Rapport sur la conférence : "A
Résumé
La conférence a souligné l'importance d'adapter l'architecture
sénégalaise aux réalités climatiques locales, en s'inspirant des
constructions traditionnelles et en utilisant des solutions
bioclimatiques. Elle a également mis en avant le potentiel de la
digestion anaérobie pour valoriser les déchets organiques en biogaz
et compost, contribuant à une gestion durable des ressources. Les
ingénieurs de demain doivent intégrer ces solutions pour répondre
Doudou Mbada
aux défis environnementaux et énergétiques Dione
du Sénégal.
Première Partie : Le défi de
l’adaptation des constructions aux
réalités sénégalaises
M. Mbaye Diop a soulevé un point crucial lors de sa présentation sur
l’architecture bioclimatique : la déconnexion entre les normes et modèles
de construction occidentaux et les réalités climatiques et sociales du
Sénégal. En effet, le système et les normes actuelles de construction au
Sénégal, largement inspirés des modèles européens, ne sont pas toujours
adaptés aux spécificités locales.
L’inadaptation des modèles occidentaux aux réalités
sénégalaises
L’un des points majeurs soulevés par M. Diop est la nécessité de remettre
en question les modèles idéaux de construction que nous apprenons, qui
sont souvent basés sur les normes européennes. Ces modèles sont conçus
pour répondre à des conditions climatiques et sociales très différentes de
celles du Sénégal. En Europe, les climats tempérés permettent des
conceptions énergétiques axées sur le chauffage et l’isolation, tandis
qu’au Sénégal, le climat est chaud et humide, avec une forte présence de
la chaleur pendant toute l’année. Il est donc essentiel de repenser la
manière dont les bâtiments sont conçus pour qu'ils soient adaptés aux
conditions climatiques locales, en mettant l’accent sur le rafraîchissement
naturel, l’isolation thermique et une utilisation optimale de l'énergie
solaire.
Les bâtiments modernes conçus selon ces normes ne tiennent souvent
pas compte des conditions climatiques locales, ce qui entraîne une
surconsommation d'énergie pour le refroidissement ou la climatisation.
M. Diop a insisté sur le fait que les bâtiments doivent répondre à nos
besoins spécifiques et ne peuvent être simplement répliqués à partir de
modèles créés pour des pays à climat tempéré.
Les anciennes constructions comme modèle d’inspiration
Une autre idée forte présentée par M. Diop est l’intérêt de se tourner
vers nos anciennes constructions pour en tirer des leçons et des
inspirations. En effet, nos ancêtres ont su développer des techniques de
construction adaptées au climat, comme en témoignent les cases
traditionnelles des villages sénégalais. Ces habitations, bien qu'en
apparence simples, sont conçues pour maximiser la ventilation naturelle,
minimiser la chaleur et maintenir une température intérieure confortable
pendant la journée. Leur conception est en parfaite adéquation avec les
réalités climatiques du pays, et elles offrent une alternative viable aux
constructions modernes souvent énergivores.
Il est essentiel que, en tant que futurs ingénieurs, nous prenions
conscience de l’importance de ces modèles anciens et que nous les
utilisions comme base pour moderniser nos constructions, tout en les
adaptant aux exigences modernes de confort et de sécurité. L’intégration
des éléments de l’architecture traditionnelle avec les nouvelles
technologies de construction pourrait représenter un chemin vers des
bâtiments plus durables, plus respectueux de l’environnement et mieux
adaptés aux conditions locales.
La nécessité de normes adaptées aux réalités
sénégalaises
M. Diop a également insisté sur le fait que, pour garantir la durabilité et
l’efficacité des constructions, il est impératif de normaliser les pratiques
de construction au Sénégal par des structures locales et compétentes.
Aujourd’hui, les normes de construction en vigueur sont souvent dictées
par des modèles étrangers, sans tenir compte de nos spécificités locales.
Ces normes doivent évoluer pour intégrer les critères climatiques et
culturels propres au Sénégal.
De plus, la mise en place de normes locales, adaptées aux spécificités du
pays, doit être accompagnée par une formation continue des ingénieurs
et des professionnels du bâtiment. Les futures générations d'ingénieurs
et d'architectes auront ainsi la responsabilité de mettre à jour et
d’améliorer ces normes au fur et à mesure de l’évolution des
connaissances en matière de construction durable et de technologies
écologiques. En tant que futurs ingénieurs, il nous incombe de participer
à cette évolution des normes de construction, en intégrant les
connaissances traditionnelles et modernes, afin de construire un avenir
plus résilient pour le Sénégal.
Le rôle des ingénieurs dans l’adaptation des
constructions
En tant que futurs ingénieurs, notre rôle sera de repenser les pratiques
de construction en tenant compte des contraintes climatiques,
environnementales et économiques du pays. Nous devons apprendre à
intégrer des solutions écologiques dans les bâtiments modernes, en
utilisant des matériaux locaux et en exploitant les ressources naturelles
comme le soleil, le vent et la végétation pour réguler la température
intérieure des bâtiments.
Le défi est donc de combiner l’innovation et la tradition pour créer des
bâtiments qui ne sont pas seulement fonctionnels et esthétiques, mais
également économes en énergie et respectueux de l’environnement. Il ne
s'agit pas seulement d’imiter le passé, mais d'en tirer des enseignements
pour construire un futur durable. M. Diop a souligné que, pour y parvenir,
nous devons remettre en question nos pratiques de construction actuelles
et travailler à l’élaboration de solutions adaptées à notre environnement.
Deuxième Partie : La digestion
anaérobie : enjeux et opportunités
pour le Sénégal
Présentation générale de la digestion anaérobie
La digestion anaérobie est un processus biologique qui convertit les
déchets organiques en biogaz méthane et en digestat. Il existe deux
grandes familles de biodigesteurs, en fonction de leur capacité de
production : les biodigesteurs domestiques (produisant moins de 1000
MWh/an) et les biodigesteurs industriels (produisant plus de 1000
MWh/an). Un exemple concret de biodigesteur industriel est le modèle
CSTR de 2 x 6000 m³ mis en service par l'ONAS à Camberène.
Enjeux environnementaux et climatiques
Le cycle biogéochimique du carbone est un processus naturel où deux
processus interagissent : les émissions de carbone et le stockage du
carbone. Le biogaz méthane, produit par la digestion anaérobie, joue un
rôle crucial dans la gestion du carbone en permettant de réduire les
émissions de gaz à effet de serre, tout en produisant une énergie
renouvelable qui peut être utilisée pour divers besoins énergétiques.
Enjeux liés au développement durable
La digestion anaérobie présente plusieurs enjeux importants pour le
développement durable, notamment :
- Le défi énergétique : La production de biogaz à partir des déchets
organiques offre une alternative énergétique propre et
renouvelable.
- Le défi alimentaire : En utilisant les résidus organiques comme
substrats pour la production de biogaz, nous pouvons contribuer à
une gestion plus durable des déchets agricoles, en évitant leur
gaspillage.
- Le défi environnemental : La digestion anaérobie permet de réduire
les émissions de gaz à effet de serre et d’optimiser la gestion des
déchets organiques.
- Le défi économique : En valorisant les déchets organiques pour
produire de l’énergie, cette technologie peut générer des
économies substantielles et promouvoir des modèles économiques
circulaires.
- Le défi social et sanitaire : La gestion efficace des déchets
organiques améliore les conditions sanitaires, notamment dans les
zones rurales où les déchets sont souvent mal gérés.
- Le défi de la mobilité : Le biogaz produit peut aussi être utilisé dans
les transports, contribuant ainsi à une réduction de l’utilisation de
carburants fossiles.
Problèmes de la digestion des résidus organiques
Il existe plusieurs défis à surmonter pour améliorer la digestion des
résidus organiques au Sénégal :
- La domination de la biomasse traditionnelle et des produits
pétroliers dans la consommation énergétique finale des ménages.
- L'important gisement de résidus organiques non exploité, en raison
de l’absence de systèmes de collecte et de valorisation efficaces.
- Le faible développement du marché des biodigesteurs domestiques
et industriels, qui freine l’optimisation des ressources locales.
- La pauvreté des terres agricoles, caractérisée par des rendements
faibles, qui limite les possibilités de valorisation des sous-produits
de la digestion anaérobie.
Potentiel de biogaz au Sénégal
Le potentiel de production de biogaz au Sénégal est estimé à 229 702
kNm³/an, soit environ 9304 TWh, ce qui représente une source d’énergie
significative pour le pays. Ce potentiel est largement sous-exploité, mais
pourrait contribuer à une gestion énergétique plus durable et à la
réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Caractérisation de quelques substrats organiques
Les substrats organiques utilisés dans la digestion anaérobie varient en
fonction de leur origine. Il peut s'agir de déchets agricoles, de boues de
stations d'épuration, ou encore de déchets alimentaires. Chaque type de
substrat présente des caractéristiques spécifiques qui influencent la
production de biogaz, nécessitant des études et une gestion appropriée
pour optimiser leur valorisation.
Exemples d'usages du biogaz et du compost
Le biogaz peut être utilisé pour produire de l’électricité, du chauffage, et
même comme carburant pour les véhicules. Le digestat, quant à lui, peut
être transformé en compost pour améliorer la fertilité des sols et réduire
l'utilisation d’engrais chimiques. Ces usages du biogaz et du compost ont
un impact direct sur la gestion durable des déchets et l’amélioration des
pratiques agricoles.
État des lieux du secteur
Le secteur de la digestion anaérobie au Sénégal est encore embryonnaire,
mais il existe des initiatives locales prometteuses, comme celle de l’ONAS
à Camberène. Cependant, des efforts importants sont nécessaires pour
développer le marché des biodigesteurs, améliorer les infrastructures de
collecte des déchets et sensibiliser les populations aux avantages de cette
technologie.
Conclusion
La conférence a abordé deux sujets majeurs, l’un portant sur l’adaptation
de l’architecture aux réalités climatiques du Sénégal, et l’autre sur la
valorisation des déchets organiques par la digestion anaérobie. Dans les
deux domaines, des solutions innovantes existent pour répondre aux défis
environnementaux, climatiques, énergétiques et sociaux du Sénégal. Les
ingénieurs de demain ont un rôle clé à jouer dans la mise en œuvre de
ces solutions, que ce soit dans le domaine de la construction durable ou
dans la gestion des ressources énergétiques et agricoles. Il est impératif
que ces enjeux soient pris en compte dans la formation des futures
générations d'ingénieurs afin de construire un avenir plus durable pour le
Sénégal.