a constitution de la societe anonyme
La constitution d’une société anonyme requiert la réunion de plusieurs conditions de fonds. Celles-ci ont
trait aux actionnaires et au capital social.
L’Acte uniforme ne fixe aucun nombre minimum ni maximum d’actionnaires pour la constitution et le
maintien de la société anonyme. En effet, cette dernière peut ne comporter qu’un seul actionnaire :
c’est la société anonyme unipersonnelle 4. Le ou les actionnaires peuvent être aussi bien des personnes
physiques que des personnes morales 5.
La société doit également être dotée d’un capital d’au moins 10.000.000 francs CFA, divisé en actions
dont la valeur nominale est de 10.000 francs CFA au moins 6. Toutefois, si la société fait appel public à
l’épargne ou si ses titres sont inscrits à la bourse de valeurs, le capital minimum est porté à 100 millions
de francs CFA 7. L’exigence de ce capital social minimum est réaliste, étant donné qu’elle restaure à la
société anonyme sa vocation originelle, à savoir une technique de gestion adaptée aux grandes
entreprises 8.
La souscription du capital social doit être intégrale et doit intervenir avant la date de la signature des
statuts ou de la tenue de l’assemblée générale constitutive 9.
Par contre, sa libération peut être progressive. En effet, les actions correspondant à des apports en
numéraire doivent être libérées, au moment de la souscription d’un quart au moins de leur valeur
nominale 10. La libération du surplus doit intervenir dans un délai de trois ans à dater de
l'immatriculation de la société au Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM). Les actions
représentant des apports en numéraire non intégralement libérées doivent rester sous la forme
nominative. Tant que la libération intégrale du capital n’est pas intervenue, la société ne peut procéder
à une augmentation de capital, excepté le cas où cette augmentation est réalisée par des apports en
nature, ni à l’émission d’obligations 11.
Par ailleurs, le législateur OHADA a prévu, pour la constitution de la société anonyme, non seulement
des dispositions communes aux sociétés anonymes, mais également des dispositions propres à certains
types particuliers de sociétés anonymes. Nous ne nous limiterons toutefois qu’à l’examen des règles
communes.
Ces règles concernent les sociétés anonymes qui se constituent sans appel public à l’épargne ou sans
apport en nature ou sans stipulation d’avantages particuliers. Dit autrement, sont visées les sociétés
anonymes dans lesquelles la souscription du capital social (essentiellement constitué d’apports en
numéraire) intervient dans un cadre restreint, entre personnes ou groupe de personnes qui se
connaissent à l’avance.
Pour l’essentiel, la constitution d’une société anonyme se déroule en cinq phases 12.
La première phase est l’établissement par les fondateurs de la société d’un bulletin de souscription, qui
constate la souscription des actions représentant les apports en numéraire. Une fois le bulletin de
souscription établi, les fondateurs prennent contact avec chacun des potentiels actionnaires 13.
En cas d’accord, le bulletin est signé et daté par le souscripteur, avec mention en toutes lettres du
nombre d’actions souscrites. Il doit être dressé en deux exemplaires, l’un destiné à la société en
formation et l’autre au notaire qui établira la déclaration de souscription et de versement 14. Aucun
exemplaire n’est par contre prévu pour le souscripteur. Toutefois, celui-ci pourra en recevoir une copie
15.
Le bulletin de souscription doit comporter certaines mentions destinées à renseigner non seulement le
souscripteur sur la société à en devenir, mais également toute personne sur les opérations de
souscription 16. Mentions seront ainsi faites de l’indication du dépositaire chargé de conserver les fonds
jusqu’à l’immatriculation au RCCM et de celle du notaire chargé de dresser la déclaration de souscription
et de versement 17.
La deuxième phase est le dépôt de fonds et la déclaration notariée de souscription et de versement. Les
fondateurs déposent les fonds qu’ils ont reçus, dans un délai de huit jours à compter de leur réception
soit chez un notaire, soit auprès d’une banque domiciliée dans l’Etat partie du siège de la société en
formation. Dans le même temps, ils remettent au dépositaire la liste des souscripteurs et le montant des
sommes versées par chacun d’eux.
Le dépositaire remet aux déposants un certificat de dépôt attestant le dépôt des fonds et communique
ensuite à tout souscripteur qui en fait la demande la liste des souscripteurs précités 18.
Sur présentation du bulletin de souscription et, le cas échéant, du certificat de dépôt 19, le notaire
dresse une déclaration notariée de souscription et de versement, dans laquelle il certifie la conformité
du montant des souscriptions déclarées au montant indiqué sur les documents qui lui ont été présentés
et à laquelle il annexe le certificat du dépositaire 20.
Cette déclaration ne saurait avoir la force probante attachée aux actes notariés de droit commun, dans
la mesure où les actions n’ont pas été effectivement libérées 21.
La troisième phase est l’établissement des statuts proprement dits, qui doivent être signés par tous les
souscripteurs en personne ou représentés par mandataire habilité à cet effet 22. Rappelons qu’à ce
stade, le capital social doit être intégralement souscrit.
Dans la mesure où les parties réitèrent ainsi en l’étude du notaire dépositaire leur souhait de devenir
actionnaires dans la société anonyme en formation, la signature des statuts suppose le déplacement des
actionnaires. « En fait, cette signature tient lieu d’assemblée générale constitutive ». En effet, en sus des
mentions prévues pour tous les statuts, les statuts de la société anonyme à signer comportent entre
autres :
- Le mode d’administration et de direction choisi ;
- La désignation des premiers responsables de la société anonyme, c’est-à-dire les membres du conseil
d’administration ou l’administrateur général, le commissaire aux comptes et son suppléant, et ;
- Les modalités relatives à la composition, au fonctionnement et aux pouvoirs des différents organes de
la société 23.
L’établissement et la signature des statuts emportent constitution de la société, sans que la tenue d’une
assemblée générale constitutive soit nécessaire 24.
La quatrième phase est l’immatriculation de la société au Registre du commerce et du crédit mobilier
(RCCM), qui constitue une mesure de publicité nécessaire pour que la société anonyme acquière la
personnalité juridique 25. Les organes désignés disposeront alors des pleins pouvoirs pour retirer les
fonds déposés 26.
L’immatriculation doit être demandée dans le mois de la constitution de la société, au RCCM de la
juridiction dans le ressort de laquelle est situé son siège social 27.
La cinquième et dernière phase est le retrait des fonds, effectué, selon les cas, par le président directeur
général, le directeur général ou l’administrateur, sur présentation au dépositaire du certificat du greffier
attestant l’immatriculation de la société au RCCM. Si la société n’est pas immatriculée dans les six mois à
compter du versement des fonds, tout souscripteur peut solliciter, par voie de référé au président de la
juridiction compétente, la nomination d’un administrateur chargé de retirer les fonds pour le restituer
aux souscripteurs 28. Il s’agit là d’une solution bien différente de celle applicable à la SARL, prévue par
l’article 314, alinéa 3 de l’Acte uniforme relatif aux sociétés commerciales et au groupement d’intérêt
économique
administration de la societe anonyme
Les sociétés anonymes sont administrées par des personnes physiques ou des personnes morales. Dans
ce dernier cas, les personnes morales doivent désigner, pour la durée de leur mandat, un représentant
permanent qui encourra les mêmes responsabilités que s’il était lui-même administrateur en son nom
propre 30.
Le principal organe de gestion de la société anonyme est le conseil d’administration. Il s’agit d’un organe
collégial qui comporte au minimum trois membres et au maximum douze membres 31.
Les administrateurs sont désignés par l’assemblée générale ordinaire. La composition du premier conseil
d’administration peut, cependant, être indiquée dans les statuts de la société 32.
Le conseil ainsi composé nomme parmi ses membres un président, personne physique. Aucun poste de
vice-président n’est par contre prévu. A cet égard, la CCJA est venu préciser, dans un avis rendu le 26
avril 2000, que la création d’un tel poste dans les statuts de la société violerait la loi 33.
Le conseil d'administration dispose d'un pouvoir de gestion interne de la société et d'un pouvoir de
représentation externe. En effet, il a le pouvoir d'accomplir tous les actes nécessaires ou utiles à la
réalisation de l'objet social de la société, à l'exception de ceux que la loi réserve à l'assemblée générale
des actionnaires 34. Toutefois, le conseil n’agit pas et ne traite pas avec les tiers, ce rôle étant dévolu à
l’organe de direction 35. Il a également le pouvoir de représenter la société à l'égard des tiers et en
justice, en tant que demandeur ou défendeur.
Les statuts peuvent toutefois apporter des restrictions aux pouvoirs de gestion interne du conseil
d'administration. Celles-ci n'auront en principe d'effets qu'au niveau interne et seront inopposables aux
tiers, même si elles ont été publiées.
Par ailleurs, l’Acte uniforme offre aux fondateurs de société anonyme, désireux de simplifier la structure
de gestion de la société et d’attirer des investisseurs étrangers 36, le choix de nommer un
administrateur général en lieu et place du conseil d’administration 37.
La direction de la société anonyme, quant à elle, est assurée soit par le président du conseil
d’administration, appelé président directeur général (PDG), soit par un directeur général (DG) autre que
le président du conseil d’administration 38.
Le président directeur général (PDG) est désigné par le conseil d’administration parmi ses membres. Il
est nécessairement une personne physique. La durée de son mandat est identique à celle du mandat
d’administrateur, avec possibilité de renouvellements. Il est révocable ad nutum, c’est-à-dire sans
préavis, sans motivation et sans une quelconque indemnité, par le conseil d’administration.
En cas d’empêchement temporaire du PDG, ses fonctions peuvent être déléguées à un autre
administrateur. De même, si le PDG décède, démissionne ou est révoqué, le conseil nomme un nouveau
PDG ou délègue un autre administrateur dans les fonctions du PDG 39.
Le directeur général (DG) est lui aussi désigné par le conseil d’administration. Mais contrairement au
PDG, il ne doit pas être nécessairement un administrateur ou même un actionnaire de la société. Il doit
toutefois être une personne physique.
A l’instar du PDG, le DG assure, sous sa responsabilité, la direction générale de la société et la
représente dans ses rapports avec les tiers. Pour ce faire, il dispose des pouvoirs les plus étendus. Il les
exerce dans la limite de l’objet social 40 et sous réserve des pouvoirs du conseil d’administration, de
ceux de son président et des prérogatives des assemblées des actionnaires.
Le DG est, tout comme le PDG, révocable ad nutum, c’est-à-dire sans préavis, sans motivation et sans
une quelconque indemnité, par le conseil d’administration 41. Précisons que s’il est révoqué, alors
même que ce point n’était pas inscrit à l’ordre du jour de la réunion, cette révocation dans le silence de
l’ordre du jour est régulière et ne saurait relever d’un abus de droit 42.
En outre, la révocation du directeur général d'une société anonyme peut être précédée d'une
suspension de ses fonctions 43. Cette dernière mesure relève de la compétence du conseil
d'administration ou du président dudit conseil 44.
Par ailleurs, la révocation d'un dirigeant social ne peut donner lieu à des dommages et intérêts que si la
décision de révocation est irrégulière pour cause de non-respect des conditions de révocation ou si elle
constitue un abus de droit 45. 46
Pour prouver l’abus de droit 47, il convient d’établir l’intention de nuire. Dans la mesure où cette preuve
est difficile à apporter, elle peut être déduite des mesures malicieuses ou vexatoires ayant précédé ou
accompagné la révocation 48.
Dans ce contexte de juxtaposition de compétences, il y a lieu de se demander qui du président du
conseil d’administration, du président directeur général ou du directeur général a le pouvoir de
représentation et la qualité pour agir au nom de la société devant les cours et tribunaux 49. Interpellée à
ce sujet, la réponse de la CCJA est catégorique : « seul le président directeur général ou le directeur
général a la qualité de représentant légal ou statutaire et a, donc de ce fait qualité pour agir en justice »,
à l’exclusion du président du conseil d’administration 50.