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Cours N°3

Le cours de sociolinguistique variationniste, basé sur les travaux de W. Labov, explore la relation entre variations linguistiques et variables sociales. Il aborde différents types de variations, notamment diachronique, diatopique, diastratique, diagénique et générationnelle, soulignant que la langue est influencée par des facteurs géographiques, socioculturels, de genre et d'âge. L'objectif est de comprendre comment ces variations reflètent les dynamiques sociales et identitaires au sein des communautés linguistiques.

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Cours N°3

Le cours de sociolinguistique variationniste, basé sur les travaux de W. Labov, explore la relation entre variations linguistiques et variables sociales. Il aborde différents types de variations, notamment diachronique, diatopique, diastratique, diagénique et générationnelle, soulignant que la langue est influencée par des facteurs géographiques, socioculturels, de genre et d'âge. L'objectif est de comprendre comment ces variations reflètent les dynamiques sociales et identitaires au sein des communautés linguistiques.

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Sociolinguistique, 3ème année LMD, Section A/B

Cours/ TD n° III : Variation linguistique et variables sociales

Plan du cours :

III.1. La sociolinguistique variationniste (W. Labov)

III.2. Types de variations :

III.2.1. Variation diachronique

III.2.2. Variation diatopique (appartenance géographique)

III.2.3. Variation diastratique (appartenance socioculturelle)

III.2.4. Variation diagénique (genre ou sexe)

III.2.5. Variation selon l’âge et la génération

III.2.6. Variation diaphasique (situation de communication)

Objectifs :

- Faire connaître la sociolinguistique variationniste de W. Labov


- Connaitre et distinguer entre la variation linguistique et les variables sociales lui
correspondant

III.1. La sociolinguistique variationniste (W. Labov)

On considère le linguiste américain W. Labov comme le fondateur de la sociolinguistique. La


sociolinguistique était à ses débuts dite variationniste, puis elle a connu d’autres orientations
théoriques qui s’apparentent à des branches comme la sociolinguistique urbaine 1 (L. J. Calvet, T.
Bulot), la sociolinguistique interactionniste ou interactionnelle (J. Gumperz), la sociodidactique (qui
« se focalise sur l’école et ses discours dans leur variété et leur développement dans le temps »
Rispail). Pendant longtemps, en Europe surtout, on a qualifié la sociolinguistique d’inspiration
labovienne de dialectologie sociale c'est-à-dire l’étude de la variation linguistique entre les groupes
sociaux et entre les classes, les ethnies, les générations, etc. Le postulat général de ce courant est
que le fonctionnement communicatif humain est caractérisé par l’hétérogénéité et non pas
l’homogénéité. Autrement dit, la variation fait partie de la langue, c’est un principe de
fonctionnement des langues naturelles et le linguiste doit chercher les constances et variables
sociales de cette variation. Le projet de Labov était de rendre compte de la langue d’une
communauté linguistique à travers l’étude des variations ou variétés qui s’y trouvent. La notion de
« communauté linguistique » désigne ici l’ensemble des locuteurs d’une langue partageant des
évaluations (plus ou moins implicites) quant aux usages de cette langue. Dans cette approche, il
s’agit, sur la base d’un constat de variation, de diversifier les pratiques et les formes linguistiques

1
Cette branche de la sociolinguistique s’est développée par rapport au phénomène d’urbanisation. J. L. Calvet y
distingue trois courants : le premier s’intéresse à la description de la situation des langues dans une ville ; le deuxième
décrit la ville telle qu’elle est dite par ses habitants ; le troisième s’intéresse aux parlers des jeunes, à la production et à
la créativité lexicale de ces derniers.

1
d’une même langue et de mesurer la valeur sociale et l’impact de ces pratiques sur la dynamique
des situations linguistiques. Selon Boyer (1996 : 36), Labov propose non pas « une linguistique
mais une méthode ». Ses recherches vont s’articuler donc autour des aspects de l’hétérogénéité de la
structure linguistique, sa variation, sa diffusion, et les changements qu’elle subit par l’effet d’ « une
force sociale immanente au changement » (Labov, 1976 : 47). Le changement en cours est la
première enquête de W. Labov2 (l’ile de Martha’s Vineyard, 1961-1962) où il s’agissait de situer la
variation, comprendre sa diffusion et évaluer sa régularité.

La sociolinguistique variationniste s’intéresse à l’étude de la co-variance entre variations


linguistiques et structures, paramètres, variables sociales (stratification sociale de la langue). Elle
porte sur l’analyse des variations linguistiques (phonétique, lexicale, grammaticale, syntaxique,
etc.) et les variables sociales leurs correspondant (origine géographique, âge, sexe, origine
socioculturelle, etc.). Pour elle, les variations linguistiques peuvent être géographiques mais aussi et
surtout, elles peuvent avoir un sens stylistique et social dans la mesure où certaines variations
peuvent s’expliquer par les aspirations sociales des locuteurs ainsi que leur position et les forces
sociales. Son objectif c’est donc de rechercher des corrélations entre les traits ou changements
linguistiques et les traits sociologiques.

A la suite de Calvet, on entend par variable l’ensemble constitué par les différentes façons de
réaliser la même chose (un phonème, un signe …) et par variante chacune de ces façons de réaliser
la même chose.

III.2. Types de variations :

Pour la sociolinguistique, la langue dans la société ne se présente jamais sous un seul et même
aspect, sous une seule et même forme ou norme. Tout le monde ne parle pas de la même manière à
tout le monde, à propos de tout objet, avec les mêmes mots, les mêmes tournures, accents, partout et
toujours. Remise dans la société qui la crée et la façonne continuellement, la langue n’est pas
homogène ni dans le temps, ni dans l’espace et se présente toujours sous plusieurs formes ou
normes selon les variables sociales et les situations de communication : ce sont des usages.

Les langues changent et évoluent tous les jours mais à ce changement diachronique s’en ajoute un
autre synchronique. En effet, on peut sans cesse repérer dans une même langue la coexistence de
formes différentes pour un même signifié.

III.2.1. Variation diachronique

Ce type de variation renvoie aux changements qui surviennent dans une langue à travers son
évolution selon les différentes époques. Cette variation permet de constater les changements selon
qu’ils sont perçus comme plus au moins anciens ou récents. Par exemple, le français du XVII siècle,
n’est pas le même français parlé aujourd’hui. Cette langue a subi plusieurs changements (lexicaux,
phonétiques, syntaxiques, morphologiques, etc.) depuis cette époque jusqu’à nos jours.

Sur le plan de l’orthographe par exemple, « hôpital », « forêt » s’écrivaient autrefois « hospital »,
« forest ». C’est pourquoi l’apparition d’un accent circonflexe sur un mot est généralement le signe

2
La deuxième enquête, menée à New York, a porté sur la stratification sociale du r et les aspirations des sujets parlants.
La troisième enquête, menée à Harlem, a porté sur le vernaculaire dit noir américain.

2
de la présence antérieure d’un « s » qui a disparu, et qui est présent toujours dans des formes
adjectivales comme : « hospitalier », « forestier », « estival », « festival », etc.

III.2.2. Variation diatopique (géographique)

On parle de variation géographique lorsque des locuteurs de la même communauté linguistique


présentent des réalisations phonétiques, lexicales, syntaxiques ou lexico-sémantiques différentes
selon leur origine ou région géographique. Cette variation qui joue sur l’axe géographique est
souvent synchronique. En effet, dans les études variationnistes, l’origine géographique est l’élément
de différenciation sociolinguistique le plus important et le plus évident parce qu’il est plus facile à
décrire et à quantifier notamment lorsqu’il s’agit des variations phonétiques. Ce type de variation
permet de localiser l’appartenance géographique, rurale ou urbaine du locuteur. L’exemple qu’on
peut donner à propos de la variation phonétique ce sont les deux réalisations du phonème [r] en
français : [R] articulation standard (région parisienne) et [r] « roulé » (sud de la France). On peut
aussi donner l’exemple du phonème [q] qui présente une variable dans l’arabe dialectal algérien et
qui se réalise différemment d’une région à une autre selon les variantes suivantes : [gal], [aal],
[qal], [kal]. Mon parler est situable géographiquement parce que, par exemple, j’évolue dans une
région de Kabylie qui réalise pour signifier « lune ou croissant » [ajur] là où d’autres réalisent
[agur] ; [ywga], [ywa], [ywba] (cuit) [xali]/[xayi] (mon oncle) ; [ato]/[aḍo] (le vent), [atar]/[aḍar] (le
pied), etc. Il va de même pour la négation qui se réalise différemment d’une région à une autre :
[ara], [ani] et [ula].

Il faut souligner que la variation diatopique ne concerne pas seulement les sons d’une langue mais
aussi son lexique et sa syntaxe. Ainsi un objet comme la serpillière, pièce de chiffon pour nettoyer
le sol, peut aussi s’appeler la ponosse (Savoie), la wassingue (dans le Nord), le torchon (dans l’Est),
la since (dans le Sud-Ouest). En France, on dit « voiture » ; au Québec (Canada), on dit « char ».

III.2.3. Variation diastratique (appartenance socioculturelle)

L’appartenance socioculturelle du locuteur se fait identifier à travers l’usage qu’il fait de la langue,
ou à travers son accent et ses pratiques langagières. Raison pour laquelle on dit que lorsqu’on ouvre
la bouche on lève le voile sur son identité socioculturelle.

On parle donc de variation diastratique ou sociolectale lorsque c’est l’origine sociale,


l’appartenance à tel milieu socio-culturel qui est en cause. On considère généralement que les
locuteurs issus de milieux/classes défavorisées présentent des réalisations phonétiques, syntaxiques,
lexico-sémantiques qualifiées par la classe dominante de "populaires", "familières" voire de
"vulgaires" servant de marqueurs de l’appartenance socioculturelle. Mais cette dichotomie de milieu
aisé et non aisé semble plus complexe car au sein des deux espaces, d’autres facteurs produisent
d’autres comportements. En ce sens, Basil Bernstein dans ses travaux sur l’échec scolaire
(sociologie de l’éducation) a défini deux codes selon que l’enfant évolue en milieu défavorable ou
favorable : code élaboré/code restreint. En soumettant à des enfants issus des deux milieux une
même bande dessinée muette à lire, ceux du premier (classe défavorisée) produisent un texte
difficile à comprendre et ceux du deuxième (classe favorisée) un texte cohérent :

-« ça joue, ça tire le ballon, ça casse ». (Code restreint)


- « Les enfants jouent au ballon, tirent et brisent la vitre de la fenêtre ». (Code élaboré)

3
Par ailleurs le « français populaire », la langue des banlieues et des cités en France sont des
désignations qui témoignent d’usages et de formes spécifiques qui correspondent à des milieux ou
classes socioculturelles. Ces formes s’écartent du français standard, non conformes au "bien parler",
à la norme établie ou à l’usage commun habituel.

En français populaire, en plus d’une prosodie spécifique et d’une tendance au moindre effort, on
réalise « bagnole », « chiottes », « balaise », « baraque », « se barrer », « piger » à la place des mots
du français courant « voiture », « toilettes », « costaud », « maison », « partir », « comprendre »…
En langue des banlieues, on réalise « ouf », « chelou », « meuf », « keum », « reubeu » à la place
des mots du français courant « fou », « louche », « femme », « homme », « arabe »….

III.2.4. Variation diagénique (genre ou sexe)

Au sein de la communauté linguistique, le sexe du locuteur peut être considéré comme une variable
dans la mesure où le changement linguistique peut être lié au genre. En effet, lors de sa célèbre
enquête à New York, Labov a observé que les femmes, « plus sensibles [que les hommes] aux
modèles de prestige », « utilisent moins de formes stigmatisées (considérées comme fautives), en
discours surveillé » (H. Boyer, 2001 : 31). De nombreuses enquêtes démontrent que les femmes
sont parfois en avance d’une génération quant au changement linguistique.

La variable sexe peut nous montrer l’existence d’attitudes différentes des hommes et des femmes
face l’utilisation sociale de la langue. Dire par exemple en français les toilettes, les chiottes, les w-c
ou les petits coins manifeste une variable par rapport au sexe des locateurs. En effet, les hommes
ont tendance à dire chiottes et w-c, et les femmes toilettes et petits coins. On voit bien avec ces
exemples que le choix des mots est lié à un comportement social et les femmes sont plus promptes à
adopter la langue ou la prononciation légitime (P. Bourdieu). Elle serait plus soucieuses quant au
respect de la norme autorisée par les canaux officiels (l’école, l’académie, les grammairiens, etc.)
Ce qui est aussi attesté dans les pays du Maghreb où les locutrices francophones actualisent
généralement [R] (renvoyant à la norme centrale et perçu comme prestigieux) là où les locuteurs
francophones réalisent [r] (transgression de la norme). Les femmes auraient tendance à pratiquer
l’hypercorrection, c’est-à-dire une prononciation au respect du phonétique admis, révélatrice d’une
certaine douceur voire de docilité. A l’inverse, les hommes exprimeraient leur virilité et
matérialiseraient leur "agressivité" au travers d’un choix phonétique et lexical particulier.
Cependant cette prononciation n’est pas systématique car il y a des filles qui le roulent et des
garçons qui le grasseyent. Donc ce phénomène n’est pas dû à une raison physiologique mais relève
plutôt du social et du rapport qu’on a avec la langue concernée.

Dans certains villages de Kabylie, les femmes disent /Reppi/ (Dieu) là où les hommes disent
/Rebbi/. A Alger, par exemple, les locutrices algéroises disent [qhiwa], [sghiwar] là où les locuteurs
algérois disent [qahwa], [sghir].

III.2.5. Variation selon l’âge et la génération

L’âge est un autre facteur de variation au sein de la communauté linguistique. L’appartenance à une
certaine génération d’usagers de la langue influence notre façon de parler une langue. En termes
simples, les enfants, les parents et les grands-parents parlent la même langue, dans leurs pratiques
langagières ressortent des différences d’ordre lexical, phonétique et syntaxique les jeunes. Le

4
français « ado » par exemple ne distingue que rarement entre /brin/ et /brun/ ; des mots comme
« ami » et « camarade » sont remplacés par « pote » et « copain ». Les jeunes se soulagent aux
« petits coins », « chiottes », les moins jeunes aux « toilettes » et les plus âgés aux « lieux ».

On peut donner également ici l’exemple du « français des jeunes » qui se distingue par des procédés
et caractéristiques phonétiques, syntaxique et surtout lexicales spécifiques. Ce parler recourt à
plusieurs procédés comme la troncation, la siglaison. Exemples : « dég » pour « dégueulasse »
(apocope), « leurleur » pour « contrôleur »/ « zic » pour « musique » (aphérèse).

La verlanisation (parler à l’envers : inversion des syllabes et parfois des ajouts) est le procédé le
plus emblématique de ce parler des jeunes. Exemples : « ripa », pour « Paris », « rifleu » pour
« fleuri », « togué » pour « ghetto », « relou » pour « lourd », etc. Une fois ces mots verlanisés et
rentrent dans l’usage commun, ils peuvent subir une autre vernalisation pour conserver leur
fonctionnement codé. C’est le cas de : « arabe » devenu « beur » puis « rebeu », « femme » devenu
« meuf » puis « femeu ».

Ce parler est caractérisé également par une certaine "violence"(« exploser » pour signifier
« frapper » et "vulgarité" verbale, constructions métaphoriques qui donnent lieu parfois à une
"animalisation" des êtres. A titre d’exemple « une fille » devient « une souris, une belette ».

III.2.6. Variation diaphasique (situation de communication)

Les retombées de la situation de communication sur la forme et l’usage de la langue sont


nombreuses. On n’utilise pas la même forme de langue avec tout le monde, partout et pour dire tout.
Selon le contexte et le sujet de l’échange, etc., la forme de langue change et/ou est adaptée. On ne
dit pas, par exemple, « bonjour mon pote » à son supérieur hiérarchique.

Ici c’est la situation de communication, de discours donc qui est responsable de variations
linguistiques. La situation de communication correspond à des situations ou genres de discours qui
se répartissent globalement en cadre formel/informel qui donne lieu à des registres (familier,
courant, soutenu) ou des styles différents (usuel, administratif, etc.). La « conversation » entre amis
est un genre de discours qui correspond à un cadre informel de communication, registre familier.
Un « cours magistral » correspond à un cadre formel où l’on est tenu d’employer les mots, les
tournures du registre courant ou soutenu et où l’échange est plus ou moins contraint et ritualisé.

Selon la situation ou le genre de discours, on dit « mort », « habite », (parler, registre usuel) ou
« décédé », « domicilié » (registre administratif).

Pour rendre compte de la diversité des usages de la langue, on a créé des termes en -lecte :
« sociolecte » pour désigner le parler d’une catégorie sociale bien déterminée, « idiolecte » celui de
certains individus, « technolecte » celui d’un domaine technique et professionnel quelconque….

Ce cours est une synthèse adaptée de :

BOYER Henri, 2001, Introduction à la sociolinguistique, Dunod, Paris.


CALVET Louis-Jean, 1993, La sociolinguistique, PUF, Paris.
MOREAU Marie-Louise (éd.), 1997, Sociolinguistique. Concepts de base, Mardaga.
SINI Chérif, 2015, Cours de sociolinguistique, L’Odyssée, Tizi-Ouzou.

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