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Évolution des milieux littoraux du Sénégal

La thèse d'Amadou Tahirou Diaw explore l'évolution des milieux littoraux du Sénégal à travers une approche géomorphologique et l'utilisation de la télédétection. Elle se divise en trois parties, abordant la morphométrie des côtes, l'analyse spatiale de la dynamique des paysages, et les impacts des activités humaines et climatiques sur ces milieux. Les résultats mettent en lumière des transformations significatives des paysages littoraux, notamment en raison de la dégradation environnementale et des changements hydrologiques.

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Évolution des milieux littoraux du Sénégal

La thèse d'Amadou Tahirou Diaw explore l'évolution des milieux littoraux du Sénégal à travers une approche géomorphologique et l'utilisation de la télédétection. Elle se divise en trois parties, abordant la morphométrie des côtes, l'analyse spatiale de la dynamique des paysages, et les impacts des activités humaines et climatiques sur ces milieux. Les résultats mettent en lumière des transformations significatives des paysages littoraux, notamment en raison de la dégradation environnementale et des changements hydrologiques.

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128 Courrier de l'environnement de l'INRA n°32, décembre 1997

textes
Amadou Tahirou Diaw
Evolution des milieux littoraux du Sénégal. Géomorphologie et télédétection
Thèse de doctorat d'Etat ès-lettres, univ. de Paris-I, UER 08, Géographie, 1997, 10 ann., rés., 48 tabl., 98 fîg., 11+270 p.

Note bibliographique

Nul ne saurait définir mieux que l'Auteur Plutôt que de résumer les résultats de cette pondérée par sa sinuosité). Huit cent qua-
lui-même la contribution de cette thèse à la recherche fondamentale (ce que l'Auteur fait rante kilomètres de côtes (840 km) sont
connaissance des milieux littoraux du Séné- déjà fort bien, p. 257-260), nous proposons ainsi mesurés. L'étude par indice de décou-
gal. Prenant quelque recul vis-à-vis d'une de la survoler en attirant l'attention du lec- pure permet ensuite de caractériser les côtes
géographie des pionniers pour laquelle une teur sur les passages qui nous semblent et, en relation avec leur catégorie morpholo-
« large place (est déjà) faite aux épisodes traduire le plus vigoureusement la perspec- gique, d'en proposer une nouvelle classifi-
morphoclimatiques du Quaternaire moyen et tive annoncée par l'Auteur. Nous insisterons cation. On apprend, par exemple, que les
récent », A. T. Diaw préfère en effet mettre particulièrement sur la capacité de modéli- estuaires et flèches représentent 40 % des
l'accent sur la morphométrie et la cinémati- sation de la cartographie et sur l'efficience côtes du Sénégal pour la découpure la plus
que, car elles « accusent un certain retard ». de ses résultats pour le renouvellement du forte, alors que pour les côtes dunaires, les
discours géographique. plus rectilignes, la proportion est de 27. La
Au plan géographique, cette recherche con- précision de cet outillage (conceptuel et
cerne quatre secteurs différents, qui sont, du En découvrant la première partie, le lecteur numérique) autorise le géomorphologue à
Nord au Sud : les systèmes dunaires de la pourrait croire qu'une rétrospective de deux « relire » toute la côte afin d'en différencier
côte nord, le bassin versant du lac Retba, la siècles d'histoire de la cartographie des cô- les types (homogénéité géographique, mor-
flèche de Sangomar et enfin les bancs sa- tes sénégalaises relève davantage de la co- phologie, découpure et orientation). Le
quetterie intellectuelle que des besoins de la lecteur remarquera la démarche méthodique
bleux ainsi que les basses terres du Saloum.
morphométrie. Mais en fait, celle-ci se fon- du géographe, qui, étant également pédago-
Au plan méthodologique, l'Auteur entend
gue, avance pas à pas. Il aurait pu procéder
largement utiliser la carte comme dant sur une rigoureuse lecture numérique
d'un seul coup, à partir d'une seule base de
« modèle » d'investigation et d'expression, des cartes, il importe d'en souligner la va-
donnée du trait de côte, comportant : en
d'autant qu'aujourd'hui elle bénéficie plus leur géographique et la fiabilité géométrique
première entrée de la matrice, les segments
que jamais du développement de la photo (en y comprenant le rôle crucial des photos
de mesure du trait de côte, en deuxième en-
aérienne et de l'efficience de l'imagerie verticales à partir de 1922).
trée, les variables (découpure, famille mor-
spatiale. Une telle cartographie autorise de De plus, n'est-il pas important d'arriver
phologique, homogénéité de voisinage,
plus l'analyse quantitative, raffinement de ainsi à raccorder dans une seule filière ico-
orientation) ; et, en sortie, après permutation
l'approche morphologique et donc une taxi- nique les croquis des premiers ingénieurs,
raisonnée des composantes de la première
nomie moins nominaliste et plus différen- les cartes de l'AOF, les photos modernes et entrée, plusieurs différenciations possibles
tielle. L'approche texturale participe égale- l'imagerie contemporaine ? du trait de côte, selon le poids différentiel
ment des techniques d'analyse spatiale mo- Le géographe prouve ainsi qu'on dispose prêté aux variables.
dernes que l'Auteur utilise, sans compter d'une masse impressionnante d'information,
celles, classiques, de la bathymétrie, de la accumulée depuis plusieurs siècles, mais si Le deuxième chapitre, consacré aux données
sédimentologie et de la topographie, néces- peu exploitée qu'il y a quasiment là une de la télédétection, retiendra l'attention du
faute méthodologique. Songeons, nous dit- lecteur sur au moins deux points :
saires en hydrographie côtière.
Combinant thèmes et méthodes selon la i l , que les littoralistes ne s'accordent pas sur - l'érudition de la description des conditions
perspective annoncée et en fonction des exi- la longueur... des côtes (500 à 700 km selon premières de production des données topo-
gences du terrain, A. T. Diaw construit donc les auteurs) ! L'exemple de l'efficience de graphiques ; elle complète l'historique du
sa recherche en trois parties : ces données iconiques est donc donné, par premier chapitre et apporte les précisions
nécessaires en matière de contextes admi-
- la première présente le littoral ainsi que la une double démonstration préliminaire.
nistratifs, de bases géographiques, géomé-
nature des données de télédétection utili- Premièrement, l'Auteur présente des cartes
triques et de normes d'assemblage ; ce tra-
sées ; d'évolution à très grand intervalle chronolo-
vail constitue, pour la cartographie et la
- la deuxième partie applique les méthodes gique (celle de la Langue de Barbarie, en 8 photogrammétrie de base au Sénégal, une
de l'analyse spatiale à l'évolution de la flè- dates de 1870 à 1980, et celle de l'estuaire référence qui faisait cruellement défaut ;
che de Sangomar, à la migration des dunes du Saloum, en 9 dates, de 1728 à 1986).
- la présentation, entre autres, de deux fa-
littorales et à la dynamique des paysages du Deuxièmement, il introduit la morphométrie
des côtes par une lecture numérique des milles de données satellitaires peu sollici-
lac Retba ;
cartes au 1/200 000. Il y applique, en le per- tées, celle du système allemand MOMS
- la troisième partie traite des formes du (Modular Optoelectronic Multispectral
fectionnant, l'indice de découpure selon la
milieu estuarien du Saloum, et, particuliè- Scanner), et celle du système nippon MOS-1
méthode des « écarts maximums »
rement, de la problématique des tannes. (Marine Observation Satellite).
d'Auphan (mesure du tracé du trait de côté
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La deuxième partie de la thèse traite des distale de la flèche dans l'intervalle 1907- profondeur d'eau en un point donné est
« apports de la télédétection et de l'analyse 1991 (fig. 49, p. 119-120). Le géomorpho- donnée par la luminance relative en ce point
morphosédimentologique à la connaissance logue peut alors, quasiment décennie par moins la luminance de référence absolue, le
des milieux littoraux sénégalais » (p. 74- décennie, en reconstituer et en décrire la tout pondéré par la réflectance du fond et
169). Il s'agit d'un triptyque : cinématique cinématique. Les lectures graphique et nu- corrigé de l'effet d'atténuation de l'eau de
du paysage des niayes, géodynamique de mérique de la cartographie permettent de mer (p. 136).
Sangomar et télébathymétrie des fonds du plus un décompte systématique de La cartographie résultant de ce travail est
Saloum. l'évolution en termes d'amplitude et de sens spectaculaire : « Une très importante modi-
Quels types de paysages trouve-t-on dans la du mouvement, de bilan sédimentaire et de fication du paysage sous-marin et intertidal
zone des niayes ? Un enregistrement- morphométrie. Il en ressort que la progres- [...] créant une seconde embouchure dans le
Landsat du secteur de Kayar fournit le maté- sion méridienne de la flèche n'est pas tou- complexe estuarien du Saloum » (p. 141),
riau de cette introduction. L'exercice de jours associée à un bilan positif, et qu'au comme le montre de manière saisissante la
traitement d'image qui s'ensuit présente contraire la stagnation peut correspondre à configuration des isobathes qui passent d'un
successivement l'étude d'un transect radio- un bilan largement excédentaire ; que alignement régulier sub-côtier le 9 mai 1986
métrique, l'analyse multispectrale des don- l'élongation, inséparable de la régularisa- à un « amphithéâtre » pointé sur Lagoba le 2
nées, leur sériation par les valeurs-seuils des tion, joue des crochets successifs construits mars 1987 (p. 144). Dès lors l'essai
« points de troncatures » entre sous-ensem- des matériaux charriés par la dérive littorale. d'explication de l'Auteur apparaît tout à fait
bles de données, l'ajustement de la classifi- Il reste à mieux comprendre la rupture de la nouveau : la rupture résulterait de la con-
cation obtenue grâce à la vérité-terrain et, flèche au lieu dit Lagoba ou Diokhane, jonction d'une situation météorologique
enfin, la cartographie automatique des huit puisque cet accident « demeure sans précé- sévère et « de la disparition de la barre pré-
taxons ainsi déterminés (3 classes pour le dent au plan mondial tant par sa rapidité littorale », celle-ci ne jouant plus son rôle de
domaine marin, 1 taxon pour les dunes v i - (environ 640 m par an entre 1987 et 1992) protection du haut estran contre la houle qui
ves, 3 pour les systèmes dunaires végétalisés que par sa profondeur (les fonds sont aurait donc pu « éroder » gravement
et 1 pour les niayes). d'environ une dizaine de mètres là où était « l'ombilic du Lagoba », jusqu'à la rupture
l'estran) » (p. 131). Faisant l'inventaire des Revenant aux données classiques de la ba-
Comment (et pourquoi) le paysage des
explications possibles du phénomène, A. T. thymétrie, le Géomorphologue établit une
niayes évolue-t-il ? Le fait dominant est Diaw ouvre une nouvelle perspective de
« une dégradation et [...] une transformation base de données multidates des levés à
recherche en signalant les micro-flèches l'embouchure du Saloum pour l'intervalle
accélérée des paysages végétaux anté- « pseudo-azoviennes » qu'il a déterminées 1930-1988. Il en tire un modèle numérique
rieurs ». Les causes en sont : la sécheresse par photo-interprétation. Ces crochets re- de terrain qui produit une collection de 20
de la décennie 70, qui a « amplifié » la dé- courbés vers le S-W contredisent ceux qu'a cartes bathymétriques et, plus spécifique-
gradation enclenchée par les activités agri- édifiés la dérive littorale et signalent donc ment, 7 cartes diachroniques (3 dates par
coles ; le pompage d'aquifères locaux mal une évolution locale spécifique, d'où images) consacrées à l'évolution des che-
réalimentés et l'abaissement des nappes ; et, l'intérêt du dernier volet du triptyque, con- naux d'embouchure à l'isobathe 3,5 m. Cet
dans la partie littorale proche de Dakar, la sacré à l'analyse des fonds du littoral du atlas lui permet de mettre en évidence la
pression foncière et la colonisation agricole. Saloum. cinématique du delta de marée du Saloum,
Une batterie de cartes diachroniques illustre qui se caractérise par une forte instabilité de
Ce volet, en effet, synthétise l'information
de manière exemplaire ces considérations profondeur, de la forme et de la position du
hydrographique disponible et susceptible de
générales, en particulier la double carte ci- chenal d'embouchure comme de ses bran-
mettre en évidence d'autres facteurs expli-
nématique des remaniements éoliens à ches.
catifs de l'évolution de la flèche et, en par-
Kayar (1954-1973 et 1973-1984, p. 92).
ticulier, de la dernière rupture de la flèche,
Dans ce secteur, l'Auteur note « une pro- Somme toute, bathymétrie, télédétection et
mais aussi des fonds sableux et du chenal
gression générale ». des massifs dunaires cartographie fondent ici une nouvelle syner-
d'embouchure du Saloum. Ce faisant, un
« vers le Sud » à une vitesse moyenne com- gie, tant au plan fondamental que géotech-
second objectif est proposé, tout aussi
prise entre 2,9 et 8,8 m/an. nique. Elles nous offrent, d'une part, un
ambitieux que le premier : associer la télé-
La « géodynamique de la flèche littorale détection satellitaire aux levés hydrographi- nouveau champ de connaissance et de re-
sableuse de Sangomar » constitue le ques afin de rendre la bathymétrie moins cherche sur les agents d'évolution des côtes
deuxième volet du triptyque. à flèches et, d'autre part, une perspective
coûteuse et plus rapidement opérationnelle.
Après avoir discuté de la définition, de la Pour atteindre ce dernier but, l'Auteur dis- nouvelle en matière de technologie hydro-
problématique de construction des flèches et pose d'abord de données satellitaires appro- graphique et de moyens de sécurisation de la
en avoir dressé la physiographie, l'Auteur priées, c'est-à-dire à haute définition (Spot), navigation côtière.
expose les résultats du travail de terrain et géoréférencées au domaine marin adjacent à Qu'est-ce qu'un « tanne » ? Bada, sait pans,
de laboratoire. Profils topographiques de Lagoba et, chronologiquement, enregistrées albidas, zone de vase sans végétation, sols
l'estran et granulométrie lui permettent de peu avant et peu après la dernière rupture salés, plaine à sira-sira, sols nus ? la dernière
décrire en détail les mouvements saisonniers (27 février 1997). Ces données sont ensuite partie du mémoire est consacrée au
du transfert et du tri sédimentaires. Ensuite, soumises à une série de prétraitements et « "mystère » du tanne (p. 170-223).
afin d'analyser l'évolution de la flèche, du- traitements qui réalisent un modèle mathé- La cartographie et le discours progressent à
rant ce siècle, l'Auteur construit un système matique de télébathymétrie. Il s'agit de dis- la manière d'un Hitchcock, nous dévoilant
d'information géographique multidate. Réa- criminer les profondeurs d'eau grâce à un peu à peu, en trois tableaux successifs, le
lisant la congruence de données multisour- signal moyen libéré de toute autre réponse territoire de la chose, puis sa vraie identité
ces (cartographiques, photographiques et radiométrique (atmosphère, turbidité, ré- et, enfin, sa forme.
satellitaires), ce SIG permet de produire une flexions diverses, paramètres environne- Le premier travelling est donc une recon-
collection de 14 imagettes diachroniques de mentaux). On pourrait résumer le principe naissance de l'un des domaines privilégiés
l'accrétion et de l'érosion de l'extrémité de ce modèle ainsi (après prétraitements) : la du tanne au Sénégal, celui des milieux es-
130 Courrier de l'environnement de l'INRA n°32, décembre 1997

tuariens du Saloum. Après en avoir dressé la risé par des sédiments sablo-htnoneux, une Le mémoire, après une conclusion récapitu-
cartographie, le géographe peut livrer une forte salinité et une absence totale de végé- lative, présente les quelques 260 références
première typologie des paysages eaux, tation » (p. 204). bibliographiques utilisées (p 230-242), les
bancs sableux, vasière au sein de laquelle annexes techniques et un résumé. En moins
les tannes présentent « une grande unifor- Troisième et dernier tableau parachevant de 4 pages, l'Auteur y recense les méthodes
mité (...) de topographie et d'aspect» ; pe- l'identification : la configuration des tannes utilisées, les enjeux scientifiques et techno-
louses et cordons sableux La photo-inter- de l'estuaire du Saloum. Cent neuf tannes logiques en question et la diversité des ré-
prétation diachronique et l'approche textu- (109) y sont systématiquement analysés à sultats obtenus L'ultime finalité de ceux-ci
rale permettent de zoomer sur les mangroves l'aide de 5 critères morphométriques : le est suggérée aux développeurs dans une
et de les différencier en fonction de leur périmètre ; l'aire ; la compacité ; l'indice de métaphore finale qui ne manque pas de mo-
drainage et de leur niveau de recouvrement fractalité (la dimension fractale étant une destie ni de poésie et d'humour : « L'appel
végétal. La diminution de celui-ci serait mesure trans-scalaire de la variabilité et de de la mer reste très sonore sur les côtes du
significatif d'une évolution par transforma- la répétitivité dans l'irrégularité d'un objet Sénégal et son arrière pays. [...] La ligne de
tion de la mangrove en tanne. Cette recon- ou d'un phénomène) ; et, enfin, !e degré de rivage (...) dépend de la volonté et surtout
naissance s'achève sur une cible encore plus conformité de l'orientation des tannes à des caprices de l'homo senegalensis. [...] La
précise : les lignes de contact entre milieux. celle du réseau hydrographique (traduit par rationalité, l'organisation et la rigueur de
Cette analyse de la connexité des paysages l'écart d'orientation des tannes à celle de gestion doivent être des préalables à toute
confirme la solidité du schéma toposéquen- l'hydrographie). De l'analyse de ce dernier action » sur l'espace littoral. « Dans le cas
tiel géomorphologique « eau-vasière-tanne- critère, il résulte « que plus de la moitié des contraire la dynamique même du milieu se
pelouse-cordon », mais révèle aussi des ex- tannes et 62 % des sections du réseau hy- chargerait » de nous le rappeler
ceptions ou « séquences incomplètes » drographique restent confondus dans (la Au total, la thèse d'A. T. Diaw nous offre
(tanne-cordon et vasière-pelouse). même) orientation » N-S à NW-SE (p. 217). une somme en matière de méthodologies et
Les autres critères sont l'objet d'une analyse de techniques d'analyse spatiale, principa-
Le décor étant planté, connaîtrons-nous lement cartographiques, qu'elles soient
donc la réponse quant au tanne ? Géogra- par fichier-image. Ce traitement graphique
révèle une corrélation positive entre aire, numériques ou purement graphiques, em-
phiquement, le tanne est « une forme de boîtées ou combinées, statiques ou diachro-
transition entre la mangrove et la terre périmètre et indice de fractalité d'une part
et, d'autre part, la relative indépendance des niques. Hormis les rares côtes rocheuses ou
ferme» (p. 187). 1! est plat, généralement à formations sédimentaires anciennes, ce
auréolaire et couvert d'efflorescences sali- critères compacité et conformité. La relation
entre la dimension fractale et la compacité savoir-faire s'applique à tous les faciès du
nes. Il présente également, parfois, des mi- littoral, soit à plus de 75 % de sa longueur
cro-boursouflures ou, au contraire, des as- (auxquelles l'aire est surimposée) est étu-
diée dans un diagramme cartésien. La forme Toutefois, aussi étendue et variée qu'elle
siettes ou des fentes de retrait. Dans le soit, cette technicité de la méthode s'efface
monde, les tannes se trouvent sur tous les du nuage des points correspondant aux
tannes révèle une corrélation positive: « la derrière l'enjeu scientifique la dynamique
continents connaissant des régions à climat des paysages littoraux Mais cet enjeu ne
tropical, avec saison sèche marquée. Les complexité, la sinuosité et !a superficie des
tannes augmentent parallèlement ». La trouve son sens ultime que dans le destin
marées, le substrat argileux ou l'action an- d'hommes et de nations auxquels le géo-
thropique, selon les lieux, pourraient expli- synthèse de ces différentes analyses livre 6
types de tanne, variant, d'un extrême à morphologue se montre lui-même toujours
quer la tannisation des mangroves d'après la lié. Autant que les sables et les eaux, tout au
cinquantaine de références dépouillées par l'autre, du type « élémentaire » (simple,
compact et petit) au type « complexe, si- long de cette thèse forte, on croise anciens
A. T. Diaw sur cette question. Approfondis- explorateurs, administrateurs coloniaux,
sant davantage l'analyse de la littérature et nueux et très grand » (p. 222-223). Ainsi
« l'infinie variété des formes de lanne ne sondeurs, chercheurs, paysans, pécheurs..
de ses propres observations, l'Auteur met en
évidence les constances et les originalités de semble répondre qu'à un processus de diffé-
position des tannes dans les zonages de pay- renciation relativement simple le tanne se Rarement oeuvre de géographe naturaliste
sages littoraux. Il critique l'ambiguïté des complexifie en s'étirant avant de devenir n'aura autant suggéré l'héritage des ascen-
termes « tanne v i f » (à sol très salé) et « sinueux 11 existe ainsi une double analo- dances transdisciplinaires dans les dévelop-
tanne herbu » qui, de plus, peuvent être gie » géographique et morphologique entre pements de la science du paysage, le rôle
« mondés » ou « inondables ». Après argu- la configuration des tannes et celle du réseau des sociétés et des sciences dans la produc-
mentation, il propose donc d'appeler hydrographique. Cette contexture hydrogra- tion des paysages, de même que la signifi-
« pelouse supratidale » le tanne herbu, de phique des lannes ouvre de nouvelles pers- cation pratique (géotechnique) d'une géo-
réserver d'autres termes aux formes évo- pectives de recherche sur l'évolution des graphie de la cinématique des espaces.
luant en circuit fermé hors-marées, ou aux paysages estuanens (p. 223).
formes de types sebkras, et considère que
Louis-Albert Lake
« Le tanne s'étend, en arrière des vasières à
mangrove, dans la zone inondable par les
marées de vives eaux, (et qu'il) est caracté-

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