Jean Rostand - Citations
Jean Rostand - Citations
Nous [les êtres humains] sommes une mosaïque originale d'éléments banaux.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 6)
Jamais les hommes ne sauront assez la contingence de leur personne, et à combien peu
ils doivent de n'être pas ce qu'ils méprisent.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 15)
[En parlant des enfants] Tout ce que nous pouvons pour eux, c'est de bien choisir leur
mère.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 23)
Se flatter d'améliorer l'hérédité humaine en améliorant le milieu social est à peu près
aussi naïf que de croire qu'on ferait produire un enfant blanc à des parents nègres pour
les avoir peinturés en blanc.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 25)
La biologie nous surprend un peu lorsqu'elle nous apprend que, statistiquement, les
femmes les plus belles ne sont pas les plus sottes.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 30)
Je ne puis arriver à croire que, mort, on soit moins mort qu'on ne l'est endormi.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 80)
Pour nous, il n'y a rien à comprendre, et, hors de nous, il n'y a personne pour
comprendre.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 82)
L'affreux en mourant, c'est de disparaître sans avoir compris. Le crime de la mort n'est
pas qu'elle nous tue, mais qu'en tranchant notre angoisse elle lui confère l'éternité.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 82)
Ne pas prendre ses angoisses pour des problèmes, à moins que ce ne soient les seuls.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 85)
Comment réussir à prendre tout à fait au sérieux tout cela dont le sérieux ne dépend que
de nous?
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 86)
Aux instants que la vie nous apparaît tolérable, nous ne lui demandons pas d'avoir un
sens; c'est le désarroi du coeur qui induit l'esprit à trop d'exigence.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 86)
Je ne suis quand même pas assez insensé pour être tout à fait assuré de mes certitudes.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 90)
La science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d'être des hommes.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 97)
Science: la seule façon de servir les hommes sans se rendre complice de leurs passions.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 98)
Ceux qui soutiennent que la science n'explique rien, l'on voudrait qu'ils nous
expliquassent une bonne fois ce que serait pour eux que d'expliquer.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 99)
C'est une chance, pour un savant, que de ne pas apercevoir les faits qui le gêneraient
pour avoir raison.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 100)
La vérité est toujours servie par les grands esprits, même s'ils la combattent.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 100)
Les vérités, comme les femmes, ne sont pas toujours difficiles dans la mesure où elles
sont belles.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 101)
On ne met pas au jour des vérités sans en offusquer d'autres. Toute découverte
recouvre.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 102)
Le vrai plaisir du savant, c'est de humer, de loin en loin, l'arôme non pareil de la vérité à
l'état naissant.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 103)
Ce n'est pas dire des sottises qui est grave, mais les dire au nom des principes.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 106)
À certains chercheurs trop confiants en leur doctrine, on serait tenté de dire: possible,
après tout, que vous teniez la vérité, mais de grâce, oubliez-le un peu tandis que vous
cherchez le vrai...
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 106)
Cybernétique: l'homme est plus apte à imiter la pensée qu'à imiter la vie.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 108)
On ne doit pas escamoter l'incompréhensible, mais non plus s'en servir comme d'une
explication.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 108)
Comment serait-on assez sûr d'avoir raison pour souhaiter de n'avoir devant soi que le
silence?
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 109)
[...] rien n'est plus rare que le discernement dans la négation.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 110)
Savoir regarder en étranger nous aide à voir en artiste. Ce qui nous aliène nous inspire.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 113)
Que manque-t-il à cette oeuvre? Peut-être simplement d'être un peu moins parfaite.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 114)
Les grands livres sont ceux qui grandissent de concert avec l'homme.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 116)
Un artiste doit, scrupuleusement, tâcher de rendre le vrai, mais avoir la chance d'en être
incapable.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 122)
[...] ce que j'aime dans les réflexions détachées, c'est qu'elles peuvent ne relever d'aucun
style.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 123)
À tous les livres, je préfère un simple cahier de notes; mais il faut bien faire aussi des
livres pour que le cahier n'en devienne pas un.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 123)
Si l'on n'écrit pas pour soi, du moins savoir à qui l'on s'adresse; ne pas loucher en
écrivant.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 124)
Écrire: la seule façon d'émouvoir autrui sans être gêné par un visage.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 126)
C'est parfois sur le plus faible de soi qu'on doit prendre appui pour aller plus loin.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 127)
Nous nous permettons des écarts de goût que nous interdirions à autrui.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 129)
Qui a l'esprit trop bien armé ne sait plus admirer que là où l'émotion le désarme.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 131)
Un grand écrivain est un homme qui sait nous surprendre en nous disant ce que nous
savions depuis toujours.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 132)
Les honneurs fixent le prix d'un homme pour tous ceux qui sont incapables de juger par
eux-mêmes. Et pour les autres aussi.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 137)
Un seul remède, si l'on en peut user: aimer plus fort qu'on ne souffre.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 140)
On ne peut aimer parfaitement que ce qu'on a perdu pour toujours.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 141)
Chacun de ceux que nous avons aimés emporte avec lui un peu de notre secret.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 142)
Qu'il faut avoir peu de penchant à la tristesse pour oser s'égayer sans craindre l'après-
gaieté!
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 144)
À la perte de ceux qu'on aime, c'est moins leur vie qui nous échappe que leur mort qui
nous envahit.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 146)
Sachons gré aux tracas de la vie, ils nous divertissent de son horreur.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 147)
La société suscite en moi des réactions qui me font me déplaire. Je me préfère seul.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 152)
La seule liberté que nous concède la vie, c'est de choisir nos remords.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 154)
Je ne voudrais pas d'un paradis où l'on n'eût pas le droit de préférer l'enfer.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 157)
Pour qui se connaît bien, avoir une opinion, ce pourrait être un motif d'en douter.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 162)
À ceux qui manquent d'opinion profonde, il est aisé de se choisir, à tout moment, la
mieux accordée au réel.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 163)
Il arrive qu'on feigne de partager certaines erreurs plutôt que de fausser compagnie à
ceux dont on diffère le moins.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 163)
Je sais gré à autrui de ce que souvent, par son opposition, il m'aide à me rester fidèle.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 171)
Se montrer tel qu'on est, c'est accepter d'être vu autre qu'on n'est. Tenir compte de la
distorsion que subit notre image en l'esprit d'autrui.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 172)
Nous avons tous ressemblé en passant à quelqu'un de ceux qui nous font le plus horreur.
En quoi le bonheur peut-il bien consister sinon à être pas trop malheureux entre des
malheurs!
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 177)
Un bon mariage est celui où chacun des époux a la chance de pouvoir tolérer
l'intolérable de l'autre.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 179)
L'imagination a ses limites, c'est la réalité qui est inépuisable: on n'en a jamais fini avec
un souvenir.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 180)
Haïr fatigue.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 181)
Il ne suffit pas de désirer, encore faut-il ne pas savoir trop bien ce qu'on désire.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 182)
À mesure qu'on vit, on prête moins d'importance aux choses, mais aussi moins
d'importance à l'importance.
(Pensées d'un biologiste, Éd. J'ai Lu, n° D5, p. 182)
Si l'on n'en sait guère plus qu'on n'en savait au départ, du moins a-t-on gagné d'avoir
perdu, sur bien des points, l'illusion du savoir.
(Ce que je crois, Grasset, p.10)
Je possède, au plus haut point, cette force - ou cette faiblesse - de n'avoir nul besoin
qu'autrui partage ma pensée.
(Ce que je crois, Grasset, p.13)
[...] on ne peut jamais que croire, et que toute la différence est entre les téméraires qui
croient qu'ils savent et les sages qui savent qu'ils croient.
(Ce que je crois, Grasset, p.13)
La seule vérité en laquelle je crois en est une qui se découvre lentement, graduellement,
péniblement, et qui imperceptiblement s'augmente chaque jour.
(Ce que je crois, Grasset, p.16)
[...] la nature m'est bien trop vaste pour que je pusse jamais éprouver le besoin de lui
ajouter quelque chose.
(Ce que je crois, Grasset, p.44)
L'homme ne connaît, à vrai dire, qu'un seul adversaire, c'est lui-même, et si l'on peut
craindre, hélas, qu'il ne soit assez déraisonnable pour s'infliger de rudes blessures, on
peut douter que, malgré toute sa folie, il réussisse à s'exterminer.
(Ce que je crois, Grasset, p.50)
[...] je pense que la mort est bien la mort, et n'en appelle à aucune réalité cachée; je crois
que lorsqu'on tombe, c'est tout de bon, et qu'on ne se relèvera pas tout à l'heure comme
font les acteurs sur le théâtre.
(Ce que je crois, Grasset, p.61)
Il y a pour moi plus d'inexplicable dans le protoplasme que dans l'ectoplasme, dans la
division d'une cellule que dans toutes les histoires de tables tournantes et de fantômes.
(Ce que je crois, Grasset, p.71)
Deux périls pour l'esprit: mésestimer les complexités de la nature, ou s'en laisser
décourager au point qu'on se rabatte sur le surnaturel.
(Ce que je crois, Grasset, p.72)
Que l'insatisfaction de l'esprit soit notre lot, qu'il faille nous résigner à vivre - et à
mourir - dans l'anxiété et dans le noir, telle est une de mes certitudes.
(Ce que je crois, Grasset, p.75)
[...] seuls ceux-là sont enviables qui, ayant réussi à s'exonérer de leur moi, savent
accepter sans révolte les alarmes et les dépossessions qu'inflige l'existence. [...] Mourir
sera leur dernière générosité.
(Ce que je crois, Grasset, p.80)
[...] en face des effroyables menaces que l'homme fait peser sur lui-même, on doit se
demander s'il pourra se sauver autrement qu'en se dépassant.
(Ce que je crois, Grasset, p.85)
[...] je crois avec Bertrand Russell que l'on peut toujours faire les choses sans violence,
bien que ce soit peut-être un peu plus long.
(Ce que je crois, Grasset, p.91)
[...] c'est tous les individus qui se trouveraient lésés si la collectivité s'accordait le droit de
toujours et en toute circonstance, sacrifier l'intérêt de chacun à l'intérêt de tous.
(Ce que je crois, Grasset, p.92)
Le « vivre » naturel apparaît désormais comme un cas particulier d'entre les « vivre »
possibles, tout comme la géométrie euclidienne parmi d'autres géométries.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.18, Livre de Poche n°3634)
Attendre d'en savoir assez pour agir en toute lumière, c'est se condamner à l'inaction.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.22, Livre de Poche n°3634)
À force de gagner tant de puissance sur les corps, sur les germes, sur les cerveaux, ne va-
t-on pas finir par ôter à l'existence un peu de sa gravité ?
État d'apesanteur morale. Craignons la nausée de l'omnipotence. La science annule ce
qu'elle sait reproduire. Peut-être ne sommes-nous riches que de nos impuissances
provisoires.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.28, Livre de Poche n°3634)
Toute possession dépossède : on perd le respect.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.29, Livre de Poche n°3634)
Nous allons apprendre à changer l'homme avant de savoir ce que c'est que l'homme.
N'étant d'accord sur rien de ce qu'on doit faire ou penser, comment le serions-nous sur
ce qu'on doit faire de nous-même ?
(Inquiétudes d'un biologiste, p.33, Livre de Poche n°3634)
À qui vient de révéler une grande vérité, ne demandons pas d'apercevoir ce qui la limite.
Tant qu'un problème n'est pas entièrement résolu, le chercheur qui s'y attache a le droit
de s'en exagérer la beauté.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.43, Livre de Poche n°3634)
Recherche scientifique : la seule forme de poésie qui soit rétribuée par l'État.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.44, Livre de Poche n°3634)
Les conditions présentes de l'enseignement laissent peu de chances à qui n'est doué ni
pour la mathématique ni pour la rhétorique. Les chiffres, ou les mots. Le tableau noir,
ou la page blanche. Tout le reste - c'est-à-dire le réel, le concret, le sensible, le vivant -
compte-t-il donc pour si peu ?
N'aurait-on pas le droit de n'être que naturaliste ?
(Inquiétudes d'un biologiste, p.58, Livre de Poche n°3634)
Tant qu'on n'a pas résolu le problème du cancer, il n'y a pas assez de biologistes par le
monde.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.60, Livre de Poche n°3634)
Le naturaliste se demande parfois s'il veut savoir la nature parce qu'il l'aime, ou s'il ne
l'aime que parce qu'il veut la savoir.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.60, Livre de Poche n°3634)
Un chercheur doit avoir conscience du peu de ce qu'il a trouvé ; mais il a droit d'estimer
que ce peu est immense.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.65, Livre de Poche n°3634)
La science expliquera tout ; et nous n'en serons pas plus éclairés. Elle fera de nous des
dieux ahuris.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.67, Livre de Poche n°3634)
Ce qui est grave, ce n'est pas que tant de gens croient à l'astrologie, c'est qu'ils jugent de
choses sérieuses avec des têtes qui croient à l'astrologie.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.70, Livre de Poche n°3634)
Je n'ai jamais pensé qu'un homme fût moins intelligent parce qu'il croit à des sottises,
mais non plus je n'ai jamais trouvé la sottise moins sotte parce qu'elle est crue par des
hommes intelligents.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.71, Livre de Poche n°3634)
Une hypothèse, comme une calomnie, est d'autant plus dangereuse qu'elle est plus
plausible.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.71, Livre de Poche n°3634)
Le mensonge grave est celui qu'on fait dans les domaines où l'on a droit d'être cru.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.103, Livre de Poche n°3634)
Tant qu'il y aura des dictatures, je n'aurai pas le coeur à critiquer une démocratie.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.103, Livre de Poche n°3634)
On n'en veut jamais tant à l'adversaire que lorsqu'il se trouve en possession de faire ce
qu'on eût aimé de faire soi-même.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.104, Livre de Poche n°3634)
On ne dirait jamais la vérité si l'on songeait à tous les trompeurs qui y trouvent leur
compte.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.115, Livre de Poche n°3634)
Combattre d'autant plus rudement l'erreur qu'on est plus résolu de tolérer qu'elle
s'exprime.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.117, Livre de Poche n°3634)
Avoir l'esprit ouvert n'est pas l'avoir béant à toutes les sottises.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.119, Livre de Poche n°3634)
Ce qui, d'ordinaire nous pousse à mentir, c'est le trop de zèle pour une vérité.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.134, Livre de Poche n°3634)
La nature me repayse.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.141, Livre de Poche n°3634)
Vraie ou fausse vocation ? Cela se sait après coup : la vraie, c'est celle qui réussit,
comme la vraie angine de poitrine est celle dont on meurt.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.150, Livre de Poche n°3634)
Un vieillard qui ne s'intéresse plus à rien, c'est que rien, jamais, ne l'intéressa.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.152, Livre de Poche n°3634)
Qui a tout gagné, il n'a encore rien ; qui a tout perdu, il a encore tout.
(Inquiétudes d'un biologiste, p.153, Livre de Poche n°3634)
Dans le mal imputable à tout sectarisme, il entre, d'abord, tout le bien qu'il faut au
sectarisme adverse.
(Carnet d'un biologiste, p.9, Stock, 1959)
Il est plus facile, en politique, d'être prophète que juge.
(Carnet d'un biologiste, p.9, Stock, 1959)
Si l'on m'élève, je m'abaisse ; si l'on m'abaisse, je m'élève. Tout ce qu'on me refuse, j'y
prétends, de tout ce qu'on m'accorde, je me sens indigne.
(Carnet d'un biologiste, p.11, Stock, 1959)
Je refuse de discuter avec ceux qui sont incapables de se faire tort par leurs pensées.
(Carnet d'un biologiste, p.16, Stock, 1959)
Les trivialités d'un esprit supérieur m'intéressent plus que les raretés d'un esprit
médiocre.
(Carnet d'un biologiste, p.17, Stock, 1959)
Passé l'enfance, on devrait savoir, une fois pour toute, que rien n'est sérieux.
(Carnet d'un biologiste, p.24, Stock, 1959)
Citations, toujours inexactes. Je me méfie de ces gens qui ne savent même pas recopier.
(Carnet d'un biologiste, p.27, Stock, 1959)
Il en est que nous ne saurions abaisser sans nous diminuer aussi nous-mêmes.
(Carnet d'un biologiste, p.29, Stock, 1959)
Nous préférons, parfois, nous écarter de ceux qui pensent autrement que nous, tant nous
serions dérangés de leur donner raison.
(Carnet d'un biologiste, p.29, Stock, 1959)
J'aime les phrases assez resserrées pour qu'une syllabe y puisse exercer son pouvoir.
(Carnet d'un biologiste, p.30, Stock, 1959)
Première condition pour qu'un livre se laisse relire : qu'il soit oubliable.
(Carnet d'un biologiste, p.31, Stock, 1959)
L'idéal, sans doute, varie, mais ses adversaires, hélas, sont toujours les mêmes.
(Carnet d'un biologiste, p.33, Stock, 1959)
Il y a beaucoup de mystère dans le choix de ce qui nous paraît digne d'être noté.
(Carnet d'un biologiste, p.34, Stock, 1959)
Ce ne sont pas les mêmes livres qui font comprendre une science et qui la font aimer.
(Carnet d'un biologiste, p.36, Stock, 1959)
J'ai le goût d'une certaine « neutralité » dans le style. Mais, sur la qualité de ce
« neutre », je suis terriblement exigeant.
(Carnet d'un biologiste, p.38, Stock, 1959)
Il est facile de dire ce qu'on veut dire : le difficile, quelquefois, est d'avoir un « vouloir
dire ».
(Carnet d'un biologiste, p.50, Stock, 1959)
Ce n'est pas parce qu'il n'y a rien à dire les yeux grands ouverts qu'il faut réciter des
contes à dormir debout.
(Carnet d'un biologiste, p.52, Stock, 1959)
Un pacifiste est un homme qui n'a pas encore rencontré la cause qui le mette en posture
de combat.
(Carnet d'un biologiste, p.56, Stock, 1959)
Vandel écrit fort justement : « L'éducation est une méthode embryologique qui, au lieu
de s'exercer sur l'embryon, s'applique à l'enfant ».
Hélas, les pédagogues font trop souvent de la tératogenèse provoquée.
[Tératogenèse: Production, création d'anomalies ou de monstruosités. GGJ]
(Carnet d'un biologiste, p.56, Stock, 1959)
J'irais loin pour ne pas voir certaines des choses qui font haleter la plupart de mes
contemporains.
(Carnet d'un biologiste, p.57, Stock, 1959)
Il m'arrive d'adopter une opinion sans avoir eu le temps de m'en donner raisons : je me
fais crédit.
(Carnet d'un biologiste, p.61, Stock, 1959)
Recherche : partir de ce qu'on croit savoir, et tirer sur le fil en souhaitant qu'il se brise...
J'ai l'impression que le matérialisme est fermé et que le spiritualisme n'ouvre sur rien.
(Carnet d'un biologiste, p.68, Stock, 1959)
Qu'est-ce qui nous restera si nous ne savons pas grandir ce qui nous manque ?
(Carnet d'un biologiste, p.71, Stock, 1959)
La chance, pour un chercheur, est de trouver des faits qui ressemblent à ce qui le
passionne.
(Carnet d'un biologiste, p.72, Stock, 1959)
Qu'il faut d'honnêteté d'esprit, quand on ne tient à rien, pour avoir une opinion qui
laisserait croire qu'on tient à quelque chose !
(Carnet d'un biologiste, p.73, Stock, 1959)
Algèbre philosophique.
Former une équation où l'homme ne s'annule pas.
(Carnet d'un biologiste, p.73, Stock, 1959)
C'est toujours une chance pour un chercheur que de trouver des faits qui soient dignes
de lui.
(Carnet d'un biologiste, p.77, Stock, 1959)
Il n'y a pas de noir dans la nature, disent les peintres. Dans la pensée humaine, il y a la
mort.
(Carnet d'un biologiste, p.79, Stock, 1959)
La seule chose qu'un dictateur ne peut pas dicter, c'est la vérité.
(Carnet d'un biologiste, p.81, Stock, 1959)
Toutes les doctrines philosophiques briseront leurs fausses dents sur les réalités coriaces
de la science.
(Carnet d'un biologiste, p.83, Stock, 1959)
Ne jamais demander à la vérité d'où elle vient ni où elle va, ni surtout - comme à un
crime - à qui elle profite.
(Carnet d'un biologiste, p.83, Stock, 1959)
Pourquoi le vrai serait-il beau ? Ce qui l'est, c'est ne pas exiger qu'il le soit.
(Carnet d'un biologiste, p.86, Stock, 1959)
Rien n'est sérieux pour l'esprit ; tout peut le devenir pour le coeur.
(Carnet d'un biologiste, p.86, Stock, 1959)
Souvent, il nous déplaît de retrouver nos opinions chez autrui ; elles y sont dénuées de
tout ce qui, en nous, nous les rend acceptables.
(Carnet d'un biologiste, p.86, Stock, 1959)
Celui qui prétend aimer toutes choses, c'est qu'il ne se doute pas de ce que c'est qu'en
aimer une.
(Carnet d'un biologiste, p.92, Stock, 1959)
Certitude, servitude.
(Carnet d'un biologiste, p.93, Stock, 1959)
Cette certitude d'avoir raison qui est, à mes yeux, le signe infaillible de l'erreur.
(Carnet d'un biologiste, p.94, Stock, 1959)
Travailler son style, c'est vouloir donner à croire qu'on a mieux pensé qu'on n'a fait.
(Carnet d'un biologiste, p.102, Stock, 1959)
Qui tue par égoïsme tue peu ; qui par ambition, beaucoup ; qui par idéalisme,
énormément.
(Carnet d'un biologiste, p.108, Stock, 1959)
Quand j'admire un livre, c'est que j'y ai trouvé quelques phrases à mâchonner.
(Carnet d'un biologiste, p.112, Stock, 1959)
Je suis plus sûr d'avoir raison par la façon dont je vis que par la façon dont je pense.
(Carnet d'un biologiste, p.118, Stock, 1959)
Il est moins grave de s'égarer que de se figurer qu'on possède le fil qui empêche qu'on ne
s'égare.
(Carnet d'un biologiste, p.118, Stock, 1959)
On doit bien convenir qu'on est presque toujours enrichi par ce qu'on s'appliquait à
éviter.
(Carnet d'un biologiste, p.130, Stock, 1959)
Il n'y a pas un mot de trop dans ce livre ; mais n'est-ce pas le livre qui est de trop ?
(Carnet d'un biologiste, p.133, Stock, 1959)
Chacun fixe le seuil de ses ébahissements. Les miens commencent dès l'animal.
Expliquez-moi le crapaud, je vous tiens quitte de l'homme.
(Carnet d'un biologiste, p.137, Stock, 1959)
Seuls nous peuvent délivrer de la solitude les êtres qui peuvent nous y réduire par leur
absence.
(Carnet d'un biologiste, p.141, Stock, 1959)
On nie plus qu'on ne devrait quand on ne peut croire autant qu'on le voudrait.
(Carnet d'un biologiste, p.142, Stock, 1959)
Il me déplaît qu'on s'apitoie sur le malheur de ceux dont on ne goûterait pas le bonheur.
(Carnet d'un biologiste, p.146, Stock, 1959)
S'il est un dieu, la science en est réduite à rechercher les causes de ce qu'il eût dédaigné
de faire par voie de miracle.
(Carnet d'un biologiste, p.147, Stock, 1959)
Ne pas mettre des mots sur nos ignorances : elles ne sont pas des indécences qu'on doive
habiller.
(Carnet d'un biologiste, p.149, Stock, 1959)
Tant mieux si ma vérité peut aider un autre à s'en faire une autre...
(Carnet d'un biologiste, p.152, Stock, 1959)
Nous en voulons à nos amis de si bien nous connaître en nous comprenant si mal.
(Carnet d'un biologiste, p.155, Stock, 1959)
Je ne m'intéresse qu'à ce qui pourrait appartenir à tous, ou qui ne peut appartenir qu'à
un seul.
(Carnet d'un biologiste, p.157, Stock, 1959)
C'est tandis qu'un fait n'est pas encore compris que, d'ordinaire, il se montre le plus
fécond.
(Carnet d'un biologiste, p.157, Stock, 1959)
Je vois dans la nature beaucoup plus que l'homme, et dans l'homme beaucoup plus que
la nature.
(Carnet d'un biologiste, p.159, Stock, 1959)
Devant tant de gens qui savent, j'ai de plus en plus envie de ne pas savoir.
(Carnet d'un biologiste, p.159, Stock, 1959)
Un écrivain croit davantage à une cause quand il a trouvé la bonne formule pour dire sa
croyance.
(Carnet d'un biologiste, p.160, Stock, 1959)
Je ne puis concevoir un dieu, mais encore moins le puis-je concevoir tel qu'il dût me
faire regretter de n'y avoir pas cru.
(Carnet d'un biologiste, p.163, Stock, 1959)
Une journée qui s'achève : encore une que le néant n'aura pas.
(Carnet d'un biologiste, p.163, Stock, 1959)
Labyrinthe.
Connaître le point de sortie n'aidera pas à trouver le chemin.
(Carnet d'un biologiste, p.168, Stock, 1959)
La science n'explique rien, j'en conviens, mais tout ce qu'on y ajoute ne vaut pas mieux
que de se taire.
Science ou silence.
(Carnet d'un biologiste, p.171, Stock, 1959)
Je suis de plus en plus sûr qu'il n'y a presque pas d'amour au coeur de l'homme, mais
aussi de plus en plus sûr qu'il y en a.
(Carnet d'un biologiste, p.173, Stock, 1959)