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INTRODUCTION
La guerre en Ukraine, déclenchée à la fin de 2022, a engendré des conséquences économiques
profondes et étendues, impactant le commerce mondial d'une manière significative. Selon l'Organisation
mondiale du commerce (OMC), bien que le conflit ait perturbé les échanges internationaux, les résultats
se sont révélés moins désastreux que prévu, grâce à l'adaptabilité des économies touchées, qui ont su
trouver des sources d'approvisionnement alternatives. Une note publiée par l'OMC en février 2023 met
en lumière la résilience du commerce international, qui a aidé de nombreux pays à atténuer les effets
néfastes de ce conflit.
Initialement, les prévisions de croissance du commerce mondial pour 2022 avaient été optimistes, avec
une estimation d'augmentation de 4,7 %. Cependant, le déclenchement de la guerre a conduit à des
révisions à la baisse, les estimations allant de 2,4 % à 3,0 %, et des scénarios pessimistes évoquant même
une hausse de seulement 0,5 %. Pourtant, les prévisions ont été réajustées à la hausse en octobre 2022,
atteignant 3,5 %, témoignant d'une croissance réelle dépassant les attentes.
Dans ce contexte, les exportations ukrainiennes ont subi une chute de 30 %, tandis que la Russie a connu
une augmentation de 15,6 % de ses exportations, en grande partie due à la hausse des prix des
ressources. Ce phénomène a soulevé des inquiétudes quant à d'éventuelles pénuries de produits
essentiels, mais celles-ci ont été largement évitées. Les pays dépendants des importations ukrainiennes
ont su diversifier leurs sources d'approvisionnement, illustrant ainsi la flexibilité du système commercial
mondial.
Au-delà de ces dynamiques économiques, le conflit a également des implications géopolitiques plus
larges, notamment pour le continent africain, où les importations agricoles en provenance de Russie et
d'Ukraine jouent un rôle crucial. Cette analyse se penchera sur les répercussions de la guerre en Ukraine
sur le commerce international, en détaillant les impacts sur les pays européens et africains, tout en
considérant le contexte historique du conflit et ses conséquences sur l'ordre économique mondial.
I. Cadre théorique
I.1 Historique du conflit russo-ukrainien
Après l'effondrement de l'URSS et l'établissement de l'OMC, la mondialisation économique a été perçue
comme le modèle le plus efficace pour stimuler le PIB, considéré comme l'indicateur fondamental de la
capacité productive d'un pays (Coulomb, Fontanel, 2006). S'inspirant de la thèse de Montesquieu sur le
"doux commerce" pacifique, ce système d'interdépendance économique semblait être un puissant
vecteur de paix internationale, de développement démocratique et de croissance économique.
Cependant, ces visions simplistes du monde des affaires et de l'avènement des valeurs démocratiques
ont été rapidement remises en question au début du XXIe siècle avec l'émergence du terrorisme
international, l'intensification des rivalités entre États, le retour des sanctions économiques,
l'augmentation des inégalités sociales et la résistance des régimes autoritaires à l'ordre international
dominé par les États-Unis (Fontanel, 2023).
Le XXIe siècle pour l'humanité s'est assombri, marqué par le risque croissant de conflits militaires ou
économiques, y compris des menaces d'utilisation d'armes nucléaires selon différentes échelles
d'intensité, les cyberattaques visant à perturber les stratégies et le fonctionnement des instances
militaires et civiles, ainsi que les crises sociales provoquées par des inégalités croissantes et l'insuffisance
des mesures contre une crise climatique potentiellement catastrophique.
Depuis son intégration au Partenariat oriental en 2008, l'Ukraine est devenue un voisin de l'UE, mais son
éventuelle adhésion future demeure incertaine. Certains États membres, comme la Pologne et les pays
baltes, considèrent le Partenariat oriental comme un tremplin vers une adhésion possible, tandis que
d'autres, tels que la France et l'Allemagne, adoptent une approche plus réservée, préoccupés par leurs
relations avec la Russie.
En 2014, la guerre de Crimée a été déclenchée par l'aspiration de l'Ukraine à rejoindre l'OTAN, ainsi que
par une volonté de Moscou de réaffirmer son influence sur des territoires de l'ex-URSS, comme l'Ossétie
du Sud, l'Abkhazie en Géorgie et la Tchétchénie. Les sanctions internationales imposées à la Russie suite
à cette annexion ont touché une grande puissance militaire dotée de l'arme nucléaire, qui justifie sa
position par des revendications nationalistes sur des territoires de l'ex-URSS et par la montée d'une
"civilisation" russe en opposition à l'Occident. Dans ce contexte, les lois semblent servir principalement
les intérêts de l'autocratie. Néanmoins, la véritable renommée d'un leader se forge souvent à travers des
"opérations spéciales", qu'elles soient militaires ou diplomatiques.
Les Protocole et Accords de Minsk, qui visaient à établir un cessez-le-feu, à décentraliser les pouvoirs
pour accorder une autonomie temporaire, et à organiser des élections anticipées dans les républiques
autoproclamées de Donetsk et Lougansk, n'ont pas réussi à trouver un réel aboutissement. Ces accords
prévoyaient également la création d'une zone de sécurité entre l'Ukraine et la Russie, la surveillance par
l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), ainsi que le retrait des forces armées,
qu'elles soient publiques ou privées, de ces régions, tout en proposant un programme de relance
économique.
Cependant, les discussions ont constamment échoué, chaque partie rejetant les suggestions, sous l'égide
d'une Allemagne et d'une France qui, finalement, ont joué un rôle peu actif, semblant plus encline à
laisser le temps agir qu'à permettre à l'Ukraine de récupérer légalement ses territoires en conflit. De
plus, il est à noter que Moscou et les séparatistes n'avaient pas la volonté réelle de mettre en œuvre les
Accords de Minsk, entraînant un non-respect du cessez-le-feu et provoquant de nombreuses pertes
humaines et un ressentiment croissant. La pandémie de Covid-19 a achevé de fragiliser ce système de la
mondialisation sauvage (Fontanel, 2021).
Fondés sur le profit, les acteurs économiques s'installent et développent leurs activités en fonction de ce
critère dominant. Or, le profit des entreprises et la spéculation financière ont des horizons temporels qui
s'accordent mal avec les contraintes à long terme de la sécurité globale d'une nation (Institute for
Economics & Peace, 2023). La concurrence internationale conduit les États à réduire les impôts au
détriment des dépenses publiques nécessaires au bon fonctionnement de la collectivité, des
infrastructures, des systèmes hospitaliers et éducatifs nationaux et de tous les systèmes permanents de
sécurité à long terme. Dans ces conditions, il faut espérer que la chaîne de production internationale soit
suffisamment solide pour pouvoir lutter contre les raretés inhérentes à l'apparition aléatoire d'une crise
sociopolitique ou de pandémies.
Le 24 février 2022, le conflit russo-ukrainien a éclaté sous l'impulsion de Vladimir Poutine. Les
motivations du président russe sont multiples et complexes. D'une part, l'Ukraine souhaite intégrer
l'OTAN, ce qui est mal vu par la Russie. D'autre part, Poutine évoque une nécessité de « dénazification »
de l'Ukraine, un terme flou dont le sens reste obscur dans le contexte actuel. En outre, il y a un intérêt
stratégique à récupérer la région du Donbass, qui a des liens historiques avec la Russie.
II. Impact du conflit sur le marché international
Déclenchée à la fin de l’année 2022, la guerre en Ukraine a eu des répercussions
économiques majeures, notamment sur le commerce mondial. Selon l’OMC, bien
que le commerce international (CI) ait été affecté, ses résultats ont été meilleurs
que prévu. De nombreuses économies touchées par le conflit ont trouvé des sources
d'approvisionnement alternatives.
Une note du secrétariat de l’OMC, publiée en février 2023, souligne que le CI a fait
preuve de résilience, aidant les pays à s’adapter aux conséquences économiques de
la guerre. Initialement, en octobre 2021, l’OMC prévoyait une augmentation de 4,7
% du commerce des marchandises pour 2022. Cependant, avec le début du conflit,
ces prévisions ont été révisées à la baisse, allant de 2,4 % à 3,0 %, avec des
scénarios pessimistes évoquant même une hausse de seulement 0,5 %. En octobre
2022, les prévisions ont été ajustées à la hausse à 3,5 %, grâce à une croissance
réelle du commerce qui a dépassé les attentes.
II.1. Impact sur le marché Européen
Selon l’UE, la politique agricole commune (PAC) a permis d'assurer que la
disponibilité des denrées alimentaires, des aliments pour animaux et des engrais ne
soit pas une préoccupation majeure. L'Union européenne est en grande partie
autosuffisante, et son marché unique est conçu pour absorber les chocs,
garantissant ainsi la sécurité alimentaire pour ses citoyens tout en fournissant un
soutien financier aux agriculteurs européens.
Cependant, la réduction des importations de maïs, de blé, d'huile, ainsi que des
tourteaux de colza et de tournesol en provenance d'Ukraine a des répercussions
significatives, notamment sur les coûts des aliments pour animaux et sur le secteur
agroalimentaire de l'UE. Face à la hausse des prix sur le marché et à l'inflation
exacerbée par le conflit en Ukraine, la principale préoccupation au sein de l'UE reste
l'accessibilité financière des produits.
Les exportations de l'Ukraine ont chuté de 30 % entre 2021 et 2022. Néanmoins,
des pays voisins comme la Pologne et la Hongrie ont accru leurs importations
ukrainiennes, notamment de produits agricoles. En revanche, les exportations
russes ont augmenté de 15,6 % durant la même période, principalement en raison
de la hausse des prix des combustibles, des engrais et des céréales. Les
exportations russes vers la Chine et l’Inde ont fortement augmenté, tandis que
celles destinées au Royaume-Uni et aux États-Unis ont diminué, en particulier pour
des produits industriels complexes.
II.2. Impact sur le marché Africain
Au début du conflit, des préoccupations existaient concernant d'éventuelles
pénuries de produits essentiels comme le blé, le maïs et les engrais. Ces pénuries
ont été largement évitées, et après une chute initiale, les volumes du commerce
mondial sont restés proches des niveaux d'avant-guerre, en particulier pour le blé.
Bien que les prix des marchandises les plus touchées aient augmenté, contribuant à
l'inflation mondiale, cela a été moins prononcé que redouté.
Les pays dépendants des importations ukrainiennes ont réussi à diversifier leurs
sources d'approvisionnement. Par exemple, les importations égyptiennes de blé
ukrainien ont chuté de 81 % en volume durant les huit premiers mois de la guerre,
mais ont été compensées par des importations provenant d'autres pays,
notamment de l'Union européenne
En ce qui concerne le continent africain, les importations de produits agricoles en
provenance de Russie ont atteint 4 milliards de dollars en 2020, tandis que celles en
provenance d’Ukraine se sont élevées à 3 milliards de dollars. Le blé représentait 69
% de ces importations, suivi par le maïs (21 %), l'huile de tournesol (6 %), l'orge (3
%) et le soja (4 %).
Les principaux pays importateurs incluent l'Égypte, qui représente presque la moitié
de ces achats, suivie du Soudan, du Nigeria, du Maroc, de la Tunisie, de l'Algérie, de
la Libye, du Kenya, de l'Afrique du Sud et de l'Éthiopie.