Philosophie : Thème III – La Justice
Aristote – Rhétorique, I, 13 : Pourquoi avons-nous besoin de la Justice ? Juste et
Injuste
Il existe deux sens généraux du mot « Justice » : Une justice positive dite
institutionnelle et une justice naturelle, qui se réfèrent à deux lois distinct.
Aristote, Rhétorique, I, 13.
(…) la définition du juste et de l'injuste se rapporte à deux sortes de lois (…). Je veux
parler de la loi particulière et de la loi commune. La loi particulière est celle que
chaque collection d'hommes détermine par rapport à ses membres, et ces sortes de
lois se déterminent en : loi non écrite et loi écrite. La loi commune est celle qui existe
conformément à la nature. En effet il y a un juste et un injuste, communs de par la
nature, et que tout le monde reconnaît par une espèce de divination, lors même qu'il
n'y a aucune communication, ni convention mutuelle. C'est ainsi que l'on voit
l'Antigone de Sophocle déclarer qu'il est juste d'ensevelir Polynice, dont l'inhumation
a été interdite, alléguant que cette inhumation est juste, comme étant conforme à la
nature. "Ce devoir ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier, mais il est en vigueur de toute
éternité, et personne ne sait d'où il vient". Pareillement Empédocle, dans les vers
suivants, s'explique sur ce point qu'il ne faut pas tuer l'être animé ; car ce meurtre
ne peut être juste pour certains et injuste pour d'autres : "mais cette loi générale
s'étend par tout le vaste éther et aussi par la terre immense."
Celle qui est particulière, c’est-à-dire les lois déterminer par rapport à ses
membres, elles sont non écrites ou écrites.
Celle qui est commune, conforme à la Nature, reconnaissable par tous, presque
diviniser sans aucune communication ou convention mutuelle de l’idée d’un
individus est juste ou injuste.
EXEMPLE : Antigone de Sophocle : il est bien juste de vouloir ensevelir Polynice
alors même que cela est interdit : "Ce devoir ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier,
mais il est en vigueur de toute éternité, et personne ne sait d'où il vient"
Dès lors il y a deux droits qui se dessine : Le droit positif et le droit naturel
Le droit positif se base sur des normes relatives posé par une volonté humaine,
qui existe dans un état social particulier : qui ne s’applique qu’au citoyen de
cette état. Son caractère est changeant et contingent car il est régi par les
rapports qu’on les hommes entre eux qui varie selon ce qui est utile et
nécessaire à la sécurité.
Le droit naturel, lui en revanche est basé sur des normes absolues et idéales. Au-
delà des intérêts d’une société donnée, loi aux origines rationnelles et
intemporelles, il est donc moral. Elles sont non écrites et universel, éternel et
nécessaire, elles sont accessibles à tout homme. C’est l’idée d’une conscience
morale, d’un principe de justice inné. Elles régissent les rapports idéaux entre les
hommes, qui se réfèrent directement à ce qu’est un homme, qui relève de la
nature humaine.
Philosophie : Thème III – La Justice
** Hugo Grotius : "certains principes de la droite raison qui nous font connaître
qu'une action est moralement honnête ou déshonnête, selon la convenance et
disconvenance nécessaire qu'elle a avec la nature humaine".
** Spinoza : Il ne peut pas y avoir de droit naturel car le droit correspond à la
rectitude du comportement, au déploiement normal de la force, lié à nos
déterminismes de la loi biologique // nature correspond à la loi biologique entre
les vivants.
Une norme ne sert ici à rien puisqu'on le fera comme ça, ou bien on ne le fera
pas.
// ** Rousseau : se serait là, confondre le droit et le fait, le droit et le droit du plus
fort, qui ne peut faire norme. Le droit lui au contraire mets en ordre un désordre
pour limiter les forces naturelles : ce qui est une absurdité.
? « nature humaine » en valeur absolue qui constitue la dignité de l’homme. En
effet, cela revient à penser l’être humain non pas par son existence biologique
mais par une essence immatérielle, qui fonde ses droits et ses devoirs.
« droits subjectifs » désignent un pouvoir, une prérogative, attachée à une
personne ou un individu. Ces droits ne dépendent pas d’un système juridique ou
d’une loi positive mais relèvent de ce qu’on appelle en philosophie les « droits
naturels ». Ces derniers reposent sur l’idée que la nature humaine elle-même
confère à chacun la légitimité :
De faire ou ne pas faire certaines choses en fonction de sa volonté.
D’exiger que nul ne porte atteinte à son être ou à ses capacités
fondamentales d’agir.
EXEMPLE : Le droit à la vie, à la liberté, à la culture, ou au travail, qui
permettent l’épanouissement de l’humanité propre à chaque individu.
En ce sens, ces droits subjectifs traduisent le respect de l’humanité de chaque
personne, entendue comme sa capacité à penser, agir et se développer.
CONCLUSION : 2 réponses
a) 1er sens de Justice (dimension objective) : étymologiquement "Jus" veut dire
droit, au sens de justice légale (institution de justice) : ce qui est juste, c'est ce
qui est conforme au droit en tant qu'il est défini par la loi. Objectivité,
impartialité.
+ Ce modèle évite les jugements arbitraires en s’appuyant sur des règles
universellement reconnues dans une société donnée. Il garantit une forme de
sécurité juridique, car ce qui est juste est défini par des normes claires,
applicables à tous de manière égale.
// Mais une loi conforme au droit positif n’est pas nécessairement "juste" dans un
sens moral ou équitable. Par exemple, les lois ségrégationnistes ou
discriminatoires du passé respectaient la légalité, mais étaient perçues comme
injustes au regard de l’équité et de la dignité humaine.
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= Si la justice n’est que a) alors on peut répondre oui une justice objective existe,
mais cela laisse de côté les dimensions essentielles de l’expérience humaine.
b) 2ème sens de Justice (dimension subjective) : que l’on ressent dans le
« sentiment de justice », Les individus ressentent parfois que, même si une
décision respecte la loi, elle est injuste (oppression, frustration, inégalités).
« L’équité » Inspirée par Aristote, l’équité dépasse la stricte application de la loi
pour s’adapter aux situations particulières, en tenant compte de la dignité et des
besoins de chacun. Elle repose sur un esprit de justice, une compassion ou un
amour du prochain.
// Mais juger uniquement par l’équité (b) peut entraîner une perte d'objectivité. Si
chacun suit son propre sentiment de justice, cela risque de conduire à une forme
de subjectivisme où chacun "fait justice lui-même".
Cela remet en question l’idée d’un droit universel et codifié, qui est pourtant
essentiel à la cohésion sociale.
= le problème est donc de savoir si on peut être juste sans b).
== Alors, une loi ou un acte conforme au droit positif a), n’est pas par
définition juste. Le problème est de savoir si l'on peut vraiment juger ou
critiquer a) par b) : n'est-ce pas alors abandonner toute l'objectivité
censée se trouver dans la justice ? N'est-ce pas dire que chacun peut
faire /se faire justice soi-même ?
Critiquer la justice légale par l'équité (b) peut sembler nécessaire pour
éviter des injustices flagrantes, comme celles perpétuées par des lois
oppressives. (C’est l’essence de nombreuses luttes sociales et politiques, où
l’appel à une justice plus humaine dépasse les cadres juridiques).
! Cependant, cela introduit un risque d’arbitraire et de subjectivisme : si
chacun juge à partir de son propre ressenti ou de ses valeurs
personnelles, la notion d’impartialité, centrale dans la justice,
s’effondre.
! La justice ne peut se réduire ni à a) ni à b). L’un et l’autre se
complètent. La justice légale (a) est essentielle pour garantir l’ordre et
l’objectivité, mais elle doit être éclairée par une quête d’équité (b) pour
s’ajuster aux besoins humains et aux exigences morales.
** Aristote, dans son Éthique à Nicomaque, propose une solution en
intégrant l’équité comme une correction de la loi lorsqu’elle est
inadaptée, tout en conservant un cadre légal.
= la question devient : comment intégrer b) sans renoncer à a) ? La réponse
pourrait résider dans la création d’institutions capables d’arbitrer ces tensions, en
alliant le respect du droit et l’esprit d’équité.
Philosophie : Thème III – La Justice
Kant - Doctrine du droit, Appendice à l'introduction, Du droit équivoque, I-
L'équité : Y-a-t- il un risque de référer la justice à la justice naturelle ?
La question porte sur le danger de confondre justice naturelle et justice positive.
Chez Kant, cette problématique se pose en termes d’objectivité et de
subjectivité, notamment dans l’application du droit. La justice naturelle, si elle est
comprise comme un sentiment subjectif d’équité ou de justice, s’oppose au droit
positif, conçu comme un ensemble de lois objectives, universelles et codifiées.
Kant, Doctrine du droit, Appendice à l'introduction, Du droit équivoque,
I- L'équité.
… celui qui exige quelque chose en se référant à ce principe s'appuie sur son droit,
avec simplement cette précision que lui manquent les conditions dont a besoin le
juge pour pouvoir déterminer dans quelle mesure ou de quelle manière on pourrait
donner satisfaction à sa prétention. Celui qui, dans une société commerciale établie
sur la base de l'égalité des profits, en a pourtant fait plus que ses partenaires, mais a
connu cependant davantage de pertes lors d'épisodes malheureux, peut selon
l'équité exiger de la société plus qu'une répartition à parts égales avec les autres
membres. Simplement, d'après le droit proprement dit (strict), dans la mesure où, si
l'on se représente un juge intervenant dans son cas, celui-ci ne dispose pas de
données précises pour définir la part qui lui revient en fonction du contrat, il verrait
sa demande déboutée. (..) il ne lui est possible au fond que de réclamer l'équité (une
divinité muette qui ne peut être entendue devant aucun tribunal) : la raison en est
que rien n'était défini à cet égard dans le contrat, et qu'un juge ne peut se prononcer
selon des conditions indéterminées. Il en résulte aussi qu'un tribunal de l'équité
(dans un conflit avec d'autres personnes au sujet de leurs droits) contient en lui une
contradiction. (…) La devise de l'équité est donc assurément : "le droit le plus strict
est la plus grande injustice", mais on ne peut remédier à ce mal par la voie du droit,
bien que ce qui est ici en jeu soit une exigence du droit, parce que celle-ci relève
uniquement du tribunal de la conscience, alors que toute question de droit doit être
portée devant le tribunal civil. (…) l'équivoque provient de la confusion des principes
objectifs avec les principes subjectifs de l'exercice du droit (devant la raison et
devant un tribunal), étant donné que ce que quelqu'un a de bonnes raisons de
reconnaître pour son propre compte comme juste, ne peut trouver de confirmation
devant un tribunal, et que ce qu'il ne peut que juger lui-même comme étant en soi
injuste est susceptible d'obtenir l'indulgence devant le même tribunal : cela parce
que (…) le concept de droit n'est pas pris dans la même signification.
Kant distingue entre :
Le droit strict (ou objectif) : basé sur des règles écrites et des principes
définis, il sert à gérer les différends de manière claire et impartiale.
Philosophie : Thème III – La Justice
L'équité : un sentiment moral subjectif de justice qui dépasse parfois la
rigidité des lois.
Dans l'exemple donné, un individu pourrait, selon l'équité, demander une
compensation supplémentaire (ex. : dans une société commerciale, s’il a
contribué davantage ou subi plus de pertes). Cependant, le droit strict ne peut
pas trancher sur cette base, car il manque de critères objectifs pour évaluer cette
demande. Cela montre les limites du droit face à des situations où l'équité
semble appeler une solution différente.
La conscience morale se réfère à une conscience individuelle, comme indulgence,
comme sentiment purement subjectif. La première critique qui peut être porté à
l’équité c’est qu’elle n’est pas pleinement universelle mais au contraire
changeante en fonction des individus.
Dès lors, si le droit naturel se réfère à cette équité, conscience morale alors il
n’est pas possible de se référer au droit positif. Peut-on donc fonder sur le droit
positif sur un droit naturel ? Peut-on fonder le droit positif sur le droit
individuelle ?
NON, cela reviendrait à confondre plusieurs domaine qui empêche le droit de
remplir son but :
a) Cela rendrait la gestion des conflits arbitraire à chacun, les différents ne
pourrait être réglé. Le sentiment d’injustice serait multiplié, où chacun serait
victime de la subjectivité d’autrui dans la mesure où la distinction entre véritable
conscience morale et éclairé avec les illusions d’une conscience erronée.
b) L’objection de conscience peut être légitimé sans vouloir pour autant remettre
en cause la Justice étatique, elle ne pourrait que le motif pour s’exempter de
l’obéissance à l’autorité souveraine. L’obligation civile donné par l’autorité
souveraine doit être respecté sans se laisser aller à la fantaisie de chacun.
c) De plus pourquoi vouloir instituer des lois valables pour tous, si on estime
pouvoir régler sois même les conflits ? Pourquoi avons-nous décidé d’édicter des
lois, si ce n’est parce que la conscience morale n’a pas de sanction, et que sans
lois positives, les justes seraient justes dans un monde de méchants ? En effet, si
tout homme, sans droit étatique, avait eu une morale assez éclairée pourquoi
avoir mis en place des sociétés civiles et des lois communes ? Or les loirs
naturelles sans sanction terrestre ou physique, ne serait être obéies de tous, et
ne le sont pas toujours même par ceux qui les reconnaissent.
Philosophie : Thème III – La Justice
// Hobbes - Léviathan, Première partie, chapitre XV, « Des autres lois de
nature » : Quelle est la légitimité de l’État à instituer des lois ? Dans quelle
mesure sommes-nous juste en respectant les lois ? Y-a-t-il une place à la
conscience morale dans la constitution d’une lois juste ?
Hobbes - Léviathan, Première partie, chapitre XV, « Des autres lois de
nature »
De cette loi de nature par laquelle nous sommes obligés de transmettre à autrui des
droits qui, s'ils sont conservés, empêchent la paix du genre humain, il s'ensuit une
troisième, qui est celle-ci : que les hommes exécutent les conventions qu'ils ont
faites ; sans quoi, les conventions sont [faites] en vain et ne sont que des paroles
vides ; et le droit de tous les hommes sur toutes choses demeurant, nous sommes
toujours dans l'état de guerre.
Et c'est en cette loi de nature que consiste la source et l'origine de la JUSTICE. Car là
où aucune convention n'a précédé, aucun droit n'a été transmis, et tout homme a
droit sur toute chose et, par conséquent, aucune action ne peut être injuste. Mais
quand une convention est faite, alors la rompre est injuste, et la définition de
l'INJUSTICE n'est rien d'autre que la non-exécution de convention. Et tout ce qui n'est
pas injuste est juste.
Mais parce que les conventions fondées sur la confiance mutuelle, où il y a une
crainte que l'une des parties ne s'exécute pas (comme il a été dit au chapitre
précédent), sont invalides, quoique l'origine de la justice soit l'établissement de
conventions, cependant en fait, il ne peut pas y avoir d'injustice tant que la cause
d'une telle crainte ne disparaît pas, ce qui ne peut être réalisé alors que les hommes
sont dans l'état naturel de guerre. C'est pourquoi, avant que les dénominations de
juste et d'injuste puissent avoir place, il faut qu'il y ait quelque pouvoir coercitif pour
contraindre également les hommes à exécuter leurs « conventions, par la terreur de
quelque châtiment plus grand que le bénéfice qu'ils comptent tirer de la violation de
la convention, et pour rendre sûre cette propriété que les hommes acquièrent par
contrat mutuel, en compensation du droit universel qu'ils abandonnent. Un tel
pouvoir, il n'en existe aucun avant l'érection d'une République. Et c'est ce qui ressort
aussi de la définition ordinaire de la justice dans les Écoles, car il y est dit que la
justice est une volonté constante de donner à chaque homme ce qui est sien. Et
donc, où il n'y a rien à soi, c'est-à-dire, nulle propriété, il n'y a aucune injustice, et là
où aucun pouvoir coercitif n'a été érigé, c'est-à-dire là où il n'y a pas de République,
il n'y a pas de propriété, tous les hommes ayant droit sur toutes choses. C'est
pourquoi là où il n'y a pas de République, rien n'est injuste. Si bien que la nature de
la justice consiste à observer les conventions valides, mais la validité des
Philosophie : Thème III – La Justice
conventions ne commence qu'avec la constitution d'un pouvoir civil suffisant pour
contraindre les hommes à les observer ; et c'est alors aussi que commence la
propriété. »
Selon la thèse de Hobbes du positivisme juridique, la justice n’est que positive
puisqu’elle est créée par le législateur. Ce n’est qu’à la loi civile qu’il appartient
de prescrire les règles de ce qui est juste et de ce qui est injuste.
On parle de juste et d’injuste quand on attribue à chacun selon son mérite, quand
on lui donne ou rend son bien, sa part de quelque chose.
Or, à l’état de Nature, avant l’institution de l’État, on ne possède rien, il n’existe
ni mien ni tien : tout est à tous/ à personne.
C’est le souverain qui institue et décide le mien et le tien.
Dès lors, aucune justice et même aucun sentiment de justice ne précède la
justice positive. La loi est juste par définition : « ce qui fait loi, ce n’est pas la
vérité (c’est-à-dire justice et morale), mais l’autorité ». Ce qui est juste l’est parce
qu’ordonné.
Tout cela afin d’assurer la paix, dans l’idée du plus grands bien. Si les sujets
peuvent désobéir, alors l’État n’est pas stable, projetant la société à son état
originel de la guerre.
Réponse de Hobbes :
a) si la loi l’ordonne c’est que c’est juste.
b) je ne commet point de faute en exécutant l’ordre injuste, pourvu que celui qui
en donne l’ordre soit mon supérieur légitime.
c) je ne suis pas coupable, mais c’est la faute de celui qui ordonne les lois,
conduisant à faire de l’obéissance des lois un acte d’hétéronomie, sans obligation
de conscience.
Hobbes distingue le droit et la morale.
// or être juste ne relève donc pas du respect aveugle des lois pour les raisons
que donne Hobbes. La justice sans référence morale n'est justice que de nom et
peut même servir à justifier des actes ignobles. (Exemple du procès de
Nuremberg)
Philosophie : Thème III – La Justice
Aristote – Éthique à Nicomaque, V, 14 : Mais comment échapper à la subjectivité
de la référence morale ? Si la Justice légale ne doit être fondée sur la justice
comme sentiment, n’appelle-t-elle pas un autre fondement que la stricte
légalité ? Peut-on définir une bonne justice sur l’équité ? L’équité non abusive
peut-elle est être une forme de justice ?
Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 14.
"L'équitable, tout en étant supérieur à une certaine justice, est lui-même juste, et ce
n'est pas comme appartenant à un genre différent qu'il est supérieur au juste. Il y a
donc bien identité du juste et de l'équitable, et tous deux sont bons, bien que
l'équitable soit le meilleur des deux.
Ce qui fait la difficulté, c'est que l'équitable, tout en étant juste, n'est pas le juste
selon la loi, mais un correctif de la justice légale. La raison en est que la loi est
toujours quelque chose de général, et qu'il y a des cas d'espèce pour lequels il n'est
pas possible de poser un principe général qui s'y applique avec rectitude. Dans les
matières, donc, où on doit nécessairement se borner à des généralités et où il est
impossible de le faire correctement, la loi ne prend en considération que les cas les
plus fréquents, sans ignorer d'ailleurs les erreurs que cela peut entraîner. La loi n'en
est pas moins sans reproche, car la faute n'est pas à la loi, ni au législateur, mais
tient à la nature des choses, puisque par leur essence même la matière des choses
de l'ordre pratique revêt ce caractère d'irrégularité. Quand, par suite, la loi pose une
règle générale, et que là-dessus survient un cas en dehors de la règle générale, on
est alors en droit, là où le législateur a omis de prévoir le cas et et a péché par excès
de simplification, de corriger l'omission et de se faire l'interprète de ce qu'eût dit le
législateur lui-même s'il avait été présent à ce moment, et de ce qu'il aurait porté
dans sa loi s'il avait connu le cas en question. De là vient que l'équitable est juste et
qu'il est supérieur à une certaine espèce de juste, non pas supérieur au juste absolu,
mais seulement au juste où peut se rencontrer l'erreur due au caractère absolu de la
règle. Telle est la nature de l'équitable : c'est d'être un correctif de la loi, là où la loi a
manqué de statuer à cause de sa généralité. En fait, la raison pour laquelle tout n'est
pas défini par la loi, c'est qu'il y a des cas d'espèce pour lesquels il est impossible de
poser une loi, de telle sorte qu'un décret est indispensable. (…)
Philosophie : Thème III – La Justice
De là résulte nettement aussi la nature de l'homme équitable : celui qui a tendance
à choisir et à accomplir les actions équitables et ne s'en tient pas rigoureusement à
ses droits dans le sens du pire, mais qui a tendance à prendre moins que son dû,
bien qu'il ait la loi de son côté, celui-là est un homme équitable, et cette disposition
est l'équité, qui est une forme spéciale de la justice et non pas une disposition
entièrement distincte."
La perfection de la justice, c’est l’équité. L’équité non abusive peut-elle est être
une forme de justice ?
Réponse de Aristote :
Il existe deux sortes de Justice, toute deux légitimes : imparfaite (a) et parfaite
(b)
a) La justice selon la loi, Justice positive.
b) La justice équitable, c’est-à-dire coercitif de (a).
PRESUPPOSE : La Justice positive est imparfaite et a besoin d’être corrigée.
Pourquoi est-il nécessaire de recourir à l’équité quand on applique les lois ?
En effet, la loi doit être universelle, c’est à la fois une nécessité et une
imperfection. Une imperfection non voulue, inévitable car il est impossible de
pouvoir l’appliqué à tous les cas dans la mesure où le réel est par définition
changeant et « irrégulier ».
La loi est donc inadéquate par rapport à ce qui est pourtant de son domaine ou à
ce qu’elle a pour but de régler : les cas réels, particuliers.
Une inadéquation qui peut provoquer des injustices...
Le positivisme juridique n’est donc pas tenable car s’il avait raison la loi serait
facile à appliquer : il suffirait de subsumer le cas sous la règle. Or, on ne peut
jamais se borner à appliquer mécaniquement la loi. Or, on ne peut jamais se
borner à appliquer mécaniquement la loi.
La loi doit être complétée sinon elle est injuste. L’équité a donc sa place dans un
tribunal (≠Kant ?)
Comment Aristote évite-t-il le reproche d’indétermination ou de subjectivité que
Kant faisait à l’équité ?
La loi ne peut être appliqué tel quel, ainsi, tout en étant une Justice « non
écrite », elle reste du domaine du droit, car elle est complète, et de plus s’exerce
dans les limites du droit existant (puisque sur les lois). Il est donc compris dans la
définition même de la loi qu’elle doit être accompagnée de l’équité. Sa rigueur lui
empêchant de régler de façon juste tous les cas, elle doit être tempérée par
l’esprit d’équité.
CONCLUSION
Être équitable, véritablement juste, c’est ne pas se conformer aveuglément à la
loi, mais tenir compte des situations particulières. Est équitable celui qui sait et
doit interpréter la loi dans le sens de son « intention » supposée.
Cette « intention » relève du respect, non à la lettre mais à l’esprit de la justice.
? « l’esprit de justice » est une valeur pour Aristote, un commandement qui ne serait
pas conforme serait injuste.
Philosophie : Thème III – La Justice
La Justice n’est-elle pas avant tout une vertu ? Avant d’être une loi, ce qu’édicte
l’autorité législatrice revient à agir dans un certain esprit guidé par l’attention à
autrui.
L’idée de Justice comprends l’idée qu’être juste ce n’est pas seulement se
conformer aux lois mais aussi à l’esprit de Justice. Car si dans l’idée de Justice est
comprise l’idée d’égalité, d’impartialité, l’équité revient à respecter cette égalité.
Une telle exigence revient à demander que la loi soit guidée par une exigence
morale.
Parler de lois égales élargit le domaine d’application de la Justice à la répartition
des biens et des charges entre les membres de la communauté, pour la définir de
« Justice distributive ». Une justice qui ne saurait être juste sans une égalité stricte
entre les individus.
Mais comment respecter l’égalité ? Comment va-t-on répartir ces biens et ces
charges ? Est-ce si facile ? Est-ce si objectif ?
a) L’égalité arithmétique
b) L’égalité géométrique/proportionnelle, ou donner à chacun selon son dû, selon
ses mérites.
// En effet, dans cette perspective l’égalité arithmétique néglige les performances
et la valeur du travail de chacun (a) / Comment évaluer ces performances de
manière juste ? (b)
a) et b) posent un problème : une société basée sur la performance est
injuste, mais une société qui ignore les performances et les laisse sans
conséquences l’est aussi.
S’il est évident que les lois doivent respecter l’égalité, que faire des inégalités
engendrées par personne ?
En effet, l’égalité des chances est un idéal ou plutôt une farce qui ne tient pas
compte tenue des inégalités de richesse, de capacité, etc... Tout cela relève du
hasard car personne ne veut sciemment engendre des inégalités ou léser
quelqu’un. De plus selon l’égalité proportionnelle cela est juste.
SOLUTIONS
1. Les liberalistes
Ces inégalités sont engendrées involontairement, elles ne peuvent donc être
fondamentalement injuste, puisque ce qui est injuste c’est l’acte ou la loi issus de
la volonté.
Ce qui serait injuste, c’est d’intervenir dans la vie des gens sous prétexte que ce
qu’ils font entraîne des effets non voulus, en leur faisant payer des impôts,
puisque cela laisse une partie de la population, les riches. On rejette le principe
de justice proportionnelle.
2. Les socialistes
Une société basée sur la Justice proportionnelle, sur l’égalité des chances, risques
d’être une société injuste. On ne peut donc pas provoquer cette injustice, mais on
ne peut pas non plus renoncer à l’égalité proportionnelle.
Philosophie : Thème III – La Justice
Certes une loi est juste si c’est une loi qui distribue à chacun sa part de richesses,
d’avantages en proportion et en échange de ce que chacun apportera au
patrimoine commun. // Peut-on tolérer qu’à la seule condition de respecter aussi
une sorte d’égalité, proportionnelle sur les besoins de chacun, d’homme en tant
qu’homme on doive secourir dans la mesure de ces besoin celui qui ne le peut
pas ?
Il n’est pas injuste d’exiger de la majorité une participation aux dépenses
nécessaires à secourir ceux qui n’auront pas les performance requises car c’est le
seul moyen pour que les inégalités soient justifiées ou compatibles avec
l’exigence de justice nécessaire à toute société.
CONCLUSION
Finalement, il y a des lois injustes : celles qui sont oppressives, qui font des
exceptions, qui porte atteinte à la dignité de la personne humaine. Ces lois
s’autocontredisent et le juge qui applique ces lois n’est pas juste.
Dès lors, une réponse négative à la question de savoir si être juste ce n’est
qu’obéir aux lois, est possible : il est parfois juste de désobéir aux lois puisque ce
qui est juste, ce n’est pas seulement ce qui est strictement conforme aux lois
positives.
Il y a une condition pour que les lois soient véritablement justes et donc
négligent en toute légitimité : c’est qu’elles soient justes au sens où elles
respectent l’égalité et l’humanité. Si elles ne le font pas, alors, on a raison de se
révolter contre elles et de refuser d’y obéir au nom d’une justice plus haute.
HUME/ BENTHAM/ RAWLS – TROIS PENSEURS LIBERAUX DE LA JUSTICE
HUME – rupture avec les contractualistes (Whigs et Locke)
La justice est au centre de l’intérêt de la raison et de l’imagination.
BENTHAM – anti contractualistes
Accuse le caractère symbolique de la loi et rejette tout naturalisme et toute
explication par les passion. La Justice est pour lui une question d’utilité.
RAWLS - penseur du contrat et utilitarisme.
Mets en avant la liberté personnelle, conçu comme une autonomie, où l’égalité
juridique et politique sont assortie des droits d’expressions, des droits de
l’opposition politique, de la protection à l’encontre de l’arrestation et de
l’emprisonnement arbitraires.
Philosophie : Thème III – La Justice
Quels sont les sources de la Justice ? Quel est le contenu de la Justice,
composante ? Quels sont les moyens de la Justice ? Quel sont les circonstances
de la justice ?
La Justice prend en compte la rareté des biens, les conflits entre les hommes, pris
à plusieurs échelle. Il n’existe jamais une harmonie spontanée des intérêts.
- Hume –
Dans son ouvrage "Traité de la nature humaine", David Hume explore l'origine de
la justice et de la propriété.
La justice nait de convention humaine vu comme des
La justice n'est pas une vertu naturelle, mais elle émerge des conventions
humaines établies pour remédier aux insuffisances de la nature humaine et aux
conditions extérieures.
Hume identifie deux caractéristiques humaines principales : l'égoïsme et une
générosité limitée. Ces traits, combinés à la rareté des ressources nécessaires
pour satisfaire les besoins humains, rendent la justice nécessaire. Ainsi, selon
Hume, c'est uniquement de l'égoïsme de l'homme, de sa générosité limitée et de
la parcimonie avec laquelle la nature a pourvu à la satisfaction de ses besoins
que la justice tire son origine.
Hume souligne également que la justice et la propriété sont interconnectées. Les
notions de droit et de propriété n'existent pas indépendamment de la justice ; au
contraire, c'est l'établissement de la justice qui donne naissance à la propriété.
Sans les conventions justes établies par la société, les concepts de propriété
n'auraient pas de fondement.
En résumé, Hume propose que la justice soit une construction humaine résultant
de la nécessité de gérer les interactions sociales dans un contexte de ressources
limitées et de tendances humaines à l'égoïsme. Cette construction permet
d'établir des règles de propriété et de conduite qui facilitent la coexistence
harmonieuse au sein de la société.