L’INFLATION
By Dr Abdoulaye TRAORE
GÉNÉRALITÉS ET TERMINOLOGIE
• L’inflation peut se définir comme une hausse générale, durable et auto-
entretenue du niveau général des prix (il s’agit d’un indice pondéré «
représentatif » de l’évolution du prix de biens et services consommés par les
ménages).
• En période d’inflation les prix deviennent un vecteur d’informations bruité,
les agents ont des difficultés à discerner ce qui, dans la hausse d’un prix,
signale une distorsion entre l’offre et la demande de ce qui relève d’une
progression nominale de l’ensemble des prix… L’incertitude grandit, il
devient de plus en plus difficile de faire des projections.
GÉNÉRALITÉS ET TERMINOLOGIE
• Pour que l’on puisse parler d’inflation, la progression des prix doit revêtir une
dimension spatiale (concerner l’ensemble des prix), une dimension temporelle
(être à l’œuvre sur plusieurs périodes) et une dimension mécanique (la hausse des
prix entraîne la baisse du pouvoir d’achat).
• Les termes associés à l’inflation sont nombreux : rampante, galopante,
importée.
L’inflation rampante désigne un taux d’inflation annuel de 4-5 % à 8-9 %.
L’inflation galopante désigne une inflation annuelle à deux chiffres.
L’inflation importée désigne les tensions inflationnistes résultant d’une
hausse du prix des importations (souvent les matières premières).
Lorsque l’inflation se stabilise entre 0 % et 4-5 %, on situe dans un régime de
basse inflation
GÉNÉRALITÉS ET TERMINOLOGIE
• Dans sa dimension monétaire, la déflation désigne une baisse absolue du
niveau général des prix, souvent un taux d’inflation négatif.
• La désinflation désigne un ralentissement du rythme de l’inflation. La
désinflation compétitive constitue une stratégie de politique économique
dont l’objectif est de renforcer la compétitivité commerciale de l’économie
nationale via une baisse du rythme de l’inflation ou plus exactement en
tentant de faire moins d’inflation que ses grands partenaires commerciaux.
• La stagflation, contraction des mots « stagnation » et « inflation », désigne
une situation combinant à la fois une faible croissance économique et une
inflation élevée.
• C’est une expression créée dans les années 1970 pour caractériser une situation
économique inédite : lorsque l’augmentation des prix du pétrole et des autres
matières a entraîné à la fois une accélération de l’inflation et un fort
ralentissement de la croissance dans les pays industrialisés
MESURE DE L’INFLATION
• Pour une zone économique et une période données, le taux d’inflation s’évalue via
un relevé systématique des prix à la consommation et l’établissement d’un indice (
le déflateur du PIB ou l’indice des prix à la consommation au Sénégal).
• Les relevés sont effectués chaque mois. L’échantillon des séries est modifié chaque
année pour tenir compte de l’évolution des habitudes de consommation et d’achat
des ménages. Les effets qualité doivent aussi être considérés.
• De manière générale, on s’intéresse aux prix des B/S consommés par les ménages,
c’est à dire aux prix de détail. Les prix de gros, les prix à la production et les prix des
actifs immobiliers et financiers ne sont pas pris en considération.
• Dans le cas de l’Uemoa, les indices nationaux (dont les bases et les modalités de
calcul peuvent différer) sont retraités et pondérés afin d’obtenir un indice des prix à
la consommation harmonisé (IPCH).
MESURE DE L’INFLATION
• Variable nominale : variable exprimée en valeur, en prix courant
• Variable réelle : variable exprimée en prix constant (ou en volume). On parle
aussi valeur déflatée.
• Pouvoir d’achat : quantité de B&S qu’une unité monétaire ou une certaine
somme d’argent ou un revenu permet potentiellement de se procurer.
• Indice : un outil permettant de saisir les évolutions, dans le temps et dans
l’espace, des grandeurs économiques et de réaliser des comparaisons.
• Deux économistes, LASPEYRES et PAASCHE, ont proposé des indices
synthétiques différents pour mesurer l’évolution de la valeur d’un panier de
produits.
• Un autre indicateur courant pour mesurer l'inflation est le déflateur du PIB
CAUSES DE L’INFLATION
L’inflation par la demande
• Lorsque la demande de s’accroît mais que l’offre n’arrive pas à s’adapter à ce
surcroît de demande, les prix sont poussés à la hausse.
• Les entreprises mettent en œuvre des programmes d’investissement pour
accroître leur production et embauchent de nouveaux salariés, ce qui stimule
davantage l’activité économique et la demande globale des ménages. Tant que
les quantités produites ne parviennent pas à satisfaire la demande globale, le
processus de hausse des prix se poursuit.
• Cette situation est typique d’une économie qui sort d’une phase prolongée
de faible croissance ou même d’une récession.
CAUSES DE L’INFLATION
L’inflation importée
• Lorsque le taux de change d’une monnaie se déprécie par rapport au dollar
et/ou aux autres principales devises de facturation du commerce mondial (la
livre sterling, le yen et l’euro), le coût des produits importés augmente.
• Ce renchérissement des importations se répercute dans tous les secteurs de
l’économie et touche les ménages autant que les entreprises.
• Ce phénomène peut aussi avoir pour origine une forte hausse des cours des
produits énergétiques et agricoles sur les marchés mondiaux (conséquences de
la guère en Ukraine sur le prix du blé).
CAUSES DE L’INFLATION
L’inflation par excès de création monétaire
• Certains économistes soutiennent, à l’instar Milton Friedman, que : «
l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire » (Inflation et
système monétaire, 1976).
• Ils considèrent en effet que l’inflation apparaît parce que le stock de monnaie
circulant dans l’économie est trop important par rapport à la quantité de
biens et services offerts.
• C’est donc un excès de création monétaire par les banques commerciales ou
par le financement du déficit public par la banque centrale ( situation souvent
dénommée sous l’appelation « faire fonctionner la planche à billets ») qui est à
l’origine de l’inflation.
CAUSES DE L’INFLATION
Inflation structurelle
• Certaines mutations structurelles au sein de l’économie peuvent favoriser
l’inflation. C’est le cas d’une situation de monopole caractérisée par une
absence de concurrence, par exemple.
• D’autres raisons, purement psychologiques, pourraient aussi expliquer ce
phénomène. Imaginez qu’une entreprise vendant de la farine anticipe de très
mauvaises récoltes de blé. Elle augmentera donc les prix de sa marchandise
pour compenser la potentielle perte à venir.
EFFETS DE L’INFLATION MAL ANTICIPÉE
• L’inflation mal anticipée provoque un transfert de richesse des créanciers vers les
débiteurs, des épargnants vers les investisseurs par le canal du taux d’intérêt réel.
• Selon la relation de Fisher : 𝟏 + 𝒓 = (𝟏 + 𝒊) × (𝟏 – 𝒑) avec 𝒓 le taux d’intérêt
réel, 𝒊 le taux nominal, p le taux d’inflation constaté ou anticipé. Si on considère le
produit 𝒊 × 𝒑 comme négligeable, 𝒓ª = 𝒊 – 𝒑.
• Sur cette base si 𝒊 = 𝟓 %, 𝒑 = 𝟕 %, 𝒓𝒂 =– 𝟐 %, le pouvoir d’achat de ceux qui ont
prêté diminue, celui des emprunteurs augmente.
• Pour les keynésiens, ce transfert par les taux d’intérêt est positif dans la mesure
où il dynamise l’investissement et évite de s’installer dans une « société de
rentiers »
• Pour les libéraux, il est préjudiciable à long terme car il ne saurait y avoir
d’investissement sans épargne préalable : un taux d’intérêt réel négatif réduira,
selon eux, l’épargne à néant.
IMPORTANCE DU DIFFÉRENTIEL D’INFLATION EN
ÉCONOMIE OUVERTE
• Au niveau commercial, le pays qui fait plus d’inflation que ses partenaires
commerciaux perd de la compétitivité.
Imaginons deux pays A et B liés par un régime de change fixe ; la parité est
de 1 pour 1. Un entrepreneur du pays A vend un produit 𝑷 = 𝟏𝟎𝟎 et
l’entrepreneur de B le même produit 𝑷 = 𝟏𝟎𝟎.
Si on fait l’hypothèse que les coûts de transaction sont nuls,
l’entrepreneur de A exporte vers B à 100.
Si le pays A a un taux d’inflation annuel de 10 % et le pays B un taux de 20
%, l’entrepreneur de A vendra et exportera à 110 alors que B vendra à
120, le recul de la compétitivité de B est évident.
Cette inflation fait par ailleurs peser une menace sur la viabilité même
du régime de change…