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Le Japon et la mer Le Japon et la mer
maquereaux en grosses quantités mais aussi des crabes et des saumons parfois déjà
Le Japon et la mer conditionnés par des navires-usines équipés de radars et de sonars. Le quartier de Tsuki-Ji,
à Tokyo est un extraordinaire marché aux poissons (les Japonais en consommeraient de 60
À 200 km de la Corée, le Japon est un archipel de 1 042 îles disposées en arc de cercle de à 80 kg par habitant et par an !).
4 000 km d’Hokkaïdo à Okinawa. C’est un méridien entre Asie et Pacifique. Une telle Aux prises avec la raréfaction de la ressource à cause de l’overfishing, le coût des
guirlande insulaire occuperait, en Eurasie, un espace du nord de Bordeaux au sud d’Agadir. armements et la concurrence des autres grands pays de pêche, cette activité n’échappe
Le Japon possède 30 000 km de côtes (la France, 3 000) et est doté d’une ZEE (Zone plus aux contraintes écologiques et connaît une crise plus ou moins sévère. Le Japon est
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économique spéciale) de 4,5 millions de km . désormais distancé par la Chine et le Pérou et doit importer (captures de 7 millions de
Si, pendant longtemps, la mer a protégé le Japon, elle a aussi été lieu d’agression, de tonnes pour une consommation de 12 millions de tonnes). En 2007, le japon résiste à la
confrontation et de promesse d’expansion. On peut rappeler les batailles navales perdues pression internationale concernant la chasse à la baleine.
contre les Coréens (1598) ou gagnées contre les Chinois (1895) ou les Russes (1905) et
les incursions, dans le sanctuaire japonais, des Européens au xvie siècle (Jésuites
I.3. Les Japonais sont pionniers dans les domaines de l’aquaculture
catholiques, marchands protestants, Portugais, Anglais, Hollandais) ; plus tard, le réveil est
dû aux Américains du Commodore Perry (1853-1854). Il est à l’origine du transfert du et des fermes marines.
pouvoir nippon de Kyoto la terrienne et d’Osaka (« la cuisine de l’Empire ») à Edo (« la Ils n’arrivent pourtant dans ce domaine qu’au troisième rang mondial derrière la Chine et
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Porte de l’Est », le futur Tokyo). Mais la mer est aussi, au xx siècle, le champ de même l’Inde. Pour tous ces pays d’Asie aux populations nombreuses, algues, coquillages et
l’impérialisme aventurier et meurtrier du Japon. mollusques (huîtres et palourdes) sont devenus d’autant plus indispensables que les
« Le Japon de l’envers » est stratégique mais répulsif. Les icebergs, qui dérivent du Grand captures par pêche fléchissent.
Nord, sont toujours dangereux. Niigata attend toujours le réveil économique de la Russie.
Plus au Sud, la Corée conteste plus que jamais l’appellation « mer du Japon » qui est, pour
elle, la « mer de l’Est ». Le détroit de Corée et les îles Tsushima verrouillent cette mer II. Les zones côtières et la mer sont le support et le poumon
presque fermée, surveillée par Vladivostok, Pusan et Fukuoka. Mais Kyushu fait économique de la seconde puissance mondiale
communiquer le Japon avec l’extérieur et reste sa « porte de l’Asie ». En revanche,
l’archipel d’Okinawa et la côte Est regardent toujours vers les États-Unis, aussi bien sur le
plan militaire qu’économique. C’est « le Japon de l’endroit ». II.1. Le Japon de l’après-guerre a été le premier à organiser de façon
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Pour cet archipel de 372 000 km , comparable aux îles britanniques, plus grand que l’Italie, systématique la littoralisation de l’économie nationale.
la mer représente un triple intérêt, sur le plan nourricier mais aussi en terme de support et Elle a été rendue possible par la révolution technique des transports maritimes (tankers,
de liaison économiques. porte-conteneurs etc.) et les accidents historiques (Suez, 1956).
I. La mer a toujours apporté au Japon le complément nourricier II.2. Le Japon de la « haute croissance » a véritablement redessiné
ses rivages ancestraux désormais traités comme une matière première.
qui lui était nécessaire
Dans un pays aux plaines rares et exiguës, la conquête de terrains plats et disponibles se
fait sous forme de gigantesques digues, pontons flottants, polders à vocation industrielle ou
I.1. L’archipel, pont biogéographique, est entouré de mers riches en résidentielle (baie de Tokyo) et même d’îles artificielles qui utilisent les déblais de collines
plancton. arasées (aéroport de Kansai). C’est avec la montagne excavée et les déchets que l’on
La rencontre de l’Oya shivo et du Kouro shivo, courants littoraux respectivement froids et comble les fossés !
chauds, favorise le développement du plancton et, grâce à lui, celui de bancs de poissons
particulièrement abondants. II.3. Ponts et tunnels relient désormais les îles japonaises les unes
aux autres.
I.2. Ces ressources côtières, désormais appauvries, ont fait des La mer a ainsi représenté un défi permanent relevé par le génie de l’industrie du BTP
Japonais de véritables prédateurs de haute mer. japonais qui peut s’enorgueillir de réalisations et de techniques nouvelles. C’est ainsi que le
La consommation de poisson est si considérable dans ce pays que la daurade y symbolise tunnel sous-marin de Seikan qui relie l’île « principale » de Honshu à Hokkaido « la
le bonheur. Un demi-million de pêcheurs ramène des sardines, des thons et des nordique » mesure 53,85 km (distance supérieure à l’Euro-tunnel). Les nombreuses
difficultés rencontrées (roches friables, inondations…) ont nécessité vingt-cinq années de
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Le Japon et la mer Le Japon et la mer
travaux, mais permis de mettre au point des tunneliers efficaces qui feront de nouveau leur
preuve sous la Manche. L’archipel n’en est plus un.
Désormais intégré, l’archipel est aussi menacé de pollutions aux conséquences Malacca et Panama représentent dans ce contexte les passages obligés d’une puissance
dramatiques. La maladie de Minamata due au mercure, l’asthme de Yokkaichi dont sont transpacifique aspirant à un rôle véritablement mondial.
responsables les raffineries de pétrole et la maladie d’itai-itai (« douleur » en japonais),
intoxication au cadmium sidérurgique, ne constituent que quelques exemples tristement Claude Chancel, Eric-Charles Pielberg
célèbres.
III. La mer est liaison, communication et vecteur de la puissance
mondiale du Japon
III.1. Longtemps leader, le Japon demeure, derrière la Corée, le
second fabricant de bateaux du monde.
Il possède encore quatre des dix plus grands chantiers navals de la planète tandis que sa
flotte de commerce est également seconde, entre Grèce et Norvège.
À l’ère Meiji, la construction navale fut la première des industries mécaniques lourdes
(puissance de Mitsubishi qui reste en 2002 le premier chantier japonais derrière trois
coréens !). Stimulée par le premier conflit mondial et la crise de 1929, ruinée en 1945, cette
activité primordiale fut rapidement relancée après-guerre par le MITI.
III.2. Pays aux mille implantations portuaires, le Japon possède une
gamme complète de ports hiérarchisés.
Quatre foyers dominent : l’ensemble tokyoïte, Kobé-Osaka, Nagoya et Kitakyushu. Ils
correspondent aux pôles initiaux de la mégalopole. Et même si Singapour (trafic de 326 Mt)
et Rotterdam (323 Mt) font figure de premiers ports du monde, l’ensemble de la baie de
Tokyo est en réalité en première position (avec Chiba, 164, Tokyo, 85, Kawasaki, 100, et
Yokohama, 114, le total atteint plus de 465 millions de tonnes !). Le cabotage dont
l’importance s’explique par les contraintes naturelles d’un pays montagneux et morcelé
représente 40 % du trafic maritime global.
III.3. Le Japon est devenu par excellence une plate-forme multimodale
de l’économie mondialisée, qui rivalise avec ses voisins de la façade
asiatique du Pacifique.
C’est ici que le MITI et le JETRO sont relayés par les sogo shosha dont le berceau est
souvent Osaka et qui sont incontestablement « les yeux et les oreilles » de l’appareil
productif nippon. Inventoriant, stockant et transportant toutes choses avec un sens infaillible
des intérêts du pays, ce sont elles qui ont installé sur mer la puissance japonaise au
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XX siècle. C’est ainsi que la triple dépendance du Japon en termes d’énergie, de matières
premières et de denrées agro-alimentaires est maîtrisée au prix d’une veille et d’un contrôle
permanent des grandes routes maritimes si stratégiques pour lui.
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