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Changement Climatique L'eau: Sur Le Et

La note de politique d'ONU-Eau souligne l'interconnexion entre le changement climatique et la gestion de l'eau, mettant en évidence les impacts négatifs sur les ressources en eau, la qualité de l'eau et le développement durable. Elle appelle à une approche intégrée pour la planification climatique et la gestion de l'eau, tout en soulignant la nécessité d'investissements accrus et de coopération transfrontalière. Les recommandations incluent l'amélioration des pratiques de gestion de l'eau et le financement climatique pour renforcer la résilience face aux défis posés par le changement climatique.

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Changement Climatique L'eau: Sur Le Et

La note de politique d'ONU-Eau souligne l'interconnexion entre le changement climatique et la gestion de l'eau, mettant en évidence les impacts négatifs sur les ressources en eau, la qualité de l'eau et le développement durable. Elle appelle à une approche intégrée pour la planification climatique et la gestion de l'eau, tout en soulignant la nécessité d'investissements accrus et de coopération transfrontalière. Les recommandations incluent l'amélioration des pratiques de gestion de l'eau et le financement climatique pour renforcer la résilience face aux défis posés par le changement climatique.

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Note de politique d’ONU-Eau

sur le changement climatique et l’eau


2 ONU-Eau / Note
Septembre 2019de politique / Changement climatique et eau

Source de la photographie de la page de couverture: Organisation des Nations Unies, Tobin Jones (2017)

L’élaboration de ce document a été coordonnée par le Groupe d’experts d’ONU-Eau sur l’eau et le changement climatique.
Nous tenons à remercier notamment Ingrid Timboe et José Gesti Canuto, qui ont rédigé le projet initial et ont intégré,
en les adaptant au besoin, les nombreuses observations reçues par les Membres et partenaires d’ONU-Eau.

Nous remercions particulièrement le Partenariat français pour l’eau pour sa contribution.

Sommaire

Messages clés 4

I. Introduction 7

II. L’eau et le climat dans le cadre du programme mondial


de développement durable 8

III. Impacts observés et prévus du changement


climatique sur l’eau 10

IV. Atténuer le changement climatique 13

Stratégies d’atténuation 13

V. Adaptation au changement climatique 16

Mesures d’adaptation supplémentaires 16

Avec le soutien de:


ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 3

VI. Intégrer les approches dans la gestion de l’eau


et du changement climatique 19

A. Gestion des eaux transfrontalières 19

B. Interconnexions 20

VII. Financement climatique dans le secteur de l’eau 24

VIII. Recommandations pratiques 25

A. Négociations et processus concernant le changement climatique


et la gestion de l’eau au niveau régional et global 25

B. R
 enforcement des capacités, planification, mise en œuvre
et suivi à l’échelle nationale et infranationale 26

IX. Conclusions 27
4 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau
Source: Organisation des Nations Unies, Albert González Farran (2014)

Messages clés
La crise planétaire du changement climatique est inextricablement liée à l’eau. Le changement
climatique accroît la variabilité du cycle hydrologique et, par conséquent, provoque des phénomènes
météorologiques extrêmes, réduit la prévisibilité des ressources en eau, amoindrit la qualité de l’eau
et menace, à l’échelle mondiale, le développement durable, la biodiversité et la jouissance du droit
humain à l’eau potable et à l’assainissement.

La demande en eau, croissante en tout point du globe, accentue le besoin de systèmes énergivores
de pompage, de transport et de traitement de l’eau, et contribue à la dégradation de réservoirs aussi
essentiels que les puits de carbone tributaires de l’eau comme les tourbières. En outre, certaines
mesures visant à atténuer le changement climatique, comme le recours accru aux biocarburants,
peuvent aussi aggraver la rareté de l’eau.

La planification et les politiques nationales et régionales sur le climat doivent adopter une approche
intégrée des bouleversements climatiques et de la gestion de l’eau. Pour faire face à l’augmentation
du stress hydrique et répondre à la demande future, des décisions de plus en plus difficiles devront
être prises sur la manière d’allouer les ressources en eau à des utilisations concurrentes, y compris
des activités visant l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ces bouleversements.
S’il nous faut créer un avenir durable, il n’est plus possible de continuer «comme si de rien n’était»:
la gestion de l’eau doit être examinée sous l’angle de la résilience au changement climatique.

Un surcroît d’investissements est nécessaire afin d’améliorer les données hydrologiques, ainsi
que les institutions et la gouvernance, l’éducation et le développement des capacités, l’évaluation
des risques et le partage des connaissances. Les politiques doivent garantir la représentation, la
participation, le changement comportemental et la responsabilité de toutes les parties prenantes,
notamment le secteur privé et la société civile. Les plans d’adaptation doivent intégrer des stratégies
ciblées afin d’aider les populations à faible revenu — beaucoup plus durement touchées par les effets
du changement climatique — à affronter ces nouvelles situations.
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 5

Enfin, une gestion plus coordonnée et durable des bouleversements climatiques et des ressources hydrologiques présente des bénéfices
connexes significatifs. Des solutions visant à relever les enjeux interdépendants ci-dessus sont à portée de main et sont mises en œuvre
par un nombre croissant de pays et d’autorités de bassins fluviaux internationaux.

Pour répondre aux enjeux du changement climatique, il faut:


1. Agir maintenant les populations, les pays et les autorités responsables
des bassins pourraient prendre des décisions sûres,
L’incertitude quant à l’avenir ne peut excuser l’inaction
qui tiennent compte des risques et contribuent au
actuelle. Pour contenir l’augmentation de la température
renforcement de la résilience climatique, à l’amélioration
planétaire, bien en dessous de 2 °C par rapport aux
de la santé des écosystèmes et à la diminution des risques
niveaux préindustriels d’ici à la fin du siècle, des mesures
de catastrophe liée à l’eau.
doivent être prises sans attendre. Garantir l’accès à l’eau
aux populations, aux économies et aux écosystèmes est 4. Garantir la coopération transfrontalière en
essentiel pour lutter contre la pauvreté, accompagner
matière d’adaptation
la transformation énergétique et limiter les impacts des
catastrophes naturelles. Les politiques climatiques doivent La coopération transfrontalière est nécessaire pour
traiter la question de l’eau dans l’intégralité du spectre répondre aux effets du changement climatique
économique et environnemental afin de garantir à tous qui dépassent les limites territoriales (comme les
pérennité et résistance aux crises climatiques. sécheresses ou les inondations dues aux crues de
fleuves qui traversent plusieurs pays), pour éviter des
2. Envisager l’eau comme un élément de la solution conséquences de décisions inadaptées aux bassins
et pour tirer les avantages potentiels communs d’une
L’amélioration de la gestion de l’eau, y compris de
coopération régionale renforcée, comme la réduction
l’assainissement, est une composante essentielle de
des incertitudes grâce aux échanges de données, la paix
la réussite des stratégies d’adaptation aux effets des
et la stabilité, l’élargissement de l’espace de planification
changements climatiques et de leur atténuation telles que
et la mutualisation des coûts et des avantages.
réclamées lors de l’Accord de Paris en 2015. L’eau revêt
aussi une importance décisive pour atteindre les objectifs et
5. Repenser le financement
les cibles du document intitulé «Transformer notre monde:
le Programme de développement durable à l’horizon 2030» Le financement climatique pour l’assainissement et la
et du Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques gestion des ressources en eau soutient la capacité de
de catastrophe 2015–2030. Une gestion de l’eau adaptée résilience des populations et la création d’emplois à
au climat peut donc agir comme mécanisme de contrôle de l’échelle locale, et contribue à optimiser les actions menées
la cohérence entre ces cadres mondiaux. en faveur du développement durable. Des solutions
innovantes de financement mixte en faveur de l’eau et du
3. Améliorer les pratiques en matière de gestion climat, à l’image des obligations vertes et bleues, peuvent
de l’eau aider à maximiser l’investissement climatique dans tous
les secteurs de l’économie. Les obstacles à un accès accru
Tandis que les pays commencent à examiner et à mettre
au financement climatique, comme le manque de capacités
en œuvre leurs plans nationaux conformément à l’Accord
et l’absence de coordination institutionnelle, doivent être
de Paris, une opportunité unique se présente d’améliorer
traités de manière urgente.
et de renforcer les pratiques de gestion de l’eau. Ainsi,
6 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau
Source: Organisation des Nations Unies, Phil Behan (2011)
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 7

I. Introduction
Condition préalable à la vie sur Terre, l’eau est une composante graves et fréquentes. Ailleurs encore, les deux extrêmes font des
essentielle du développement durable. L’accès à l’eau potable ravages. Les effets, initialement peu notables, de l’accélération de
et à l’assainissement est un droit humain1. L’eau — à l’instar de l’augmentation du niveau de la mer affectent les zones côtières
l’assainissement — est fondamentale pour le développement et représentent une menace particulièrement directe sur les
socio-économique, la sécurité alimentaire et la santé des petits États insulaires de basse altitude. Dans le même temps,
écosystèmes; elle est également indispensable à la réduction de l’augmentation de la demande en eau pour l’énergie, l’agriculture,
la charge mondiale de morbidité et à l’amélioration de la santé, l’industrie et la consommation des populations implique des
du bien-être et de la productivité des populations. compromis de plus en plus difficiles quant à cette ressource aussi
précieuse que limitée, en particulier dans les zones du monde déjà
La science est formelle: la crise planétaire du changement en situation de stress hydrique. Pour toutes ces raisons, on dit
climatique augmente la variabilité du cycle de l’eau et, par souvent que le changement climatique se ressent plus directement
conséquent, réduit la prévisibilité des ressources et de la demande en termes d’eau.
en eau; elle en amoindrit la qualité, en aggrave les pénuries et
menace le développement durable à l’échelle mondiale. Ces effets Le changement climatique représente une menace profonde et une
ont une incidente disproportionnée sur les populations pauvres et opportunité sans précédent d’investissement et de transformation
vulnérables, et sont amplifiés par d’autres facteurs déterminants des systèmes de gestion et de gouvernance de l’eau, de façon
comme la croissance démographique, les flux migratoires non que l’humanité puisse s’épanouir malgré un avenir de plus en
maîtrisés, les changements dans l’utilisation des sols, la baisse plus incertain. Au regard de l’équité intergénérationnelle, la crise
de la santé des sols, l’accélération de l’extraction des eaux climatique planétaire soulève des questions particulièrement
souterraines, la dégradation écologique généralisée et la perte pressantes, notamment sur la nature des risques que la société est
de biodiversité. autorisée à faire courir aux générations futures. Les jeunes du monde
entier s’appuient sur leurs connaissances et sur l’innovation pour
Toutes les régions du globe sont concernées, néanmoins les effets proposer des solutions, sensibiliser, manifester pour leurs droits et
du changement climatique sont fortement variables et inégaux. défendre des mesures globales renforcées visant à traiter et contrer
Certaines régions connaissent des périodes de sécheresse hors du la crise climatique et ses conséquences. Comme ils l’expriment si
commun, d’autres des inondations et des tempêtes toujours plus justement et avec urgence, c’est maintenant qu’il faut agir.

1
Résolutions A/RES/64/292 et A/RES/70/169.
8 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

II. L’eau et le climat


dans le cadre
du programme
mondial de
développement
durable
Au cours des dix dernières années, des inondations, des tempêtes,
des vagues de chaleur, des sécheresses et d’autres événements
météorologiques ont provoqué plus de 90 % des catastrophes
naturelles majeures2. L’intensité et la fréquence de ces événements
devraient s’accroître en raison du changement climatique3.

Dans ce contexte et en vue de mettre un terme à toute forme de


pauvreté et de faim, de lutter contre les inégalités et d’aborder
le problème du changement climatique, les pays ont adopté en
2015 la résolution «Transformer notre monde: le Programme de
développement durable à l’horizon 2030». Ses 17 objectifs de
développement durable (ODD) sont interconnectés et destinés
à se soutenir mutuellement. Ainsi, l’ODD 6 (Garantir l’accès de
toutes et tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion
durable des ressources en eau), soutient la réalisation des 16 autres
ODD. La réalisation de l’ODD 6 et d’autres objectifs liés à l’eau et
aux écosystèmes est essentielle à la santé et au bien-être des
populations, à l’amélioration de la nutrition, à l’éradication de la
faim, à la construction de la paix et de la stabilité, à la préservation
des écosystèmes et de la biodiversité, ainsi qu’à la sécurité
Source: Organisation des Nations Unies, Amjad Jamal (2010)

énergétique et alimentaire. L’eau constitue également un élément


fondamental des économies locales et nationales. La gestion de
l’eau bien pensée favorise l’égalité entre les femmes et les hommes
et l’intégration sociale, et encourage la création et le maintien des
emplois dans tous les secteurs de l’économie.

2
Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes, The Human Cost of Weather Related Disasters (Genève, 2015).
3
Valérie Masson-Delmotte et coll. (dir.), Réchauffement planétaire de 1,5 °C – Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C par
rapport aux niveaux préindustriels et les trajectoires associées d'émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la parade mondiale au
changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté (Genève, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2018).
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 9

L’Accord de Paris sur le climat conclu à l’issue de la 21e Conférence L’eau n’est pas mentionnée explicitement dans l’Accord de Paris.
des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les Toutefois, une analyse plus approfondie révèle combien la mise
changements climatiques (CCNUCC) en 2015 est entré en vigueur en œuvre de l’Accord de Paris dépend de ressources hydriques
en 2016. Il répond à la nécessité de contenir l’augmentation de adéquates. Des initiatives d’adaptation concernant l’eau douce,
la température moyenne planétaire bien en dessous de 2 °C par l’eau côtière et l’eau souterraine figurent comme priorité absolue
rapport aux niveaux préindustriels d’ici à la fin du siècle, et de de nombreuses contributions déterminées au niveau national
s’adapter aux effets du changement climatique. La phase de (CDN). Toutefois, les mécanismes de gouvernance et méthodes
mise en œuvre de l’Accord de Paris est axée sur la définition et la d’intégration des questions de l’eau et du climat demeurent
formalisation des engagements nationaux par les Parties. largement absents5. Les CDN, ainsi que d’autres stratégies
nationales et multisectorielles clés comme les plans nationaux
Le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de d’adaptation (PNA), constituent des cadres efficaces pour établir
catastrophe 2015-2030 (ci-après désigné «Cadre d’action de les priorités d’action nationales climatiques, et peuvent orienter
Sendai»)4 a été adopté lors de la troisième Conférence mondiale les décisions notamment sur la consolidation des capacités de
des Nations unies sur la réduction des risques de catastrophe à résilience aux risques climatiques et hydriques, et encourager une
Sendai, au Japon, en 2015. Il comprend sept objectifs et quatre gestion intégrée des ressources6. Elles servent, par ailleurs, de
priorités d’action visant à réduire la fréquence et l’impact des base à l’élaboration de plans d’investissement prenant en compte
catastrophes résultant de phénomènes naturels. Parmi ces la vulnérabilité et la résilience aux risques climatiques dans le
priorités, le Cadre d’action de Sendai appelle au renforcement et à contexte plus large des ODD et du Cadre d’action de Sendai.
la mise en œuvre de mécanismes mondiaux relatifs aux questions
hydrométéorologiques, afin de sensibiliser les populations et Les chapitres suivants expliquent en détail pourquoi et comment
d’améliorer la compréhension des risques de catastrophe liée à les pays pourraient envisager d’inclure des mesures d’atténuation
l’eau et leurs conséquences sur la société, ainsi que de promouvoir et d’adaptation dans leurs CDN, PNA, communications nationales et
des stratégies de réduction des risques. autres documents de planification relatifs au climat et à l’eau.

Offrant des cadres distincts dotés de leurs propres séries


d’objectifs, mécanismes et exigences en matière de Le rôle de l’eau en tant que connecteur des engagements mondiaux adoptés en 2015
communication, ces engagements mondiaux ont une priorité
commune. L’échéance de 2030 se rapprochant inexorablement,
il est urgent de renforcer l’action, la cohérence et la coordination
entre ces initiatives (voir la figure ci-contre), de réduire les actions
menées en double, voire en triple, le manque de cohérence et Objectifs de
la compétition pour les financements. Compte tenu de son développement durable
importance intrinsèque pour atteindre ces objectifs, la question de Programme 2030
l’eau peut jouer un rôle rassembleur, en renforçant les engagements
de chaque pays à atténuer le changement climatique et à s’y
adapter, à réduire les risques de catastrophe, à mettre fin à la
pauvreté et aux inégalités et à «ne laisser personne de côté».

Cette interrelation est parfaitement illustrée par l’ODD 13, L’EAU


visant à «Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les connecteur
changements climatiques et leurs répercussions». Les effets
du changement climatique étant profondément liés à l’eau Changement Prévention des
(inondations, tempêtes et sécheresses), bon nombre de mesures climatique catastrophes
d’atténuation et d’adaptation prévoient des interventions relatives Accord de Paris Cadre de Sendai
au secteur de l’eau. Cette approche est également conforme
aux objectifs du Cadre d’action de Sendai visant l’amélioration
des capacités de résilience aux catastrophes des infrastructures
nouvelles et existantes, afin de fournir des services essentiels
permettant de sauver des vies pendant et après des événements
extrêmes (objectif d) et priorité 4)4.

4
Résolution A/RES/69/283.
5
Mélisa Cran et Victor Durand, Note d’analyse concernant la prise en compte de l’eau dans les contributions nationales déterminées par pays de la COP 21
(Partenariat français pour l’eau et Coalition eau: novembre 2015, mise à jour en mars et juin 2016).
6
Partenariat mondial pour l’eau, Se préparer à l’adaptation: L’histoire méconnue de l’eau dans les processus d’adaptation au changement climatique (Stockholm, 2018).
10 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

III. Impacts
observés et prévus
du changement
climatique sur l’eau
L’eau est l’élément par lequel de nombreux effets de la crise
climatique sont ressentis par la société, notamment à travers
les secteurs de l’énergie, de l’agriculture, de la santé et des
transports. Ces impacts sont subordonnés à des facteurs de
changement non climatiques comme la croissance démographique,
les migrations, le développement économique, l’urbanisation
et les évolutions environnementales et géomorphiques naturelles
ou liées à l’utilisation des sols, qui compromettent la durabilité
des ressources en diminuant les réserves d’eau ou en augmentant
la demande7.
Source: Organisation des Nations Unies, Eskinder Debebe (2013)

7
Blanca E. Jiménez Cisneros et coll. (dir.), «Freshwater resources» dans Changements climatiques 2014: Incidences, adaptation et vulnérabilité. Partie A: Aspects
mondiaux et sectoriels. Contribution du Groupe de travail II au cinquième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat,
Chris Field et coll. (dir.) (Cambridge University Press, Cambridge, Royaume-Uni et New York, États-Unis d'Amérique, 2014).
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 11

Ces interactions sont souvent le résultat de phénomènes aussi • Les risques que fait peser le changement climatique sur
variables qu’imprévus, comme la récente sécheresse aux Pays-Bas, les ressources en eau douce augmentent de manière
pays côtier de faible altitude bien plus adapté aux inondations. significative avec la concentration croissante des émissions
Parfois, il peut être plus facile de recenser les zones vulnérables de gaz à effet de serre (GES). Selon les dernières études de
aux effets du changement climatique relatifs à l’eau. C’est le cas modélisation, à chaque degré de réchauffement planétaire,
des eaux de fonte glaciaire, qui constituent à la fois une source environ 7 % de la population mondiale serait exposée à une
essentielle d’eau et une menace de plus en plus grande à certains baisse des ressources renouvelables en eau d’au moins 20 %.
moments de l’année pour des millions de personnes, notamment
pour les populations établies sur les hauts plateaux andins de la • Depuis le milieu du XXe siècle, les pertes socio-économiques
Bolivie, du Chili et du Pérou8. dues aux inondations ont progressé principalement du fait
d’une plus grande exposition et vulnérabilité au changement
Selon les estimations, 3,6 milliards de personnes dans le monde climatique. Les projections indiquent une augmentation de
vivent dans des zones où l’eau est une ressource potentiellement la variabilité des fréquences des inondations. Les risques
rare au moins un mois par an. D’après le Rapport mondial sur la d’inondations devraient s’accroître dans certaines zones
mise en valeur des ressources en eau publié par les Nations unies9, d’Asie du Sud, d’Asie du Sud-Est, d’Asie du Nord-Est,
ce chiffre atteindra 4,8 à 5,7 milliards d’ici à 2050, créant ainsi une d’Afrique tropicale et d’Amérique du Sud.
concurrence sans précédent entre les utilisateurs d’eau et de part
et d’autre des frontières politiques. Les catastrophes soudaines, • Au cours des décennies à venir, le changement climatique
ou à évolution lente, relatives au cycle hydrique ont longtemps accélérera probablement la fréquence des sécheresses
été un moteur important des migrations forcées, les populations météorologiques (baisse des précipitations) et des
fuyant leurs conditions difficiles. Le manque d’accès à l’eau ou sécheresses agricoles (baisse de l’humidité des sols)
les pénuries — dues à des sécheresses, ou à la combinaison de dans de nombreuses régions aujourd’hui sèches. Ces
sécheresses et de mauvaise gouvernance — sont également phénomènes pourraient augmenter la fréquence des
considérées comme un facteur de migration, car le bien-être et la sécheresses hydrologiques courtes ou «flash» (baisse des
capacité de subsistance en sont affectés10. eaux de surfaces et des eaux souterraines) dans ces régions.

Le cinquième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts • Le changement climatique a des effets négatifs sur les
intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) examine les écosystèmes d’eau douce, car il modifie l’écoulement
effets du changement climatique sur les systèmes hydrologiques. fluvial et la qualité de l’eau, ce qui entraîne des risques pour
Le rapport spécial 2018 du GIEC sur les conséquences d’un l’eau potable, y compris avec un traitement conventionnel.
réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux Les sources de risques sont multiples: augmentation des
préindustriels propose des voies d’atténuation compatibles avec températures, augmentation des charges de sédiments,
1,5 °C de réchauffement dans un contexte de développement nutriments et polluants en raison des fortes pluies, baisse de la
durable11,12. Les deux rapports fournissent l’information la plus dilution des polluants en période de sécheresse et perturbation
complète disponible sur les bouleversements hydrologiques dus au des installations de traitement lors des inondations.
changement climatique qui sont observés et prévus:
• Dans les régions qui connaissent des chutes de neige,
• Limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport le changement climatique continuera probablement de
aux niveaux préindustriels et non à 2 °C peut avoir des modifier le caractère saisonnier des écoulements d’eau.
implications considérables sur les ressources hydriques, À l’exception des régions très froides, le réchauffement
car cela pourrait réduire jusqu’à 50 % la part de la population des dernières décennies a réduit l’épaisseur maximale
mondiale exposée à une augmentation des pénuries d’eau des neiges au printemps et avancé la fonte des neiges à
dues au changement climatique. cette même saison, laissant peu de neige en réserve pour
les mois d’été. Des phénomènes comme des inondations
dues à la fonte des neiges de moindre ampleur, une
augmentation du débit hivernal et une réduction des débits
faibles de l’été ont été observées.

8
Kari Synnøve Johansen et coll., The Andean Glacier and Water Atlas: The Impact of Glacier Retreat on Water Resources (Paris, Programme hydrologique international
de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, 2018).
9

Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2018: Les solutions fondées sur la nature pour la gestion de l'eau (Organisation
des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Paris, 2018).
10
Eva Mach et Christopher Richter, «Water and Migration: Implications for Policy Makers» (2018). Disponible à l’adresse
[Link]
11
Gregory Flato et coll., «Evaluation of climate models» dans Changements climatiques 2013: Les éléments scientifiques. Contribution du Groupe de travail I au
cinquième Rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, Thomas Stocker et coll. (dir.) (Cambridge University Press,
Cambridge, Royaume-Uni et New York, États-Unis d'Amérique, 2013).
12
Valérie Masson-Delmotte et coll. (dir.), Réchauffement planétaire de 1,5 °C – Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5 °C par
rapport aux niveaux préindustriels et les trajectoires associées d'émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la parade mondiale au
changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté (Genève, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2018).
12 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

• En raison de la poursuite du réchauffement des cours d’eau


alimentés par les glaciers, la production totale d’eau de
fonte des glaciers augmentera dans de nombreuses régions
au cours des prochaines décennies, avant de décliner.

• L’augmentation du réchauffement amplifie l’exposition des


petites îles, des territoires côtiers de faible altitude et des
deltas aux risques liés à l’augmentation du niveau de la mer
et à l’intrusion des eaux salées dans les réseaux d’eau douce.

Bien que ces observations et ces projections soient pertinentes,


de nombreux pays méconnaissent les données d’observation et
les conséquences du changement climatique sur le cycle hydrique
et les services tributaires de l’eau à une échelle spatiotemporelle
appropriée et pertinente pour la prise de décision. Parmi ces lacunes,
citons les conséquences du changement climatique sur la qualité de
l’eau, les écosystèmes aquatiques et l’état des nappes souterraines.

Dans le même temps, les chercheurs continuent d’affiner et


d’améliorer les modèles climatiques. Des méthodes de régionalisation
climatique sont désormais utilisées afin de fournir des informations
à plus haute résolution spatiale, nécessaires à l’élaboration de
nombreuses études d’impact du changement climatique. C’est une
valeur ajoutée pour des régions dont la topographie est fortement
variable et pour différents phénomènes à moyenne échelle11.
Toutefois, les prévisions probabilistes concernant les précipitations et
l’évapotranspiration restent insuffisantes, en particulier à des échelles
pertinentes pour les décideurs.

De fortes interactions entre les multiples facteurs, conjuguées à la


complexité intrinsèque des systèmes et processus hydrologiques,
rendent difficile l’évaluation précise de l’étendue des changements
et de leurs causalités. À l’inverse, lorsque des changements
hydrologiques sont détectés, la détermination des causes, comme
le changement climatique, demeure souvent incertaine. Ces
incertitudes ne signifient pas que les responsables sont dans
l’incapacité de prendre des décisions éclairées, mais plutôt que
d’autres méthodes et approches fondées sur l’analyse des risques
peuvent être utilisées pour évaluer différentes options de gestion
en fonction de conditions climatiques futures plausibles. Dans le
chapitre VIII, nous aborderons en détail ces approches.

Source: Organisation des Nations Unies, John Isaac (1986)


ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 13

IV. Atténuer le changement climatique


Selon le GIEC, «il existe un rapport de réciprocité entre les mesures Stratégies d’atténuation
d’atténuation du changement climatique et l’eau»13. Les mesures
mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre Les stratégies d’atténuation dans le domaine de l’eau peuvent être
(GES) ont des répercussions directes sur la gestion et l’utilisation classées en deux grandes catégories: celles fondées sur la nature et
des ressources en eau. Inversement, les mesures d’extraction et celles basées sur la technologie. Les solutions fondées sur la nature
de gestion de l’eau ont un impact sur les émissions de carbone (SfN) sont un moyen indispensable de dépasser les pratiques
en raison de l’intensité énergétique des activités de traitement et habituelles afin de répondre à de nombreux enjeux planétaires
de distribution de l’eau. Par exemple, une étude a montré que les relatifs à l’eau, et d’apporter dans le même temps des avantages
activités de réduction des émissions de GES dépendent souvent supplémentaires dans tous les domaines du développement
d’un apport stable en eau de qualité et, dans la même étude, plus durable. Les SfN utilisent ou reproduisent les processus naturels
de la moitié des sociétés interrogées ont déclaré qu’une meilleure pour accroître la disponibilité en eau (par exemple, la rétention
gestion de l’eau permettait de réduire les gaz à effet de serre14. d’humidité du sol ou la recharge des nappes phréatiques), améliorer
la qualité de l’eau (par exemple, les zones humides naturelles ou
Le rôle que les États et d’autres acteurs, à l’instar du secteur artificielles) et donc réduire les risques de catastrophe relatifs à
privé, doivent jouer dans la gestion de l’eau afin de construire un l’eau et au changement climatique.9
avenir durable et faible en émissions carbone est admis dans les
ODD et les CDN. Toutefois, cette prise de conscience est toujours Dans les approches d’atténuation qui reposent sur les SfN, les
incomplète. Peu d’institutions et d’acteurs responsables de écosystèmes agissent comme des puits de carbone qui absorbent
l’actualisation et de la mise en œuvre des PNA, des CDN et des les émissions de gaz à effet de serre. À titre d’exemples, citons la
stratégies nationales de lutte contre le changement climatique préservation ou la restauration de zones humides, la reforestation
ont pris pleinement en compte la question de l’atténuation des des mangroves et la préservation des plaines inondables naturelles
risques relatifs à l’eau. La plupart des entreprises ne suivent pas à proximité de cours d’eau. Les tourbières (constituées de sol
l’exemple des entreprises avant-gardistes qui prennent en compte tourbeux et de l’habitat des zones humides qui se développe à
des objectifs relatifs à l’eau, à l’énergie, à la biodiversité et au climat, sa surface) ne couvrent qu’environ 3 % de la surface terrestre
pour minimiser les compromis et maximiser les synergies15. mondiale, mais emmagasinent au moins deux fois plus de carbone
que l’ensemble des forêts de la planète. Le sol des mangroves
contient environ 6 milliards de tonnes de carbone et peut retenir
jusqu’à trois à quatre fois plus de carbone que les autres sols
terrestres.16,17 Ces écosystèmes hydrologiques et terrestres
interreliés sont une ressource importante d’atténuation du
changement climatique encore inexplorée.

Les SfN présentent souvent un coût plus faible et de nombreux


avantages synergétiques dans une multitude de domaines,
contrairement aux solutions technologiques conçues pour relever
les défis climatiques.18 Toutefois, à l’heure actuelle, la gestion de
l’eau reste largement dominée par les infrastructures traditionnelles
artificielles, et l’énorme potentiel des SfN demeure sous-utilisé.

13
Bryson Craig Bates et coll. (dir.), Climate Change and Water, Document technique (Genève, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2008).
14
Carbon Disclosure Project, Thirsty business: Why water is vital to climate action, rapport annuel 2016 (Londres, Royaume-Uni, novembre 2016).
15
Carbon Disclosure Project, The role of water in the low-carbon transition, note d’orientation (Londres, Royaume-Uni, 2016).
16
Wetlands International, «Countries can strengthen climate plans in 2020 with peatland and mangrove targets» (2018). Disponible à l’adresse
[Link]
17
Jonathan Sanderman et coll., «A global map of mangrove forest soil carbon at 30 m spatial resolution», Environmental Research Letters, vol. 13, No. 5, 055002 (2018).
18
Sandra Naumann et coll., Nature-based Approaches for Climate Change Mitigation and Adaptation. The Challenge of Climate Change - Partnering with Nature
(Bundesamt für Naturschutz, 2014).
14 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

Les solutions technologiques d’atténuation du changement


climatique nécessitent habituellement d’investir dans la réduction
des émissions issues de l’alimentation des infrastructures
hydrauliques, destinées notamment à l’approvisionnement en
eau potable, au traitement des eaux usées et des eaux pluviales,
et au pompage de l’eau pour l’agriculture et d’autres utilisations.
Dans ce contexte, il existe différentes stratégies d’atténuation des
risques relatifs à l’eau et à l’assainissement qui devraient être prises
en compte dans les processus de planification et de gestion des
activités de prélèvement, de distribution et de traitement de l’eau:
Source: Banque asiatique de développement (2012)
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 15

• Augmentation de l’efficacité énergétique. Grâce à Les mesures d’atténuation s’accompagnent souvent d’avantages
l’installation de pompes écoénergétiques adaptées aux collatéraux. Par exemple, les stratégies mentionnées ici
spécificités du réseau, il est possible de réaliser des peuvent offrir des avantages économiques aux fournisseurs
économies d’énergie de 10 à 30 % sur l’approvisionnement de services publics, à l’instar de l’usine de traitement Strass
en eau et le traitement des eaux usées19. D’autres mesures en Autriche qui produit un surplus d’énergie de 8 % et se
en matière d’efficacité énergétique existent: transforme ainsi en centrale électrique21, ou renforcer la capacité
• Réduction du volume d’eau non génératrice de revenus, d’adaptation des populations côtières notamment avec les
en remédiant aux fuites, erreurs aux compteurs ou vols. mangroves (protection contre les tempêtes et préservation
de l’habitat aquatique). Ces avantages peuvent encourager
• Mesure par compteur de la consommation d’eau afin
des investissements supplémentaires dans des technologies
de gérer la demande.
écoénergétiques.
• Mise en place de technologies visant à réaliser des
économies d’eau en particulier dans les secteurs de Toutefois, les stratégies d’atténuation dans le secteur de l’eau
l’agriculture et de l’industrie. peuvent nécessiter certains arbitrages. Ainsi, les conséquences
• Suivi et régulation des systèmes, potentiellement par sur l’eau doivent être prises en compte dans le choix des mesures
automatisation. d’atténuation, en particulier dans les régions déficitaires en eau.
Par exemple, la production de biocarburants peut entraîner une
• Recours à des ressources hydriques non
baisse des ressources en eau et accroître la demande, car les
conventionnelles, comme la réutilisation régulée des
ressources hydriques pour l’agriculture deviennent de plus en
eaux usées après épuration pour l’irrigation.
plus rares dans de nombreux pays en raison de la concurrence
• Production d’énergie renouvelable et valorisation accrue de l’utilisation domestique ou industrielle. Les installations
énergétique (réduisant ainsi la demande en énergies fossiles): d’assainissement non collectif et les usines de traitement des
eaux usées émettent des quantités variables de polluants, comme
• Production d’électricité grâce à des turbines installées
le méthane. Par conséquent, le choix technologique au moment
le long des réseaux d’approvisionnement en eau et de
de la planification de la fourniture de services et de la gestion des
traitement des eaux usées (dans le cadre d’un système
réseaux peut aggraver ou au contraire atténuer le changement
de gestion intégrée des ressources en eau capable
climatique. Les réservoirs hydroélectriques sont considérés comme
d’identifier si des développements spécifiques sont
des sources majeures d’électricité affichant un bilan carbone faible
faisables et recommandés).
et pouvant être utilisées afin de réduire les émissions de gaz à
• L’utilisation des eaux usées, qui peut être une source effet de serre. Pourtant, certains réservoirs, notamment dans les
d’énergie économique et durable, des nutriments, des régions tropicales où la concentration de matières organiques est
matières organiques et d’autres sous-produits utiles20. supérieure, produisent des gaz à effet de serre comme le dioxyde
Le biogaz généré par le traitement des eaux usées de carbone et le méthane en raison de la décomposition de ces
peut être récupéré afin de contribuer à un processus matières organiques dans les zones inondées22. Dans la plupart
de traitement affichant un bilan carbone neutre. De des autres situations, les réservoirs sont des puits de carbone,
même, compte tenu de la température des eaux usées, absorbant plus d’émissions qu’ils n’en émettent.
des pompes à chaleur peuvent être installées dans les
canalisations d’égout et produire ainsi de l’énergie. Le fait de ne pas prendre en compte le rôle de l’eau dans toutes
les mesures prises pour atténuer le changement climatique
(et s'y adapter) peut en réduire l’efficacité et accroître le risque
qu’elles soient inadaptées ou même échouent. L’objectif est donc
de trouver le meilleur équilibre d’investissement entre les SfN et
les solutions technologiques, afin de maximiser les avantages
et l’efficacité du réseau, tout en minimisant les coûts et les
compromis.
Source: Organisation des Nations Unies
Marco Dormino (2013)

19
Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit GMbH, Climate Change Mitigation in the Water Sector (Bonn et Eschborn, Allemagne, 2012).
20

Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2017: Les eaux usées: une ressource inexploitée (Organisation des Nations Unies pour
l'éducation, la science et la culture, Paris, 2017).
21
Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2018 (Paris, 2018).
22
Bridget R. Deemer et coll., «Greenhouse Gas Emissions from Reservoir Water Surfaces: A New Global Synthesis», BioScience, vol. 66, No. 11, p. 949–964 (2016).
16 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

V. Adaptation au changement climatique


«L’eau est à la capacité d’adaptation ce que l’énergie est à la le choix le plus fréquent de mécanisme d’adaptation — soit celui
capacité d’atténuation»23. En d’autres termes, les ressources en eau basé sur les écosystèmes comme la reforestation ou la remise
saine sont essentielles pour atténuer les changements induits par en état du littoral — bien qu'étant positif, n’a pas été accompagné
la crise climatique et s'y adapter. Au cours des dix dernières années, d’une prise en compte systématique des besoins en eau de ces
on a assisté à une prise de conscience de l’importance de l’eau mesures, ce qui rend ces derniers vulnérables aux variations de
dans l’adaptation au changement climatique. Depuis l’instauration disponibilité ou de demande en eau.
du processus des PNA, conformément au Cadre de Cancún sur
l’adaptation, établi lors de la CCNUCC en 2010, les Parties ont
formulé des stratégies et des programmes afin d’identifier leurs Mesures d’adaptation supplémentaires
besoins à moyen et long termes, puis d’y répondre. En outre,
alors qu’il ne leur est pas obligatoire d’inclure une composante • Des infrastructures résistantes au changement
d’adaptation dans leurs CDN, la plupart ont choisi de le faire. climatique. La création et la rénovation d’infrastructures
Encore plus encourageant, plus de 90 % des CDN dotées d’une hydrauliques sont des initiatives d’adaptation prioritaires
composante d’adaptation concernent l’eau. dans plus de 68 % de l’ensemble des CDN23. Étant donné
que le changement climatique suppose plus de variabilité
Bien qu’il s’agisse d’une évolution positive, il existe toujours des et d’incertitude quant aux cycles hydriques locaux et
différences inquiétantes dans la manière dont les PNA et les CDN régionaux, les infrastructures hydrauliques doivent être
envisagent la gouvernance de l’eau en matière d’adaptation, en robustes (elles doivent résister à différentes conditions
particulier en ce qui concerne la prise en compte et la régulation climatiques) et flexibles (elles doivent être modifiables,
des eaux souterraines, ainsi que les systèmes d’assainissement ou adaptables aux évolutions). Les infrastructures
résistants au climat. Des réformes institutionnelles doivent être conventionnelles, dites grises, avec leurs coûts de
élaborées en conséquence, sachant qu’une direction locale est maintenance élevés, leur relative immobilité et leur
cruciale pour une adaptation réussie. En outre, la création de durée de vie opérationnelle entre 50 et 100 ans, ne sont
groupes de gestion à l’échelle locale, à l’instar d’associations souvent ni robustes ni flexibles en tant que telles24. Cela
d’usagers de l’eau, constitue une démarche importante en matière ne signifie pas qu’il faille les abandonner, mais plutôt viser
de coordination intersectorielle, horizontale et verticale, de la gestion l’adoption plus large d’infrastructures mixtes — grises,
des ressources hydriques et des stratégies d’adaptation connexes. vertes et bleues25 — pouvant s’avérer plus économiques,
moins vulnérables au changement climatique, offrant des
Fondamentalement, l’adaptation climatique est un processus
avantages connexes en matière d’atténuation et fournissant
itératif, contextuel et intersectoriel de gestion et de transformation
de meilleurs services et une plus grande protection tout au
du risque d’effondrement de la société et de l’écosystème face
long de leur cycle de vie26. Le besoin de plus de flexibilité
à des bouleversements aussi rapides qu’inégaux. Les risques
s’étend aussi aux institutions, avec notamment des règles
ont dépassé les frontières. Pourtant, l’eau est toujours largement
de fonctionnement plus souples pour les barrages et
perçue et gérée comme un secteur autonome. Ainsi, les demandes
réservoirs afin que tous les acteurs du système gèrent
intersectorielles en eau relatives aux activités d’adaptation
ensemble la production d’électricité, l’irrigation, ainsi que la
climatique sont-elles faiblement prises en compte dans presque
capacité de stockage. L’adoption d’approches ascendantes
tous les PNA et CDN, ainsi que dans d’autres plans et stratégies
centrées sur l’engagement local dans le développement et
relatifs au climat.
la planification d’infrastructures résistantes au changement
Dans le même temps, les mécanismes des secteurs public et privé climatique peut également favoriser l’économie locale et
de traçabilité de l’utilisation de l’eau (comptabilité nationale de créer des emplois. Toutefois, il est important de souligner
l’eau ou données des entreprises sur l’utilisation et l’évacuation des que ces considérations sont propres à chaque site et
eaux) demeurent rares, quels que soient les secteurs. Par exemple, qu’elles nécessitent une expertise et une contribution à
l’échelle locale.

23
Banque mondiale, High and Dry: Climate Change, Water, and the Economy (Washington, 2016).
24
Keke Li et Zhifang Xu, «Overview of Dujiangyan Irrigation Scheme of ancient China with current theory», Irrigation and Drainage, vol 55, N° 3, p. 291–298 (2006).
25
Les infrastructures grises font référence à des systèmes en dur édifiés par l’homme, comme des conduites, des digues et des réservoirs en béton. Les infrastructures
vertes et bleues sont des éléments naturels tels qu’une zone inondable ou une forêt côtière, mais peuvent aussi avoir été conçues par l’homme.
26
Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), Green Infrastructure Guide for Water Management: Ecosystem-based Management Approaches for
Water-related Infrastructure Projects (Nairobi, 2014).
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 17

• Préservation et protection des aquifères. Les aquifères


sont la plus grande source d’eau douce au monde dont
dispose l’être humain et peuvent s’avérer moins vulnérables
aux effets directs du changement climatique que l’eau de
surface. Ainsi, les aquifères sont une composante clé de
la réduction du risque de pénurie d’eau à court terme et
du renforcement de la sécurité hydrique reposant sur des
mesures d’adaptation climatique comme la gestion de la
recharge des aquifères (MAR)27. Pour autant, les capacités de
stockage et les taux de recharge varient considérablement,
ce qui suppose une adaptation des mesures à l’échelle locale.
• Gestion conjointe des eaux de surface et souterraines.
Une gestion conjointe des eaux de surface et souterraines
peut favoriser la résilience aux sécheresses, apporter une
réponse à la rareté de l’eau et accroître la capacité globale
de stockage en eau d’une région. Des mesures conjointes
de gestion des ressources en eau comme la technique
MAR et la prévention des inondations par stockage de l'eau
dans des bassins enterrés pouvant servir pour l’irrigation
sont des solutions durables, rentables et évolutives, et
peuvent être particulièrement pertinentes dans les pays en
développement28,29,30. La technique MAR (par captage de l’eau
de pluie) est particulièrement pertinente dans les régions où
la répartition des précipitations est inégale, car elle permet
de réduire les risques liés aux précipitations extrêmes et de
stocker de l’eau douce dans les sols pour la saison sèche. Les
mesures MAR sont des mesures d’adaptation importantes
pour les petits États insulaires en développement où vivent les
populations les plus vulnérables au changement climatique et
à l’augmentation du niveau de la mer.

Source: Organisation des Nations Unies, Irwandi M. Gade (2012)

27
Programme hydrologique international de l’Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Groundwater and Climate Change: Mitigating
the Global Groundwater Crisis and Adapting to Climate Change (Paris, 2015).
28

Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2018: Les solutions fondées sur la nature pour la gestion de l'eau (Organisation
des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Paris, 2018).
29
Paul Pavelic et coll., «Controlling floods and droughts through underground storage: from concept to pilot implementation in the Ganges River Basin», Research Report
No. 165 (Colombo, Institut international de gestion de l’eau, 2015).
30
Paul Pavelic et coll., «Balancing-out floods and droughts: opportunities to utilize floodwater harvesting and groundwater storage for agricultural development in
Thailand», Journal of Hydrology, vol. 470–471, p. 55–64 (2012).
18 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

• Conservation, maintien ou réhabilitation des écosystèmes


des zones humides. Les zones humides jouent un
rôle crucial en matière d’adaptation au changement
climatique, notamment en servant de zone tampon en
cas d’inondations ou autres événements météorologiques
extrêmes, ou en filtrant l’eau. La disparition des zones
humides compromet la santé et la productivité futures des
écosystèmes, représente une menace pour la biodiversité
et altère la production alimentaire et l’habitabilité de vastes
régions. Elle contribue également aux émissions mondiales
de gaz à effet de serre31. Ainsi, leur préservation et leur
restauration sont des composantes essentielles d’une
stratégie globale d’adaptation climatique.
• Comprendre les enjeux de la dépendance à l’eau
et les risques climatiques connexes. Les mécanismes
intersectoriels qui contrôlent les engagements, exprimés
ou implicites, pris par tous les niveaux de la société au
plan national comme entre pays, sont particulièrement
importants pour garantir que les activités sont viables et ne
mettent pas en péril la sécurité hydrique des populations
locales. Ils sont d’autant plus cruciaux que les populations
concernées sont vulnérables.
• Réduire l’exposition urbaine et rurale aux risques
et améliorer la capacité de résilience. Les pouvoirs publics,
par différentes mesures de planification urbaine intégrée,
de gestion des risques, d’utilisation renforcée de systèmes
d’alerte précoce et de mobilisation des populations, peuvent
contribuer à réduire le degré d’exposition des villes aux
risques d’inondation et de sécheresse. La difficulté toute
particulière est de trouver suffisamment d’espace pour
gérer les débits maximums lors de tempêtes extrêmes, et
de préserver suffisamment d’eau salubre pour les périodes
Source: Organisation des Nations Unies, Marco Dormino (2013)

plus sèches. Ce défi appelle des solutions à tous les


niveaux, des ménages aux municipalités. En zones rurales,
la diversification des moyens de subsistance, l’accès au
crédit, la garantie de la propriété foncière, l’amélioration
de l’accès à l’électricité, la vulgarisation agricole, les
services hydroclimatiques et l’élargissement des régimes
d’assurance récolte sont autant de moyens de renforcer
les capacités de résilience des populations face aux
précipitations intenses et autres facteurs de stress.

31
Convention de Ramsar sur les zones humides, Global Wetland Outlook: State of the World’s Wetlands and their Services to People (Gland, Suisse, 2018).
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 19

VI. Intégrer les approches dans la gestion


de l’eau et du changement climatique
Pour tirer parti du potentiel de l’eau à atténuer le changement
climatique et aider à s’y adapter, il faut savoir composer
avec de nouvelles perspectives concernant deux enjeux
fondamentaux: i) le passé ne permet plus de prédire
efficacement l’avenir, ce qui soulève des problèmes de confiance

Source: Organisation des Nations Unies,


et d’incertitude, et ii) la plupart des méthodes, infrastructures
et institutions relatives au domaine de l’eau ont été conçues
en fonction de conditions globalement fixes et stables, qui
permettaient d’arrêter des décisions pour des décennies ou plus,
et posent par conséquent un défi à relever, celui de la rigidité
de ces infrastructures sur des délais pertinents32. Ces enjeux

Fredy Noy (2006)


peuvent être surmontés, mais requièrent une transformation
significative des modes de gestion de l’eau, en termes
d’approche et d’échelle. Une gestion intégrée des ressources
en eau doit être coordonnée au-delà des clivages traditionnels
sectoriels, politiques et territoriaux33,34.

Les chapitres suivants soulignent les défis et les opportunités A. Gestion des eaux transfrontalières
particulières relatifs à une gestion intégrée de l’eau.
Dans le monde, 153 pays se partagent rivières, lacs et aquifères,
tandis que 286 bassins fluviaux et 592 aquifères s’étendent
par-delà des frontières souveraines35. Les bassins transfrontaliers
représentent environ 60 % du débit d’eau douce mondial, et abritent
plus de 40 % de la population mondiale36. L’enjeu réside donc
dans une coopération transfrontalière en matière d’atténuation
du changement climatique et d’adaptation, afin de prévenir les
conséquences négatives potentielles de mesures unilatérales,
d’éviter des erreurs d’adaptation et de renforcer l’efficacité des
mesures d’atténuation et d’adaptation (par exemple, en réduisant
les incertitudes grâce à l’échange de données, en élargissant la
palette et la disponibilité géographique des mesures existantes,
et en mutualisant les coûts et les avantages). La coopération
transfrontalière joue aussi un rôle dans la prévention des conflits,
la réduction des disparités de savoir, la promotion de la paix et de
l’intégration régionale, ainsi qu’un développement économique
plus large37,38. À cet égard, les organismes responsables de bassins
internationaux jouent un rôle fondamental.

32
Mark Smith et John Matthews, Freshwater resources: the medium for change, document d’information pour la Commission mondiale sur l’adaptation au changement
climatique (à paraître).
33
Partenariat mondial pour l’eau, Integrated water resources management, document d’information du Comité technique consultatif, n° 4 (Stockholm, 2000).
34
Clauda Sadoff et Mike Muller, Water management, water security and climate change adaptation: early impacts and essential responses, document d’information du
Comité technique, n° 14 (Stockholm, 2009).
35
Commission économique des Nations Unies pour l’Europe et Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Progress on Transboundary
Water Cooperation: Global Baseline for SDG Indicator 6.5.2 (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Genève et Paris, 2018).
36
ONU-Eau, Transboundary Waters: Sharing Benefits, Sharing Responsibilities (Genève, 2008).
37
Commission économique des Nations Unies pour l’Europe, Guidance on Water and Adaptation to Climate Change (Genève et New York, Nations Unies, 2009).
38
Commission économique des Nations Unies pour l’Europe et Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes, Words into Action Guidelines.
Implementation Guide for Addressing Water-related Disasters and Transboundary Cooperation (New York et Genève, 2018).
20 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

La plupart des accords transfrontaliers de partage de ressources B. Interconnexions


en eau sont relativement inflexibles et ne prennent en compte ni
la variabilité du climat ni la nécessité de se doter d’institutions Il existe des liens d’interdépendance inextricables entre l’eau
capables de s’adapter. L’adaptation au changement climatique exige et les secteurs économiques comme l’énergie et l’alimentation
une coopération étendue entre États voisins afin de gérer les rivières (y compris l’agriculture), les réseaux urbains, l’environnement et les
et les aquifères qui subissent les effets du changement climatique. écosystèmes. Par exemple, tandis que l’urbanisation se poursuit
Ainsi, les avantages d’une coopération transfrontalière autant que partout dans le monde, renforçant la densité démographique et
les risques de l’inaction doivent être posés de sorte que la demande intensifiant l’utilisation des sols et ressources en eau, réserver
de coopération soit portée aux plus hauts niveaux politiques. des terrains urbains à des fins d’atténuation des inondations
(en surface ou en souterrain) entraînera probablement une situation
L’importance d’une coopération transfrontalière adéquate de conflit avec d’autres utilisations potentielles (comme le logement
doit être soulignée à chaque étape du processus d’adaptation ou l’agriculture), qu’il faut anticiper et prendre en main. Il est donc
au changement climatique, comme la collecte et le partage important de renforcer la pérennité des ressources en eau en raison
d’informations (socle de systèmes décisionnels robustes), la de ses effets en cascade sur les populations, les économies et les
réalisation d’évaluations conjointes de vulnérabilité, la gestion des réseaux naturels.
ressources en eau par des institutions flexibles et capables de
s’adapter, le développement de stratégies d’adaptation à l’échelle Relever l’enjeu du changement climatique donne la possibilité
des bassins, et la planification et la mise en place de différentes de transformer les systèmes de gouvernance, les approches
mesures d’adaptation comme des infrastructures hydriques en matière de gestion, les infrastructures et les mécanismes
communes37. Les organismes de bassin peuvent parfois même de financement afin de mieux prendre en compte la nature
lever des fonds au titre de mesures d’adaptation à l’échelle d’un intrinsèquement intersectorielle de l’eau. Cette transformation
bassin. La mise en commun de données et de connaissances, et implique notamment de fusionner les approches de gouvernance
le suivi conjoint de l’état des bassins sont des actions nécessaires descendantes avec un modèle décisionnel ascendant et
à la réussite d’une coopération transfrontalière en ces temps de collectif, sensible aux risques climatiques à l’échelle locale. Une
changement climatique. communauté de pratique pour une gestion résiliente de l’eau
émerge à l’échelle mondiale et travaille à la mise en œuvre d’un
ensemble croissant d’approches basées sur l’analyse des risques39.
Source: Organisation des Nations Unies, Kibae Park (2010)

Tandis que le concept d’interconnexion continue d’évoluer, les


chapitres suivants renforcent les arguments en faveur d’une
approche intégrée de l’eau afin de maximiser les synergies et de
favoriser l’atténuation du changement climatique et les capacités
d’adaptation dans tous les secteurs.

1. Eau, assainissement et hygiène

Le changement climatique a des conséquences négatives sur


la qualité et la disponibilité de l’eau potable, ainsi que sur la
performance des services d’assainissement, de gestion des
eaux usées et d’hygiène. Par exemple, l’augmentation de la
fréquence des débordements d’égout peut inonder et polluer des
eaux réceptrices ou des zones habitées de faible altitude et/ou
densément peuplées, tandis que la sécheresse peut accroître le
recours à des eaux usées mal traitées dans l’agriculture périurbaine.
Par conséquent, il est essentiel que les infrastructures et les
services relatifs à l’eau, l’hygiène et l’assainissement (WASH) soient
adaptés afin d’être durables, sûrs et résistants aux risques liés au

39
Voir, par exemple, [Link].
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 21

Source: Organisation des Nations Unies, Logan Abassi (2012)

Source: Organisation des Nations Unies, Sophia Paris (2010)


changement climatique. Dans le même temps, il est important 2. Eau et santé
que les investissements visant la résilience des systèmes WASH
L’incidence du changement climatique sur le droit humain à la
dans les zones identifiées comme étant à risque élevé favorisent
santé est aussi notable que variée. Principale conséquence de ces
également la résilience des populations face aux effets du
bouleversements, la propagation des maladies infectieuses, dont
changement climatique40, notamment par l’accès à l’eau en période
beaucoup sont véhiculées par l’eau, représente déjà un fardeau
de pénuries ou la réduction des risques de maladies liées à la
important pour les populations vulnérables dans le monde entier.
contamination de l’eau par les matières fécales lors d’inondations.
Les maladies d’origine hydrique, comme le choléra, sont fortement
Des méthodes de mise en œuvre locale sont nécessaires pour sensibles aux changements de température, aux précipitations et à
adapter les services WASH au changement climatique, tandis que l’humidité41. Indirectement, le changement climatique peut réduire
les décisions doivent être prises en fonction des meilleures données la productivité agricole, influencer de manière négative la qualité
disponibles à l’échelle locale pour la période concernée. Par nutritionnelle des aliments et accroître la diffusion de maladies
exemple, il n’est peut-être pas très utile d’examiner les projections d’origine alimentaire.
climatiques jusqu’à la fin du siècle, s’agissant des programmes
La fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes
WASH en zones rurales, qui donnent la priorité aux réseaux
peut accroître l’exposition des populations à de l’eau contaminée
individuels ou collectifs disposant d’une durée de vie de quelques
par les ruissellements agricoles, les inondations et les systèmes
années (comme les latrines) ou de quelques décennies (comme
de traitement des eaux usées, ainsi qu’à de l’eau stagnante
les puits ou les forages). Dans ces cas précis, il est conseillé de
(environnement favorable à la prolifération d’algues toxiques et de
cerner les risques et de prendre des décisions en fonction des
vecteurs de maladies qui augmentent le risque de paludisme), tandis
conséquences du changement climatique observées à l’échelle
que les sécheresses peuvent réduire la quantité d’eau disponible et
locale. Des investissements majeurs dans des collecteurs, des
sa qualité42. Les sécheresses augmentent également la dispersion
usines de traitement des eaux et d’autres projets d’infrastructure
de poussières et de particules fines dans l’air, dont les conséquences
de grande envergure — investissements longs et inflexibles
sont variées sur la santé humaine, en particulier chez les enfants et
— nécessiteront une analyse (comprenant des projections
les personnes âgées. Ces effets sont ressentis à différentes échelles
climatiques) et des interventions différentes.
temporelles et nécessitent une planification poussée et des mesures
d’adaptation capables de répondre aux situations d’urgence à court
terme, et aux facteurs de stress à long terme. La planification d’une
sécurité hydrique et sanitaire résiliente au changement climatique43
s’inscrit dans le cadre d’une gestion des risques sanitaires liés au
changement et à la variabilité climatiques.

40
UNICEF et Partenariat mondial pour l’eau, WASH Climate Resilient Development (New York et Stockholm, 2014, mis à jour en 2017).
41
Organisation mondiale de la Santé et Organisation météorologique mondiale, Atlas de la santé et du climat (Genève, 2012).
42
Christopher Portier et coll., A Human Health Perspective on Climate Change: A Report Outlining the Research Needs on the Human Health Effects of Climate Change
(Research Triangle Park, N.C., Environmental Health Perspectives/National Institute of Environmental Health Sciences, 2010).
43
Organisation mondiale de la Santé, Climate-resilient Water Safety Plans: Managing Health Risks Associated with Climate Variability and Change (Genève, 2017).
22 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

3. Eau et agriculture

Le changement climatique modifie la fréquence et l’intensité des


précipitations, des inondations et des sécheresses à l’origine
d’incidences importantes sur l’agriculture et la production
agroalimentaire. Tandis que les facteurs de stress et chocs

Nations Unies, Evan Schneider


alimentaires touchent toutes les populations, les femmes, les

Source: Organisation des


peuples autochtones, les agriculteurs de subsistance, les éleveurs
et les pêcheurs sont frappés de façon disproportionnée44. Dans
les régions où la production d’aliments de base et la faim sont une
source de préoccupations majeures, s’adapter au changement
climatique — en particulier à sa dimension liée à l’eau — est

(2014)
essentiel pour réduire les menaces à court et long termes en
matière de sécurité alimentaire.

4. Eau et énergie

Pour l’essentiel, les procédés de production d’énergie nécessitent


d’importantes ressources en eau. Parallèlement, le prélèvement,
Source: Organisation des Nations Unies,

le transport et le traitement de l’eau requièrent de l’énergie (de


l’électricité, par exemple). La croissance démographique et la
croissance économique augmentent toutes deux la demande en
énergie et en eau: tandis que la demande énergétique mondiale
devrait progresser d’environ 27 % entre 2017 et 204045, la demande
en eau devrait grimper d’environ 55 % au cours de cette même
Fred Noy (2006)

période (principalement pour l’industrie, la génération d’électricité


et l’utilisation domestique)46,47. Par ailleurs, le changement
climatique et l’augmentation de la variabilité hydrologique
entraîneront probablement une dépendance accrue aux solutions
d’approvisionnement en eau énergivores, comme le transport sur
Gérer les ressources hydriques en tenant compte du changement de longues distances ou la désalinisation48.
climatique est un mode d’action potentiellement efficace en
matière de sécurité alimentaire à l’échelle locale, et éventuellement Les sources d’énergies renouvelables représentent une
mondiale (englobant la production, la préparation, la distribution, part croissante de l’offre énergétique globale et présentent
la consommation et la gestion des déchets). En ce qui concerne généralement une empreinte eau plus faible que leurs alternatives,
l’atténuation, les initiatives concernant l’utilisation de pompes les énergies fossiles. Il est donc nécessaire d’intensifier les
solaires, la pratique d’une agriculture de conservation pour investissements dans les énergies renouvelables à l’image du
enrichir la matière organique des sols (nécessaire à la rétention de photovoltaïque, de l’éolien et de l’hydraulique de petite taille, afin de
l’eau), la réduction des pertes après les récoltes et du gaspillage répondre aux besoins futurs en énergie et en eau49. En misant sur
alimentaire, ainsi que la transformation des déchets en nutriments une approche intégrée en matière de planification, réglementation
ou biocarburants/biogaz peuvent aider à relever le défi de la et gestion des secteurs énergétique et hydrique à l’échelle des pays
sécurité alimentaire et du changement climatique. De même, les et des bassins, il est possible d’opérer des arbitrages, d’optimiser
systèmes alimentaires devront produire davantage de denrées avec les synergies et de satisfaire la demande. Comme indiqué dans
une valeur nutritionnelle plus importante, tout en rationalisant leur le chapitre IV, des efforts visant à réduire la demande du secteur
utilisation des ressources comme les sols, l’eau, l’énergie et les énergétique en eau et la demande du secteur de l’eau en énergie
produits chimiques. devraient être envisagés, notamment la mise en place de systèmes
de refroidissement alternatifs ou de centrales de cogénération, ainsi
que des modes opérationnels repensés concernant les centrales
d’énergie hydraulique nouvelles et existantes.

44
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Climate Change and Food Security: Risks and Responses (Rome, 2016).
45
Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2018 (Paris, 2018).
46
Organisation de coopération et de développement économiques, Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2050: Les conséquences de l’inaction (Paris, 2012).
47

Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2018: Les solutions fondées sur la nature pour la gestion de l'eau (Organisation
des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, Paris, 2018).
48
Diego J. Rodriguez et coll., Thirsty energy, Water Papers (Washington, Banque mondiale, 2013).
49
Paul Faeth et Benjamin K. Sovacool, Capturing Synergies Between Water Conservation and Carbon Dioxide Emissions in the Power Sector (Arlington, Virginie,
États-Unis d'Amérique, CNA Corporation, 2014).
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 23

5. Eau et écosystèmes

Les services rendus par les écosystèmes en matière d’atténuation


du changement climatique et d’adaptation, de réduction des risques
de catastrophe et de développement durable sont largement
reconnus. Ils comprennent notamment: le piégeage et le stockage
du carbone dans les forêts et les tourbières; l’apport en eau de
source, aliments, moyens de subsistance et médicaments; et la
protection des populations contre les tempêtes, les inondations,
les sécheresses et la montée du niveau de la mer grâce aux forêts
et zones humides littorales. Toutefois, ces mécanismes naturels
demeurent constamment sous-exploités et souffrent d’un grave
déficit de financement.

Dans le même temps, les réseaux d’eau douce restent


sérieusement menacés dans le monde en raison d’un ensemble
complexe de facteurs tels que l’urbanisation, l’agriculture
intensive, l’érosion des sols, la surexploitation des ressources en
eau souterraine et l’augmentation de la demande énergétique50.
Le changement climatique complique encore davantage ces
interactions51. Par exemple, dans certaines régions, le manque
d’eau peut transformer les puits de carbone en sources de
carbone52. Ailleurs, les bouleversements climatiques sur le débit
naturel des rivières peuvent avoir des répercussions en cascade sur
des écosystèmes entiers.

L’intensification des programmes de gestion des ressources


naturelles par les populations, la création d’emplois verts et
l’adoption de mécanismes de gouvernance pour la protection
des écosystèmes d’eau douce demandent à être étendues. La
protection des écosystèmes doit être pleinement intégrée aux
politiques et plans climatiques et appliquée à tous les niveaux.
L’adoption à grande échelle de ces approches pour les bassins
transfrontaliers est particulièrement pertinente, ces derniers
constituant un écosystème holistique.

Source: Organisation des Nations Unies, Logan Abassi (2011)

50
Laura S. Craig et coll., «Meeting the challenge of interacting threats in freshwater ecosystems: a call to scientists and managers», Elementa – Science of the
Anthropocene, vol. 5, p. 72 (2017).
51
Rapport de la Plénière de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, Résumé à l’intention des
décideurs du rapport sur l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la
biodiversité et les services écosystémiques (Bonn, Allemagne, 2019).
52
Birol Kayranli et coll., «Carbon storage and fluxes within freshwater wetlands: a critical review», Wetlands, vol. 30, No. 1, p. 111–124 (2010).
24 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

VII. Financement climatique dans


le secteur de l’eau
Dans le cadre de l’Accord de Paris, les pays industrialisés se sont d’évaluation et de gestion des risques climatiques afin de renforcer
engagés à verser au moins 100 milliards de dollars des Etats-Unis la résilience des projets hydroélectriques.
d'Amérique provenant de sources publiques et privées chaque
année entre 2020 et 2025, à destination de projets d’atténuation du Les débats concernant le financement des actions dans le domaine
changement climatique et d’adaptation. Toutefois, certains pays sont du changement climatique sont essentiellement axés sur les
aujourd’hui très en retard sur ces engagements, tandis qu’il n’existe sommes d’argent disponibles, ou qui devraient l’être. La question
aucune formule commune précisant la part de l’effort à fournir par des montants est sans aucun doute importante, spécifiquement
chacun ou le montant de la contribution des secteurs public et privé53. dans les pays et les régions particulièrement vulnérables au
changement climatique, mais la qualité des projets sélectionnés l’est
Des banques de développement, des organismes d’aide humanitaire tout autant. Avec des processus de financement ciblés et clairement
et quelques sources commerciales et privées constituent le gros définis, il est possible de mobiliser de nouveaux réservoirs de
du secteur généralement considéré comme la finance climatique. ressources et d’envoyer, aux sphères publique et privée un signal sur
En outre, des mécanismes multilatéraux comme le Fonds pour l’importance de renforcer les capacités de résilience face au manque
l’environnement mondial, le Fonds vert pour le climat et le Fonds d’eau et au changement climatique54.
d’adaptation de la CCNUCC ont servi directement à financer des
mesures d’atténuation et d’adaptation. Des initiatives nationales Outre sa capacité à fournir des ressources et à mesurer et gérer les
et bilatérales de financement climatique émergent dans les pays risques climatiques concernant les investissements dans le domaine
développés et en développement, bien qu’elles restent centrées de l’eau, le secteur financier joue un plus grand rôle en matière de
principalement sur les efforts d’atténuation54. résilience face au changement climatique et de sécurité hydrique. Ainsi,
les assurances sont essentielles, car elles contribuent à améliorer
Ces dernières années, l’utilisation croissante d’obligations certifiées la capacité de résilience des populations aux effets du changement
vertes et bleues55, comme les obligations eau de l’Initiative pour les climatique, en particulier concernant les risques extrêmes liés à l’eau.59
obligations climat (CBI), révèle l’intérêt grandissant des municipalités En effet, les assurances permettent de réduire les risques et incitent
et du secteur privé du monde entier pour les marchés des titres à la prévention des catastrophes en alertant sur le niveau de risque
de créance liés au changement climatique. En juin 2019, environ (auquel est lié le montant des primes). Toutefois, certains risques dans
8 milliards d’investissements dans des projets d’infrastructures le secteur de l’eau ne peuvent être évités par les mesures mises en
grises et vertes relatives à l’eau avaient été certifiés56. place par la société. Pour ces risques résiduels, les assurances jouent
un rôle en prenant en charge les coûts d’adaptation et de redressement
Ailleurs, le Pôle mondial d’expertise en eau de la Banque mondiale à différentes échelles, du contrat d’assurance des récoltes du petit
a développé une méthodologie innovante de gestion de son exploitant au contrat de réassurance de la multinationale.
portefeuille eau. Cette initiative a débouché sur le lancement en 2015
d’un nouveau programme baptisé «Decision Tree Framework»57. Tout projet dans le secteur de l’eau doit s’inscrire clairement dans
Ce cadre est un guide séquentiel permettant d’évaluer le niveau de une démarche relative au changement climatique. Le développement
risque climatique de tous les investissements exigeant de grandes de projets finançables nécessite une collaboration entre les
quantités d’eau et d’estimer les efforts à consentir pour réduire bénéficiaires potentiels — responsables de la gestion de l’eau et
ces risques. Il s’applique désormais aux infrastructures locales organismes chargés de bassins — et les spécialistes nationaux du
comme les services publics d’approvisionnement en eau, et aux changement climatique et du financement climatique. Il est donc
processus de planification des ressources en eau à l’échelle de nécessaire de mettre en place une coopération intersectorielle et de
bassins. En outre, le Guide sur la résilience climatique du secteur renforcer les capacités spécifiques des responsables de la gestion de
de l’hydroélectricité58 propose une méthodologie d’identification, l’eau et des organismes chargés de bassins.

53
Merlyn Hedger, Climate change and water: finance needs to flood not drip, esp. note d’information (Londres, Royaume-Uni, Overseas Development Institute, 2018).
54
Mark Smith et John Matthews, Freshwater resources: the medium for change, document d’information pour la Commission mondiale sur l’adaptation au changement
climatique (à paraître).
55
Les obligations vertes et bleues sont des titres de créance émis par des gouvernements, des banques de développement ou d'autres entités pour lever des capitaux
auprès d'investisseurs ayant un impact sur l'environnement, afin de financer des projets axés sur les écosystèmes terrestres et/ou marins qui ont des avantages
environnementaux, économiques et climatiques positifs.
56
Climate Bonds Initiative, Green Bonds Market Summary: Q1 2019 (2019).
57
Patrick A. Ray et Casey M. Brown, Confronting Climate Uncertainty in Water Resources Planning and Project Design: The Decision Tree Framework
(Washington, Banque mondiale, 2015).
58
Association internationale de l'hydroélectricité, Hydropower Sector Climate Resilience Guide (Londres, Royaume-Uni, 2019).
59
Partenariat mondial pour l’eau, Climate insurance and water-related disaster risk management – unlikely partners in promoting development?, document de réflection
(Stockholm, 2018).
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 25

A. Négociations et processus concernant le climat


et l’eau au niveau régional et mondial
• Au moyen des forums existants, à l’image des semaines
régionales sur le climat de la CCNUCC ou du Partenariat
NDC, encourager la participation d’un ensemble plus large
de ministères et d’organismes publics locaux et nationaux,
notamment ceux en charge des secteurs de l’eau, de la
santé, de l’énergie et de l’agriculture, à des événements et
ateliers sur le climat au niveau régional et mondial.

Source: Organisation des Nations Unies, Mark Garten (2019)


• Grâce aux observations et projections scientifiques
acceptées concernant les effets du changement climatique,
établir des critères et développer un ensemble de priorités
en matière d’interventions dans les secteurs de l’eau et de
l’assainissement dans des zones névralgiques spécifiques
— en tenant compte en premier lieu des populations
urbaines et rurales les plus pauvres, les plus exposées et
les plus vulnérables —, ainsi que dans des zones qui sont le
théâtre de déplacements de populations à grande échelle.

• Tout en continuant à encourager le perfectionnement des


projections en matière de changement climatique et la
régionalisation des données climatiques pertinentes, aider
à vaincre les «différences d’observations» dans des pays de
différents niveaux de développement en finançant l’expansion
de réseaux d’observation hydrologique et météorologique,
de sorte que des données climatiques soient disponibles et

VIII. Recommandations
partagées au sein des pays et entre pays, et favorisent des
décisions éclairées dans le secteur de l’eau.

pratiques
• Élaborer des stratégies d’adaptation à l’échelle des régions
et des bassins, afin de maximiser l’efficacité des mesures
d’adaptation et de prévenir les effets négatifs de mesures
unilatérales, en donnant les moyens aux organismes
responsables de bassins de relever les défis du changement
Ce document présente certaines politiques et actions recommandées climatique.
en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation,
selon une approche à la fois sectorielle et intersectorielle. Sont • Veiller à ce que le rôle de l’eau dans l’atténuation du
énoncées ci-après des recommandations générales à destination changement climatique soit bien représenté dans les débats
des responsables et décideurs politiques en matière de changement et les accords relatifs au climat comme moyen pour atteindre
climatique afin d’assurer une meilleure prise en compte du secteur les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de
de l’eau dans leurs stratégies et programmes. serre. Cela comprend la restauration et la préservation des
systèmes écohydrologiques dégradés. La protection de l’eau
doit figurer dans l’ensemble des mesures et plans relatifs au
changement climatique, et notamment dans les stratégies
de développement nationales et régionales. Compte tenu
de leur potentiel important d’atténuation et d’adaptation,
les interventions dans le domaine de l’assainissement
doivent également être prises en compte. La production de
documents sur les meilleures pratiques et les enseignements
tirés de ces expériences doit être encouragée.

• Encourager l’innovation, favoriser le renforcement des


capacités et sensibiliser à une gestion adaptative de
l’eau, y compris à l’importance et aux avantages d’une
coopération transfrontalière afin de garantir l’efficacité des
accords et des mécanismes de suivi, ainsi que des solutions
d’atténuation du changement climatique et d’adaptation.

• Renforcer les modalités de financement par des fonds


pour le climat, nouveaux ou existants, qui favorisent le
financement d’approches intégrées pour un renforcement
26 ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau

des capacités de résilience au changement climatique par infranationales dans les plans et stratégies sectoriels en
une gouvernance et une gestion améliorée de l’eau, par la matière d’eau et assainissement (y compris de gestion des
réduction des lourdeurs administratives pour les pays à eaux usées), en les dotant de systèmes de suivi de l’eau et
capacités limitées et par la baisse des coûts de transaction de budgets spécifiques approuvés, et inversement.
pour faciliter la coordination. • Promouvoir et développer au niveau intersectoriel les
pratiques de partage de données et de connaissances, de
• Susciter l’engagement des jeunes et des jeunes
sorte que les nouvelles informations et les enseignements
spécialistes du secteur de l’eau — notamment les jeunes
puissent être évalués, pris en compte et inclus dans les
autochtones — et leur donner les moyens d’agir en tant
méthodes de gestion à tous les niveaux. L’utilisation des
que leaders et détenteurs de savoirs, capables de proposer
sciences citoyennes afin de collecter les données et mettre en
des solutions en matière de sécurité hydrique et des
œuvre des projets «sur le terrain» devrait aussi être étendue.
actions pour le climat. Porter cet engagement dans le
cadre d’une démarche qui respecte, protège et favorise • Renforcer les capacités des institutions à utiliser les
les droits humains fondamentaux en matière d’eau et approches existantes basées sur l’analyse des risques
d'assainissement. Soutenir les processus de gouvernance en matière d'atténuation et d'adaptation au changement
globaux intergénérationnels comme points d’entrée climatique au niveau décisionnel et opérationnel afin de
pour attirer des jeunes en tant que leaders du processus garantir que les décisions prises aujourd’hui n’aggravent
décisionnel. pas à l’avenir les difficultés d’accès à l’eau de populations
vulnérables et marginalisées.
• Appuyer la recherche universitaire et les collaborations avec
B. Renforcement des capacités, planification, des institutions publiques et privées qui investissent dans
des infrastructures et des technologies dites «sans regret»,
mise en œuvre et suivi à l’échelle nationale
à l’épreuve du changement climatique et spécifiques au
et infranationale secteur de l’eau et assainissement.
• Actualiser les CDN, les PNA et autres stratégies climatiques • Au moment de cibler des financements multilatéraux,
nationales, infranationales et locales afin d’inclure les bilatéraux et d’autres sources de financement, s’assurer que
approches basées sur l’analyse des risques dans les les propositions prennent en compte la question de l’eau selon
pratiques de gestion et d’approvisionnement en eau, une approche intersectorielle comprenant l’assainissement
conformément aux objectifs d’atténuation du changement (notamment la gestion des eaux usées), l’hygiène, la santé,
climatique et d’adaptation, si nécessaire. l’agriculture, l’énergie et l’industrie, ainsi que les écosystèmes.
• Établir ou renforcer les mécanismes nationaux afin Il est également urgent de se pencher sur le renforcement
d’encourager un dialogue de proximité entre les des capacités des pays à concevoir des propositions
ministères responsables de l’environnement/du climat, d’investissements dans le domaine de l’eau, adaptées au
de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de la planification, changement climatique, convaincantes et adéquates.
des interventions d’urgence et du financement du
Il convient de noter que, tandis que les recommandations ci-dessus
développement, de la mise en œuvre et de l’actualisation
s’adressent principalement aux décideurs politiques responsables
des CDN, des PNA et des plans de réduction des risques de
de la question climatique, les décideurs politiques et praticiens du
catastrophe.
secteur de l’eau devront appuyer ces efforts de leurs expériences
• En coordination avec les ministères compétents comme et de leurs expertises, et mieux coordonner leurs propres plans et
le Ministère des finances, appuyer l’intégration des actions par une planification et une mise en œuvre continue des
priorités mises en avant dans les PNA, communications mesures liées au changement climatique.
nationales et autres stratégies climatiques nationales et
ONU-Eau / Note de politique / Changement climatique et eau 27

IX. Conclusions
Indispensable à la survie des écosystèmes, de la biodiversité, Les méthodes de gestion axées sur l’analyse des risques et les
de l’économie et de la société tout entière, l’eau douce est l’une écosystèmes, qui garantissent la participation éclairée et efficace
des ressources les plus précieuses de notre planète. Bien que la des personnes affectées, ouvrent la voie à des solutions dites
crise climatique mondiale ne constitue pas son unique menace, «à faibles regrets» ou «sans regrets», adaptables en fonction
ces bouleversements aggravent la situation actuelle, rendant de l’évolution des conditions sous-jacentes. S’il est essentiel
de plus en plus difficiles la gestion et la prévision de la gestion de renforcer la capacité de résilience des écosystèmes d’eau
des ressources en eau et de leur qualité, et imposent de nouvelles douce pour l’adaptation nécessaire dès maintenant, c’est aussi
stratégies pour organiser cette ressource rare et précieuse au sein un impératif moral envers les générations futures qui ne sont
des pays et entre territoires voisins. L’eau est à la fois un élément pas responsables de la crise climatique dont elles hériteront.
favorable et un facteur restrictif de la capacité humaine à atténuer Une occasion unique nous est offerte de transformer les systèmes
le changement climatique et à s’y adapter. de gouvernance et de gestion actuels, et d’accroître la cohérence
des cadres mondiaux mis en place par la société, afin de créer un
monde durable pour toutes et tous.

L’incertitude ne peut justifier l’inaction: des outils, des méthodes


et des mécanismes de financement sont maintenant disponibles.
Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre.
Source: Organisation des Nations Unies, Nektarios Markogiannis (2018)
Les notes de politique d’ONU-Eau présentent des analyses courtes et informatives sur les enjeux les plus urgents liés à l’eau douce,
fondées sur l’expertise de l’ensemble du système des Nations Unies. Ces notes peuvent être utilisées dans le cadre de discussions de fond
et proposent des recommandations stratégiques pour une gestion durable de l’eau et de l’assainissement.

UN-Water Technical Advisory Unit


7 bis Avenue de la Paix
Case postale 2300
unwater@[Link] l [Link] CH-1211 Genève 2 - Switzerland

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