*I.
E-santé*
L'OMS définit la e-santé comme l'utilisation rentable et sûre des
technologies de l'information et de la communication à l'appui de la santé
et des domaines connexes, notamment les services de soins de santé, la
surveillance de la santé, la documentation sanitaire, ainsi que l'éducation,
les connaissances et la recherche en matière de santé.(1)
L'adoption de l'e-santé promet un certain nombre d'avantages potentiels
pour le système de santé, notamment une efficacité accrue des soins de
santé, une amélioration de la qualité des soins, une réduction des coûts,
une amélioration des structures de gouvernance du système de santé, ce
qui permet d'étendre la fourniture de soins de santé au-delà des limites
traditionnelles.(2)
La telenursing, étant une branche de l'e-santé, se définit par l'utilisation
des technologies électroniques et de communication à des fins de
diagnostic médical, de surveillance et thérapeutiques lorsque la distance
et/ou le temps séparant les participants.
L’OMS qualifie la télémédecine de « guérison à distance » et la définie par
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1997 comme « la partie de
la médecine qui utilise la transmission par télécommunication
d’informations médicales (images, comptes rendus, enregistrements, etc.),
en vue d’obtenir à distance un diagnostic, un avis spécialisé, une
surveillance continue d’un patient ou l’enseignement de pratiques
médicales, ou de réaliser des prestations médicales à distance. » En
France, la télémédecine a été définie dans l’article 78 de la loi n°2009-879
du 21 juillet 2009 et précisée par le décret du 19 octobre 2010. Ce texte
décrit les 5 actes constitutifs de la télémédecine : téléconsultation,
téléexpertise, télésurveillance médicale, téléassistance médicale, réponse
médicale apportée dans le cadre de la régulation médicale.
La télémédecine utilise les conversations téléphoniques et les
technologies de l’information et de la communication (TIC) pour fournir
des soins infirmiers à distance. La télémédecine répond à la pénurie
croissante d’infirmières et maintient le contact avec les patients après leur
sortie de l’hôpital pour des résultats optimaux. Cette approche est
particulièrement bénéfique pour les patients qui vivent loin des cliniques
de soins de santé ou qui sont confrontés à de longs délais d’attente pour
les rendez-vous chez le médecin (Mohsen 2020).
Cette forme d’exercice de la médecine dont le développement est
aujourd’hui en pleine expansion constitue un radical changement par
rapport à la prise en charge médicale qui reste principalement réalisée sur
place. En 2020, la télémédecine fait partie intégrante de l’exercice de la
médecine en France depuis la promulgation de la loi du 13 août 2004
autorisant la réalisation d’actes médicaux par télémédecine abrogeant par
la même occasion l’interdiction de l’exercice médical à distance. Cette
législation constituait un véritable changement avec le dogme en vigueur
depuis la nuit des temps selon lequel la prise en charge médicale ne
pouvait pas être réalisée à distance parce qu’il était considéré qu’il était
impossible de se passer de la vue, du toucher, et de l’intense
communication non verbale qui enrichit l’échange singulier avec le
patient. Il a fallu attendre les années 1970 pour que le terme de
télémédecine soit introduit pour la première fois par Thomas Bird.
Néanmoins, l’histoire de la télémédecine, dont le terme provient sur le
plan de l’étymologie grecque de « télos » qui signifie en grec « à distance
» et de « medicus » qui signifie en latin « relatif au médecin », est
ancienne puisqu’elle a débuté au cours de l’Antiquité. En effet, dans un
souhait de contribuer à l’amélioration de la qualité de leurs soins, les
médecins ont cherché à améliorer leurs nouvelles techniques aux
domaines médicaux dans un souci d’amélioration des soins. Nous allons
voir qu’il y a un véritable parallélisme entre ces faits et l’accélération des
innovations technologiques et les innovations médicales.
La télésanté est devenue de plus en plus répandue, révolutionnant la
prestation de soins de santé en tirant parti de la technologie pour fournir
des services médicaux et des consultations à distance. Elle offre
commodité, accessibilité et la possibilité d’atteindre les populations mal
desservies, ce qui en fait un outil précieux pour améliorer les résultats des
soins de santé (Gajarawala et Pelkowski, 2021).La télémédecine est une
composante de la télésanté dans laquelle les infirmières utilisent
l’information, les systèmes de communication et Internet pour répondre
aux besoins de santé des patients et fournir l’assistance nécessaire à
distance (Khraisat et al., 2023). Il s’agit d’une méthode qui modifie la
manière dont les services de soins professionnels sont fournis. Dans la
pratique infirmière à distance, les infirmières maintiennent les aspects
fondamentaux des soins infirmiers, notamment l’évaluation, la
planification, l’intervention et l’évaluation des résultats infirmiers, tout en
tirant parti de technologies telles qu’Internet, les ordinateurs, les
téléphones, les outils d’évaluation numériques et/ou les dispositifs de
surveillance à distance. Internet, par exemple, fournit une plateforme
permettant aux infirmières et aux patients de se connecter à distance. Les
infirmières peuvent également se connecter aux patients en utilisant des
appels vocaux pour fournir des instructions médicales et répondre aux
demandes de renseignements (Dunn et al., 2022). La messagerie texte
peut être utilisée pour une communication et une réponse rapides. De
plus, les dispositifs de surveillance à distance peuvent suivre à distance
les signes vitaux et/ou d'autres mesures physiologiques (Serrano et al.,
2023). En réalité, la technologie continuera de transformer la façon dont
les soignants travaillent. Elle peut également améliorer l’accès aux soins
de santé et les résultats pour les patients tout en réduisant les coûts des
soins de santé dans un large éventail de problèmes et de situations de
santé.
Le Conseil international des infirmières a dentifié les soins infirmiers
comme le plus grand fournisseur de services de santé de première ligne
au monde (ICN, 2020). Le nursing téléphonique (TN) est la prestation de
soins infirmiers par téléphone et implique l’identification, l’évaluation et la
gestion des besoins des patients. Cela comprend le triage téléphonique,
les conseils infirmiers et la gestion des soins (Greenberg, 2009). TN est
une plate-forme de soins en croissance rapide et c’est souvent la première
instance d’assistance médicale et d’aide et c’est un outil important pour
réduire l’utilisation inutile des soins de santé et pour optimiser la
distribution des ressources de soins de santé (Martinsson & Gustafsson,
2018).
DES SIGNAUX DE FUMÉE AUX PIGEONS VOYAGEURS
Depuis la naissance de l’écriture cunéiforme à Sumer au sud de la
Mésopotamie, emplacement de l’Irak actuel, vers -3400/-3300, les
médecins ont utilisé des courriers sur des tablettes pour communiquer
avec leurs confrères situés à distance. Une missive datant de 1239 av. J.-C.
fait état d’une demande de l’envoi de médecins égyptiens du pharaon
Ramsès II par le roi hittite Hattusili III afin de traiter la stérilité de sa sœur
(4). Dès l’Antiquité, les hommes ont utilisé d’autres canaux de
communication que les courriers écrits comme les signaux de fumée et la
réflexion de la lumière pour délivrer des informations faisant état de la
mise en quarantaine d’une cité en raison d’une épidémie.
Les tribus indiennes américaines envoyaient des signaux de fumée pour
informer leurs membres de l’existence et la propagation de calamités
médicales et d’événements sanitaires. Le fumée blanche signifiait :
bonheur, victoire, paix, bonne médecine. Au Moyen-Âge, des signaux de
fumée annonçaient la prorogation de la peste bubonique (5). Les
navigateurs ont eu l’idée de mettre en place d’abord un système de
pavillons hissés aux mâts pour informer les autres navires des certains
dangers. Ils ont ensuite adopté au XVIIIᵉ siècle un code international des
signaux maritimes, avec des pavillons ayant chacun un sens précis. C’est
ainsi que depuis le XVIIIᵉ siècle, la pavillon jaune signale la présence d’une
maladie contagieuse à bord (6).
On considère que les échanges épistolaires entre les médecins et les
patients constituaient déjà une forme de télémédecine. Au XIIᵉ siècle,
Moïse Maïmonide a réalisé à la demande de nobles égyptiens deux
ouvrages sous la forme d’une monographie sur l’asthme et les
hémorroïdes dont il souffrait. À l’époque, ce médecin et éminent
talmudiste pondérait ces propos en précisant les limites du fait de ne pas
avoir pu examiner ces patients (7).
Le système de télémédecine le plus original est celui mis au point en 1899
par un médecin français d’origine russe, Samuel Kaplan, qui exerçait en
milieu rural à Janville (Eure-et-Loir) à la fin du XIXᵉ siècle. Il a eu l’idée de
remettre des pigeons voyageurs aux familles des malades dont l’état était
préoccupant afin qu’ils soient libérés avec un message écrit afin qu’il
puisse être tenu au courant de l’évolution des troubles (8).
DU TÉLÉGRAPHE AU TÉLÉPHONE
L’invention du télégraphe électrique et du téléphone, qui préfigurent la
télémédecine moderne, ont permis un accroissement considérable de la
transmission des informations sur des longues distances. C’est le 13
octobre 1832, sur le bateau qui le ramenait aux États-Unis, qu’un artiste
peintre, Samuel Morse (1791-1872), a eu l’idée de mettre au point un
système de transmission électrique de messages en utilisant une machine
émettant des signaux codés qui étaient retranscrits en parallèle sur une
bande de papier à l’aide d’un code mis au point avec son collaborateur
Alfred Lewis Vail. Ce n’est qu’en 1845 que 12 ans d’une longue et
minutieuse travail de recherche qu’il a réussi à envoyer le premier
message officiel du télégraphe Morse à 80 km grâce à une ligne
télégraphique. Le succès de ce outil de transmission a rapidement été
planétaire surtout après 1858 après l’installation de la première liaison
télégraphique reliant l’Amérique et l’Europe grâce à un câble tendu entre
Terre-Neuve à l’Irlande.
Pendant la guerre américano-civile, le télégraphe a été utilisé par les
blessés sur les champs de bataille. Le 6 février 1876, Alexander Graham
Bell a déposé un brevet sur le téléphone, un outil de communication
révolutionnaire qui, à la différence du télégraphe, permettait la
transmission directe de la voix d’un interlocuteur à un autre, et donc son
déploiement progressif dans la médecine. Dès le début du XXᵉ siècle, le
téléphone était l’outil facilitant la communication rapide entre médecins et
patients ou entre praticiens spécialisés. Très rapidement, les principaux
hôpitaux et les cabinets médicaux se sont équipés de téléphones.
Au cours des années 1900, l’amélioration du réseau téléphonique, la
création de numéros de téléphone et la multiplication des téléphones ont
entraîné des changements dans l’exercice de la médecine. Le téléphone
est devenu l’instrument essentiel de l’exercice médical à partir de cette
période. Les médecins utilisaient le téléphone pour délivrer des conseils
médicaux à leurs patients ou à leurs confrères situés à distance.
Le London Téléphone Service a eu l’idée de mettre au point en 1937 un
numéro d’appel des secours en cas d’urgence médicale : le 999 (10).
Plusieurs pays, dont les États-Unis ont adopté en 1968 le 9-1-1 qui
permettait un accès cohérent et plus rapide aux soins médicaux
d’urgence. En France, le 15, numéro gratuit d’appel national pour les
urgences médicales a été créé en 1978 à la suite d’un décret
interministériel.
Le téléphone portable a été inventé par un ingénieur américain Martin
Cooper le 3 avril 1973 mais a commencé à être commercialisé en 1983. Le
téléphone portable a entraîné un changement radical dans l’exercice de la
médecine, en particulier après les années 1990 avec le marché de
modèles de plus en plus petits et surtout la commercialisation des
smartphones au début des années 2000.
L’histoire montre que les lignes téléphoniques ont aussi vu être utilisées
autrement que par la voix. Willem Einthoven (1860-1927) qui avait inventé
le premier électrocardiogramme le 18 novembre 1902 a eu l’idée de
mettre au point le 22 mars 1905 le « télécardiogramme » qui permettait la
transmission d’un électrocardiogramme par une ligne téléphonique de son
laboratoire à l’hôpital situé à une distance de 1,5 kilomètre (11). Il envoie,
reçoit, interprète et renvoie un message toujours par ligne téléphonique.
Cet événement est souvent considéré le premier acte de télémédecine. En
1948, l’équipe de »Gershon-Cohen et al. a réalisé la première transmission
d’image radiologique par téléphonie entre West Chester et Philadelphie sur
une distance de 24 miles, par l’intermédiaire d’une ligne téléphonique, qui
a été nommé « teleradiology » -- une association de trois termes « tele »,
« roentgen », et « diagnosis » (12).
En 1959, Albert Jutras un radiologue canadien a mis au point un système
qui permettait de transmettre des images de fluoroscopie par un câble
coaxial entre l’Hôpital Jean-Talon et l’Hôtel-Dieu de Montréal (13). En 1965,
il est rapporté la transmission de radiographies d’un navire à un service
situé à distance (14).
Le télécopieur ou télécfax, plus couramment appelé « fax » qui convertit
l’image d’un document en impulsions électriques et les transmet à
distance a été inventé en 1842 par le Franco-suisse Bain, qui l’a appelé
bain de télégraphe. Toutefois, il a fallu attendre 1983 (15) pour que le
télécopieur soit largement utilisé dans les hôpitaux. Les premières
applications de télémédecine par télécopieur ont été utilisées pour
transmettre des images radiologiques et des comptes rendus de
laboratoire.
*De la Radio à la Télévision*
L’inventeur et physicien italien Guglielmo Marconi (1874-1937) a mis au
point le premier système de transmission par liaison télégraphique sans fil
de 1,5 km dans les Alpes suisses. Six ans plus tard, le 12 décembre 1901,
il a obtenu la célébrité en réalisant la première transmission radio au-
dessus de l’océan Atlantique, entre son laboratoire de Poldhu, dans les
Cornouailles anglaises, et Saint-Jean-de-Terre-Neuve. Il a fallu attendre
1920 pour que soit créé par l’Institut d’Église des marins de New-York le
premier service de téléassistance médicale qui distillait des conseils
médicaux aux bateaux par moyen de ce système de transmission d’abord
appelée « télégraphie sans fil » (TSF). En 1935, le professeur de médecine
Guido Guida (1897-1969) a créé la première radio d’assistance médicale
internationale à son domicile : Il Centro Internazionale Radio Medico
(CIRM) (16). Ce centre basé à Rome fournissait gratuitement par radio une
assistance médicale 24 heures sur 24 aux marins de toutes les nationalités
qui naviguaient sur tous les océans. Ce centre a proposé dans les années
50 une assistance médicale d’urgence à des zones isolées des îles
italiennes. Entre 1935 et 2015, 81,016 patients ont bénéficié de cette
assistance par le CIRM (17). Les centres de téléassistance médicale
d’urgence ont été repris par les Français qui ont créé le CCMM (Centre de
Consultations Médicales Maritimes) en 1983 et par les Américains qui ont
créé le TMAS (TeleMedical Assistance Service) aux États-Unis en 1950 (18).
L’idée de la télévision appliquée pour un avenir à la télémédecine a
commencé à être envisagée très tôt comme le prouve la couverture du
magazine « Radio News » d’avril 1924 dont le titre est « The Radio Doctor
– Maybe » (19). Ce titre est accompagné de l’image d’un médecin qui
examine un patient à travers son téléviseur muni de microphone
permettant de transmettre la voix et d’un stéthoscope à distance. C’était
une conception futuriste de la médecine à distance. Les premières
expériences par ondes de télévision et de radio ne faisaient que confirmer
cette vision.
Les premières expériences par l’écossais John Baird en 1926 ont eu pour
conséquence le développement de la télévision dans les années 30 et son
application en télémédecine (5). En 1955, Wittson et Schwan (1958) du
Nebraska Psychiatric Institute (USA) de Omaha ont commencé à utiliser la
télévision pour des consultations psychiatriques à distance (20). En 1959,
Cecil Wittson a utilisé la télévision pour des consultations psychiatriques
entre l’Hôpital de Norfolk State Hospital distant de 112 miles (20). Cecil
Wittson a également eu l’idée d’utiliser ce système de téléconsultation
pour la médecine des détenus
DE LA NASA AUX TRIBUS INDIENNES
C’est grâce aux travaux de la NASA (National Aeronautics and Space
Administration) engagés dans la « conquête de l’Espace », que la
télémédecine a pu prendre un fantastique tournant dans son
développement. Des budgets importants ont été investis pour mettre au
point du matériel de télémédecine principalement destiné aux hommes
dans l’espace dans le cadre du programme IMBLMS (Integrated Medical
and Behavioral Laboratories and Measurement Systems) (27). Dans un
second temps, la NASA a financé des programmes de télémédecine
permettant de valider les équipements médicaux élaborés pour assurer à
la fois un suivi médical à distance des astronautes mais aussi à distance
des populations isolées (28). C’est ainsi que les ingénieurs de la NASA ont
rapidement mis en évidence la possibilité de décliner les outils
technologiques qui avaient été mis au point dans le cadre de la conquête
de l’Espace (29). Les systèmes novateurs mis au point par les ingénieurs
de la NASA pour surveiller la santé des astronautes ont donc été adoptés
avec succès par l’armée américaine pour apporter des soins aux GI
engagés dans la guerre du Vietnam ainsi qu’aux marins de l’US Navy
isolés sur leurs navires. Dans ce contexte, la NASA a mis en place un
projet original dénommé le Space Technology Applied to Rural Papago
Health Care (STARPAHC) destiné à assurer une prise en charge des
Amérindiens de la réserve de Papago située dans le sud de l’Arizona sur le
modèle des astronautes en orbite (30). La réussite de ce programme de
télémédecine qui a été réalisé par la NASA en collaboration étroite avec la
Lockheed Corporation et l’US Indian Health Service a encouragé le
développement d’autres projets de ce type au Canada (31). Toutefois,
l’intérêt que suscitait la télémédecine était freiné en raison de l’absence
d’outils technologiques de communication performants qui ne
permettaient pas la transmission des données médicales de manière
satisfaisante comme l’ont souligné les médecins réunis pour en apprendre
sur l’internationalisation de la télémédecine qui a eu lieu à Ann Arbor dans
le Michigan en 1973 (32).
À LA SUITE DU TREMBLEMENT DE TERRE EN ARMÉNIE
Au milieu des années 1980 à l’occasion des tremblements de terre qui ont
eu lieu d’abord au Mexique en 1985, puis en Arménie soviétique en 1988,
la NASA a mis en place un système performant de télémédecine pour
permettre une prise en charge des victimes (33). Les résultats concluants
obtenus par la NASA notamment en Arménie ont fait prendre conscience
de l’intérêt que pouvait avoir la télémédecine dans le renforcement de la
coopération médicale internationale (34). La NASA a cherché à en tirer des
enseignements et à circonscrire les défis technologiques qui restaient à
résoudre pour que la télémédecine puisse être adoptée sur une large
échelle. Les ingénieurs de la NASA ont compris que la télémédecine soit
performante plusieurs conditions devaient être réunies : mise au point
connexion vidéo multi-site sur plusieurs fuseaux horaires, formation d’un
personnel médical et paramédical doté de compétences techniques
appropriées et surtout mise au point d’un système efficace de
transmission rapide des informations médicales sans faille sécuritaire. Tous
ces défis ont été relevés grâce au développement des liaisons par satellite
et surtout grâce à l’essor d’internet qui a constitué le chaînon manquant
qui permettait d’assurer les échanges quasi instantanés d’informations et
d’images fixes haute résolution dans le monde entier (35). L’agence
spatiale russe Roscosmos (RKA) a également développé des travaux de
télémédecine extrêmement novateurs. À partir du début des années 1990,
il y a eu une multiplication des projets de télémédecine destinés à assurer
la prise en charge médicale des populations particulières isolées telles que
les soldats en mission, les chercheurs des stations scientifiques éloignées
dans l’Arctique et l’Antarctique ou les prisonniers des établissements
carcéraux (36). Ces programmes ont été mis en place dans un premier
temps dans les pays disposant de vastes territoires avec une faible
démographie médicale comme l’Australie, le Canada, les pays nordiques
mais aussi les États-Unis. La radiologie a été la première spécialité
médicale à utiliser des systèmes de téléradiologie pour recevoir des
images pour des consultations de télémédecine (37). En 1974,
Gravenstein et al ont été réalisé le premier programme de télémédecine
en anesthésie (38). Le monitorage à distance d’un défibrillateur cardiaque
par téléphone a été activé dans le Jewish Hospital de Saint Louis dans le
Missouri pour la première fois le 25 juin 1989 (39). La télédématologie a
été introduite en 1995 par Perednia et Brown dans une zone rurale de
l’Oregon (États-Unis) où il y avait une pénurie de dermatologues (24). Le
développement des programmes de télémédecine a été favorisé en
grande partie par la miniaturisation des dispositifs de télécommunication
qui permettent de transmettre des informations à des médecins situés à
des milliers de kilomètres. En France, quelques études se sont illustrées
dans des recherches très novatrices et originaux en télémédecine. Le
professeur Philippe Arbeille a mis au point au CHU de Tours un monitorage
fœtal à partir de sonde échographiques permettant de suivre des
grossesses à distance (40) (Figure 3). Ce dispositif d’échographie
réalisable à distance a été validé dans une étude réalisée par Thomas
Pesquet le 18 avril 2017 au cours de laquelle il a réalisé un examen
d’échographie entièrement téléguidé depuis le sol à bord de la station
spatiale internationale. Dans la même série de recherches de
téléchirurgie, l’équipe du professeur Marescaux a réalisé une opération de
chirurgie laparoscopique sur un patient situé à Strasbourg depuis New
York, réalisée le 7 septembre 2001 sous le nom de Lindbergh Operation en
référence en souvenir de la première traversée transatlantique du célèbre
aviateur américain a permis de démontrer la faisabilité d’un acte
chirurgical à distance, en toute sécurité. Dans le cadre de l’Institut de
Recherche contre les Cancers de l’Appareil Digestif (IRCAD) qu’il a créé en
1994, le professeur Marescaux a fondé l’EITS (European Institute of
Telesurgery) destiné à développer les projets de téléchirurgie. L’équipe du
professeur Jacques Marescaux au sein de laquelle collaborait le professeur
Hervé Marescaux a également fondé l’université virtuelle Websurg dédié à
la formation médico-chirurgicale continue, spécialisé dans les techniques
opératoires de chirurgie mini-invasive (42,43,44). Ce site de référence
mondiale pour le e-learning en chirurgie mini-invasive est disponible en 7
langues et sur tous types de supports (ordinateur, téléphone, Apple TV,
etc.).
La pénurie mondiale d’infirmières était largement connue. L’Organisation
mondiale de la santé (OMS) a publié son premier rapport « État des soins
infirmiers dans le monde » en 2020, qui révélait que 27,9 millions
d’infirmières travaillaient dans le monde et prévoyait une pénurie de 5,9
millions d’infirmières. Les données ont révélé que les pays à revenu faible
et intermédiaire inférieur représentaient 89 % de ces pénuries
d’infirmières, avec des différences régionales importantes [ 21 ]. De plus,
la plupart des pays sont aujourd’hui confrontés à de nombreux problèmes
de santé, notamment les maladies pandémiques et la guerre, une
population âgée croissante, le besoin de soins à domicile et un manque de
personnel infirmier pour les services de soins directs aux patients à
domicile ou à distance [ 14 , 18 , 22 ]. Avec le besoin croissant de
professionnels infirmiers, la télémédecine est envisagée comme un moyen
de répondre aux exigences en matière de soins aux patients [ 13 ].
En partant de l’évolution technologique en matière de santé, il convient de
souligner l’avènement de la pandémie de COVID-19, qui a
considérablement accéléré l’évolution de la santé numérique. Déclarée en
mars 2020 par l’OMS, la pandémie de COVID-19 s’est accompagnée de
nombreuses restrictions afin de lutter contre la propagation du virus SARS-
CoV-2 au sein de la population, en mettant en œuvre des mesures telles
que la distanciation sociale et l’isolement. Avec l’avancée rapide de la
pandémie, les systèmes de santé se sont effondrés et des stratégies
d’urgence ont été nécessaires pour assurer l’accès de la population aux
services de santé ( 4 )
Au Maroc
Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que la
maladie de Coronavirus était une pandémie. Un agent viral a été identifié –
le coronavirus 2 lié au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2), et
la maladie elle-même a été baptisée « 2019 novel coronavirus infection »
(COVID-19). Les technologies de télémédecine ont alors été promus dans
différents pays dont le Maroc comme une forme de soins médicaux et de
formation qui peut contrer la propagation d’une épidémie de COVID-19 en
éliminant le contact direct entre le personnel médical et les patients et
entre le personnel médical et les patients