0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
79 vues71 pages

Zio Moussa

L'étude examine la formation des journalistes ivoiriens entre 1990 et 2005, soulignant l'essor du multipartisme et la nécessité de professionnaliser le métier face à une forte augmentation du nombre de médias. Malgré de nombreuses initiatives de formation, les résultats sont jugés insatisfaisants, avec une réputation médiatique souvent ternie par des manquements à l'éthique et à la déontologie. L'étude vise à dresser un bilan des formations, identifier les forces et faiblesses, et proposer des pistes d'amélioration pour l'avenir.

Transféré par

wilfried kouame
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
79 vues71 pages

Zio Moussa

L'étude examine la formation des journalistes ivoiriens entre 1990 et 2005, soulignant l'essor du multipartisme et la nécessité de professionnaliser le métier face à une forte augmentation du nombre de médias. Malgré de nombreuses initiatives de formation, les résultats sont jugés insatisfaisants, avec une réputation médiatique souvent ternie par des manquements à l'éthique et à la déontologie. L'étude vise à dresser un bilan des formations, identifier les forces et faiblesses, et proposer des pistes d'amélioration pour l'avenir.

Transféré par

wilfried kouame
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

ZIO MOUSSA

Étude sur
la formation
des journalistes
ivoiriens
de 1990
à 2005

1
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Sommaire
3- Contexte de l’étude 20- Programmes de formation
4- Objectifs clés en main
- Méthodologie 21- L’onction des partenaires
5- Les limites de la présente au développement des
étude médias
6- Introduction 23- Formateurs : nationaux
et non nationaux
9- 1ère partie
Le paysage médiatique 24- 4ème partie
de la Côte d’Ivoire Le dispositif de la formation
10- Journalistes : Les organisateurs
le surpeuplement ont la décision
11- Un marché ? De l’euphorie 25- L’horloge sans aiguilles
au cauchemar
28- 5ème partie
13- 2ème partie Forces et faiblesses
La formation La proximité tue l’attention
- Les séminaires ont la cote 29- La perdiemmite ou le
14- L’âge du capitaine gombo officiel
15- L’audiovisuel: on mélange 30- A l’école de la théorie
les genres 32- Sélection sans critères ou
le fait du prince
17- 3ème partie 33- Navigation à vue
Contenu et approche et à l’intuition
pédagogiques 34- Le journalisme mène à
- Apprenants du type tout
troisième âge 35- Et pourtant...
18- On mélange néophytes 37-Conclusion/
et initiés Recommandations

2
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Contexte de l’étude

L
e retour au multipartisme en Côte d’Ivoire au début des années 90 a eu
deux conséquences majeures : la naissance de nombreux partis poli-
tiques – plus d’une centaine – et la création de près de deux cents jour-
naux vers lesquels s’est rué au moins un demi-millier de "journalistes" peu
ou pas du tout formés aux règles du métier. Du coup, la formation devenait
la priorité des priorités. Et, c’est ainsi que dès le début de la décennie 90,
plusieurs sessions de formation, sous la conduite de l’Union nationale des
journalistes de Côte d’Ivoire, Unjci, créée en 1991, ont été organisées. Il y
en a eu au total douze (non compris "Projet Média" de l’Union européen-
ne) dont trois à l’intérieur de ce que l’on appelle le « pays profond » à l’in-
tention des correspondants régionaux.
De 1990 à 2005, ce sont quinze années dépensées en séminaires
d’"Initiation à l’écriture journalistique" presse écrite et audiovisuelle, et
cela essentiellement à l’initiative de l’Unjci et des associations profession-
nelles. A ce "tronc commun" il faut ajouter quelques "modules de spéciali-
sation" en journalisme économique ou politique qui faisaient partie du pac-
kage "Projet Média" de l’Union européenne dont la Phase I était prévue
pour durer 16 mois à compter de novembre 1997.
Quel bilan de ces formations peut-on dresser aujourd’hui ? La réputation
des médias ivoiriens ne semble pas s’être beaucoup améliorée qui sont
taxés de haine au chapitre V des accords de Linas Marcoussis. Les fautes
professionnelles sont encore nombreuses relativement à la grille de lecture
et d’écoute des médias de l’Olped. Sur les cinq dernières années (2000 –
2005) les journaux ivoiriens, tous les titres confondus, ont perdu six
millions d’acheteurs. Sur les 178 titres recensés en 1996, il ne reste plus sur

3
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

le marché, en 2005, que seulement 35. Une étude s’avérait donc nécessaire
pour au moins deux raisons. Dresser le bilan de ce qui a été fait, en relever
les forces et les faiblesse, sans aucune prétention d’être exhaustif ou de
clore le débat, bien au contraire. Cette première raison en amène une secon-
de. La longue série de séminaires organisés par l’Union nationale des jour-
nalistes de Côte d’Ivoire, Unjci, dans un premier temps et dans un second
temps par l’Unjci, l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et
de la déontologie, Olped, et plusieurs organisations professionnelles spécia-
lisées de journalistes n’a jamais été sanctionnée par une évaluation. Les
partenaires au développement de la presse, l’Union européenne, la
Fondation Friedrich Ebert, le Canada par le biais de l’ACDI, les Etats-Unis,
etc., ont financé ces formations. Une motivation principale fondait cette
mobilisation des associations professionnelles, des journalistes et leurs par-
tenaires : professionnaliser le métier en offrant la possibilité à ceux qui ont
déjà reçu une formation le renouvellement de leurs connaissances et à ceux
qui sont venus au métier sans formation la nécessaire initiation. La grande
ruée vers le journalisme au début des années 90 a fait du journalisme le
métier qui a fourni le plus grand nombre d’emplois au cours des dix derniè-
res années du 20 è siècle en Afrique en général et en particulier en Côte
d’Ivoire. Mais ce qu’il est désormais convenu d’appeler "Le printemps de
la presse" n’a pas été, loin s’en faut, le printemps du professionnalisme.
Dérives et dérapages se sont multipliés dans les médias de masse qu’ils
soient privés ou de service public. Et puis, un fort taux de mortalité a déci-
mé les titres.
Si un peu plus d’une trentaine de titres (quotidiens et périodiques) conti-
nuent encore de paraître sur les 178 de la première moitié des années 90, le
marché de la consommation de l’information ne s’est pas pour autant agran-
di, et les tirages n’ont guère véritablement progressé. Alors, question : est-
ce là la sanction du marché qui reprocherait, entre autres, aux journalistes
leur engagement politique partisan, leur accointance avec les hommes poli-

4
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

tiques, leur manque de professionnalisme conséquence de leur manque de


formation ?

Objectifs de l’étude
La présente étude s’attache à proposer des réponses à cette interrogation et
à bien d’autres. Elle vise surtout à :
- dresser l’état des lieux en analysant les résultats obtenus en quinze années ;
- diagnostiquer les forces et les faiblesses de ces séminaires de formation ;
- analyser le contenu pédagogique, le dispositif de formation, le choix et les
critères de sélection des journalistes et des médias bénéficiaires de ces
séminaires ;
- proposer, à partir de ce qui a été fait jusque-là et de l’expérience du ter-
rain, quelques pistes d’action pour éviter les erreurs du passé, repenser l’ap-
proche et le dispositif pédagogiques…

Méthodologie
- La collecte d’une large documentation sur le contenu des formations a
permis d’avoir une meilleure connaissance du contenu pédagogique et de
l’orientation des séminaires ;
- La consultation des listes des participants aux séminaires de formation, le
choix des rédactions auxquelles ils appartenaient ou appartiennent encore
sont des indicateurs précieux pour appréhender la vision ( ?) qui sous-ten-
dait la formation ;
- L’analyse critique des contenus des séminaires ouvre des pistes de
réflexion sur la nécessité de professionnaliser la conception et l’exécution
des projets de formation et de les soumettre à une grille d’évaluation ;
- une enquête auprès de personnes ressources compétentes en matière de
formation des journalistes s’est avérée nécessaire pour approfondir l’analyse ;
- Pour enraciner le propos dans le vécu et atténuer l’aspect théorique de l’é-
tude, des acteurs qui ont pris une part active aux quinze années de forma-
5
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

tion (organisateurs, formateurs et surtout bénéficiaires) ont été sollicités


pour donner leurs points de vue sur ces quinze années de formation des
journalistes ivoiriens.

Les limites de la présente étude


Le souhait du consultant était de pouvoir rencontrer, à défaut de la totalité,
le plus grand nombre possible des acteurs impliqués dans la conception et
la mise en œuvre des séminaires de formation. Il s’agit, en effet, des respon-
sables de l’Unjci, de l’Olped, des partenaires au développement des médias,
des formateurs et des bénéficiaires des séminaires. Quelques-uns ont pu se
rendre disponibles, mais une grande partie des concernés a soit changé de
métier (les journalistes), soit quitté la Côte d’Ivoire (les responsables du
Projet Média), parmi ceux qui sont restés dans le métier et qui se souvien-
nent encore, quelques-uns donnent leurs points de vue ou formulent des cri-
tiques argumentées. Ils ont encore quelques souvenirs, mais cela date d’il y
a au moins une dizaine d’années, et rares sont les mémoires infaillibles.
Le plus grand projet de séminaire réalisé au cours de cette période, Projet
Média de l’Union européenne, n’a pas été entièrement exécuté. Après la
première phase, la seconde avait été interrompue par la représentante de
l’Union européenne de l’époque. Comme les autres séminaires, Projet
Média n’a surtout pas été évalué par les journalistes qui y ont pris part, ni
par les encadreurs, ni par les partenaires qui l’ont financé. Il n’existe donc
aujourd’hui pas de document de référence en matière de suivi et d’évalua-
tion qui puisse servir de base d’étude et d’analyse.

6
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Introduction
A sa création en 1991, l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire,
(UNJCI), a dû faire face à une question centrale, presque une urgence : la
formation des journalistes ivoiriens. D’abord parce que, à cette époque,
déjà peu ou presque plus de bourses d’études en journalisme étaient accor-
dées à ceux et celles désireux d’embrasser le métier de journaliste à la fin
de leurs études universitaires. La première moitié de la décennie 90 a vu
décroître le nombre d’étudiants ivoiriens bénéficiant d’une bourse d’étu-
des pour le Centre d’Etudes des sciences et des techniques de l’informa-
tion (Cesti) à Dakar; l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’in-
formation et de la communication (ESSTIC) à Yaoundé, l’Ecole
Supérieure de Journalisme (ESJ) à Lille, etc. A compter de la fin des
années 90, il n’y a presque plus eu de promotion d’Ivoiriens dans les éco-
les de formation au journalisme (le dernier à l’ESJ où il est entré en 1991
s’appelle Roger Kouassi, aujourd’hui responsable de la Communication de
la Loterie nationale de Côte d’Ivoire après quelques années d’exercice à
Fraternité Matin et Ivoir’Soir). La deuxième raison tient au fait que le
début des années 90 voit la restauration du multipartisme dans la plupart
des pays africains dont la Côte d’Ivoire. Ce retour au multipartisme s’ac-
compagne de la libération de la parole et de l’expression dites mais surtout
imprimées. C’est le fameux printemps de la presse. En seulement six
années (1990 - 1996), le nombre de titres va passer de quatre (4) à cent
soixante dix-huit (178). Une véritable explosion. La population de journa-
listes connaît elle aussi une forte croissance. Enfin, et c’est la troisième rai-
son, Houphouët-Boigny disparaît le 07 décembre 1993. Sa succession exa-
cerbe les tensions sociopolitiques alors vives depuis les années 80 avec le

7
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

début de la crise économique. Les journaux, dont la création s’est faite en


parfaite synchronisation avec la déferlante multi partisane, servent, pour la
plupart, de tribune aux partis politiques et à leurs militants. Sur le demi -
millier de journalistes exerçant dans les rédactions des journaux du début
du multipartisme, moins d’une centaine sont passés par une école de for-
mation et sont détenteurs d’un diplôme en journalisme. Le militantisme
politique des années 90 va marquer le journalisme, d’où cette période de
journalistes "sofas" (militants qui se comportent en soldats mobilisés pour
la cause de leur parti politique et ont pris d’assaut les rédactions). Les man-
quements aux règles du métier se multiplient, ainsi que les fautes d’éthique
et de déontologie. Plusieurs journalistes sont traduits devant les tribunaux
et certains condamnés à des peines de prison. En 1995, pendant que la
presse nationale fête sa première édition de la Journée mondiale de la liber-
té de la presse, Abou Cissé, De Bè Kwasi du journal La Patrie (qui ne
paraît plus) sont devant les tribunaux, ainsi que Dembélé Fousséni et
Kema Brahama de Plume Libre (qui ne paraît plus). L’édition de 1996 s’est
déroulée sans Aboudrahamane Sangaré, directeur de publication du
Nouvel Horizon, Freedom Neruda et Koré Emmanuel journalistes de cette
même rédaction alors détenus à la Maison d’arrêt et de correction
d’Abidjan (Maca).
Face aux dérives et aux dérapages des journaux, l’unanimité va se dégager
autour de la nécessité de former les journalistes. Le raisonnement était que
l’ignorance des règles du métier explique pour une large part le manque de
professionnalisme des journalistes et des journaux. Quant aux manque-
ments à l’éthique et la déontologie, ils étaient essentiellement imputables,
diagnostic partagé par les membres de la profession, à l’instrumentalisa-
tion, par les politiques, des médias et de ceux qui les animent. Un troisiè-
me argument était développé qui incriminait l’environnement juridique et
économique des entreprises de presse dont la plupart étaient (sont toujours)
informelles. La précarité du métier de journaliste pourtant le plus grand

8
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

pourvoyeur d’emplois depuis 1990 exposait les journalistes à vivre d’ex-


pédients et de l’obole des financiers occultes. Qui paie commande.
L’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire, Unjci, en partenariat
avec quelques institutions internationales, l’Acdi pour le Canada, les Etats-
Unis, la coopération française et plus particulièrement l’Union européenne
et la Fondation allemande Friedrich Ebert, met en place un vaste program-
me de formation axé autour les seules techniques rédactionnelles, plus pré-
cisément sur « L’initiation à l’écriture de presse ». Durant environ plus de
cinq années, les séminaires de formation se multiplient qui regroupent
régulièrement de nouveaux venus au métier, mais aussi quelques anciens.
Si ces espaces de sensibilisation (disons d’apprentissage) aux techniques
rédactionnelles ont été multipliés au cours de la première moitié de la
décennie 90 et, dans une certaine mesure, avec "Projet Média", au cours de
la seconde moitié, ils étaient organisés sous forme de séminaires et très
rarement sinon jamais de stages de formation conceptualisés, formalisés
avec possibilité d’objectifs et des résultats mesurables et évaluables. Ainsi,
par exemple, du "Projet Média" de l’Union européenne qui visait l’initia-
tion aux techniques rédactionnelles d’environ 80 journalistes issus de la
presse, de la radio et de la télévision avec une ouverture sur un séminaire
autour de la création d’une centrale d’achat, l’initiation des gestionnaires
de presse à la comptabilité, des prix aux journalistes et aux journaux, un
abonnement à de grands journaux internationaux, une initiation à Internet,
etc.. "Projet Média" piloté par Friedrich Ebert et l’Unjci était prévu en
deux phases d’un coût total de près d’un milliard de francs CFA (vérifier).
Les séminaires de formation organisés par l’Union nationale des journalis-
tes de Côte d’Ivoire dans un premier temps et ensuite par l’Union et
l’Observatoire de la liberté de la presse et de la déontologie, OLPED,
étaient animés par les professionnels nationaux. Seul "Projet Média" de
l’Union européenne a fait appel à des intervenants nationaux et non natio-
naux.

9
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Dans la présentation de "Projet Média" voilà ce qui est écrit, en quelques


sorte les termes de référence, mais aussi la lettre et l’esprit:
“Le projet Média financé par la Commission de l’Union Européenne avec la Fondation Friedrich Ebert vise à:
- renforcer le professionnalisme des journalistes, en particulier des journalistes de la presse privée,
- Améliorer la rentabilité de la presse écrite.
Il se déroulera en deux phases, presque identiques. Chaque phase s’articule autour de deux types d’actions:
actions en faveur des journalistes; actions en faveur des journaux.
Phase I :
Date de démarrage : novembre 1997
Durée : 16 mois
Phase I, Module I : Actions en faveur des journalistes
Module I - 1 : 4 cours pour 4 groupes de 20 journalistes
Durée : 4 semaines
Public - cible : journalistes confirmés et journalistes débutants
Type de formation : connaissance de base et formation générale
Objectif : consolidation des connaissances de base du métier
Organisation des séminaires : chaque séminaire (4 au total) dure 4 semaines et alterne cours et présence dans
les rédactions ; autrement dit, chaque journée comprend une demi-journée de formation théorique, et une demi-jour
et une demi-journée de présence dans les différentes rédactions sous la supervision des formateurs. Cette orga-
nisation permet de concilier formation et travail de terrain.
Module I - 2 : quatre (4) séminaires de formation
Durée : 2 semaines
Public - cible : meilleurs stagiaires du module 1 et journalistes spécialisés.
Type de formation : formations spécialisées
2 séminaires de formation domaine politique
2 séminaires de formation domaine économique
Objectifs : spécialisation et approfondissement des connaissances politiques et économiques générales.
Organisation des séminaires : chaque séminaire (4 au total) dure deux semaines et alterne cours et présence
dans les rédactions ; autrement dit chaque journée comprend une demi-journée de formation théorique, et une
demi-journée de présence dans les différentes rédactions sous la supervision des formateurs. Cette organisation
permet de concilier formation et travail de terrain.
Phase I, Module II : actions en faveur des journaux
Les actions en direction des journaux sont de deux ordres:
1 - consultations
2 - séminaires et ateliers de formation
Module II - 1 : une consultation
Objectif : analyse de la situation économique, organisationnelle et des organes de presse et propositions de solu-
tions sous forme de séminaires
Module II - 2 : 4 séminaires spécialisés sont prévus à l'issue de la consultation sur les organes de presse:
- un séminaire de formation en gestion d'entreprises pour les Rédacteurs en chef et les directeurs de journaux
privés ;
- un séminaire de formation en marketing pour les Editeurs, Rédacteurs en chef et responsables des services
commerciaux ;
- Un séminaire de formation en comptabilité pour les comptables des journaux;

10
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Un séminaire de formation de mise en page pour toutes les personnes concernées par la mise en page.
Module II - 3 : Une consultation
Objectif : dégager les modalités de création d'une centrale d'achat, pour les journaux privés et étatiques (élabo-
ration des textes, etc.).
Module II - 4 : Pour les 5 journaux privés les plus importants le projet prévoit un abonnement, d'une période
de 1 an, aux plus grands journaux internationaux et à Internet.
Module III : Il est prévu un ensemble d'ateliers et de tables rondes pour assurer le suivi du projet.
Module I : Renforcement de l'Olped par la fourniture d'équipements et de matériels divers.
Module V : Ce module boucle la phase I du projet avec l'attribution de prix aux journalistes et aux journaux les
plus méritants:
Un prix annuel d'une valeur de deux millions (2.000.000) FCFA sera attribué au meilleur reportage sur la situa-
tion des droits de l'homme et de la démocratie en Côte d'Ivoire ;
Un prix annuel d'une valeur de dix millions (10.000.000) FCFA sera attribué au journal privé le moins cité par l'Olped.

Phase II
Sous réserve de modifications, la deuxième phase qui vise les mêmes objectifs que la première comprend de
manière synthétique :
1 - quatorze (14) cours de formation d'une durée de deux (02) semaines chacun et portant sur les domaines sui-
vants: politique, économie, environnement, politique sociale, affaires locales et régionales, politique internatio-
nale, sport et culture ;
2 - Pour les cinq journaux les plus importants, des équipements et un abonnement à Internet et à des journaux
internationaux pour une période de douze (12) mois.
3 - Une consultation qui permettrait de formuler des recommandations pour la création éventuelle d'une chaîne
de distribution pour les journaux.
4 - Plusieurs stages et voyages de recherche à l'étranger pour les meilleurs participants à l'ensemble des cours
de formation.

L’une des spécificités de la formation des journalistes ivoiriens au cours des


quinze dernières années, surtout avec "Projet Média" c’est qu’elle a pris en
compte la spécialisation. A l’image des organisations professionnelles au
sein desquelles l’on retrouvait des regroupements par discipline, plusieurs
séminaires ont été organisés à l’intention des seuls journalistes politiques,
ou des seuls journalistes économiques, ou des seuls journalistes culturels,
ou des seuls journalistes de l’environnement, etc. A la dynamique de l’or-
ganisation de la corporation faisait ainsi écho une demande non formulée
mais latente de formation à la fois collective et spécialisée.

11
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

1 ère
partie

Le paysage médiatique
de la Côte d’Ivoire

Un taux de mortalité élevé


Avant 1990, la Côte d’Ivoire ne comptait que quatre titres : Fraternité Matin
dont le premier numéro est sorti le 9 décembre 1964, Fraternité Hebdo,
journal officiel du parti unique le Parti démocratique de Côte d’Ivoire -
Rassemblement démocratique africain (PDCI – RDA), créé en… ; Ivoire
Dimanche, un autre hebdomadaire, mis sur le marché le … ; et Ivoir’Soir
paru en 1987. Pendant pratiquement trois décennies, ces quatre journaux
seront les seuls sur le marché de l’information ivoirien.
1990 change radicalement ce paysage presque sans aspérités où tout sem-

12
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

blait parfaitement bien réglé pendant une trentaine d’années de chape de


plomb et du parti unique. Le multipartisme, fils aîné d’un vent qui serait
venu, disait-on, de l’Est après la chute du mur de Berlin, bouleverse les
habitudes alors tenues pour immuables. La contestation politique qui bous-
cule l’ordre établi du parti unique ouvre en même temps la voie à la liberté
d’expression et de parole. A partir du 30 avril 1990, date d’adoption du mul-
tipartisme, des titres vont essaimer passant de la clandestinité à une semi-
clandestinité avant de paraître au grand jour. Les journaux de parti donnent
le ton : La Voie, La Tribune du Banco, pour le FPI ; Téré, pour le PIT ; Le
Réveil pour le PDCI – RDA, etc. Si certains journaux sont réputés journaux
de partis politiques, plusieurs autres titres jouent se drapent du manteau de
journaux privés tout en gravitant autour de certaines formations politiques.
Ainsi du Temps, de L’œil du peuple, du National, du Jour, du Patriote (pre-
mière et seconde version), etc.
De 1990 à 1996, le paysage médiatique ivoirien s’est rapidement surpeuplé
en passant de quatre titres en trente ans à 178 journaux en six ans. Mais au
cours de cette même période, le taux de mortalité a été dramatique : de 200
à 2005, il ne restera plus sur le marché que 36 quotidiens et périodiques.
Liste des journaux de 2000 à 2005

1 Frat-Mat (P) 13 DNA (P) 25 Elite Actuelle (P)


2 Notre Voie (P) 14 Le Front (P) 26 Le Matin d’Abidjan (P)
3 L’Inter (P) 15 24 Heures (P) 27 Le Journal des Journaux (P)
4 Soir Info (P) 16 L’Intelligent (P) 28 Monde des Stars (P)
5 Patriote (P) 17 Le Courrier (P) 29 Verdict Populaire (P)
6 N. Réveil3 (P) 18 National Plus (A) 30 Prestige (P)
7 Le Jour Plus (P) 19 Toujours (A) 31 Progrès (A)
8 L’Evènement (P) 20 Go Magazine (P) 32 Bûcheron (A)
9 Echos- Matin (A) 21 Le Sport (P) 33 L’Essor (P)
10 Nord-Sud (P) 22 Top Visage (P) 34 Le Libéral (A)
11 Le Temps (P) 23 Déclic (P) 35 Aiglon (P)
12 D. Heure (A) 24 Gbich ! (P) 36 Mimos (P)

13
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

37 Foot (A) 41 Heat (P) 45 Le Repère (A)


38 Crapouillot (P) 42 Le Nouveau Navire (P) 46 Le Reflet (A)
39 Mousso (P) 43 Tassouman (A)
40 Dagbê (P) 44 Libération (P)

Nombre de titres nationaux sur le marché ivoirien 90-91/96

1 Fraternité-Matin, 28 L'observatoire du Lundi, (A) 56 Nord Express, (A)


Quotidien (P) 29 Le Dénonciateur, (A) 57 L'écho De L'ouest, (A)
2 Ivoir'soir, Quotidien (P) 30 Afrique Panorama, (A) 58 Le Dialogue, (A)
3 Le Guido, (A) 31 Allez Le Stade, (A) 59 Opinion, (A)
4 Femme D'Afrique (P) 32 L'étincelle D'Afrique, (A) 60 Yop Magazine, (A)
5 La Voie, Quotidien (P) 33 Le Patriote Express, (A) 61 Le Monde Politique, (A)
6 Le Nouvel Horizon, (A) 34 Le Virage, (A) 62 L'aiglon, (A)
7 Notre Temps, (A) 35 Réalités, (A) 63 Le Temps Du Sport, (A)
8 Liberté, (A) 36 Le Défi, (A) 64 Télé Hebdo, (A)
9 Le Démocrate, (P) 37 Bonsoir, (A) 65 Ivoire Annonce, (A)
10 Téré, (A) 38 Le Grand Devoir, (A) 66 Sports Magazine, (A)
11 Le Patriote, (A) 39 Ivoire Dimanche, (A) 67 Le Journal D'Afrique, (A)
12 Mimosas, (P) 40 Le Regard, (A) 68 Afrique Style, (A)
13 Miroir Des Sports, (A) 41 Forum Economique, (A) 69 Poignon, (A)
14 Les Enfants S'amusent, (A) 42 La Dépêche, (A) 70 Le Destin, (A)
15 Ivoir'Foot, (A) 43 Le Réveil, (P) 71 Fortune, (A)
16 Télé-Miroir, (P) 44 Agouti Penseur, (A) 72 L'espoir, (A)
17 Alif, (A) 45 La Nouvelle Nation, (A) 73 La Nation, (A)
18 Village, (A) 46 L'union, (A) 74 La Tribune du Banco, (A)
19 Le Changement, (A) 47 L'union Magazine, (A) 75 La Chronique du Soir,
20 L'avenir, (A) 48 L'araignée, (A) quotidien(A)
21 L'indépendant, (A) 49 L'écho, (A) 76 Le Jeune Démocrate, (A)
22 L'éléphant Enchaîné, (A) 50 Eclosion, (A) 77 Parents, (A)
23 Kabako, (A) 51 Le Combattant, (A) 78 L'œil Du Peuple (P)
24 L'événement Africain, (A) 52 Le Fédéral, (A) 79 Le Patriote Express, (A)
25 Plume Libre, (A) 53 Côte D'ivoire Nouvelle, (A) 80 L'enquêteur, (A)
26 Le Lynx, (A) 54 Lame Rasoir, (A) 81 Le Syndicaliste, (A)
27 L'éphémère, (A) 55 Soleil D'or, (A) 82 Star Plus, (A)

14
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

83 Micro-Public, (A) 113 Le Pays, (A) 146 L'œil Du Peuple, (A)


84 Les Enfants S'amusent, (A) 114 Le Bélier, (P) 147 La Concorde, (A)
85 La Nouvelle Presse, (A) 115 Le Combat, (P) 148 La Patrie, (A)
86 Le Dénonciateur, (A) 116 Ivoire, (A) 149 La Patrie au quotidien,
87 Intégration, (A) 117 L'essentiel, (A) Quotidien (A)
88 News Quick, (A) 118 Le Combat, (P) 150 Le Champion, (A)
89 Le Sport, (A) 119 Lumière (Yeelen), (A) 151 Le Citoyen, (A)
90 Top Visages, (P) 120 Le Journal de la semaine, (A) 152 Le Communal, (A)
91 Mousso, (P) 121 L'héritage, (P) 153 Le Détective, (A)
92 Match Week-End, (A) 122 Le Monde Ivoirien, (A) 154 Le Journal Du Jeudi, (A)
93 La Gazette, (A) 123 L'action, (P) 155 Le Messager de la
94 Sport Plus, (A) 124 Notre Chance, (P) Semaine, (A)
95 Télé-Miroir, (P) 125 Notre Monde, (A) 156 Le Pacifique, (A)
96 Ivoir Foot, (A) 126 Le Direct, (P) 157 Le Pari Africain, (A)
97 Tére, (A) 127 L'alternative, quotidien (A) 158 Le Progrès, (A)
98 Aiglons, (A) 128 Le Quotidien du sport, 159 Le Réformateur, (A)
99 Kabako,'A) Quotidien (A) 160 Le Soleil, (P)
100 Liberté, (A) 129 Douze, Quotidien (P) 161 Le Sportif, (A)
101 Forum Economique, (A) 130 Stadium, (P) 162 Le Triomphe, (A)
102 L'indépendant, Quotidien (A) 131 Star Magazine, (P) 163 Les Vérités Hebdo, (A)
103 Le Jour, Quotidien (P) 132 Le Griot Des Sports, (A) 164 Makoun'zué, (P)
104 Soir Info, Quotidien (P) 133 La Voix Du Travailleur, (A) 165 Match Magazine, (A)
105 La Nouvelle République, 134 Akpani Libéré, (A) 166 Miroir D'Abidjan, (A)
quotidien (P) 135 Avenir Express, (A) 167 Nouvelle Ere, (A)
106 Le Républicain Ivoirien, 136 Awalé, (A) 168 Nouvelle Vision, (A)
quotidien (A) 137 Bleu-Rouge, (P) 169 Planète Jeunes, (P)
107 Le Populaire, Quotidien (P) 138 C'est Ça Magazine, (A) 170 Reflets, (A)
108 La Presse (A) 139 Faits Divers, (A) 171 Téré Express, (A)
109 Bol Kotch (A) 140 L'indicateur de l'emploi, (P) 172 Multi-Sports, Quotidien (P)
110 La Lettre de l'Afrique de 141 Magazine, (A) 173 But Magazine, (P)
l'ouest, (P) 142 Koutoubou, (A) 174 Actuel, Quotidien (P)
111 Le Réveil Hebdo, (P) 143 L'Angelus, (A) 175 Roots-Rock, Magazine (P)
112 La Nouvelle Société, 144 L'avis Du Peuple, (A)
quotidien (A) 145 L'essor Ivoirien, (A)

Liste arrêtée au 20 avril 1996.


P = Présent sur le marché A = Absent sur la marché

15
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Journalistes : le surpeuplement
La population de journalistes a elle aussi connu une croissance considéra-
ble. Avec les quatre titres de 1963 à 1990, moins d’une cinquantaine de
journalistes officiaient dans les rédactions. Mais le printemps de la presse
fut aussi celui des journalistes. De moins d’une cinquantaine durant de lon-
gues années, le nombre de journalistes qui détiennent la carte d’identité de
journaliste professionnel est passé à 463 en 2001 – 2002 (dernière période
d’attribution de la carte d’identité de journaliste professionnel). Ce chiffre
peut cependant être considéré comme ne reflétant pas le nombre exact de
personnes exerçant le métier de journaliste aujourd’hui en Côte d’Ivoire.
C’est un chiffre de recensement officiel qui donne une idée de ceux qui ont
sollicité la CIJP et plus exactement de ceux qui l’ont obtenue. Depuis 2001
– 2002, de nouveaux titres ont fait leur apparition dans le paysage média-
tique. Leurs rédactions emploient à titre de journalistes des personnes qui
ne sont pas connues au fichier de la Commission d’attribution de la CIJP. A
ces "clandestins", il faut ajouter ceux qui sont plus anciens dans le métier
mais qui estiment qu’ils n’ont pas besoin de la carte ou qui n’ont pas fait
acte de candidature pour son obtention. Certains détenteurs de la CIJP sont
sortis du métier, mais ils ne sont pas suffisamment nombreux pour diminuer
de manière considérable la population des journalistes.

Un marché ? De l'euphorie au cauchemar


En dépit de la crise économique des années 80, d’un achetorat qui n’était
pas considérablement plus nombreux qu’il ne l’est aujourd’hui et d’une
ligne éditoriale résolument pro-gouvernementale (d’aucuns diront discours
et pensée uniques), le tirage de Fraternité Matin atteignait des pics de 100.
000 exemplaires et parfois plus. Le lectorat était alors estimé à un million.
Le monopole dont bénéficiait le premier quotidien national, et le lectorat dit
captif dont il était assuré du fait même de ce monopole suffisent-ils à expli-
quer cette relative bonne santé de Fraternité Matin ? Le sûr, c’est qu’il exis-
16
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

tait un marché de la presse, un achetorat qui avait un pouvoir d’achat. Ce


marché donnait toute la mesure de sa vitalité à travers le chiffre d’affaires
global qui a atteint, selon une analyse d’Ibrahim Sy Savané (in De l’écono-
mie de la presse Entre plume et porte-monnaie ; L’état de la presse en Côte
d’Ivoire, Unjci, Friedrich Ebert, Olped, 1996) pour l’exercice 94/95 6,8
milliards de FCFA. Dans ce total, qui était en augmentation de 17% à l’é-
poque, la presse ivoirienne réalisait à elle seule 4,8 milliards de FCFA, soit
70%. Quand Thierry Perret écrit dans Le temps des journalistes.
L’invention de la presse en Afrique francophone : « A la fin des années 80,
la Côte d’Ivoire est la véritable puissance économique de l’Afrique de
l’Ouest. Le pays a une presse étatique peu diversifiée mais assez prospère
sur un marché qui est loin d’être négligeable car les Ivoiriens ont un réel
pouvoir d’achat, et la scolarisation a atteint des niveaux inconnus ailleurs »,
il n’est pas très loin de la vérité.
La plupart des journaux créés à la faveur du multipartisme ont régulière-
ment réalisé des tirages honorables (autour de 10 000 à 15 000 voire plus)
avant de connaître l’angoisse des bouillons qui s’accumulent avec une
régularité terrifiante pendant que les exemplaires que roule la rotative
connaissent une cure d’amaigrissement inquiétante.
Aujourd’hui, seulement 36 quotidiens et périodiques continuent de paraît-
re. De nouveaux titres se créent, mais un peu plus rarement et surtout de
façon opportuniste en liaison avec les saisons politiques de basse ou haute
intensité. Le marché s’est pourtant réduit comme une peau de chagrin.

. Création de journaux sans étude de marché préalable


. Offre éditoriale pour une demande éditoriale (un marché) qu’on ne connaît pas
. Offre éditoriale essentiellement politique
. Un marché publicitaire relativement florissant (voir chiffre d’affaires) au cours de la décennie 90, mais aujour-
d’hui en récession avec la crise et les événements qui la jalonnent
. Un achétorat et un lectorat essentiellement urbains et peu nombreux
. Des titres trop nombreux. A titre de comparaison : pour une population d’environ 70 millions d’habitants en
France, on compte 12 quotidiens nationaux et 49 quotidiens régionaux (chiffres clés 2003 de la presse grand
public parus dans Stratégies n° 1326 du 13/5/ 2004 ; en Côte d’Ivoire, avec 16 millions et demi d’habitants et

17
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

un fort taux d’analphabétisme l’on a atteint le pic de 178 titres en 1996 avant de descendre à 36 quotidiens et
périodiques aujourd’hui.
. Un surpeuplement des journalistes

La presse quotidienne et périodique a vendu respectivement :

35 984 611 Exemplaires en 2001


32 807 391 Exemplaires en 2002
37 087 589 Exemplaires en 2003
33 982 876 Exemplaires en 2004
29 501 504 Exemplaires en 2005

TABLEAU DU CHIFFRE D’AFFAIRES DE LA PRESSE IVOIRIENNE

Chiffre d’affaires global : 6,8 milliards Fcfa*

Chiffre d’affaires de la presse nationale :


1994- 1995 4,8 milliards Fcfa, soit 70%

Quotidiens locaux : 3,7 milliards Fcfa

* A la même époque, ce chiffre d’affaires global était en augmentation de 16%.

Source : De l’économie de la presse : Entre plume et porte-monnaie


Auteur : Ibrahim Sy Savané, in L’Etat de la presse en Côte d’Ivoire.

18
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

2 ème
partie

La formation

Les séminaires ont la côte


De 1995 à 2005, des journalistes ivoiriens ont bénéficié d’une douzaine de
séminaires de formation mais de presque pas de stages pratiques. La for-
mule des séminaires avait l’avantage d’être moins lourde dans sa gestion.
Organisés sous forme de cours magistraux essentiellement axés sur l’initia-
tion aux techniques rédactionnelles, ces séminaires réunissent générale-
ment une vingtaine de participants choisis par les rédactions elles-mêmes.
Le temps de la formation à ces séminaires excède rarement une semaine
ouvrée.
Seul "Projet Média" qui constitue l’exception était prévu pour durer 16
mois. Le séminaire dit de base à l’intention des journalistes de l’audiovisuel

19
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

s’est déroulé sur trois semaines d’affilée du 16 mars au 03 avril 1998, et


celui destiné aux journalistes de la presse s’est étalé en deux phases du 16
au 27 mars au cabinet Marfim International et du 20 au 30 avril à la
Fondation Friedrich Ebert. Le volume horaire consacré à ces séminaires
était tout aussi important ainsi que le nombre de participants : au total, y ont
pris part, si l’on s’en tient aux listes disponibles dans les documents, 74
journalistes âgés de 23 à 47 ans et dont certains totalisaient déjà un peu plus
d’une dizaine d’années dans le métier. Sur les 74 participants 51 étaient de
la presse et 23 de la Radiodiffusion Télévision nationale (RTI) et d’autres
médias audiovisuels.
"Projet Média" va ratisser large en intégrant au module de formation de
base au journalisme l’initiation à la spécialisation. Il va même trop embras-
ser en programmant de multiples autres séminaires tels que ceux destinés
aux comptables des journaux, le marketing, la gestion de l’entreprise de
presse, la création d’une structure de distribution des journaux, etc. avec
des sessions consacrées à la spécialisation. C’est ainsi que du 18 au 29 mai
1998 un stage d’initiation au journalisme économique est organisé à la
Fondation Friedrich Ebert, un séminaire dit de spécialisation en journalis-
me politique est organisé du 18 au 29 mai dans les locaux de l’IPNETP. A
ce large éventail va s’ajouter, toujours pour "Projet Média", une étude, sous
forme de séminaire, de faisabilité d’une centrale d’achat, vieux débat récur-
rent à l’époque devenu presque une hantise qui fit l’objet de plusieurs réuni-
ons qui n’ont abouti à aucun acte concret ni à des décisions applicables.

20
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROGRAMME DE FORMATION SPÉCIALISÉE

LE REPORTAGE POLITIQUE

Termes de référence

1) Culture politique et langage politique : Les bases de compréhension de la conduite politique


- Nature de la culture politique
- Cultures politiques consensuelles et conflictuelles
- Langage et perception de la politique
- Signification du langage politique

2) Constitution : Types de gouvernement et leur fonctionnement.


- Principe régissant le type constitutionnel
- Etats fédéraux et unitaires - structures et fonctions
- Gouvernements parlementaires et présidentiels - structures et fonctionnement
3) Les rouages du gouvernement
- Les assemblées législatives - les origines, les structures et le fonctionnement
- Catégories et fonctionnement des exécutives
- Organisation et fonctionnement des systèmes judiciaires.

4) Les objectifs politiques et la participation politique


- Les formes de participation politique
- Les effets de participation
- La nature des objectifs politiques
- Continuité et changement dans les objectifs politiques

5) Les différentes voies de la participation politique


- Elections et système électoral
- Partis politiques et systèmes politiques
- Associations

6) Reportage sur les institutions et les evenements politiques


- Reportage sur les institutions politiques (l'exécutif, le législatif et le judiciaire)
- Reportage sur les événements politiques (meeting, discours, convention et congrès, table ronde, débats, inter-
views, manifestations, campagnes et élections etc.).

21
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

A l'attention de M. Axel Schmidt


Représentant résident
Friedrich Ebert Stiftung
Abidjan

Cher Axel,

Comme convenu voici le programme des …semaines de séminaire sur l'information économique.
Je l'ai conçu très concret et pratique …. Ne pas entretenir la fiction de l'économie discipline théorique,
abstraite et incompréhensible.
Ce qui veut dire que l'accent sera mis de façon primordiale sur la micro-économie : les hommes, les
artisans, les entreprises et non sur la macroéconomie les théories, la stagflation ou les termes de l'é-
change, les ministres, les experts.

Amicalement
Georges Bornes

PROGRAMME DE FORMATION SPÉCIALISÉE

LE TRAITEMENT DE L'INFORMATION ÉCONOMIQUE


18 au 19 mai et 15 au 26 juin 1998 Friedrich Ebert Stiftung, Abidjan

Lundi 18 mai : Définition et caractéristiques de l'in- Exercices


formation économique, via l'analyse d'un dossier d'ar- Lundi 25 mai : Passage en revue des différents élé-
ticles de presse quotidienne et hebdomadaire. ments étudiés la semaine précédente. Exercices
Mardi 19 mai : Définition et caractéristiques de l'in- Mardi 26 mai : L'application des différents genres
formation économique, via l'analèse d'un dossier d'ar- journalistiques à l'information économique. Exercice.
ticles de presse quotidienne et hebdomadaire (suite). Mercredi 27 mai : L'utilisation du genre reportage
Macroéconomie et micro-économie. dans l'information économique. Choix d'un sujet.
Mercredi 20 mai : Le vocabulaire de l'information Exercices pratiques sur le terrain.
économique : du bon usage des chiffres, pourcen- Jeudi 28 mai : Rédaction de l'exercice de la veille
tages, sigles, etc. exercices. Vendredi 29 mai : Correction collective des travaux
Jeudi 21 mai : Le vocabulaire de l'information éco- des stagiaires. Evaluation.
nomique : du bon usage des chiffres, pourcentages, Lundi 15 juin : Révision des différents éléments étu-
sigles, etc. exercices (suite). diés lors de la première quinzaine. Questions sans
Vendredi 22 mai : Principes de base de la rédaction réponses. Exercices
d'un article économique. Message, angle (s), plan. Mardi 16 juin : L'utilisation du genre interview dans

22
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

l'information économique. Choix d'un thème et d'un - Groupements régionaux à caractère économique
interviewé. Exercices pratiques sur le terrain. - Politique économique
Mercredi 17 juin : Rédaction de l'exercice de la veille. - Institutions économiques
Vendredi 19 juin : Préparation de l'enquête de la - Les sommets économiques
semaine suivante. Choix des thèmes. Répartition des - Economie nationale et internationale
rôles.
Lundi 22 juin : Départ sur le terrain pour l'exercice g) Analyses, interprétations et présentations de don-
collectif d'enquête. Chaque fin d'après midi : briefing nées économiques
des chefs d'enquête et du rédacteur en chef pour le h) Le rôle de la publicité dans la promotion commer-
suivi des travaux. ciale
Mardi 23 juin : Départ sur le terrain pour l'exercice
collectif d'enquête. Chaque fin d'après midi : briefing 4) Reportage sur les problèmes sociaux
des chefs d'enquête et du rédacteur en chef pour le Nous sommes partis du constat que les problèmes
suivi des travaux. Début de la rédaction. sociaux étaient très peu couverts par la presse écrite
Mercredi 24 juin : Rédaction de l'enquête. camerounaise ou les média en général, et que les
Jeudi 25 juin : Rédaction et mise en page. quelques reportages faits sur le sujet manquaient de
Vendredi 26 juin : Correction collective. Evaluation professionnalisme.
de l'ensemble du stage.
Le reportage politique (projet)
3) Reportage économique Vie de la cité au sens noble du terme, la politique pro-
Nous sommes partis du constat que la plupart des duit une richesse potentielle qui est sensée attirer le
journalistes camerounais manquaient d'informations lecteur. A condition que cette information soit traitée
précises et de modération dans leurs reportages sur les d'une manière attractive, donc " vendable ", en utili-
institutions et les activités économiques. La sant le large éventail des genres journalistiques.
Fondation espérait que cet atelier de formation des Voilà pourquoi, nous nous proposons d'aborder tout
aiderait à plus de précisions et à moins de subjectivi- ces genres, appliqués à la politique ; de la brève au
té dans leurs reportages ; d'autre part, qu'ils les aide- compte-rendu, de l'éditorial au portrait. Et tout parti-
rait à faire une utilisation beaucoup plus judicieuse culièrement le reportage et ses angles multiples, por-
des statistiques dans leurs reportages économiques. trait, interview, écho, indiscret, etc.

Termes de référence Première semaine : à l'aide de transparents, d'enre-


gistrements d'émission de télévision et de radio, nous
a) Principes fondamentaux, concepts et pratiques en puiserons nos exemples dans la politique française et
économie internationale. La méthode ? Des exercices en prenant
b) Les systèmes économiques le problème à l'envers : à partir d'un édito, ressortir
c) Les institutions économiques (sur le plan national l'information principale et vice-versa. Etc.
et international)
d) Economie internationale Deuxième semaine : préparation d'un mini journal de
e) Economie nationale (économie politique eu reportage à l'assemblée nationale, avec édito, por-
Cameroun) traits, brèves, échos et interview.
f) Reportage économique
- Reportage financier Revue de presse :
- L'inflation Tous les matins, une revue de presse sera présentée par
- Balance des paiements / balance commerciale des groupes sur la politique française, africaine et inter-
- Taux de change nationale, à partir de la presse ivoirienne et de RTI.
Reportage sur : Programme provisoire

23
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Déroulement - type d'un séminaire de 4 semaines

Première semaine 1ère semaine


1er jour : Techniques de base de rédaction (3 jours)
Présentation du groupe. Tour de table. Questionnaire Vocabulaire
préalable. Message
Présentation du projet de journal sur l'assemblée Angle(s) loi de proximité
nationale. Rappel des grands principes rédactionnels. Plans de construction
Questions de référence. Les plans. L'habillage d'un Exercices
article. L'information recherchée. Rôle te travail du
Desk. L'apport des agences de presse (travail sur Habillage (2 jours)
dépêches). Tri par genre. Mouture (exercices). Titres
2ème jour : Chapeaux
La ligne éditoriale. Les différents genres s'appliquant Intertitres
à l'information politique. Travail sur la presse ivoi- Légendes
rienne et internationale. Les sources. Exemple : écla- Attaques - Chutes
tement de la droite française et élections cantonales Exercices
et régionales. Le politique et les faits divers.
Exemple : la Corse. 2ème semaine
3ème jour : Genres journalistiques (1 jour)
L'éditorial, vitrine du journal. Le commentaire poli-
tique. L'analyse, les titres, première accroche du lec- Faits : Commentaire :
teur : titre incitatif et informatif. - Brève - Echo
4ème jour : - Filet - Billet
L'écho, indiscrets, le reportage politique, le portrait, - Mouture - Editorial
l'interview. - Compte rendu - Critique
5ème jour :
L'illustration photographique, la caricature, les gui- Interview
gnols de l'info. Préparation du journal de l'assemblée Reportage
nationale. Enquête
La prise de notes (1 jour)
Deuxième semaine Pourquoi prendre des notes ?
1er jour : Comment prendre des notes ?
Préparation journal. Prises de contact. Les outils ?
Bouclage du projet de contenu. Que noter ?
2ème jour : Que faire de ses notes après ?
Reportage de l'assemblée Exercices
3ème jour :
Suite reportages (si besoin) et début rédaction des L'interview (3 jours)
textes. Définition, typologie :
4ème jour : Interview témoignage
Fin rédaction des textes. Mise en page. Interview commentaire
5ème jour : Interview consultation
Evaluation du journal et des cours. Interview situation

24
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Interview portrait Le rôle des 5 sens dans le reportage


Interview - sondage Comment se comporter sur le terrain
La préparation de l'interview La rédaction du reportage
Le questionnaire Le reportage est un montage d'images
Exercices Le rôle de la photo dans le reportage
Exercices
3ème semaine
Genres journalistiques (suite interview) (1 jour) 4ème semaine
La rédaction de l'interview : Réalisation d'un hebdomadaire (4 jours)
- Question - réponse - citation - déclaration Déontologie (1 jour)
- L'habillage de l'interview Définition du journalisme
- Le rôle de la photo dans l'interview Conclusion
Remise des diplômes
Le reportage (4 jours)
Définition, typologie Annexe 3 : déroulement - type d'un séminaire de 4
Grands reportages et petits reportages semaines

Programme de formation

Cours de base écrivez ( le gouvernement, l'opposition ou le public),


Durée : 1 mois (de lundi au vendredi) la nécessité de rapporter dans une manière équili-
80 heures de formation en classe brée, non militante (la choix de mots neutres) ; la dis-
80 heures de formation en rédaction tinction entre le fait et l'opinion, la nouvelle et le
Participants : 20 journalistes commentaire dans un texte journalistique (étude pra-
Lieu : ISTC Abidjan tique avec les journaux publiés en Cl) ;
1. La théorie et pratique du journalisme de presse - comment on rédige une dépêche, un communiqué
a) Concepts fondamentaux : de presse ; comment on rapporte un discours ;
- Qu'est-ce que est le journalisme ? - comment il faut lire les statistiques ;
- Qui est un journaliste ? - comment on distingue entre la reportage des nou-
- Qu'est-ce que est une nouvelle ? velles et l'écrire d'un rubrique.
- Qu'est-ce que est un rapport ? (A la fin du cours les participants doivent être capa-
- Qu'est-ce que est un commentaire ? ble de décrire le profile d'un bon journaliste dans le
- Qu'est-ce que est un fait ? contexte ivoirien.)
- Qu'est-ce que est une opinion ? c) La connaissance du mode de production d'un
- Comment vous distinguez entre la nouvelle, journal, d'un hebdomadaire, journaux spécialisés,
le commentaire, le fait et la opinion ? d'un magazine et des pages spécialisées. (Les parti-
b) Ecrire (rapporter) la nouvelle : cipants doivent projeter et produire d'un journal
- le langage : comment il faut écrire bien et compré- expérimental.)
hensible ( clarté, simplicité, l'économie de mots, évi-
ter des clichés, ...) ; 2. Techniques de interview
- la construction du rapport : la distinction entre l'é- - Qu'est-ce que est une interview ? Qu'est-ce que sont
crire d'une nouvelle et l'écrire de la propagande, la ses objectifs ?
nécessité de savoir d'abord pourquoi et pour qui vous - Comment préparer (par la recherche de fond), pla-

25
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

nifier et conduire une interview ? - Qu'est-ce qu'ils peuvent faire (ne peuvent pas faire)
- Qu'est-ce qu'il faut observer dans les questions et pour améliorer leur situation ?
comment il faut les poser ? (comment il faut poser - Qu'est-ce qu'ils sont les conditions minimales pour
des questions critiques, la recherche de un journalisme d'excellence ?
questions qui produisent la vérité ou la information Logie et la législation
recherchée)
- L'avantage d'une interview face à face Le journaliste et sa profession :
- Les avantages et les désavantages de chercher des - Les idéals de journalisme, sont-ils praticables pour
informations par téléphone la profession ? Quelles exigences il y a pour le tra-
- Comment il faut exploiter les informations obte- vaille de journaliste en Côte d'Ivoire ?
nues par l'interview ? - Le Journaliste et la loi : les droits et les devoirs ;
- Le rôle de l'OLPED : Observatoire de la liberté de
3. Collecter et rechercher des informations la Presse, de l'Ethique et de la Déontologie en Côte
a) L'importance des informations documentaires d'Ivoire
b) Les sources des informations documentaires
- Comment il faut collecter, archiver et retrouver les 8. La rédaction des rubriques
informations documentaires ? a) Qu'est - ce qu'une chronique ?
- Comment il faut archiver des documents ? b) Les catégories de rubriques
c) Types de librairies et leur usage Le portrait
- Comment il faut consulter une librairie ? L'interview
Le récit
4. Relations publics et contacts La rédaction
- Qu'est-ce que veut dire " relations publics " l'exposé
- Comment il faut distinguer entre relation publics et La confession
journalisme ? Anthologie
- L'importance des relations publics pour le journaliste La colonne
La critique
5. L'importance des sources d'information c) Sources d'inspiration pour des rubriques
- Comment il faut établir et garder un réseau des La collection d'informations clés
sources d'information ? Informations issues de l'actualité
- Comment on détermine de contacter qui et pour quoi ? Informations issues de l'histoire
- Le journaliste et ses informants : quelle type de Sélection d'informations importantes
relation ? d) La Recherche d'informations
- La nécessité de anticiper et suivre e) La rédaction de l'article
f) La rédaction de l'introduction
6. La dynamique interne d'une rédaction Les lignes directrices pour la rédaction de l'article.
- Quelle relation il y a entre l'éditeur et sa équipe ? La qualité d'une bonne introduction
- Est-ce qu'il y a un conflit d'intérêts ? Les introductions frappantes
- Quelle influence exerce la famille et les relations Les introductions de conviction
d'éditeur sur les affaires quotidiennes d'un journal ? Les introductions sous forme de citations
- Les journalistes et l'équipe technique, sont-ils Directives pour la rédaction de l'introduction
contents ? Directives pour la rédaction de l'article
- Quelles circonstances influencent leur satisfaction
ou leur mécontent ? g) La rédaction de la conclusion
- Les journalistes, ils se sentent intégrés dans l'entre- h) Achèvement de l'article
prise ? i) préparation du manuscrit

26
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

k) La manipulation du titre Appels directs


l) Humanisation des chroniques g) Style et ton de la rédaction de l'éditorial
m) Style et présentation h) Editoriaux Critiques
Précision et simplicité i) Organisations des débats
Concision et brièveté j) Conclusion
Documentation k) Exercices conseillés
n) Exercices conseillés l) Suggestions pour une lecture approfondie…
o) Suggestions pour une lecture approfondie
10. Rédaction de compte rendu
9. La rédaction des éditoriaux a) Qu'est - ce qu'un compte-rendu ?
a) Qu'est-ce-qu'un éditorial ? b) Sujet de compte-rendu
b) Thèmes pour éditoriaux c) Préparation à la rédaction d'un compte-rendu
c) La conception de l'éditorial Choix des lecteurs
d) Recherche en vue de rédiger l'éditorial Lecture attentive et prise de notes
e) Organisation de l'éditorial d) Conception du compte-rendu
L'introduction Questions fondamentales à traiter
Le corps L'introduction
La conclusion formulation du thème
f) Les titres de l'éditorial Evaluation de la portée ou de la pertinence du travail
L'intitulé principal e) Evaluation du travail
Titres des résumés f) Rédaction d'un compte rendu et critique
Les grands titres g) Exercices conseillés
Allusion et parodie littéraires h) Proposition pour une lecture approfondie
Questions

PROJET MÉDIA 1998

STAGE D'INITIATION AU JOURNALISME ÉCONOMIQUE


Du 18 au 29 mai 1998 - Fondation Friedrich Ebert, Abidjan

Il s'agissait d'une nouvelle phase de formation du projet "Media" organisé


par l'Union européenne avec le concours de la Fondation Friedrich Ebert à Abidjan, l'Union nationa-
le des journalistes de la Côte d'Ivoire (UNJCI)
Rapport de Richard Réale, formateur avec Honorat de Yédagne.
Cette nouvelle du programme Media 98 s'est déroulée du 18 au 22 mai 1998 dans les locaux de la
Fondation Friedrich Ebert pour quinze journalistes de la presse écrite et audiovisuelle.
Tous les stagiaires. à l'exception d'un seul, étaient des néophytes en matière d'économe, certains
étaient, journalistes professionnels et d'autres, candidat à la carte professionnelle. La plupart étaient
des collaborateurs de quotidiens ivoiriens (journaux d'opinion en majorité). D'autres travaillaient
dans la presse magazine, féminine ou culturelle ou encore à sensation, hebdomadaire ou mensuelle.
D'autres enfin, étaient rédacteurs dans un quotidien sportif. Un stagiaire travaillait dans l'audiovisuel,
comme présentateur du journal du soir de la 1ère chaîne de la télévision ivoirienne

27
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

L'expérience professionnelle des uns et des autres était variable. 50% des stagiaires étaient neufs
dans le métier. L'autre moitié était des professionnels de plus longue date et pour certains des jour-
nalistes d'expérience.
La différence eau n'a pas altéré l'intérêt des stagiaires pour la spécificité du programme
l'information économique. Les échanges entre formateurs et stagiaires ont dû cependant tenir comp-
te d'une demande forte des participants concernant les règles de base du traitement Je l'information,
économique ou non.
Ainsi, le programme de formation, sans jamais perdre de vue la spécificité "éco" de ces quinze jours
de travail, a fait une place à la révision du mode d'emploi des techniques journalistiques de base,
aussi bien dans les domaines de la rédaction (les divers genres : brèves, interview, reportage), de la
recherche de l'information, de l'angle que de l'éthique. Ces points ont tous trouvé une mise en appli-
cation immédiate à travers plusieurs enquêtes conduites dès le deuxième jour de stage sur le terrain.
Dans le même temps, nous nous sommes efforcés de progresser sur la connaissance des rouages les
plus simples de l'économie,
sur la définition des termes économiques les plus courants,
les données à connaître,
l'utilisation des chiffres, leur signification, leur emploi en matière journalistique, leur mise en per-
spective.
Nous avons étudié de manière plus détaillée le fonctionnement et la structure d'une entreprise des
éléments qui peuvent donner matière à reportage. Une fiche a été sur ce thème qui a suscité un grand
intérêt.
Nous avons établi à la demande des stagiaires une liste récapitulative non exhaustive des sources
d'information à disposition des journalistes, nationales, extranationales ou Et nous leur avons remis.
Toujours à leur demande un annuaire des fions et organismes économiques officiels ou étatiques ou
paraétatiques de leur pays.
Nous avons travaillé sur les concepts de micro et de macroéconomie à travers divers exemples tirés
d'une revue de presse internationale et de dépêches d'agences. Nous avons reçu en désintéressé et
efficace de la rédaction économique de la radio française RTL à Paris, qui nous a fait parvenir quo-
tidiennement le traitement de l'actualité africaine par les de presse internationales.
Le travail accompli sur le terrain a été assez intense. Il s'est déroulé en équipes, quatre groupe trai-
tant chacun un sujet. Les enquêtes ont fait l'objet d'un travail préparatoire assez qui a porté ses Fruits.
Pour chaque enquête, les stagiaires ont effectivement rencontré plusieurs interlocuteurs contactés par
la Fondation Friedrich Ebert.
La masse et l'intérêt des informations recueillies a favorisé un travail de synthèse établi far des grou-
pes. Les sujets ont été éclatés en leads et encadrés, brèves et tableaux pour reprendre les enseigne-
ments tirés de nos revues de presse.
Nous avons travaillé au traitement de rubriques de vulgarisation des chiffres de l'économie
Par le biais de jeux ou de "Quizz" (test à questions fermés) à proposer aux lecteurs.
L'économiste patenté de notre groupe a convaincu sa rédaction de l'intérêt d'une telle rubrique dans
son journal.
Les participants ont manifesté le désir d'utiliser les informations recueillies au cours du stage au
bénéfice de leurs propres titres. Nous avons informé nos interlocuteurs en conséquence et il est à sou-
ligner que chaque groupe a reçu le meilleur accueil de la part d'interviewés qui ont été questionnés
sans concessions.
La rédaction d'un journal de fin de stage a été vécue de manière passionnée et les difficultés de réali-

28
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

sation technique de ces pages n'a pas démobilisé les enthousiasmes.


Chaque jour a donné lieu à une révision des acquis des jours précédents et un tour d'horizon global
a été effectué avec l'ensemble des stagiaires le dernier jour. Ce tour de table a confirmé l'intérêt géné-
ral pour une formation d'ensemble et le souhait des participants de posséder un aide-mémoire réper-
toriant les notions évoquées pendant le stage.
Cet aide-mémoire a été remis en début de stage par Honorat de Yédagne, au nom de l'Union natio-
nale des journalistes de Côte d'Ivoire. Tous les stagiaires n'ont pas eu le loisir de se pencher sérieu-
sement sur ces notes, car un certain nombre d'entre eux, mobilisés pendant leur formation pour des
travaux confiés par leur propre rédaction, ont du faire double journée.
D'autres avaient choisi de ne pas être payés par leurs journaux, mais de tirer parti au mieux de ces
journées de formation.
Beaucoup ont évoqué l'incompréhension manifestée par leur hiérarchie parfois pieu 'noue de la
nécessité de former des journalistes plus compétents.
Enfin, il est à souligner l'excellente atmosphère de ce séminaire, le bon esprit et la bonne volonté des
participants, même si le respect de l'horaire n'est pas la qualité première de nos confrères ivoiriens.
Les échanges que nous avons eus avec eux ont été fructueux et amicaux. Nous répondrons à l'atten-
te de la plupart d'entre eux en leur proposant une bibliographie de soutien à l'initiation qu'ils ont
reçue.

Richard Réale
Mai 1998
Emploi du temps

Prise de contact
Douze stagiaires. Présentation d'une revue de la presse française, généraliste et spécialisée, en compa-
gnie d'Honorat de Yédagne, président de l'Association des journalistes économiques de Côte ivoire.
Exemples des différents traitements de l'information économique selon la spécificité des journaux,
généralistes ou spécialisés, les hebdomadaires et les dépêches d'agence.
Comparaison traitement d'un même sujet par des titres différents.
Discussions sur les genres, outils : le récit, l'interview, l'infographie, la photo, les tableaux, les brèves
etc.

La RTI nous rend visite pour une brève interview.

Mardi
Revue de la presse ivoirienne.
Les infos économiques. Elles occupent le 1/10ème de la surface info. (25% dans la presse française).
Le choix des sujets éco adapté au lectorat de chaque quotidien. Exemple à travers une revue de pres-
se. La hiérarchisation de l'information. La vérification des informations, la détermination des sources.

29
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Détection d'informations non fondées mais cependant publiées dans la presse ivoirienne. Sujet à débat.
Ces informations se sont avérées fausses par la suite. La discussion a beaucoup porté le contenu d'ar-
ticles pauvres en information mais riches en commentaires et appréciations personnelles.
Tout notre travail de ces deux semaines s'est efforcé -avec succès- de rétablir la démarche inverse
Micro économie. Présentation de l'Entreprise. La manière de l'aborder. Son organisation, sa structure,
son fonctionnement.
Débat sur "information et publicité".
Ecrire un article sur une entreprise dont la vocation est de produire et de vendre posait un réel problè-
me à une partie des participants" Distinguo entre publireportage et information. Concevoir que produc-
tion et commerce ne sont pas synonymes de "publicité clandestine" a suscité une réelle réaction d'é-
tonnement. Certains ont affirmé qu'ils préféraient "ne rien écrire plutôt que de faire de la pub" à une
entreprise qui par définition a quelque chose à vendre.
Débat sur l'opportunité de donner au lecteur des informations concernant ses centres d'intérêt : équipe-
ment, consommation, épargne etc.
Détermination des sujets d'enquêtes à conduire sur le terrain, d'ici au milieu de la semaine prochaine.
Débat sur les sujets envisagés d'emblée, liés à l'actualité : grands travaux de l'éléphant. Politique tou-
ristique de la Côte d'Ivoire, Hausse des prix etc.

Mercredi
Revue de presse
Choix définitif des sujets : Citelcom, entreprise de télécommunication privatisée depuis un an par l'É-
tat, vendue à un consortium d'investisseurs français et ivoiriens, point sur la volonté étatique de déve-
lopper le tourisme de la Côte d'Ivoire, hausse des prix qui désarçonne la ménagère, rôle de l'épargne
dans notre société et outils nécessaires à sa collecte.
Préparation des plans et questionnaires. Prise de rendez-vous.
Parallèlement à la préparation des reportages et à la constitution de quatre équipes distinctes de repor-
ters, nous avons continué de découvrir les manières de traiter l'information économique que :
- les chiffres significatifs, leur usage, leur mise en perspective
- les sources d'information. Une liste recensant les sources les plus courantes et les plus accessibles sur
le plan local, national et international a été donnée aux stagiaires. Ceux-ci ont fait bon usage aussi de
l'annuaire des administrations ivoiriennes (source Internet) que les journalistes nous ont demandé de
leur fournir
Macro économie : l'exemple de la crise asiatique. Origines, conséquences. Son traitement média-
tique.

Jeudi
Reportage.
Rencontre avec le Président des hôteliers de Côte d'Ivoire dans son établissement du bord de mer près
d'Abidjan.
Travail sur dépêches de l'Agence France Presse que nous a faxées quotidiennement la rédaction éco-
nomique de RTL radio à Paris. Tri des dépêches économiques, rubrique Afrique.
Choix des informations, réécriture sous différents styles : brèves, papiers, billets

30
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Commentaires sur des articles parus dans la presse ivoirienne, comparés aux dépêches d'agence AFP
et Reuter traitant les mêmes sujets. Enseignement : un article doit être étayé par des faits qui nécessi-
tent un travail minutieux.
Reportage d'une équipe sur 4 reporters sur les marchés d'Abidjan. Interviews de consommateurs et de
commerçants.

Vendredi :
Interviews et rendez-vous
Suite des enquêtes sur le terrain
"Produits de première nécessité" :
- la hausse des prix sur quatre marchés d'Abidjan. Relevé des prix, reportage "vécu" : confrontation
des chiffres recueillis par les journalistes avec ceux de l'administration chargée de régulation et de l'ob-
servation du commerce. Explications du mécanisme de la hausse.

"Le tourisme en Côte d'Ivoire" identifié comme une "patte de l'Eléphant" :


- Interview du conseiller technique au tourisme de Côte d'Ivoire à l'Office national du tourisme de Côte
d'Ivoire
- Enquête auprès d'agences de voyage sur le produit "Côte d'Ivoire". Interview d'un professionnel sur
le manque de moyens de promotion et la difficulté de financer une participation aux rendez-vous pro-
fessionnels mondiaux
- difficultés des réceptifs : hébergeurs et autocaristes ivoiriens etc.
- faiblesse du système de financement. Interview d'un banquier et de candidats à l'investissement
- les chiffres comparés du tourisme ivoirien et de ses voisins africains ou européens

Lundi
Suite des enquêtes et des interviews
"Hausse des prix"
- Rencontre avec le président de la principale association de consommateurs de Côte d'Ivoire
"Le plan épargne" de la Côte d'Ivoire
- Interview des directeurs de Coopec, filiale du Crédit mutuel, première banque mutualiste du pays
- Rédaction des enquêtes

Mardi
- Entretien avec le secrétaire général du Synapostel, poids lourd des syndicats ivoiriens, sur la situa-
tion sociale et économique des collaborateurs de Citelcom, entreprise privatisée
- Rédaction des interviews et suite des enquêtes

Mercredi
Dernière relecture et fin de la saisie des articles.
Préparation du journal d'école
Maquette
Mise en page

31
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Jeudi
Rencontre des "économistes" avec un groupe de stagiaires travaillant sur le traitement de l'information
politique. Détermination d'une Une commune. Editorial commun. Travaux de mise en page poursuivis
tard le soir puis le lendemain.

Vendredi
Discussion générale. Les enseignements du stage. Les attentes.
Projection de reportages économiques réalisés par différentes chaînes de télévision françaises.
L'économie comme support d'émissions grand public (Emission "Capital" sur M6, par exemple
"Combien ça coûte ?"
Révision des notions découvertes et utilisées au cours du stage.
Souhait des participants de posséder un peu de littérature d'initiation pour leur permettre de confor-
ter et d'approfondir des notions fraîchement acquises.

L’âge du capitaine
Le statut professionnel et hiérarchique des journalistes sélectionnés, les
organes auxquels ils appartiennent, leur ancienneté dans le métier sont des
éléments d’information qui renseignent sur l’organisation de ces séminaires
de formation. En consultant les listes disponibles dans les archives de la
Fondation Friedrich Ebert, plusieurs constats s’imposent. Relativement au
cours de formation de base du 19 au 30 janvier, pour ne prendre que cet
exemple, sur les 51 sélectionnés de la presse :
1 est âgé de 23 - 2 de 24 - 5 de 25 - 10 de 28 - 4 de 29 - 8 de 30
3 de 31 - 2 de 32 - 4 de 33 - 1 de 34 - 1 de 39 - 1 de 42 - 2 de 46.
Les 23 journalistes retenus au nom de la RTI ont une tranche d’âge qui varie
entre 25 et 47 ans. Le plus ancien dans la profession, côté journalistes de la
presse, totalise à cette époque, c’est-à-dire en 1998, 15 années d’exercice ;
il s’agit de feu Lobo Kouassi de Fraternité Matin ; et les plus jeunes seule-
ment une année au sein de leurs rédactions respectives : Gbato Guillaume
de La Voie, Calvin Wandji et Sétou Banhoro du Populaire, Désiré Mohy du

32
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Démocrate, Tani Omer Abdel et Fidèle Néto de Top Visages sont tous entrés
dans la profession en 1997.
Les titres qui employaient ou emploient encore ces élus de"Projet Média"
forment un ensemble hétéroclite de quotidiens comme Fraternité Matin, Le
Jour, Soir Info, Notre Voie, etc., de magazines hebdomadaires tendance
people, show business ou sport tels que Top Visages, Roots Rock, Douze.
Les sélectionnés eux-mêmes proviennent de presque toutes les spécialisa-
tions, plus particulièrement pour les cours de formation de base.
Les séminaires de spécialisation organisés dans le cadre de "Projet Média"
n’échappent pas non plus à cette politique de sélection au petit bonheur la
chance, sans même un minimum de critères définis à l’avance en consulta-
tion avec les bénéficiaires et les organisations de la corporation. C’est ainsi
que les séminaires de spécialisation en Economie et en Politique ont réuni
des participants aussi bien de quotidiens d’information générale tels que
Fraternité Matin, Notre Voie, Soir Info, que d’Actuel, Top Visages, Match
Week-end tous des magazines culturels, sportifs et show business.

L’audiovisuel : on mélange les genres


Les 23 sélectionnés de l’audiovisuel ont été regroupés abusivement sous la
rubrique « liste des journalistes RTI sélectionnés ». Sur les 23, en fait seu-
lement 7 (sept) étaient en service à la radio ivoirienne et 6 (six) à la télévi-
sion nationale. Radio Nostalgie était représentée par 4 (quatre) animateurs,
et la radio confessionnelle chrétienne catholique Radio Espoir par 6 (six)
membres de son personnel de la rédaction. Là aussi, le choix des partici-
pants à la formation de base du "Projet Média" ne semble pas avoir tenu
compte des cahiers des charges et mission, ni surtout du statut des différents
organes d’information dont les journalistes avaient été retenus.
Le plus âgé sur cette liste avait 47 ans et exerçait à la RTI. Il était donc à 8
ans de la retraite. Pour revenir aux cahiers des charges et mission des trois
types de média audiovisuel retenus pour ce séminaire, l’on peut observer

33
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

que si la RTI a pour vocation légale et officielle de faire de l’information,


et que Radio Nostalgie, radio thématique (musicale) obéit à des dispositifs
légaux contractuels qui ne la mettent pas sur un pied d’égalité avec la RTI
en matière de diffusion de l’information, la présence de Radio Espoir sur la
même liste autorise encore plus d’interrogations. Il ne s’agit pas de former
des techniciens ou des animateurs mais des journalistes, or Radio Espoir
n’étant pas autorisée à diffuser de l’information au même titre, par exem-
ple, que la RTI, l’on se demande pourquoi 6 (six) membres du personnel de
sa rédaction ont été retenus au nombre des bénéficiaires de cette formation
de base au journalisme.

. Contenu des séminaires surchargé.


. Journaux et médias audiovisuels participants sélectionnés sans discernement : la télévision et la radio de ser-
vice public participent à la formation au même titre qu’une radio confessionnelle catholique, Radio Espoir et
qu’une radio thématique, Radio Nostalgie.
. Des journaux exclusivement sportifs ou show-business participent à des formations dites spécialisées en éco-
nomie ou en politique au même titre que Fraternité Matin, Notre Voie, Le Jour, etc.
. Trop grande disparité dans les âges des journalistes participants.
.Pas de distinction entre formation initiale et formation continue

34
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROJET MEDIA
LISTE DES JOURNALISTES RTI SELECTIONNES
1er Groupe de 20 Journalistes
N° Nom et Prénom (s) Organes Date d'entrée Age
dans la profession
1 Eck About Radio Côte d'Ivoire
2 Mireille Akedier Radio Côte d'Ivoire
3 Aaron Badet Radio Côte d'Ivoire 28
4 Jean Pierre Méa Radio Côte d'Ivoire
5 Thierry Assuflé Radio Côte d'Ivoire 34
6 Akanda Ehouman C. Radio Côte d'Ivoire
7 Konaté Idriss Radio Côte d'Ivoire
8 Koné Lanciné RTI - TV1 37
9 Thérèse Yobouet RTI - TV1 41
10 Viviane Ahiman RTI - TV1 40
11 Ouattara Yao J. RTI - TV1 45
12 Touré Yerekpin RTI - TV1 47
13 Gnagno Noël RTI - TV1 42
14 De Medeiros C. Radio - Nostalgie 27
15 Diouf Aby Radio - Nostalgie 25
16 Dicoh Sarah Radio - Nostalgie 28
17 Bony Valérie Radio - Nostalgie 30
18 Georges Kablan Radio Espoir 27
19 Henri Niamké Radio Espoir 35
20 Etienne Tanoh Radio Espoir 27
21 Kiene Pierre Radio Espoir 27
22 Samson Aké Radio Espoir 31
23 Jean Baptiste Koffi Radio Espoir 28

35
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

3 ème
partie

Contenu et approche
pédagogiques

Apprenants du type troisième âge


Parmi les journalistes qui ont pris part aux formations de "Projet Média", un
bon nombre était dans la tranche d’âge de 30 / 40 ans. Le record est détenu
par un sélectionné de l’audiovisuel : 47 ans. C’est une indication sur le fait
que soit ils ont traîné un peu plus longtemps sur les bancs de l’Université
avant d’arriver au journalisme, soit qu’ils avaient tenté d’exercer d’autres
métiers avant de choisir dans le meilleur des cas le journalisme, ou dans le
pire des cas d’ y « échouer », faute de mieux. Il est remarquable qu’à cet âge,
certains n’avaient jamais eu accès à une initiation au journalisme. Ils ont été
formés, pour ceux qui ont pu, sur le tas, c’est-à-dire par la pratique au cours

36
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

de stages de courte durée dans des rédactions qui n’étaient pas toujours tou-
tes outillées pour les suivre, les évaluer, les intégrer. La formation sur le tas
dans les rédactions n’avait aucune valeur pédagogique et se réduisait à la "
débrouillardise".
Autre difficulté liée à la culture africaine : quand le détenteur de la science est
plus jeune que celui à qui il doit la transmettre, cela ressemble à une inver-
sion des valeurs qui mettrait la sagesse à l’école de la jeunesse. Dans le pro-
jet qui nous intéresse, de tels blocages auraient peut-être pu être mis au jour
si le projet avait été mené à son terme et surtout évalué dans les règles. Les
jeunes, paraît-il, n’apprennent pas aux anciens. Mais à la vérité, l’ancien peut
avoir suffisamment de sagesse, mais pas forcément de science…
Se pose aussi et plus objectivement le problème de l’âge de l’apprentissage
quand il n’est pas pratiqué de façon formelle et systématisée dans une école.
Enfin, il est légitime de s’interroger sur les motivations de ces stagiaires du
type troisième âge. Si leur volonté d’apprendre est réelle, elle n’exclut pas un
certain opportunisme : se servir de ces passages au "Projet Média" comme
une valeur ajoutée qui permet de s’orienter vers d’autres métiers voisins –
qui ne sont en principe jamais assimilables au journalisme – plus particuliè-
rement ceux de la communication. Pour certains, apprendre un peu sur le tard
quand ce n’est pas sur le tas le métier de journaliste aurait pu contribuer à un
enfermement dans une forme de culpabilisation : avoir exercé le métier dans
l’ignorance complète de ses règles, et apprendre ces règles au seuil de la
retraite pour quoi faire ?

37
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROJET MEDIA
COURS DE FORMATION DE BASE DU 19 AU 30 JANVIER 1998
A LA FONDATION FRIEDRICH EBERT

LISTE DES JOURNALISTES SELECTIONNES


1er Groupe de 20 Journalistes
N° Nom et Prénom (s) Organes Date d'entrée Age
dans la profession
1 Marie Chantal Catcha Frat - Mat 1991
2 Louis S. Amedée Frat - Mat 1993 29
3 Gbato Guillaume La Voie 1997 25
4 Kessy Jacob Actuel 1996 31
5 Adama Koné Le Jour 1996 27
6 Yacouba Gbané Le Jour 1995 28
7 Yao Elisée Soir Info 1996 24
8 Zahui Dassé Claude Soir Info 1996 33
9 Traoré Abdoulaye La Nouvelle Republique 1994 30
10 Akassi Madou Orner La Nouvelle Republique 1994 28
11 Setou Banhoro Le Populaire 1997 27
12 Parfait Tadjo Le Populaire 1997 27
13 Jean - pierre Kouadiané Douze 1996 28
14 Abolé Albert Douze 1996 28
15 Jean Roch Kouamé Le Démocrate 1997 29
16 Désiré Mohy Le Démocrate 1997 28
17 Tani Orner Abdel Top Visage 1997 25
18 Fidèle Neto Top Visage 1997 25
19 Aboubacar Ben Roots Rock 25
20 Franck G. Danon Roots Rock

38
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROJET MEDIA
COURS DE FORMATION DE BASE DU 19 AU 30 JANVIER A L'ISTC
LISTE DES JOURNALISTES SELECTIONNES
2ème Groupe de 20 Journalistes
N° Nom et Prénom (s) Organes Date d'entrée Age
dans la profession
1 Marie Adèle Pocka Frat - Mat 1987 30
2 Michel Pépé Frat - Mat 1993 29
3 Aby Yolande Actuel 1996 25
4 Dan Opeli La Voie 1995 33
5 Germaine Boni L` Jour 1995 30
6 Gaoussou Ouattara Le Jour 1992 31
7 Vaha Elisa Yayoua Soir Info 1994 33
8 Tanou Amoin Madeleine Soir Info 1993 30
9 Brigitte Guirathé La Nouvelle Republique 1990 33
10 Marce Benié La Nouvelle Republique 1993 34
11 Calvin Wandji Le Populaire 1997 31
12 William Varlet Asia Douze 1996 30
13 Litié Boagnon Douze 1994 34
14 Soom Junior Moriba Douze 1996 28
15 Tidiane Bakary Ouattara Le Démocrate 1995 28
16 Ouattara Bourahima Le Démocrate 1995 28
17 Diagne Maguette Top Visages 1996 24
18 M'Bra Désiré Top Visages 1996 23
19 Marc Lénoir Roots Rock 30
20 Sangaré Yacouba Roots Rock 30

39
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROJET MEDIA
COURS DE FORMATION DE BASE DU 19 AU 30 JANVIER 1998 A L'ISTC
LISTE DES JOURNALISTES SELECTIONNES
3ème Groupe

N° Nom et Prénom (s) Organes Date d'entrée Age


dans la profession
1 Lambert Aka Frat - Mat 1987 39
2 Lobo Kouassi Frat - Mat 1983 42
3 Kouyo Augustin La Voie 1991 32
4 Touboui Ephrem Actuel 1991 32
5 Kané Abdoul Aziz Soir Info 1993 46
6 Criwa Zeli Paulin Douze 1994 29
7 Soro Nangouna Pascal Le Democrate 1995 30
8 Coulibaly Mamadou Gani Le Democrate 1995 28
9 N'Guetta Chérif Le Democrate 1992 46
10 Boni Marie Le Democrate 1995
11 Dro Tepson Aimé Top Visages 1994 28

On mélange néophytes et initiés


Richard Réale, formateur avec Honorat Dé Yédagne (aujourd’hui Directeur
général de Fraternité Matin) pour le stage d’initiation au journalisme éco-
nomique qui s’est tenu à la Fondation Friedrich Ebert du 18 au 29 mai 1998
souligne, dans son rapport, un aspect qui n’est pas banal : « Tous les sta-
giaires, à l’exception d’un seul, étaient des néophytes en matière d’écono-
mie, certains étaient journalistes professionnels et d’autres, candidats à la
carte professionnelle. La plupart étaient des collaborateurs de quotidiens
ivoiriens (journaux d’opinion en majorité). D’autres travaillaient dans la
presse magazine, féminine ou culturelle ou encore à sensation, hebdoma-
daire ou mensuelle. D’autres, enfin, étaient rédacteurs dans un quotidien
sportif. Un stagiaire travaillait dans l’audiovisuel, comme présentateur du

40
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

journal du soir de la 1ère chaîne de la télévision ivoirienne ». Question :


quel pouvait être le contenu d’une formation type pour des stagiaires aussi
différents par leur niveau professionnel que par le type de journaux dans
lesquels ils exercent, surtout que ces stages, spécialisés ou initiations de
base, étaient de courte durée ? Est-il seulement possible, dans ces condi-
tions, de concevoir un tronc commun qui mette tout le monde sur un pied
d’égalité ?
Ce mélange de professionnels qui ont quelques années de métier derrière
eux et qui sont donc censés en savoir un petit plus avec des bleus qui ne
savent absolument rien du journalisme pose une exigence : choisir le grou-
pe locomotive par lequel se nivelle le contenu du stage. L’approche péda-
gogique ne semble pas ici des plus aisées. Faut-il adapter le contenu de l’i-
nitiation aux néophytes ? Ce qui pourrait donner le sentiment aux initiés
soit de faire du sur-place, soit de croire qu’ils boxent dans une catégorie
inférieure et donc de ne rien apprendre qu’ils n’aient déjà appris à l’école
ou éprouvé sur le tas. Mais il y a plus grave : ces vétérans peuvent nourrir
le sentiment qu’ils perdent leur temps. La "perdiemmite" pourrait aussi jus-
tifier leur présence. La démarche inverse n’est pas forcément assurée de
simplifier les choses ni de garantir le succès, parce qu’elle pourrait se faire
au détriment des néophytes. Un contenu qui ne tiendrait compte que des
seuls professionnels qui ont déjà exercé laisserait au bord du chemin les
nouveaux. L’illustration en est donnée par ce stage d’initiation au journalis-
me économique. Richard Réale, dans son rapport déjà cité, observe, parlant
des journalistes qui participent à ce stage : « L’expérience professionnelle
des uns et des autres était variable. 50% des stagiaires étaient neufs dans le
métier, l’autre moitié était des professionnels de plus longue date et pour
certains des journalistes d’expérience ». Mais il ajoute aussitôt : « La diffé-
rence de niveau n’a jamais altéré l’intérêt des stagiaires pour la spécificité
du programme : l’initiation économique. Les échanges entre formateurs et
stagiaires ont dû cependant tenir compte d’une demande forte des partici-

41
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

pants concernant les règles de base du traitement de l’information, écono-


mique, ou non.
Ainsi, le programme de formation, sans jamais perdre de vue la spécificité
"éco" de ces quinze jours de travail a fait une place à la révision du mode
d’emploi des techniques journalistiques de base, aussi bien dans les domai-
nes de la rédaction (les divers genres : brèves, interview, reportage), de la
recherche de l’information, de l’angle que de l’éthique ». L’on remarque
qu’au cours de sa phase pratique, le "Projet Média" a participé à entretenir
une certaine confusion entre la formation initiale et la formation continue.
En tous les cas, il n’a pas permis d’opérer un choix pédagogique et une stra-
tégie de formation claires.

Programmes de formation clés en main


L’ensemble des séminaires de formation des journalistes ivoiriens organisés
ces quinze dernières années a la particularité d’offrir quelques arguments
pour parler de "séminaires clés en main". La définition des besoins de forma-
tion s’est trop souvent appuyée sur quelques constats qui n’ont fait l’objet ni
d’études ni d’analyses préalables. Il s’agit, entre autres, de l’arrivée massive
de jeunes en fin de cycle universitaire, ou sortis des grandes écoles, (une des
enquêtées, Guirathé Brigitte, le note dans ses réponses) dans le métier. Ce à
quoi il faut ajouter, à partir du début des années 90, l’interruption de l’octroi
de bourses de formation en journalisme dans des écoles africaines, européen-
nes ou américaines, le peu de professionnalisme des journaux et de leurs ani-
mateurs, leurs dérives et dérapages. Mais il n’y a pas que la définition des
besoins de formation qui pose problème: les contenus des séminaires achop-
pent sur d’autres difficultés. Ce sont: l’absence d’études préalables pour cer-
ner, avec précision, les attentes, le manque de concertations entre les associa-
tions professionnelles, les patrons de presse, les partenaires au développe-
ment des médias. Liste déjà longue mais pas pour autant exhaustive, puisqu’il
faut l’enrichir avec l’absence de consultations des premiers concernés (les

42
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

journalistes) pour prendre l’exacte mesure des problèmes de la corporation.


Résultat des courses, les contenus des séminaires de formation ont été, dans
une large mesure, calqués sur l’aspect qui peut être considéré comme le plus
connu des programmes des écoles et instituts de formation connus ici et
ailleurs, c’est-à-dire les techniques de l’écriture journalistique. Un certain
consensus s’était dégagé aussi bien dans le milieu des journalistes que parmi
les consommateurs de l’information pour décréter que le manque de profes-
sionnalisme des journaux (fautes professionnelles, mais aussi éthiques et
déontologiques) trouve son origine dans la méconnaissance ou la totale igno-
rance des règles de base. La prédominance des techniques rédactionnelles
pourrait donc s’expliquer par la demande, généralement au cours des sémi-
naires comme l’assure Richard Réale dans son rapport, des participants qui
marquaient trop souvent un vif intérêt pour les règles de base. Mais la quasi
réduction des contenus des séminaires de formation au seul apprentissage de
l’écriture journalistique est surtout due pour une large part au fait que ceux
qui concevaient ces séminaires n’étaient pas des spécialistes de la formation
en journalisme, ni des pédagogues professionnels. La bonne volonté des
organisateurs des formations mandatés par les associations professionnelles
et l’enthousiasme des uns et des autres ont permis de "penser" le contenu des
séminaires. Mais ils ne suffisent pas.

Des séminaires trop riches


A l’inverse des séminaires de l’Unjci qui s’articulaient tous autour de
l’initiation à l’écriture journalistique presse écrite et presse audiovi-
suelle, "Projet Média" avait vu grand. Que ce soit les spécialisations ou
les sessions d’initiation de base, les contenus étaient surchargés. Ce qui
donne l’impression qu’aucune priorité de formation n’a été au préala-
ble dégagée dans laquelle s’enracine le contenu pédagogique et qui en
forge l’esprit et la lettre. L’objectif visé était visiblement la formation
qualifiante ; mais peut-on tout faire en si peu de temps (seize mois pour

43
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

mener à terme tout ce qui avait prévu, c’était impossible, surtout que
l’on s’adressait à des journalistes en exercice dans des rédactions). La
plupart des thèmes proposés peuvent constituer à eux seuls des modu-
les d’une année académique, à temps plein.
Dans les documents auxquels nous avons eu accès, nous avons consta-
té qu’un des formateurs a reconduit un programme de formation déjà
mis en œuvre au Cameroun, et dans le courrier qu’il a adressé au repré-
sentant résident de la Fondation Friedrich Ebert de Côte d’Ivoire, il
parle encore du Cameroun. Preuve que c’est une proposition standard
qui peut ne tient aucun compte des spécificités de la presse ivoirienne.
On copie et on colle. Preuve aussi, et nous insistons sur cet aspect,
qu’aucune étude préalable, aucun sondage des concernés n’ont été
commis avant la conception de vaste et coûteux projet de formation.
Cette difficulté n’était pas insurmontable : il aurait simplement fallu
mettre en place des instruments de correction par rapport aux réalités
du terrain. Encore une fois, il s’agit du suivi et de l’évaluation.

Voici notre questionnaire I et quelques réponses types à notre enquête sur le


terrain.
Quelques-unes des personnes enquêtées dont nous publions, ici, les réponses, sont encore dans le
métier. Il s’agit de Pépé Michèle, chef du service politique à Fraternité Matin, Djidjé Marie-Adèle,
rédacteur au service société à Fraternité Matin, Guirathé Brigitte, journaliste à Femme d’Afrique et
Abi Yolande anciennement secrétaire de rédaction à Notre Voix.
Contexte de l’enquête : Un nouveau projet de formation des journalistes vient de se mettre en place.
Il ne sera pas conduit de la même manière que les séminaires organisés ces quinze dernières années.
Pour obtenir des résultats et atteindre l’objectif de la responsabilisation des journalistes et de la pro-
fessionnalisation du métier ce projet prend en compte les besoins de formation exprimés par les jour-
nalistes, leurs organisations professionnelles et les patrons de presse. Il s’appuie aussi sur le bilan des
quinze dernières années : 1990 - 2005.
Vous êtes un des bénéficiaires des séminaires de formation des journalistes organisés par l’Union
nationale des journalistes de Côte d’Ivoire, Unjci, l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’é-
thique et de la déontologie, Olped, et d’autres associations professionnelles de la corporation.

Question 1
Qu’est-ce que ces séminaires de formation vous ont apporté sur le plan professionnel ?

44
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Réponses 1

Guirathé Brigitte :
. Une vue d’ensemble sur la méthode de travail en journalisme :
les techniques de prise de notes
les techniques rédactionnelles, surtout les phrases courtes et précises
des connaissances générales en secrétariat de rédaction ( comment disposer les photos pour qu’elles
soient plus parlantes, etc.
Un réseau relationnel au sein de la corporation. Important pour tout nouveau journaliste de créer son
tout premier réseau d’informations vérifiables sur le terrain.

Abi Yolande :
. Une plus grande aisance dans la pratique du métier. Surtout dans la façon d’aborder les différents
genres journalistiques.

Pépé Michèle :
. Une meilleure compréhension des techniques de rédaction.

Djidjé Marie-Adèle :
. J’ai particulièrement participé au " Projet Média" de l’Union européenne : journalisme en démocra-
tie. J’y ai appris le traitement de l’information de manière équilibrée.

Question 2
Qu’en avez-vous retenu d’essentiel ?

Réponses 2

Guirathé Brigitte :
. L’idée de faire des phrases courtes. Et qui respectent les réponses aux questions de base : Qui ? Quoi ?
Où, Quand ? Comment ? Eventuellement, pourquoi ?

Abi Yolande :
. Qu’un journaliste n’est pas un " créateur" d’événements, mais un rapporteur méticuleux de faits
avérés et soigneusement recoupés, quitte à laisser passer un scoop.

Pépé Michèle :
. Les échanges d’expériences pratiques soutenus par la théorie.

Djidjé Marie-Adèle :
. La concision, la précision et l’impartialité.

Question 3
Pensez-vous que les techniques rédactionnelles qui formaient l’essentiel du contenu de ces sémi-
naires constituaient une bonne offre de formation ?
Pourquoi ?

45
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Guirathé Brigitte :
. Oui.
. La plupart de ceux qui comme moi participaient à ces séminaires venaient directement de l’univer-
sité. La méthode rédactionnelle est complètement différente même si certains pensent que l’essentiel
est de donner un message logique. Ici, la profession a ses règles raison pour laquelle une formation
de base s’avère importante dans ce domaine.

Abi Yolande :
. Bien sûr !
. Vu qu’à l’époque (1998), nombre de jeunes journalistes exerçaient sur le tas.

Pépé Michèle :
. Oui.
. Parce qu’elles nous restituaient la base du métier de journaliste. Le tout soutenu par des livres.

Djidjé Marie-Adèle :
. Oui, absolument.
. Parce qu’on a toujours besoin de réapprendre.

Question 4
Si la formation des journalistes devrait reprendre, que proposeriez-vous ?
A – Genres journalistiques et techniques rédactionnelles ?
B – Ethique et déontologie du journalisme ?
C–A+B?

Réponses 4

Guirathé Brigitte :
. Si la formation devrait reprendre je proposerais les solutions A + B

Abi Yolande :
. Je proposerais une formation en plusieurs phases : théorique, pratique (immersion dans les rédac-
tions des journalistes) et situationnelle (stages dans d’autres rédactions). Ensuite cette formation doit
comporter les genres journalistiques et techniques rédactionnelles et l’éthique et la déontologie du
journalisme.

Pépé Michèle :
. Les genres journalistiques et techniques rédactionnelles plus l’éthique et la déontologie du journa-
lisme.

Djidjé Marie-Adèle :
. Je proposerais l’éthique et la déontologie du journalisme.

Question 5
Quel autre module de formation proposeriez-vous ?

46
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Réponses 5

Guirathé Brigitte :
. Je proposerais le photojournalisme (pour donner plus de mobilité au journaliste). La diction (la plu-
part des journalistes ivoiriens en ont besoin même ceux de la presse écrite).
N.B : En 1993, le séminaire de l’Unjci à l’Istc incluait déjà le secrétariat de rédaction, ce qui était
une bonne chose ne serait-ce que pour le choix des photos par un journaliste.

Abi Yolande :
. Le secrétariat de rédaction.

Pépé Michèle :
. Le secrétariat de rédaction.

Djidjé Marie-Adèle :
.Le secrétariat de rédaction.

Brève analyse des réponses des enquêtés


Le secrétariat de rédaction est très demandé. Mais cette tendance est
nouvelle. A cause de sa double exigence de grande technicité et de
grande connaissance du journalisme (choix des titres, rewritting,
habillage des papiers, recherche de la meilleure attaque, de la meilleu-
re accroche, etc.), très peu de journalistes ivoiriens s’orientent vers ce
métier. Nombreux sont ceux convaincus de ce qu’il est moins valori-
sant que le journalisme. Les conséquences du peu d’engouement que
suscite ce métier, pour parler par euphémisme, c’est que les rédactions
comptent trop peu de vrais secrétaires de rédaction. D’où le choix de
polices de caractères, de concept graphique, l’utilisation des valeurs
montantes du journalisme comme l’iconographie à la limite de l’ama-
teurisme. Sur toute la place d’Abidjan, il n’existe vraisemblablement
que quelques très rares vrais secrétaires de rédaction.
Les enquêtés proposent l’éthique et la déontologie du journalisme cou-
plés avec les genres journalistiques et les techniques d’écriture journa-
listique. L’éthique et la déontologie sont d’apparition récente en Côte

47
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

d’Ivoire. Il est vrai que le code de déontologie du métier a été adopté


le 29 août 1992 (un an après la création de l’Unjci) à Yamoussoukro par
toute la corporation. Mais cet aspect moral du journal n’était pas alors
perçu comme pouvant être enseigné. En adoptant leur code, les journa-
listes ivoiriens manifestaient leur volonté de donner une éthique à
l’exercice du journalisme. Si l’enquête révèle que les journalistes
demandent désormais son enseignement en tant que module, c’est bien
à cause de toutes les dérives et de tous les dérapages dont les médias
ivoiriens se sont rendus coupables. Leur mauvaise réputation et leur
mauvaise presse étant désormais établies et l’unanimité se faisant cont-
re eux. Il faut passer à une autre étape : faire un module d’enseigne-
ment de l’éthique et la déontologie. Cet autre résultat de l’enquête rap-
pelle l’insistance de toute la corporation, pendant des années, pour que
de vraies sanctions soient appliquées aux journalistes qui commettent
des manquements à l’éthique et la déontologie.
Si les genres journalistiques et les techniques rédactionnelles revien-
nent parmi les demandes de formation, c’est bien la preuve que l’initia-
tion de base est encore nécessaire. Puisque nombre de détenteurs de la
carte d’identité de journaliste professionnel qui exercent le métier ou
sont passés dans une ou plusieurs rédactions n’ont pas encore reçu de
formation au journalisme, qu’elle soit académique ou sur le tas. La cor-
poration est plutôt investie par une bonne partie de la génération BTS
communication.
Des séminaires auxquels ils ont participé, l’ensemble des enquêtés
semble garder de bons souvenirs professionnels, et proposent que l’ap-
prentissage du métier reprenne par l’initiation aux règles de base.

L’onction des partenaires au développement


des médias
A la vérité, le besoin de formation était sans doute réel et très fort.
48
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Nombre d’apprenants considèrent ces séminaires comme des occa-


sions d’un apprentissage qui, même très théorique, leur aura permis
d’ajouter une formation professionnelle et "pratique" à leur cursus uni-
versitaire ou scolaire. Le côté un peu amateur et surtout répétitif des
contenus et l’absence de stratégies et d’approches pédagogiques ne
semblent pas les avoir rebutés outre mesure ni les avoir découragés.
Mais, avaient-ils mieux ?
En dépit du dynamisme des associations professionnelles qu’on retro-
uvait dans presque toutes les spécialisations (journalismes politique,
économique, diplomatique, culturel, sportif, etc.) les séminaires étaient
très demandés mais ne faisaient l’objet de presque aucune critique de
fond.
Les partenaires au développement ont apporté leur onction par la mise
à disposition des organisateurs des budgets. Ils ont sans doute fait leurs
les observations qui ont amené les organisations professionnelles de la
corporation à initier de nombreux séminaires : journalistes non formés ;
multiplication dans les médias de fautes de tous genres ; etc.
Ont-ils remarqué le très relatif impact des séminaires de formation sur
la qualité du contenu des journaux et le travail des journalistes ?
Certainement - puisque hors-micro quelques-uns en ont dit quelques
mots - même si de façon formelle et officielle ils ne l’ont pas formulé.
"Projet Média" fut un grand programme de formation. Il a bouclé le
cycle des séminaires. Après son interruption, quelques autres séminai-
res ont été organisés par les associations spécialisées, pas sur l’écritu-
re journalistique, mais plus particulièrement autour des disciplines
comme le journalisme diplomatique, culturel, etc. Et cela sous forme
de cours magistraux qui ne duraient pas plus de trois jours.
Si les besoins en formation étaient réels et la demande d’espaces de
rencontres, d’échanges et de débats autour du métier de journaliste n’é-
tait pas de pure forme, les raisons qui sous-tendaient l’organisation de

49
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

certains séminaires ne s’inscrivaient pas toujours ni forcément dans la


même logique. Vu la bonne disposition, voire la générosité, des parte-
naires au développement des médias relativement aux séminaires, cer-
taines organisations professionnelles en avaient fait leur spécialité
puisqu’ils leur permettaient d’obtenir quelque budget et de fonctionner
ou d’exister. Ainsi la formation des journalistes mise en avant pour la
recherche de financement n’était en fait qu’une activité secondaire ou
subsidiaire qui servait à la captation de la rente de survie. Alors, on
entendait dans le milieu des réflexions du genre : puisqu’il reste enco-
re un peu de fonds qui repartira chez le bailleur si nous ne l’utilisons
pas, pourquoi ne pas organiser un séminaire de formation ? Et il n’est
pas exclu que certains partenaires qui disposaient en fin d’exercice
budgétaire de reliquat sans objet le libéraient plus facilement pour
financer l’organisation de séminaires de formation.

Formateurs : nationaux et non nationaux


Les séminaires initiés par l’Unjci, l’Olped et d’autres organisations professionnelles de journalistes ont tous été
animés par des intervenants nationaux, essentiellement des journalistes d’expérience choisis pour leur profes-
sionnalisme reconnu, leur ancienneté dans le métier, mais aussi et surtout parce qu’ils dispensaient déjà des
cours de techniques rédactionnelles dans certaines grandes écoles nationales et à l’université. C’était en tout cas
le profil de Diégou Bailly Jérôme, Alfred Dan Moussa, Zio Moussa qui avaient aussi en commun d’être tous les
trois des anciens de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille et d’être des responsables à un niveau élevé de
la hiérarchie des différentes rédactions auxquelles ils appartenaient. Ils font partie des fondateurs des deux asso-
ciations professionnelles de journalistes qui comptent, l’Unjci et l’Olped au sein desquelles ils ont assuré les
premières responsabilités. Ils bénéficiaient alors dans la corporation d’une présomption de compétence profes-
sionnelle, de connaissances théoriques et pratiques du métier. Toutes choses qui ont dû militer en faveur du
choix qui se portait régulièrement sur eux pour l’animation des séminaires.
"Projet Média" de l’Union européenne a réuni des professionnels nationaux et non nationaux, plus particulière-
ment des journalistes français dont certains étaient encore en exercice et d’autres à la retraite (il s’agit surtout
de Roland Erbstein, anciennement à l’Est Républicain). Les nationaux avaient l’expérience du terrain, ce qui
n’était pas un moindre avantage ; mais ils n’étaient sans doute pas les seuls à avoir cet atout : parmi les interve-
nants non nationaux, quelques-uns avaient déjà encadré des formations dans d’autres pays africains. Ils avaient
donc acquis quelques connaissances sur le fonctionnement, les difficultés et les faiblesses des journalistes et des
journaux africains, et certainement leurs besoins en formation. Douze séminaires de formation ont été organisés
par l’Unjci dont neuf à Abidjan à la Fondation Friedrich Ebert, à l’ISTC et trois à l’intérieur du pays à Bouaké,
Daloa et Gagnoa à l’intention des correspondants régionaux.

50
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

4 ème
partie

Le dispositif de formation

Les organisateurs ont la décision


L’expérience des formateurs, leurs qualité et compétence profession-
nelles et leur connaissance relative ou profonde du terrain devraient
pouvoir amener les organisateurs des séminaires à les associer étroite-
ment à la conception et à l’élaboration des contenus des séminaires.
L’objectif recherché étant de donner aux journalistes les fondamentaux
du métier et sa professionnalisation, l’exploitation des compétences de
ceux commis à l’encadrement des séminaires aurait permis plus d’effi-
cacité dans la réalisation de ce double objectif.
Mais l’inexistence de structures compétentes en matière d’approches et
de contenus pédagogiques, le soin laissé aux formateurs de définir le
contenu des formations n’étaient pas des facteurs de dynamisation et

51
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

d’efficacité. Cela explique aussi qu’à l’exception des stages d’initia-


tion aux spécialisations comme nous le soulignions plus haut, l’essen-
tiel du contenu des séminaires ait été réduit à l’écriture journalistique,
aux techniques de base du traitement de l’information. C’est ainsi que
les séminaires se sont suivis et se sont ressemblés en répétant d’une
édition à l’autre le même et unique programme. Il y eut durant ces
quinze dernières années comme une mode des séminaires de formation
au journalisme. Une formation qui souffrait d’un déficit de stages pra-
tiques, d’instruments de sa propre remise en cause, d’une vision et
d’objectifs à réaliser. Et d’une part trop belle faite aux seules tech-
niques d’écriture.
Nombre de partenaires au développement des médias, pour leur part,
acceptaient de ne financer alors qu’une seule activité : les séminaires ;
parce que la conviction était partagée aussi bien par ces partenaires que
par les professionnels eux-mêmes que le problème de la corporation
c’était le manque de formation d’une part et d’autre part que la forma-
tion résoudrait les problèmes des journalistes et des médias. Ce sont un
peu plus de deux cents sélectionnés qui ont participé à la vingtaine de
séminaires (y compris les spécialisés) organisés ces quinze dernières
années. Des correspondants régionaux de presque tous les organes ont
eu eux aussi droit à leurs séminaires, au moins trois : un à Bouaké, un
autre à Gagnoa et puis un troisième à Daloa, chacun réunissant une
vingtaine de correspondants régionaux venus de toutes les rédactions
présentes dans le pays profond.

L'horloge sans aiguilles


L’ensemble des séminaires Unjci, Olped, associations professionnelles
spécialisées et Union européenne (à travers Projet Média) s’est carac-
térisé par l’absence du suivi et de l’évaluation. Chaque fin de forma-
tion était, certes, sanctionnée par un questionnaire distribué aux parti-

52
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

cipants et portant sur le contenu et le déroulement du séminaire.


L’importance d’une telle démarche n’est pas négligeable qui permet
d’obtenir à chaud et sur le champ critiques et appréciations. Elle sanc-
tionne positivement ou négativement d’abord les encadreurs, ensuite
elle interpelle les organisateurs et les partenaires en donnant les
impressions recueillies quelquefois dans la précipitation et donc pas
toujours approfondies, mais dont la lecture attentive pouvait fournir de
précieuses indications. Ces questionnaires anonymes offraient un autre
avantage : celui qui y répond, retranché derrière l’anonymat, se sent
protégé ou du moins à l’abri des représailles (plus de participation à
d’autres séminaires, mauvaise réputation auprès des formateurs dont
certains étaient de potentiels employeurs). Il exerce sa liberté de criti-
quer sans crainte et donc sans autocensure. L’on peut considérer, même
s’il ne faut pas écarter la volonté de certains participants de faire plai-
sir à leurs maîtres, qu’une grande partie des réponses est sincère et
reflète l’opinion réelle de leurs auteurs.
Ces documents, si on les retrouve, peuvent servir de base de discus-
sions, d’échanges autour de l’orientation et des objectifs des séminai-
res. Ils apportent un éclairage qui interroge les organisateurs et peut
remettre en cause les méthodes et les approches pédagogiques qu’ils
ont choisies.
Mais ils ne font jamais l’objet de décryptage au cours de réunions d’é-
valuation des organisateurs (celles-ci n’existent même pas). Les enca-
dreurs les lisent parfois en diagonale, et quand ils les lisent entière-
ment, ils ne semblent pas vraiment en tirer des enseignements puisque
ceux-mêmes qui les emploient, c’est-à-dire les organisateurs des sémi-
naires, ne s’en servent pas pour mettre en place de véritables outils d’é-
valuation des séminaires et surtout des formateurs.
Le suivi et l’évaluation ne doivent pas être perçus comme des moyens
de sanctions des seuls apprenants. Ils doivent servir d’aune pour jauger

53
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

les choix et les approches pédagogiques, l’organisation matérielle, l’ef-


ficacité de l’encadrement, l’adéquation entre les besoins de formation
et les offres de formation, les critères de sélection des participants, la
qualité de la formation qualifiante que les séminaires sont censés
dispenser, etc. A quoi sert le mouvement du balancier de l’horloge la
plus précise s’il n’existe pas d’aiguilles pour indiquer les heures sur le
cadran et prendre la mesure du temps ?

Des organisateurs amateurs ? Sans doute !


Et les partenaires, alors ?
L’attitude des partenaires au développement des médias, durant ces
longues années- séminaires, autorise quelques interrogations. Pourquoi
avoir accepté de financer une si longue série de séminaires sans exiger
des rapports d’évaluation dont les instruments auraient pourtant pu être
mis au point par leurs experts et spécialistes ? Pourquoi leurs program-
mes de soutien au développement des médias se sont-ils presque tous
principalement articulés autour des seuls séminaires de formation ?
Pourquoi leurs interventions n’étaient-elles pas coordonnées, ce qui
aurait pu éviter que les uns et les autres se marchent sur les pieds et
répètent et encouragent les mêmes initiatives ? etc.
Il ne s’agit pas de remettre en question le financement des séminaires,
ni même leur organisation en série industrielle. Il convient cependant
de souligner que les rapports entre les partenaires au développement
des médias et les associations professionnelles ne peuvent être réduites
à la seule mise à disposition de celles-ci des fonds par ceux-là. Les pre-
miers, sans vouloir trop peser sur le contenu des activités qu’ils finan-
cent en imposant leur analyse et leurs solutions, ont cependant le
devoir d’aider les bénéficiaires de leurs financements à mettre en place
les outils de l’efficacité. Cela, semble-t-il, n’a pas toujours été la pra-
tique.
54
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Il se dégage de ce partenariat des années 90 le sentiment que tous, par-


tenaires et associations professionnelles, étaient d’accord sur les
conclusions d’un diagnostic – qui n’a pas existé – de la presse ivoirien-
ne. Voilà pourquoi tous adhéraient alors à la thérapeutique "séminari-
sante". Il faut alors croire que les partenaires n’avaient qu’un seul et
grand atout, l’argent, mais qu’ils n’avaient pas plus d’expertise ni
d’expérience que ceux à qui ils apportaient leur soutien financier.
L’amateurisme en la matière, si amateurisme il y a eu, peut être consi-
déré comme partagé.
. Le contenu de ces séminaires s’articulait essentiellement autour de l’initiation à l’écriture journalistique pres-
se et audiovisuelle.
. Le choix des journalistes participants était laissé à l’initiative des rédactions.
. Les organisateurs n’avaient pas élaboré de critères de sélection.
. Aucun rapport de suivi et d’évaluation n’a été dressé de ces douze séminaires.
. Aucune structure genre comité pédagogique, comité de suivi et d’évaluation n’avait été mise en place.

55
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

5 ème
partie

Forces et faiblesses

La proximité dissout l’attention


Le choix de l’espace qui accueille la formation ne doit pas être laissé au
hasard. L’expérience montre que plus les participants à un séminaire sont
proches de leur lieu de travail, moins ils sont présents aux séances de for-
mation. Or, il se trouve qu’une très grande partie des séminaires de forma-
tion s’est tenue à Abidjan, plus précisément à la Fondation Friedrich Ebert
et à l’Institut supérieur des techniques de la communication, ISTC.
Conséquences : les journalistes envoyés à ces séminaires par leur rédaction
continuaient, pour certains, d’accomplir leurs tâches quotidiennes de rédac-
teurs au sein de leurs journaux en prenant sur le temps de la formation ;
pour d’autres à prendre prétexte de leur présence au séminaire pour faire
l’école et le travail buissonniers : ils n’allaient pas à la rédaction, mais n’é-

56
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

taient que partiellement présents sur les lieux du séminaire. Une autre
variante : ceux qui venaient juste partager le repas commun de midi, la
pause-café, ou répondre présents à l’appel pour ne pas perdre le bénéfice du
per diem quotidien.
La formation, dans ces différents cas, devient presque secondaire. C’est
ainsi que, rarement, sur une vingtaine de participants en moyenne, moins de
la moitié suivent de bout en bout, sans une seule absence, les prestations des
encadreurs, les débats sur le métier. Cet absentéisme, bien évidemment, est
préjudiciable à la participation, à la nécessaire interactivité et au taux de
présence et d’assiduité. Mais, surtout, il met en évidence une certaine forme
d’irresponsabilité des journalistes qui, non seulement, se font payer pour
être formés, mais ne sont pas disciplinés. Ceux retenus par leur rédaction
donnent, par leurs absences, le sentiment qu’ils occupent indûment des pla-
ces qui auraient pu être profitables à d’autres. La question se pose alors de
savoir ce qu’ils tirent véritablement des séminaires auxquels ils participent
au nom de leur rédaction.
La possibilité de délocaliser ou de décentraliser les séminaires a été plu-
sieurs fois envisagée et même plus d’une fois appliquée. Si elle a atténué
les difficultés engendrées par la proximité, elle n’a pas résolu les autres pro-
blèmes, dont la perdiemmite.

La perdiemmite ou le gombo officiel


Etre payé pour recevoir une formation. Il est difficile de soutenir que les
motivations de certains journalistes – pas peu nombreux – grands dévoreurs
de séminaires tiennent à la seule quête des règles du métier. Le per diem est
pour beaucoup dans ce que l’on peut appeler la ruée vers les séminaires.
Quelques stratégies, un peu scolaires il faut l’avouer, ont été mises en place
par les organisateurs pour en réduire la prospérité. A certains séminaires,
l’on a instauré l’appel au début de la matinée, de l’après-midi et en fin de
journée. Sans grand succès. Les pauses-café du matin et de l’après-midi off-

57
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

rent des occasions de s’éclipser après avoir répondu présent aux appels.
Nécessairement, le per diem tombe. Pas grande chose, certes, mais 3.000
FCFA, ou même 2.500 FCFA par jour pour des rédacteurs payés à moins de
100.000 FCFA, voire 50.000 FCFA ou rien du tout le mois, ça permet de
tromper la misère.
L’instauration du per diem pour les séminaires répondait pourtant au souci
des organisateurs de faciliter le déplacement des participants qui ne dor-
maient pas sur le lieu de la formation mais étaient dispersés aux quatre
coins de la mégapole abidjanaise. Les difficultés de déplacement pour les
journalistes qui changeaient d’itinéraire à cause du séminaire étaient réel-
les. La solution apportée a malheureusement perverti les rapports des for-
més à la formation.
Mais le terreau était fertile. Le contexte prédisposait à cette pratique.
Salaires dérisoires, quand ils existent et quand ils sont payés (il se raconte
que certains recevaient de leur DP des bons d’essence qu’ils devaient
échanger dans des stations d’essence, que quand d’autres demandaient un
salaire, leur directeur de publication leur conseillait de se servir des pages
du journal pour se payer eux-mêmes), entreprises de presse informelles,
statut du journaliste presque inexistant, etc. Les conditions étaient réunies
pour une captation sans foi ni loi de toutes les rentes, dont les per diem des
séminaires.
Ainsi, osons le dire, ces pécules deviennent ou une variété de gombo ou en
tout cas son prolongement logique. Et puisque c’est collectif et c’est offi-
ciel, certains en faisaient presque une exigence qui conditionne leur parti-
cipation, quand ils sont retenus par leur rédaction, à des séminaires. Et cer-
taines fois, dès qu’on en annonçait un, la question devenue rituelle fusait :
y aura-t-il des per diem ?

A l’école de la théorie
Les genres rédactionnels et les techniques d’écriture journalistique étaient

58
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

un peu le veau d’or auquel les séminaires ont voué un culte. Ce n’est pas
sans intérêt. La confusion des genres qui connaît son âge d’or avec la pres-
se ivoirienne, une presse - de parti - essentiellement d’opinion qui mélange
allègrement faits et opinions, commentaires et information n’est pas sans
effet sur la confiance du lectorat et de l’achétorat. La nécessité de distinguer
les genres s’imposait. Aussi, l’apprentissage des techniques d’écriture de
ces genres ne pouvait-il être balayé du revers de la main. Des raisons non
négligeables qui expliquent, entre autres et pour une large part, le choix des
contenus des séminaires.
Mais l’une des faiblesses de l’option massive des seuls séminaires vient du
fait qu’ils favorisent des interventions genre cours magistraux, cela au
détriment de stages pratiques ou même d’exercices pratiques intensifs d’é-
criture. A l’exception du Projet Média" au cours duquel l’accent a été mis
sur la pratique par la création d’une rédaction, la conception, la rédaction et
la fabrication d’un journal ainsi que d’émissions radio, les autres séminai-
res étaient purement théoriques.
L’intérêt marqué pour l’apprentissage des genres et techniques rédaction-
nels dont fait état Richard Réale dans son rapport n’est pas exclusif des
stages pratiques. Nous le soulignions plus haut, il n’y en eut pourtant
presque pas ou si peu. Ce qui pose fondamentalement problème c’est sur-
tout cette absence de mise en pratique de la théorie. Qui aurait pourtant pu
être utilisé comme un excellent instrument d’évaluation des apprenants, de
validation du contenu et de la compétence pédagogiques des encadreurs.
L’objectif des séminaires n’est pas de faire de la formation diplômante,
mais plutôt une formation qualifiante. Ce n’est pas une mission impossible
si le temps de l’apprentissage n’est pas trop réduit, si chaque session de for-
mation ou d’initiation de base s’inscrit dans une certaine cohérence et une
logique pédagogiques, si une véritable politique de stages est conçue et
mise en pratique.
Le journal des stagiaires et l’antenne-stage, après la fin prématurée du
Projet Média, n’ont pas fait école au cours des séminaires post-projet de
l’Union européenne. L’argument de leur coût élevé n’est pas à négliger :

59
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

l’impression et la fabrication d’un journal, même quand les membres de la


rédaction ne sont pas rémunérés, coûtent cher. Même la confection d’un
journal radiodiffusé, fût-il l’œuvre de stagiaires participant à un séminaire
a un coût. Dans les budgets accordés par les partenaires aux associations
professionnelles organisatrices des séminaires ces chapitres ne sont pas tou-
jours pris en compte, puisqu’ils peuvent engloutir à eux seuls le tiers du
budget. Des solutions négociées avec les entreprises de presse pour amoin-
drir les coûts sont envisageables, mais elles ne permettent pas d’éditer un
journal ou une émission radiodiffusée de fin de stage gratuits. Cette diffi-
culté a aussi milité contre les travaux pratiques.

Sélection sans critères ou selon la volonté du prince


Plus haut, nous évoquions l’âge du capitaine. Comment et pourquoi sélec-
tionner un journaliste en fin de carrière pour en faire un apprenant qui s’i-
nitie au B-A. BA de son métier ? Peut-être que la retraite est l’âge de matu-
rité du journaliste, il faut donc accompagner le partant avec des notions qui
ne lui serviront certainement pas. Quand il égrènera ses meilleurs souve-
nirs, il pourra accorder une place de choix à ces grands moments de quête
du savoir…
La pyramide des âges des participants aux séminaires sur le journalisme est,
plus sérieusement, révélatrice du peu de sérieux que des rédactions ont
accordé à ces sessions d’initiation au journalisme. Certains responsables de
journaux y ont vu un moyen d’offrir quelques vacances perdiemmisées à
leurs collaborateurs préférés, pas forcément les meilleurs ni ceux qui ont un
besoin réel d’apprentissage. Le but visé dans ce cas n’est pas d’améliorer le
niveau professionnel des rédacteurs et la qualité rédactionnelle du journal.
Mais ni les journaux ni les responsables des rédactions ne sont vraiment
responsables de ces sélections sans critères. Aucun des organisateurs des
séminaires des quinze dernières années n’a véritablement exigé que la
sélection de chaque participant soit soumise à des critères même les plus
faciles à remplir comme l’âge, par exemple. Quand celui-ci est indiqué sur
60
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

une liste, il sert juste à informer les encadreurs, sans plus, puisqu’il n’est
pas complété par le nombre d’années passées dans le métier ou même d’au-
tres renseignements à caractère professionnel sur chacun des participants.
Les listes qui parviennent aux organisateurs et qui sont utilisées par l’équi-
pe d’encadrement n’ont d’autre utilité que l’appel pour constater les présen-
ces ou les absences.
L’absence d’objectifs clairement exprimés, de suivi et d’évaluation pendant
et après les séminaires est un facteur qui favorise la sélection sans critères
ou selon la volonté du prince. La recherche et la fixation de résultats mesu-
rables et quantifiables n’ayant pas toujours présidé à l’organisation des
séminaires, il est clair que la mise en place de critères de sélection ne pou-
vait être un préalable.

61
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROJET MEDIA
SEMINAIRE DE SPECIALISAITON EN ECONOMIE
Du 18 au 29 Mai à la Fondation Friedrich Ebert

Liste de présence du …………………(matin)

N° Nom et Prénom (s) Organes Émargement


1 Aby Yolande Actuel
2 Litié Boagnon Douze
3 Doom Junior Moriba Douze
4 Wulliam Varlet Asia Douze
5 Marie Adèle Pockpa Fraternité matin
6 Ouattara Bourahiman Le Démocrate
7 Soro Nangouna Pascal Le Démocrate
8 Tidiane Bakary Ouattara Le Démocrate
9 Carlos SAMASSI Le Libéral
10 Coulibaly SOUNKALO Le Libéral
11 Théodore TOMIN Le Libéral
12 Calvin WANDJI Le Populaire
13 Dan Opéli Notre Voie
14 Marc Lénoir Roots Rock
15 Viviane AHIMAIN RTI-TV1
16 Guillaume N’GUETTIA Soir Info
17 Tanou Amoin Madeleine Soir Info
18 Vaha Elisa Yayoua Soir Info
19 Diagne Maguette Top Visages
20 Dro Tepson Top Visages
21 M’Bra Désiré Top Visages

62
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

PROJET MEDIA
SEMINAIRE DE SPECIALISAITON EN POLITIQUE
Du 18 au 29 Mai à l’IPNETP

Liste de présence du …………………(matin)

N° Nom et Prénom (s) Organes Émargement


1 Kessy Jacob Actuel
2 Abalé Allbert Douze
3 Jean –Pierre Kouadiané Douze
4 Louis S. Amedé Fraternité matin
5 Marie Adèle Pockpa Fraternité matin
6 Satigui KONE L’Appel
7 Yaya Alpha SYLLA L’Appel
8 Mari Boni Le Démocrate
9 Coulibaly Mamadou Gani Le Démocrate
10 Adama Koné Le Jour
11 Yacouba Gbané Le Jour
12 Parfait Tadjo Le Populaire
13 Setou Banhoro Le Populaire
14 Fidèle Neto PORBRIER Match Week-Ends
15 Armand BOHUI Notre Voie
16 Augustin KOUYO Notre Voie
17 Gbato Guillaume Notre Voie
18 Franck DANON Roots Rock
19 Yao Elisée Soir Info
20 Zahui Dassé Claude Soir Info
21 Tani Omar Abdel Kadher Top Visages

Navigation à vue et à l’intuition


L’une des faiblesses des initiatives de formation par les séminaires réside
dans la navigation à vue et à l’intuition. La formule des séminaires ne
nécessite pas un comité pédagogique dont le rôle est, entre autres, de défi-
nir les objectifs de formation, créer les conditions et rechercher les moyens
adaptés et efficaces de les réaliser, trouver des personnes ressources quali-
fiées pour dispenser la formation, coordonner et planifier les sessions d’ini-
tiation, mettre en place des critères de sélection en adéquation avec les

63
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

objectifs et les résultats attendus, suivre et évaluer les apprenants mais aussi
les encadreurs, et publier des rapports.
L’organisation des séminaires version 1990/2005 reposait sur le bénévolat.
Pour ce qui est des séminaires Unjci / Olped / associations professionnelles
spécialisées, l’organisation pratique, aussi bien à Abidjan que dans les villes
de l’intérieur du pays, était très souvent confiée à Abou Traoré journaliste à
Télévision nationale alors membre de l’Unjci qui s’est entouré d’une équi-
pe réduite, efficace dans les négociations pour la bonne exécution des bud-
gets des séminaires, la recherche d’espaces pour accueillir les sessions dans
de bonnes conditions, leur bon déroulement, etc. Elle avait acquis une
expertise incontestable dans l’intendance, mais elle ne semblait pas quali-
fiée pour les questions pédagogiques qui constituaient pourtant l’aspect le
plus important.
Dans de telles conditions, la création d’un comité pédagogique, en amont
de toutes les autres activités liées à l’organisation des séminaires, ressortit
à la seule compétence des organisateurs. L’absence de ce comité explique
celle d’une stratégie pédagogique inscrite dans une vision fondée sur la
recherche de résultats durables : professionnalisation, définition et planifi-
cation des termes et séquences pédagogiques, formation des formateurs,
etc.
. Beaucoup d’amateurisme dans l’organisation des séminaires et surtout dans la définition de l’approche et du
contenu pédagogiques.
. Pas de coordination pédagogique pour donner une logique et une cohérence pédagogiques aux séminaires.
. Manque de stratégie
. Motivation des participants conditionnée, pour une large part, par les per diem
. Participants parfois partagés entre leur travail au journal et la participation pleine et entière aux séminaires.
. Beaucoup de théorie et peu ou pas du tout de stages pratiques.
. La proximité des lieux où se tiennent les séminaires avec les rédactions des journalistes participants a été pré-
judiciable à leur présence régulière
. Pas d’instruments de suivi et d’évaluation de l’impact des séminaires sur le professionnalisme des participants.

64
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Les manquements à l'éthique et à la déontologie du journalisme


Sur 5 ans (octobre 1995 à mars 2001) pour 25 à 30 médias

- Injures au public (824 fois). 3. Notre Voie (117) à ne pas confondre avec la voie
- Injures de confrères à confrères ou non respect de qui vient en 6ème position
l'esprit de confraternité (383 fois) 4. Le Patriote (89 manquements)
- Incitation au tribalisme et à la xénophobie (351 fois) 5. Fraternité-Matin (58)
- Incitation à la révolte et à la xénophobie (243 fois) Curieusement, ces cinq mauvais exemples sur 5 ans
- Incitation à la débauche (78 fois) sont ceux qui sont les plus recherchés par les lecteurs
Sur la période de la transition (1er janvier 2000 à mi- qui, par l'achat, les classent dans cet ordre :
mars 2001 pour l'ensemble des médias, 25 à 20 publi- En juillet 2000
cations et antennes 1. Notre voie
- Injures au public (240 fois) 2. Le Patriote
- Incitation au tribalisme et à la xénophobie (89 fois) 3. Le National
- Injures de confrères à confrères ou non respect de 4. Fraternité-Matin
l'esprit de confraternité (75 fois) 5. Soir Infos
- Incitation à la révolte et à la violence (44 fois) En décembre 2000
- Incitation au fanatisme religieux (24 fois) 1. Le Patriote
Après 5 ans, les journaux les plus indexés sont les sui- 2. Notre Voie
vants : 3. Soir Infos
1. Le National (438 manquements) 4. Le National
2. Le Libéral (167) 5. Fraternité-Matin

Le journalisme mène à tout


Les déperditions ne sont pas peu nombreuses. Sur plus d’une centaine de
journalistes qui ont bénéficié des séminaires, certains sont restés dans le
métier et d’autres ont effectué un virage à 180 degrés pour sortir complète-
ment du journalisme. Parmi cette catégorie de partis ou de "perdus" (pour
le métier s’entend), deux espèces : les communicateurs (attachés de presse,
responsables ou conseillers des services de communication de certains
ministères, des entreprises et des sociétés, etc.) et les reconvertis, c’est-à-
dire tous ceux qui ne sont ni dans la communication ni dans le journalisme
et qui ont embrassé une autre profession. Il y en a qui ont quitté la corpora-
tion en même temps que disparaissaient les titres qui les employaient.
Quelques-uns se sont servis du titre de journaliste et de la carte d’identité
de journaliste professionnel à laquelle il donnait droit pour immigrer par le
65
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

biais de fausses missions dans des pays européens où ils n’exercent plus le
métier.
La transhumance des rédacteurs d’un titre à un autre est aussi un facteur de
déperdition pour les rédactions qui les ont proposés à des séminaires en
comptant sur eux pour avoir des "professionnels".D’autres, suite à des pro-
motions, sont absorbés par les tâches administratives et ne pratiquent prati-
quement plus. Ils ne sont pas généralement bien outillés pour transmettre
aux autres ce qu’ils ont appris ; d’ailleurs ils n’ont pas été formés à cet effet.
Quelle que soit la rédaction où ils posent leurs bagages, celle-ci ne tire pas
grand profit de leur apprentissage au cours des séminaires. Ils ne sont ni
formateurs ni des professionnels à l’autorité établie.
Les séminaires dits de spécialisation n’ont pas toujours donné un meilleur
résultat. La sélection hasardeuse, le manque de rigueur ont fait participer
des journalistes de magazines exclusivement culturels ou sportifs avec ceux
issus de quotidiens d’information générale à des séminaires sur le journa-
lisme politique ou économique qui se transformaient en partie en initiation
à l’écriture journalistique. Ceux qui prennent part à ces spécialisations sans
formation de base au journalisme tout en étant complètement néophytes en
économie partent handicapés. Comblent-ils leur handicap originel à la fin
de la formation ? Seule une enquête appuyée sur un suivi et une évaluation
aurait pu apporter des réponses à cette interrogation. L’on sait cependant
que quelques-uns, après l’initiation au journalisme économique ou poli-
tique, se sont retrouvés au sport, à la culture, aux faits divers. La présomp-
tion de professionnalisme que leur confère leur formation n’est pas judi-
cieusement exploitée. En voilà des spécialisations pour rien ou pour pas
grand’chose !

Et pourtant…
L’enthousiasme et l’engouement suscités par les séminaires étaient réels.
Toute la corporation ou presque a cru à leurs vertus formatrices et profes-

66
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

sionnalisantes. Le contexte (multiplication des titres, impossibilité d’obte-


nir des bourses de formation à l’étranger, cherté des instituts et écoles qui
consacrent une portion pourtant congrue au journalisme, etc.) a favorisé
l’adhésion massive des membres de la corporation à cette formule.
Les nombreuses critiques relatives à la non formation des journalistes (le
débat sur les professionnels et les autres, c’est-à-dire les non-profession-
nels, a fait rage) qui expliquerait les dérives et les dérapages, les interpella-
tions par la justice, les emprisonnements ont convaincu la corporation de la
nécessité de professionnaliser le métier. Ce diagnostic qui a recueilli l’una-
nimité n’a pas proposé la thérapeutique. S’offrait donc une seule possibili-
té : la formation à travers des séminaires qui avaient la particularité intéres-
sante et motivante d’être gratuits d’accès (il suffisait d’être sélectionné par
sa rédaction pour y prendre part) et d’offrir à l’heureux élu la possibilité de
se faire un peu d’argent de poche grâce aux per diem.
Les conditions, disons même presque toutes les conditions, étaient réunies
pour consacrer, voire sacraliser les séminaires pendant de longues années
comme l’unique sinon le plus important moyen d’accès à la formation au
journalisme et d’acquisition des connaissances nécessaires à l’exercice du
métier.
Les vagues de centaines de jeunes (et de moins jeunes) qui sortaient des
universités ou des grandes écoles pour se ruer vers le journalisme durant
toute la décennie 90 n’avaient qu’une alternative : être formé sur le tas, dans
les rédactions (où n’exerçait parfois aucun professionnel) d’entreprises de
presse informelles, ou saisir l’occasion des séminaires trop souvent vus
comme pouvant ajouter une plus-value à leur cursus scolaire / universitaire
ou CV.
Ces formules séminaires ont aussi eu l’avantage d’être des forums d’échan-
ges entre les participants, de brassages d’idées entre des journalistes tra-
vaillant dans des titres aux lignes éditoriales diamétralement opposées. Les
nouveaux rencontraient certains anciens qu’ils considéraient comme des

67
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

modèles, de bons exemples.


Projet Média, en confiant l’encadrement de ses séminaires à des interve-
nants nationaux et non nationaux a créé le cadre idéal pour renforcer l’au-
torité professionnelle des nationaux. Des apprenants ont compris que ce qui
se disait des règles du journalisme aux autres séances de formation par des
encadreurs nationaux était exactement repris par les non nationaux.

68
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Conclusion /
Recommandations

En 2006, il semble plus aisé, avec du recul, de jeter un regard critique sur
la période 1990 / 2005. Nous indiquions dès le départ les limites de notre
étude. Mais cette étude était nécessaire quand bien même elle ne peut se
substituer à l’inexistence de rapports de chaque séminaire, de documents
contenant les conclusions de suivis et d’évaluations.
Les archives de la Fondation allemande Friedrich Ebert ont fourni l’essen-
tiel des documents existants auxquels nous avons eu accès. Ils fournissent
de nombreuses informations que nous avons exploitées et surtout analysées.
L’étude est essentiellement critique. Elle donne toutefois entre les lignes les
forces de la formule des séminaires. Mais l’objectif étant surtout de mettre
au jour ce qui n’a pas marché afin de ne pas répéter les mêmes erreurs, il
nous a paru plus indiqué de nous appesantir sur les dysfonctionnements, les
faiblesses.
La corporation reste encore aujourd’hui confrontée à la question de la for-
mation. Peut-être que les médias ivoiriens, d’un point de vue éditorial, se
sont améliorés ; peut-être que les journalistes ont acquis plus d’expérience
; peut-être que la question de la professionnalisation ne se pose plus dans
les mêmes termes ; peut-être que les besoins de formation, les attentes de la
profession, les priorités ne sont plus forcément les mêmes… mais il urge de
former, parce que rien ne remplacera la formation, qu’elle soit sur le tas,
qu’elle emprunte des voies plus formalisées.

69
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Une formation…
…de qualité
La qualité de la formation, voilà l’une des exigences à laquelle la corpora-
tion doit apporter des réponses efficaces. La formule des séminaires a fait
son temps. Il s’agit donc désormais de mettre en place une stratégie péda-
gogique pilotée par des personnes ressources qualifiées et compétentes qui
ont une claire conscience des objectifs attendus, des moyens de les réaliser
appuyés sur une politique de suivi et d’évaluation rigoureuse dont les
instruments ont fait l’objet de validation.

… avec des personnes ressources de qualité


L’appel à candidatures est un moyen de sélection qui peut donner de bons
résultats. Le choix des formateurs doit s’opérer par appel à candidatures.
Des critères de sélection ne seront pas de trop dans une telle opération.
Ceux-ci doivent être conçus par une structure composée de personnes qua-
lifiées mais peu nombreuses. FORMEDIA est un exemple en la matière.

… pour des apprenants de qualité


La formule des séminaires offre l’exemple d’erreurs à ne pas commettre. La
seule volonté, ni même le seul enthousiasme ne suffisent pas pour compter
parmi les bénéficiaires d’une formation. Là aussi, et sans doute plus
qu’ailleurs des critères de sélection s’imposent. Entre autres et par exemple
le nombre d’années passées dans la profession, la formation scolaire et uni-
versitaire, la formation en journalisme, la spécialisation dans la rédaction
d’origine, le niveau de responsabilité hiérarchique, etc. Ces informations, si
elles avaient été recueillies, auraient être complétées par la production jour-
nalistique des deux ou cinq dernières années, les besoins et les attentes en
matière de formation, les projets professionnels dans les cinq années à venir ;
l’ensemble constituerait alors le dossier de chaque postulant qu’examinera
un comité de présélection et de sélection.

70
Étude sur la formation des journalistes ivoiriens de 1990 à 2005

Et premier commandement de la table des lois de la nouvelle vision de la


formation au journalisme : les élus ne sont pas perdiemmisés.

… sur une partition cohérente et logique


De nombreuses sessions de formation peuvent être organisées, cela est
même souhaitable. Ce n’est pas la quantité qui pose problème. La difficul-
té, voire l’inefficacité, vient de ce qu’il n’y a pas de coordination pour assu-
rer cohérence et logique pédagogiques et intégrer l’ensemble à une poli-
tique de suivi et d’évaluation à laquelle seront soumis les apprenants mais
aussi les formateurs, la formation et les rapports de formation.

… avec les stages pratiques comme point d’orgue


La formation in situ est une formule séduisante et même convaincante.
Mais elle peut et doit être conçue de telle sorte à constituer une étape dans
le processus. La formation théorique peut se faire en un endroit symbolique
(Maison de la presse, siège du Gret, siège de l’Olped, etc.). Première étape,
deuxième étape : les apprenants rejoignent leur rédaction où ils sont suivis
dans la pratique par le comité pédagogique et le ou les formateurs.
Troisième étape : des rédactions recevront en stage pratique des apprenants
qui ne sont pas les leurs, toujours sous l’autorité et le suivi du CP et du ou
des formateurs. Quatrième et dernière étape : une ou des rédactions (jour-
nal, radio) seront choisies pour héberger le journal (presse, radio) des sta-
giaires. Question, entre autres, de lisibilité et de visibilité pour les partenai-
res, les apprenants et la corporation.

71

Vous aimerez peut-être aussi