Educarion Notes
Educarion Notes
Transformation de l’Education
Notes de synthèse sur
Les futurs de l’éducation
Avril 2022
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Contenu
Ces notes s’inspirent d’idées, de principes et de propositions contenus dans le rapport de la Commission
Internationale sur Les futurs de l’éducation, Repenser nos futurs ensemble : Un nouveau contrat social
pour l’éducation.
En ligne avec les cinq domaines d’action du Sommet des Nations Unies sur la Transformation de
l’Education, elles couvrent les sujets suivants :
Les écoles sont des cadres éducatifs essentiels. Elles incarnent l’engagement de nos sociétés pour une éducation
publique et sont vitales pour l’inclusion, l’équité, et le bien-être individuel et collectif. Nous devons améliorer et
renforcer les écoles pour davantage promouvoir des futurs plus justes, équitables et durables. Au-delà de la scolarité
formelle, nos sociétés doivent développer des environnements d’apprentissage enrichissants qui permettent de
s’éduquer tout au long de la vie au travers de divers espaces socio-culturels.
Contexte actuel
Les écoles représentent des espace-temps uniques pour l’éducation formelle. Au cours du siècle passé, des écoles
à travers le monde ont été organisées de manière remarquablement similaire selon un modèle de similitude sur
le plan de l’architecture, de l’organisation et des procédures, comprenant les salles de classe, les plans de cours, les
emplois du temps, les groupes d’âge, les examens, etc. La multiplication du nombre d’écoles à travers le monde au
cours des dernières décennies a permis à des millions d’enfants, d’adolescents et de jeunes de jouir de leur droit
à l’éducation. Les fermetures d’écoles durant la pandémie ont non seulement eu pour conséquence l’interruption
de l’apprentissage pour nombre d’élèves et d’étudiants, mais ont également démontré le rôle essentiel que jouent
les écoles dans l’appui à la santé, à la nutrition et au bien-être d’individus, de familles et de communautés. Les
écoles sont parmi les rares institutions qui se destinent expressément à protéger et à offrir des opportunités aux
plus vulnérables.
Et à la fois, bien trop souvent, les écoles reproduisent les inégalités. Près de la moitié des étudiants dans le monde
terminent leur cycle secondaire sans atteindre ne serait-ce que les niveaux minimums de maîtrise des compétences
de base. Lorsque l’apprentissage académique a lieu, sa pertinence et son applicabilité au-delà de la salle de classe
peuvent être limitées. Des préoccupations liées à la sécurité, à la santé physique et mentale, au logement décent,
et à la nutrition peuvent également représenter des obstacles à l’apprentissage. Les discriminations liées au genre
peuvent avoir un impact sur la participation en classe, particulièrement en temps de crise lorsque la présence à
l’école est jugée dangereuse, ou quand une charge trop importante de tâches domestiques et de soins ménagers
incombe aux jeunes filles. Les environnements d’apprentissage en dehors de l’école sont également cruciaux tout
au long de la vie – tant avant l’âge d’entrer en primaire qu’à l’âge adulte pour répondre à un monde en pleine
mutation.
Tendances futures
Effets prolongés de l’interruption scolaire : Les effets des fermetures d’écoles et du manque d’éducation en
présentiel continueront à avoir des impacts à long terme sur le bien-être social, intellectuel et mental de millions de
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jeunes, en particulier pour ceux et celles qui étaient déjà vulnérables et marginalisés. Protéger contre les violences
liées au genre, le mariage précoce, le travail des enfants, et prévenir les grossesses précoces et le décrochage
scolaire resteront des priorités urgentes.
Evolution des besoins en matière de curricula et de pédagogie : La remise en cause des modes d’instruction
unidirectionnels en vigueur dans nombre d’écoles continuera de laisser la voie à des programmes d’étude et des
pédagogies plus participatifs, pertinents et adaptés, et nourrira également une demande croissante pour que
divers modes d’apprentissage se développent dans les écoles.
Demande croissante pour les compétences numériques : Les écoles seront de plus en plus tenues de faciliter
la participation au patrimoine des connaissances communes, de développer les compétences numériques des
étudiants, et de former des citoyens numériques de manière efficace, pertinente et adaptée à leur âge. Les écoles
devront également atténuer les effets négatifs liés à la sursaturation aux écrans, à l’addiction numérique, aux
questions de protection de la vie privée, et aux risques en ligne.
Demande croissante pour l’éducation tout au long de la vie : La durée de vie des êtres humains s’allonge, le
travail et les professions changent, et les adultes doivent assumer des responsabilités pour construire le monde de
demain, ce qui rend de plus en plus essentiel le besoin de s’éduquer tout au long de la vie.
Propositions
• Prioriser des environnements d’apprentissage sains et inclusifs : Les écoles doivent garantir des
espaces sûrs, exempts de violence, de discrimination, et de harcèlement, qui accueillent les apprenants
dans leur différence et dans toute leur diversité.
• Offrir des environnements d’apprentissage collaboratifs et variés : Encourager une culture
scolaire qui s’appuie sur des stratégies d’apprentissage collaboratives pour transformer les différences
entre élèves et enseignants en opportunités d’enrichir l’apprentissage partagé.
• Redéfinir les attentes de l’apprentissage en classe : Reconnaitre le caractère caduc de la vision
d’enfants et de jeunes assis passivement toute la journée, de qui l’on attend d’absorber un réservoir
d’informations, et réimaginer l’architecture des écoles, la conception du mobilier, et les matériels
promouvant l’apprentissage actif.
• Réformer les plans de cours et les emplois du temps : S’assurer que les calendriers scolaires et les
emplois du temps n’écartent pas la possibilité d’expériences enrichissantes d’apprentissage collaboratif,
telles que la résolution de problèmes en groupe et l’apprentissage basé sur des projets concrets, la
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démarche d’investigation et la recherche-action, les pédagogies engageant les communautés et
l’apprentissage par l’engagement.
• Permettre une flexibilité organisationnelle dans l’ensemble de la communauté scolaire : Offrir
aux enseignants la souplesse nécessaire pour développer, expérimenter, et adapter les groupes
d’étudiants – parfois petits parfois grands, regroupés par âge ou mixtes, au-delà des dispositions
conventionnelles de la classe.
• S’assurer que les évaluations ont une finalité pertinente et renforcent l’apprentissage : Les
enseignants, les écoles, et les systèmes éducatifs devraient mettre les évaluations au service de
l’apprentissage. Ils ne devraient pas utiliser les résultats pour retenir des ressources, punir les étudiants,
ou créer des catégories de ‘gagnants’ et de ‘perdants’.
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Enrichir les environnements d’apprentissage au-delà de la scolarité formelle et tout
au long de la vie
• Développer l’apprentissage avec une planète vivante : Elargir l’éventail des lieux où l’apprentissage
a lieu au-delà des espaces et des institutions centrés sur l’humain, pour inclure également les parcs,
les rues des villes, les chemins ruraux, les jardins, la nature sauvage, les terres agricoles, les forêts, les
déserts, les lacs, les milieux humides, les océans et d’autres composantes de la biosphère.
• Développer les espaces propices à l’apprentissage culturel et en communauté : Encourager les
possibilités d’éducation intergénérationnelle et de compréhension culturelle en tissant des liens avec
les personnes âgées, les chefs de communautés, et les gardiens du savoir, allant ainsi au-delà des murs
de l’école pour accéder au savoir local.
• Etablir des ponts entre la théorie et la pratique : Donner l’opportunité à l’école d’appliquer
les apprentissages ; par exemple, s’inspirer de l’enseignement et de la formation techniques et
professionnels au travers de modes innovants d’apprentissage, de cours pertinents, de coopératives,
et de formations utiles.
• Promouvoir une éducation transformatrice pour les adultes : Les politiques et les programmes
mis en place nécessitent un déploiement tout au long de la vie, pour répondre non seulement aux
mutations du marché du travail, mais aussi à l’évolution des besoins des adultes et des personnes
âgées.
• Développer des environnements propices à l’éducation préscolaire : Adopter à l’échelle de la
société des systèmes ouverts et flexibles pour l’éducation préscolaire, en priorisant les relations avec la
famille et les communautés, ainsi que le développement cognitif, émotionnel et sensoriel.
• Défendre les droits des peuples autochtones à l’auto-détermination : Promouvoir la
déclaration DNUDPA qui souligne qu’en plus d’accéder à l’éducation dispensée par l’Etat, les peuples
autochtones ont “le droit d’établir et de contrôler leurs propres systèmes et établissements scolaires
où l’enseignement est dispensé dans leur propre langue, d’une manière adaptée à leurs méthodes
culturelles d’enseignement et d’apprentissage”.
• Garantir le droit à l’éducation des personnes déplacées et apatrides : Assurer l’inclusion des
réfugiés et des communautés déplacées dans les systèmes éducatifs, en admettant la plausibilité qu’ils
seront de plus en plus nombreux à l’avenir.
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Note de synthèse 2. Apprentissage et compétences
pour la vie, le travail et le développement durable
L’éducation devrait doter les apprenants de savoirs, de compétences, de valeurs et d’attitudes leur permettant
d’être résilients, adaptables et préparés pour des futurs incertains, tout en contribuant au bien-être des êtres
humains, de la planète et au développement durable. L’apprentissage des savoirs fondamentaux devrait inclure la
lecture, l’écriture, le calcul, les compétences scientifiques, les sciences humaines, et les arts, tous indispensables à
l’apprentissage tout au long de la vie. En outre, les programmes scolaires doivent mettre l’accent sur l’apprentissage
écologique, interculturel et interdisciplinaire, afin que tous les apprenants, de la petite enfance à l’âge adulte,
acquièrent non seulement des connaissances pertinentes, mais soient également en mesure d’agir et de contribuer
à la paix mondiale, au développement durable et à la transformation de la société.
Contexte actuel
Quelques 773 millions de jeunes et d’adultes n’ont toujours pas les compétences de base en matière
d’alphabétisation, et les deux tiers sont des femmes ; dans les pays à faible revenu, un jeune sur quatre est encore
analphabète aujourd’hui. Même dans les pays à revenu intermédiaire et à revenu élevé, une part importante de
jeunes scolarisés âgés de 15 ans n’est pas en mesure de comprendre ce qu’ils lisent au-delà des niveaux les plus
élémentaires. Les disparités économiques, les limitations liées au genre et à la géographie, la discrimination ethnique
et linguistique, et le manque de pertinence culturelle ont un impact sur les résultats scolaires, l’apprentissage et le
développement des compétences.
Les lacunes en matière d’éducation poursuivent les individus tout au long de leur vie. Depuis 1990, les taux de
participation au marché du travail diminuent lentement dans presque toutes les régions du monde et toutes
les tranches de revenus. Cela est particulièrement vrai pour la participation des jeunes (15-24 ans) et peut être
en partie lié à l’amélioration des niveaux d’éducation, mais aujourd’hui, un jeune sur cinq n’est ni en situation
d’emploi, ni inscrit dans un cursus éducatif ou une formation. D’importantes disparités liées au genre persistent
dans la participation au marché du travail. La COVID-19 a eu des impacts significatifs et a fait reculer les progrès
réalisés en matière d’égalité des sexes.
Tendances futures
Recul des résultats scolaires : La proportion d’enfants dans les pays à revenu faible et intermédiaire qui ne sait
pas lire un texte simple à l’âge de 10 ans pourrait passer de 50% avant la pandémie à potentiellement 70%.
Croissance lente de l’accès à l’éducation préscolaire et à l’enseignement supérieur : Les écarts en matière
d’éducation préscolaire et d’enseignement supérieur devraient rester particulièrement importants. Par exemple,
alors que les pays à revenu élevé pourraient atteindre une participation de 100% dans l’enseignement supérieur
dès 2034, on prévoit une participation de moins de 15% dans les pays à faible revenu d’ici 2050.
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Augmentation des impacts climatiques sur l’éducation : Le changement climatique et le dérèglement des
écosystèmes introduiront de nouveaux défis pour garantir le droit à l’éducation, tels que le déplacement des
enseignants et des étudiants, l’endommagement des bâtiments scolaires, l’insécurité alimentaire, les maladies et
la pauvreté, en particulier pour les plus vulnérables.
Mutations du marché du travail : Les marchés du travail continueront d’être remodelés par un ensemble varié
de changements structurels qui incluent la montée de l’économie ‘à la tâche’, des freelances et des consultants,
l’IA, l’automatisation, etc. De nouveaux emplois verront le jour avec l’adoption de technologies durables, mais
d’autres emplois disparaîtront à mesure que les pays réduiront leur consommation de carbone et les industries à
forte intensité de ressources, ce qui posera des défis à l’éducation qui devra s’adapter au rythme de ces mutations
rapides.
Propositions
• Insister sur le développement durable dans les programmes d’études : Le développement durable
devrait être élevé au rang d’objectif majeur et de principe d’organisation des programmes d’études,
irriguant toutes les matières tout en dépassant les frontières disciplinaires.
• Développer des pédagogies connectées aux réalités locales : Encourager une éducation ancrée
dans les territoires, environnementale, qui ait lieu en plein air et se base sur l’expérience, ainsi qu’une
éducation à la citoyenneté qui favorise des relations durables avec la planète.
• Renforcer la littératie, la numératie et les compétences scientifiques : Développer les connaissances
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et les compétences pour comprendre, innover avec des solutions créatives, et contrer la désinformation,
en enseignant aux élèves la manière dont on investigue les phénomènes par la méthode scientifique,
la rigueur, l’empirisme et l’éthique.
• Mettre l’accent sur les ‘compétences vertes’ : Les qualifications, les programmes et les cursus doivent
permettre d’acquérir des ‘compétences vertes’ tout au long de la vie, que ce soit pour les professions
et les secteurs émergents ou pour les secteurs en cours de transformation vers une économie à faible
émission de carbone.
• Veiller à ce que l’éducation au changement climatique tienne compte du genre : Reconnaître
l’impact inégal de la destruction de l’environnement sur les femmes et les filles, et prendre les mesures
nécessaires pour valoriser le travail domestique et les soins dans chaque foyer et communauté.
• Aider les élèves à s’adapter au changement des conditions climatiques : Au sein des communautés
qui ressentent déjà les effets destructeurs du changement climatique, l’éducation doit doter les élèves
de capacités de réaction aux situations d’urgence, de capacités d’atténuation des impacts, et d’autres
capacités pour gérer la “nouvelle normalité” de leur environnement.
• Reconnaître le rôle des savoirs autochtones : Apprécier et restaurer les savoirs autochtones essentiels
à l’atténuation et à l’adaptation aux changements sociaux, économiques et environnementaux – tels
que la gestion durable des forêts, l’ensemencement et la récolte de l’eau, la biodiversité et la résilience
des cultures, la conservation et la sélection des semences – et qui offrent une vision plus large des
relations entre les êtres humains et non-humains.
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Note de synthèse 3. Les enseignants,
l’enseignement et la profession enseignante
Ce que l’on a qualifié de crise mondiale de l’apprentissage est, avant tout, une crise de l’enseignement. Des études
démontrent que la qualité de l’enseignement est le facteur le plus déterminant dans la réussite scolaire, et qu’une
qualité insuffisante de l’enseignement est un facteur clé de déperdition précoce des élèves. Pour garantir des
systèmes efficaces de recrutement, de rétention, de soutien et d’innovation dans l’enseignement et l’apprentissage,
il faut repenser la place importante qu’occupent les enseignants dans chaque société et l’avenir de la profession.
Contexte actuel
La demande d’enseignants qualifiés a connu une croissance considérable au cours des dernières décennies
en raison de l’élargissement de l’accès à l’éducation. Cependant, bien que l’importance d’un enseignement de
qualité soit largement admise, les enseignants sont peu reconnus, sous-valorisés, mal payés et peu soutenus.
Les enseignants bien formés et expérimentés sont inégalement répartis entre les régions ou les populations,
avec des différences marquées entre les milieux urbains et ruraux et entre les écoles accueillant des enfants issus
de différentes couches socio-économiques et de divers milieux culturels. Paradoxalement, les environnements
qui nécessitent les enseignants les mieux préparés et les plus expérimentés sont principalement desservis par
des éducateurs novices, volontaires ou sous-qualifiés, avec un taux de rotation et d’attrition élevé. En raison
d’une demande supérieure à l’offre, la proportion d’enseignants qualifiés dans de nombreuses régions est plus
faible aujourd’hui qu’il y a vingt ans, et les enseignants sont mis à mal par des changements rapides, des attentes
sociétales accrues, et des conditions de travail plus précaires.
Tendances futures
Pénurie d’enseignants : 70 millions de nouveaux enseignants du primaire et du secondaire devront être
recrutés dans le monde d’ici 2030 pour atteindre les objectifs de l’ODD4. La qualification des enseignants sera
particulièrement nécessaire dans les pays où les possibilités d’accès à l’enseignement supérieur sont limitées et
dans ceux où la croissance de la population d’âge scolaire est la plus rapide.
Dépréciation des salaires : La valeur relative des salaires des enseignants a diminué au cours des dernières
décennies et, si l’on n’y remédie pas, les enseignants talentueux continueront à quitter la profession en quête de
salaires décents dans d’autres métiers.
Inégalités de genre : L’augmentation du nombre d’enseignantes dans certains pays a été un prétexte pour tirer
les salaires à la baisse ou creuser les écarts de rémunération, en particulier pour les professionnels de l’éducation
préscolaire et primaire.
Pressions accrues : Les pressions exercées sur les enseignants continueront certainement à augmenter, parmi
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lesquelles les pressions exercées pour combler les lacunes croissantes d’apprentissage, les protocoles de santé et de
sécurité, l’adaptation technologique, les problèmes de santé mentale des étudiants, et d’autres bouleversements
imprévus pour lesquels les enseignants sont “en première ligne”.
Propositions
• Créer des parcours d’intégration pour les enseignants novices : Des programmes d’intégration de
qualité peuvent soutenir les enseignants novices au cours de leurs premières années dans l’exercice
du métier – période pendant laquelle ils sont le plus susceptibles de démissionner – en leur mettant
à disposition des structures collaboratives pour planifier les leçons, co-enseigner, bénéficier d’un
mentorat, et développer la collégialité.
• Améliorer la formation initiale des enseignants : La formation pédagogique exige une pratique et
une réflexion approfondies de l’enseignement. L’amélioration de la formation des enseignants peut
être atteinte au travers de collaborations avec les pouvoirs publics, les chercheurs, les associations
d’enseignants, les établissements d’enseignement supérieur et les chefs de communautés.
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• Adapter le développement professionnel aux enjeux pertinents : Le développement professionnel
doit se concentrer sur ce que les enseignants peuvent faire pour soutenir l’apprentissage des élèves,
sur la façon dont ils peuvent répondre à l’accélération des changements sociaux, planétaires et
technologiques, et sur l’apprentissage entre pairs dans leur domaine.
• S’inspirer de collègues expérimentés : Les enseignants très expérimentés peuvent enrichir leur rôle
en servant de mentor aux nouveaux enseignants, en facilitant la planification avec des co-enseignants,
et en dirigeant des domaines d’étude. Ils peuvent bénéficier de congés sabbatiques pour la recherche
et le perfectionnement professionnel dans une optique d’apprentissage continu.
• Favoriser la cohérence dans la carrière continue des enseignants tout au long de leur vie :
Les responsables doivent veiller à ce que les différentes composantes du parcours professionnel des
enseignants – du recrutement à l’évolution professionnelle, en passant par la formation – se déploient
de manière holistique et de concert les unes avec les autres.
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Note de synthèse 4.
Apprentissage et transformation numériques
La transformation accélérée de nos sociétés induite par la numérisation et les technologies numériques est en
train de remodeler nos modes de vie et d’apprentissage. Les technologies numériques, en particulier celles qui
visent à développer la connectivité, peuvent enrichir certains processus éducatifs et améliorer certains résultats
d’apprentissage. Elles devraient être orientées vers le soutien aux droits humains, le renforcement des capacités
humaines et la facilitation de l’action collective en faveur de la paix, de la justice et de la durabilité. Toutefois, nous
n’avons pas encore identifié la manière de tenir pleinement ces nombreuses promesses.
Contexte actuel
Il existe des contradictions inhérentes à la numérisation et aux technologies numériques. À cet égard, la ‘révolution
numérique’ ne diffère en rien des autres grands moments de bouleversement technologique, en ce que les gains
collectifs majeurs s’accompagnent d’une augmentation inquiétante des inégalités et des exclusions en raison des
disparités en matière d’infrastructures et d’accès aux dispositifs de connectivité, aux plateformes d’apprentissage,
aux supports numériques de qualité, et aux compétences numériques. Les taux de connectivité sont terriblement
asymétriques à l’échelle mondiale : environ deux enfants et jeunes sur trois n’ont pas accès à internet à la maison,
et les filles et les femmes sont moins susceptibles de jouir de cet accès et d’avoir des compétences numériques.
Dans le même temps, dans certains pays, il n’est pas rare qu’une personne passe en moyenne dix heures par jour
en ligne et en immersion numérique.
Le monde de l’éducation est en proie à un ensemble de relations variées, provisoires et émergentes avec les
technologies numériques. Les ordinateurs sont utilisés dans de nombreuses salles de classe et au sein de
nombreux foyers à travers le monde ; les téléphones mobiles sont de plus en plus utilisés dans divers contextes
éducatifs et commencent à jouer un rôle dans les régions faibles en ressources. Pourtant, les lacunes au regard des
compétences numériques des élèves et des enseignants constituent toujours un obstacle majeur à l’utilisation
des technologies dans l’éducation. Nombreux sont ceux qui reconnaissent le vaste et enthousiasmant potentiel
éducatif de l’internet, du courrier électronique, des données mobiles, du streaming vidéo et audio, ainsi que des
outils sophistiqués de collaboration et d’apprentissage qui sont de plus en plus à notre portée. La transformation
numérique soulève de nombreuses questions relatives aux droits humains, par exemple le droit à l’information,
à la vie privée, à la culture et à la participation démocratique. Les technologies numériques peuvent à la fois
renforcer et affaiblir les principes fondamentaux de la dignité humaine, parmi lesquels la capacité de construire et
de poursuivre ses propres objectifs.
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Tendances futures
Substitution des machines aux décisions humaines : L’apprentissage automatique guidé par les algorithmes et
l’IA pourraient altérer la prise de décision sociale et politique et remplacer le jugement humain par des processus
technologiques qui pourraient apporter de la transparence mais qui pourraient aussi rester voilés par le secret et
la complexité.
Technologie numérique et intérêts commerciaux : Les plateformes numériques les plus couramment utilisées
dans l’éducation aujourd’hui sont conçues pour répondre aux objectifs commerciaux de leurs propriétaires, par
exemple en vendant de la publicité, en augmentant la dépendance aux services associés, ou en récoltant les
données des utilisateurs. Bien que ces pratiques tendent à se pérenniser, poursuivre le développement du code
ouvert et des options publiques pourrait nous éloigner de cette logique mercantiliste.
La vie dans les espaces virtuels : Le déplacement continu de la vie sociale, politique, culturelle, économique
– et même interpersonnelle – vers des espaces virtuels pourrait modifier profondément les relations humaines,
les interactions, les aspirations et les modes de pensée, ainsi que notre approche de l’enseignement et de
l’apprentissage.
Propositions
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Centrer les plus marginalisés
• Mobiliser des ressources pour réduire la fracture numérique : Permettre aux élèves et aux
enseignants d’accéder à l’internet à tout moment et en tout lieu, afin d’égaliser les chances en matière
d’éducation numérique.
• Préserver la diversité culturelle : Veiller à ce que la numérisation favorise la diversité culturelle plutôt
qu’elle ne la menace.
• Adopter des principes de conception inclusive : En lieu et place d’innovations numériques
qui profitent d’abord aux apprenants privilégiés (en raison de leurs aptitudes, de leur statut socio-
économique, ou de leur environnement urbain) et qui sont ensuite diffusées aux plus vulnérables et
marginalisés, nous devrions plutôt commencer par les apprenants qui ont le plus besoin d’opportunités
avant d’étendre ces innovations aux communautés plus privilégiées.
• Utiliser la technologie numérique pour soutenir – et non remplacer – les écoles : Donner la priorité
au rôle essentiel de l’enseignement présentiel, et utiliser la technologie numérique pour enrichir les
environnements d’apprentissage.
• Tirer parti de la connectivité numérique pour améliorer l’accès à la connaissance : Permettre aux
enseignants et aux élèves d’accéder librement aux informations, aux textes et aux arts du monde entier.
• Utiliser les outils numériques pour la création et la communication : S’appuyer sur les outils
numériques pour faciliter une communication efficace entre les parents, les enseignants, et les élèves,
afin d’aider les parents à soutenir l’apprentissage scolaire de leurs enfants. Permettre aux élèves de
produire des vidéos, de réaliser des présentations multimédias, et de coder des jeux et des applications
pour diffuser leurs idées créatives dans le monde.
• Insister sur une protection stricte des données : Assurer un haut niveau de protection de la
confidentialité des données des enseignants et des élèves. Cantonner les données éducatives
localisées uniquement à l’usage des enseignants et des élèves pour une amélioration réflexive, plutôt
que d’extraire des données pour la surveillance et le contrôle.
• Garantir une utilisation éthique de l’IA et des algorithmes : Lorsque l’IA et les algorithmes
numériques sont introduits dans les écoles, nous devons nous assurer que les ensembles de données
sur lesquels ils sont formés ne reproduisent pas les stéréotypes et les systèmes d’exclusion existants.
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Note de synthèse 5.
Financer l’éducation
Pour préparer correctement nos sociétés et notre avenir commun, l’éducation doit rester un projet sociétal public
et doit être renforcée comme bien commun. Un financement public national adéquat et durable est essentiel à
cet égard. La Déclaration de Paris proclamée à la Réunion mondiale sur l’éducation (2021 GEM) exhorte tous les
gouvernements à déployer des stratégies pour augmenter les ressources en faveur de l’éducation et à utiliser ces
ressources efficacement. Comme l’a démontré la pandémie de la COVID, le financement international restera
nécessaire, notamment pour les interventions d’urgence et la relance de l’éducation à la suite de crises.
Context actuel
Avant la pandémie de COVID-19, certains estimaient que le déficit de financement annuel s’élevait à 148 milliards
de dollars américains dans les pays à revenu faible et intermédiaire, soit l’écart entre les ressources actuellement
mises à disposition et ce qui serait nécessaire pour opérationnaliser les systèmes éducatifs préconisés par l’Agenda
2030. Dans le monde entier, quel que soit le niveau de revenus, de nombreux pays ne respectent toujours pas les
engagements pris lors du Forum mondial sur l’éducation de 2015 à Incheon, à savoir allouer au moins 4 à 6% du
PIB et/ou au moins 15 à 20% des dépenses publiques totales à l’éducation.
Certaines tendances au mercantilisme et au profit dans l’éducation menacent de faire passer l’éducation du statut
de bien public à celui de bien marchand. Alors que l’implication des acteurs non-étatiques dans la politique, l’offre
et le suivi de l’éducation augmente, reste un défi de gouvernance qui consiste à s’assurer que l’implication des
multiples parties prenantes vise toujours à renforcer l’équité, la qualité et la pertinence de l’éducation en tant que
projet sociétal public et bien commun.
Tendances futures
Déficit de financement persistant de l’éducation : À moins que les mesures nécessaires ne soient prises, les
contraintes budgétaires induites par la prolongation de la pandémie de COVID-19 pourraient accroître le déficit
de financement de l’éducation dans les pays à revenu faible et intermédiaire jusqu’à 200 milliards de dollars
américains par an.
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Importance accrue de l’engagement de la société civile et du plaidoyer dans l’éducation à échelles
locale, nationale et internationale : De nouveaux partenariats entre les gouvernements et les acteurs non-
étatiques – tels que les associations d’enseignants, les mouvements de jeunesse, les groupes communautaires,
la philanthropie et les fondations, les associations professionnelles, les institutions religieuses, et les mouvements
sociaux – confèrent à l’éducation une place de plus en plus centrale dans les agendas des organes politiques
nationaux, régionaux et mondiaux.
Impacts climatiques croissants sur l’éducation : Le changement climatique et la déstabilisation des écosystèmes
introduiront de nouveaux défis pour garantir le droit à l’éducation, par exemple à travers le déplacement des
enseignants et des étudiants, les dommages aux bâtiments scolaires, l’insécurité alimentaire, les maladies et la
pauvreté, en particulier pour les plus vulnérables – lesquels ont tous des implications financières importantes.
Propositions
• Assurer l’équité du système fiscal : Les autorités publiques doivent être en mesure de mobiliser les
fonds publics adéquats grâce à des politiques fiscales équitables. L’une des manières d’y parvenir réside
dans l’action nationale et internationale visant à garantir que la richesse privée ne soit pas séquestrée
dans des paradis fiscaux offshore mais contribue de manière appropriée au bien public.
• Améliorer la réglementation et la sensibilisation : Les États jouent un rôle clé dans la régulation de
l’offre éducative et la bonne utilisation des fonds publics en veillant à ce que tous les établissements au
sein d’un écosystème donné respectent les droits humains et offrent des expériences d’apprentissage
sûres et de bonne qualité. La bonne gouvernance des systèmes éducatifs requiert l’implication des
citoyens et d’autres acteurs dans la prise de décision et le dialogue, et exige de la transparence et un
sens des responsabilités à tous les niveaux.
• Adopter le principe de subsidiarité : Tous les acteurs qui s’assoient à la table de la coopération
internationale devraient organiser leur travail autour du principe de subsidiarité, car plus un objectif est
concret et pris en charge au niveau local, plus il devient un objectif viable qui engage la responsabilité
collective, et plus les “propriétaires” spécifiques de cet objectif sont susceptibles d’assurer sa mise en
œuvre.
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• Renforcer la capacité des autres à agir : Les efforts doivent se concentrer sur le renforcement de la
capacité à prendre des engagements par consensus et à assumer la responsabilité de ces engagements
en en rendant compte. À cet égard, les acteurs mondiaux peuvent être particulièrement efficaces
lorsqu’ils œuvrent à diffuser les connaissances et l’évidence, et lorsqu’ils garantissent la participation de
divers acteurs dans la production et l’utilisation de ces connaissances.
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