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Protection des Réfugiés au Cameroun

Ce document traite de la protection des réfugiés en Afrique centrale, en se concentrant sur la gouvernance des migrations forcées au Cameroun. Il analyse les défis liés à la protection internationale des réfugiés, le cadre normatif et institutionnel, ainsi que les imperfections du système camerounais. Enfin, il propose des stratégies pour améliorer la gouvernance des migrations forcées et renforcer le droit d'asile dans la région.

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Protection des Réfugiés au Cameroun

Ce document traite de la protection des réfugiés en Afrique centrale, en se concentrant sur la gouvernance des migrations forcées au Cameroun. Il analyse les défis liés à la protection internationale des réfugiés, le cadre normatif et institutionnel, ainsi que les imperfections du système camerounais. Enfin, il propose des stratégies pour améliorer la gouvernance des migrations forcées et renforcer le droit d'asile dans la région.

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La protection des réfugiés en Afrique centrale : quelle

gouvernance des migrations forcées pour les États


centre-africains ? : le cas du Cameroun
Robert Ebénezer Nsoga

To cite this version:


Robert Ebénezer Nsoga. La protection des réfugiés en Afrique centrale : quelle gouvernance des
migrations forcées pour les États centre-africains ? : le cas du Cameroun. Géographie. Université
Michel de Montaigne - Bordeaux III, 2020. Français. �NNT : 2020BOR30011�. �tel-02997878�

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École Doctorale 480, Montaigne-Humanités
Laboratoire : 5115 Les Afriques dans le Monde -LAM-/CNRS/Sciences Po Bordeaux

Thèse :
EN VUE DE L’OBTENTION DU GRADE DE DOCTEUR (Ph. D) DE L’UNIVERSITÉ DE
BORDEAUX MONTAIGNE

Discipline : Géographie Spécialité : Géographie politique

LA PROTECTION DES RÉFUGIÉS EN AFRIQUE CENTRALE :


Quelle gouvernance des migrations forcées pour les États centre-africains ?
Le cas du Cameroun

Présentée et soutenue publiquement le 03 Juillet 2020


par :
Robert Ebénezer NSOGA

Sous la Direction de : Bernard CALAS


Professeur des Universités en Géographie, LAM/CNRS, UMR 5115, Université Bordeaux
Montaigne

Membres du Jury :
Madame Anne-Marie TOURNEPICHE, Professeure des Universités (Droit public), Université de

Bordeaux, Présidente du Jury

Monsieur Pierre KAMDEM, Professeur des Universités (Géographie), MSHS, MIGRINTER CNRS

UMR-7301, Université de Poitiers, Premier Rapporteur

Monsieur Aristide YEMMAFOUO, Professeur des Universités ( Géographie), Enseignant-

Chercheur et membre associé à LISST, Université de Dschang (Cameroun), Deuxième Rapporteur

Monsieur Bernard CALAS, Professeur des Universités (Géographie), LAM/CNRS, UMR 5115,

Université Bordeaux Montaigne, Directeur de Thèse

i
L’Université de Bordeaux Montaigne n’entend donner aucune approbation, ni
improbation aux opinions émises dans cette thèse ; ces opinions doivent être
considérées comme propres à leurs auteurs.

i
SOMMAIRE

SIGLES ET ABBREVIATIONS ….....................................................................................................ii

DEDICACE....................................................................................................................................... iii

REMERCIEMENTS.......................................................................................................................... iv

RESUME ANALYTIQUE …............................................................................................................11

ABSTRACT …..................................................................................................................................13

INTRODUCTION GENERALE....................................................................................................16

PREMIÈRE PARTIE : DE LA PROTECTION INTERNATIONALE DES RÉFUGIÉS :


UN DÉFI CONSTANT ….............................................................................................................94

CHAPITRE I : LA CONSTANCE DE LA CONSECRATION DES DROITS DES


RÉFUGIÉS DANS L'ORDRE JURIDIQUE INTERNATIONAL …......................................97

SECTION I : LE DROIT D’ASILE, UN DROIT AUX CONTENUS SOCIO-


HISTORIQUES ET JURIDIQUES PARTICULIERS..........................................................98

SECTION II : CADRE NORMATIF DE PROTECTION DES RÉFUGIÉS AU


CAMEROUN …..............................................................................................................................135

CHAPITRE II : LA DYNAMIQUE D'ENCADREMENT INSTITUTIONNEL DES


RÉFUGIÉS EN CONTEXTE CAMEROUNAIS ….................................................................149

SECTION I : L’ÉTAT D'ACCUEIL, INSTITUTION CENTRALE DANS LA


PROTECTION DES RÉFUGIÉS: ENTRE EXPRESSION D'UNE SOLIDARITÉ ET
PREEMINENCE DE L'EXERCICE DE LA SOUVERAINETÉ …............................................ 151

3
SECTION II : LA CHARGE PRÉPONDÉRANTE ET IRRÉDUCTIBLE DU HAUT-
COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS -HCR- DANS SON RÔLE
DE PROTECTION INTERNATIONALE DES RÉFUGIÉS....................................................... 156

DEUXIEME PARTIE : DE L’OPÉRATIONNALISATION DE LA PROTECTION DES


RÉFUGIÉS DANS L'ESPACE GÉOGRAPHIQUE CAMEROUNAIS, OU L'ÉVIDENCE
D'UN DROIT D'ASILE DÉFAILLANT …..............................................................................168

CHAPITRE III: CADRE PHYSIQUE DE L’ÉTUDE …........................................................170

SECTION I : GÉOGRAPHIE PHYSIQUE ET ADMINISTRATIVE DU CAMEROUN


…..........................................................................................................................................172

SECTION II : CADRE SPATIAL DE L'ETUDE............................................................175

CHAPITRE IV: MODUS OPERANDI DE L’ÉTAT DU CAMEROUN, DU HAUT-


COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES REFUGIÉS -HCR- EN MATIÈRE
DE PROTECTION DES MIGRANTS FORCÉS EN CONTEXTE CAMEROUNAIS......196

SECTION I : L’ÉTAT DU CAMEROUN, LE HCR ET LES ORGANISATIONS DE


SOLIDARITÉ DANS L'ENCADREMENT DES RÉFUGIÉS …...............................................199

SECTION II : ESPACES D'ACCUEIL DES RÉFUGIÉS AU CAMEROUN : ZONES


D'HOSPITALITÉ, D’INSÉCURITÉ OU DE PRÉCARITÉ ? THÉÂTRES CONFLICTUELS
ENTRE ACTEURS HUMANITAIRES, POPULATIONS LOCALES, ET
RÉFUGIÉS ?....................................................................................................................................222

4
TROISIEME PARTIE : DE LA REFONTE POLITICO-INSTITUTIONNELLE ET
NORMATIVE DU DROIT D’ASILE EN AFRIQUE CENTRALE POUR UNE
PROTECTION EFFICIENTE, COHÉRENTE ET PERTINENTE DES RÉFUGIÉS DANS
L'ESPACE SOUS-REGIONAL CENTRE-AFRICAIN …......................................................250

CHAPITRE V : LES DILEMMES DE LA PROTECTION DES REFUGIES : LE DROIT


D'ASILE EN DECLIN ?. …........................................................................................................252

SECTION I : DE L'INFLÉCHISSEMENT DU DROIT D'ASILE INTERNATIONAL:


ENTRE RESTRICTIONS POLITIQUES, FAIBLESSES NORMATIVES, STRUCTURELLES
ET INSTITUTIONNELLES DANS LA PROTECTION DES RÉFUGIÉS
….................................................................................................................................................254

SECTION II : DES IMPERFECTIONS DU SYSTÈME CAMEROUNAIS DE


PROTECTION DES RÉFUGIÉS..............................................................................................272

CHAPITRE VI : DEFIS D'UNE GOUVERNANCE EFFICACE DES MIGRATIONS


FORCEES ET STRATÉGIES DE RENFORCEMENT DU DROIT D’ASILE ET DE LA
PROTECTION DES RÉFUGIÉS EN AFRIQUE CENTRALE …........................................296

SECTION I : DE L'URGENCE D'UNE REFONTE DU DROIT D'ASILE: NÉCESSITÉ


OU IMPÉRATIF ? …......................................................................................................................298

SECTION II : DES MESURES SOUS-RÉGIONALES CONCERTÉES À ADOPTER,


OU L'IRRÉDUCTIBLE NÉCESSITÉ POUR UNE GOUVERNANCE SOLIDAIRE ET
EFFICACE DES MIGRATIONS FORCÉES EN AFRIQUE CENTRALE …...........................321

CONCLUSION GENERALE …..............................................................................................366

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES …......................................................................381


TABLE DES ANNEXES …...............................................................................................413
TABLE DES ILLUSTRATIONS …...................................................................................490

TABLE DES MATIERES …...............................................................................................493

5
SIGLES ET ABREVIATIONS
AGD ÂGE, Genre, Diversité
AGR Activités Génératrices de Revenus
Al Alinéa
ALPC Armes légères et de Petits Calibres
ALVF Association contre les Violences faites aux Femmes
APP Agenda Pour la Protection
Art Article
BIM Bataillon d’Infanterie Motorisée
BUCREP Bureau Central des Recensements et des Études de Population
CBLT Commission du Bassin du Lac Tchad
CCT Convention Contre la Torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants
CDE Convention relative aux Droits de l’Enfant
CEDEF Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’Égard des Femmes
CEDH Convention européenne pour la protection des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales
CEDR Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination Raciale
CEEAC Commission des Économiques des États d'Afrique Centrale

CEMAC Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Central


CER Communauté Économique Régionale
CESEDA Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
CESR Commission d’Éligibilité au Statut de Réfugiés
CFDA Coordination Française pour le Droit d'Asile
CICR Comité International de la Croix Rouge
CNCDH Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme
CNE Commission Nationale d’Éligibilité
CNUDHD- Centre des Nations Unies pour les Droits de l'Homme et la Démocratie en Afrique Centrale
AC
COMEX Comité Exécutif
COPAX Conseil de Paix et de Sécurité en Afrique Centrale
CRC Croix Rouge Camerounaise
CSI Centre de Santé Intégré
DAP Direction des Actions Politiques et diplomatiques
DDR Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement
DGSI Direction Générale de la Sécurité Intérieure
DGV Distribution Générale des Vivres
DIDH Droit International des Droits de l’Homme
i
DIH Droit International Humanitaire

DIP Droit International Public

DSCE Document de Stratégie pour la Croissance et l'Emploi

DSH Direction de la Sécurité Humaine

DSR Détermination du Statut de Réfugié


DUDH Déclaration Universelle des Droits de l'Homme
ETAPES Espaces Temporaires d'Apprentissage et de Protection de l'Enfant
FAO Food and Agriculture Organization of the United Nations

FMM Force Multinationale Mixte

FRONTEX Contraction des termes « frontières » et « extérieures, désigne l'Agence européenne pour la
gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de
l'Union Européenne

GISTI Groupe d'Information et de soutien des Immigrés

GPIGN Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale


GTP Groupe de Travail sur la Protection
HCR Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés

HCT Humanitarian Country Team ( Équipe -pays Humanitaire)

HOFO Head of Field Office

IRD Institut de Recherches pour le Développement

JAM Joint Assessment Mission ou mission conjointe d’évaluation


MARAC Mécanisme d'Alerte Rapide en Afrique Centrale
MINEPAT Ministère de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du Territoire
MINREX Ministère des Relations Extérieures
MOU Memorandum Of Understanding
MPFA Migrations Policies Framework Agreement ( Cadre de politique migratoire )
NFI Non Food Items (Articles non alimentaires)

OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économique


OCGMF Office Centre-africain de Gouvernance des Migrations Forcées
OCHA Office for Coordination of Humanitarian Affairs
OFPRA Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

OIM Organisation Internationale des Migrations

OIR Organisation Internationale pour les Réfugiés

OMD Objectif du Millénaire pour le Développement

OMS Organisation Mondiale de la Santé

ONG Organisation Non-Gouvernementale

i
ONU Organisation des Nations Unies

Op.cit Dans l’ouvrage cité

OPJ Officiers de Police Judiciaire

OUA Organisation pour l'Unité Africaine

PAM Programme Alimentaire Mondial


PBS Personnes à Besoins Spécifiques
PDC Plans de Développement Communautaire
PDIs Personnes déplacées internes , ou internal displaced persons (IDP)
PDL Plan de Développement Local
PE Partenaire d’Exécution
PIDCP Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques
PIDESC Pacte International Relatif aux Droits Économiques, Sociaux et Culturels
PNUE Programme des Nations Unies pour l'Environnement
PO Partenaire Opérationnel
PSC Poste de Santé du Camp
PVVIH Personnes vivant avec le VIH/SIDA

RAEC Régime d'asile européen commun

RCA République Centrafricaine

SAP Système d’Alerte Précoce

SASR Service des Affaires Spéciales et des Réfugiés

SDN Société des Nations

SIR: Site d'Identification des Réfugiés

SRM Service des Réfugiés et des Migrants


SRP Strategic Response Plan
SUPRA Au-dessus, plus haut
TF Taille de Famille
TOCKEN Ticket d’habilitation et d’octroi quantitatif d’une ration spécifiée ou des NFI
UA Union Africaine

UE Union Européenne

UNFPA Fonds des Nations Unies pour la Population


UNICEF Fonds des Nations Unies pour l'Enfance
VBG Violence basée sur le Genre
VSBG Violence Sexuelle et Basée sur le Genre
WATSAN Hygiène et Assainissement

ZIR Zone d'Identification des Réfugiés

i
A HILOLOMBI, la gloire,

A ma Mère, Emilia Ngo NDONGO, Yig NSOGA,


de très regrettée Mémoire...

i
REMERCIEMENTS

En premier lieu, mes remerciements vont à l'endroit de mon Directeur de Thèse, Monsieur
Bernard CALAS, Professeur des Universités (Géographie), Université de Bordeaux Montaigne,
qui, malgré les contraintes liées à ses plurielles occupations, m'a accordé sa confiance en acceptant
de diriger cette thèse. Pour ses pertinentes orientations tout au long de la réalisation de ce travail,
qu'il trouve à travers ce moment, l'expression de ma sincère et profonde gratitude ;
Aux membres du jury dans leur ensemble, pour le privilège et l'honneur qu'ils nous font
par leur participation dans le jury de notre soutenance ;
A Madame Danièle LOCHAK, Professeure émérite de Droit public de l’Université Paris-
Ouest Nanterre, membre et ancienne présidente du groupe d’information et de soutien des
immigré-e-s – Gisti-, pour sa bienveillance en acceptant de lire notre travail de recherche, et d'en
émettre des éclairages et précieux conseils ;
A Monsieur Magloire ONDOA, Professeur des Universités (Droit Public), Recteur de
l'Université de Douala(Cameroun), pour son sens critique, particulièrement constructif et ses
utiles éclairages au cours de nos échanges dans le cadre de la réalisation de ce travail; Au Dr
Abraham Honoré, Expert en diplomatie préventive et Enseignant à l'Ecole Supérieure
Internationale de Guerre, Yaoundé (Cameroun), pour ses conseils pertinents, sans discontinuité,
tout au long de mes années de recherche.
A la direction, à l'ensemble du personnel administratif, aux Enseignants-Chercheurs et
chercheurs, doctorants de l’École doctorale Montaigne Humanités -Maison de la Recherche de
l'UBM, de l'Unité Mixte de Recherche 5115 LAM/CNRS de Science Po Bordeaux, de Migrinter de
l'Université de Poitiers, de Paris II Panthéon-Assas, de l'Université du Faso ( Unité de formation et
de recherche en sciences humaines et sociales), de l'Université panafricaine de Yaoundé, pour ces
années de soutien, d'accompagnement, de collaboration, d'échanges et de partage d'expériences ;

À toutes celles et ceux qui ont permis une réalisation harmonieuse de ce travail, en
m'accordant un accès dans les centres de recherche et de documentation en Europe et
particulièrement en France, au Cameroun, ainsi que des entretiens auprès des instances étatiques
camerounaises, au HCR Bureau du Cameroun( une pensée particulière à l'endroit de M.Jean
Jacques EBENE), auprès des personnes ressources de l'OIM et d'intervenants humanitaires de
terrain partenaires du HCR, aux responsables respectifs des communautés des réfugiés des
régions d'accueil de l'Extrême Nord, de l'Est, de l'Adamaoua ainsi qu'aux représentants des
réfugiés urbains du Cameroun, à toutes les personnes et autorités impliquées pendant nos
enquêtes de terrain , mon infinie gratitude pour leur nécessaire concours ;
À celles et ceux qui m'ont accordé un précieux temps pour procéder à la relecture de cette
thèse, Nathalie MARTI, Dr Parfait NYEMECK, et plus singulièrement Dr Cyrielle
MAINGRAUD, dont les échanges et les observations ont été d'un substantiel apport, mon entière
reconnaissance.
A mes ami-e-s Isabelle, Daniel et Roseline, Laurent et Angéline, Ingrid, Catherine, Bruno,
pour leur indéfectible soutien ;
Enfin, une pensée émue pour mes ancêtres ainsi que mes proches, ma famille et
singulièrement Mme et M BISSE, mes frères, mes sœurs, nièces et neveux, pour leurs infaillibles
encouragements. A ma tendre Marie Jeanne et à nos enfants, toute mon affection pour leur
réconfort et soutien constants pendant mes longues absences.
i
i
RESUME ANALYTIQUE

Depuis la dernière décennie, les migrations forcées constituent en Afrique comme dans

plusieurs parties du monde, une préoccupation particulière et ne cessent de s’intensifier, suscitant

de nombreux et complexes défis. Ces migrations atypiques, très souvent massives et inattendues,

dont les principales causes se recrutent dans les conflits armés, les atteintes aux droits de l’homme,

la violence, la dégradation de l’environnement, ont atteint entre 2011 et 2017, des proportions

alarmantes, comme l'indique avec emphase, le rapport global annuel de 2015 du Haut-

Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés -HCR-. Confrontées aux aspérités de leurs

difficiles trajectoires exilaires qui exacerbent leur vulnérabilité, les personnes forcées de fuir de

leurs lieux de vie habituels ne sont pas pour autant les bienvenues dans certains territoires

d'accueil où elles vivent souvent dans des conditions de haute précarité. Le paradoxe de la faillite

de la protection de cette population contrainte au déplacement réside dans la constance de la

consécration de leurs droits dans l'ordre juridique international, dans de nombreux instruments

normatifs régionaux et nationaux, et la présence permanente d'intervenants humanitaires

pléthoriques à leurs chevets. L'Afrique subsaharienne ne fait pas exception à cette actualité, elle

qui compte, selon le même rapport, environ 4,41 millions de réfugiés sur un total de 21,3 millions

dans le monde. Cette situation dramatiquement actuelle et humanitairement brûlante a entraîné

en Afrique centrale, une reconfiguration importante de l'espace humanitaire en raison de la

multiplication exponentielle des déplacements forcés de population alimentée par une inflation

récurrente de la conflictualité dans le bassin du lac Tchad, en République Centrafricaine, en

République Démocratique du Congo, dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest du

Cameroun – pour ne citer que ces cas dont l'écho des tragédies témoignent de l'actualité et de

l'urgence de ce phénomène dans cette sous-région africaine-, et la transfrontaliérité des menaces

qui pèsent au sein de cet espace géographique d'Afrique subsaharienne. De ce qui précède, ma

thèse s'attache à dresser une cartographie du système national de protection des réfugiés d'un État

d'Afrique centrale, le Cameroun en l'occurrence, pays de longue tradition d’accueil dont la

position géographique est stratégique dans cette sous-région. L'exercice capitalise d'une part,

l'analyse des outils d'encadrement normatifs, structurels, infrastructurels, ainsi que les divers

mécanismes de coordination des intervenants déployés en faveur de la protection des migrants

forcés, pour favoriser une meilleure compréhension des conditions d'accueil,

i
d'assistance/protection, de survie de ces personnes au sein des espaces sui generis ; l'étude permet

d'autre part, de mettre en relief, des perspectives de pratiques normatives, structurelles et

institutionnelles qui favoriseraient une meilleure prise en compte et une régulation de la

protection de cette population au moyen d'une dynamique solidaire et concertée, structurée

autour de la spatialisation des États du périmètre politico-géographique de la CEEAC.

Par l’approche systémique, accoudée à la théorie du constructivisme sécuritaire, je m’attelle

à mettre en cohérence, à partir d’un champ pluridisciplinaire croisé, des facteurs et acteurs appa-

remment irréconciliables, mais immensément enchevêtrés. In fine, à partir du cas camerounais,

cette thèse ouvre des perspectives de réflexions sur les défis d'une géographie du droit d'asile et

d'une protection efficace des réfugiés en Afrique Centrale qui se déclinent à la régionalisation des

interventions, et de façon praxéologique, à l'urgence d'une centre-africanisation de la réponse de

protection à travers la création d'un cadre concerté sous-régional de gouvernance des migrations

forcées.

Mots clés: Protection; Migrations forcées; Réfugiés; Déplacés; Asile ; Droit d’asile; Droit de
l’asile; Centre-africanisation.

i
ABSTRACT
In the past decade, forced migration has been a particular and growing concern in Africa

and in many parts of the world, as far as they created many complex challenges. These

migrations, very often massive, unexpected, and generally caused by armed conflicts, human

rights violations, violence, environmental degradation, have jeopardized the survival of many

populations whose proportions reached alarming rates between 2011 and 2017, as it is stated in

2015's Global Annual Report of the UNHCR. But this already vulnerable population often remains,

beyond any observation, highly precarious within some host States. The paradox of the failure of

forced migrants's protection is maintained by the constancy of the consecration of their rights in

international, regional and national legal instruments and the diversity of humanitarian actors at

their side. Sub-Saharan Africa, which, according to the report quoted above, has around 4.41

million refugees out of a total of 21.3 million in the world, is no exception to this factual reality. In

view of this dramatic and humanely burning situation in Central Africa, which has led to a

significant reconfiguration of the humanitarian space due to the exponential increase of forced

population displacement, fuelled by recurrent conflict inflation in the Lake Chad Basin, the

Central African Republic, the Democratic Republic of Congo, and the South West and North-West

Cameroon – to mention only those cases whose echo of the tragedies bear witness to the topicality

of this phenomenon in this African sub-region -, and the cross-border threats that weigh within

this sub-Saharan african territoriality, my thesis focuses to map the national refugee protection

system of the State of Cameroon, historically well known as a welcoming and hospitable country

whose geographical position is strategic in the sub-regional area of Central Africa. This exercise

allows on the one hand, the analysis of normative, structural and infrastructural framework tools,

as well as the various mechanisms of coordination of the actors involved in the protection of

forced migrants, to enable a better understanding of their welcome conditions in special areas. on

the other hand, the study makes it possible to highlight perspectives of normative, structural and

institutional practices capable to curb the important flows of refugees and to regulate their

protection on behalf of a dynamic and concerted solidarity, structured around the spatialisation of

States within the political-geographical perimeter of ECCAS. Through the systemic approach and

the theory of constructivism, I am striving to bring into coherence, from a cross-disciplinary field,

factors and actors that seem irreconcilable, but immensely intertwined. From Cameroonian

experiences, this thesis opens up finally the perspectives of reflections on the challenges of a

i
relevant geographical asylum's right and an agreed and effective protection of refugees in central

Africa which decline to the regionalization of interventions, and concretely, to the urgent need of a

centre-africanisation of the protection's response through the creation of a concerted sub-regional

framework for governance of forced migration.

Keywords : Protection; Forced migration; Refugees; Displaced persons; Asylum; Central-


africanisation.

i
INTRODUCTION GENERALE

« The problem of the refugees, is certainly one with which every human being, be he a refugee or
not, is or ought to be immediately concerned...It is unrealistic for anyone who looks at the refugee
problem to say “it cannot happen here”. No one has any absolute safeguard against becoming a
refugee himself ».
Gerrit Jan Van HEUVEN GOEDHART 1

1VAN HEUVEN GOEDHART, Gerrit Jan : “The Problem of Refugees” in Collected Courses of the Hague
Academy of International Law, 82, P261-372, 1953
16
PROLEGOMENES

La question des migrations contemporaines des individus en général et la mobilité

des personnes est d’une grande actualité en Sciences humaines et sociales 2. Avant de

constituer un objet d’étude ou de recherche à part entière qui, en cette période charnière,

alimente de nombreux travaux et une réflexion théorique riche et plurielle 3, les migrations

sont d’abord une réalité sociale qui concerne les sociétés contemporaines globales. Dans

une sphère planétaire mondialisée, il est constant d'observer que la sédentarité ne

constitue plus une dominante des sociétés post-modernes. Les migrations deviennent de

ce point de vue, un fait sociétal important qui pousse les individus à la mobilité pour

l’adaptation aux enjeux et défis de l'ère contemporaine. Depuis les trois dernières

décennies, les mouvements de populations ont en effet pris une ampleur importante, et

vont, selon Catherine WIHTOL De WENDEN, se poursuivre, car «... les facteurs de la

mobilité ne sont pas près de disparaître : écarts entre les niveaux de développement humain le long

des grandes lignes de fracture du monde, crises politiques et environnementales, productrices de

réfugiés et de déplacés, baisse du coût des transports, généralisation de la délivrance des passeports

(y compris dans les pays d’où il était hier difficile de sortir), absence d’espoir dans les pays pauvres

et mal gouvernés, rôle des médias»4. Qu’il s’agisse des propagandes anti-migratoires diffusées

dans les médias, de la surenchère dans la théâtralisation des personnes migrantes et/ou

réfugiées qui tentent d’entrer dans les espaces européen, nord-américain, asiatique,

moyen-oriental ou africain, les questions migratoires cristallisent durant cette période

particulière des polémiques complexes qui se répercutent sur les lignes de fracture des

systèmes politiques et exposent souvent les failles de l’action publique en matière de

gouvernance migratoire5.

S'il est constant que le ius migrandi a été reconnu comme le premier des droits

2Une mise en perspective illustrative de l'évolution des théories migratoires contemporaines au cours des
cinquante dernières années est présentée dans un ouvrage collectif sous la direction de Victor PICHÉ.
Pour plus de détails, lire: PICHÉ, Victor: Les théories de la migration ; Collection : Manuels et textes
fondamentaux, sous la direction de Victor PICHÉ, Paris, INED, 2013
3PICHÉ, Victor : «Les théories migratoires contemporaines au prisme des textes fondateurs », Institut

national d'études démographiques | «Population» , 2013/1 Vol. 68 | pages 153 à 178


https://www.cairn.info/revue-population-2013-1-page-153.htm, consulté en ligne, le 14 Avril 2015
4WIHTOL DE WENDEN, Catherine : « La géographie des migrations contemporaines» , La Découverte,

« Regards croisés sur l'économie » 2010/2 n° 8 | pages 49 à 57, consulté en ligne le 20 Juin 2015,
https://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2010-2-page-49.htm
5CHANNAC, Frédérique : «Vers une politique publique internationale des migrations? Réseaux politiques

et processus de transfert de modèles», Revue française de science politique, vol. 56, no. 3, 2006, pp. 393-
408.
17
naturels et universels et comme le fondement du droit international moderne 6, les

migrations forcées quant à elles sont de nos jours, au cœur de grands enjeux

géopolitiques, géostratégiques et sécuritaires 7 en raison de l'actualité de la scène

migratoire mondiale. Confronté à la complexité des enjeux migratoires mais surtout à la

récurrence d'une rhétorique de l'«envahissement migratoire» sur les frontières des

territoires d'accueil, notamment européennes, le droit d’asile, droit fondamental de

l'Homme consacré par des instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux 8

est mis à rude épreuve ces dernières années, et tend à devenir un droit sans importance.

Sur les causes de ce déclin du droit d'asile, Catherine WIHTOL De WENDEN explique

qu'il est passé à servir « ...une double tendance humanitaire et sécuritaire, ce qui a débouché à

des taux de reconnaissance de plus en plus restreints : 20% des demandeurs obtiennent

aujourd'hui le statut de réfugié contre 80 % à la fin des années 1970» 9. Face à l'ampleur de ce

qui est présenté sous le prisme de « crise migratoire »10, l'on assiste en l’occurrence au sein

de l'Union Européenne, à une véritable crise de l'asile que Jérôme VALLUY dénonçait en

2009 comme étant le « ...grand retournement du droit d'asile» 11. D'évidence, le durcissement

progressif des dispositifs de contrôle de l’immigration que Luc LEGOUX désigne comme

6Le ius migrandi, ou droit à la mobilité est en effet inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme de 1948, notamment à l'article 13, al. 2 qui dispose : « Toute personne a le droit de quitter tout
pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.» Par ailleurs, il est important de rappeler que ce droit
fut affirmé par le théologien, philosophe et juriste espagnol Francisco de VITORIA sur la base d'une «
fraternité universelle du genre humain» ( De Indis et de iure belli relectiones. Relectiones theologicae XII ,
in Ernest Nys (dir.), Classics of international Law, Carnegie Institution of Washington, Washington, 1917.
, et par la suite par Emmanuel KANT dans sa vision de « l'hospitalité universelle» dans le cadre de son
projet de droit cosmopolitique (Emmanuel Kant,Projet pour la paix perpétuelle, Gallimard, «Bibliothèque
de la Pléiade», 1986, t.III, p. 350. ), cités par Luca d'AMBROSIO :« Quand l'immigration est un délit »,
Novembre 2010, Consulté en ligne, le 16 mai 2015, https://laviedesidees.fr/spip.php?
page=print&id_article=1263
7CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, Crise des sociétés, crise des territoires, Éditions des Archives

Contemporaines -EAC-, Paris, 2001


8Il s'agit notamment de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 sus citée ( Article 13

alinéa 2),des différentes Conventions internationales ( Conventions de Genève de 1951 sur le droit des
réfugiés et son protocole de 1967, la Convention de New York de 1954 relative au statut des apatrides), et
sur le plan régional , des différentes législations adoptées sur un plan politico-communautaire et traitant de
la protection des personnes en déplacements forcés. En Afrique, c'est le cas de la Convention de l'Union
Africaine dite de «Kampala » de 2009 sur la protection et l'assistance aux personnes déplacées en Afrique.
Comme nous le verrons de façon beaucoup plus exhaustive dans nos développements ultérieurs. Des
textes nationaux sont également adoptés par les États d'Afrique centrale à l'exemple du Cameroun dans la
même perspective protectrice des migrants forcés.
9WIHTOL De WENDEN, Catherine : « La géographie des migrations contemporaines» , La Découverte, «

Regards croisés sur l'économie », Op.cit p15


10DÉSAUNAY, Cécile ; De FRANCE, Olivier ; De JOUVENEL, François ; PARANT, Alain ; TRIBALAT,

Michèle: « L’Union européenne face aux migrations à l’horizon 2030 », Observatoire des enjeux
géopolitiques de la démographie, Futuribles/ IRIS ( Institut des Relations Internationales et Stratégiques),
Direction Générale des Relations Internationales et de la Stratégie-DGRIS-,Ministère de la Défense,Rapport
n° 2 - Juillet 2016, Consulté en ligne le 06 Octobre 2016, https://www.futuribles.com/viewer/pdf/8386
11VALLUY, Jérôme : Rejet des exilés : Le grand retournement du droit d'asile, Le croquant, collection Terra,

2009
18
«politiques de dissuasion»12 n'est pas sans conséquences pour les États d'accueil d'Afrique

subsaharienne13. En effet, le sentiment de rejet des exilés est alimenté à l'aune d'un

traitement confusionnel et de stigmatisation des migrants forcés, relayé par les discours

médiatico-politiques occidentaux. A ce sujet, Bruno GEDDO pense qu'« un nombre

croissant de pays africains tendent à reproduire le côté négatif du « modèle européen », où les idées

préconçues et la position de bouc émissaire dans laquelle se trouvent les réfugiés pour tout ce qui

ne va pas dans le pays sont rapportées dans la presse et relayés quotidiennement dans les discours

publics. En ce sens, les réfugiés deviennent facilement des boucs émissaires puisque aucune partie

intéressée n’est là pour les défendre »14. Dans ce contexte, l’exclusivisme et la singularisation

d'une supposée «crise migratoire » européenne a longtemps occulté la place et la

complexité des enjeux migratoires extra-européens, trahissant à pertinence, la constance

d'une démarche européocentrée fondée sur une géographie migratoire à géométrie

variable15. Les phénomènes migratoires africains et singulièrement la question de l'asile,

donc de la protection des migrants forcés dans l'espace géographique africain soulève

tout autant de problématique aux niveaux juridique, politique, économique, social et/ou

géopolitique.

Longtemps ignorée et/ou négligée par les médias et les opinions publiques, la

question de gouvernance des migrations forcées, et singulièrement celle de la protection

des réfugiés en Afrique commence à s’imposer dans l’agenda politique international. Les

migrations forcées africaines, il convient de le préciser, ont beaucoup à nous apprendre,

notamment de leurs dynamiques socio-économiques et politiques, et singulièrement des

politiques mobilisées en matière de gestion de l’asile dans les pays en développement par

les États et les organisations internationales investies pour la cause visée.

Prenant une importance croissante durant la dernière décennie, la gestion des flux
12LEGOUX, Luc : La crise de l'asile politique en France, Centre Français sur la Population et le
Développement -CEPED- , Les Études du CEPED, Paris, 1995
13DÉSAUNAY, Cécile et al: «Potentiel de migrations issues d'Afrique subsaharienne», pp 36-42, in
«L’Union européenne face aux migrations à l’horizon 2030 »,Ibid
14Intervention de M. Bruno GEDDO, Conseiller juridique principal du Bureau régional pour l’Afrique au siège

du HCR pendant la Conférence parlementaire régionale sur les réfugiés en Afrique organisée en Juin 2004
à Cotonou au Bénin(pp 46-48) . Pour plus de détails, voir Conclusions de la Conférence parlementaire
régionale sur les réfugiés en Afrique intitulé « Les réfugiés en Afrique : défis en matière de protection et
solutions », organisée conjointement par l'Union parlementaire Africaine -UPA- et le HCR en Association
avec l'Union Interparlementaire-UIP et le CICR à Cotonou (Bénin) du 1er au 03 Juin 2004.Consulté en
ligne, le 07 Décembre 2010 https://www.unhcr.org/fr/protection/operations/4b62fb676/refugies-afrique-defis-
protection-solutions.html
15NSOGA, Robert Ebenezer : Le droit d'asile au prisme des «crises» migratoires contemporaines: Calculs

politiques, ambiguïtés dans l'opérationnalisation de la protection internationale, le droit d'asile en déclin ?


EUE,Sarrebruck, 2017
19
de réfugiés est au cœur des préoccupations non seulement des États d’accueil, mais aussi

de la gouvernance mondiale, notamment à travers le HCR, agence onusienne chargée de

la protection internationale des réfugiés. En 201116, elle estime à plus de 50 millions de

personnes dans le monde17 dont 12 millions en Afrique Centrale, ces victimes de

déplacements forcés dont les causes s’inscrivent dans le registre des conflits armés, des

catastrophes naturelles ou non naturelles, la famine, entre autres. Un rapport statistique


18
publié en 2015 par le HCR fait de nouveau de l'Afrique, le continent qui accueille le

plus de réfugiés ( Carte 1 et Graphique 1, Page 22) avec une moyenne de 4,41 millions en

Afrique subsaharienne sur un total de 21,3millions dans le monde 19. Ces indicateurs

numériques des populations réfugiées sont loin d'être des atouts pour une bonne partie

des États d'accueil d'Afrique dont les économies demeurent fragiles. Une analyse

comparative réalisée par Luc CAMBREZY dans trois contextes d'accueil différents –

africain, européen et asiatique - , met en lumière l'inquiétante situation de l'afflux des

réfugiés en Afrique « ...Si le nombre de réfugiés est à peu près équivalent à celui d'Europe ou

d'Asie (6 à 7 millions dans chaque cas) (dira t-il), l'Afrique paie un tribut autrement plus lourd

que les autres continents. Au nombre des conflits en cours, s'ajoute la pauvreté de la plupart des

pays d'accueil. Les réfugiés en font largement les frais. La carte de localisation de ces derniers dans

leur grande majorité concentrés dans des camps à proximité des frontières - montre l'impasse et la

dangerosité de cette situation. Pour ces réfugiés, comme pour les populations locales qu'ils

côtoient, l'enkystement durable dans des régions souvent mal pourvues, et laissées en marge du

développement quand elles ne sont pas purement et simplement oubliées par les pouvoirs

politiques, constitue, à n'en pas douter, un facteur de tension et de déstabilisation

16HCR : “ Recherche de solutions durables “ , Rapport Global 2011 ( Consulté en ligne) , le 24 Janvier 2014
https://www.unhcr.org/fr/publications/fundraising/500e9f688/rapport-global-2011-hcr-recherche-solutions-
durables.html
17Ces chiffres sont portés sur un plan planétaire en 2015, à 65, 3 millions de personnes, selon le Rapport

statistique annuel du HCR «Les réfugiés et déplacés dans le monde en 2015 » publié le 24 Juin 2016 par le
site numérique Géoconfluences http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/les-refugies-et-deplaces-
dans-le-monde-en-2015-rapport-hcr , (Consulté en ligne le 06 Mars 2017), et en 2017 à un nouveau record
de 68,5 millions de réfugiés et de déplacés internes, selon le rapport statistique du HCR publié le 19 Juin
2018, ( Consulté en ligne , le 28 Juillet 2018 ), https://www.unhcr.org/fr/news/stories/2018/6/5b27bfe1a/685-
millions-personnes-deracinees-chiffre-record-consequences-massives.html
18UNHCR : Global trends. Forced displacement in 2015, 68 p., https://www.unhcr.org/576408cd7 , Consulté

en ligne, le 24 Juin 2016


19Selon le HCR en effet, parmi les 10 pays accueillant le plus de réfugiés, la moitié sont des pays africains :

l’Éthiopie est le 5è pays d’accueil, suivi du Kenya (6è), de l’Ouganda (8è), de la RD Congo (9è), et enfin le
Tchad (10è ). Lire TAZI, Chedine : Carte : « L'Afrique, premier continent d'accueil des réfugiés » Magazine
Jeune Afrique, Consulté en ligne, le 28 Novembre 2016 https://www.jeuneafrique.com/335208/societe/carte-
se-situent-camps-de-refugies-afrique/
20
supplémentaire»20.

Si la question de protection de ces personnes semble être au cœur de l'actualité

humanitaire des États d'accueil ainsi que de l'instance onusienne en charge des réfugiés,

et que l'adoption d'instruments juridiques par l'Union Africaine 21 a marqué une étape

décisive dans la protection régionale des personnes obligées de fuir de leur lieux habituels

de vie, la gouvernance concertée des migrations forcées constituent un sujet secondaire,

et est resté longtemps quasi absent dans les politiques communautaires des États centre-

africains. Ce constat d'indifférence dans la gestion solidaire des migrations forcées au sein

de l'espace sous-régional d'Afrique centrale a été clairement établi par certains

chercheurs, à l'instar de Jean Roger ABESSOLO NGUEMA qui fait observer que « les

réfugiés et les personnes déplacées ont toujours occupé une part résiduelle dans la hiérarchie des

priorités des gouvernements de la CEEAC et de leurs partenaires au développement»22.

20CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, Crise des sociétés, crise des territoires, Éditions des Archives
Contemporaines -EAC-, Paris, 2001, Op.cit
21Il s'agit en effet des instruments de protection à vocation régionale tels la Convention de l’Union africaine

(UA) régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique du 10 Septembre 1969 ( Entrée
en vigueur le 20 Juin 1974), et de la Convention sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées
en Afrique, connue sous le nom de Convention de Kampala du 22 Octobre 2009 (entrée en vigueur le 6
décembre 2012) Cette dernière est le premier instrument contraignant au monde en matière de protection et
d’aide aux personnes déplacées à l’intérieur (DI) de leur propre pays adopté à l’échelle continental qui
prévoit entre autres, diverses causes de déplacement interne comme les conflits, la violence généralisée,
les catastrophes causées par l’homme ou la nature ainsi que les projets de développement tels que la
construction d’un barrage ou le défrichage des terres pour l’agriculture intensive.Consulté en ligne, le 14
Mars 2014 http://www.peaceau.org/uploads/convention-on-idps-fr.pdf
22ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger : « Réfugiés et personnes déplacées », in l’Afrique centrale face

aux défis migratoires – , sous la Direction de Babacar NDIONE, Facilité Intra ACP pour les Migrations, JUIN
2014, Consulté en ligne, le 15 Juillet 2015
https://www.researchgate.net/publication/268149519_L'Afrique_centrale_face_aux_defis_migratoires
21
Carte 1: Pays d'émission et d'accueil des réfugiés en 2015

Selon l'auteur, chaque cercle est proportionnel au nombre de réfugiés concernés. Les chiffres concernent les
réfugiés et les personnes dans une situation assimilable à celle de réfugiés .
Source : UNHCR, publié par Jules Grandin, Le Monde, 23 Juin 2016,
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/23/le-nombre-de-refugies-dans-le-monde-
equivaut-a-l-ensemble-de-la-population-francaise_4956340_4355770.html

Graphique 1 : Les réfugiés dans le monde de 1996 à 2015

Source : UNHCR, publié par Jules Grandin, Le Monde, 23 Juin 2016,


https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/23/le-nombre-de-refugies-dans-le-monde-
equivaut-a-l-ensemble-de-la-population-francaise_4956340_4355770.html

22
Avec sa relative stabilité, le Cameroun dont le statut s'est révélé à travers l'histoire

comme une destination privilégiée des demandeurs d’asile en Afrique centrale 23 abritait

en permanence, selon les données statistiques de la Banque Mondiale de 2000 24, une

moyenne d' environ 44 000 réfugiés venus de divers pays de la sous-région à l'instar du

Tchad, du Rwanda, de la République du Congo, de la République Démocratique du

Congo (RDC), du Nigeria et de la République Centrafricaine (RCA)25. L'inflation des crises

socio-politiques en RCA26 et dans la partie occidentale camerounaise 27, ainsi que

sécuritaires – dues aux exactions commises par le groupe insurrectionnel et terroriste

Boko-Haram - et environnementales observées dans l'ensemble des pays du Bassin du Lac

Tchad28, a contraint des millions de personnes à l'exil dans plusieurs pays de la sous-

région Afrique Centrale, à l'exemple du Cameroun, et d'autres, à l'intérieur de leurs

territoires nationaux respectifs.

Dans un rapport de Juillet 2017, le HCR annonce le chiffre de 350 000 réfugiés 29

23Selon un rapport de UNHCR Emergency and Security Service, “Equatorial Guinea : the position of
refugees and exiles in 2001,” L’État du Cameroun accueille en effet depuis plus d'une cinquante d'année
des centaines de milliers de réfugiés issus de divers États voisins. Sa forte réputation de générosité envers
les réfugiés de la sous-région date depuis les années 1972 lorsqu'il a accueilli plus de 20 000 réfugiés ayant
fui la Guinée Équatoriale, et lors de l’arrivée de milliers de réfugiés supplémentaires au cours des années
suivantes http://www.refworld.org/pdfid/3dca82d32.pdf (consulté le 27 juillet 2017), Article du Write net,
Décembre 2001,p. 8.
24Perspectives Monde : «Population de réfugiés (pays d'accueil) , Cameroun », Consulté en ligne le 14 Août

2016,http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPayslangue=fr&codePays=CMR&cod
eTheme=1&codeStat=SM.POP.REFG, Source: Banque Mondiale. Dans ce rapport de la Banque Mondiale,
il est mis en lumière que la valeur la plus élevée en termes d'effectifs de réfugiés enregistrés (entre 1990 et
2017), est celle de l'année 2016 d'un total de 375 415 individus
25MBULI, Rene: “Humanitarian Crises and the Management of Refugee Displacements and Integration in
Central Africa : A Case Study of Cameroon,” Post sur Action for Peace and Development (Blog)“ du 06
janvier 2013, (consulté en ligne le 28 Novembre 2017), https://assoped.blogspot.ch/2013/01/
26En 2013, l'insurrection armée du groupe Seleka, qui a dégénéré en tueries intercommunautaires a poussé

en fuite, selon Xavier BOURGOIS , public information Officer au HCR Bureau du Cameroun, près de
233.000 centrafricains à demander l'asile en territoire camerounais. Source:
https://www.lepoint.fr/afrique/cameroun-l-autre-crise-migratoire-03-10-2017-2161748_3826.php, Consulté
en ligne le 08 Décembre 2017
27Selon le rapport de Human Rights Watch de Janvier 2019, les répercussions humanitaires des attaques

perpétrées par Boko Haram et l’insurrection séparatiste sont de plus en plus préoccupantes. En novembre
2018, les Nations Unies ont estimé à plus de 244 000 le nombre de civils déplacés dans l’Extrême-Nord et à
437 500 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Environ 32 600 Camerounais se
sont réfugiés au Nigeria, en raison de la crise autonomiste qui secoue cette partie camerounaise depuis
2016, Consulté en ligne, le 15 Avril 2019, https://www.hrw.org/fr/world-report/2019/country-
chapters/325496
28Créée le 22 mai 1964 par les quatre pays riverains du Lac Tchad (Cameroun, Niger, Nigeria , Tchad), une

instance désignée Commission du Bassin de Lac Tchad -CBLT- a reçu mandat de gérer de manière
durable et équitable, le Lac Tchad et les autres ressources en eaux partagées de son bassin, de préserver
les écosystèmes du Bassin conventionnel du Lac Tchad et de promouvoir l’intégration régionale, la paix et
la sécurité dans l’ensemble du bassin. En 1996, la République centrafricaine a adhéré à l’organisation ,
ainsi que la Libye en 2008. La CBLT a son siège à N'djamena, la capitale du Tchad,
source :https://www.cblt.org/fr , consulté en ligne, le 14 février 2016
29Ce nombre intègre également toutes nationalités confondues y compris les 100 000 Nigérians
officiellement répertoriés dans l'extrême Nord du Cameroun
23
accueillis dans cette partie d'Afrique médiane. 30Mais la position privilégiée du Cameroun

s'est vue ces dernières années, considérablement altérée, car le pays est confronté depuis

2016, à une double faillite de son système de protection des migrants forcés 31 - comme la

plupart des États accueillants sus nommés -, entraînant ainsi une reconfiguration de

l'espace humanitaire de l'Afrique centrale, ce qui renforce notre intérêt pour ce territoire

géographique dans le cadre de notre recherche. Qui plus est, sur sur une échelle

nationale, les actions de générosité et d'humanité généralement déployées souvent de

façon solitaire par les États d'accueil d'Afrique centrale à l'égard des déplacés forcés -

comme nous le verrons plus loin de façon détaillée avec le cas du Cameroun -, ont révélé

peu d'efficacité pour alléger les souffrances d'une population encline à la précarité et à la

vulnérabilité, et moins de consistance pour circonscrire le phénomène d'exode forcé.

Toutefois, si l’exode massif des réfugiés en Afrique Centrale peut susciter de graves

problèmes d’alimentation, de santé, de sécurité - même si l'évocation du prisme

sécuritaire est le plus souvent étriqué -, de création d'espaces particuliers, de ressentiment

et de frustration chez les réfugiés et demandeurs d'asile, il peut constituer en revanche

pour les États d’accueil, un danger, un «fardeau» difficile à porter, d’où la nécessité pour

les États frontaliers -concernés ou non -, de déployer une action humanitaire concertée et

efficace qui favoriserait la résolution de l'équation de l'impératif de protection des

migrants forcés et la préservation des intérêts des États hôtes32.

La Convention de l'OUA de 1969 rappelle et prescrit la nécessité de coopération

solidaire au bénéfice des migrants forcés. Il est clairement précisé à l'article 4 :

«Lorsqu'un État membre éprouve des difficultés à continuer d'accorder le droit d'asile aux
réfugiés, cet État membre pourra lancer un appel aux autres États membres, tant directement que par

l'intermédiaire de l'OUA; et les autres États membres, dans un esprit de solidarité africaine et de

coopération internationale, prendront les mesures appropriées pour alléger le fardeau dudit État

30KIERAN, Gilbert, “Central African Republic : 10 Facts About Refugees in Cameroon » Reuters, November
8 2016,UNHCR, cité par Human Rights Watch, Rapport Septembre 2017 « Forcés à monter dans des
camions comme des animaux » Expulsions massives et abus par le Cameroun à l'encontre des réfugiés
nigérians Septembre 2017, consulté en ligne, le
https://www.hrw.org/sites/default/files/report_pdf/cameroonrefugees0917fr_web.pdf
31Comme nous l'avons relevé plus haut, le Cameroun, réputé comme favorable à l'accueil des migrants
forcés est en effet devenu depuis 2016 avec la grave crise autonomiste de sa partie occidentale ( Régions
du Nord-Ouest et du Sud-Ouest), un pays d’émission de réfugiés et d'importants flux de personnes
déplacées internes.
32Il s'agit en l'occurrence de la préservation des acquis sécuritaires, économiques et sociaux, de l'intégrité

physique et du bien-être des nationaux au même titre que la protection des droits des migrants forcés.
24
membre accordant le droit d'asile»33.

Si cette interpellation à la coopération des États africains pour une gestion solidaire

des migrations forcées est à saluer, elle reste beaucoup plus suggestive, imprécise et

évasive que prescriptive. La Convention de l'OUA n'explique pas clairement le cadre dans

lequel cette action peut être engagée. Qui plus est, sur le terrain des opérations, cet

engagement solidaire est très peu observé. Il est plus question de mobiliser des pistes de

réflexion sur les actions précises à déployer, le cadre, le degré d'implication des États

d'Afrique médiane ayant en partage des réalités politico-historiques, socioculturelles,

économiques, mais surtout l'espace politico-géographique concerté au sein duquel des

actions peuvent être engagées de façon cohérente face à la question de gouvernance des

migrations forcées dans l'espace sous-régional d'Afrique centrale.

A la croisée des disciplines des Sciences Humaines et Sociales que sont la

géographie humaine (Géographie politique) , l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, le

droit ( droit international des droits de l’Homme, le droit international humanitaire) les

sciences politiques, les relations internationales, la géopolitique des conflits, nos travaux

de recherche nous permettent d’interroger d'une part, l’environnement juridico-politico

institutionnel de protection des réfugiés, les fondements et la pertinence du droit d’asile,

mais surtout d'analyser les défis qui sous-tendent la protection des réfugiés et la

préservation de l'intégrité des territoires et des droits des nationaux dans un État d'accueil

d'Afrique centrale à l'exemple du Cameroun. Il est surtout question dans ce travail, de

mobiliser la réflexion sur les moyens de renforcement consensuels du droit d'asile au sein

des États de l'espace communautaire sous-régional d'Afrique Centrale. Cet engagement

qui convoque une mutualisation d'approches permettrait, au sein d'un cadre sous-

régional concerté à l'image de la CEEAC, d'exposer des pistes de réflexion sur les

politiques de protection d'asile consensuelles, cohérentes et durables, susceptibles de

placer l'humain au cœur du débat migratoire en restituant au droit d'asile sa force

juridique originelle – entendu ici comme le droit d’asile axiologique -. En cette période

charnière, l'urgence et la nécessité pour les États d'Afrique Centrale d'opérer un choix

décisif et judicieux face aux enjeux et défis des migrations forcées nous paraît irréversible,

tout du moins, inéluctable. La motivation substantielle de notre travail de recherche se


33Conventionde l’Union africaine (UA) régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique
du 10 Septembre 1969
25
décline donc, sans prétention, à l'accompagnement des décideurs politiques centre-

africains dans cette prise de décision.

Pour nous inscrire dans une démarche dialectique, notre introduc-

tion sera bâtie sur un plan binaire : Après avoir construit l’Objet de notre étude (Section

I) , nous déclinerons par la suite, la démarche de notre recherche (Section II).

26
PREMIÈRE SECTION : CONSTRUCTION DE L’OBJET DE L’ETUDE

A- Contexte et Justification de l’étude


1- État des lieux :

La problématique de la protection et de la promotion des droits de l'homme en

général , et ceux des réfugiés en particulier, se trouve au cours de cette dernière décennie,

il convient de le souligner, au cœur de grands enjeux géopolitiques, géostratégiques et

sécuritaires, en raison de l'actualité de la scène migratoire mondiale. Objet de débats et

tensions constants, elle a servi de thème à de nombreux sommets et conférences en cette

période récente34, et favorisé le déploiement de la communauté internationale et de

nombreuses organisations non-gouvernementales, acteurs humanitaires divers et variés,

ainsi qu'une forte mobilisation de la communauté scientifique dans la recherche des

solutions adaptées en faveur de la promotion du droit d'asile et de l'amélioration des

conditions de protection des demandeurs d'asile et des réfugiés dans les territoires

d'accueil.

Contrairement au fantasme spatial de l'envahissement migratoire fortement porté

par les discours médiatico-politiques occidentaux, le HCR enregistre en 2015 dans l'espace

géographique africain, 7 millions de réfugiés, soit le tiers de la population réfugiée

mondiale35. En Afrique Centrale et dans la région des Grands Lacs 36, cette population est

estimée à 5,1 millions de personnes – réfugiés, demandeurs d’asile et déplacés –, selon le

rapport d'évaluation stratégique sous-régionale du Programme des Nations Unies pour le

Développement -PNUD-37 . Dans cette géographie de l’asile, l’augmentation des flux de

réfugiés en contexte africain devient un sujet complexe et rend préoccupant le problème

de leur protection et de leur encadrement au sein des États-hôtes. L’ampleur et la

résurgence des conflits armés, les violences inter-communautaires, les catastrophes

naturelles en Afrique Centrale38, à l'origine des migrations forcées depuis la dernière


34L'initiativede plusieurs conférences internationales sur les migrations ( Conférence parlementaire sur les
réfugiés en Afrique de 2004 et 2006, Conférence de Marrakech de Décembre 2018 sur la protection des
migrants etc..) est illustrative de l'intérêt porté sur l'actualité des questions migratoires et notamment celles
liées à la prise en charge des migrants forcés.
35PNUD: « L'Afrique Centrale, une région en retard ?» ( Présence et besoins des réfugiés et des personnes

déplacées dans les régions frontalières pp 49-50), Premier rapport d'évaluation stratégique sous-régionale,
Mars 2017
36Selon le PNUD, ces chiffres prévisionnels sont ceux du HCR pour le compte de l'année 2015. Disponibles

sur le site du HCR à l'adresse http://www.unhcr.fr/pages/4aae621d541.html op.cit


37PNUD: « L'Afrique Centrale, une région en retard ?», Op.cit
38Sur un plan sous-régional, un rapport sur l'évaluation stratégique du PNUD de 2017 présente de façon

27
décennie, fragilisent les efforts de développement réalisés - parfois dans des contextes de

pauvreté particulière de certains États d'accueil - et intensifient davantage les

mouvements migratoires forcés et la proportion des demandeurs d’asile dans différents

espaces géo-donnés considérés comme stables et le plus souvent, frontaliers à ces espaces

de conflits dans cette sous-région africaine. Dans ce contexte, le phénomène de migration

forcée que Véronique LASSAILLY-JACOB définit comme un «...un déplacement collectif qui

survient dans un contexte de crise ou de violence politique, de famine, d’épidémie, de catastrophe

ou destruction environnementale et parfois, d’intervention coercitive des États à des fins

d’aménagement du territoire39 » devient un sujet qui interpelle.

Si les moyens de circonscrire ce phénomène en Afrique en général , et dans la sous-

région Afrique Centrale en particulier, sont restés jusqu'ici peu efficaces et moins

durables, trahissant ainsi la précarité et la vulnérabilité dans lesquelles vivent ces

migrants forcés40 au sein de l'espace politico-géographique visé, c'est en revanche, dans

l'identification des causes qui alimentent la production des réfugiés dans l'ensemble de

l'espace continental que la communauté scientifique et les responsables politiques des

États concernés semblent quasi convergents. Pour certains chercheurs comme Luc

CAMBREZY, géographe français et spécialiste des questions migratoires, sont mis en


illustrative une cartographie de l'espace conflictuel ( géographie des conflits) ayant généré des flux
importants de réfugiés en Afrique Centrale «...l’escalade du conflit en République Centrafricaine depuis
décembre 2013 (qui) a entraîné le déplacement de 930 000 personnes en 2014, tandis que 250 000
Centrafricains ont fui vers le Cameroun, 22 000 vers la République démocratique du Congo, 20 000 vers le
Tchad et quelque 10 000 vers la République du Congo. En 2012, les activités de la LRA avaient contraint
20 269 Centrafricains et 347 360 Congolais à se déplacer, et 6 034 Congolais à fuir leur pays pour se
réfugier en République centrafricaine, sans compter les milliers de morts et d’enlèvements (qui ont
également touche le Soudan du Sud). La situation en République centrafricaine a également entraîné la
fuite de dizaines de milliers d’étrangers résidents dans le pays, originaires principalement du Tchad et du
Cameroun...Dans le même temps, le conflit causé par Boko Haram s’est traduit par le déplacement de 2,2
millions de personnes,contraignant 200 000 Nigérians à fuir vers le Niger, le Tchad et le Cameroun.Les
heurts inter communautaires entre les agriculteurs locaux et les communautés pastorales de l’Ouest et du
Centre de la République Centrafricaine ont eux-mêmes contraint ces dernières à fuir vers l’Est et le Nord du
pays, ainsi que vers les pays voisins, notamment le Cameroun et le Tchad, dont les camps de réfugiés
abritent à présent une majorité d’éleveurs pastoraux. De nouvelles zones de peuplement pastoral ont vu le
jour en République centrafricaine en conséquence de l’insécurité. Dans l’Est de la République
Démocratique du Congo, la situation sécuritaire demeure instable et imprévisible, freinant les interventions
humanitaires et empêchant le retour de quelque 429 000 réfugiés installés pour la plupart au Burundi, au
Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda. La République Démocratique du Congo compte actuellement plus de
2,6 millions de déplacés. La République du Congo accueille toujours près de 23 200 réfugiés originaires de
la République démocratique du Congo, auxquels s’ajoutent plus de 10 000 nouveaux arrivants de la
République centrafricaine. Les réfugiés venus de République démocratique du Congo sont également
nombreux au Burundi (57 700), au Rwanda (74 000) et en Tanzanie (55 400).»
Pour plus de détails, lire PNUD : « L'Afrique Centrale, une région en retard ?» (Présence et besoins des
réfugiés et des personnes déplacées dans les régions frontalières pp 49-50), Premier rapport
d'évaluation stratégique sous-régionale, Mars 2017, Op.cit
39LASSAILLY-JACOB, Véronique: « Migrations forcées et leurs territoires en Afrique subsaharienne»

Colloque international , ENSA, Abidjan, Septembre 2009


40BEDJAOUI, Mohamed: « L’asile en Afrique », Rapport présenté à la réunion d’experts d’Arusha, janvier

1979, cité par Joël TAGUM FOMBENO, Revue trimestrielle de droit h. (57/2004), Op.cit
28
cause, «...Ethnisme, appétits de pouvoir des despotes, absence de démocratie, atteinte aux droits de

l'homme, intolérance, sous-développement, affairisme et corruption... et dans le second cercle,

impérialisme économique et culturel, rivalités des puissances, pillage des ressources,

décolonisations bâclées, compagnies pétrolières et marchands d'armes »41 . Abondant dans la

même orientation réflexive, l'historien congolais Etanislas NGODI pense pour sa part que

les facteurs de l’insécurité en Afrique centrale à l'origine des mouvements des flux de

réfugiés présentent plusieurs facettes : «...la situation de crise économique chronique depuis

plusieurs décennies, la longue série de turbulences politiques et militaires, les carences en matière

de pratique de la gouvernance, la détérioration de la sécurité dans un contexte de conflit régional,

la mobilisation des groupes de jeunes sans emploi dans diverses forces paramilitaires ou informelles

(rebelles, coupeurs de route, bandits), la centralisation du pouvoir, l’exclusion politique dans le

processus de prise de décision et les dérives autoritaires ...»42. D'un autre côté, certains experts

du PNUD soulignent que «...Les différentes dimensions et manifestations de l’insécurité

transfrontalière...génèrent des déplacements importants ainsi qu’un afflux de réfugiés dans les

camps jalonnant les régions frontalières... les conflits nés de tensions internes ou transfrontalières

finissent par se propager, ravivant au passage les blessures de la guerre et créant de nouveaux

foyers d’insécurité»43.

S'agissant de la responsabilité du droit international dans la protection de cette

catégorie de migrants, les droits des réfugiés sont clairement énoncés dans divers

instruments juridiques internationaux, à l’instar de la Convention de Genève de 1951

relative au statut des réfugiés et son protocole de 196744 . Ces droits engagent les États à

accorder à chaque réfugié, le droit d’asile et à leur reconnaître un bloc d’assistance

constitué d'une assistance alimentaire - c’est-à-dire, le droit de bénéficier des vivres encore

appelés secours nutritionnels - , une assistance médicale, une éducation, et une aide au

rapatriement. Plus spécifiquement, il est question de garantir sans discrimination aux

populations réfugiées ou déplacées, le respect total de leurs droits 45 selon l’esprit et la

lettre des droits de l’Homme internationaux, de la Loi humanitaire internationale, de la


41CAMBREZY, Luc : Réfugiés et exilés, crises des sociétés, crises des territoires, Op.cit
42NGODI, Etanislas: « L'Afrique Centrale face aux enjeux sécuritaires du XXIè siècle», Cosderia, Mai 2015,
consulté en ligne le 28 Août 2015,
https://www.codesria.org/IMG/pdf/5-ngodi-les_perspectives_de_l_afrique.pdf?3969/...
43PNUD: « L'Afrique Centrale, une région en retard ?», Op.cit
44Nous précisons que le statut juridique des réfugiés est défini dans deux instruments juridiques

internationaux, la Convention relative au Statut des réfugiés de 1951, et son protocole de 1967 qui énonce
leurs droits et leurs obligations, ainsi que celle de l’OUA de 1969.
45Il s’agit ici de la garantie de leur sécurité Juridique, Physique, et Matérielle.

29
Loi internationale des réfugiés, en conciliant l'impératif de leur protection et la

sauvegarde des intérêts des États-hôtes. Dans ce sens, il s'agit précisément d'apporter

protection et assistance aux réfugiés et personnes déplacées en assurant dans le même

temps, la sécurité des frontières des États d'accueil et le bien-être des populations hôtes 46.

En matière de protection des migrants forcés, cette double responsabilité, qui convoque

également celle de la sécurité humaine 47, est dévolue de façon centrale, ainsi que nous

l'avons précédemment évoqué, aux États d’accueil, au HCR, ainsi qu’aux organisations

internationales, gouvernementales investies comme acteurs humanitaires. La Déclaration

Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948 rappelle ce devoir de protection

à son article 14 :

« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile

en d'autres pays...»48.

Cette disposition consacre à suffisance la sacralité de la notion de dignité humaine,

indissociable, consubstantielle au concept des Droits fondamentaux de l’Homme,

protégée par le Droit International des Droits de l’Homme et le Droit International

humanitaire. La consécration des droits des réfugiés dans les instruments juridiques

internationaux, régionaux est donc sur ce point, à tout le moins théorique, établie.

Si l'on peut facilement se réjouir de cette protection juridique des migrants forcés ,

ce serait sans compter sur les vives critiques dont a été l'objet le droit des réfugiés tant du

point de vue du contexte d'élaboration des normes de protection de ces derniers, que celui

du contenu parfois confusionnel, souvent hétéroclite des susdites normes. Danièle

LOCHAK reste dubitative par exemple au sujet de l'objectivité du contexte d'adoption de

la définition du réfugié, car , selon elle «...les instruments élaborés dans les enceintes de la

diplomatie internationale restent étroitement tributaires des intérêts étatiques ; …. la définition du

46Les déplacements massifs des populations peuvent en effet constituer une source d’insécurité pour les
États d’accueil et entraîner d'autres conflits au sein des communautés accueillantes.La précarité des
réfugiés en elle même constitue une source conflictuelle.
47Parlant de la sécurité humaine, il est important de rappeler l'intervention du Président camerounais Paul
BIYA au sujet des réfugiés au Cameroun, à l'occasion de la 71ème Session de l’Assemblée Générale de
l’ONU à New York(en marge du Sommet sur les Réfugiés du 20 septembre 2016): « Le Cameroun est un
refuge pour les personnes qui ont besoin d’un abri où ils seront en paix et en sécurité »; Le « gouvernement
a pris des mesures pour fournir des conditions de vie décentes pour tous les 350 000 réfugiés de «
différentes nationalités » vivant dans son espace géographique, ainsi qu'à « fournir aux personnes en
danger à la fois un accueil et des conditions de vie dignes », Cameroon Intelligence Report, 22 septembre
2016, Consulté le 25 juillet 2017, http://www.cameroonintelligencereport.com/new-york-what-president-
biya-said-atthe-leaders-summit-on-refugees-held-on-september-20-2016/
48Pour plus de précision, lire la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948 ,
Article 14
30
« réfugié » reflète, à travers ses mutations successives, les enjeux politiques sous-jacents aux

catégorisations juridiques»49. Parlant justement de la valeur juridique et/ou contraignante

des droits des réfugiés, Jean Luc MATHIEU, pense plutôt que les droits des réfugiés ne

sont respectés que par une « morale humaniste de la Déclaration Universelle des Droits de

l’Homme et des Principes généraux du droit international »50. Qui plus est, s'il est intéressant

d’observer l’existence effective d'instances internationales à l’instar du HCR et de la

Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies auprès des réfugiés et personnes

déplacées, l'accueil de ces derniers dépend surtout de la volonté, donc de l'expression du

pouvoir discrétionnaire des États hôtes, les pouvoirs de l'instance onusienne de protection

des déplacés forcés ne relevant que «...de ceux d’un médiateur au service de principes

humanitaires que d’un droit très précis»51. Revenant sur la question de la relativité de la

protection des réfugiés par le droit international, Luc CAMBREZY, indique que «...la

protection des réfugiés se trouve (ainsi) placée sous une sorte de double tutelle : celle, très

largement subordonnée à l’aide délivrée par la communauté internationale par le biais du HCR,

mais aussi celle du bon vouloir (à géométrie variable) de l’État d’accueil. Du point de vue

institutionnel et politique, les divergences d’intérêts et d’objectifs, les ambiguïtés de toute nature et

le rejet mutuel des responsabilités en cas de litige — constituent l’arrière plan de toute négociation

entre un État souverain et les Nations unies (en l’occurrence, le HCR). Dès lors, dire que les

conditions d’une protection satisfaisante des réfugiés ne sont pas remplies relève à l’évidence de

l’euphémisme »52.

Même si ces constats diffèrent par leurs approches, la constance d'une convergence

de vue sur la faillite du système international de protection juridique des réfugiés y est

facilement perceptible .

Les pays africains ayant évolué dans la proclamation des droits des réfugiés à

travers la Convention de l’OUA de 1969 relative au statut des réfugiés en Afrique, et celle

- plus récente - adoptée en Octobre 2009 par l'Union Africaine à Kampala en Ouganda,

49LOCHAK, Danièle: "Qu’est-ce qu’un réfugié? La construction politique d’une catégorie juridique"
Pouvoirs, Revue française d’études constitutionnelles et politiques, n°144, 144 – in Les réfugiés, p.33-47,
Janvier 2013 URL : https://revue-pouvoirs.fr/Qu-est-ce-qu-un-refugie-La.html, Consulté en ligne le 24
Septembre 2014
50MATHIEU, Jean Luc: La Défense Internationale des Droits de l’Homme : «La Protection des Droits des

Réfugiés», PUF, 1993


51MATHIEU, Jean-Luc, Ibid
52CAMBRÉZY, Luc : « Réfugiés et migrants en Afrique : quel statut pour quelle vulnérabilité ? », Revue

européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 23 - n°3 | 2007, mis en ligne le 01 décembre
2010, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://remi.revues.org/4199 ; DOI : 10.4000/remi.4199
31
relative à la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique 53, ont décidé

depuis plusieurs décennies, de passer, de l’effectivité juridique - notamment par la mise

en place des législations nationales plus protectrices des droits des réfugiés - à une

réalité sociale de l’assistance humanitaire des migrants forcés. Malgré cette préoccupation

constante des États-hôtes d'Afrique et l'apparente solidarité de la communauté

internationale en faveur d'une meilleure prise en charge des migrants forcés, les réfugiés

africains semblent in fine, abandonnés à leur sort «d'indésirables» 54 ou à celui que

Mohamed BEDJAOUI désigne d'«exclus ...qui vivent leurs souffrances dans des conditions

précaires et inhumaines»55. La constante précarité et la pénibilité des conditions de vie des

migrants forcés observés au sein des États d'accueil d'Afrique Centrale – comme nous le

verrons notamment en contexte camerounais -, malgré l'onction juridique internationale -

ou du moins ce qu'il en reste -, et l'existence de dispositifs juridiques régionaux, nationaux

ainsi que des interventions d'acteurs humanitaires 56 divers et variés, interrogent sur la

pertinence des moyens et des dynamiques d'encadrement des susdits acteurs dans leur

devoir de protection des réfugiés57. Avant de décliner distinctement ces aspects, revenons

aux enjeux centraux de ce travail qui nous permettront de présenter clairement la

problématique de notre recherche.

2- Enjeux de l’étude :

Les dynamiques de protection des réfugiés au sein des États d'accueil de l'espace

sous-régional d'Afrique Centrale à l'exemple du Cameroun ont révélé des failles

substantielles des dispositifs normatif - internes et internationales -, structurel ainsi

qu'institutionnel dans la prise en charge des migrants forcés. L'écart du rapport de

l'urgence de la situation de précarité et des conditions de vulnérabilité dans lesquelles


53Il s'agit en effet de la Convention de l'Union Africaine adoptée lors d'un sommet spécial tenu le 22 Octobre
2009 à Kampala en Ouganda ( d’où le nom de Convention de KAMPALA) relative à la protection et
l’assistance aux personnes déplacées en Afrique et entrée en vigueur en 2012. La particularité de ce texte
juridique novateur en matière de protection des migrants forcés est qu'il est le premier instrument
contraignant au monde en matière de protection et d’aide aux personnes déplacées à l’intérieur de leur
propre pays adopté à l’échelle de tout un continent, selon l'Union Africaine.Pour plus de détails
https://www.africa-eu-partnership.org/en/node/6833 , Consulté en ligne le 15 Décembre 2015
54L'expression est de Michel AGIER. Pour plus de détails, lire AGIER, Michel: Gérer les indésirables. Des

camps de réfugiés au gouvernement humanitaire, Éditions Flammarion, Paris, 2008


55BEDJAOUI, Mohamed Op.cit
56Il s'agit en premier lieu, des États-hôtes, mais également de l'instance internationale de protection des

réfugiés, le HCR
57Il est utile de préciser qu'en droit international humanitaire, les afflux importants de réfugiés font partie

intégrante des préoccupations lorsque l'on parle de sécurité humaine.


32
vivent les réfugiés, et de la timidité des actions mobilisées par les États d'accueil et le

HCR, invite dans le cas de l'Afrique Centrale, à rechercher des pistes de réflexion d'une

nouvelle approche/reconfiguration du système de prise en charge des migrants forcés en

vue d'améliorer les conditions de protection des réfugiés dans la sous-région. Cette

démarche convoque une préoccupation binaire : Sur le plan théorique, le droit des

réfugiés actuel s'est révélé en inadéquation avec les défis des migrations forcées

contemporaines58 et ignore certaines spécificités du contexte africain. Une mise à jour de

ce droit au plan international, régional ainsi que dans les législations nationales

respectives est donc à envisager. Sur un plan pratique, bien que les États d'Afrique

centrale soient engagés à promouvoir une communauté de destin par le biais des

solidarités agissantes à partir d'organisations sous-régionales spécifiques intervenant sur

le plan économique, politique, sécuritaire et culturel59, la gestion communautaire des

réfugiés se heurte à l'indifférence des États de la sous-région 60. La prégnance de l'absence

d'un mécanisme concerté et durable et d'une prise en compte solidaire par ces États au

moyen d'une instance sous-régionale en charge des migrations forcées interpelle la

communauté étatique de cet espace géographique sur la voie d'un urgent consensus pour

la gouvernance commune des susdites migrations qu'il est important d'examiner.

Au regard de ce qui précède, la présente étude s'inscrit centralement dans une

approche systémique qui vise à analyser, d'une part, les mécanismes d'intervention des

États d'accueil d'Afrique centrale à l'exemple du Cameroun, l'implication de l'instance de

coopération sous-régionale en charge des questions de paix et sécurité, la Communauté

Économique des États de l'Afrique Centrale - CEEAC- 61 dans la gouvernance des

58MARGUENAUD, Jean-Pierre : “La Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des
réfugiés à l’épreuve du temps” , in : La protection internationale et européenne des réfugiés : Sous la
Direction d'Anne-Marie TOURNEPICHE, Pedone, Collection Droits Européens, 2014
59Voir sur ce point, les développements sur le rôle des organisations sous-régionales d'Afrique Centrale à

l'instar de la CEEAC et la CEMAC dans notre deuxième partie du travail.


60ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger Op.cit
61Il convient de préciser que notre dévolu a été centralement engagé dans le choix de l'organisation

intergouvernementale désignée CEEAC pour une raison digne d'intérêt : Initialement économique, la
Communauté Économique des États d'Afrique Centrale – CEEAC - s'est vu assignée des responsabilités
politiques, sécuritaires, et de diplomatie préventive à partir du «programme de relance et de
redynamisation» adopté en Juin 1999, et initié suite à l'instabilité liée aux troubles socio-politiques et conflits
armés dans la sous-région Afrique centrale. Dans ce programme qui marquait de surcroît une re-
opérationnalisation des activités de l'organisation restée en inactivité pendant six années consécutives
( 1992-1998), une place prépondérante a été mis sur les questions de paix et de stabilité dans cet espace
politico-territorial. C'est donc l'organisation supranationale qui, dans cet espace sous-régional, est au cœur
des enjeux sécuritaires et qui peut mieux fédérer l'option de gestion commune des migrations forcées de
ses États membres. Pour plus de détails, lire http://www.ceeac-eccas.org/index.php/pt/a-propos-de-la-ceeac
, consulté en ligne, le 20 Février 2013.
33
migrations forcées en Afrique Centrale ; d'autre part, l'étude renseigne sur le mode

opératoire du HCR62 et de ses partenaires divers et variés dans la prise en charge des

réfugiés. Cette prospection institutionnelle et structurelle complète l'analyse du cadre

juridique - mobilisée grâce à l'approche juridique - de protection des réfugiés, entendu ici

lato sensu, à travers les normes du droit international général et conventionnel qui

prennent en compte l'examen des instruments juridiques internationaux - dont la

Convention de Genève de 1951 et le protocole de 1967 constituent les instruments

juridiques de référence en droit international des réfugiés - , celles de l'Union africaine et

de la CEEAC, ainsi que les dispositifs juridiques de protection des réfugiés de l' État du

Cameroun, cité en référence. L'éclairage juridico-légal et institutionnel qui en découle

nous permet de comprendre et de rendre compte de leurs stratégies habilitantes et

inhibantes dans l’encadrement du droit d’asile en contexte camerounais, de mieux cerner

les enjeux géopolitiques, sécuritaires, humanitaires, spatiaux et/ou territoriaux, afin de

relever en toile de fond , les pistes de réflexion en faveur d' une mutualisation des efforts

des États de la sous-région Afrique centrale pour faire face aux complexes défis de la

protection des personnes «déracinées». Il s'agit donc plus succinctement dans la présente

recherche, de centrer notre regard sur l'opérationnalité des moyens d’encadrement et de

protection juridico-institutionnelle préventifs, efficaces, concertés et durables au profit des

réfugiés dans l'espace géographique d'Afrique centrale. L'opportunité de définir l'objet de

notre étude se trouve dans ce contexte , interpellée.

3- Objet de l’étude :
Notre recherche a pour principal objet, l’étude analytique et critique des dispositifs

normatifs et institutionnels de protection des réfugiés des États d'Afrique Centrale. Cette

démarche opérée à partir d'un contexte national - camerounais - nous permet d'une part,

de mettre en perspective les failles du système de protection des réfugiés en Afrique

centrale qui se déclinent aux ambiguïtés des dispositifs juridiques de protection, aux

insuffisances dans la prise en charge des réfugiés par les acteurs humanitaires –

notamment les États d'accueil, le HCR et leurs divers partenaires - et à l'absence d'un

cadre concerté sous-régional de gestion des migrations forcées. L'étude nous permet

d'autre part, de dégager les enjeux centraux et protéiformes qui sous-tendent la


62Nous tenons à rappeler que le HCR est l’organe statutaire investi dans la protection internationale des
réfugiés.
34
complexité de la problématique de la gouvernance concertée des migrations forcées en

Afrique Centrale, alimentée par l'indifférence, le souverainisme et l'égocentrisme de

certains responsables politiques centre-africains63.

A cet égard, des pistes de corrections des sources de fragilité et des failles dans

l'encadrement des personnes déplacées par force sont proposées. Elles ouvrent, en dehors

des réformes attendues du droit international des réfugiés, une ébauche de réflexion sur

l'urgence et la nécessité de création d'une instance sous-régionale concertée de

gouvernance des migrations forcées en Afrique centrale.

Au delà de cette analyse, la question de protection des réfugiés en Afrique Centrale ne

manque pas de susciter un vif intérêt transversal dans l'examen rapide de la gestion des

politiques d'asile européennes, si tant est que les continents africain et européen sont liés,

tant sur les plans géographique, historique que politique. Il est donc également question

dans notre travail, de postuler pour une mutualisation d'approches afin d'établir des

politiques migratoires cohérentes, harmonieuses, globales , qui placent l'humain au cœur

du débat migratoire en anticipant sur des actions qui réduisent les migrations forcées

d'une part, et en restituant au droit d'asile sa force juridique originelle.

Notre thèse vise à apporter par une approche intégrée et cohérente, une modeste

contribution au renforcement institutionnel et structurel des instruments de protection

des réfugiés au profit des États d'Afrique centrale, du HCR , des organisations investies

dans la cause des «sans États» dans une perspective de gouvernance collective sous-

régionale africaine des migrations forcées .

Une fois la place et l'opportunité de notre étude présentées et motivées, il convient

à présent d'élucider les concepts clés de notre sujet de recherche. Ce préalable que nous

empruntons à l'approche durkheimienne qui postule que «...la première démarche du

sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite , afin que l'on sache et qu'il sache bien

de quoi il est question»64 , nous permet d'éviter tout malentendu dans le cadre de nos

développements. Par la même occasion, nous présenterons, sans prétention à

l'exhaustivité, la revue de la littérature sur la question de protection des réfugiés en

général, et leur encadrement en contexte centre-africain en particulier – avec en exemple,

le cadre de protection des réfugiés du Cameroun -. L'analyse de l'état des affaires nous
63CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, crise des Société, crise des territoires, Op.cit
64DURKHEIM, Émile : Les règles de la méthode sociologique, Paris, Quadrige/PUF, 1981, p34
35
permet de prolonger la réflexion sur les imperfections du système de prise en charge des

réfugiés par les États d'accueil d'Afrique centrale, d'en interroger , à partir d'une grille de

lecture systémique, les contraintes qui plombent une prise en charge efficace des réfugiés

et des personnes déplacées, pour poser les jalons de la réflexion sur l'opportunité d'une

approche concertée de gouvernance des migrations forcées dans la sous-région.

4- Clarification conceptuelle et état des affaires


Notre clarification conceptuelle se décline en un exercice de définitions des

concepts-clés de notre étude (a), préalable à la revue de la littérature (b).

a) Définition des concepts-clés:

La définition des concepts permet d’expliquer les termes clés qui constituent la

fondation de notre étude. Pour le faire, notre démarche est adossée sur le principe de la

clôture sémantique établie par VAN DER MAREN 65 de qui nous postulons que la définition

d’un concept dans une étude doit être en adéquation avec le cadre et le contexte de

l’étude. Cet « a priori, précise t-il, porte sur la nécessité, pour toute discussion sérieuse, de bien

définir les concepts et les notions que nous utilisons.Cette exigence a d'abord pour but une

communication efficace». L’avantage de cette démarche est en effet de réduire les confusions

et malentendus possibles souvent rencontrés dans le domaine de la recherche du fait de la

polysémie de certaines acceptions. Notre sujet de recherche prend en compte quatre

concepts centraux : Réfugié, Protection, Asile, Centre-africanisation .

Réfugié:

D'un point de vue étymologique, le terme réfugié découle du verbe latin refugere qui

signifie se réfugier. Ce verbe à son tour est tiré de fugere qui signifie fuir66. Appréhendé

sous cet angle, le réfugié est une personne qui a trouvé refuge quelque part pour échapper

à une menace ou un danger réel ou virtuel, le refuge lui-même étant entendu ici comme

un asile, c'est à dire un lieu où l'on se retire pour être en sécurité. Le Cambridge Essential

English Dictionnary ira dans le même sens pour définir le refugié comme : «Someone who

has been forced to leave their country, especially because of a war…»67.

Karen AKOKA souligne toutefois le fait que cette notion ait employée
65VAN DER MAREN, Jean Marie et Al : Méthodes de recherches pour l'éducation : « La règle de la clôture
sémantique et la distinction des champs, des objets et des Méthodes», 2è Édition, Presses Universitaires
de Montréal, De Boeck Université, 2004.
66Larousse étymologique, Paris, Larousse, 1971 , P 638
67Cambridge Essential English Dictionary, published in 2004 by Cambridge University Press

36
tardivement dans la langue française, d’abord en tant que participe passé (fin XVe siècle)

où son emploi comme substantif et au pluriel (les réfugiés) n'intervient qu'au XVIIIe et

reste réservé jusqu’au XIXe aux huguenots qui avaient été contraints de fuir suite à la

révocation de l’édit de Nantes en 168568. La 2è Édition du Dictionnaire Universel, opte

pour une définition plus large du réfugié quand il le considère comme « Une personne qui

a dû quitter son pays d’origine pour fuir un danger»69, même si l'on peut regretter ici le flou

alimenté dans l'imprécision du type de danger dont il peut être question. A ce propos,

Bernard CONNEN apporte un complément d'informations dans son approche

définitionnelle du réfugié, en considérant ce dernier comme « celui qui a dû quitter son pays

pour fuir un danger grave ou qui, résidant à l’étranger, ne peut sans encourir un tel danger

revenir dans sa patrie »70. A ce stade, ce qui semble intéressant de retenir sur la notion de

réfugié, c'est le fait de la crainte d’un danger naturel ou non naturel, exprimée par une

personne à la suite de laquelle elle abandonne son pays d’origine, son lieu de vie habituel

pour demander asile dans un pays autre que le sien.La constante dominante dans ces

approches étant le fait de la fuite du territoire d'origine ou de nationalité pour franchir un

espace transfrontalier. C'est donc finalement à partir du XXe siècle qu'on assiste à un

début d'élaboration de normes relatives à la définition et à la protection des personnes

forcées de fuir les persécutions, normes guidées par la nécessité d'un sursaut humanitaire

dans le monde, surtout après des événements tels les deux guerres mondiales 71.

Au cœur de ces nouveaux dispositifs juridiques, se trouve la Convention de

Genève de 1951 qui consacre sur le plan international, le droit des réfugiés. Sa définition

du réfugié au contenu plus élaboré prend en compte trois éléments centraux

d'identification d'un réfugié : la persécution, le territoire, la protection 72. L'article 1 Alinéa


68AKOKA, Karen : « Crise des réfugiés, ou des politiques d’asile? », La Vie des idées, Mai 2016, Consulté
en ligne, 12 Juin 2017,https://laviedesidees.fr/Crise-des-refugies-ou-des-politiques-d-asile.html
69Dictionnaire Universel, Paris, Aupelf-Edicef, Coll.«Universités Francophones » de l’UREF), 1988
70CONNEN, Bernard :« Problèmes spécifiques concernant les droits des réfugiés, situation juridique au
regard de l’état civil », R.J.P.I.C., no 3, juin 1983, pp. 586-602.
71AKOKA, Karen, Ibid
72La Convention de Genève dans sa définition du réfugié met en perspective trois éléments fondamentaux

d'identification du réfugié . Il s'agit de : La persécution, notion centrale dans la détermination du statut de


réfugié.Précisons que la persécution dont il est question dans le cadre de la Convention de Genève de
1951 doit être justifiée par l'un des cinq motifs suivant : la race, la religion, la nationalité, l'appartenance à un
certain groupe social ou les opinions politiques.Pour prétendre acquérir le statut de réfugié, il faut que ces
motifs de persécutions soient bien réels et évaluables. La persécution selon la Convention de Genève se
révèle comme un notion ambiguë qui laisse la place à des enjeux complexes. Le deuxième élément
d'identification du réfugié est l'élément territorial. En effet, le réfugié doit avoir quitté les frontières du pays
dont il détient la nationalité. Cet élément est important dans la mesure où il est au cœur de la distinction
entre réfugié et notions voisines à l'instar des déplacés internes ( des personnes en fuite qui n'ont pas quitté
leurs frontières). Enfin, il y a la question de la protection censée être apportée à tout individu par l’État,
37
2, définit en effet le réfugié comme « toute personne « qui, par suite d'événements survenus

avant le 1er janvier 1951, et craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa

religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions

politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette

crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays».73

Conçue dans le contexte de la guerre froide, cette définition, si elle a l’avantage de

mettre en exergue le fait de la persécution74 et la notion de franchissement d'une frontière

internationale, restreignant ainsi ce concept aux réfugiés politiques, trahit ses limites

quand elle exclut de facto certaines catégories de réfugiés à l'instar des «réfugiés de

l’environnement»75 et les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays pour cause de

guerre civile, famine, catastrophe naturelle.76 L'on observe bien que la Convention de

Genève s'intéresse plus à la définition du réfugié, qu'à celle du droit international d'asile.

Comme nous l'avons souligné dans nos développements antérieurs, la Convention de

Genève de 1951 est passée d'un texte européo-centré (qui limitait ses effets juridiques au

sol européen) , à une vocation plus universaliste à partir du protocole de 1967 dont l'objet

était d'abroger les limitations spatio-temporelles pour permettre à toutes les catégories de

réfugiés dites « nouvelles »77d'être admises au bénéfice de la Convention susdite.

En tenant compte de la variabilité et de la diversité du contenu non moins

complexe de la notion de réfugié, le HCR à son tour a défini le réfugié comme «..toute

personne qui a fui son pays et a besoin d'une « protection internationale » en raison d'un risque de

violence ou de persécution si elle rentrait dans son pays» 78. En toute hypothèse, si cette

définition rappelle le franchissement d'une frontière, élément territorial d’identification

du réfugié, et inclut les personnes qui fuient la guerre, les dangers, elle s'inspire

également d’instruments juridiques internationaux, notamment la Convention de 1951

relative au statut des réfugiés et le protocole y afférent de 1967, tout comme la Convention

mais qui, pour les réfugiés, n'est pas effective au point où ces derniers «ne veulent ou [...] ne peuvent se
réclamer de cette protection selon la convention de Genève de 1951.
73Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951
74Comme nous venons de le préciser, d'après la Convention de Genève de 1951, le statut de réfugié ne

peut être obtenu que suite à une crainte fondée de persécutions.


75BROWN, Lester, Op.cit.p 9

76Cette position réductionniste est également adoptée par le Cameroun par la Loi n° 2005/006 du 27 juillet
2005, portant Statut des réfugiés au Cameroun, ainsi que la convention de l’OUA de 1969.
77Préambule du Protocole du 31 Janvier 1967 relatif au Statut des réfugiés
78HCR: Aperçu statistique 2017,(Consulté le 14 Novembre 2018 (Enligne),https://www.unhcr.org/fr/apercu-

statistique.html
38
de 1969 adoptée par les États membres de l'OUA. Au cœur de ces réformes importantes

qui consacrent une définition du réfugié, différents textes juridiques consacrent entre

autres, la procédure en vue de l'obtention du statut de réfugié qui peut être engagée sur la

base d'une demande individuelle. Mais le statut de réfugié peut aussi, comme nous le

verrons plus loin, être accordé d'office à des groupes d'individus dans les cas d'afflux

importants de populations, sous ce qu'il est communément appelé réfugiés « prima facie »,

c'est à dire de première vue, ou plutôt sur la base de la collectivité, quand la raison de la

fuite est évidente79.

Par ailleurs, il est important de noter que, dans l'optique d'intégrer cette définition

ainsi que le statut juridique du réfugié dans les champs normatifs communautaires

respectifs, divers instruments régionaux et sous-régionaux ont repris la Convention de

Genève, - notamment le critère de persécution, au centre de la définition de réfugié -, pour

y apporter souvent quelques adaptations complémentaires 80. Ce fut le cas de la

Convention de l'O.U.A régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en

Afrique81 suscitée, qui reprend dans son article 1er, alinéa 1, la définition de la Convention

de Genève de 1951 en ajoutant une spécificité africaine dans son approche définitionnelle :

«Le terme réfugié s'applique également à toute personne qui, du fait d'une agression, d'une

occupation extérieure, d'une domination étrangère ou d'événements troublant gravement l'ordre

public dans une partie ou dans la totalité de son pays d'origine ou du pays dont elle a la

nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour chercher refuge dans un autre endroit

à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la nationalité». L’élément novateur de

l’instrument juridique africain réside, selon René DEGNI-SEGUI, «dans le fait qu’il étend

l’effet protecteur du statut de réfugié aux victimes de totalitarismes, des guerres civiles et des

conflits internationalisés»82.

A la suite de la Convention de l'OUA de 1969, nous pouvons citer la Déclaration de

Carthagène adoptée en 1984 au cours d' un colloque réunissant des représentants des
79https://www.unhcr.org/fr/demandeurs-dasile.html , consulté en ligne, le 12 janvier 2015
80Ilest utile de rappeler que le droit international admet parfois que des réserves soient prises à l'égard d'un
traité dans son application. Les réserves sont des déclarations unilatérales d'un État tendant à exclure ou
limiter les effets juridiques d'un traité multilatéral dans son application à leur égard. Toutefois, en ce qui
concerne la convention de 1951, bien que les réserves soient admises, l'intégrité de certains articles est
restée absolument protégée.
81Convention de L'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A) régissant les aspects propres aux problèmes

des réfugiés en Afrique du 10 Septembre 1969


82DEGNI-SEGUI, René : « L’action des institutions africaines en matière de réfugiés », SFDI, Colloque de

Caen, p.232.
39
gouvernements d'Amérique latine et d'éminents juristes.Ce texte a également connu un

élargissement/adaptation de la définition du réfugié contenue dans la Convention de 1951

aux personnes qui fuient leur pays «parce que leur vie, leur sécurité ou leur liberté étaient

menacées par une violence généralisée, une agression étrangère, des conflits internes, une violation

massive des droits de l'homme ou d'autres circonstances ayant perturbé gravement l'ordre

public»83. En somme, les ambiguïtés de la définition du réfugié trahissent la complexité et

les controverses nées dans la construction d'un statut de réfugié et d'un éminent droit

d'asile qui, selon, Danièle LOCHAK, sont «... étroitement tributaires des intérêts étatiques... et

(des) enjeux politiques sous-jacents aux catégorisations juridiques.» 84 Les tensions et entraves

rencontrées par le droit international pour fixer une identité du réfugié sont à l'image des

obstacles qui plombent une protection efficace des migrants forcés. Relevons néanmoins

que la Convention de Genève de 1951 a eu le mérite de permettre une élaboration

progressive d'un statut du réfugié.

Pour tenter une approche consensuelle à la suite de ces tensions épistémologiques

de la définition du réfugié,Véronique LASSAILLY-JACOB souligne que « les termes de

réfugiés, déplacés, dispersés, évacués, sinistrés ou victimes s’appliquent aux individus ou groupes

qui, tous, quittent leurs lieux de résidence sous une contrainte externe impérative»85. Au delà de

cet apparent consensus, la définition internationale du réfugié ouvre la voie à plusieurs

interprétations des bénéficiaires au statut de réfugié selon les aspirations de chaque État

d'accueil86. Loin de prétendre modifier la définition conventionnelle de réfugié, nous

retiendrons dans le cadre de notre recherche, que le réfugié, stricto sensu, est une personne

qui a été forcée de quitter son pays pour fuir un danger ou échapper à une menace réelle

et/ou certaine liée à son intégrité physique ou morale en trouvant asile dans un pays autre

que le sien. Néanmoins, c'est par l'approche conceptuelle du réfugié de Véronique

LASSAILLY-JACOB87, unificatrice, à notre sens, de toutes les catégories de migrants forcés

83Déclaration de Carthagène sur les réfugiés de 1984


84LOCHAK, Danièle: "Qu’est-ce qu’un réfugié? La construction politique d’une catégorie juridique" , Op.cit
85LASSAILLY-JACOB,Véronique et al : « La mobilité sous contrainte » in Déplacés et réfugiés , IRD,

Paris, 1999, p. 38
86Sur les pratiques du droit d'asile en France, Bénédicte TRATNJEK dénonce le fait que la divergence

d'interprétations de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés par les États «...donnent à
voir diverses représentations du statut de demandeur d’asile et une géographie de la discrimination et des
persécutions à géométrie variable, qui construit un imaginaire spatial de la migration à destination de la
France ». Pour plus de détails, Voir TRATNJEK, Bénédicte : « France, un droit d'asile à géographie
variable », Les Cafés géographiques , Février 2012, Consulté en ligne, 14 Mars 2014, http://cafe-
geo.net/wp-content/uploads/france-droit-d-asile.pdf
87LASSAILLY-JACOB,Véronique et al, Op.cit

40
sous la responsabilité du HCR, que nous développerons notre perspective analytique.

Dans cette démarche, nous nous intéresserons principalement aux réfugiés statutaires,

c'est à dire aux personnes qui, au sens de la convention de la Genève de 1951, ont déposé

une demande d’asile et qui, après instruction de celle-ci, ont obtenu le statut de réfugié 88,

ainsi qu'aux catégories assimilées à l'instar des demandeurs d'asile et des personnes

déplacées à l’intérieur de leur territoire pour causes de crises ou conflits, dont il convient

à présent d'en préciser les spécificités.

● Demandeurs d'asile :

C'est la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés qui consacre la

notion de demandeurs d'asile dans le cadre de l'opérationnalisation du traité y relatif.

Selon le HCR, le demandeur d'asile est «... une personne qui dit être un(e) réfugié(e) mais dont

la demande est encore en cours d’examen»89. Du point de vue de l’analyse, c'est une personne

qui, sous la contrainte d'un danger menaçant son intégrité physique ou psychique, est

forcée de quitter son pays pour solliciter refuge et protection dans un autre pays.C'est

aux États d'accueil, à travers les systèmes nationaux d’asile adoptés 90 qu'il incombe de

décider quels demandeurs d’asile peuvent effectivement prétendre à une protection

internationale. En attendant l'examen de leur demande, ils bénéficient d'un ensemble de

droits - à l'exemple du droit au séjour adossé sur le principe de non refoulement de la

Convention de 1951 au cœur du droit d'asile - dont la variabilité est inhérente aux

politiques d'asile de chaque État91. Pendant les mouvements massifs de réfugiés 92, la

capacité de réaliser un entretien personnel d'asile avec chaque individu ayant traversé la

frontière n'est ni évidente, ni suffisante, pour les groupes de réfugiés «prima facie». Ceux

qui ne sont pas reconnus comme des réfugiés ou comme n'ayant pas besoin d’une autre

forme de protection internationale à l’issue des procédures adéquates peuvent être

renvoyés dans leur pays d’origine dans le respect des lois et textes en vigueur 93. Dans tous

88LAACHER, Smaïn :«Éléments pour une sociologie de l'exil», Politix, vol. 69, no. 1, 2005, pp. 101-128.
89Global Report UNHCR, 2012
90Au Cameroun, c'est la Commission d’Éligibilité au Statut de Réfugié -CESR- instituée au sein du Ministère

des Relations Extérieures qui est en charge de la Détermination du Statut de Réfugié -DSR- . En France,
c'est l'OFPRA qui est chargé d'examiner les demandes d'asile.
91CAMBREZY,Luc: Réfugiés et exilés, Crise des sociétés, crise des territoires, Op.cit, Voir également

Bénédicte TRATNJEK, Op.cit


92Généralement ces mouvements de migrations forcées sont dus à des conflits ou à une violence

généralisée, par opposition à une persécution individuelle


93Il s'agit principalement de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés et des principes du

droit international des droits de l'Homme.


41
les cas, le facteur anthropologique de l'éloignement de chez soi, ou encore celui de la

contrainte de partir de son territoire d'origine sont deux éléments qui rapprochent sur le

plan de la catégorisation migratoire, les demandeurs d'asile, des exilés.

● Exilés

La notion d'exilé, d'usage plus récent que celui d'exil, est entendue comme une

situation d'une personne qui est expulsée ou obligée de vivre hors de sa patrie. Si le

facteur de mobilité contrainte ou subie se trouve être le fait saillant de ce terme, sa

sémantique reste différemment appréciée. Pour Danièle LOCHAK, ce terme est «

...dépourvu de toute dimension juridique, sa connotation évoque plutôt la figure classique du

réfugié d’opinion ou de conviction »94. Quant à Olivier BIANCHI, «l’exil marque donc une

rupture entre une terre et un individu qui en est issu et qui entretient avec elle une intimité toute

particulière. Cette fracture vécue, ce déracinement forcé ou encore cette déterritorialisation a

toujours été considérée comme un mal et souvent assimilée à une petite mort» 95. Dans une autre

approche, l'exil est considéré comme l'état - social, psychologique, politique - d'une

personne qui a quitté sa patrie volontairement ou sous la contrainte-

bannissement,96 déportation, impossibilité de survivre ou menace d'une persécution - et

qui vit dans un pays étranger avec ce que cela implique de difficultés (langue, insertion,

identité...) et de sentiment d'éloignement de son pays (nostalgie, déracinement...).97 Il

convient de souligner que la notion d'exilé évoque davantage la dimension

anthropologique de privation pour un individu de ses origines et du sentiment de

dépaysement98 qui en découle. Jérôme VALLUY99 abonde dans cette approche

anthropologique et ouvre une perspective d'analyse sociologique de la notion d'éxilé.

Pour lui, parler d’exilés plutôt que de migrants évite aussi de réduire la migration à sa

dimension géographique « Déplacement d’une population qui passe d’un territoire dans

un autre pour s’y établir, définitivement ou temporairement. » et invite vers l’étude des

conditions d’accueil notamment sous l’angle des représentations sociales et des politiques

publiques qui se rapportent aux exilés 100. Parmi ces exilés, les personnes forcées de fuir de

94LOCHAK, Danièle : « Qu'est ce qu'un réfugié? La construction politique d'une catégorie juridique », Op.cit
95BIANCHI, Olivia: «Penser l’exil pour penser l’être»,Le Portique[En ligne], 1-2005 | Varia, mis en ligne le
12 mai 2005, consulté le 10 juillet 2014, en ligne http://journals.openedition.org/leportique/519
96Encyclopédie Wikipédia, consulté en ligne, https://fr.wikipedia.org/wiki/Exil
97Dictionnaire de l'Académie Française, 9è édition, 1994
98BIANCHI, Olivia, Op.cit
99VALLUY, Jérôme : Rejet des exilés: Le grand retournement du droit d'asile, Éditions du Croquant, 2009.
100VALLUY, Jérôme, Op.cit.

42
leur résidence habituelle sans franchir une frontière internationale semblent avoir pris

une ampleur importance particulière en Afrique depuis plus d'une décennie.

● Personnes déplacées internes( PDIs)

Encore connues sous l'expression anglo-saxonne Internally Displaced Person (IDP),

les personnes déplacées internes sont celles là qui ont été forcées de fuir leur foyer en

raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de

l’homme ou de catastrophes naturelles ou créées par l’homme, et qui n’ont pas traversé de

frontière reconnue au niveau international 101. Dans l'ensemble, il peut s'agir de

ressortissants -citoyens- d'un pays ou encore de résidents permanents non ressortissants

du pays. La notion de déplacés internes renvoie donc à des personnes qui, à cause d'un

danger menaçant leur vie, ont fui leur foyer de vie habituel sans franchir une frontière

internationale. Elles ne sont par conséquent pas couvertes par la Convention de Genève

de 1951, et jusqu'en 1981, avant que les Nations unies n'en donnent une définition, aucun

texte juridique international ne mentionnait ces personnes déplacées.Toutefois, les

organismes tels que le Haut-Commissariat aux Réfugiés interviennent auprès des

personnes déplacées au même titre que les réfugiés. En Afrique, le phénomène des

déplacés internes a pris une ampleur inédite à cause de l'importance numérique de ces

personnes. Les facteurs à l'origine des déplacements internes restent quasiment les

mêmes que ceux qui obligent certaines personnes à franchir les frontières internationales

- terrorisme, des conflits, des catastrophes naturelles ou des conditions climatiques - 102

pour solliciter une protection sous le statut de réfugié. En 2009, afin de circonscrire sur un

plan régional ce phénomène, les États africains, membres de l'Union Africaine ont pensé

qu'une « coopération transnationale peut être nécessaire pour le prévenir ou le traiter » 103,

et ont adopté un traité désigné Convention de Kampala pour la protection et l'assistance

des déplacés internes en Afrique. Ce texte régional novateur qui reconnaît la nécessité

d'efforts globaux et concertés pour résoudre le problème des déplacements internes, y

compris par des systèmes d'alerte précoce et de mise en place des mesures opportunes

pour prévenir les déplacements, consacre la responsabilité de protection des ces


101MATHIEU, Jean Luc, op.cit
102Union Africaine:«Cadre de politique migratoire pour l’Afrique révisé et plan d’action (2018 – 2027)
ébauche»,consulté en ligne , le 26 Avril 2018,
https://au.int/sites/default/files/newsevents/workingdocuments/33023wdfrench_revised_migration_policy_fra
mework_stc.pdf
103Union Africaine, Ibid

43
personnes par les autorités nationales104. A côté des déplacés internes, un phénomène

particulier qui prête parfois à confusion à cause de sa complexité, mérite d'être analysé : Il

s'agit de l'apatridie.

● Apatride

D'un point de vue juridique, l'apatride se définit comme une personne qu'aucun

État ne considère comme ressortissant par application de sa législation (il peut être

réfugié ou pas)105. Son statut est défini par la Convention de Genève de 1951, complété par

la Convention de 1954 relative au statut des apatrides 106 et la Convention de 1961 sur la

réduction de l’apatridie. Les apatrides forment une nouvelle catégorie de déplacés qui ont

perdu leur nationalité ou n’en ont jamais eue par suite de succession d’États, de

recompositions des frontières ou de reconstruction d’États excluant certaines minorités 107.

Selon un rapport du HCR de Novembre 2017 intitulé "Nous sommes chez nous ici.

Minorités apatrides en quête de citoyenneté" 108, au moins trois millions de personnes 109

dans le monde sont apatrides, un statut qui les prive de droits, et souvent d'emploi, une

pratique jugée «discriminatoire » par le HCR et qui les mets forcément en minorité.

Pour assurer une meilleure protection des migrants forcés et une sécurité autour du

périmètre accueillant ces derniers, ceux-ci sont le plus souvent encadrés dans un espace

humanitaire assez singulier, circonscrit et bien délimité, désigné comme étant un camp des

réfugiés - situé très souvent en zones rurales ou parfois à proximité des frontières

internationales - . Il peut s'agir aussi d'espaces d'assistance ouverts servant d'identification

et de prise en charge des personnes en déplacements forcés que le HCR désigne dans sa

terminologie de l'opérationnalisation de la protection due à ces dernières comme des sites

104Union Africaine, Op.cit


105JASTRAM, Kate ; ACHIRON, Marilyn et Al : Protection des réfugiés : guide sur le droit international
relatif aux réfugiés, HCR, Union interparlementaire : Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés,
Geneve , 2001
106Lire l'article premier la Convention de 1954 relative au statut des apatrides, qui dispose : « le terme

apatride désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa
législation », (Consulté en ligne le 20 Février 2015 ), (En ligne) URL: https://www.unhcr.org/ibelong/wp-
content/uploads/Convention-relative-au-statut-des-apatrides_1954.pdf
107WIHTOL DE WENDEN, Catherine : « La géographie des migrations contemporaines» , Op.cit
108HCR : Nous sommes chez nous ici. Minorités apatrides en quête de citoyenneté" . Rapport du HCR sur

l'apatridie, Novembre 2017,( Consulté le 16 Janvier 2018 ),( En ligne), URL:


https://www.unhcr.org/fr/59f9ba174
109Ce sont entre autres les Kurdes syriens, les Roms en Macédoine ( ex Yougoslavie), les Karanes à

Madagascar ou encore les Rohingya musulmans( ceux-ci , de l'ordre d'une moyenne de 600.000 membres
ayant fui la répression en Birmanie depuis la fin du mois d'août et trouvé refuge au Bangladesh selon la
même source, sont considérés par les Nations Unies comme la plus importante minorité apatride dans le
monde)
44
ou zones d'identification des réfugiés. Dans cette configuration opérationnelle, certaines

personnes sont souvent accueillies au sein des communautés locales hôtes. Cette

protection dont il incombe désormais de décliner le champ définitionnel et l'étendue, est

logée au cœur de l'ensemble des dispositifs d'assistance mobilisés par le HCR, les États

hôte et les organisations à vocation humanitaire pour apporter une prise en charge

constante aux personnes déplacées par force .

Protection:

En vertu de la résolution 428(v) de l'Assemblée Générale des Nations Unies du 14

Décembre 1950110, le HCR a reçu le mandat des Nations Unies de veiller à la protection des

réfugiés et singulièrement à la recherche de solutions durables à leurs problèmes 111. Mais

la définition de la notion de protection est loin de trouver une parfaite symbiose entre

l'instance internationale de protection des réfugiés et les organisations dédiées à cette

cause, elle entretient des tensions entre la doctrine et un ensemble de chercheurs.

Pour le HCR , la « protection internationale » «...comprend toutes les activités qui

contribuent à garantir les droits des réfugiés. Celles-ci peuvent inclure des activités d’assistance.

Ces droits constituent à leur tour la base de la définition de la « protection des réfugiés »....Elle

consiste à garantir des droits...Ces droits figurent dans le droit international, et comprend trois

branches pertinentes pour la protection des personnes : Le droit international relatif aux droits de

l’homme ; Le droit international des réfugiés ; Le droit international humanitaire»112.

Si la définition de la notion de protection du HCR reste assez large et imprécise,

c'est en revanche à la mobilisation des actions promotrices de la susdite protection qu'il

est resté très engagé. Le HCR est en effet investi dans la promotion de l'adhésion à la

Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et à son Protocole de 1967, à la

Convention de 1954 relative au statut des apatrides et à la Convention de 1961 sur la

réduction des cas d’apatridie. Dans le même champ d'investissement, il aide aussi les

États à adopter ou à modifier leur législation nationale en matière de réfugiés, y compris

les instructions administratives et les lignes directrices opérationnelles, et à mettre en

œuvre des procédures nationales de détermination du statut de réfugié, à renforcer les

institutions administratives et judiciaires pertinentes, former le personnel des


110Cette résolution consacre en effet, le statut du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés
111Statut du HCR de 1950, Chapitre I (1)
112HCR : « Module 1 : qu’est-ce que la protection des réfugiés ?» Consulté en ligne, le 14 Juillet 2014

https://www.unhcr.org/fr/4b309d6110.pdf
45
organisations gouvernementales et non gouvernementales et assurer la liaison avec les

organes compétents en matière de droits de l’homme, à la recherche et les conseils sur les

nouvelles lois et réglementations affectant les personnes relevant de sa compétence, au

soutien technique et financier aux écoles de droit, aux instances gouvernementales

(notamment la police et l’armée) et à d’autres organismes qui dispensent des cours en

droit des réfugiés, au soutien des groupes de défense des droits de l'Homme et des droits

de réfugiés, ainsi que des centres d’aide juridique et les Organisations Non

Gouvernementales ayant un intérêt pour la protection des réfugiés113.

Dans le prolongement de cette deuxième approche définitionnelle, le CICR établit

que la protection concerne « toutes les activités visant à assurer le plein respect des droits de la

personne, conformément à la lettre et à l’esprit du droit pertinent, c’est-à-dire le droit international

des droits de l’homme, le droit international humanitaire et le droit des réfugiés. Les organisations

humanitaires et de défense des droits de l’homme doivent mener ces activités de manière impartiale

(et non sur la base de la race, de l’origine nationale ou ethnique, de la langue ou du sexe)»114.

Ainsi entendu, la protection repose, selon l'instance mandataire onusienne -le

HCR- , sur trois piliers sécuritaires :

 La Sécurité physique – protection contre les violences physiques ;

 La Sécurité juridique – accès à la justice, statut juridique et des papiers le

prouvant, et le respect des droits de propriété ;

 La Sécurité matérielle – accès aux biens et aux services de base.115

Tout en faisant remarquer l'indissociabilité, l'inter-complémentarité et la

consubstantialité de ces trois piliers de protection, il est important de relever que la

jouissance de la sécurité physique n’est que la résultante d’une pertinente et efficiente

sécurité juridique et matérielle, de même, la sécurité matérielle n’a de sens que si en

amont elle est assurée par une bonne sécurité juridique. Cette diversité d'acceptions

sémantiques témoignent de la complexité de la notion, ce qui ne peut être sans effets sur

l'opérationnalisation de la susdite protection. C'est Michel AGIER qui apporte un

113UNHCR, consulté en ligne, le 14 Juillet 2013, https://www.unhcr.org/fr/protection.html


114GIOSSI CAVERZASIO, Sylvie S. (éd.) : « Strengthening Protection in War: A Search for Professional
Standards: Summary of Discussions among Human Rights and Humanitarian Organizations », Ateliers au
CICR, 1996-2000, CICR, Genève, 2001 cité par le CICR, in «Standards professionnels pour les activités
de protection menées par les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme lors de
conflits armés et d’autres situations de violence», Édition 2013, consulté en ligne, le 10 février 2014
https://www.icrc.org/fr/doc/assets/files/other/icrc-001-0999.pdf
115Toolkit de gestion de Camp, 2000

46
éclairage socio-anthropologique à la notion de protection qui à notre sens, rend compte de

façon concise et pragmatique de l'étendue du champ d'action des acteurs humanitaires

dans leur responsabilité de protéger . Ce dernier considère que la protection est la prise en

charge - politique, physique – des migrants forcés 116. Au demeurant, la protection peut être

entendue dans le cadre du droit international des réfugiés, comme l'assistance juridique,

physique et matérielle dont bénéficie, en vertu de la convention de Genève de 1951 et des

textes régionaux et nationaux connexes, toute personne persécutée et/ou en déplacement

forcé à l'intérieur de son territoire national ou dans une zone transfrontalière, sous la

juridiction d'un État tiers accueillant. Dans le cadre de notre travail, il est question

d'interroger, au delà de ces aspects juridiques, physiques et matériels, les moyens

institutionnels et infrastructurels qui encadrent la prise en charge des migrants forcés

dans un État d'accueil d'Afrique Centrale. Pour cerner davantage cette notion ambivalente

de protection ainsi que ses effets, il est important d'apporter un éclairage sémantique à

celle de l'asile.

Asile:

Qu'il soit entendu de son étymologie grecque ancienne « asylon», c'est à dire ce que

l'on ne peut piller, ou de celle latine « asylum », c'est à dire, lieu inviolable ou refuge, l'asile

désigne du point de vue du droit, la « protection juridique accordée par un État d’accueil à une

personne qui recherche une protection en raison de craintes d’être persécutée ou exposée à une

menace dans son pays. La personne qui bénéficie du droit d’asile a alors le statut de réfugié.»117 De

cette définition, découle l'argument selon lequel l'asile est un lieu sûr, inviolable où peut

se réfugier une personne poursuivie pour les raisons - non exhaustives - ci-dessus

évoquées, craignant pour son intégrité physique et/ou morale. Une analyse du droit

d'asile ne manque donc pas de présenter un intérêt certain. Le droit d’asile, qui organise et

fonde l'asile est tout d’abord consacré dans la Déclaration Universelle des Droits de

l’Homme (DUDH) de 1948 comme nous l'avons souligné plus haut :

« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile

116AGIER, Michel : Gérer les indésirables, Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire, Éditions
Flammarion, Paris, 2008 Entretien de l'auteur avec Alain FREDAIGUE, Délégué Médecins Sans Frontières
-MSF- au sujet du Livre ( VERBATIM), http://reseau-terra.eu/article840.html
117Alliance des Avocats pour les Droits de l'Homme -AADH- est une plate forme d'avocats basée en France

Pour plus de précision, consultez http://aadh.fr/wp-content/uploads/2015/10/QUEST-CE-QUE-LE-DROIT-


ASILE.pdf
47
en d'autres pays...».118

Largement ratifié par les États, l'asile a reçu dès la deuxième moitié du 20 è siècle à

travers la convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, une consécration

internationale qui y précise ses contours. De prime abord, il est clairement observable que

les concepts de réfugiés, d'asile et de protection sont intimement liés, et qu'à travers cette

étroitesse des liens, plusieurs disciplines des sciences sociales et humaines comme

précédemment énoncé, seront mises à contribution pour compléter l'approche juridique

dans le cadre de notre étude. Parlant de cette interdisciplinarité, les questions de

migrations forcées, et singulièrement celles du droit d’asile et des réfugiés sont liées au

droit international des droits de l'homme et à la géographie politique et constituent un

ancrage quasi indissociable . Mais ce qui est constant de relever, c'est que la notion d'asile

a constitué les fondements de l'établissement d'un statut du réfugié.

État partie aux différents instruments juridiques internationaux, régionaux de

protection des réfugiés, tels la Convention de Genève de 1951 sur les droits des réfugiés,

la Convention de l’OUA de 1969, celle de Carthagène de 1984, le Cameroun – qui

constitue, il est utile de le rappeler, notre terrain d'intérêt - comme la plupart des pays

d'Afrique Centrale119, a fait sienne la politique de non-refoulement, de non-expulsion et

de non-extradition qu'il réitère dans son dispositif juridique national à travers la Loi N°

2005/006/ du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun. A travers cette

démarche, ce pays d'Afrique médiane stratégique - du point de vue de sa position

politico-géographique - s'est ainsi démarqué dans la promotion/protection des droits des

réfugiés, et sa soumission aux normes internationales de protection des réfugiés, et

surtout dans le respect du droit d'asile 120. Dans un espace planétaire en pleine mutation,

les États, pour faire face aux défis globaux - paix, sécurité, développement,

environnement, questions migratoires, etc- ont très souvent eu recours à la mutualisation

des efforts autour des regroupements régionaux ou sous-régionaux. Les États d'Afrique

Centrale, dans leur volonté de bâtir solidairement une destinée commune à partir des

solutions spécifiques à leur contexte - même si cet élan solidaire reste substantiellement
118Article14 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948
119Ilest utile de faire observer que le devoir de protection des personnes en déplacements forcés est quasi
présent tant dans toutes les législations nationales des pays d'Afrique en général et dans la plupart des
instruments sous-régionaux d'Afrique centrale.
120NSOGA, Robert Ebenezer : Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique: Cas

des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le Nord Cameroun, PAF, Mai 2015
48
entravée par d'importants pesanteurs comme nous le verrons plus loin - n'ont pas dérogé

à cette constante. Cela nous offre ici l'occasion d'aborder la notion de centre-africanisation

qui sera évoquée très souvent dans le cadre de notre recherche .

Centre-africanisation:

Pour éviter toute dichotomie dans la notion de centre-africanisation et les ambiguïtés

qu'elle pourrait susciter, il est important de préciser son acception, puis de rappeler le

contexte en vertu duquel nous l'utilisons opportunément dans le cadre de cette étude.

Il faut se souvenir que la dynamique d'africanisation des solutions mobilisées par

l'Union Africaine est inspirée de la théorie panafricaniste de Kwame NKRUMAH 121, qui

représente pour la mémoire collective de l'Afrique moderne, le symbole de la lutte pour

l'unité, la dignité et la liberté des africains, selon les termes de l'historien Burkinabé

Joseph KI ZERBO122. A travers sa vision, Kwame NKRUMAH promeut une forte politique

de solidarité autour d'une Afrique Unie123. A sa suite, des auteurs à l'instar de BAKOLE124

ou alors ELMANDJRA MAHDI125, pour ne citer que ces exemples, se feront l'écho de cette

nouvelle vision solidaire et de la communauté de destin des États africains. Si africaniser

devient un leitmotiv au cœur des politiques de développement en Afrique, il signifie

surtout « donner aux institutions africaines ( structures politiques, sociales, économiques), un

caractère africain»126, et le concept d'africanisation renvoie quant à lui, selon Romain

ESMENJAUD et Benedikt FRANKE, à « l’accroissement de la participation des Africains aux

questions de sécurité du continent, notamment par l’implication croissante des institutions

régionales et le déploiement d’opérations de paix sur les théâtres de conflits. L’appropriation

africaine, notion plus qualitative, correspond à la prise de contrôle politique effective de ces

questions par les acteurs locaux. Par contrôle politique, il faut entendre la maîtrise des processus
121NKRUMAH, Kwame : L’Afrique doit s’unir, Paris, Présence africaine 1961
122BOURGUES, Hervé ; WAUTHIER, Claude Les 50 Afriques, Tome I, Paris, Seuil, 1979. Préface de KI-
ZERBO, Joseph, cité par AKUÉ Julien YAPI, in « Simon BOLIVAR, KWAME NKRUMAH et la
problématique contemporaine de l’unité continentale des pays latino-americains et africains», Thèse unique
en co-tutelle ( langues, littératures et civilisations), mention espagnol ,université de limoges (FRANCE) et
Université de Cocody ( Côte-d'Ivoire ) limoges, 2009
123Mais l’Organisation de l’Unité Africaine , selon AKUÉ Julien YAPI, sous fond de polémiques et de

réticences est aux antipodes de la vison des États-Unis d’Afrique incarnée par Kwame NKRUMAH avec un
gouvernement continental, un marché commun, une monnaie commune, une seule armée défendus dans
son célèbre Ouvrage Africa must unite . Pour plus de détails, lire AKUÉ Julien YAPI, ibid.
124BAKOLE, M : « L'Université africaine, d'hier à aujourd'hui. Signification, mesure et condition de

l'africanisation » , Revue belgo-congolaise illustrée, n°10, octobre 1964, p.24-26


125MAHDI, ELMANDJRA: « L'africanisation de l'Afrique», Revue Futuribles N°041, Géopolitique, ( Consulté

le 27 Août 2015), ( En ligne), URL : https://www.futuribles.com/fr/revue/41/lafricanisation-de-lafrique/


126Dictionnaire Français Larousse , consulté en ligne, le 20 Mars 2014,

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/africaniser/1570
49
de décision relatifs aux questions de sécurité sur le continent, mais aussi de l’ordonnancement des

priorités (ordre du jour) des institutions africaines. Autrement dit, l’africanisation constitue une

condition nécessaire mais pas suffisante de l’appropriation africaine qui, elle seule, peut être

porteuse d’un véritable transfert de responsabilités en faveur des Africains » 127. En somme,

l'africanisation est du point de vue de l'analyse, la participation et l'implication solidaire,

prééminente et prégnante des africains dans une démarche qui leur permet à terme, de

trouver des solutions africaines aux problèmes africains dont les plus importants

s'articulent autour du triptyque paix, sécurité et développement durable. S'il est constant

que l'emploi du concept est relativement récent, l'objectif qu'il incarne l'est moins, car, il

«...s'inscrit dans la longue tradition du panafricanisme, une idéologie qui a contribué à

l’émergence de trois éléments qui sont à la base des concepts d’africanisation et d’appropriation : le

sentiment d’appartenance à une communauté continentale africaine, la volonté d’affirmation des

acteurs du continent, et enfin le refus des ingérences extérieures»128.

Au regard de ce qui précède, la centre-africanisation, qui n'est pas à confondre avec

sa notion voisine « centrafricanisation », ou selon l'acception anglo-saxonne « central

africanization » - renvoyant à des réformes politiques à fort ancrage culturel par les
129
Centrafricains pour le compte de la République Centrafricaine -RCA- -, se décline dans

le cadre de notre étude à un processus favorisant la recherche par les États de l'espace

politico-géographique d'Afrique Centrale, des solutions concertées aux problèmes socio-

politiques, économiques, sécuritaires dont ils font face dans leur environnement

géographique. Il s'agit de façon praxéologique, d'une approche qui favorise le

renforcement de la solidarité et de l'intégration sous-régionale de cette partie du continent

africain130, d'où l'intérêt de convoquer, dans le cadre de notre recherche, une centre-

africanisation des moyens – acception qui est loin d'être une simple dérivation suffixale 131,
127ESMENJAUD, Romain ; FRANKE, Benedikt: « Qui s'est approprié la gestion de la paix et de la sécurité
en Afrique?», Revue internationale et stratégique, 2009/3 (n° 75), p. 37-46., consulté en ligne le 12 Juin
2014 , https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2009-3-page-37.htm
128ESMENJAUD, Romain ; FRANKE, Benedikt, Ibid
129A titre de rappel, la République Centrafricaine, encore appelée Centrafrique est un pays d'Afrique

Centrale, membre de la CEEAC. C'est un pays qui connaît depuis plusieurs années une instabilité politique
marquée par des coups d’États et une situation d'insécurité alarmante.Cette situation dramatique a généré
de nombreux flux de réfugiés dans les territoires voisins, à l'instar du Cameroun. Les réformes en cours
dans ce pays invitent donc à une recherche de solutions durables en adéquation avec son contexte
spécifique, donc un recours à la centrafricanisation.
130Les États de la sous-région ont réalisé des efforts méritoires dans le processus de mutualisation des

efforts dans le sens d'une solidarité et d'une coopération sous-régionale effective et efficace dans les
domaines de la Paix, de la sécurité et du développement. Mais cette synergie s'est avérée inefficace et
incomplète, car peu intégrée et appropriée par les États d'Afrique Centrale.
131La dérivation suffixale a été largement développée dans un article publié par l'universitaire centrafricain

50
mais un concept adapté dans le contexte géographique de notre étude -, entendue ici

comme la résultante d'une cohérente mutualisation des efforts des États de la sous-région

d'Afrique Centrale au sein d'une organisation sous-régionale de référence – à l'instar de la

CEEAC - pour répondre efficacement et durablement à l'urgence et à la nécessité de

protection durable des flux de migrants forcés sans cesse croissants dans cet espace

géographique.

Une fois les concepts-clés de l'étude cernés, il est important, à ce stade de notre

analyse, de centrer notre regard sur les travaux scientifiques ayant traité de la

problématique des migrations forcées en général, et spécifiquement des questions de

protection des réfugiés en Afrique centrale. Cet exercice cognitif nous permet de mettre en

perspective la problématique, les questions, ainsi que les hypothèses subséquentes de

notre recherche.

b) État des connaissances sur l'étude

La question de protection des droits de l'Homme en général, et singulièrement celle

de la prise en charge des migrants forcés par les États d'accueil est, particulièrement

depuis la dernière décennie, d'une grande actualité , à cause des conflits, des crises socio-

politiques, et des événements naturels à l'origine d'une croissance numérique

exponentielle de personnes en déplacements forcés 132. Cette situation qui alimente de vifs

débats et tensions au sein de la communauté internationale suscite une forte mobilisation

de la communauté scientifique dans la recherche de solutions à ce phénomène. Notre

recherche sur les migrations forcées en Afrique centrale est de ce point de vue, loin d’être

nouvelle. Elle s’inscrit dans la pléthore des travaux d’illustres universitaires, chercheurs et

experts des questions de droit d'asile, des droits de l’Homme, de géographie politique et

spécifiquement, de la protection internationale des réfugiés qui existent déjà. Loin donc

de prétendre évoquer de manière exhaustive toute la littérature sur la question de

protection des réfugiés, nous entreprendrons de relever quelques écrits qui ont traité de

cette problématique dans la diversité des démarches, des approches, et des contextes, et

Jean DALOBA. Pour plus de détails, voir DALOBA, Jean: « la dérivation suffixale en français de
Centrafrique », Université de Bangui (République Centrafricaine),Consulté en ligne, le 20 Janvier 2014,
http://www.unice.fr/bcl/ofcaf/23/DALOBA%20Jean.pdf
132HCR : « 68,5 millions de personnes déracinées, un chiffre record aux conséquences massives sur les

pays en développement», Rapport Juin 2018, consulté en ligne, le 17 Juillet 2018,


https://www.unhcr.org/fr/news/stories/2018/6/5b27bfe1a/685-millions-personnes-deracinees-chiffre-record-
consequences-massives.html
51
qui ont servi de point d'orgue nous permettant d'ouvrir, à travers une grille de lecture

différente et un contexte spécifique, l'analyse sur les questions peu ou non abordées,

justifiant de l'intérêt de la continuité de notre réflexion sur le sujet.

En dénonçant la timidité des actions des organes de l’ONU et de la Commission

des droits de l’Homme dans la protection des réfugiés dans son ouvrage intitulé La

Défense internationale des Droits de l’Homme, Jean Luc MATHIEU133 souligne non sans le

regretter, que les instances susdites ne se sont pas pas suffisamment intéressées à

l’application des textes internationaux des droits de l’Homme dans le cas des demandeurs

d’asile et des réfugiés. L’étude bien fort intéressante, fait une ébauche du constat d’échec

des institutions onusiennes en matière de protection des droits des réfugiés, mais s’attarde

en grande partie sur des solutions globales aux inflexions constatées dans ce domaine.

Quant à Michel FOUCAULT134, c'est plutôt l’État qui est le garant de la sécurité humaine

et des droits humains fondamentaux de ses ressortissants et de tous les individus vivant

dans son espace géographique. En somme, la démarche foucaldienne place la

responsabilité de sécurité et de protection des populations vivant dans un territoire donné

sous le sceau d'un impératif à assurer par l'ordre gouvernant. Revenant sur la nécessité de

sécurité des territoires et des populations, Sarah KENYON LYSCHER135 interpelle à son

tour les États qui accueillent les réfugiés sur les dérives observés dans certains camps,

espaces humanitaires extra territorial sui generis, qui peuvent se transformer selon elle, en

«sanctuaires dangereux». Si elle relève dans son ouvrage les enjeux d’insécurité,

d’instrumentalisation, et parfois de militarisation qui peuvent proliférer dans les camps

des réfugiés, elle n'est pas très précise sur les moyens d'y faire face, et l'est moins quant à

la prise en charge réelle des réfugiés dont les effectifs sont devenus particulièrement

prolifiques dans ces espaces particuliers. Au demeurant, la question de gouvernance des

grands flux migratoires mondiaux et singulièrement celle de la protection des migrants

forcés préoccupe.

En 2002, Philippe Bernard136 tire la sonnette d’alarme sur les politiques migratoires

globales qu'il interprète comme étant inadaptées et servant souvent de fonds de

133MATHIEU, Jean Luc : La défense internationale des droits de l’Homme, 1993 Op.cit
134FOUCAULT, Michel, Sécurité, Territoire, et population : Cours au Collège de France (1977-78), Paris :
Gallimard/Seuil (Collection « Hautes Études »), 2004.
135KENYON LYSCHER, Sarah: Dangerous Sanctuaries : refugee camps, civil war, and the dilemmas of

humanitarian aid, Cornell University Press , 2005


136BERNARD, Philippe : Immigration: le défi mondial, Éditions Gallimard, 2002

52
commerce politique pour certaines personnalités publiques. Nous observons néanmoins

dans ses travaux qu'il s’intéresse peu à la spécificité des migrations forcées, même si de

façon globale, il en fait une évocation. Sur la question de la protection des migrants forcés

qui pose par voie logique celle du droit d'asile, Jérôme VALLUY137 consacre une bonne

partie de ses travaux sur les écarts observés dans la pratique du droit d'asile suite aux flux

massifs de migrants observés sur les frontières de l'Europe dès la première décennie du

21è siècle. Selon lui, les décalages et les grosses défaillances observées dans les règles de

solidarité qui sous-tendent l’accueil des étrangers traduisent la faillite des principes

indérogéables de l'asile, ce qu'il interprète comme le « grand retournement du droit

d'asile»138. Si l'on observe dans sa trame analytique un exposé pertinent des failles de

l'asile, force est de relever que sa réflexion est surtout orientée dans l'espace géographique

européen et traite singulièrement du droit d'asile en contexte français. Parlant justement

du contexte européen, Olivier CLOCHARD139 se penchera sur les failles des dispositifs

politiques européens d'asile. Selon lui, des personnes sont enfermées dans des camps

uniquement pour avoir eu l’intention de rejoindre clandestinement l’Union Européenne.

Les pays assignés au rôle de garde-frontière n’ont bien souvent, selon lui, ni le cadre

juridique, ni la capacité matérielle, ni la volonté politique de l’assumer. Il considère que

l'utilisation de la détention à des fins de contrôle migratoire est illégal, et ne répond ni aux

exigences du droit international liés à l'asile, ni aux exigences humanitaires. Sur ce débat

des politiques européennes d'asile, Catherine WITHOL de WENDEN s'insurge contre la

fermeture des frontières et le renforcement des dispositifs de contrôle qui selon la

chercheuse, sont des politiques « contre-productives, inefficaces, coûteuses»140. Le rejet massif

des migrants et des demandeurs demande d'asile au moyen d'une bunkérisation de

l'Europe141 est également dénoncé par le réseau Migreurop 142 qui appelle instamment à

137VALLUY, Jérôme: Rejet des exilés : Le grand retournement du droit d'asile, Éditions du Croquant, 2009
138VALLUY, Jérôme, Ibid.
139CLOCHARD, Olivier: Atlas des migrants en Europe, Géographie critique des politiques migratoires,

Armand Colin, 2009


140WITHOL de WENDEN, Catherine: Faut il ouvrir les frontières ? Collection Bibliothèque du Citoyen, Les

Presses de Sciences Po, 2è Édition, Revue et Augmentée, 2014


141HILLEL, Roger : « Bunkérisation de l'Europe», Le Travailleur Catalan, media en ligne, Consulté le 16

Juillet 2017, http://www.letc.fr/site/article/national/1502


142Association de droit français depuis Novembre 2005, Migreurop – Observatoire des Frontières - est un

réseau européen et africain de militants et chercheurs dont l’objectif est de faire connaître et de lutter contre
la généralisation de l’enfermement des étrangers et la multiplication des camps, dispositif au cœur de la
politique d’externalisation de l’Union européenne. Son axe central de recherche est l’analyse critique de la
politique migratoire de l’Union européenne.Plus de détails, lire http://www.migreurop.org/rubrique378.html,
consulté le 16 Avril 2015
53
cesser de privilégier l’approche sécuritaire des politiques d'asile et d’immigration pour

promouvoir le droit fondamental de circuler.

Au regard de ce qui précède, si le droit à la mobilité, qui entretient des relations

étroites avec le droit d'asile convoque des réformes urgentes, il n'est point superflu de

d'interroger, puis de définir de façon précise, le rôle des États d'accueil, de l'instance

onusienne – le HCR- d'une part , pour en situer la place et les enjeux du droit d'asile

actuel en matière de protection des réfugiés d'autre part. Sur cette question, François

CRÉPEAU postule de façon péremptoire pour un «...impératif renouvellement du Droit

International des réfugiés»143. S'il admet en effet que «...le droit international des réfugiés actuel

forme un corpus qui, pour avoir perdu une grande part de sa capacité rémédiatrice, n'en demeure

pas moins cohérent et utile, par la protection effective qu'il accorde à des millions de personnes ...»,

il soutient que «...l'arrimage du droit international des réfugiés à un droit international général

en rapide évolution dans ses diverses composantes — droit international des droits de l'Homme

(sur la mise en œuvre effective duquel il conviendrait de porter plus d'efforts), droit international

humanitaire, droit international du développement, règlement pacifique des différents

internationaux, droit pénal international, ... — est difficile, mais représente la seule voie pour

venir durablement en aide aux millions de personnes en exil. Les institutions et acteurs étatiques

de la scène internationale ne paraissent toutefois pas encore prêts pour une telle consolidation au

plan des principes et des moyens. Les propositions de reconceptualisation du droit international

des réfugiés présentées ici n'ont en soi, rien de révolutionnaire ; Elles constituent seulement des

développements d'institutions juridiques existantes...La prochaine étape à laquelle les chercheurs

devraient s'attacher rapidement, conclue t-il, consisterait sans doute à articuler ces diverses

approches entre elles de manière à formuler une proposition globale de rénovation du droit

international des réfugiés qui comprendrait un échéancier de mise en œuvre opérationnelle lié au

développement des autres champs du droit international. Cet ensemble de propositions ne permet

pas encore, tant s'en faut, de dégager de conclusion définitive sous forme d'une solution

universelle. Ces propositions participent d'un approfondissement du système juridique

international. Car les solutions à la tragédie des réfugiés sont inséparables des voies de résolutions

des problèmes politiques, économiques et sociaux des pays sources de réfugiés: seule une plus juste

répartition des richesses et du bien-être à l'échelle planétaire permettrait de réduire durablement le


143CRÉPEAU, François: L'impératif renouvellement du Droit International des réfugiés. In: Revue
Québécoise de droit international, volume 8-1, 1993. pp. 59-73; https://www.persee.fr/doc/rqdi_0828-
9999_1993_num_8_1_1735
54
douloureux phénomène de l'exode. En ce sens, le droit international des réfugiés ne trouvera une

réelle effectivité que s'il est conjugué à l'ensemble des moyens juridiques dont se dote la

communauté internationale et à sa ferme volonté politique de régler collectivement, pacifiquement

et durablement les conflits qui déchirent la planète entre les États et au sein des États. Dès lors,

chacune des propositions présentées apporte sa pierre essentielle de refondation du droit

international des réfugiés»144.

Si cette théorie du renouvellement du droit international des réfugiés est

d'actualité et mérite un examen sérieux, des interrogations persistent cependant quant à la

mise en œuvre de cette réflexion dès lors qu'il est observé que la problématique de

protection des migrants forcés en général, et des réfugiés en particulier divise. La

protection des réfugiés et par voie d'effet, la prise en charge des personnes en exil forcé

par les États-hôte souverains, qui se décline à l'aune du droit international des réfugiés

actuel, revêt un fort ancrage politico-diplomatique qui couve la résistance de certains

États à l'adoption des dispositions juridiques internationales au bénéfice des migrants

forcés.145

En Afrique, la question de gouvernance des migrations forcées et singulièrement

celle du droit d'asile et de la protection des réfugiés a également suscité une attention

particulière chez de nombreux chercheurs, en raison de l'inflation des crises et conflits

socio-politiques devenus récurrents dans cet espace continental. Parmi la pluralité et la

divergence des réflexions engagées, certains auteurs préconisent des solutions

humanitaires aux crises des réfugiés, alors que d'autres restent convaincus de la force des

réformes politiques pour une meilleure prise en charge et une protection pertinente des

migrants forcés. Au cœur de ces débats souvent divergents, parfois empreints de timides

ententes, figurent les travaux d'André GUICHAOUA146 qui analyse les éléments de

causalité des migrations massives forcées dans l’ensemble du bassin du Congo et de

l’Afrique des grands lacs qui ont plongé le continent au cœur de l’agenda humanitaire

international avec ses milliers de réfugiés, déplacés et «affectés». Par une approche

historico-analytique, il décrypte les stratégies mises en œuvre par les acteurs politiques

(États, rebellions, groupes armés, partis politiques, etc.) et les Organisations

144CRÉPEAU,François : L'impératif renouvellement du Droit International des réfugiés, Ibid


145LOCHAK,Danièle: « Qu'est qu'un réfugié? Construction politique d'une catégorie juridique », Op.cit
146GUICHAOUA, André: Exilés, Réfugiés, Déplacés en Afrique Centrale et Orientale, Karthala, 2004

55
internationales impliquées dans l’assistance humanitaire des populations en situation de

mobilité forcée. Il soutient le débat sur l’opportunité de la réforme humanitaire de l’ONU,

et l’approche structurelle établie sur la prééminence, mieux, la prépondérance de l’État en

matière d’aide humanitaire. Toutefois, nous observons que l'auteur reste dans une critique

globale de l'action humanitaire opérée par divers acteurs en situation de crise de réfugiés.

Revenant sur les ambiguïtés de l'action humanitaire dans les «crises» migratoires,

Michel AGIER147 ouvre une réflexion sur l'urgence d'une protection efficace des

personnes victimes de déplacements forcés, après le constat de l'écart dans le traitement

du réfugié des années 1950, qu'il interprète comme une transformation profonde d'une

image glorifiée, à celle «désespérée, effrayante, misérabiliste » de ceux qu'il nomme

«indésirables» des années 2000. Il fustige le «dispositif humanitaire » qui gère selon lui, avec

une légèreté blâmable les personnes déplacées148 et appelle à des réformes substantielles

des pratiques humanitaires. Dans sa note analytique, en dénonçant les failles dans la prise

en charge des « sans-États », avec en illustrations, des situations africaines notamment, le

chercheur garde une forte grille de lecture socio-anthropologique des acteurs et des

dérives de l’action humanitaire, sans forcément convoquer les solidarités

intergouvernementales dont la responsabilité peut être engagée dans la protection des

migrants forcés dans l'espace sous-régional d'Afrique centrale en l'occurrence. Quant aux

travaux de ROSENHLATT149, le substrat de sa réflexion analytique est consacré aux

causes produisant les réfugiés dans le monde et s’intéresse particulièrement au « drame

humanitaire» que présente la question des réfugiés en Afrique. Pour ce dernier, les

réfugiés constituent des cibles pour les politiques où ils sont pris en otage dans des

conflits armés pour lesquels ils n'y sont pour rien. Ensuite, il souligne également leur

nature d'indésirables ailleurs, car selon lui, les réfugiés portent les malheurs d'insécurité,

d'instabilité et de misère pour les pays dits d'asile. Dénonçant les guerres et les conflits

armés comme les premières causes de production de réfugiés, il en renvoie l'entière

responsabilité aux dirigeants d’État et aux hommes politiques. Face à ce constat, l'auteur

postule pour une recherche des solutions politiques - pour suppléer les solutions

humanitaires aux problèmes des réfugiés - qui, selon lui, ont la particularité d'être
147AGIER, Michel : Gérer les indésirables: Des camps de réfugiés au Gouvernement humanitaire, Op.cit
148AGIER, Michel, ibid
149ROSENHLATT, R : "Les réfugiés, une question humanitaire? Non, politique", Courrier International, no.

450 du 17 au 23 juin 1999, pp. 36-37


56
durables, et en conclut que la seule vraie manière de résoudre le problème des réfugiés

c'est de punir ceux-là même qui sont à l'origine des troubles. Ce qui nous semble

incomplet dans cette réflexion, c'est qu'en l'espèce, l'auteur ne précise pas assez les voies

par lesquelles ces actions correctives peuvent être engagées.

Dans son analyse sur la situation des réfugiés africains au Darfour, Robert

WILKINSON150 expose le drame humanitaire dont hommes, femmes et enfants sont

victimes dans cette partie occidentale du Soudan. Ce drame sans précédent, selon l'auteur,

montre combien il est nécessaire pour les africains de régler les problèmes africains à

l'africaine. Dans un second temps, il souligne une inégalité observée dans la gestion des

réfugiés, notamment entre les réfugiés vivant en Afrique et ceux vivant en Europe. Parlant

de cette inégalité, ou plus exactement, de ce «droit d'asile à géographie variable»151, le

chercheur souligne que les réfugiés des pays du Nord sont mieux assistés et mieux

protégés que ceux des pays du Sud, alors qu'ils sont tous soumis aux mêmes instruments

de gestion et sont régis par les mêmes instruments juridiques. Comme approche

solutionnelle, il propose la mise en place d'une médiatisation permanente des hostilités et

des drames dans les pays du Sud afin d'attirer l'attention de la communauté

internationale sur la situation des réfugiés des pays du Sud, dans les camps d'une part, et

d'inciter les donateurs à s'y intéresser d'autre part. Cela permettrait, précise t-il,

l'accroissement des dons pour faire face aux multiples problèmes d'assistance et de

protection des réfugiés des pays du Sud. Toutefois, cette posture de WILKINSON, aussi

appréciable soit-elle, remet les États africains sur les voies de la dépendance à l’aide

Occidentale.

Dans une autre perspective analytique, Luc CAMBREZY152 dénonce les conditions

de précarisation des réfugiés en Afrique et s'inquiète du projet d'élargissement du statut

de réfugiés aux victimes de catastrophes naturelles exponentiellement nourri par

l'actualité et les débats scientifiques récents. S'il s'attelle à démontrer les liens de

consubstantialité entre les questions de droit d'asile en Europe et celles de la protection


150WILKINSON, Robert : « Populations déplacées : une approche humanitaire, réfugiés» n°141, 2005, vol
II, pp.4-6
151Nous empruntons cette expression à Bénédicte TRATNJEK, qui, parlant du droit d'asile en contexte

français, souligne que « les diverses interprétations de la Convention de Genève de 1951 peuvent être plus
ou moins restrictives, et donnent à voir diverses représentations du statut de demandeur d’asile et une
géographie de la discrimination et des persécutions à géométrie variable, qui construit un imaginaire spatial
de la migration à destination de la France.» Pour plus de détails, Lire TRATNJEK, Bénédicte : « France :
un droit d’asile à géographie variable » , Les cafés géographiques, Février 2012
152CAMBRÉZY, Luc « Réfugiés et migrants en Afrique : quel statut pour quelle vulnérabilité ? »,Op.cit

57
des réfugiés en Afrique, il prend rigoureusement position sur la protection des droits

l'Homme qui précéderait selon lui, celle de l'environnement, car, conclue t-il «..l’écologie

politique (quelle que soit sa couleur) et la protection militante de l’environnement ne peuvent se

construire en fragilisant la vigilance de tous les instants qu’exige la protection des droits de

l’homme»153.

Cette contribution - tout comme les précédentes -, si elle a le mérite de tirer la

sonnette d'alarme sur les conditions de vulnérabilité des réfugiés en Afrique de façon

globale, - situation alimentée en grande partie par le lege lata sur les réfugiés154 -, n'abonde

pas suffisamment sur les questions institutionnelles et les défis de la protection rencontrés

par les réfugiés dans l'espace sous-régional d'Afrique centrale. Qui plus, les travaux

engagés sur cette question ont souvent été l’œuvre des juristes dont la grille d'analyse

juridique est prédominante. C'est le cas de Henri Joël TAGUM FOMBENO 155 qui pose le

diagnostic d’un déficit de protection des réfugiés en Afrique, et abonde sur l’analyse

juridique des failles du système de protection des réfugiés dans le continent « noir ».

Même s'il ouvre les perspectives de réflexions pour l'adoption d'un ensemble de mesures

correctives - notamment politiques - dépassant le cadre normatif, son analyse garde une

forte connotation juridique. Dans le même registre analytique, Cherif Ly DIA156 réalise

une étude du droit d’asile appliqué aux réfugiés en droit international qui lui permet de

formuler un ensemble de préconisations dans le sens de l’amélioration du statut des

réfugiés sous la caution du droit. Néanmoins, ses suggestions n’abondent guère sous le

prisme institutionnel supposé encadrer ces normes pour une réelle et efficiente protection

des réfugiés. En Octobre 2017, les travaux de recherche de Thèse de doctorat de Roméo

KOÏBE MADJILEM sur la protection juridique des réfugiés et déplacés climatiques par les

organisations régionales : Rôle de l'union africaine 157, soulèvent de façon intéressante, la

problématique de la protection juridique des réfugiés et déplacés climatiques dans la

région du lac Tchad et au Sahel . S'il est constant que ces travaux visent des solutions
153CAMBRÉZY, Luc, Ibid.
154Il s'agit, comme nous l'avons évoqué antérieurement, de toutes les normes qui sous-tendent le droit
international des réfugiés actuel bâti autour de la Convention de Genève de 1951 sur le Statut des réfugiés
et des textes connexes.
155TAGUM FOMBENO, Joël : Réflexions sur la question des réfugiés en Afrique, Revue trimestrielle de droit

dr. h. (57/2004)
156DIA, Chérif : Asile et réfugiés en droit international, Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal-

Mémoire de Maîtrise en droit public , 2012


157KOÏBE MADJILEM, Roméo «La protection juridique des réfugiés et déplacés climatiques par les

organisations régionales : Rôle de l'Union Africaine », Thèse de doctorat en Droit Public, Faculté de Droit et
Sciences Politiques, Université Paris Nanterre, Octobre 2017
58
juridiques aux préoccupations de ces nouveaux types de migrants forcés dont la

communauté internationale tente selon lui, d’assurer la sécurité et de garantir leurs droits

fondamentaux à la vie, sa grille de lecture est bâtie sur un examen juridique et critique des

instruments de l’Union européenne et de l’Union africaine à travers lesquels il suggère

des réponses juridiques. Ouvrant de nouvelles pistes de réflexion qui allient à la fois à la

fois des réformes institutionnelles au problème des migrations forcées et une approche

africaine dans la recherche de solutions durables à leurs problèmes, l'avocat algérien

Nasrredine LEZZAR158 dénonce l'universalisme/Européocentrisme des normes de

protection dont on se sert pour régler les problèmes des réfugiés en Afrique. Pour l'auteur,

on ne peut pas régler les problèmes des réfugiés africains avec des préceptes universels.

Partant de cette hypothèse, il analyse les instruments juridiques et de gestion des réfugiés

et se rend à l'évidence de leur caractère universel et de leur inadéquation aux spécificités

des réfugiés africains. En guise d'exemple, il évoque le cas de la Charte africaine qui,

selon lui, à partir de son préambule s'éloigne des réalités africaines. A ce propos, il

souligne : « ...si les Structures des Nations Unies ont démontré leur incapacité à prendre en

charge comme il se doit les douleurs africaines, c'est parce qu'elles ne sont pas pensées et conçues

avec l'histoire et la géographie africaines...ces structures (poursuit-il), sont trop larges et trop

vastes et un peu spécifiques au monde occidental qui les a conçus et qui tente de les exporter sur

un terrain africain où ils sont exotiques»159.Partant de ce constat, il propose des réformes

bâties sur deux piliers: Structurel et une organisationnel. Ainsi, pour lui, la lutte et le

traitement de la question des réfugiés en Afrique nécessitent des programmes d'action sur

double plan : la géographie et l'histoire. Il met dans la géographie, la reconnaissance et la

prise en compte des "caprices de la nature" en vue de lui trouver des solutions adéquates

et intégrées. Dans l'histoire, il met la résolution des litiges, des conflits qui poussent les

hommes à vouloir s'exterminer les uns les autres. Ce volet historique, précise l'auteur, est

plus important que celui de la géographie car la réussite du premier conditionne le succès
158LEZZAR, Nasreddine : « Le problème des réfugiés en Afrique : l'inéluctable choix entre universalisme et
spécificité», le quotidien d’Oran, 2005, pp.2-9. Rappelons par ailleurs que l'avocat Nasreddine LEZZAR est
spécialiste de Droit International Public
159Voir à ce sujet, la publication de 2005 de LEZZAR, Nasreddine, Ibid, relayée par l'association de défense

des droits humains ALGERIA WATCH. Précisons que ALGERIA WATCH est une association Créée en
Allemagne en 1999, dont la vocation centrale est la défense des droits humains en Algérie. Entre autres
activités, elle s'intéresse à la rédaction d’articles et de rapports thématiques en langues allemande et
française; elle collabore avec des défenseurs des droits humains en Algérie pour confectionner et mettre à
jour des listes de victimes (disparus, exécutés sommairement, torturés, etc.) ; elle soutient les demandeurs
d’asile ou menacés de refoulement et leurs avocats dans leurs démarches. Pour plus de détails, voir
https://algeria-watch.org/?p=45351, consulté le 15 Avril 2014
59
du second «....Puisque l'observation et l'évaluation de plusieurs cas de réfugiés permettent de

conclure que chaque variante est un cas d'espèce avec ses propres caractéristiques qui nécessitent

un traitement homéopathique», un état de faits qui ouvre la voie à ce qu'il nomme «

l'inéluctable choix entre universalisme et spécificités»160.

Si cette réflexion de l'avocat a le mérite de convoquer une approche intégrée qui

ouvre la voie à une mutualisation des efforts des États africains dans le choix des réformes

du droit d'asile en Afrique, ainsi que la nécessité de prendre la pleine mesure des

spécificités africaines dans le choix des solutions aux problèmes des réfugiés africains, la

noblesse de sa volonté et sa force de suggestion pour la défense et la promotion d'un

droit d'asile régional effectif et efficient ne semblent se limiter qu'à son contexte d'étude,

il ne s'intéresse que superficiellement - si ce n'est timidement, par simples évocations -

aux problèmes des réfugiés de l'espace sous-régional d'Afrique Centrale. L'enjeu

d'intégration face aux défis des migrations forcées se décline en effet, à travers les

fondements d'une solidarité et d'une coopération multi-scalaire harmonieuse, cohérente et

efficace qui inclut le niveau régional, sous-régional et inter-étatique. Anne Marie

TOURNEPICHE souligne cette nécessité de coopération comme étant un «...enjeu

essentiel du droit des réfugiés »161. Face aux flux massifs sans cesse croissants de réfugiés que

connaît le monde durant la dernière décennie, l'auteure, suggère «... l’urgente nécessité de

renforcer la coopération entre les États, afin de proposer des réponses communes qu’impose la

multiplication des défis posés par cette situation» 162. Cette dernière option semble hautement

partagée par l'Union Africaine -UA- qui , sur un plan théorique, en conclut à la nécessité

de renforcement de la coopération intra-régionale , afin de répondre de manière rapide et

efficace aux situations d'afflux massif, y compris par l'élaboration de plans d'urgence

régionaux, de concert avec le HCR et d'autres partenaires internationaux et régionaux. De

même, la création en son sein, d'instances de gestion des problèmes des réfugiés à l'instar

du Sous-Comité pour les réfugiés, les rapatriés, et les personnes déplacées en Afrique,

investie de la mission centrale d'élaboration des politiques de l’UA concernant les

réfugiés, les personnes déplacées et les rapatriés afin d' « aider les organes délibérants de

l’UA dans la conception, l’élaboration, la définition, l’harmonisation et la coordination de la


160NEZZAR, Nasreddine ,Op.cit
161TOURNEPICHE, Anne Marie et Al: La coopération : Enjeu essentiel du droit des réfugiés, Éditions A
Pedone, Collections Droits Européens, sous la direction D'Anne Marie TOURNEPICHE, Paris, Juin 2015
162TOURNEPICHE, Anne Marie, Op.cit

60
politique sur les questions relatives aux réfugiés, aux personnes déplacées et aux rapatriés, ainsi

que les questions concernant la promotion du droit humanitaire sur le continent ; suivre, analyser

et évaluer la situation des réfugiés, des personnes déplacées et des rapatriés et formuler des

recommandations et des solutions au Conseil exécutif en vue d’une action de la part de l’UA ;

collaborer avec la Commission de l’UA, les organismes humanitaires de l’ONU, les organisations

régionales, les Communautés économiques régionales (CER) et les organisations non

gouvernementales concernées ; maintenir un contact permanent avec les États membres par le

biais de la Commission de l’UA »163 participe visiblement de la volonté de l'instance régionale

africaine de trouver des solutions efficaces au problème des réfugiés, car selon elle : «

Étant donné que le déplacement forcé est étroitement lié au conflit, à la fois en conséquence et en

tant que cause potentielle de nouveaux conflits, il devrait être abordé par le dialogue et la

coopération nationaux, régionaux et continentaux en vue de prévenir et gérer les conflits ». 164

En Afrique centrale, si la question de protection des migrants forcés constitue une

thématique peu abordée dans une perspective de coopération sous-régionale, elle l'est

encore moins sous une grille d'analyse politico-géographique. Les rares travaux

rencontrés sur le sujet considéré - sans prétention à en faire une évocation exhaustive -

sont ceux du Juriste publiciste Alain Didier OLINGA. Pour le chercheur camerounais, «

La zone CEEAC représente en Afrique un terrain particulièrement conflictogène...Cette situation à

la fois d’activité et de passivité recentre la (zone ) CEEAC au cœur de la problématique des

réfugiés»165. Il analyse le problème des flux de réfugiés en Afrique Centrale « dans la zone

géographique couverte par le territoire respectif des États membres de la CEEAC »

comme la résultante d'une double responsabilité de l'entité politico-territoriale visée,

«pourvoyeuse de réfugiés», mais aussi considérée comme « zone d’accueil» pour des masses

de populations qui se déplacent sous l’effet des conflits dans d’autres parties du continent

africain166. Si la région géographique constituée par les États membres de la CEEAC

163Précisons que le Sous-comité sur les réfugiés, les rapatriés et les personnes déplacées en Afrique est
l'un des onze (11) comités que compte le Comité des Représentants permanents (COREP) accrédités
auprès de l'Union Africaine. Le rôle du COREP est la gestion des activités quotidiennes de l’Union africaine
(UA) au nom de la Conférence et du Conseil exécutif.Tous les États membres de l’UA sont membres du
COREP. Consultez en ligne, le 14 Juillet 2015, https://au.int/fr/organes/corep
164Union Africaine : « Synthèse Cadre de politique migratoire pour l'Afrique révisé et plan d'action ( 2018-

2030), Migration For Development in Africa, 1ère Édition, Mai 2018, consulté en ligne,
https://au.int/sites/default/files/documents/35956-doc-au-mpfa-executive-summary-fr.pdf
165OLINGA, Alain Didier : « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique Centrale », Actes du

Colloque international sur la Paix et Sécurité dans la CEEAC , organisé par la Friedrich Ebert Stiftung,
Presses Universitaires d'Afrique, Yaoundé, 2007
166OLINGA, Alain Didier, ibid;

61
interpelle le chercheur sur la question des réfugiés, c'est en raison de ce qu'il la considère

comme un « …grand foyer de conflits, qu’il s’agisse des pays des grands lacs ou des pays du nord

comme le Tchad. Il en résulte des éléments d’implantation de la terreur, des causes d’insécurité

généralisée. L’impact immédiat est l’infliction d’indicibles souffrances aux populations par

provocation des dérapages dans le gouvernement des hommes, par transformation des couches

entières de populations en otages pour les belligérants, par stimulation des mouvements de haine

ethniciste et identitaire ; bref, l’introduction des éléments de perturbation et de déstabilisation des

modes de vie des populations dont l’effet est de miner tous les efforts tournés vers la lutte contre le

sous-développement»167. Face à l'ampleur de la situation des réfugiés dans la zone visée, le

chercheur suggère en lieux, des réponses «sectorielles», des pistes de réflexions inscrites

dans la durabilité et adossées sur une vision intégrée et globale, et interpelle la

communauté des États d'Afrique dans ce qu'il désigne comme « un partage de

responsabilités entre les organisations régionales et sous-régionales, les pays d’origine des réfugiés

et les pays d’accueil»168.

S'il est intéressant de reconnaître l'importance et la pertinence de ces perspectives

de réflexions offertes par ces travaux, notamment en ce qui concerne les voies

d'anticipation et de préventivité sur les conflits à l'origine des migrations forcées, et

particulièrement sur les mesures solidaires à engager pour faire face au problème des

réfugiés africains par un « partage de responsabilité », cette ébauche mériterait d'être

complétée par une précision des responsabilités qui incomberaient aux susdites instances

régionales ou sous-régionales ou encore aux actions qu'elles devraient engager en matière

de protection des réfugiés en contexte centre-africain notamment.

Dans le confinement du même espace territorial des États membres de la CEEAC,

le géographe français Roland POURTIER169 s'est attelé, dans une étude menée dans la

région de l'Afrique dite des Grands Lacs, à mettre en lumière les dynamiques

géopolitiques de la survenance des flux de réfugiés dans l'espace visé , qui d'après lui,

sont en grande partie tributaires des troubles socio-politiques dont l'émanation est la

conquête et le contrôle du pouvoir. Il l'illustre par les cas Rwandais - en rappelant les

violences inter-communautaires entre Hutus et Tutsis de 1959, puis le Génocide de 1994 - ,


167OLINGA, Alain Didier, ibid;
168OLINGA, Alain Didier, Ibid
169POURTIER, Roland : « Les réfugiés en Afrique centrale : une approche géopolitique (Refugees in central

Africa: a geopolitical approach )», Bulletin de l'Association de géographes français, 83e année, in Territoires
d'exil: les camps de réfugiés, sous la direction de Véronique Lassailly-Jacob, Mars 2006
62
ceux de l'ex-Zaire, de l'Ouganda et du Congo. S'il s'insurge contre les camps de réfugiés

comme moyens d'encadrement des réfugiés, c'est en bonne partie parce qu'il estime qu'ils

constituent plutôt des menaces, un «problème géopolitique majeur»170 pour lequel il propose

une approche géopolitique et solidaire pour y faire face. Comme nous pouvons l'observer,

même si la question des réfugiés en Afrique Centrale est évoquée, assortie de perspectives

dans le domaine de l'amélioration du volet humanitaire, POURTIER 171 consacre sa

recherche sur les migrants forcés de l'Afrique des Grands lacs stricto sensu172 , ce qui ne

représente qu'une partie du territoire de l'espace CEEAC aux enjeux géopolitiques

particuliers. La question de protection des réfugiés, donc celle notamment de leur prise en

charge varie, comme nous le fait observer Luc CAMBREZY 173, en fonction du lieu

géographique et des conditions d'accueil du susdit lieu. En Afrique Centrale - au sens de

la Communauté Économique des États de l'Afrique Centrale ( CEEAC) - comme nous le

verrons plus loin, les défis des migrations forcées suggèrent à notre humble sens, des

perspectives de réflexions adaptées à ce contexte sous-régional.

Les travaux du politologue camerounais Jean Roger ABESSOLO NGUEMA174

apportent un nouveau souffle dans la ferveur des analyses intégrées en matière de

coopération sous-régionale pour une prise en charge efficace des réfugiés en Afrique

Centrale. Si le chercheur souligne que la question des migrations forcées occupe une part

résiduelle dans les politiques des États de la région, et qu'en l'occurrence, dans les États

d'accueil qui connaissent une courbe de fragilité ascendante, les réfugiés et les personnes

déplacées sont perçus comme des « menaces », ou des « risques», le chercheur soutient une

transformation de ces représentations et clichés entretenus au sujet des réfugiés en

opportunités de développement humain. La prise en charge des flux de réfugiés, selon

lui, doit dépasser le mode de gouvernance conventionnelle basé sur l'assistance en

besoins essentiels de survie et l'intégration pour se transformer en plus-value bénéfique


170Nous rappelons que cette expression est de Luc CAMBREZY, in CAMBRÉZY, Luc : - Réfugiés et exilés.
Crise des sociétés, crise des territoires, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2001 , cité par Roland
POURTIER, Ibid.
171POURTIER , Ibid.
172Constituée du Burundi, République Démocratique du Congo, Ouganda, l'Afrique des Grands Lacs est

parfois confondue, d'après le découpage politico-géographique, à l'Afrique Centrale. C'est en cela qu'on
retrouve d'ailleurs dans le même temps le Rwanda au sein de la CEEAC,, Consulté en ligne , le 13 Mai
2013,https://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000098-le-conflit-des-grands-lacs-en-afrique/carte-des-
grands-lacs
173Luc CAMBREZY nous rappelle en effet que la condition des réfugiés est extrêmement variable selon les
lieux et les conditions d'accueil, Voir CAMBREZY, Luc, Op.cit
174ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger : Réfugiés et personnes déplacées, in L’Afrique centrale face aux

défis migratoires, Sous la Direction de Babacar NDIONE, pp 81-94, ACP MIGRATION, Belgique, Juin 2014
63
au développement des régions d'accueil et d'origine de ces migrants forcés. « La

problématique des réfugiés et des personnes déplacées - dira t-il en substance - , doit être portée

par des groupes sociaux, les représentants des États membres de la CEEAC et les associations de

migrants forcés notamment. Il y a un consensus sur la nécessité de mettre en œuvre une politique

globale et concertée sur les questions de réfugié et personne déplacée. La part résiduelle voire

marginale qu’occupent ces populations dans la hiérarchie des priorités en matière d’intégration

régionale ou de développement contraste fortement avec la réalité. D’où la nécessité d’engager une

éducation publique sur l’apport des réfugiés et des personnes déplacées, afin d’aller au-delà des

représentations négatives des migrants forcés comme une charge supplémentaire pour les pays en

situation de fragilité. Ceci d’autant plus que la potentialité des réfugiés, au-delà les représentations

du migrant forcé comme « charge », peut être convertie en facteur de croissance, d’innovation et de

développement dans les pays d’accueil, et que dans le long terme, cette potentialité peut contribuer

au développement économique, social et politique dans les pays d’origine»175.

Si cette analyse est innovante et pertinente à notre sens, elle mérite d'être complétée

par la définition du cadre institutionnel concerté, dévolu aux migrations forcées, qui

pourrait au sein d'un espace politico-géographique intégré à l'exemple de la CEEAC,

structurer et organiser ces possibilités d'éducation publique en faveur des opportunités en

cas d'afflux de migrations forcées. Mais cette offre d'éducation s'avère aussi importante à

mobiliser en faveur des déplacés forcés. En contexte camerounais, la prise en charge

éducative des réfugiés qui est un maillon essentiel dans le domaine de la protection de ces

derniers fait également débat. Dans un travail de recherche portant sur la « Scolarisation et

vulnérabilité: les enfants réfugiés centrafricains dans la région de l’Est-Cameroun », le géographe

Pierre KAMDEM176 identifie les failles substantielles du système de scolarisation des

enfants réfugiés dans les espaces d'accueil de l'Est Cameroun et suggère une refonte des

structures publiques scolaires adaptées à la condition de vulnérabilité des enfants

réfugiés. L'étude a le mérite de soulever de façon consistante une défaillance structurelle

et par-delà institutionnelle du système de prise en charge éducative des réfugiés.

Toutefois, nous constatons qu'elle s'oriente davantage vers la mise en perspective des

obstacles dans les trajectoires scolaires177 d'une catégorie spécifique de réfugiés que sont
175ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger, ibid
176KAMDEM, Pierre : «Scolarisation et vulnérabilité: les enfants réfugiés centrafricains dans la région de
l’Est-Cameroun», Espace populations sociétés [En ligne], mis en ligne le 31 janvier 2017,
http://journals.openedition.org/eps/7019; consulté le 07 Juin 2017.
177Rappelons d'ailleurs que dans la même perspective, MIMCHE Honoré et Al ont réalisé des travaux

64
les enfants dans une partie de la région orientale du Cameroun.

Les travaux de recherche ci-dessus sur les migrations forcées, et celles

spécifiquement d’Afrique nous ont permis utilement de baliser le chemin de notre

réflexion, même s'il convient d'admettre que la question de protection des réfugiés est

restée le plus souvent abordée sous un angle global, continental, et très rarement sous une

une approche intégrée. S'il est important de reconnaître l'intérêt de certains auteurs à

traiter cette question dans une approche juridique ou sous une grille de lecture parfois

géographique, souvent anthropologique, sociologique ou historique, d'autres en revanche

ont privilégié des perspectives d'analyses croisées, inter disciplinaires. La question de

protection des réfugiés dans l'espace sous-régional d'Afrique Centrale a

malheureusement été très peu abordée sous l'angle d'analyse systémique, dans une

perspective de réflexion qui convoque la gestion solidaire et concertée des migrations

forcées au sein d'un espace politico–géographique à l'exemple de la CEEAC. C'est cette

dernière approche méthodologique qui allie les disciplines géographique (Géographie

politique), juridique ( droit international des droits de l'Homme, droit international

humanitaire, droit des réfugiés), sociologique, anthropologique, historique, que nous

adoptons dans le cadre de cette étude.

Destination privilégiée et « terre permanente d'asile »178 pour de nombreux réfugiés et de

demandeurs d'asile originaires de l'Afrique Centrale et des Grands lacs, le Cameroun

présente un cadre digne d'intérêt179 pour interroger les stratégies et réponses nationales
analogues sur l'efficience de l'accès à l'éducation intitulés: Le droit à l’éducation : quelles effectivités pour
les réfugiés au Cameroun, in Colloque International : Éducation, Violences, Conflits et Perspectives de Paix
en Afrique, MIMCHE H., Meli V., Kom D.,Fomeko F. (2006),Consulté le 12 Août 2016. Pour plus de
précisions, Lire: www.rocare.org/Annexes_Colloque_ROCARE_FASAF.pdf.
178MOUELLE KOMBI, Narcisse : «Le Cameroun et les réfugiés », Mémoire de Maîtrise en droit public,

Université de Yaoundé, Cameroun, juin 1986, p.8.


179Dans une étude réalisée par Alain Didier OLINGA en 2007, l'examen de la carte des conflits présentait

l'espace CEEAC comme une zone productrice de réfugiés qu’elle répand sur le territoire de ses États
membres et un cadre d’accueil pour d'autres en provenance d’autres aires de conflits en Afrique.Selon le
chercheur, la quasi-totalité des pays de la région s'enlisaient par ces flux de réfugiés quoique les
proportions soient variables d’un pays à l’autre. Ainsi, les destinations principales pour les réfugiés étaient
alors la République Démocratique du Congo pour ce qui est des réfugiés rwandais et burundais, le Tchad et
la RCA s’agissant des réfugiés soudanais. Malgré l'écart temporel qui peut exister entre cette analyse du
chercheur et notre étude, elle conserve toute son actualité au regard de la situation inflationniste des crises
et conflits observée dans la sous-région depuis 2008, avec l'arrivée massive en territoire camerounais
d'environ 14350 tchadiens suite à l'instabilité socio-politique au Tchad, puis depuis 2013, de réfugiés
nigérians et notamment centrafricains.Cette nouvelle configuration fait du Cameroun une destination de
forte concentration de flux de réfugiés, en même temps pourvoyeur de réfugiés à cause de la crise
autonomiste qui sévit dans ses régions occidentales depuis Octobre 2016. Sur la carte des conflits de la
CEEAC, Voir sur ce point, OLINGA, Alain Didier : « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique
Centrale », Actes du Colloque international sur la Paix et Sécurité dans la CEEAC, 2007, Op.cit ; Voir
également à ce sujet, NSOGA, Robert Ebenezer : Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des
réfugiés en Afrique : Cas des réfugiés tchadiens du camp de Langui dans le Nord Cameroun , Op.cit
65
dans le cadre de la réflexion sur la protection des migrants forcés en Afrique médiane . En

effet, dans le cadre de l’assistance aux réfugiés centrafricains dans la région de l’Est du

Cameroun, et des réfugiés Nigérians et tchadiens accueillis dans l'extrême Nord du pays

considéré, si l'on peut observer que des efforts ont été faits par le HCR, l’État d'accueil et

les organisations humanitaires concernées en faveur des migrants forcés, les conditions

inhumaines et précaires180 dans lesquelles ces derniers croupissent dans cet espace

géographique - comme nous l'avons également observé pendant nos enquêtes de terrain -

interrogent d'une part, la pertinence des dispositifs juridiques internationaux de

protection, l'effectivité et la consistance de la prise en charge de ces personnes vulnérables

par les instances de protection – en l'occurrence les États hôte ( le Cameroun dans le cadre

de notre recherche), le HCR, et ses partenaires - et d'autre part, le rôle et/ou la

responsabilité de l'instance d'intégration sous-régionale, la CEEAC, investie des missions

de paix et de sécurité en Afrique Centrale, dans la gestion des migrations forcées

devenues récurrentes et d'une actualité saisissante.

L'intérêt de nos travaux et leurs fondements se déclinent donc au diagnostic des

dispositifs de protection des réfugiés, à l'analyse des enjeux et défis que pose la prise en

charge des migrants forcés dans l'espace visé, à l'ouverture par le moyen de l'approche

systémique, des pistes des réflexions sur les voies d'une gouvernance efficace des

migrations forcées en Afrique Centrale. Ceci nous ramène à centrer notre regard sur

l'intérêt qui motive substantiellement le choix de notre sujet, la problématique qui s'en

dégage, et à décliner plus exhaustivement la méthodologie empruntée pour construire le

substrat de nos analyses.

5. Problématique de l’étude
a) Champ disciplinaire et délimitation de l’étude :

 Champ disciplinaire

La problématique de la protection des droits des réfugiés en Afrique subsaharienne

se trouve au cours de cette dernière décennie, il convient de le rappeler, au cœur de

l'actualité internationale. Si les migrations forcées constituent un champ d’étude aux

limites et au contenu complexe, la dichotomie entretenue entre migrations volontaires et


180RapportHuman Rights Watch 2017«Forcer à monter dans les camions comme des animaux» Expulsions
massives et abus par le Cameroun à l'encontre des réfugiés nigérians, Op.cit ;
66
forcées est de plus en plus floue en raison d’une part , des motifs d’exil de plus en plus

complexes, et d’autre part, des politiques migratoires en perpétuelle fluctuation 181. De

plus, l’étude des migrations forcées, nous l’avons noté plus haut, pose de façon cruciale la

question du rapport entre les réfugiés et leurs espaces d’accueil. Cette mise en relief

convoque souterrainement l'épineux problème de la prise en charge des réfugiés dans le

cadre de la protection qui leur est due. Notre travail de recherche s’articule à cet effet

autour d’un aspect saillant de la sécurité humaine : la protection des réfugiés et des

personnes en déplacement forcé dans la sous-région d'Afrique Centrale.

La protection des réfugiés relève en effet du domaine des Sciences humaines et

sociales et des relations internationales. L’étude est adossée à la fois sur un champ

pluridisciplinaire et transversal qui convoque la géographie politique, les sciences

juridiques et politiques, l'histoire, l’anthropologie, la sociologie, la diplomatie inter

étatique, extra gouvernementale et humanitaire, en raison de ce que les acteurs

humanitaires au chevet des réfugiés se recrutent parmi les agences des Nations Unies et

parmi la société civile. Ces acteurs opèrent à côté des pouvoirs publics étatiques, donc à

côté de la diplomatie publique. Il s’agit dans le cadre de notre travail d’examiner un aspect

majeur de la protection des réfugiés en général, et singulièrement leur prise en charge en

contexte camerounais, ainsi que l’impact de leur présence sur la préservation de l'intégrité

des territoires, des droits des nationaux, ainsi que des impacts sécuritaires transfrontaliers

que peuvent susciter une mauvaise maîtrise des flux des réfugiés par les États d'accueil

d'Afrique centrale. Le sujet prend donc des contours diplomatico-stratégiques - en raison

des enjeux sécuritaires inhérents à la présence d'un afflux de réfugiés - qui allient le droit

international humanitaire, le droit international des droits de l’homme – pour la question

de sécurité humaine et de protection des couches dites vulnérables - la géopolitique et la

géographie politique en ce que le phénomène de réfugiés en Afrique centrale doit être

analysé à l'aune du territoire géographique composé par l'espace sous-régional de la

CEEAC.

181LASSAILLY-JACOB, Véronique : « Réflexions autour des migrations forcées en Afrique sub-saharienne


» sous la direction de Celine Yolande KOE-BIKPO. Perspectives de la géographie en Afrique sub-
saharienne,Université de Cocody, Abidjan, Côte-d'Ivoire. Éditions Universitaires Européennes , 2009
67
 Délimitation de l'étude

- Délimitation thématique.

La question de protection des réfugiés est un champ de recherches extrêmement

vaste et complexe en Sciences humaines et sociales. Il serait donc prétentieux de notre

part de pouvoir la traiter de façon exhaustive dans le cadre d'une thèse. Notre travail de

recherche s’intéresse tout singulièrement à l'analyse des instruments juridiques,

institutionnels, structurels qui sous-tendent la protection des migrants forcés ainsi que

des enjeux et défis posés par l'encadrement de ces types de migrations en contexte

camerounais, pris ici comme échantillon d'étude parmi les États d'accueil de l'espace sous-

régional d'Afrique Centrale. Ce diagnostic opéré dans un contexte national de protection

des migrants forcés d'Afrique médiane nous permet de rendre compte des failles, des

limites et obstacles qui plombent une prise en charge efficace des personnes en

déplacements sous contraintes, et d'ouvrir, à l'aide de l'approche systémique, des pistes

de réflexions d'une stratégie concertée qui permettrait d'améliorer de façon efficace et

durable, la protection des réfugiés dans la sous-région Afrique Centrale.

- Délimitation spatiale

Le cadre spatial de notre étude est le Cameroun, pays d'Afrique Centrale qui se

situe, avec le Nigéria, dans un contexte de crise de déplacements d'une grande ampleur

dans le bassin du Lac Tchad , ayant contraint plus de 2,7 millions de personnes, dont 210

000 réfugiés nigérians, à migrer vers les pays voisins 182. Le Cameroun est également tenu

dans la Sous-région Afrique Centrale comme étant l'un des premiers pays de générosité

en matière d'accueil des réfugiés183. Il prend en charge près de 400,000 réfugiés et

demandeurs d'asile - soit environ 2% de sa population selon le Ministère des Relations

Extérieures (MINREX) du Cameroun184- dont la majorité, soit une moyenne de plus de 278

000 réfugiés centrafricains, vit dans les régions de l'Est, frontalière avec la République

centrafricaine185, de l'Adamaoua, du Nord , de l’Extrême Nord du Cameroun, en dehors


182Interview accordée à Vannina MAESTRACCI, porte-parole du HCR à Genève par Alpha Diallo, Juin 2017,
https://news.un.org/fr/audio-hub, consulté le 28 Juin 2017
183OLINGA, Alain Didier : « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique Centrale », Actes du

Colloque international sur la Paix et Sécurité dans la CEEAC, 2007, Op.cit


184Statistiques officielles communiquées à l'occasion de la 17e édition de la Journée mondiale des réfugiés

en 2017 par le Ministre des Relations extérieures, du Cameroun M. Lejeune Mbella Mbella dont
précisément 396.383 réfugiés recensés dans ce pays d'Afrique centrale dont une trentaine de nationalités
identifiées, Enquêtes de terrain, Juin 2017, Cameroun.
185Ces réfugiés ont trouvé trouvé asile dans les localités de la région de l'Est et de l'Adamaoua. Ils sont

répartis dans des sites de Gado-Badzéré, Mandjou, Kouba, Boulembe, Adingkol Lolo, Mbilé, Timangolo,
Garissingo , Djohong et Meiganga entre autres.
68
du groupe de 20.900 réfugiés urbains vivant dans les grandes villes de Yaoundé et de

Douala, et des 224.000 personnes déplacées à l'intérieur du pays et des communautés

d'accueil assistés par le HCR - , ce qui fait de lui, le 13è pays d'accueil des réfugiés dans le

monde et le 7è dans l'ensemble du continent africain186.

Au delà de sa longue tradition et réputation d'hospitalité, le Cameroun se révèle

comme un pays carrefour, stratégique dans l'espace sous-régional centre-africain, ce qui a

facilité ces migrations transfrontalières 187, favorisé en sus par sa relative stabilité socio-

politique. La relativité de la pacificité de son environnement sécuritaire et socio-politique

s'est en effet révélée depuis 2013188, où le Cameroun est en proie à des attaques du

mouvement insurrectionnel et terroriste islamiste Boko Haram dans ses régions de

l'Extrême Nord et du Nord, frontalières avec le Nigéria d'une part, et depuis Octobre

2016, à des revendications autonomistes des sécessionnistes dans sa partie occidentale

(régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, d'expression anglaise) d'autre part.

Nos enquêtes ont été rendues possibles grâce à la contribution d'une variabilité et

d'une diversité d'acteurs dont les responsabilités nous ont paru centrales dans le champ

humanitaire camerounais, ainsi qu'avec la coopération de la population d'étude - les

migrants forcés en l'occurrence - et des communautés d'accueil concernées. Au niveau

institutionnel national, nous avons réalisé nos entretiens auprès de :

– l’État camerounais( Minrex) dont le siège est à Yaoundé, capitale du Cameroun;

– les agences onusiennes telles que le HCR, représentation du Cameroun dont

l'agence centrale est à Yaoundé ; l'OCHA, l'OIM , le CNUDHD-AC;

– les ONGI humanitaires telles que Amnesty International, PUI, le CICR ;

– les ONG nationales, partenaires d’exécution du HCR à l'exemple de ADRA,

PLAN Cameroon se situant dans la même ville.

186Statistiques Minrex, Op.cit .


187Dans une étude faite en 2002, Félicien FOMEKONG expose pour sa part, les facteurs qui sous-tendent
une forte demande d’asile au Cameroun. Selon l'auteur, 76,8% ont porté leur choix sur le Cameroun pour
sa stabilité politique, 12% pour des raisons de proximité, 7,4% pour des raisons familiales, 3,4% pour des
raisons autres que celles mentionnées. Pour plus de détails, lire : FOMEKONG, Félicien, “Les facteurs
explicatifs de la demande d’asile au Cameroun ” Institut National de la Statistique, 2002, Yaoundé,
Cameroun.
1882013 est en effet l'année où, selon le porte-parole du gouvernement camerounais d'alors, et Ministre de la

Communication Issa Tchiroma Bakary, cité par le Journal en ligne LE POINT.FR, le Cameroun a commencé
à faire l'objet « d'agressions barbares du groupe terrorriste Boko Haram...de 315 incursions des terroristes
Boko Haram, 12 accidents sur mines et 32 attentats-suicides du fait de ces criminels ». Pour plus de détails,
voir : « Cameroun : 1 200 morts dans les attaques de Boko Haram depuis 2013», Le Point.fr, publié le 15
Janvier 2016, consulté en ligne, le 28 Octobre 2016, https://www.lepoint.fr/monde/cameroun-1-200-morts-
dans-les-attaques-de-boko-haram-depuis-2013-15-01-2016-2010362_24.php
69
Sur le plan régional et/ou local, nos enquêtes ont été menées auprès des

représentations de certaines autorités politiques et/ou administratives, sécuritaires ou

traditionnelles locales, des bureaux de terrain du HCR de Bertoua ( Field Office) dans la

région de l'Est Cameroun, de Maroua dans la région de l'Extrême Nord.

Par ailleurs, notre enquête s'est particulièrement intéressée aux migrants forcés pris

en charge en contexte camerounais, dans les zones d’accueil ci-après :

– Dans la région de l'extrême-Nord : les réfugiés nigérians du Camp de Minawao et

certains PDIs rencontrés dans la ville de Maroua ;

– Dans les régions de l'Est et l'Adamaoua : les réfugiés centrafricains de certains

sites d'accueil aménagés ou non dans les localités de Gado-Badzere, Mandjou,

Lolo, Timangolo, Mbilé, Borgop .

Signalons également dans ce sillage idéel que des enquêtes ont été menées auprès

de certaines communautés hôtes, ainsi qu'auprès des réfugiés urbains, pris

individuellement ou collectivement dans les villes de Maroua, Bertoua, et Yaoundé. Le

détail du cadre opérationnel de nos enquêtes de terrain sera exhaustivement exposé dans

dans la suite de nos developpements y relatifs.

Au delà de cette cartographie spatiale du contexte camerounais de nos recherches

qui est dans le cadre de cette étude, il est utile de le rappeler, l'échantillon 189 nous

permettant non seulement de faire un diagnostic de l'état de protection des réfugiés, mais

également de mesurer les enjeux et défis de la protection des migrants forcés au sein des

États d'accueil d'Afrique Centrale comme nous l'avons souligné plus haut, l'étude ouvre

des perspectives formulées à l'endroit de tous les États du territoire géographique occupé

par les États membres de la CEEAC.

- Délimitation temporelle

Le cadre temporel de notre recherche se situe sur deux bornes chronologiques:

2013 et 2017 : 2013 indique l'arrivée des flux massifs des réfugiés en provenance de la

RCA et où les défis de protection des réfugiés dans la sous-région Afrique Centrale ont

189Rappelons que les intérêts thématique et spatial de nos travaux remontent en 2010 lors d'une étude que
nous avons mené en contexte Camerounais et qui portait sur la sécurité alimentaire des réfugiés tchadiens
du Camp de Langui dans le Nord Cameroun en vue de l'obtention du Master recherche en Sciences
Sociales et Relations Internationales. Par la suite, ces travaux nous ont permis de commettre un ouvrage
sur le sujet en 2015 sous l'intitulé : «Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique,
Cas des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le Nord Cameroun », Op.cit
70
décuplé en raison des troubles socio-politiques connus en RCA, et de l'escalade des

attaques terroristes du groupe insurrectionnel islamiste Boko-Haram à l'extrême Nord

Cameroun et à la frontière avec le Nigéria à partir de la même année. Notre étude atteint

la borne 2017 en ce que cette période charnière représente pour le Cameroun une étape

décisive dans la gestion des migrants forcés venant non seulement des pays voisins (RCA,

Nigeria, Tchad, Congo etc..) mais également des déplacés internes issus de la crise

autonomiste et sécessionniste dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du

Cameroun dont certains sont également accueillis comme réfugiés dans le territoire du

Nigeria. Des brèches seront de temps en temps ouvertes au cours de nos développements,

pour adapter notre étude à l'actualité des migrations forcées dans la zone considérée.

Une fois ce balisage de notre travail opéré, il convient à présent de fixer la problématique

de notre recherche.

b) Position du problème :

D'une actualité dense et particulière depuis la dernière décennie, la question des

migrations forcées en Afrique préoccupe en raison de l'occurrence des zones de tensions

fortes et récurrentes dans plusieurs parties du continent, comme c'est le cas au sein de

l'espace sous-régional d'Afrique Centrale. En effet, la sous-région a été cette période

charnière, l'épicentre de l'insécurité et de l'instabilité socio-politique en Afrique

subsaharienne, un espace géographique que le chercheur Etanislas NGODI décrit comme

étant «...le théâtre des conflits armés, des violences politiques, des déplacements massifs des

populations, mais aussi et surtout le terrain des rivalités et convoitises des puissances extérieures.

Outre cette dimension géopolitique et stratégique qui place l’Afrique centrale au centre des

contraintes sécuritaires, la dimension endogène de la crise de l’État ne saurait être occultée...» 190,

ou encore, celui que le juriste internationaliste camerounais Alain Didier OLINGA définit

comme un «.. terreau fertile pour les conflits les plus meurtriers...(et) où l'Afrique Centrale

occupe une place répugnante»191. Les indicateurs numériques des réfugiés et des personnes

déplacées qui n'ont cessé de croître de façon exponentielle 192 singulièrement dans l'espace

géographique intégré de la CEEAC durant la période de référence visée 193, sont

190NGODI, Etanislas Op.cit


191OLINGA, Alain Didier, Op.cit
192Rapport Global HCR 2017, Op.cit
193Il s'agit notamment de la période charnière de notre recherche qui part de 2013 à partir de la crise

centrafricaine que nous avons rappelé plus haut, à l'année 2017, celle du rapport du HCR annonçant un
niveau record de réfugiés dans le monde,ainsi que période où prend fin nos enquêtes de terrain
71
révélateurs de l'ampleur d'une situation humanitaire hautement préoccupante qui

interpelle d'une part, l'ensemble des États du territoire géographique de la CEEAC 194, la

communauté internationale, mais surtout la communauté scientifique pour la recherche

de solutions urgentes et efficaces permettant de faire face à ce phénomène.

Si la question de gouvernance des migrations forcées, et singulièrement celle de la

protection des réfugiés en Afrique Centrale suscite un vif intérêt auprès de certains

chercheurs, elle reste - paradoxalement - pour la majorité des États-hôte de cette sous-

région, une véritable épine irritative que les autorités politiques évitent. Pour le politologue

camerounais Jean Roger ABESSOLO NGUEMA, la gouvernance des migrations forcées en

Afrique centrale constitue « ...une thématique peu consacrée dans les politiques des États de la

région»195. Les «efforts» solitaires de certains États d'accueil centre-africains pour apporter

assistance et protection aux réfugiés et personnes déplacées, à l'exemple du Cameroun -

comme nous le verrons dans nos prochains développements, appuyés par le HCR ainsi

que ses partenaires, ont certes été d'un apport indéniable, mais s'avèrent incomplets, et à

défaut d'être efficaces, semblent davantage se confiner en une mise en scène pour

l'atteinte officielle d'un « service minimum»196 de l'obligation de protéger197 prescrit par le

droit international des réfugiés. A ce propos, le chercheur camerounais en conclura que

«...le phénomène de réfugiés et personnes déplacées entraîne dans les régions d’Afrique centrale des

configurations sociales inédites, qui se traduisent en un tiraillement entre deux approches :

l’humanitarisme, et l’opportunisme politique»198. Le déficit d'intérêt et d'implication des

autorités politiques sous-régionales pour les questions des migrations forcées, à l'aune

d'une Afrique médiane que certains chercheurs considèrent comme étant au « cœur des

ténèbres »199 questionne, mais rend surtout compte de la note d'indifférence et du constat

194Il est utile de rappeler que la région géographique constituée par les États membres de la CEEAC s'est
révélée, selon certaines études récentes, comme étant le plus grand foyer de conflits. Pour plus de détails,
lire Alain Didier OLINGA, « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique centrale », in Paix et sécurité
dans la CEEAC, Actes du colloque international, Friedrich Ebert Stiftung, Yaoundé, 2007, Op.cit; Voir
également Premier rapport d'évaluation stratégique du PNUD « L'Afrique Centrale, Une région en Retard?
», Mars 2017, Op.cit
195ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger : « Réfugiés et personnes déplacées », in l’Afrique centrale face

aux défis migratoires, Op.cit


196AGIER, Michel : Entretien de l'auteur au sujet du livre “ Gérer les indésirables, Des camps de réfugiés

au gouvernement humanitaire,” - Éditions Flammarion, Paris, 2008 - avec Alain FREDAIGUE, Délégué
Médecins Sans Frontières -MSF- au sujet du Livre ( VERBATIM), http://reseau-terra.eu/article840.html
197Il s'agit en effet de l'obligation de protéger prescrite par les différentes déclarations universelles des droits

de l'Homme mais surtout consacrée par la Convention de Genève sur les réfugiés.
198ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger, Ibid
199Expression utilisée par Etanislas NGODI, Op.cit Lire aussi, dans le même ordre d'idées, CAMBREZY,

Luc: Réfugiés et exilés, crise des Société, crise des territoires, Op.cit
72
d’échec dans la prise en charge des migrants forcés à travers la constance des conditions

de précarité observées chez les personnes en déplacement forcé au sein cet espace

géographique. En attendant une refonte substantielle du droit international des réfugiés

qui semble s'imposer et que certains chercheurs, à l'instar de François CREPEAU 200,

appellent de tous leurs vœux, les États d'Afrique centrale sont dos au mur pour penser en

synergie d'efforts, des solutions adéquates, efficaces et durables au problème de

protection des réfugiés dans leur espace sous-régional. Luc CAMBREZY souligne la

nécessité de solidarité régionale intra africaine pour faire face aux crises et au problème

des réfugiés, même s'il en émet de fortes réserves quand il dénonce l'attitude distante des

responsables politiques africains dans la gestion concertée des conflits intra africains. A ce

propos, il souligne : « ...Il faut malheureusement regretter que cette singularité ne débouche pas

sur une prise de conscience collective de la part des responsables politiques de ces pays (africains),

une prise de conscience qui, seule, permettrait de sortir le continent des guerres qui le rongent.

Malgré une très forte identité culturelle et géographique, l'unité de l'Afrique demeure une

incantation qui s'arrête et échoue à chacune de ses frontières naturelles et politiques...Dans ce

domaine, la responsabilité des dirigeants politiques et des élites intellectuelles est écrasante et si

l'on veut faire de l'Afrique une catégorie homogène, c'est bien dans leurs rôles dans les conflits et

les mouvements de réfugiés qu'il serait possible d'en identifier le fond commun» 201. La question

des réfugiés en Afrique Centrale interpelle également la communauté scientifique pour

accompagner les États centre-africains dans la recherche de solutions pour une

gouvernance des migrations forcées harmonieuse et efficace.

Fort de ces paramètres, notre étude part du constat d’échec dans l'encadrement des

flux massifs de réfugiés au sein des espaces territoriaux d'Afrique Centrale. Il s’agit plus

spécifiquement d’interroger la pertinence, la fiabilité, la cohérence et l'efficacité des

instruments juridiques et institutionnels internationaux, régionaux et nationaux, ainsi que

les moyens et politiques mobilisés par les acteurs intéressés dans l'opérationnalisation de

la protection des réfugiés au sein des États d'accueil d'Afrique médiane – à l'instar du

Cameroun, pris en exemple -. L’examen de ces aspects nous permet de rendre compte des

failles et obstacles qui plombent une protection efficace des migrants forcés, afin de situer

les enjeux géopolitiques, géostratégiques et sécuritaires de l'asile, mais également les défis
200CREPEAU, François : « L’impératif renouvellement du droit des réfugiés », Op.cit
201CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, crise des Société, crise des territoires, Op.cit
73
de la protection des populations en déplacements forcés dans l'espace sous-régional

d'Afrique centrale. Qui plus est, l'absence d'une dynamique permettant de mettre en

œuvre un mécanisme sous-régional de prise en charge concertée des migrations forcées

en Afrique Centrale est d'évidence, la motivation supplémentaire qui sous-tend l'intérêt

de notre recherche. Il est donc question dans le cadre de ce travail, d'ouvrir de nouvelles

pistes de réflexions qui, par une stratégie sous-régionale commune et concertée,

apporterait de façon durable, une amélioration à la gouvernance des migrations forcées

en Afrique Centrale. Une fois ces préalables posés, nous pouvons aborder nos questions

de recherche qui sont bâties autour d’une question centrale et de trois questions

spécifiques.

c) Questions de l’étude:

- Question Centrale : Les dispositifs de protection des migrants forcés en Afrique

Centrale permettent ils une prise en charge efficace des réfugiés et déplacés et le respect

du droit d’asile au sein des États d'accueil de la sous-région?

 QS1 : Comment le HCR et l’État du Cameroun - pris en exemple comme État

d'accueil d'Afrique Centrale - , contribuent-ils à l’ancrage de la protection des réfugiés au

Cameroun ?

 QS2 :Les instruments juridiques et institutionnels qui sous-tendent la protection

des réfugiés au Cameroun sont-ils fiables, efficients et efficaces ?

 QS3: Quelles stratégies adopter et déployer pour structurer, stabiliser et protéger

avec efficacité et durabilité les personnes en déplacements sous contraintes dans la Sous-

région Afrique Centrale ?

Nos hypothèses de recherche sont construites ainsi qu'il suit :

d) Hypothèses de la recherche:

Hypothèse Centrale: La protection des réfugiés en général, et ceux d'Afrique Centrale en

particulier relève d'un impératif de sécurité humaine et de respect du droit international

des réfugiés consacrés dans divers dispositifs juridiques internationaux et régionaux à

l'instar de la Convention de Genève de 1951 et son protocole additionnel de 1967, la

Convention de l'OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en

Afrique, et rappelés dans les législations des États d'accueil considérés. Face à une

inflation récurrente des crises et conflits qui défraient la chronique en Afrique centrale

74
entraînant une croissance exponentielle des flux de réfugiés au sein de son espace

géographique durant les deux dernières décennies 202, les conditions d'accueil et

d'assistance de ces personnes en fuite dans les pays hôte ou aux abords de leurs frontières

se sont révélées inefficaces, incomplètes, ce qui trahit d'une part, les failles, les limites des

outils et dynamiques de protection des migrants forcés mobilisés par les États d'accueil et

le HCR, et d'autre part, la vulnérabilité et la constante précarité observées au sein des

lieux d'accueil et de vie des réfugiés, rendant ainsi compte de l'ineffectivité du respect du

droit d'asile au sein de cet espace géographique.

 Hypothèse spécifique N°1: Les dynamiques de protection des réfugiés en contexte

camerounais se dégagent des institutions et instruments juridiques internationaux,

régionaux, sous-régionaux et locaux de l’État du Cameroun ainsi que du déploiement

opérationnel du HCR et de ses partenaires, investi de la protection internationale des

réfugiés par l’ONU à travers un modus operandi conventionnel et routinier.

 Hypothèse spécifique N°2: Une concrétisation aléatoire de la protection des

réfugiés au Cameroun rejaillit dans les faiblesses substantielles et les ambiguïtés et failles

normatives, structurelles et institutionnelles des instruments consacrés pour la cause

concernée, ainsi que dans la précarité et la vulnérabilité constantes dans lesquelles vivent

les migrants forcés dans cet État d'accueil.

 Hypothèse spécifique N°3: Les stratégies de corrections des sources de fragilité de

la protection des migrants forcés et d'une refonte substantielle du droit d’asile en Afrique

Centrale s’articulent autour de deux grands axes de réflexion : D'une part , il s'agit de (re)

penser la rationalisation, la mise en cohérence des stratégies politico-institutionnelles et le

renforcement du cadre normatif de protection des droits des personnes déplacées par

«force» par le biais des législations régionales, sous-régionales et nationales ; Il s'agit

d'autre part, d'ouvrir des pistes de réflexion en faveur de la mutualisation des efforts des

États de la région géographique que constituent les États membres de la CEEAC, en vue

la création dans leur espace politico-communautaire d'une instance sous-régionale

concertée en charge de la gouvernance des migrations forcées.


202Plusieursrapports institutionnels concordants des organismes tels que le HCR( Rapport Global 2018), le
PNUD (Rapport d'évaluation stratégique sous-régionale 2017) sur l'Afrique Centrale que nous avons
longuement évoqués dans notre étude, ainsi que des travaux des chercheurs consacrent depuis les
dernières décennies cette sous-région aux «premiers rangs du désastreux palmarès des victimes de
déplacements forcés » dont les causes se recrutent aux troubles socio-politiques souvent liés à la conquête
du pouvoir entraînant la violence et des effets générateurs d'exodes de populations. Lire également sur ce
point, ABESSOLO NGUEMA, Op.cit
75
A ce stade de notre étude, nos hypothèses ne constituent jusqu'ici, il convient de le

souligner, que des réponses anticipatives, donc provisoires, qui sont vérifiées sur la base

de la confrontation analytique de la littérature à notre disposition et naturellement par le

moyen des données collectées in situ dans le cadre de nos enquêtes. Nous pouvons dès

lors , exposer les objectifs divers, mais concordants qui sous-tendent la présente étude.

e) Objectifs de l’étude:

- L’objectif général : Notre étude s’inscrit dans une optique de contribution à la

réflexion sur le renforcement juridico-institutionnel des instances de protection des

réfugiés et déplacés dans la sous-région Afrique Centrale. Il s'agit, à travers l'instance de

coopération et d'intégration spécialisée sur les questions de paix et de sécurité au sein de

l'espace politico-géographique de la CEEAC, de promouvoir, par le biais de ses États-

membres en accord avec le HCR - organe onusien de protection-, une gouvernance

concertée des migrations forcées dans la perspective de l'amélioration qualitative de la

protection des réfugiés en particulier, du droit d'asile en général, au sein des territoires

d'accueil d'Afrique centrale, ainsi que de la promotion d'une paix durable entre les susdits

États.

- Objectif spécifique n°1 : Un état des lieux sous forme de diagnostic de

l’environnement juridico-légal, donc du Lege Lata qui sous-tend la protection des

réfugiés en contexte camerounais est présenté. Il s'agit ici d'une analyse du cadre

juridique et institutionnel régional, sous régional et national de protection des susdits

réfugiés, ainsi que des enjeux et défis suscités par les flux importants et croissants de

réfugiés dans l'espace géographique camerounais.

- L’objectif spécifique n°2: L'étude des instruments et instances chargés de la

protection des réfugiés au Cameroun nous permet de présenter les dangers irréductibles

d’un encadrement défectueux ou déficitaire des flux de réfugiés et de la banalisation du

droit d’asile en Afrique Centrale. Pour une efficacité et une durabilité dans la réponse de

protection des déplacés sous-contrainte dans la sous-région, une relecture opportune du

cadre de gouvernance des réfugiés est préconisée à travers un redéploiement pro-actif de

la solidarité inter-étatique centre-africaine.Cette démarche suggère une réforme urgente

en faveur de la création et l'opérationnalisation d'un dispositif institutionnel concerté en

76
charge de la gouvernance des migrations forcées au sein de l'espace communautaire de la

CEEAC.

f) Intérêt de l’étude:

- Intérêt théorique ou scientifique:

La présente étude est scientifique en ce qu’elle prétend apporter une avancée dans la

réflexion sur les migrations globales en général, et la gouvernance des migrations forcées

en Afrique centrale de façon spécifique. Les États de la région géographique d'Afrique

Centrale n'arrivent pas à faire face depuis plus d'une décennie à la gestion des flux de

réfugiés qui ne cessent de croître de façon exponentielle au sein des susdits États. Sur le

plan épistémologique, une réflexion est importante à mener sur les enjeux et les défis de

la protection des migrants forcés en Afrique Centrale, la place et l'opportunité d'une

instance sous-régionale de gestion concertée, efficace et durable des migrations forcées

par la communauté des États appartenant à la CEEAC. L’étude des migrations forcées en

Afrique Centrale ouvre des pistes de recherche sur le droit d’asile, sur la relation qui

s’établit entre les populations réfugiées et les populations d’accueil, les espaces investis

par ces personnes contraintes au déplacement, sur la diplomatie à mobiliser pour

anticiper sur les causes des susdites migrations. Le sujet revêt ainsi un intérêt

épistémologique majeur en ce qu'il convoque une interdisciplinarité et une

pluridisciplinarité dans le cadre des sciences humaines et sociales, à travers une analyse

politico-géographique – très peu présente dans la littérature géographique – sur une

réflexion qui interpelle la responsabilité de la CEEAC, organisation d'intégration sous-

régionale dont les missions centrales sont déclinées à la paix, à la sécurité et au

développement durable , dans la protection des migrants forcés en Afrique Centrale.

- Intérêt professionnel et personnel :

Cette réflexion nous permet une meilleure appropriation managériale de la protection

des droits des migrants forcés et plus spécifiquement la maîtrise et la compréhension des

défis qui précèdent la protection des réfugiés dans un continent à la paix précaire. Qui

plus est, l'étude nous permet d’accroître notre potentiel d’implication à la

promotion/protection des droits de l’Homme en général, et de renforcer nos capacités de

prévention/gestion des crises et conflits liés aux migrations forcées. A terme, l'étude

favorise une meilleure connaissance du paradigme de la protection internationale des

77
réfugiés à l’aune du droit d’asile, et une initiation à la géographie des conflits en Afrique

centrale. De même, elle contribue au renforcement des capacités des acteurs humanitaires

en faveur de la promotion/protection des droits des réfugiés, des droits de l’Homme, de la

dignité humaine, pour une paix sociale durable entre les peuples d'Afrique Centrale.

Fort de ces aspects saillants qui restituent l'objet de notre recherche, il devient

impératif d'exposer la démarche nous ayant permis, à partir d'un cadre théorique et des

travaux empiriques , de bâtir le substrat de notre recherche.

DEUXIEME SECTION : CONSTRUCTION DE LA DEMARCHE DE L’ETUDE.

A) Cadrage théorique et méthodologique de l’étude

1- Cadrage théorique:

La protection des réfugiés est une question d’intérêt pour la communauté

internationale dans le cadre des relations internationales et du registre de l’actualité

générale de la société internationale. Cet intérêt est porté plus spécifiquement dans la

manière dont le HCR raccorde et mobilise aux côtés des États d’accueil, la protection et

l’assistance aux réfugiés, à l'aune du respect du droit d'asile.

Envisager la question de protection des réfugiés en Afrique centrale dans le

contexte politico-diplomatique de la mondialisation de la diplomatie éclatée 203, c’est poser

le problème sous-jacent de la pertinence et de l'efficacité des dispositifs juridico-

institutionnels de prise en charge des migrants forcés au sein des États d'accueil de la

sous-région.Cette démarche complémentaire qui interroge les dynamiques de protection

des migrants forcés mobilisées par les États d’Afrique médiane à l'exemple du Cameroun,

et le déficit d'efficacité de l'organe central de protection des réfugiés, le HCR, face aux flux

importants de migrants forcés dans l'espace géographique visé, postule pour une

mutualisation des efforts des susdits États en faveur de l'opérationnalisation d'un cadre

commun de gouvernance des migrations forcées.Ce renforcement du cadre coopératif des

États centre-africains dans le domaine de la protection des réfugiés dans leur espace

politico-géographique est adossé sur une double vocation : Il s'inscrit d'une part, dans la
203Nous faisons référence ici à la tonalité marquante et prégnante de la diplomatie extra gouvernementale
(des acteurs non étatiques) d'une part, et inter étatique d'autre part, dans l'operationnalisation de
l'assistance/protection aux réfugiés.
78
promotion en synergie d’efforts des susdits États, de solutions concertées et durables en

faveur d'un droit d’asile effectif au bénéfice des migrants forcés ; cette démarche vise

d'autre part, à assurer la sécurité des populations hôtes, celle des frontières territoriales,

mais surtout à promouvoir entre les peuples centre-africains, une paix positive 204 et

durable.

En cette période charnière, la nécessité de solidarité, mais surtout de coopération

s'est ressentie et s'affirme de plus en plus comme un enjeu central et irréductible pour

faire face aux défis posés par les migrations forcées contemporaines. En matière de

protection des réfugiés, plusieurs chercheurs, à l'instar de Anne Marie TOURNEPICHE

ont rappelé l'inextricable nécessité de renforcement des liens de coopération entre les

États «... afin de proposer des réponses communes qu'impose la multiplication des défis posés par

cette situation»205. Pour la spécialiste de droit public, «...Tant que les écarts de développements

entre les États ne diminueront pas et que les conflits persistants continueront de générer un

nombre croissant d'individus fuyant les persécutions, la coopération demeurera un enjeu essentiel

du droit des réfugiés»206. De ce point de vue, l’octroi du droit d’asile s'affirme aussi bien

comme une initiative politico-stratégique et politico-diplomatique qu’une initiative

politico-humanitaire et humanitaro-stratégique. Notre recherche s'invite à la réflexion sur

la capacité des États d'Afrique centrale à construire en collaboration avec le HCR et ses

partenaires opérationnels et/ou d’exécution, un régime international humanitaire

régionalisé et opérationnalisé dans l'espace sous-régional considéré. Afin d’examiner la

problématique de la gouvernance des migrations forcées en Afrique Centrale, il convient

donc de l’inscrire dans une combinatoire théorique tournée vers la mobilisation des

analyses systémique et pluraliste des relations internationales et des sciences humaines et

sociales. En effet, la protection des réfugiés en Afrique centrale s’inscrit de manière

adéquate dans le cadre d’une stratégie d’ouverture, de protection et d’assistance

humanitaire transnationalisée des États du périmètre géographique d'Afrique Centrale -

parties au regroupement sous-régional de la CEEAC - et du HCR. Elle s’inscrit aussi aux

circuits du paradigme de sécurité humaine qui sont liés à l’interdépendance des

différentes menaces sécuritaires dans les situations impliquant les mouvements des
204L'expressionest celle de Johan GALTUNG, Op.cit
205TOURNEPICHE, Anne Marie et Al: La coopération : Enjeu essentiel du droit des réfugiés, Éditions A
Pedone, Collections Droits Européens, sous la direction D'Anne Marie TOURNEPICHE, Paris, Juin 2015
206TOURNEPICHE, Anne Marie et Al, Ibid

79
réfugiés dans cet espace politico-géographique. La protection des réfugiés et des

personnes déplacées ne signifie plus seulement la protection physique, elle intègre aussi

le respect de la personne humaine et de sa dignité. C’est pour cela que la problématique

de la gouvernance des migrations forcées en Afrique centrale est à envisager dans le cadre

d’une théorie pluraliste et transnationaliste des relations internationales 207 qui peut

combiner la théorie des régimes internationaux. Dans cette perspective qui fait appel à la

théorie développée par Stephen D KRASNER208, il s’agit de mobiliser les instruments

d’analyse permettant de comprendre comment les États d'Afrique Centrale , le HCR et les

organisations humanitaires, face aux enjeux complexes des migrations forcées, peuvent

construire des stratégies efficaces et durables de protection et d’aide aux réfugiés dans

une perspective de mutualisation commune de leurs intérêts et capacités. Comme cette

activité de mutualisation s’intègre dans le champ complexe de la diplomatie inter étatique

et extra gouvernementale, elle requiert de mettre en place des dispositifs institutionnels et

organisationnels appropriés de promotion et protection des droits des réfugiés et par-

delà, du droit d’asile. Adossée sur plusieurs disciplines des Sciences humaines et sociales,

des relations internationales, du droit international, notre problématique pour être

rationnellement cernée, convoque la géographie politique, le droit international des droits

de l’homme, le droit international des réfugiés, le droit international humanitaire , la

sociologie, les sciences juridiques et politiques.

Au niveau des approches méthodologiques permettant de compléter et de nuancer

le cadre théorique, il convient surtout de faire référence à une approche stratégiste

échangiste ou interactionniste209, mieux, à une approche systémique210 en termes d’inter

actions stratégiques entre les États d'Afrique centrale constitués dans le périmètre

politico-géographique de la CEEAC, le HCR et les organisations humanitaires nationales

et internationales, attentifs à la place des utilités et des intérêts dans la protection des

207BATTISTELLA, Dario : Théories des relations internationales, Les Presses de Sciences Po, collection
«Références», 5e édition, Paris, 2015
208KRASNER, D Stephen : «International Regim », Cornell University Press, 1983.
209BATTISTELLA, Dario : Théories des relations internationales, op.cit
210Pour Philippe BRAILLARD, le concept de système, d'un usage relativement ancien, renvoie à l'idée

d'une totalité organisée donc non réductible à la simple somme de ses parties et à laquelle il est simple de
recourir pour comprendre les divers éléments de la réalité. En somme, c'est une totalité organisée que
forment les éléments à travers leurs interactions et selon laquelle on ne peut considérer un élément
isolément de la totalité dont il fait partie. La perspective systémique est donc le développement d'un cadre
d'analyse permettant d'étudier la réalité en tant que système à partir de l'élaboration d'une théorie
systémique. Pour plus de détails, lire BRAILLARD, Philippe : Théorie des Systèmes et Relations
Internationales, Coll.Organisation internationale, Bruylant, Bruxelles, 1977
80
réfugiés. Cette perspective en termes de choix rationnel permet non seulement d’examiner

la place des enjeux, des dysfonctionnements, des ambiguïtés et des marchandages des

acteurs humanitaires impliqués dans la protection des réfugiés, mais surtout d'ouvrir une

réflexion sur l'adoption dans cet espace sous-régional, d'une instance concertée

susceptible de répondre de façon solidaire, efficace et durable aux défis actuels sans cesse

croissants et complexes posés par la protection des migrants forcés en contexte centre-

africain. Afin de compléter le contenu méthodologique de notre travail, il est important

d'exposer à présent les instruments et moyens nous ayant permis la collecte des données

de notre recherche.

2- Cadrage méthodologique:

Notre recherche est construite sur une architecture méthodologique qui se décline

en deux importants et inextricables segments : Les sources et les techniques de collecte de

données. Afin de compléter cette partie qui dessine notre cadre méthodologique, il faut

rajouter à ce binôme, le descriptif des obstacles et contraintes qui ont peu ou prou

alimenté le temps de notre modeste pèlerinage scientifique sur la question des enjeux et

défis de la protection des réfugiés en Afrique centrale, et singulièrement en contexte

camerounais.

- Sources de collectes des données

Dans un souci de mener rationnellement notre étude, une pré-enquête a été

nécessaire pour cerner le champ expérimental de la recherche. Mais il est à ce stade

important de souligner que la motivation de l'étude présente part d'une réflexion amorcée

pendant notre cycle de Master sur la prise en charge alimentaire des réfugiés dans une

circonscription territoriale spécifique camerounaise211. Cette étape cognitive nous a permis

de rassembler et de construire une importante base de données qui a été d'un apport

crucial dans le cadre du présent travail.

Pour revenir donc sur la question des sources de collecte de données de notre

recherche, les sources documentaires, rappelons le, ont été d'un intérêt central et une

ressource importante pour avoir un regard pluriel, croisé et soutenu sur les théories

existantes sur le sujet. Nous nous sommes particulièrement intéressés à la littérature


211Ils'agit du travail de recherches de notre Mémoire de Master II ( recherches) soutenu en 2011 à
l'Université Protestante d'Afrique Centrale à Yaoundé (Cameroun), et qui portait sur « La sécurité
alimentaire des réfugiés au Cameroun : cas des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le Nord-
Cameroun » .
81
afférente aux migrations en général et aux migrations forcées en Afrique en particulier,

aux dynamiques de prise en charge des réfugiés dans ce contexte continental, puis à

l'analyse des différents problèmes rencontrés par les déplacés forcés en Afrique centrale et

spécifiquement au Cameroun, ainsi qu'aux contraintes qui plombent une protection

efficace de ces couches vulnérables dans la zone d’étude. La collaboration scientifique

entre notre laboratoire de recherches, Les Afriques dans le Monde -LAM- et certaines

institutions de recherche travaillant sur les thématiques similaires en France ( Laboratoire

Migrinter, Université de Poitiers) et au Cameroun (Fondation Paul Ango Ela, Friedrich

Erbert Stiftung) notamment, nous a fourni des outils d'analyse pertinents des politiques

d'asile telles que mobilisées dans notre contexte d'étude. Les bibliothèques, et centres de

recherche des organismes nationaux et internationaux – HCR, CICR, CNUDHD-AC,

Amnesty International – ainsi que les rapports d'activités de certains partenaires

opérationnels du HCR opérant dans le cadre de la prise en charge humanitaire des

réfugiés dans le contexte d'étude nous ont été d'un précieux concours. A l'évidence, cela a

favorisé une meilleure appréhension des contours complexes et protéiformes du droit

d'asile et de la protection des réfugiés en Afrique centrale, de formuler nos questions de

recherches et d'en émettre des réponses provisoires.

Des enquêtes de terrain - qualitatives et quantitatives – ont également été utiles

dans le cadre de notre travail. Comme exposé dans nos précédents développements, elles

se sont réalisées au Cameroun, d'abord auprès de certaines institutions étatiques à l'instar

du Minrex, des agences des Nations Unies à l'instar du HCR à Yaoundé ainsi que des

différentes organisations internationales et nationales impliquées dans la protection des

droits de l'Homme, la question des réfugiés et l'assistance humanitaire de ces derniers au

Cameroun; nous nous sommes ensuite mobilisés in situ, et principalement dans les zones

d'accueil des réfugiés des régions de l'Est Cameroun, de l'Adamaoua, de l'Extrême Nord -

notamment au camp des réfugiés de Minawao - et dans certaines grandes villes d'accueil

des réfugiés urbains à l'instar de Maroua, Bertoua, Yaoundé, dans le but de rassembler un

maximum d'informations et/ou données nécessaires sur la question.

– Techniques ou instruments de collectes des données

Elles constituent tout ce qui nous a permis d’obtenir les résultats de notre étude.

Parlant justement des techniques et méthodes de recherche, Madeleine GRAWITZ précise

82
que « toute recherche ou application de caractère scientifique en sciences sociales doit comporter

l’utilisation des procédés rigoureux, définis, transmissibles, susceptibles d’être appliqués à nouveau

dans les mêmes conditions, adaptés aux genres de problèmes et phénomènes en cause,ce sont là les

techniques. »212.

Les sciences sociales, domaine dans lequel nous avons puisé nos instruments nous

ont permis de mobiliser notre collecte de données à travers la recherche documentaire

comme nous venons de l'indiquer, le questionnaire, et dans une autre mesure, l’entretien,

l’observation directe et l'observation participante. De façon précise, après un travail

d'analyse documentaire, il s'est agi d'enquêtes de terrain réalisées auprès de la

représentation HCR du Cameroun dont le siège est à Yaoundé, auprès des personnes

ressources des instances étatiques en charge des questions des réfugiés, ainsi qu'au siège

de l'OIM , du Comité des Nations Unies pour les Droits de l'Homme et la Démocratie en

Afrique Centrale. Nous nous sommes également ressourcés auprès des responsables de

Bureaux de terrain HCR de Bertoua dans la région de l'Est, de Maroua dans la région de

l'Extrême Nord, ainsi qu'auprès des partenaires opérationnels et d’exécution du HCR.

Nous avons également mobilisé des entretiens aussi bien avec les réfugiés, qu'avec des

personnes ressources et des experts des questions de droits de l'Homme, de la protection

des réfugiés, des responsables étatiques en charge de l'assistance des réfugiés au

Cameroun, certaines autorités communales, traditionnelles et quelques responsables

sécuritaires et d'organisations humanitaires déployés sur le terrain 213. Notre enquête s'est

également faite par le biais de l'observation directe et de l’observation participante et d’un

questionnaire administré214 auprès de la population cible de notre étude. Par la démarche

hypothético déductive, le dépouillement, l'analyse et l'interprétation des informations

collectées au moyen de la méthode des représentations215, nous avons pu atteindre les

résultats présentés dans cette étude. L’interprétation de nos données via la méthode de

212GRAWITZ,Madeleine : Méthodes des sciences sociales, 11ème éd, Dalloz, Paris, 2001, P352
213Voir Liste des entretiens réalisés en Annexe 5 à la fin de ce travail
214Voir Annexe 6, ibid
215Pour Denise JODELET, la représentation comme méthode d'analyse est le produit et le processus d’une

élaboration psychologique et social du réel.Située à l'interface du psychologique et du social, la notion a


vocation pour intéresser toutes les sciences humaines.C'est une forme de connaissance, socialement
élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d'une réalité commune à un
ensemble social. On la retrouve à l'œuvre en sociologie, anthropologie et histoire, étudiée dans ses
rapports à l'idéologie, aux systèmes symboliques et aux attitudes sociales que reflètent les mentalités. In
fine, les représentations sociales sont abordées à la fois comme le produit et le processus d'une activité
d'appropriation de la réalité extérieure à la pensée et d'élaboration psychologique et sociale de cette réalité.
Pour plus de détails, lire : JODELET, Denise : Les représentations sociales, Paris, PUF, 1994 (pp. 36-57).
83
représentation dans le cadre de cette réflexion nous a semblé opportune et adaptée à la

compréhension de la complexité, de la diversité, des tensions des acteurs humanitaires

investis dans la prise en charge des migrants forcés, ainsi que la perception et la mise en

œuvre par les susdits acteurs, des dynamiques de protection des réfugiés dans les États

d'Afrique centrale à l'exemple du Cameroun. Revenons à présent dans le détail de la

mobilisation de nos outils de collecte de données.

➢ La recherche documentaire

Elle s'est opérée à travers diverses sources à l'instar de la consultation d'ouvrages

de référence, des thèses, des mémoires, des revues scientifiques et magazines spécialisés,

ce qui nous a permis de recueillir des informations importantes et utiles sur la question de

protection des migrants forcés pour bâtir notre travail de recherche. Nous avons ainsi

puisé le nectar scientifique au sein principalement du laboratoire Les Afriques dans le

Monde -LAM- de Sciences Po Bordeaux comme sus evoqué, du Centre de Recherches

Migrinter de l'Université de Poitiers, auprès de l'Université panafricaine à Yaoundé au

Cameroun, aux Centres de recherches de la fondation Paul ANGO ELA, à la Friedrich

Erbert Stiftung, à la bibliothèque du CICR et au Comité des Droits de l’Homme et de la

Démocratie des Nations Unies au Cameroun, auprès de certains centres de

documentations du HCR à Yaoundé et des organisations humanitaires intervenant auprès

des réfugiés en contexte camerounais.

➢ Le questionnaire

Considéré comme l’un des instruments les plus pratiques de collecte de données en

Sciences Sociales puisqu’il réduit la résistance de la part des répondants qui peuvent le

remplir facilement selon leur convenance, le questionnaire, souvent présenté sous la

forme anonyme, permet, selon Madeleine GRAWITZ 216, d’avoir des informations sur le

terrain pendant une courte durée. Pour la sociologue française, c’est une technique de

recherche individuelle, standardisée, composée d’une série de questions présentées dans

un ordre défini. Dans le cadre de nos enquêtes de terrain réalisées de façon discontinue

entre 2016 et 2017, cinq cent dix (510) exemplaires de questionnaire au total ont été
216GRAWITZ, Madeleine : Méthodes des Sciences Sociales, Op.cit
84
distribués217 dont quatre cent sept (407) auprès des chefs de ménages et/ou chefs de blocs

cibles dans les sites d'identification des réfugiés de l'Est indiqués plus haut218( soit entre

Janvier 2016 et Avril 2017), et auprès des chefs de ménage des réfugiés nigérians du Camp

de Minawao à l'Extrême Nord Cameroun ( entre Octobre et Novembre 2017). Dans la

même période d'enquête, nous avons pu administrer cent trois (103) questionnaires

auprès des réfugiés urbains et PDIs rencontrés dans les villes de Yaoundé, Bertoua,

Maroua. De l'ensemble des questionnaires administrés à la population cible de notre

étude, trois cent quatre vingt quatorze (394) exemplaires dûment remplis ont été collectés,

soit une fréquence ou pourcentage de répondants de l'ordre de 77,25% 219. Chacune des

questions se présentait sous la forme soit des questions fermées 220, soit ouvertes221, soit de

Question à Choix Multiples -QCM-222 (Voir Annexe 6 ). En ce qui concerne


217Selon les données fournies par le Bureau HCR de Yaoundé en Mars 2016, rappelés par un rapport
conjoint de l'OIM et du HCR d'Août 2016 intitulé «Population Reference Bureau», 2015, DTM By IOM of
August 2016 and UNHCR protection monitoring Flash Up- dates actualisé en Mars - Avril 2017, 335000
réfugiés sont enregistrés par le HCR au Cameroun, soit 259 145 Centrafricains dans les régions de l'Est, de
l'Adamaoua et du Nord, dont 158 418 réfugiés arrivés depuis décembre 2013 ; 86 726 réfugiés Nigérians
enregistrés dans la région de l'Extrême Nord dont 62 829 enregistrés dans le camp de Minawao ; 223 642
Camerounais déplacés à l'intérieur même du pays. Un rapport de Février 2018 de la Commission
Européenne au titre « Protection Civile et opérations d'Aides humanitaires européennes dans le Grand
Nord » apportera une noté supplémentaire récente en indiquant que le camp de réfugiés Minawao accueille
59 000 réfugiés nigérians. Près de 31 700 réfugiés non-enregistrés vivent hors du camp, sans aucune
protection.Le rapport précise également que dans l’Est du Cameroun, 247 800 réfugiés centrafricains sont
accueillis.
218Précisons que l'administration des 510 questionnaires s'est opérée comme suit : 407 questionnaires dans

les camps et sites aménagés ou non de nos zones d'étude, soit 182 questionnaires distribués aux réfugiés
nigérians du Camp de Minawao, et 225 questionnaires aux réfugiés centrafricains sites des régions
administratives de l'Est et de l'Adamaoua du Cameroun à l'instar de Gadzo-Badzere, Lolo, Mbilé,
Timangolo, Borgop, d'une part ; 103 questionnaires ont également été distribués aux réfugiés urbains et
PDIs rencontrés à Maroua, à Bertoua et Yaoundé, d'autre part. Voir à ce sujet, le Tableau 8 sur le synopsis
des données de l'échantillonnage.Précisons à cet égard que le nombre élevé et la relative facilité
d'administration des questionnaires auprès des Chefs de ménage des réfugiés nigérians du Camp de
Minawao peuvent s'expliquer à l'aune de leur confinement dans un camp où un plan d'adressage, qui
permet un déploiement efficace de l'assistance a été réalisé par le HCR.
219Rappelons que dans le cadre de notre enquête quantitative, nous avons procédé au traitement manuel

de nos données à l’aide de la statistique descriptive dont nous rappelons la formule pour effectuer les
calculs: Fi(%)= Nx100
ni
Fi= Fréquence ou pourcentage de répondants ; N= Effectif ou nombre total des répondants ;ni = Effectifs de
la modalité ou nombre de réfugiés et PDIs ayant reçu le questionnaire.Dans le cadre de la présente étude,
N= 394 représente les réfugiés et PDIs ayant effectivement répondu au questionnaire; ni= 510 représente
le nombre de réfugiés et PDIs ayant reçu le questionnaire.
220Les questions fermées sont celles qui donnent le choix entre deux modalités de réponses de type Oui ou

Non.
221Les questions ouvertes sont celles qui laissent l’enquêté libre d’organiser sa réponse comme il l’entend,

tant du point de vue du contenu, que de la forme de la question. Notons aussi que certaines questions de
relance sont ouvertes et donnent ainsi la possibilité aux répondants d’exprimer librement leurs avis.
222Notre questionnaire recèle 36 questions organisées autour de trois principaux modules. En ce qui

concerne notre méthode d’administration du questionnaire, nous nous sommes appuyés sur la méthode dite
directe. Par la méthode directe, nous avons administré personnellement aux enquêté(e)s, les réfugiés et
déplacés en l'occurrence, le questionnaire en leur posant directement les questions libellées dans le
formulaire conçu à cet effet. A celles ou ceux qui manifestaient leur indisponibilité, nous leur avons remis le
questionnaire à remplir.Cela leur prenait parfois des heures ou une journée entière, à l’effet de s’approprier (
disaient-ils (elles), le questionnaire, et de répondre avec lucidité et sans précipitation.
85
l'administration de nos questionnaires, nous sous sommes appuyés sur la méthode dite

directe. Par cette méthode, nous avons remis personnellement aux interviewés notre

questionnaire223. Nous leur avons donné selon leur disponibilité, des heures et parfois une

journée, à l’effet de leur permettre de s’approprier le questionnaire, et de répondre avec

lucidité et sans précipitation. Le traitement de nos questionnaires une fois collectés a été

réalisé à l’aide de la statistique descriptive 224. Ainsi, le dépouillement 225 a été déterminant

dans l’analyse des données en ce sens qu’il a nécessité le recensement de toutes les

réponses enregistrées au niveau de chaque copie par question et par réponse. Cette
226
technique, souligne Madeleine GRAWITZ , consiste à partir des données chiffrées

obtenues, d'analyser manuellement les réponses par rapport à une question donnée à

travers un tableau de distribution des fréquences. Fort de ces paramètres, il reste utile de

rappeler à ce stade que dans le cadre de notre étude, nous avons privilégié la recherche

qualitative – entretiens semi-directifs, focus group discussion - , pour des raisons inhérentes

à la problématique traitée, et aux questions pratiques liées à l'accès difficile et à

l'insécurité de nos terrains de recherche.

➢ L’entretien

Dans le cadre d'une recherche en Sciences Sociales et Humaines, l'entretien

constitue une technique de collecte d’informations auprès d’un individu ou groupe

d’individus. L’information recherchée n’est accessible qu’au moyen des interrogations

formulées par le chercheur227. Les personnes interviewées sont choisies pour leur

singularité ou pour la diversité de leur profil. Les informations collectées sont de portée

qualitative, c'est-à-dire visent à explorer et à comprendre, plutôt qu’à mesurer et à


223Pour les besoins de la cause, il convient de le préciser, nos questionnaires ont été élaborés en français
sur la base des versions standardisées des directives du HCR . Du fait des variantes linguistiques usitées
par nos populations cibles respectives et les communautés d'accueil concernées, une traduction de nos
questionnaires en pidgin - sorte d'anglais frelaté utilisé dans les échanges familiers au Nigeria et dans
certaines régions camerounaises - pour les réfugiés nigérians -, en Fulfuldé et en Sango, langues courantes
utilisées en RCA– pour les réfugiés centrafricains a été rendue possible grâce à la collaboration avec
certains réfugiés volontaires et des acteurs humanitaires ( partenaires d’exécution) engagés dans le théâtre
des opérations humanitaires en faveur des réfugiés et déplacés au Cameroun. Relevons également que
nous avons aussi procédé, au moyen d'un smartphone, à la collecte de nos données auprès des réfugiés
s'exprimant en français ou en anglais.
224Il est important de préciser que la collecte des informations d'une étude procure des données quasi

inutilisables, parce que parfois difficiles à interpréter. Il s'agit de les mettre en ordre afin que les données
soient beaucoup plus compréhensibles à travers des tableaux statistiques.
225Voir à ce sujet, le tableau 8 de la page 223, synopsis des données de l’échantillonnage.
226GRAWITZ, Madeleine : Méthodes des Sciences Sociales, Op.cit

227Cet échange verbal est généralement réalisé à l’aide du dictaphone qui permet d'enregistrer des
informations originales spécifiques à un individu ou à un groupe.
86
quantifier. Pour Stéphane BEAUD, « l’inscription d’un travail par entretiens dans le cadre

d’une enquête ethnographique, c’est-à-dire l’objectif de réaliser des entretiens approfondis – qu’on

appelle ici des « entretiens ethnographiques » - qui soient enchâssés dans l’enquête de terrain (pris

par son rythme, son ambiance), permet de se libérer du joug de la pensée statistique, ou plus

précisément de l’espèce de Surmoi quantitatif qui incite le chercheur à multiplier le nombre de ses

entretiens. Les entretiens prennent place naturellement dans une logique d’enquête. Cette approche

progressive du terrain amène également à faire des présélections et des choix parmi les entretiens

possibles. L’enquête ethnographique nous apprend très rapidement que toute personne n’est pas «

interviewable », qu’il y a des conditions sociales à la prise de parole »228.

L'étude qualitative que nous avons mobilisé de façon prégnante dans le cadre de

nos enquêtes avait pour but principal la collecte diversifiée, mais surtout consistante

d'informations sur les différentes dynamiques de protection des migrants forcés dans un

espace territorial d'Afrique Centrale à l'exemple du Cameroun. Dans le cadre de cette

démarche qui ne visait pas un échantillon représentatif du point de vue numérique, nous

avons plutôt mis en avant, la qualité des personnes interviewées sur la base du profil

présenté, afin de recueillir auprès d'une pluralité et d'une variabilité d'acteurs

humanitaires, ainsi qu'auprès des communautés hôtes et des personnes ressources de la

population cible de l'étude, une diversité d'informations représentant de façon globale,

l'état de protection des migrants forcés dans la zone d'étude concernée.

Une fois ces préalables rappelés, il est important de souligner que dans le cadre de

notre recherche, un nombre important d'entretiens semi-directifs 229 ont été menés auprès

de certaines ressources dirigeantes d'instances de protection et de d'encadrement des

réfugiés en contexte camerounais230. Dans le cadre de notre étude dont le champ

analytique, rappelons-le, s'étale sur la période 2013-2017 231, des entretiens semi-directifs

thématisés ont également été menés avec certains responsables des services déconcentrés
228BEAUD,Stéphane:«L'usage de l'entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour ″l’entretien
ethnographique″ », Politix, vol. 9, n°35, 1996, p. 234.
229Nous empruntons cette démarche à partir des Sciences humaines et Sociales
230Voir Liste des entretiens réalisés, Annexe 5, Op.cit
231Il est important de rappeler que depuis 2010, nous avons réalisé des enquêtes de façon discontinue dans

le cadre des questions liées à la protection des réfugiés au Cameroun, tel qu'indiqué plus haut.Dans le
cadre de notre thèse, notre étude s’intéresse à l'an 2013 en ce sens que cette année marque l'observation
de grands flux de réfugiés au Cameroun à cause des troubles socio politiques en République centrafricaine
ainsi que l'escalade de l'insécurité dans la zone septentrionale frontalière au Nigeria, due à l’insurrection
armée du groupe islamiste Boko Haram ; 2017 marque l'année de clôture de nos recherches. Toutefois,
cette limitation temporelle peut néanmoins être fluctuante en ce que dans une approche comparative des
données, on peut circonstantiellemment se situer sur une borne chronologique supérieure à la période
concernée ou inférieure à la susdite période.
87
de l’État ainsi qu'avec des autorités administratives et traditionnelles dans les zones de

juridiction territoriale concernées, par le moyen d'un guide ou protocole d'entretien (Voir

Annexe 7)232. Le Ministère des relations extérieures du Cameroun à Yaoundé à travers le

service des réfugiés a facilité notre accès à des informations consistantes sur la protection

des réfugiés. Ces données ont été complétées par des collectes effectuées auprès

d’organismes en charge des réfugiés et assimilés à l'instar du HCR et ses partenaires

divers et variés. Les données recueillies dans ces dernières structures se recoupaient

parfois avec celles collectées in situ , nous confortant alors dans leur prise en compte pour

la conduite de notre réflexion, ou plutôt nous incitant à une remise en cause pour

l'examen d'autres pistes d'analyses. A ceci, ont été ajoutés des entretiens conduits de façon

formelle ou informelle233 dans les zones d’étude, autant auprès des responsables des

communautés des réfugiés que des réfugiés eux-mêmes, auprès des responsables des

comités thématiques institués au sein des populations réfugiées, des chefs de bloc et de

ménage - individuellement, ou collectivement par la méthode de focus group discussion

( ou discussion de groupe)234, - ainsi qu’auprès des populations hôtes. Ces entretiens, ainsi

que les focus group nous ont permis de recueillir des informations importantes pour

construire une base de données utile dans la structuration du substrat de notre recherche.

➢ L’Observation directe et l’observation participante

Ces deux méthodes nous ont permis une meilleure appréhension des

comportements et des opinions des acteurs humanitaires, mais également ceux des

232Le protocole d’entretien pour les responsables étatiques, les Organisations humanitaires et celles
intervenant dans le cadre de l'assistance aux réfugiés, les autorités traditionnelles , se présentait ainsi qu’il
suit : Identification des responsables, préambule, trois modules ou thèmes constitués d’un nombre de 07
questions indicatives que nous adaptions en fonction de la personne interviewée ou du déroulé des
échanges, ce qui permettait aux responsables de donner librement leur avis sur le sujet concerné ( Voir
Annexe 7).
233Si nos échanges formels pendant le temps de nos enquêtes avec la population d'étude ont été réalisés

pour la plupart dans le cadre des focus group discussion, - au moyen d'un dictaphone ou de nos carnets de
terrain- , des discussions informelles spontanées avec certains réfugiés, chefs de ménage ou responsables
de comités thématiques nous ont également permis de recueillir des informations que nous ne pourrions
obtenir dans le cadre d'échanges formels.
234Comme relevé plus haut, les focus group discussion sont des entretiens de groupe. Dans le cadre de nos

enquêtes de terrain, ils étaient constitués par des groupes thématiques représentés dans les espaces
d'accueil des réfugiés, à l'exemple des chefs de blocs, du Comité des réfugiés vulnérables ou à besoin
spécifique ( personnes vivant avec le Vih/sida, handicapés, personnes âgées), le Comité des femmes
réfugiées, le Comité des responsables religieux, le comité des jeunes réfugiés institués par le HCR dans la
perspective de la promotion du leadership et de la participation communautaires.Précisons par ailleurs
qu'en fonction des variantes linguistiques évoquées précedemment, nous nous sommes fait assister, en
tant que de besoin, par un traducteur volontaire - réfugié le plus souvent -, notamment dans les zones
d'acceuil de l'Est Cameroun.
88
réfugiés et des communautés hôtes. L’observation participante à travers les interactions et

les échanges informels avec les groupes de réfugiés pendant nos séjours successifs dans le

temps de nos enquêtes au sein de la communauté des réfugiés nigérians du camp de

Minawao dans l'Extrême Nord, des sites d'identification des réfugiés centrafricains dans

l'Est du Cameroun - basés dans les localités de Gado Badzere,Mandjou,Lolo, Mbilé,

Timangolo, d'une part ; Djohong d'autre part235- nous ont permis d’approfondir nos

analyses non seulement sur le comportement des réfugiés, mais surtout sur la prise en

charge mobilisée par les autorités étatiques, le HCR et ses partenaires humanitaires.

L'intervention d'un réfugié volontaire pour des besoins de traduction 236 dans le cadre de

nos échanges avec certains réfugiés dans les sites de l'Est Cameroun nous a été d'un très

grand apport, même si cela était assez souvent engageant. Au Camp de Minawao dans

l'Extrême Nord du Cameroun, nous n'avons pas eu à recourir à cet interface, car nos

échanges se sont déroulés en grande partie en anglais, pour les réfugiés scolarisés, ou

alors en pidgin qui est une sorte d'anglais frelaté utilisé fréquemment dans les grandes

villes camerounaises, et particulièrement dans les régions occidentales dans le cadre des

échanges commerciaux. La durée des échanges dépendait de la densité et de l'intérêt des

des interventions de nos interlocuteurs à qui nous laissions souvent un espace de parole

libre. La présente étude réalisée entre 2013 et 2017, il est important de le repréciser, offre

un aperçu des recherches récentes fondées sur des données probantes relatives à la

compréhension du système camerounais de protection des réfugiés dans le contexte

international et singulièrement celui d’un État d'accueil de l'espace sous-régional

d'Afrique Centrale. Mais comme toute étude de cette envergure, notre recherche ne s'est

pas réalisée sans obstacles et contraintes.

– Difficultés rencontrées

Il faut se souvenir que nos enquêtes de terrain se sont effectuées par périodes

successives, souvent discontinues, entre Janvier 2016 et Novembre 2017, en grande partie

dans la région de l'Est du Cameroun, au sein des communautés locales qui accueillent des

flux importants de réfugiés venus de la République centrafricaine et des sites aménagés à


235Il
est utile de rappeler que les localités de Gado-Badzere, Mandjou, font partie intégrante du Département
de Lom et Djerem, alors que Lolo, Timangolo, Mbilé appartiennent au Département de la Kadey. Ces deux
départements sont des entités territoriales de la région de l'Est Cameroun qui ont la particularité, à l'instar
du Département du Mbéré ( dans la région de l'Adamaoua), d'accueillir d'importants flux de réfugiés venus
de la République centrafricaine .
236Précisons qu'une bonne partie des réfugiés centrafricains s'expriment en langue sango et/ou en Fufuldé.

Seule une minorité s'exprime en français.


89
l'instar de Gado-Badzéré, Mandjou, Lolo, Mbilé, Timangolo, Borgop ainsi que dans le

camp de réfugiés nigérian situé à Minawao dans la Région de l'Extrême Nord du

Cameroun237, et certaines grandes villes camerounaises à l'instar de Yaoundé, Bertoua,

Maroua, comme précédemment indiqué. Il est également important de rappeler que notre

intérêt pour la cause des migrants forcés commence en 2010 par nos travaux de

recherches de Master à la suite desquels nous avons commis un ouvrage en 2015 sur les

dynamiques d'intervention du HCR en matière de sécurité alimentaire des réfugiés au

Cameroun238. Toutefois, dans le cadre de notre thèse, des difficultés majeures méritent

inexorablement d’être soulignées, en raison de ce qu’elles ont failli entraver notre

progression dans la réalisation de nos enquêtes de terrain. Il ne nous a pas été facile

d’obtenir les autorisations d’entrée dans les Camps de réfugiés de Minawao, ni dans les

sites d'identification des réfugiés à l'Est. De même, certains responsables d'organisations

internationales en charge de l'assistance aux réfugiés se sont montrés réticents quant à nos

multiples sollicitations d'entretien. Malgré quelques autorisations obtenues à la sueur

d’un lobbying proactif, la logique de méfiance des responsables des instances susdites a

prévalu. L’indisponibilité justifiée trop souvent par des contraintes professionnelles est

demeurée l'argument prégnant de toutes ces instances sollicitées, tant auprès des services

administratifs que des organisations intervenant auprès des réfugiés. Cette contrainte ne

nous permettait souvent pas de respecter notre chronogramme d’activités, encore moins

d’avoir accès à certaines sources d'informations. Précisons par ailleurs qu'à la difficulté de

rencontrer des personnes ressources dans le cadre de notre enquête, se couplait le déficit

de sources documentaires. En effet, rendu au siège du HCR de Yaoundé, les documents

disponibles ne retracent que des questions globales retrouvées sur internet, notamment

l’histoire de l’organisation, les différents traités et accords, les rapports, les memorandum

d'entente signés et dont nous n'étions d'ailleurs pas autorisés à dupliquer. Néanmoins,

notre proximité avec les intervenants humanitaires investis comme partenaires

d’exécution du HCR dans le cadre de l'opérationnalisation de l'assistance aux réfugiés en

contexte camerounais nous a permis d'avoir accès à certaines sources d'information sur la

prise en charge des réfugiés dans cet espace géographique. Par ailleurs, notre mobilité sur
237Rappelons que les effectifs, bien que fluctuants dans ce camp tournent autour de 60.000 âmes selon les
statistiques du MINREX de Juin 2017
238NSOGA, Robert Ebenezer: Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire en Afrique : Cas des réfugiés

tchadiens du Camp de Langui dans le Nord Cameroun, Op.cit


90
le terrain était enfreint de nombreux écueils.

Dans le cadre de notre déploiement de terrain en ce qui concerne cette thèse,

nous pensions au départ, réaliser des recherches dans trois pays d'accueil – Cameroun

Tchad, RCA - de l'espace CEEAC, pour réunir des données importantes sur la protection

des réfugiés dans la sous-région Afrique Centrale. Mais nos moyens financiers et

matériels très insuffisants nous ont résolument limité à réaliser des enquêtes au sein d'une

seule entité territoriale d'accueil du périmètre centre-africain, en l'occurrence, l'espace

géographique camerounais dont le choix a été motivé, rappelons le, par la place

stratégique et le statut qu'occupe cet État d'accueil dans l'assistance aux réfugiés en

Afrique centrale, et sur notre proximité avec ce contexte géographique au sein duquel

nous avons antérieurement réalisé des recherches dans le cadre d'une étude sur la sécurité

alimentaire des réfugies tchadiens du camp de Langui dans le Nord Cameroun239.

En outre, sur le terrain des enquêtes en contexte camerounais, la difficulté d'accès

dans certains sites – dans la région de l'Extrême Nord Cameroun comme dans la région

de l'EST - à cause des problèmes d'insécurité ou de l'état exécrable des routes ne nous a

pas permis de respecter les délais de notre collecte des données ou d'atteindre toute la

population cible espérée. Qui plus est, notre thématique nécessitait un regard acéré dans

des domaines aussi variés, transversaux, sensibles, délicats, complexes que constituent la

protection des droits de l’Homme et notamment celle des réfugiés, la géographie

politique, la diplomatie inter étatique, la diplomatie extra gouvernementale, l’assistance

humanitaire. Il fallait donc sans complaisance et en toute objectivité, malgré l'inévitable

emprunt opéré dans d'autres disciplines des sciences juridiques et politiques et des

relations internationales, garder la grille analytique de géographie politique dans le cadre

de notre thèse. Au delà de ces difficultés majeures, il convient aussi de rappeler les

obstacles liés à la méfiance de nos interlocuteurs, les réfugiés d'une part, certaines

autorités étatiques et des organisations humanitaires d'autre part, nous reprochant d’être

trop curieux et gênant. Qui plus est, il fallait côtoyer au quotidien des personnes qui ont

239A titre de rappel, nous avons en effet réalisé une étude entre 2010 et 2011 dans le cadre des enquêtes
de terrain portant sur la rédaction de notre Mémoire de Master Recherches en Sciences Sociales et
Relations Internationales dans les régions du Nord et de l'Extrême Nord Cameroun, frontalières au Tchad et
au Nigeria. Précisons par ailleurs que ce travail de recherche nous a servi de base pour la rédaction et la
publication en 2015 d'un ouvrage sur la question de sécurité alimentaire des réfugiés tchadiens du Camp de
Langui dans le Nord Cameroun, Pour plus de détails, lire NSOGA, Robert Ebenezer: Le HCR à l'épreuve
de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique: Cas des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le
nord Cameroun, Sarrebrucken, 2015, Op.cit
91
été soit victimes, soit témoins ou acteurs de violences, d’atrocités de tout genre, avec les

dangers encourus. Il fallait vivre et écouter à travers les récits de vie, les difficultés et

misères des réfugiés confinés à une vie de camp, leurs confrontations et clivages avec les

populations hôtes en évitant toute démarcation émotionnelle, contraire aux principes

scientifiques que Stéphane BEAUD défend dans le cadre des enquêtes ethnographiques 240.

Ainsi rendu, il serait prétentieux de notre part de considérer par cette thèse, que le sujet

est épuisé. Nous espérons la compréhension indulgente des chercheurs et de nos lecteurs,

tout en espérant avoir modestement contribué à la réflexion sur le renforcement du

dispositif de protection des migrants forcés en Afrique centrale. Fort de ce qui précède,

notre thèse est structurée en trois grandes parties. Les développements de chaque partie

sont articulés autour de deux chapitres chacune.

B) Structuration de l’étude

Bâtie sur un plan trinaire de deux Chapitres par Partie, notre thèse s’attache à

analyser les différentes dynamiques et les dispositifs de protection des réfugiés au

Cameroun, pris en exemple comme pays d'accueil dans l'espace géographique d'Afrique

centrale. Afin de réaliser une analyse que nous voulons objective et cohérente, il est

important dans un premier temps, de revisiter le cadre de protection internationale des

réfugiés, qui au fil des années, à l'épreuve du temps et des contextes, et en raison de ses

ambiguïtés, de ses lacunes, se révèle comme étant en constant défi ( Première Partie).

Cette première approche nous permet d'établir un diagnostic du niveau de consécration

des droits des réfugiés dans l'ordre juridique international d'une part, et de situer la

dynamique d'encadrement institutionnel des « sans États» dans notre contexte d'étude.

Une fois cette analyse faite, la présentation du théâtre opérationnel de la prise en charge

des migrants forcés en contexte camerounais ( Deuxième Partie) à travers le cadre

physique de l'étude et le modus operandi de l’État du Cameroun, du HCR et des acteurs

humanitaires pluriels au chevet des réfugiés et PDIs nous permet de mettre en lumière

les failles et insuffisances du système de protection appliqué. A ce stade de la réflexion, au

regard de l'urgence de la situation des réfugiés dans le contexte d'étude et de la nécessité

d'apporter une solution efficace et durable à la protection des migrants forcés dans la

sous-région Afrique Centrale, des stratégies innovantes sont convoquées pour ouvrir des
240BEAUD, Stéphane : « L'usage de l'entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour ″l’entretien
ethnographique″ » Op.cit
92
voies de réflexions tournées vers une gouvernance concertée des migrations forcées par la

communauté des États appartenant à l'espace intégré sous-régional de la CEEAC dont les

flux de réfugiés ont atteint au cours de la dernière décennie, des chiffres exponentiels

( Troisième Partie).

93
Première Partie :

DE LA PROTECTION INTERNATIONALE DES RÉFUGIÉS :

UN DÉFI CONSTANT

« Est-il permis de conserver une ambition aussi sage que folle :

Faire de la terre des hommes une cité terrestre ? »241


R.-J. DUPUY,

241DUPUY, Jean René : « Égalité et inégalité des nations. Entre droit international et déréglementation », in
La sélection, éd. Payot-Lausanne, Nadir s.a, Lausanne, 1995, p. 93.
94
D'un point de vue de l'analyse, les droits de réfugiés sont issus d’une histoire

particulière et d'une évolution progressive qui portent l'insigne temporel du moment de

leur adoption. C’est la Convention de Genève du 28 Juillet 1951 242 relative au statut de

réfugié, adoptée au lendemain de la deuxième guerre mondiale 243 pour apporter des

réponses institutionnelles et juridiques aux millions de personnes déplacées, qui pose les

bases d’un véritable droit international des réfugiés. Il faut se souvenir qu'en 1947, une

première instance internationale dénommée Organisation Internationale pour les

Réfugiés (OIR) fut crée. Elle avait pour vocation d'accueillir les réfugiés provenant du Bloc

de l'Est en leur accordant une protection juridique et physique. Son cuisant échec 244

conduira à la création en Janvier 1951, du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les

réfugiés (HCR) dont l’objectif principal sera d'une part, de veiller à l'application d'une

convention245 d'une extrême importance pour les réfugiés, et de constituer d'autre part,

une véritable matrice du droit international d’asile246. Complétée plus tard par d'autres

instruments internationaux comme le protocole de 1967 qui élargira les effets de la

Convention de Genève, cette dernière posera de véritables jalons d'un droit du réfugié qui

sera réglementé dans plusieurs domaines. Toutefois, même si sur le plan international, la

DUDH de 1948 l'énonce dans ses articles 13 et 14 247, c'est bien la Convention de Genève

sur les réfugiés qui sera la référence en matière de droit international d'asile. Il importe

dès lors, de comprendre la constance, ou tout au plus la prégnance de la consécration de

la protection des droits des réfugiés dans l'ordre juridique international (Chapitre I).

De part de sa position stratégique dans l'espace sous-régional d'Afrique centrale et

sa tradition d'accueil, le Cameroun, destination privilégiée des réfugiés est partie aux

instruments juridiques internationaux de promotion et de protection des droits des

réfugiés. Cette position au regard de ses lois nationales sur la cause sus énoncée, traduit

sa soumission aux normes internationales de protection de ces personnes déplacées par


242Il
convient de souligner que la Convention de Genève qui consacre le droit des réfugiés entre en vigueur
le 22 avril 1954 et sera complétée par un Protocole additionnel adopté le 31 Janvier 1967 et entré en
vigueur le 04 octobre 1967.
243Rappelons que cette guerre fut l'une des plus meurtrières de l'Histoire de l'Humanité, avec des millions de

personnes cherchant refuge dans d'autres pays, notamment en Europe avec des régions et des villes
presque entièrement ravagées comme la Normandie.
244Précisons que cette institution fut incapable de prendre en charge les millions de déplacés sur le

continent européen au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale


245Convention du 28 Juillet 1951 relative au statut des réfugiés (ou Convention de Genève)
246De nos jours, précisons que le le HCR est incontournable pour les réfugiés, autant par son intervention

dans la procédure de reconnaissance que dans la mission de protection pour ces derniers.
247Les Articles 13 et 14 de la DUDH : précisent en effet: « Devant la persécution, toute personne a le droit

de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays »


95
force. Dans le cadre de notre étude, le HCR, organisme humanitaire onusien investi dans

la protection internationale et la recherche permanente des solutions durables aux

réfugiés définit, en synergie avec l’État Camerounais et ses partenaires opérationnels et de

mise en œuvre, un cadre institutionnel de pilotage des secours humanitaires en faveur des

réfugiés qui mérite de passer au crible de notre trame analytique (Chapitre II ).

96
CHAPITRE I :

LA CONSTANCE DE LA CONSECRATION DES DROITS DES

RÉFUGIÉS DANS L'ORDRE JURIDIQUE INTERNATIONAL

97
Le droit d’asile, il n'est point superfétatoire de le relever, est un droit fondamental

de l’Homme reconnu par divers instruments juridiques internationaux. Il convient de se

souvenir que ce droit aux enjeux complexifiés ne s'est pas construit et consolidé en un

jour, il est le fruit d'une histoire progressive et multiscalaire. L’asile est entré dans le

champ normatif international, et a inspiré la définition internationale du réfugié, ainsi que

la consécration de son statut juridique. Ce statut s’obtient à travers une procédure

préalable sui generis dont la spécificité vise la reconnaissance officielle, et par voie de

conséquence, la protection du réfugié. S’il est donc admis que le réfugié est au cœur du

droit d’asile, son régime juridique intéresse, hic et nunc, notre analyse.

SECTION I :

LE DROIT D’ASILE, UN DROIT AUX CONTENUS SOCIO-

HISTORIQUES ET JURIDIQUES PARTICULIERS

I – DROIT DES REFUGIES, UN CONSTRUIT POLITICO-JURIDIQUE ET


HISTORIQUE

A) Des origines de l'asile

De son étymologie grecque antique asylon ( qu'on ne peut piller), et latine asylum

( lieu inviolable ou refuge), l'écrivain français Paul SCARRON a défini l'asile en 1657 comme

« tout lieu où l’on se met à l’abri d’un danger, d’un milieu extérieur hostile, où se soustraire à la

fatigue, à la misère, etc... »248. Ainsi, pendant la période antique, l'asile était religieux et

limité à certains lieux bien définis. Pris sous cet angle, il faisait référence à un lieu

inviolable, sacré, un refuge que l’on ne peut piller, « le lieu voué aux Dieux où l’homme peut

trouver refuge»249. Ses contours ont donc été progressivement dessinés tout au long de

l'histoire et l'asile s’est vu progressivement consacré par le droit international. D’un point

de vue historique, le droit d'asile ancien a donc d'abord existé depuis l'Antiquité et le
248Trésor de la langue française informatisé (TLFI), Dictionnaire en ligne, consulté le 20 Mars 2016,
http://atilf.atilf.fr.
249SEGUR, Philippe : La crise du droit d'asile, Préface de Jean-Louis GAZANNIGA, Paris : Presses

universitaires de France -PUF- , 1998


98
Moyen-Âge250. Faisons remarquer toutefois que dès le XVIe siècle, l’asile subit une « double

mutation. La première consiste en ce que seul l’État désormais peut accorder l’asile pour les crimes

de droit commun ; la seconde est l’apparition de l’asile politique (fuir des persécutions) que l’État

peut accorder sur son territoire»251. Alors qu'il était perçu par les Anciens et les Médiévaux

comme un droit d'essence divine et donc inviolable, le droit d'asile religieux qui s'exerce

comme asile chrétien ne lui confère une immunité que dans les lieux sacrés consacrés au

divin252. L'asile chrétien évoluera, avec l'essor de la notion de souveraineté, vers un asile

des États, et apparaîtra aux modernes comme une simple concession révocable du

pouvoir civil. GROTIUS pense que ce droit naturel est un devoir des États d'accorder

protection aux proscrits pour des raisons politiques et religieuses 253. Ce ne sera donc plus

une enclave limitée sur un territoire donné qui sera lieu de refuge, mais le territoire

national lui-même. Cette démarche évolutive de l'asile donnera naissance à l'«asile

diplomatique, qui assure à la personne qui se réfugie dans les locaux diplomatiques d'un État

étranger l'immunité contre les poursuites émanant d’un État, et à l'asile territorial qui désigne la

protection dont peut bénéficier un étranger sur le territoire de l'État d'accueil» 254. Cette forme de

protection ou asylie, reconnue par décret ou par traité à des individus ou à des

collectivités s'est définitivement muée en une forme évoluée de droit international sur la

question.

La période contemporaine est marquée par des migrations massives de population,

du fait des divers conflits et catastrophes naturelles. A titre d’illustration , nous avons en

souvenir, l'expulsion des juifs d'Espagne au XVe siècle ou l'exil des protestants à la suite

de la révocation de l'édit de Nantes, ou encore au début du XXe siècle, la traque des

arméniens de la Turquie, les russes blancs fuyant la révolution bolchevique, puis les

250Comme l'explique Chérif LY DIA dans ses travaux, dans l'Antiquité notamment, existait l'asile païen qui
prévalait essentiellement dans la Grèce ancienne et la Rome ancienne. Dans chaque cité dans la Grèce
ancienne, les tombeaux de héros, les temples, les statues des dieux et des rois, sanctuaires inviolables,
font bénéficier de cette inviolabilité ceux qui s'y réfugient : Esclaves, criminels, débiteurs insolvables,
délinquants politiques. Quant à la Rome ancienne, l'asile se manifestait par l'édification d'une cité
nouvelle.La Loi dispose alors que tout individu est admis à trouver refuge dans les églises chrétiennes s'il
cherche à échapper à un quelconque poursuivant, qu'il s'agisse d'un particulier ou d'un agent de
l’État.Toutefois, cet asile religieux fera progressivement l'objet de nombreuses restrictions, et de plus en
plus d'infractions ou de personnes en seront exclues., Pour plus de détails, lire LY DIA, Chérif : « Asile et
réfugiés en Droit International » Mémoire Maîtrise Droit Public, Saint-Louis, Sénégal, 2012
251«L’HISTOIRE DU DROIT D’ASILE. Quels enjeux d’hier à aujourd’hui ?», Op.cit
252OFPRA:«Histoire de l'asile», consultée en ligne, le 15 Septembre 2015 https://www.ofpra.gouv.fr/fr/histoire-

archives/histoire-de-l-asile
253GROTIUS, Hugo : Le droit de la guerre et de la paix, Presses Universitaires de France – PUF, Collection

les Grands Textes, 2e édition , 2012


254OFPRA:«Histoire de l'asile»,Op.cit.

99
Espagnols durant la guerre civile, les juifs européens et, plus près de nous, les exodes

successifs et dramatiques des populations d'Asie et d'Afrique255. Désormais, du fait des

mouvements importants de populations, l'asile se révélait de plus en plus nécessaire, et ne

pouvait s'enfermer dans un caractère individuel ou dans un cadre territorial limité comme

les églises au Moyen-Âge. Denis Van BERCHEM le définira comme la « condition de ce qui

est soustrait au droit de prise ou de représailles» 256. L'asile progressera ainsi , à marche forcée,

dans son point d’ancrage institutionnel progressif. En France par exemple, il ne figure pas

dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, mais bien plus tard,

quatre ans après, dans l'article 120 de la Constitution montagnarde du 24 Juin 1793 qui

indique que « le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de

la liberté, et le refuse aux tyrans » 257. Toutefois, durant le XXe siècle, divers instruments

juridiques nouveaux seront progressivement mis en place. Il sera créé dès 1921, le Premier

Haut-Commissariat aux réfugiés, sous l'égide du norvégien Fridtjof Nansen, institution

qui sera consacrée aux réfugiés russes et arméniens d'alors. Par ailleurs, sous l'impulsion

de Nansen, sera conclu un premier accord international le 5 juillet 1922 à Genève

instituant une carte d'identité pour les personnes déplacées dénommée passeport Nansen

qui sera reconnu par 54 pays258. Cette étape permettra de faire évoluer le droit d'asile vers

une véritable reconnaissance du droit du réfugié.

B) Des fondements du droit des réfugiés

D’un point de vue axiologique, l'asile s'entend d'un lieu ou d'un territoire

permettant de trouver protection et/ou d'échapper à des persécutions. La Déclaration

Universelle des Droits de l’Homme -DUDH- de 1948 précise en son Article 14 alinéa 1er :

« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en

d'autres pays»259.

L'asile en droit international actuel permet d'accorder et de réglementer une

certaine protection à des individus qui font l'objet de persécutions avérées : les réfugiés.

255 https://www.universalis.fr/encyclopedie/exode-de-populations/
256BERCHEM, Denis van : «Trois cas d'asylie archaïque », Revue suisse pour l'étude de l'antiquité
classique, Bâle, 1960, consulté en ligne, 14 Mai 2014, https://www.e-periodica.ch/cntmng?pid=mhl-
257HCR: Le droit d'asile en France, Politique et réalité, Décembre 2006, ( Page consultée le 26 Septembre

2015 ),(En ligne) URL : http://www.unhcr.org/fr/4bc715099


258HCR, Ibid
259Article 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme-DUDH- de 1948

100
Ce sont des personnes qui sont obligées de fuir leur résidence habituelle pour rechercher

une protection au-delà des frontières nationales. Pour être bénéficiaire du statut de

réfugié, il faut remplir un ensemble de conditions que nous verrons plus loin.Les

questions de l'asile et des réfugiés sont donc inextricables, elles se révèlent comme étant

interdépendantes, consubstantielles.

Si la construction et la consolidation d’un droit d’asile se sont manifestées depuis

plusieurs siècles, ce n’est qu’au XXIe siècle que le droit international relatif au réfugié

commence à prendre corps à travers la Convention de Genève et tout au long de la

seconde moitié de ce siècle, par l'apparition de divers textes relatifs au droit d'asile et aux

réfugiés. Toutefois, le droit d'asile conçu désormais comme un droit du réfugié ne sera

réellement consacré qu'après la Seconde Guerre Mondiale avec notamment deux

instruments juridiques d'une haute importance : la Déclaration Universelle des Droits de

l'Homme -DUDH- de 1948 et la Convention de Genève relative au statut des réfugiés de

1951 précitée. D'abord, dans ses articles 13 et 14, la Déclaration Universelle des Droits de

l'Homme énonce non seulement la liberté de circulation pour trouver refuge dans un

autre pays, mais aussi le droit de chercher asile devant la persécution. Néanmoins,

Comme nous le verrons dans nos prochains développements, il faut noter le caractère non

contraignant de ce texte. En effet, cette déclaration du 10 décembre 1948 n'a pas de force

juridique contraignante, car elle a valeur de simple recommandation adoptée par les

Nations Unies, représentant « un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les

nations»260. Il est également question de mettre en lumière, les ambiguïtés, ainsi que les

difficultés d'application de la Convention de Genève de 1951 qui est le texte majeur qui

consacre un statut du réfugié.

II- DES SOURCES DU DROIT DES RÉFUGIÉS D'UNE VARIABILITE PLURIELLE

Même si le droit d'asile existe depuis des siècles, ce n'est qu'à la moitié du XXe

siècle que la question de son insertion dans le cadre juridique international va

véritablement être posée. Cette nécessité sera sans doute justifiée par des événements

majeurs ayant entraîné des déplacements massifs de populations, des conflits, ainsi
260Haut Commissariat des Nations-Unies aux Droits de l'Homme : La déclaration Universelle des Droits de
l'Homme, ( Page consultée le 15 Octobre 2015), (En ligne), Adresse URL : http://www.un.org/fr/universal-
declaration-human-rights/
101
qu'une menace permanente sur les libertés des individus. Dans ces cas, le devoir qui

incombe aux gouvernements de protéger leurs citoyens dans le cadre de la sécurité

humaine n'est plus respecté. Confrontés à des violations de leurs droits et libertés, ces

personnes en fuite vers d'autres territoires accueillants sollicitent d'être assistées et

protégées. Il s'agit de la manifestation du droit international d'asile 261. Philippe SEGUR le

définit plus clairement comme «...la protection que les individus peuvent trouver dans un lieu

particulier régi par une institution »262.

Comme précédemment indiqué, le droit international des réfugiés doit sa

consécration définitive à partir de la déclaration universelle des droits l'Homme –

intervenue trois années plutôt -, puis spécifiquement par la Convention de Genève de

1951 relative au statut des réfugiés qui sera consolidé par des textes additionnels, ainsi

que par des législations régionales et nationales, afin de l'adapter aux différentes

mutations et enjeux locaux.

A) Les droits fondamentaux, caution irréductible de protection des réfugiés?: La


Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de (1948) (D.U.D.H.) et la IVème
Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre (1949).

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme constitue le socle juridique des

droits civils, politiques, économiques,sociaux et culturels proclamés. Selon MOURGEON,

deux Pactes de 1966 les précisent263 et diverses conventions telles les conventions contre la

torture, le génocide ou les conventions de l'O.I.T. 264 les complètent, notamment à l'échelon
265
régional . Ces instruments conventionnels ouvrent une ère nouvelle en droit

international en modifiant les rapports des États, entre eux et vis-à-vis de leur

population266.La Déclaration Universelle des Droits de l' Homme de 1948 est une

déclaration de principes en forme solennelle qui était destinée dès son origine à être
261 LY DIA, Chérif : « Asile et réfugiés en Droit International, » Op.cit
262SEGUR, Philippe, Op.cit
263MOURGEON, Jacques : « L'entrée en vigueur des pactes internationaux relatifs aux droits de l'homme

» Annuaire Français de Droit International - A.F.D.I. -, 1976, pp.290-304., ( Consulté le 06 Novembre 2015),
(En ligne), Adresse URL : https://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_1976_num_22_1_1991
264CAPOTORTI, F. cité par Véronique MAGNINY : Les réfugiés de l'environnement: Hypothèse juridique à

propos d'une menace écologique Thèse de Doctorat en Droit, Université de Droit – Paris I Panthéon
Sorbonne, Mai 1999
265GROS ESPIELL, Hector : « La Convention américaine et la Convention européenne des droits de

l'homme ; Analyse comparative, Recueil des Cours de l'Académie de Droit international de la Haye –
R.C.A.D.I.- , 1989-VI, vol 218, pp.167-412.
266VEDEL, Georges : Les Droits de l'Homme : Quels Droits ? Quel Homme ? in Mél. R.J. DUPUY, op. cit.

pp.349-363, cité par Véronique MAGNINY, Op.cit


102
complétée par d'autres textes. Elle se présentait d'ailleurs fort opportunément comme un

«idéal à atteindre» et non comme un ensemble de règles qui s'imposent aux

gouvernements267. Bien que les obligations acceptées ne soient soumises pour leur

exécution, à aucune condition de réciprocité, les États parties s'engagent envers la

communauté internationale dans son ensemble, à respecter les obligations souscrites, au

risque de se voir marginaliser par cette communauté en cas de violation des susdites

obligations. A travers cet ancrage objectif, les individus tirent ainsi, le bénéfice direct des

règles - normes relatives aux droits de l'homme - souscrites par les États dans l'ordre

international268.

Il est utile de relever que malgré la vigueur et la consistance de la proclamation du

droit d'asile dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ce droit est resté,

selon Karel VASAL, bien loin d’être protégé partout, à la manière du système

américain269. Selon ce dernier, il ne couvre que « le droit de chercher asile » et non celui de se

le voir accorder. L'article 14 de ce dispositif précise en effet : « Devant la persécution, toute

personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays »270. Il convient

de repréciser que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à l'origine avait pour

ambition de faire de l’asile un droit du réfugié que tout État est tenu d’accorder : « Toute

personne a le droit de chercher et d’obtenir l’asile en d’autres pays ». Certains États opposés

à cette initiative, ont manifesté leur préférence au verbe bénéficier qu'à celui d'obtenir271.

La IVème Convention de Genève quant à elle constitue de nos jours un des socles du

droit international humanitaire et recèle à l'évidence des dispositions qui encadrent et

protègent les civils, et en particulier les réfugiés, ceux-ci étant de plus en plus pris pour

cibles dans les conflits armés. En principe, les réfugiés pris dans un conflit armé

international appartiennent à la catégorie des « personnes à protéger», ce qui signifie qu’ils

sont couverts par toutes les dispositions de la IV ème Convention de Genève et de son

Protocole additionnel I. Dans un conflit armé non international, les réfugiés sont
267M'BAYE, Keba : Les droits de l'homme en Afrique, Éditions. A. Pedone, Paris, 1992
268THIERRY, Hubert : « L'évolution du droit international », Cours général de droit international public,
R.C.A.D.I., (Volume 222)1990, III, In: Collected Courses of the Hague Academy of International Law, The
Hague Academy of International Law. pp.9-185. ( Consulté le 08 décembre 2015), (En ligne), Adresse
URL:https://referenceworks.brillonline.com/entries/the-hague-academy-collected-courses/levolution-du-
droit-international-cours-general-de-droitinternational-public-volume-222-ej.9780792313540.009_185
269VASAK, Karel « Dimensions internationales des droits de l’homme », UNESCO, 1978, pp. 170-171.
270Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, 1948, Op.cit
271En effet, ces États ne voulaient pas se voir contraints d’ouvrir leurs frontières à des flux de personnes

dont certaines pourraient constituer une menace pour leur sécurité nationale.
103
automatiquement protégés car ils sont par définition, inclus dans la catégorie des « civils

qui ne participent pas aux hostilités»272. Toutefois, c'est en 1951 qu'un dispositif juridique

international consacre définitivement un statut particulier pour la protection des

personnes contraintes de fuir de leurs lieux de vie habituels pour se retrouver hors des

frontières nationales , dont il est à présent, utile d'examiner.

B) L'émergence d'un dispositif juridique international consacrant la protection des


droits des réfugiés : La Convention de Genève de 1951

Le premier conflit international qui se déroule dans la première moitié du XXe

siècle(1914-1918), ainsi que d'autres événements survenus pendant la même période tel le

génocide arménien (Avril 1915-Juillet 1916), la première bataille de l’Atlantique, la

Révolution russe (1917 à 1923), la persécution des juifs dans les années 1930 273, ont

entraîné non seulement des déplacements massifs des populations, mais causé des

millions de morts en bouleversant les espaces géographiques occupés par ces populations.

La nécessité d’une intervention et d’une protection des populations civiles en temps de

guerre, ainsi que l'institutionnalisation d'un cadre juridique de l'asile se sont révélées de

plus en plus urgentes et prégnantes après les atrocités connues par les millions de

personnes déplacées. C'est ce sursaut de conscience qui va engendrer une montée du droit

international humanitaire avec en perspective des acquis juridiques non négligeables 274.

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale qui a entraîné elle aussi des

conséquences particulièrement graves pour l'humanité, avec des millions de personnes

cherchant refuge dans d'autres pays, notamment en Europe où des régions et des villes

ont quasiment été ravagées275, des mesures notamment institutionnelles et juridiques ont

été engagées en faveur de ces personnes contraintes de fuir la guerre. Au regard de ces

éléments factuels, la première Assemblée Générale des Nations Unies consacra comme

priorité dès 1946, le sort des réfugiés issus de cette guerre. Il est constant de relever que le

droit des réfugiés part donc, in fine, de la claire et manifeste volonté de reconstruction de

l’Europe après ces deux conflits mondiaux 276. Cette volonté de prendre en compte le sort

de cette catégorie de personnes s'est matérialisée par la création en 1947 de l'Organisation


272IVème Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre (1949).
273Association française de soutien à l'UNHCR : «UNHCR Historique », (Page consultée le 26 Août
2014), (En ligne), Adresse URL : http://www.action-refugies.org/faitschiffres/MissionUNHCR.htm
274Association française de soutien à l'UNHCR, ibid
275Nous avons en France, l'exemple de la Normandie
276OFPRA, Op.cit

104
Internationale pour les Réfugiés (OIR). L'institution ainsi crée avait pour objectif principal

d'accueillir les réfugiés provenant du Bloc de l'Est en leur accordant une protection

juridique et physique277. Toutefois, l'OIR fut incapable de prendre en charge les millions

de déplacés sur le continent européen au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Son

échec conduira à la création, en 1951, du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les

réfugiés (HCR)278 dont l’objectif principal se décline au contrôle de l'application d'un

instrument juridique à vocation universelle de protection des réfugiés 279, et à l'édification

d'un référent institutionnel du droit international d’asile. Cette Convention qui entrera en

vigueur le 22 Avril 1954, marque un tournant majeur dans la consécration du statut

juridique du réfugié, car elle définit les procédures d'admission ainsi que leur champ de

protection. Fort de ces paramètres, l'article 1 alinéa 2 de la Convention de 1951 définit le

réfugié comme :

« Toute personne qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa

religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions

politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette

crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays »280.

Complétée plus tard par d'autres instruments internationaux à l'instar du protocole

de 1967 dont la vocation s'inscrit dans l'élargissement des effets de la Convention de

Genève, notamment le cadre spatio-temporel de la définition du réfugié, le nouveau

cadre juridique de protection des «sans États» pose un véritable droit du réfugié qui sera

réglementé dans plusieurs domaines. Toutefois, même si sur le plan international, la

DUDH de 1948 l'énonce dans ses articles 13 et 14 281, c'est bien la Convention de Genève

sur les réfugiés qui est l'instrument juridique de référence en matière de droit

277L'Agence des Nations-Unies pour les Réfugiés : Statut du HCR de 1950, (Page consultée le 14 octobre
2014), (En ligne), Adresse URL : http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/basics/opendoc.pdf?
tbl=BASICS&id=41a3052f4
278Le HCR est en effet de nos jours, incontournable en matière de protection des réfugiés, autant par son

intervention dans la procédure de reconnaissance que dans la mission de protection pour ces derniers.Pour
plus de détails, lire THIBAULT COUTURE, Joanie : « Haut-Commissariat pour les réfugiés », Perspective
monde ( Outil pédagogique des grandes tendances mondiales), École de politique appliquée de la faculté
des Lettres et des Sciences Humaines, Université de Sherbrooke, Québec, Canada ( Page consultée le 20
Octobre 2014),(En ligne), Adresse URL: http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?
iddictionnaire=1415
279Il s'agit bien entendu de la Convention du 28 Juillet 1951 relative au statut des réfugiés (ou Convention de

Genève)
280Article 1 Alinéa 2 Convention du 28 Juillet 1951 relative au statut des réfugiés (ou Convention de Genève)

, Op cit.
281Article 13 et 14 de la DUDH : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de

bénéficier de l'asile en d'autres pays »


105
international d'asile. A ce titre, le Comité Exécutif – COMEX - fait observer que « ...la

Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967 restent la pierre

angulaire du régime international des réfugiés »282

Dans le cadre de la mise en œuvre de la protection des réfugiés, une étape

administrative préalable importante est mobilisée : la procédure conduisant à la

reconnaissance du statut du réfugié appelée détermination du statut du réfugié (DSR).

Régie par la Convention de 1951, elle fait intervenir les États d'accueil, et inéluctablement,

le HCR dans sa responsabilité statutaire d'organe onusien de protection des réfugiés.

Pendant cette étape que nous aurons l'occasion de développer plus loin, la personne en

déplacement forcé ayant franchi les frontières de son pays d'origine pour chercher

protection dans un pays autre que le sien ( demandeur d'asile) bénéficie du principe

protecteur de non-refoulement283 qui lui confère une présomption au statut de

réfugié(réfugié de facto284). En cas d'admission définitive au statut de réfugié, le

demandeur d'asile, réfugié de facto, devient un réfugié statutaire ou réfugié de jure et

bénéficie des avantages dû à son nouveau statut tels que prévus par la Convention de

Genève de 1951 ainsi que des textes additionnels en vigueur réglementant la protection

internationale des réfugiés.

Par ailleurs, il est important de préciser que si la Convention de Genève en 1951 apportait

une définition internationale du réfugié en y proclamant le principe de non-refoulement

et l'immunité juridictionnelle des réfugiés 285, elle était plus consacrée à la situation qui

prévalait à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. L'instrument de reconnaissance et de

protection des réfugiés de 1951 répondait surtout à des besoins humanitaires urgents avec

les millions de personnes persécutées. Il apportait en l'occurrence une réponse de

protection aux besoins des réfugiés européens déplacés par la guerre , ce qui faisait de ce
282Conclusion N° 81(k), du Comité Exécutif du HCR – COMEX- , 1997 cité par le HCR, in Protection
des réfugiés : Guide sur le droit international relatif aux réfugiés, 2001. Rappelons par ailleurs que le
Comité Exécutif (COMEX) du HCR conseille le Haut Commissaire dans l'exercice de ses fonctions. Ses
Conclusions annuelles s'inscrivent dans le cadre du régime international de protection des réfugiés. Elles
sont fondées sur les principes énoncés dans la Convention de 1951, et sont élaborées et adoptées par
consensus en réponse à des problèmes de protection particuliers. Les Conclusions du Comité exécutif sont
le fruit d'un accord entre plus de 50 pays qui portent un intérêt manifeste à la protection des réfugiés et ont
une grande expérience en la matière. Il est fréquent que ces pays et d'autres fassent référence aux Conclu-
sions du COMEX lorsqu'ils élaborent leurs propres lois et politiques.
283Le principe de non-refoulement est consacré à l'Article 33(1) de la Convention de Genève de 1951
relative au statut des réfugiés.
284LASSAILLY-JACOB, Véronique, citée par TRATNJEK, Bénédicte : « France : un droit d’asile à

géographie variable » , Les cafés géographiques, Février 2012, Op.cit


285HCR : Le droit d'asile en France, Politique et réalité,Op.cit

106
dernier un texte européo-centré qui limitait géographiquement son application à

l'Europe286.

La Convention de 1951, nous venons de le découvrir, est un point d'ancrage

essentiel du droit international relatif aux réfugiés. Consacré à l’article 33(1) de la susdite

Convention, le principe de non refoulement, qui interdit de renvoyer de quelque

manière que ce soit , des réfugiés vers des pays ou des territoires où leur vie ou leur

liberté serait menacée en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur

appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques, constitue ainsi

la pierre angulaire de la protection internationale . Les seules exceptions autorisées à ce

principe sont définies à l’article 33(2) de la Convention, et ne peuvent s’appliquer que si le

réfugié représente un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou si un réfugié

ayant été condamné pour un crime particulièrement grave qui constituerait une menace

pour la communauté de ce pays. L’article 33 s’applique aussi au demandeur d’asile se

trouvant à la frontière ou dans le pays d’asile jusqu’à ce que leur statut ait été déterminé

comme nous l'avons relevé précédemment.

Élaborée pour répondre aux problèmes de réfugiés qui se posaient dans l’Europe

de l’après-guerre comme rappelé plus haut, la Convention de Genève s'est très vite

révélée lacunaire pour deux principales raisons :

– La première tient de ce que la définition du réfugié est restée fondée sur les causes

historiques de l'adoption d'un statut du réfugié. En d'autres termes, n'était concerné

jusqu'ici comme réfugié que les personnes qui avaient fui leurs pays d’origine à la suite

d’événements survenus avant 1951.

– A côté de ceci, les États devenant parties à la Convention pouvaient en limiter

l’application aux réfugiés en Europe.

L'adjonction d'un protocole additionnel en 1967 s'est donc posée comme une

urgente nécessité pour permettre la reconnaissance universelle de l’applicabilité de la

Convention de 1951 aux mouvements contemporains des réfugiés. Il convient de préciser

ici que le protocole adopté dans ce contexte recèle la particularité d'un instrument

normatif indépendant qui vient non seulement élargir l'approche définitionnelle du

concept de «Réfugié» tel que prescrit dans la Convention au regard de nouvelles catégories

286LY DIA, Chérif, Op.cit


107
de migrants forcés observés par la suite, mais permet également aux États d'adhérer à la

Convention de 1951 sans pour autant devenir parties à cette dernière 287. En effet, les États

parties au protocole acceptent d’appliquer les dispositions de la Convention aux réfugiés

couverts par la définition de 1951, sans tenir compte des limitations temporelles et

géographiques. En devenant parties à la Convention et/ou au protocole, les États peuvent

expressément mentionner qu’ils n’appliqueront pas ou appliqueront sous certaines

réserves quelques-uns des articles de la Convention. Cependant, ces réserves ne peuvent

pas s’étendre aux principales dispositions, notamment l’article 1 (la définition du réfugié),

l’article 2 (la non-discrimination quant à la race, la religion et le pays d’origine), l’article 33

(le non refoulement).288 En Août 2008, précisons que 144 États (sur les 192 États Membres

de l'ONU d'alors) avaient ratifié la Convention de Genève ou le Protocole de 1967 (soit les

deux à la fois)289. Concernant la place de ces instruments juridiques internationaux 290 qui

consacrent le droit des réfugiés , il convient de noter qu’ils ont, selon la pratique du droit

international, une force supérieure aux lois nationales.

La responsabilité de protection internationale des personnes contraintes de fuir

leur pays d’origine ou de résidence incombe, statutairement, reprécisons le, au HCR. Mais

le droit d'asile à travers les droits reconnus aux réfugiés trouvent également leur

fondement dans divers instruments juridiques régionaux et nationaux.

C) Les Conventions et traités à caractère régional d'application en contexte africain


relatifs au droit international des réfugiés.

1) La Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
Afrique de 1969.
Dans une perspective d'encadrer les mouvements de déplacements massifs intra

africains des populations, l'OUA a adopté en Septembre 1969 un instrument régional de

protection des déplacés involontaires, compte tenu des spécificités et de la complexité de

l'asile en Afrique désigné Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux réfugiés

en Afrique. Cette convention, rappelons le, épouse entièrement la philosophie de la

287Même si cette disposition revêt un caractère exceptionnel.


288Ces dispositions sont non négociables et doivent être acceptées par tous les États parties à la
Convention de 1951 et/ou au Protocole de 1967.
289Goodwin-Gill Guy S., «Convention relating to the status of refugees», United nations audiovisual library

of international law, All souls College, Oxford


290Il s'agit ici de la Convention de Genève de 1951 et du protocole de 1967

108
Convention de Genève, et traite de façon complémentaire et spécifique, les problèmes de

réfugiés en contexte africain291.

De prime abord, l'objectif de cette Convention était de susciter auprès des États

africains une mutualisation des efforts en matière d'asile et de protection des réfugiés par

une harmonisation des législations et des politiques y afférentes pour « trouver les moyens

d'alléger leur misère et leurs souffrances et de leur assurer une vie et un avenir meilleurs » 292. Le

mérite et l'originalité de ce dispositif juridique demeurent toutefois, il convient de le

souligner, dans son élargissement de la définition du réfugié. Le réfugié n'est plus en effet

appréhendé exclusivement sous le prisme de la Convention de 1951 ( et du protocole

additionnel de 1967), mais il intègre également une approche régionale du concept :

« Le terme "réfugié" s'applique également à toute personne qui, du fait d'une

agression, d'une occupation extérieure, d'une domination étrangère ou d'événements troublant

gravement l'ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays d'origine ou du pays dont

elle a la nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour chercher refuge dans un

autre endroit à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la nationalité. »293

Le droit d'asile est ainsi accordé en contexte africain à un grand nombre de

personnes victimes de persécutions, sans discriminations, et revêt ici, une ossature

beaucoup plus humanitaire. Les alinéas 1 et 2 de l'article II de ce dispositif conventionnel

dispose que « Les États membres de l'OUA s'engagent à faire tout ce qui est en leur pouvoir,

dans le cadre de leurs législations respectives, pour accueillir les réfugiés, et assurer l'établissement

de ceux d'entre eux qui, pour des raisons sérieuses, ne peuvent ou ne veulent pas retourner dans

leurs pays d'origine ou dans celui dont ils ont la nationalité»294 et par la suite, que « L'octroi du

droit d'asile aux réfugiés constitue un acte pacifique et humanitaire et ne peut être considéré par

aucun État comme un acte de nature inamicale. »295

Toutefois, il convient d'observer pour le déplorer que malgré la proclamation de sa

motivation d'établir un cadre juridique de protection spécifique des réfugiés dans son

contexte, la Convention de l’O.U.A. dans son contenu s'est très peu penchée sur les droits

291Ilfaut relever ici que cette Convention a une double vocation : Humanitaire à travers la protection de la
dignité humaine et des des personnes vulnérables ; Politique par le respect de la souveraineté des États et
du principe de non-ingérence dans les affaires internes .
292Préambule Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique 10

septembre 1969
293Convention de l'OUA 1969 Op.cit
294Article II, Alinéa 1 Convention de l'OUA 1969
295Article II, Alinéa 2 Convention de l'OUA 1969

109
des réfugiés en Afrique. Sur ses quinze articles, deux seulement font référence aux droits

des réfugiés296, sans compter les ambiguïtés permanentes observées dans ce dispositif.

Dans la même optique, un texte désigné comme étant le Document d'Addis-Abeba

sur les réfugiés et les déplacements forcés de population en Afrique 297 fut adopté à

l'occasion du Symposium de l’OUA et du HCR sur les réfugiés et les déplacements forcés

des populations en Afrique du 8 au 10 Septembre 1994 organisé pour commémorer le

vingt-cinquième anniversaire de l’adoption de la Convention de l’OUA de 1969 régissant

les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique et le vingtième anniversaire de

son entrée en vigueur298 .

En substance, il s'inscrit en droite ligne des questions de protection des réfugiés en

Afrique en se basant sur la Convention de l'OUA de 1969, et énonce clairement que :

« Les États membres de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et le Secrétariat de

l’OUA, en collaboration avec les organisations intergouvernementales et non gouvernementales

pertinentes, doivent examiner tous les facteurs pouvant causer ou alimenter des conflits civils, afin

d’élaborer un plan d’action global pour s’attaquer aux causes profondes des flux de réfugiés et

autres déplacements. Entre autres, les questions suivantes doivent être examinées : affrontements

et conflits ethniques, le rôle du commerce des armements causant et exacerbant les conflits en

Afrique ; l’établissement de fondements solides pour des institutions et une gestion démocratique ;

le respect des droits de l’homme ; la promotion du développement économique et du progrès social ;

les obstacles à la fourniture d’une protection et d’une assistance humanitaire aux personnes

déplacées ; et l’interdépendance des actions humanitaires, politiques et militaires au plan

international. »299.

Si sa principale recommandation était d’intégrer les aspects de protection des

droits de l'Homme et convoque une synergie d'actions entre les États dans l'espace

africain, ce consensus normatif postule davantage pour une action plus préventive et

efficace sur les causes des conflits en Afrique et suggère le renforcement de la coopération

pour y faire face. Il est à déplorer à l'évidence, que les États africains ont démontré très

peu d'intérêt dans sa mise en œuvre. Cette latence et cette timidité sont également

observées dans l'application de la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples
296TAGUM FOMBENO, Henri Joël , Op.cit 58 ( voir les deux articles)
297Document d'Addis-Abeba sur les réfugiés et les déplacements forcés de population en Afrique, 1994
298En effet, la Convention de l'OUA de 1969 est entrée en vigueur en date du 20 juin 1974

299Document d'Addis-Abeba sur les réfugiés et les déplacements forcés de population en Afrique, 1994
110
et la déclaration de l'OUA de Juillet 2001.

2) la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples 300 ou “Charte de

Banjul”301qui a vocation d'institutionnalisation des organes de promotion et de protection

des Droits de l'Homme et des Peuples reconnaît le droit d'asile, mais limite néanmoins sa

mise en œuvre à la discrétion des lois de chaque pays et des conventions internationales .

Dans son article 12, il est exposé en effet :

« Toute personne a le droit, en cas de persécution, de rechercher et de recevoir asile en territoire

étranger, conformément à la loi de chaque pays et aux conventions internationales »302.

Le mérite de la Charte africaine des Droits de l'Homme et des peuples s'inscrit

surtout à travers l'intérêt qu'elle porte à la protection et à la promotion de la morale et des

valeurs traditionnelles reconnues par la Communauté qui constituent selon elle, «...un

devoir de l’État dans le cadre de la sauvegarde des droits de l'Homme.»303

En rappelant le lien communautaire dans ce contexte, la Charte convoque ainsi les

fondamentaux de la nécessité d'une solidarité africaine dans le domaine de la promotion

et de la protection des droits de l'Homme en Afrique. A ce titre, Alioune BADARA FALL

indiquera précisément que : « ...l’Afrique ne peut pas envisager un droit de l’individu sans la

communauté, sans la famille, sans le groupe, parce que dans ce groupe existent des traditions et

des règles morales. L’Africain a du mal à se séparer du groupe, quelles que soient ses

revendications de liberté. Et c’est cette combinaison qui a été formidablement bien réussie par les

rédacteurs de la Charte qui ont considéré que l’individu et la société ne font qu’un, qu’ils sont les

deux faces d’une même médaille et qu’on ne peut pas séparer l’individu de sa communauté »304.

En somme, avec la Charte des droits de l'Homme et des peuples de 1981, les

violations des droits de l’homme ne pouvaient plus être passées sous le couvert de la
300Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples , adoptée en 1981 à Nairobi ( Kenya)
301C’est en raison du rôle historique que joua Gambie dans l'adoption de la charte africaine qu'elle fut
baptisée “Charte de Banjul”.
302Charte africaine des droits de l’homme et des peuples article 12, alinéa 3
303Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, article 17
304Entretien d'Emmanuel LAURENTIN et Séverine LIATARD avec Alioune BADARA FALL, juriste,

professeur de droit public à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV,et Eric JOLLY, anthropologue, directeur
de l’Institut des Mondes africains (IMAF) et spécialiste du pays dogon (Mali) au cours de l’Émission « La
Fabrique de l'Histoire » du 12 Décembre 2018 ( France Culture) Thème: Une histoire des déclarations des
droits de l'homme : Les chartes africaines, de Kurukan Fuga à Nairobi (1236 (?)-1981)
Voir https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/une-histoire-des-declarations-
des-droits-de-lhomme-24-les-declarations-africaines-du-kurukan-fuga-a , consulté le 27 Décembre
2018
111
non-ingérence dans les affaires intérieures des États. La charte de « Banjul » a ainsi

marqué en son temps, une nouvelle ère dans la protection des droits de l'Homme en

Afrique305.

3) La Déclaration de l'Organisation de l'Unité africaine de juillet 2001 pour les réfugiés

qui ont impérativement besoin de protection internationale.

Adoptée en Juillet 2001 à Lusaka en Zambie à l’occasion de la 37 ème session

ordinaire de la conférence des chefs d’États et de gouvernement de l’OUA – ce fut par la

même occasion le 50ème anniversaire de la convention de 1951-, la déclaration commune

des Chefs d’États d’Afrique marquait la réaffirmation de l'adhésion des États membres

de l'organisation régionale africaine aux dispositions normatives contenues dans la

Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et le Protocole de 1967, complétés par

la Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en

Afrique. Par cet acte d'adoption d'un texte juridique de protection des réfugiés, des

rapatriés et des personnes déplacées en Afrique, les chefs d’État africains ont traduit leur

volonté de fonder et de légitimer le droit international des réfugiés à travers le HCR

notamment, investie comme instance statutaire de protection des personnes persécutées.

Les principes de Bangkok qui voient le jour en 2001 se définissent sous le même prisme

protecteur des réfugiés.

4) Les Principes de Bangkok

Les Principes de Bangkok sur le statut et le traitement des réfugiés, mis à jour en

2001 ont été adoptés par certains États d’Asie, d’Afrique et du Moyen Orient. Ces

principes sont importants en ce qu’ils reflètent les opinions de nombreux États ayant une

grande expérience en matière d’octroi d’Asile y compris des États qui ne sont pas parties à

la Convention de 1951 ni au protocole 1967.

Tout comme la Convention de l’OUA et la Déclaration de Carthagène, les Principes

de Bangkok donne une définition du réfugié qui est plus large que celle de la Convention
305La Charte africaine des Droits de l'homme et des peuples de 1981 a en effet favorisé la modernisation de
la promotion et de la protection des droits de l'Homme en contexte africain par l'émergence de nouveaux
dispositifs juridiques qui limitent l'exercice de la souveraineté des États. Ainsi, le prétexte selon lequel
seules les juridictions nationales étaient compétentes en cas de violation ne pouvait plus justifier les
violations des droits de l’homme dans les pays africains.
112
de 1951. Mais la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux

personnes déplacées en Afrique innove dans ce sens qu'un premier texte international

consacre la protection juridique des personnes déplacées.

5) La Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux personnes

déplacées en Afrique (Convention de Kampala de 2009 ).

D'un point de vue historique, la Convention de Kampala de 2009 constitue

sur le plan factuel, une étape historique dans la protection des personnes déplacées

internes (PDI) en Afrique.

Conformément aux Principes directeurs des Nations Unies sur les déplacements

internes, ce texte dont la particularité marquante est l'adoption d'une définition

exhaustive du déplacement interne couvre les mobilités causées par les conflits, la

violence généralisée, les catastrophes naturelles ou d’origine humaine et les projets de

développement, autant de facteurs diffus à l’origine des migrations forcées en Afrique 306.

Afin de contribuer à l'effectivité d'un changement pour des millions de personnes

déplacées et d’empêcher le déplacement de plusieurs millions d’autres, ce nouvel

instrument juridique à l’instar des autres cadres juridiques internationaux, incite ses États

signataires à promouvoir la transposition dans leurs ordres juridiques internes et la mise

en œuvre de la Convention307. L’Union africaine a d'ailleurs joué un rôle central de

mobilisatrice et de facilitatrice, produisant des résultats concrets, comme l’établissement

de programmes d’action nationaux, de mécanismes de suivi et d’évaluation et d’une loi-

type servant de modèle à l’élaboration de législations pour la mise en œuvre de la

convention.308

Sur un plan régional, l'Afrique à travers l'adoption de diverses dispositions

conventionnelles, législatives et réglementaires – même si ce fut parfois dans des

circonstances tendues – a manifesté sa volonté et son intérêt qu'elle accorde à la prise en


306Rapport de la Commission de l'Union Africaine: « La Convention de Kampala Un An Après : Avancée et
Perspectives » Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), Conseil norvégien pour les
réfugiés (NRC), Octobre 2013
307Depuis son adoption en octobre 2009,19 États membres ont ratifié la convention selon le rapport de

2013, et la plupart ont procédé à la transposition de ses dispositions en droit interne.


308Préface du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les Droits de l’Homme des personnes déplacées

interne, Chaloka Beyani, et le Rapporteur spécial de l’Union africaine sur les réfugiés, les demandeurs
d’asile, les personnes déplacées internes et les migrants, Maya Sahli Fadel,Rapport de la Commission de
l'Union Africaine, Ibid
113
charge des personnes déplacées involontairement. Par cette démarche, elle a ainsi affirmé

son adhésion aux normes internationales , mais surtout aux principes qui fondent tout

État de droit dans le sens moderne du terme. Sa motivation s'est surtout révélée à travers

les âges , par son ancrage socio-culturel incarnée dans la solidarité qu'elle place au centre

de toute action. Mais la volonté officielle des États d'Afrique et leur engouement exprimés

à l'occasion des rencontres intra africaines pour la cause des migrants forcés ne semblent

pas, sur le théâtre des opérations au sein des États hôte, notamment en Afrique médiane ,

se traduire par des actes de solidarité durables en faveur des réfugiés. A l'épreuve des

faits, il a été observé en effet, une quasi absence d'un cadre juridique concerté consacrant

au niveau sous-régional d'Afrique Centrale, la prise en charge des réfugiés.

D) De l'incertitude d'un cadre juridique concerté de protection des réfugiés dans


l'espace sous-régional centre-africain

Même si DEGNI-SEGUI fait observer en 2001 que «Les États d'Afrique Noire

Francophone sont parties, dans leur immense majorité, aux principaux instruments

internationaux protecteurs des droits de l'homme, qu'ils soient universels ou régionaux»309 ,

l'élaboration commune des politiques de protection des réfugiés en Afrique centrale

demeure encore un domaine d'engagement qui ne semble pas préoccuper les susdits

États, et par conséquent se voit relégué au second plan, s'il n'est tout simplement ignoré.

La quasi inexistence d'un cadre normatif de protection concerté des migrants forcés au

sein de cet espace sous-régional ainsi que le peu d'intérêt manifesté pour une prise en

charge mutuelle des réfugiés en situation de précarité restent un problème dont la

résolution est peu probable dans un proche avenir, et les raisons d'en douter semblent

beaucoup plus prégnantes.

S'il est constant que la sous-région est un espace géographique où la gouvernance et

la coopération transfrontalière doivent constituer un centre d'intérêt commun en raison de

l'étroitesse des liens éthiques et ethniques qui rapprochent les populations, les autorités

des espaces d'intégration sous-régionale à l'instar de la CEEAC et la CEMAC ont la

responsabilité de promouvoir et de renforcer cette solidarité intra régionale entre les

309DEGNI-SEGUI, René : Les droits de l'homme en Afrique noire francophone : Théories et réalités, 2e éd.,
Abidjan, Ed. CEDA, avr. 2001, pp. 48-49.
114
territoires des différents États membres en l'occurrence sur les questions des migrations

forcées, à mesure que progresse la construction de l’espace communautaire. Les différents

textes juridiques d'application en matière de protection des réfugiés dans l'espace visé

sont dans la plupart des cas inspirés des normes internationales et chaque État au nom du

principe souveraineté met en place un cadre normatif adapté à son contexte, ce qui est

loin d'être favorable à une mutualisation des efforts susceptible de permettre une

efficacité dans l'opérationnalisation de la protection des réfugiés. Qui plus est, les flux

migratoires transfrontaliers des individus, souvent tributaires des conflits en Afrique

centrale, restent saisis comme une négation des territoires nationaux hérités de la

colonisation310. Au sein des frontières des États de cet espace géographique sous-régional,

est souvent exprimé un nationalisme exacerbé qui explique souvent les postures

souverainistes des dirigeants de cette partie. Même si les États d'Afrique médiane ont

démontré un intérêt à se solidariser, le processus de coopération en marche a encore du

chemin. Les États de la sous-région ne semblent pas par exemple, s’adapter à la théorie du

debordering (effacement des frontières)311, c'est à dire à celle de l'ouverture des frontières

qui favoriserait leur intégration sous-régionale et/ou intra communautaire, laissant

prévaloir entre eux, la méfiance et la vie en autarcie312.

Toutefois, la reconnaissance du statut de réfugié à des individus entraîne une

protection juridique internationale pour ces réfugiés, qui s'accompagne d'une prise en

charge assistancielle. Cette protection et cette assistance incombent pour l'essentiel à l’État

d'accueil, mais surtout aussi, au HCR, organe onusien statutaire qui joue un rôle central et

irréductible en matière de protection et d’assistance aux réfugiés. Le respect du droit

international des droits de l'Homme, ainsi que celui des normes juridiques internationales

en matière humanitaire constituent des substrats essentiels dans le positionnement de


310BENNAFLA, Karine : « La fin des territoires nationaux ? État et commerce en Afrique centrale »,
Politique Africaine, n°73, Mars 1999
311ASIEDU Alex ; EZZINE Abdelfattah ; TANDIAN, Aly: « La migration africaine, État des lieux, Résumé
du rapport», consulté en ligne, le 28 Décembre 2016),
http://www.madenetwork.org/sites/default/files/RESUME%20ETUDE%20%20ETAT%20DES%20LIEUX
%20SUR%20LA%20MIGRATION%20AFRICAINE.pdf
312Une exception peut être relevée au sujet de l’espace transfrontalier que forment le Sud-Cameroun, le

Nord-Gabon et la partie continentale de la Guinée Équatoriale. Cette bordure du territoire géographique


centre-africain se présente, selon Christian-Yann MESSE MBEGA, comme un exemple d’espace
d’intégration sociospatiale grâce à la transnationalité de l’ethnie Fang, à l’implantation des marchés
frontaliers et à la coopération décentralisée amorcée par les collectivités locales. Pour plus de détails, lire
MESSE MBEGA, Christian-Yann : « Les régions transfrontalières: un exemple d’intégration sociospatiale
de la population en Afrique centrale?», Éthique publique, Revue internationale d'étude sociétale et
gouvernementale,vol. 17, n° 1, 2015:Penser l'ouverture des frontières, consulté en ligne, le 20 Octobre
2016, http://journals.openedition.org/ethiquepublique/1724
115
certains États d'accueil d'Afrique centrale, à l'instar du Cameroun, comme terre d'accueil

favorable de protection des réfugiés.A titre d'illustration, rappelons que le Cameroun a

été le premier pays africain à appliquer la résolution onusienne du 10 Avril 2014 313 dans

laquelle le conseil de sécurité demandait aux autorités de transition, dans le cadre de la

reconstruction de la RCA, d’organiser les élections libres, transparentes et ouvertes à tous

en mettant un accent sur la participation des réfugiés dans ce processus démocratique à

travers la signature le 02 novembre 2015, d'un Accord Tripartite de coopération

(Cameroun – RCA - HCR) pour la participation des réfugies centrafricains aux élections.

La signature par le Cameroun de cet instrument juridique à caractère humanitaire et sa

mise en œuvre a permis à environ 102.000 réfugiés (statutaires) centrafricains, soit 20% en

territoire camerounais en âge de voter de participer effectivement aux opérations

électorales marquant la fin de transition en RCA 314. La participation des réfugiés aux

élections en Afrique vient ainsi révolutionner la gestion de cette catégorie de population

dont l’encadrement dans les pays d’accueil, en collaboration avec la Communauté

internationale et d’autres organismes partenaires, est en voie d’une véritable

institutionnalisation nationale. Cette participation témoigne d’une ouverture

démocratique effective pour des lendemains meilleurs en RCA315.

Bien que respectant dans l'ensemble des dispositions d'ordre interne et

international de protection et certaines spécificités, l'application du droit d'asile en

Afrique Centrale ne manque pas de présenter d'évidentes imperfections.

III. DE LA COMPLEXITE DANS LA JOUISSANCE DU STATUT RÉFUGIÉ

Partagés entre impératifs de protection et sauvegarde des intérêts nationaux et/ou

locaux, les États hôte ont très souvent du mal à faire un choix. L'alternative qui leur reste

offerte est celle du droit applicable en matière de protection des réfugiés, qui lui-même

présente de profondes ambiguïtés. En effet, le droit des réfugiés actuel est source de

grandes controverses liées à contenu et à son efficacité .

313Résolution 2149 (2014) du Conseil de Sécurité de l’ONU


314SONGUE François Silvère, « La Problématique de la gestion des réfugiés en Afrique», (Consulté le 26
Août 2016 ), ( En ligne ) URL: http://www.afriqueprogres.com/la-tribune/4515/la-problematique-de-la-
gestion-des-refugies-en-afrique,
315 SONGUE François Silvère, ibid

116
A) La jouissance du statut de réfugié: Entre incertitudes juridiques et impératifs de
protection

Si le réfugié est au cœur du droit international d'asile contemporain comme nous

venons de l'observer, le droit d'asile lui n’est pas exclusivement un droit du réfugié.

Aujourd'hui, le statut du réfugié tient surtout de la définition internationale donnée à la

notion de réfugié contenue dans la convention de Genève de 1951 et reprise ensuite par

divers instruments. Ce statut du réfugié, même s’il est questionnable, convoque une

démarche toute aussi particulière pour sa détermination. Cet irréversible préalable

entraîne des effets pluridimensionnels qui suggèrent une analyse sérieuse.

1. La détermination du statut du réfugié : Une étape complexifiée

Selon la Convention de Genève de 1951, la Détermination du Statut du Réfugié

peut être définie comme « le processus par lequel les autorités du pays ou le HCR établissent

qu'une personne qui sollicite la protection internationale est bien un réfugié c'est-à-dire qu'elle

remplit les critères d'éligibilité définis par les instruments régionaux ou internationaux relatifs

aux réfugiés, par la législation nationale ou par le mandat du HCR » 316 . Elle occupe une place

importante dans le droit international d'asile et dispose d’un cadre juridico-institutionnel

bien défini, caractérisé par la prévalence de textes régionaux ou internationaux, et les

législations nationales, mais aussi l'intervention de diverses autorités compétentes. Son

régime peut être individuel ou celui de la détermination par groupes, déclinée sous

l'expression de « prima facie ».

La DSR dépend donc, rappelons le, de la définition du réfugié. Dans le sens de la

Convention de Genève de 1951, on peut distinguer trois éléments essentiels

d'identification du réfugié :

 la persécution

Le réfugié au sens de la convention doit avant tout se caractériser par une crainte

fondée de persécution. Cette dernière peut être établie sur la base de cinq motifs non

dépendants les uns les autres : La race, la religion, la nationalité, l'appartenance à un

certain groupe social, les opinions politiques. Ainsi, la possibilité de subir ces persécutions

doit bien être réelle et évaluable pour pouvoir prétendre acquérir le statut de réfugié.
316HCR : Introduction à la protection internationale. Protéger les personnes relevant de la compétence du
HCR : Module d'autoformation 1, Département de la protection internationale, Septembre 2005, (Consulté le
24 Novembre 2016 ), ( En ligne ) URL : https://www.unhcr.org/fr/publications/legal/4ad2f81618/module-
dautoformation-1-introduction-protection-internationale-proteger.html
117
 La territorialité : Le réfugié doit avoir quitté les frontières du pays dont il détient la

nationalité. Cet élément est important dans la mesure où il est capital dans la

distinction entre réfugié et notions voisines telles les déplacés internes.

 la protection est celle censée être apportée à tout individu par l’État, mais pour les

réfugiés dans l'ensemble, elle n'est pas effective au point où ces derniers ne veulent

ou ne peuvent se réclamer de cette protection. 317

Avant de continuer, il est important d’indiquer que la DSR fait appel à un arsenal

varié de critères d'éligibilité adossé sur des textes non seulement régionaux et

internationaux mais également nationaux. Le cadre juridique de la cette démarche

s'élargit donc très souvent au droit interne. Ainsi, les législations nationales des pays

procèdent souvent à une reprise des définitions internationales. Intégrer le droit

international dans la législation nationale revêt une importance particulière dans les

domaines que ne couvre pas la convention de 1951. En outre, la détermination du statut

du réfugié relève fondamentalement de l’État d’accueil, c'est-à-dire l’État sur le territoire

duquel se trouve le demandeur d'asile, et du HCR318.

Le Haut-Commissariat pour les Réfugiés pour sa part a pour mandat statutaire,

rappelons le, la protection des réfugiés. L'objectif de la DSR relevant de ce mandat est de

permettre au HCR de déterminer si les demandeurs d'asile satisfont aux critères de la

protection internationale des réfugiés. L'efficacité de la DSR relevant du mandat du HCR

comme instrument de protection dépend de l'équité et de l'intégrité des procédures de

DSR mises en place par le HCR et de la qualité des décisions prises par l'Organisation

dans ce cadre. Ainsi, le HCR peut parfois procéder à une détermination de l'éligibilité au

statut de réfugié sur une base individuelle par un examen individuel des demandes 319.

La détermination du statut du réfugiés pose souterrainement la problématique des

demandes d’asile engagées de façon individuelle (détermination individuelle) ou de celles

qui émanent des groupes ou flux de masse (prima facie). « Une personne ne devient pas un

réfugié en vertu d'une décision de reconnaissance, mais est reconnue parce qu'elle est un réfugié.
317BONNEMAISON, Joël ; CAMBRÉZY, Luc ;QUINTY BOURGEOIS , Laurence : « Le territoire, lien ou
frontière ? Identités, conflits ethniques, enjeux et recompositions territoriales ». Colloque du 2 – 4 octobre
1995, organisé à Paris – Sorbonne, Éditions de l’Orstom, Institut Français de Recherche Scientifique pour le
Développement en Coopération, Collection Colloques et séminaires Paris, 1997, (Consulté le 14 Mars
2015), ( En ligne), URL:http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers08-09/010014865.pdf,
318HCR : «Détermination du Statut de Réfugié, Déterminer qui est un réfugié , Module d’autoformation 2 » ,

Septembre 2005, Consulté en ligne, le 24 Novembre 2016, https://www.refworld.org/pdfid/435d05384.pdf


319Normes relatives aux procédures de détermination du statut de réfugié relevant du mandat du HCR,

www.unhcr.org
118
En d'autres termes, la décision de reconnaissance est déclaratoire : elle reconnaît et confirme

officiellement que la personne concernée est un réfugié » : C’est le régime déclaratoire.320

La détermination individuelle par le HCR et l’État d'accueil s’opère par un examen

individuel des demandes. Lorsqu'il est observé des arrivées individuelles de demandeurs

d'asile dans un État, il se soumet au respect du droit d’asile, et singulièrement au respect

du principe de non-refoulement. La détermination individuelle implique d'abord que tout

réfugié arrivant dans un pays à la recherche d'asile est considéré comme un demandeur

d'asile. Cette notion de demandeur d'asile est à différencier des autres catégories de

migrants, et cette distinction est essentielle car les demandeurs d'asile ont certains droits

au sens notamment de la Convention de 1951. Toutefois, il est important de faire observer

que ces trois principes énoncés dans la Convention de 1951 s'appliquent strictement aux

réfugiés, mais se voient très souvent étendus en faveur des demandeurs d'asile, qui,

comme précédemment indiqué bénéficient d'une présomption de réfugié ( réfugié de facto)

pendant le traitement de leurs demandes. Parmi ces droits, nous pouvons citer l'absence

de sanction pénale du fait de leur entrée ou de leur séjour irrégulier pour les réfugiés

arrivant directement de leur pays d'origine 321, ensuite il y a le fait que seules les

restrictions nécessaires pourront être appliquées aux déplacements de ces réfugiés 322, et le

troisième principe est le non-refoulement 323.Ces personnes auront par ailleurs droit à une

procédure équitable324. Par ailleurs, nous devons noter que l'étude de ces dossiers

individuels s'entoure de certaines questions procédurales que nous analyserons dans nos

développements ultérieurs.

En règle générale, c'est l’État d'accueil qui procède à la détermination individuelle

du statut de réfugié. D'ailleurs, il est sans doute préférable que ce soient les États qui

mobilisent cette procédure, car ce sont les gouvernements qui ont la responsabilité de

faire en sorte que les réfugiés sur leur territoire soient traités selon les normes

internationales. Néanmoins, pour cela, il faut que les États aient expressément prévus des

procédures nationales effectives, et aussi accéder aux instruments internationaux sur les
320HCR : Introduction à la protection internationale. Protéger les personnes relevant de la compétence du
HCR . Op.cit ;
321Article 31, Alinéa 1 de la Convention de 1951 sur les réfugiés
322Article 31, Alinéa 2 de la Convention de 1951, Op.cit

323Article 33 de la Convention de 1951, Op.cit


324GUIMEZANES, Nicole : « Le statut juridique des réfugiés » In Revue internationale de droit comparé.
Vol. 46 N°2, Avril-juin 1994. Pp.605-628.
119
réfugiés. Ainsi, le HCR peut intervenir pour établir la DSR au cas où des États n'auraient

pas rempli ces conditions.

La détermination du statut de réfugié peut se faire d'autre part, selon des afflux

massifs, cette détermination se fera alors par groupes de réfugiés. On parlera donc de

détermination collective ou « prima facie ». Il faut d'abord préciser que cette détermination

par groupes peut poser des problèmes de protection adéquate aux circonstances en

question, car les situations individuelles ne sont pas ici prises en compte, alors que celles-

ci présentent souvent des différences fondamentales qu'il est important d'observer. La

détermination collective « prima facie » signifie essentiellement la reconnaissance par un

État du statut de réfugié sur la base des circonstances apparentes et objectives dans le

pays d'origine motivant la fuite. Notons qu'on y a largement recours en Afrique et en

Amérique latine ainsi que dans les pays confrontés à des afflux massifs, comme en Asie

du Sud, et qui n'ont pas de cadre juridique en matière de réfugiés.325

La reconnaissance collective du statut de réfugié est donc particulièrement

indiquée dans le cas d'un afflux massif, lorsque les personnes en quête de protection

internationale arrivent en nombre important et à un rythme rendant impossible la

détermination individuelle de leur statut. Le statut de réfugié est donc accordé dans ces

situations par les États d'accueil et le HCR aux membres d'un groupe particulier sur une

base prima facie, c’est-à-dire de première vue. Par ailleurs, les personnes reconnues comme

des réfugiés à l'issue d'une détermination collective jouiront du même statut que les

personnes ayant obtenu ce statut à titre individuel.

Il est cependant important de relever que la détermination collective impose une

démarche sélective pour éviter toute complaisance à la reconnaissance de certaines

catégories de réfugié. En effet, lorsque des afflux massifs arrivent aux frontières d'un pays

d'accueil, celui-ci doit vérifier si, par exemple, ce groupe ne contient pas des personnes

qui ont été à l'origine des persécutions que fuient les demandeurs d'asile. En effet, en

fonction du contexte, il peut s'avérer nécessaire de mettre en place des mécanismes qui

permettent d'identifier les membres d'un groupe qui ne répondent pas aux critères

d'inclusion de la définition du réfugié applicable. 326La qualification de ce groupe devrait

325IVOR, Jackson: The Refugee Concept in group situations, Martinus Nijhoff, The Hague, 1999
326A titre illustratif, lorsqu'un conflit armé dans un pays déclenche un exode massif de réfugiés dans des
pays voisins, des combattants peuvent être mélangés aux réfugiés, Lire sur ce point, LY DIA, Chérif, Op.cit
120
se faire sur la base d'informations objectives se rapportant à la situation qui règne dans le

pays d'origine.327

La démarche qui précède la jouissance du statut de protection internationale obéit

à un ensemble de règles définies dans les instruments juridiques de protection des

réfugiés et opérationnalisées par les États d’accueil et l’organe de protection, le HCR.

2. La demande d'asile : une procédure sui generis

Selon la lettre et l'esprit l'esprit de la Convention de Genève de 1951 sur le droit des

réfugiés, pour qu'une personne qui sollicite le statut de réfugié, c'est-à-dire un demandeur

d'asile, soit reconnue comme tel, elle doit remplir des critères d'éligibilité qui sont des

moyens de reconnaissance du réfugié définis par les instruments internationaux ou

régionaux relatifs aux réfugiés, par les législations nationales y afférentes ou par le

mandat du HCR.

Il faudrait avant tout relever que les critères d'éligibilité qui constituent le point

d'ancrage autour duquel se base la reconnaissance ou non du statut de réfugié à des

individus déterminés puisent essentiellement leur source dans la définition du réfugié

contenue dans la Convention suscitée, notamment à l'article 1 alinéa 2. Il y est en effet

entendu - il convient de le redire - qu'un réfugié est toute personne « qui, par suite

d'événements survenus avant le 1er janvier 1951, et craignant avec raison d'être persécutée du fait

de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses

opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de

cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays »328.

Sur ce point, faisons remarquer que les États d'accueil gardent une importante

marge de manœuvre – souveraineté oblige - dans l'adoption de critères plus généreux ou

alors restrictifs que ceux énoncés dans la Convention de 1951, ce qui, selon Bénédicte

TRATNJEK, « ...donnent à voir diverses représentations du statut de demandeur d’asile et une

géographie de la discrimination et des persécutions à géométrie variable»329. En exemple, la

définition du réfugié contenue dans la Convention de l'OUA de 1969 sur les réfugiés, qui,

en plus de reconnaître et de rappeler que « la Convention des Nations-Unies du 28 juillet

327LY DIA, Ibid


328Article 1 alinéa 2 Convention de Genève de 1951, Op.cit
329TRATNJEK, Bénédicte, Op.cit
121
1951 modifiée par le protocole de 1967 constitue l'instrument fondamental et universel relatif au

statut des réfugiés, et reflète la profonde sollicitude que les États portent aux réfugiés ainsi que leur

désir d'établir des normes communes de traitement des réfugiés » 330 élargit considérablement le

champ de définition du réfugié de la Convention de 1951. Selon l'article premier, alinéa 2

de la Convention de l'OUA en effet, « le terme `réfugié' s'applique également à toute personne

qui, du fait d'une agression, d'une occupation extérieure, d'une domination étrangère ou

d'événements troublant gravement l'ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays

d'origine ou du pays dont elle a la nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour

chercher refuge dans un autre endroit à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la

nationalité ».331

Il est important de souligner que la variabilité des diverses interprétations du statut

de demandeur d'asile de la Convention de Genève de 1951 se décline à l'aune des critères

d'éligibilité dits d'inclusion qui sont «...les fondements positifs permettant d'aboutir à la

reconnaissance officielle du réfugié et de lui octroyer ainsi le statut de réfugié », ou alors des

critères d'exclusion et de cessation «..qui constituent des raisons d'annulation ou de non-

reconnaissance du statut de réfugié332 ».

Parlant de la procédure de la DSR, d'autres facteurs peuvent entrer en ligne de

compte, notamment certains instruments régionaux qui peuvent expliciter ou élargir le

sens de la définition internationale du réfugié contenue dans Convention de Genève de

1951. Dans le cas des États parties à cette Convention et au Protocole de 1967, les critères

doivent impérativement correspondre au moins à ceux de la définition contenue dans le

susdit traité. Par ailleurs, comme nous l’avons précisé plus haut, le HCR peut aussi être

chargé de la DSR, et dans ce cas, il utilise aussi les critères basés sur la Convention de

Genève de 1951, mais aussi sur son statut de 1950 qui reprend quasiment la définition du

réfugié de la Convention de 1951. Revenons à présent sur les critères d'inclusion et

d'exclusion qui déterminent l'éligibilité ou non au bénéfice du statut du réfugié.

Au sens de la définition du réfugié de la Convention de 1951 contenue à son article

premier, les critères dits d'inclusion font référence aux éléments qui forment un

fondement positif de la détermination de statut de réfugié, et qui doivent être présents


330Préambule de la Convention de l'OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des
réfugiés en Afrique
331Convention de l’OUA de 1969 sur les réfugiés, Article premier, alinéa 2, Op.cit
332LY DIA, Chérif, Op.cit

122
pour qu'une personne soit reconnue comme un réfugié 333. A titre de rappel, l'article 1

alinéa 2 de la Convention de Genève stipule que le terme `réfugié' s'applique à toute

personne qui « ...craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa

nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve

hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer

de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans

lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite

crainte, ne veut y retourner »334. Une personne ne peut donc être éligible au statut de

réfugié, que si elle répond à trois principaux critères dont le détail est important pour

permettre un minimum d'objectivité dans l'analyse des demandes d'asile.

En premier lieu, le demandeur d'asile doit satisfaire le critère de territorialité, ou

critère géographique, il doit en effet au moment de la demande, avoir franchi les

frontières de son pays d'origine, ou alors être présent hors des frontières de son pays

d'origine ou résidence habituelle. C'est un critère important qui permet de distinguer les

réfugiés stricto sensu des déplacés internes; Ensuite, pour être éligible au statut de réfugié,

le requérant doit également justifier d'un mobile psycho-sociologique qui sous-tend sa

demande, à partir d'une crainte fondée, c'est-à-dire vérifiable et/ou objective sur

l'impossibilité de rentrer dans son pays ou résidence d'origine au moment de la

demande335. Enfin, nous pouvons évoquer dans ce sillage analytique, le critère de

causalité qui renseigne sur l'adéquation entre le préjudice craint par le demandeur

d'asile et la persécution inhérente à des violations graves des droits de l'homme ou à

d'autres formes de préjudices graves dont il est supposé être l'objet. Rappelons que la

persécution dont il est fait référence ici se décline à l'aune des cinq motifs (race, religion,

nationalité, appartenance à un groupe social, opinions politiques) admis dans la définition

du réfugié par la Convention de Genève de 1951336. Toutefois, même en l'absence de

persécutions, certaines personnes peuvent bénéficier du statut de réfugié sur la base des

définitions élargies figurant dans les instruments régionaux applicables et/ou de la

333HCR : Guide et principes directeurs sur les procédures et critères à appliquer pour déterminer le statut
des réfugiés au regard de la convention de 1951 et du protocole de 1967 relatifs au statut des réfugiés
réédité, UNHCR, Genève, Décembre 2011
334Article 1 alinéa 2 Convention de Genève de 1951 Op.cit
335La Convention de Genève de 1951 y fait référence à la possibilité raisonnable qu'il soit exposé à un
préjudice dans son pays d'origine s'il était renvoyé.
336Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, Op.cit

123
législation nationale du pays d'accueil, et du mandat de protection internationale du

HCR337. Ce dernier point nous permet de rappeler que la définition de la Convention de

1951 peut être élargie de manière plus généreuse comme nous l'avons fait observé par la

définition du réfugié donnée par la Convention de l'OUA. 338 A côté des clauses

d'inclusion, existent des clauses d'exclusion au statut de réfugié qu'il est utile ici

d'examiner.

L'exclusion, selon la Convention de Genève de 1951 339, signifie qu'une personne qui

répond aux critères d'inclusion du statut de réfugié se voit néanmoins refuser la

protection internationale accordée aux réfugiés, et les clauses d'exclusion peuvent être

définies comme des dispositions légales qui refusent les avantages de la protection

internationale à des personnes qui satisferaient par ailleurs aux critères d'obtention du

statut de réfugié. Ces clauses figurent aux articles 1 alinéa D, 1 alinéa E et 1 alinéa F de la

Convention de 1951340, mais il faut noter que l'article 1 alinéa D est entendu autant comme

une clause d'inclusion que d'exclusion. Ainsi, l'exclusion au sens de l'article 1 alinéa E 341 et

1 alinéa F342 signifie qu'une personne qui remplit les critères d'inclusion ne peut bénéficier

du statut de réfugié parce qu'elle n'a pas besoin de la protection internationale accordée

aux réfugiés ou ne la mérite pas. Il en est de même de l'existence d'une catégorie spéciale

337Ilfaut ici préciser que selon la Convention de Genève de 1951, lorsque les persécutions émanent de
personnes individuelles ou d'entités non-étatiques, la crainte de persécution est fondée uniquement si les
autorités du pays d'origine ne veulent ou ne peuvent fournir une protection efficace
338Disposition de la Convention de l'OUA, Op.cit
339Convention de Genève de 1951 sur le Statut des réfugiés , Article 1 alinéa E, et F

340L'Article 1 alinéa D de la convention de Genève de 1951 précise en effet : «Cette Convention ne sera
pas applicable aux personnes qui bénéficient actuellement d'une protection ou d'une assistance de la part
d'un organisme ou d'une institution des Nations Unies autre que le Haut-Commissariat des Nations Unies
pour les réfugiés». L' alinéa F ( Article1) du même texte indique que « Les dispositions de cette Convention
ne seront pas applicables aux personnes dont on aura des raisons sérieuses de penser : a) qu'elles ont
commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l'humanité, au sens des instruments
internationaux élaborés pour prévoir des dispositions relatives à ces crimes; b) qu'elles ont commis un
crime grave de droit commun en dehors du pays d'accueil avant d'y être admises comme réfugiés ; c)
qu'elles se sont rendues coupables d'agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies.
341L'article I alinéa E fait en effet référence aux personnes qui sont reconnues par leur pays de résidence
comme ayant les droits et les obligations attachés à la possession de la nationalité de ce pays et qui
jouissent effectivement de ces droits. On parle dans ce cas de l'exclusion de personnes n'ayant pas besoin
de la protection internationale.Pour plus de détails, Voir Convention de Genève de 1951, Op.cit
342L’article I alinéa F fait quant à lui référence aux personnes ne méritant pas la protection internationale

en raison de certains crimes graves qu'elles auraient commis. Il s'agit de l'exclusion des personnes dont on
aura de sérieuses raisons de penser qu'elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un
crime contre l'humanité, au sens des instruments internationaux élaborés pour prévoir des dispositions
relatives à ces crimes qu'elles ont commis , un crime grave de droit commun en dehors du pays d'accueil
avant d'y être admises comme réfugiées, qu'elles se sont rendues coupables d'agissements contraires aux
buts et aux principes des Nations Unies. Toutefois, il faut noter que cet article doit être traité avec la plus
grande prudence, étant donné les conséquences très graves que peut avoir l'exclusion pour la personne
concernée.Convention de Genève de 1951, Op.cit
124
de réfugiés qui bénéficient déjà de la protection ou de l'assistance d'un organisme des

Nations-Unies autres que le HCR343. Par ailleurs, il est utile d'indiquer que dans les cas de

reconnaissance collective de réfugiés, certaines personnes peuvent être exclues du champ

des bénéficiaires au statut de réfugié ainsi que des avantages y afférents . Toutefois, il faut

d'ores et déjà préciser qu'à la différence des clauses d'inclusion qui favorisent une marge

importante de flexibilité dans l'interprétation de la demande d'asile, les clauses

d'exclusion ont été définies de manière exhaustive, et ne peuvent donc être interprétées

que de manière restrictive. Après l'analyse des conditions préalables de la demande

d'asile, il convient à présent, de centrer notre regard sur la procédure proprement dite qui

consacre la reconnaissance au statut de réfugié .

3. La praxis de la procédure de reconnaissance au statut de réfugié

Les conditionnalités d'examen et d’acceptation de l’asile dans le cadre de la

procédure de demande d'asile sont régies centralement par la Convention de Genève de

1951 et des textes additionnels qui consacrent le droit des réfugiés, mais aussi par les

législations régionales ou nationales spécifiques des États hôte.La procédure de

reconnaissance au statut de réfugié convoque une première phase qui renseigne sur le

déroulement de la susdite procédure qui ouvre droit à l'acquisition du statut de réfugié.

Mais il existe aussi des hypothèses de perte du bénéfice de ce statut.

Mobilisée en plusieurs phases, la procédure de reconnaissance du statut de réfugié

est intrinsèquement liée aux critères d'éligibilité analysés plus haut, critères qui servent de

référence, nous l’avons relevé, dans la détermination du statut de réfugié. Adaptées aux

spécificités nationales et respectant les droits de l’Homme, les règles procédurales en

matière de reconnaissance du statut du réfugié font appel aux législations internes qui

sont elles-mêmes bâties en respect au droit international des réfugiés 344.C’est l'organisme

chargé de conduire la procédure de demande d'asile qui est au cœur de cette démarche

opératoire qui diffère selon les pays. En France par exemple, c'est l'Office Français de

Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) crée en 1952, qui est compétent en matière

de reconnaissance de réfugiés. Mais en vertu de la responsabilité qui lui est dévolue dans

le cadre de la supervision et du contrôle de l'application des dispositions de la

343Article
I alinéa D qui fait référence aux personnes ne bénéficiant pas du régime de la Convention de
1951.
344Convention de Genève de 1951, Op.cit

125
Convention de 1951 et du Protocole de 1967345 par les États parties à ces instruments, le

HCR assiste aux différentes étapes des procédures et critères appliqués dans le cadre de

la reconnaissance au statut de réfugié. Il faudrait rappeler qu'il n'est pas totalement

associé à la prise de décisions, mais en tant qu'observateur et peut être néanmoins

entendu sur chaque affaire346.

Au Cameroun, cette démarche est opérée par des organes spécialisés du Ministère

des Relations Extérieures -MINREX- , en l'occurrence, la Commission d’éligibilité au

statut de réfugié et la Commission des recours des réfugiés, en vertu de la loi N°2005/006

du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun et de son décret N°2011/389 du

28 novembre 2011 portant organisation et fonctionnement des organes de gestion du

statut des réfugiés et fixant les règles de procédures y relatives347.

Par ailleurs, il faut noter que la participation du HCR à la procédure de

reconnaissance du réfugié a surtout trait à la protection des droits des demandeurs

d'asile, notamment à travers le respect de certains principes comme la confidentialité, qui

sont des principes prégnants de la procédure.Toutefois, l'admission au bénéfice du statut

de réfugié est loin d'être définitive. Sous certaines conditions, les bénéfices du statut de

réfugié peuvent être restreints ou carrément suspendus.

4. La perte des bénéfices du statut de réfugié

Le statut de réfugié ne peut pas être définitif. En effet, il existe certaines causes et

conditions déclinées sous l'expression clauses de cessation348 qui peuvent mettre fin au

bénéfice du statut de réfugié. En 1991, le HCR à travers son Comité Exécutif fait valoir la

possibilité de mettre en œuvre les clauses de cessation de la Convention de 1951 «..dans

des situations où, en raison d'un changement de circonstances dans le pays d'origine, les réfugiés

n'ont plus besoin de protection internationale et ne peuvent donc refuser de bénéficier de la

protection de leur pays»349. Cet état de faits , qui peut s'analyser sur une double mesure avec

345Paragraphe 8 du Statut du HCR de 1950 et Article 35 de la Convention de 1951 sur le Statut des
réfugiés.
346Ibid
347Article 16 du Décret N°2011/389 du 28 novembre 2011 portant organisation et fonctionnement des

organes de gestion du statut des réfugiés et fixant les règles de procédure, en application de la loi
N°2005/006 du 27 juillet 2005 portant Statut des réfugiés au Cameroun :« Il est créé une commission
d’éligibilité au statut de réfugié et une commission des recours des réfugiés dont l’organisation, le
fonctionnement et les règles de procédures sont fixés par décret ».
348Convention de Genève de 1951 Op.cit, Article 1 alinéa C
349HCR: «Note sur les clauses de cessation, EC/47/SC/CRP.30 », Par UNHCR Standing Committee, 30 mai

1997, Consulté en ligne,le 26 Novembre 2016, https://www.unhcr.org/fr/excom/standcom/4b30a61de/note-


clauses-cessation.html
126
d'une part, la cessation fondée sur des actes du réfugié, ou alors celle fondée sur un

changement important de circonstances entraîne, mutatis mutandis, la perte du statut de

réfugié et l'extinction des bénéfices et des droits y afférents.

Parmi les actes volontaires du réfugié pouvant entraîner cessation de son statut , la

Convention de Genève de 1951 souligne : Se réclamer volontairement de la protection du

pays dont il a la nationalité ; Recouvrer volontairement sa nationalité ; Acquérir une

nouvelle nationalité et jouir de la protection du pays dont il a acquis la nationalité ; Se

rétablir volontairement dans le pays qu'il a quitté ou hors duquel il est demeuré de crainte

d'être persécuté350. D'autre part, la cessation du statut de réfugié peut aussi être basée sur

un changement fondamental de circonstances prévu à l'article 1 alinéa C (5) et (6) 351, c'est-

à-dire si les circonstances à la suite desquelles l'individu a été reconnu comme réfugié ont

cessé d'exister. Toutefois, pour que ces clauses de changement de circonstance puissent

être appliquées, il faut que la situation objective dans le pays d'origine ou de résidence

habituelle ait changé d'une manière stable, consistante et durable. Il faut noter enfin que

la cessation ne fait pas partie de la DSR, par conséquent, les critères énoncés à l'article 1

alinéa C ne doivent nullement être pris en compte dès le stade de l'éligibilité 352.

En dehors de la cessation, des situations susceptibles de justifier une expulsion à

des bénéficiaires du statut de réfugié peuvent exister . Ces situations exceptionnelles sont

prévues par la Convention de Genève de 1951, ainsi que par la Convention de l'OUA de

1969, portant statut des réfugiés en Afrique. L'article 32 de la Convention de Genève

précise en effet que «les États contractants n'expulseront un réfugié se trouvant régulièrement

sur leur territoire que pour des raisons de sécurité nationale ou d'ordre public ».353 Cette

expulsion sera appliquée sous réserve du respect l’ordonnancement juridique en

vigueur . Il est par exemple strictement interdit de refouler ou d'extrader un réfugié sur

les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée. De plus, le réfugié doit

être admis à fournir des preuves tendant à le disculper des accusations pesant sur lui,

mais aussi, un délai raisonnable doit lui être accordé par les autorités en vue de chercher à

se faire admettre régulièrement dans un autre pays354.


350Article 1 alinéa 1,C (1), (2), (3) et (4) de la Convention de Genève sur le statut des réfugiés de 1951,
Op.cit
351Article 1 alinéa C (5) et (6), Convention de Genève sur le statut des réfugiés de 1951, Ibid.

352HCR: «Note sur les clauses de cessation, EC/47/SC/CRP.30 », Op.cit


353Article
33 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951.
354Pour mémoire, dans l'affaire Soering contre Royaume-Uni du 7 juillet 1989, la Cour Européenne des

127
A ce stade de notre analyse, il est important de noter pour le déplorer, des atteintes

graves observées dans l’opérationnalisation de ce principe de non-refoulement. En Mai

2012, L’État d'Israël, pourtant signataire de la Convention a expulsé des africains (sud-

soudanais) demandeurs d'asile, pour satisfaire aux manifestations des populations vers

leur pays d'origine où des menaces de toutes sortes pesaient pourtant sur eux, avec la

situation au Darfour notamment, malgré la scission du Soudan en deux États. 355

Le droit d’asile se manifeste à efficience une fois la reconnaissance du statut du

réfugié établie et acquise. Cette reconnaissance entraîne pour le réfugié des droits

irréversibles, impératifs mais également des devoirs à l’égard de l’État accueillant.

B) La reconnaissance du statut du Réfugié : Quels effets ?


Le statut de réfugié reconnu fait naître des droits et obligations non seulement à

l’égard des États accueillant, mais également à l’égard du nouveau bénéficiaire dudit

statut , qu’il convient à présent d’examiner.

1. Le non-refoulement

Le principe de non-refoulement constitue la matrice de la protection due au réfugié

selon la Convention applicable en la matière. Si son application n'est pas nécessairement

liée à la reconnaissance officielle du réfugié, il n’est par conséquent pas besoin que le

réfugié soit définitivement reconnu et admis comme tel pour que ce principe s'applique.

En effet, il participe plus à la protection des réfugiés, mais aussi des demandeurs d'asile

qui peuvent être réfugiés avec le caractère déclaratoire du statut de réfugié. La

Convention de 1951 relative au statut des réfugiés stipule en effet : « Aucun des États

contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les

frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de

sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».356

Un demandeur d'asile ou un réfugié admis comme tel au sens de la Convention de

1951 ne peut donc être renvoyé aux frontières d'un pays dans lequel il encourt les risques

de persécution. L'importance de ce principe apparaît surtout dans le fait que le principe

droits de l'Homme déclare pour la première fois que la responsabilité d'un État peut être engagée s'il décide
d'éloigner une personne susceptible de subir de mauvais traitements dans le pays de destination.
355AREFI, Armin : « Israël ne veut plus d'africains », Le POINT international, Magazine de Géopolitique,

international, 19 Juin 2012, (Consulté le 04 février 2016 ), (En ligne ), URL https://www.lepoint.fr/monde/israel-
ne-veut-plus-d-africains-19-06-2012-1475352_24.php
356Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, Article 33, Alinéa 1

128
du non-refoulement soit devenu une norme du droit international coutumier. Il a ainsi été

élevé au rang de norme absolue de droit international ou Jus Cogens, c’est-à-dire un

principe contraignant pour tous les États, y compris ceux qui ne sont pas parties à la

Convention de 1951 ou au Protocole de 1967.

De façon globale, partant du principe de non-refoulement, le champ de protection

des réfugiés circonscrit par la Convention de 1951 s'articule autour de mesures cohérentes

et enchevêtrées qui se déclinent à travers les normes suivantes :

● La protection doit être assurée à tous les réfugiés sans discrimination;

● Des normes minimales de traitement doivent être respectées à l’égard des réfugiés

qui, pour leur part, ont certains devoirs envers l’État qui les accueille;

● L’expulsion d’un réfugié est un acte d’une gravité telle qu’il ne faut y recourir que

dans des circonstances exceptionnelles, fondées sur la sécurité nationale ou d’autres dangers pour

l’ordre publique dans le pays d’asile ;

● l’asile pouvant constituer une charge indue pour certains États, des solutions

satisfaisantes ne peuvent être trouvées que par le biais de la coopération internationale;

● Protéger les réfugiés étant un geste humanitaire, l’octroi de l’asile ne devrait pas

être la cause de tension entre les États;

● Les États doivent coopérer avec le HCR dans l’exercice de ses fonctions et faciliter la

tâche qui lui incombe de superviser la bonne application de la convention.357

En plus de la Convention de 1951, le principe du non-refoulement est aussi prévu,

explicitement ou implicitement, par divers instruments internationaux mais aussi

régionaux. Parmi ces instruments internationaux, nous pouvons citer la Convention

contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants 358, que

Christine CHANET présente comme étant un instrument de « répression des faits de torture

comme des infractions, et comme un système de contrôle de la Convention ….qui permet à la fois

«...de soumettre à un contrôle international les États parties eux-mêmes pour des faits de torture

pratiqués chez eux et de poursuivre personnellement les tortionnaires quelque soit l'endroit où ils

357Convention de Genève de 1951 sur le statu des réfugiés


358Article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants du 10 Décembre 1984 ( entrée en vigueur le 26 Juin 1987).Rappelons que cette Convention est
un traité de droit international relatif aux droits de l'Homme, adopté par les Nations unies qui oblige les
États parties à prendre toutes les mesures appropriées pour empêcher et réprimer la torture psychique ou
physique sur les êtres humains.
129
se trouvent sur le territoire de tout État partie à la Convention» 359. Dans cette même optique,

nous pouvons également citer , sans être exhaustif, la IVè Convention de Genève de 1949
360
relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre , le Pacte international

relatif aux droits civils et politiques 361, la Déclaration sur la protection de toutes les

personnes contre les disparitions forcées 362, et les Principes relatifs à la prévention efficace

des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires363.

En ce qui concerne les instruments régionaux ( notamment dans le domaine des

droits de l'Homme), nous pouvons convoquer la Convention européenne de sauvegarde

des droits de l'homme et des libertés fondamentales 364, la Convention américaine relative

aux droits de l'homme365, la Convention de l'OUA sur les réfugiés 366 (article II), et la
359CHANET, Christine: « La Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants», Annuaire Français de Droit International, Éditions du CNRS, Année
1984, pp 625-636
360En l’occurrence l'Article 45, paragraphe 4 de la IVè Convention de Genève du 12 Août 1949, relative à la

protection des personnes civiles en temps de guerre.


361Lire notamment l'article 7 du Pacte. Rappelons que ce Pacte international relatif aux droits civils et

politiques a été adopté en 1966 par l'Assemblée générale dans sa résolution 2200 A (XXI) du 16 décembre
1966 et entré en vigueur le 23 mars 1976, conformément aux dispositions de l'article 49
362Adoptée par l'Assemblée générale dans sa résolution 47/133 du 18 décembre 1992, la Déclaration sur la

protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées indique notamment à ses article 1 et 8
que «Tout acte conduisant à une disparition forcée constitue un outrage à la dignité humaine. Il est
condamné comme étant contraire aux buts de la Charte des Nations Unies et comme constituant une
violation grave et flagrante des droits de l'homme et des libertés fondamentales proclamés dans la
Déclaration universelle des droits de l'homme, et réaffirmés et développés dans d'autres instruments
internationaux pertinents».( Article 1)...«Aucun État n'expulse, ne refoule, ni n'extrade une personne vers
un autre État s'il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être victime d'une disparition forcée dans
cet autre État ( Article 8 Alinéa 1 ) Pour déterminer l'existence de tels motifs, les autorités compétentes
tiennent compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l'existence, dans
l'Etat intéressé, de situations qui révèlent des violations flagrantes, constantes et systématiques des droits
de l'homme ( Article 8 Alinéa 2)
363Principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux

moyens d'enquêter efficacement sur ces exécutions, recommandés par le Conseil Économique et Social
dans sa résolution 1989/65 du 24 mai 1989. Voir Principe N°5
https://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/ArbitraryAndSummaryExecutions.aspx, consulté le 16
Janvier 2016
364Convention Européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ( Voir Article

3).Précisons que c'est un traité international élaboré au sein du Conseil de l'Europe en 1950, avec pour
objet de définir un certain nombre de droits fondamentaux et d'instituer un mécanisme de contrôle et de
sanction propre à assurer le respect de ces droits par les États signataires.Elle est entrée en vigueur en
Septembre 1953, https://www.universalis.fr/encyclopedie/convention-europeenne-de-sauvegarde-des-
droits-de-l-homme-et-des-libertes-fondamentales/, consulté le 16 Janvier 2016
365Il s'agit précisément de la Convention américaine relative aux droits de l'Homme (- Voir l'article 22) , adoptée

à la conférence spécialisée inter américaine sur les droits de l'homme à San José (Costa Rica) le 22 novembre
1969, https://www.cidh.oas.org/Basicos/French/c.convention.htm, consulté le 16 Janvier 2016
366Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique du 10

Septembre 1969 ( Voir Article II) , entrée en vigueur le 20 Juin 1974.Op.cit


Selon J.O.OKELLO MOSES, représentant du HCR en Éthiopie ( Décembre 2014), la Convention de l’OUA
reste le premier point de référence lorsqu’il s’agit de traiter les problèmes relatifs aux réfugiés dans
l’ensemble de l’Afrique. Elle a selon lui a considérablement influencé la législation d’une majorité des pays
du continent. Au lieu de cette législation nationale centrée sur le contrôle des réfugiés que des États
africains nouvellement indépendants cherchaient à promulguer, la priorité s’est déplacée vers la gestion des
affaires relatives aux réfugiés.Plus récemment, rappelle t-il, la Convention a eu une influence majeure sur
l’élaboration de la Convention de 2009 de l’Union africaine sur la protection et l’assistance des personnes
déplacées à l’intérieur de leur propre pays en Afrique (Convention de Kampala de 2009), dans la mesure
elle-même ne couvre absolument pas les besoins de protection et d’assistance des PDI, Revue Migration
130
Déclaration du Caire sur la protection des réfugiés et des personnes déplacées dans le

monde arabe (article 2).

Toutefois, malgré cette assise textuelle, il n'en reste pas moins qu'il existe dans

certaines conditions une possibilité de déroger au principe du non-refoulement. Toutefois,

les exceptions au principe du non-refoulement sont définies de manière très rigoureuse.

C'est la Convention de 1951 qui prévoit ces dérogations à l'alinéa 2 de l'article 33

notamment : « le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un

réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays

où il se trouve, ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit

particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays. » 367

Ainsi, cet alinéa 2 de l'article 33 ne peut être applicable que si un réfugié représente

un danger très sérieux pour la sécurité du pays d'accueil (comme une menace contre sa

Constitution, son intégrité territoriale, son indépendance ou vis-à-vis de la paix

extérieure) ou s'il a été reconnu coupable d'un crime particulièrement grave à l'issue d'un

jugement qui ne peut plus faire l'objet d'un recours, et qu'il continue de représenter un

danger pour la communauté du pays d'accueil.

Par ailleurs, cet article qui prévoit des exceptions ne s'applique pas si l'expulsion

du réfugié expose ce dernier à un risque important de tortures ou de traitements ou

peines inhumains et dégradants. Il faut noter que cette interdiction du refoulement dans

ce cadre fait par ailleurs partie intégrante de l'interdiction de la torture et des mauvais

traitements. Enfin, il faut noter que lorsque ce principe du non-refoulement s'expose à des

violations dans un État, le HCR peut, dans le cadre de son mandat de protection,

intervenir auprès des autorités compétentes, et s'il le faut, informer le public. C'est dans

dans ce cadre qu'intervient la conclusion No 6 (XXVIII) du Comité exécutif du HCR de

1977 relative au principe du non-refoulement.

En effet, le comité exécutif « a réaffirmé l'importance fondamentale de l'observation du

principe de non-refoulement (tant à la frontière qu'à partir du territoire d'un État) dans le cas de

personnes qui risquent d'être en butte à des persécutions si elles sont renvoyées dans leur pays

d'origine, qu'elles aient ou non été officiellement reconnues comme réfugiés » 368. Les personnes

Forcée - RMF- (Consulté le 26 Février 2017) , (En ligne) , URL: https://www.fmreview.org/fr/foi/okello,


367Convention de Genève de 1951, Op.cit
368UNHCR : Lexique des conclusions du Comité Exécutif, HCR, Division des services de la protection

internationale, 4ème édition, août 2009, page 115


131
confrontées à une mesure de refoulement peuvent aussi saisir les mécanismes compétents

des droits de l'homme, comme le comité contre la torture.

Par ailleurs, le principe de non-refoulement ne constitue pas le seul attribut

découlant de la reconnaissance des réfugiés. La non expulsion et la non extradition ainsi

que d'autres droits et avantages connexes encadrent le statut du réfugié reconnu.

2. Droits acquis et devoirs protéiformes du bénéficiaire du statut de réfugié

Le statut de réfugié reconnu ouvre droits à divers autres avantages. Il faudrait au

préalable apporter ici des précisions importantes relatives à la protection internationale.

En effet, les réfugiés doivent bénéficier d'une protection et d'une assistance

adéquate de la part notamment de l’État hôte , mais aussi du HCR, qui constitue l'instance

centrale en matière de protection des réfugiés disposant d'un mandat statutaire de

protection. Ainsi, les autres droits et avantages au bénéfice du statut de réfugié sont bâtis

autour de l’adhésion des États d’accueil au droit international relatif aux réfugiés et aux

droits de l'homme. Ces droits découlent eux aussi des instruments internationaux relatifs

aux droits de l'homme mais également du droit coutumier international 369. Ainsi, tout

réfugié a des droits civils et démocratiques fondamentaux. Ces droits civils et

démocratiques sont articulés autour de la liberté de circulation dont les réfugiés doivent

jouir dans les mêmes conditions que les ressortissants du pays d'accueil, à moins qu'une

personne ne représente une menace particulière à l'ordre ou la santé publics. En effet,

l'article 26 de la Convention de 1951 stipule : « tout État contractant accordera aux réfugiés se

trouvant régulièrement sur son territoire le droit d'y choisir son lieu de résidence et d'y circuler

librement sous les réserves instituées par la réglementation applicable aux étrangers en général

dans les mêmes circonstances. »370 ; Il y a aussi l'accès à un enseignement adapté, mais aussi

une assistance couvrant les besoins élémentaires dont les secours nutritionnels, les

vêtements, le logement et les soins médicaux ; le droit au regroupement du réfugié avec

les autres membres de sa famille dans le pays d'accueil.

Par ailleurs, les réfugiés bénéficieraient plus facilement de ces droits s'ils disposent

de pièces d'identité. Les pays d'accueil ont donc en devoir de leur fournir de tels

documents, à moins qu'ils n'aient des titres de voyage. Le réfugié a aussi droit d'être
369Convention de Genève de 1951, Op.cit
370Convention de Genève de 1951, Op.cit
132
protégé contre les menaces à sa sécurité physique dans le pays d'accueil. Les autorités

doivent mettre en place les dispositifs nécessaires pour les protéger contre les violences

criminelles pouvant être motivées par le racisme, la xénophobie, mais aussi les tortures et

traitements inhumains.371

L'absence de protection, donc le non-respect des droits ainsi consacrés au bénéfice

du réfugié peut entraîner des conséquences tragiques sur la vie de ce dernier. En

revanche, pour y avoir pleinement accès, le réfugié doit se soumettre à un ensemble

d'obligations qu'il nous semble impératif d'examiner.

Selon les termes de l'article 14 de la déclaration universelle des droits de l’homme

de 1948, « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de

l’asile en d’autres pays»372 . Appréhendé sous cet angle, le bénéfice de l’asile s'entend donc

d'une action de charité, «une sorte de faveur du prince, magnanimement accordée, pour

s’acheter – peut-être– une bonne conscience »373 , en un mot, une prérogative discrétionnaire

de l’État hôte.

En contexte africain notamment, la Charte africaine des droits de l’homme et des

peuples s'inscrit dans une démarche similaire quand elle dispose en son article 12, alinéa 3

que :

« Toute personne a le droit, en cas de persécution, de rechercher et de recevoir asile en territoire

étranger, conformément à la loi de chaque pays et aux conventions internationales ».374

Fort de ces paramètres, le statut de réfugié est loin de conférer à ce dernier, des

privilèges ou immunités le plaçant au-dessus des lois et règlements de l’État d'asile.

Comme le fait observer Henri Joël TAGUM FOMBENO375, les obligations auxquelles

doivent se soumettre les réfugiés relèvent d'un régime général relatif aux règles dont la

violation par le réfugié entraîne soit la cessation du statut, soit l’exclusion du statut, et

d'un régime spécifique lié à l’obligation de neutralité politique.

Parlant des obligations des réfugiés adossées sur le régime général, il est utile de

rappeler certaines dispositions de la Convention de Genève de 1951 et celles de la

Convention de l’O.U.A. régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
371Convention de Genève de 1951, Ibid
372Déclaration universelle des Droits de l'Homme 1948, Op.cit, Article 14
373BROCARD Lucie et al., « Droit d'asile ou victimisation ? », Plein droit 2007/4 (n° 75),p. 11-14. DOI
10.3917/pld.075.0011
374Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples
375Lire à ce sujet, TAGUM FOMBENO, Henri Joël : «Réflexions sur la question des réfugiés en Afrique »

Revue trimestrielle des droits de l'Homme, (57/2004) 2004, Op.cit.


133
Afrique sur les clauses d'exclusion et/ou de cessation de statut.

En effet, le réfugié ne doit pas avoir commis un « ...crime grave de droit commun en

dehors du pays d’accueil, après y avoir été admis comme réfugié. Il ne doit pas non plus enfreindre

gravement les buts poursuivis par la présente convention. Par ailleurs, pour ne pas faire l’objet de

mesures d’expulsion, les réfugiés sont tenus aussi bien dans la Convention de l’O.U.A. de 1969

que dans la Convention de Genève de 1951 de ne pas commettre des infractions très graves. On

parle notamment de crime contre la paix, de crime de guerre ou de crime contre l’Humanité. Il faut

aussi noter l’interdiction faite au réfugié de se rendre coupable d’agissements contraires aux buts et

aux principes des Nations Unies et de l’O.U.A. Le réfugié comme tout individu résidant sur le

territoire de l’État d’accueil est aux termes de l’article 3, alinéa 1 de la Convention de l’O.U.A. de

1969 assujetti à l’obligation de respecter des « lois et règlements en vigueur » et « des mesures

visant au maintien de l’ordre public ». La non-soumission à ces différentes obligations expose le

réfugié à la perte de toute protection alors que sa vulnérabilité devrait le pousser à tout faire pour

faciliter la recherche d’une solution à son problème.»376

Les obligations dites spéciales des réfugiées trouvent également leur ancrage

juridique dans les Conventions de Genève de 1951, et de l'OUA de 1969. Ces obligations

se résument respectivement au respect de l'ordre public 377 , et à l'abstention par le réfugié

de tout agissement qualifié de « subversif» dirigé contre un État membre de l'OUA.378

A la lumière des droits et devoirs des réfugiés ainsi exposés, il convient de préciser

qu'il a surtout été question dans nos précédents développements, de présenter les

différentes dynamiques historiques et juridico-politiques qui ont favorisé la construction

et l'édification d'un statut du réfugié, ainsi que l'ancrage d'un droit international d'asile

consacrant le droit du réfugié actuel. Les dispositifs juridiques internationaux et

régionaux ainsi que les normes coutumières relatives à l'asile mais aussi aux droits de

l'homme, forment aujourd'hui la pierre angulaire sur laquelle repose une procédure

rigoureusement définie pour l'admission et la reconnaissance de réfugiés, mais aussi pour

leur protection. Dans la plupart des États d' Afrique Centrale à l'instar du Cameroun, la

protection des « Sans États379» est non seulement tributaire de la tradition africaine
376TAGUM FOMBENO, Henri Joël, Ibid
377L'article 2 de la Convention de Genève de 1951 met à la charge de tout réfugié, à l’égard du pays où il se
trouve, des devoirs qui comportent notamment l’obligation de se conformer aux lois et règlements ainsi
qu’aux mesures prises pour le maintien de l’ordre public.
378Il s'agit précisément de l’article 3 de la Convention de l’O.U.A. de 1969 qui précise que le réfugié doit

s’abstenir de tous agissements subversifs dirigés contre un État membre de l’O.U.A.


379Nous rappelons que cette expression est de Michel AGIER, in AGIER, Michel : « Protéger les sans-État

134
d'accueil, mais trouve surtout son ancrage dans l'engagement de l’État camerounais aux

instruments juridiques internationaux, régionaux, et nationaux de protection des

migrants forcés.

SECTION II:

CADRE NORMATIF DE PROTECTION DES RÉFUGIÉS AU CAMEROUN

Si les droits de réfugiés sont le fruit d’une évolution progressive et portent la

marque d'une histoire singulière et du temps qui ont prévalu à leur adoption, le HCR,

aux côtés des États hôtes, est investi de la mission de promotion, mais surtout de

protection des susdits droits. Cette responsabilité lui est dévolue au nom du mandat

statutaire déclinée dans la Convention des Nations Unies de 1951 relative au statut des

réfugiés380 et du Protocole additionnel de New York de 1967 381. Instruments juridiques

internationaux fondant le droit des réfugiés, la Convention de 1951 et le protocole susdit

restent imprécis sur la manière dont les États parties doivent honorer leurs engagements

en matière de protection des réfugiés. Cette situation favorise diverses interprétations des

textes juridiques de protection des réfugiés par les États, qui disposent de ce fait, d’une

liberté de choix quant aux procédures et institutions qu’ils sont sensés engager pour la

cause concernée. Dans la plupart des cas, il est adopté au sein des législations nationales,

un ensemble de dispositifs traitant des questions d'asile et de prise en charge des réfugiés.

C'est le cas du Cameroun, pays d'Afrique Centrale qui, sur le plan historique recèle une

longue réputation de pays « généreux » en matière d'asile, et qui en 2005, a adopté une Loi

portant Statut des réfugiés au Cameroun, la Loi n°2005/006 du 27 juillet 2005 - 382.

Destination importante des réfugiés dans l'espace sous-régional centre-africain au

regard des statistiques383, le Cameroun est en effet partie aux instruments juridiques
ou contrôler les indésirables : où en est le HCR ? », Éditions Karthala, Politique africaine, 2006/3 N° 103 |
pages 101 à 105, (Consulté le 18 Février 2016) , ( En ligne), URL: https://www.cairn.info/revue-politique-
africaine-2006-3-page-101.htm
380Cette Convention, rappelons le, est encore désignée Convention de Genève sur les Droits des réfugiés
381Le Protocole additionnel de New York de 1967 constitue une extension de l’application de la Convention

dans le temps et dans l’espace du territoire d’application jusque-là restreint à l’Europe pour la prise en
charge des déplacements de populations liés à la seconde guerre mondiale.
382Il s'agit en effet de la Loi n°2005/006 du 27 juillet 2005 portant Statut des réfugiés au Cameroun. Pour la

compléter, le Décret d’application N°2011/389 du 28 novembre 2011 portant organisation et fonctionnement


des organes de gestion du statut des réfugiés et fixant les règles de procédure de cette Loi n°2005/006 du
27 juillet 2005 est intervenu le 28 novembre 2011.
383Selon le Rapport du Minrex Cameroun de 2017, le Cameroun occupe le 2è rang en Afrique centrale

135
internationaux de promotion et de protection des droits des réfugiés 384. Si l'instabilité
385
politique, les conflits et les catastrophes naturelles survenus dans certains pays

d'Afrique Centrale - pris dans le cadre de l'espace communautaire CEEAC- ont favorisé

au cours de la dernière décennie, un accroissement inquiétant du nombre de migrants

forcés dans la sous-région, la situation générale des droits des susdites personnes ne s'est

pas améliorée de façon consistante. La protection des réfugiés en contexte camerounais

est encadrée, il est utile de le préciser, par différents instruments juridiques

internationaux – au rang desquels figure de façon centrale la Convention de Genève sur le

droit des réfugiés - ainsi qu'une législation nationale dédiée à cette cause comme relevé

plus haut. Toutefois, la précarité alarmante et les conditions d'accueil difficilement

supportables observées sur le théâtre des opérations - au Camp des réfugiés de Minawao

dans la partie septentrionale camerounaise, dans les sites d'identification et/ou de

recasement de la partie orientale386, tant qu'auprès de ceux vivant dans les espaces urbains

- interrogent sur la pertinence des moyens – juridico-institutionnels – de l’État du

Cameroun, ainsi que du HCR dans la prise en charge de ces personnes en déplacements

forcé.

Si l’État camerounais a manifesté son engagement, son hospitalité, ainsi que sa

générosité en créant un cadre juridique de protection nationale des « sans États», à

l'épreuve des faits, l'efficacité et l'opérabilité de ces normes semblent en revanche,

mitigées.

I. L'ÉTAT CAMEROUNAIS À L'ÉPREUVE DE LA PROTECTION JURIDIQUE


DES RÉFUGIÉS

L'octroi de l’asile, à l'évidence, est une prérogative discrétionnaire de l’État, en

vertu du principe de souveraineté reconnu à chaque entité étatique établie d'un point de

vue du droit. C’est pour cela qu’il n’existe pas de critère d'octroi de l'asile universellement

défini qui soit accepté de tous.


après le TCHAD, et le 7è dans tout le continent.
384UNHCR Global Trends Forced displacement 2015 : Rapport 2015 du Haut-commissariat des Nations

unies pour les Réfugiés, 2015


385Nous citerons ici le cas du nord de la République centrafricaine, le Nigeria avec les attaques de la secte

islamiste Boko Haram, les troubles politiques au Tchad et l’Est de la RDC, où la sécurité et la situation
humanitaire demeurent précaires à cause des conflits qui perdurent et qui causent des déplacements
massifs des populations qui quittent leurs foyers pour trouver asile dans des zones sécurisées
386A titre de rappel, il s'agit ici de l'Est Cameroun où sont accueillis des milliers de réfugiés d'origine

centrafricaine
136
Aux termes du préambule de la Déclaration sur l’asile territorial adoptée par

l’Assemblée générale des Nations Unies le 14 décembre 1967 387, l’octroi de l’asile, il est

utile de le rappeler, est un « acte pacifique et humanitaire, et qui, en tant que tel, ne saurait être

considéré comme inamical à l’égard d’un autre État » 388. Cet statut discrétionnaire et

souverainiste des États en matière de prise en charge des réfugiés est toutefois atténué

par la Convention de Genève de 1951 qui rappelle l'engagement de « protéger » aux États

-parties comme étant un impératif. En effet, il est clairement établi à l'Article 23 de la

susdite Convention que : « les États contractants accorderont aux réfugiés résidant

régulièrement sur leur territoire le même traitement en matière d'assistance et de secours publics

qu'à leurs nationaux»389.

Même si la prise charge des personnes en déplacements forcés est garantie par les

États hôte, la protection des réfugiés ne peut être effective qu’à travers une parfaite

coopération, une synergie d'actions entre l’État d’accueil et le HCR. C’est le cas du

Cameroun qui, engagé dans un élan humanitaire d’assistance aux réfugiés, entretient

depuis 1978, une relation étroite avec le HCR, à travers la déclaration de coopération

signée entre les deux parties face à l’afflux des réfugiés équato-guinéens, et la signature

par le gouvernement camerounais d’un accord de siège en 1982 qui marquera de façon

péremptoire son attachement au respect des droits de l’Homme, du droit humanitaire

international et des principes humanitaires incarnés dans la protection internationale des

réfugiés.Une brève incursion dans l'histoire du Cameroun de la 2 è moitié du XXe siècle

démontre en effet à pertinence que la solidarité de ce pays du sous-continent africain à

l'endroit des déplacés par force est loin d'être nouvelle. A titre d'illustration :

- Entre janvier 1966 et janvier 1970, période où la guerre du Biafra bat son plein au

Nigéria, le Nord Cameroun accueille des milliers de réfugiés et principalement les

populations nomades et les Haoussa musulmans.

- En 1978, le Cameroun est encore sollicité par un afflux de ressortissants équato-

guinéens fuyant la dictature de Macias Nguema, situation qui coïncide d’ailleurs avec une

déclaration de coopération entre le HCR et le Gouvernement du Cameroun ;

387Résolution 2312-XXII de l’Assemblée générale des Nations Unies du 14 décembre 1967


388Cette disposition a été reprise par l’article 2, alinéa 2 de la Convention de l’O.U.A. régissant les aspects
propres aux problèmes des réfugiés en Afrique signée à Addis-Abeba, le 10 septembre 1969, et entrée en
vigueur le 20 juin 1974.
389Article 23 de la Convention de Genève de 1951 Op.cit.

137
- Entre 1979 et la décennie 90, la partie septentrionale est à nouveau sous le choc,

avec l’arrivée de plus de 100 000 réfugiés tchadiens fuyant la guerre civile, ce qui

permettra au Gouvernement de signer un accord de siège au HCR en 1982 ;

- Entre 1980 et 2000, le Cameroun a accueilli des milliers de Rwandais suite au

génocide, puis des Congolais fuyant le régime dictatorial de Mobutu où l’instabilité

politique du pays secouait les populations civiles après la démocratisation.

- A la suite de conflits ethniques survenus en janvier 2002 au Nigéria, les grass-

fields (Donga Mantung , Banyo) accueillent près de 20 000 ressortissants nigérians ;

- En 2003, plus de 3000 éleveurs Mbororo venus de la Centrafrique se sont réfugiés

au Cameroun suite aux attaques perpétrées par des milices centrafricaines ;

- En janvier 2004, la région du Mambila frontalière à la Région de l’Adamaoua

accueille près de 23 000 éleveurs Mbororo venus du Nigéria à la suite d’un conflit qui les

avait opposé à des communautés agricoles de l’État de Taraba390

- En Février 2008, après des attaques de groupes rebelles contre la capitale du

Tchad, Ndjamena, 14 350 Tchadiens se sont réfugiés dans des communautés du nord du

Cameroun, environ 5 000 d’entre eux se sont établis depuis Mai 2008 dans le camp de

Langui situé dans la région du Nord Cameroun391.

- En 2013, suite à l'escalade de la crise socio-politique en RCA, le Cameroun est de

nouveau sollicité392 pour accueillir des milliers de centrafricains fuyant les violences dans

leur pays, ainsi que des flux massifs de réfugiés nigérians fuyant sensiblement à la même

période , les attaques récurrentes perpétrées par la secte islamiste Boko Haram 393.

Les proportions massives croissantes des réfugiés au Cameroun 394, notamment

390MIMCHE Honoré et Al, Op.cit, p.5


391NSOGA, Robert Ebenezer : Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique,Cas
des réfugiés tchadiens du Camp de Langui ( Nord-Cameroun), Op.cit
392Selon Médecins Sans Frontières – MSF- les conflits et affrontements entre groupes armés pour le

contrôle des ressources et des territoires ont entraîné une escalade de la violence en République
Centrafricaine en 2013, depuis le renversement du régime du président François Bozizé par la Séléka par
une coalition venue du nord-est du pays. Les populations civiles ont été victimes de violences de masse et
d’exactions ciblées qui ont fait des milliers de morts et de blessés.Villages brûlés, exécutions, pillages : les
exactions contre les populations prises au piège des combats se sont intensifiées en 2017, atteignant des
niveaux de violence extrême qui n’épargnent personnes.Plus d’un million de Centrafricains ont fui les
combats et les exactions, espérant trouver refuge dans des pays voisins,à l'instar du Cameroun et du Tchad
ou des enclaves (camps, quartiers et bâtiments protégés par des troupes internationales).
https://www.msf.fr/eclairages/rca-une-population-livree-a-la-violence, Consulté le 20 Septembre 2018
393Ces milliers de réfugiés nigérians dont nous préciserons plus loin, les conditions d'assistance , sont

accueillis dans le Camp de Minawao situé à l'extrême Nord du Cameroun.


394Le MINREX dénombre près de 400000 réfugiés et demandeurs d’asile dont 14600 vivent en zone urbaine

et pris en charge par le HCR, en dehors des 228000 personnes déplacées à l’intérieur du pays et des
communautés d’accueil.
138
ceux identifiés dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, zone dite d’installation des

réfugiés centrafricains395 et les réfugiés nigérians du camp de Minawao dans la région de

l'Extrême Nord sont devenues durant la dernière décennie, importantes et par voie de

conséquence préoccupantes, ce qui pose tout le défi de leur assistance, de leur gestion, en

un mot, de leur protection.

En l’espèce, s’il est vrai que cette protection trouve toute sa légitimité à l’aune de

l’onction juridique internationale ancrée dans divers instruments juridiques

internationaux tel qu’indiqué plus haut, il n’est pas superflu d'observer dans la position

de l’État du Cameroun, une volonté réelle de se mouvoir dans cet élan humanitaire en

apportant assistance et protection aux personnes déplacées par force. La dynamique

juridico-légale de protection des réfugiés dans l'espace camerounais est perceptible tant

dans le déploiement des institutions internes de protection des réfugiés que dans son

ordonnancement juridique.

A). L'adoption de la loi N°2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au
Cameroun

La Convention de 1951 et le protocole de 1967, nous l'avons souligné dans nos

analyses précédentes, sont restés muets sur les moyens - institutionnels, structurels - et

les méthodes de prise en charge des réfugiés.Il revient donc aux États-parties , de prendre

toutes les mesures nécessaires et utiles pour assurer la protection des migrants forcés. Si

ce mutisme ouvre la voie à un abandon des réfugiés au sort quasi exclusif des États

d'accueil, ce qui entraîne très souvent des abus et/ou négligence observés dans le

traitement de ces personnes, il reste constant que les textes internationaux de protection

des réfugiés, malgré leurs ambiguïtés et lacunes, convoquent, tout au moins en théorie, un

traitement humain et raisonnable396 des personnes en déplacements forcés, et obligent les

États -Parties, à respecter le droit international des réfugiés. C'est cette double mesure qui

a inspiré la rédaction d'un texte de lois consacrant la protection des droit réfugiés au

Cameroun.

A travers la Loi n°2005/006 du 27 juillet 2005 portant Statut des réfugiés au

395D'après le rapport HCR de 2017, près de 200.000 réfugiés originaires de la République centrafricaine
(RCA) sont installés dans plus de 70 sites répertoriés ou villages de la région de l’Est et de la région de
l’Adamaoua.
396C'est ce à quoi fait référence l'Article 23 de la Convention de Genève de 1951, Op.cit

139
Cameroun et son décret397 d’application du 28 novembre 2011, le Cameroun a adopté la

position de la Convention de l’Organisation de l’Unité Africaine sur les problèmes des

réfugiés en Afrique de 1969 et celle de la Déclaration de Carthagène sur les réfugiés de

1984, qui met en exergue des dispositions institutionnelles régissant les aspects propres

aux problèmes des réfugiés en Afrique. Il s’en dégage une définition assez particulière du

réfugié qui prend en compte toutes les situations de violence, n’excluant aucune catégorie

de la protection due aux réfugiés. En effet son article 2 dispose :


Est considérée comme "réfugiée" … et conformément à la Convention de

Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés telle qu'amendée par

son protocole de New York du 31 janvier 1967 et à la convention de l'OUA

régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique signée à

Addis-Abeba le 10 septembre 1969.

– Toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée, à cause

de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain

groupe social, ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a

la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de

la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité, et se trouve

hors du pays où elle avait sa résidence habituelle, à la suite de tels

événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner ;

– Toute personne qui, du fait d’une agression, d’une occupation

extérieure, d’une domination étrangère ou d’événements troublant

gravement l’ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays

d’origine ou du pays dont elle a la nationalité, est obligée de quitter sa

résidence habituelle pour chercher refuge dans un autre endroit à l’extérieur

de son pays d’origine ou du pays dont elle a la nationalité. 398

A l’analyse, si l’on note un effort du Gouvernement camerounais à s’arrimer à la

mouvance protectrice internationale des réfugiés, l’approche camerounaise de la notion

de réfugié n’est qu’une juxtaposition des définitions des Conventions de Genève de 1951

et celle de l’OUA de 1969 comme relevé supra. Elle n'intègre pas certaines catégories de
397Décret N°2011/389 du 28 novembre 2011 portant organisation et fonctionnement des organes de gestion
du statut des réfugiés et fixant les règles de procédure, en application de la loi N°2005/006 du 27 juillet
2005 portant statuts des réfugiés au Cameroun.
398Article 2 de la Loi N°2005/006 du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun. Nous
précisons que cette Loi est intégralement insérée en annexes.
140
réfugiés comme les « réfugiés de l’environnement »399.

Pourtant en contexte africain, comme partout dans le monde, cette catégorie de

migrants forcés est à prendre au sérieux, au regard de l'actualité des migrations forcées

contemporaines. En 2007, Christel COURNIL400 établit que les catastrophes écologiques

ont conduit plus de 25 millions de personnes à quitter leurs habitations, leurs régions ou

leurs pays et résultent de causes écologiques très variées, des catastrophes brutales

d’origine naturelle ou technologique (séismes, cyclones et ondes de tempête, tsunamis,

accidents industriels majeurs, etc.) aux catastrophes plus insidieuses, se développant sur

un temps long (sécheresse, divers impacts de l’augmentation du niveau de la mer,

désertification, etc.). En Afrique par exemple, c'est dans ce contexte pour le moins

alarmant que des milliers de somaliens ont trouvé refuge au Kenya - dans le camp de

Dadaab notamment - en 2011 à cause d’une longue et intense sécheresse ayant entraîné de

faibles productions agricoles et une grave crise alimentaire dans la corne de l’Afrique.

Si la problématique des réfugiés environnementaux se pose avec autant d'acuité,

c'est qu'elle représente en effet de nos jours, une hypothèse spéculative dans la mesure où

le droit positif ne s'en est pas jusqu'ici saisi – il est confronté à un vide conceptuel et même

juridique401 - et son traitement ressortit, pour l'instant, du seul bon vouloir des États. Il

s'agit donc de déterminer si la transposition de la notion de réfugiés au domaine de

l'environnement a quelque chance de succès 402 pour pouvoir y convoquer leur

protection403. Il n'est donc point superflu d'observer que la protection juridique de cette

catégorie de réfugiés fait de plus en plus l'objet à l’échelle régionale et internationale, des
399BROWN, Lester, L'état de la planète, cité par Modeste KONDJI, Alain : « La place de l'individu dans le
droit international public : l'exemple des réfugiés ». Mémoire de maîtrise en droit public. Université de
Yaoundé, octobre 1990, p. 57.
400COURNIL, Christel ; MAZZEGA, Pierre : Réflexions prospectives sur une protection juridique des
réfugiés écologiques, Revue européenne des migrations internationales, vol. 23, n° 1, pp. 7-34.
401Certains auteurs, à l'instar de Christel COURNIL et Pierre MAZZEGA – pour ne citer que ceux-ci-
posent le constat de l'absence des instruments juridiques de protection des réfugiés écologiques. Pour
ceux-ci, la Convention de Genève de 1951 qui consacre le droit des réfugiés actuel n'offre aucune garantie
pour les victimes de catastrophes écologiques et est par conséquent inadaptée à ces derniers qui ne
peuvent se prévaloir de la protection d'un texte qui ne peut leur être applicable.
Voir COURNIL, Christel ; MAZZEGA, Pierre : Réflexions prospectives sur une protection juridique des
réfugiés écologiques, Ibid.
402MAGNINY, Véronique : « Les réfugiés de l'environnement : Hypothèse juridique à propos d'une menace
écologique », Thèse de Doctorat en Droit, Université de Droit – Paris I Panthéon Sorbonne, Mai 1999
403Dans la même optique, les travaux de Jean-Jacques Parfait POUMO LEUMBE mettent en avant le
diagnostic d'un vide juridique à l'échelle internationale ( Droit international) en matière de protection des
personnes déplacées à la suite de la destruction de l'environnement ( réfugiés environnementaux), in
POUMO LEUMBE, Jean-Jacques Parfait, « Les déplacés environnementaux : Problématique de la
recherche d’un statut juridique en droit international », Thèse de doctorat de Droit Public. Université de
Limoges, 2015, Op,cit
141
préoccupations tant des chercheurs que de la communauté internationale, si tant est que

la recherche des solutions juridiques404 aux préoccupations de ces nouveaux types de

migrations forcées à cause de leur nombre sans cesse croissant se pose de façon cruciale et

urgente.

Par ailleurs, le Cameroun en tant que partie aux différents instruments juridiques

internationaux concernant les réfugiés a fait sienne, dans son nouveau dispositif normatif

de protection des réfugiés, la politique de non-refoulement, de non-expulsion et de non-

extradition des réfugiés, ce qui a renforcé son option de promotion/protection des droits

des réfugiés, et par-delà, sa soumission aux normes internationales de protection des

réfugiés.

- Le non-refoulement

L'étranger qui choisit le Cameroun pour se réfugier ne doit être ni refoulé, ni

expulsé, sauf sous certaines conditions. En effet, L'article 7 al 1 de la Loi N°2005/006 du 27

Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun dispose : « Aucune personne ne peut

être refoulée à la frontière, ni faire l'objet d'autres mesures quelconques qui la contraindraient à

retourner ou à demeurer dans un territoire où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient

menacées 405».

Le principe du non-refoulement constitue le fondement même de l'ensemble des

textes juridiques protégeant le réfugié en contexte camerounais. Il s'agit de ne pas

renvoyer dans son pays d'origine la personne en quête d'asile. Les États membres du

Comité exécutif du HCR ont rappelé que le principe du non-refoulement doit être observé

tant à la frontière qu'à partir du territoire d'un État406.Qu'en est-il de la non expulsion ?

- La non-expulsion

L'expulsion peut être considérée comme une mesure administrative prise à

l'encontre d'un étranger dont la présence est jugée indésirable sur un territoire national

donné407. Elle se décline comme une atteinte grave aux libertés des individus. A ce titre,

l'article 8 alinéa 2 de la Loi camerounaise de 2005 indique qu' « aucune mesure d'expulsion

ou de reconduite à la frontière contre un demandeur d'asile ne peut être mise en exécution avant

404KOÏBE MADJILEM , Roméo, Op.cit.


405Article7 al 1 de la Loi N°2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun
406KOUAM, Siméon Patrice : « Le Statut des réfugiés au Cameroun, : Étude critique de la Loi N° 2005/006
du 27 Juillet 2005 », Mémoire de DEA, Droit Privé fondamental, Université de Yaoundé II, 2004.
407Ibid

142
que la commission d'éligibilité au statut de réfugié ne se prononce sur sa demande, à moins que

lesdites mesures ne soient dictées par des raisons de sécurité nationale, d'ordre public ou en

exécution d'une décision rendue conformément à la Loi»408. L'expulsion n'est donc possible que

sous certaines conditions énumérées par le législateur. Quand bien même l'expulsion a

lieu, le réfugié n'est pas renvoyé vers son pays d'origine. C'est pourquoi la décision

d'expulsion est signifiée au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qui se

charge de lui trouver un pays d'asile dans un délai de soixante-douze heures. L'expulsion

entraîne de plein droit le retrait de la carte de réfugié. Toutefois, sur un plan opératoire –

comme nous allons le démontrer plus loin- des réserves doivent être émises quant à

l'application des principes fondamentaux de Droit international contenus dans la Loi

camerounaise portant Statut des réfugiés.

L'avènement d'une nouvelle législation en matière de protection des réfugiés à

travers la loi n°2005/06 du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun a

néanmoins été perçu comme une véritable révolution dans le domaine. La procédure de

détermination de la qualité de réfugié s'est décomplexifiée et a été confiée à des organes

spécialisés, les effets de l'octroi de cette qualité ont davantage été précisés. Dans

l'ensemble, les réfugiés jouissent à travers cette Loi, du standard international de

traitement contenu dans les textes internationaux ratifiés par le Cameroun. Les principes

fondamentaux tels que l'assimilation des réfugiés aux nationaux, la non-expulsion, le non-

refoulement, la non-extradition, n'ont reçu de limites que celles prévues par la Loi. Ces

efforts sont clairement appréciés dans le décret d'application du 28 Novembre 2011 qui

accompagne et précise le nouveau dispositif normatif camerounais de protection des

réfugiés.

B) Du Décret N° 2011/389 du 28 Novembre 2011

La production d'une législation nationale en matière d'accueil et d'assistance des

réfugiés traduit l'affirmation de la souveraineté de l’État camerounais quant à l'octroi d'un

statut de réfugié. La législation camerounaise à travers son cadre normatif accorde un

droit d'asile aux personnes réfugiées tel que défini par les textes internationaux. Cette

législation précise notamment qu'«Un réfugié se trouvant régulièrement sur le territoire du

408Article 8 alinéa 2 de la Loi N°2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun
143
Cameroun ne pourra être expulsé que pour des raisons de sécurité nationale ou d’ordre public» 409.

Dans l'ensemble, ce texte donne aux réfugiés les mêmes privilèges et avantages que les

nationaux en ce qui concerne le droit à la non-discrimination, le droit de pratiquer sa

religion librement, le droit à la propriété, la liberté d’association, le droit d’ester en justice,

le droit au travail, le droit à l’éducation, le droit au logement 410. Le décret du 28 Novembre

2011 complète la loi camerounaise relative au statut des réfugiés et apporte des précisions

sur l’organisation et le fonctionnement des organes de gestion des réfugiés. Son article 16

dispose en effet :

«Il est créé une commission d’éligibilité au statut de réfugié et une commission des recours des

réfugiés dont l’organisation, le fonctionnement et les règles de procédures sont fixés par décret».

Ces nouvelles institutions internes fixent en effet les règles de procédure, en

application de la loi N°2005/006 du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au

Cameroun. Elles sont établies auprès du ministère en charge des Relations extérieures et

travaillent en collaboration avec le HCR et de nombreuses autres institutions nationales à

l’instar de la présidence de la République, des services du Premier ministre, de la

gendarmerie nationale, la direction générale de la recherche extérieure, la commission

nationale des droits de l’homme et des libertés, du Ministère de la justice, du Ministère de

l’administration territoriale.

II. DE L’INSTITUTIONNALISATION DES COMMISSIONS

Rappelons que c'est la Loi N° 2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au

Cameroun qui crée en son article 16(1), deux organes de gestion des réfugiés : La

Commission d'éligibilité au statut de réfugié et la Commission de recours des réfugiés.

D'une grande importance, ces instances sont issues du Décret N°2011/389 du 28

Novembre 2011 portant organisation et fonctionnement des organes de gestion du statut

des réfugiés et en fixent les règles de procédure, en application de la Loi sus indiquée .

Les deux entités juridiques sont établies au sein du Ministère des Relations Extérieures.

409Article 14(1) du Décret N°2011/389.


410Article 9 du Décret N°2011/389.
144
A) La Commission d'éligibilité au statut de réfugiés

D’après l’Art 8 du décret n°2011/389 du 28 novembre 2011, la Commission

d’éligibilité est saisie de toute demande en éligibilité et décide en premier ressort de

l’octroi ou du refus du statut de réfugié au demandeur d’asile. Elle est assistée d’un

secrétariat technique. Ainsi, toute demande d’asile est adressée au président de la

Commission d’éligibilité, puis reçue par le secrétariat technique. Les demandes déposées

auprès des bureaux du HCR sont transmises au secrétariat technique.411

En plus de ces membres, les alinéas 2 et 3 de l’article 2 précisent respectivement

d’une part qu’un représentant HCR assiste aux travaux en qualité d’observateur avec voix

consultative et d’autre part que le président peut inviter toute personne, en raison de ses

compétences, à assister aux travaux de la commission d’éligibilité avec voix consultative.

Lorsque la commission d’éligibilité est saisie des faits susceptibles de provoquer

l’exclusion ou la perte du statut de réfugié en application des articles 3 et 4 de la loi, elle

statue sur le cas, dans les conditions prévues par le décret et d’autres textes pertinents 412.

L’article 12 pour sa part dispose qu’en cas d’arrivée massive de personnes en quête d’asile,

et notamment devant l’impossibilité matérielle de déterminer leur statut sur la base

individuelle, la commission d’éligibilité peut décider de leur reconnaître le statut de

réfugié «prima facie» sous réserve de vérifications ultérieures au cas par cas. Enfin, les

décisions de la commission d’éligibilité sont susceptibles de contestation auprès de la

Commission des recours des réfugiés413.

B) La Commission de recours des réfugiés

Elle est l’organe qui statue en dernier ressort en cas de contestation d’une décision

de la Commission d’éligibilité et les délais de recours sont de 30 jours. Le recours est

introduit directement auprès du secrétariat technique, soit par le canal des bureaux du

HCR et la Commission des recours se prononce dans un délai maximum de deux (02)
411Selon l'article 2 (al 1) du décret n°2011/389, la Commission d'éligibilité est composé de 08 membres: Un
Président : 01 représentant du Ministère chargé des relations extérieures ;Un vice-président : 01
représentant du ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation ; 01 représentant du
ministère des Relations extérieures ;01 représentant du ministère des affaires sociales ;01 représentant de
la délégation générale à la Sûreté nationale ; 01 représentant de la gendarmerie nationale ; 01 représentant
de la direction générale de la recherche extérieure ;01 représentant de la commission nationale des droits
de l’homme et des libertés
412Article 11 du décret n°2011/389
413Article 13 du décret n°2011/389

145
mois après sa saisine. Avant de prendre sa décision, la Commission des recours 414 peut

ordonner la comparution personnelle du demandeur d’asile et prescrire toute autre

mesure d’instruction utile. Le recours devant la Commission doit comporter l’exposé des

moyens nouveaux invoqués et une copie de la décision de la Commission d’éligibilité en

cause. L’introduction d’un recours suspend toute mesure d’expulsion nationale. 415 Selon

les dispositions de l'Article 3 (2) du décret n°2011/389 sus nommé, un représentant du

HCR peut être invité à assister aux travaux en qualité d’observateur avec voix

consultative.

Il convient de relever que les procédures devant ces Commissions sont gratuites.

Les membres des Commissions prêtent serment avant leur entrée en fonction devant le

Tribunal de Grande Instance et se réunissent sur convocation de leurs présidents

respectifs au moins une fois par mois et en cas de besoin lorsque les circonstances

l’exigent. Les décisions de chacune des Commissions sont prises à la majorité simple des

membres présents. En cas d’égalité des voix, celle du président est prépondérante. Les

décisions des Commissions sont motivées et notifiées à la diligence du Secrétariat

technique.

D’après l’art 16 de ce décret, dès la reconnaissance du statut de réfugié, le

Secrétariat technique délivre au bénéficiaire, ainsi qu’à tous les membres mineurs et

majeurs de sa famille au sens de l’article 5 de la loi n°2005/006, des attestations de réfugié

qui leur permettront d’obtenir auprès des autorités compétentes des cartes de réfugiés

visées par l’article 13 (1) de la loi. La durée de validité de la carte de réfugié est de deux

(02) ans renouvelable suivant la réglementation en vigueur. En cas de perte ou refus de

statut de réfugiés, l’article 17 dispose que: «sauf raison impérieuse de sécurité nationale, un

délai de (06) mois est accordée à l’intéressé pour trouver un pays d’accueil».

Ainsi, toute personne ayant perdu la qualité de réfugié ou ne l’ayant pas obtenu et

n’ayant pas quitté le territoire au terme du délai de six (06) mois est considéré comme un

étranger en situation irrégulière au sens de la loi n°97/012 du 10 janvier 1997 fixant les

conditions d’entrée, de séjour et de sortie des étrangers au Cameroun.

414Selon les termes de l'article 3(1) du décret n°2011/389, la commission des recours est composée de 05
membres: Un président : 01 représentant de la présidence de la République; un vice-président : 01
représentant des services du Premier ministre ; 01 représentant du ministère de la justice ; 01 représentant
du ministère des Relations extérieures ; 01 représentant du ministère de l’administration territoriale et de la
décentralisation.
415Article 13 , Op cit 124

146
Conclusion du chapitre

La protection des droits des réfugiés revêt de nos jours, comme nous venons de le

constater, une dimension sinon particulièrement complexe, du moins préoccupante qu’au

moment de la définition et de la mise sur pied du cadre juridico-légal de 1951, et les

proportions alarmantes que prennent les flux de migrations forcées dans le monde, et

singulièrement en contexte africain durant la dernière décennie constituent une alerte

sérieuse qui interpellent la communauté internationale ainsi que la communauté

scientifique à une prise en compte urgente de la question des réformes, ou plutôt d'un

renouvellement du droit des réfugiés 416. Les conflits armés, la répression, les persécutions,

les violations graves et massives des droits de l'homme, les déplacements massifs en

raison des catastrophes liées aux changements climatiques, ont en effet généré ces

dernières années comme nous venons de l'observer, un afflux de demandeurs d'asile, de

réfugiés et de déplacés internes sur le continent africain notamment.L’étude de ces flux de

réfugiés soulève fondamentalement le problème de leurs conditions de prise en charge. Si

les demandeurs d’asile et les réfugiés ont vu leurs droits consacrés à travers divers

instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux, en Afrique en général, ces

migrants forcés sont le plus souvent confrontés à d’énormes difficultés administratives,

structurelles, infrastructurelles dans le cadre des procédures inhérentes à la

reconnaissance de leur statut et à leur prise en charge. Ces difficultés vont de la procédure

de détermination du statut de réfugié417, à l'absence des structures d'accueil pour

personnes vulnérables, ce qui constituent dans la plupart des cas, des faits aggravants de

leur précarité. En contexte camerounais, - en revenant sur le cas des États d'accueil

d'Afrique Centrale encadrés dans l'espace politique intégré de la CEEAC-, si des efforts

appréciables ont été opérés dans le domaine des réformes législatives en faveur d'une

protection juridique perti