SEMIOLOGIE DES ETATS HYPERGLYCEMIQUES
Objectifs
1. Définir les normes glycémiques
2. Décrire le syndrome cardinal du diabétique.
3. Décrire les 2 phases de la céto-acidose diabétique
4. Décrire les deux phases de l’état d’hyperglycémie hyperosmolaire
5. Citer 3 causes d’hyperglycémie non diabétique
6. Citer 3 facteurs favorisants de l’acidose lactique
1. Généralités
1.1. Définitions- Cadre nosologique (Figure 1)
D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la glycémie normale est comprise en 0,7 et 1,10 g/L à jeun.
Ø L’hyperglycémie se définit par une glycémie au-delà des valeurs cibles de glycémie :
• au-dessus de 1,10 g/L après 8 à 12 heures de jeun
• au-dessus de 1,40 g /L, deux heures après un repas
Ø Le diabète est un état d’hyperglycémie chronique relevant de facteurs génétiques et ou environnementaux
agissant souvent de concert.
Ø Les hyperglycémies non diabétiques : correspondent à des glycémies supérieures aux valeurs cibles de
la glycémies (hyperglycémie) mais n’atteignant pas les seuils du diabète. Il s’agit
o Hyperglycémie de stress : hyperglycémie aigue transitoire survenant généralement dans le
contexte d’une agression (infection, traumatisme, chirurgie…) et s’améliorant avec le contrôle de
cette agression.
o Prédiabètes
1.2. Intérêt
• Diabète est un important facteur de risque cardio-vasculaire car augmente les risques de faire un
événement cardio-vasculaire (infarctus du myocarde, artériopathie oblitérante des membres inférieurs,
accidents vasculaires cérébraux).
• Le diabète est un problème de santé publique:
o première cause d’insuffisance rénale
o première cause d’amputation non traumatique
o première cause de cécité après 60 ans
1.3. Physiologie de l’homéostasie glucidique
La glycémie normale est comprise entre 0,7 et 1,10 g/L (OMS). La glycémie est le résultat d’un équilibre entre :
• entrées de glucose : absorption intestinale, production hépatique
• sorties : entrée de glucose dans la cellule pour la production d’énergie, stockage hépatique sous forme de
glycogène, perte rénale lorsque la glycémie est supérieure à 1,80g/L.
Le maintien des chiffres glycémiques dans cette fourchette est possible grâce à l’action de plusieurs hormones :
- Insuline : seule hormone hypoglycémiante
Elle sécrétée par les cellules b des ilots de Langerhans pancréatiques en réponse à une prise alimentaire. Elle agit
à plusieurs niveaux :
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
1
• favorise l’entrée du glucose dans la cellule en stimulant les transporteurs membranaires,
• stimule le stockage des substituts glucidiques au niveau hépatique et musculaire :
glycogénogénèse
- Hormones de « contre-régulation »
Il s’agit du glucagon, des catécholamines, du cortisol et de l’hormone de croissance essentiellement. Sécrétées
dans les situations de carence notamment en période de jeun, elles stimulent la production hépatique de glucose.
Glycémie normale : 0,7 à 1,1 g/l à jeun
Hyperglycémie: Glycémie > valeurs cibles
- A jeun > 1,1 g/l
- 2h après repas > 1,40 g/L
Hyperglycémie aigue:
Hyperglycémie chronique
Stress transitoire
Pré-diabète : 1,1 g/l <
Diabète sucré:
Glycémie à jeun < 1,26
glycémie à jeun > 1,26
g/l
Figure 1 : Normes glycémiques
2. Signes
2.1. Type de description : déséquilibre hyperglycémique pur révélant un diabète de type 2 (DT2) non
compliqué et compensé
2.1.1. Circonstances de découverte :
§ Syndrome cardinal : il est rarement au complet dans le diabète de type 2.
§ Complications révélant le diabète : Infarctus du myocarde, Accident vasculaire cérébral, pied diabétique,
Infections à répétition et/ou trainantes
§ Découverte systématique chez des patients présentant des facteurs de risque de diabète de type 2:
o Age > 40 ans
o Surpoids ou obésité
o Antécédents de diabète gestationnel ou de macrosomie fœtale
o Antécédents familiaux DT2
o Existence d’un Prédiabète
o Présence d’autres facteurs de risque cardio-vasculaire : HTA, dyslipidémie
2.1.2. Examen clinique
2.1.2..1. Interrogatoire
L’examen est mené chez ce patient présentant un contexte évocateur de DT2 : sujet d’âge mur, obèse, sédentaire
présentant d’autres facteurs de risque cardiovasculaire (HTA…).
L’interrogatoire recherche en particulier des symptômes d’hyperglycémie chronique : syndrome cardinal. Le
syndrome cardinal du diabète comprend :
o POLYURIE : primaire, abondante, supérieure à 3 litres par jour, avec nycturie
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
2
o POLYDIPSIE : soif intense avec sensation constante de « gorge séche »
o POLYPHAGIE : elle est importante, mais surtout contraste avec l’amaigrissement
o AMAIGRISSEMENT : l’amaigrissement est souvent modéré dans le diabète de type 2 mais il peut
atteindre parfois 10 à 20 kg. Il faut faire aux patients méta-pléthoriques : patients obèses qui ont
perdu du poids (perte de poids rattachée à tort à un régime). D’où l’importance de faire l’histoire
pondérale.
2.1.2..2. Examen physique
Ø Examen général : s’intéressera particulièrement
§ Constantes anthropométriques :
o poids, taille,
o indice de masse corporel (IMC) qui est le rapport du poids sur la taille (en métre) au carré
o tour de taille mesuré à mi-distance entre la dernière côte et l’épine iliaque antérosupérieure.
§ Tension artérielle, pouls, glycémie capillaire ; bandelettes urinaires multiparamétriques. Dans cette
forme, il n’y a pas de corps cétoniques tout au plus des traces. Une glucosurie peut être retrouvée.
Ø Examen cardio-vasculaire : palpation des pouls périphériques et auscultation des trajets artériels
Ø Examen des pieds : recherche d’intertrigos, de déformation, de plaie du pied, de callosités, test au
monofilament.
2.1.3. Examens complémentaires
• Pour confirmer le diabète
– Glycémie à jeun supérieure à 1,26 g/L à deux reprises ou
– Glycémie au hasard supérieure à 2 g/L avec des symptômes d’hyperglycémie chronique ou
– Glycémie 2H après charge orale de de 75g de glucose (HGPO 75g) supérieure à 2g/L
• Pour confirmer le déséquilibre : dosage de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) qui sera supérieure
aux objectifs thérapeutiques (généralement fixé à 7%).
2.1.4. Evolution
§ Favorable : bon équilibre glycémique, faible risque de complication
§ Complications :
o Complications métaboliques aigues
o Complications chroniques dégénératives
o Infections
Ces complications constituent l’essentiel de la morbi-mortalité associée au diabète et doivent être
dépistées régulièrement.
2.2. Formes cliniques
2.2.1. Formes étiologiques
2.2.1..1. Autres types de diabète
- Diabète de type 1 (Figure 2)
Il sera évoqué devant un syndrome cardinal de survenu brutale et rapide survenant chez un sujet jeune âgé de
moins de 35 ans. Il n’y a pas d’antécédents familiaux de diabète. Il faudra également y penser devant une
énurésie secondaire chez l’enfant.
- Diabète gestationnel : trouble de la tolérance glucidique apparue ou reconnue pour la première fois
pendant la grossesse persistante ou non après celle-ci.
- Autres types de diabètes
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
3
•Diabètes monogéniques
•Diabètes pancréatogénes
•Diabètes secondaires à certaines endocrinopathies
•Médicamenteux/Toxiques
2.2.1..2. Hyperglycémies non diabétiques
- Prédiabètes
o Hyperglycémie modérée à jeun : il s’agit d’une glycémie à jeun comprise entre 1,10 et 1, 25 g/L
o Intolérance au glucose : glycémie 2h après charge orale (HGPO 75 g) comprise entre 1,40 et 1,99 g/L.
- Hyperglycémie de stress non diabétique
Tableau I : Caractéristiques respectives des diabètes de type 1 et 2
Type 1 Type 2
Antécédents familiaux du même
10 % pour les frères et sœurs Fréquents
type
Âge de survenue Plutôt avant 35 ans Plutôt après 35 ans
Début Souvent rapide ou explosif Généralement lent et insidieux
Facteur déclenchant Souvent Rarement
Symptomatologie Bruyante Pauvre ou absente
Obésité ou surcharge adipeuse
Poids Normal ou bas (maigreur)
abdominale
Hyperglycémie au diagnostic Majeure, > 3 g/l Souvent < 2 g/l
Cétose Souvent présente Le plus souvent absente
Complications dégénératives au
Absentes Présentes dans 50 % des cas
moment du diagnostic
Cause principale de mortalité Insuffisance rénale Maladie cardiovasculaire
2.2.2. Formes décompensées
Un diabète est dit décompensé lorsqu’il existe une complication métabolique aigue du diabète (Figure 2)
2.2.2..1. La céto-acidose diabétique
La céto-acidose diabétique est liée à une carence absolue en insuline. C’est l’apanage du diabète de type 1 mais
survenir lors d’un diabète de type 2. Cette décompensation a fréquemment un facteur déclenchant qu’il faut
rechercher et traiter. Elle évolue en 2 phases le pré coma céto acidosique et le coma acido-cétosique.
- Précoma acido-cétosique ou céto-acidose
Le tableau est marqué par une majoration du syndrome cardinal avec une anorexie insolite qui remplace la
polyphagie. L’amaigrissement est important pouvant atteindre 10 kg en quelques jours.
Il s’y associe également des signes digestifs : nausées, vomissements, douleurs abdominales.
La glycémie capillaire est supérieure à 2,5 g/L. Aux bandelettes, il est noté une glycosurie et une cétonurie
supérieure ou égale à 2 croix.
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
4
Complications métaboliques
aigues diabète
Liées à la Liées au
maladie traitement du
diabétique diabète
Etat
Acido-Cétose Acidose
d’hyperglycémie Hypoglycémie
diabétique lactique
hyperosmolaire
Figure 2 : Complications métaboliques aigues du diabète sucré
- Coma acido-cétosique : quatre groupes de signes
• Syndrome cardinal sévère avec déshydratation globale à prédominance extracellulaire avec pli cutané,
hypotension artérielle voire collapsus. En cas d’hyperglycémie importante, la déshydratation peut
comporter une composante intracellulaire avec soif, sécheresse buccale et hypotonie des globes oculaires.
• Syndrome de cétose
Haleine acétonique « pomme pourrie »
Troubles digestifs majeurs : nausées, vomissements, douleurs abdominales pseudo-appendiculaires,
diarrhée.
• Syndrome d’acidose métabolique fait :
o Respiration de Kussmaul : polypnée ample et bruyante de fréquence supérieure à 20 cycles par
minute. Classiquement la respiration est décrite à 4 temps avec une pause inspiratoire et
expiratoire.
o Troubles de la conscience, de profondeur variable allant de l’obnubilation jusqu’à un état de coma
profond, calme sans signe de localisation neurologique ni signe d’irritation pyramidale.
• Signes en rapport avec le facteur de décompensation
- Paraclinique :
Signes non spécifiques : hyperleucocytose avec polynucléose neutrophile (non liée obligatoirement à facteur
déclenchant infectieux), hémoconcentration, augmentation lipasémie et amylasémie.
Gazométrie : acidose métabolique avec baisse du pH<7,3, taux de bicarbonates sanguins inferieur à 18 mmol/L,
hypocapnie sans hypoxémie.
L’ionogramme sanguin, la fonction rénale et l’ECG doivent être réalisés systématiquement.
2.2.2..2. Etat d’hyperglycémie hyperosmolaire
Il s’agit d’une syndrome clinico-biologique associant :
• Hyperglycémie majeure > 6 g/L
• Hyperosmolarité plasmatique > 320 mos/L
• Absence d’acidose et de cétose notable
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
5
Cette complication survient surtout chez des personnes âgées, diabétiques de type 2 connus ou ignorés, peu
autonomes et incapables d’une réhydratation hydrique spontanée dès le début des troubles.
- Phase de pré coma : elle peut durer plusieurs jours ou semaines et passer inaperçue pour un entourage
peu attentif. Elle est caractérisée par :
• Asthénie évoluant progressivement vers un état de torpeur, détérioration des fonctions supérieures
• Polyurie
• Perte de poids
• Glycémie élevée, supérieure à 3 g/L (si elle est mesurée).
- Phase de « coma » confirmé
L’examen clinique retrouve :
• Troubles de la conscience de profondeur variable pouvant être associé à des convulsions focalisées ou
généralisées
• Déshydratation majeure et globale : intracellulaire (perte de poids, sécheresse des muqueuses, fièvre)
et extracellulaire (pli cutané, orbites enfoncés, chute de la PA, voir choc).
• Polyurie « paradoxale »
• Glycémie capillaire au maximum de l’appareil (« HI » = hight) avec aux bandelettes urinaires, une
glucosurie importante, cétone absent ou faible (traces ou une seule croix).
A la biologie, il est noté : :
• Hyperglycémie considérable > 6 g/L, pouvant atteindre 20 g/L
• Hyperosmolarité plasmatique > 320 mosm/L calculée avec la formule suivante :
(Na + K) x 2 + urée + glycémie
2.2.2..3. Acidose lactique
L’acidose lactique est un état d’acidose métabolique lié à la libération d’ions H+ par l’acide lactique. Il s’agit
d’un accident rare, mais grave. Elle est liée sur terrain de diabète le plus souvent à la prescription inappropriée de
biguanides : insuffisance rénale, insuffisance hépatique, hypoxie sévére.
Prodromes :
• Crampes, asthénie sévère
• Douleurs abdominales et thoraciques
Phase d’état : Il existe des signes d’acidose métabolique :
• Hyperventilation
• Tachycardie
• Troubles de conscience plus ou moins importants
• Collapsus cardiovasculaire en l’absence de déshydratation
2.2.2..4. Hypoglycémie chez le diabétique
L’hypoglycémie est définie chez le diabétique par une glycémie inferieure à 0,7 g/L.
2.2.3. Complications dégénératives
• Complications macrovasculaires
- Coronaropathie diabètique
- Macro-angiopathie vasculo-cérébrale
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
6
- Artériopathie chronique oblitérante des membres inférieurs
- Sténose des artères rénales
• Complications micro vasculaires
- Rétinopathie diabétique
- Neuropathie diabétique
- Néphropathie diabétique
• Pied diabétique : c’est toute infection, ulcération ou destruction des tissus profonds du pied associée à
une neuropathie et/ou un artériopathie périphérique.
CONCLUSION
Les étiologies des hyperglycémies sont dominées par le diabète. La symptomatologie est dominée par l’existence
d’un syndrome cardinal. La réalisation annuelle d’une glycémie à jeun est préconisée chez tous les sujets de plus
de 40ans. Le respect des conditions de prélèvement est de rigueur pour la fiabilité de la glycémie.
Service de Médecine Interne/Endocrinologie-Diabétologie- Nutrition CHN Pikine/FMPO, Pr Leye et Coll.
7