Analyse des politiques commerciales au Cameroun
Analyse des politiques commerciales au Cameroun
Manfred KOUTY
[email protected]
Notre profonde gratitude à l’Institut Virtuel de la CNUCED pour son soutien à la réalisation de
ce projet de localisation. Nos remerciements vont particulièrement à Vlasta Macku, Chef de
l'Institut Virtuel, pour sa disponibilité et ses encouragements. Nous sommes également
reconnaissants envers Marco Fugazza pour sa sollicitude et ses conseils avisés dont l’apport aura
permis de parachever ce travail. Nos remerciements vont enfin à Julia Seiermann pour ses
commentaires et suggestions qui ont contribué à l'amélioration de ce travail.
Les idées et les opinions exprimées dans ce document n’engagent que leur auteur ; par
conséquent, le Secrétariat des Nations Unies décline toute responsabilité sur l’usage qui pourrait
en être fait.
Document non-édité
Septembre 2015
Table des matières
Figures............................................................................................................................................ iii
Tableaux ......................................................................................................................................... iv
Sigles et abréviations ...................................................................................................................... v
1 Introduction .................................................................................................................................. 1
1.1 Perspective historique du commerce et de la politique commerciale au Cameroun ............. 1
1.2 Développements futurs probables ......................................................................................... 6
2 Analyse des performances commerciales du Cameroun ............................................................. 8
2.1 L'ouverture commerciale et les conditions d'accès aux marchés étrangers........................... 8
2.2 Les termes de l’échange ...................................................................................................... 12
2.3 Le taux de change effectif réel ............................................................................................ 16
2.4 Les coûts de transports au Cameroun .................................................................................. 18
3 Structure et orientation géographique des exportations du Cameroun ...................................... 23
3.1 Composition sectorielle des exportations............................................................................ 24
3.2. L’avantage comparatif révélé ............................................................................................. 25
3.3 La diversification des exportations ..................................................................................... 27
3.4 Orientation géographique des exportations ......................................................................... 31
4 Analyse du commerce régional du Cameroun ........................................................................... 33
4.1 Commerce intra-régional..................................................................................................... 33
4.2 Intensité du commerce intra-régional .................................................................................. 34
4.3 Complémentarité du commerce régional ............................................................................ 36
5 Les firmes camerounaises exportatrices .................................................................................... 38
5.1 Le rôle des entreprises dans le commerce ........................................................................... 38
5.2 Quelques caractéristiques et faits stylisés ........................................................................... 39
6 Analyse du commerce bilatéral: une application du modèle de gravité .................................... 44
6.1 Cadre analytique .................................................................................................................. 44
6.2 Application .......................................................................................................................... 46
7 Exercices et questions de discussion.......................................................................................... 51
Annexe .......................................................................................................................................... 53
References ..................................................................................................................................... 57
ii
Figures
iii
Tableaux
Tableau 1: Droits de douane effectivement appliqués au Cameroun (moyenne NPF) ................... 10
Tableau 2: Subvention de l'agriculture en 2010 ................................................................................... 12
Tableau 3: Taux de change réel entre le Cameroun et la France/Etats Unis (2010 et 2013) ......... 16
Tableau 4: Coût du transport routier dans certains pays et corridors ................................................ 22
Tableau 5: Commerce entre les pays de la CEMAC (part dans les exportations en 2011) ............ 34
Tableau 6: Régression groupée .............................................................................................................. 48
Tableau 7: Estimations avec effets fixes ............................................................................................... 49
iv
Sigles et abréviations
ACP Pays d'Afrique, Caraïbes et Pacifique
ACR Accords Commerciaux Régionaux
ADPIC Accord sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au
commerce
AGCS Accord Général sur le commerce des services
AGOA American Growth and Opportunity Act
ALE Accord de Libre Echange
APE Accord de Partenariat Economique
ASS Afrique Subsaharienne
CAE Communauté de développement de l'Afrique de l'Est
CEA Communauté Economique d'Afrique
CEE Communauté Economique Européenne
CEEAC Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale
CFA Franc de la Communauté Financière Africaine
CEMAC Communauté Economique et Monétaire d'Afrique Centrale
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement
COMESA Marché Commun des Etats de l'Afrique de l'Est et du Sud
DGD Direction Générale des Douanes
DSCE Document de Stratégie pour la Croissance et l'Emploi
GATT General Agreement on Tariffs and Trade (Accord Général sur les Tarifs
Douaniers et le Commerce)
GE Grandes Entreprises
IC Indice de Complémentarité
IIC Indice d'Intensité de Commerce International
ICTSD Centre for Trade and Sustainable Development
ISI Industrialisation par Substitution d'Importation
ITEfs Indice des Termes de l'Echange factoriels simples
ITEn Indice des Termes de l'Echange net
ITEr Indice des Termes de l'Echange de revenu
ME Marges Extensives
MI Marges Intensives
MINEPAT Ministère de l'économie, de la planification et de l'aménagement du territoire
NPF Clause de la Nation la Plus Favorisée
OMC Organisation Mondiale du Commerce
OTC Obstacles Techniques au Commerce
PAS Programme d'Ajustement Structurel
PE Petites Entreprises
PAD Port Autonome de Douala
PED Pays en Développement
PGE Programme Général des Echanges
PIB Produit Intérieur Brut
PME Petites et Moyennes Entreprises
RGE Recensement Général des Entreprises
SADC Communauté de développement de l'Afrique Australe
v
STP Sao Tomé-et-Principe
TEC Tarif Extérieur Commun
TCER Taux de Change Effectif Réel
TCR Taux de Change Réel
TCN Taux de Change Nominal
TPE Très Petites Entreprises
UA Union Africaine
UD Union Douanière
UDEAC Union Douanière des Etats de l'Afrique Centrale
UE Union Européenne
UEMOA Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
UMA Union du Maghreb Arabe
WITS World Integrated Trade Solution
vi
1 Introduction
Le commerce et les politiques commerciales ont toujours joué un rôle important dans la stratégie
de développement du Cameroun. Ils constituent un pilier essentiel sur lequel repose la vision de
développement du Cameroun à l'horizon 2035. La première déclinaison décennale de cette vision
contenue dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l'emploi (DSCE) adopté en
2009fait clairement apparaître que la politique de développement et de diversification des
échanges commerciaux du Cameroun doit être au service d'une croissance durable et créatrice
d'emploi (MINEPAT, 2009). Cet objectif de développement assigné au commerce et à la
politique commerciale n'est pas récent au Cameroun. Il remonte depuis l'indépendance du pays
en 1960 et s'est manifesté dans les différents plans quinquennaux et réformes économiques que
le pays a adoptés. L'objectif de cette section est de faire une analyse historique du commerce et
de la politique commerciale du Cameroun dans un premier temps et de présenter, dans un
deuxième temps, les développements futurs probables.
Par ailleurs, des exonérations de taxe et autres formes de taxes spéciales sont utilisées pour
encourager le développement de l’industrie locale. Au niveau sous-régional, cette politique est
encouragée par le traité de Brazzaville instituant l'Union Douanière et Economique de l'Afrique
Centrale (UDEAC) en 1964. Ce traité impose un certain nombre de mesures en vue de protéger
le marché intérieur de l'UDEAC.
Au cours de cette même période, les conventions de Yaoundé 1 et Yaoundé 2 entre les pays
d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et la Communauté Economique Européenne
(CEE) permettent aussi au pays d'exporter en franchise de droit de douane certains produits
comme la banane et le sucre. Les résultats de cette politique n'ont pas été à la hauteur des
attentes, car comme le montre la Figure 1, le pays a continué à importer les produits
manufacturés tandis que les exportations de ces derniers sont restées très faibles.
A partir de 1970, les autorités vont mettre en place des politiques visant à favoriser la promotion
et la diversification des exportations. Contrairement à la politique d'ISI, qui visait à satisfaire la
consommation locale par la production domestique, la politique de promotion des exportations
vise la conquête des marchés étrangers. Cette volonté est clairement exprimée d'abord dans le
second plan quinquennal et ensuite dans le troisième plan quinquennal (1971-1976). L'objectif
affiché est d'augmenter la production des cultures d'exportation. A cet effet, le Programme
Général des Echanges (PGE) est adopté en 1972 et énonce un certain nombre de mesures
tarifaires et non tarifaires ayant pour objectif d'encourager l'industrialisation par la
transformation des produits locaux mais aussi de promouvoir les exportations. C'est le cas des
subventions aux exportations, mais aussi de la suppression des taxes à l'exportation et des
licences à l'importation de produits intermédiaires.
Par ailleurs, les exportations des produits finis et semi-finis ne sont soumises à aucun droit ou
taxe douanière. Cependant, pour des raisons sanitaires et environnementales, des prohibitions à
l'exportation sont appliquées sur les produits dangereux (comme les déchets toxiques) et les
animaux protégés. D'autres produits comme les grumes continuent aussi à être frappés par la taxe
à l'exportation.
Cette politique de promotion des exportations est soutenue par les revenus issus de l'exportation
du pétrole. Cette période est marquée par la croissance des exportations totales du Cameroun et
notamment des exportations du pétrole et d'une légère hausse des exportations des produits
manufacturés (Figure 1). Au cours de la même période, les conventions de Lomé I (1970) et
Lomé II (1975) permettent au Cameroun de bénéficier de l'accès préférentiel au marché de la
CEE.
La crise de la dette du milieu des années 1980 et l'échec des stratégies d'ISI ont amené le
Cameroun à opérer un certain nombre de réformes économiques et notamment commerciales.
C'est ainsi que depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, le Cameroun est
engagé dans un processus de libéralisation commerciale. Ce processus se fait de manière
unilatérale, régionale, bilatérale et multilatérale.
La libéralisation unilatérale s'est faite dans le cadre des programmes d'ajustement structurel
(PAS), même si dans le sixième plan quinquennal (1986-1991), les autorités préconisaient déjà le
2
libéralisme communautaire1 en encourageant l'initiative privée et en redéfinissant le rôle de l'Etat
comme régulateur. Dans le but de rétablir de façon durable ses équilibres macroéconomiques, le
Cameroun va faire appel aux Institutions de Bretton Woods. Ces dernières vont imposer au
Cameroun un certain nombre de conditionnalités2 parmi lesquelles la libéralisation des échanges
et des prix. A cet effet, la loi no 89/011 du 28 juillet 1989 sur la restauration d'une économie de
marché et l'ordonnance no 90/001 du 29 janvier 1990 créant le régime de la zone franche
industrielle au Cameroun traduisent les mesures prises par les autorités en matière commerciale.
4000000
boom pétrolier récession post-dévaluation
3500000
exportations du pétrole
3000000
dollars US)
0
1960 1965 1970 1975 1980 1990 1995 2000 2005 2010
1
Le libéralisme communautaire préconisé par Paul Biya vise non seulement la libre entreprise, mais aussi la
répartition équitable des fruits de la croissance et la justice sociale. Pour plus d'explications lire Biya (1987).
2
Voir Williamson (2004) pour de plus amples informations sur les conditionnalités.
3
Ce processus de libéralisation commerciale s’est poursuivi au niveau régional avec la création de
la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC)3 et la dévaluation du
franc CFA4 en 1994. La politique commerciale extérieure du Cameroun s'arrime alors à celle de
la CEMAC. Par voie de conséquence, les restrictions quantitatives, le régime des exemptions
tarifaires et d'avantages douaniers et fiscaux sont soit supprimés soit considérablement réduits.
Après la dévaluation du franc CFA5 le 12 janvier 1994, un nouveau PGE est mis en place pour
uniformiser la nouvelle politique commerciale du Cameroun et mieux tirer profit de la
dévaluation. Il contient d'importantes mesures qui libéralisent les importations et les
exportations. En particulier, un accent est mis sur l'élimination totale des restrictions
quantitatives, la suppression des licences d'importation, la diminution des procédures et des
droits à l'exportation. Le nouveau PGE contient en outre des mesures relatives au respect des
normes de qualité tant pour les produits locaux que pour les produits importés, mais aussi un
cadre juridique pour lutter contre les pratiques commerciales illicites et la concurrence déloyale.
Pour maximiser les effets positifs de la dévaluation6, les autorités vont instituer des prélèvements
à l'exportation des produits de base comme le cacao, le café, la banane, le coton, le sucre, l'huile
de palme, le caoutchouc et les plantes médicinales (OMC, 1995).
Au plan bilatéral, le Cameroun a signé plusieurs accords bilatéraux dont le plus important et le
plus actuel est l'Accord de Partenariat Economique (APE)7d’étape signé entre le Cameroun et
l’Union Européenne. Cet accord, qui couvre essentiellement le commerce des marchandises,
offre un accès total des produits camerounais au marché de l'UE et entraîne l’ouverture pour le
Cameroun, de son marché à concurrence de 80 % des importations de l’UE. Cette ouverture qui
s’étalera sur 15 ans avec une période moratoire de deux ans se fera par groupe de produits
(Figure 2).
3
Crée par le traité du 16 mars 1994 à N'Djaména, CEMAC est formée de six pays à savoir: le Cameroun, la
république Centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad.
4
Franc de la Communauté Financière Africaine (XAF).
5
Initialement rattaché au franc français (1 FF = 100 FCFA), le FCFA est aujourd'hui rattaché à l'Euro (1 Euro= 655,
957 FCFA).
6
Cette dévaluation va baisser les prix des produits exportés et accroître leur compétitivité sur les marchés
internationaux. L'instauration de la taxe à l'exportation a pour effet d'accroître les recettes de l'Etat.
7
Cet accord est intitulé: Accord d’Etape vers un Accord de Partenariat Economique entre la Communauté
Européenne et ses Etats-membres d’une part, et la partie Afrique Centrale, d’autre part. Il deviendra caduc dès la
conclusion de l’APE régional. Ce dernier actuellement en négociation concerne l'UE et la CEEAC, alors que l'APE
d'étape ou APE intérimaire concerne l'UE et le Cameroun.
4
Figure 2: Groupes de produits et calendrier de démantèlement tarifaire
Libéralisation rapide (2010-2013) Libéralisation lente(2011-2017)
Libéralisation très lente (2014-2023) Exclusion de la libéralisation
23%
31%
27%
19%
Le premier groupe comprend les produits à libéralisation rapide et concerne des produits de
première nécessité, des matières premières et biens d’équipements et les intrants agricoles. Dans
ce groupe on retrouve des médicaments, des livres, des semences ou des reproducteurs
d’animaux. Le deuxième groupe est constitué des produits à libéralisation lente comme les
machines et autres biens d’équipement, les demi-produits et autres matières premières destinées
à soutenir l’industrie locale. Dans ce groupe, on y retrouve par exemple: des machines et
équipements mécaniques (véhicules neufs, équipements agricoles), des machines et équipements
électriques, des pneumatiques neufs. Le troisième groupe est constitué des produits à tarifs
élevés comme les matériaux de construction, le clinker, le blé dur, les produits en caoutchouc, les
produits dérivés du bois, les articles de ménage, etc. Le quatrième groupe comprend des produits
totalement exclus de la libéralisation. Il est constitué des produits sensibles8 et des produits
spéciaux9 comme les biens de consommation courante et plus particulièrement les produits
alimentaires, boissons et tabacs. On y trouve aussi des produits bruts d’origine animale et
végétale. Au-delà de ce démantèlement tarifaire, l'APE d'étape prévoit les mesures suivantes:
8
Notion introduite par l'OMC en 2004 pour donner la possibilité aux membres de déterminer un certain nombre de
produits agricoles qui seront exclus de la réduction tarifaire.
9
Ils sont déterminés suivant des indicateurs fondés sur les critères de la sécurité alimentaire, de la garantie des
moyens d'existence et du développement rural.
10
Ce sont des pratiques qui faussent la concurrence (c'est le cas par exemple du dumping qui traduit le fait qu'une
entreprise exporte un produit à un prix inférieur à celui qu'elle pratique sur son propre marché intérieur).
5
La libéralisation multilatérale quant à elle se fait dans le cadre de l'OMC12. Le Cameroun est
membre fondateur de l'OMC et accorde au moins le traitement NPF13 à tous ses partenaires
commerciaux. Le Cameroun a consolidé 14,9% de ses lignes tarifaires14 avec une moyenne
simple des taux consolidés (taux de droits faisant l'objet d'un engagement et difficile à relever) de
79,9%. Ses taux consolidés sont notablement supérieurs aux taux appliqués (taux effectivement
appliqués par le pays).Tous les droits de douane appliqués par le Cameroun sont des droits ad
valorem. Le Cameroun n'applique pas de taux saisonniers ou variables, ce qui renforce la
transparence de son régime commercial.
Cependant le pays applique des Mesures Non Tarifaires (MNT)15, telles les mesures Sanitaires et
Phytosanitaires (SPS) sur les produits d'origine animale, d'origine végétale, certains produits
céréaliers (farine de froment, yaourt, lait concentré) et les produits pharmaceutiques. Le
Cameroun est partie prenante des négociations du cycle de Doha pour le développement. Il fait
partie de plusieurs groupes de négociation et notamment: le Groupe africain, le Groupe des pays
ACP, le G-9016, le groupe de Pays visés par le paragraphe 617et le groupe "Auteur" du "W52"
sur les modalités de négociations relatives aux indications géographiques. Le Cameroun a signé
en décembre 2013, l'accord sur la facilitation des échanges 18. Cet accord vise la simplification et
l'harmonisation des procédures du commerce international concernant les activités, pratiques et
formalités relatives à la collecte, la présentation, la communication et au traitement des données
nécessaires à la circulation des biens dans le cadre du commerce international.
La nouvelle stratégie commerciale telle qu'elle est énoncée dans le DSCE s'inscrit non seulement
dans une perspective de renforcement de l'intégration sous-régionale et régionale, mais aussi
dans le cadre de la coopération Nord-Sud, Sud-Sud et multilatérale. Elle vise le rétablissement de
l'équilibre de la balance commerciale à travers l'accroissement des exportations et de la
production. Dans cette optique, le Cameroun souhaite intensifier ses échanges régionaux
11
Elles constituent l'une des exceptions au principe de la non-discrimination de l'OMC selon laquelle un pays peut
prendre des mesures de protection temporaire face à des difficultés sectorielles par exemple (Voir les articles XIX et
XX du GATT).
12
L’OMC a succédé au GATT qui n’était pas une organisation, mais un accord entre parties contractantes. L'Accord
de Marrakech instituant l'OMC a été ratifié par le Décret n° 5/194 du 26 septembre 1995.
13
La clause NPF (Nation la Plus Favorisée) constitue l'un des principes de la non-discrimination et stipule que tout
avantage accordé à un membre de l'OMC doit être étendu automatiquement à tous les autres membres. Elle
préconise l'égalité de traitement entre produits importés (Voir les articles 1er du GATT, 2 de l'AGCS, et 4 de
l'ADPIC).
14
C'est la nomenclature utilisée pour identifier un produit; le niveau de détail étant indiqué par le nombre de chiffre
de la position du système harmonisé (SH).
15
Ce sont des mesures autres que les droits douane qui peuvent potentiellement affecter le commerce international
de marchandises à travers les distorsions sur les prix ou les quantités, ou les deux (CNUCED, 2010).
16
Ce groupe est formé de pays africains, de pays ACP et des pays les moins avancés.
17
Il s'agit du groupe de 12 pays membres de l'OMC pour lesquels moins de 35% de produits non-agricoles sont
visés par les plafonds tarifaires légalement consolidés.
18
L'accord sur la facilitation des échanges a été signé lors de la 9ème conférence ministérielle de l'OMC qui s'est
tenu à Bali du 3 au 6 décembre 2013. Il fait partie des accords actuellement administré par l'OMC.
6
notamment dans le cadre la CEEAC19, qui fait partie des huit Communautés Economiques
Régionales (CER) désignées par l'Union Africaine (UA) comme piliers pour la mise en œuvre de
la Communauté Economique Africaine (CEA). Cependant, depuis sa création, la Zone de Libre
Echange (ZLE) n'est toujours pas effective. L'objectif du Cameroun est de promouvoir les
relations commerciales intra-CEEAC afin de conquérir ce marché de plus de cent millions
d'habitants. L'atteinte de cet objectif est aussi tributaire de la conclusion de l'APE régional dont
la CEEAC a le mandat de négociation pour le compte de l'Afrique centrale.
Le Cameroun veut aussi intensifier les échanges commerciaux bilatéraux avec les pays
émergents d'Asie et d'Amérique Latine. Dans la même optique, le pays entend promouvoir ses
échanges avec, le grand voisin, le Nigéria dans le cadre de l'accord commercial signé le 11 avril
2014 à Yaoundé.
Les développements futurs des pratiques et politiques commerciales du Cameroun sont aussi
tributaires de l'issue des négociations du cycle de Doha dans lesquelles le Cameroun est partie
prenante. Outre l'accord sur la facilitation des échanges qui a été déjà conclu, les autres thèmes
principaux sont les suivants:
Les politiques visant à intensifier l'intégration du Cameroun dans les marchés régionaux et
internationaux sont, en général, motivées par l'idée que cette intégration contribuera à la
croissance économique et la réduction de la pauvreté dans le pays. Bien qu'une étude détaillée de
ces questions dépasse le cadre de ce guide, il convient de noter que les effets du commerce
international ne sont pas toujours positifs et peuvent notamment être hétérogènes pour différentes
parties de la population d'un pays.
Dans cette optique, l'intégration croissante du Cameroun dans les échanges internationaux
nécessite plus d'informations détaillées sur ses politiques commerciales ainsi que sur leurs effets.
Malgré l'abondance de la littérature sur les effets du commerce de manière générale, aucune
étude combinant à la fois une approche pratique et analytique des politiques commerciales n'a
encore été, à notre connaissance, consacrée au cas du Cameroun en particulier. L'objectif de ce
guide pratique de la politique commerciale est donc de donner aux étudiants, enseignants,
chercheurs et décideurs politiques les outils pratiques pour une bonne analyse de la politique
commerciale au Cameroun.
Le reste du travail est organisé ainsi qu'il suit: la section suivante est consacrée à l'analyse des
performances commerciales du Cameroun tandis que la troisième section s'intéresse à la structure
19
La Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale est créée par le traité de Libreville le 18 octobre
1983 et englobe outre les pays de la CEMAC, le Burundi, la République Démocratique du Congo, l'Angola et Sao
Tomé-et-Principe.
7
et à l'orientation géographique des exportations du Cameroun. La quatrième section analyse le
commerce régional du Cameroun et la cinquième section présente les firmes camerounaises
exportatrices. Enfin la sixième section est consacrée à l'analyse du commerce bilatéral du
Cameroun à l'aide du modèle de gravité.
L'analyse des performances commerciales fait appel à une série d'indicateurs traditionnels. Dans
cette section, sans prétendre à l'exhaustivité, nous analyserons tour à tour les indicateurs
d'ouverture commerciale, les termes de l'échange, le taux de change effectif réel et les coûts de
transport.
8
marché intérieur comme les Etats Unis ou la Chine seront considérés comme étant relativement
fermés (Siroen, 2000).
L'analyse de l'évolution du ratio d'ouverture du Cameroun montre qu'il est toujours compris entre
10 et 50. Il est inférieur à la moyenne de l'Afrique Subsaharienne (ASS) et mondiale depuis le
début des années 1980 avec un pic de 46,1 en 2006 (Figure 3). Ce faible taux du ratio d'ouverture
commerciale traduit la faible participation du Cameroun au commerce international. Sa position
(110ème sur 138 pays en 2012) dans le récent classement de World Economic Forum (2014)
confirme que le pays est l'un des moins ouvert au commerce international dans le monde.
60
50
40
Cameroun
30 Monde
ASS
20
10
0
1984
1960
1963
1966
1969
1972
1975
1978
1981
1987
1990
1993
1996
1999
2002
2005
2008
2011
Nous nous intéresserons ici uniquement aux mesures tarifaires et aux mesures non tarifaires de la
politique commerciale.
20
Le coefficient de variation est le rapport entre l'écart type et la moyenne du droit de douane.
21
Ce sont les droits dont le taux dépasse le triple de la moyenne simple de l'ensemble des taux appliqués du pays.
9
fortement des produits particuliers, notamment les produits agricoles (fruits, légumes, boissons et
alcools, le bois, les produits laitiers etc.). Le pays occupe la première place (sur 138 pays) des
pays ayant les plus petits pourcentages de crêtes tarifaires par rapport au nombre de lignes
tarifaires (World Economic Forum, 2014).
Outre le droit de douane, la politique commerciale du Cameroun s'appuie aussi sur les MNT tels
que les mesures SPS, les obstacles techniques au commerce (OTC) et l'inspection avant
expédition. Les mesures SPS sont appliquées sur certains produits d'origine animale et végétale,
sur certains produits céréaliers et alimentaires (farine de froment, yaourt, lait concentré) et sur les
produits pharmaceutiques. Les OTC sont appliqués sur les produits tels que les bouteilles de gaz,
les sacs de jute et les tôles. L'inspection avant expédition (inspection avant embarquement ou à
destination) est obligatoire. Les frais d'inspection représentent 0,95% de la valeur franco à bord
(FAB)22des marchandises. Ces frais constituent une restriction pour certains opérateurs et
notamment les petites et moyennes entreprises (PME).
Dans le cadre du cycle de négociations de Doha, l'accès aux marchés fait référence aux mesures
affectant les importations dans un pays membre de l'OMC. L'accès au marché englobe les
mesures tarifaires et les mesures non-tarifaires (quotas, mesures de sauvegarde, et autres
restrictions aux importations). Le Cameroun comme la plupart des PED éprouve des difficultés
d'accès aux marchés des pays développés notamment en ce qui concerne les produits agricoles.
Les tarifs appliqués par les pays développés sur les produits agricoles sont très élevés et
constituent un obstacle aux exportations de produits agricoles des PED (Figure 4).
22
La valeur FAB désigne le prix d'un bien à la frontière du pays exportateur. Il n'intègre pas les coûts nécessaires à
l'acheminement du bien, contrairement au prix coût assurance et fret (CAF) qui le fait.
10
Figure 4: Tarifs consolidés et appliqués (2013)
70 25
60
20
Tarif (taux moyen)
Toutefois, de par son statut de PED, le Cameroun bénéficie d'un certain nombre de préférences
qui lui permettent d'avoir accès à certains marchés étrangers en franchise de droits de douane.
C'est le cas du marché européen dans le cadre des conventions de Lomé et de Cotonou. C'est
aussi le cas avec les Etats Unis dans le cadre de l'AGOA23.
Suivant l'indicateur d'accessibilité du marché étranger construit par World Economic Forum
(2014), le Cameroun est classé 58ème sur 138 pays (Figure 5). En d'autres termes, le Cameroun
éprouve moins de difficultés d'accès aux marchés étrangers relativement à d'autres pays.
Japon(138ème)
Nigéria(131ème)
Etats Unis(128ème)
France(97ème)
Côte d'Ivoire(83ème)
Indice d'accès aux
Sénégal(64ème) marchés étrangers
Cameroun(58ème)
Tchad(51ème)
Maurice (5ème)
Cambodge(1er)
0 2 4 6
23
Africa Growth and Opportunity Act ou la loi sur la croissance et les possibilités économique en Afrique est une
initiative du gouvernement américain visant à ouvrir davantage le marché des États-Unis aux produits en provenance
d'un certain nombre de pays de l'Afrique sub-saharienne. Elle a été promulguée en octobre 2000.
11
En outre, les subventions agricoles accordées par de nombreux pays développés constituent des
MNT qui affectent la production dans les PED et notamment au Cameroun24. En 2010, par
exemple, les subventions accordées par les pays de l'OCDE représentaient en moyenne18,3% de
la valeur de la production. Dans l'UE, l'un des principaux partenaires commerciaux du
Cameroun, les subventions représentent près de 20% de la valeur de la production (Tableau 2).
Même si le Cameroun ne subit pas de barrières tarifaires à l'entrée du marché européen qui
s'effectue en franchise de droits de douane depuis la ratification de l'APE, ses exportations font
cependant face aux MNT appliqués par l'UE. Les mesures SPS constituent un obstacle important
au développement des exportations du Cameroun. Par exemple, les contraintes liées au respect
des Limites Maximales de Résidu (LMR) de pesticide imposées par l'UE sont plus sévères que la
référence internationale (Codex Alimentarius). Plusieurs produits camerounais ont été refoulés
par l'UE car ils ne respectaient pas la règlementation en vigueur. On peut citer le cas des ananas
camerounais refoulés au port de Marseille en fin 2013, ou le cas du cacao camerounais dont 2000
tonnes ont été refoulés des ports européens en 2013.
En somme, le Cameroun est relativement peu intégré dans le commerce international malgré le
fait qu'il bénéficie d'un bon accès aux marchés étrangers en termes de tarifs et de traitement
préférentiel. Un facteur contribuant à cette problématique est que certains exportateurs
camerounais n'ont pas pu satisfaire les exigences SPS de grands importateurs tels que l'UE. Un
autre facteur, plus difficile à quantifier que les MNT nationaux mais potentiellement important,
résulte des standards privés requis par les grands clients tels que les chaînes de supermarché,
auxquels il peut également être difficile de se conformer.
Les termes de l'échange nets mesurent pour un produit donné, le rapport entre l'indice du prix des
exportations et celui des importations. Selon une thèse avancée dans les années 1950 par les
auteurs de l'école structuraliste, Prebisch et Singer, l'échange devient de plus en plus défavorable
pour les pays exportateurs de matières premières. Les pays du Sud, pour lesquels les matières
24
Il a été démontré que les subventions américaines et européennes à leurs producteurs de coton ont des effets de
distorsion sur marché mondial en maintenant les prix bas, ce qui affecte les producteurs des pays d'Afrique Centrale
et de l'Ouest. Pour plus d'informations, lire ICTSD (2011).
12
premières représentent une partie importante de leurs exportations, subissent une détérioration
de leurs termes de l'échange tandis que les pays du Nord connaissent une amélioration de leurs
termes de l'échange. On distingue généralement trois types de termes de l'échange (Nezeys,
1989): les termes de l'échange nets/bruts, les termes de l'échange de revenu et les termes de
l'échange factoriels (simples et doubles). Les termes de l'échange peuvent être calculés par
produit, par groupe de produits ou globalement.
Les termes de l'échange nets mesurent pour un produit donné, le rapport entre l'indice du prix des
exportations25 et celui des importations26 (indices exprimés selon une même année de base).
Cet indice est appelé indice des termes nets par opposition à l'indice des termes bruts car il prend
seulement en compte les variations des prix et néglige les volumes exportés et importés. L'indice
de termes de l'échange bruts (ITEb) désigne le rapport entre les quantités exportées et les
quantités importées.
𝑄𝑋 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑡𝑖𝑡é 𝑑𝑒 𝑏𝑖𝑒𝑛𝑠 𝑒𝑥𝑝𝑜𝑟𝑡é𝑠
𝐼𝑇𝐸𝑏 = 𝑀 ∗ 100 = ∗ 100
𝑄 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑡𝑖𝑡é 𝑑𝑒 𝑏𝑖𝑒𝑛𝑠 𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡é𝑠
La Figure 6 nous donne l'évolution des termes de l'échange nets au Cameroun au cours de la
période 1980-2013. On y observe une amélioration de l'indice des termes de l'échange nets à
partir du début des années 2000. Cette amélioration est sans doute imputable à l'appréciation des
prix des produits de base (cacao, café, bois, pétrole etc.). L'indice atteint même un pic de 160
entre 2010 et 2013. A ce niveau, l'indice du prix des exportations a augmenté 1.6 fois plus que
l'indice du prix des exportations depuis l'année de base (2000=100).
25
Mesure l'évolution du prix des biens exportés (f.a.b). C'est un indice de type Laspeyres. La formule est la
suivante:
n
q
i 1
0
i p it
It n
avec : q i0 et p i0 respectivement la quantité et le prix du bien exporté i pendant l'année de base; p it
q
i 1
0
i p i0
le prix du bien exporté i au cours de l'année t.
26
Mesure l'évolution du prix des biens importés (f.a.b). C'est aussi un indice de type Laspeyres (la formule est idem
que pour les importations).
13
Figure 6: Indices des termes de l'échange nets et de revenu au Cameroun (1980-2013)
180
160
140
Indice des termes de l'échange
120
40
20
0
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
C'est le rapport de l'indice de valeur des exportations sur l'indice du prix des importations. Il
permet de mesurer le pouvoir d'achat des exportations. En d'autres termes, c'est la capacité
d'importation générée par les exportations.
La Figure 6 permet d'observer de manière globale que le Cameroun a connu une amélioration de
ses termes de l'échange nets et de revenu depuis le début des années 1990. Les termes de
l'échange de revenu se sont toutefois détériorés depuis 2008. Malgré le fait que le prix des
exportations ait augmenté relativement au prix des importations, la capacité d'importation
générée par les exportations a diminué au cours des dernières années. Ceci renvoie à une
contraction de la quantité des exportations camerounaises durant cette période.
14
marchandes et ne tiennent pas compte de la compétitivité et de l'évolution différentielle de
productivités (Jalladeau, 1993). En effet, l'amélioration des termes de l'échange peut être induite
en système de change fixe, par un taux d'inflation élevé dans le pays concerné par rapport à ses
partenaires. Dans ce contexte, le prix des marchandises exportés s'accroît davantage que celui de
marchandises importées. Il en résulte alors une baisse de la compétitivité des entreprises
nationales et potentiellement une dégradation du solde commercial.
Dans un autre cas, le pays concerné peut voir sa productivité augmenter, ce qui implique une
baisse des coûts de production et par conséquent du prix des marchandises exportées par rapport
aux marchandises importées. Il en résulte donc concomitamment une détérioration des termes de
l'échange et une amélioration de la productivité qui peut induire en retour un accroissement des
parts de marché. Dans ce cas, il est difficile de conclure à une détérioration des termes de
l'échange sans tenir compte de l'effet vertueux de la productivité. Les termes de l'échange
factoriels permettent de combler ces lacunes. Les termes de l'échange factoriels peuvent être
simples ou doubles.
Proposé par Viner (1965), l'indice de termes de l'échange factoriels double (ITEfd) permet de
comparer les quantités de travail contenues dans les exportations et les importations.
𝑋 𝑋
𝑋
𝑃 г г
𝐼𝑇𝐸𝑓𝑑 = 𝑀 ∗ 𝑀 = 𝐼𝑇𝐸𝑛 ∗ 𝑀
𝑃 г г
г𝑀 étant l'indice de productivité dans le secteur des importations. Une amélioration de cet indice
indique une valorisation du travail national dans le secteur des exportations par rapport au travail
étranger dans le secteur des exportations. En d'autres termes, une quantité constante du travail
national s'échange contre une quantité croissante du travail étranger.
27
Cet indice mesure la quantité de produits exportés par unité de facteur de production employé.
15
2.3 Le taux de change effectif réel
L’analyse de la compétitivité-prix d’un pays s’appuie traditionnellement sur la mesure du taux de
change effectif réel (TCER) de sa monnaie. L'évolution du TCER permet de prédire
d'éventuelles crises de la balance des paiements. Une appréciation du TCER est associée à une
perte de compétitivité tandis qu'une dépréciation de cet indice traduit un gain de compétitivité.
La définition du taux de change réel (TCR) suppose la définition du taux de change nominal
(TCN), qui désigne le prix d'une monnaie exprimée dans une autre monnaie. Il peut être coté de
deux façons: soit comme le prix en monnaie étrangère d'une unité de monnaie domestique
(cotation au certain ou à l'européenne), soit comme le prix en monnaie domestique d'une unité de
monnaie étrangère (cotation à l'incertain ou à l'américaine).
Exemple: Au certain, le taux de change FCFA/EUR est de 1 FCFA contre 1/655,957 EUR.
𝑒 = 1/655,957
A l'incertain, le taux de change EUR/FCFA est 1EUR contre 655, 957 FCFA
𝑒 = 655,957
Le TCN se distingue du taux de change réel (TCR) qui est une mesure synthétique des prix des
biens et des services d'un pays par rapport à un autre (c'est le prix relatif de deux paniers de
référence de biens dans les deux pays). Il se calcule comme le ratio du TCN sur l'indice relatif
des prix domestiques et étrangers.
𝑖𝑗
𝑒 𝑖𝑗 𝑃𝑗 𝑖𝑗
𝑇𝐶𝑅 = 𝐸 = =𝑒
𝑃𝑖 𝑃𝑖
𝑃𝑗
𝑖 𝑗
avec𝑃 𝑒𝑡 𝑃 désignant respectivement les indices de prix domestique et étranger.
Une appréciation nominale d'une monnaie signifie que les nationaux peuvent acquérir plus de
monnaie étrangère avec la même quantité de monnaie nationale, tandis qu'une appréciation
réelle accroît le prix des biens domestiques en monnaie étrangère et par conséquent diminue la
compétitivité du pays.
Tableau 3: Taux de change réel entre le Cameroun et la France/Etats Unis (2010 et 2013)
28
Indice de Prix à la Consommation. Il indique l'évolution du coût d'un panier de biens et services représentatifs de
la consommation d'un ménage moyen. C'est aussi un indice de type Laspeyres (voir note de bas de page 26 pour la
méthode de calcul).
16
TCR IPC_Cameroun/IPC_France 1 1,02 0,02
(Cameroun/France) TCN29 655,957 655,957 0,00
TCR 655,957 637,61 -2,79
IPC_Etats Unis (2010=100) 100 106,83 6,83
TCR IPC_Cameroun/IPC_Etats Unis 1 1,01 0,01
(Cameroun/Etats Unis) TCN 471 494 4,88
TCR 471 488,51 3,71
Source: L'auteur, à partir des données de la Banque Mondiale.
Alors que le TCN entre le Cameroun et la France est resté fixe entre 2013 et 2010, le TCR a
diminué, traduisant ainsi une appréciation du FCFA en termes réels de 2,79%. Cette appréciation
du FCFA, qui résulte d'un différentiel d'inflation de 0,02% entre le Cameroun et la France, induit
une perte de compétitivité extérieure de l'économie camerounaise. A l'opposé, le TCR entre le
Cameroun et les Etats Unis a augmenté de 3,71% au cours de la même période traduisant ainsi
une dépréciation du FCFA en termes réels. Celle-ci induit une amélioration de la compétitivité
extérieure de l'économie camerounaise grâce à l'effet de la dépréciation du TCN qui plus que
compense le différentiel d'inflation de 0,01% entre le Cameroun et les Etats Unis.
Toutefois, la variation du taux de change à l'égard d'une seule devise étrangère reste d'une
signification et d'une portée limitée dans la mesure où un pays effectue simultanément des
échanges avec plusieurs pays ayant des monnaies différentes. Il parait donc plus utile de suivre
l'évolution du taux de change de la monnaie non seulement à l'égard d'une seule devise mais vis-
à-vis des devises de l'ensemble de ses partenaires commerciaux à travers le Taux de Change
Effectif Réel (TCER).
𝑛
𝑖𝑗 𝑖𝑗
𝑇𝐶𝐸𝑅𝑖𝑡 = ∑ 𝛾𝑡 𝐸𝑡
𝑗=1
𝑖𝑗 𝑖𝑗
𝑖𝑗 (𝑋𝑡 +𝑀𝑡 )
𝛾𝑡 = est le coefficient de pondération et représente la part du pays j dans le
(𝑋𝑡𝑖 +𝑀𝑡𝑖 )
𝑖𝑗
commerce du pays i.𝑋𝑡 désigne les exportations du pays i vers son partenaire commercial j au
𝑖𝑗
cours de l'année t;𝑀𝑡 désigne les importations du pays i en provenance du pays j au cours de
l'année t;𝑋𝑡𝑖 𝑒𝑡 𝑀𝑡𝑖 désignent respectivement les exportations totales et les importations totales du
pays i au cours de l'année t.𝑛 représente le nombre de partenaires commerciaux du pays.
La Figure 7 nous présente l'évolution du TCER du Cameroun depuis le début des années 1980
(cotation au certain). Cette évolution est caractérisée par trois principales phases. Une phase
29
Nous considérons le TCN à l'incertain.
17
d'appréciation de 1982 à 1987, une phase de dépréciation de 1987 à 1994 et une phase de relative
stabilité du TCER de 1994 à nos jours. La phase de décroissance de la courbe du TCER
correspond bien à la période de forte dépréciation du FCFA qui va conduire à sa dévaluation le
12 janvier 1994, pour permettre aux économies de la zone franc en général et au Cameroun en
particulier de rétablir leur compétitivité extérieure. Un taux de change stable peut présenter un
avantage pour les firmes exportatrices puisqu’il réduit les risques financiers auxquels elles sont
exposées.
120
100
80
60
40
20
0
1996
2006
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1998
2000
2002
2004
2008
2010
2012
2014
Les coûts de transport ou les coûts de déplacement des marchandises occupent une place
importante dans le débat actuel sur la facilitation des échanges. Ils constituent un déterminant
majeur des coûts commerciaux, ces derniers n'étant pas autre chose que les coûts encourus pour
faire parvenir un produit à son utilisateur final. Le rapport de l'OMC de 2004, consacré à
l'infrastructure dans le commerce et le développement, soulignait déjà que l'incidence des coûts
de transport sur les exportations est cinq fois supérieure à l'incidence des coûts tarifaires dans les
pays d'Afrique Subsaharienne (OMC, 2004). Au Cameroun, les coûts de transport constituent
l'un des obstacles majeurs au développement des échanges et à la croissance économique
(MINEPAT, 2009; 2011). La littérature souligne qu'une infrastructure de transport médiocre, de
même qu'un service de transport inefficace se traduit par des coûts directs de transport plus
élevés et des délais de livraison plus longs (Limao and Venables, 2001). Les coûts de transport
varient non seulement en fonction du mode de transport (maritime, aérien et terrestre), mais aussi
en fonction de la qualité des infrastructures.
18
2.4.1 Les coûts du transport maritime
Le commerce maritime occupe une place de plus en plus importante dans le commerce mondial
avec un volume total de marchandises qui représentait environ 9,6 milliards de tonnes en 2013
(CNUCED, 2014). Au Cameroun, le transport maritime constitue le mode de transport le plus
important en ce qui concerne le commerce extérieur. Presque la totalité des exportations et des
importations du pays sont transportées par voie maritime.30 Le Cameroun compte quatre ports
autonomes31 (Douala, Limbé, Kribi et Garoua). Le Port Autonome de Douala (PAD) constitue la
principale porte d'entrée et de sortie de marchandises au Cameroun, assurant plus de 95% du
trafic portuaire national. Toutefois, le coût du transport maritime camerounais, même s'il est
inférieur à la moyenne d'ASS, est élevé par rapport à celui d'autres pays africains comme l'Ile
Maurice (Figure 8).
Figure 8: Coûts de transport maritime en 2014 (US dollars par conteneur)
3000
2500
Coûts( en dollars US
2000
1500
/conteneur)
1000
500 Coûts à l'importation
0 Coûts à l'exportation
Ce coût élevé du transport maritime est attribuable non seulement à la faible intégration du
Cameroun dans le réseau maritime mondial, mais aussi à l'insuffisance et à l'inefficience des
infrastructures portuaires. Ainsi que le montre la Figure 9, le réseau maritime du Cameroun est
l'un des moins intégrés dans le réseau maritime mondial. En 2014, l'indice de connectivité
maritime32 du pays n'atteint à peine que 12,73 comparativement à 64,27 pour le Maroc (premier
rang des pays africains).
30
Pour les échanges domestiques et sous-régionaux, le transport terrestre est cependant le principal mode de
transport.
31
Voir le Décret no 99/127 du 15 juin 1999 portant sur la création des Organismes Portuaires Autonomes.
32
L'indice de connectivité maritime indique dans quelle mesure les pays sont reliés aux réseaux internationaux
d'expédition. Il a cinq composantes (le nombre de navires, leurs capacité de transport en conteneurs, la taille
maximale des navires, le nombre de services offerts, et le nombre d'entreprises qui déploient des porte-conteneurs
dans les ports d'un pays). La moyenne des cinq composantes est alors divisée par la moyenne maximale en 2004 et
multipliée par 100. L'indice produit une valeur de 100 pour le pays ayant l'indice moyen le plus élevé en 2004.
19
Figure 9: Connectivité maritime de pays sélectionnés en 2014
180
160
indice de connectivité
maritime(2004=100)
140
120
100
80
60
40
20
0
20
Figure 10: Délais à l'exportation/importation et efficacité portuaire en 2014
40 6
35 5
30
15 délais à
l'importation 2
10
5 délais à 1
0 l'exportation 0
Le transport aérien se distingue du transport maritime par la rapidité dans la distribution des
produits. Il est particulièrement avantageux pour les marchandises à haute valeur marchande et
les produits pour lesquels le facteur temps est déterminant. Son importance pour le commerce ne
cesse de croître dans le monde. En effet, au cours des dix dernières années, le trafic régulier de
passagers exprimé en passagers-kilomètres réalisés (PKR) a augmenté en moyenne de 5% par an
(OCDE, 2006). Il en est de même pour le fret. Au Cameroun par contre, ce nombre a diminué de
près de 20,33% au cours de la période 2006 - 2009 (Figure 11).
30
Fret (millions de tonnes-kilomètres)
25
20
15
10
0
2006 2007 2008 2009
Source: L'auteur, à partir des données de la Banque Mondiale.
21
Bien que les coûts de fret aérien ne soient pas disponibles, l'existence et la qualité des
infrastructures aéroportuaires peuvent donner une idée sur leur ampleur. Comme le transport
maritime, le transport aérien est aussi tributaire d'infrastructures lourdes (avions, aéroports et
équipements de gestion de stock). Le Cameroun est desservi par plusieurs aéroports modernes
parmi lesquels trois sont internationaux de catégorie A (Douala, Yaoundé-Nsimalen, et Garoua)
et cinq sont secondaires (Maroua-Salak, Ngaoundéré, Bertoua, Bafoussam et Bamenda).
Néanmoins, en comparaison à d'autres pays, la qualité de ces infrastructures de transport aérien
est loin d'être la meilleure (Figure 12). Le Cameroun enregistre un indice de 3,5 et est classé
104ème sur 138 pays dans le monde selon l'indice de qualité de transport aérien du World
Economic Forum, ce qui traduit la mauvaise qualité de ses infrastructures de transport aérien.
Le transport terrestre englobe le transport par route, par rail et par pipelines. Ce dernier n'étant
pas vraiment développé au Cameroun, nous nous intéresserons aux deux premiers types. Le
transport terrestre est le principal mode de transport pour les échanges domestiques et sous-
régionaux. C'est aussi le mode qui souffre le plus d'un déficit d'infrastructures (routes bitumés et
chemins de fer). Seulement 17% de routes sont bitumés au Cameroun contre 32% au Botswana
(World Economic Forum, 2014). Le service de transport routier camerounais est non seulement
l'un des plus coûteux au monde mais est aussi de qualité médiocre (Tableau 4). A titre de
comparaison, le coût de transport sur le corridor Douala-N'Djamena en Afrique centrale est plus
que cinq fois plus élevé comparé à celui pratiqué sur un corridor au Pakistan (Tableau 4). De
même le coût du fret ferroviaire par tonne-kilomètre (dollar US) est deux fois plus élevé sur le
trajet Douala-Yaoundé que sur le trajet Mombassa-Nairobi et Mombassa-Kampala
(Teravaninthorn et Raballand, 2009).
Ce coût élevé de transport terrestre dans les pays africains en général et au Cameroun en
particulier peut s'expliquer par la mauvaise qualité des infrastructures mais aussi par l'insécurité
ainsi que les paiements aux postes de péages et barrages routiers. La Figure 12 présente des
indices de la qualité des infrastructures de transport basés sur une enquête conduite parmi les
cadres dirigeants des entreprises par le World Economic Forum.
33
En cent dollars US par tonne de marchandises au kilomètre.
22
On y observe qu'en général, les infrastructures de transport sont de mauvaise qualité au
Cameroun. La valeur de l'indice au Cameroun (2,78) est inférieure à la moyenne d'ASS (3,01)
ainsi qu'à la moyenne mondiale (3,76). De même la qualité des infrastructures de transport
ferroviaire et routier est mauvaise au Cameroun. Par exemple, l'indice de qualité des
infrastructures de transport routier est de 2,83 au Cameroun comparativement à la moyenne
d'ASS qui est de 3,41 et à la moyenne mondiale qui est de 4.
En somme, de ce qui précède, il ressort que les coûts de transport sont élevés au Cameroun, ce
qui peut avoir un effet sur l'intensité et la structure du commerce international du Cameroun.
Cela constituera l'objet de la section suivante.
Cameroun
7
6
5
Moyenne 4 Côte d'Ivoire
mondiale 3 transport (tout les types)
2 transport aérien
1
0 transport maritime
transport ferroviaire
transport routier
Moyenne en ASS Hong Kong
Ile Maurice
23
3.1 Composition sectorielle des exportations
La composition sectorielle des exportations permet de faire ressortir les principaux secteurs
d'exportation ainsi que les principaux produits exportés par le Cameroun. Les histogrammes ou
diagrammes de secteur permettent de mieux illustrer la composition sectorielle d'un pays. Ainsi,
la Figure 13 ci-dessous nous révèle que les secteurs pétrolier et agricole constituent les
principaux secteurs d'exportation du Cameroun avec respectivement 49% et 34% des produits
exportés. Le secteur manufacturier ne représente que 13% des marchandises exportées en 2013.
Enfin, le secteur des services n'occupe qu'une petite proportion dans les exportations du
Cameroun.
4%
34%
49%
13%
L'analyse de la composition sectorielle des exportations révèle aussi une concentration sur un
nombre réduit de produits essentiellement primaires et à faible valeur ajoutée (Figure 14). Les
produits pétroliers (huiles brutes de pétrole et les carburants) continuent de dominer les
exportations camerounaises et représentent près de la moitié des exportations en 2013. Le cacao
et le bois constituent les produits les plus exportés après le pétrole, avec 10% des exportations
chacun.
24
Figure 14: Structure des exportations par produit en 2013 (%)
6% Coton brut
1% Aluminium brut
2%
10% Autres
La notion d'avantage comparatif révélé (ACR) a été introduite par Balassa (Balassa, 1965) pour
mesurer l'avantage comparatif d'un pays. L’intérêt actuel qui lui est porté par des économistes
s'explique par son rôle important dans l'élaboration de la politique industrielle. Ainsi, il permet
de déterminer les secteurs possédant un avantage comparatif et d'identifier le potentiel
d'exportation d'un pays.
L'indice d'ACR correspond, pour un pays donné i, au ratio de la part des exportations du produit
k dans les exportations du pays sur la part des exportations mondiales du produit k dans les
exportations mondiales.
𝑋𝑘𝑖⁄
𝑋𝑖
𝐴𝐶𝑅𝑘𝑖 =
𝑋𝑘⁄
𝑋
avec 𝑋𝑘𝑖 , les exportations du produit k par le pays i; 𝑋 𝑖 = ∑𝑘 𝑋𝑘𝑖 représente les exportations totales
du pays i; 𝑋𝑘 = ∑𝑖 𝑋𝑘𝑖 représente les exportations mondiales du produit i et 𝑋𝑘𝑖 = ∑𝑖 ∑𝑘 𝑋𝑘𝑖 , les
exportations totales mondiales.
L'indice peut être calculé par produit ou par secteur. Une valeur de l'indice d'ACR>1 indique que
le pays i possède un avantage comparatif révélé dans le secteur ou pour le produit k, alors qu'une
valeur inférieure à l'unité désigne l'existence d'un désavantage comparatif pour le pays i.
25
Les données sur cet indice sont disponibles pour chaque pays et par produit. Elles sont
accessibles via WITS (World Integrated Trade Solution). A titre d'illustration, la Figure 15
présente l'évolution de l'indice d'ACR pour le Cameroun et pour quelques produits.
Produits manufacturés
Textile
2012
Pétrole
1995
Bois
Produits agricoles
0 5 10 15 20 25 30
Une des limites de cet indice est qu'il est asymétrique en ce sens qu'il est non borné pour des
secteurs ou produits ayant un ACR et limité à 0 pour les secteurs ou produits ayant un
désavantage comparatif. Une méthode alternative est de remplacer les exportations par les
importations dans l'équation de l'ACR35. Une autre solution proposée par Laurson (2000)
consiste à normaliser l'indice d'ACR comme suit:
𝐴𝐶𝑅𝑘𝑖 − 1
𝐴𝐶𝑅𝑁𝑘𝑖 =
𝐴𝐶𝑅𝑘𝑖 + 1
34
Pour plus d'explication sur ce théorème, lire les auteurs Heckscher (1919) et Ohlin (1924).
35
Voir United Nations and World Trade Organization (2012).
26
3.3 La diversification des exportations
2
𝐻 𝑖 = ∑ 𝑆𝑘𝑖
𝑘
𝑥𝑖
ou 𝑆𝑘𝑖 = 𝑘⁄ désigne la part des exportations du bien k dans les exportations totales, avec
∑𝑘 𝑥𝑘𝑖
𝑥𝑘 , la valeur des exportations du bien k.
Par construction, cet indice de concentration d'Herfindahl va de 1⁄𝑛 à 1, n étant le nombre total
de produits exportés ou importés. Pour faciliter son interprétation, cet indice peut être normalisé
de sorte:
1
𝐻𝑖 − 𝑛
𝐻𝑛 = ⁄ 1
1−
𝑛
L'indice Hn est alors compris entre 0 et 1. Lorsque Hn égale à l'unité, la concentration est
maximale (le pays i n'exporte qu'un seul produit) et les exportations sont très peu diversifiées.
Par contre, lorsque l'indice Hn prend la valeur 0, la concentration est très faible.
Il convient de noter que l'indice Herfindahl (ainsi que sa variante normalisée) est sensible au
choix du niveau d'agrégation des produits exportés. Par construction, plus le niveau d'agrégation
est détaillé, plus il prend une valeur petite.
La diversification des exportations peut être évaluée dans une perspective interne ou externe au
pays. Dans une perspective interne, un simple indice de diversification (ID) peut être calculé à
partir de l'indice Herfindahl. Comme celui-ci, il prend les valeurs comprises entre 0 à 1.
1
𝐼𝐷 =
𝐻𝑛
Dans une perspective externe, l'indice de diversification peut aussi se calculer comme la
déviation absolue de la structure du pays par rapport à la structure mondiale selon la formule
suivante:
27
ID j ,
h i ij hi
2
hij , part du produit i dans le total des exportations (ou importations) du pays or groupe de pays j
hi , part du produit i dans le total des exportations (ou importations) mondiales.
Cet indice de diversification est très utilisé par la CNUCED (voir UNCTADStat) et indique si la
structure par produits des exportations d'un pays ou groupe de pays diverge peu ou beaucoup de
la structure par produits des exportations totales dans le monde. Cet indice, dont la valeur est
comprise entre de 0 à 1, révèle l'ampleur des différences entre la structure des échanges d'un pays
ou du groupe de pays et la moyenne mondiale. Plus l'indice est proche de 1, plus la divergence
avec le monde est forte.
Bien que l'indice de diversification des exportations du Cameroun présente une tendance
baissière depuis 2001, il demeure élevé et proche de 0,7 indiquant ainsi que le Cameroun est loin
de la moyenne mondiale (Figure 16). Cette analyse confirme les observations de la Figure 15
selon lesquelles les exportations camerounaises sont concentrées sur un nombre réduit de
produits essentiellement primaires.
0.7
0.6
exportations
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0
2009
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2010
2011
2012
2013
années
Le principal avantage de cet indice est qu'il est simple à calculer et permet des comparaisons
internationales. Cependant sa principale limite est qu'il est basé sur l'indice de concentration
d'Herfindahl et ne prend pas en compte le niveau technologique et le contenu des exportations.
Pour répondre à ces limites, d'autres indices ont été développés.
28
3.3.2 Les marges extensives et les marges intensives de diversification
Cet indicateur décompose la croissance des exportations en deux parties: une partie est due à
l’exportation de nouveaux produits (marge extensive) et une autre est due à l’augmentation des
exportations de produits traditionnels (marge intensive). La marge extensive est mesurée par la
hausse des exportations due aux exportations nettes de nouveaux produits tandis que la marge
intensive est mesurée par la hausse des exportations due aux produits traditionnels. Easterly et
Reshef (2010) décomposent le taux de croissance des exportations comme suit:
Cependant cette approche a pour limite qu'elle considère à l'identique un pays qui commence sa
diversification en exportant le pétrole brut et un pays qui commence sa diversification en
exportant le riz ou les arachides (puisque chaque produit représente une ligne tarifaire).
Hummels et Klenow (2005) ont introduit une nouvelle variante dans laquelle toute nouvelle ligne
tarifaire est pondérée par son poids dans le commerce mondial. Les marges intensives (MI) et
extensives (ME) s'écrivent donc:
∑ 𝑖 𝑋𝑖
𝑀𝐼 𝑖 = ∑ 𝐾 𝑋 𝑤𝑘 avec𝐾 𝑖 , l'ensemble des produits exportés par le pays i, 𝑋𝑘𝑖 les exportations du
𝐾𝑖 𝑘
produit k par le pays i et 𝑋𝑘𝑤 , les exportations mondiales du produit k.
∑ 𝑖 𝑋𝑘𝑤
𝑀𝐸 𝑖 = ∑ 𝐾 𝑤 avec 𝐾 𝑤 , l'ensemble des produits échangés dans le monde.
𝐾𝑤 𝑋𝑘
En d'autres termes, 𝑀𝐼 𝑖 mesure la part de marché du pays i alors que 𝑀𝐸 𝑖 mesure la part du
portefeuille de produits du pays i dans le commerce mondial. Une décomposition de la
croissance des exportations en l’augmentation des exportations de produits traditionnels (marge
intensive) et en la création de nouveaux produits d’exportations (marge extensive) permet
d’affiner l'analyse de la dynamique de diversification. En outre, il est possible de complémenter
l'analyse de diversification en termes de produits par une analyse de diversification en termes de
destinations des exportations. Ainsi les Figures 17 et 18 nous montrent que le Cameroun est
passé d'une situation de marges extensives au cours de la période 1990-2008 à une situation de
marges intensives au cours de la période 2009-2013. Les marges extensives sont dominées par:
29
La présence des produits diversifiés36 sur les marchés traditionnels;
L'introduction des nouveaux produits sur les marchés nouveaux;
L'introduction des nouveaux produits sur les marchés traditionnels.
Les marges intensives quant à elles sont caractérisées par l'accroissement des exportations de
produits traditionnels vers les marchés traditionnels.
36
C'est-à-dire les produits issus de plusieurs secteurs de l'économie.
30
Figure 18: Marges extensives et intensives des exportations camerounaises (2009-2013)
Les caractéristiques des partenaires commerciaux d'un pays affectent ses gains à l'échange et par
conséquent sa croissance économique. En effet il est démontré dans la littérature que les
échanges commerciaux d'un PED avec des pays ayant une avancée technologique peuvent
stimuler la croissance de sa productivité (Coe et al., 1997). L'analyse de l'orientation
géographique des exportations d'un pays peut simplement s'illustrer par un histogramme ou des
barres.
Si le Cameroun exporte ses produits vers toutes les zones géographiques du monde, les
principales destinations de ces produits demeurent : l’UE, l’Asie orientale, l’Afrique et
l’Amérique du nord et centrale (Figure 19a). En effet, ces quatre zones représentent à elles seules
l'essentiel des ventes du Cameroun à l’étranger.
31
Figure 19: Orientation géographique des exportations du Cameroun en 2013
100% Amérique
Figure 19a Figure 19b
du nord et
90% centrale Guinée Equatoriale
Part des principaux marchés des exportations du
Gabon
80% Afrique
Congo
70% Tchad
Asie RDC
60% orientale
Cameroun
Nigéria
50% Etats-Unis
Belgique
40%
Inde
30% Italie
UE
20% Pays-Bas
Espagne
10%
France
0% Portugal
Chine
0 5 10 15 20
Source: L'auteur, à partir des données de CNUCED et de la DGD. Exportation en quantité (%)
Il faut noter que, même si l'UE reste le principal partenaire commercial du Cameroun avec 52%
des quantités exportées, elle perd de plus en plus de parts du marché depuis le début des années
2000 au profit des pays d'autres régions, notamment d'Amérique, d'Afrique et d'Asie avec la
percée de la Chine et de l'Inde (Figure 20).
10
d'exportation(en %)
5
0
Autres pays UE Etats Unis Chine & Inde Afrique
-5
-10
-15
-20
32
L'Asie orientale constitue le deuxième partenaire commercial avec 16% des exportations. Le
classement individuel par pays des quinze clients les plus importants du Cameroun est formé
respectivement par: la Chine, le Portugal, la France, l'Espagne, les Pays-Bas, l'Italie, l'Inde, la
Belgique, les Etats-Unis d'Amérique, le Nigéria, la République Démocratique du Congo (RDC),
le Congo, le Tchad, le Gabon et la Guinée équatoriale (Figure 20b). Contrairement au classement
par zone géographique, la Chine est le premier client du Cameroun avec 18% des quantités
exportés en 2013.
Depuis les travaux de Viner (1950) et de Lipsey (1960), il est démontré que les ALE améliorent
le bien-être de ses membres même si sur le plan empirique, les résultats des études sont plutôt
mitigés (Siroen, 2008). Sans toutefois entrer dans ce débat, l'objet de cette section est de
déterminer si le Cameroun et les autres pays avec lesquels il a conclu un ACR sont des
partenaires commerciaux naturels (c'est-à-dire des pays dont l'offre d'exportations de l'un
correspond à la demande d'importations de l'autre). La réponse à cette question suppose l'examen
tour à tour du commerce intra-régional, de son intensité et de sa complémentarité.
37
Pour plus d'information sur les notifications d'ACR et autres arrangements commerciaux, consulter le site de
l'OMC: https://www.wto.org/french/tratop_f/region_f.htm.
33
Figure 21: Commerce intra-communautaire en Afrique en 2013
Communautés économiques régionales
CAE
SADC
UEMOA
COMESA
UMA
CEMAC
0 5 10 15 20 25
% des exportations totales du groupe
Le commerce formel entre les pays de la CEMAC est très faible comparativement à d'autres
régions en Afrique. Chaque pays de la CEMAC occupe une très faible part dans les exportations
de son partenaire. Par exemple, le Cameroun ne représente respectivement que 0,5% et 1,3% des
exportations du Congo et du Gabon (Tableau 5). Ce faible niveau d'intégration commerciale
nous amène à nous poser la question de savoir si les pays membres de la CEMAC sont des
partenaires commerciaux naturels.
Tableau 5: Commerce entre les pays de la CEMAC (part dans les exportations en 2011)
Pays Partenaires Cameroun Congo Gabon Guinée République Tchad
exportateurs équatoriale centrafricaine
Cameroun — 5,32 3,1 2,38 1,15 1,83
Congo 0,59 — 4,73 0,53 0,01 0,12
Gabon 1,3 1,54 — 0,29 0,08 -
Guinée équatoriale - - - — - -
République centrafricaine 9,76 0,84 0,05 - — 0,61
Tchad - - - - - -
Source: L'auteur, à partir des données de UN Comtrade.
L'intégration par les flux commerciaux peut aussi être mise en évidence par l'indicateur
d'intensité de commerce (IIC). Cette indicateur permet de déterminer, sur la base des flux
commerciaux, dans quelle mesure un pays exporte/importe relativement plus que le reste du
x kij
i
monde vers un marché. IIC 100 * X k wj avec x , la valeur des exportations du produit k à
xk
X kw
34
destination du pays j et en provenance du pays i, X est la valeur totale des exportations du
produit k en provenance pays i; w indique le monde comme origine des exportations.
Les valeurs de l'indice sont comprises dans l'intervalle 0, . Une valeur supérieure à 100
indique que le pays i exporte en moyenne relativement plus vers le pays j que le monde pris dans
son ensemble. Autrement dit, le pays i a une préférence relativement forte pour le pays j à
l’exportation. Par contre une valeur inférieure à 100 indique que le pays i a une préférence
relativement faible pour le pays j. Les données sur cet indicateur par pays et par groupe de
produits sont accessibles via le logiciel WITS. La Figure 22 permet d’analyser l’IIC du
Cameroun avec quelques pays et régions. On y observe que les IIC à l’exportation et à
l’importation sont largement supérieurs à 100, ce qui implique que le Cameroun échange plus
intensivement avec ces pays/régions que le reste du monde.
10000
8000
6000
4000
2000 IIC à l'exportation
0 IIC à l'importation
Régions/Pays
Contrairement à l'analyse de la section précédente, on constate aussi que les échanges entre le
Cameroun et les pays de la sous-région (CEMAC, CEEAC) sont plutôt intenses38. Par exemple,
l'IIC à l'importation est de 1446 et de 1569 pour les importations du Cameroun en provenance de
la CEMAC et de la CEEAC respectivement. Cette observation peut paraître surprenante étant
donné le faible pourcentage que représentent les pays de la CEMAC dans les exportations
camerounaises (Tableau 5), mais elle peut s'expliquer par la faible intégration des pays de la
CEMAC dans le commerce international en général. On remarque aussi que l'IIC est très élevé
aussi bien à l'exportation qu'à l'importation avec le Nigéria.
L'analyse comparative de l'indice par groupes de produits entre deux grands clients du
Cameroun, à savoir le Nigéria et l'UE, traduit la structure des échanges Sud-Nord et Sud-Sud. En
effet, l'IIC est plus élevé pour les exportations de produits de consommation vers le Nigéria
(Figure 23) et pour les exportations de produits primaires vers l'UE (Figure 24).
38
La CEMAC et la CEEAC sont pris globalement. Par ailleurs et comme le Tableau 5 nous le montre, le Cameroun
est l'un des pays de la sous-région qui commerce le plus avec ses partenaires.
35
Figure 23: IIC du Cameroun (exportations) avec le Nigéria en 2012
5000
Indicateur d'intensité de commerce
4500
4000
3500
3000
2500
2000
1500
1000
500
0
Produits Produits Produits de Biens capitaux
primaires intermédiares consommation
Groupes de produits selon la classification de la CNUCED
200
150
100
50
0
Produits Produits Produits de Biens capitaux
primaires intermédiares consommation
Groupes de produits selon la classification de la CNUCED
L'indice de complémentarité (IC) introduit par Michaely (1996) permet de déterminer si deux
pays sont des "partenaires commerciaux naturels" en ce sens que les exportations de l'un
correspondent aux importations de l'autre. L'IC peut être calculé aussi bien du côté des
importations que des exportations. Du point de vue des importations, l'IC entre deux pays i et j
mesure la correspondance de l'offre d'exportation du pays j à la demande d'importation du pays
i.
36
𝑗
𝐼𝐶 𝑖𝑗 = 100[1 − ∑𝑚 𝑖 𝑖
𝑘=1 | 𝑀𝑘 − 𝑋𝑘 |/2], avec 𝑀𝑘 , la part du secteur ou produit k dans les
𝑗
importations du pays i et 𝑋𝑘 , la part du secteur ou produit k dans les exportations du pays j.
La valeur de cet indice est comprise entre 0 et 100. Elle est égale à 0 lorsqu'aucun produit
exporté par un pays n'est importé par l'autre. Elle vaut 100 lorsque la structure des importations
d'un pays correspond exactement à celle des exportations de l'autre. Plus la valeur de cet indice
est élevée, plus les chances de succès d'un ACR sont grandes (car les pays sont complémentaires
en ce sens que l'offre d'exportation de l'un correspond à la demande d'importation de l'autre).
Les données sur l'IC sont accessibles via WITS. L'analyse de l'IC au niveau régional entre le
Cameroun et quelques pays de la CEEAC montre qu'il n'était pas très élevé en 2012 (Figure 25).
Cela témoigne de la similarité et non de la complémentarité des pays de cette région, qui ont des
structures d'offre d'importation et de demande d'importation ressemblantes. Il n'y a donc pas de
correspondance parfaite entre l'offre d'exportation du Cameroun et la demande d'importation
des pays de la CEEAC. Seul Sao Tomé-et-Principe (STP) peut être considéré comme un
partenaire naturel du Cameroun au regard du niveau relativement élevé de l'IC.
Figure 25: Indice de complémentarité des exportations du Cameroun avec les importations
de pays sélectionnés de la CEEAC en 2012
40
Indice de complémentarité(importations)
35
30
25
20
15
10
0
Congo RCA Rwanda Burundi STP
IC 9.19 13.48 19.66 27.48 37.51
L'analyse au niveau de quelques partenaires extra-régionaux montre une évolution de l'IC entre
le Cameroun, la Chine, l'UE et les Etats Unis depuis 2001 (Figure 26). L'UE apparaît comme la
région qui possède un IC relativement élevé indiquant ainsi une certaine correspondance entre la
demande d'importation du Cameroun et l'offre d'exportation de l'UE.
Le fait que les produits d'exportation camerounais correspondent plus à la demande d'importation
de certains grands importateurs comme l'UE, les Etats-Unis et la Chine qu'à la demande d'autres
pays africains permet d'expliquer la part importante de ces grands pays et régions dans les
exportations du Cameroun ainsi que la part relativement petite de ses voisins.
37
Figure 26: Evolution de l'indice de complémentarité des exportations du Cameroun avec
les importations de pays sélectionnés
35
30
Indice de complémentarité
25
20 2001
2005
15
2012
10
0
Chine Etats Unis UE
Depuis l’émergence, dans les années 1980, de la nouvelle théorie du commerce international
basée sur la concurrence monopolistique et les rendements d’échelle, on assiste à un
développement de modèles théoriques mettant en relief le rôle de la firme dans le commerce
international (Krugman, 1979, 1980). Cependant, l’hypothèse de la firme représentative utilisée
dans ces modèles limite leur pouvoir explicatif. Elle implique que toutes les firmes sont
homogènes et exportatrices dans l’industrie ouverte au marché international, ce qui n’est pas
toujours le cas dans la réalité.
Les faits empiriques remettent en cause l'hypothèse d'homogénéité des firmes. En effet, selon le
rapport de l'OMC (2008), les données recueillies récemment au niveau des entreprises et dans
un grand nombre de pays "montrent que : a) la plupart des entreprises, même celles qui
produisent des biens échangeables, n’exportent pas ; b) parmi celles qui exportent, quelques-unes
seulement exportent une grande partie de leur production ; c) en même temps, dans chaque
secteur il y a au moins quelques entreprises qui exportent, leur proportion étant fonction de
38
l’avantage comparatif du secteur; d) les entreprises qui exportent diffèrent des autres à plusieurs
égards (elles sont plus grandes et plus productives, paient des salaires plus élevés et ont une plus
forte intensité de capital et de main d’œuvre qualifiée) ; e) la libéralisation du commerce accroît
la productivité industrielle" (OMC, 2008, p. 57). Les études de Grazzi (2011) et d'Helpman et al.
(2012) concluent aussi à l'existence des hétérogénéités entre les firmes en Italie et au Brésil
respectivement.
En levant l'hypothèse de firmes homogènes, les travaux théoriques séminaux de Melitz (2003) et
Bernard et al. (2003) encore baptisés de "nouvelles nouvelles" théories39 du commerce
international introduisent l'hétérogénéité entre les firmes comme déterminant essentiel des effets
d'une libéralisation du commerce international sur la structure de l'industrie d'un pays. Ces
"nouvelles nouvelles" théories établissent une association positive entre les performances d’une
entreprise et son degré d’implication sur les marchés internationaux. Mieux, elles démontrent
pourquoi au sein d'une même industrie, certaines entreprises exportent et d'autres non. Les firmes
sont, ici, hétérogènes en terme de productivité. Lors de l'ouverture au commerce (et, par
conséquent, à la compétition internationale), seules les firmes les plus productives peuvent
exporter sur les marchés internationaux et supporter les coûts de l’échange. La libéralisation
conduit ainsi les firmes peu productives à cesser de produire et les firmes les plus productives à
grandir en exportant.
Toutefois, dans les modèles de Melitz (2003) et Bernard et al. (2003), l'auto-sélection à
l'exportation est inconsciente ou aléatoire en ce sens que la productivité est exogène à la firme.
D'autres travaux et notamment celui de Yeaple (2005) présument que l’auto-sélection peut aussi
être consciente en ce sens qu’elle se fait selon un processus endogène à travers lequel une firme
qui planifie son entrée sur les marchés étrangers entreprend à l’avance des actions lui permettant
d’améliorer sa productivité et d’affronter ainsi la concurrence internationale. Ces actions
concernent généralement l’utilisation d'une main d’œuvre plus ou moins qualifiée et le choix de
la technologie. Ainsi, pour Yeaple, toutes "les firmes sont initialement homogènes, et
l'hétérogénéité va donc résulter d'un choix délibéré des firmes de devenir exportatrices ou non"
(Dovis, 2009, p. 182). Son modèle permet d'arriver à des prédictions similaires que les modèles
présumant une hétérogénéité aléatoire des firmes en termes de l'effet d'une libéralisation sur la
structure de l'industrie et des salaires dans un pays.
Les données utilisées ici proviennent de l'Exporter Dynamics Database de la Banque Mondiale et
du Recensement Général des entreprises (RGE) réalisé par l'Institut National de la Statistique
(INS, 2014). La base de données Exporter Dynamics couvre 38 pays développés et en
développement au cours de la période 2003-2010. Elle contient des informations sur plusieurs
aspects dynamiques de la firme (production, destination de la production, croissance des
exportations, concentration et la diversification dans le secteur non pétrolier).
Une observation importante est qu'il existe une relation positive entre le nombre de firmes
exportatrices, les exportations et la croissance économique dans un pays. En effet, les pays
39
Encore appelés "modèles d'échange avec hétérogénéité des firmes".
39
développés ont un secteur d'exportation (nombre de firmes) et une grande taille d'exportation
relativement aux PED (Figure 27).
Le Cameroun comme la plupart des PED possède un très petit nombre d'entreprises
exportatrices. Il ne saurait en être autrement au vu de la structure sectorielle et du type des
entreprises camerounaises. En effet, les résultats du Recensement Général des Entreprises (RGE)
effectué par l'INS révèlent un effectif de 93 969 entreprises au Cameroun en 2009. La répartition
sectorielle montre la prédominance du secteur tertiaire (essentiellement constitué des
télécommunications et des transports) qui représente à lui seul 86,5% des entreprises au
Cameroun contre seulement 13,1% pour le secteur secondaire.
La répartition par type d'entreprise révèle que les Très Petites Entreprises (TPE) constituent trois
quart des entreprises au Cameroun en 2009. Elles sont suivies par les Petites Entreprises(PE), les
Moyennes Entreprises (ME) et les Grandes Entreprises (GE), avec respectivement 19%, 5% et
1% de l'effectif (Figure 28).
Figure 28: Répartition des entreprises par secteurs d'activités et par types d'entreprises en
2009
Primaire Secondaire
0.40% 13.10%
Tertiaire
86.50%
40
ME GE
5% 1%
PE
19%
TPE
75%
Cependant les GE ont le taux d'exportation40et de productivité41le plus élevé, et paient les
salaires42 les plus élevés confirmant ainsi l'hypothèse d'hétérogénéité entre les firmes (Figure 29).
La gestion des grandes entreprises est à 45% aux mains des ressortissants étrangers et notamment
européens et américains. Ces grandes entreprises se trouvent dans les secteurs à haute intensité
de capital (extraction, banques et assurances, agroalimentaire moderne etc.)
Figure 29: Exportation, salaire moyen et productivité par type d'entreprise en 2012
25
20
0
TPE PE ME GE
Type d'entreprises
L'analyse par branches d'activités nous montre que les industries extractives, de bois et textiles
sont les plus exportatrices (Figure 30). Elles sont aussi les plus productives et par conséquent
40
Rapport entre le nombre d'entreprises exportatrices et le nombre total d'entreprises.
41
Chiffre d'affaire sur le nombre d'employés.
42
Le salaire moyen est le rapport entre la masse salariale et le nombre d'employés.
41
payent des salaires plus élevés à leurs employés. En effet les industries extractives sont des
industries à forte intensité de capital qui emploient une petite main d'œuvre qualifiée et
généralement expatriée, ce qui peut expliquer les différences de productivité avec les autres
industries.
Figure 30: Exportations, salaire moyen et productivité par branche d'activité en 2012
Industrie de raffinage
Branches d'activités
Industries de bois
Industries extractives
Cependant cette analyse statique des entreprises ne prend pas en compte la dynamique des
entreprises camerounaises sur le marché d'exportation. Celle-ci se caractérise par de nombreuses
entrées et sorties (Figure 31). Le nombre de sorties est généralement très élevé et dépasse
souvent le nombre d'entrées, comme cela a été le cas en 2004, 2005, et 2006, ce qui traduit non
seulement les difficultés d'entrée sur le marché d'exportation par les entreprises camerounaises,
mais aussi la concurrence à laquelle celles-ci font face.
42
Figure 31: Dynamique des entreprises exportatrices
1,500
1,000
500
0
1997 1998 1999 2000 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
nombre d'entrepries exportatrices nombre d'entrées
nombre de sorties
Les exportations sont concentrées dans un petit nombre d'entreprises. Comme nous pouvons voir
dans la Figure 32, seulement 5% des firmes assurent plus de 80% des exportations
camerounaises.
0 .2 .4 .6 .8 1
43
(MINEPAT, 2011). En effet, comme nous l'avons démontré dans la section 2.4, le coût et la
qualité des infrastructures de transport sont contraignants pour les entreprises camerounaises.
L'insuffisance de l'offre énergétique doublée d'interminables coupures d'électricité font subir des
pertes importantes aux entreprises et affectent leur compétitivité. Par ailleurs, l'environnement
des affaires camerounais est peu favorable et constitue une barrière supplémentaire à l'entrée des
entreprises. Selon le rapport Doing Business 201543, le coût de lancement d'une affaire au
Cameroun est trop élevé et représente 34% du PIB par tête comparativement à la moyenne
régionale d'ASS qui est de 19%. Le pays est ainsi classé 133ème sur 189 pays. L'accès au
financement constitue aussi une contrainte pour les entreprises camerounaises. Selon les résultats
de l'enquête Business Climate Survey (CBS) effectuée en 2011 (voir MINEPAT, 2011), 60% des
entrepreneurs camerounais déclarent éprouver des difficultés d'accès au financement. Enfin la
concurrence déloyale que livrent le secteur informel, la contrebande, la fraude et la contrefaçon
affecte la compétitivité des entreprises camerounaise et les poussent à la sortie. Les résultats du
CBS montrent que 72,4% des chefs d'entreprise déclarent que leur développement est affecté par
cette concurrence déloyale.
A part ces contraintes institutionnelles nationales, il est possible qu'une grande part des
entreprises camerounaises, et notamment des PME, n'aient pas encore développé les capacités
productives nécessaires pour satisfaire les exigences des clients en termes de standards SPS et
autres et pour être compétitives sur le marché international plus globalement.
Depuis les travaux séminaux de Tinbergen (Tinbergen, 1962), il est admis que le commerce
bilatéral peut être approximé par l'équation de gravité" par analogie à la loi newtonienne
d'attraction universelle. De même que la force d'attraction entre deux corps est proportionnelle à
leurs masses respectives et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare, le
commerce bilatéral entre deux pays quelconques est approximativement proportionnel aux poids
économiques (mesuré par le PIB) des deux pays respectifs et inversement proportionnel à leur
distance. En d'autres termes, le volume des échanges entre deux pays est une fonction de la
capacité commerciale de chacun d’eux (représentée par leurs PIB respectifs) et de la distance
entre eux. Intuitivement, l'équation de gravité prend la forme multiplicative suivante:
43
Le rapport est disponible sur le site www.doingbusiness.org.
44
Par soucis de simplification nous avons omis le temps dans l'analyse, cependant toutes les variables de l'équation
peuvent varier dans le temps. Par ailleurs nous avons aussi limité l'analyse au niveau agrégé des pays. Le modèle de
gravité peut aussi être utilisé au niveau désagrégé en utilisant des données sectorielles.
44
1
𝑋𝑖𝑗 = 𝐺 ∗ 𝑌𝑖 ∗ 𝑌𝑗 ∗ 𝑑 (1)
𝑖𝑗
avec 𝑋𝑖𝑗, la valeur des exportations du pays j vers le pays i, 𝑌𝑖 𝑒𝑡 𝑌𝑗 , représentent les PIB
respectifs des pays i et j, 𝐺, une variable indépendante aux deux pays comme le niveau de la
libéralisation commerciale mondiale et 𝑑𝑖𝑗 , la distance entre les deux pays ou les coûts
commerciaux bilatéraux. Dans la pratique, il s'agit de la distance entre les capitales des deux
pays ou entre les deux plus grandes villes des deux pays. L'estimation de l'équation (1) passe par
la transformation logarithmique, il vient:
Si le succès du modèle de gravité simple est remarquable dans les études empiriques, il fait
cependant face à une lacune importante: il ne repose pas, du point de vue économique, sur un
fondement théorique. Par ailleurs, l'estimation du modèle de gravité simple est sujette à trois
types d'erreurs (United Nations/WTO, 2012):
Erreur de médaille d'or: Il ne tient pas compte de la résistance multilatérale, c'est -à-dire
du fait que le commerce entre deux pays i et j ne dépend pas seulement des PIB des deux
pays, mais aussi d'autres obstacles à l'échange;
Erreur de médaille d'argent: Il ne tient pas compte du caractère réciproque des flux
commerciaux, c'est-à-dire du fait que les exportations du pays i vers le pays j représentent
une observation et les exportations du pays j vers le pays i une autre observation;
La formulation théorique du modèle d'Anderson et van Wincoop (2003) est donc la suivante:
45
1−𝜎
𝑌𝑖 𝑌𝑗 𝑡
𝑋𝑖𝑗 = (𝑃 𝑖𝑗𝛱 ) (3)
𝑌 𝑖 𝑗
𝑋𝑖𝑗 fait référence aux exportations du pays j au pays i, 𝑌 représente le PIB mondial, 𝑡𝑖𝑗 désigne le
coût d'importation dans le pays i d'un bien en provenance du pays j (1+tarif équivalent des coûts
commerciaux totaux), le paramètre 𝜎 représente l'élasticité de substitution entre les biens (avec
σ>1),𝑃𝑖 ,et 𝛱𝑗 représentent respectivement l'accès aux marchés des importateurs du pays i (ou
résistance multilatérale interne) et des exportateurs du pays j(ou résistance multilatérale externe).
L'équation (3) peut aussi être estimée sous sa forme logarithmique, on a alors:
avec 𝑎0 , une constante, 𝑎3 = 1 − 𝜎 et 𝜀𝑖𝑗 , le terme de l'erreur. Le terme 𝑡𝑖𝑗 est alors approximé
par la distance, la frontière commune (contiguity), la langue officielle commune (comlang_off),
la colonie (colony) et le colonisateur commun (comcol):
6.2 Application
L'application dans le cadre de l'analyse du commerce bilatéral du Cameroun est basée sur une
version "augmentée" de l'équation (4).
46
où les indices i et j désignent respectivement l'importateur et l'exportateur, l'indice t représente le
temps (t=2008, 2009, 2010, 2011, 2012). X ijt , désigne la valeur des exportations du pays j vers le
pays i au cours de l'année t. Les variables explicatives sont : le PIB (Y), la distance (dist), la
frontière commune (fcom), la langue officielle commune (langoff), la langue ethnique commune
(langethno), la colonie (coloni), le colonisateur commun (colcom), l’appartenance à une même
communauté économique régionale (acr), les infrastructures routières (infroute), les mesures non
tarifaires (mnt), l’environnement institutionnel (ei), l’environnement douanier (ed), les
infrastructures portuaires (ep). Les paramètres a 0 et a k , k 0 , désignent respectivement le terme
constant et les coefficients à estimer tandis que les paramètres ij et t représentent les effets
fixes bilatéraux (ou pair-de-pays) et les effets temps45. Enfin, le terme ijt désigne le terme de
l'erreur supposé normalement distribué.
Les données utilisées sont annuelles et couvrent la période 2008-2012. Elles proviennent de
plusieurs sources (voir le Tableau A1 en annexe pour les sources des données et les définitions
des variables utilisées). L’analyse englobe au total 178 pays (dont le Cameroun et ses 177
partenaires commerciaux)46. En d'autres termes, la base de données comprend les exportations et
les importations du Cameroun. Les Tableaux 6 et 7 présentent les résultats des estimations. Les
estimations sont corrigées de l' hétéroscédasticité47. En effet, comme on peut l'observer dans la
Figures A1et A2 en annexe, il se pose un problème d'héteroscédasticité. Les colonnes 1 et 2 du
Tableau 6 représentent respectivement les estimations du modèle intuitif et du modèle intuitif
augmenté par la méthode des MCO et sans les effets fixes. La colonne 3 représente les
estimations du modèle intuitif augmenté avec les effets fixes.
L'estimation du modèle intuitif (colonne1) nous donne quelques résultats conformes aux
prédictions. Le PIB du Cameroun (PIB_exportateur), la frontière commune, la langue ethnique
commune, la colonie ainsi que le colonisateur commun affectent positivement et
significativement les exportations du Cameroun. Une croissance du PIB du Cameroun de 1 pour
cent accroît ses exportations de 0.2 pour cent et cet effet est statistiquement significatif à 1 pour
cent (comme l'indiqué les p-values en bas du tableau). Cependant, l'interprétation des
coefficients des autres variables indicatrices se fait après le calcul des semi-élasticités48. Ainsi,
l'élasticité de la variable "frontière commune" est de exp(4.333)-1=75.17. Ceci implique que,
toutes choses égales par ailleurs, les pays qui partagent une même frontière avec le Cameroun
commercent 75.17 en plus que les pays non limitrophes du Cameroun. L'élasticité de la
variable "langue ethnique commune" est exp(0.982) -1=1.66, c'est-à-dire les exportations
augmentent de 1.66 lorsque le Cameroun et son partenaire commercial partagent la même
langue ethnique. On y observe aussi deux résultats contre-intuitifs à savoir l'effet
45
Il convient de noter que les variables explicatives qui ne varient pas dans le temps, tels que la frontière commune,
la superficie etc., ne peuvent pas figurer dans l'analyse quand les effets fixes bilatéraux sont inclus, car ses effets
sont absorbés par les effets fixes.
46
Voir annexe pour la liste des pays.
47
L'hétéroscédasticité constitue une violation de l'hypothèse fondamentale des Moindre Carrés Ordinaires (MCO)
qui stipule que la variance de l'erreur doit être homoscédastique (c'est-à-dire constante quel que soit l'observation
considérée). En présence d'hétéroscédasticité, les estimateurs des MCO sont sans biais et consistants mais ne sont
plus efficients (c'est-à-dire les meilleurs estimateurs linéaires et sans biais).
48
La formule est la suivante: élasticité=exp(a)-1; a étant le coefficient estimé et exp, la fonction exponentielle (voir
United Nations/WTO, 2012, p.127).
47
significativement positif de la distance et l'effet significativement négatif de la langue officielle
commune sur les exportations du Cameroun. Sans prétendre à l'exhaustivité, le premier effet peut
s'expliquer par le fait que le Cameroun exporte beaucoup plus vers les pays éloignés que vers les
pays voisins, ce qui confirme l'analyse de la Figure 19a. Le deuxième effet quant à lui peut
s'expliquer par le fait que le Cameroun exporte davantage vers les pays avec lesquels il ne
partage pas la même langue officielle que vers les pays avec lesquels il partage la même langue
officielle (voir la Figure 19b). Enfin ces résultats contre-intuitifs peuvent aussi résulter de
l'omission de variables explicatives importantes et de la non prise en compte des effets fixes.
L'estimation du modèle intuitif augmenté (colonne 2) dans laquelle nous introduisons quelques
variables macroéconomiques et de politiques commerciales révèle une amélioration de la qualité
de la régression (R-carré passe de 8.2 pour cent à 26.4 pour cent) et justifie la prise en compte
d'autres variables dans les déterminants des exportations du Cameroun. On observe ainsi que
l'amélioration des infrastructures routières et portuaires, et de l'environnement douanier du
Cameroun accroît ses exportations.
L'introduction des effets fixes pays (exportateurs et importateurs et années (colonne 3) accroît le
pouvoir explicatif du modèle (R-carré passe de 26.4 pour cent à 90 pour cent). Le résultat
montre que l'ACR et l'environnement douanier du Cameroun sont les seules variables qui
affectent positivement et significativement les exportations du Cameroun, ce qui va dans le sens
de la prédiction théorique. Par exemple, l'appartenance à un même regroupement régional accroît
les exportations de 38.12 pour cent (exp(0.323)-1).
48
(0.748) (1.344)
Infrastructures routières_importateur 0.754 0.611
(0.734) (1.046)
MNT_exportateur -1.560 -1.555
(1.053) (1.137)
MNT_importateur 0.914 -0.129
(1.064) (1.460)
Environnement institutionnel_exportateur -8.318*** -1.212
(0.828) (1.221)
Environnement institutionnel_importateur -4.084*** -1.338
(0.899) (1.025)
Environnement douanier_exportateur 4.820*** 2.448*
(1.288) (1.482)
Environnement dounier_importateur -2.609** 0.414
(1.329) (1.431)
Infrastructures portuaires_exporter 3.655***
(1.128)
Infrastructures portuaires_importateur 4.530***
(1.064)
Constante -4.946 -4.144
(4.237) (5.025)
Effets fixes Non Non Oui
Le tableau 7 présente les résultats des estimations par la méthode PPML(Pseudo Poisson
Maximum Likelihood). En effet, l'estimation de la fonction MCO log-linéaire précédente ne
permet pas de traiter le cas des flux commerciaux bilatéraux nuls du fait de la non existence de
log(0). C'est pourquoi certains auteurs (Westerlund et Wilhelmsson, 2006) préconisent
l'utilisation de l'estimateur PPML. Par ailleurs, Santos Silva et Tenreyro (2006) ont montré qu'en
présence d'hétéroscédasticité, cet estimateur donne des résultats robustes. Les résultats obtenus
ne sont pas tous conformes aux attentes. Mais il ressort que l'amélioration des infrastructures
portuaires du Cameroun et de son partenaire accroît les exportations et importations du
Cameroun. En plus, les MNT dans le pays importateur réduisent le commerce entre deux pays,
ce qui confirme le constat de la section 2.1.2.
49
PIB_importateur 0.000*** 0.000*
(0.000) (0.000)
Distance 0.000**
(0.000)
Frontière commune 3.894***
(0.608)
Langue officielle commune -0.471**
(0.237)
Langue ethnique commune 0.152
(0.211)
Colonie 2.008***
(0.383)
Colonisateur commun -0.288
(0.405)
ACR 0.189 -0.183
(0.198) (0.116)
Infrastructures routières_exportateur 0.397*** -0.257
(0.088) (0.243)
Infrastructures routières_importateur 0.131 0.113
(0.142) (0.287)
MNT_exportateur -0.456*** -0.373
(0.143) (0.300)
MNT_importateur 0.021 -0.706**
(0.177) (0.327)
Environnement institutionnel_exportateur -0.450** 0.189
(0.212) (0.223)
Environnement institutionnel_importateur -0.936*** -0.254
(0.278) (0.294)
Environnement douanier_exportateur -0.076 0.105
(0.224) (0.229)
Environnement dounier_importateur -0.103 -0.044
(0.307) (0.360)
Infrastructures portuaires_exporter 0.558*** 0.712***
(0.121) (0.265)
Infrastructures portuaires_importateur 0.674*** 0.902**
(0.184) (0.353)
Constante 16.010*** 13.360***
(1.077) (2.419)
Effets fixes Non Oui
50
7 Exercices et questions de discussion
1 Quelles sont les différentes politiques commerciales que le Cameroun a connues depuis son
indépendance?
4 Quels sont les différents types de termes de l'échange? En utilisant les données de la Banque
Mondiale, calculez les indices de termes de l'échange factoriels simples et doubles pour les
années 2000 et 2010 du Cameroun pour l'année 2000. Puis les comparez avec les indices de
termes de l'échange nets et des termes de l'échange de revenu.
6 Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer les coûts de transport élevés au Cameroun?
8 En utilisant le logiciel WITS, donnez l'avantage comparatif révélé du Cameroun et selon les
produits. Le théorème Heckscher-Ohlin est-il vérifié? Même question en remplaçant les
exportations par les importations dans la formule de l'avantage comparatif révélé.
9 Analysez les évolutions des marges extensives et intensives au Cameroun entre les périodes
1990-2008 et 2009-2013.
11 Quel est l'apport de Melitz (2003) dans la compréhension du lien entre les performances des
firmes et leur degré d'implication dans le commerce international?
13 Quel est l'apport d'Anderson et van Wincoop (2003) dans la recherche des fondements
théoriques au modèle de gravité?
51
14 En utilisant les mêmes sources de données expliquées dans ce cours, construisez une base de
données comprenant les mêmes variables et les mêmes années. Analysez à l'aide du modèle de
gravité le commerce bilatéral du Cameroun (exportations du Cameroun vers ses partenaires
commerciaux).
52
Annexe
Tableau A1 : Définition des variables et sources de données
Variables Définition Source
Les exportations Valeur totale des exportations (en UN Comtrade, données
dollars courants) du pays j vers le pays i désagrégées HS6- 1988/1992
Les importations Valeur totale des importations(en UNSD- COMTRADE
dollars courants) du pays j en Données désagrégées HS6-
provenance du pays i 1988/1992
PIB PIB en dollar courant Banque Mondiale - World
Development Indicators (WDI)
Distance Distance simple (en kilomètre) entre les CEPII
villes les plus peuplées des deux pays
Frontière commune Variable indicatrice =1 si les deux pays CEPII
ont une frontière commune
Langue officielle Variable indicatrice=1 si les deux pays CEPII
commune partagent une même langue officielle
Langue ethnique Variable indicatrice=1 si les deux pays CEPII
commune partagent une même langue ethnique
Colonie Variable indicatrice=1 si les deux pays CEPII
ont une relation coloniale
Colonisateur Variable indicatrice =1 si les deux pays CEPII
commun ont un colonisateur commun
ACR Variable indicatrice =1 si les deux pays International Economics Data
appartiennent à une même communauté and Programs
régionale (http://jdesousa.univ.fr/data.ht
m)
Infrastructures Qualité des routes (1=extrêmement Global Competitiveness Report
routières sous-développées; 7=extensives et (GCR)
efficientes)
Infrastructures Qualité des infrastructures portuaires GCR
portuaires (1=extrêmement sous-développées;
7=extensives et efficientes)
MNT Prévalence des barrières au commerce GCR
(1=limitent extrêmement le commerce;
7=ne limitent pas le commerce)
Environnement Poids de la règlementation (1=très GCR
institutionnel contraignante; 7=pas trop
contraignante)
Environnement Efficience de l'administration douanière GCR
douanier (1=pas efficiente du tout;
7=extrêmement efficiente)
Source: Compilation de l’auteur à partir de la littérature.
53
Figure A1: Corrélations entre les variables
10
10
10
10
10
5
5
5
5
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
0
0
0
0
0
-5
-5
-5
-5
-5
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-10
-10
-10
-15 -10 -5 0 5 -10 -5 0 5 -1.5 -1 -.5 0 .5 1 -.2 0 .2 .4 .6 .8 -1 -.5 0 .5 1
e( PIB_exportateur | X ) e( PIB_importateur | X ) e( distancet | X ) e( frontière commune | X ) e( langue officielle | X )
coef = .26305399, se = .05459024, t = 4.82 coef = .02205512, se = .09587719, t = .23 coef = .77598832, se = .21614058, t = 3.59 coef = 5.5238385, se = .78751862, t = 7.01 coef = -.31876199, se = .36060487, t = -.88
10
10
10
10
10
5
5
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
0
0
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-5
-5
-5
-10
-10
-10
-10
-10
-1 -.5 0 .5 1 0 .5 1 -.5 0 .5 1 -1 -.5 0 .5 1 -1 -.5 0 .5
e( langue ethnique | X ) e( colonie | X ) e( colonisateur commun | X ) e( ACR | X ) e( lnfrastructures routières_exportateur | X )
coef = .26312163, se = .34949731, t = .75 coef = 2.8273849, se = 1.0369734, t = 2.73 coef = 1.6779561, se = .34198207, t = 4.91 coef = -.03088871, se = .33805461, t = -.09 coef = 1.3569162, se = .65914319, t = 2.06
10
10
10
10
10
5
5
5
5
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
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0
0
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-5
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-5
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-10
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-.5 0 .5 -.6 -.4 -.2 0 .2 .4 -.6 -.4 -.2 0 .2 .4 -.4 -.2 0 .2 .4 -.4 -.2 0 .2 .4
e( lnfrastructures routières_importateurr | X ) e( MNT_exportateur | X ) e( MNT_importateur | X ) e( Env institutionnel_exportateur | X ) e( Env institutionnel_importateur | X )
coef = .75449124, se = .73325928, t = 1.03 coef = -1.5595665, se = 1.0625085, t = -1.47 coef = .91398181, se = 1.1635914, t = .79 coef = -8.3183299, se = .80179868, t = -10.37 coef = -4.0839252, se = .90980176, t = -4.49
10
10
10
10
5
5
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
e( ltrade | X )
0
0
0
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-10
-10
-.4 -.2 0 .2 .4 -.4 -.2 0 .2 .4 -.6 -.4 -.2 0 .2 .4 -.6 -.4 -.2 0 .2 .4
e( Env dounier_exportateur | X ) e( Env douanier_importateur | X ) e( Infrastructures portuaires_exportateur | Xe() lnfrastructures portuaires_importateurs | X )
coef = 4.8201296, se = 1.1735855, t = 4.11 coef = -2.6093867, se = 1.4279462, t = -1.83 coef = 3.6551553, se = .94842629, t = 3.85 coef = 4.5297507, se = 1.1460054, t = 3.95
Source: L'auteur.
54
Figure A2: Dispersion des résidus
10
5
Residuals
0
-5
-10
10 15 20 25
Fitted values
Source: L'auteur.
55
démocratique populaire lao, République populaire démocratique de Corée, République
dominicaine, République tchèque, République-Unie de Tanzanie, Royaume- Uni, Rwanda,
Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Samoa, Sao Tomé-et-
Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Singapour, Slovaquie, Slovénie, Soudan du Sud, Sri
Lanka, Swaziland, Suède, Suisse, Suriname, Tanzanie, Tchad, Thaïlande, Togo, Trinité-et-
Tobago, Tunisie, Turkménistan, Turquie, Tuvalu, Ukraine, Uruguay, Vanuatu, Venezuela, Viet
Nam, Yémen, Zambie, Zimbabwe.
56
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