Ali Baba : Conte et Adaptation
Ali Baba : Conte et Adaptation
Personnages [page 6]
Le spectacle de
Macha Makeïeff [page 7]
Après la représentation :
pistes de travail
Des comédiens
aux personnages [page 12]
Ali Baba, conte populaire associé aux contes arabes Les Mille et Une Nuits par Annexes
Antoine Galland au xviiie siècle, nous emmène en Orient et nourrit l’imaginaire
collectif. L’histoire est prosaïque : le bûcheron Ali Baba découvre la caverne dans Entrer dans le texte [page 16]
laquelle quarante voleurs entreposent le fruit de leurs larcins. Mais il s’ensuit divers
rebondissements entremêlant fantaisie et merveilleux.
Résumé [page 18]
Macha Makeïeff nous invite à rencontrer un Ali Baba résolument moderne, dans la Quelques repères
pièce éponyme qu'elle crée au Théâtre national de Marseille La Criée. Résolument chronologiques [page 19]
moderne car c'est à la question de savoir qui serait Ali Baba aujourd'hui qu'elle et
Elias Sanbar ont cherché à répondre dans leur adaptation. Il faut voir la caverne Les Mille et Une Nuits entre
d'Ali Baba comme un réservoir de richesses où puiser, et les Mille et Une Nuits comme Orient et Occident [page 20]
une source d'histoires à laquelle, sans cesse, revenir.
Images d’Orient [page 21]
Ainsi, un retour aux sources a semblé nécessaire aux auteurs de ce dossier, tant l'étude
du conte à proprement parler, son contexte historique et sa structure, permettra L’adaptation [page 26]
d'apprécier l'adaptation scénique de Macha Makeïeff, ici auteur, scénographe, metteure
en scène et costumière. La caverne [page 27]
Diverses versions d’Ali Baba et les Quarante Voleurs existent. Ce dossier prend pour
Deux frères
texte de référence la traduction d’Antoine Galland, Librio, 2004.
que tout oppose [page 28]
Entretien avec
Macha Makeïeff [page 34]
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La représentation en appétit !
Les Mille et Une Nuits, Contes arabes, traduits en français par Antoine Galland. Nouvelle édition par Eugène Destains, 1822-1825
© INSTITUT DU MONDE ARABE - PARIS | COLLECTION DE LA BIBLIOTHÈQUE
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b Rechercher dans le conte Ali Baba les b Pour les plus grands, réfléchir à ces
éléments « merveilleux » (dans le sens invraisemblances, et faire lire l’extrait de
d’impossible). l’ouvrage de Jean-Paul Sermain Les Mille et
On pourra relever ici la caverne qui s’ouvre dans une Nuits, entre Orient et Occident,
la roche grâce à une formule magique, le corps Desjonquères, coll. « L’Esprit des lettres »,
de son frère Cassim découpé en morceaux puis 2009), dans lequel l’auteur avance des
recousu, l’épisode des voleurs dans les jarres arguments réalistes qui équilibrent quelque
(tenir à l’intérieur, ne pas reconnaître la voix de peu ces invraisemblances typiques des contes
Morgiane, mourir ébouillantés sans un bruit), le (annexe n ° 4).
fait que le chef des voleurs puisse abuser Ali
Baba plusieurs fois…
© P. ARESTAN
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b Les interrogations sur les lieux dans le Cette recherche pourra prendre appui sur les
conte Ali Baba seront nombreuses et esquisses de costumes de Paul Lormier pour
fécondes : c’est tout un Orient réel ou l’opéra Ali Baba et les Quarante Voleurs et sur
fantasmé qui est ici sollicité. Demander celles de Léon Bakst pour le ballet Shéhérazade
quelles sont les images qui leur viennent à ou encore ceux de Maleuvre pour l’opéra de
l’évocation d’un décor oriental. Quelle est la Luigi Cherubini Ali Baba et les Quarante Voleurs
part de l’imaginaire, des souvenirs de voyage, (annexe n° 5). Après les avoir observés et
ou encore des clichés médiatiques dans ce com-mentés, choisir une esquisse de
réservoir d’images ? costume parmi celles proposées. Définir le
On pourra renvoyer vers le dossier «Voyage personnage auquel l’attribuer puis en
en Orient » de la BnF pour une réaliser la mise en couleur à l’aide d’encres
recherche guidée ou en autonomie : colorées. Encourager à introduire des motifs
http://expositions.bnf.fr/veo/index.htm dans leurs costumes.
b Poursuivre cette approche de l’Orient par
une esquisse de costumes possibles pour les b À partir d’une photographie d’un lieu
personnages. typique de l’Orient, une casbah
On se demandera quel pourra être le « code cou- (maison d’Afrique du nord) par exemple,
leur » de chacun des personnages intervenant demander, par groupes, une scénographie
dans une adaptation pour le théâtre. On dressera dans ce lieu. Proposer d’effectuer un
la liste des éléments de costumes nécessaires. photomontage, d’insérer des dessins, des
Ballet Shéhérazade © CLICHÉ : MUSÉES DE STRASBOURG décalques.
« Sésame ouvre-toi ! »
b Toujours dans une réflexion sur l’espace, de « jugement sur le jugement ». On répètera
on ne pourra faire l’économie d’une l’activité pour le second groupe.
recherche scénique sur le lieu emblématique
du conte : la porte. Faire réfléchir sur la b Travailler sur les expressions de la langue
symbolique de la porte telle qu’ils la française que sont devenues « la caverne
connaissent : elle sert à entrer, à sortir, à se d’Ali Baba » et « obtenir un sésame »,
présenter, à disparaître ou s’enfuir. Passé-je rechercher et expliciter leur signification
la tête d’abord, ou un pied, ou tout mon au sens propre comme au sens figuré.
corps apparaît-il ? Viens-je d’un intérieur ? Quels sentiments peut ressentir Ali Baba
d’un extérieur ? Qu’apporte cette binarité lorsqu’il découvre l’intérieur de la caverne ?
inhérente au cadre de la porte ? S’imaginer que nous sommes ce personnage
Une fois reconnues les potentialités de à ce moment de l’histoire et de décrire un
la porte, utiliser l’espace de la classe et état : peur, excitation, envie, surprise… Ce
appliquer les réponses apportées. Diviser la travail pourra donner lieu à des petits jeux
classe en deux groupes égaux, l’un restera théâtraux : jouer le scène de la découverte,
dans la classe et l’autre investira le retransmettre les émotions ressenties par
couloir. Du groupe-couloir chacun se Ali Baba lors cette scène (l’arrivée des
détachera pour entrer dans l’espace-classe et voleurs, l’ouverture de la caverne…).
jouer son arrivée dans un lieu autre, selon
son choix et les modalités vues plus haut.
Il traversera la salle et ira s’installer b Avant de faire ce travail, faire pratiquer
derrière le groupe d’observateurs. Ainsi un exercice préparatoire : tracer sur le sol un
de suite jusqu’au dernier du groupe- quadrillage et inscrire dans chaque case une
couloir. Avant le passage du second groupe, émotion ou un sentiment (surprise, peur,
on fera revenir ceux déjà passés et les autres colère…). Chacun se promène sur le
proposeront ce qu’ils ont deviné du lieu quadrillage par petits groupes et doit
investi. Les participants du premier groupe jouer ce qui est inscrit dans la case sur laquelle
écouteront en silence, sans souci
d’autojustification ou
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ils se trouvent. Les autres observent et Lors du retour sur la représentation, il sera
essaient d’identifier ce qui est joué. Ce intéressant de voir comment l’a « interprétée »
travail s’adresse davantage aux enfants. Macha Makeïeff.
b Enfin, ce passage du récit pourra également b Poursuivre par une production en arts
permettre une réflexion, avec l’enseignant de visuels : dessiner ou modéliser la caverne
musique, sur la manière dont la musique du conte ou celle que l’on a
pourrait être un support de jeu pour l’acteur. imaginée. Demander d’apporter des
Fournir des instruments divers facilement boîtes, les matériaux et les tailles
utilisables (percussions principale-ment). pouvant varier (boîtes à chaussures, en
Explorer les possibilités sonores des instruments métal, en bois…). Demander ensuite à
en vue d’accompagner les passages choisis. Il chacun de choisir l’une des boîtes qu’il
s’agit de varier le choix des instruments, des devra « habiller » pour en faire sa
rythmes ou l’intensité du jeu. Travailler en caverne, grâce à du collage, papier
groupe en alternant les rôles d’acteurs et de mâché ou peinture selon le temps
musiciens. disponible. Bien sûr se consacrer à
l’extérieur de leur caverne mais aussi à
b Proposer de produire un texte décrivant l’intérieur et son trésor.
une « caverne d’Ali Baba » personnelle. Tout b La réflexion sur l’espace pourra concerner
d’abord s'imaginer le lieu, qui ne sera pas aussi les autres lieux (le village et la maison
nécessairement une caverne, son contenu, la d’Ali Baba) : comment représenter ces lieux
formule d’ouverture et de fermeture… de façon symbolique ?
LES PERSONNAGES
b Dresser le portrait d’Ali Baba : ce que Enrichir ce catalogue par des expressions de
l’on sait de lui au début du conte, ses surprise et d’incrédulité d’Ali : métaphores
caractéristiques physiques, les qualificatifs et paraphrases incongrues seront les
qui lui sont attribués, ce qu’il fait de bien, de bienvenues ! Aller jusqu’à demander une
« moral », ce qu’il fait de mal, d’ « amoral », originalité : inventer une nouvelle formule
ce qui a changé pour lui à la fin du conte… magique pour ouvrir la porte de leur grotte.En
garder le secret jusqu’à son passage devant les
b Inventer son propre Ali Baba. autres. Dans un second temps, il faudra bien
Proposer à la lecture le passage où Ali Baba se ressortir de la grotte ! Après la liste des objets
retrouve pour la première fois devant la porte présents, chacun, un temps disparu aux yeux
de la grotte et procède à son ouverture des autres, devra jouer le passage où Ali
(annexe n° 7). Demander de réécrire ce ressort chargé de sacs. Chacun sera
passage sous forme de monologue fait par Ali, symboliquement chargé d’objets volés aux
en remplaçant les produits volés par voleurs, parmi ceux énoncés d’abord. Les
d’autres produits volés, de notre époque. autres tenteront de deviner ledit objet emporté
par leurs camarades.
b Concevoir une affiche,
sur laquelle Ali Baba
apparaîtra, à partir de
dessins, décalques, col-
lages…
Ali Baba
éléments de décor qui sont incongrus et
déconcertants. Transposer ces remarques à
l’adaptation attendue d’Ali Baba, et
proposer de réfléchir au traitement du
carnavalesque exotique par Macha Makeïeff.
Un spectacle de Macha Makeïeff
Avec Atmen Kelif, Philippe Arestan, Braulio Bandeira
Philippe Borecek, Romuald Bruneau, Sahar Dehghan
Aïssa Mallouk, Canaan Marguerite, Thomas Morris
Shahrokh Moshkin Ghalam, Aurélien Mussard
Photo © Macha Makeïeff
Réservez ! 04 91 54 70 54 www.theatre-lacriee.com
provence
alpes
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Après la représentation
Pistes de travail
ACTIVITÉS PRÉALABLES
b En guise de remémoration, et
avant d’analyser la représentation,
questionner les sur les images fortes qui « On élabore beaucoup par des lectures,
leur restent en mémoire après avoir vu le des rencontres, on amasse des choses, et
spectacle. au bout d’un moment on se dit qu’on le
Si nécessaire, guider la réflexion en fait avec tout ça. »
leur proposant des pistes telles que : les Macha Makeïeff
personnages, la musique, la vidéo, les
acrobaties...
b Proposer de remplir quelques pages du Pour rejoindre la démarche « collectionneuse
cahier d’histoire des arts ou de pratiques » de Macha Makeïeff, nous pourrons
artistiques pour garder une trace de leur mêler dans ces pages des images, issues
expérience de spectateur. par exemple des documents produits par le
théâtre (programme, feuille de salle, etc.),
des dessins des décors ou des personnages,
des textes, etc.
b Nous aurons remarqué que les vols
d’Ali ne suscitent pas la même réaction
que ceux des voleurs. Organiser un débat
autour de la gravité fluctuante que l’on
accorde aux vols : qu’est-ce qui rend un vol
moins grave qu’un autre ?
Pour enrichir ce débat, cet extrait du dossier
de presse pourra être donné à chacun :
Elias Sanbar
© BRIGITTE ENGUÉRAND
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L’espace scénique
b Décrire les différents espaces de jeu sur À cour, la caverne, mobile elle aussi, est
le plateau. représentée par un grand container tel que
Tous les éléments du décor sont mobiles. ceux que l’on trouve dans les ports. Deux
À jardin, un praticable de bois représente la colonnes, qui pourraient encadrer l’entrée d’un
maison de Cassim et sa boutique et, au sommet, la temple, sont placées à gauche et à droite
maison d’Aziz, accessible par un escalier extérieur. du container, lorsqu’Ali vient en pacha. Ces
Nous sommes dans un « Orient rêvé, fantasmé, à la colonnes disparaissent lorsque le palace n’a
fois incarné et illusoire » (Macha Makeïeff), avec plus à être représenté, et que la scène ne
un échantillon métonymique de la Casbah dont on représente qu’une simple place.
peut imaginer que les murs se poursuivent hors
scène vers d’autres maisons.
Les accessoires
b Relever l’importance de la musique : est- Taha viendra contaminer l’espace et engager les
elle jouée ou enregistrée ? L’accompagnement personnages dans une chorégraphie collégiale.
sonore vient-il du plateau, ou fait-il exister Lors de la discussion entre Ali et Cassim chez le
un hors-scène ? barbier, c’est la chanson Money, Money, Money
La musique est omniprésente dans le spectacle du groupe ABBA qui semble devoir réconcilier
et provient de sources différentes. les deux frères, dans un duo endiablé.
La première de ces sources est scénique. Cassim Parfois, la musique naît sur scène et emplit
dispose d’une radio dans sa boutique, dont on tout l’espace. Tous les personnages sont alors
entend la diffusion en fond sonore, au début conviés à la danse et se lancent dans des ballets
de la représentation. Ali promène lui aussi un où règne la folie. C’est ce système qui est
poste, duquel la chanson Ya Rayah de Rachid repris lorsque certains personnages chantent
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sur scène, Aziz ou Rainette surtout. Les deux l’arrivée de Youssouf, inquiétante, reposant sur
personnages prennent possession du micro et des basses très prononcées. Elle vient souligner
se lancent, qui dans un slam, qui dans une l’illusion théâtrale en soulignant l’outrance du
chanson en l’honneur d’Ali Baba. personnage du chef des voleurs.
Régulièrement, deux musiciens, un accordéo- Plus rarement, l’accompagnement sonore fait
niste et un violoniste, passent comme deux exister un hors-scène. On remarquera par exemple
modestes musiciens de rue. le bruit de plongeon lorsque le corps de Youssouf
En outre, le son peut être externe au récit, est jeté à la mer, faisant ainsi exister une
en tant qu’élément scénographique. On pourra étendue d’eau que le port laissait deviner.
prendre pour exemple la musique qui accompagne
© BRIGITTE ENGUÉRAND
Les lumières
b Interroger sur la lumière, sur les luminosité solaire, cadrant avec l’évolution
différentes fonctions de celle-ci au théâtre, en extérieur des personnages. On confirmera
selon les modalités suivantes : quelle est la cette lumière diurne par l’alternance jour/nuit,
source des lumières ? Quelle est l’intensité signifiée par une variation d’intensité lors des
des éclairages ? Les variations sont-elles passages nocturnes. Ces passages sont ceux où
nombreuses ? L’éclairage véhicule-t-il des apparaissent les voleurs, agissant de nuit pour
couleurs ? Sur quels éléments se focalise la leurs forfaits. Lors de ces passages, outre la
lumière ? On se reportera avec profit au site lumière globale qui s’atténue, des projecteurs
internet de la créatrice lumière d’Ali Baba, sont concentrés sur un voleur, notamment lors
Dominique Bruguière, qui propose un du remplissage du container. La lumière pâle,
diaporama de ses créations, ainsi qu’un ou la scène assombrie, ont également pour
entretien où elle expose ses vues sur les conséquence de renforcer à un haut degré
lumières au théâtre et à l’opéra : d’intensité la lumière sortant du container
http://dominique-bruguiere-lumiere.com rempli d’or. Cette lumière provenant d’une
La lumière provient majoritairement des source intérieure est littéralement aveuglante
projecteurs verticaux situés sur le gril, et attirante pour qui la contemple. Alors que
au-dessus de la scène, qui éclairent celle- dans le conte de Galland la lumière de la
ci du haut vers le bas. On peut l’interpréter caverne provenait d’un orifice supérieur et
comme une réplique d’une lumière naturelle éclairait ladite caverne, dans la création de
plutôt pâle, situant l’espace dans une Macha Makeïeff la lumière provient de l’intérieur
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La vidéo
Danse
Chant
Slam
Acrobaties
Vidéo
Mime
Musique
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b Mettre en lien les personnages du conte et b Questionner sur ce qui est perçu de
ceux de la pièce : quels sont les personnages l’évolution des relations entre les
oubliés ou au contraire ceux qui ont gagné en personnages au cours de la pièce, notamment
épaisseur ? En quoi ces choix de la metteure entre Ali et Cassim.
en scène nous renseignent-ils sur sa vision du Les rapports de force sont nécessaires pour
conte ? qu’il y ait une histoire à raconter ; ils sont ici
Les personnages féminins sont bien représentés portés par les deux frères. L’intérêt est de voir
sur scène, avec un rôle très développé pour comment ils s’inversent à un moment donné.
Zulma, car, comme le dit Macha Makeïeff : « Ali, Leur relation n’est d’ordre que financier. Cassim
sans intervention féminine, n'a pas de destin. » possède l’argent qu’Ali n’a pas, et ce dernier
Un autre souhait de la metteure en scène était sollicite le premier pour « équilibrer » les
de créer un trio amoureux entre Morgiane, choses : Ali met en avant leur lien familial,
Abdullah et Aziz, autre trace d’une vision très d’une manière positive, tentant de faire vibrer
personnelle et moderne du conte : « Il fallait la corde sensible, Cassim rend ce lien caduc en
qu’Ali Baba profite un peu de ce que les Mille ne reconnaissant pas un frère sans le sou et
et Une Nuits apportent comme sensualité... Je inutile à lui en faire gagner plus.
voulais que se joue une partition sensuelle On attend dès lors le moment où Ali sera le
entre trois personnages, Abdullah, Aziz et possédant de la richesse, et deviendra celui
Morgiane. Ce sont les trois jeunes de la bande qui a quelque chose à échanger avec son frère.
et je voulais que ce soit un trio amoureux, C’est d’abord la découverte de la caverne, puis
tendance Jules et Jim, c’est-à-dire qu’on ne sait le seul moment de fraternité entre les deux
plus qui aime qui, il y a une espèce de sensua- personnages : ils semblent s’accorder sur une
lité floue qui est dans les Mille et Une Nuits mais association entrepreneuriale, et se lancent en
qui aujourd’hui se retrouve beaucoup. » duo dans une danse endiablée, sur la chanson
d’ABBA Money, Money, Money ! Concordance de
peu de temps, Cassim veut tout pour lui.
Dans les moments de conversation, on remarque
des différences significatives, qui viennent
souligner la supériorité de Cassim sur Ali. On
reviendra sur l’épisode de l’achat du balai,
épisode doublé car il y a d’abord tentative
avortée d’achat par Ali, puis liste de courses
enflée par sa richesse nouvelle. Quand Ali
est encore le pauvre frère et qu’il s’adresse à
Cassim, ce dernier ne l’écoute pas, se concentre
sur d’autres activités, compte ses sous, range
sa boutique, alors qu’Ali, lui, a préparé un petit
cérémonial avant de prendre la parole, s’est
installé, a pris des précautions oratoires et,
surtout, écoute jusqu’aux insultes de son frère.
Lorsque tout s’inverse, Ali fera taire son frère
en montrant son argent, et n’hésitera pas à
faire preuve d’ironie : autant de distance qu’il
aura prise avec Cassim. L’épisode du barbier
le montre bien, qui présente un Cassim en
demande, en attente, confronté à un Ali très
sûr de lui, versé dans le confort, incrédule
quant aux caresses de son frère qui lui tourne –
littéralement – autour.
© BRIGITTE ENGUÉRAND
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b Pour incarner l’évolution des relations entre situation du spectacle qui aura été tirée au
les personnages d’Ali et Cassim, mettre en jeu sort. La contrainte sera de proposer cette inter-
les deux scènes d’achat du balai par Ali. prétation en « grommelot », langue inventée
Ali vient une première fois et se fait éconduire qui sera inintelligible pour les
car il n’a pas d’argent ; la seconde fois, il a spectateurs. On pourra imaginer également
découvert la caverne et revient chargé d’or. que ceux maîtrisant une autre langue que
Proposer la mise en scène et le jeu de ce le français pourront jouer leur passage en
passage, en insistant sur la variation que l’on est l’employant. Le reste de la classe devient
en droit d’attendre. Le rapport dominant/dominé spectateur et essaie de comprendre la
change, on pourra utiliser simplement une situation qui se joue.
table et une chaise pour le signifier, utilisées b Relever les moyens que la metteure en scène a
tout à tour par les élèves-comédiens. Il faudra trouvés pour que la voix de Shéhérazade soit
veiller aux rapports de force qui s’instaurent, au présente dans la pièce.
traitement de la voix, à la gestuelle. La plupart des comédiens jouent plusieurs rôles
Le texte de la première visite d’Ali est donné en dans la pièce et ont pour cela le support de
annexe (extrait n° 1 de l’annexe n° 6). costumes, de perruques, de postiches ou encore
du maquillage. Ce n’est pas le cas pour Morgiane/
b Faire l’inventaire des langues parlées dans Shéhérazade. Lorsqu’elle s’adresse au public en
le spectacle. Demander si les dialogues tant que Shéhérazade, la comédienne Sahar
parlés dans d’autres langues que le Dehghan ne change ni de costume ni d’apparence.
français ont gêné leur compréhension de la Amener les élèves à se remémorer comment ils
pièce. Les amener à s’interroger sur ce qui ont perçu à quel moment Sahar Dehghan était
permet la compréhension de la totalité des l’un ou l’autre de ces personnages. S’interroger
scènes malgré les diverses langues employées. sur l’importance de la présence de cette voix
On pourra évoquer les expressions des visages dans la pièce. La comédienne est-elle la seule à
des comédiens, les postures des corps, la l’incarner ? Évoquer ici la voix off qui conte au
musique, puis on leur fera observer les liens début de la pièce.
avec le mime. Proposer d’imaginer un autre procédé scénique
qui aurait permis de faire entendre la voix de
b Pour prendre la mesure de tout ce qui peut Shéhérazade en tant que narratrice des contes
se faire comprendre de manière non verbale, des Mille et Une Nuits. Ils pourront tester ces
faire participer les élèves à un petit jeu théâ- propositions en petits groupes, et proposer
tral. Leur demander d’interpréter une courte leurs interprétations au reste de la classe.
© BRIGITTE ENGUÉRAND
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b Demander quels sont les moments qui font revêt le comique dans la pièce, notamment
rire. sous les formes étudiées lors de leur parcours
On utilisera à cet effet le tableau suivant, afin scolaire. Ils pourront choisir un personnage
de percevoir plus clairement l’importance que dont ils se souviennent bien, et indiquer dans
la case dédiée une situation où la forme de
comique correspondante est dominante. Sont
repris ici tous les personnages de la pièce, mais
à titre indicatif, les élèves ne revenant que sur
l’un d’entre eux.
© BRIGITTE ENGUÉRAND
Personnages
Ali Baba
Cassim
Zlubia, le savetier
Zulma
Abdullah
Le barbier
Les touristes
Aziz Baba
Morgiane, Shéhérazade
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Ali Baba
Tiré des Mille et Une Nuits
Un spectacle de Macha Makeïeff
Adaptation de Macha Makeïeff et d'Elias Sanbar
Avec :
Atmen Kelif dans le rôle d’Ali Baba, Lumières : Dominique Bruguière
et Shahrokh Moshkin Ghalam, Assistant à la mise en scène :
Sahar Dehghan, Philippe Arestan, Pierre-Emmanuel Rousseau
Braulio Bandeira, Philippe Borecek, Réalisateur films : Simon Wallon
Romuald Bruneau, Aïssa Mallouk, Coiffure et maquillage : Cécile Kretschmar
Canaan Marguerite, Thomas Morris, Assistante aux costumes : Claudine Crauland
Aurélien Mussard Assistante scénographie : Margot Clavières
Décor et costumes : Macha Makeïeff Création sonore : Xavier Jacquot
Tournée :
Théâtre national de Marseille La Criée : du 13 mars au 29 mars 2013
Théâtre Liberté, Toulon : du 5 au 7 avril 2013
Théâtre en Dracénie, Draguignan : le 3 mai 2013
Théâtre Anne de Bretagne, Vannes : le 23 mai 2013
Théâtre national de Chaillot : saison 2013-2014
Nos chaleureux remerciements à Macha Makeïeff et à l’équipe artistique qui a permis la réalisation
de ce dossier dans les meilleures conditions.
Nous remercions également la Bibliothèque nationale de France, les musées de Strasbourg,
le musée Goupil de Bordeaux et l’Institut du monde arabe.
Annexes
Avertissement : les extraits de l’adaptation de Macha Makeïeff et d’Elias Sanbar sont des documents
de travail, susceptibles d’être modifiés lors de la création du spectacle. Dans ces extraits, les noms et
caractéristiques trop facilement identifiables des personnages ont été retirés, pour l'activité proposée
page 2.
Extrait 1
« X était un jour dans la forêt, et il achevait d’avoir coupé à peu près assez de bois pour faire la
charge de ses ânes, lorsqu’il aperçut une grosse poussière qui s’élevait en l’air et qui avançait droit
du côté où il était. Il regarde attentivement, et il distingue une troupe nombreuse de gens à cheval
qui venaient bon train. »
Extrait 2
« X immobile, puis hésitant, regarde à gauche, à droite, les suit du regard : Pauvre diable que je
suis ! Faudrait pas qu’ils reviennent ! La constance dans le courage, c’est pas mon fort… Allez X,
tu sais contrôler ta peur ! »
Ils se dirigent vers le container, Y monte sur le toit, ouvre le sas, regarde à l’intérieur, la lumière dorée
jaillit de l’ouverture.
Y : Je compte les étoiles, je conte les étoiles, jeu contre les étoiles.
X : Mais qu’est-ce qui lui prend encore ? […] faisant le code, dit la formule en prenant son élan […]
Y : C’est Las Vegas ou quoi ? Il entre. Yalla, Yalla !
X : Allez, va, volons mais volons selon nos besoins ! Il entre.
Me voilà Sultan mon fils !... Mais c’est du flouz volé, du beau matériel, du tombé de camion […] »
Extrait 3
« Loin d’être sensible au bonheur qui pouvait être arrivé à son frère pour se tirer de la misère, C en
conçut une jalousie mortelle. Il en passa presque la nuit sans dormir. Le lendemain il alla chez lui
que le soleil n’était pas levé. Il ne le traita pas de frère : il avait oublié ce nom depuis qu’il avait
épousé la riche veuve. »
Extrait 4
« C : Encore une fois, d’où vient cet or ? Tu veux te retrouver au paradis des ânes ? Je peux t’aider,
te découper, t’empaler, te disloquer et même te faire manger tes propres entrailles !!! Tu vas
avouer ? Terroriste au petit pied !
X avoue : Là, là, dans le container de Youssouf, un trésor, un butin terrible, de l’or, des pierres, de
la poudre, de tout…
C pris de vertige : OOH… et tu sais comment ça s’ouvre ?
X : D’abord il y a un code, comment c’est déjà… ah oui : 24 567, et puis il y a la formule, attention :
il faut bien se mettre devant le récepteur… tu la dis,… et ça s’ouvre.
C : Quelle formule, imbécile heureux ?
X : Quelque chose, une graine… et « ouvre-toi ».
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Extrait 5
« La femme de C cependant fut dans une grande inquiétude quand elle vit qu’il était nuit close
et que son mari n’était pas revenu. Elle alla chez X tout alarmée, et elle dit « Beau-frère, vous
n’ignorez pas, comme je le crois, que C votre frère est allé à la forêt, et pour quel sujet. Il n’est
pas encore revenu, et voilà la nuit avancée ; je crains que quelque malheur ne lui soit arrivé. […]
X n’attendit pas que sa belle-sœur le priât de se donner la peine d’aller voir ce que C était devenu.
Il partit sur-le-champ avec ses trois ânes, après lui avoir recommandé de modérer son affliction,
et il alla à la forêt. En approchant du rocher, après n’avoir vu dans le chemin ni son frère, ni les
dix mulets, il fut étonné du sang répandu qu’il aperçut près de la porte, et il en prit un mauvais
augure. Il se présenta devant la porte, il prononça les paroles, elle s’ouvrit ; et il fut frappé du
triste spectacle du corps de son frère mis en quatre quartiers. »
Extrait 6
Ali Baba, bûcheron, un jour qu’il était à ramasser du bois dans la forêt, doit se cacher à l’arrivée
d’une bande de cavaliers, qui se révèleront être les quarante voleurs du titre. Une fois repartis, Ali
Baba sort de sa cachette et entre dans un lieu mystérieux, camouflé et ensorcelé : la caverne où les
voleurs entreposent le fruit de leurs larcins. Revenu chez lui, Ali Baba est trahi par son frère, qui
veut s’approprier les richesses découvertes. Il sera surpris par les voleurs et exécuté. Ali, quant à
lui, sera pisté et découvert, mais échappera à l’exécution de justesse, grâce à sa servante Morgiane,
qui se chargera de l’élimination de tout danger représenté par les voleurs. En récompense, Ali Baba
la mariera à son fils, à qui il montrera l’accès à la caverne.
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xe siècle – Premières mentions des Mille et Une Nuits chez l’historien al-Mas’ûdî (893-956) dans
Les Prairies d’or et le libraire Ibn al-Nadim dans son Filrist.
1701 – Antoine Galland achète un manuscrit arabe qu’il va traduire entre 1704 et 1717.
1825-38 – Le premier manuscrit arabe reconstitué par un Européen est celui de l’Allemand Habitch
qui paraît à Breslau.
Antiquité Moyen Âge xviie siècle xviiie siècle xixe siècle xxe siècle
- Conte égyptien - Les Mille et Une - Charles Perrault, - Jeanne-Marie - Hans-Christian - Pierre Gripari,
des Deux Frères ; Nuits ; Contes de ma mère Leprince de Andersen, La Petite Les Contes de la Folie
- Ovide, Les - Le Roman de l’Oye ; Beaumount, Sirène, Le Petit Méricourt, Les Contes de
Métamorphoses. Renart ; - Madame d’Aulnoy, La Belle et la Bête ; Soldat de plomb, la rue Broca ;
- Boccace, L’Oiseau bleu ; - Traduction La Petite Fille aux - Muriel Bloch, Le Poil de
Le Décaméron. - Fénelon, d’Antoine Galland, allumettes ; la moustache du tigre ;
Les Aventures de Ali Baba et les - Les frères Grimm, - Marie NDiaye,
Télémaque. Quarante Voleurs, Dame Hiver, La Diablesse et son enfant ;
Sindbad le marin ; L’Oiseau d’Ourdi, - Amadou Hampâté Bâ,
- Diderot, Le Pêcheur et sa Petit Bodiel et Autres
Ceci n’est pas un femme ; Contes de la savane,
conte ; - E. T. A. Hoffman, Il n’y a pas de petite
- Voltaire, Candide ; Casse-Noisette ; querelle ;
- Montesquieu, - Alphonse Daudet, - Birago Diop, Contes,
Lettres persanes. Les Lettres de mon Nouveaux Contes
moulin ; d’Amadou Koumba ;
- Lewis Carrol, Les - Antoine de Saint-Exupéry,
Aventures d’Alice au Le Petit Prince ;
pays des merveilles. - Léopold Sédar Senghor,
La Belle Histoire de
Leuk-le-lièvre.
N.B. : pour le 1er degré, les titres soulignés appartiennent à la liste de référence de livres proposée
par l’Éducation nationale.
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Entendant quelqu’un s’approcher, l’un des voleurs demande si c’est le signal attendu : « Est-il
temps ? » Galland justifie que la servante entende fort bien, par un détail qu’il ajoute : le capitaine
des voleurs avait « ouvert » le vase « pour donner de l’air à ses gens, qui d’ailleurs y étaient fort
mal à l’aise, sans y être encore privés de la facilité de respirer » […] L’explication donne une
motivation supplémentaire à la question du voleur (la hâte de quitter cet espace restreint) et rend
(un peu) vraisemblable la suite : il suffira de bien peu d’huile pour remplir le vase et étouffer-cuire
les voleurs…
[…]
Suffit-il d’un peu d’huile pour étouffer-brûler les trente-sept voleurs sans qu’ils se signalent par
la moindre réaction ? N’ont-ils pas crié ? Ne se sont-ils pas démenés ? Poser ces questions peut
paraître incongru dans la mesure où la fantaisie du conte entraîne le lecteur vers l’attente du
dénouement, mais c’est la précision et la justesse des notations que Galland a particulièrement
soignées et développées qui donne une sorte de réalisme à ces scènes et en renforce le caractère
transgressif sinon répugnant.
Cartes postales
© MACHA MAKEÏEFF
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© MACHA MAKEÏEFF
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Ali Baba ou les Quarantes Voleurs, opéra de Luigi Cherubini : costume de Levasseur (Ali Baba), 1833.
Source : Bibliothèque nationale de France, www.gallica.bnf.fr
Ali Baba ou les Quarantes Voleurs, esquisse de décor de l'acte III, par Pierre-Luc Charles Cicéri, 1832,
aquarelle. Source : Bibliothèque nationale de France, www.gallica.bnf.fr
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Ballet Shéhérazade
« Nègre d'or », dessin de costume de Léon Bakst pour Shéhérazade par les ballets russes de Serge
Diaghilef avec Vas lav Nijinski dans le rôle du Nègre d'or, 1910.
Le Songe de Cosrou
Le Songe de Cosrou, d'après Lecomte de Nouy, photogravure Goupil, 1875.
Avertissement : les extraits de l’adaptation de Macha Makeïeff et d’Elias Sanbar sont des documents
de travail, susceptibles d’être modifiés lors de la création du spectacle.
Annexe N˚ 7 : LA CAVERNE
« – Mon frère, reprit Ali Baba, je ne sais de quoi vous voulez me parler, expliquez-vous. – Ne faites
pas l’ignorant, » repartit Cassim ; et en lui montrant la pièce d’or que sa femme lui avait mise
entre les mains : « Combien avez-vous de pièces, ajouta-t-il, semblables à celle-ci, que ma femme
a trouvée attachée au-dessous de la mesure que la vôtre vint lui emprunter hier ? »
À ce discours, Ali Baba connut que Cassim et la femme de Cassim (par un entêtement de sa propre
femme) savaient déjà ce qu’il avait un si grand intérêt de tenir caché. Mais la faute était faite, elle
ne pouvait se réparer. Sans donner à son frère la moindre marque d’étonnement ni de chagrin, il lui
avoua la chose et il lui raconta par quel hasard il avait découvert la retraite des voleurs et en quel
endroit, et il lui offrit, s’il voulait garder le secret, de lui faire part du trésor.
« Je le prétends bien ainsi, reprit Cassim d’un air fier ; mais, ajouta-t-il, je veux savoir aussi où est
précisément ce trésor, les enseignes, les marques, et comment je pourrais y entrer moi-même s’il
m’en prenait envie : autrement, je vais vous dénoncer à la justice. Si vous le refusez, non seulement
vous n’aurez plus rien à en espérer, vous perdrez même ce que vous avez enlevé, au lieu que j’en
aurai ma part pour vous avoir dénoncé. »
Ali Baba, plutôt par son bon naturel qu’intimidé par les menaces insolentes d’un frère barbare,
l’instruisit pleinement de ce qu’il souhaitait, et même des paroles dont il fallait qu’il se servît, tant
pour entrer dans la grotte que pour en sortir.
Qâssim : Alors Ali, d’où vient cet argent ? Des pièces d’or, de lingots ! Il lui montre les deux pièces…
Tu te tais…Tu veux donc que Zulma, ma colombe, me tue ? Elle a tout vu Zulma ! Elle sait !
Ali élude : Quelques pièces que j’ai trouvées sur le chemin, tu sais, le petit Poucet,… l’histoire…il
jette les cailloux, et moi je les ai ramassés… mais je n’ai plus rien à présent.
Qâssim le fouille et trouve des billets… Il change brutalement de ton. Menaces : Ne sais-tu pas que
celui qui creuse un trou pour son frère, tombe dedans ? Hé bourriquot, fils de scorpion !
Ali fait non de la tête.
Qâssim : Ô fourbe, où as-tu volé tant d’or, honte de notre maison ? Je te dénonce comme pilleur de
paillotes, détrousseur de braves gens… Je te donne à la police, malfrat, j’empoche la prime pour
délation. Tu croupis en prison jusqu’à la nuit des temps… !
Qâssim se précipite sur lui : Encore une fois, d’où vient cet or ?
Geste de silence d’Ali.
Qâssim le menace avec le rasoir : Tu veux te retrouver au paradis des ânes ? Je peux t’aider, te
découper, t’empaler, te disloquer et même te faire manger tes propres entrailles !!!
Cris d’Ali.
Qâssim : Tu vas avouer ? Terroriste au petit pied !
Ali avoue… : Là, là, dans le container de Youssouf, un trésor, un butin terrible, de l’or, des pierres,
de la poudre, de tout…
Qâssim pris de vertige : OOH… et tu sais comment ça s’ouvre ?
Ali : D’abord il y a un code, comment c’est déjà… ah oui : 24 567, et puis il y a la formule…
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Elias Sanbar est écrivain. Né à Haïfa en 1947, il a – Les Palestiniens, la photographie d’une terre
quinze mois lorsque sa famille est expulsée vers et de son peuple de 1839 à nos jours (Hazan,
le Liban à la veille de la proclamation de l’État 2004) ;
d’Israël. Après des études à Beyrouth et Paris, il – Figures du Palestinien, identité des origines,
enseigne au Liban, puis à Paris et aux États-Unis. identité de devenir (Gallimard, « Essais » 2004) ;
En 1981, Elias Sanbar participe à la fondation, – Dictionnaire amoureux de la Palestine (Plon,
à Paris, aux Éditions de Minuit, de la Revue 2010).
d’études palestiniennes, dont il sera le
rédacteur en chef jusqu’en 2006. Avec Farouk Mardam-Bey
Il a participé aux négociations bilatérales – Jérusalem, le sacré et le politique (Sindbad /
de paix à Madrid puis Washington avant Actes Sud, 2000) ;
de se voir confier de 1993 à 1996, la – Le Droit au retour (Sindbad /Actes Sud, 2002) ;
direction de la délégation palestinienne – Être Arabe (Sindbad /Actes Sud, 2005).
aux négociations sur les réfugiés.
Il est depuis 1988, membre du Conseil Avec Farouk Mardam-Bey et Edwy Plenel
national palestinien, le Parlement – Notre France (Actes Sud, 2011).
en exil de la Palestine, du comité
de parrainage du Tribunal Russell Avec Stéphane Hessel
sur la Palestine. Ambassadeur de la – Le Rescapé et l’Exilé (Don Quichotte, 2012).
Palestine auprès de l’UNESCO, il a
mené avec succès les deux batailles Traductions de la poésie de Mahmoud Darwich
de l’admission de la Palestine à – Au dernier soir sur cette terre (Actes Sud,
l’Unesco ainsi que celle de l’Église 1994) ;
de la nativité à Bethléem, premier – Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
© DR site palestinien à être inscrit au patri- (Actes Sud, 1996) ;
moine mondial de l’humanité. – La Palestine comme métaphore (Actes Sud,
Il est en outre le traducteur en France de 1997) ;
l’œuvre de Mahmoud Darwich. – La terre nous est étroite (Gallimard, 2000) ;
– Le Lit de l’étrangère (Actes Sud, 2000) ;
Publications – Murale (Actes Sud, 2003) ;
– Palestine 1948, l’expulsion (Les livres de la – État de siège (Actes Sud, 2004) ;
Revue d’études palestiniennes, 1984) ; – Ne t’excuse pas (Actes Sud, 2005) ;
– Les Palestiniens dans le siècle (Gallimard, – Comme les fleurs d’amandiers ou plus loin
« Découvertes », 1994) ; (Actes Sud, 2007) ;
– Palestine, le pays à venir (L’Olivier, 1996) ; – La Trace du papillon (Actes Sud, Paris) ;
– Le Bien des absents (Actes Sud, 2001 & Babel, – Le Lanceur de dés (Actes Sud, 2010) ;
2002) ; – Nous choisirons Sophocle (Actes Sud, 2011).
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Portrait
Après avoir été élève au Conservatoire d’art est commissaire et scénographe de l’exposi-
dramatique de Marseille, Macha Makeïeff étudie tion Jacques Tati, 2 Temps 3 Mouvements à la
la littérature et l’histoire de l’art à la Cinémathèque Française.
Sorbonne et à l’Institut d’art de Paris. Elle Dans les années 90, elle invente le style
rencontre très vite Antoine Vitez qui lui Deschiens qui fait les grandes heures de Canal +
commande son premier spectacle. Elle est et marque fortement toute une génération.
auteur et metteur en scène, avec Jérôme Proche des Moriarty, elle réalise des costumes
Deschamps, de plus de vingt créations. de scène pour divers artistes de variété (M
À l’opéra, elle réalise de nombreuses pour sa tournée Mister Mystère en 2010),
mises en scène et signe dernièrement et participe au dernier spectacle de Vincent
La Calisto de Cavalli au Théâtre des Delerm, Memory.
Champs-Elysées (2010) ainsi que Le Macha Makeïeff est également plasticienne,
Boeuf sur le toit de Darius Milhaud et écrivain, scénographe, et crée des identités
Les Mamelles de Tirésias de Francis visuelles et sentimentales pour de nombreux
Poulenc à l’Opéra de Lyon et à l’Opéra spectacles, expositions et événements.
Comique (2010-2011). Elle a été directrice artistique du Théâtre
Macha Makeïeff a fondé avec Jérôme de Nîmes de 2003 à 2008. De 2009 à 2011,
Deschamps en 2000 « Les Films elle préside le fonds d’aide à l’innovation
de mon Oncle », qui se consacre audiovisuelle au CNC.
R au rayonnement international de Elle dirige La Criée, Théâtre national de Marseille
NCE KEYSE
© FRA l’œuvre du cinéaste Jacques Tati et à depuis le 1er juillet 2011. Son dernier spectacle,
la restauration de son oeuvre. En 2009, elle Les Apaches, y a été créé en mars 2012.
« S’emparer de ce conte populaire qui n’est pas sensuels, de poser l’énigme de cet Orient rêvé,
tout à fait celui des Mille et une nuits, serait fantasmé, à la fois incarné et illusoire, terrible
répondre à notre désir d’imaginaire, de hasard, et fascinant, délicieusement cruel, qui jusqu’à
et serait, par un emmêlement du merveilleux et aujourd’hui ne nous quitte guère, nous intrigue
du cauchemardesque, faire l’éloge du prodige. toujours, habite toutes nos littératures. Nous
Pourtant, Ali Baba est une histoire tout à fait sommes tous des Ali et rêvons à notre caverne.
prosaïque, pleine de la dure réalité humaine : Nous nous imaginons riche et désirons le
pauvreté, vols, assassinats, trahisons, cupidité, mettre en scène, un jour au moins de notre vie.
cruauté malicieuse, jalousies, amours violentes, La fantaisie est une réponse ouverte à cette
rapt… Si l’histoire contient à coup sûr un énigme de l’attente et de l’imprévisible.
éloge de la liberté, il faut noter la relativité Il y a dans cette fable brutale et insolente,
de l’interdit et de la transgression, la morale l’intelligence de la belle esclave qui mène la
joyeusement fluctuante du récit dans ce qui fait danse et s’affranchit de tout, et la modestie
le plaisir de l’un et le malheur de l’autre. d’Ali, figure intemporelle de l’Idiot magnifique
L’occasion est belle dans une suite de à qui le monde appartient, que personne
rebondissements entre souk et caverne n’écoutait, voleur de voleurs qui pénètrera le
(bruit de l‘or, danse de sept voiles, amours monde interdit de la richesse inépuisable. Face
transgenres, ruses et trahisons, circulations à la brutalité du réel, Ali se rêve en Rudolph
douteuses et petits trafics, déchaînements de Valentino, en Cheikh blanc, façon Sordi ; il en
la fête orientale, grotte récalcitrante, corps passe par l’illusion. Et c’est le cinéma, la rêverie
coupé en quatre, artistes ambulants, barbes du jeu et de la scène vers où il ira. »
que l’on taille, touristes égarés...) et dans ce
lieu de tous les trafics d’or noir et de corps Notes, mai 2012
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Annexe N˚ 11 = ressources
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exposition
du 27 nov 2012
au 28 avr 2013
1 rue des Fossés St Bernard,
75005 Paris, tel 01 40 51 38 38
www.imarabe.org
nocturne tous les mercredi
jusqu’à 22h
Benoît Ritt et Laurence Trinquier – Dans votre encombrant, perturbateur. Voilà pourquoi un
adaptation du conte, certaines sources ont-elles container. C’est un objet d’aujourd’hui à la fois
eu plus d’importance que d’autres pour vous ? banal, mythique, terrible. Il raconte le port,
Macha Makeïeff – Dans Les Mille et Une Nuits, l’ailleurs, le vol, le désir. Un lieu de la folie,
il y a d’abord à l’origine la langue perse, puis de l’enfermement, de la transe. Je montre peu
la langue arabe, enfin l’ouvrage est rendu le trésor mais je le fais entendre. Une boîte
universel au tout début du xviiie siècle par la d’abord pleine, puis vide, puis enfin comme un
langue française. Nous faisons entendre les trois petit théâtre de musique.
langues dans le spectacle, avec des sonorités
d’aujourd’hui. Quand on traverse Marseille, si B. R. et L. T. – Chez Antoine Galland, Ali
inspirante, la langue que l’on entend est pleine Baba n’est pas le plus malin mais il est le plus
de références, de couleurs mêlées. Je trouve prudent ; chez Becker il est malicieux ; chez
cela très beau et j’ai voulu le faire entendre. vous il est encore différent, c’est celui qui
profite le plus de son argent, qui le montre le
B. R. et L. T. – Quelle est la place des images plus aussi…
dans votre travail ? M. M. – C’est l’Ali de Mardrus qui me plaît, et
M. M. – Il y a eu d’abord l’adaptation du récit, cette langue-là, symboliste. Ali, qu’interprète
d’un conte, pour le théâtre, mais très vite le Atmen Kélif, je l’ai imaginé au plus près de nous
travail plastique, visuel et sonore en est la qui rêvons d’un destin ; quelqu’un de fragile
traduction. La peinture m’accompagne toujours ; et que le sort désigne ; le voilà nouveau riche
il y a aussi toutes les images et tous les objets et bien maladroit avec ce trésor qu’il disperse.
que je récolte d’une façon maniaque. J’échange Ici l’argent circule, échappe, du souk racketté
avec notre iconographe, c’est une conversation à la caverne de métal, à la terrasse d’Ali, pour
d’images incessante. Quand je dis « images », s’envoler dans des dépenses et dans la tempête.
ce sont des bouts de papiers récupérés, des C’est après l’étonnement et la frénésie d’Ali, son
documents de toutes sortes, mais aussi le désenchantement, que je montre et qui le rend
cinéma, et mes propres photos. Il y a aussi très si humain. Il est drôle aussi, plein de fantaisie,
tôt une longue recherche sur la musique et les opportuniste et maladroit.
sons qui vont structurer le spectacle.
La première recherche est celle du lieu où va se B. R. et L. T. – Qu’en est-il des personnages
raconter l’histoire : quels matériaux ? dans quel féminins dans votre adaptation ?
espace ? La maquette du décor s’élabore très M. M. – Dans le récit, les figures féminines
tôt ; je récolte, aussitôt le projet connu, des de Morgiane, l’esclave intelligente, et de
tas d’objets et de matériaux que je rassemble Shéhérazade, qui invente l’histoire et fait
à l’atelier. De ces rencontres vont naître des reculer la mort, sont toutes-puissantes. Ali,
moments et des images. Avec Ali Baba, il est sans intervention féminine, n’a pas de destin.
question de prosaïque, donc de choses très réelles, Le courage, l’extrême violence, le pouvoir de
et de merveilleux, donc de rêverie très libre. vie et de mort, tout cela est entre les mains
Des fragments de réel mais pas de réalisme. du personnage féminin. J’ai imaginé Morgiane
Ne pas recréer un port ou une caverne mais danseuse ambulante et magicienne, à la fois
les évoquer. Le merveilleux, aujourd’hui, s’est dans et autour du récit. Elle provoque l’action
déplacé. Pour cet Ali Baba, la présence du et invente l’histoire. Elle est interprétée par
métal, de la ferraille, un container, des pièces, Sahar Deghan qui est iranienne.
les sons métalliques…
B. R. et L. T. – Est-ce que, comme dans certains
B. R. et L. T. – Qu’en est-il de la caverne ? de vos précédents spectacles, vous allez utiliser
Était-ce nécessaire pour vous de la montrer ? la vidéo ?
M. M. – La caverne, c’est l’énigme du récit et M. M. – Oui, parce que la vidéo est une image
le lieu des fantasmes de chaque personnage. mentale, parfois la rêverie des personnages, un
Ce qui est caché révèle chacun d’eux. lieu de fantaisie, une échappée vers l’imaginaire
Scénographiquement, c’était le problème à que le conte autorise. J’avais un moment
résoudre. Je voulais l’irruption d’un objet lourd, imaginé Ali gardien de cinéma…
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