véritable organe judiciaire, émet des parties en litige ; la
conclusion que « suivant un principe de droit bien établi et généralement reconnu un jugement
rendu pour un pareil corps judiciaire est chose jugée et à force obligatoire entre les parties au
différend.

L’autorité de la chose jugée est un principe dont n’importe quelle juridiction digne de ce nom ne
peut se passer. Elle est inséparable de tout ordre juridictionnel.

18
Son fondement réside dans sa nécessité sociale, écrit Ch. De Visscher 8 qui ajoute : « il est de
l’intérêt général que les litiges ne recommencent pas indéfiniment relativement au même objet :
ut sit litium. La présomption légale de vérité qui s’y attache est, s’il ne peut pas être impérative
encore dans les rapports entre Etats que dans l’ordre interne. »

La CIJ n’a pas manqué de souligner le caractère « souverain et sans appel, définif et obligatoire,
des senteurs internationales ». (cf.affaire Haya De la Torre, Barcelona Traction).

La sentence internationale pose pour les parties en litige une norme à laquelle elles doivent se
conformer. En mettant fin à la phase judiciaire, elle détermine quels vont être les droits des
parties et établit la conduite à suivre, en particulier par l’Etat à l’égard duquel elle opère.

Dés lors se pose selon nous une problématique relative au contenu normatif du jugement rendu
c’est-à-dire la chose jugée.

D’après l’article 59 du statut de la CIJ, la décision n’est obligatoire que « dans le cas qui a été
décidé ».

Cependant en raison du contenu non uniforme du jugement, il paraît délicat de préciser quelles
parties du jugement délivrerait la substance du « cas décidé ».

La réponse traditionnelle, opérant en droit international comme en droit interne, et qui a valeur de
principe largement acquis, est que la force obligatoire réside seulement dans le dispositif de
l’arrêt et un dans ses considérants.

Il est cependant admis que dans certains cas, la force obligatoire du jugement ne réside pas
uniquement dans le dispositif et que par conséquents certains éléments des motifs peuvent en
former l’objet (il faut relever que la doctrine reste divisée entre partisans d’une application
rigoureuse du principe selon lequel la chose jugée touche uniquement au dispositif tels que
Anzillotti, Limburg,Ch.De Visscher et ceux qui reconnaissant une certaine importance aux motifs
en la matière comme Verjil et Rosenne ).

Il faut ajouter que la décision n’a d’effet qu’à l’égard des partis en litige. Le principe des inters
alios acta transposé du droit interne, est admis de façon incontestée en Droit International. En
effet selon l’article 59 du statut de la CIJ : « la décision de la cour n’est obligatoire que pour les
parties en litige ».

8 5
Aspects récents de droit procédural de la CIJ.

19
De son côté la jurisprudence de la cour a maintes fois confirmé, le principe de la relativité de la
chose jugée.

Néanmoins en dépit de la reconnaissance et de l’affirmation du principe, il peut-être retenu dans


certains circonstances des exceptions au principe de la chose jugée. Cette dernière est certaine
lorsque la décision rendue a un effet érga omnes dans les rapports internationaux et opère de ce
fait in rem et non uniquement in personam On peut en somme estimer que la chose jugée qui est
limitée quant à sa portée à la matière jugée et uniquement entre les parties peut-être remise en
cause.

En ce qui concerne l’autre caractère qui est relatif à l’effet définitif, il convient de préciser sa
portée d’une part et d’autre part d’examiner quelques limites dont il peut souffrir.

Il faudra indiquer sous cet angle que les décisions de la cour sont considérées comme définitives
du fait que les juridictions internationales sont indépendantes les uns par rapport aux autres. La
jurisprudence internationale a affirmé le principe à plusieurs reprises. (CIJ, arrêt du 18 novembre,
1960, Ree -1960, p. 214).

De même le droit positif consacre le principe, avec en particulier l’article 60 du statut de la


Cour « l’arrêt est définitif et sans recours »…

En effet le recours à la justice internationale peut-être presque comme un moyen suprême de


mettre un terme de façon définitive à un différend interétatique et en conséquence toute remise en
cause de la décision sera considérée comme caractère à sa nature même.

La question qui semble nous préoccuper à ce niveau est celle de savoir dans quelle mesure une
décision de la cour comme toute norme juridique ne peut être considéré comme définitive que si
et seulement elle obéit à des règles juridiques fondant sa validité. Ainsi une alternative au
principe semble être évidente voir même impérative.

Pour Reisman W.C9, l’affirmation péremptoire que la sentence résoudrait à elle seule un

différend de façon définitive est erronée ; le caractère définitif de la décision est fluctuant en

fonction de la réalisation de l’interaction avec un certain nombre de facteurs juridiques et extra


juridiques. Toute fois cette conception de Reisman W.C est contestable dans la mesure où seules
les parties en litige peuvent contester la validité de la décision et que seules les causes de nullité

9 6
Nullity and Revision the Review of International Judgments and Award. New Haven and London, Yale University Press, 1971,
900p.

20
admis par le droit international sont en mesure de vicier la validité de la décision rendue par la
cour.

De toutes façons, il est important de souligner le caractère relatif de la chose jugée. D’une part
l’hypothèse d’un point de droit fondamental peut se présenter et dans ce cas l’ouverture ou la
réouverture de l’affaire serait une nécessité.

D’autre part il peut exister dans ce cas ou la remise en cause d’un arrêt est possible.

Au sens des articles 60 et 61 du statut mais également 98 et suites du règlement de la cour, les
parties peuvent introduire une requête en interpellation ou dans certaines conditions une requête
en révision.

Bien que peu utilisées, ces procédures existent au sein de la cour pour avoir un droit de recours
que tout système juridique impose.

Cependant on peut remarquer que la cour manifeste une certaine méfiance vis-à-vis de la remise
en cause ou de l’approfondissement de ses décisions.

C’est pourquoi la pratique est peu répandue. En effet le bilan de procédures de révision et
l’interprétation devant la CIJ est assez rapide à établir.

L’interprétation qui est plus utilisée que la révision ne remet pas en cause l’autorité de la chose
jugée mais elle vient simplement éclairer le sens et la portée de l’arrêt si nécessaire. Les
conditions posées pour l’article 98 sont assez claires et limitent tous procédés frauduleux de la
part des parties en litige.

Il faut de ce fait qu’il y ait selon l’article 98 du Règlement de la Cour, une contestation sur le sens
et la priorité de la décision d’une part et d’autre part que la demande vise bien une interprétation.

La CIJ a été saisie pour la première fois à une demande en interprétation d’un passage d’un arrêt
sur des exceptions préliminaires. La Cour se déclarent compétente d’abord dans son arrêt du 25
mars 1999 mais estime la requête irrecevable car il faudrait reprendre l’étude de certains faits
déjà clairement examinés (Rec. CIJ, 1999, S16), dans l’arrêt sur les exceptions préliminaires.

La Cour refuse également à travers une demande en interprétation de trancher des points
fondamentaux aboutissant à une nouvelle affaire, tout en étant lié logiquement à l’affaire
originelle.

Quand à la procédure de révision, elle est beaucoup plus restrictive car pouvant entraîner une
remise en cause d’une décision déjà rendue.

21
Selon G. Scelle, la solution retenue par cet article 61 son statut est excessif. Pour lui la révision
n’est pas seulement d’intérêt particulier mais aussi d’intérêt public international.

Il faut par ailleurs noter que la révision n’a pas encore trouvé sa place en sein de la jurisprudence
de la CIJ. La procédure de la révision dépasse rarement le stade de la recevabilité.

Ceci trouve une explication par le fait que la remise en cause d’un arrêt apparaît
psychologiquement délicate pour la Cour qui ne semble pas par conséquent souhaite faciliter
cette voie, quitte à rester elle-même obscure comme nous le prouve sa jurisprudence en la
matière10. La réflexion sur le caractère obligatoire des décisions de la Cour est trop souvent
réduite à sa plus simple expression.

L’imperium qui rend obligatoire le dispositif de la sentence peut être considéré comme une
délégation au profit de l’organe juridictionnel. Cette problématique ne pose lorsqu’ on suppose
qu’il n’est de puissance qu’étatique.

En effet l’imperium est produit par l’Etat soit directement au sein de l’ordre juridique interne, soit
indirectement ou extérieurement au sein de la communauté internationale. Seulement le droit
international ne peut plus être perçu comme le simple « reflet du pluversum c’est-à-dire d’une
pluralité d’unités politiques. De même il ne peut être décrit comme un droit horizontal qui jamais
ne se verticalisera »11.

Ainsi avec l’effectivité du caractère obligatoire, on se trouve en peine verticalité juridique.

En définitive comme tout acte juridictionnel, les décisions de la Cour comporte à la fois un effet
obligatoire et un effet définitif. L’analyse du premier nous a permis de déterminer quelles sont
limites objectives et subjectives de la chose jugée, tandis que celle du second soulève des
questions relatives à l’interprétation et à la révision.

Il faut noter toute fois que les critères formels ne nous permettant à eux seuls de déterminer
l’existence d’un organe juridictionnels, les éléments matériels sont également indispensables.

Section 2 : Les critères matériels

10 7
Dans l’affaire du Plateau Continental entre Tunisie et Libye présente des ambiguïtés non négligeables. On sait que la demande
en révision portait sur la question des limites des concessions entre la Tunisie et la Libye, mais que cette question ne fut pas jugée
comme exerçant une « influence décisive » qui aurait pu modifier l’arrêt de 1982.

11
J. Combacau « le droit international : bric –à- brac ou système ? », Archives de philosophie du droit, 1986, vol.31, p. 105.

22
Le champ opératoire de la CIJ a été clairement déterminé par la charte d’abord et ensuite par son
statut. L’article 38 alinéas 1 du statut de la Cour dispose que la mission de la cour est de « régler
conformément au droit international les différends qui lui sont soumis ».

Ainsi, sur un plan matériel, l’acte juridictionnel émane d’un organe chargé de trancher les
différends sur la base du droit.

La CIJ doit trancher des différends (Parag1) pour application du droit international (parag2).

Paragraphe 1 : l’existence d’un différend

On ne peut comprendre le souci de réalisation de la paix sociale compromise par un différend


entre Etats tentés d’en venir à bout par tous les moyens, sans préciser ce qu’est un différend.

On tient habituellement par une bonne définition celle qu’a donnée la Cour de la Haye : « un
différend est un désaccord sur un point de droit ou de fait, une contradiction, une opposition de
thèses juridiques ou d’intérêts entre deux personnes ».12

Autrement dit en différend d’ordre juridique est un différend sur un point de droit international
ou sur une situation de fait comportant éventuellement, des conséquences juridiques
internationales.

Le désaccord, l’opposition…ne sont constitutifs d’un différend que s’ils se manifestent à


l’occasion d’une réclamation adressée par un Etat à un autre et à laquelle, celui-ci refuse de faire
droit ; le contentieux international n’exclut ni les disputes abstraites, ni même les différences
d’appréciation sur la conduite à tenir dans une déterminée, son concept implique l’expression de

prétention, et pas seulement de thèses contradictoires ; et le différend n’apparaît que là où un Etat


réclame d’un autre Etat un certain comportement et se heurte à l’opposition de celui-ci . (Ethiopie
et Afrique du Sud, LIBYE Exceptions préliminaires, arrêt du 21 décembre 1962 : CIJ, Rec.
1962, 319, p. 328 : « il faut démontrer que la réclamation de l’une des parties se heurte à
l’opposition manifeste de l’autre ».)

Cette restriction est d’une importance non négligeable dans la mesure où elle permet de détruire à
partir de quand se réalise un différend et se déclenche l’obligation de le soumettre à un traitement
juridictionnel.

12
Concessions Mavromatis en Palestine, Arrêt du 3 Août 1924 sur les exceptions préliminaires : CPJI, Série A n°2, P. 11).

23
En ce qui concerne la doctrine, Ch. De Vischer est à cet égard plus explicite en écrivant : « le
différend au sens technique que lui assigne la procédure internationale, procède des positions ou
attitudes antithétiques suffisamment précises que les Etats adoptent délibérément l’un vis-à-vis de
l’autre relativement au règlement par le juge international de certains intérêts. Il y ‘a un différend,
au sens judiciaire du terme, quand un Etat énonce une prétention qui se heurte sur le terrain du
droit à une contestation de la part d’un autre.13

Il appartient à la Cour le plus souvent « de définir elle-même sur une base objective, le
différend ».

L’affaire du Cameroun septentrional est une illustration exacte da des conditions auxquelles la
Cour peut estimer qu’il n’y a pas de différend au sens de son statut. La Cour a considéré dans
cette affaire qu’elle est dans l’impossibilité se rendre une décision effectivement applicable bien
qu’elle soit être en mesure de se prononcer sur le fond.

Or sa fonction ne peut être effective « qu’à l’occasion dans ces concrets dans lesquels il existe au
moment du jugement un litige réel impliquant un conflit d’intérêts juridiques ».

En outre l’arrêt doit avoir des conséquences pratiques c’est-à-dire « affecter les droits et les
obligations juridiques des parties ». (CIJ, Arrêt, 2 décembre 1963, Rec. CIJ 1963 p. 29 à 34).

Par ailleurs, il faut noter que l’admission de la part d’un Etat d’une faute commise à un Etat ne
fait disparaître ipso facto le différend.

Ainsi dans l’affaire Beard et Lagrand, les Etats-Unis soutenaient que, puisqu’ils avaient admis à
l’avenir, il n’y avait pas de différend au sens de la clause de la juridiction sur la base de laquelle
la Cour était saisie.

Cependant la Cour n’a pas suivi ce raisonnement et constate que le Paraguay et l’Allemagne ne
se satisfait pas des excuses américaines. Mais réclamaient d’autres types de réparations et
auxquels les Etats-Unis s’opposaient ; la Cour a conclu qu’il existe un différend sur la question
de savoir si la solution recherchée (par le demandeur) figure parmi les mesures possibles en vertu
de la Convention en cause… qu’il s’agit là d’un différend au sens de la clause de juridiction*
(CIJ, ord., 9 Av. 1998, Affaires Bréard Rec. CIJ, 1998, p. 256 31).

13
De Visscher »Aspects récents du droit procédural de la CIJ Pais, A – Pedone 1966, p. 30.

24
Cette approche doit trouver un équilibre entre deux tentations extrêmes. D’une part, il ne me
semble pas possible d’admettre qu’il suffit qu’il y ait une contestation d’un droit, d’un fait entre
Etats pour conclure à un différend. Sinon ce sera la porte ouverte à tous les abus.

D’autre part, il semble difficile d’admettre qu’il suffirait de reconnaître les faits et violations du
droit incriminés pour évacuer l’existence d’un différend, sinon à donner le pouvoir de paralyser
toute intervention de la juridiction. Alors sans doute la Cour pourraient être amener pour éviter
ces deux écueils à adopter des positions médianes. C’est pour cela d’ailleurs qu’il convient de
préciser que la définition du différend et son existence sont des phases ou ne plus nécessaire dans
le raisonnement du juge.

En outre la Cour ne peut se prononcer que sur des différends actuels. Cette condition est
également nécessaire et l’actualité du différend ne peut être apprécié qu’au moment où le juge se
prononce au cas par cas. Ainsi il se peut que le comportement d’une des parties puisse mettre fin
au différend. C’est ce que la Cour a considéré dans l’affaire des Essais Nucléaires. A ses yeux la
déclaration pour laquelle la France avait exprimé son intention de mettre fin à ses essais dans
l’atmosphère constituait un engagement unilatéral. Dès lors « l’objectif du demandeur était
atteint ». La Cour en a donc conclu que « la demande ayant manifestement perdu de son objet, il
n’y a rien à juger… (CIJ, Arrêt, 20 déc. 1974 : Rec. CIJ 1974 p. 253, 52 & 59).

En revanche dans l’affaire des pêcheries Islandaise, la CIJ estime que l’accord entre les deux
parties litigants ne supprime pas pour autant l’objet du différend.

La Cour évoque qu’ »on ne peut soutenir que les questions soumises à la Cour soient devenues
sans objet car il est hors de doute en l’espèce…qu’il existe au moment du jugement, entre les
Parties » (CIJ, Arrêt, 25 juillet 1974 : Rec. CIJ 1974 p. 19-20 ….40).

Egalement le fait que des négociations se poursuivent parallèlement à une instance pendante
devant le CIJ ne constitue pas en droit un obstacle à l’exercice pour la Cour de sa fonction
judicaire.

Cependant c’est lorsque de telles négociations aboutissent à une solution du litige qu’il est mis fin
à l’instance judiciaire. Autrement dit on ne peut prétendre qu’il n’y a pas de différend tant que les
négociations se poursuivent.

En plus de ces considérations liées à son existence et à son actualité, il convient d’ajouter que le
différend doit être justiciable. Autrement dit le différend doit être de ceux dont la Cour peut se
saisir au regard de son statut juridiques » et en identifie plusieurs catégories :

25
a- « l’interprétation d’un traité ;
b- Tout point de droit international
c- La réalité de tout fait qui, s’il était établi, constituerait la violation d’un engagement
international ;
d- La nature ou l’étendue de la réparation due pour la rupture d’un engagement
international. »
L’article 38 est beaucoup plus succinct et évoque tout différend susceptible d’être
réglé« conformément au droit international. La distinction entre différends justiciable et
différence entre différents juridiques et différents politiques.
Cette distinction repose sur l’idée que certains litiges seraient susceptibles par nature de faire
l’objet d’un règlement juridictionnel.
Cette distinction souvent contradictoire voir même ambiguë peut s’inscrire dans une stratégie
judiciaire visant à limiter la juridiction de la Cour. Et de plus cette différenciation entre
différends juridiques et différents politiques manque véritablement de clarté, d’objectivité.
Certains ont essayé de donner une définition en estimant que les différents juridiques seraient
ceux dont la solution réclamerait une application au droit en vigueur tandis que la solution
appellerait une modification du droit. Considérée sous cette angle on peut estimer que cette
définition manque véritablement de pertinence car la frontière entre différends juridiques et
différends politiques n’est pas précis.
D’ailleurs la Cour ne s’est jusqu’à présent montrée réceptive à cet argument. Elle considère
qu’aucune disposition du statut ou du Règlement ne lui interdit de se saisir d’un aspect différent
pour la simple raison que ce différend comporterait d’autres aspects, aussi importants soient-ils »
(CIJ, Arrêt, 24 mai 1980, Affaire des otages américains à Téhéran, Rec.CIJ 1980, p. 19 ch. 36).
Elle ajoute que « nul n’a jamais prétendu que, parce qu’un différend juridique soumis ne
constitue qu’un aspect d’un différend politique, la Cour doit se refuser à résoudre dans l’intérêt
des parties de résoudre les questions juridiques qui les opposent » (idem p. 20 ch.37).
Cette dichotomie peut être apprécié au regard du comportement des Etats qui soumettent avec
plus ou moins d’empressement certains différends à la Cour tandis que d’autres sont soustraits
au regard du juge et aux critères juridictionnels parce qu’ils tendent à des intérêts fondamentaux
voir stratégiques.
Ce sont des questions de haute politique et auxquelles la Cour ne peut connaître en aucune façon.

En revanche, les Etats embrassés »s par des litiges anciens, qu’aucune négociations n’a permis
de surmonter, peuvent faire appel à la Cour. Et de là la distinction entre différends politiques

26
d’une part et différends juridiques d’autres parts ne peut avoir sa raison d’être. Le règlement du
différend complexe et douloureux entre la Libye et le Tchad s’est révélé exemplaire.

En somme, on peut estimer que différends juridiques et différends politiques ne s’opposent pas
par leur objet car une décision qui statuerait sur les « droits » sans prendre en considération leurs
intérêts serait impuissante.
En ce cas, il est préférable de distinguer les différends justiciables de ceux qui ne le sont pas : un
litige est justiciable s’il peut être porté devant un organe juridictionnel. Un telle technique est
inadaptée aux autres litiges, qui se prêtent aux mieux à un « traitement » diplomatique.

D’une manière générale, il appartient à la Cour de décider si une affaire doit lui être soumis.
Il faudra toute fois indiquer que l’article 36 ch. 1 dispose que « la compétence de la Cour s’étend
à toutes les affaires que les Parties lui soumettent… » Et l’interprétation faite à cette disposition
peut être au détriment de la Cour qui se voit dépouillée d’une partie de sa compétence par des
considérations politiques ou économiques.
Ainsi il n’est plus question de définition du différend juridique mais de détermination du champ
d’application du règlement juridictionnel tel que la pratique des Etats permet de le dégager.

En somme l’existence d’un différend est une condition intéressante à l’exercice de la juridiction
de la cour. Mais le différend est également un litige qui existe et dont peut se saisir la CIJ.
Après avoir examiné le différend comme l’un des critères d’ordre matériel, il convient
d’analyser l’autre critère complémentaire qui est celui relatif au droit applicable.

27
Paragraphe 2 : L’application du droit international

En vue de trancher un litige, l’organe juridictionnel applique le droit international, le lien entre la
notion d’organe juridictionnel et l’application du droit récent ne s’est imposée qu’à la fin du
siècle dernier avec la convention de la Haye de 1899. La règle est donc que le juge international
est soumis au droit positif.

Autrement dit la fonction du juge est de trancher les litiges sur la base du droit. A cet effet il est
tenu d’une manière ou d’une autre d’appliquer les règles juridiques que lui dicte l’ordre juridique
dont il appartient. C’est ainsi que J.A Stall constate que : « normalement on sous entend que le
juge qui applique une règle de droit appartient au même ordre juridique que celle-ci et que le
différend à traiter est également du même ordre »14. Dans la pratique, la corrélation entre
l’exercice de la fonction juridictionnelle internationale et l’application du droit internationale est
déjà en 1907 bien précisée que les auteurs de la Convention de la Haye n’expriment pas la
nécessité de poser expressément le principe. Ainsi dans l’article 37, il est simplement affirmé
que la fonction de l’artiste est de trancher les litiges » sur la base du respect du droit ».

L’obligation pour le juge de fonder ses décisions conformément au droit international est donc en
principe bien établie.

Selon l’article 38 de statut de la CIJ détermine les sources formelles du droit international et
applicable par celle-ci. Alors que le texte de 1920 relatif au statut de la CPJI débutait par les
termes : « la Cour applique…», celui de 1945 fondant le statut de la CIJ s’ouvre par un rappel de
la mission de la Cour : « la Cour dont la mission est de régler conformément au droit
international les différends qui lui sont soumis, applique… ».

Cette précision n’est pas non moins nécessaire car elle indique clairement que les sources
énumérées sont celles du droit international et qu’il s’agit bien de sources formelles de ce droit,
puisque directement applicable pour le juge.

Ce dernier applique par conséquent aux termes des dispositions de ce même article 38 :

« a- les conventions internationales soit générales soit spéciales établissant des règles
expressément reconnues par les états en litiges ;

« b- la coutume internationale comme preuve d’une pratique générale, acceptée

14
Application et interprétation du droit interne par les juridictions internationales, Université libre de Bruxelles, Institut de
sociologie, 1962, p. 51.

28
« c- les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées

« d- sous réserve de la disposition de l’article 59, les décisions judiciaires et la doctrine des
publicistes les plus qualifies des différentes nations, comme moyens auxiliaires de détermination
de la règle de droit »

L’article se termine par le paragraphe 2 qui indique que : « la présente disposition ne porte pas
atteinte a la faculté pour la cour, si les parties sont d’accord de statuer ex aequo et bono. »

Ces dispositions appellent plusieurs commentaires dont il conviendra d’analyser dans le cadre de
cette réflexion.

Il importe de souligner de prime abord que cet article 38 a un champ d’application plus large que
le statut dans la mesure où ces termes sont repris dans d’autres traites sur le règlement pacifique
des différends.

Ensuite la doctrine a essaye de faire une distinction pratique opposant les modes conventionnels
de formation du droit international et les autres sources formelles. Ainsi, le droit qu’applique le
juge n’est pas strictement conventionnel comme le pense certain mais également il prend en
compte les actes unilatéraux des sujets du droit dont il est démontre qu’ils ont des effets
juridiques. Quant aux traites ils produit des effets de droit dans la mesure ou les engagements
[pris s’impose aux parties par la force obligatoire qui s’attache aux traites et qu’elles sont tenues
de respecter sauf a voiler le droit international.

La voie conventionnelle bien que la mieux réglementée est concurrence par les modes non
conventionnels qui connaissent un développement rapide car cadrant avec l’évolution nécessaire
de la société internationale. Il s’agit surtout de la coutume que la cour ne cesse de faire appel dans
le règlement des différends surtout relatif a des délimitations de frontières maritimes. (Plateaux
Continentales : Jamahiriya Arabe Liban /Malte, arrêt CIJ, rec.1985 P.29 Paragr. 27).

Dans les arrêts de 1969 sur le Plateau continental de la Mer du Nord, la CIJ s’est demandée si la
règle de l’équidistance pour délimiter le plateau continental de deux états contigus était
« logiquement nécessaire en ce sens qu’elle serait liée de façon inévitable et a priori a la
conception fondamentale du plateau continental (rec. 1969, P.123). La question qui se pose le
plus souvent concernant les normes coutumières est celle relative à leur opposabilité entre Etats.
Ainsi, la preuve en matière coutumière malgré les efforts de la doctrine est la plus difficile à
administrer.

29
Eu égard a ces normes non conventionnelles, on peut retenir l’équité qui a été citée par l’article
38 et que les juges de la CIJ appliquent de manière systématique. Ainsi, dans l’affaire du plateau
continental du Mer du Nord, la CIJ affirme que : « quel que soit le raisonnement juridique du
juge, ces décisions doivent par définition être justes donc, en ce sens équitables » (CIJ, rec.1969
P.48).

L’importance de l’équité dans le règlement pacifique des différends répond à des exigences de
bonne administration d’une part et d’autre part elle renvoie au rôle d’arbitre, d’équilibre de la
CIJ.

Reprenant les termes de l’article 38-III du statut de la CPJI l’article 38 Paragraphe 1.-c du statut
de la CIJ dispose que la Cour applique « les principes généraux du droit reconnus par les nations
civilisées ». Cette disposition a fait l’objet de nombreuses critiques. En effet, certains y voient
une véritable légitimation de la colonisation avec la mention « nations civilisées » qui reflète
l’esprit de l’époque avec la distinction entre nations civilisées et peuples sauvages. D’autres
estiment tout simplement que les principes généraux de droit ne constituent pas de véritables
sources du droit international. Malgré ces attaques ils constituent avec l’équité les sources
subsidiaires non négligeables.

L’évolution de la communauté internationale exige l’application de ces principes car de manière


réaliste il faut dire que tout ne peut être précise et codifiée. Ainsi, les principes généraux
permettent de combler les lacunes du droit international dans un certain nombre de domaine.

La CIJ dans l’affaire du 27 juin 1986 sur les activités militaires et para militaires du Nicaragua
souligne l’importance du principe de l’interdiction du recours a la force en relevant que « les
représentants des Etats le mentionnent souvent comme étant non seulement un principe de droit
international coutumier mais encore un principe fondamental de ce droit admis comme faisant
partie du Jus cogens ». (CIJ rec.1986, P.200).

A côté des sources subsidiaires l’article 38 paragraphes 1 .d- du statut de la CIJ indique que la
Cour applique d’autres moyens auxiliaires que sont la jurisprudence et la doctrine. Cependant, la
doctrine est examinée pour admettre que ni la jurisprudence, ni la doctrine ne peuvent créer des
règles de droit. Ce sont des moyens de détermination des règles de droit. En effet, en ce qui
concerne la jurisprudence, l’autorité relative de la chose jugée selon l’article 59 du statut de la
CIJ empêche de soutenir que celle-ci est une véritable source de droit comme l’estimait G salle.

En pratique, la CIJ n’hésite pas à invoquer dans la motivation de ses arrêts avis sa jurisprudence
constante. Par contre cet argument ne suffit pas à faire de la jurisprudence une source du droit

30
international directement applicable par la Cour. En effet, une juridiction fut ce la CIJ « dit le
droit existant et ne légifère point même si la Cour en disant et en appliquant le droit, doit
nécessairement en préciser la portée et parfois même l’évolution »15. L’une des critiques
adressées à l’article 38 du statut de la CIJ est qu’il ne fournit pas une liste exhaustive des sources
formelles du droit international. Des sources importantes sont passées sous silence, tels les actes
unilatéraux des Etats que la cour applique de plus en plus. En effet, l’existence d’actes par
lesquels un Etat agissant seul, exprime sa volonté et qui produisant des effets en droit
international est indiscutable.

Ainsi, dans l’affaire des essais nucléaires qui opposait en 1974 l’Australie et la Nouvelle Zélande
et la France .La Cour a pris acte d’un simple communiquée de presse a la suite d’un conseil de
ministres annoncent la décision du Président de la République de mettre fin aux essais nucléaires
français dans l’atmosphère : « il est reconnu que des déclarations revêtant la forme d’actes
unilatéraux et concernant des interactions de droit ou de faits peuvent avoir pour effets de créer
des obligations juridictions. Quand l’auteur de la déclaration entend être liée conformément a ces
termes, cette intentions confère à sa prise de position le caractère de l’engagement juridique,
l’Etat intéresse étant désormais tenu de suivre une ligne de conduite conforme a sa déclaration.
Un engagement de cette nature exprimée publiquement est dans l’intention de se lier même en
dehors du cadre des négociations a un effet obligatoire » (CIJ, Rec. 1974, p 210).

La question qui se pose souvent a ce niveau est celle quels sont les actes des Etats qui peuvent
être applicables par la Cour ? La doctrine a tentée de répondre critère cette problématique en
adaptant d’une part une conception large et d’autre pas particulière une conception étroite. Mais
c’est le juge et nous l’admettons qui confère à ces actes de véritables normes de droit
international. L’acte unilatéral est aussi au service du juge qui fait jouer des principes comme la
bonne foi, l’acquiescement ou l’estoppel. D’une manière générale l’article 38 dresse les règles de
droit international que doit appliquer la cour pour trancher les litiges. Seulement ceci n’interdit
pas aux Etats de tenter d’orienter la démonstration et les conclusions de la Cour, en l’inventant à
accorder une importance particulière à telle source du droit international où a tel principe qui s’y
rattache. A ainsi, dans l’affaire des essais nucléaires, l’Australie tentant d’obtenir un début de
reconnaissance de l’illicite des essais nucléaires atmosphériques en imitant la Cour a prendre en
compte « les tendances nouvelles du droit de la mer dans l’affaire du plateau continental Tuniso-
libyen ».

15
CIJ, avis du 8 juillet 1996, limite de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, rec. p237.

31
Face a ces pressions la CIJ a toujours fait preuve d’une extrême prudence pour ne pas être
accusée d’enfreindre les indications de son statut quant au droit applicable.

En définitive nous pouvons retenir que l’organe juridictionnel est donc un organe indépendant qui
à la suite d’une procédure contradictoires et par des décisions obligatoires et définitives tranche
des différends sur la base du droit.

D’après notre examen on peut nettement affirmer que la CIJ a rempli l’ensemble de ces autres
conditions qui résultent d’ailleurs de son statut.

Faudra t-il rappeler en revanche qu’il ne s’agit la que les critères statuaires et qu’il convient d’y
ajouter d’autres critères particulièrement nécessaires que sont les engagements juridictionnels des
parties litigantes.

Qu’il convient d’y ajouter d’autres critères particulièrement nécessaires qui sont l’engagement
juridictionnel des parties litigantes.

Chapitre II : Les critères relatifs aux engagements juridictionnels des parties en litige.

Aucune tentative pour instaurer une juridiction obligatoire globale n’a pas abouti. Les Etats
n’étaient pas prêts à admettre un tel basculement et le principe qui a prévalu et prévaut encore est
que la juridiction de la Cour est dans tous les cas une juridiction consensuelle. Ainsi, l’exercice
du pouvoir juridictionnel par soumettre les différends qui les opposent.

En d’autres termes un Etat ne peut être attrait devant la Cour que s’il ; y a consenti (section 1mais
également l’exécution des décisions de la Cour dépend de la volonté des parties (section2).

Section 1 : La soumission de la compétence de la CIJ au consentement des parties


litigantes.

Le principe de libre choix des moyens de règlements des différends comporte la faculté pour les
Etats de recourir ou non aux moyens juridictionnels. Et lorsque la possibilité juridictionnelle
s’impose le consentement devient un impératif. Pour que la Cour puisse exercer sa compétence il
faut que les deux parties reconnaissent sa juridiction et acceptent de lui soumettre le litige en
question.

Le consentement des parties en litiges devient une nécessite (paragraphe1) et s’exprime suivant
différents procèdes (paragraphe2).

32
Paragraphe1 : La nécessité du consentement des parties en litige.

Il convient a titre de rappel d’indiquer que ‘seuls les Etats ont qualité pour se présenter devant la
cour aux termes de l’article 34, paragraphe 1 du statut. Cet article vise en principe les Etats
parties au statut (les membres des Nations Unies) mais ceci n’empêche pas toutefois aux autres
Etats d’accéder à la Cour selon les conditions découlant de l’article 35 paragraphes 2 du statut de
la CIJ.

L’exclusion des personnes privées et des organisations internationales ne signifie pas que les
litiges entre les Etats ne les concernent jamais. En effet, de nombreuses affaires et surtout en
matière de responsabilité internationale résulte de la mise en œuvre de la protection diplomatique
par des Etats - (CIJ, 1980 dans l’affaire du personnel diplomatique des Etats-Unis à Téhéran, rec.
p 44).

En ce qui concerne les organisations internationales en plus des avis consultatifs qui jouent un
rôle non négligeable dans la prévention de certains conflits et qui est strictement mis a leur profit
elles peuvent collaborer avec la Cour en lui fournissant des informations sur les affaires qu’elle
examine.

Par ailleurs, par opposition à la situation des particuliers devant les juridictions internes les Etats
ne sont soumis à la juridiction de la Cour pour un litige donnée que pour autant qu’ils y
consentent.

La nécessité du consentement des parties a été maintes fois affirmée par la jurisprudence de la
Cour. Il s’agit d’un principe fondamental du droit coutumier qui a été incorporée dans l’article 36
alinéas 1 du statut. Celui prévoyant que la Cour ne pourra être saisie que par le biais du
consentement de l’Etat. La CIJ a eu l’occasion de le mentionner clairement : « Statuer sur la
responsabilité internationale de l’Albanie sans son consentement serait agir à l’encontre d’un
principe de droit international bien établi et incorporée dans le statut a savoir que la Cour ne peut
exercer sa juridiction a l’égard d’un Etat, si ce n’est avec le consentement de ce dernier » (affaire
de l’or monétaire pris a Rome en 1943, rec. CIJ 1954, p 32).

La compétence de la Cour qui repose essentiellement sur le consentement des parties peut
s’avérer dans une certaine mesure impertinente et illogique. En effet l’histoire nous enseigne que
bon nombre des conflits les plus dommageables qui ont bouleversé le monde au cours des 40
dernières années ne pouvaient être résolus par la Cour en raison des difficultés liées à
l’acceptation de sa juridiction ou au fait que son statut international était attristé. Autrement dit
c’est la volonté politique des Etats de s’adresser à la Cour qui fait souvent défaut.

33
La vérification de l’existence du consentement est une question préliminaire qui doit être
examinée d’office. La Cour insiste particulièrement sur ce point dans les hypothèses ou une partie
généralement le défendrait, décide de ne pas comparaître (CIJ, arrêt du 19 décembre 1978,
plateau continental la mer d’Egée : rec. CIJ 1978, p 6) ou de ne pas faire valoir de moyens (CIJ
arrêt 30 juin 1995 Timor oriental rec. CIJ 1995 p 5 paragraphe 26)

Dans ces décisions le principe de l’Or monétaire a été affirme par la cour comme expression
préalable de l’Etat a être juge .Ce principe classique avait d’ailleurs été constate par la CPJI : « la
compétence de la cour pour connaître d’un différend au fond et pour le juger dépend de la volonté
des parties ». (Série A, numéro 15, droits des minorités allemandes en Haute Silésie polonaise,
p.22).

Toute fois le contentement de l’Etat ne saurait être présumé mais il peut être induit.

D’ailleurs l’hypothèse posée par l’article 38 ch.5 du règlement de la CIJ confirme davantage la
nécessité du consentement des parties litigantes. Selon les dispositions de cet article « lorsque le
demandeur entend fonder la compétence de la Cour sur un consentement non encore donné ou
manifeste par l’Etat contre lequel la requête est formée, la requête est transmise à cet Etat. Toute
fois, elle n’est pas inscrite au rôle général de la Cour et aucun acte de procédure n’est effectue
tant que l’Etat contre lequel la requête est formée n’a pas acceptée la compétence de la cour aux
fins de l’affaire ». Cet article semble exiger un consentement mais d’un mécanisme qui permet à
la Cour de s’enquérir d’un éventuel consentement de la part d’un Etat défendeur en lui
transmettant la requête. Ainsi dans l’affaire du Kosovo, les Etats vis-à-vis desquels la
Yougoslavie avait invoque l’article 38 ch. 5 c’est-à-dire l’Allemagne, la France,

L’Italie et les Etats-Unis, ont invariablement indique qu’ils n’entendaient pas donner ce
consentement, ce que la Cour se borne a constater.

En février 1999, l’Erythrée a tente d’introduire une requête contre l’Ethiopie concernant un
différend sur une violation alléguée des locaux et une atteinte qui aurait été porte a l’encontre du
personnel diplomatique à Addis-Abeba. Elle invitait par conséquent l’Ethiopie à accepter la
juridiction de la CIJ. Cette dernière a transmis la requête au gouvernement Ethiopien mais
l’absence de réponse de sa part, la Cour, n’a accomplit aucun acte de procédure, ni finalement
inscrit l’affaire au rôle.

Peu importe la forme prise par le consentement pour se manifester : « en droit international,
lorsque la loi ne prescrit pas de formes particulières, les Parties sont libres de choisir celle qui

34
leur plait » pourvu que « leur intention en ressorte clairement (CIJ, Temple de Préah Vihéar, arrêt
du 26 mai 1961 sur les Exception préliminaires).

Ainsi la Cour joue un rôle non négligeable dans la détermination du consentement des Parties en
litige. En effet le forum prorogatum permet au juge international lorsqu’un éléments de
consentement a sa compétence peut être raisonnablement tire d’un acte accompli ou d’une
déclaration faite par le représentant qualifie d’un Etat litigant, ledit élément peut suffire a étendre
cette

Ce principe fut invoqué par la Grande-Bretagne dans l’affaire de l’Anglo-Iranien

Oil Company (1952). Dans cette affaire le gouvernement iranien avait conteste devaient être
considérer comme comportant un élément de consentement suffisant a l’extension d’une
compétence juridictionnelle. Cette dernière comme nous l’avons indiqué plus haut dépend du
raisonnement des juges mais également de leur politique judiciaire.

De plus une fois lier le litige, il n’est plus possible à un Etat de retraiter le consentement qu’il
avait donne à sa solution juridictionnelle. La CIJ a eu l’occasion de le rappeler dans son arrêt du
26 novembre 1957 sur les exceptions préliminaires soulevées par l’Inde dans l’affaire du droit de
passage. C’est pourquoi les agents agissant en qualité d’organe de leurs pays dans les relations
internationales doivent porter une très grande attention à ce qu’ils disent ou écrivent, au sujet
d’une question litigieuse intéressant leur pays. (Essais nucléaires, CIJ, arrêt du 20 dec. 1974).

En revanche la Cour a reconnu que des « vices pouvaient affecter la réalité du consentement
censé avoir été donné.

Dans les différents ordres juridiques nationaux, il est solidement ancré que l’acte consensuel n’est
valable que sous la condition de la réalité et de la liberté du consentement.

Cette règle est prévue et organisée par le législateur qui détermine avec précision les faits
constitutifs des vices du consentement : l’erreur, le vol, la violence et auxquels s’ajoute la lésion.

Ainsi la règle est constamment appliquée par les juges internes qui contribuent par là à sa
vivification.

Cependant il parait difficile d’obtenir la même chose de l’ordre international.

En effet la doctrine internationale est divisée sur ce point et la Cour est timide à ce niveau.

Dans cette perspective, la Cour adopte une position intermédiaire en admettant qu’une erreur ne
peut être retenue que si elle porte sur un élément essentiel qui est le fondement même de

35
consentement. La Cour a donne une véritable définition de l’erreur essentielle dans l’affaire
relative a la contestation entre la Thaïlande et le Cambodge sur la souveraineté du Temple de
Préah Vihéar. Dans cette espèce la Cour estime qu’elle ne relevait l’existence d’aucune erreur
essentielle « de nature » à vicier le consentement. Or la Thaïlande avait prétendu avoir commis
une erreur dans sa déclaration d’acceptation de la juridiction de 1950.

Le raisonnement de la Cour nous parait ambigu dans la mesure ou l’exercice invoqué par la
Thaïlande était une erreur de droit et qu’une telle erreur était susceptible de constituer un vice de
consentement.

Quant aux autres vices, ils sont difficilement admis par la Cour du fait de la problématique liée à
leur preuve.

En définitive nous pouvons retenir que la justice internationale est fondamentalement facultative.
Elle repose toujours sur le consentement des Etats partis en litige.

Il appartient par conséquent á la Cour de s’imposer en transcendant les différences nationales,


politiques, culturelles,…. Pour gagner la confiance des Etats á se présenter devant elle. Les Etats
doivent également développer une bonne volonté pour une solution juridictionnelle qui présente
l’avantage de la neutralité, de l’impartialité, de l’indépendance, de la soumission à une loi
reconnue par tous.

La Cour semble s’inscrire dans ce sillage si on en croit son Excellence Monsieur Gilbert
Guillaume qui estime que « la cour est plus sollicitée et plus active qu’elle ne l’a jamais été».* il
situe ensuite les motifs de cette vitalité à divers facteurs techniques : la mise au pied de chambres
de la Cour ; amélioration des procédures ; création d’un fond d’aide judiciaire ; développement
par la Cour d’une jurisprudence inspirant une plus grande confiance aux Etats. Seulement
l’ancien Président de la Cour indique que : « le règlement judiciaire est mieux supporté et même
plus recherché lorsque l’atmosphère internationale est plus sereine. A l’inverse, dans les périodes
de tensions fortes, les Etats ont tendance à moins recevoir au juge. » * (Discours de son
excellence Monsieur Gilbert Guillaume, Président de la CIJ, à l’Assemblée Générale des Nations
Unies, le 26 octobre 2000).

En somme on peut sans risque d’erreur évoquer que le consentement des parties litigantes est le
fondement de la compétence de la CIJ.

Ce consentement s’exprime suivant différentes modalités dont nous allons tenter d’évoquer dans
le paragraphe suivant.

36
Paragraphe 2 : Les différentes modalités de formation de l’engagement
juridictionnel

Il peut exister différents procédés pour conférer la juridiction à la CIJ. La Cour peut ainsi être
saisie alors que le différend est déjà survenu ou s’être réalisé antérieurement et l’attribution de la
juridiction s’opère respectivement de façon catégorique et de façon hypothétique.

Dans le premier cas la compétence voie sa saisine résulte d’autres juridiques individualisés,
destinés à régir un différend déterminé et conçut alors que le second résulte d’une règle apte à
régir l’ensemble des différends qui viendront à entrer dans le camp d’application qu’elle-même
délimité.

Il convient d’indiquer à ce niveau que le premier procédé est le plus aisément acceptable par les
Etats.

Le compromis ainsi appelé est de façon générale la voie formelle par laquelle la Cour est saisie
au titre de sa juridiction facultative. Ce procédé paraît d’ailleurs plus conforme à l’ordre juridique
international car l’approche juridictionnelle doit constituer un progrès de la civilisation. Il
appartiendra aux Etats de forger cette habitude de s’adresser au juge en cas de litige en faisant
ainsi une interprétation raisonnable de leur souveraineté.

Ce procède présente l’avantage leur disposition l’ensemble des informations utiles, la consistance
du litige et pouvant sur cette base décider de l’opportunité d’un règlement devant la CIJ.

A la différence des compris arbitraux, ce compromis n’a pas fixe la composition de la cour ni sa
procédure dans la mesure ou la CIJ est une Institution.

Cependant les articles 26 et 31 du statut permettent aux parties aides parties, la détermination des
membres d’une chambre spécialisée ainsi que de suggérer a cette chambre un certain nombre
d’éléments se rapportant a la procédure (le compromis du 29 mars 1979 entre les Etats-Unis et le
Canada, dans l’affaire de la délimitation de la frontière maritime dans la région du Golfe de
Maine, Rec. 1986, p. 558).

Ainsi entre le consentement des parties, le compromis doit aussi préciser l’objet du différend
ainsi que les questions posées au juge. Il est également admis par la Cour avec beaucoup de
réserve aux parties d’indiquer le droit applicable si ses précisions n’entendent pas en
contradiction avec l’article 38 du statut de la CIJ.

(CIJ, L’affaire du Plateau continental Tunisie- Libye, rec. 1982, p. 87).

37
L’acceptation de la juridiction de la cour par voie compromissoire pour un litige déjà ne peut
présenter plusieurs difficultés lorsque les actes produits par les Etats partis manquent de clarté, ce
qui est souvent le cas.

Aussi dans l’affaire Qatar-Bahrein , les parties avaient procède á plusieurs échanges de lettres qui
prévoyaient la soumission á la cour de l’ensemble du différend qui les opposait .En effet selon la
formule bahreinite , il est demandé á la cour de trancher toute question relative á un droit
territorial ou á un tout autre titre ou intérêt qui peut faire l’objet d’un différend entre lui et le
Qatar ; et de tracer une limite maritime unique entre leurs zones maritimes
respectives ,comprenant les fraudes marines ,le sous-sol et les eaux sous-jacentes .

Néanmoins, la Cour constate qu’elle n’a pas été saisie de l’ensemble du différend puisqu’elle ne
dispose que des prétentions du Qatar. C’est pourquoi, elle a rendu une décision donnant
l’occasion aux deux parties de lui soumettre l’ensemble du différend (CIJ, arrêt ,1 e juillet
1994 :rec. CIJ 1994, p.225, §38).

Seule l’une des partis a savoir le Qatar a mené une démarche complémentaire tendant a soumettre
l’ ensemble du litige a la cour s’ est déclarée valablement saisie de l’ensemble du litige sans que
l’on sache sur quelle base elle est reconnue compétente : s’agit-il d’un compromis ou d’une
requête unilatérale ? (CIJ, Arrêt 15 fevrier1995 Rec. CIJ 1995 p. 6).

En définitive, il importe de souligner que le compromis peut être établi, soit par voie
conventionnelle, soit par voie unilatérale. La première modalité la plus fréquente consiste dans la
conclusion entre les parties au différend d’un traité destiné à le soumettre à un règlement
juridictionnel et la saisine va s’opérer par une notification á la CIJ.

La seconde quant à elle reste exceptionnelle, cependant la Cour s’est jugée valablement saisie par
une requête unilatérale d’un Etat suivie d’une acceptation non équivoque de sa juridiction par
l’autre partie (Detroit de Corfou, exceptions préliminaires, arrêt du 28 mars1948, CIJ :
rec.1948.pp 15).

Par ailleurs l’attribution de juridiction á la Cour peut se réaliser non plus pour un différend actuel
mais pour l’ensemble des différends qui peuvent survenir dans le champ de catégories définies à
l’avance par les parties ces derniers reconnaissent ainsi la compétence de la cour par le biais d’un
acte juridique contraignant. IL s’agit dans ce cas de ce que peut appeler la juridiction obligatoire.
Cette dernière nécessite quelques précisions.

D’abord la juridiction obligatoire n’est évidemment pas impérative, et l’engagement de l’Etat ne


l’oblige qu’à venir devant la CIJ comme défendeur.

38
Ensuite, en souscrivant un engagement en ce sens un Etat s’astreint d’ accepter la juridiction de la
cour chaque fois que se réaliseront les conditions qu’il a lui-même posées .La base légale de
l’obligation se trouve soit dans un acte conventionnel entre deux Etats, soit dans un acte
unilatéral.

On peut souligner que dans l’établissement conventionnel de la juridiction obligatoire peut être
général vu spécial.

La première c’est-à-dire la juridiction obligatoire générale repose sur un engagement


juridictionnel autonome ,dont les règlements des différends est l’objet exclusif .Il faut indiquer
que les conventions qui l’ont tenté sont peu nombreuses mais également n’ont pas reçu beaucoup
de ratifications .On peut citer a titre d’illustration l’acte général d’arbitrage du 26 septembre 1928
tel que modifié en 1949 mais aussi la convention européenne pour le règlement pacifique des
différends du 29 avril 1957.

Dans cette perspective, nous pouvons estimer que c’est sur la base de ces accords un règlement
juridictionnel des différends peut être effectif .Et surtout s’ils s’établissent dans les sphères
régionales ou continentales.

La deuxième se réalise quant a elle à l‘occasion de la négociation d‘un traite, bilatéral ou


multilatéral. L‘attribution de juridiction a la CIJ résulte d‘une clause compromissoire introduite
dans la convention-(voir par exemple l‘article 9 de la convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide du 9 décembre 1948 ; l‘article 38 de la convention de GENEVE
du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés).

En effet, elle est spéciale dans la mesure où la compétence de la Cour se limite simplement aux
différends qui peuvent apparaître entre les partis lors de l’application de la convention. C’est la
raison pour laquelle la plupart des cas, la juridiction de la cour n’est pas exclusive. En effet les
partis peuvent prévoir des voies alternatives. C’est par exemple le modèle adopté par l’article 66-
a)de la convention de vienne du 23 mai 1969 sur le droit des traités qui prévoit la juridiction
obligatoire de la cour pour les différends relatifs au jus cogens « sauf si les partis s’accordent
pour recourir à l’arbitrage ».

Il n’est pas également rare que l’établissement d’une juridiction obligatoire ne puisse intervenir
qu’à l’expiration d’un délai déterminé au cours duquel, les parties pourront avoir la possibilité
d’utiliser d’autres voies de recours.

39
Là encore l’article 66 précité peut être retenu à titre d’illustration. En effet la juridiction
obligatoire n’est établie qu’à l’expiration d’un délai de 12 mois après la date ou l’objection a été
soulevée.

Néanmoins, la Cour peut être saisie avant même l’expiration de ce délai s’il s’avère que les Etats
sollicités au mode de règlement déterminé ont manifesté une volonté claire de rejeter cette
demande, ne laissant ainsi aucune alternative à la juridiction obligatoire. (CIJ, Arrêt, 27 février
1998, § 28)

Par ailleurs, l’établissement de la juridiction obligatoire peut s’opérer a travers un acte unilatéral
ou pour la conjonction d’actes unilatéraux concordants de deux Etats, entre lesquels n’apparaît
pas de lieu juridictionnel direct. Ce mécanisme est appelé par les auteurs la cause facultative de
juridiction obligatoire.

Ce mécanisme ingénieux selon Michel VIRALLY hérité du statut de la CPJI a été maintenu par l
article 36 § 2 du statut de la CIJ .En effet l article 36 paragraphe 2 dispose que « tout Etat parti au
statut peut a n’importe quel moment déclarer reconnaître comme obligatoire de plein droit et sans
convention spéciale, a l’égard de tout autre Etat acceptant la même obligation, la juridiction de la
Cour. »

La force du procédé est qu’il généralise la juridiction obligatoire à l’ensemble des Etats qui y
souscrivent et pour n’importe quel différend. Ainsi la déclaration prend la forme d’un acte
unilatéral, notifie au secrétaire général des Nations Unies qui doit prendre la charge d’en faire
connaître l’existence tant aux autres parties au statut de la Cour qu’au greffe de celle-ci.

Cependant par opposition à la CPJI, la CIJ n’a bénéficié que peu de souscripteurs. Parmi les
membres permanents du conseil de sécurité seul le Royaume Uni à une déclaration en vigueur, ni
la France, ni les Etats –Unis n’étant revenu sur le retrait de leur déclaration obligatoire. Il faudra
rappeler que la France avait retiré sa déclaration obligatoire à la suite de l’affaire des Essais
nucléaires (CIJ, ord.22juin 1973 : Rec.CIJ 1973, pp.99-135) alors que les Etats-Unis l’avaient fait
en raison du différend les opposant au Nicaragua (CIJ, Arrêt, 26 novembre 1984).

En revanche les changements politiques en Europe de l’Est ont eu pour effet la souscription de
quelques déclarations tel est le cas de la Bulgarie, de l’Estonie, de la Georgie, de la Hongrie ou de
la Pologne. (Voir V.LAMM, quatre nouvelles déclarations de la juridiction obligatoire de la CIJ
émanant d’Etats d’Europe centrale : RGDIP 1996, p.135).

40
Il faut cependant tenir compte que plusieurs Etats assortissent leur déclaration de réserves qui
limitent considérablement la portée de leur engagement juridictionnel. En effet ces réserves sont
telles que la juridiction obligatoire demeure réellement facultative.

Ces réserves limitent le pouvoir de juridiction de la Cour du point de vue temporel aux différends
ou à des faits, des situations survenues postérieurement à leur entrée en vigueur ou à une date
déterminée c’est-à-dire de n’être liés que pour l’avenir. D’autres qu’on peut appeler des réserves
matérielles ont pour objet d’écarter du champ de l’acceptation étatique, certaines catégories de
différends déterminés. Ainsi dans les déclarations formulées par les Etats-Unis en 1946,on peut
lire : « cette déclaration ne s’applique pas aux différends relatifs à des questions relevant
essentiellement de la compétence nationale des Etats-Unis d’Amérique, telle qu’elle est fixée par
les Etats-Unis d’Amérique ».

Enfin certaines réserves sont spatiales. On peut citer ainsi la déclaration du Nigeria excluant les
différends lorsque l’autre partie est un Etat avec lequel le gouvernement nigérian n’a pas de
relations diplomatiques ou celle de la Gambie ou du Kenya excluant tout différend avec un pays
de la Commonwealth.

En somme malgré l’ingéniosité affichée de cet article 36§ 2 du statut de la CIJ, les Etats
manifestent une certaine timidité quant à l’acceptation de la juridiction obligatoire de la Cour.

L’engagement juridictionnel des Etats qui se forment suivant différentes modalités et non
seulement nécessaire pour établir la compétence de la CIJ mais encore peut avoir des effets quant
à l’exécution des décisions rendues.

Dés lors il est important de s’intéresser aux effets de l’engagement sur l’exécution des décisions
de la CIJ.

Section 2 : Les effets de l’engagement juridictionnel sur l’exécution des décisions de


la CIJ

Nombre d’internationalistes pensent que la problématique relative à l’exécution des décisions de


la CIJ est un faux problème. En effet selon eux, le consentement des parties donné lors de la
saisine implique normalement l’acceptation du jugement à venir.

De plus, ils estiment que les fonctions judiciaires de la Cour ne comportent pas de veiller à ce que
les parties en litige se conforment à sa décision.

Cependant le problème d’exécution des décisions de la CIJ se pose de nos jours avec acuité.

41
Aussi convient-il avant de s’interroger sur les procédures d’exécution forcée (paragraphe 2) de
tenter de monter le contenu du caractère exécutoire des décisions de la Cour (paragraphe 1).

Paragraphe 1 : Le contenu du caractère exécutoire des décisions de la CIJ

C’est pourquoi aujourd’hui beaucoup d’auteurs se penchent sur la question relative à l’exécution
des décisions de la Cour.
Ainsi nous pouvons retenir, PH. WECKEL, « les suites des décisions de la CIJ : AFDI 1996, p.
428-442 ; A. TANZI, Problems of Enforcement of Decisions of the ICJ and the Law of United
Nations : EJIL 1995, p. 539 – 572 ou G.Guillaume, le suivi de l’exécution des décisions de la CIJ
au sein des Organisations Internationales. Pedone, Paris 2000.

Cette carence des études dans ce domaine est sans doute le signe d’une application « naturelle »
des décisions de la Cour mais également le juriste rejette dans la sphère du « politique » cette
exécution pour s’en désintéresser. En effet il était traditionnellement admis que la réalisation
effective des décisions de la justice ne relève pas du domaine du droit.

Cette conception a fait l’objet de nombreuses critiques en droit interne 16, tan disque qu’elle
prévaut encore en droit international.

La doctrine continue en effet à assimiler l’exécution à une question essentiellement politique qui
échappe à l’emprise du droit. Ainsi Rosenne Shabtaï admet que « ce problème est essentiellement
un problème politique ; ce fait ne peut être dissimilé en insistant sur l’existence d’une règle
fondamentale, telle la règle Pacta sunt Servanda que les Etats doivent observer, et en érigeant là-
dessus, tout un édifice logique destiné à expliquer pourquoi les Etats, en droit, ont certains
devoirs. Le problème de l’exécution et de la mise en vigueur des décisions judiciaires
internationales ne peut guère être abordé sur la base des présomptions de droit affirmant
l’observance, par les Etats de leur engagements conventionnels, parce que le problème ne se pose
que lorsque la conduite tracée dans leurs obligations juridiques. Il est naturel que les Etats ne
soient pas requis de faire ainsi ; il s’ensuit que le problème politique primordial, le terme
politique ayant le sens le plus large » (Revue Générale de Droit International Public, 1953, p. 7).

Cette doctrine préconise donc que l’exécution des décisions doit être séparée de son prononcée.
Ainsi le différend y afférant acquiert le caractère d’un litige entièrement nouveau qui doit être
réglé par des moyens politiques.
16
Hebrand-P. « L’exécution des jugements civils » ; Revue Internationale de droit composé, 1957, p. 170

42
E. Tuncel s’inscrivant dans cette conception affirme que : « l’exécution des décisions de la CIJ,
de même que les sentences internationales en général contient le germe d’un conflit nouveau,
entièrement différent de celui qui a été résolu par le sentence.

En rendant son arrêt, la CIJ accomplit son devoir. Sa tâche en tant qu’organe juridictionnel des
Nations Unies son rôle de tribunal international s’arrête ici. L’exécution de ses arrêts constitue en
revanche un tout autre problème qui doit être réglé par des moyens politiques ». (Thèse
Neuchâtel 1960 p.59).

De même la CIJ dans l’affaire Haya de la Torre, a refusé de dire de quelle manière devait être
exécutée un jugement antérieur. (CIJ, Rec. 1951, p.78).

Cependant cette démarche adoptée par la doctrine et confirmée par la Cour à travers sa
jurisprudence peut nous paraître difficilement acceptable. En effet on peut se demander à quoi
sert d’organiser une justice, si les décisions rendues ne sont pas exécutoires. On ne peut pas
départager l’office du juge qui est de dire le droit et l’exécution de la décision rendue. Une
décision ne peut être qualifiée de juridictionnelle que si elle s’impose aux parties litigantes qui
doivent par conséquent l’exécuter de « bonne foi ». Nous admettons par contre que la
souveraineté des Etats peut limiter considérablement cette exigence juridictionnelle tirée du
système de juridiction interne.

Seulement l’autorité morale de la Cour pourrait jouer un rôle non négligeable à ce niveau : rien
n’est plus délicat pour les Etats que de refuser de se conformer à une décision de la CIJ. Ainsi
l’obligation de se conformer aux décisions rendues par les juridictions internationales avait été
explicitée par l’article 13 du Pacte de la SDN selon lequel « les membres de la société s’engagent
à exécuter de bonne foi les sentences rendues par la Cour permanente ou les tribunaux arbitraux.

Elle a été reprise à l’article 94-1 de la charte d’après lequel « chaque membre des Nations Unies
s’engage à se conformer à la décision de la CIJ dans tout litige auquel il est partie ».

Cette obligation a été étendue aux Etats parties au statut et qui ne sont pas membres des Nations
Unies mais également aux Etats admis à ester devant la Cour sans pour autant être liés par son
Statut aux termes de l’article 35 §2 de ce même statut. Cette obligation peut cependant naître
dans des circonstances dans la mesure où certaines décisions sont par elles-mêmes exécutoires et
n’ont pas à être exécuté. Il en est ainsi des décisions purement déclaratoires constituant qu’une
action menée par un Etat ou une attitude adoptée par lui était ou n’était pas conforme au droit
international.

43
En revanche, l’exécution de certains différends appelle nécessairement des difficultés. C’est le
cas des différends territoriaux dans lesquels la Cour peut attribuer un territoire disputé à un Etat
alors qu’un autre Etat l’occupait en fait.

C’est dans les hypothèses que les parties auront non seulement à se « conformer » à l’arrêt rendu
mais encore à l’exécuter.

A la lumière des observations, on peut affirmer que l’obligation de se conformer à la sentence de


la Cour se fonde : d’abord sur le consentement des parties attribuant compétence à la CIJ ; ensuite
sur les obligations découlant des statuts de la Cour, incombant aux Etats parties mais également à
ceux qui ne sont parties à cet instrument.

Enfin sur l’obligation découlant de la charte des Nations Unies, incombent aux parties en litige.

Afin de comprendre la procédure d’exécution et ses éléments juridiques, il est nécessaire selon
nous de décrire l’effet général des décisions d’une Cour internationale. Ces décisions comme
celles en droit interne, sont de deux genres, interlocutoires et définitifs. Les premiers sont rendus
lorsque l’instances est en cause et dans n’importe qu’elle phase de la procédure. Leur
caractéristique est qu’en général, elles ne dépassent pas véritablement des droits des parties.

Alors que les secondes déterminent en fait entièrement ou en partie, les droits des parties et,
mettent fin par conséquent à la phase judiciaire du différend.

Mais elles créent un état de choses reposant sur l’autorité de la chose jugée qui fixe une certaine
voie de conduite à suivre par les Etats en litige et plus particulièrement par l’Etat qui a succombé.

En outre il y’a lieu de remarquer la différence matérielle entre les décisions interlocutoires et les
décisions définitives surtout en ce qui concerne leur exécution.

Ainsi le refus d’un Etat à se conformer à une décision interlocutoire peut conduire la Cour elle-
même à imposer une sanction à l’encontre de cet Etat qui revêt la forme d’avantages
procéduraux. C’est pourquoi on ne note beaucoup de décisions concernant par un Etat refusant de
se conformer à une décision interlocutoire.

Ainsi d’une manière générale, l’exécution des décisions de la CIJ figure dans la Charte qui la
présente comme une obligation à laquelle doivent se conformer les parties en litige. Seulement
cette obligation peut dans certaines situations ne pas être respectée.

En effet la défaillance d’un Etat qui ne se conforme pas à la décision de la CIJ dans un litige
auquel il est partie, constitue une faute internationale. Cette dernière appelle nécessairement la
mise en œuvre de mécanismes d’exécution forcée.

44
Paragraphe 2 : Les mécanismes d’exécution forcée des décisions de la CIJ

Nous avons vu du postulat essentiel du contentieux international il résulte que l’exécution


acquiert le caractère d’un différend entièrement nouveau qui doit être réglé par des moyens
politiques.

Mais il convient d’observer de prime abord que le problème de l’exécution forcée des décisions
de la CIJ se pose dans les termes radicalement différents de celui des jugements nationaux. En
effet ces dernières sont rendues au nom d’un Etat souverain qui en assure le respect et confie
l’autorité nécessaire à un juge indépendant. Il peut arriver certes que certaines décisions ne soient
pas exécutées mais ces situations demeurent exceptionnelles.

De même le refus d’exécution d’un jugement rendu engage la responsabilité de la personne


publique si cette exécution lui était imputable. (Ainsi selon la jurisprudence du Conseil d’Etat, le
défaut d’exécution d’une décision de justice engage la responsabilité de l’Etat : CE, 30 novembre
1923 Couïteas , Rec. P. 729 mais aussi Société la Cartonnerie et l’Imprimerie St Charles, 03 juin
1938, Rec. P. 521).

Cette solution retenue de manière globale en droit interne est en revanche différente en droit
international. En effet il n’existe pas un souverain international au nom duquel la justice est
rendue et qui pourrait par suite veiller à ce que les jugements rendus soient exécutés.

C’est pour cette raison d’ailleurs que la Cour doit s’appuyer sur sa propre force. A défaut elle
peut compter sur les systèmes traditionnels des Etats ou les mécanismes d’exécution forcée
prévus dans la Charte des Nations Unies.

Tout d’abord, il convient d’indiquer que la Cour bénéficie d’une autorité morale qui pousse les
Etats à exécuter ses décisions. Pour cette raison il est suggéré que l’obligation de se conformer à
la décision de la Cour peut être regardée en tant qu’obligation morale. En ce sens « la théorie de
l’obligation morale » peut constituer un moyen commode pour expliquer qu’en matière de
conflits internationaux les Etats intéressés soient directement responsables et tenus de se
conformer à la décision de la Cour dans un litige auquel ils sont partis à un degré qu’ignorent les
parties en litige dans le domaine du droit interne.

Cette théorie quoiqu’elle soit erronée sert néanmoins un but utile en ce sens qu’elle attire
l’attention sur un trait particulier de la solution judiciaire des différends internationaux. S’il est
vrai que l’exécution des décisions de la CIJ ne font partie de la procédure judiciaire proprement
dite, en droit international aussi bien qu’en droit interne, de telle sorte qu’il existe une certaine

45
caractéristique commune aux arrêts internationaux et aux arrêts en droit interne, il existe d’autre
part une différence fondamentale entre eux, et cette différence est à l’origine de la théorie de
« l’obligation morale ». En effet du fait que la Cour est une instance respectée et compétente, la
non exécution de son jugement entraîne pour l’Etat récalcitrant un mis au ban de la communauté
internationale. De ce fait les Etats ont peur de perdre leur crédibilité car généralement l’Etat qui
succombe devant la CIJ est connu de tous et le jugement est internationalement diffusé. En tout
cas les pays pauvres très endettés ne vont pas s’aventurer dans cette voie sous peine de se voir
infliger des sanctions qui seraient très dures en leur encontre du fait de la solidarité des instances
onusiennes.

Ainsi l’autorité morale de la Cour est un moyen sérieux qui participe efficacement dans
l’exécution des décisions de la CIJ.

Ensuite il convient de souligner que face l’inefficacité de cette « obligation morale », certains
moyens de contrainte sont mis à la disposition des Etats. Ces derniers peuvent utiliser des
solutions unilatérales qui existent encore en droit international faute d’un système
institutionnalisé unique de sanction. Il s’agit généralement de la rétorsion et des représailles. La
première selon le langage familier, c’est « rendre la pareille » « un Etat à l’égard duquel un autre
Etat a pris une mesure qui, tout en étant légale et licite, est discourtoise, rigoureuse,
dommageable, peut prendre à son tour, à l’égard de celui-ci, des mesures ayant le même
caractère, afin de l’amener à la composition ». Cette définition proposée par Rivier17 est
certainement valable en ce que les mesures de rétorsions sont des actes de contraintes qui ne
comportent pas d’usage de la force armée et sont licites en elles-mêmes au regard du droit
international. Toute fois le principal problème juridique posé par les mesures de rétorsion, par
hypothèses licites, tient précisément à la définition de ce que l’on peut appeler le « seuil de
liceité ».

En pratique deux voies peuvent être retenues à titre de solution, l’une relative à l’objectif
poursuivi par la mesure de rétorsion et l’autre relative à son intensité. Les exemples de mesures
de rétorsion sont nombreuses : embargo commercial, rupture de relations diplomatiques,
réduction ou suspension de la coopération bilatérale… .

En ce qui concerne la deuxième mesure, il faudra indiquer que si la licité des représailles armées
sont considérées comme étant à la limite de la légalité, celle des représailles non armées ne l’est
pas dans son principe.
17
Principes du droit des gens, Rousseau, 1899, ch. II, p. 189

46
Elle est d’ailleurs admise par la CIJ dans son projet concernant la responsabilité des Etats.

De même, sans faire de distinction entre rétorsion et représailles, le tribunal qui s’est prononcée
sur l’interprétation de l’accord franco-américain relatif au transport aérien international a estimé
que : « dans l’état actuel du droit international général, abstraction faite des engagements
spécifiques découlant de traits particuliers, et notamment des mécanismes institués dans le cadre
des organisations internationales, chaque Etat apprécie lui-même sa situation juridique au regard
des autres Etats ». En présence d’une situation qui comporte à son avis la violation d’une
obligation internationale par un autre Etat, il a le droit, sous la réserve des règles générales du
droit international relatives aux contraintes armées, de faire respecter son droit par des contre-
mesures » (Affaire dite de la rupture de charge, sentence du 9 décembre 1978, R.S.A, vol. XVIII,
p.417 et s.).

De même la CIJ s’est abstenue de condamner les contre-mesures adoptées par le demandeur, dans
l’affaire du personnel diplomatique et consulaire des Etats-Unis à Téhéran (v. l’arrêt du 24 mai
1980, Rec. P. 3 et s.).

Comme en matière de rétorsion, les contre-mesures révèlent une pratique très variée : suspension
de l’application des accords en vigueur entre les deux parties en litige, boycott, embargo
fermeture des ports….

A l’heure actuelle ces sanctions d’ordre économique sont le plus souvent utilisées et elles
proviennent à dissuader un Etat qui serait tenté de refuser de se conformer à une décision de la
Cour.

Enfin le dernier moyen qui retiendra notre attention est prévu par la charte des Nations Unies. En
effet selon l’article 94 §2 de cette charte : « si une partie à un litige ne satisfait pas aux
obligations qui lui incombent en vertu d’un arrêt rendu par la Cour, l’autre partie peut recourir au
Conseil de sécurité et celui-ci, s’il le juge nécessaire, peut prendre des recommandations ou
décider des mesures à prendre pour faire exécuter l’arrêt ».

Aujourd’hui même s’il est inutile d’interpréter l’article 13 du pacte de la SDN, il demeure
toutefois nécessaire de la comparer avec l’article 94, 2 afin d’y déceler quelques différences non
moins négligeables.

En effet il faut dire que c’est dans le Pacte et dans la Charte que l’on retrouve des dispositions
relatives à la mise en vigueur des arrêts, et non dans le statut de la Cour.

47
Ce qui semble confirmer la conception selon laquelle l’exécution de la décision de la CIJ a un
caractère d’un différend entièrement nouveau, qui doit être réglé par des moyens politiques. Cette
situation appelle nécessairement une révision de son Statut afin de lui donner une place
prépondérante dans ce que nous nommons l’exécution institutionnelle des arrêts.

A première vue, des différences remarquables sur lesquelles les commentateurs ont attiré
l’attention, existent entre le Pacte et la Charte :

Pacte, Article 13,4 : « Faute d’exécution de la sentence, le conseil propose les mesures qui
doivent en assurer l’effet ».

Charte, Article 94,2 : « si une à un litige ne satisfait pas aux obligations qui lui incombent en
vertu d’un arrêt rendu par la Cour, l’autre partie peut recourir au Conseil de sécurité et celui-ci,
s’il le juge nécessaire, peut faire des recommandations ou décider des mesures à prendre pour
faire exécuter l’arrêt ».

Littéralement, l’article 13 impose au Conseil de la société, le devoir absolu d’examiner la


conduite des Etats en litige, et il constate qu’il y ‘a un manquement à l’égard de l’exécution d’une
décision rendue, il propose les mesures à prendre afin d’en assurer l’effet.

Alors que dans la Charte, le conseil de sécurité n’occupe pas une position artificielle qui le
désigne automatiquement mais plutôt il est à la disposition des parties en cas de besoin.

La deuxième différence se rapporte aux mots « s’il le juge nécessaire » de l’article 94, qui font
défaut à l’article 13 qui risquent d’amoindrie de manière considérable l’autorité de la Cour.

C’est pour cela d’ailleurs que nous pensons et nous ne sommes pas les seuls que l’article 94,2 est
tant soit peu ambigu. On peut ainsi se poser la question de savoir si les recommandations du
Conseil de Sécurité ne sont pas « obligatoires » vis-à-vis des Etats auxquels elles sont adressées
alors que ses décisions sont obligatoires au sens de l’article 25 de la charte des Nations Unies 18

Une pareille interprétation signifierait si l’on y prend garde que le conseil de sécurité peut user de
son pouvoir discrétionnaire pour « recommander » ou un, pour « décider » ou non. Il faudra
préciser à ce niveau que s’il décide, sa décision se borne à indiquer les mesures à prendre pour
faire exécuter l’arrêt, alors que s’il recommande, sa recommandation ne doit pas être limitée aux
mesures d’exécution de l’arrêt, mais pourrait comprendre d’autres mesures d’exécution de l’arrêt,
mais pourrait comprendre d’autres mesures qui peuvent avoir un effet contraire. Cette
interprétation signifierait que le Conseil de sécurité peut véritablement remettre en cause la force
18
Les membres conviennent d’accepter et d’appliquer les décisions du Conseil de sécurité conformément à la présente charte.

48
de la chose jugée et priverait de sus l’article 60 du statut de la Cour. En outre l’arrêt rendu par la
Cour se présentera de ce fait comme un simple avis consultatif dont la validité dépendra tout
simplement de l’action du Conseil de sécurité.

En tout état de cause cette interprétation ne peut être retenu pour deux motifs : d’une part, elle
entre directement en contradiction avec les dispositions pertinentes du Statut de la Cour et d’autre
part on ne peut admettre l’égalité entre les arrêts de la Cour et les décisions des autres organes de
la communauté internationale. Ainsi le Conseil de sécurité ne peut réduire à néant les droits
adjugés par la Cour ; cela signifie qu’en l’absence de circonstances spéciales, il devra
recommander ou décider des mesures à prendre en vue de convaincre l’Etat récalcitrant de se
comporter conformément aux termes du jugement.

Une autre question peut être également soulevée et qui est relative à l’action du Conseil de
sécurité et de ses pouvoirs en vertu d’autres articles de la charte. Autrement dit, les pouvoirs du
Conseil de sécurité selon l’article 94, 2 soit-ils complémentaires ou uniquement une particularité,
constituant une limitation à ses pouvoirs en vertu d’autres articles ?

Face à cette question ; il convient d’indiquer que le Conseil de sécurité ne peut statuer de
nouveau sur les aspects du litige déjà décidés par la Cour. Toute fois, afin de se rapprocher d’un
règlement d’un litige, le Conseil peut traiter l’affaire est une base plus large que la Cour « dont la
mission est régler conformément au droit international les différends qui lui sont soumis. (Statut,
article 38).

Ainsi on peut supposer qu’il est invraisemblable que le Conseil de Sécurité fasse volontairement
en sorte de détruire l’autorité de la Cour mais dans une affaire exceptionnelle, il se peut que le
Conseil de Sécurité puisse même être capable de la sauver des résultats d’une décision que l’on
pourrait regarder comme précipité.

Par ailleurs l’article 94 indique nettement que seule la partie gagnante doit prendre l’initiative
pour saisir le Conseil de Sécurité alors que dans le système de la Pacte n’importe quelle partie à
un procès peut s’adresser au Conseil de la société. Seulement la non exécution d’un jugement
rendu par la Cour peut se trouver dans l’une des situations envisagées par les articles 33, 34, 35
ou 39 de la charte où le droit de saisir le Conseil d’une affaire n’est pas restreint aux Parties mais
appartient aux autres Etats et aux autres organes des Nations Unies.

49
En effet cette solution est tout à fait justifiée car il faut noter avec E. HAMBRO que : « rien ne
peut être plus dangereux pour la communauté internationale que les sentences qui restent lettre
morte ». 19

En définitive l’effet des décisions de la CIJ pose d’une part le contenu de leur de leur caractère
exécutoire et d’autre part la mise en œuvre de mécanisme d’exécution forcée en cas de refus de se
conformer au jugement rendu.

La première idée me semble être sans difficulté majeurs car résultant d’un principe bien établi.

Alors que la seconde pose plus de problèmes qu’on ne peut apporter de réponses. En effet le
problème d’exécution forcée des décisions de la CIJ se fait remarquer par l’indécision pour tout
ce qui touche les Etats. La notion de souveraineté domine et limite de manière considérable la
mise en œuvre de tels mécanismes.

Au bénéfice de ces observations, il importe de souligner qu’on peut noter une telle collaboration
des organes des Nations Unies dans le but de favoriser, voir de privilégier le règlement pacifique
des différends entre Etats.

Toute fois cette collaboration n’est pas sans soulever de difficultés notamment entre le Conseil de
Sécurité et la Cour en ce qui concerne certains différends hybrides voir politico juridiques.

Seulement cette difficulté semble être transcendée par la Cour qui occupe aujourd’hui une place
notoire dans le système général de maintien de la paix institué par la charte des Nations Unies. En
effet eu égard à de nombreuses études récentes en matière de règlement des différends
internationaux, la Cour n’a été autant sollicitée que maintenant.

Ainsi nous allons essayer d’examiner la situation actuelle de la CIJ afin d’analyser le bilan de son
activité avant de formuler quelques remarques d’ordre prospectif.

Autrement dit cette deuxième partie nous permettra d’examiner le bilan de la Cour mais
également ses perspectives d’avenir.

19
E. HAMBRO, l’exécution des sentences internationales, liège, Vaillant- Garmanne, 1936, p. 70.

50
DEUXIEME PARTIE : BILAN ET
PERSPECTIVES D’AVENIR DE LA CIJ

Les obstacles successifs rencontrés par le Tribunal Pénal International chargé de juger les crimes
commis en Ex-yougoslavie, témoignent des difficultés qu’éprouvent les juges internationaux à
remplir efficacement leurs missions face à la résistance des Etats souverains. Pour la même raison
la CIJ, organe judiciaire de l’ONU, a difficilement réussi à jouer un rôle à la mesure des
problèmes mondiaux.

51
Déjà à la fin de la première décennie de la vie de la Cour, le sentiment ambiant de crise qui se
manifeste par la réticence des Etats à l’égard du règlement judiciaire international des différends
a été universellement déploré.

Ainsi, Sir H. Waldock dans son article évocateur « The décline of the optional clause » tire la
sonnette d’alarme en relevant la désaffection vis à vis de la Cour pour des raisons diverses. En
effet, la crise s’explique d’abord par le refus systématique des Etats de l’ancien bloc socialiste de
se soumettre à la juridiction de la Cour étant donné leur vision absolue de la souveraineté et leur
scepticisme quant ’à la neutralité des hommes et des instructions.

Ensuite à la suite des Etats socialistes, certains occidentaux ont également manifesté leur
méfiance à l’encontre de la CIJ par un retrait de leur déclaration de juridiction obligatoire ou par
l’explosion de réserves attachées à celle-ci c’est le cas de la France et des USA.

Enfin, la crise est beaucoup plus perçue à travers les paradigmes de la méfiance des nouveaux
Etats indépendants vis à vis de la Cour.

Toutefois ces difficultés semblent être aujourd’hui dissipés par la Cour qui occupe une place non
négligeable dans le système de maintien de la Paix. Avant d’analyser ses perspectives d’avenir
qui deviennent de nos jours une préoccupation majeure de la plupart des internationalistes
(Chapitre II), il convient d’examiner d’abord le bilan de son activité (Chapitre I).

Chapitre I : LE BILAN MITIGE DE L’ACTIVITE DE LA CIJ

La Cour internationale de justice a aujourd’hui soixante ans. Cet age présenté comme l’age du
déclin et de la vieillesse n’est pas de mise pour la CIJ. Cette dernière se porte bien mieux
aujourd’hui à soixante ans que lorsqu’elle en avait vingt ou trente.

En effet, jamais la Cour n’était apparue dans le passé aussi attrayante qu’elle ne l’est aujourd’hui.
Ainsi, on observe couramment qu’à aucun moment au cours de son histoire la Cour n’a été autant
sollicitée que maintenant.

Il convient donc selon nous d’établir le bilan de son activité durant ce quart de siècle et plus.

Ce bilan qui est selon nous contradictoire, présente en effet la contribution de la Cour à la
prévention des conflits entre Etats par le règlement pacifique des différends de la Paix (section 1).

Toutefois cette spectaculaire prépondérance de la Cour ne doit pas faire oublier l’existence d’un
certain membre de limites qui fait obstacle à la réalisation efficace de sa mission (secton2)

52
Section I : La contribution de la CIJ à l’apaisement des tensions internationales.

La Cour, organe judiciaire des Nations Unies a véritablement participé à l’apaisement des conflits
entre les Nations. Ainsi, la Cour a réussi à imposer le droit comme moyen de règlement des
différends et à propulser la force dans les relations internationales (Paragraphe 1).

De plus, la Cour a également participé au développement du droit international à travers la


richesse de sa jurisprudence (Paragraphe2).

Paragraphe 1 : La contribution de la Cour à la primauté du droit dans les


relations internationales.

Depuis sa création en 1946, la Cour internationale de justice s’est pleinement imposée. Comme
en témoigne le nombre croissant d’affaires portées à sa juridiction, notamment depuis la fin de
l’affrontement Est-ouest. En effet, la Cour contribue au règlement pacifique des différends
internationaux pour mettre en œuvre le premier but des Nations Unies qui est de réaliser par des
moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international,
l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations de caractère international susceptibles
de mener à une rupture de la paix.

Ainsi, la Cour a été souvent appelée à connaître des différends qui s’ils n’étaient pas réglés
pourraient mener à une rupture de la Paix. De même la Cour a pu connaître d’affaires qui avaient
donné lieu à des hostilités mais malgré cela les différends ont été réglés sans susciter de nouvelles
hostilités et demeurent régler à ce jour. Le règlement du différend voire du douloureux
contentieux entre la Libye et le Tchad s’est révélé exemplaire. Dans cette décision dite de la
« bande d’Aouzou », la Cour a décidé à une majorité écrasante que le territoire contesté
appartient entièrement au Tchad et que la Libye avait eu tort de l’occuper en prétendant y exercer
sa souveraineté territoriale.

Il faut noter toutefois que la Cour n’était pas confrontée à un petit différend à caractère marginal
et ce même si le territoire en discussion est une tranche de quelques 114.000 km2 d’un désert
parmi les plus pauvres. Seulement pour ce bout de désert des guerres meurtrières avaient été
combattues avec acharnement, y compris avec l’intervention de puissances étrangères d’autres
continents ; des médiations avaient été déployées mais sans succès.

De plus l’arrêt a été effectivement exécuté sous la mise en branle de tout le dispositif des mesures
musclées de contrainte que le conseil de sécurité pouvait, en vertu des dispositions de la charte

53
(Art.94.2) appliquer. Ainsi, deux mois après l’arrêt, le 4 avril 1994 la Libye et le Tchad
concluaient un accord dans le but de mettre en œuvre la décision de la Cour par lequel étaient
fixées les modalités du retrait libyen de la « Bande d’Aozou » : un retrait qui se fera sous le
contrôle d’observateurs de l’ONU. Et c’est en présence de ceux-ci que le territoire en question a
été entièrement remis en mains tchadiennes, la Libye en ayant achevé l’évacuation le 31 mai
1994.On peut également noté dans une autre affaire beaucoup plus vieille, la contribution
décisive de la Cour au rétablissement de la Paix. Alors que de graves incidents venaient
d’opposer les forces armées du Burkina et du Mali relativement à leurs différends frontaliers, la
Cour avait pris une ordonnance, qui incitait les deux parties au strict respect du cessez-le-feu, et
qui a été suivie d’effets. Les deux exemples qui ne sont pas les seuls d’ailleurs montrent à
suffisance que la Cour est parfaitement à même, de remplir avec célérité et efficacité la mission
que la Charte lui confie en tant que rouage essentiel du système de maintien de la Paix qu’elle
organise, il suffit pour cela que les Etats lui vont confiance en lui donnant l’occasion de jouer ce
rôle qui est le sien.

Ainsi, l’une des façons très importantes dont la Cour remplie son rôle d’organe judiciaire
principal des nations Unies, c’est qu’elle intervient comme un facteur qui contribue au maintien
de la paix et de la sécurité internationale.

La Cour n’est désormais plus considérée comme « l’organe de dernier recours » dans le processus
de règlement des différends. Aussi, bien les Etats peuvent-ils s’adresser à la Cour tout en
recourant parallèlement à d’autres méthodes de règlement des différends.

Dans ces procédures de règlements des différends qui se combinent le recours à la Cour aide les
parties à clarifier leurs frontières. Les parties sont conduites à réduire la portée de leurs
prétentions politiques, parfois exagérées, et à transformer celle-ci en des demandes fondées sur
des arguments de faits et de droits. Ce processus est susceptible d’atténuer les tensions et de
conduire à une meilleure compréhension des réclamations opposées. C’est ainsi que la décision
fournit dans la plupart des cas aux parties les arguments juridiques qui peuvent leur servir pour
engager de nouvelles négociations et parvenir à la solution du litige. En effet, l’exemple le plus
récent d’affaire de ce genre dont la Cour a été saisie en 1996 et qui était relative à la frontière
terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigeria. La Cour par une décision du 10 octobre
2002 a décidé par treize voix contre trois, que, par application de la convention anglo-allemande
du 11 mars 1913, la souveraineté sur Bakassi est camerounaise. Cet arrêt obligatoire et définitif
pour les parties met ainsi en terme en droit au contentieux frontalier entre les deux pays.

54
Ces différentes décisions montrent que l’Afrique représente une source importante d’affaires pour
la Cour. Or il n’en était pas ainsi au paravent et surtout à la suite de l’affaire du Sud-Ouest
africain que certains ont appelé le « désastre de 1966 ». En effet, la grande critique adressée à la
Cour était qu’en exerçant sa compétence contentieuse, elle agissait comme un tribunal du 19 ième
siècle et non pas comme une partie intégrante des Nations Unies, dans la mouvance du droit
international contemporain.

Cependant aujourd’hui, son appartenance aux Nations Unies et son universalité sont non
seulement perceptibles au niveau de sa composition mais aussi à la diversité des parties aux
affaires qui lui sont soumises ou à la variété des questions sur lesquelles elle est appelée à rendre
une décision.

Ainsi, la Cour a rendu au cours de l’année 2001 plusieurs décisions concernant la région des
Grands lacs africains. Une première ordonnance est intervenue le 20 novembre 2001 dans le
différend opposant la République Démocratique du Congo contre l’Angola puis une demande en
indication de mesures conservatoires dirigées par la République Démocratique du Congo contre
le Rwanda.

A l’occasion de ces décisions, la Cour a rappelé aux parties qu’il existe une distinction
fondamentale entre la question de l’acceptation par un Etat de sa juridiction et celle de la
comptabilité de certains actes avec le droit international qui lui est une obligation qui relève
plutôt des dispositions de la charte.

D’autres affaires portées devant la Cour couvraient l’ensemble de la planète. Les affaires sont
liées à des événements ayant par ailleurs fait l’objet de discussions, de recommandations ou de
l’Assemblée générale ou de Conseil de sécurité.

C’est la cas par exemple des différends qui opposent la Jamahiriya arabe libyenne aux Etats
Unies et au Royaume- Uni à la suite de l’explosion d’un aéronef civil américain au dessus de
Lockerbie en Ecosse mais également de la Bosnie-Herzégovine et de la Croatie qui ont demandé
à la CIJ la condamnation de la Yougoslavie pour la violation de la convention de 1948 sur le
génocide.

Par ailleurs, il importe de souligner que ces considérations s’appliquent mutatis mutandis, à la
procédure consultative. Ainsi, longtemps sans évoluée, la procédure consultative a pris
véritablement de l’importance et on a pris aujourd’hui conscience de l’impact des airs consultatifs
en matière de maintien de la paix. En effet, une question juridique pertinente peut s’avérer être un
instrument efficace de diplomatie préventive ou contribuer, de façon substantielle, à la solution

55
d’un différend déjà né. Nombreux sont les avis qui ont eu des incidents politiques et
diplomatiques non négligeables. Or la voie consultative demeure sous-utilisée par rapport à la
voie contentieuse.

Gageons qu’une perception plus juste pour les membres de la communauté internationale tant
dans la nature de la mission assignée à la cour que des potentialités de la procédure consultative
aura tôt fait de relancer le recours à cette procédure, si fondamentale pour une communauté
internationale qui aspire à être régie par la primauté du droit.

S’inscrivant surtout dans cette perspective, la cour a interprété de manière autoritaire les
obligations juridiques qui s’imposent aux Etats-Unis en vertu de la charte. En effet, pour
contribuer à la réalisation des buts et principes de la charte, la cour a progressivement interprété
la Charte et aussi affermi l’organisation et à travers elle la communauté internationale toute
entière. Il faut relever à ce niveau que la cour a déterminé de manière précise la portée du
principe de l’interdiction du recours à la force. En effet, ce principe a été posé par l’article 2 §4
de la charte qui dispose que : « les membres de l’organisation s’abstiennent, dans leurs relations
internationales, de recevoir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique de tout état, soit de toute autre manière incompatible avec
les buts des nations unies »

Seulement la CIJ admet que l’expression posée par l’article 51 de la Charte qui est relative à la
légitime défense s’impose aujourd’hui comme hier (arrêt du 27 juin 1986, affaires des activités
militaires et paramilitaires au Nicaragua, Rec., p.94 et 102). Dans une autre affaire la cour estime
qu’elle : « ne saurait au demeurant perdre de vue le droit fondamental qu’a tout état à la survie, et
donc qu’il a de recourir à la légitime défense, conformément à l’article 51 de la charte, lorsque
cette survie est en cause » (avis du 7 juillet 1993, licéité de la menace et de l’emploi de l’arme
nucléaire, §96)

Cet avis est plus que nécessaire lorsqu’on sait les différentes interprétations que l’on a pu faire de
cet article 51 de la charte. L’application de ce dernier peut d’ailleurs poser de délicats problèmes
à la paix internationale. C’est pourquoi dans cette décision précitée du 27 juin 1986, la CIJ a eu,
pour la première fois, l’occasion de préciser le régime de la légitime défense en droit
international. L’apport de cette décision est double et concerne d’une part les conditions
nécessaires à l’exercice du droit de légitime défense et, d’autre part, ses modalités.

En ce qui concerne le premier point, la cour a mis l’accent sur l’exigence d’une agression armée :

56
« Dans le cas de la légitime défense individuelle, ce droit ne peut être exercé que si l’Etat
intéressé a été victime d’une agression armée. L’invocation de la légitime défense collective ne
change évidemment rien à cette situation. Elle a admis que l’envoi de bandes armées sur le
territoire d’un autre Etat peut constituer une agression armée s’il s’agit d’une opération de grande
ampleur mais que tel n’est pas le cas d’une simple assistance à des rebelles. De même, des
manœuvres militaires, ou l’envoi de fonds ou d’armements à des rebelles n’entrent pas dans cette
catégorie des actes d’agression. (Rec. p 118-119).

Quant aux modalités d’exercice de la légitime défense, la cour précise qu’ « ayant reconnu elle-
même l’existence de ce droit, la charte n’en réglemente pas directement la substance sous tous ses
aspects. Par exemple, elle ne comporte pas la règle spécifique selon laquelle la légitime défense
ne justifierait que des mesures proportionnées à l’agression subie et nécessaire pour y mettre fin »
(Rec. P.94).

Ainsi, la cour tente de déterminer la légitime défense pour que son exercice ne soit plus considéré
comme une menace à la sécurité et à la paix de la communauté internationale.

En définitive, on peut nettement affirmer sans risque de se tromper que la CIJ, à travers sa
jurisprudence bien fournie a contribuée de manière décisive au maintien et au rétablissement de la
paix entre les parties.

Par ailleurs les décisions de la cour, quelque soit leur portée, peuvent avoir une influence au delà
des partis au différend et au delà des questions en litige. La cour a contribuée au développement
du droit international, à l émergence d’un système universel de droit international. Elle a aussi
réussie à faire progresser des principes du droit international qui régisse l’ensemble de la
communauté internationale.

Paragraphe2 : La participation de la Cour à l’émergence d’un système


universel de droit international.

Il faudra indiquer d’emblée que le droit international a surtout considérer comme un droit
occidental pour les pays de l’est et comme un droit colonial pour les pays colonisés. Ainsi on
peut observer qu’il y’ a absence de confiance, moins dans le juge que dans le droit international.

Certains avaient alors estimé qu’il faudrait encore beaucoup de temps pour faire accepter le règne
du droit dans la société internationale.

57
Pendant cette période les pays en voie de développement rejetaient le droit international qu’ils
considéraient comme un droit fondé sur les rapports de force et destiné à servir non pas les
intérêts de la communauté internationale toute entière mais une partie seulement de celle ci.

Face à cette situation on ne peut plus délicate, la cour a réussi à élaborer un droit international
unique applicable à l’ensemble de la communauté internationale.

En effet, la Cour a su transcender les différences nationales, politiques et culturelles entre les
Etats pour développer des procédures d’instruction et de jugement unanimement reconnues et
acceptées. Les juges de la CIJ ont su avant tout faire adopter une lecture commune de la règle
internationale.

Nul n’est sans le savoir que le droit est le cadre juridique des relations internationales. Il fonde
non seulement les relations des Etats considérés comme des sujets « primaires » ou
« nécessaires » mais également limite leurs actions lorsqu’elles sont en marge de ce droit
universel.

La Cour, par la nature du droit qu’elle applique est plus que tout autre institution judiciaire à
l’abri d’une application aveugle de la loi. Tout en étant suffisamment précis pour offrir aux
justiciables toute la sécurité juridique à laquelle ils inspirent légitimement, le droit international
demeure simultanément, par essence, un droit souple et ouvert.

Comme organe intégré du système de maintien de la paix établi par la Charte, la Cour ne perd
jamais de vue cet objectif ultime. Ainsi, l’importante démarche récemment faite par la Haute
juridiction en direction des parties dans l’affaire de la délimitation maritime et des questions
territoriales entre Qatar et Bahreïn est le témoignage indéniable de la politique judiciaire
dynamique et responsable que mène la Cour, inspiré par le souci constant qu’elle a de dire le
droit dans l’intérêt de la paix. Enfin, la composition virtuellement universelle de la Cour, au sein
de laquelle doit être équitablement représentés les grandes formes de civilisations et les
principaux systèmes juridiques du monde, conformément à l’article 9 de son Statut.

C’est pour cela d’ailleurs que malgré les nombreux projets de codification de la commission de
droit international, la Cour continue parallèlement d’apporter des clarifications à ce droit quelque
peu ambigu. En effet, le droit international saurait progresser par des constructions doctrinales
abstraites ou par des systématisations partiale, partielle et parcellaire. Il lui faut trouver un point
d’équilibre entre ce qui est juridiquement souhaitable et ce qui est politiquement acceptable. Et il
appartient à la Cour de jouer un rôle on ne peut plus éminent à ce niveau.

58
L’œuvre accomplie par la Cour mondiale peut se mesurer au fait que, de nos jours, il est
considéré comme acquis que des juridictions internationales permanentes pensent fonctionner de
façon effective. Ce qui avait été l’idéal du mouvement de la paix, à l’aube du XX e siècle est
devenu une réalité à son crépuscule, car il a été démontré et accepté que la Cour mondiale puisse
contribuer de façon décisive au développement d’un droit universellement reconnu.

C’est pour cela qu’on peut aujourd’hui reconnaître l’apport non négligeable de la CIJ dans
plusieurs branches du droit international.

Ainsi, c’est dans le cadre du règlement pacifique des différends que la Cour tente d’éclaircir
certaines règles de la mer, du droit de l’environnement, du développement durable…. Cette
interprétation du juge de la Haute Cour donne à la disposition généralement conventionnelle une
plus grande autorité voire une certaine légitimité.

En ce qui concerne le droit de la mer, faudra t-on indiquer que l’intension des compétences des
Etats en haute mer et le développement des techniques en ont fait un des problèmes territoriaux
majeur des toutes dernières années.

Les solutions retenues et qui consiste à des délimitations maritimes fondées sur des principes
équitables sont le fruit d’une longue évolution dans laquelle la Cour à jouer un rôle non
négligeable.

D’une part la Cour a contribué au développement du droit des délimitations des mers territoriales
et d’autre part elle a également eut une influence non moins importante dans la régulation des
activités maritimes notamment en ce qui concerne la liberté des mers.

En ce qui concerne la délimitation des mers territoriales, il convient d’indiquer que l’affaire des
pêcheries norvégiennes20 a apporté des éléments importants dans le domaine du droit de la mer.
En effet, dans cette affaire la Cour estime que tout Etat a le droit de délimiter extérieurement sa
mer territoriale par une ligne parallèle à la ligne de base, ce qui a été consacré par l’article 4 de la
convention de 1982 sur le droit de la mer.

Alors qu’en ce qui concerne la délimitation de la zone économique exclusive, la Cour a


également établi de manière progressive une jurisprudence qui fait aujourd’hui autorité et qu’elle
a définitivement mis au point dans l’affaire opposant le Qatar au Bahreïn21.

20
CIJ, 18 dec 1951, Rec. 1951

21
CIJ, Arrêt, 16 mars 2001

59
En outre le droit de liberté des mers qui est un des principes coutumiers du droit international
maritime a été clairement consacré par la CIJ dans sa fameuse affaire du Détroit de corfou. Dans
cette affaire la consacré le droit de passage innocent aux navires de guerre qu’aux bâtiments de
commerce22. De même dans l’affaire des activités militaires et paramilitaires au Nicaragua, la CIJ
a également rappelé le caractère coutumier du droit de passage innocent dans les eaux
territoriales23.

Ces exemples montrent que la Cour a contribué de manière décisive dans l’évolution du droit de
la mer. D’ailleurs plusieurs centaines de frontières maritimes restent à fixer de par le monde et si
la plupart seront déterminées par négociation entre les Etats, il restera des cas difficiles ou le
recours au juge est incontournable.

Notons certes que la CIJ ne dispose pas en ce domaine d’un monopole car les Etats saisissent
parfois un arbitre international. De même un nouveau Tribunal sur le droit de la mer a été créée
par la Convention de Montego Bay et a commencé à fonctionner à hambourg.

Il faudra indiquer qu’un grand nombre de différends interétatiques qui portent sur la délimitation
maritime ne saurait relever de ce tribunal et demeure sans aucun doute du ressort de la CIJ. Celle-
ci reste la seule juridiction à compétence universelle susceptible de traiter tous les litiges touchant
à la mer et aux activités exercées en mer.

En plus de cette contribution dans le développement du droit de la mer, la Cour a participé de


manière significative à l’affirmation d’un droit international de l’environnement. En effet la CIJ
est toujours prudente quand elle doit trancher les différends entre Etats mais elle a eu
relativement tôt des préoccupations concernant les problèmes de l’environnement. C’est ainsi que
dans son arrêt du 18 décembre 1951 précité, la Cour constate que : « l’utilisation des ressources
naturelles de la mer et la protection de l’environnement marin soulèvent aujourd’hui comme hier
des difficultés entre les Etats côtiers et les Etats tiers se livrant à des activités diverses notamment
le commerce ».

Toutefois c’est l’avis consultatif rendu en 1996 concernant la licéité de l’utilisation de l’arme
nucléaire qui montre par conséquent que la haute juridiction a apporté ses différentes pierres à la
construction de l’édifice du droit international de l’environnement. Dans cet avis consultatif, la

22
Cet arrêt date du 9 avril 1949, n’a d’ailleurs été esseulé que récemment par un accord conclu en 1992 entre
l’Albanie et le Royaume Uni. Or la Cour avait fixé le montant des réparations dues par l’Albanie au Royaume Uni à
344.000 livres sterling
23
CIJ, arrêt précité

60
Cour a presque repris divers principes déjà consacrés dans l’affaire des essais nucléaires de 1974
pour dire simplement que la CIJ porte une grande attention à la dégradation de l’environnement.

Et c’est par la fameuse décision Gabcikovo-Nagymaros que la Cour a posé ces principes
particulièrement nécessaires pour endiguer les différentes menaces sur l’environnement. Elle
constate en effet que : « la Cour est consciente de ce que l’environnement est menacé jour après
jour, elle a également conscience que l’environnement n’est pas une abstraction mais bien
l’espace ou vivent les êtres humains et dont dépendent la qualité de leur vie et de leur santé, y
compris pour la génération à venir ».

En outre la cour consacre dans cette affaire le principe conceptuel du développement durable en
estimant que : « le développement durable traduit bien cette nécessité de concilier développement
économique et protection de l’environnement ».

La Cour devait en effet concilier les nécessités du développement de la Slovaquie surtout en


besoin d’électricité et les préoccupations écologiques de la Hongrie.

La Cour bien que ne consacrant le principe de précaution toujours dans cette même affaire
précise que : « dans le domaine de la protection de l’environnement, la vigilance et la prévention
s’impose en raison du caractère souvent irréversible des dommages causés à l’environnement et
des limites inhérentes au mécanisme de réparation de ce type de dommage ».

Alors que dans le paragraphe 53 de son arrêt, la Cour note que ; « l’obligation générale qu’ont les
Etats de veiller à ce que les activités exercées dans les limites de leur juridiction ou sous leur
contrôle respectent l’environnement dans d’autres Etats ou dans des zones ne relevant d’aucune
juridiction nationale fait maintenant partie du corps de règles du droit international de
l’environnement ».

Ces considérations témoignent tout simplement la préoccupation de la Cour quant aux questions
environnementales. Et depuis 1993, la Haute juridiction a constitué en son sein une chambre
spéciale, compétente en matière d’environnement ce qui confirme la volonté de la CIJ au
développement et à l’affirmation du droit international de l’environnement.

D’une manière générale le développement de nombreuses branches du droit international par la


jurisprudence de la CIJ est aujourd’hui incontestable bien que certains nient l’apport du juge dans
l’élaboration des règles et principes de droit international.

Selon le juge Anzilotti, les tribunaux internationaux ont une fonction quasi légiférant et il
constate que : « l’agent de formation de ces règles de droit est précisément le juge qui, le premier,

61
en fait l’usage en droit international (…) le juge international, statuant sur la base de principes
généraux qui n’ont pas encore de valeur obligatoire en droit international, fait œuvre de
législateur »24.

Un constat similaire peut être lu par exemple chez Cahier qui pense que : « on ne saurait sous-
évaluer, un rôle de la jurisprudence comme source créatrice du droit. En premier lieu, (…) le juge
n’applique pas mécaniquement la règle coutumière, bien au contraire, il doit, la plupart du temps,
préciser son contenu lui donner une forme. (…) en deuxième lieu, et bien que la Cour s’en
défende, il arrive au juge de créer le droit. (…) en troisième lieu, la jurisprudence est une source
importante du droit international dans le domaine ou le droit est en formation comme dans celui
de la délimitation des frontières maritimes entre Etats »25.

Seulement il convient de souligner que la Cour a constamment évité de franchir la limite qui
sépare l’interprétation constructive du droit de ce qui serait la révision de celui-ci car elle doit
assurer l’interprétation du droit pour le compte de l’ensemble de la communauté internationale.

On peut également ajouter ce que le juge Bedjaoui a joliment décrit ainsi : «dans ce processus
permanent, la dose discrète d’opportunité laissée parfois au juge est comme une petite noisette de
levure qui fait lever le progrès juridique »26.

En définitive le droit international est l’héritage commun que nous avons reçu du XIX ième et du
XXième siècle mais que son évolution et son développement sont largement tributaires de la
jurisprudence de la Cour internationale de justice.

Cependant cette vitalité de la CIJ n’est pas sans poser de difficultés que nous avons considérées
comme des limites à la contribution de la CIJ au maintien de la paix.

Section 2 : Les obstacles à la contribution de la CIJ au maintien de la paix

La Cour rencontre d’énormes difficultés dans l’accomplissement de sa mission tout à fait unique
au service de la paix. La fécondité de l’œuvre de la cour tout au long du demi siècle écoulé, et le

24
Cité par P.M Dupuy : le juge et la règle générale RGDIP 1989/3 p.571
25
Cahier, PH : cours général de droit international public RCADI 1985/VI (195) p.243-244
26
Bedjaoui, M. : l’opportunité dans les décisions de la Cour internationale de justice p.583.

62
regain très visible d’intérêt, dont celle-ci a bénéficié au cours des dernières années, ne sauraient
en effet faire oublier les contraintes de son action.

Ces obstacles, ces limites, ces contraintes sont d’une part relatives au système juridique
international (§.1) et d’autre part elles découlent de l’insuffisance des moyens mis à la disposition
de la cour (§.2).

Paragraphe1 : Les limites relatives à l’incohérence de l’ordre juridique


international

La caractéristique de ces limites est que la cour n’a pas de prise sur celles-ci mais elles tiennent
d’une part à l’essence même de l’office du et d’autre part à celle de la société au seuil de laquelle
le juge agit.

Le ministre du juge consiste à restaurer la paix sociale dans les rapports entre les justiciables en
appliquant la règle de droit cette dernière est un facteur de stabilité et cohésion sociale. Ainsi le
droit est un instrument d’ordonnancement des relations entre les diverses composantes d’une
société en vue de réalisation du but recherché et compte tenu du système de valeur changeant
cette société. L’office du juge se limite par conséquent à l’édification d’une société juste.

Toute fois le caractère d’adaptabilité de la règle, fondement de son effectivité connaît plusieurs
insuffisances.

Plusieurs tensions menacent l’ordre social, mais du point de vue de leur nature échappent
généralement à une application de la règle de droit. Autrement dit à cause de sa dimension
instrumentale, le droit ne peut prétendre saisir l’ensemble du réel et même les sociétés les plus
avancées ne peuvent être totalement « juridicisées ». Ces considérations limitent véritablement le
traitement judiciaire dans litiges qui peuvent survenir. L’office pacificateur du juge trouve ainsi
sa première limite dans celle-là même qui s’impose à la pénétration du droit les apports sociaux
et à son effectivité. Le droit occupe une place non négligeable dans les sociétés humaines.
Seulement il ne faut pas perdre de vue que le droit s’inscrit dans un milieu social donné, avec ses
impératifs éthiques ainsi que de ses facteurs politiques, économiques, culturels…. Les difficultés
liées à l’intervention du juge sont ainsi largement tributaires au contexte social déterminé.

Pour ce qui concerne l’ordre international, le tissu social est moins imprégné de droit comme
dans les ordres internes. En effet, il n’est pas facile de concevoir que des entités, qui se veulent
« souverains par-dessus tout », doivent, ou même puissent, se soumettre au droit et voient leur
liberté d’action limitée par lui. Dans la société internationale, coexistent des entités égales, ayant

63
les mêmes prétentions à l’exercice dune souveraineté absolue. Autrement dit, la société
internationale étant moins intégrée, les rapports juridiques sont plus rugueux.
« L’horizontalisme » habite cette société issue de la juxtaposition des souverainetés étatiques.
Selon G.BURDEAU27, c’est l’Etat qui fait obstacle à la formation d’une véritable société
internationale et qui retarde la naissance d’une idée de droit international. Il estime ensuite que :
« l’erreur fondamentale, vient de ce que ce que l’on croit pouvoir faire de la société internationale
une société d’Etats, alors qu’il ne peut y avoir que des sociétés d’hommes ». A défaut d’un
pouvoir législatif universel, qui poserait par voie générale, les règles correspondant aux besoins
réconciliés de tous les acteurs de la vie internationale, le droit des gens continu d’être le produit
direct de ses sujets, chacun gardant, à travers le volontarisme, la maîtrise de la part de ce droit
dont il accepterait l’application à lui-même. Cette situation singulière, où le créateur de la règle
de droit en est aussi le destinataire immédiat, est moins propice au développement d’un système
juridique équilibré que ce soit du point de vue de son étendue normative ou du contenu matériel
de ses règles. Cette situation explique le caractère fragmentaire du droit international et se
manifeste par le fait que lorsqu’une question est règlementée, il est rare que l’obligation lie la
collectivité tout entière.

Cette insuffisance du droit international découle de son absence d’autorité que certains
considèrent comme un caractère spécifique de ce droit .Ainsi le droit international constitue un
droit de coordination,qui se borne à favoriser la coopération entre les Etats alors que l’ordre
interne est fondé sur la subordination . Seulement l’exigence démocratique voudrait que le
consentement des intéressés soit nécessaire pour poser la règle de droit, mais il ne doit pas être
requis au moment de son application si on ne veut pas lui accorder la valeur d’une simple
recommandation.

Voilà donc une difficulté et un défi supplémentaire pour le juge international, dont l’œuvre au
service de la paix est entièrement tributaire de l’application de ce droit. Ce handicap dont souffre
la fonction judiciaire internationale investit le juge d’un rôle social tout à fait spécifique. En effet,
dès lors que les sujets du droit des gens sont concurremment les créateurs et les destinataires des
règles de ce droit, il leur revient, dans la toute grande majorité des cas, d’interpréter et
d’appliquer eux-mêmes ces règles. La soumission à un tiers des différends juridiques qui les
opposent revêt dans ces conditions un caractère assez inhabituel. Lorsque le juge international est
appelé à trancher de tels différends, sa décision acquiert une autorité non négligeable. Bien que

27
G. BURDEAU, « idée de droit international », Traité de science politique, tome1, JGDJ, 3éed.pp.

64
ne liant que les parties en litige, la décision rendue intense d’une manière ou d’autre l’ensemble
des acteurs sur la scène international. Cela reste vrai même dans une phase d’extension du
recours au juge international telle que la CIJ la reconnaît à l’heure actuelle.

Il appartient à la Cour maintenant usant de son autorité incontestable de confirmer véritablement


l’existence d’une communauté internationale régie par le droit. Or ce droit malgré quelques
imperfections est indéniablement reconnu par les Etats. En effet, un système juridique n’est pas
une abstraction, il se modèle sur les caractères de l’ensemble qu’il doit régir. Or si le droit
international n’apparaît pas comme un droit de subordination, on peut très bien le présenter
comme un droit de coordination entre des entités indépendantes qui sont à la fois « créateurs » et
« sujets » de droit.

Le développement du droit international se fera dès lors suivant un modèle original qui nécessite
la participation effective du juge.

Toute fois force est de constater qu’il existe dans le champ d’application de ce droit des
contrastes assez remarquables de densité normative. Que le droit international comporte des
lacunes ou seulement des incertitudes, il est indéniable que ces faiblesses de l’instrument sont
aussi nécessairement celles de celui qui est appelé à sans servir même elles peuvent au demeurant
faire la grandeur de son office. Ainsi les zones d’ombre du droit international peuvent affecter
des domaines particulièrement sensibles pour la paix et l’avenir du monde. La CIJ a vécu très
concrètement l’expérience angoissante de ces zones d’ombre lorsqu’elle a procédé à l’examen de
la question de la Licéité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires à la demande de
l’Assemblée générale de l’ONU. Or si les imperfections d’un ordre juridique peuvent rendre
acceptable voire appeler une plus grande souplesse dans l’interprétation et l’application de la
règle de droit par le juge, celui-ci ne peut pour autant se substituer au législateur. C’est ce que la
Cour a rappelé en des termes dépourvus de toute ambiguïté dans l’avis consultatif qu’elle a donné
sur la question à laquelle nous venons de nous référer.

La Cour dit le droit existant mais ne légifère point même si en appliquant le droit elle doit
nécessairement en préciser la portée et, en constater l’évolution. C’est dans cette perspective que
sont nées les principes généraux de droit car la représentation de la CIJ est fondée sur « les
grandes formes de civilisation et des principaux systèmes juridiques du monde ».

Nombreux sont les systèmes de droit qui font obligation au juge de statuer quand la loi est
silencieuse ou obscure, tout en lui interdisant de légiférer. La loi ne peut par définition tout
prévoir. L’office du juge consiste précisément à mettre la loi en action en pénétrant dans son

65
esprit, en appliquant, avec discernement et sagesse, les préceptes généraux aux éventualités
particulières, et en y suppléant, dans les cas qu’elle n’a pas réglés, par voie d’interprétation
doctrinale. L’administration de la justice serait à l’évidence impossible si le juge devait s’abstenir
de se prononcer chaque fois que la loi est obscure ou incomplète. En revanche ce qui est interdit
au juge est d’interpréter par voie d’autorité c’est-à-dire de créer une norme nouvelle pour
répondre aux doutes essentiels voire au vide juridique. Le pouvoir créateur du juge, tel qu’il
s’exprime dans la fonction jurisprudentielle, et dépendant à l’égard des diverses sources formelles
du droit. On a parfois dit que le juge doit suppléer aux insuffisances de la loi mais ne saurait
combler les lacunes du droit. C’est une tâche qui nous semble être délicate dans la mesure où
même en ce qui concerne les principes généraux de droit la constatation opérée par le juge est en
réalité largement créatrice.

Lorsque le droit lui-même ne permet pas de répondre, en tout ou en partie, à la question qui est
soumise au juge, la mission de celui-ci consiste et se limite à constater cet état de choses, quelque
décevant que cela puisse paraître.

Par la structure même de la société internationale, seule les Etats, dans une conception haute et
responsable de leur souveraineté, peuvent porter remède à une telle situation en accélérant la
construction du droit international. Il appartiendra de ce fait aux Etats de perfectionner et
d’élargir les bases juridiques de la mission de la Haute Juridiction.

Par ailleurs pour évaluer à sa juste mesure la contribution du juge à la paix sociale, il ne suffit pas
de prendre en considération les potentialités ou les limites de la règle de droit qu’il a la charge
d’appliquer. Il est en effet d’autres éléments caractéristiques de la fonction judiciaire qui n’en
sont pas moins fondamentaux. Autrement dit quel que soit l’ordre juridique considéré, le juge ne
peut agir que sur la base d’une requête ;et il n’intervient,en règle générale qu’a posteriori .

le juge ne se saisit jamais, il est toujours saisi .Si tel est le principe,la facilité avec laquelle le juge
peut être saisi ainsi que les effet de cette saisine,varient d’un ordre juridique à un autre .

Ici encore, dans les sociétés hautement intégrées, l’accès au juge est quasi-automatique. Non
seulement le juge est a priori compétent, mais les intérêts de la société comme telle viennent à
être mise en cause,celle-ci dispose de moyens adéquats pour engager le processus restaurateur en
procédant elle-même par le biais de l’action publique,à la saisine du juge .

Ces considérations ne sont cependant pas transposables dans l’ordre international. Le respect de
la souveraineté des Etat trouve son écho dans le principe cardinal du consensualisme.

66
Comme nous l’avons vu dans la première partie de cette étude, aucun Etat ne peut être soumis au
verdict du juge s’il ne l’a préalablement accepté. On ne peut dès lors attendre de la CIJ qu’elle
connaisse de l’ensemble des différends susceptibles de menacer la paix et la sécurité
internationales : la Cour peut ne se prononcer qu’à la demande et avec l’accord des parties
intéressées. Cet obstacle découlant du système juridique international entrave l’action de la Cour.
Des progrès devraient être réalisés à ce niveau. Ils passent sans doute par une approche plus
permissive de la compétence de la Cour, par un moindre usage des exceptions préliminaires par
les Etats engagés dans une procédure, par une conception moins laxiste du consensualisme
étatique, enfin par une perception plus claire par tous les Etats des avantages qu’ils peuvent
retirer en commun de la soumission de leurs différends à la Cour. L’essentiel est donc que
s’affirme la volonté politique de lui porter un regard neuf plus empreint de réalisme : c’est le prix
à payer que la Cour retrouve dans les affaires du monde la place originale qu’avait entendu lui
donner les rédacteurs de la charte.

Par ailleurs, alors que dans les sociétés « verticales », le prononcé du juge est non seulement
obligatoire mais aussi exécutoire, dans l’ordre juridique international l’absence de pouvoir
exécutif laisse au justiciable eux-mêmes le soin d’assurer le respect des décisions du justice.
Cette difficulté que nous avons déjà évoquée n’est pas pour le moment non négligeable dans la
mesure où les arrêts de la Cour ont, par le passé, presque toujours été scrupuleusement respectés.

Il n’en demeure pas moins que les limites formelles posées à la saisine du juge international et
l’exécution de ses prononcés qui rendent sa tache d’autant plus ardue lorsqu’il est appelé à agir
dans une situation de crise. Cela constitue encore une limite non moins importante de la
contribution de la Cour au maintien de la paix.

L’un des caractéristiques de la fonction judiciaire réside au fait que le juge est appelé plus à
guérir qu’à prévenir. De ce point de vue, l’office du juge est d’avantage de « rétablissement » que
de « maintien » de la paix ; son exercice s’en trouve rendu d’autant plus délicat que, comme c’est
le cas dans la société internationale, cet office ne s’intègre pas dans une structure dotée de
mécanisme d’exécution. A cet égard il convient une fois encore de souligner le caractère tout à
fait unique de la procédure consultative devant la CIJ, dont les vertus préventives n’ont plu à être
démontrées.

D’une manière générale la Cour rencontre des difficultés qui sont d’une part au droit applicable et
d’autre part à l’environnement auquel ce droit s’applique. Ces limites sont constantes et ne
pourraient en principe être levées qu’au prix d’une dénaturation de la fonction judiciaire ou d’une
mutation profonde de l’environnement politique dans le quel celle-ci s’exerce.

67
A côté de ces limites relatives au système juridique international, existe d’autres liés à
l’insuffisance des moyens mis à la disposition de la Cour dans l’exercice de sa fonction.

Paragraphe 2 : Les limites relatives à l’insuffisance des moyens mis à la


disposition de la CIJ

En sus des contraintes liées au système juridique international parce que inhérente à l’office du
juge ou à l’Etat actuel de la société internationale, celles qui ont trait aux moyens mis à la
disposition de la Cour pour lui permettre de remplir sa mission sont non moins notables.
L’ampleur de ces moyens est par nature dépendante de la « conjoncture », non seulement
économique mais également politique.

Les moyens alloués au juge varient en effet très nettement d’une société à l’autre selon
l’importance du rôle reconnu à celui-ci dans chacune d’elles et les ressources qui sont les siennes.
Le juge est, hélas, souvent le parent pauvre de nos sociétés et il arrive encore trop fréquemment
que seules des situations de crises mettant en lumière les indigences de l’appareil judiciaire ont
raison de la parcimonie de l’autorité budgétaire en son égard. Mais une justice ne saurait à
l’évidence être bonne que si elle bénéficie, sur une base permanente, des moyens minimums de
son action.

Il n’est pas usuel pour la Cour internationale de justice de faire état dans son rapport à
l’Assemblée générale des difficultés matérielles qu’elle rencontre dans la réalisation de ses
tâches. Alors que le nombre d’affaires inscrites au rôle de la Cour a augmenté de façon aussi
importante, la Cour n’a pas bénéficié d’une augmentation proportionnelle de ses ressources. Le
budget de la Cour a pour l’exercice biennal 2002-2003 a été porté à 11.436.000 Dollars US par
an, ce qui paraît être insuffisant vu le nombre d’affaires soumis à la Haute Juridiction. Cet état de
choses a pour résultat de prolonger la durée de la période qui sépare la fin de la procédure écrite
d’une affaire et le début de la procédure orale. C’est un lien commun, mais qui n’en est pas moins
vrai, de dire qu’une justice qui se fait attendre peut conduire à un déni de justice. Bien plus, ce ne
serait pas seulement la fonction de la Cour dans la solution des différends qui serait minée par des
délais aussi long, ce serait son rôle même dans la prévention et la solution des crises
internationales et dans le maintien de la paix.

Le comité consultatif par les questions administratives et budgétaires (CCQAB) en avait


d’ailleurs été conscient dès 1999 puisque qu’il a alors félicité la Cour « pour l’action qu’elle-
même pour faire face à l’accroissement de son volume de travail avec budget réduit » et qu’il

68
avait « recommandé de réexaminer le montant des ressources à mettre à la disposition de la Cour
pour qu’en dépit de l’augmentation spectaculaire du nombre d’affaire portées devant la Cour,
celle-ci puisse dûment s’acquitter de son mandant »(doc.A54/7).

Et le président de la Cour son Excellence Gilbert Guillaume estime a juste titre que : « le
développement actuel des contentieux explique cependant des augmentations d’effectifs
beaucoup plus importants. La Cour ne saurait, comme d’autres organes des Nations Unies,
adapter ses programmes à ses ressources. Ce sont ses ressources qui doivent être ajusté pour
répondre à l’attente légitime des Etats qui s’adressent à elle »28.

Il faudra rappeler que l’insuffisance des ressources est l’une des causes du retard dans le
traitement de certains dossiers. En effet le rythme des travaux dépend du rythme auquel peuvent
s’effectuer les traductions dans les langues officielles de la Cour, qui le français et l’anglais. Ce
rythme est directement affecté par le petit nombre de traducteurs permanents en service à la
Haye, et par le montant inscrit dans le budget de la Cour pour engager, pour des périodes de
courtes durées, des traducteurs et des interprètes. Si on fait un peut de comparaison avec d’autres
juridictions internationales, on peut nettement remarquer que le budget du tribunal pénal de l’Ex-
Yougoslavie a atteint prés de 100 millions de Dollars pour l’année 2000 soit dix fois de celui de
la Cour pour la même période.

Ce greffe de ce tribunal emploie prés de huit cent agents, alors que celui de la Cour ne dispose
que de soixante et un. Les tâches des deux juridictions ne sont certes, pas entièrement
comparables. Mais les chiffres démontrent à l’évidence que, lorsque les Etats ont la volonté de
soutenir l’action des juridictions internationales, ils en ont la possibilité.

Devant faire face à des dossiers dont certains atteignent 5000 à 7000 pages et siéger au cours
d’audiences prolongées qui sont parfois inévitables, les juges seraient en premier lieu dans
l’impossibilité de délibérer sur plus de deux ou trois affaires par an si une aide appropriée ne leur
était pas apportée. Dans la plupart des juridictions suprêmes nationales, des conseillers
référendaires assistent les magistrats en procédant notamment à des recherches de textes de
jurisprudence et doctrine nécessaires. Il en est de même dans la plupart des juridictions
internationales : Cour de Justice Européenne (où les juges disposent chacun de trois
référendaires), Cour européenne des Droits de l’Homme, Tribunal Pénal International pour l’Ex-

28
Discours de S.E Monsieur Gilbert Guillaume, président de la CIJ à l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 26
Octobre 2000.

69
Yougoslavie (où chaque juge bénéficie d’un référendaire). La même solution s’impose en ce qui
concerne la Cour internationale de Justice.

Le greffe, de son côté, ne saurait faire face à ces tâches sans un accroissement sensible de ses
effectifs. Plusieurs chefs de service n’ont pas de secrétaire et certains juges doivent se partager un
secrétaire. Le président lui-même, s’il dispose d’une secrétaire, ne bénéficie d’aucune autre
assistance administrative ou juridique.

La publication des volumes du Recueil de la Cour, et plus encore celle des Mémoires, Plaidoiries
et Documents, souffrent également des contraintes liées au petit nombre de fonctionnaires
affectés au service des impressions de la Cour. Or les crédits affectés aux publications selon le
président, ne peuvent être utilisés pour engager des personnels sur la base de contrats de courte
durée, qui pourrait préparer les publications en vue de leur impression, car ces crédits ne peuvent
être engagés que par les frais d’impression. La gravité de la situation contraint souvent la Cour à
faire part de ses difficultés d’ordre matériel à l’Assemblée Générale des Nations Unies, ce qui est
tout à fait normal puisque aux termes de l’article 33 du statut de la CIJ, « les frais de la Cour sont
supportés par les Nations Unies de la manière que l’Assemblée Générale décide ».

C’est également le président Gilbert Guillaume qui devant cette situation on ne peut plus délicate
estime que : « la justice dans nombre de pays, dispose de palais anciens et somptueux, mais ne
bénéficie pas toujours des moyens financiers nécessaires à son fonctionnement. Tel est le cas de
la CIJ. A vous de décider si la Cour organe judiciaire principal des Nations Unies, doit
progressivement mourir de langueur ou si vous lui donneriez les moyens de vivre »29.

Bien plus, les difficultés qui ralentissent le rythme de travail de la Cour ne sont pas imputables au
manque de personnels et de crédits. Il est certaines mesures que la Cour peut prendre dans le
cadre des contraintes qui s’exercent sur ses ressources actuelles, pour accélérer et diffuser les
documents concernant ses travaux. En effet au cours des dernières années, la Cour a revu à
plusieurs reprises sa procédure en vue d’accélérer le traitement des affaires dont le retard a été
maintes fois déploré.

La Cour a eu en premier lieu cherché à réduire la durée des procédures écrites et orales. Elle a
modifié à cet effet les articles 19 et 80 de son Règlement afin de hâter l’examen des exceptions
préliminaires et de clarifier les conditions dans lesquelles les demandes reconventionnelles sont
traitées. Elle a décidé d’appliquer plus strictement l’article 45 du même Règlement aux termes

29
Discours précité du 26 Octobre 2000.

70
duquel une seule série de pièce de procédure écrite doit être considérée comme la norme dans les
affaires introduites par requête. Elle a afin estimé nécessaire de limiter la durée des exposés oraux
conformément à l’article 60 du Règlement,en particulier en ce qui concerne le second tour de
plaidoirie.

La Cour a en outre diffusé à l’intention des parties un certain nombre d’instruction qui visent, là,
encore la quantité et la longueur des pièces de procédure et la durée des audiences. C’est ainsi
qu’elle invite les parties qui introduisent une affaire par compromis à éviter le dépôt simultané
d’écriture qui, souvent, allonge indûment la procédure et engendre une multiplication de
documents.

La Cour a par ailleurs décidé à titre expérimental de simplifier son propre délibéré. Elle a décidé
que lorsqu’elle aura à statuer sur deux affaires soulevant des questions de compétence ou de
recevabilité, elle pourra les entendre en succession immédiate, puis procéder à leur examen de
manière concurrente. Elle délibère désormais sans note écrite dans les procédures incidentes ou
les affaires simples. En outre, il a été convenu que dans les autres affaires, ces notes seront aussi
concises que possible.

Les mesures procédurales ainsi adoptées ne pourraient aboutir à des résultats qu’au prix d’un
accroissement supplémentaire des crédits accordés à la Cour. Ces efforts ne peuvent dès lors être
poursuivis que lorsque les autorités budgétaires pourront continuer à y concourir.

En revanche, il importe également de souligner la question relative au fond d’affectation spéciale


créer par le Secrétaire général des NATIONS –UNIES en 1989 en vue d’aider les Etats ne
pouvant faire face à toutes les dépenses encourues à l’occasion d’un procès devant la Cour. En
effet la justice doit être accessible à tous et, dans tous les systèmes de droit, il existe des
mécanismes plus ou moins satisfaisants permettant aux plus démunis de présenter leurs requêtes
au juge ou d’assurer leur défense. Il doit en être de même devant le juge international.

L’accès à la CIJ est certes gratuit. Toute fois la soumission d’un différend à la Cour n’est pas sans
occasionner diverses dépenses : honoraires des agents, conseils, avocats et experts ; préparation et
reproduction des mémoires et leurs annexes ainsi que des cartes géographiques ; frais afférant à la
procédure orale ; voire dans certains cas, des dépenses nécessaire à l’exécution d’un arrêt (par
exemple pour la démarcation d’une frontière fixée par la Cour).

Depuis sa création, le fond d’affectation spéciale institué par le Secrétaire général des
NATIONS-UNIES en vue d’aider les Etats les plus pauvres à faire face à ces dépenses a sans

71
aucun doute joué un rôle utile, mais ce rôle est demeuré limité. On peut noter plusieurs limites
quant à la portée véritable de ce fond d’affectation spéciale.

D’abord le statut du fond ne permet sa mise en œuvre que dans les affaires soumises à la Cour par
voie de compromis. Cette solution est beaucoup plus restrictive si on le compare avec l’exemple
fournis par les NATIONS-UNIES, pour le TIDM ou pour la CPA. Ainsi, il serait souhaitable que
le Fonds d’affectation spéciale de la CIJ puisse intervenir dans quelle qu’affaire que ce soit, dés
lors qu’il n’y a pas de contestation sur la compétence ou la recevabilité des requêtes ou que les
objections présentées ont été écartées. De même les dépenses susceptibles d’être financées sur le
Fonds devaient être élargies en vue d’aligner le texte concernant la Cour sur les autres textes
applicables.

Il faut noter également que depuis la création du Fonds peu d’Etats se sont adressés à lui compte
tenu de la complexité des procédures applicables.

Et enfin il faut souligner que le Fonds ne dispose pas de crédits suffisants du fait de la diminution
constatée tant en nombre qu’en montant de la contribution des Etats.

Par ailleurs cette situation matérielle de la Cour souvent déplorée devant l’Assemblée générale
des NATIONS-UNIES par les présidents de la Cour connaît cependant des tentatives de solutions
avec l’augmentation du budget de la Haute Juridiction. Et certains d’ ailleurs estimant que la
Cour ne devait pas montrer ses limites sous peine de perdre sa crédibilité au niveau des Etats.

Alors que le président Mohamed Bedjaoui pense que : « c’est le propre de toute institution
responsable que de s’interroger avec lucidité sur les limites posées à son action. Une telle
démarche est d’autant plus impérieuse pour une institution qui, telle l’institution judiciaire, joue
un rôle social de première importance : tous les bénéficiaires sont en droit de savoir, sans
ambiguïté aucune, ce qu’ils peuvent et ne peuvent en attendre30.

En somme pour que cet organe principal des NATIONS-UNIES puisse fonctionner avec toute
l’efficacité et la célérité voulues, il faut lui accorder les ressources nécessaires pour qu’elle puisse
ouvrer de façon rapide et intensive que l’exige le recours de plus en plus fréquent des Etats à sa
juridiction. Ces ressources seront de ce fait efficacement employées pour favoriser le règlement
des différends internationaux et contribuer ainsi à atteindre le premier but des NATIONS-UNIES.

30
Déclaration de M. Bedjaoui, président de la CIJ, faite en séance plénière de l’Assemblée générale de l’ONU à sa
cinquante unième session, le 15 octobre 1996.

72
Enfin l’affermissement de la place du droit et du juge dans cette société internationale par le
respect de l’œuvre déjà accomplie pour un développement d’une véritable communauté
internationale.

Certes, il est bon d’établir un bilan pour reconnaître les résultats satisfaisants qu’on a su réaliser
et les erreurs qu’on pu commettre, mais le regard doit être tourné vers le lendemain, de sorte que
la réflexion sur le passé et sur le présent devienne un outil de choix pour façonner un avenir
encore plus fructueux. Ainsi, pour La Cour les succès obtenus au bout d’un chemin souvent peu
aisé doivent l’amener à s’interroger sur son futur ; ceci non pas pour s’embarquer dans
d’improbables prophéties en regardant dans une boule cristal, mais pour envisager les mesures à
prendre au cas où les bas résultats d’aujourd’hui seraient en eux-mêmes, non annonciateurs de
prochaines difficultés plutôt que de perspectives radieuses.

CHAPITRE II : LES PERSPECTIVES D’AVENIR DE LA CIJ

La Cour internationale de Justice en tant qu’organe judiciaire des NATIONS UNIES, n’est
qu’une partie d’un tout, un simple rouage d’une machinerie complexe conçu conformément à un
cahier de charges précis. On pourrait penser que l’avenir de cet organe dépend naturellement de
celui de l’organisation. C’est là un raisonnement certes sage mais néanmoins simplificateur qu’il
convient de nuancer .En effet la Cour universelle est préoccupée par la restriction de sa
compétence due à la multiplication des juridictions spécialisées mais également à une certaine
désintégration du contentieux international (section 1). Cette situation dangereuse et
préoccupante appelle nécessairement des solutions appropriées.

Ainsi quelles qu’orientations d’avenir sont impératives pour permettre a la cour de s’adapter a la
situation présente et d’affirmer son autorité en tant qu’organe judiciaire principal des Nations
Unies (section 2)

Section 1 : Les Tendances actuelles à la restriction de la sphère de compétence de la


CIJ

Le XIX e siècle a été le développement de droit et de l’arbitrage international. La justice


internationale est née au XX siècle avec la cour permanente de justice internationale, devenue

73
en 1945 la Cour international de justice .Les tribunaux internationaux se sont multipli2s depuis
lors.

Ce phénomène n’est pas sans poser d’énormes problèmes et de risques .Autrement dit on note
aujourd’hui une tendance à la multiplication des instances juridictionnelles internationales
(paragraphe1) mais également une désintégration du droit et du contentieux international
(paragraphe2).

Paragraphe1 : La multiplication des instances juridictionnelles


internationales

Le phénomène de la multiplication des instances juridictionnelles internationales est peu ou prou


surprenante car on était apparemment fondé à croire que, dans la philosophie de la Charte de San
Francisco la Cour internationale de justice devait couvrir tout le domaine judiciaire international.
L’ouverture de la Cour a tous les Etats, sa vocation universelle, sa compétence générale, la
disposait à drainer le contentieux international d‘autant plus naturellement qu‘elle avait été
consacrée comme organe principal de l‘organisation par l‘article 7 de la charte et qu‘elle s‘était
vu reconnaître son rôle significatif non seulement dans la gestion des relations conflictuelles entre
Etats membres. De plus elle s‘est vue accorder une place de choix dans la vie de l‘organisation,
tant dans le mécanisme de règlement pacifique des différends que dans le système général de
maintien de la paix institu2 par la Charte.

Cependant, les tendances actuelles vont dans le sens d‘une multiplication des juridictions
internationales qui concurrencent et encerclent la Cour toujours plus. En effet plusieurs raisons
peuvent expliquer le phénomène.

A raison du regain d’intérêt noté d’ailleurs dans le premier chapitre de cette seconde partie, la
Cour a vite atteint un seuil de saturation insupportable en termes de charge de travail et
d’évacuation des affaires en un temps raisonnable. Les moyens matériels dont dispose la Cour ne
lui permettent pas,avouons le, à faire face à l’ensemble du contentieux international .de
surcroît ,la conception même qui a présidé à la création de la Cour comme organe principal des
Nations Unies et comme outil d’apaisement international plaçait les destinées de cette institution
entre les mains des Etats, puisque la compétence était et demeure essentiellement fondée sur leur
consentement , raison supplémentaire évidente pour que la cour ne puisse prétendre aucunement à
un monopole juridictionnel .

74
D’autres raisons ont été également dégagées pour expliquer le phénomène de la multiplication
des juridictions internationales. C’est ainsi que la Cour a été jugée comme une haute institution,
d’un maniement trop lourd et très coûteux.

Et pourtant à en croire certains commentateurs internationalistes, ce phénomène est tout a fait


usuel et participerait au développement du droit international voire de sa maturation. Toutefois,
ces internationalistes ont perdu de vue que ce qui préoccupe davantage, quant à l’avenir de la
Cour, n’est pas le fait « brut » représenté par le nombre croissant de mécanisme le règlement
obligatoire des différends internationaux mais c’est le fait, beaucoup plus inquiétant et insidieux,
que les mécanismes en questions se multiplient alors que, du côté de la Cour on assiste plutôt à la
stagnation de sa sphère de compétence. En somme, ce qui mérite d’être mis véritablement en
exergue est la relation entre les deux phénomènes (« stagnation »contre « multiplication ») et non
pas le deuxième isolement pris .En effet le Professeur Herve ASCENSION considère le
phénomène comme une véritable maladie et propose et cet effet des médicaments pour
solutionner le problème. Il précise que « A suivre certaines analyses une étrange maladie
affecterait le corps jusqu’ici harmonieusement intégré du droit international classique. La
multiplication des juridictions internationales en serait le principal symptôme, tout en constituant
une cause potentielle d’aggravation (…) ce phénomène a été présenté comme une inquiétante
problématique relevant d‘un état anarchique ou les juridictions prolifèrent comme de mauvaises
cellules. Le vocabulaire de la pathologie a envahi le discours internationaliste, sombre diagnostic
appelant une réaction salutaire »31

Par ailleurs, on se place à notre sens dans une optique très restrictive lorsqu’on se limite à
évoquer la « prolifération » des tribunaux internationaux sans pour autant indiquer et identifier
les autres concurrents de la CIJ.

Chacun peut constater qu’il y a de nos jours plus de juges internationaux déjà institués ou en voie
de l’être. Aux tribunaux administratifs, des organisations internationales, aux cours prenant place
dans les sous-systèmes intégrés ou aux divers tribunaux spécialisés s’occupant de secteurs
spécifiques et ouverts aux particuliers, ainsi qu’aux autres structures judiciaires existantes de plus
ou moins longue date, on voit maintenant s’ajouter un Tribunal du droit de la mer, un Tribunal
pour l’ex-Yougoslavie, un autre pour le Rwanda, une cour de conciliation et d’arbitrage au sein

31
Société française pour le droit international, colloque de Lille, la juridictionnalisation du droit international, Paris
A. Pedone 2003 p. 162.

75
de la CSCE, etc. Demain de nouvelles institutions de même type viendront sans doute enrichir
ultérieurement ce panorama déjà fort mouvementé.

Et finalement la question qui se pose est de savoir est ce que la Cour peut durablement faire face
à l‘explosion du contentieux international à laquelle on assiste ? La réponse à cette question
posée en ces termes n‘à rien d‘évident. Il convient au premier lieu de ne pas se placer dans
l‘optique de la Cour elle-même mais plutôt de ceux qui créent les juridictions internationales
c‘est à dire des Etats de ce qu‘on peut appeler l‘opinion publique internationale.

Il serait bien entendu fort naïf tous ces nouveaux juges, du fait d‘être appeler de régler des
problèmes de droit international au sens large, grignoteraient d‘une façon ou d‘une autre,
directement ou indirectement, un bout de la compétence potentielle de la Cour. En effet il est vrai
que la juridiction de la CIJ pourrait couvrir en théorie « tout point de droit international » (article
36(2) (b) du statut) ; mais il aussi indiscutable que la cour est organisée de façon telle que
seulement certains types de différends sont susceptibles d‘être tranches par elle. Autrement dit on
doit reconnaître des handicaps dont elle souffre, et qui empêche de l‘utiliser dans le cadre de
nombreux traités de la « nouvelle génération » dépendent de la Charte et son propre Statut, qui la
réservent aux seuls différends entre Etat : ainsi chacun sait que la Cour n‘est pas ouverte (pour ce
qui est de la juridiction de sa juridiction contentieuse) aux organisations internationales comme
elle ne l‘est pas aux particuliers.

La présence anémique des organisations internationales devant les juridictions internationales ne


s‘explique pas seulement par des considérations juridiques mais on y note un certain nombre de
raisons politiques. En effet, ce problème est une marque de méfiance de la part de leurs Etats
membres. Ainsi les maintenir hors des prétoires des instances juridictionnelles internationales est
pour les Etats de toujours les cantonner dans une position subalterne. N’ayant, en principe, pas de
territoire à défendre ou a gérer, ne pouvant en principe pas bénéficier de l’engouement des droits
de l’homme, les organisations internationales sont restées à la marge de la juridictionnalisation du
droit international.

La capitis diminutio des organisations internationales en matière contentieuse internationale


pourrait cesser si des organisations internationales d’un nouveau type, ressemblant, par certains
cotés, à des Etats, pouvaient voir le jour. Dans la mesure où leurs Etats membres leurs transfèrent
des compétences substantielles et, qui plus est, exclusives, ces organisations devront dans la
mesure correspondante pouvoir accéder à des prétoires internationales.

76
Il faut également le noter, ces organisations peuvent être à l’origine de différends menaçant
gravement la sécurité de la communauté internationale dans son ensemble.

C’est pourquoi la caractéristique de ces nouvelles instances juridictionnelles internationales est


justement le fait d’être accessibles aux particuliers et aux organisations internationales. En outre,
en faveur de ces autres juges jouent, d’après l’opinion courante, des avantages additionnels. Par
exemple celui d’être agencés de manière de à pouvoir fonctionner de façon plus agile et
expéditive, donc moins solennelle, lente et coûteuse. Egalement, le fait d’être mieux à même de
traiter des dossiers hautement spécialisés, voire à caractère technique, ou encore le fait d’être
placés dans un cadre régional. Ainsi elles sont en mesure d’appréhender efficacement les
problèmes spécifiques de la région concernée ou enfin l’atout de pouvoir jouer un rôle hybride,
allant de la conciliation et de la médiation à l’arbitrage proprement dit ce qui les rends
particulièrement attrayants pour les différends qui relèvent, plus que de « droit de la
coexistence », du « droit de coopération ».

Il ne faut cependant pas se leurrer : nombreux sont les cas de mécanisme judiciaire ou arbitraux
crées ex novo pour le règlement des différends appartenant exactement au même type de ceux
que la cour a eu a connaître pendant son demi-siècle de vie. Ainsi par exemple le nouveau droit
de la mer ou la convention de Stockholm de 1992 sur la conciliation et l‘arbitrage au sein de
l‘OSCE sont là pour le démontrer. Autrement dit la CIJ se trouve attaquée véritablement de deux
côtés. En effet la multiplication chaotique des tribunaux internationaux semble traduire d‘une
part, la conviction que les textes qui gouvernent la cour l‘ont structurée, agencée et outillée
manière à la rendre inutilisable pour les catégories « modernes » de différends internationaux ;
d‘autre part des reproches plus ou moins voilées quant à son mode de fonctionnement jugé peu
satisfaisant.

Par ailleurs les conséquences que peuvent engendrer cette prolifération des instances
juridictionnelles internationales sont non moins importantes. Ce phénomène peut conduire
d‘abord à des chevauchements de compétence, ouvrant la porte à la quête, par les Etats
demandeurs les tribunaux qu‘ils estiment, à tort ou à raison, les plus favorables à leurs thèses. Ce
« forum shopping » peut certes stimuler l‘imagination mais elle peut aussi engendrer de
regrettables confusions.

Ensuite, la multiplication des tribunaux internationaux née des risques sérieux d‘incohérence
jurisprudentielle, la même règle de droit pouvant dans des procès différents faire l‘objet
d‘interprétation divergente. Ce risque est particulièrement élevé, s‘agissant de tribunaux
spécialisés enclins à privilégier leurs disciplines propres. Plusieurs exemples peuvent déjà en être

77
fournis. Ainsi le Tribunal Pénal International pour l‘ex Yougoslavie, en statuant au fond dans
l‘affaire Tadic, a-t-il récemment écarté la jurisprudence dégagée par la Cour internationale de
justice dans le différend ayant opposé devant elle le Nicaragua aux Etats-Unis d’Amérique. La
Cour avait estimé que ces derniers ne pouvaient être tenus pour responsables des activités au
Nicaragua dans la mesure oừ ils en avaient eu le « contrôle effectif ». Le Tribunal après avoir
critiqué la solution retenue par la Cour, a adopté pour ce qui est de l »action de la Yougoslavie en
Bosnie Herzégovine un critère moins strict et a substitué au concept de « contrôle effectif » celui
de « contrôle général », élargissant ainsi les conditions dans lesquelles la responsabilité des Etats
peut être engagée du fait de leurs activités en territoire étranger).

Les chevauchements juridictionnels augmentent en outre les risques de contrariétés des tribunaux
pouvant être saisis concurremment d’une même question et rendre des décisions
contradictoires .Ce qui est particulièrement regrettable car le système international est dépourvu
d’instances d’appel et de cassation.

Quelle que soit l’appréciation que l’on puisse porter sur cette solution, la contradiction ainsi
relevée démontre à l’évidence les risques que l’unité du droit international court du fait de la
multiplication des instances juridictionnelles.

Cependant on peut à notre niveau estimer que cette prolifération des juridictions internationales
peut ne pas être vu négativement. En effet le phénomène peut traduire une confiance accrue dans
la justice et permet au droit international de s’enrichir dans des domaines de plus en plus divers.
De plus selon le président Mohamed Bedjaoui : « toutes ces percées juridictionnelles se sont que
de petits butins de guerre gagnés dans et sur l’immense jungle sans fin, aujourd’hui plus expansée
que jamais, des relations internationales. (Voir Colloque précité, p.544).Ce qui démontre de plus
en plus que le droit international est particulier, qu’il a des spécificités qui se ramènent toujours à
la coexistence d’Etats égaux et souverains.

Ceci étant précisé, il reste à savoir qui sont au juste les « concurrents » dont la Cour doit
vraiment se soucier. Les dangers viennent-ils seulement des institutions homologues comme on a
tendance à le croire ? Ne faut-il pas aussi surveiller du coin de l’oeil d’autres « gêneurs »
potentiels ?

En effet même si la prolifération de tribunaux internationaux est un thème très débattu ces
derniers temps depuis que Sir Robert JENNINGS l’a soulevé dans toute une série d’interventions

78
récentes32, il convient tant de même de s’interroger sur d’autres concurrents et notamment la
désintégration du contentieux international aux détriments de la Haute juridiction.

Paragraphe 2 : La tendance à la désintégration du contentieux international


au profit du système de règlement des différends fermés

Ce qui doit amener d’avantages encore à s’interroger quant à l’avenir de la Cour est la tendance à
soumettre des pans entiers du droit international contemporain à des systèmes de règlements des
différends fermés, capable d’assurer la solution des litiges en mettant hors jeu les mécanismes
judiciaires traditionnels. Il est clair que, plus cette tendance se confirmera et s’élargira, plus la
Cour devra, pour ainsi dire, plier bagage et se retirer dans des contrées destinées au fur et à
mesure à se rétrécir comme une peau de chagrin.

Il suffit pour nous de donner quelques exemples de ce genre de phénomène qui constitue avec la
multiplication des instances juridictionnelles, les véritables causes de la restriction de la
compétence de la Cour mondiale.

Le premier concerne le thème du règlement des différends en matière d’investissement. En effet


tout le monde sait que la Convention de Washington de 1965, qui est très largement ratifiée (105
Etats à l’heure actuelle) permet de résoudre par voie d’arbitrage CIRDI les litiges entre Etats et
investisseurs étrangers. On sait aussi que les tribunaux CIRDI sont appelés à faire toujours
application du droit international, quel que soit le droit applicable d’après l’article 42 de la
Convention. En effet selon la jurisprudence (ainsi, par exemple, la sentence du 3 mai 1985 dans
l’affaire KOCKNER c. Cameroun), le droit international, outre un rôle intégratif, joue de toute
façon un rôle correctif du droit interne : ceci même au cas où les parties au différend s’étaient
mises d’accord sur l’application exclusive d’un tel droit interne. Du point de vue du droit
applicable, on peut donc affirmer que les tribunaux CIRDI sont en substance des juges
internationaux.

Par ailleurs la création de ces mécanismes de règlement des différends est une réponse à la
situation relative à l’exclusion des recours individuels. Alors qu’on sait que ces derniers sont à la
base de la plupart des litiges entre Etats. Alors la BIRDI a mis en place un Centre International
pour le Règlement des Différends Internationaux (CIRDI), qui peut être saisi directement par les

32
Ainsi par exemple « The Role of the ICJ in the development of International Environnemental Protection Law »,
Review of European Community and International Environnemental Law (1992) 242 ; discours prononcé le 15
octobre 1993 devant l’Assemblée Générale des Nations Unis, Annuaire de la CIJ (1993 – 1994) 233 etc.

79
investisseurs. Bien plus le 27 septembre 1978, le Conseil administratif du Centre a adopté un
mécanisme étendant la compétence du Centre aux litiges n’ayant pas un lien direct avec un
investissement ou dont l’une des parties n’est pas liée par la Convention. En réalité le CIRDI ne
fait alors rien de plus que constituer le cadre de procédures de conciliation ou d’arbitrage qui,
pour le reste, sont soumises au droit commun des procédures transnationales

Il faut maintenant rappeler que l’article 27 de la Convention interdit tant la protection


diplomatique que toute « revendication internationale » au sujet d’un différend soumis ou
pouvant l’être, au système CIRDI, sauf si l’Etat condamné par le sentence refuse de la respecter.
Hormis ce cas le recours même à la CIJ serait qualifié alors de véritable fait illicite. C’est donc le
seul cas que la Cour pourrait être légitimement saisi, conformément à la clause compromissoire
prévue à l’article 64 de la convention, et sauf à imaginer d’éventuels différends entre parties
contractantes qui porteraient sur des question abstraites d’interprétation de la même convention.
Toutefois à ce niveau, on ne peut sérieusement contester la compétence de la CIRDI pour
l’interprétation de son traité constitutif mais également des traités invoqués devant eux dans le
cadre de sa fonction arbitrale.

Mais en vérité le seul cas qu’on de relever (celui déclenché par le refus d’obtempérer à la
sentence) n’est pas réellement susceptible de se produire, et ce pour une double raison : d’une
part, parce que la sentence est assistée par de très importantes garanties d’exécution explicitement
prévues ; d’autre part et surtout parce que la BIRDI dispose de moyens encore plus efficientes
pour convaincre l’Etat intéressé de se conduire comme il faut. En effet en matière économique de
manière générale, les Etats ont préfère poser un certain nombre de principes fondamentaux, d’où
seront déduites des réglementations conventionnelles plutôt que suivre la méthode inductive
traditionnelle. Les règles en matière financière voire les recommandations de la BIRDI et les
sentences de la CIRDI sont peu contraignantes mais présentent une efficacité certaine. Elles
assurent la coopération des Etats en ménageant leur souveraineté, ce qui veut dire que les
sentences rendues sont rarement inexécutées.

On peut donc soutenir que la CIJ est pour ainsi dire interdite de séjour dans les pays du
contentieux en matière d’investissement, tel que couvert par la convention de Washington de
1965, ainsi que par les instruments postérieurs s’inscrivant dans son sillage. En ce sens, un
exemple tout récent frappe singulièrement l’observateur, puisque non seulement, il confirme
nettement l’observation précédente, mais en plus il démontre qu’on est entrain d’aller encore plus
loin dans la mise hors jeu de la cour

80
En outre le second est relatif au traité sur la Charte de l’énergie, adopté à Lisbonne le 17
décembre 1994 à l’issue de la Conférence de la Charte européenne de l’énergie à laquelle ont
participé outre l’Union Européenne et ses pays membres, les pays de l’Europe centrale et
orientale ainsi que les Etats non européens membres de l’OCDE (autrement dit tout le Nord de
notre planète). Cet important traité fixe le cadre juridique pour la promotion de la coopération à
long terme dans le secteur de l’énergie et contient en particulier, dans sa partie V, des
dispositions très articulées en matière de règlement des différends. Or pour ce qui est des
différends entre particuliers, investisseurs et parties contractantes, c’est sur le système CIRDI que
l’accent est mis à l’article 26.Mais quant aux différends entre parties contractantes, contrairement
à la Convention de Washington de 1964, la CIJ n’est pas du tout cité à l’article27 : le choix a été
en faveur de l’arbitrage ad hoc, les procédures arbitrales devant se dérouler à la Hayes, en
utilisant le siège et les services de la Cour Permanente d’Arbitrage

La même conclusion s’impose, avec une évidence accrue et une ampleur bien plus
impressionnante, pour ce qui est de l’imposant édifice juridique pivotant autour de l’Organisation
Mondiale du Commerce. Cette dernière a été conçue comme le cadre institutionnel commun pour
la conduite de l’ensemble des relations internationales dans tous les domaines et qui, de ce fait,
est censé englobée l’entière constellation des accords multilatéraux touchant au commerce
international. Le système de règlement des différends prévu qui est articulé et qui comporte une
dimension de type juridictionnelle complétant les mécanismes à caractère conciliatif et
s’intégrant à ceux-ci. La CIJ est de ce fait totalement écartée et a été jugée inutilisable en vue des
spécificités et de l’absence de formalisme des techniques à employer. En effet le mémorandum
d’accord sur le règlement des différends est une annexe à l’ensemble des textes constitutifs de
l’OMC adopté à Marrakech et à ce titre est un traité multilatéral classique entre Etats. Les
différends portés devant l’Organe de Règlement des Différends (ORD) sont des conflits qui
découlent des engagements qui ont été pris entre Etats et il n’est accessible qu’aux Etats.

Le mémorandum d’accord de l’OMC établit un système intégré s’appliquant à tout litige né d’un
accord quelconque issu du Cycle d’Uruguay dans le cadre des accords de Marrakech. Le régime
ainsi créé est uniforme et d’application générale. Il concerne en effet les accords commerciaux
multilatéraux. Quand existent des mécanismes spéciaux de règlement des différends propres à
certains accords, les deux mécanismes peuvent être choisis par les parties en litige. Seulement il
appartient au président de l’ORD de trancher en dernier ressort en cas de désaccord. Ce qui est
intéressant à ce niveau est que les décisions rendues sont pour la plupart respectées voire
exécutées. Ainsi le dispositif de l’ORD fait véritablement ses preuves et son efficacité tiennent à

81
l’existence de procédures plus rigoureuses, de délais très stricts et à l’existence d’un Organe
permanent d’appel composé de personnalités indépendantes dont les décisions sont fondées sur le
droit.

Aux bénéfices de ces observations, on peut légitimement arguer que toute la sphère du droit des
relations économiques internationales doit être envisagée comme soustraite à la juridiction de la
cour.

Certains ont tenté de donner des explications sur ce phénomène en estimant que l’objet spécifique
des différends économiques, les particularités du droit international applicable, l’importance de la
réciprocité et de la continuité dans les relations économiques internationales incitent à confier la
responsabilité du règlement de tels différends à des organes propres des organisations
spécialisées, plutôt qu’aux instances extérieures telles que les juridictions internationales.

Enfin l’intérêt que les Etats trouvent à leur participation à des organisations économiques les
poussent à accepter des procédures de règlement transactionnelles et fortement encadrées par ces
organisations.

On peut également observer le phénomène dans d’autres domaines comme le droit de la mer. En
effet la création du Tribunal International du Droit de la Mer peut apparaître comme le plus grand
défi posé à l’unité juridictionnelle du droit international personnifié jusque là par la CIJ. En partie
du moins, la création du Tribunal International du Droit de la Mer (TIDM) peut sonner comme
une défiance, voire comme un désaveu pou la CIJ, une sorte de punition, le cas échéant, pour tel
ou tel aspect de sa jurisprudence maritime. Il faut également noter que le contentieux maritime
ayant été porté devant la CIJ de 1946 à 2002 représenté statiquement environ le tiers de son
contentieux total. De même derrière la création du TIDM se cache mal l’idée que la CIJ pourrait
difficilement faire face aux défis révolutionnaires du nouveau droit de la mer. Elle serait en
quelque sorte psychologiquement et intellectuellement mal outillée pour jongler avec les concepts
et les aspects les plus novateurs de la Convention sur le droit de la mer. Par ailleurs le défi posé à
la CIJ devient fondamentalement exclusion totale de sa compétence de ce qui le mieux
caractérise le projet politico philosophique de la Convention de MONTEGO BAY. On assiste
dès lors, à une certaine partage des compétences : en ce qui concerne le contentieux de la Zone
internationale des fonds marins, la compétence juridictionnelle est reconnue au seul TIDM alors
que la CIJ se borne à statuer sur les aspects les plus traditionnels du droit de la mer.

Toutefois quelque soit l’issue de la concurrence entre CIJ et TIDM, un dernier enseignement
mérite d’être retenu. Au niveau du droit international universel, la Convention de MONTEGO

82
BAY est la première convention qui ambitionne un règlement juridictionnel général des
différends. Au moment même où un certain idéal de justice international semble prêt à aboutir, la
CIJ, personnification de cette justice internationale, est poussée vers la marge. Il est possible de
considérer que la juridictionnalisation des pans entiers du droit international ne pourra passer que
par la mise en concurrence de juridictions internationales.

La Cour a tenté par plusieurs procédés de palier à cette situation on ne plus critique pour elle.
C’est ainsi que la Cour crée des chambres spécialisées à son sein pour pouvoir faire face à
l’explosion du contentieux international voire sa désintégration. Cependant cette alternative
révèle véritablement ses limites et demeure de ce fait insuffisant, inefficace face à ce risque qui
pèse sur la Cour. En effet la Chambre de l’environnement qui s’inscrit dans cette même
perspective n’a pu connaître jusque là aucune affaire33.

En définitive, ces différentes remarques montrent véritablement que d’épais nuages semblent
s’amasser à l’horizon annonciateur de temps trouble pour la Cour. Cette dernière risque en effet
si les tendances actuelles se prolongent et se renforcent, d’entrer dans une phase de vieillissement
rapide. Autrement dit au fur et à mesure que s’accumulent des instruments instituant des moyens
spécialisés de règlement des différends, la Cour se présente comme un organe qui pourra être
provisoirement saisi pour trancher un nombre décroissant de litiges en attendant le jour où ceux-
ci seront inclus dans la sphère de compétence d’autres mécanismes internationaux. Après quoi, il
ne lui resterait qu’à « fermer boutique ».

Il est nécessaire d’être conscient de ces menaces, pour pouvoir se mettre à la recherche
d’éventuelles mesures aptes à limiter les dégâts. Ce qui nous amènera à aborder les orientations
d’avenir de la cour qui se présentent comme des remèdes pour maîtriser la situation qui se
dessine depuis peut de temps.

Section 2 : Les orientations d’avenir de la Cour

Les relations internationales ont été marquées, au cours des dernières années, par des
bouleversements aussi multiples et significatifs qu’inattendus. Il est indispensable pour
l’organisation, si elle veut pouvoir continuer de mener à bien la noble et difficile mission qui est
la sienne, de montrer sa capacité à s’adapter avec rapidité et efficacité aux circonstances

33
Les deux grandes affaires récentes mettant en cause la protection de l’environnement, l’affaire du barrage de
GABCIKOVO-NAGYMAROS et l’affaire de l’Usine de MOX ont été respectivement confiés à la formation
plénière de la CIJ et au TIDM.

83
nouvelles. D’ou la nécessite pour la Cour de s’adapter à la nouvelle donne de la société
internationale (paragraphe1).

Devant la tendance à la multiplication des juridictions internationales et les risques


d’incohérence du droit international, la Cour pourrait véritablement jouer un rôle non moins
important pour restaurer l’unité dans l’ordre juridique international. (paragraphe2)

Paragraphe1 : La nécessaire adaptation de la Cour aux tendances actuelles de la


communauté internationale

Il faudra dire d’emblée que ces adaptations appellent tout simplement un certain nombre de
modification de son Règlement intérieur si ce n’est quelques dispositions de la Charte des
Nations Unis intéressant la Cour. Autrement dit la Cour internationale de Justice devra
nécessairement opérer ces changements afin de répondre aux besoins d’une communauté
internationale qui change sous ses yeux. En effet ces modifications sont relatives d’une part à
l’élargissement de sa compétence et d’autre part à la procédure devant la Cour.

Aussi les changements nécessaires à opérer doivent d’une manière ou d’une autre englober le
fonctionnement de la Cour, c’est-à-dire la fonction contentieuse de la Cour. En effet la
compétence ratione personae de la Cour est restée pour ainsi dire figée depuis 1922.La Cour n’est
ouverte qu’aux Etats. Aujourd’hui que les organisations intergouvernementales ont grandi, il
importe de leur entrouvrir l’accès au contentieux. Les Etats, sujet traditionnellement qualifiés
de « primaires » ou de « nécessaires » de l’ordre juridique international, ne sont plus en effet les
seuls acteurs des relations internationales, ni les seuls interlocuteurs en matière de maintien de la
paix : la vie internationale nous montre quotidiennement qu’il faut chaque fois davantage
compter aussi, à ce niveau, avec d’autres entités, notamment les organisations internationales.

Le développement des organisations internationales répond aux exigences de la coopération


internationale. Qu’elle soit économique, scientifique politique, sectorielle ou diversifiée,
régionale ou mondiale, cette coopération interétatique n’ignore pas les difficultés des rapports
internationaux. Les constatations, ou plus souvent, les questions juridiques qui peuvent se poser
dans une organisation internationale sont très variables. Ces différends peuvent intervenir aussi
bien entre Etats membres qu’entre des Etats et l’organisation elle-même.

Seulement l’accès à la procédure contentieuse devant la Cour, aujourd’hui réservé aux seuls
Etats, peut donc désormais sembler trop étroitement ouvert. Pour pallier à ces insuffisances, on a

84
notamment envisagé l’insertion dans certains traités constitutifs de ces organisations, de clauses
prévoyant la soumission des différends interétatique à la CIJ34.

Toute fois sur les centaines d’organisations internationales qui existent actuellement on peut
constater que très peu de dispositions prévoient la saisine de la CIJ, pour régler les différends
interétatiques intervenant dans le cadre des organisations internationales. Ce qui est dommage
dans la mesure cette procédure doit constituer une étape permettant aux Organisations
internationales de s’adresser directement à la Cour.

Ainsi les Etats désertent le prétoire de la Haute instance jugée trop formaliste et trop lente, au
profit des modes de règlement proposés à chacune des organisations.

Par ailleurs, on ne peut plus affirmer que le rôle de la Cour est peu approprié aux domaines des
organisations internationales. L’autonomie qui résulte de la divergence entre les considérations
essentiellement juridiques qui lient la Cour, et les considérations économiques, techniques,voire
politiques qui sont prépondérantes pour les organisations internationales devra être disposée par
le juge faisant preuve d’une compétence et d’une aptitude notoires. C’est le cas par exemple de
l’Organisation Internationale du Travail à son article 37 ; l’Organisation Mondiale de la Santé.
(article75); l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (article
X5V2).

Bien plus, rien n’empêche aux Etats en litige dans le cadre de ces organisations internationales de
soumettre leur différend aux organes internes de règlement des différends et à la Cour. Seulement
dans ce cas, si la CIJ n’est pas une instance d’appel, sa décision devra prévaloir sur celle rendue
par l’organe juridictionnel de l’organisation. Aujourd’hui encore on présente la technique dite des
airs consultatifs comme devant pallier aux insuffisances résultant de leur impossibilité de
s’adresser directement par voie contentieuse à la Cour.

Il convient de rappeler toute fois que le statut originaire de la CPJI ne contenait aucune
disposition relative à une procédure consultative ; ce malgré l’article 14 du Pacte e la société des
Nations qui autorisait l’Assemblée et le Conseil à lui demander des avis consultatifs. En effet aux
termes du Pacte, l’Assemblée et le Conseil pouvaient saisir la Cour par une demande d’avis mais

34
la Charte des Nations Unies prévoit que l‘Assemblée générale peut autoriser les Institutions spécialisées à
demander à la Cour des avis consultatifs sur des questions juridiques qui se poseraient dans le cadre de leur activité
(art.96-2). Il y’a là nous semble t-il plusieurs limites : tout d‘abord le texte ne vise que les institutions spécialisées, de
plus il faut une autorisation spéciale, donc la qualification d‘institution spécialisée n‘implique pas automatiquement
l‘habilitation, enfin les questions peuvent être limitées dans leur contenu par l‘Assemblée

85
ces organes étaient autorisés à présenter une demande pour une question se posant à un
organisme international.

Alors que la Charte des Nations Unies et le Statut de la Cour instituent également une procédure
consultative ouverte à certaines organisations intergouvernementales.

Cependant on peut nettement remarquer qu’autant la procédure contentieuse est fermée aux
Organisations internationales autant la procédure consultative est restreinte et restrictive.

En effet elles n’ont pas un accès automatique à la procédure consultative devant la Cour.
Autrement dit c‘est l‘Assemblée générale qui habilite certaines Organisations à demander des
avis consultatifs à la Cour.
15
En plus de son caractère limitatif, l‘avis consultatif pose un autre problème relatif à son
effectivité. Alors que la Cour devait normalement contribuer à discipliner l‘action des
organisations internationales.

En somme ces observations illustrent les difficultés pour la Cour d‘intervenir dans le domaine des
Organisations internationales. Ce qui appelle nécessairement un certain nombre d‘orientations
allant dans le sens d‘un élargissement de sa compétence voire d‘un renforcement de son rôle
considéré comme trop faible à l‘égard des organisations internationales.

Il est temps que la procédure contentieuse soit ouverte à ces organisations internationales car les
différends qui peuvent les opposer ne sont pas dépourvus de tout lien avec les conflits opposant
les Etats et mettant en péril la sécurité de la communauté internationale.

Toutefois, cette orientation voire cette initiative pourrait soulever certaines réticences notamment
chez ceux qui considèrent que les modifications qui devront être opérées peuvent bouleverser
d’une manière ou d’une autre la Charte des Nations Unies. Seulement, ces modifications en
valent la peine car un texte qui ne s’adapte pas sera dépourvu de toute efficacité et de toute
effectivité.

De ce fait la Cour pourrait aussi essayer de prendre en main son propre destin par des choix
appropries de politique judiciaire et, donc, sans attendre ni des secours extérieurs, ni la reforme
des textes juridiques qui la concernent. Par ailleurs, on pourrait aussi utilement envisager un
élargissement du groupe des organisations internationales autorisées à solliciter des avis, en
admettant certaines d’entre elles qui ne rentrent pas dans le champ actuel de définition de la
Charte mais dont l’accès à la procédure consultative serait à divers égards souhaitable. Le
bénéfice de l’autorisation d’accès à cette procédure pourrait être étendu aussi bien à des

86
organisations intergouvernementales à vocation plus ou moins universelle, telles que
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ou l’Organisation pour l’Interdiction des Armes
Chimiques, cas des organisations intergouvernementales régionales.

Il faudrait enfin mettre sérieusement à l’étude la question de la participation des organisations


non gouvernementales à la procédure consultative devant la CIJ. Les ONG sont aujourd’hui des
instances importantes qui représentent l’opinion publique mondiale.

Notre seconde observation sera relative à sa compétence ratione materiae.

S’agissant de la compétence ration materiae de la Cour dans le cadre de la procédure


contentieuse, il ne semble en revanche pas que des mesures quelconques puissent être prises à
l’effet d’accroître l’adhésion à la clause facultative de juridiction obligatoire. Cinquante neuf
Etats ont à ce jour adhéré à la clause ; ce nombre, rapporté au total des Etats membres de
l‘Organisation (187 Etats), représente une proportion qui n‘a pas sensiblement évolue depuis
1945.L’amélioration de façon significative de cette proportion semble être utopique sauf
mementum spectaculaire dans les relations internationales. C’est pourquoi lorsque le président
Mikhaïl Gorbatchev avait demandé aux cinq Etats membres permanents du Conseil de Sécurité
de donner l’exemple en confiant à la CIJ leurs différends, cela a soulevé un vif intérêt, qui,
malheureusement, est vite retombé. Les cinq ont tenu plusieurs réunions au niveau leurs
conseillers juridiques à l’effet de dresser une liste de sujets dont la Cour serait susceptible de
connaître en cas de différend. Mais aucun accord n’a pu intervenir.

C’est la conséquence naturelle et inévitable de la conception des relations internationales qui


prévaut toujours aujourd’hui. Les Etats restent attachés à la liberté politique et diplomatique dont
ils disposent pour régler leurs différends selon leurs intérêts propres et selon les circonstances. A
l’avenir, il conviendra sans doute de rendre plus systématique le recours a la CIJ pour le
règlement des différends susceptibles de menacer l’ordre public international .Ainsi la Cour
pourra assumer, dans toute leur plénitude, les responsabilités qui lui incombent.

Compte tenu de ce que toute affaire comporte ces aspects politiques mais également ses aspects
juridiques, il est d’ailleurs difficile d’opérer une distinction a priori en termes généraux et
définitifs, entre les affaires qu’il serait désirable de soumettre à la Cour et celles qu’il
conviendrait de régler par d’autres moyens .Il appartient aux Etats de faire leur choix, c‘est
pourquoi il parait si hasardeux de tenter de prédire quelles catégories d‘affaires pourraient être
soumises à l‘avenir a la Cour.

87
On a souvent exprimer le souhait que la CIJ soit universelle et mieux utilisée, et qu‘elle entre
davantage dans la vie quotidienne des chancelleries et des organisations internationales. A cette
fin, certains ont suggéré qu‘elle soit saisie de petites affaires dont le règlement rapide lui
permettrait de devenir un rouage des relations internationales dans la vie quotidienne des peuples.
Certes l‘idée est intéressante mais elle est véritablement utopique voire irréaliste.

En effet les Etats et les organisations internationales ne tenteront de mobiliser le lourd et


complexe appareil procédural de la Cour pour des enjeux aussi modeste, ni de s‘exposer a des
dépenses considérables pour de petites affaires.

D‘autres juristes ont au contraire soutenu que se serait plutôt les affaires de moyennes
importances qui seraient par nature susceptibles d‘être soumises a la Cour, telle que par exemple
l‘existence, l‘étendue ou les limites des droits de juridiction des Etats, en particulier concernant
les frontières terrestres et les délimitations maritimes.

En vérité, toutes ces approches, si ingénieuses soient elles, ne font pas la part de la volonté
politique des Etats qui demeure le seul facteur objectif conditionnant l‘activité de la Cour.

Autrement dit ce sont les Etats qui l‘ont créée qui devront par conséquent contribuer à son
fonctionnement normal.

Aujourd’hui cette volonté politique existe et nous rassure quant à l‘avenir de la Cour et il
convient tout simplement de l‘affermir en précisant qu‘en souscrivant à la juridiction de la CIJ,
l‘Etat n‘abandonne pas sa souveraineté mais l‘exerce.

Ainsi la Cour est de nos jours saisie d’une série de questions vitales qui vont de l’application de
la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide jusqu’ à la licéité de
l’utilisation de l’arme nucléaire.

Par ailleurs le professeur M. Virally a essayé de réfléchir sur la problématique relative aux
nouvelles orientations de la CIJ voire à son adaptabilité, qu’il importe de noter à juste titre. Selon
cet auteur : « la justice internationale a fait ses preuves et elles sont tout à fait convaincantes. Il
s’agit donc aujourd’hui comme hier, de multiplier les efforts pour favoriser son développement et
lui permettre de prendre une place grandissante dans le règlement des différends internationaux.
Mais il faut se rendre à l’évidence et accepter le fait qu’elle n’est pas destinée à acquérir la
situation de monopole dont bénéficie la justice étatique dans son ordre. En refusant de l’admettre,
on court un risque, dont l’expérience a montré qu il n’était pas illusoire de proposer aux Etats des
engagements de se soumettre à la justice internationale allant très au-delà de ce qu ils peuvent
politiquement admettre. Le résultat est bien connu : les Etats se refusent effectivement a prendre

88
ces engagements ou les assortissent de réserves qui les annulent, ou s’en dégagent dès qu’ils
craignent d’avoir à y faire face.

Cependant qu’on a négligé de leur soumettre des engagements plus modestes et limités mais
acceptables et dont l’acceptation effective aurait consacré un progrès véritable » 35.

Ainsi en ce qui concerne le développement de la justice internationale, les responsabilités sont


partagées : d’une part les Etats doivent montrer une volonté politique sincère et d’autre part la
Cour doit veiller à la cohérence du droit qu’elle applique.

Paragraphe2 : La restauration de l’unité de l’ordre juridique international par la


CIJ

L’extraordinaire accélération des échanges humains a donné naissance à une nouvelle société
internationale. Les acteurs se multiplient et dialoguent à l’échelle mondiale.

La prolifération d’institutions et de traités qui accompagnent la mondialisation et couvrant des


domaines de plus en plus divers, pose une question essentielle : comment assurer la convergence
du droit, face à juxtaposition d’organes juridictionnels spécialisés, charges de garantir le respect
d’accords internationaux qui se multiplient ? En d’autres termes lorsque apparaissent par exemple
des contradictions entre les Droits Internationaux de l’Environnement, du Commerce, des normes
sociales, ne faut-il pas faire appel à la Cour pour une articulation des différentes règles ?

Par rapport à cette problématique liée à l’incohérence de l’ordre juridique international, deux
grandes conclusions semblent devoir être tirées jusqu’ici.

Certains auteurs soutiennent que la hiérarchisation des juridictions internationales équivaudrait à


oublier que les Etats, principaux sinon uniques sujets du droit international, sont les auteurs et
non seulement les destinataires des règles de droit international. Et si la souveraineté de ces sujets
peut s’autolimiter, elle ne peut être nullement limitée. Alors qu’une centralisation de la justice
internationale participerait résolument à la limitation de souveraineté. Une décentralisation, dont
une des formes les plus achevées est la multiplication et donc la mise en concurrence des
juridictions internationales, assurerait par contre cette souveraineté.

Selon toujours ces auteurs le droit international ne doit pas être toujours l’apanage du juriste
soucieux de rationalité mais plutôt ce droit doit être fait par des diplomates et des politiques pour
lesquels la notion de compromis est bien plus précieuse que celle de la clarté des normes
35
Mélanges M.VIRALLY, le droit international au service de la paix, de la justice et du développement, p.502

89
juridiques. En effet la société ne peut rester internationale que sous condition qu’il n’y ait ni juge
international unique ni cour suprême internationale. La dictature de la cour suprême, dont les
dictats ne pourraient pas être renversés signifierait un changement radical de la société
internationale que nous connaissons. La multiplication des juges internationaux se présente dès
lors comme une maladie incurable avec laquelle on devrait apprendre à cohabiter. Se lamenter
par conséquent sur l’absence de coordination entre tribunaux internationaux, c’est, si l’on
réfléchit bien vouloir changer de société, alors que le contraire de la société internationale est la
société nationale.

Cette manière de voir de la part de ces auteurs participe au renforcement des critiques de ceux qui
estiment que le droit international est tout sauf du droit. En effet des auteurs comme G. Burdeau
affirme que le caractère fragmentaire est un aspect du droit international qui n’est à vrai dire que
des règles d’origine fort diverse.

L’idéal juridique ne peut concevoir de tels points de vue qui peuvent entraîner le risque de
basculement du droit international dans une sorte de droit constitutionnel fédéral. Ainsi face à la
multiplication des juridictions internationales qui la menace véritablement l’unité du droit
international, il apparaît que la clef de la question est entre les mains de la CIJ elle-même mais
aussi de la communauté internationale. L’observateur averti se poserait sans doute la question
relative aux moyens et procédés que peut disposer la Cour pour éradiquer le phénomène
pathologique à l’avenir.

Suivant l’article 36§2, « la compétence de la Cour s’étend à toutes les affaires que les parties lui
soumettront » tandis qu’aux termes du paragraphe second, il est indiquer que : « les Etats parties
au présent Statut pourront à n’importe quel moment, déclarer reconnaître comme obligatoire de
plein droit et sans conventions spéciales, à l’égard de tout autre Etat acceptant la même
obligation, la juridiction de la Cour sur tous les différends de l’ordre juridique ayant pour objet
a)l’interprétation d’un traité ; b)tout point du droit international (…) ».

La généralité des termes de ces dispositions suffit à faire de la CIJ une véritable Cour mondiale
l’habilitant à intervenir pour régler toutes sortes de différends internationaux. En effet les
possibilités de la CIJ sont grandes et, finalement, elle constitue le dernier rempart naturel contre
les effets éventuellement négatifs de la multiplication des juridictions internationales.

90
Selon l’ancien président de la Cour M. GILBERT GUILLAUME 36, la spécialisation croissante
des juridictions internationales comporte le danger grave d’augmenter les risques de contrariétés
de jugement et crée des risques sérieux d’incohérence jurisprudentielle. Et il estime que cette
prolifération des juridictions internationales ne doit pas être source d’anarchie mais plutôt
d’enrichissement. Selon toujours l’ancien président, avant de créer une nouvelle juridiction, le
législateur devrait d’abord se demander si les fonctions qu’il entend confier au juge ne pourrait
être avantageusement remplies par la Cour.

Mais maintenant que les choses sont ce qu’elles sont, il importe de se demander comment
répondre à l’absence de relations structurées entre les tribunaux ? On pourrait selon nous s’en
remettre à la sagesse des magistrats, qui doivent prendre conscience des dangers de la
fragmentation du droit,s’informer plus complètement des jurisprudences développées par leurs
collègues,entretenir des relations plus suivies avec les autres tribunaux et engager un dialogue
inter judiciaire constant. Au-delà de ces recommandations qui fait appel au syncrétisme de
l’ensemble des systèmes juridiques, il importe de souligner le rôle non moins négligeable que
doit jouer effectivement la Cour. En effet tout organe judiciaire à tendance à se développer de
manière autonome. De ce fait, il importe d’institutionnaliser les relations entre les tribunaux.
Certes du fait de son ancienneté, de son statut d’organe judiciaire des Nations unies et de seule
juridiction à compétence générale, la CIJ dispose d’une autorité particulière. Ainsi elle pourrait
véritablement jouer un rôle d’instance d’appel des décisions rendues par les autres juridictions. Il
suffit tout simplement pour la Cour d’alléger sa procédure pour pouvoir se prononcer de manière
expéditive sur cette affaire déterminer. Cela impliquerait une volonté politique fort des Etats et
une modification profonde du Statut de la Cour, qui devrait être doter de moyens non moins
importants.

La suggestion faite d’utiliser la Cour comme une instance d’appel ou de cassation se heurte à
plusieurs obstacles dans la mesure où l’appel ou la révision sont très peu utilisés dans l’ordre
juridique international. Autrement dit ce rôle on ne peut plus salutaire se heurte à des
considérations politiques. La solution qui doit être retenue à notre niveau pour réduire les risques
d’interprétations contradictoires set celle qui consiste à offrir la possibilité aux diverses
juridictions à demander à la Cour des avis consultatifs par l’intermédiaire du Conseil de Sécurité
ou de l’Assemblée générale37.

36
Discours précité

37
Cette solution a également été retenue par certains hommes politiques tel le président J. CHIRAC dans son
discours du 29 février 2000 lors de la visite qu’il a effectué au Siège de la Cour à la Haye.

91
Selon L. SOHN (in Important Improvmentin the Functioningof the Principal Organs of the
United Nations : That Can Be Made without Charter Revisions), il s’agira pour l’assemblée
générale moins d’œuvrer elle-même en demandant des avis consultatifs à la Cour que de
permettre à des juridictions internationales à le faire. Cette autorisation est donner, comme on le
sait par l’assemblée générale, suivant les termes de l’article 96 § 2de la Charte, à « tous autres
organes de l’Organisation et institutions spécialisées ».

Dans le même esprit il faudrait prévoir que les traités qui mettent au point des mécanismes de
règlement des différends établissent explicitement une articulation avec la Cour. Lorsque ces
traités ou conventions créent une nouvelle juridiction celle-ci pourrait normalement poser à la
Cour des questions préjudicielles en vue d’éclairer des points de droit international général.

Par ailleurs, on peut nettement remarquer cette dynamique de la Cour à vouloir unifier l’ordre
juridique dont elle se situe à travers l’arrêt du 6 novembre 2003 sur l’affaire des Plates –formes
pétrolières entre l’Iran et les Etats-Unis. En effet cette décision témoigne tout particulièrement du
rôle que le juge international est susceptible de jouer face aux problèmes grandissants
d’incohérence et d’instabilité du droit international. Cette décision se présente comme une
tentative de la Cour pour contribuer à maintenir ou même restaurer une unité et une stabilité qui
font défaut à l’ordre juridique international. Ainsi le juge sort de son rôle classique de technicien
du droit pour participer à l’intégrité du système. La Cour sort de plus en plus de son cadre
classique de sa fonction juridictionnelle et s’attire par conséquent de critiques ou de louanges des
observateurs de la scène internationale. En effet le juge international joue un rôle non négligeable
dans l’affirmation d’une certaine hiérarchie normative et qu’au souci de participer au maintien du
système s’ajoute une exigence de cohérence formelle de son propre discours judiciaire. Or face
au problème que pose la multiplication des ensembles normatifs et des hiérarchies particulières et
enchevêtrées qu’ils instaurent, la CIJ est amenée à prendre directement position sur la cohérence
et l’unité générales de tout le système.

A l’heure de la multiplication des instances juridictionnelles, la Cour veut assurer son rôle naturel
de garant de l’unité d’interprétation du droit international, il lui appartiendra de renouer avec la
prudence requise par la pratique des obiter dicta et de l’affirmation prétorienne de l’autorité
comme la portée d’un certain nombre de règles du droit international général.

La question qui se pose alors est celle de savoir s’il est possible de déterminer a priori les types
de normes sur lesquelles devrait porter l’harmonisation minimum des jurisprudences entre
juridictions au niveau universel.

92
Il est évidemment difficile d’y répondre de façon catégorique. C’est cependant en partant de la
reconnaissance de principes matériels fondamentaux et des règles formelles secondaires que l’on
tentera de le faire. Ainsi on peut à ce niveau reprendre la classification de HARDT, et même s’il
jugeait lui-même à tort qu’elle n’est pas applicable au droit international pour distinguer les
normes primaires des normes secondaires dans l’ordre juridique international.

Les normes secondaires définissent les modalités selon lesquelles les règles primaires peuvent
être étables de façon certaine, introduites, abrogées …, et leur violation officiellement reconnue.
De ce fait elles sont fondamentales pour le maintien du système.

Quant aux règles primaires, leur objet est de préciser une conduite donnée ou d’habiliter les sujets
de droit à adopter un certain comportement.

Dans un ordre juridique incertain, partagé entre différentes finalités, où le fonctionnement normal
du jeu des rapports entre Etats ne donne pas l’impression de permettre d’assurer une unité et une
stabilité minimales du droit international, le juge est d’autant plus sollicité pour restaurer
l’intégrité du système. Ainsi le juge doit participer à l’affirmation et au respect de cette hiérarchie
minimale qui permet de dire quels sont les principes de base du système dans son ensemble
(cohérence matérielle) et la façon dont on les articule (cohérence formelle). Le juge doit
demeurer de toutes façons un vecteur fiable d’une certaine unité du système mais il doit donner
aussi une orientation possible pour l’articulation des normes spéciales et générales du système
international.

A ce stade, on peut s’estimer fonder à poser une conclusion provisoire : la multiplication des
juridictions internationales est le signe le plus évident de la diversification matérielle et organique
de l’ordre juridique international. Ce n’est sans doute pas pour autant la menace la plus directe
qui pèse sur le maintien de l’unité du droit international, du moins si la Cour entend assurer sa
fonction de juridiction judiciaire principale non seulement de l’ONU mais aussi du système
juridictionnel international tout entier.

CONCLUSION

93
La CIJ constitue un rouage, non seulement du mécanisme de règlement pacifique des différends,
mis au point par la Charte, mais aussi du système général de maintien de la paix et de la sécurité
internationale que celle-ci a instaurée.
Son rôle en tant que qu’organe judiciaire principal est non négligeable et ses responsabilités sont
à ce titre considérables.
Pour mener à bien les missions qui lui incombent, elle dispose de deux instruments que sont la
procédure contentieuse et la procédure consultative. Sans pour autant négliger la seconde faudra -
t-on rappeler que la première qui apparaît comme l’instrument pacificateur mis à la disposition
de la Cour consiste pour celle-ci de trancher le différend qui lui est soumis par le prononcé d’un
arrêt obligatoire pour les parties.
Seulement il convient d’indiquer que le pouvoir juridictionnel repose essentiellement sur le
consentement des parties litigantes qui manifestent souvent une certaine réticence à l’égard du
règlement judiciaire.
Cependant cette considération n’a pas pu empêcher à la Cour d’asseoir une véritable autorité au
sein de la communauté internationale. En effet jamais elle n’était apparue aussi attrayante qu’elle
ne l’est aujourd’hui.
Par conséquent l’examen du bilan de la CIJ ne peut qu’être positif malgré quelques remarques qui
peuvent faire douter le contraire.
On peut indiquer que la Cour a véritablement contribué à l’apaisement des tensions interétatiques
pour mettre en œuvre le premier but des Nations Unies qui est de réaliser, par des moyens
pacifiques, l’ajustement ou le règlement de différends ou de la situation susceptible de mener à
une rupture de la paix.
Bien plus, les Etats semblent aujourd’hui manifester une confiance certaine à la Cour au regard
du nombre d’affaires inscrites à son rôle.
Un coup d’œil à la liste des déclarations unilatérale d’acceptation de la juridiction obligatoire de
la Cour offre une nouvelle confirmation : on est actuellement aux environs de soixante.
Par contre cette spectaculaire vitalité ne doit aucunement détourner notre attention sur les
difficultés rencontrées par la Cour et qui pourraient limiter véritablement son action.
Heureusement que l’Assemblée générale est consciente de ces problèmes et tente autant que faire
se peut afin de lui donner les moyens nécessaires pour qu’il puisse accomplir de manière efficace
son rôle.
Toutefois la multiplication des juridictions internationales et la tendance à la désintégration du
contentieux international n’augurent pas bien de l’avenir prochain de la CIJ. Cette situation
problématique devra dès lors être une préoccupation de la Cour la principale concernée mais

94
également de la communauté internationale représentée indéniablement par l’Assemblée générale
de l’ONU.
En effet sans attendre ni des secours extérieurs, la Cour doit prévaloir son autorité en tant
qu’organe judiciaire des Nations Unies pour découvrir ses propres solutions aux problèmes qui
sont le plus souvent singulièrement enfermés dans sa sphère d’influence.
L’Assemblée générale devait à son tour aux termes des dispositions de l’article 96 §2 de la charte
autoriser les tribunaux internationaux à demander des avis consultatifs à la Cour. Une telle
initiative pourra résulter d’une révision formelle de la charte. C’est pourquoi cette question
devrait être prise en compte dans le cadre des éventuelles réformes envisagées de la Charte des
Nations Unies.
Enfin la place de la CIJ et son rôle ne peut se consolider, voire s’élargir, que si la communauté
internationale dans son ensemble avec le juge, prennent conscience qu’un tel affermissement
passe à la fois par le respect de l’édifice juridique déjà bâti et par la prise en compte attentive des
réalités nouvelles de la communauté internationale. Une telle alliance est absolument nécessaire
si l’on veut assurer les progrès les plus durables dans le développement d’une véritable
communauté de droit au niveau international.

BIBLIOGRAPHIE GENERALE

95
OUVRAGES GENERAUX et MANUELS

BURDEAU (G), Idée de droit et droit international, Traité de science politique, Tome I 3 ème Ed.,
LGDJ 1980

COMBACAU (J) et SUR(S), Droit international public 5ème Ed. MONCHRESTIEN

COT (J.P.) et PELLET (A), Charte des Nation Unies : commentaire article par article, 2ème Ed.
ECONOMICA 1991

DECAUX (E) Droit international public, 3ème Ed. DALLOZ 2002

DINH (NG. QU.), Droit international public 7ème Ed. LGDJ 2002

DUBISSON (M), La CIJ, LGDJ 1964

GUILLAUME (G), La CIJ à l’aube du 21 ème siècle : le regard d’un juge, Paris, Ed. A. PEDONE
2003

OUALI (A. EL), Effets juridiques de la sentence internationale : contribution à l’étude de


l’exécution des normes internationales, Paris, LGDJ 1984

PINTO(R), CIJ, Jurisclasseur, fascicule 215à 218

REUTER (P.), La CIJ, Encyclopédie DALLOZ, Droit international public, Tome I

SOCIETE Française pour le Droit International, La juridictionnalisation du droit international,


Ed. A. PEDONE 1991

ARTICLES

96
ABI-SAAB (G), L’orientation de la CIJ, quelques tendances récentes, RGDIP 1992 pp.273-298

AUDEOUD (O.), La CIJ et le règlement des différends au sein des Organisation Internationales,
RGDIP 1977 NO.4

CAVARE (L.), La notion de juridiction internationale, AFDI 1956 p. 497

CHEMILLIR-GENDREAU (M.), La CIJ entre politique et droit, Le Monde diplomatique,


novembre 1996 pp.10-11

COCATRE – ZILGUEIN (A.), Justice internationale facultative et justice internationale


obligatoire, RGDIP 1976 pp.689-737

DELEAU (O.), L’examen du rôle de la CIJ par l’Assemblée générale de l’ONU, AFDI 1970
pp.329-337

ROSENNE (SH.), L’exécution et la mise en vigueur des décisions de la CIJ RGDIP 1953 pp.
532-583

VIRALLY (M.), Le champ opératoire du règlement judiciaire international, RGDIP 1983 pp.
281314

97

Vous aimerez peut-être aussi