Cours de Transfert de Matière Chapitre V R.
KETRANE
Chapitre V
Transfert entre phases
V.1. Introduction
L’objectif de ce chapitre est de formuler les différentes expressions des coefficients de
transfert de matière rapportés à la pression , à la fraction et à la concentration et
d’établir les relations qui les relient entre eux. L’analyse dimensionnelle sera présentée et
appliquée pour la détermination des nombres adimensionnels et l’accès au coefficient de
transfert de matière rapporté à la concentration . Enfin, les principales théories de transfert
de matière seront présentées avec une étude détaillée du modèle du double film (théorie de
Lewis et Whitman).
V.2. Coefficient de transfert de matière
D’une manière générale, la densité de flux de matière a pour expression :
[Densité de flux molaire] = [Coefficient de transfert de matière] x [Force motrice (différence de potentiel)]
Les différents coefficients de transfert de matière rapportés à la pression , à la fraction et
à la concentration auront pour expression :
1. Coefficient de transfert de matière rapporté à la pression
…………………………………………(1)
(
2. Coefficient de transfert de matière rapporté à la concentration à la fraction
………………………………………….(2)
3. Coefficient de transfert de matière rapporté à la fraction
…………………………………………(3)
D’après la loi des gaz parfaits appliquée à un volume V contenant plusieurs espèces et pour
une espèce A présente dans ce volume V, à la pression P et à la température T, la loi s’écrit :
En remplaçant dans l’équation (2) ………………...(4)
(1)=(4)
D’après la loi de Dalton :
En remplaçant dans l’équation (1) …………………(5)
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(1)=(5)
V.3. Analyse dimensionnelle
La détermination du coefficient de transfert de matière rapporté à la concentration est
basée sur quatre méthodes :
- Analyse dimensionnelle et expérience ;
- Solution exacte du problème de transfert de matière (ou de transfert de quantité de
mouvement ou de transfert de chaleur) ;
- Solution approché de la couche limite ;
- Par analogie.
Dans ce qui suit, le coefficient de transfert de matière rapporté à la concentration est
déterminé par l’analyse dimensionnelle et l’expérience. Le coefficient est fonction de
plusieurs paramètres, à savoir :
- D : coefficient de diffusion
- U : vitesse d’écoulement
- L : longueur parcourue
- : masse volumique
- : viscosité dynamique
Selon la thèse de RAIYLEY, le coefficient de transfert de matière rapporté à la concentration
peut s’écrire sous la forme générale :
dépend de 5 variables, α étant une constante et a, b, c, d et e sont des inconnues.
Par ailleurs, on considère les unités fondamentales suivantes :
- M : masse
- L : longueur
- T : temps
Ainsi, il est possible de donner les unités des différents paramètres dans le système
international SI et en fonction des unités fondamentales comme rassemblées dans le tableau
suivant :
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Paramètre Unités SI Unités fondamentales
D coefficient de diffusion
U vitesse d’écoulement
L longueur parcourue
masse volumique
viscosité dynamique
Coefficient de transfert de matière
L'analyse dimensionnelle permet de trouver la solution de certains problèmes sans avoir à
résoudre d'équations grâce au théorème de BUCKINGHAM (parfois appelé « théorème Pi »).
L’objectif est de construire des nombres sans dimension (ou nombre adimensionnel) en
utilisant le théorème de BUCKINGHAM.
Ainsi :
[Nombre de nombres sans dimension]=[Nombre de variables]-[Nombre d’unités fondamentales]
Dans ce cas, on a :
[Nombre de variables] = 6 variables
[Nombre d’unités fondamentales]= 3 unités fondamentales (M, L et T)
Ainsi, le nombre de nombres sans dimension qui peut être construit est :
[Nombre de nombres sans dimension]=6-3=3
Il est donc possible de construire 3 nombres sans dimensions , et tels que :
- Nombre adimensionnel :
3
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D’où :
Or :
Sc représente le Nombre de SCHMIDT
- Nombre adimensionnel :
D’où :
Re représente le Nombre de REYNOLDS
- Nombre adimensionnel :
D’où :
St représente le Nombre de STANTON
En posant : on peut également déduire un autre nombre adimensionnel
Sh représente le Nombre de SHERWOOD
Remarque :
représente le rapport entre deux diffusivités moléculaires :
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: pour la quantité de mouvement et D : pour le transfert de matière
représente le rapport entre les forces d’écoulement (forces d’inertie par la
vitesse U) et les forces de viscosité ( ).
caractérise le transfert de matière.
La connaissance du coefficient de transfert de matière est nécessaire pour l’optimisation
des paramètres géométriques du système.
Pour évaluer l’effet de l’hydrodynamique et des propriétés physiques de la solution sur le
transfert de matière global, on recherche des corrélations des résultats expérimentaux sous la
forme générale :
Dans cette relation, le coefficient A englobe les caractéristiques géométriques du système
considéré et l’exposant a caractérise le régime d’écoulement (laminaire, turbulent,…)
V.4. Théories de transfert
Quelles que soient les théories de transfert considérées, elles admettent toutes deux principes :
- L’existence d’un équilibre thermodynamique (pas d’accumulation à l’interface), c'est-à-
dire que la quantité de matière qui passe par la phase (1) est récupérée par la phase (2) ;
- Elles supposent qu’il n y’a pas de résistance interfaciale (résistance nulle à l’interface).
Il existe trois théories de transfert :
- Modèle de pénétration ;
- Modèle de couche limite ;
- Modèle de film (modèle de NERNST et modèle du double film).
V.4.1. Modèle de pénétration
Le modèle de pénétration est dû à HIGBIE puis a été amélioré par DANKWERTS. La plupart
des processus industriels de transfert de masse est un processus instationnaire. Dans de tels
cas, le temps de contact entre les phases est trop court pour atteindre un état stationnaire. Ce
phénomène non stationnaire n'est pas pris en compte par le modèle de film. Dans l'absorption
des gaz de la surface d’une bulle, la surface de transfert de masse est formée instantanément et
la diffusion transitoire de la substance a lieu. La figure V.1 montre le schéma du modèle de
pénétration.
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Figure V.1 : Schéma du modèle de pénétration
Les hypothèses de base de la théorie de la pénétration sont les suivantes :
- Transfert de masse instationnaire se produit dans un élément liquide tant qu'il est en
contact avec les bulles ou d'autres phase ;
- L'équilibre existe à l'interface gaz-liquide ;
- Chacun des éléments liquides reste en contact avec le gaz pendant la même période de
temps.
V.4.2. Modèle de NERNST (paroi-fluide)
C’est un modèle relatif à un transfert entre un liquide et un solide. La résistance au transfert
est localisée dans la couche laminaire. Ce modèle introduit une discontinuité :
- Agitation moléculaire à l’intérieur du film.
- Agitation turbulente à l’extérieur
Ainsi, il est admis que loin de l’interface le coefficient de diffusion turbulent est beaucoup
plus grand que le coefficient de diffusion dans la couche laminaire (Fig.V.2).
Figure V.2 : Schéma du modèle de Nernst
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V.4.3. Modèle de la couche limite
Dans ce modèle, on considère que le cœur de la phase est la zone majoritaire, loin de
l’interface, parfaitement homogène et agité donc de composition constante.
La couche limite est une zone proche de l’interface et de faible épaisseur δ dans laquelle il y a
diffusion de FICK (Ecoulement laminaire). Dans ce cas, le gradient est constant et par
conséquent le profil est linéaire (Fig.V.3).
Figure V.3 : Schéma du modèle de la couche limite
Pour le modèle de film, dans ce qui suit sera présentée d’une façon exhaustive la théorie de
LEWIS et WHITMAN plus connue sous le nom de la théorie du double film.
V.5. Théorie du double film de transfert de matière (théorie de LEWIS et WHITMAN) :
La théorie du double film ou encore la théorie de Lewis et Whitman considère le transfert
entre deux phases fluides. Soient deux phases fluides (gaz-liquide) séparées par une interface.
Ces deux phases ne sont pas en équilibre en l’espèce A, alors il y a migration de A d’une
phase vers l’autre avec franchissement de l’interface. Le transfert de l’espèce A prendra fin
lorsque les deux phases seront en équilibre en A (Fig.V.4).
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Figure V.4 : Schéma représentatif du modèle du modèle du double film
- Dans la phase gazeuse :
C’est le transfert de A du cœur de la phase vers l’interface :
……………………………(1)
Où :
: Quantité transférée de A
: Coefficient partiel de transfert de matière
: Force motrice nécessaire pour déplacer A du cœur de la phase vers l’interface
- Dans la phase liquide :
C’est le transfert de A de l’interface vers le cœur de la phase :
………………………..….(2)
Où :
: Quantité transférée de A
: Coefficient partiel de transfert de matière
: Force motrice nécessaire pour déplacer A de l’interface vers le cœur de la phase
(1)=(2)
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C’est l’équation d’une droite de pente :
A l’équilibre, le système est régi par la loi d’Henry :
Par ailleurs, dans la phase gazeuse et d’après la loi de Dalton :
Et à l’équilibre la loi de Dalton va s’écrire :
D’où :
Soit m la constante d’équilibre du système tel que : m= ………………(3)
D’où : …………(4)
Cette dernière équation peut aussi s’écrire sous la forme : ………..(5)
C’est l’équation de la courbe d’équilibre
Figure V.5 : Représentation graphique des concentrations dans le modèle du double film
V.5.1. Relation entre le coefficient de transfert de matière global et les coefficients de
transfert de matière partiels
On introduit les coefficients globaux de transfert de matière et et dans ce cas les
équations (1) et (2) vont s’écrire autrement.
- Dans la phase gazeuse :
C’est le transfert de A du cœur de la phase gazeuse jusqu’à atteindre l’état d’équilibre :
……………………………(6)
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Où :
: Quantité transférée de A
: Coefficient global de transfert de matière
: Force motrice nécessaire pour déplacer A du cœur de la phase gazeuse jusqu’à atteindre
l’état d’équilibre
- L’équivalent dans la phase liquide aura pour équation :
………………………..….(7)
Il est à noter ici que :
De (6) :
Et de (7) :
Par ailleurs, on peut écrire :
D’où :
+m(
…………..(8)
V.5.2. Relation entre le coefficient de transfert de matière global en phase gazeuse avec
coefficient de transfert de matière global en phase liquide
A l’équilibre on a : ou encore :
Et à l’interface on a :
On a aussi :
…………. (9)
(8)
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Pour avoir enfin : …………. (10)
V.5.3. Analogie avec l’électricité
Analogie avec l’électricité (loi d’Ohm) : U=R.I
Où :
U : différence de potentiel (DDP)
R : résistance avec R= où K est la conductance
I : intensité du courant
Par analogie électrique, le flux qui représente le courant traverse deux résistances en série. On
peut donc introduire une résistance globale qui est l’inverse du coefficient global de transfert
de matière.
Par analogie :
Pour la relation : elle peut être représentée comme suit en termes de
résistances :
…………. (11)
Où :
: Résistance globale
: Résistance partielle côté gaz
: Résistance partielle côté liquide
Pour la relation : elle peut être représentée comme suit en termes de
résistances :
…………. (12)
Où :
: Résistance globale
: Résistance partielle côté gaz
: Résistance partielle côté liquide
Il est possible d’envisager le cas de mélanges extrêmes où la résistance au transfert de matière
est localisée essentiellement dans l’une des deux phases.
- Résistance localisée dans la phase liquide m
C’est le cas du système (eau, , air) où le CO2 est faiblement dissous dans l’eau.
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-Résistance localisée dans la phase gazeuse
C’est le cas du système (air, , eau) où NH3 présente une excellente affinité avec l’eau.
On peut également introduire la notion de pourcentage de résistance au transfert de matière
dans une phase en reliant la résistance partielle au transfert de matière avec la résistance
globale au sein d’une même phase.
: % de résistance en phase gazeuse
: % de résistance en phase gazeuse
: % de résistance en phase liquide
: % de résistance en phase liquide
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