Protection des Réfugiés au Cameroun
Protection des Réfugiés au Cameroun
Thèse :
EN VUE DE L’OBTENTION DU GRADE DE DOCTEUR (Ph. D) DE L’UNIVERSITÉ DE
BORDEAUX MONTAIGNE
Membres du Jury :
Madame Anne-Marie TOURNEPICHE, Professeure des Universités (Droit public), Université de
Monsieur Pierre KAMDEM, Professeur des Universités (Géographie), MSHS, MIGRINTER CNRS
Monsieur Bernard CALAS, Professeur des Universités (Géographie), LAM/CNRS, UMR 5115,
i
L’Université de Bordeaux Montaigne n’entend donner aucune approbation, ni
improbation aux opinions émises dans cette thèse ; ces opinions doivent être
considérées comme propres à leurs auteurs.
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SOMMAIRE
DEDICACE....................................................................................................................................... iii
REMERCIEMENTS.......................................................................................................................... iv
ABSTRACT …..................................................................................................................................13
INTRODUCTION GENERALE....................................................................................................16
3
SECTION II : LA CHARGE PRÉPONDÉRANTE ET IRRÉDUCTIBLE DU HAUT-
COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS -HCR- DANS SON RÔLE
DE PROTECTION INTERNATIONALE DES RÉFUGIÉS....................................................... 156
4
TROISIEME PARTIE : DE LA REFONTE POLITICO-INSTITUTIONNELLE ET
NORMATIVE DU DROIT D’ASILE EN AFRIQUE CENTRALE POUR UNE
PROTECTION EFFICIENTE, COHÉRENTE ET PERTINENTE DES RÉFUGIÉS DANS
L'ESPACE SOUS-REGIONAL CENTRE-AFRICAIN …......................................................250
5
SIGLES ET ABREVIATIONS
AGD ÂGE, Genre, Diversité
AGR Activités Génératrices de Revenus
Al Alinéa
ALPC Armes légères et de Petits Calibres
ALVF Association contre les Violences faites aux Femmes
APP Agenda Pour la Protection
Art Article
BIM Bataillon d’Infanterie Motorisée
BUCREP Bureau Central des Recensements et des Études de Population
CBLT Commission du Bassin du Lac Tchad
CCT Convention Contre la Torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants
CDE Convention relative aux Droits de l’Enfant
CEDEF Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’Égard des Femmes
CEDH Convention européenne pour la protection des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales
CEDR Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination Raciale
CEEAC Commission des Économiques des États d'Afrique Centrale
FRONTEX Contraction des termes « frontières » et « extérieures, désigne l'Agence européenne pour la
gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de
l'Union Européenne
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ONU Organisation des Nations Unies
UE Union Européenne
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A HILOLOMBI, la gloire,
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REMERCIEMENTS
En premier lieu, mes remerciements vont à l'endroit de mon Directeur de Thèse, Monsieur
Bernard CALAS, Professeur des Universités (Géographie), Université de Bordeaux Montaigne,
qui, malgré les contraintes liées à ses plurielles occupations, m'a accordé sa confiance en acceptant
de diriger cette thèse. Pour ses pertinentes orientations tout au long de la réalisation de ce travail,
qu'il trouve à travers ce moment, l'expression de ma sincère et profonde gratitude ;
Aux membres du jury dans leur ensemble, pour le privilège et l'honneur qu'ils nous font
par leur participation dans le jury de notre soutenance ;
A Madame Danièle LOCHAK, Professeure émérite de Droit public de l’Université Paris-
Ouest Nanterre, membre et ancienne présidente du groupe d’information et de soutien des
immigré-e-s – Gisti-, pour sa bienveillance en acceptant de lire notre travail de recherche, et d'en
émettre des éclairages et précieux conseils ;
A Monsieur Magloire ONDOA, Professeur des Universités (Droit Public), Recteur de
l'Université de Douala(Cameroun), pour son sens critique, particulièrement constructif et ses
utiles éclairages au cours de nos échanges dans le cadre de la réalisation de ce travail; Au Dr
Abraham Honoré, Expert en diplomatie préventive et Enseignant à l'Ecole Supérieure
Internationale de Guerre, Yaoundé (Cameroun), pour ses conseils pertinents, sans discontinuité,
tout au long de mes années de recherche.
A la direction, à l'ensemble du personnel administratif, aux Enseignants-Chercheurs et
chercheurs, doctorants de l’École doctorale Montaigne Humanités -Maison de la Recherche de
l'UBM, de l'Unité Mixte de Recherche 5115 LAM/CNRS de Science Po Bordeaux, de Migrinter de
l'Université de Poitiers, de Paris II Panthéon-Assas, de l'Université du Faso ( Unité de formation et
de recherche en sciences humaines et sociales), de l'Université panafricaine de Yaoundé, pour ces
années de soutien, d'accompagnement, de collaboration, d'échanges et de partage d'expériences ;
À toutes celles et ceux qui ont permis une réalisation harmonieuse de ce travail, en
m'accordant un accès dans les centres de recherche et de documentation en Europe et
particulièrement en France, au Cameroun, ainsi que des entretiens auprès des instances étatiques
camerounaises, au HCR Bureau du Cameroun( une pensée particulière à l'endroit de M.Jean
Jacques EBENE), auprès des personnes ressources de l'OIM et d'intervenants humanitaires de
terrain partenaires du HCR, aux responsables respectifs des communautés des réfugiés des
régions d'accueil de l'Extrême Nord, de l'Est, de l'Adamaoua ainsi qu'aux représentants des
réfugiés urbains du Cameroun, à toutes les personnes et autorités impliquées pendant nos
enquêtes de terrain , mon infinie gratitude pour leur nécessaire concours ;
À celles et ceux qui m'ont accordé un précieux temps pour procéder à la relecture de cette
thèse, Nathalie MARTI, Dr Parfait NYEMECK, et plus singulièrement Dr Cyrielle
MAINGRAUD, dont les échanges et les observations ont été d'un substantiel apport, mon entière
reconnaissance.
A mes ami-e-s Isabelle, Daniel et Roseline, Laurent et Angéline, Ingrid, Catherine, Bruno,
pour leur indéfectible soutien ;
Enfin, une pensée émue pour mes ancêtres ainsi que mes proches, ma famille et
singulièrement Mme et M BISSE, mes frères, mes sœurs, nièces et neveux, pour leurs infaillibles
encouragements. A ma tendre Marie Jeanne et à nos enfants, toute mon affection pour leur
réconfort et soutien constants pendant mes longues absences.
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RESUME ANALYTIQUE
Depuis la dernière décennie, les migrations forcées constituent en Afrique comme dans
de nombreux et complexes défis. Ces migrations atypiques, très souvent massives et inattendues,
dont les principales causes se recrutent dans les conflits armés, les atteintes aux droits de l’homme,
la violence, la dégradation de l’environnement, ont atteint entre 2011 et 2017, des proportions
alarmantes, comme l'indique avec emphase, le rapport global annuel de 2015 du Haut-
Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés -HCR-. Confrontées aux aspérités de leurs
difficiles trajectoires exilaires qui exacerbent leur vulnérabilité, les personnes forcées de fuir de
leurs lieux de vie habituels ne sont pas pour autant les bienvenues dans certains territoires
d'accueil où elles vivent souvent dans des conditions de haute précarité. Le paradoxe de la faillite
consécration de leurs droits dans l'ordre juridique international, dans de nombreux instruments
pléthoriques à leurs chevets. L'Afrique subsaharienne ne fait pas exception à cette actualité, elle
qui compte, selon le même rapport, environ 4,41 millions de réfugiés sur un total de 21,3 millions
multiplication exponentielle des déplacements forcés de population alimentée par une inflation
Cameroun – pour ne citer que ces cas dont l'écho des tragédies témoignent de l'actualité et de
qui pèsent au sein de cet espace géographique d'Afrique subsaharienne. De ce qui précède, ma
thèse s'attache à dresser une cartographie du système national de protection des réfugiés d'un État
position géographique est stratégique dans cette sous-région. L'exercice capitalise d'une part,
l'analyse des outils d'encadrement normatifs, structurels, infrastructurels, ainsi que les divers
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d'assistance/protection, de survie de ces personnes au sein des espaces sui generis ; l'étude permet
à mettre en cohérence, à partir d’un champ pluridisciplinaire croisé, des facteurs et acteurs appa-
cette thèse ouvre des perspectives de réflexions sur les défis d'une géographie du droit d'asile et
d'une protection efficace des réfugiés en Afrique Centrale qui se déclinent à la régionalisation des
protection à travers la création d'un cadre concerté sous-régional de gouvernance des migrations
forcées.
Mots clés: Protection; Migrations forcées; Réfugiés; Déplacés; Asile ; Droit d’asile; Droit de
l’asile; Centre-africanisation.
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ABSTRACT
In the past decade, forced migration has been a particular and growing concern in Africa
and in many parts of the world, as far as they created many complex challenges. These
migrations, very often massive, unexpected, and generally caused by armed conflicts, human
rights violations, violence, environmental degradation, have jeopardized the survival of many
populations whose proportions reached alarming rates between 2011 and 2017, as it is stated in
2015's Global Annual Report of the UNHCR. But this already vulnerable population often remains,
beyond any observation, highly precarious within some host States. The paradox of the failure of
forced migrants's protection is maintained by the constancy of the consecration of their rights in
international, regional and national legal instruments and the diversity of humanitarian actors at
their side. Sub-Saharan Africa, which, according to the report quoted above, has around 4.41
million refugees out of a total of 21.3 million in the world, is no exception to this factual reality. In
view of this dramatic and humanely burning situation in Central Africa, which has led to a
significant reconfiguration of the humanitarian space due to the exponential increase of forced
population displacement, fuelled by recurrent conflict inflation in the Lake Chad Basin, the
Central African Republic, the Democratic Republic of Congo, and the South West and North-West
Cameroon – to mention only those cases whose echo of the tragedies bear witness to the topicality
of this phenomenon in this African sub-region -, and the cross-border threats that weigh within
this sub-Saharan african territoriality, my thesis focuses to map the national refugee protection
system of the State of Cameroon, historically well known as a welcoming and hospitable country
whose geographical position is strategic in the sub-regional area of Central Africa. This exercise
allows on the one hand, the analysis of normative, structural and infrastructural framework tools,
as well as the various mechanisms of coordination of the actors involved in the protection of
forced migrants, to enable a better understanding of their welcome conditions in special areas. on
the other hand, the study makes it possible to highlight perspectives of normative, structural and
institutional practices capable to curb the important flows of refugees and to regulate their
protection on behalf of a dynamic and concerted solidarity, structured around the spatialisation of
States within the political-geographical perimeter of ECCAS. Through the systemic approach and
the theory of constructivism, I am striving to bring into coherence, from a cross-disciplinary field,
factors and actors that seem irreconcilable, but immensely intertwined. From Cameroonian
experiences, this thesis opens up finally the perspectives of reflections on the challenges of a
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relevant geographical asylum's right and an agreed and effective protection of refugees in central
Africa which decline to the regionalization of interventions, and concretely, to the urgent need of a
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INTRODUCTION GENERALE
« The problem of the refugees, is certainly one with which every human being, be he a refugee or
not, is or ought to be immediately concerned...It is unrealistic for anyone who looks at the refugee
problem to say “it cannot happen here”. No one has any absolute safeguard against becoming a
refugee himself ».
Gerrit Jan Van HEUVEN GOEDHART 1
1VAN HEUVEN GOEDHART, Gerrit Jan : “The Problem of Refugees” in Collected Courses of the Hague
Academy of International Law, 82, P261-372, 1953
16
PROLEGOMENES
des personnes est d’une grande actualité en Sciences humaines et sociales 2. Avant de
constituer un objet d’étude ou de recherche à part entière qui, en cette période charnière,
alimente de nombreux travaux et une réflexion théorique riche et plurielle 3, les migrations
sont d’abord une réalité sociale qui concerne les sociétés contemporaines globales. Dans
constitue plus une dominante des sociétés post-modernes. Les migrations deviennent de
ce point de vue, un fait sociétal important qui pousse les individus à la mobilité pour
l’adaptation aux enjeux et défis de l'ère contemporaine. Depuis les trois dernières
décennies, les mouvements de populations ont en effet pris une ampleur importante, et
vont, selon Catherine WIHTOL De WENDEN, se poursuivre, car «... les facteurs de la
mobilité ne sont pas près de disparaître : écarts entre les niveaux de développement humain le long
réfugiés et de déplacés, baisse du coût des transports, généralisation de la délivrance des passeports
(y compris dans les pays d’où il était hier difficile de sortir), absence d’espoir dans les pays pauvres
et mal gouvernés, rôle des médias»4. Qu’il s’agisse des propagandes anti-migratoires diffusées
dans les médias, de la surenchère dans la théâtralisation des personnes migrantes et/ou
réfugiées qui tentent d’entrer dans les espaces européen, nord-américain, asiatique,
particulière des polémiques complexes qui se répercutent sur les lignes de fracture des
gouvernance migratoire5.
S'il est constant que le ius migrandi a été reconnu comme le premier des droits
2Une mise en perspective illustrative de l'évolution des théories migratoires contemporaines au cours des
cinquante dernières années est présentée dans un ouvrage collectif sous la direction de Victor PICHÉ.
Pour plus de détails, lire: PICHÉ, Victor: Les théories de la migration ; Collection : Manuels et textes
fondamentaux, sous la direction de Victor PICHÉ, Paris, INED, 2013
3PICHÉ, Victor : «Les théories migratoires contemporaines au prisme des textes fondateurs », Institut
« Regards croisés sur l'économie » 2010/2 n° 8 | pages 49 à 57, consulté en ligne le 20 Juin 2015,
https://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2010-2-page-49.htm
5CHANNAC, Frédérique : «Vers une politique publique internationale des migrations? Réseaux politiques
et processus de transfert de modèles», Revue française de science politique, vol. 56, no. 3, 2006, pp. 393-
408.
17
naturels et universels et comme le fondement du droit international moderne 6, les
migrations forcées quant à elles sont de nos jours, au cœur de grands enjeux
est mis à rude épreuve ces dernières années, et tend à devenir un droit sans importance.
Sur les causes de ce déclin du droit d'asile, Catherine WIHTOL De WENDEN explique
qu'il est passé à servir « ...une double tendance humanitaire et sécuritaire, ce qui a débouché à
des taux de reconnaissance de plus en plus restreints : 20% des demandeurs obtiennent
aujourd'hui le statut de réfugié contre 80 % à la fin des années 1970» 9. Face à l'ampleur de ce
qui est présenté sous le prisme de « crise migratoire »10, l'on assiste en l’occurrence au sein
de l'Union Européenne, à une véritable crise de l'asile que Jérôme VALLUY dénonçait en
2009 comme étant le « ...grand retournement du droit d'asile» 11. D'évidence, le durcissement
progressif des dispositifs de contrôle de l’immigration que Luc LEGOUX désigne comme
6Le ius migrandi, ou droit à la mobilité est en effet inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme de 1948, notamment à l'article 13, al. 2 qui dispose : « Toute personne a le droit de quitter tout
pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.» Par ailleurs, il est important de rappeler que ce droit
fut affirmé par le théologien, philosophe et juriste espagnol Francisco de VITORIA sur la base d'une «
fraternité universelle du genre humain» ( De Indis et de iure belli relectiones. Relectiones theologicae XII ,
in Ernest Nys (dir.), Classics of international Law, Carnegie Institution of Washington, Washington, 1917.
, et par la suite par Emmanuel KANT dans sa vision de « l'hospitalité universelle» dans le cadre de son
projet de droit cosmopolitique (Emmanuel Kant,Projet pour la paix perpétuelle, Gallimard, «Bibliothèque
de la Pléiade», 1986, t.III, p. 350. ), cités par Luca d'AMBROSIO :« Quand l'immigration est un délit »,
Novembre 2010, Consulté en ligne, le 16 mai 2015, https://laviedesidees.fr/spip.php?
page=print&id_article=1263
7CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, Crise des sociétés, crise des territoires, Éditions des Archives
alinéa 2),des différentes Conventions internationales ( Conventions de Genève de 1951 sur le droit des
réfugiés et son protocole de 1967, la Convention de New York de 1954 relative au statut des apatrides), et
sur le plan régional , des différentes législations adoptées sur un plan politico-communautaire et traitant de
la protection des personnes en déplacements forcés. En Afrique, c'est le cas de la Convention de l'Union
Africaine dite de «Kampala » de 2009 sur la protection et l'assistance aux personnes déplacées en Afrique.
Comme nous le verrons de façon beaucoup plus exhaustive dans nos développements ultérieurs. Des
textes nationaux sont également adoptés par les États d'Afrique centrale à l'exemple du Cameroun dans la
même perspective protectrice des migrants forcés.
9WIHTOL De WENDEN, Catherine : « La géographie des migrations contemporaines» , La Découverte, «
Michèle: « L’Union européenne face aux migrations à l’horizon 2030 », Observatoire des enjeux
géopolitiques de la démographie, Futuribles/ IRIS ( Institut des Relations Internationales et Stratégiques),
Direction Générale des Relations Internationales et de la Stratégie-DGRIS-,Ministère de la Défense,Rapport
n° 2 - Juillet 2016, Consulté en ligne le 06 Octobre 2016, https://www.futuribles.com/viewer/pdf/8386
11VALLUY, Jérôme : Rejet des exilés : Le grand retournement du droit d'asile, Le croquant, collection Terra,
2009
18
«politiques de dissuasion»12 n'est pas sans conséquences pour les États d'accueil d'Afrique
subsaharienne13. En effet, le sentiment de rejet des exilés est alimenté à l'aune d'un
traitement confusionnel et de stigmatisation des migrants forcés, relayé par les discours
croissant de pays africains tendent à reproduire le côté négatif du « modèle européen », où les idées
préconçues et la position de bouc émissaire dans laquelle se trouvent les réfugiés pour tout ce qui
ne va pas dans le pays sont rapportées dans la presse et relayés quotidiennement dans les discours
publics. En ce sens, les réfugiés deviennent facilement des boucs émissaires puisque aucune partie
intéressée n’est là pour les défendre »14. Dans ce contexte, l’exclusivisme et la singularisation
donc de la protection des migrants forcés dans l'espace géographique africain soulève
tout autant de problématique aux niveaux juridique, politique, économique, social et/ou
géopolitique.
Longtemps ignorée et/ou négligée par les médias et les opinions publiques, la
des réfugiés en Afrique commence à s’imposer dans l’agenda politique international. Les
politiques mobilisées en matière de gestion de l’asile dans les pays en développement par
Prenant une importance croissante durant la dernière décennie, la gestion des flux
12LEGOUX, Luc : La crise de l'asile politique en France, Centre Français sur la Population et le
Développement -CEPED- , Les Études du CEPED, Paris, 1995
13DÉSAUNAY, Cécile et al: «Potentiel de migrations issues d'Afrique subsaharienne», pp 36-42, in
«L’Union européenne face aux migrations à l’horizon 2030 »,Ibid
14Intervention de M. Bruno GEDDO, Conseiller juridique principal du Bureau régional pour l’Afrique au siège
du HCR pendant la Conférence parlementaire régionale sur les réfugiés en Afrique organisée en Juin 2004
à Cotonou au Bénin(pp 46-48) . Pour plus de détails, voir Conclusions de la Conférence parlementaire
régionale sur les réfugiés en Afrique intitulé « Les réfugiés en Afrique : défis en matière de protection et
solutions », organisée conjointement par l'Union parlementaire Africaine -UPA- et le HCR en Association
avec l'Union Interparlementaire-UIP et le CICR à Cotonou (Bénin) du 1er au 03 Juin 2004.Consulté en
ligne, le 07 Décembre 2010 https://www.unhcr.org/fr/protection/operations/4b62fb676/refugies-afrique-defis-
protection-solutions.html
15NSOGA, Robert Ebenezer : Le droit d'asile au prisme des «crises» migratoires contemporaines: Calculs
déplacements forcés dont les causes s’inscrivent dans le registre des conflits armés, des
plus de réfugiés ( Carte 1 et Graphique 1, Page 22) avec une moyenne de 4,41 millions en
Afrique subsaharienne sur un total de 21,3millions dans le monde 19. Ces indicateurs
numériques des populations réfugiées sont loin d'être des atouts pour une bonne partie
des États d'accueil d'Afrique dont les économies demeurent fragiles. Une analyse
comparative réalisée par Luc CAMBREZY dans trois contextes d'accueil différents –
réfugiés en Afrique « ...Si le nombre de réfugiés est à peu près équivalent à celui d'Europe ou
d'Asie (6 à 7 millions dans chaque cas) (dira t-il), l'Afrique paie un tribut autrement plus lourd
que les autres continents. Au nombre des conflits en cours, s'ajoute la pauvreté de la plupart des
pays d'accueil. Les réfugiés en font largement les frais. La carte de localisation de ces derniers dans
leur grande majorité concentrés dans des camps à proximité des frontières - montre l'impasse et la
dangerosité de cette situation. Pour ces réfugiés, comme pour les populations locales qu'ils
côtoient, l'enkystement durable dans des régions souvent mal pourvues, et laissées en marge du
développement quand elles ne sont pas purement et simplement oubliées par les pouvoirs
16HCR : “ Recherche de solutions durables “ , Rapport Global 2011 ( Consulté en ligne) , le 24 Janvier 2014
https://www.unhcr.org/fr/publications/fundraising/500e9f688/rapport-global-2011-hcr-recherche-solutions-
durables.html
17Ces chiffres sont portés sur un plan planétaire en 2015, à 65, 3 millions de personnes, selon le Rapport
statistique annuel du HCR «Les réfugiés et déplacés dans le monde en 2015 » publié le 24 Juin 2016 par le
site numérique Géoconfluences http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/les-refugies-et-deplaces-
dans-le-monde-en-2015-rapport-hcr , (Consulté en ligne le 06 Mars 2017), et en 2017 à un nouveau record
de 68,5 millions de réfugiés et de déplacés internes, selon le rapport statistique du HCR publié le 19 Juin
2018, ( Consulté en ligne , le 28 Juillet 2018 ), https://www.unhcr.org/fr/news/stories/2018/6/5b27bfe1a/685-
millions-personnes-deracinees-chiffre-record-consequences-massives.html
18UNHCR : Global trends. Forced displacement in 2015, 68 p., https://www.unhcr.org/576408cd7 , Consulté
l’Éthiopie est le 5è pays d’accueil, suivi du Kenya (6è), de l’Ouganda (8è), de la RD Congo (9è), et enfin le
Tchad (10è ). Lire TAZI, Chedine : Carte : « L'Afrique, premier continent d'accueil des réfugiés » Magazine
Jeune Afrique, Consulté en ligne, le 28 Novembre 2016 https://www.jeuneafrique.com/335208/societe/carte-
se-situent-camps-de-refugies-afrique/
20
supplémentaire»20.
humanitaire des États d'accueil ainsi que de l'instance onusienne en charge des réfugiés,
et que l'adoption d'instruments juridiques par l'Union Africaine 21 a marqué une étape
décisive dans la protection régionale des personnes obligées de fuir de leur lieux habituels
et est resté longtemps quasi absent dans les politiques communautaires des États centre-
africains. Ce constat d'indifférence dans la gestion solidaire des migrations forcées au sein
chercheurs, à l'instar de Jean Roger ABESSOLO NGUEMA qui fait observer que « les
réfugiés et les personnes déplacées ont toujours occupé une part résiduelle dans la hiérarchie des
20CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, Crise des sociétés, crise des territoires, Éditions des Archives
Contemporaines -EAC-, Paris, 2001, Op.cit
21Il s'agit en effet des instruments de protection à vocation régionale tels la Convention de l’Union africaine
(UA) régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique du 10 Septembre 1969 ( Entrée
en vigueur le 20 Juin 1974), et de la Convention sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées
en Afrique, connue sous le nom de Convention de Kampala du 22 Octobre 2009 (entrée en vigueur le 6
décembre 2012) Cette dernière est le premier instrument contraignant au monde en matière de protection et
d’aide aux personnes déplacées à l’intérieur (DI) de leur propre pays adopté à l’échelle continental qui
prévoit entre autres, diverses causes de déplacement interne comme les conflits, la violence généralisée,
les catastrophes causées par l’homme ou la nature ainsi que les projets de développement tels que la
construction d’un barrage ou le défrichage des terres pour l’agriculture intensive.Consulté en ligne, le 14
Mars 2014 http://www.peaceau.org/uploads/convention-on-idps-fr.pdf
22ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger : « Réfugiés et personnes déplacées », in l’Afrique centrale face
aux défis migratoires – , sous la Direction de Babacar NDIONE, Facilité Intra ACP pour les Migrations, JUIN
2014, Consulté en ligne, le 15 Juillet 2015
https://www.researchgate.net/publication/268149519_L'Afrique_centrale_face_aux_defis_migratoires
21
Carte 1: Pays d'émission et d'accueil des réfugiés en 2015
Selon l'auteur, chaque cercle est proportionnel au nombre de réfugiés concernés. Les chiffres concernent les
réfugiés et les personnes dans une situation assimilable à celle de réfugiés .
Source : UNHCR, publié par Jules Grandin, Le Monde, 23 Juin 2016,
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/23/le-nombre-de-refugies-dans-le-monde-
equivaut-a-l-ensemble-de-la-population-francaise_4956340_4355770.html
22
Avec sa relative stabilité, le Cameroun dont le statut s'est révélé à travers l'histoire
comme une destination privilégiée des demandeurs d’asile en Afrique centrale 23 abritait
en permanence, selon les données statistiques de la Banque Mondiale de 2000 24, une
moyenne d' environ 44 000 réfugiés venus de divers pays de la sous-région à l'instar du
Tchad28, a contraint des millions de personnes à l'exil dans plusieurs pays de la sous-
Dans un rapport de Juillet 2017, le HCR annonce le chiffre de 350 000 réfugiés 29
23Selon un rapport de UNHCR Emergency and Security Service, “Equatorial Guinea : the position of
refugees and exiles in 2001,” L’État du Cameroun accueille en effet depuis plus d'une cinquante d'année
des centaines de milliers de réfugiés issus de divers États voisins. Sa forte réputation de générosité envers
les réfugiés de la sous-région date depuis les années 1972 lorsqu'il a accueilli plus de 20 000 réfugiés ayant
fui la Guinée Équatoriale, et lors de l’arrivée de milliers de réfugiés supplémentaires au cours des années
suivantes http://www.refworld.org/pdfid/3dca82d32.pdf (consulté le 27 juillet 2017), Article du Write net,
Décembre 2001,p. 8.
24Perspectives Monde : «Population de réfugiés (pays d'accueil) , Cameroun », Consulté en ligne le 14 Août
2016,http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPayslangue=fr&codePays=CMR&cod
eTheme=1&codeStat=SM.POP.REFG, Source: Banque Mondiale. Dans ce rapport de la Banque Mondiale,
il est mis en lumière que la valeur la plus élevée en termes d'effectifs de réfugiés enregistrés (entre 1990 et
2017), est celle de l'année 2016 d'un total de 375 415 individus
25MBULI, Rene: “Humanitarian Crises and the Management of Refugee Displacements and Integration in
Central Africa : A Case Study of Cameroon,” Post sur Action for Peace and Development (Blog)“ du 06
janvier 2013, (consulté en ligne le 28 Novembre 2017), https://assoped.blogspot.ch/2013/01/
26En 2013, l'insurrection armée du groupe Seleka, qui a dégénéré en tueries intercommunautaires a poussé
en fuite, selon Xavier BOURGOIS , public information Officer au HCR Bureau du Cameroun, près de
233.000 centrafricains à demander l'asile en territoire camerounais. Source:
https://www.lepoint.fr/afrique/cameroun-l-autre-crise-migratoire-03-10-2017-2161748_3826.php, Consulté
en ligne le 08 Décembre 2017
27Selon le rapport de Human Rights Watch de Janvier 2019, les répercussions humanitaires des attaques
perpétrées par Boko Haram et l’insurrection séparatiste sont de plus en plus préoccupantes. En novembre
2018, les Nations Unies ont estimé à plus de 244 000 le nombre de civils déplacés dans l’Extrême-Nord et à
437 500 dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Environ 32 600 Camerounais se
sont réfugiés au Nigeria, en raison de la crise autonomiste qui secoue cette partie camerounaise depuis
2016, Consulté en ligne, le 15 Avril 2019, https://www.hrw.org/fr/world-report/2019/country-
chapters/325496
28Créée le 22 mai 1964 par les quatre pays riverains du Lac Tchad (Cameroun, Niger, Nigeria , Tchad), une
instance désignée Commission du Bassin de Lac Tchad -CBLT- a reçu mandat de gérer de manière
durable et équitable, le Lac Tchad et les autres ressources en eaux partagées de son bassin, de préserver
les écosystèmes du Bassin conventionnel du Lac Tchad et de promouvoir l’intégration régionale, la paix et
la sécurité dans l’ensemble du bassin. En 1996, la République centrafricaine a adhéré à l’organisation ,
ainsi que la Libye en 2008. La CBLT a son siège à N'djamena, la capitale du Tchad,
source :https://www.cblt.org/fr , consulté en ligne, le 14 février 2016
29Ce nombre intègre également toutes nationalités confondues y compris les 100 000 Nigérians
officiellement répertoriés dans l'extrême Nord du Cameroun
23
accueillis dans cette partie d'Afrique médiane. 30Mais la position privilégiée du Cameroun
s'est vue ces dernières années, considérablement altérée, car le pays est confronté depuis
2016, à une double faillite de son système de protection des migrants forcés 31 - comme la
plupart des États accueillants sus nommés -, entraînant ainsi une reconfiguration de
l'espace humanitaire de l'Afrique centrale, ce qui renforce notre intérêt pour ce territoire
géographique dans le cadre de notre recherche. Qui plus est, sur sur une échelle
façon solitaire par les États d'accueil d'Afrique centrale à l'égard des déplacés forcés -
comme nous le verrons plus loin de façon détaillée avec le cas du Cameroun -, ont révélé
peu d'efficacité pour alléger les souffrances d'une population encline à la précarité et à la
Toutefois, si l’exode massif des réfugiés en Afrique Centrale peut susciter de graves
pour les États d’accueil, un danger, un «fardeau» difficile à porter, d’où la nécessité pour
les États frontaliers -concernés ou non -, de déployer une action humanitaire concertée et
«Lorsqu'un État membre éprouve des difficultés à continuer d'accorder le droit d'asile aux
réfugiés, cet État membre pourra lancer un appel aux autres États membres, tant directement que par
l'intermédiaire de l'OUA; et les autres États membres, dans un esprit de solidarité africaine et de
coopération internationale, prendront les mesures appropriées pour alléger le fardeau dudit État
30KIERAN, Gilbert, “Central African Republic : 10 Facts About Refugees in Cameroon » Reuters, November
8 2016,UNHCR, cité par Human Rights Watch, Rapport Septembre 2017 « Forcés à monter dans des
camions comme des animaux » Expulsions massives et abus par le Cameroun à l'encontre des réfugiés
nigérians Septembre 2017, consulté en ligne, le
https://www.hrw.org/sites/default/files/report_pdf/cameroonrefugees0917fr_web.pdf
31Comme nous l'avons relevé plus haut, le Cameroun, réputé comme favorable à l'accueil des migrants
forcés est en effet devenu depuis 2016 avec la grave crise autonomiste de sa partie occidentale ( Régions
du Nord-Ouest et du Sud-Ouest), un pays d’émission de réfugiés et d'importants flux de personnes
déplacées internes.
32Il s'agit en l'occurrence de la préservation des acquis sécuritaires, économiques et sociaux, de l'intégrité
physique et du bien-être des nationaux au même titre que la protection des droits des migrants forcés.
24
membre accordant le droit d'asile»33.
Si cette interpellation à la coopération des États africains pour une gestion solidaire
des migrations forcées est à saluer, elle reste beaucoup plus suggestive, imprécise et
évasive que prescriptive. La Convention de l'OUA n'explique pas clairement le cadre dans
lequel cette action peut être engagée. Qui plus est, sur le terrain des opérations, cet
engagement solidaire est très peu observé. Il est plus question de mobiliser des pistes de
réflexion sur les actions précises à déployer, le cadre, le degré d'implication des États
actions peuvent être engagées de façon cohérente face à la question de gouvernance des
droit ( droit international des droits de l’Homme, le droit international humanitaire) les
sciences politiques, les relations internationales, la géopolitique des conflits, nos travaux
mais surtout d'analyser les défis qui sous-tendent la protection des réfugiés et la
préservation de l'intégrité des territoires et des droits des nationaux dans un État d'accueil
mobiliser la réflexion sur les moyens de renforcement consensuels du droit d'asile au sein
qui convoque une mutualisation d'approches permettrait, au sein d'un cadre sous-
régional concerté à l'image de la CEEAC, d'exposer des pistes de réflexion sur les
juridique originelle – entendu ici comme le droit d’asile axiologique -. En cette période
charnière, l'urgence et la nécessité pour les États d'Afrique Centrale d'opérer un choix
décisif et judicieux face aux enjeux et défis des migrations forcées nous paraît irréversible,
tion sera bâtie sur un plan binaire : Après avoir construit l’Objet de notre étude (Section
26
PREMIÈRE SECTION : CONSTRUCTION DE L’OBJET DE L’ETUDE
général , et ceux des réfugiés en particulier, se trouve au cours de cette dernière décennie,
conditions de protection des demandeurs d'asile et des réfugiés dans les territoires
d'accueil.
par les discours médiatico-politiques occidentaux, le HCR enregistre en 2015 dans l'espace
mondiale35. En Afrique Centrale et dans la région des Grands Lacs 36, cette population est
déplacées dans les régions frontalières pp 49-50), Premier rapport d'évaluation stratégique sous-régionale,
Mars 2017
36Selon le PNUD, ces chiffres prévisionnels sont ceux du HCR pour le compte de l'année 2015. Disponibles
27
décennie, fragilisent les efforts de développement réalisés - parfois dans des contextes de
espaces géo-donnés considérés comme stables et le plus souvent, frontaliers à ces espaces
forcée que Véronique LASSAILLY-JACOB définit comme un «...un déplacement collectif qui
région Afrique Centrale en particulier, sont restés jusqu'ici peu efficaces et moins
l'identification des causes qui alimentent la production des réfugiés dans l'ensemble de
États concernés semblent quasi convergents. Pour certains chercheurs comme Luc
1979, cité par Joël TAGUM FOMBENO, Revue trimestrielle de droit h. (57/2004), Op.cit
28
cause, «...Ethnisme, appétits de pouvoir des despotes, absence de démocratie, atteinte aux droits de
même orientation réflexive, l'historien congolais Etanislas NGODI pense pour sa part que
les facteurs de l’insécurité en Afrique centrale à l'origine des mouvements des flux de
réfugiés présentent plusieurs facettes : «...la situation de crise économique chronique depuis
plusieurs décennies, la longue série de turbulences politiques et militaires, les carences en matière
la mobilisation des groupes de jeunes sans emploi dans diverses forces paramilitaires ou informelles
processus de prise de décision et les dérives autoritaires ...»42. D'un autre côté, certains experts
transfrontalière...génèrent des déplacements importants ainsi qu’un afflux de réfugiés dans les
camps jalonnant les régions frontalières... les conflits nés de tensions internes ou transfrontalières
finissent par se propager, ravivant au passage les blessures de la guerre et créant de nouveaux
foyers d’insécurité»43.
catégorie de migrants, les droits des réfugiés sont clairement énoncés dans divers
relative au statut des réfugiés et son protocole de 196744 . Ces droits engagent les États à
constitué d'une assistance alimentaire - c’est-à-dire, le droit de bénéficier des vivres encore
appelés secours nutritionnels - , une assistance médicale, une éducation, et une aide au
internationaux, la Convention relative au Statut des réfugiés de 1951, et son protocole de 1967 qui énonce
leurs droits et leurs obligations, ainsi que celle de l’OUA de 1969.
45Il s’agit ici de la garantie de leur sécurité Juridique, Physique, et Matérielle.
29
Loi internationale des réfugiés, en conciliant l'impératif de leur protection et la
sauvegarde des intérêts des États-hôtes. Dans ce sens, il s'agit précisément d'apporter
temps, la sécurité des frontières des États d'accueil et le bien-être des populations hôtes 46.
En matière de protection des migrants forcés, cette double responsabilité, qui convoque
également celle de la sécurité humaine 47, est dévolue de façon centrale, ainsi que nous
l'avons précédemment évoqué, aux États d’accueil, au HCR, ainsi qu’aux organisations
à son article 14 :
en d'autres pays...»48.
humanitaire. La consécration des droits des réfugiés dans les instruments juridiques
internationaux, régionaux est donc sur ce point, à tout le moins théorique, établie.
Si l'on peut facilement se réjouir de cette protection juridique des migrants forcés ,
ce serait sans compter sur les vives critiques dont a été l'objet le droit des réfugiés tant du
point de vue du contexte d'élaboration des normes de protection de ces derniers, que celui
la définition du réfugié, car , selon elle «...les instruments élaborés dans les enceintes de la
46Les déplacements massifs des populations peuvent en effet constituer une source d’insécurité pour les
États d’accueil et entraîner d'autres conflits au sein des communautés accueillantes.La précarité des
réfugiés en elle même constitue une source conflictuelle.
47Parlant de la sécurité humaine, il est important de rappeler l'intervention du Président camerounais Paul
BIYA au sujet des réfugiés au Cameroun, à l'occasion de la 71ème Session de l’Assemblée Générale de
l’ONU à New York(en marge du Sommet sur les Réfugiés du 20 septembre 2016): « Le Cameroun est un
refuge pour les personnes qui ont besoin d’un abri où ils seront en paix et en sécurité »; Le « gouvernement
a pris des mesures pour fournir des conditions de vie décentes pour tous les 350 000 réfugiés de «
différentes nationalités » vivant dans son espace géographique, ainsi qu'à « fournir aux personnes en
danger à la fois un accueil et des conditions de vie dignes », Cameroon Intelligence Report, 22 septembre
2016, Consulté le 25 juillet 2017, http://www.cameroonintelligencereport.com/new-york-what-president-
biya-said-atthe-leaders-summit-on-refugees-held-on-september-20-2016/
48Pour plus de précision, lire la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre 1948 ,
Article 14
30
« réfugié » reflète, à travers ses mutations successives, les enjeux politiques sous-jacents aux
des droits des réfugiés, Jean Luc MATHIEU, pense plutôt que les droits des réfugiés ne
sont respectés que par une « morale humaniste de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme et des Principes généraux du droit international »50. Qui plus est, s'il est intéressant
Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies auprès des réfugiés et personnes
pouvoir discrétionnaire des États hôtes, les pouvoirs de l'instance onusienne de protection
des déplacés forcés ne relevant que «...de ceux d’un médiateur au service de principes
humanitaires que d’un droit très précis»51. Revenant sur la question de la relativité de la
protection des réfugiés par le droit international, Luc CAMBREZY, indique que «...la
protection des réfugiés se trouve (ainsi) placée sous une sorte de double tutelle : celle, très
largement subordonnée à l’aide délivrée par la communauté internationale par le biais du HCR,
mais aussi celle du bon vouloir (à géométrie variable) de l’État d’accueil. Du point de vue
institutionnel et politique, les divergences d’intérêts et d’objectifs, les ambiguïtés de toute nature et
le rejet mutuel des responsabilités en cas de litige — constituent l’arrière plan de toute négociation
entre un État souverain et les Nations unies (en l’occurrence, le HCR). Dès lors, dire que les
conditions d’une protection satisfaisante des réfugiés ne sont pas remplies relève à l’évidence de
l’euphémisme »52.
Même si ces constats diffèrent par leurs approches, la constance d'une convergence
de vue sur la faillite du système international de protection juridique des réfugiés y est
facilement perceptible .
Les pays africains ayant évolué dans la proclamation des droits des réfugiés à
travers la Convention de l’OUA de 1969 relative au statut des réfugiés en Afrique, et celle
- plus récente - adoptée en Octobre 2009 par l'Union Africaine à Kampala en Ouganda,
49LOCHAK, Danièle: "Qu’est-ce qu’un réfugié? La construction politique d’une catégorie juridique"
Pouvoirs, Revue française d’études constitutionnelles et politiques, n°144, 144 – in Les réfugiés, p.33-47,
Janvier 2013 URL : https://revue-pouvoirs.fr/Qu-est-ce-qu-un-refugie-La.html, Consulté en ligne le 24
Septembre 2014
50MATHIEU, Jean Luc: La Défense Internationale des Droits de l’Homme : «La Protection des Droits des
européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 23 - n°3 | 2007, mis en ligne le 01 décembre
2010, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://remi.revues.org/4199 ; DOI : 10.4000/remi.4199
31
relative à la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique 53, ont décidé
en place des législations nationales plus protectrices des droits des réfugiés - à une
réalité sociale de l’assistance humanitaire des migrants forcés. Malgré cette préoccupation
internationale en faveur d'une meilleure prise en charge des migrants forcés, les réfugiés
Mohamed BEDJAOUI désigne d'«exclus ...qui vivent leurs souffrances dans des conditions
migrants forcés observés au sein des États d'accueil d'Afrique Centrale – comme nous le
ainsi que des interventions d'acteurs humanitaires 56 divers et variés, interrogent sur la
pertinence des moyens et des dynamiques d'encadrement des susdits acteurs dans leur
devoir de protection des réfugiés57. Avant de décliner distinctement ces aspects, revenons
2- Enjeux de l’étude :
Les dynamiques de protection des réfugiés au sein des États d'accueil de l'espace
réfugiés, le HCR
57Il est utile de préciser qu'en droit international humanitaire, les afflux importants de réfugiés font partie
HCR, invite dans le cas de l'Afrique Centrale, à rechercher des pistes de réflexion d'une
vue d'améliorer les conditions de protection des réfugiés dans la sous-région. Cette
démarche convoque une préoccupation binaire : Sur le plan théorique, le droit des
réfugiés actuel s'est révélé en inadéquation avec les défis des migrations forcées
ce droit au plan international, régional ainsi que dans les législations nationales
respectives est donc à envisager. Sur un plan pratique, bien que les États d'Afrique
centrale soient engagés à promouvoir une communauté de destin par le biais des
d'un mécanisme concerté et durable et d'une prise en compte solidaire par ces États au
communauté étatique de cet espace géographique sur la voie d'un urgent consensus pour
approche systémique qui vise à analyser, d'une part, les mécanismes d'intervention des
58MARGUENAUD, Jean-Pierre : “La Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des
réfugiés à l’épreuve du temps” , in : La protection internationale et européenne des réfugiés : Sous la
Direction d'Anne-Marie TOURNEPICHE, Pedone, Collection Droits Européens, 2014
59Voir sur ce point, les développements sur le rôle des organisations sous-régionales d'Afrique Centrale à
intergouvernementale désignée CEEAC pour une raison digne d'intérêt : Initialement économique, la
Communauté Économique des États d'Afrique Centrale – CEEAC - s'est vu assignée des responsabilités
politiques, sécuritaires, et de diplomatie préventive à partir du «programme de relance et de
redynamisation» adopté en Juin 1999, et initié suite à l'instabilité liée aux troubles socio-politiques et conflits
armés dans la sous-région Afrique centrale. Dans ce programme qui marquait de surcroît une re-
opérationnalisation des activités de l'organisation restée en inactivité pendant six années consécutives
( 1992-1998), une place prépondérante a été mis sur les questions de paix et de stabilité dans cet espace
politico-territorial. C'est donc l'organisation supranationale qui, dans cet espace sous-régional, est au cœur
des enjeux sécuritaires et qui peut mieux fédérer l'option de gestion commune des migrations forcées de
ses États membres. Pour plus de détails, lire http://www.ceeac-eccas.org/index.php/pt/a-propos-de-la-ceeac
, consulté en ligne, le 20 Février 2013.
33
migrations forcées en Afrique Centrale ; d'autre part, l'étude renseigne sur le mode
opératoire du HCR62 et de ses partenaires divers et variés dans la prise en charge des
juridique - mobilisée grâce à l'approche juridique - de protection des réfugiés, entendu ici
lato sensu, à travers les normes du droit international général et conventionnel qui
de la CEEAC, ainsi que les dispositifs juridiques de protection des réfugiés de l' État du
relever en toile de fond , les pistes de réflexion en faveur d' une mutualisation des efforts
des États de la sous-région Afrique centrale pour faire face aux complexes défis de la
protection des personnes «déracinées». Il s'agit donc plus succinctement dans la présente
3- Objet de l’étude :
Notre recherche a pour principal objet, l’étude analytique et critique des dispositifs
normatifs et institutionnels de protection des réfugiés des États d'Afrique Centrale. Cette
démarche opérée à partir d'un contexte national - camerounais - nous permet d'une part,
centrale qui se déclinent aux ambiguïtés des dispositifs juridiques de protection, aux
insuffisances dans la prise en charge des réfugiés par les acteurs humanitaires –
notamment les États d'accueil, le HCR et leurs divers partenaires - et à l'absence d'un
cadre concerté sous-régional de gestion des migrations forcées. L'étude nous permet
A cet égard, des pistes de corrections des sources de fragilité et des failles dans
l'encadrement des personnes déplacées par force sont proposées. Elles ouvrent, en dehors
des réformes attendues du droit international des réfugiés, une ébauche de réflexion sur
manque pas de susciter un vif intérêt transversal dans l'examen rapide de la gestion des
politiques d'asile européennes, si tant est que les continents africain et européen sont liés,
tant sur les plans géographique, historique que politique. Il est donc également question
dans notre travail, de postuler pour une mutualisation d'approches afin d'établir des
du débat migratoire en anticipant sur des actions qui réduisent les migrations forcées
Notre thèse vise à apporter par une approche intégrée et cohérente, une modeste
des réfugiés au profit des États d'Afrique centrale, du HCR , des organisations investies
dans la cause des «sans États» dans une perspective de gouvernance collective sous-
à présent d'élucider les concepts clés de notre sujet de recherche. Ce préalable que nous
sociologue doit donc être de définir les choses dont il traite , afin que l'on sache et qu'il sache bien
de quoi il est question»64 , nous permet d'éviter tout malentendu dans le cadre de nos
le cadre de protection des réfugiés du Cameroun -. L'analyse de l'état des affaires nous
63CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, crise des Société, crise des territoires, Op.cit
64DURKHEIM, Émile : Les règles de la méthode sociologique, Paris, Quadrige/PUF, 1981, p34
35
permet de prolonger la réflexion sur les imperfections du système de prise en charge des
réfugiés par les États d'accueil d'Afrique centrale, d'en interroger , à partir d'une grille de
lecture systémique, les contraintes qui plombent une prise en charge efficace des réfugiés
et des personnes déplacées, pour poser les jalons de la réflexion sur l'opportunité d'une
La définition des concepts permet d’expliquer les termes clés qui constituent la
fondation de notre étude. Pour le faire, notre démarche est adossée sur le principe de la
clôture sémantique établie par VAN DER MAREN 65 de qui nous postulons que la définition
d’un concept dans une étude doit être en adéquation avec le cadre et le contexte de
l’étude. Cet « a priori, précise t-il, porte sur la nécessité, pour toute discussion sérieuse, de bien
définir les concepts et les notions que nous utilisons.Cette exigence a d'abord pour but une
communication efficace». L’avantage de cette démarche est en effet de réduire les confusions
Réfugié:
D'un point de vue étymologique, le terme réfugié découle du verbe latin refugere qui
signifie se réfugier. Ce verbe à son tour est tiré de fugere qui signifie fuir66. Appréhendé
sous cet angle, le réfugié est une personne qui a trouvé refuge quelque part pour échapper
à une menace ou un danger réel ou virtuel, le refuge lui-même étant entendu ici comme
un asile, c'est à dire un lieu où l'on se retire pour être en sécurité. Le Cambridge Essential
English Dictionnary ira dans le même sens pour définir le refugié comme : «Someone who
Karen AKOKA souligne toutefois le fait que cette notion ait employée
65VAN DER MAREN, Jean Marie et Al : Méthodes de recherches pour l'éducation : « La règle de la clôture
sémantique et la distinction des champs, des objets et des Méthodes», 2è Édition, Presses Universitaires
de Montréal, De Boeck Université, 2004.
66Larousse étymologique, Paris, Larousse, 1971 , P 638
67Cambridge Essential English Dictionary, published in 2004 by Cambridge University Press
36
tardivement dans la langue française, d’abord en tant que participe passé (fin XVe siècle)
où son emploi comme substantif et au pluriel (les réfugiés) n'intervient qu'au XVIIIe et
reste réservé jusqu’au XIXe aux huguenots qui avaient été contraints de fuir suite à la
pour une définition plus large du réfugié quand il le considère comme « Une personne qui
a dû quitter son pays d’origine pour fuir un danger»69, même si l'on peut regretter ici le flou
alimenté dans l'imprécision du type de danger dont il peut être question. A ce propos,
définitionnelle du réfugié, en considérant ce dernier comme « celui qui a dû quitter son pays
pour fuir un danger grave ou qui, résidant à l’étranger, ne peut sans encourir un tel danger
revenir dans sa patrie »70. A ce stade, ce qui semble intéressant de retenir sur la notion de
réfugié, c'est le fait de la crainte d’un danger naturel ou non naturel, exprimée par une
personne à la suite de laquelle elle abandonne son pays d’origine, son lieu de vie habituel
pour demander asile dans un pays autre que le sien.La constante dominante dans ces
espace transfrontalier. C'est donc finalement à partir du XXe siècle qu'on assiste à un
forcées de fuir les persécutions, normes guidées par la nécessité d'un sursaut humanitaire
dans le monde, surtout après des événements tels les deux guerres mondiales 71.
Genève de 1951 qui consacre sur le plan international, le droit des réfugiés. Sa définition
avant le 1er janvier 1951, et craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa
politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette
internationale, restreignant ainsi ce concept aux réfugiés politiques, trahit ses limites
quand elle exclut de facto certaines catégories de réfugiés à l'instar des «réfugiés de
guerre civile, famine, catastrophe naturelle.76 L'on observe bien que la Convention de
Genève s'intéresse plus à la définition du réfugié, qu'à celle du droit international d'asile.
Genève de 1951 est passée d'un texte européo-centré (qui limitait ses effets juridiques au
sol européen) , à une vocation plus universaliste à partir du protocole de 1967 dont l'objet
était d'abroger les limitations spatio-temporelles pour permettre à toutes les catégories de
complexe de la notion de réfugié, le HCR à son tour a défini le réfugié comme «..toute
personne qui a fui son pays et a besoin d'une « protection internationale » en raison d'un risque de
violence ou de persécution si elle rentrait dans son pays» 78. En toute hypothèse, si cette
du réfugié, et inclut les personnes qui fuient la guerre, les dangers, elle s'inspire
relative au statut des réfugiés et le protocole y afférent de 1967, tout comme la Convention
mais qui, pour les réfugiés, n'est pas effective au point où ces derniers «ne veulent ou [...] ne peuvent se
réclamer de cette protection selon la convention de Genève de 1951.
73Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951
74Comme nous venons de le préciser, d'après la Convention de Genève de 1951, le statut de réfugié ne
76Cette position réductionniste est également adoptée par le Cameroun par la Loi n° 2005/006 du 27 juillet
2005, portant Statut des réfugiés au Cameroun, ainsi que la convention de l’OUA de 1969.
77Préambule du Protocole du 31 Janvier 1967 relatif au Statut des réfugiés
78HCR: Aperçu statistique 2017,(Consulté le 14 Novembre 2018 (Enligne),https://www.unhcr.org/fr/apercu-
statistique.html
38
de 1969 adoptée par les États membres de l'OUA. Au cœur de ces réformes importantes
qui consacrent une définition du réfugié, différents textes juridiques consacrent entre
autres, la procédure en vue de l'obtention du statut de réfugié qui peut être engagée sur la
base d'une demande individuelle. Mais le statut de réfugié peut aussi, comme nous le
verrons plus loin, être accordé d'office à des groupes d'individus dans les cas d'afflux
importants de populations, sous ce qu'il est communément appelé réfugiés « prima facie »,
c'est à dire de première vue, ou plutôt sur la base de la collectivité, quand la raison de la
Par ailleurs, il est important de noter que, dans l'optique d'intégrer cette définition
ainsi que le statut juridique du réfugié dans les champs normatifs communautaires
Convention de l'O.U.A régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
Afrique81 suscitée, qui reprend dans son article 1er, alinéa 1, la définition de la Convention
de Genève de 1951 en ajoutant une spécificité africaine dans son approche définitionnelle :
«Le terme réfugié s'applique également à toute personne qui, du fait d'une agression, d'une
public dans une partie ou dans la totalité de son pays d'origine ou du pays dont elle a la
nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour chercher refuge dans un autre endroit
à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la nationalité». L’élément novateur de
l’instrument juridique africain réside, selon René DEGNI-SEGUI, «dans le fait qu’il étend
l’effet protecteur du statut de réfugié aux victimes de totalitarismes, des guerres civiles et des
conflits internationalisés»82.
Carthagène adoptée en 1984 au cours d' un colloque réunissant des représentants des
79https://www.unhcr.org/fr/demandeurs-dasile.html , consulté en ligne, le 12 janvier 2015
80Ilest utile de rappeler que le droit international admet parfois que des réserves soient prises à l'égard d'un
traité dans son application. Les réserves sont des déclarations unilatérales d'un État tendant à exclure ou
limiter les effets juridiques d'un traité multilatéral dans son application à leur égard. Toutefois, en ce qui
concerne la convention de 1951, bien que les réserves soient admises, l'intégrité de certains articles est
restée absolument protégée.
81Convention de L'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A) régissant les aspects propres aux problèmes
Caen, p.232.
39
gouvernements d'Amérique latine et d'éminents juristes.Ce texte a également connu un
aux personnes qui fuient leur pays «parce que leur vie, leur sécurité ou leur liberté étaient
menacées par une violence généralisée, une agression étrangère, des conflits internes, une violation
massive des droits de l'homme ou d'autres circonstances ayant perturbé gravement l'ordre
les controverses nées dans la construction d'un statut de réfugié et d'un éminent droit
d'asile qui, selon, Danièle LOCHAK, sont «... étroitement tributaires des intérêts étatiques... et
(des) enjeux politiques sous-jacents aux catégorisations juridiques.» 84 Les tensions et entraves
rencontrées par le droit international pour fixer une identité du réfugié sont à l'image des
obstacles qui plombent une protection efficace des migrants forcés. Relevons néanmoins
réfugiés, déplacés, dispersés, évacués, sinistrés ou victimes s’appliquent aux individus ou groupes
qui, tous, quittent leurs lieux de résidence sous une contrainte externe impérative»85. Au delà de
interprétations des bénéficiaires au statut de réfugié selon les aspirations de chaque État
retiendrons dans le cadre de notre recherche, que le réfugié, stricto sensu, est une personne
qui a été forcée de quitter son pays pour fuir un danger ou échapper à une menace réelle
et/ou certaine liée à son intégrité physique ou morale en trouvant asile dans un pays autre
Paris, 1999, p. 38
86Sur les pratiques du droit d'asile en France, Bénédicte TRATNJEK dénonce le fait que la divergence
d'interprétations de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés par les États «...donnent à
voir diverses représentations du statut de demandeur d’asile et une géographie de la discrimination et des
persécutions à géométrie variable, qui construit un imaginaire spatial de la migration à destination de la
France ». Pour plus de détails, Voir TRATNJEK, Bénédicte : « France, un droit d'asile à géographie
variable », Les Cafés géographiques , Février 2012, Consulté en ligne, 14 Mars 2014, http://cafe-
geo.net/wp-content/uploads/france-droit-d-asile.pdf
87LASSAILLY-JACOB,Véronique et al, Op.cit
40
sous la responsabilité du HCR, que nous développerons notre perspective analytique.
Dans cette démarche, nous nous intéresserons principalement aux réfugiés statutaires,
c'est à dire aux personnes qui, au sens de la convention de la Genève de 1951, ont déposé
une demande d’asile et qui, après instruction de celle-ci, ont obtenu le statut de réfugié 88,
ainsi qu'aux catégories assimilées à l'instar des demandeurs d'asile et des personnes
déplacées à l’intérieur de leur territoire pour causes de crises ou conflits, dont il convient
● Demandeurs d'asile :
C'est la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés qui consacre la
Selon le HCR, le demandeur d'asile est «... une personne qui dit être un(e) réfugié(e) mais dont
la demande est encore en cours d’examen»89. Du point de vue de l’analyse, c'est une personne
qui, sous la contrainte d'un danger menaçant son intégrité physique ou psychique, est
forcée de quitter son pays pour solliciter refuge et protection dans un autre pays.C'est
aux États d'accueil, à travers les systèmes nationaux d’asile adoptés 90 qu'il incombe de
Convention de 1951 au cœur du droit d'asile - dont la variabilité est inhérente aux
politiques d'asile de chaque État91. Pendant les mouvements massifs de réfugiés 92, la
capacité de réaliser un entretien personnel d'asile avec chaque individu ayant traversé la
frontière n'est ni évidente, ni suffisante, pour les groupes de réfugiés «prima facie». Ceux
qui ne sont pas reconnus comme des réfugiés ou comme n'ayant pas besoin d’une autre
renvoyés dans leur pays d’origine dans le respect des lois et textes en vigueur 93. Dans tous
88LAACHER, Smaïn :«Éléments pour une sociologie de l'exil», Politix, vol. 69, no. 1, 2005, pp. 101-128.
89Global Report UNHCR, 2012
90Au Cameroun, c'est la Commission d’Éligibilité au Statut de Réfugié -CESR- instituée au sein du Ministère
des Relations Extérieures qui est en charge de la Détermination du Statut de Réfugié -DSR- . En France,
c'est l'OFPRA qui est chargé d'examiner les demandes d'asile.
91CAMBREZY,Luc: Réfugiés et exilés, Crise des sociétés, crise des territoires, Op.cit, Voir également
contrainte de partir de son territoire d'origine sont deux éléments qui rapprochent sur le
● Exilés
La notion d'exilé, d'usage plus récent que celui d'exil, est entendue comme une
situation d'une personne qui est expulsée ou obligée de vivre hors de sa patrie. Si le
réfugié d’opinion ou de conviction »94. Quant à Olivier BIANCHI, «l’exil marque donc une
rupture entre une terre et un individu qui en est issu et qui entretient avec elle une intimité toute
toujours été considérée comme un mal et souvent assimilée à une petite mort» 95. Dans une autre
approche, l'exil est considéré comme l'état - social, psychologique, politique - d'une
qui vit dans un pays étranger avec ce que cela implique de difficultés (langue, insertion,
Pour lui, parler d’exilés plutôt que de migrants évite aussi de réduire la migration à sa
dimension géographique « Déplacement d’une population qui passe d’un territoire dans
un autre pour s’y établir, définitivement ou temporairement. » et invite vers l’étude des
conditions d’accueil notamment sous l’angle des représentations sociales et des politiques
publiques qui se rapportent aux exilés 100. Parmi ces exilés, les personnes forcées de fuir de
94LOCHAK, Danièle : « Qu'est ce qu'un réfugié? La construction politique d'une catégorie juridique », Op.cit
95BIANCHI, Olivia: «Penser l’exil pour penser l’être»,Le Portique[En ligne], 1-2005 | Varia, mis en ligne le
12 mai 2005, consulté le 10 juillet 2014, en ligne http://journals.openedition.org/leportique/519
96Encyclopédie Wikipédia, consulté en ligne, https://fr.wikipedia.org/wiki/Exil
97Dictionnaire de l'Académie Française, 9è édition, 1994
98BIANCHI, Olivia, Op.cit
99VALLUY, Jérôme : Rejet des exilés: Le grand retournement du droit d'asile, Éditions du Croquant, 2009.
100VALLUY, Jérôme, Op.cit.
42
leur résidence habituelle sans franchir une frontière internationale semblent avoir pris
les personnes déplacées internes sont celles là qui ont été forcées de fuir leur foyer en
raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de
l’homme ou de catastrophes naturelles ou créées par l’homme, et qui n’ont pas traversé de
du pays. La notion de déplacés internes renvoie donc à des personnes qui, à cause d'un
danger menaçant leur vie, ont fui leur foyer de vie habituel sans franchir une frontière
internationale. Elles ne sont par conséquent pas couvertes par la Convention de Genève
de 1951, et jusqu'en 1981, avant que les Nations unies n'en donnent une définition, aucun
personnes déplacées au même titre que les réfugiés. En Afrique, le phénomène des
déplacés internes a pris une ampleur inédite à cause de l'importance numérique de ces
personnes. Les facteurs à l'origine des déplacements internes restent quasiment les
mêmes que ceux qui obligent certaines personnes à franchir les frontières internationales
- terrorisme, des conflits, des catastrophes naturelles ou des conditions climatiques - 102
pour solliciter une protection sous le statut de réfugié. En 2009, afin de circonscrire sur un
plan régional ce phénomène, les États africains, membres de l'Union Africaine ont pensé
qu'une « coopération transnationale peut être nécessaire pour le prévenir ou le traiter » 103,
des déplacés internes en Afrique. Ce texte régional novateur qui reconnaît la nécessité
compris par des systèmes d'alerte précoce et de mise en place des mesures opportunes
43
personnes par les autorités nationales104. A côté des déplacés internes, un phénomène
particulier qui prête parfois à confusion à cause de sa complexité, mérite d'être analysé : Il
s'agit de l'apatridie.
● Apatride
D'un point de vue juridique, l'apatride se définit comme une personne qu'aucun
État ne considère comme ressortissant par application de sa législation (il peut être
réfugié ou pas)105. Son statut est défini par la Convention de Genève de 1951, complété par
la Convention de 1954 relative au statut des apatrides 106 et la Convention de 1961 sur la
réduction de l’apatridie. Les apatrides forment une nouvelle catégorie de déplacés qui ont
perdu leur nationalité ou n’en ont jamais eue par suite de succession d’États, de
Selon un rapport du HCR de Novembre 2017 intitulé "Nous sommes chez nous ici.
Minorités apatrides en quête de citoyenneté" 108, au moins trois millions de personnes 109
dans le monde sont apatrides, un statut qui les prive de droits, et souvent d'emploi, une
pratique jugée «discriminatoire » par le HCR et qui les mets forcément en minorité.
Pour assurer une meilleure protection des migrants forcés et une sécurité autour du
périmètre accueillant ces derniers, ceux-ci sont le plus souvent encadrés dans un espace
humanitaire assez singulier, circonscrit et bien délimité, désigné comme étant un camp des
réfugiés - situé très souvent en zones rurales ou parfois à proximité des frontières
et de prise en charge des personnes en déplacements forcés que le HCR désigne dans sa
apatride désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa
législation », (Consulté en ligne le 20 Février 2015 ), (En ligne) URL: https://www.unhcr.org/ibelong/wp-
content/uploads/Convention-relative-au-statut-des-apatrides_1954.pdf
107WIHTOL DE WENDEN, Catherine : « La géographie des migrations contemporaines» , Op.cit
108HCR : Nous sommes chez nous ici. Minorités apatrides en quête de citoyenneté" . Rapport du HCR sur
Madagascar ou encore les Rohingya musulmans( ceux-ci , de l'ordre d'une moyenne de 600.000 membres
ayant fui la répression en Birmanie depuis la fin du mois d'août et trouvé refuge au Bangladesh selon la
même source, sont considérés par les Nations Unies comme la plus importante minorité apatride dans le
monde)
44
ou zones d'identification des réfugiés. Dans cette configuration opérationnelle, certaines
personnes sont souvent accueillies au sein des communautés locales hôtes. Cette
logée au cœur de l'ensemble des dispositifs d'assistance mobilisés par le HCR, les États
hôte et les organisations à vocation humanitaire pour apporter une prise en charge
Protection:
Décembre 1950110, le HCR a reçu le mandat des Nations Unies de veiller à la protection des
la définition de la notion de protection est loin de trouver une parfaite symbiose entre
contribuent à garantir les droits des réfugiés. Celles-ci peuvent inclure des activités d’assistance.
Ces droits constituent à leur tour la base de la définition de la « protection des réfugiés »....Elle
consiste à garantir des droits...Ces droits figurent dans le droit international, et comprend trois
branches pertinentes pour la protection des personnes : Le droit international relatif aux droits de
est resté très engagé. Le HCR est en effet investi dans la promotion de l'adhésion à la
réduction des cas d’apatridie. Dans le même champ d'investissement, il aide aussi les
https://www.unhcr.org/fr/4b309d6110.pdf
45
organisations gouvernementales et non gouvernementales et assurer la liaison avec les
organes compétents en matière de droits de l’homme, à la recherche et les conseils sur les
droit des réfugiés, au soutien des groupes de défense des droits de l'Homme et des droits
de réfugiés, ainsi que des centres d’aide juridique et les Organisations Non
que la protection concerne « toutes les activités visant à assurer le plein respect des droits de la
des droits de l’homme, le droit international humanitaire et le droit des réfugiés. Les organisations
humanitaires et de défense des droits de l’homme doivent mener ces activités de manière impartiale
(et non sur la base de la race, de l’origine nationale ou ethnique, de la langue ou du sexe)»114.
amont elle est assurée par une bonne sécurité juridique. Cette diversité d'acceptions
sémantiques témoignent de la complexité de la notion, ce qui ne peut être sans effets sur
46
éclairage socio-anthropologique à la notion de protection qui à notre sens, rend compte de
dans leur responsabilité de protéger . Ce dernier considère que la protection est la prise en
charge - politique, physique – des migrants forcés 116. Au demeurant, la protection peut être
entendue dans le cadre du droit international des réfugiés, comme l'assistance juridique,
forcé à l'intérieur de son territoire national ou dans une zone transfrontalière, sous la
juridiction d'un État tiers accueillant. Dans le cadre de notre travail, il est question
dans un État d'accueil d'Afrique Centrale. Pour cerner davantage cette notion ambivalente
de protection ainsi que ses effets, il est important d'apporter un éclairage sémantique à
celle de l'asile.
Asile:
Qu'il soit entendu de son étymologie grecque ancienne « asylon», c'est à dire ce que
l'on ne peut piller, ou de celle latine « asylum », c'est à dire, lieu inviolable ou refuge, l'asile
désigne du point de vue du droit, la « protection juridique accordée par un État d’accueil à une
personne qui recherche une protection en raison de craintes d’être persécutée ou exposée à une
menace dans son pays. La personne qui bénéficie du droit d’asile a alors le statut de réfugié.»117 De
cette définition, découle l'argument selon lequel l'asile est un lieu sûr, inviolable où peut
se réfugier une personne poursuivie pour les raisons - non exhaustives - ci-dessus
évoquées, craignant pour son intégrité physique et/ou morale. Une analyse du droit
d'asile ne manque donc pas de présenter un intérêt certain. Le droit d’asile, qui organise et
fonde l'asile est tout d’abord consacré dans la Déclaration Universelle des Droits de
116AGIER, Michel : Gérer les indésirables, Des camps de réfugiés au gouvernement humanitaire, Éditions
Flammarion, Paris, 2008 Entretien de l'auteur avec Alain FREDAIGUE, Délégué Médecins Sans Frontières
-MSF- au sujet du Livre ( VERBATIM), http://reseau-terra.eu/article840.html
117Alliance des Avocats pour les Droits de l'Homme -AADH- est une plate forme d'avocats basée en France
Largement ratifié par les États, l'asile a reçu dès la deuxième moitié du 20 è siècle à
travers la convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, une consécration
internationale qui y précise ses contours. De prime abord, il est clairement observable que
les concepts de réfugiés, d'asile et de protection sont intimement liés, et qu'à travers cette
étroitesse des liens, plusieurs disciplines des sciences sociales et humaines comme
migrations forcées, et singulièrement celles du droit d’asile et des réfugiés sont liées au
ancrage quasi indissociable . Mais ce qui est constant de relever, c'est que la notion d'asile
protection des réfugiés, tels la Convention de Genève de 1951 sur les droits des réfugiés,
constitue, il est utile de le rappeler, notre terrain d'intérêt - comme la plupart des pays
de non-extradition qu'il réitère dans son dispositif juridique national à travers la Loi N°
2005/006/ du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun. A travers cette
surtout dans le respect du droit d'asile 120. Dans un espace planétaire en pleine mutation,
les États, pour faire face aux défis globaux - paix, sécurité, développement,
des efforts autour des regroupements régionaux ou sous-régionaux. Les États d'Afrique
Centrale, dans leur volonté de bâtir solidairement une destinée commune à partir des
solutions spécifiques à leur contexte - même si cet élan solidaire reste substantiellement
118Article14 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948
119Ilest utile de faire observer que le devoir de protection des personnes en déplacements forcés est quasi
présent tant dans toutes les législations nationales des pays d'Afrique en général et dans la plupart des
instruments sous-régionaux d'Afrique centrale.
120NSOGA, Robert Ebenezer : Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique: Cas
des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le Nord Cameroun, PAF, Mai 2015
48
entravée par d'importants pesanteurs comme nous le verrons plus loin - n'ont pas dérogé
à cette constante. Cela nous offre ici l'occasion d'aborder la notion de centre-africanisation
Centre-africanisation:
qu'elle pourrait susciter, il est important de préciser son acception, puis de rappeler le
contexte en vertu duquel nous l'utilisons opportunément dans le cadre de cette étude.
l'Union Africaine est inspirée de la théorie panafricaniste de Kwame NKRUMAH 121, qui
l'unité, la dignité et la liberté des africains, selon les termes de l'historien Burkinabé
Joseph KI ZERBO122. A travers sa vision, Kwame NKRUMAH promeut une forte politique
de solidarité autour d'une Afrique Unie123. A sa suite, des auteurs à l'instar de BAKOLE124
ou alors ELMANDJRA MAHDI125, pour ne citer que ces exemples, se feront l'écho de cette
africaine, notion plus qualitative, correspond à la prise de contrôle politique effective de ces
questions par les acteurs locaux. Par contrôle politique, il faut entendre la maîtrise des processus
121NKRUMAH, Kwame : L’Afrique doit s’unir, Paris, Présence africaine 1961
122BOURGUES, Hervé ; WAUTHIER, Claude Les 50 Afriques, Tome I, Paris, Seuil, 1979. Préface de KI-
ZERBO, Joseph, cité par AKUÉ Julien YAPI, in « Simon BOLIVAR, KWAME NKRUMAH et la
problématique contemporaine de l’unité continentale des pays latino-americains et africains», Thèse unique
en co-tutelle ( langues, littératures et civilisations), mention espagnol ,université de limoges (FRANCE) et
Université de Cocody ( Côte-d'Ivoire ) limoges, 2009
123Mais l’Organisation de l’Unité Africaine , selon AKUÉ Julien YAPI, sous fond de polémiques et de
réticences est aux antipodes de la vison des États-Unis d’Afrique incarnée par Kwame NKRUMAH avec un
gouvernement continental, un marché commun, une monnaie commune, une seule armée défendus dans
son célèbre Ouvrage Africa must unite . Pour plus de détails, lire AKUÉ Julien YAPI, ibid.
124BAKOLE, M : « L'Université africaine, d'hier à aujourd'hui. Signification, mesure et condition de
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/africaniser/1570
49
de décision relatifs aux questions de sécurité sur le continent, mais aussi de l’ordonnancement des
priorités (ordre du jour) des institutions africaines. Autrement dit, l’africanisation constitue une
condition nécessaire mais pas suffisante de l’appropriation africaine qui, elle seule, peut être
porteuse d’un véritable transfert de responsabilités en faveur des Africains » 127. En somme,
prééminente et prégnante des africains dans une démarche qui leur permet à terme, de
trouver des solutions africaines aux problèmes africains dont les plus importants
s'articulent autour du triptyque paix, sécurité et développement durable. S'il est constant
que l'emploi du concept est relativement récent, l'objectif qu'il incarne l'est moins, car, il
l’émergence de trois éléments qui sont à la base des concepts d’africanisation et d’appropriation : le
africanization » - renvoyant à des réformes politiques à fort ancrage culturel par les
129
Centrafricains pour le compte de la République Centrafricaine -RCA- -, se décline dans
le cadre de notre étude à un processus favorisant la recherche par les États de l'espace
politiques, économiques, sécuritaires dont ils font face dans leur environnement
africain130, d'où l'intérêt de convoquer, dans le cadre de notre recherche, une centre-
africanisation des moyens – acception qui est loin d'être une simple dérivation suffixale 131,
127ESMENJAUD, Romain ; FRANKE, Benedikt: « Qui s'est approprié la gestion de la paix et de la sécurité
en Afrique?», Revue internationale et stratégique, 2009/3 (n° 75), p. 37-46., consulté en ligne le 12 Juin
2014 , https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2009-3-page-37.htm
128ESMENJAUD, Romain ; FRANKE, Benedikt, Ibid
129A titre de rappel, la République Centrafricaine, encore appelée Centrafrique est un pays d'Afrique
Centrale, membre de la CEEAC. C'est un pays qui connaît depuis plusieurs années une instabilité politique
marquée par des coups d’États et une situation d'insécurité alarmante.Cette situation dramatique a généré
de nombreux flux de réfugiés dans les territoires voisins, à l'instar du Cameroun. Les réformes en cours
dans ce pays invitent donc à une recherche de solutions durables en adéquation avec son contexte
spécifique, donc un recours à la centrafricanisation.
130Les États de la sous-région ont réalisé des efforts méritoires dans le processus de mutualisation des
efforts dans le sens d'une solidarité et d'une coopération sous-régionale effective et efficace dans les
domaines de la Paix, de la sécurité et du développement. Mais cette synergie s'est avérée inefficace et
incomplète, car peu intégrée et appropriée par les États d'Afrique Centrale.
131La dérivation suffixale a été largement développée dans un article publié par l'universitaire centrafricain
50
mais un concept adapté dans le contexte géographique de notre étude -, entendue ici
comme la résultante d'une cohérente mutualisation des efforts des États de la sous-région
protection durable des flux de migrants forcés sans cesse croissants dans cet espace
géographique.
Une fois les concepts-clés de l'étude cernés, il est important, à ce stade de notre
analyse, de centrer notre regard sur les travaux scientifiques ayant traité de la
protection des réfugiés en Afrique centrale. Cet exercice cognitif nous permet de mettre en
notre recherche.
de la prise en charge des migrants forcés par les États d'accueil est, particulièrement
depuis la dernière décennie, d'une grande actualité , à cause des conflits, des crises socio-
exponentielle de personnes en déplacements forcés 132. Cette situation qui alimente de vifs
recherche sur les migrations forcées en Afrique centrale est de ce point de vue, loin d’être
nouvelle. Elle s’inscrit dans la pléthore des travaux d’illustres universitaires, chercheurs et
experts des questions de droit d'asile, des droits de l’Homme, de géographie politique et
spécifiquement, de la protection internationale des réfugiés qui existent déjà. Loin donc
protection des réfugiés, nous entreprendrons de relever quelques écrits qui ont traité de
cette problématique dans la diversité des démarches, des approches, et des contextes, et
Jean DALOBA. Pour plus de détails, voir DALOBA, Jean: « la dérivation suffixale en français de
Centrafrique », Université de Bangui (République Centrafricaine),Consulté en ligne, le 20 Janvier 2014,
http://www.unice.fr/bcl/ofcaf/23/DALOBA%20Jean.pdf
132HCR : « 68,5 millions de personnes déracinées, un chiffre record aux conséquences massives sur les
différente et un contexte spécifique, l'analyse sur les questions peu ou non abordées,
des droits de l’Homme dans la protection des réfugiés dans son ouvrage intitulé La
Défense internationale des Droits de l’Homme, Jean Luc MATHIEU133 souligne non sans le
regretter, que les instances susdites ne se sont pas pas suffisamment intéressées à
l’application des textes internationaux des droits de l’Homme dans le cas des demandeurs
d’asile et des réfugiés. L’étude bien fort intéressante, fait une ébauche du constat d’échec
des institutions onusiennes en matière de protection des droits des réfugiés, mais s’attarde
en grande partie sur des solutions globales aux inflexions constatées dans ce domaine.
Quant à Michel FOUCAULT134, c'est plutôt l’État qui est le garant de la sécurité humaine
et des droits humains fondamentaux de ses ressortissants et de tous les individus vivant
sous le sceau d'un impératif à assurer par l'ordre gouvernant. Revenant sur la nécessité de
sécurité des territoires et des populations, Sarah KENYON LYSCHER135 interpelle à son
tour les États qui accueillent les réfugiés sur les dérives observés dans certains camps,
espaces humanitaires extra territorial sui generis, qui peuvent se transformer selon elle, en
«sanctuaires dangereux». Si elle relève dans son ouvrage les enjeux d’insécurité,
des réfugiés, elle n'est pas très précise sur les moyens d'y faire face, et l'est moins quant à
la prise en charge réelle des réfugiés dont les effectifs sont devenus particulièrement
forcés préoccupe.
En 2002, Philippe Bernard136 tire la sonnette d’alarme sur les politiques migratoires
133MATHIEU, Jean Luc : La défense internationale des droits de l’Homme, 1993 Op.cit
134FOUCAULT, Michel, Sécurité, Territoire, et population : Cours au Collège de France (1977-78), Paris :
Gallimard/Seuil (Collection « Hautes Études »), 2004.
135KENYON LYSCHER, Sarah: Dangerous Sanctuaries : refugee camps, civil war, and the dilemmas of
52
commerce politique pour certaines personnalités publiques. Nous observons néanmoins
dans ses travaux qu'il s’intéresse peu à la spécificité des migrations forcées, même si de
façon globale, il en fait une évocation. Sur la question de la protection des migrants forcés
qui pose par voie logique celle du droit d'asile, Jérôme VALLUY137 consacre une bonne
partie de ses travaux sur les écarts observés dans la pratique du droit d'asile suite aux flux
massifs de migrants observés sur les frontières de l'Europe dès la première décennie du
21è siècle. Selon lui, les décalages et les grosses défaillances observées dans les règles de
solidarité qui sous-tendent l’accueil des étrangers traduisent la faillite des principes
d'asile»138. Si l'on observe dans sa trame analytique un exposé pertinent des failles de
l'asile, force est de relever que sa réflexion est surtout orientée dans l'espace géographique
du contexte européen, Olivier CLOCHARD139 se penchera sur les failles des dispositifs
politiques européens d'asile. Selon lui, des personnes sont enfermées dans des camps
Les pays assignés au rôle de garde-frontière n’ont bien souvent, selon lui, ni le cadre
l'utilisation de la détention à des fins de contrôle migratoire est illégal, et ne répond ni aux
exigences du droit international liés à l'asile, ni aux exigences humanitaires. Sur ce débat
l'Europe141 est également dénoncé par le réseau Migreurop 142 qui appelle instamment à
137VALLUY, Jérôme: Rejet des exilés : Le grand retournement du droit d'asile, Éditions du Croquant, 2009
138VALLUY, Jérôme, Ibid.
139CLOCHARD, Olivier: Atlas des migrants en Europe, Géographie critique des politiques migratoires,
réseau européen et africain de militants et chercheurs dont l’objectif est de faire connaître et de lutter contre
la généralisation de l’enfermement des étrangers et la multiplication des camps, dispositif au cœur de la
politique d’externalisation de l’Union européenne. Son axe central de recherche est l’analyse critique de la
politique migratoire de l’Union européenne.Plus de détails, lire http://www.migreurop.org/rubrique378.html,
consulté le 16 Avril 2015
53
cesser de privilégier l’approche sécuritaire des politiques d'asile et d’immigration pour
étroites avec le droit d'asile convoque des réformes urgentes, il n'est point superflu de
d'interroger, puis de définir de façon précise, le rôle des États d'accueil, de l'instance
onusienne – le HCR- d'une part , pour en situer la place et les enjeux du droit d'asile
actuel en matière de protection des réfugiés d'autre part. Sur cette question, François
International des réfugiés»143. S'il admet en effet que «...le droit international des réfugiés actuel
forme un corpus qui, pour avoir perdu une grande part de sa capacité rémédiatrice, n'en demeure
pas moins cohérent et utile, par la protection effective qu'il accorde à des millions de personnes ...»,
il soutient que «...l'arrimage du droit international des réfugiés à un droit international général
en rapide évolution dans ses diverses composantes — droit international des droits de l'Homme
(sur la mise en œuvre effective duquel il conviendrait de porter plus d'efforts), droit international
internationaux, droit pénal international, ... — est difficile, mais représente la seule voie pour
venir durablement en aide aux millions de personnes en exil. Les institutions et acteurs étatiques
de la scène internationale ne paraissent toutefois pas encore prêts pour une telle consolidation au
plan des principes et des moyens. Les propositions de reconceptualisation du droit international
des réfugiés présentées ici n'ont en soi, rien de révolutionnaire ; Elles constituent seulement des
devraient s'attacher rapidement, conclue t-il, consisterait sans doute à articuler ces diverses
approches entre elles de manière à formuler une proposition globale de rénovation du droit
international des réfugiés qui comprendrait un échéancier de mise en œuvre opérationnelle lié au
développement des autres champs du droit international. Cet ensemble de propositions ne permet
pas encore, tant s'en faut, de dégager de conclusion définitive sous forme d'une solution
international. Car les solutions à la tragédie des réfugiés sont inséparables des voies de résolutions
des problèmes politiques, économiques et sociaux des pays sources de réfugiés: seule une plus juste
réelle effectivité que s'il est conjugué à l'ensemble des moyens juridiques dont se dote la
et durablement les conflits qui déchirent la planète entre les États et au sein des États. Dès lors,
mise en œuvre de cette réflexion dès lors qu'il est observé que la problématique de
protection des réfugiés et par voie d'effet, la prise en charge des personnes en exil forcé
par les États-hôte souverains, qui se décline à l'aune du droit international des réfugiés
forcés.145
celle du droit d'asile et de la protection des réfugiés a également suscité une attention
humanitaires aux crises des réfugiés, alors que d'autres restent convaincus de la force des
réformes politiques pour une meilleure prise en charge et une protection pertinente des
migrants forcés. Au cœur de ces débats souvent divergents, parfois empreints de timides
ententes, figurent les travaux d'André GUICHAOUA146 qui analyse les éléments de
l’Afrique des grands lacs qui ont plongé le continent au cœur de l’agenda humanitaire
international avec ses milliers de réfugiés, déplacés et «affectés». Par une approche
historico-analytique, il décrypte les stratégies mises en œuvre par les acteurs politiques
55
internationales impliquées dans l’assistance humanitaire des populations en situation de
matière d’aide humanitaire. Toutefois, nous observons que l'auteur reste dans une critique
globale de l'action humanitaire opérée par divers acteurs en situation de crise de réfugiés.
Revenant sur les ambiguïtés de l'action humanitaire dans les «crises» migratoires,
Michel AGIER147 ouvre une réflexion sur l'urgence d'une protection efficace des
du réfugié des années 1950, qu'il interprète comme une transformation profonde d'une
«indésirables» des années 2000. Il fustige le «dispositif humanitaire » qui gère selon lui, avec
une légèreté blâmable les personnes déplacées148 et appelle à des réformes substantielles
des pratiques humanitaires. Dans sa note analytique, en dénonçant les failles dans la prise
chercheur garde une forte grille de lecture socio-anthropologique des acteurs et des
migrants forcés dans l'espace sous-régional d'Afrique centrale en l'occurrence. Quant aux
humanitaire» que présente la question des réfugiés en Afrique. Pour ce dernier, les
réfugiés constituent des cibles pour les politiques où ils sont pris en otage dans des
conflits armés pour lesquels ils n'y sont pour rien. Ensuite, il souligne également leur
nature d'indésirables ailleurs, car selon lui, les réfugiés portent les malheurs d'insécurité,
d'instabilité et de misère pour les pays dits d'asile. Dénonçant les guerres et les conflits
responsabilité aux dirigeants d’État et aux hommes politiques. Face à ce constat, l'auteur
postule pour une recherche des solutions politiques - pour suppléer les solutions
humanitaires aux problèmes des réfugiés - qui, selon lui, ont la particularité d'être
147AGIER, Michel : Gérer les indésirables: Des camps de réfugiés au Gouvernement humanitaire, Op.cit
148AGIER, Michel, ibid
149ROSENHLATT, R : "Les réfugiés, une question humanitaire? Non, politique", Courrier International, no.
c'est de punir ceux-là même qui sont à l'origine des troubles. Ce qui nous semble
incomplet dans cette réflexion, c'est qu'en l'espèce, l'auteur ne précise pas assez les voies
Dans son analyse sur la situation des réfugiés africains au Darfour, Robert
victimes dans cette partie occidentale du Soudan. Ce drame sans précédent, selon l'auteur,
montre combien il est nécessaire pour les africains de régler les problèmes africains à
l'africaine. Dans un second temps, il souligne une inégalité observée dans la gestion des
réfugiés, notamment entre les réfugiés vivant en Afrique et ceux vivant en Europe. Parlant
chercheur souligne que les réfugiés des pays du Nord sont mieux assistés et mieux
protégés que ceux des pays du Sud, alors qu'ils sont tous soumis aux mêmes instruments
de gestion et sont régis par les mêmes instruments juridiques. Comme approche
des drames dans les pays du Sud afin d'attirer l'attention de la communauté
internationale sur la situation des réfugiés des pays du Sud, dans les camps d'une part, et
d'inciter les donateurs à s'y intéresser d'autre part. Cela permettrait, précise t-il,
l'accroissement des dons pour faire face aux multiples problèmes d'assistance et de
protection des réfugiés des pays du Sud. Toutefois, cette posture de WILKINSON, aussi
appréciable soit-elle, remet les États africains sur les voies de la dépendance à l’aide
Occidentale.
Dans une autre perspective analytique, Luc CAMBREZY152 dénonce les conditions
l'actualité et les débats scientifiques récents. S'il s'attelle à démontrer les liens de
français, souligne que « les diverses interprétations de la Convention de Genève de 1951 peuvent être plus
ou moins restrictives, et donnent à voir diverses représentations du statut de demandeur d’asile et une
géographie de la discrimination et des persécutions à géométrie variable, qui construit un imaginaire spatial
de la migration à destination de la France.» Pour plus de détails, Lire TRATNJEK, Bénédicte : « France :
un droit d’asile à géographie variable » , Les cafés géographiques, Février 2012
152CAMBRÉZY, Luc « Réfugiés et migrants en Afrique : quel statut pour quelle vulnérabilité ? »,Op.cit
57
des réfugiés en Afrique, il prend rigoureusement position sur la protection des droits
l'Homme qui précéderait selon lui, celle de l'environnement, car, conclue t-il «..l’écologie
construire en fragilisant la vigilance de tous les instants qu’exige la protection des droits de
l’homme»153.
sonnette d'alarme sur les conditions de vulnérabilité des réfugiés en Afrique de façon
globale, - situation alimentée en grande partie par le lege lata sur les réfugiés154 -, n'abonde
pas suffisamment sur les questions institutionnelles et les défis de la protection rencontrés
par les réfugiés dans l'espace sous-régional d'Afrique centrale. Qui plus, les travaux
engagés sur cette question ont souvent été l’œuvre des juristes dont la grille d'analyse
juridique est prédominante. C'est le cas de Henri Joël TAGUM FOMBENO 155 qui pose le
diagnostic d’un déficit de protection des réfugiés en Afrique, et abonde sur l’analyse
juridique des failles du système de protection des réfugiés dans le continent « noir ».
Même s'il ouvre les perspectives de réflexions pour l'adoption d'un ensemble de mesures
correctives - notamment politiques - dépassant le cadre normatif, son analyse garde une
forte connotation juridique. Dans le même registre analytique, Cherif Ly DIA156 réalise
une étude du droit d’asile appliqué aux réfugiés en droit international qui lui permet de
réfugiés sous la caution du droit. Néanmoins, ses suggestions n’abondent guère sous le
prisme institutionnel supposé encadrer ces normes pour une réelle et efficiente protection
des réfugiés. En Octobre 2017, les travaux de recherche de Thèse de doctorat de Roméo
KOÏBE MADJILEM sur la protection juridique des réfugiés et déplacés climatiques par les
région du lac Tchad et au Sahel . S'il est constant que ces travaux visent des solutions
153CAMBRÉZY, Luc, Ibid.
154Il s'agit, comme nous l'avons évoqué antérieurement, de toutes les normes qui sous-tendent le droit
international des réfugiés actuel bâti autour de la Convention de Genève de 1951 sur le Statut des réfugiés
et des textes connexes.
155TAGUM FOMBENO, Joël : Réflexions sur la question des réfugiés en Afrique, Revue trimestrielle de droit
dr. h. (57/2004)
156DIA, Chérif : Asile et réfugiés en droit international, Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal-
organisations régionales : Rôle de l'Union Africaine », Thèse de doctorat en Droit Public, Faculté de Droit et
Sciences Politiques, Université Paris Nanterre, Octobre 2017
58
juridiques aux préoccupations de ces nouveaux types de migrants forcés dont la
communauté internationale tente selon lui, d’assurer la sécurité et de garantir leurs droits
fondamentaux à la vie, sa grille de lecture est bâtie sur un examen juridique et critique des
des réponses juridiques. Ouvrant de nouvelles pistes de réflexion qui allient à la fois à la
fois des réformes institutionnelles au problème des migrations forcées et une approche
protection dont on se sert pour régler les problèmes des réfugiés en Afrique. Pour l'auteur,
on ne peut pas régler les problèmes des réfugiés africains avec des préceptes universels.
Partant de cette hypothèse, il analyse les instruments juridiques et de gestion des réfugiés
des réfugiés africains. En guise d'exemple, il évoque le cas de la Charte africaine qui,
selon lui, à partir de son préambule s'éloigne des réalités africaines. A ce propos, il
souligne : « ...si les Structures des Nations Unies ont démontré leur incapacité à prendre en
charge comme il se doit les douleurs africaines, c'est parce qu'elles ne sont pas pensées et conçues
avec l'histoire et la géographie africaines...ces structures (poursuit-il), sont trop larges et trop
vastes et un peu spécifiques au monde occidental qui les a conçus et qui tente de les exporter sur
bâties sur deux piliers: Structurel et une organisationnel. Ainsi, pour lui, la lutte et le
traitement de la question des réfugiés en Afrique nécessitent des programmes d'action sur
prise en compte des "caprices de la nature" en vue de lui trouver des solutions adéquates
et intégrées. Dans l'histoire, il met la résolution des litiges, des conflits qui poussent les
hommes à vouloir s'exterminer les uns les autres. Ce volet historique, précise l'auteur, est
plus important que celui de la géographie car la réussite du premier conditionne le succès
158LEZZAR, Nasreddine : « Le problème des réfugiés en Afrique : l'inéluctable choix entre universalisme et
spécificité», le quotidien d’Oran, 2005, pp.2-9. Rappelons par ailleurs que l'avocat Nasreddine LEZZAR est
spécialiste de Droit International Public
159Voir à ce sujet, la publication de 2005 de LEZZAR, Nasreddine, Ibid, relayée par l'association de défense
des droits humains ALGERIA WATCH. Précisons que ALGERIA WATCH est une association Créée en
Allemagne en 1999, dont la vocation centrale est la défense des droits humains en Algérie. Entre autres
activités, elle s'intéresse à la rédaction d’articles et de rapports thématiques en langues allemande et
française; elle collabore avec des défenseurs des droits humains en Algérie pour confectionner et mettre à
jour des listes de victimes (disparus, exécutés sommairement, torturés, etc.) ; elle soutient les demandeurs
d’asile ou menacés de refoulement et leurs avocats dans leurs démarches. Pour plus de détails, voir
https://algeria-watch.org/?p=45351, consulté le 15 Avril 2014
59
du second «....Puisque l'observation et l'évaluation de plusieurs cas de réfugiés permettent de
conclure que chaque variante est un cas d'espèce avec ses propres caractéristiques qui nécessitent
ouvre la voie à une mutualisation des efforts des États africains dans le choix des réformes
du droit d'asile en Afrique, ainsi que la nécessité de prendre la pleine mesure des
spécificités africaines dans le choix des solutions aux problèmes des réfugiés africains, la
droit d'asile régional effectif et efficient ne semblent se limiter qu'à son contexte d'étude,
d'intégration face aux défis des migrations forcées se décline en effet, à travers les
essentiel du droit des réfugiés »161. Face aux flux massifs sans cesse croissants de réfugiés que
connaît le monde durant la dernière décennie, l'auteure, suggère «... l’urgente nécessité de
renforcer la coopération entre les États, afin de proposer des réponses communes qu’impose la
multiplication des défis posés par cette situation» 162. Cette dernière option semble hautement
partagée par l'Union Africaine -UA- qui , sur un plan théorique, en conclut à la nécessité
efficace aux situations d'afflux massif, y compris par l'élaboration de plans d'urgence
même, la création en son sein, d'instances de gestion des problèmes des réfugiés à l'instar
du Sous-Comité pour les réfugiés, les rapatriés, et les personnes déplacées en Afrique,
réfugiés, les personnes déplacées et les rapatriés afin d' « aider les organes délibérants de
60
politique sur les questions relatives aux réfugiés, aux personnes déplacées et aux rapatriés, ainsi
que les questions concernant la promotion du droit humanitaire sur le continent ; suivre, analyser
et évaluer la situation des réfugiés, des personnes déplacées et des rapatriés et formuler des
recommandations et des solutions au Conseil exécutif en vue d’une action de la part de l’UA ;
collaborer avec la Commission de l’UA, les organismes humanitaires de l’ONU, les organisations
gouvernementales concernées ; maintenir un contact permanent avec les États membres par le
africaine de trouver des solutions efficaces au problème des réfugiés, car selon elle : «
Étant donné que le déplacement forcé est étroitement lié au conflit, à la fois en conséquence et en
tant que cause potentielle de nouveaux conflits, il devrait être abordé par le dialogue et la
coopération nationaux, régionaux et continentaux en vue de prévenir et gérer les conflits ». 164
thématique peu abordée dans une perspective de coopération sous-régionale, elle l'est
encore moins sous une grille d'analyse politico-géographique. Les rares travaux
rencontrés sur le sujet considéré - sans prétention à en faire une évocation exhaustive -
sont ceux du Juriste publiciste Alain Didier OLINGA. Pour le chercheur camerounais, «
réfugiés»165. Il analyse le problème des flux de réfugiés en Afrique Centrale « dans la zone
«pourvoyeuse de réfugiés», mais aussi considérée comme « zone d’accueil» pour des masses
de populations qui se déplacent sous l’effet des conflits dans d’autres parties du continent
163Précisons que le Sous-comité sur les réfugiés, les rapatriés et les personnes déplacées en Afrique est
l'un des onze (11) comités que compte le Comité des Représentants permanents (COREP) accrédités
auprès de l'Union Africaine. Le rôle du COREP est la gestion des activités quotidiennes de l’Union africaine
(UA) au nom de la Conférence et du Conseil exécutif.Tous les États membres de l’UA sont membres du
COREP. Consultez en ligne, le 14 Juillet 2015, https://au.int/fr/organes/corep
164Union Africaine : « Synthèse Cadre de politique migratoire pour l'Afrique révisé et plan d'action ( 2018-
2030), Migration For Development in Africa, 1ère Édition, Mai 2018, consulté en ligne,
https://au.int/sites/default/files/documents/35956-doc-au-mpfa-executive-summary-fr.pdf
165OLINGA, Alain Didier : « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique Centrale », Actes du
Colloque international sur la Paix et Sécurité dans la CEEAC , organisé par la Friedrich Ebert Stiftung,
Presses Universitaires d'Afrique, Yaoundé, 2007
166OLINGA, Alain Didier, ibid;
61
interpelle le chercheur sur la question des réfugiés, c'est en raison de ce qu'il la considère
comme un « …grand foyer de conflits, qu’il s’agisse des pays des grands lacs ou des pays du nord
comme le Tchad. Il en résulte des éléments d’implantation de la terreur, des causes d’insécurité
généralisée. L’impact immédiat est l’infliction d’indicibles souffrances aux populations par
provocation des dérapages dans le gouvernement des hommes, par transformation des couches
entières de populations en otages pour les belligérants, par stimulation des mouvements de haine
modes de vie des populations dont l’effet est de miner tous les efforts tournés vers la lutte contre le
chercheur suggère en lieux, des réponses «sectorielles», des pistes de réflexions inscrites
responsabilités entre les organisations régionales et sous-régionales, les pays d’origine des réfugiés
de réflexions offertes par ces travaux, notamment en ce qui concerne les voies
particulièrement sur les mesures solidaires à engager pour faire face au problème des
complétée par une précision des responsabilités qui incomberaient aux susdites instances
le géographe français Roland POURTIER169 s'est attelé, dans une étude menée dans la
région de l'Afrique dite des Grands Lacs, à mettre en lumière les dynamiques
géopolitiques de la survenance des flux de réfugiés dans l'espace visé , qui d'après lui,
sont en grande partie tributaires des troubles socio-politiques dont l'émanation est la
conquête et le contrôle du pouvoir. Il l'illustre par les cas Rwandais - en rappelant les
Africa: a geopolitical approach )», Bulletin de l'Association de géographes français, 83e année, in Territoires
d'exil: les camps de réfugiés, sous la direction de Véronique Lassailly-Jacob, Mars 2006
62
ceux de l'ex-Zaire, de l'Ouganda et du Congo. S'il s'insurge contre les camps de réfugiés
comme moyens d'encadrement des réfugiés, c'est en bonne partie parce qu'il estime qu'ils
constituent plutôt des menaces, un «problème géopolitique majeur»170 pour lequel il propose
une approche géopolitique et solidaire pour y faire face. Comme nous pouvons l'observer,
même si la question des réfugiés en Afrique Centrale est évoquée, assortie de perspectives
recherche sur les migrants forcés de l'Afrique des Grands lacs stricto sensu172 , ce qui ne
particuliers. La question de protection des réfugiés, donc celle notamment de leur prise en
charge varie, comme nous le fait observer Luc CAMBREZY 173, en fonction du lieu
verrons plus loin, les défis des migrations forcées suggèrent à notre humble sens, des
coopération sous-régionale pour une prise en charge efficace des réfugiés en Afrique
Centrale. Si le chercheur souligne que la question des migrations forcées occupe une part
résiduelle dans les politiques des États de la région, et qu'en l'occurrence, dans les États
d'accueil qui connaissent une courbe de fragilité ascendante, les réfugiés et les personnes
déplacées sont perçus comme des « menaces », ou des « risques», le chercheur soutient une
parfois confondue, d'après le découpage politico-géographique, à l'Afrique Centrale. C'est en cela qu'on
retrouve d'ailleurs dans le même temps le Rwanda au sein de la CEEAC,, Consulté en ligne , le 13 Mai
2013,https://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000098-le-conflit-des-grands-lacs-en-afrique/carte-des-
grands-lacs
173Luc CAMBREZY nous rappelle en effet que la condition des réfugiés est extrêmement variable selon les
lieux et les conditions d'accueil, Voir CAMBREZY, Luc, Op.cit
174ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger : Réfugiés et personnes déplacées, in L’Afrique centrale face aux
défis migratoires, Sous la Direction de Babacar NDIONE, pp 81-94, ACP MIGRATION, Belgique, Juin 2014
63
au développement des régions d'accueil et d'origine de ces migrants forcés. « La
problématique des réfugiés et des personnes déplacées - dira t-il en substance - , doit être portée
par des groupes sociaux, les représentants des États membres de la CEEAC et les associations de
migrants forcés notamment. Il y a un consensus sur la nécessité de mettre en œuvre une politique
globale et concertée sur les questions de réfugié et personne déplacée. La part résiduelle voire
marginale qu’occupent ces populations dans la hiérarchie des priorités en matière d’intégration
régionale ou de développement contraste fortement avec la réalité. D’où la nécessité d’engager une
éducation publique sur l’apport des réfugiés et des personnes déplacées, afin d’aller au-delà des
représentations négatives des migrants forcés comme une charge supplémentaire pour les pays en
situation de fragilité. Ceci d’autant plus que la potentialité des réfugiés, au-delà les représentations
du migrant forcé comme « charge », peut être convertie en facteur de croissance, d’innovation et de
développement dans les pays d’accueil, et que dans le long terme, cette potentialité peut contribuer
Si cette analyse est innovante et pertinente à notre sens, elle mérite d'être complétée
par la définition du cadre institutionnel concerté, dévolu aux migrations forcées, qui
cas d'afflux de migrations forcées. Mais cette offre d'éducation s'avère aussi importante à
éducative des réfugiés qui est un maillon essentiel dans le domaine de la protection de ces
derniers fait également débat. Dans un travail de recherche portant sur la « Scolarisation et
enfants réfugiés dans les espaces d'accueil de l'Est Cameroun et suggère une refonte des
Toutefois, nous constatons qu'elle s'oriente davantage vers la mise en perspective des
obstacles dans les trajectoires scolaires177 d'une catégorie spécifique de réfugiés que sont
175ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger, ibid
176KAMDEM, Pierre : «Scolarisation et vulnérabilité: les enfants réfugiés centrafricains dans la région de
l’Est-Cameroun», Espace populations sociétés [En ligne], mis en ligne le 31 janvier 2017,
http://journals.openedition.org/eps/7019; consulté le 07 Juin 2017.
177Rappelons d'ailleurs que dans la même perspective, MIMCHE Honoré et Al ont réalisé des travaux
64
les enfants dans une partie de la région orientale du Cameroun.
réflexion, même s'il convient d'admettre que la question de protection des réfugiés est
restée le plus souvent abordée sous un angle global, continental, et très rarement sous une
une approche intégrée. S'il est important de reconnaître l'intérêt de certains auteurs à
traiter cette question dans une approche juridique ou sous une grille de lecture parfois
malheureusement été très peu abordée sous l'angle d'analyse systémique, dans une
présente un cadre digne d'intérêt179 pour interroger les stratégies et réponses nationales
analogues sur l'efficience de l'accès à l'éducation intitulés: Le droit à l’éducation : quelles effectivités pour
les réfugiés au Cameroun, in Colloque International : Éducation, Violences, Conflits et Perspectives de Paix
en Afrique, MIMCHE H., Meli V., Kom D.,Fomeko F. (2006),Consulté le 12 Août 2016. Pour plus de
précisions, Lire: www.rocare.org/Annexes_Colloque_ROCARE_FASAF.pdf.
178MOUELLE KOMBI, Narcisse : «Le Cameroun et les réfugiés », Mémoire de Maîtrise en droit public,
l'espace CEEAC comme une zone productrice de réfugiés qu’elle répand sur le territoire de ses États
membres et un cadre d’accueil pour d'autres en provenance d’autres aires de conflits en Afrique.Selon le
chercheur, la quasi-totalité des pays de la région s'enlisaient par ces flux de réfugiés quoique les
proportions soient variables d’un pays à l’autre. Ainsi, les destinations principales pour les réfugiés étaient
alors la République Démocratique du Congo pour ce qui est des réfugiés rwandais et burundais, le Tchad et
la RCA s’agissant des réfugiés soudanais. Malgré l'écart temporel qui peut exister entre cette analyse du
chercheur et notre étude, elle conserve toute son actualité au regard de la situation inflationniste des crises
et conflits observée dans la sous-région depuis 2008, avec l'arrivée massive en territoire camerounais
d'environ 14350 tchadiens suite à l'instabilité socio-politique au Tchad, puis depuis 2013, de réfugiés
nigérians et notamment centrafricains.Cette nouvelle configuration fait du Cameroun une destination de
forte concentration de flux de réfugiés, en même temps pourvoyeur de réfugiés à cause de la crise
autonomiste qui sévit dans ses régions occidentales depuis Octobre 2016. Sur la carte des conflits de la
CEEAC, Voir sur ce point, OLINGA, Alain Didier : « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique
Centrale », Actes du Colloque international sur la Paix et Sécurité dans la CEEAC, 2007, Op.cit ; Voir
également à ce sujet, NSOGA, Robert Ebenezer : Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des
réfugiés en Afrique : Cas des réfugiés tchadiens du camp de Langui dans le Nord Cameroun , Op.cit
65
dans le cadre de la réflexion sur la protection des migrants forcés en Afrique médiane . En
effet, dans le cadre de l’assistance aux réfugiés centrafricains dans la région de l’Est du
Cameroun, et des réfugiés Nigérians et tchadiens accueillis dans l'extrême Nord du pays
considéré, si l'on peut observer que des efforts ont été faits par le HCR, l’État d'accueil et
les organisations humanitaires concernées en faveur des migrants forcés, les conditions
inhumaines et précaires180 dans lesquelles ces derniers croupissent dans cet espace
géographique - comme nous l'avons également observé pendant nos enquêtes de terrain -
par les instances de protection – en l'occurrence les États hôte ( le Cameroun dans le cadre
dispositifs de protection des réfugiés, à l'analyse des enjeux et défis que pose la prise en
charge des migrants forcés dans l'espace visé, à l'ouverture par le moyen de l'approche
systémique, des pistes des réflexions sur les voies d'une gouvernance efficace des
migrations forcées en Afrique Centrale. Ceci nous ramène à centrer notre regard sur
l'intérêt qui motive substantiellement le choix de notre sujet, la problématique qui s'en
5. Problématique de l’étude
a) Champ disciplinaire et délimitation de l’étude :
Champ disciplinaire
plus, l’étude des migrations forcées, nous l’avons noté plus haut, pose de façon cruciale la
question du rapport entre les réfugiés et leurs espaces d’accueil. Cette mise en relief
cadre de la protection qui leur est due. Notre travail de recherche s’articule à cet effet
autour d’un aspect saillant de la sécurité humaine : la protection des réfugiés et des
sociales et des relations internationales. L’étude est adossée à la fois sur un champ
humanitaires au chevet des réfugiés se recrutent parmi les agences des Nations Unies et
parmi la société civile. Ces acteurs opèrent à côté des pouvoirs publics étatiques, donc à
côté de la diplomatie publique. Il s’agit dans le cadre de notre travail d’examiner un aspect
contexte camerounais, ainsi que l’impact de leur présence sur la préservation de l'intégrité
des territoires, des droits des nationaux, ainsi que des impacts sécuritaires transfrontaliers
que peuvent susciter une mauvaise maîtrise des flux des réfugiés par les États d'accueil
des enjeux sécuritaires inhérents à la présence d'un afflux de réfugiés - qui allient le droit
CEEAC.
- Délimitation thématique.
part de pouvoir la traiter de façon exhaustive dans le cadre d'une thèse. Notre travail de
institutionnels, structurels qui sous-tendent la protection des migrants forcés ainsi que
des enjeux et défis posés par l'encadrement de ces types de migrations en contexte
camerounais, pris ici comme échantillon d'étude parmi les États d'accueil de l'espace sous-
des migrants forcés d'Afrique médiane nous permet de rendre compte des failles, des
limites et obstacles qui plombent une prise en charge efficace des personnes en
- Délimitation spatiale
Le cadre spatial de notre étude est le Cameroun, pays d'Afrique Centrale qui se
situe, avec le Nigéria, dans un contexte de crise de déplacements d'une grande ampleur
dans le bassin du Lac Tchad , ayant contraint plus de 2,7 millions de personnes, dont 210
000 réfugiés nigérians, à migrer vers les pays voisins 182. Le Cameroun est également tenu
dans la Sous-région Afrique Centrale comme étant l'un des premiers pays de générosité
Extérieures (MINREX) du Cameroun184- dont la majorité, soit une moyenne de plus de 278
000 réfugiés centrafricains, vit dans les régions de l'Est, frontalière avec la République
en 2017 par le Ministre des Relations extérieures, du Cameroun M. Lejeune Mbella Mbella dont
précisément 396.383 réfugiés recensés dans ce pays d'Afrique centrale dont une trentaine de nationalités
identifiées, Enquêtes de terrain, Juin 2017, Cameroun.
185Ces réfugiés ont trouvé trouvé asile dans les localités de la région de l'Est et de l'Adamaoua. Ils sont
répartis dans des sites de Gado-Badzéré, Mandjou, Kouba, Boulembe, Adingkol Lolo, Mbilé, Timangolo,
Garissingo , Djohong et Meiganga entre autres.
68
du groupe de 20.900 réfugiés urbains vivant dans les grandes villes de Yaoundé et de
d'accueil assistés par le HCR - , ce qui fait de lui, le 13è pays d'accueil des réfugiés dans le
facilité ces migrations transfrontalières 187, favorisé en sus par sa relative stabilité socio-
s'est en effet révélée depuis 2013188, où le Cameroun est en proie à des attaques du
l'Extrême Nord et du Nord, frontalières avec le Nigéria d'une part, et depuis Octobre
Nos enquêtes ont été rendues possibles grâce à la contribution d'une variabilité et
d'une diversité d'acteurs dont les responsabilités nous ont paru centrales dans le champ
Communication Issa Tchiroma Bakary, cité par le Journal en ligne LE POINT.FR, le Cameroun a commencé
à faire l'objet « d'agressions barbares du groupe terrorriste Boko Haram...de 315 incursions des terroristes
Boko Haram, 12 accidents sur mines et 32 attentats-suicides du fait de ces criminels ». Pour plus de détails,
voir : « Cameroun : 1 200 morts dans les attaques de Boko Haram depuis 2013», Le Point.fr, publié le 15
Janvier 2016, consulté en ligne, le 28 Octobre 2016, https://www.lepoint.fr/monde/cameroun-1-200-morts-
dans-les-attaques-de-boko-haram-depuis-2013-15-01-2016-2010362_24.php
69
Sur le plan régional et/ou local, nos enquêtes ont été menées auprès des
traditionnelles locales, des bureaux de terrain du HCR de Bertoua ( Field Office) dans la
Par ailleurs, notre enquête s'est particulièrement intéressée aux migrants forcés pris
Signalons également dans ce sillage idéel que des enquêtes ont été menées auprès
détail du cadre opérationnel de nos enquêtes de terrain sera exhaustivement exposé dans
qui est dans le cadre de cette étude, il est utile de le rappeler, l'échantillon 189 nous
permettant non seulement de faire un diagnostic de l'état de protection des réfugiés, mais
également de mesurer les enjeux et défis de la protection des migrants forcés au sein des
États d'accueil d'Afrique Centrale comme nous l'avons souligné plus haut, l'étude ouvre
des perspectives formulées à l'endroit de tous les États du territoire géographique occupé
- Délimitation temporelle
2013 et 2017 : 2013 indique l'arrivée des flux massifs des réfugiés en provenance de la
RCA et où les défis de protection des réfugiés dans la sous-région Afrique Centrale ont
189Rappelons que les intérêts thématique et spatial de nos travaux remontent en 2010 lors d'une étude que
nous avons mené en contexte Camerounais et qui portait sur la sécurité alimentaire des réfugiés tchadiens
du Camp de Langui dans le Nord Cameroun en vue de l'obtention du Master recherche en Sciences
Sociales et Relations Internationales. Par la suite, ces travaux nous ont permis de commettre un ouvrage
sur le sujet en 2015 sous l'intitulé : «Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique,
Cas des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le Nord Cameroun », Op.cit
70
décuplé en raison des troubles socio-politiques connus en RCA, et de l'escalade des
Cameroun et à la frontière avec le Nigéria à partir de la même année. Notre étude atteint
la borne 2017 en ce que cette période charnière représente pour le Cameroun une étape
décisive dans la gestion des migrants forcés venant non seulement des pays voisins (RCA,
Nigeria, Tchad, Congo etc..) mais également des déplacés internes issus de la crise
Cameroun dont certains sont également accueillis comme réfugiés dans le territoire du
Nigeria. Des brèches seront de temps en temps ouvertes au cours de nos développements,
pour adapter notre étude à l'actualité des migrations forcées dans la zone considérée.
Une fois ce balisage de notre travail opéré, il convient à présent de fixer la problématique
de notre recherche.
b) Position du problème :
fortes et récurrentes dans plusieurs parties du continent, comme c'est le cas au sein de
étant «...le théâtre des conflits armés, des violences politiques, des déplacements massifs des
populations, mais aussi et surtout le terrain des rivalités et convoitises des puissances extérieures.
Outre cette dimension géopolitique et stratégique qui place l’Afrique centrale au centre des
contraintes sécuritaires, la dimension endogène de la crise de l’État ne saurait être occultée...» 190,
ou encore, celui que le juriste internationaliste camerounais Alain Didier OLINGA définit
comme un «.. terreau fertile pour les conflits les plus meurtriers...(et) où l'Afrique Centrale
occupe une place répugnante»191. Les indicateurs numériques des réfugiés et des personnes
déplacées qui n'ont cessé de croître de façon exponentielle 192 singulièrement dans l'espace
centrafricaine que nous avons rappelé plus haut, à l'année 2017, celle du rapport du HCR annonçant un
niveau record de réfugiés dans le monde,ainsi que période où prend fin nos enquêtes de terrain
71
révélateurs de l'ampleur d'une situation humanitaire hautement préoccupante qui
interpelle d'une part, l'ensemble des États du territoire géographique de la CEEAC 194, la
protection des réfugiés en Afrique Centrale suscite un vif intérêt auprès de certains
chercheurs, elle reste - paradoxalement - pour la majorité des États-hôte de cette sous-
région, une véritable épine irritative que les autorités politiques évitent. Pour le politologue
Afrique centrale constitue « ...une thématique peu consacrée dans les politiques des États de la
région»195. Les «efforts» solitaires de certains États d'accueil centre-africains pour apporter
comme nous le verrons dans nos prochains développements, appuyés par le HCR ainsi
que ses partenaires, ont certes été d'un apport indéniable, mais s'avèrent incomplets, et à
défaut d'être efficaces, semblent davantage se confiner en une mise en scène pour
«...le phénomène de réfugiés et personnes déplacées entraîne dans les régions d’Afrique centrale des
autorités politiques sous-régionales pour les questions des migrations forcées, à l'aune
d'une Afrique médiane que certains chercheurs considèrent comme étant au « cœur des
ténèbres »199 questionne, mais rend surtout compte de la note d'indifférence et du constat
194Il est utile de rappeler que la région géographique constituée par les États membres de la CEEAC s'est
révélée, selon certaines études récentes, comme étant le plus grand foyer de conflits. Pour plus de détails,
lire Alain Didier OLINGA, « Les conflits et la question des réfugiés en Afrique centrale », in Paix et sécurité
dans la CEEAC, Actes du colloque international, Friedrich Ebert Stiftung, Yaoundé, 2007, Op.cit; Voir
également Premier rapport d'évaluation stratégique du PNUD « L'Afrique Centrale, Une région en Retard?
», Mars 2017, Op.cit
195ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger : « Réfugiés et personnes déplacées », in l’Afrique centrale face
au gouvernement humanitaire,” - Éditions Flammarion, Paris, 2008 - avec Alain FREDAIGUE, Délégué
Médecins Sans Frontières -MSF- au sujet du Livre ( VERBATIM), http://reseau-terra.eu/article840.html
197Il s'agit en effet de l'obligation de protéger prescrite par les différentes déclarations universelles des droits
de l'Homme mais surtout consacrée par la Convention de Genève sur les réfugiés.
198ABESSOLO NGUEMA, Jean Roger, Ibid
199Expression utilisée par Etanislas NGODI, Op.cit Lire aussi, dans le même ordre d'idées, CAMBREZY,
Luc: Réfugiés et exilés, crise des Société, crise des territoires, Op.cit
72
d’échec dans la prise en charge des migrants forcés à travers la constance des conditions
de précarité observées chez les personnes en déplacement forcé au sein cet espace
qui semble s'imposer et que certains chercheurs, à l'instar de François CREPEAU 200,
appellent de tous leurs vœux, les États d'Afrique centrale sont dos au mur pour penser en
protection des réfugiés dans leur espace sous-régional. Luc CAMBREZY souligne la
nécessité de solidarité régionale intra africaine pour faire face aux crises et au problème
des réfugiés, même s'il en émet de fortes réserves quand il dénonce l'attitude distante des
responsables politiques africains dans la gestion concertée des conflits intra africains. A ce
propos, il souligne : « ...Il faut malheureusement regretter que cette singularité ne débouche pas
sur une prise de conscience collective de la part des responsables politiques de ces pays (africains),
une prise de conscience qui, seule, permettrait de sortir le continent des guerres qui le rongent.
Malgré une très forte identité culturelle et géographique, l'unité de l'Afrique demeure une
domaine, la responsabilité des dirigeants politiques et des élites intellectuelles est écrasante et si
l'on veut faire de l'Afrique une catégorie homogène, c'est bien dans leurs rôles dans les conflits et
les mouvements de réfugiés qu'il serait possible d'en identifier le fond commun» 201. La question
Fort de ces paramètres, notre étude part du constat d’échec dans l'encadrement des
flux massifs de réfugiés au sein des espaces territoriaux d'Afrique Centrale. Il s’agit plus
les moyens et politiques mobilisés par les acteurs intéressés dans l'opérationnalisation de
la protection des réfugiés au sein des États d'accueil d'Afrique médiane – à l'instar du
Cameroun, pris en exemple -. L’examen de ces aspects nous permet de rendre compte des
failles et obstacles qui plombent une protection efficace des migrants forcés, afin de situer
les enjeux géopolitiques, géostratégiques et sécuritaires de l'asile, mais également les défis
200CREPEAU, François : « L’impératif renouvellement du droit des réfugiés », Op.cit
201CAMBREZY, Luc: Réfugiés et exilés, crise des Société, crise des territoires, Op.cit
73
de la protection des populations en déplacements forcés dans l'espace sous-régional
d'Afrique centrale. Qui plus est, l'absence d'une dynamique permettant de mettre en
de notre recherche. Il est donc question dans le cadre de ce travail, d'ouvrir de nouvelles
en Afrique Centrale. Une fois ces préalables posés, nous pouvons aborder nos questions
de recherche qui sont bâties autour d’une question centrale et de trois questions
spécifiques.
c) Questions de l’étude:
Centrale permettent ils une prise en charge efficace des réfugiés et déplacés et le respect
Cameroun ?
avec efficacité et durabilité les personnes en déplacements sous contraintes dans la Sous-
d) Hypothèses de la recherche:
Convention de l'OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
Afrique, et rappelés dans les législations des États d'accueil considérés. Face à une
inflation récurrente des crises et conflits qui défraient la chronique en Afrique centrale
74
entraînant une croissance exponentielle des flux de réfugiés au sein de son espace
géographique durant les deux dernières décennies 202, les conditions d'accueil et
d'assistance de ces personnes en fuite dans les pays hôte ou aux abords de leurs frontières
se sont révélées inefficaces, incomplètes, ce qui trahit d'une part, les failles, les limites des
outils et dynamiques de protection des migrants forcés mobilisés par les États d'accueil et
lieux d'accueil et de vie des réfugiés, rendant ainsi compte de l'ineffectivité du respect du
réfugiés au Cameroun rejaillit dans les faiblesses substantielles et les ambiguïtés et failles
concernée, ainsi que dans la précarité et la vulnérabilité constantes dans lesquelles vivent
la protection des migrants forcés et d'une refonte substantielle du droit d’asile en Afrique
Centrale s’articulent autour de deux grands axes de réflexion : D'une part , il s'agit de (re)
renforcement du cadre normatif de protection des droits des personnes déplacées par
d'autre part, d'ouvrir des pistes de réflexion en faveur de la mutualisation des efforts des
États de la région géographique que constituent les États membres de la CEEAC, en vue
souligner, que des réponses anticipatives, donc provisoires, qui sont vérifiées sur la base
moyen des données collectées in situ dans le cadre de nos enquêtes. Nous pouvons dès
lors , exposer les objectifs divers, mais concordants qui sous-tendent la présente étude.
e) Objectifs de l’étude:
protection des réfugiés en particulier, du droit d'asile en général, au sein des territoires
d'accueil d'Afrique centrale, ainsi que de la promotion d'une paix durable entre les susdits
États.
réfugiés en contexte camerounais est présenté. Il s'agit ici d'une analyse du cadre
réfugiés, ainsi que des enjeux et défis suscités par les flux importants et croissants de
protection des réfugiés au Cameroun nous permet de présenter les dangers irréductibles
droit d’asile en Afrique Centrale. Pour une efficacité et une durabilité dans la réponse de
76
charge de la gouvernance des migrations forcées au sein de l'espace communautaire de la
CEEAC.
f) Intérêt de l’étude:
La présente étude est scientifique en ce qu’elle prétend apporter une avancée dans la
réflexion sur les migrations globales en général, et la gouvernance des migrations forcées
Centrale n'arrivent pas à faire face depuis plus d'une décennie à la gestion des flux de
réfugiés qui ne cessent de croître de façon exponentielle au sein des susdits États. Sur le
plan épistémologique, une réflexion est importante à mener sur les enjeux et les défis de
par la communauté des États appartenant à la CEEAC. L’étude des migrations forcées en
Afrique Centrale ouvre des pistes de recherche sur le droit d’asile, sur la relation qui
s’établit entre les populations réfugiées et les populations d’accueil, les espaces investis
anticiper sur les causes des susdites migrations. Le sujet revêt ainsi un intérêt
pluridisciplinarité dans le cadre des sciences humaines et sociales, à travers une analyse
des droits des migrants forcés et plus spécifiquement la maîtrise et la compréhension des
défis qui précèdent la protection des réfugiés dans un continent à la paix précaire. Qui
prévention/gestion des crises et conflits liés aux migrations forcées. A terme, l'étude
77
réfugiés à l’aune du droit d’asile, et une initiation à la géographie des conflits en Afrique
centrale. De même, elle contribue au renforcement des capacités des acteurs humanitaires
dignité humaine, pour une paix sociale durable entre les peuples d'Afrique Centrale.
Fort de ces aspects saillants qui restituent l'objet de notre recherche, il devient
impératif d'exposer la démarche nous ayant permis, à partir d'un cadre théorique et des
1- Cadrage théorique:
générale de la société internationale. Cet intérêt est porté plus spécifiquement dans la
manière dont le HCR raccorde et mobilise aux côtés des États d’accueil, la protection et
institutionnels de prise en charge des migrants forcés au sein des États d'accueil de la
des migrants forcés mobilisées par les États d’Afrique médiane à l'exemple du Cameroun,
et le déficit d'efficacité de l'organe central de protection des réfugiés, le HCR, face aux flux
importants de migrants forcés dans l'espace géographique visé, postule pour une
mutualisation des efforts des susdits États en faveur de l'opérationnalisation d'un cadre
États centre-africains dans le domaine de la protection des réfugiés dans leur espace
politico-géographique est adossé sur une double vocation : Il s'inscrit d'une part, dans la
203Nous faisons référence ici à la tonalité marquante et prégnante de la diplomatie extra gouvernementale
(des acteurs non étatiques) d'une part, et inter étatique d'autre part, dans l'operationnalisation de
l'assistance/protection aux réfugiés.
78
promotion en synergie d’efforts des susdits États, de solutions concertées et durables en
faveur d'un droit d’asile effectif au bénéfice des migrants forcés ; cette démarche vise
d'autre part, à assurer la sécurité des populations hôtes, celle des frontières territoriales,
mais surtout à promouvoir entre les peuples centre-africains, une paix positive 204 et
durable.
s'est ressentie et s'affirme de plus en plus comme un enjeu central et irréductible pour
faire face aux défis posés par les migrations forcées contemporaines. En matière de
ont rappelé l'inextricable nécessité de renforcement des liens de coopération entre les
États «... afin de proposer des réponses communes qu'impose la multiplication des défis posés par
cette situation»205. Pour la spécialiste de droit public, «...Tant que les écarts de développements
entre les États ne diminueront pas et que les conflits persistants continueront de générer un
nombre croissant d'individus fuyant les persécutions, la coopération demeurera un enjeu essentiel
du droit des réfugiés»206. De ce point de vue, l’octroi du droit d’asile s'affirme aussi bien
la capacité des États d'Afrique centrale à construire en collaboration avec le HCR et ses
donc de l’inscrire dans une combinatoire théorique tournée vers la mobilisation des
différentes menaces sécuritaires dans les situations impliquant les mouvements des
204L'expressionest celle de Johan GALTUNG, Op.cit
205TOURNEPICHE, Anne Marie et Al: La coopération : Enjeu essentiel du droit des réfugiés, Éditions A
Pedone, Collections Droits Européens, sous la direction D'Anne Marie TOURNEPICHE, Paris, Juin 2015
206TOURNEPICHE, Anne Marie et Al, Ibid
79
réfugiés dans cet espace politico-géographique. La protection des réfugiés et des
personnes déplacées ne signifie plus seulement la protection physique, elle intègre aussi
de la gouvernance des migrations forcées en Afrique centrale est à envisager dans le cadre
d’une théorie pluraliste et transnationaliste des relations internationales 207 qui peut
combiner la théorie des régimes internationaux. Dans cette perspective qui fait appel à la
d’analyse permettant de comprendre comment les États d'Afrique Centrale , le HCR et les
organisations humanitaires, face aux enjeux complexes des migrations forcées, peuvent
construire des stratégies efficaces et durables de protection et d’aide aux réfugiés dans
delà, du droit d’asile. Adossée sur plusieurs disciplines des Sciences humaines et sociales,
actions stratégiques entre les États d'Afrique centrale constitués dans le périmètre
et internationales, attentifs à la place des utilités et des intérêts dans la protection des
207BATTISTELLA, Dario : Théories des relations internationales, Les Presses de Sciences Po, collection
«Références», 5e édition, Paris, 2015
208KRASNER, D Stephen : «International Regim », Cornell University Press, 1983.
209BATTISTELLA, Dario : Théories des relations internationales, op.cit
210Pour Philippe BRAILLARD, le concept de système, d'un usage relativement ancien, renvoie à l'idée
d'une totalité organisée donc non réductible à la simple somme de ses parties et à laquelle il est simple de
recourir pour comprendre les divers éléments de la réalité. En somme, c'est une totalité organisée que
forment les éléments à travers leurs interactions et selon laquelle on ne peut considérer un élément
isolément de la totalité dont il fait partie. La perspective systémique est donc le développement d'un cadre
d'analyse permettant d'étudier la réalité en tant que système à partir de l'élaboration d'une théorie
systémique. Pour plus de détails, lire BRAILLARD, Philippe : Théorie des Systèmes et Relations
Internationales, Coll.Organisation internationale, Bruylant, Bruxelles, 1977
80
réfugiés. Cette perspective en termes de choix rationnel permet non seulement d’examiner
la place des enjeux, des dysfonctionnements, des ambiguïtés et des marchandages des
acteurs humanitaires impliqués dans la protection des réfugiés, mais surtout d'ouvrir une
réflexion sur l'adoption dans cet espace sous-régional, d'une instance concertée
susceptible de répondre de façon solidaire, efficace et durable aux défis actuels sans cesse
croissants et complexes posés par la protection des migrants forcés en contexte centre-
d'exposer à présent les instruments et moyens nous ayant permis la collecte des données
de notre recherche.
2- Cadrage méthodologique:
Notre recherche est construite sur une architecture méthodologique qui se décline
données. Afin de compléter cette partie qui dessine notre cadre méthodologique, il faut
rajouter à ce binôme, le descriptif des obstacles et contraintes qui ont peu ou prou
alimenté le temps de notre modeste pèlerinage scientifique sur la question des enjeux et
camerounais.
important de souligner que la motivation de l'étude présente part d'une réflexion amorcée
pendant notre cycle de Master sur la prise en charge alimentaire des réfugiés dans une
de rassembler et de construire une importante base de données qui a été d'un apport
Pour revenir donc sur la question des sources de collecte de données de notre
recherche, les sources documentaires, rappelons le, ont été d'un intérêt central et une
ressource importante pour avoir un regard pluriel, croisé et soutenu sur les théories
aux dynamiques de prise en charge des réfugiés dans ce contexte continental, puis à
l'analyse des différents problèmes rencontrés par les déplacés forcés en Afrique centrale et
entre notre laboratoire de recherches, Les Afriques dans le Monde -LAM- et certaines
Erbert Stiftung) notamment, nous a fourni des outils d'analyse pertinents des politiques
d'asile telles que mobilisées dans notre contexte d'étude. Les bibliothèques, et centres de
réfugiés dans le contexte d'étude nous ont été d'un précieux concours. A l'évidence, cela a
dans le cadre de notre travail. Comme exposé dans nos précédents développements, elles
du Minrex, des agences des Nations Unies à l'instar du HCR à Yaoundé ainsi que des
Cameroun; nous nous sommes ensuite mobilisés in situ, et principalement dans les zones
d'accueil des réfugiés des régions de l'Est Cameroun, de l'Adamaoua, de l'Extrême Nord -
notamment au camp des réfugiés de Minawao - et dans certaines grandes villes d'accueil
des réfugiés urbains à l'instar de Maroua, Bertoua, Yaoundé, dans le but de rassembler un
Elles constituent tout ce qui nous a permis d’obtenir les résultats de notre étude.
82
que « toute recherche ou application de caractère scientifique en sciences sociales doit comporter
l’utilisation des procédés rigoureux, définis, transmissibles, susceptibles d’être appliqués à nouveau
dans les mêmes conditions, adaptés aux genres de problèmes et phénomènes en cause,ce sont là les
techniques. »212.
Les sciences sociales, domaine dans lequel nous avons puisé nos instruments nous
comme nous venons de l'indiquer, le questionnaire, et dans une autre mesure, l’entretien,
représentation HCR du Cameroun dont le siège est à Yaoundé, auprès des personnes
ressources des instances étatiques en charge des questions des réfugiés, ainsi qu'au siège
de l'OIM , du Comité des Nations Unies pour les Droits de l'Homme et la Démocratie en
Afrique Centrale. Nous nous sommes également ressourcés auprès des responsables de
Bureaux de terrain HCR de Bertoua dans la région de l'Est, de Maroua dans la région de
Nous avons également mobilisé des entretiens aussi bien avec les réfugiés, qu'avec des
sécuritaires et d'organisations humanitaires déployés sur le terrain 213. Notre enquête s'est
résultats présentés dans cette étude. L’interprétation de nos données via la méthode de
212GRAWITZ,Madeleine : Méthodes des sciences sociales, 11ème éd, Dalloz, Paris, 2001, P352
213Voir Liste des entretiens réalisés en Annexe 5 à la fin de ce travail
214Voir Annexe 6, ibid
215Pour Denise JODELET, la représentation comme méthode d'analyse est le produit et le processus d’une
investis dans la prise en charge des migrants forcés, ainsi que la perception et la mise en
œuvre par les susdits acteurs, des dynamiques de protection des réfugiés dans les États
➢ La recherche documentaire
de référence, des thèses, des mémoires, des revues scientifiques et magazines spécialisés,
ce qui nous a permis de recueillir des informations importantes et utiles sur la question de
protection des migrants forcés pour bâtir notre travail de recherche. Nous avons ainsi
➢ Le questionnaire
Considéré comme l’un des instruments les plus pratiques de collecte de données en
Sciences Sociales puisqu’il réduit la résistance de la part des répondants qui peuvent le
forme anonyme, permet, selon Madeleine GRAWITZ 216, d’avoir des informations sur le
terrain pendant une courte durée. Pour la sociologue française, c’est une technique de
un ordre défini. Dans le cadre de nos enquêtes de terrain réalisées de façon discontinue
entre 2016 et 2017, cinq cent dix (510) exemplaires de questionnaire au total ont été
216GRAWITZ, Madeleine : Méthodes des Sciences Sociales, Op.cit
84
distribués217 dont quatre cent sept (407) auprès des chefs de ménages et/ou chefs de blocs
cibles dans les sites d'identification des réfugiés de l'Est indiqués plus haut218( soit entre
Janvier 2016 et Avril 2017), et auprès des chefs de ménage des réfugiés nigérians du Camp
même période d'enquête, nous avons pu administrer cent trois (103) questionnaires
auprès des réfugiés urbains et PDIs rencontrés dans les villes de Yaoundé, Bertoua,
étude, trois cent quatre vingt quatorze (394) exemplaires dûment remplis ont été collectés,
soit une fréquence ou pourcentage de répondants de l'ordre de 77,25% 219. Chacune des
questions se présentait sous la forme soit des questions fermées 220, soit ouvertes221, soit de
les camps et sites aménagés ou non de nos zones d'étude, soit 182 questionnaires distribués aux réfugiés
nigérians du Camp de Minawao, et 225 questionnaires aux réfugiés centrafricains sites des régions
administratives de l'Est et de l'Adamaoua du Cameroun à l'instar de Gadzo-Badzere, Lolo, Mbilé,
Timangolo, Borgop, d'une part ; 103 questionnaires ont également été distribués aux réfugiés urbains et
PDIs rencontrés à Maroua, à Bertoua et Yaoundé, d'autre part. Voir à ce sujet, le Tableau 8 sur le synopsis
des données de l'échantillonnage.Précisons à cet égard que le nombre élevé et la relative facilité
d'administration des questionnaires auprès des Chefs de ménage des réfugiés nigérians du Camp de
Minawao peuvent s'expliquer à l'aune de leur confinement dans un camp où un plan d'adressage, qui
permet un déploiement efficace de l'assistance a été réalisé par le HCR.
219Rappelons que dans le cadre de notre enquête quantitative, nous avons procédé au traitement manuel
de nos données à l’aide de la statistique descriptive dont nous rappelons la formule pour effectuer les
calculs: Fi(%)= Nx100
ni
Fi= Fréquence ou pourcentage de répondants ; N= Effectif ou nombre total des répondants ;ni = Effectifs de
la modalité ou nombre de réfugiés et PDIs ayant reçu le questionnaire.Dans le cadre de la présente étude,
N= 394 représente les réfugiés et PDIs ayant effectivement répondu au questionnaire; ni= 510 représente
le nombre de réfugiés et PDIs ayant reçu le questionnaire.
220Les questions fermées sont celles qui donnent le choix entre deux modalités de réponses de type Oui ou
Non.
221Les questions ouvertes sont celles qui laissent l’enquêté libre d’organiser sa réponse comme il l’entend,
tant du point de vue du contenu, que de la forme de la question. Notons aussi que certaines questions de
relance sont ouvertes et donnent ainsi la possibilité aux répondants d’exprimer librement leurs avis.
222Notre questionnaire recèle 36 questions organisées autour de trois principaux modules. En ce qui
concerne notre méthode d’administration du questionnaire, nous nous sommes appuyés sur la méthode dite
directe. Par la méthode directe, nous avons administré personnellement aux enquêté(e)s, les réfugiés et
déplacés en l'occurrence, le questionnaire en leur posant directement les questions libellées dans le
formulaire conçu à cet effet. A celles ou ceux qui manifestaient leur indisponibilité, nous leur avons remis le
questionnaire à remplir.Cela leur prenait parfois des heures ou une journée entière, à l’effet de s’approprier (
disaient-ils (elles), le questionnaire, et de répondre avec lucidité et sans précipitation.
85
l'administration de nos questionnaires, nous sous sommes appuyés sur la méthode dite
directe. Par cette méthode, nous avons remis personnellement aux interviewés notre
questionnaire223. Nous leur avons donné selon leur disponibilité, des heures et parfois une
lucidité et sans précipitation. Le traitement de nos questionnaires une fois collectés a été
réalisé à l’aide de la statistique descriptive 224. Ainsi, le dépouillement 225 a été déterminant
dans l’analyse des données en ce sens qu’il a nécessité le recensement de toutes les
réponses enregistrées au niveau de chaque copie par question et par réponse. Cette
226
technique, souligne Madeleine GRAWITZ , consiste à partir des données chiffrées
obtenues, d'analyser manuellement les réponses par rapport à une question donnée à
travers un tableau de distribution des fréquences. Fort de ces paramètres, il reste utile de
rappeler à ce stade que dans le cadre de notre étude, nous avons privilégié la recherche
qualitative – entretiens semi-directifs, focus group discussion - , pour des raisons inhérentes
➢ L’entretien
formulées par le chercheur227. Les personnes interviewées sont choisies pour leur
singularité ou pour la diversité de leur profil. Les informations collectées sont de portée
inutilisables, parce que parfois difficiles à interpréter. Il s'agit de les mettre en ordre afin que les données
soient beaucoup plus compréhensibles à travers des tableaux statistiques.
225Voir à ce sujet, le tableau 8 de la page 223, synopsis des données de l’échantillonnage.
226GRAWITZ, Madeleine : Méthodes des Sciences Sociales, Op.cit
227Cet échange verbal est généralement réalisé à l’aide du dictaphone qui permet d'enregistrer des
informations originales spécifiques à un individu ou à un groupe.
86
quantifier. Pour Stéphane BEAUD, « l’inscription d’un travail par entretiens dans le cadre
d’une enquête ethnographique, c’est-à-dire l’objectif de réaliser des entretiens approfondis – qu’on
appelle ici des « entretiens ethnographiques » - qui soient enchâssés dans l’enquête de terrain (pris
par son rythme, son ambiance), permet de se libérer du joug de la pensée statistique, ou plus
précisément de l’espèce de Surmoi quantitatif qui incite le chercheur à multiplier le nombre de ses
entretiens. Les entretiens prennent place naturellement dans une logique d’enquête. Cette approche
progressive du terrain amène également à faire des présélections et des choix parmi les entretiens
possibles. L’enquête ethnographique nous apprend très rapidement que toute personne n’est pas «
L'étude qualitative que nous avons mobilisé de façon prégnante dans le cadre de
nos enquêtes avait pour but principal la collecte diversifiée, mais surtout consistante
d'informations sur les différentes dynamiques de protection des migrants forcés dans un
démarche qui ne visait pas un échantillon représentatif du point de vue numérique, nous
avons plutôt mis en avant, la qualité des personnes interviewées sur la base du profil
Une fois ces préalables rappelés, il est important de souligner que dans le cadre de
notre recherche, un nombre important d'entretiens semi-directifs 229 ont été menés auprès
analytique, rappelons-le, s'étale sur la période 2013-2017 231, des entretiens semi-directifs
thématisés ont également été menés avec certains responsables des services déconcentrés
228BEAUD,Stéphane:«L'usage de l'entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour ″l’entretien
ethnographique″ », Politix, vol. 9, n°35, 1996, p. 234.
229Nous empruntons cette démarche à partir des Sciences humaines et Sociales
230Voir Liste des entretiens réalisés, Annexe 5, Op.cit
231Il est important de rappeler que depuis 2010, nous avons réalisé des enquêtes de façon discontinue dans
le cadre des questions liées à la protection des réfugiés au Cameroun, tel qu'indiqué plus haut.Dans le
cadre de notre thèse, notre étude s’intéresse à l'an 2013 en ce sens que cette année marque l'observation
de grands flux de réfugiés au Cameroun à cause des troubles socio politiques en République centrafricaine
ainsi que l'escalade de l'insécurité dans la zone septentrionale frontalière au Nigeria, due à l’insurrection
armée du groupe islamiste Boko Haram ; 2017 marque l'année de clôture de nos recherches. Toutefois,
cette limitation temporelle peut néanmoins être fluctuante en ce que dans une approche comparative des
données, on peut circonstantiellemment se situer sur une borne chronologique supérieure à la période
concernée ou inférieure à la susdite période.
87
de l’État ainsi qu'avec des autorités administratives et traditionnelles dans les zones de
juridiction territoriale concernées, par le moyen d'un guide ou protocole d'entretien (Voir
service des réfugiés a facilité notre accès à des informations consistantes sur la protection
des réfugiés. Ces données ont été complétées par des collectes effectuées auprès
divers et variés. Les données recueillies dans ces dernières structures se recoupaient
parfois avec celles collectées in situ , nous confortant alors dans leur prise en compte pour
la conduite de notre réflexion, ou plutôt nous incitant à une remise en cause pour
l'examen d'autres pistes d'analyses. A ceci, ont été ajoutés des entretiens conduits de façon
formelle ou informelle233 dans les zones d’étude, autant auprès des responsables des
communautés des réfugiés que des réfugiés eux-mêmes, auprès des responsables des
comités thématiques institués au sein des populations réfugiées, des chefs de bloc et de
( ou discussion de groupe)234, - ainsi qu’auprès des populations hôtes. Ces entretiens, ainsi
que les focus group nous ont permis de recueillir des informations importantes pour
construire une base de données utile dans la structuration du substrat de notre recherche.
Ces deux méthodes nous ont permis une meilleure appréhension des
comportements et des opinions des acteurs humanitaires, mais également ceux des
232Le protocole d’entretien pour les responsables étatiques, les Organisations humanitaires et celles
intervenant dans le cadre de l'assistance aux réfugiés, les autorités traditionnelles , se présentait ainsi qu’il
suit : Identification des responsables, préambule, trois modules ou thèmes constitués d’un nombre de 07
questions indicatives que nous adaptions en fonction de la personne interviewée ou du déroulé des
échanges, ce qui permettait aux responsables de donner librement leur avis sur le sujet concerné ( Voir
Annexe 7).
233Si nos échanges formels pendant le temps de nos enquêtes avec la population d'étude ont été réalisés
pour la plupart dans le cadre des focus group discussion, - au moyen d'un dictaphone ou de nos carnets de
terrain- , des discussions informelles spontanées avec certains réfugiés, chefs de ménage ou responsables
de comités thématiques nous ont également permis de recueillir des informations que nous ne pourrions
obtenir dans le cadre d'échanges formels.
234Comme relevé plus haut, les focus group discussion sont des entretiens de groupe. Dans le cadre de nos
enquêtes de terrain, ils étaient constitués par des groupes thématiques représentés dans les espaces
d'accueil des réfugiés, à l'exemple des chefs de blocs, du Comité des réfugiés vulnérables ou à besoin
spécifique ( personnes vivant avec le Vih/sida, handicapés, personnes âgées), le Comité des femmes
réfugiées, le Comité des responsables religieux, le comité des jeunes réfugiés institués par le HCR dans la
perspective de la promotion du leadership et de la participation communautaires.Précisons par ailleurs
qu'en fonction des variantes linguistiques évoquées précedemment, nous nous sommes fait assister, en
tant que de besoin, par un traducteur volontaire - réfugié le plus souvent -, notamment dans les zones
d'acceuil de l'Est Cameroun.
88
réfugiés et des communautés hôtes. L’observation participante à travers les interactions et
les échanges informels avec les groupes de réfugiés pendant nos séjours successifs dans le
Minawao dans l'Extrême Nord, des sites d'identification des réfugiés centrafricains dans
Timangolo, d'une part ; Djohong d'autre part235- nous ont permis d’approfondir nos
analyses non seulement sur le comportement des réfugiés, mais surtout sur la prise en
charge mobilisée par les autorités étatiques, le HCR et ses partenaires humanitaires.
L'intervention d'un réfugié volontaire pour des besoins de traduction 236 dans le cadre de
nos échanges avec certains réfugiés dans les sites de l'Est Cameroun nous a été d'un très
grand apport, même si cela était assez souvent engageant. Au Camp de Minawao dans
l'Extrême Nord du Cameroun, nous n'avons pas eu à recourir à cet interface, car nos
échanges se sont déroulés en grande partie en anglais, pour les réfugiés scolarisés, ou
alors en pidgin qui est une sorte d'anglais frelaté utilisé fréquemment dans les grandes
villes camerounaises, et particulièrement dans les régions occidentales dans le cadre des
des interventions de nos interlocuteurs à qui nous laissions souvent un espace de parole
libre. La présente étude réalisée entre 2013 et 2017, il est important de le repréciser, offre
un aperçu des recherches récentes fondées sur des données probantes relatives à la
d'Afrique Centrale. Mais comme toute étude de cette envergure, notre recherche ne s'est
– Difficultés rencontrées
Il faut se souvenir que nos enquêtes de terrain se sont effectuées par périodes
successives, souvent discontinues, entre Janvier 2016 et Novembre 2017, en grande partie
dans la région de l'Est du Cameroun, au sein des communautés locales qui accueillent des
Maroua, comme précédemment indiqué. Il est également important de rappeler que notre
intérêt pour la cause des migrants forcés commence en 2010 par nos travaux de
recherches de Master à la suite desquels nous avons commis un ouvrage en 2015 sur les
Cameroun238. Toutefois, dans le cadre de notre thèse, des difficultés majeures méritent
progression dans la réalisation de nos enquêtes de terrain. Il ne nous a pas été facile
d’obtenir les autorisations d’entrée dans les Camps de réfugiés de Minawao, ni dans les
internationales en charge de l'assistance aux réfugiés se sont montrés réticents quant à nos
d’un lobbying proactif, la logique de méfiance des responsables des instances susdites a
prévalu. L’indisponibilité justifiée trop souvent par des contraintes professionnelles est
demeurée l'argument prégnant de toutes ces instances sollicitées, tant auprès des services
administratifs que des organisations intervenant auprès des réfugiés. Cette contrainte ne
nous permettait souvent pas de respecter notre chronogramme d’activités, encore moins
d’avoir accès à certaines sources d'informations. Précisons par ailleurs qu'à la difficulté de
rencontrer des personnes ressources dans le cadre de notre enquête, se couplait le déficit
disponibles ne retracent que des questions globales retrouvées sur internet, notamment
l’histoire de l’organisation, les différents traités et accords, les rapports, les memorandum
d'entente signés et dont nous n'étions d'ailleurs pas autorisés à dupliquer. Néanmoins,
contexte camerounais nous a permis d'avoir accès à certaines sources d'information sur la
prise en charge des réfugiés dans cet espace géographique. Par ailleurs, notre mobilité sur
237Rappelons que les effectifs, bien que fluctuants dans ce camp tournent autour de 60.000 âmes selon les
statistiques du MINREX de Juin 2017
238NSOGA, Robert Ebenezer: Le HCR à l'épreuve de la sécurité alimentaire en Afrique : Cas des réfugiés
nous pensions au départ, réaliser des recherches dans trois pays d'accueil – Cameroun
Tchad, RCA - de l'espace CEEAC, pour réunir des données importantes sur la protection
des réfugiés dans la sous-région Afrique Centrale. Mais nos moyens financiers et
matériels très insuffisants nous ont résolument limité à réaliser des enquêtes au sein d'une
géographique camerounais dont le choix a été motivé, rappelons le, par la place
stratégique et le statut qu'occupe cet État d'accueil dans l'assistance aux réfugiés en
Afrique centrale, et sur notre proximité avec ce contexte géographique au sein duquel
nous avons antérieurement réalisé des recherches dans le cadre d'une étude sur la sécurité
dans certains sites – dans la région de l'Extrême Nord Cameroun comme dans la région
de l'EST - à cause des problèmes d'insécurité ou de l'état exécrable des routes ne nous a
pas permis de respecter les délais de notre collecte des données ou d'atteindre toute la
population cible espérée. Qui plus est, notre thématique nécessitait un regard acéré dans
des domaines aussi variés, transversaux, sensibles, délicats, complexes que constituent la
emprunt opéré dans d'autres disciplines des sciences juridiques et politiques et des
de notre thèse. Au delà de ces difficultés majeures, il convient aussi de rappeler les
obstacles liés à la méfiance de nos interlocuteurs, les réfugiés d'une part, certaines
autorités étatiques et des organisations humanitaires d'autre part, nous reprochant d’être
trop curieux et gênant. Qui plus est, il fallait côtoyer au quotidien des personnes qui ont
239A titre de rappel, nous avons en effet réalisé une étude entre 2010 et 2011 dans le cadre des enquêtes
de terrain portant sur la rédaction de notre Mémoire de Master Recherches en Sciences Sociales et
Relations Internationales dans les régions du Nord et de l'Extrême Nord Cameroun, frontalières au Tchad et
au Nigeria. Précisons par ailleurs que ce travail de recherche nous a servi de base pour la rédaction et la
publication en 2015 d'un ouvrage sur la question de sécurité alimentaire des réfugiés tchadiens du Camp de
Langui dans le Nord Cameroun, Pour plus de détails, lire NSOGA, Robert Ebenezer: Le HCR à l'épreuve
de la sécurité alimentaire des réfugiés en Afrique: Cas des réfugiés tchadiens du Camp de Langui dans le
nord Cameroun, Sarrebrucken, 2015, Op.cit
91
été soit victimes, soit témoins ou acteurs de violences, d’atrocités de tout genre, avec les
dangers encourus. Il fallait vivre et écouter à travers les récits de vie, les difficultés et
misères des réfugiés confinés à une vie de camp, leurs confrontations et clivages avec les
scientifiques que Stéphane BEAUD défend dans le cadre des enquêtes ethnographiques 240.
Ainsi rendu, il serait prétentieux de notre part de considérer par cette thèse, que le sujet
est épuisé. Nous espérons la compréhension indulgente des chercheurs et de nos lecteurs,
dispositif de protection des migrants forcés en Afrique centrale. Fort de ce qui précède,
notre thèse est structurée en trois grandes parties. Les développements de chaque partie
B) Structuration de l’étude
Bâtie sur un plan trinaire de deux Chapitres par Partie, notre thèse s’attache à
Cameroun, pris en exemple comme pays d'accueil dans l'espace géographique d'Afrique
centrale. Afin de réaliser une analyse que nous voulons objective et cohérente, il est
réfugiés, qui au fil des années, à l'épreuve du temps et des contextes, et en raison de ses
ambiguïtés, de ses lacunes, se révèle comme étant en constant défi ( Première Partie).
des droits des réfugiés dans l'ordre juridique international d'une part, et de situer la
dynamique d'encadrement institutionnel des « sans États» dans notre contexte d'étude.
Une fois cette analyse faite, la présentation du théâtre opérationnel de la prise en charge
humanitaires pluriels au chevet des réfugiés et PDIs nous permet de mettre en lumière
d'apporter une solution efficace et durable à la protection des migrants forcés dans la
sous-région Afrique Centrale, des stratégies innovantes sont convoquées pour ouvrir des
240BEAUD, Stéphane : « L'usage de l'entretien en sciences sociales. Plaidoyer pour ″l’entretien
ethnographique″ » Op.cit
92
voies de réflexions tournées vers une gouvernance concertée des migrations forcées par la
communauté des États appartenant à l'espace intégré sous-régional de la CEEAC dont les
flux de réfugiés ont atteint au cours de la dernière décennie, des chiffres exponentiels
( Troisième Partie).
93
Première Partie :
UN DÉFI CONSTANT
241DUPUY, Jean René : « Égalité et inégalité des nations. Entre droit international et déréglementation », in
La sélection, éd. Payot-Lausanne, Nadir s.a, Lausanne, 1995, p. 93.
94
D'un point de vue de l'analyse, les droits de réfugiés sont issus d’une histoire
leur adoption. C’est la Convention de Genève du 28 Juillet 1951 242 relative au statut de
réfugié, adoptée au lendemain de la deuxième guerre mondiale 243 pour apporter des
réponses institutionnelles et juridiques aux millions de personnes déplacées, qui pose les
bases d’un véritable droit international des réfugiés. Il faut se souvenir qu'en 1947, une
Réfugiés (OIR) fut crée. Elle avait pour vocation d'accueillir les réfugiés provenant du Bloc
de l'Est en leur accordant une protection juridique et physique. Son cuisant échec 244
réfugiés (HCR) dont l’objectif principal sera d'une part, de veiller à l'application d'une
convention245 d'une extrême importance pour les réfugiés, et de constituer d'autre part,
une véritable matrice du droit international d’asile246. Complétée plus tard par d'autres
Convention de Genève, cette dernière posera de véritables jalons d'un droit du réfugié qui
sera réglementé dans plusieurs domaines. Toutefois, même si sur le plan international, la
DUDH de 1948 l'énonce dans ses articles 13 et 14 247, c'est bien la Convention de Genève
sur les réfugiés qui sera la référence en matière de droit international d'asile. Il importe
la protection des droits des réfugiés dans l'ordre juridique international (Chapitre I).
sa tradition d'accueil, le Cameroun, destination privilégiée des réfugiés est partie aux
réfugiés. Cette position au regard de ses lois nationales sur la cause sus énoncée, traduit
personnes cherchant refuge dans d'autres pays, notamment en Europe avec des régions et des villes
presque entièrement ravagées comme la Normandie.
244Précisons que cette institution fut incapable de prendre en charge les millions de déplacés sur le
dans la procédure de reconnaissance que dans la mission de protection pour ces derniers.
247Les Articles 13 et 14 de la DUDH : précisent en effet: « Devant la persécution, toute personne a le droit
mise en œuvre, un cadre institutionnel de pilotage des secours humanitaires en faveur des
96
CHAPITRE I :
97
Le droit d’asile, il n'est point superfétatoire de le relever, est un droit fondamental
souvenir que ce droit aux enjeux complexifiés ne s'est pas construit et consolidé en un
jour, il est le fruit d'une histoire progressive et multiscalaire. L’asile est entré dans le
préalable sui generis dont la spécificité vise la reconnaissance officielle, et par voie de
conséquence, la protection du réfugié. S’il est donc admis que le réfugié est au cœur du
droit d’asile, son régime juridique intéresse, hic et nunc, notre analyse.
SECTION I :
De son étymologie grecque antique asylon ( qu'on ne peut piller), et latine asylum
( lieu inviolable ou refuge), l'écrivain français Paul SCARRON a défini l'asile en 1657 comme
« tout lieu où l’on se met à l’abri d’un danger, d’un milieu extérieur hostile, où se soustraire à la
fatigue, à la misère, etc... »248. Ainsi, pendant la période antique, l'asile était religieux et
limité à certains lieux bien définis. Pris sous cet angle, il faisait référence à un lieu
inviolable, sacré, un refuge que l’on ne peut piller, « le lieu voué aux Dieux où l’homme peut
trouver refuge»249. Ses contours ont donc été progressivement dessinés tout au long de
l'histoire et l'asile s’est vu progressivement consacré par le droit international. D’un point
de vue historique, le droit d'asile ancien a donc d'abord existé depuis l'Antiquité et le
248Trésor de la langue française informatisé (TLFI), Dictionnaire en ligne, consulté le 20 Mars 2016,
http://atilf.atilf.fr.
249SEGUR, Philippe : La crise du droit d'asile, Préface de Jean-Louis GAZANNIGA, Paris : Presses
mutation. La première consiste en ce que seul l’État désormais peut accorder l’asile pour les crimes
de droit commun ; la seconde est l’apparition de l’asile politique (fuir des persécutions) que l’État
peut accorder sur son territoire»251. Alors qu'il était perçu par les Anciens et les Médiévaux
comme un droit d'essence divine et donc inviolable, le droit d'asile religieux qui s'exerce
comme asile chrétien ne lui confère une immunité que dans les lieux sacrés consacrés au
divin252. L'asile chrétien évoluera, avec l'essor de la notion de souveraineté, vers un asile
des États, et apparaîtra aux modernes comme une simple concession révocable du
pouvoir civil. GROTIUS pense que ce droit naturel est un devoir des États d'accorder
protection aux proscrits pour des raisons politiques et religieuses 253. Ce ne sera donc plus
une enclave limitée sur un territoire donné qui sera lieu de refuge, mais le territoire
diplomatique, qui assure à la personne qui se réfugie dans les locaux diplomatiques d'un État
étranger l'immunité contre les poursuites émanant d’un État, et à l'asile territorial qui désigne la
protection dont peut bénéficier un étranger sur le territoire de l'État d'accueil» 254. Cette forme de
protection ou asylie, reconnue par décret ou par traité à des individus ou à des
collectivités s'est définitivement muée en une forme évoluée de droit international sur la
question.
du fait des divers conflits et catastrophes naturelles. A titre d’illustration , nous avons en
souvenir, l'expulsion des juifs d'Espagne au XVe siècle ou l'exil des protestants à la suite
arméniens de la Turquie, les russes blancs fuyant la révolution bolchevique, puis les
250Comme l'explique Chérif LY DIA dans ses travaux, dans l'Antiquité notamment, existait l'asile païen qui
prévalait essentiellement dans la Grèce ancienne et la Rome ancienne. Dans chaque cité dans la Grèce
ancienne, les tombeaux de héros, les temples, les statues des dieux et des rois, sanctuaires inviolables,
font bénéficier de cette inviolabilité ceux qui s'y réfugient : Esclaves, criminels, débiteurs insolvables,
délinquants politiques. Quant à la Rome ancienne, l'asile se manifestait par l'édification d'une cité
nouvelle.La Loi dispose alors que tout individu est admis à trouver refuge dans les églises chrétiennes s'il
cherche à échapper à un quelconque poursuivant, qu'il s'agisse d'un particulier ou d'un agent de
l’État.Toutefois, cet asile religieux fera progressivement l'objet de nombreuses restrictions, et de plus en
plus d'infractions ou de personnes en seront exclues., Pour plus de détails, lire LY DIA, Chérif : « Asile et
réfugiés en Droit International » Mémoire Maîtrise Droit Public, Saint-Louis, Sénégal, 2012
251«L’HISTOIRE DU DROIT D’ASILE. Quels enjeux d’hier à aujourd’hui ?», Op.cit
252OFPRA:«Histoire de l'asile», consultée en ligne, le 15 Septembre 2015 https://www.ofpra.gouv.fr/fr/histoire-
archives/histoire-de-l-asile
253GROTIUS, Hugo : Le droit de la guerre et de la paix, Presses Universitaires de France – PUF, Collection
99
Espagnols durant la guerre civile, les juifs européens et, plus près de nous, les exodes
pouvait s'enfermer dans un caractère individuel ou dans un cadre territorial limité comme
les églises au Moyen-Âge. Denis Van BERCHEM le définira comme la « condition de ce qui
est soustrait au droit de prise ou de représailles» 256. L'asile progressera ainsi , à marche forcée,
dans son point d’ancrage institutionnel progressif. En France par exemple, il ne figure pas
dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, mais bien plus tard,
quatre ans après, dans l'article 120 de la Constitution montagnarde du 24 Juin 1793 qui
indique que « le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de
la liberté, et le refuse aux tyrans » 257. Toutefois, durant le XXe siècle, divers instruments
juridiques nouveaux seront progressivement mis en place. Il sera créé dès 1921, le Premier
qui sera consacrée aux réfugiés russes et arméniens d'alors. Par ailleurs, sous l'impulsion
instituant une carte d'identité pour les personnes déplacées dénommée passeport Nansen
qui sera reconnu par 54 pays258. Cette étape permettra de faire évoluer le droit d'asile vers
D’un point de vue axiologique, l'asile s'entend d'un lieu ou d'un territoire
Universelle des Droits de l’Homme -DUDH- de 1948 précise en son Article 14 alinéa 1er :
d'autres pays»259.
certaine protection à des individus qui font l'objet de persécutions avérées : les réfugiés.
255 https://www.universalis.fr/encyclopedie/exode-de-populations/
256BERCHEM, Denis van : «Trois cas d'asylie archaïque », Revue suisse pour l'étude de l'antiquité
classique, Bâle, 1960, consulté en ligne, 14 Mai 2014, https://www.e-periodica.ch/cntmng?pid=mhl-
257HCR: Le droit d'asile en France, Politique et réalité, Décembre 2006, ( Page consultée le 26 Septembre
100
Ce sont des personnes qui sont obligées de fuir leur résidence habituelle pour rechercher
une protection au-delà des frontières nationales. Pour être bénéficiaire du statut de
réfugié, il faut remplir un ensemble de conditions que nous verrons plus loin.Les
questions de l'asile et des réfugiés sont donc inextricables, elles se révèlent comme étant
interdépendantes, consubstantielles.
plusieurs siècles, ce n’est qu’au XXIe siècle que le droit international relatif au réfugié
seconde moitié de ce siècle, par l'apparition de divers textes relatifs au droit d'asile et aux
réfugiés. Toutefois, le droit d'asile conçu désormais comme un droit du réfugié ne sera
1951 précitée. D'abord, dans ses articles 13 et 14, la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme énonce non seulement la liberté de circulation pour trouver refuge dans un
autre pays, mais aussi le droit de chercher asile devant la persécution. Néanmoins,
Comme nous le verrons dans nos prochains développements, il faut noter le caractère non
contraignant de ce texte. En effet, cette déclaration du 10 décembre 1948 n'a pas de force
juridique contraignante, car elle a valeur de simple recommandation adoptée par les
Nations Unies, représentant « un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les
nations»260. Il est également question de mettre en lumière, les ambiguïtés, ainsi que les
difficultés d'application de la Convention de Genève de 1951 qui est le texte majeur qui
Même si le droit d'asile existe depuis des siècles, ce n'est qu'à la moitié du XXe
véritablement être posée. Cette nécessité sera sans doute justifiée par des événements
majeurs ayant entraîné des déplacements massifs de populations, des conflits, ainsi
260Haut Commissariat des Nations-Unies aux Droits de l'Homme : La déclaration Universelle des Droits de
l'Homme, ( Page consultée le 15 Octobre 2015), (En ligne), Adresse URL : http://www.un.org/fr/universal-
declaration-human-rights/
101
qu'une menace permanente sur les libertés des individus. Dans ces cas, le devoir qui
humaine n'est plus respecté. Confrontés à des violations de leurs droits et libertés, ces
définit plus clairement comme «...la protection que les individus peuvent trouver dans un lieu
1951 relative au statut des réfugiés qui sera consolidé par des textes additionnels, ainsi
que par des législations régionales et nationales, afin de l'adapter aux différentes
deux Pactes de 1966 les précisent263 et diverses conventions telles les conventions contre la
torture, le génocide ou les conventions de l'O.I.T. 264 les complètent, notamment à l'échelon
265
régional . Ces instruments conventionnels ouvrent une ère nouvelle en droit
international en modifiant les rapports des États, entre eux et vis-à-vis de leur
population266.La Déclaration Universelle des Droits de l' Homme de 1948 est une
déclaration de principes en forme solennelle qui était destinée dès son origine à être
261 LY DIA, Chérif : « Asile et réfugiés en Droit International, » Op.cit
262SEGUR, Philippe, Op.cit
263MOURGEON, Jacques : « L'entrée en vigueur des pactes internationaux relatifs aux droits de l'homme
» Annuaire Français de Droit International - A.F.D.I. -, 1976, pp.290-304., ( Consulté le 06 Novembre 2015),
(En ligne), Adresse URL : https://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_1976_num_22_1_1991
264CAPOTORTI, F. cité par Véronique MAGNINY : Les réfugiés de l'environnement: Hypothèse juridique à
propos d'une menace écologique Thèse de Doctorat en Droit, Université de Droit – Paris I Panthéon
Sorbonne, Mai 1999
265GROS ESPIELL, Hector : « La Convention américaine et la Convention européenne des droits de
l'homme ; Analyse comparative, Recueil des Cours de l'Académie de Droit international de la Haye –
R.C.A.D.I.- , 1989-VI, vol 218, pp.167-412.
266VEDEL, Georges : Les Droits de l'Homme : Quels Droits ? Quel Homme ? in Mél. R.J. DUPUY, op. cit.
gouvernements267. Bien que les obligations acceptées ne soient soumises pour leur
risque de se voir marginaliser par cette communauté en cas de violation des susdites
obligations. A travers cet ancrage objectif, les individus tirent ainsi, le bénéfice direct des
règles - normes relatives aux droits de l'homme - souscrites par les États dans l'ordre
international268.
droit d'asile dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ce droit est resté,
selon Karel VASAL, bien loin d’être protégé partout, à la manière du système
américain269. Selon ce dernier, il ne couvre que « le droit de chercher asile » et non celui de se
personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays »270. Il convient
de repréciser que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à l'origine avait pour
ambition de faire de l’asile un droit du réfugié que tout État est tenu d’accorder : « Toute
personne a le droit de chercher et d’obtenir l’asile en d’autres pays ». Certains États opposés
à cette initiative, ont manifesté leur préférence au verbe bénéficier qu'à celui d'obtenir271.
La IVème Convention de Genève quant à elle constitue de nos jours un des socles du
protègent les civils, et en particulier les réfugiés, ceux-ci étant de plus en plus pris pour
cibles dans les conflits armés. En principe, les réfugiés pris dans un conflit armé
sont couverts par toutes les dispositions de la IV ème Convention de Genève et de son
Protocole additionnel I. Dans un conflit armé non international, les réfugiés sont
267M'BAYE, Keba : Les droits de l'homme en Afrique, Éditions. A. Pedone, Paris, 1992
268THIERRY, Hubert : « L'évolution du droit international », Cours général de droit international public,
R.C.A.D.I., (Volume 222)1990, III, In: Collected Courses of the Hague Academy of International Law, The
Hague Academy of International Law. pp.9-185. ( Consulté le 08 décembre 2015), (En ligne), Adresse
URL:https://referenceworks.brillonline.com/entries/the-hague-academy-collected-courses/levolution-du-
droit-international-cours-general-de-droitinternational-public-volume-222-ej.9780792313540.009_185
269VASAK, Karel « Dimensions internationales des droits de l’homme », UNESCO, 1978, pp. 170-171.
270Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, 1948, Op.cit
271En effet, ces États ne voulaient pas se voir contraints d’ouvrir leurs frontières à des flux de personnes
dont certaines pourraient constituer une menace pour leur sécurité nationale.
103
automatiquement protégés car ils sont par définition, inclus dans la catégorie des « civils
qui ne participent pas aux hostilités»272. Toutefois, c'est en 1951 qu'un dispositif juridique
personnes contraintes de fuir de leurs lieux de vie habituels pour se retrouver hors des
siècle(1914-1918), ainsi que d'autres événements survenus pendant la même période tel le
Révolution russe (1917 à 1923), la persécution des juifs dans les années 1930 273, ont
entraîné non seulement des déplacements massifs des populations, mais causé des
millions de morts en bouleversant les espaces géographiques occupés par ces populations.
guerre, ainsi que l'institutionnalisation d'un cadre juridique de l'asile se sont révélées de
plus en plus urgentes et prégnantes après les atrocités connues par les millions de
personnes déplacées. C'est ce sursaut de conscience qui va engendrer une montée du droit
international humanitaire avec en perspective des acquis juridiques non négligeables 274.
cherchant refuge dans d'autres pays, notamment en Europe où des régions et des villes
ont quasiment été ravagées275, des mesures notamment institutionnelles et juridiques ont
été engagées en faveur de ces personnes contraintes de fuir la guerre. Au regard de ces
éléments factuels, la première Assemblée Générale des Nations Unies consacra comme
priorité dès 1946, le sort des réfugiés issus de cette guerre. Il est constant de relever que le
droit des réfugiés part donc, in fine, de la claire et manifeste volonté de reconstruction de
l’Europe après ces deux conflits mondiaux 276. Cette volonté de prendre en compte le sort
104
Internationale pour les Réfugiés (OIR). L'institution ainsi crée avait pour objectif principal
d'accueillir les réfugiés provenant du Bloc de l'Est en leur accordant une protection
juridique et physique277. Toutefois, l'OIR fut incapable de prendre en charge les millions
d'un référent institutionnel du droit international d’asile. Cette Convention qui entrera en
juridique du réfugié, car elle définit les procédures d'admission ainsi que leur champ de
réfugié comme :
« Toute personne qui, craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa
politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette
cadre juridique de protection des «sans États» pose un véritable droit du réfugié qui sera
DUDH de 1948 l'énonce dans ses articles 13 et 14 281, c'est bien la Convention de Genève
sur les réfugiés qui est l'instrument juridique de référence en matière de droit
277L'Agence des Nations-Unies pour les Réfugiés : Statut du HCR de 1950, (Page consultée le 14 octobre
2014), (En ligne), Adresse URL : http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/basics/opendoc.pdf?
tbl=BASICS&id=41a3052f4
278Le HCR est en effet de nos jours, incontournable en matière de protection des réfugiés, autant par son
intervention dans la procédure de reconnaissance que dans la mission de protection pour ces derniers.Pour
plus de détails, lire THIBAULT COUTURE, Joanie : « Haut-Commissariat pour les réfugiés », Perspective
monde ( Outil pédagogique des grandes tendances mondiales), École de politique appliquée de la faculté
des Lettres et des Sciences Humaines, Université de Sherbrooke, Québec, Canada ( Page consultée le 20
Octobre 2014),(En ligne), Adresse URL: http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?
iddictionnaire=1415
279Il s'agit bien entendu de la Convention du 28 Juillet 1951 relative au statut des réfugiés (ou Convention de
Genève)
280Article 1 Alinéa 2 Convention du 28 Juillet 1951 relative au statut des réfugiés (ou Convention de Genève)
, Op cit.
281Article 13 et 14 de la DUDH : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de
Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967 restent la pierre
Régie par la Convention de 1951, elle fait intervenir les États d'accueil, et inéluctablement,
Pendant cette étape que nous aurons l'occasion de développer plus loin, la personne en
déplacement forcé ayant franchi les frontières de son pays d'origine pour chercher
protection dans un pays autre que le sien ( demandeur d'asile) bénéficie du principe
bénéficie des avantages dû à son nouveau statut tels que prévus par la Convention de
Genève de 1951 ainsi que des textes additionnels en vigueur réglementant la protection
Par ailleurs, il est important de préciser que si la Convention de Genève en 1951 apportait
et l'immunité juridictionnelle des réfugiés 285, elle était plus consacrée à la situation qui
protection des réfugiés de 1951 répondait surtout à des besoins humanitaires urgents avec
protection aux besoins des réfugiés européens déplacés par la guerre , ce qui faisait de ce
282Conclusion N° 81(k), du Comité Exécutif du HCR – COMEX- , 1997 cité par le HCR, in Protection
des réfugiés : Guide sur le droit international relatif aux réfugiés, 2001. Rappelons par ailleurs que le
Comité Exécutif (COMEX) du HCR conseille le Haut Commissaire dans l'exercice de ses fonctions. Ses
Conclusions annuelles s'inscrivent dans le cadre du régime international de protection des réfugiés. Elles
sont fondées sur les principes énoncés dans la Convention de 1951, et sont élaborées et adoptées par
consensus en réponse à des problèmes de protection particuliers. Les Conclusions du Comité exécutif sont
le fruit d'un accord entre plus de 50 pays qui portent un intérêt manifeste à la protection des réfugiés et ont
une grande expérience en la matière. Il est fréquent que ces pays et d'autres fassent référence aux Conclu-
sions du COMEX lorsqu'ils élaborent leurs propres lois et politiques.
283Le principe de non-refoulement est consacré à l'Article 33(1) de la Convention de Genève de 1951
relative au statut des réfugiés.
284LASSAILLY-JACOB, Véronique, citée par TRATNJEK, Bénédicte : « France : un droit d’asile à
106
dernier un texte européo-centré qui limitait géographiquement son application à
l'Europe286.
essentiel du droit international relatif aux réfugiés. Consacré à l’article 33(1) de la susdite
manière que ce soit , des réfugiés vers des pays ou des territoires où leur vie ou leur
liberté serait menacée en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur
ayant été condamné pour un crime particulièrement grave qui constituerait une menace
trouvant à la frontière ou dans le pays d’asile jusqu’à ce que leur statut ait été déterminé
Élaborée pour répondre aux problèmes de réfugiés qui se posaient dans l’Europe
de l’après-guerre comme rappelé plus haut, la Convention de Genève s'est très vite
– La première tient de ce que la définition du réfugié est restée fondée sur les causes
jusqu'ici comme réfugié que les personnes qui avaient fui leurs pays d’origine à la suite
L'adjonction d'un protocole additionnel en 1967 s'est donc posée comme une
ici que le protocole adopté dans ce contexte recèle la particularité d'un instrument
concept de «Réfugié» tel que prescrit dans la Convention au regard de nouvelles catégories
Convention de 1951 sans pour autant devenir parties à cette dernière 287. En effet, les États
couverts par la définition de 1951, sans tenir compte des limitations temporelles et
pas s’étendre aux principales dispositions, notamment l’article 1 (la définition du réfugié),
(le non refoulement).288 En Août 2008, précisons que 144 États (sur les 192 États Membres
de l'ONU d'alors) avaient ratifié la Convention de Genève ou le Protocole de 1967 (soit les
deux à la fois)289. Concernant la place de ces instruments juridiques internationaux 290 qui
consacrent le droit des réfugiés , il convient de noter qu’ils ont, selon la pratique du droit
leur pays d’origine ou de résidence incombe, statutairement, reprécisons le, au HCR. Mais
le droit d'asile à travers les droits reconnus aux réfugiés trouvent également leur
1) La Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
Afrique de 1969.
Dans une perspective d'encadrer les mouvements de déplacements massifs intra
l'asile en Afrique désigné Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux réfugiés
108
Convention de Genève, et traite de façon complémentaire et spécifique, les problèmes de
De prime abord, l'objectif de cette Convention était de susciter auprès des États
africains une mutualisation des efforts en matière d'asile et de protection des réfugiés par
une harmonisation des législations et des politiques y afférentes pour « trouver les moyens
d'alléger leur misère et leurs souffrances et de leur assurer une vie et un avenir meilleurs » 292. Le
souligner, dans son élargissement de la définition du réfugié. Le réfugié n'est plus en effet
gravement l'ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays d'origine ou du pays dont
elle a la nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour chercher refuge dans un
autre endroit à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la nationalité. »293
dispose que « Les États membres de l'OUA s'engagent à faire tout ce qui est en leur pouvoir,
dans le cadre de leurs législations respectives, pour accueillir les réfugiés, et assurer l'établissement
de ceux d'entre eux qui, pour des raisons sérieuses, ne peuvent ou ne veulent pas retourner dans
leurs pays d'origine ou dans celui dont ils ont la nationalité»294 et par la suite, que « L'octroi du
droit d'asile aux réfugiés constitue un acte pacifique et humanitaire et ne peut être considéré par
motivation d'établir un cadre juridique de protection spécifique des réfugiés dans son
contexte, la Convention de l’O.U.A. dans son contenu s'est très peu penchée sur les droits
291Ilfaut relever ici que cette Convention a une double vocation : Humanitaire à travers la protection de la
dignité humaine et des des personnes vulnérables ; Politique par le respect de la souveraineté des États et
du principe de non-ingérence dans les affaires internes .
292Préambule Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique 10
septembre 1969
293Convention de l'OUA 1969 Op.cit
294Article II, Alinéa 1 Convention de l'OUA 1969
295Article II, Alinéa 2 Convention de l'OUA 1969
109
des réfugiés en Afrique. Sur ses quinze articles, deux seulement font référence aux droits
des réfugiés296, sans compter les ambiguïtés permanentes observées dans ce dispositif.
sur les réfugiés et les déplacements forcés de population en Afrique 297 fut adopté à
l'occasion du Symposium de l’OUA et du HCR sur les réfugiés et les déplacements forcés
les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique et le vingtième anniversaire de
pertinentes, doivent examiner tous les facteurs pouvant causer ou alimenter des conflits civils, afin
d’élaborer un plan d’action global pour s’attaquer aux causes profondes des flux de réfugiés et
autres déplacements. Entre autres, les questions suivantes doivent être examinées : affrontements
et conflits ethniques, le rôle du commerce des armements causant et exacerbant les conflits en
Afrique ; l’établissement de fondements solides pour des institutions et une gestion démocratique ;
les obstacles à la fourniture d’une protection et d’une assistance humanitaire aux personnes
international. »299.
droits de l'Homme et convoque une synergie d'actions entre les États dans l'espace
africain, ce consensus normatif postule davantage pour une action plus préventive et
efficace sur les causes des conflits en Afrique et suggère le renforcement de la coopération
pour y faire face. Il est à déplorer à l'évidence, que les États africains ont démontré très
peu d'intérêt dans sa mise en œuvre. Cette latence et cette timidité sont également
observées dans l'application de la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples
296TAGUM FOMBENO, Henri Joël , Op.cit 58 ( voir les deux articles)
297Document d'Addis-Abeba sur les réfugiés et les déplacements forcés de population en Afrique, 1994
298En effet, la Convention de l'OUA de 1969 est entrée en vigueur en date du 20 juin 1974
299Document d'Addis-Abeba sur les réfugiés et les déplacements forcés de population en Afrique, 1994
110
et la déclaration de l'OUA de Juillet 2001.
des Droits de l'Homme et des Peuples reconnaît le droit d'asile, mais limite néanmoins sa
mise en œuvre à la discrétion des lois de chaque pays et des conventions internationales .
valeurs traditionnelles reconnues par la Communauté qui constituent selon elle, «...un
indiquera précisément que : « ...l’Afrique ne peut pas envisager un droit de l’individu sans la
communauté, sans la famille, sans le groupe, parce que dans ce groupe existent des traditions et
des règles morales. L’Africain a du mal à se séparer du groupe, quelles que soient ses
revendications de liberté. Et c’est cette combinaison qui a été formidablement bien réussie par les
rédacteurs de la Charte qui ont considéré que l’individu et la société ne font qu’un, qu’ils sont les
deux faces d’une même médaille et qu’on ne peut pas séparer l’individu de sa communauté »304.
En somme, avec la Charte des droits de l'Homme et des peuples de 1981, les
violations des droits de l’homme ne pouvaient plus être passées sous le couvert de la
300Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples , adoptée en 1981 à Nairobi ( Kenya)
301C’est en raison du rôle historique que joua Gambie dans l'adoption de la charte africaine qu'elle fut
baptisée “Charte de Banjul”.
302Charte africaine des droits de l’homme et des peuples article 12, alinéa 3
303Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, article 17
304Entretien d'Emmanuel LAURENTIN et Séverine LIATARD avec Alioune BADARA FALL, juriste,
professeur de droit public à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV,et Eric JOLLY, anthropologue, directeur
de l’Institut des Mondes africains (IMAF) et spécialiste du pays dogon (Mali) au cours de l’Émission « La
Fabrique de l'Histoire » du 12 Décembre 2018 ( France Culture) Thème: Une histoire des déclarations des
droits de l'homme : Les chartes africaines, de Kurukan Fuga à Nairobi (1236 (?)-1981)
Voir https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/une-histoire-des-declarations-
des-droits-de-lhomme-24-les-declarations-africaines-du-kurukan-fuga-a , consulté le 27 Décembre
2018
111
non-ingérence dans les affaires intérieures des États. La charte de « Banjul » a ainsi
marqué en son temps, une nouvelle ère dans la protection des droits de l'Homme en
Afrique305.
des Chefs d’États d’Afrique marquait la réaffirmation de l'adhésion des États membres
Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et le Protocole de 1967, complétés par
la Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
Afrique. Par cet acte d'adoption d'un texte juridique de protection des réfugiés, des
rapatriés et des personnes déplacées en Afrique, les chefs d’État africains ont traduit leur
Les principes de Bangkok qui voient le jour en 2001 se définissent sous le même prisme
Les Principes de Bangkok sur le statut et le traitement des réfugiés, mis à jour en
2001 ont été adoptés par certains États d’Asie, d’Afrique et du Moyen Orient. Ces
principes sont importants en ce qu’ils reflètent les opinions de nombreux États ayant une
grande expérience en matière d’octroi d’Asile y compris des États qui ne sont pas parties à
de Bangkok donne une définition du réfugié qui est plus large que celle de la Convention
305La Charte africaine des Droits de l'homme et des peuples de 1981 a en effet favorisé la modernisation de
la promotion et de la protection des droits de l'Homme en contexte africain par l'émergence de nouveaux
dispositifs juridiques qui limitent l'exercice de la souveraineté des États. Ainsi, le prétexte selon lequel
seules les juridictions nationales étaient compétentes en cas de violation ne pouvait plus justifier les
violations des droits de l’homme dans les pays africains.
112
de 1951. Mais la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance aux
personnes déplacées en Afrique innove dans ce sens qu'un premier texte international
sur le plan factuel, une étape historique dans la protection des personnes déplacées
Conformément aux Principes directeurs des Nations Unies sur les déplacements
exhaustive du déplacement interne couvre les mobilités causées par les conflits, la
développement, autant de facteurs diffus à l’origine des migrations forcées en Afrique 306.
instrument juridique à l’instar des autres cadres juridiques internationaux, incite ses États
convention.308
interne, Chaloka Beyani, et le Rapporteur spécial de l’Union africaine sur les réfugiés, les demandeurs
d’asile, les personnes déplacées internes et les migrants, Maya Sahli Fadel,Rapport de la Commission de
l'Union Africaine, Ibid
113
charge des personnes déplacées involontairement. Par cette démarche, elle a ainsi affirmé
son adhésion aux normes internationales , mais surtout aux principes qui fondent tout
État de droit dans le sens moderne du terme. Sa motivation s'est surtout révélée à travers
les âges , par son ancrage socio-culturel incarnée dans la solidarité qu'elle place au centre
de toute action. Mais la volonté officielle des États d'Afrique et leur engouement exprimés
à l'occasion des rencontres intra africaines pour la cause des migrants forcés ne semblent
pas, sur le théâtre des opérations au sein des États hôte, notamment en Afrique médiane ,
se traduire par des actes de solidarité durables en faveur des réfugiés. A l'épreuve des
faits, il a été observé en effet, une quasi absence d'un cadre juridique concerté consacrant
Même si DEGNI-SEGUI fait observer en 2001 que «Les États d'Afrique Noire
Francophone sont parties, dans leur immense majorité, aux principaux instruments
demeure encore un domaine d'engagement qui ne semble pas préoccuper les susdits
États, et par conséquent se voit relégué au second plan, s'il n'est tout simplement ignoré.
La quasi inexistence d'un cadre normatif de protection concerté des migrants forcés au
sein de cet espace sous-régional ainsi que le peu d'intérêt manifesté pour une prise en
résolution est peu probable dans un proche avenir, et les raisons d'en douter semblent
l'étroitesse des liens éthiques et ethniques qui rapprochent les populations, les autorités
309DEGNI-SEGUI, René : Les droits de l'homme en Afrique noire francophone : Théories et réalités, 2e éd.,
Abidjan, Ed. CEDA, avr. 2001, pp. 48-49.
114
territoires des différents États membres en l'occurrence sur les questions des migrations
textes juridiques d'application en matière de protection des réfugiés dans l'espace visé
sont dans la plupart des cas inspirés des normes internationales et chaque État au nom du
principe souveraineté met en place un cadre normatif adapté à son contexte, ce qui est
loin d'être favorable à une mutualisation des efforts susceptible de permettre une
efficacité dans l'opérationnalisation de la protection des réfugiés. Qui plus est, les flux
centrale, restent saisis comme une négation des territoires nationaux hérités de la
colonisation310. Au sein des frontières des États de cet espace géographique sous-régional,
est souvent exprimé un nationalisme exacerbé qui explique souvent les postures
souverainistes des dirigeants de cette partie. Même si les États d'Afrique médiane ont
chemin. Les États de la sous-région ne semblent pas par exemple, s’adapter à la théorie du
debordering (effacement des frontières)311, c'est à dire à celle de l'ouverture des frontières
protection juridique internationale pour ces réfugiés, qui s'accompagne d'une prise en
charge assistancielle. Cette protection et cette assistance incombent pour l'essentiel à l’État
d'accueil, mais surtout aussi, au HCR, organe onusien statutaire qui joue un rôle central et
international des droits de l'Homme, ainsi que celui des normes juridiques internationales
été le premier pays africain à appliquer la résolution onusienne du 10 Avril 2014 313 dans
(Cameroun – RCA - HCR) pour la participation des réfugies centrafricains aux élections.
mise en œuvre a permis à environ 102.000 réfugiés (statutaires) centrafricains, soit 20% en
électorales marquant la fin de transition en RCA 314. La participation des réfugiés aux
locaux, les États hôte ont très souvent du mal à faire un choix. L'alternative qui leur reste
offerte est celle du droit applicable en matière de protection des réfugiés, qui lui-même
présente de profondes ambiguïtés. En effet, le droit des réfugiés actuel est source de
116
A) La jouissance du statut de réfugié: Entre incertitudes juridiques et impératifs de
protection
venons de l'observer, le droit d'asile lui n’est pas exclusivement un droit du réfugié.
notion de réfugié contenue dans la convention de Genève de 1951 et reprise ensuite par
divers instruments. Ce statut du réfugié, même s’il est questionnable, convoque une
peut être définie comme « le processus par lequel les autorités du pays ou le HCR établissent
qu'une personne qui sollicite la protection internationale est bien un réfugié c'est-à-dire qu'elle
remplit les critères d'éligibilité définis par les instruments régionaux ou internationaux relatifs
aux réfugiés, par la législation nationale ou par le mandat du HCR » 316 . Elle occupe une place
régime peut être individuel ou celui de la détermination par groupes, déclinée sous
d'identification du réfugié :
la persécution
Le réfugié au sens de la convention doit avant tout se caractériser par une crainte
fondée de persécution. Cette dernière peut être établie sur la base de cinq motifs non
certain groupe social, les opinions politiques. Ainsi, la possibilité de subir ces persécutions
doit bien être réelle et évaluable pour pouvoir prétendre acquérir le statut de réfugié.
316HCR : Introduction à la protection internationale. Protéger les personnes relevant de la compétence du
HCR : Module d'autoformation 1, Département de la protection internationale, Septembre 2005, (Consulté le
24 Novembre 2016 ), ( En ligne ) URL : https://www.unhcr.org/fr/publications/legal/4ad2f81618/module-
dautoformation-1-introduction-protection-internationale-proteger.html
117
La territorialité : Le réfugié doit avoir quitté les frontières du pays dont il détient la
nationalité. Cet élément est important dans la mesure où il est capital dans la
la protection est celle censée être apportée à tout individu par l’État, mais pour les
réfugiés dans l'ensemble, elle n'est pas effective au point où ces derniers ne veulent
Avant de continuer, il est important d’indiquer que la DSR fait appel à un arsenal
varié de critères d'éligibilité adossé sur des textes non seulement régionaux et
s'élargit donc très souvent au droit interne. Ainsi, les législations nationales des pays
international dans la législation nationale revêt une importance particulière dans les
rappelons le, la protection des réfugiés. L'objectif de la DSR relevant de ce mandat est de
DSR mises en place par le HCR et de la qualité des décisions prises par l'Organisation
dans ce cadre. Ainsi, le HCR peut parfois procéder à une détermination de l'éligibilité au
statut de réfugié sur une base individuelle par un examen individuel des demandes 319.
qui émanent des groupes ou flux de masse (prima facie). « Une personne ne devient pas un
réfugié en vertu d'une décision de reconnaissance, mais est reconnue parce qu'elle est un réfugié.
317BONNEMAISON, Joël ; CAMBRÉZY, Luc ;QUINTY BOURGEOIS , Laurence : « Le territoire, lien ou
frontière ? Identités, conflits ethniques, enjeux et recompositions territoriales ». Colloque du 2 – 4 octobre
1995, organisé à Paris – Sorbonne, Éditions de l’Orstom, Institut Français de Recherche Scientifique pour le
Développement en Coopération, Collection Colloques et séminaires Paris, 1997, (Consulté le 14 Mars
2015), ( En ligne), URL:http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers08-09/010014865.pdf,
318HCR : «Détermination du Statut de Réfugié, Déterminer qui est un réfugié , Module d’autoformation 2 » ,
www.unhcr.org
118
En d'autres termes, la décision de reconnaissance est déclaratoire : elle reconnaît et confirme
individuel des demandes. Lorsqu'il est observé des arrivées individuelles de demandeurs
réfugié arrivant dans un pays à la recherche d'asile est considéré comme un demandeur
d'asile. Cette notion de demandeur d'asile est à différencier des autres catégories de
migrants, et cette distinction est essentielle car les demandeurs d'asile ont certains droits
que ces trois principes énoncés dans la Convention de 1951 s'appliquent strictement aux
réfugiés, mais se voient très souvent étendus en faveur des demandeurs d'asile, qui,
pendant le traitement de leurs demandes. Parmi ces droits, nous pouvons citer l'absence
de sanction pénale du fait de leur entrée ou de leur séjour irrégulier pour les réfugiés
arrivant directement de leur pays d'origine 321, ensuite il y a le fait que seules les
restrictions nécessaires pourront être appliquées aux déplacements de ces réfugiés 322, et le
troisième principe est le non-refoulement 323.Ces personnes auront par ailleurs droit à une
procédure équitable324. Par ailleurs, nous devons noter que l'étude de ces dossiers
individuels s'entoure de certaines questions procédurales que nous analyserons dans nos
développements ultérieurs.
du statut de réfugié. D'ailleurs, il est sans doute préférable que ce soient les États qui
mobilisent cette procédure, car ce sont les gouvernements qui ont la responsabilité de
faire en sorte que les réfugiés sur leur territoire soient traités selon les normes
internationales. Néanmoins, pour cela, il faut que les États aient expressément prévus des
procédures nationales effectives, et aussi accéder aux instruments internationaux sur les
320HCR : Introduction à la protection internationale. Protéger les personnes relevant de la compétence du
HCR . Op.cit ;
321Article 31, Alinéa 1 de la Convention de 1951 sur les réfugiés
322Article 31, Alinéa 2 de la Convention de 1951, Op.cit
La détermination du statut de réfugié peut se faire d'autre part, selon des afflux
massifs, cette détermination se fera alors par groupes de réfugiés. On parlera donc de
détermination collective ou « prima facie ». Il faut d'abord préciser que cette détermination
par groupes peut poser des problèmes de protection adéquate aux circonstances en
question, car les situations individuelles ne sont pas ici prises en compte, alors que celles-
État du statut de réfugié sur la base des circonstances apparentes et objectives dans le
Amérique latine ainsi que dans les pays confrontés à des afflux massifs, comme en Asie
indiquée dans le cas d'un afflux massif, lorsque les personnes en quête de protection
détermination individuelle de leur statut. Le statut de réfugié est donc accordé dans ces
situations par les États d'accueil et le HCR aux membres d'un groupe particulier sur une
base prima facie, c’est-à-dire de première vue. Par ailleurs, les personnes reconnues comme
des réfugiés à l'issue d'une détermination collective jouiront du même statut que les
catégories de réfugié. En effet, lorsque des afflux massifs arrivent aux frontières d'un pays
d'accueil, celui-ci doit vérifier si, par exemple, ce groupe ne contient pas des personnes
qui ont été à l'origine des persécutions que fuient les demandeurs d'asile. En effet, en
fonction du contexte, il peut s'avérer nécessaire de mettre en place des mécanismes qui
permettent d'identifier les membres d'un groupe qui ne répondent pas aux critères
325IVOR, Jackson: The Refugee Concept in group situations, Martinus Nijhoff, The Hague, 1999
326A titre illustratif, lorsqu'un conflit armé dans un pays déclenche un exode massif de réfugiés dans des
pays voisins, des combattants peuvent être mélangés aux réfugiés, Lire sur ce point, LY DIA, Chérif, Op.cit
120
se faire sur la base d'informations objectives se rapportant à la situation qui règne dans le
pays d'origine.327
Selon la lettre et l'esprit l'esprit de la Convention de Genève de 1951 sur le droit des
réfugiés, pour qu'une personne qui sollicite le statut de réfugié, c'est-à-dire un demandeur
d'asile, soit reconnue comme tel, elle doit remplir des critères d'éligibilité qui sont des
régionaux relatifs aux réfugiés, par les législations nationales y afférentes ou par le
mandat du HCR.
Il faudrait avant tout relever que les critères d'éligibilité qui constituent le point
entendu - il convient de le redire - qu'un réfugié est toute personne « qui, par suite
d'événements survenus avant le 1er janvier 1951, et craignant avec raison d'être persécutée du fait
opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de
Sur ce point, faisons remarquer que les États d'accueil gardent une importante
alors restrictifs que ceux énoncés dans la Convention de 1951, ce qui, selon Bénédicte
définition du réfugié contenue dans la Convention de l'OUA de 1969 sur les réfugiés, qui,
statut des réfugiés, et reflète la profonde sollicitude que les États portent aux réfugiés ainsi que leur
désir d'établir des normes communes de traitement des réfugiés » 330 élargit considérablement le
qui, du fait d'une agression, d'une occupation extérieure, d'une domination étrangère ou
d'événements troublant gravement l'ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays
d'origine ou du pays dont elle a la nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour
chercher refuge dans un autre endroit à l'extérieur de son pays d'origine ou du pays dont elle a la
nationalité ».331
d'éligibilité dits d'inclusion qui sont «...les fondements positifs permettant d'aboutir à la
reconnaissance officielle du réfugié et de lui octroyer ainsi le statut de réfugié », ou alors des
1951. Dans le cas des États parties à cette Convention et au Protocole de 1967, les critères
susdit traité. Par ailleurs, comme nous l’avons précisé plus haut, le HCR peut aussi être
chargé de la DSR, et dans ce cas, il utilise aussi les critères basés sur la Convention de
Genève de 1951, mais aussi sur son statut de 1950 qui reprend quasiment la définition du
premier, les critères dits d'inclusion font référence aux éléments qui forment un
122
pour qu'une personne soit reconnue comme un réfugié 333. A titre de rappel, l'article 1
personne qui « ...craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa
nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve
hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer
de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n'a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans
lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite
crainte, ne veut y retourner »334. Une personne ne peut donc être éligible au statut de
réfugié, que si elle répond à trois principaux critères dont le détail est important pour
frontières de son pays d'origine, ou alors être présent hors des frontières de son pays
d'origine ou résidence habituelle. C'est un critère important qui permet de distinguer les
réfugiés stricto sensu des déplacés internes; Ensuite, pour être éligible au statut de réfugié,
demande, à partir d'une crainte fondée, c'est-à-dire vérifiable et/ou objective sur
causalité qui renseigne sur l'adéquation entre le préjudice craint par le demandeur
d'autres formes de préjudices graves dont il est supposé être l'objet. Rappelons que la
persécution dont il est fait référence ici se décline à l'aune des cinq motifs (race, religion,
persécutions, certaines personnes peuvent bénéficier du statut de réfugié sur la base des
333HCR : Guide et principes directeurs sur les procédures et critères à appliquer pour déterminer le statut
des réfugiés au regard de la convention de 1951 et du protocole de 1967 relatifs au statut des réfugiés
réédité, UNHCR, Genève, Décembre 2011
334Article 1 alinéa 2 Convention de Genève de 1951 Op.cit
335La Convention de Genève de 1951 y fait référence à la possibilité raisonnable qu'il soit exposé à un
préjudice dans son pays d'origine s'il était renvoyé.
336Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, Op.cit
123
législation nationale du pays d'accueil, et du mandat de protection internationale du
1951 peut être élargie de manière plus généreuse comme nous l'avons fait observé par la
définition du réfugié donnée par la Convention de l'OUA. 338 A côté des clauses
d'inclusion, existent des clauses d'exclusion au statut de réfugié qu'il est utile ici
d'examiner.
L'exclusion, selon la Convention de Genève de 1951 339, signifie qu'une personne qui
protection internationale accordée aux réfugiés, et les clauses d'exclusion peuvent être
définies comme des dispositions légales qui refusent les avantages de la protection
internationale à des personnes qui satisferaient par ailleurs aux critères d'obtention du
statut de réfugié. Ces clauses figurent aux articles 1 alinéa D, 1 alinéa E et 1 alinéa F de la
Convention de 1951340, mais il faut noter que l'article 1 alinéa D est entendu autant comme
une clause d'inclusion que d'exclusion. Ainsi, l'exclusion au sens de l'article 1 alinéa E 341 et
1 alinéa F342 signifie qu'une personne qui remplit les critères d'inclusion ne peut bénéficier
du statut de réfugié parce qu'elle n'a pas besoin de la protection internationale accordée
aux réfugiés ou ne la mérite pas. Il en est de même de l'existence d'une catégorie spéciale
337Ilfaut ici préciser que selon la Convention de Genève de 1951, lorsque les persécutions émanent de
personnes individuelles ou d'entités non-étatiques, la crainte de persécution est fondée uniquement si les
autorités du pays d'origine ne veulent ou ne peuvent fournir une protection efficace
338Disposition de la Convention de l'OUA, Op.cit
339Convention de Genève de 1951 sur le Statut des réfugiés , Article 1 alinéa E, et F
340L'Article 1 alinéa D de la convention de Genève de 1951 précise en effet : «Cette Convention ne sera
pas applicable aux personnes qui bénéficient actuellement d'une protection ou d'une assistance de la part
d'un organisme ou d'une institution des Nations Unies autre que le Haut-Commissariat des Nations Unies
pour les réfugiés». L' alinéa F ( Article1) du même texte indique que « Les dispositions de cette Convention
ne seront pas applicables aux personnes dont on aura des raisons sérieuses de penser : a) qu'elles ont
commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l'humanité, au sens des instruments
internationaux élaborés pour prévoir des dispositions relatives à ces crimes; b) qu'elles ont commis un
crime grave de droit commun en dehors du pays d'accueil avant d'y être admises comme réfugiés ; c)
qu'elles se sont rendues coupables d'agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies.
341L'article I alinéa E fait en effet référence aux personnes qui sont reconnues par leur pays de résidence
comme ayant les droits et les obligations attachés à la possession de la nationalité de ce pays et qui
jouissent effectivement de ces droits. On parle dans ce cas de l'exclusion de personnes n'ayant pas besoin
de la protection internationale.Pour plus de détails, Voir Convention de Genève de 1951, Op.cit
342L’article I alinéa F fait quant à lui référence aux personnes ne méritant pas la protection internationale
en raison de certains crimes graves qu'elles auraient commis. Il s'agit de l'exclusion des personnes dont on
aura de sérieuses raisons de penser qu'elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un
crime contre l'humanité, au sens des instruments internationaux élaborés pour prévoir des dispositions
relatives à ces crimes qu'elles ont commis , un crime grave de droit commun en dehors du pays d'accueil
avant d'y être admises comme réfugiées, qu'elles se sont rendues coupables d'agissements contraires aux
buts et aux principes des Nations Unies. Toutefois, il faut noter que cet article doit être traité avec la plus
grande prudence, étant donné les conséquences très graves que peut avoir l'exclusion pour la personne
concernée.Convention de Genève de 1951, Op.cit
124
de réfugiés qui bénéficient déjà de la protection ou de l'assistance d'un organisme des
Nations-Unies autres que le HCR343. Par ailleurs, il est utile d'indiquer que dans les cas de
des bénéficiaires au statut de réfugié ainsi que des avantages y afférents . Toutefois, il faut
d'ores et déjà préciser qu'à la différence des clauses d'inclusion qui favorisent une marge
d'exclusion ont été définies de manière exhaustive, et ne peuvent donc être interprétées
d'asile, il convient à présent, de centrer notre regard sur la procédure proprement dite qui
1951 et des textes additionnels qui consacrent le droit des réfugiés, mais aussi par les
reconnaissance au statut de réfugié convoque une première phase qui renseigne sur le
est intrinsèquement liée aux critères d'éligibilité analysés plus haut, critères qui servent de
référence, nous l’avons relevé, dans la détermination du statut de réfugié. Adaptées aux
matière de reconnaissance du statut du réfugié font appel aux législations internes qui
sont elles-mêmes bâties en respect au droit international des réfugiés 344.C’est l'organisme
chargé de conduire la procédure de demande d'asile qui est au cœur de cette démarche
opératoire qui diffère selon les pays. En France par exemple, c'est l'Office Français de
Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) crée en 1952, qui est compétent en matière
de reconnaissance de réfugiés. Mais en vertu de la responsabilité qui lui est dévolue dans
343Article
I alinéa D qui fait référence aux personnes ne bénéficiant pas du régime de la Convention de
1951.
344Convention de Genève de 1951, Op.cit
125
Convention de 1951 et du Protocole de 1967345 par les États parties à ces instruments, le
HCR assiste aux différentes étapes des procédures et critères appliqués dans le cadre de
Au Cameroun, cette démarche est opérée par des organes spécialisés du Ministère
statut de réfugié et la Commission des recours des réfugiés, en vertu de la loi N°2005/006
du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun et de son décret N°2011/389 du
de réfugié est loin d'être définitive. Sous certaines conditions, les bénéfices du statut de
Le statut de réfugié ne peut pas être définitif. En effet, il existe certaines causes et
conditions déclinées sous l'expression clauses de cessation348 qui peuvent mettre fin au
bénéfice du statut de réfugié. En 1991, le HCR à travers son Comité Exécutif fait valoir la
des situations où, en raison d'un changement de circonstances dans le pays d'origine, les réfugiés
protection de leur pays»349. Cet état de faits , qui peut s'analyser sur une double mesure avec
345Paragraphe 8 du Statut du HCR de 1950 et Article 35 de la Convention de 1951 sur le Statut des
réfugiés.
346Ibid
347Article 16 du Décret N°2011/389 du 28 novembre 2011 portant organisation et fonctionnement des
organes de gestion du statut des réfugiés et fixant les règles de procédure, en application de la loi
N°2005/006 du 27 juillet 2005 portant Statut des réfugiés au Cameroun :« Il est créé une commission
d’éligibilité au statut de réfugié et une commission des recours des réfugiés dont l’organisation, le
fonctionnement et les règles de procédures sont fixés par décret ».
348Convention de Genève de 1951 Op.cit, Article 1 alinéa C
349HCR: «Note sur les clauses de cessation, EC/47/SC/CRP.30 », Par UNHCR Standing Committee, 30 mai
Parmi les actes volontaires du réfugié pouvant entraîner cessation de son statut , la
rétablir volontairement dans le pays qu'il a quitté ou hors duquel il est demeuré de crainte
d'être persécuté350. D'autre part, la cessation du statut de réfugié peut aussi être basée sur
un changement fondamental de circonstances prévu à l'article 1 alinéa C (5) et (6) 351, c'est-
à-dire si les circonstances à la suite desquelles l'individu a été reconnu comme réfugié ont
cessé d'exister. Toutefois, pour que ces clauses de changement de circonstance puissent
être appliquées, il faut que la situation objective dans le pays d'origine ou de résidence
habituelle ait changé d'une manière stable, consistante et durable. Il faut noter enfin que
la cessation ne fait pas partie de la DSR, par conséquent, les critères énoncés à l'article 1
alinéa C ne doivent nullement être pris en compte dès le stade de l'éligibilité 352.
des bénéficiaires du statut de réfugié peuvent exister . Ces situations exceptionnelles sont
prévues par la Convention de Genève de 1951, ainsi que par la Convention de l'OUA de
précise en effet que «les États contractants n'expulseront un réfugié se trouvant régulièrement
sur leur territoire que pour des raisons de sécurité nationale ou d'ordre public ».353 Cette
vigueur . Il est par exemple strictement interdit de refouler ou d'extrader un réfugié sur
les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée. De plus, le réfugié doit
être admis à fournir des preuves tendant à le disculper des accusations pesant sur lui,
mais aussi, un délai raisonnable doit lui être accordé par les autorités en vue de chercher à
127
A ce stade de notre analyse, il est important de noter pour le déplorer, des atteintes
2012, L’État d'Israël, pourtant signataire de la Convention a expulsé des africains (sud-
soudanais) demandeurs d'asile, pour satisfaire aux manifestations des populations vers
leur pays d'origine où des menaces de toutes sortes pesaient pourtant sur eux, avec la
réfugié établie et acquise. Cette reconnaissance entraîne pour le réfugié des droits
l’égard des États accueillant, mais également à l’égard du nouveau bénéficiaire dudit
1. Le non-refoulement
liée à la reconnaissance officielle du réfugié, il n’est par conséquent pas besoin que le
réfugié soit définitivement reconnu et admis comme tel pour que ce principe s'applique.
En effet, il participe plus à la protection des réfugiés, mais aussi des demandeurs d'asile
Convention de 1951 relative au statut des réfugiés stipule en effet : « Aucun des États
contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les
frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de
sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».356
1951 ne peut donc être renvoyé aux frontières d'un pays dans lequel il encourt les risques
droits de l'Homme déclare pour la première fois que la responsabilité d'un État peut être engagée s'il décide
d'éloigner une personne susceptible de subir de mauvais traitements dans le pays de destination.
355AREFI, Armin : « Israël ne veut plus d'africains », Le POINT international, Magazine de Géopolitique,
international, 19 Juin 2012, (Consulté le 04 février 2016 ), (En ligne ), URL https://www.lepoint.fr/monde/israel-
ne-veut-plus-d-africains-19-06-2012-1475352_24.php
356Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, Article 33, Alinéa 1
128
du non-refoulement soit devenu une norme du droit international coutumier. Il a ainsi été
principe contraignant pour tous les États, y compris ceux qui ne sont pas parties à la
des réfugiés circonscrit par la Convention de 1951 s'articule autour de mesures cohérentes
● Des normes minimales de traitement doivent être respectées à l’égard des réfugiés
qui, pour leur part, ont certains devoirs envers l’État qui les accueille;
● L’expulsion d’un réfugié est un acte d’une gravité telle qu’il ne faut y recourir que
dans des circonstances exceptionnelles, fondées sur la sécurité nationale ou d’autres dangers pour
● l’asile pouvant constituer une charge indue pour certains États, des solutions
● Protéger les réfugiés étant un geste humanitaire, l’octroi de l’asile ne devrait pas
● Les États doivent coopérer avec le HCR dans l’exercice de ses fonctions et faciliter la
contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants 358, que
Christine CHANET présente comme étant un instrument de « répression des faits de torture
comme des infractions, et comme un système de contrôle de la Convention ….qui permet à la fois
«...de soumettre à un contrôle international les États parties eux-mêmes pour des faits de torture
pratiqués chez eux et de poursuivre personnellement les tortionnaires quelque soit l'endroit où ils
nous pouvons également citer , sans être exhaustif, la IVè Convention de Genève de 1949
360
relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre , le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques 361, la Déclaration sur la protection de toutes les
personnes contre les disparitions forcées 362, et les Principes relatifs à la prévention efficace
des droits de l'homme et des libertés fondamentales 364, la Convention américaine relative
aux droits de l'homme365, la Convention de l'OUA sur les réfugiés 366 (article II), et la
359CHANET, Christine: « La Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants», Annuaire Français de Droit International, Éditions du CNRS, Année
1984, pp 625-636
360En l’occurrence l'Article 45, paragraphe 4 de la IVè Convention de Genève du 12 Août 1949, relative à la
politiques a été adopté en 1966 par l'Assemblée générale dans sa résolution 2200 A (XXI) du 16 décembre
1966 et entré en vigueur le 23 mars 1976, conformément aux dispositions de l'article 49
362Adoptée par l'Assemblée générale dans sa résolution 47/133 du 18 décembre 1992, la Déclaration sur la
protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées indique notamment à ses article 1 et 8
que «Tout acte conduisant à une disparition forcée constitue un outrage à la dignité humaine. Il est
condamné comme étant contraire aux buts de la Charte des Nations Unies et comme constituant une
violation grave et flagrante des droits de l'homme et des libertés fondamentales proclamés dans la
Déclaration universelle des droits de l'homme, et réaffirmés et développés dans d'autres instruments
internationaux pertinents».( Article 1)...«Aucun État n'expulse, ne refoule, ni n'extrade une personne vers
un autre État s'il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être victime d'une disparition forcée dans
cet autre État ( Article 8 Alinéa 1 ) Pour déterminer l'existence de tels motifs, les autorités compétentes
tiennent compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l'existence, dans
l'Etat intéressé, de situations qui révèlent des violations flagrantes, constantes et systématiques des droits
de l'homme ( Article 8 Alinéa 2)
363Principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux
moyens d'enquêter efficacement sur ces exécutions, recommandés par le Conseil Économique et Social
dans sa résolution 1989/65 du 24 mai 1989. Voir Principe N°5
https://www.ohchr.org/FR/ProfessionalInterest/Pages/ArbitraryAndSummaryExecutions.aspx, consulté le 16
Janvier 2016
364Convention Européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ( Voir Article
3).Précisons que c'est un traité international élaboré au sein du Conseil de l'Europe en 1950, avec pour
objet de définir un certain nombre de droits fondamentaux et d'instituer un mécanisme de contrôle et de
sanction propre à assurer le respect de ces droits par les États signataires.Elle est entrée en vigueur en
Septembre 1953, https://www.universalis.fr/encyclopedie/convention-europeenne-de-sauvegarde-des-
droits-de-l-homme-et-des-libertes-fondamentales/, consulté le 16 Janvier 2016
365Il s'agit précisément de la Convention américaine relative aux droits de l'Homme (- Voir l'article 22) , adoptée
à la conférence spécialisée inter américaine sur les droits de l'homme à San José (Costa Rica) le 22 novembre
1969, https://www.cidh.oas.org/Basicos/French/c.convention.htm, consulté le 16 Janvier 2016
366Convention de l'OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique du 10
Toutefois, malgré cette assise textuelle, il n'en reste pas moins qu'il existe dans
réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays
où il se trouve, ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit
particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays. » 367
Ainsi, cet alinéa 2 de l'article 33 ne peut être applicable que si un réfugié représente
un danger très sérieux pour la sécurité du pays d'accueil (comme une menace contre sa
extérieure) ou s'il a été reconnu coupable d'un crime particulièrement grave à l'issue d'un
jugement qui ne peut plus faire l'objet d'un recours, et qu'il continue de représenter un
Par ailleurs, cet article qui prévoit des exceptions ne s'applique pas si l'expulsion
peines inhumains et dégradants. Il faut noter que cette interdiction du refoulement dans
ce cadre fait par ailleurs partie intégrante de l'interdiction de la torture et des mauvais
traitements. Enfin, il faut noter que lorsque ce principe du non-refoulement s'expose à des
violations dans un État, le HCR peut, dans le cadre de son mandat de protection,
intervenir auprès des autorités compétentes, et s'il le faut, informer le public. C'est dans
principe de non-refoulement (tant à la frontière qu'à partir du territoire d'un État) dans le cas de
personnes qui risquent d'être en butte à des persécutions si elles sont renvoyées dans leur pays
d'origine, qu'elles aient ou non été officiellement reconnues comme réfugiés » 368. Les personnes
adéquate de la part notamment de l’État hôte , mais aussi du HCR, qui constitue l'instance
protection. Ainsi, les autres droits et avantages au bénéfice du statut de réfugié sont bâtis
autour de l’adhésion des États d’accueil au droit international relatif aux réfugiés et aux
droits de l'homme. Ces droits découlent eux aussi des instruments internationaux relatifs
aux droits de l'homme mais également du droit coutumier international 369. Ainsi, tout
démocratiques sont articulés autour de la liberté de circulation dont les réfugiés doivent
jouir dans les mêmes conditions que les ressortissants du pays d'accueil, à moins qu'une
l'article 26 de la Convention de 1951 stipule : « tout État contractant accordera aux réfugiés se
trouvant régulièrement sur son territoire le droit d'y choisir son lieu de résidence et d'y circuler
librement sous les réserves instituées par la réglementation applicable aux étrangers en général
dans les mêmes circonstances. »370 ; Il y a aussi l'accès à un enseignement adapté, mais aussi
une assistance couvrant les besoins élémentaires dont les secours nutritionnels, les
Par ailleurs, les réfugiés bénéficieraient plus facilement de ces droits s'ils disposent
de pièces d'identité. Les pays d'accueil ont donc en devoir de leur fournir de tels
documents, à moins qu'ils n'aient des titres de voyage. Le réfugié a aussi droit d'être
369Convention de Genève de 1951, Op.cit
370Convention de Genève de 1951, Op.cit
132
protégé contre les menaces à sa sécurité physique dans le pays d'accueil. Les autorités
doivent mettre en place les dispositifs nécessaires pour les protéger contre les violences
criminelles pouvant être motivées par le racisme, la xénophobie, mais aussi les tortures et
traitements inhumains.371
l’asile en d’autres pays»372 . Appréhendé sous cet angle, le bénéfice de l’asile s'entend donc
d'une action de charité, «une sorte de faveur du prince, magnanimement accordée, pour
s’acheter – peut-être– une bonne conscience »373 , en un mot, une prérogative discrétionnaire
de l’État hôte.
peuples s'inscrit dans une démarche similaire quand elle dispose en son article 12, alinéa 3
que :
Fort de ces paramètres, le statut de réfugié est loin de conférer à ce dernier, des
Comme le fait observer Henri Joël TAGUM FOMBENO375, les obligations auxquelles
doivent se soumettre les réfugiés relèvent d'un régime général relatif aux règles dont la
violation par le réfugié entraîne soit la cessation du statut, soit l’exclusion du statut, et
Parlant des obligations des réfugiés adossées sur le régime général, il est utile de
Convention de l’O.U.A. régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en
371Convention de Genève de 1951, Ibid
372Déclaration universelle des Droits de l'Homme 1948, Op.cit, Article 14
373BROCARD Lucie et al., « Droit d'asile ou victimisation ? », Plein droit 2007/4 (n° 75),p. 11-14. DOI
10.3917/pld.075.0011
374Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples
375Lire à ce sujet, TAGUM FOMBENO, Henri Joël : «Réflexions sur la question des réfugiés en Afrique »
En effet, le réfugié ne doit pas avoir commis un « ...crime grave de droit commun en
dehors du pays d’accueil, après y avoir été admis comme réfugié. Il ne doit pas non plus enfreindre
gravement les buts poursuivis par la présente convention. Par ailleurs, pour ne pas faire l’objet de
mesures d’expulsion, les réfugiés sont tenus aussi bien dans la Convention de l’O.U.A. de 1969
que dans la Convention de Genève de 1951 de ne pas commettre des infractions très graves. On
parle notamment de crime contre la paix, de crime de guerre ou de crime contre l’Humanité. Il faut
aussi noter l’interdiction faite au réfugié de se rendre coupable d’agissements contraires aux buts et
aux principes des Nations Unies et de l’O.U.A. Le réfugié comme tout individu résidant sur le
territoire de l’État d’accueil est aux termes de l’article 3, alinéa 1 de la Convention de l’O.U.A. de
1969 assujetti à l’obligation de respecter des « lois et règlements en vigueur » et « des mesures
réfugié à la perte de toute protection alors que sa vulnérabilité devrait le pousser à tout faire pour
Les obligations dites spéciales des réfugiées trouvent également leur ancrage
juridique dans les Conventions de Genève de 1951, et de l'OUA de 1969. Ces obligations
A la lumière des droits et devoirs des réfugiés ainsi exposés, il convient de préciser
qu'il a surtout été question dans nos précédents développements, de présenter les
et l'édification d'un statut du réfugié, ainsi que l'ancrage d'un droit international d'asile
régionaux ainsi que les normes coutumières relatives à l'asile mais aussi aux droits de
l'homme, forment aujourd'hui la pierre angulaire sur laquelle repose une procédure
leur protection. Dans la plupart des États d' Afrique Centrale à l'instar du Cameroun, la
protection des « Sans États379» est non seulement tributaire de la tradition africaine
376TAGUM FOMBENO, Henri Joël, Ibid
377L'article 2 de la Convention de Genève de 1951 met à la charge de tout réfugié, à l’égard du pays où il se
trouve, des devoirs qui comportent notamment l’obligation de se conformer aux lois et règlements ainsi
qu’aux mesures prises pour le maintien de l’ordre public.
378Il s'agit précisément de l’article 3 de la Convention de l’O.U.A. de 1969 qui précise que le réfugié doit
134
d'accueil, mais trouve surtout son ancrage dans l'engagement de l’État camerounais aux
migrants forcés.
SECTION II:
marque d'une histoire singulière et du temps qui ont prévalu à leur adoption, le HCR,
aux côtés des États hôtes, est investi de la mission de promotion, mais surtout de
protection des susdits droits. Cette responsabilité lui est dévolue au nom du mandat
statutaire déclinée dans la Convention des Nations Unies de 1951 relative au statut des
restent imprécis sur la manière dont les États parties doivent honorer leurs engagements
en matière de protection des réfugiés. Cette situation favorise diverses interprétations des
textes juridiques de protection des réfugiés par les États, qui disposent de ce fait, d’une
liberté de choix quant aux procédures et institutions qu’ils sont sensés engager pour la
cause concernée. Dans la plupart des cas, il est adopté au sein des législations nationales,
un ensemble de dispositifs traitant des questions d'asile et de prise en charge des réfugiés.
C'est le cas du Cameroun, pays d'Afrique Centrale qui, sur le plan historique recèle une
longue réputation de pays « généreux » en matière d'asile, et qui en 2005, a adopté une Loi
portant Statut des réfugiés au Cameroun, la Loi n°2005/006 du 27 juillet 2005 - 382.
regard des statistiques383, le Cameroun est en effet partie aux instruments juridiques
ou contrôler les indésirables : où en est le HCR ? », Éditions Karthala, Politique africaine, 2006/3 N° 103 |
pages 101 à 105, (Consulté le 18 Février 2016) , ( En ligne), URL: https://www.cairn.info/revue-politique-
africaine-2006-3-page-101.htm
380Cette Convention, rappelons le, est encore désignée Convention de Genève sur les Droits des réfugiés
381Le Protocole additionnel de New York de 1967 constitue une extension de l’application de la Convention
dans le temps et dans l’espace du territoire d’application jusque-là restreint à l’Europe pour la prise en
charge des déplacements de populations liés à la seconde guerre mondiale.
382Il s'agit en effet de la Loi n°2005/006 du 27 juillet 2005 portant Statut des réfugiés au Cameroun. Pour la
135
internationaux de promotion et de protection des droits des réfugiés 384. Si l'instabilité
385
politique, les conflits et les catastrophes naturelles survenus dans certains pays
d'Afrique Centrale - pris dans le cadre de l'espace communautaire CEEAC- ont favorisé
forcés dans la sous-région, la situation générale des droits des susdites personnes ne s'est
droit des réfugiés - ainsi qu'une législation nationale dédiée à cette cause comme relevé
supportables observées sur le théâtre des opérations - au Camp des réfugiés de Minawao
recasement de la partie orientale386, tant qu'auprès de ceux vivant dans les espaces urbains
Cameroun, ainsi que du HCR dans la prise en charge de ces personnes en déplacements
forcé.
mitigées.
vertu du principe de souveraineté reconnu à chaque entité étatique établie d'un point de
vue du droit. C’est pour cela qu’il n’existe pas de critère d'octroi de l'asile universellement
islamiste Boko Haram, les troubles politiques au Tchad et l’Est de la RDC, où la sécurité et la situation
humanitaire demeurent précaires à cause des conflits qui perdurent et qui causent des déplacements
massifs des populations qui quittent leurs foyers pour trouver asile dans des zones sécurisées
386A titre de rappel, il s'agit ici de l'Est Cameroun où sont accueillis des milliers de réfugiés d'origine
centrafricaine
136
Aux termes du préambule de la Déclaration sur l’asile territorial adoptée par
l’Assemblée générale des Nations Unies le 14 décembre 1967 387, l’octroi de l’asile, il est
utile de le rappeler, est un « acte pacifique et humanitaire, et qui, en tant que tel, ne saurait être
considéré comme inamical à l’égard d’un autre État » 388. Cet statut discrétionnaire et
souverainiste des États en matière de prise en charge des réfugiés est toutefois atténué
par la Convention de Genève de 1951 qui rappelle l'engagement de « protéger » aux États
susdite Convention que : « les États contractants accorderont aux réfugiés résidant
régulièrement sur leur territoire le même traitement en matière d'assistance et de secours publics
Même si la prise charge des personnes en déplacements forcés est garantie par les
États hôte, la protection des réfugiés ne peut être effective qu’à travers une parfaite
coopération, une synergie d'actions entre l’État d’accueil et le HCR. C’est le cas du
Cameroun qui, engagé dans un élan humanitaire d’assistance aux réfugiés, entretient
depuis 1978, une relation étroite avec le HCR, à travers la déclaration de coopération
signée entre les deux parties face à l’afflux des réfugiés équato-guinéens, et la signature
par le gouvernement camerounais d’un accord de siège en 1982 qui marquera de façon
l'endroit des déplacés par force est loin d'être nouvelle. A titre d'illustration :
- Entre janvier 1966 et janvier 1970, période où la guerre du Biafra bat son plein au
guinéens fuyant la dictature de Macias Nguema, situation qui coïncide d’ailleurs avec une
137
- Entre 1979 et la décennie 90, la partie septentrionale est à nouveau sous le choc,
avec l’arrivée de plus de 100 000 réfugiés tchadiens fuyant la guerre civile, ce qui
accueille près de 23 000 éleveurs Mbororo venus du Nigéria à la suite d’un conflit qui les
Tchad, Ndjamena, 14 350 Tchadiens se sont réfugiés dans des communautés du nord du
Cameroun, environ 5 000 d’entre eux se sont établis depuis Mai 2008 dans le camp de
nouveau sollicité392 pour accueillir des milliers de centrafricains fuyant les violences dans
leur pays, ainsi que des flux massifs de réfugiés nigérians fuyant sensiblement à la même
période , les attaques récurrentes perpétrées par la secte islamiste Boko Haram 393.
contrôle des ressources et des territoires ont entraîné une escalade de la violence en République
Centrafricaine en 2013, depuis le renversement du régime du président François Bozizé par la Séléka par
une coalition venue du nord-est du pays. Les populations civiles ont été victimes de violences de masse et
d’exactions ciblées qui ont fait des milliers de morts et de blessés.Villages brûlés, exécutions, pillages : les
exactions contre les populations prises au piège des combats se sont intensifiées en 2017, atteignant des
niveaux de violence extrême qui n’épargnent personnes.Plus d’un million de Centrafricains ont fui les
combats et les exactions, espérant trouver refuge dans des pays voisins,à l'instar du Cameroun et du Tchad
ou des enclaves (camps, quartiers et bâtiments protégés par des troupes internationales).
https://www.msf.fr/eclairages/rca-une-population-livree-a-la-violence, Consulté le 20 Septembre 2018
393Ces milliers de réfugiés nigérians dont nous préciserons plus loin, les conditions d'assistance , sont
et pris en charge par le HCR, en dehors des 228000 personnes déplacées à l’intérieur du pays et des
communautés d’accueil.
138
ceux identifiés dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, zone dite d’installation des
l'Extrême Nord sont devenues durant la dernière décennie, importantes et par voie de
conséquence préoccupantes, ce qui pose tout le défi de leur assistance, de leur gestion, en
En l’espèce, s’il est vrai que cette protection trouve toute sa légitimité à l’aune de
internationaux tel qu’indiqué plus haut, il n’est pas superflu d'observer dans la position
de l’État du Cameroun, une volonté réelle de se mouvoir dans cet élan humanitaire en
juridico-légale de protection des réfugiés dans l'espace camerounais est perceptible tant
dans le déploiement des institutions internes de protection des réfugiés que dans son
ordonnancement juridique.
A). L'adoption de la loi N°2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au
Cameroun
analyses précédentes, sont restés muets sur les moyens - institutionnels, structurels - et
les méthodes de prise en charge des réfugiés.Il revient donc aux États-parties , de prendre
toutes les mesures nécessaires et utiles pour assurer la protection des migrants forcés. Si
ce mutisme ouvre la voie à un abandon des réfugiés au sort quasi exclusif des États
d'accueil, ce qui entraîne très souvent des abus et/ou négligence observés dans le
traitement de ces personnes, il reste constant que les textes internationaux de protection
des réfugiés, malgré leurs ambiguïtés et lacunes, convoquent, tout au moins en théorie, un
États -Parties, à respecter le droit international des réfugiés. C'est cette double mesure qui
a inspiré la rédaction d'un texte de lois consacrant la protection des droit réfugiés au
Cameroun.
395D'après le rapport HCR de 2017, près de 200.000 réfugiés originaires de la République centrafricaine
(RCA) sont installés dans plus de 70 sites répertoriés ou villages de la région de l’Est et de la région de
l’Adamaoua.
396C'est ce à quoi fait référence l'Article 23 de la Convention de Genève de 1951, Op.cit
139
Cameroun et son décret397 d’application du 28 novembre 2011, le Cameroun a adopté la
1984, qui met en exergue des dispositions institutionnelles régissant les aspects propres
aux problèmes des réfugiés en Afrique. Il s’en dégage une définition assez particulière du
réfugié qui prend en compte toutes les situations de violence, n’excluant aucune catégorie
Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés telle qu'amendée par
régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique signée à
groupe social, ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a
gravement l’ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays
de réfugié n’est qu’une juxtaposition des définitions des Conventions de Genève de 1951
et celle de l’OUA de 1969 comme relevé supra. Elle n'intègre pas certaines catégories de
397Décret N°2011/389 du 28 novembre 2011 portant organisation et fonctionnement des organes de gestion
du statut des réfugiés et fixant les règles de procédure, en application de la loi N°2005/006 du 27 juillet
2005 portant statuts des réfugiés au Cameroun.
398Article 2 de la Loi N°2005/006 du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun. Nous
précisons que cette Loi est intégralement insérée en annexes.
140
réfugiés comme les « réfugiés de l’environnement »399.
migrants forcés est à prendre au sérieux, au regard de l'actualité des migrations forcées
ont conduit plus de 25 millions de personnes à quitter leurs habitations, leurs régions ou
leurs pays et résultent de causes écologiques très variées, des catastrophes brutales
accidents industriels majeurs, etc.) aux catastrophes plus insidieuses, se développant sur
désertification, etc.). En Afrique par exemple, c'est dans ce contexte pour le moins
alarmant que des milliers de somaliens ont trouvé refuge au Kenya - dans le camp de
Dadaab notamment - en 2011 à cause d’une longue et intense sécheresse ayant entraîné de
faibles productions agricoles et une grave crise alimentaire dans la corne de l’Afrique.
c'est qu'elle représente en effet de nos jours, une hypothèse spéculative dans la mesure où
le droit positif ne s'en est pas jusqu'ici saisi – il est confronté à un vide conceptuel et même
juridique401 - et son traitement ressortit, pour l'instant, du seul bon vouloir des États. Il
protection403. Il n'est donc point superflu d'observer que la protection juridique de cette
catégorie de réfugiés fait de plus en plus l'objet à l’échelle régionale et internationale, des
399BROWN, Lester, L'état de la planète, cité par Modeste KONDJI, Alain : « La place de l'individu dans le
droit international public : l'exemple des réfugiés ». Mémoire de maîtrise en droit public. Université de
Yaoundé, octobre 1990, p. 57.
400COURNIL, Christel ; MAZZEGA, Pierre : Réflexions prospectives sur une protection juridique des
réfugiés écologiques, Revue européenne des migrations internationales, vol. 23, n° 1, pp. 7-34.
401Certains auteurs, à l'instar de Christel COURNIL et Pierre MAZZEGA – pour ne citer que ceux-ci-
posent le constat de l'absence des instruments juridiques de protection des réfugiés écologiques. Pour
ceux-ci, la Convention de Genève de 1951 qui consacre le droit des réfugiés actuel n'offre aucune garantie
pour les victimes de catastrophes écologiques et est par conséquent inadaptée à ces derniers qui ne
peuvent se prévaloir de la protection d'un texte qui ne peut leur être applicable.
Voir COURNIL, Christel ; MAZZEGA, Pierre : Réflexions prospectives sur une protection juridique des
réfugiés écologiques, Ibid.
402MAGNINY, Véronique : « Les réfugiés de l'environnement : Hypothèse juridique à propos d'une menace
écologique », Thèse de Doctorat en Droit, Université de Droit – Paris I Panthéon Sorbonne, Mai 1999
403Dans la même optique, les travaux de Jean-Jacques Parfait POUMO LEUMBE mettent en avant le
diagnostic d'un vide juridique à l'échelle internationale ( Droit international) en matière de protection des
personnes déplacées à la suite de la destruction de l'environnement ( réfugiés environnementaux), in
POUMO LEUMBE, Jean-Jacques Parfait, « Les déplacés environnementaux : Problématique de la
recherche d’un statut juridique en droit international », Thèse de doctorat de Droit Public. Université de
Limoges, 2015, Op,cit
141
préoccupations tant des chercheurs que de la communauté internationale, si tant est que
migrations forcées à cause de leur nombre sans cesse croissant se pose de façon cruciale et
urgente.
Par ailleurs, le Cameroun en tant que partie aux différents instruments juridiques
internationaux concernant les réfugiés a fait sienne, dans son nouveau dispositif normatif
extradition des réfugiés, ce qui a renforcé son option de promotion/protection des droits
réfugiés.
- Le non-refoulement
Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun dispose : « Aucune personne ne peut
être refoulée à la frontière, ni faire l'objet d'autres mesures quelconques qui la contraindraient à
retourner ou à demeurer dans un territoire où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient
menacées 405».
renvoyer dans son pays d'origine la personne en quête d'asile. Les États membres du
Comité exécutif du HCR ont rappelé que le principe du non-refoulement doit être observé
tant à la frontière qu'à partir du territoire d'un État406.Qu'en est-il de la non expulsion ?
- La non-expulsion
l'encontre d'un étranger dont la présence est jugée indésirable sur un territoire national
donné407. Elle se décline comme une atteinte grave aux libertés des individus. A ce titre,
l'article 8 alinéa 2 de la Loi camerounaise de 2005 indique qu' « aucune mesure d'expulsion
ou de reconduite à la frontière contre un demandeur d'asile ne peut être mise en exécution avant
142
que la commission d'éligibilité au statut de réfugié ne se prononce sur sa demande, à moins que
lesdites mesures ne soient dictées par des raisons de sécurité nationale, d'ordre public ou en
exécution d'une décision rendue conformément à la Loi»408. L'expulsion n'est donc possible que
sous certaines conditions énumérées par le législateur. Quand bien même l'expulsion a
lieu, le réfugié n'est pas renvoyé vers son pays d'origine. C'est pourquoi la décision
d'expulsion est signifiée au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qui se
charge de lui trouver un pays d'asile dans un délai de soixante-douze heures. L'expulsion
entraîne de plein droit le retrait de la carte de réfugié. Toutefois, sur un plan opératoire –
comme nous allons le démontrer plus loin- des réserves doivent être émises quant à
travers la loi n°2005/06 du 27 juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun a
néanmoins été perçu comme une véritable révolution dans le domaine. La procédure de
spécialisés, les effets de l'octroi de cette qualité ont davantage été précisés. Dans
traitement contenu dans les textes internationaux ratifiés par le Cameroun. Les principes
fondamentaux tels que l'assimilation des réfugiés aux nationaux, la non-expulsion, le non-
refoulement, la non-extradition, n'ont reçu de limites que celles prévues par la Loi. Ces
efforts sont clairement appréciés dans le décret d'application du 28 Novembre 2011 qui
réfugiés.
droit d'asile aux personnes réfugiées tel que défini par les textes internationaux. Cette
408Article 8 alinéa 2 de la Loi N°2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au Cameroun
143
Cameroun ne pourra être expulsé que pour des raisons de sécurité nationale ou d’ordre public» 409.
Dans l'ensemble, ce texte donne aux réfugiés les mêmes privilèges et avantages que les
2011 complète la loi camerounaise relative au statut des réfugiés et apporte des précisions
sur l’organisation et le fonctionnement des organes de gestion des réfugiés. Son article 16
dispose en effet :
«Il est créé une commission d’éligibilité au statut de réfugié et une commission des recours des
réfugiés dont l’organisation, le fonctionnement et les règles de procédures sont fixés par décret».
Cameroun. Elles sont établies auprès du ministère en charge des Relations extérieures et
l’administration territoriale.
Rappelons que c'est la Loi N° 2005/006 du 27 Juillet 2005 portant statut des réfugiés au
Cameroun qui crée en son article 16(1), deux organes de gestion des réfugiés : La
des réfugiés et en fixent les règles de procédure, en application de la Loi sus indiquée .
Les deux entités juridiques sont établies au sein du Ministère des Relations Extérieures.
l’octroi ou du refus du statut de réfugié au demandeur d’asile. Elle est assistée d’un
Commission d’éligibilité, puis reçue par le secrétariat technique. Les demandes déposées
d’une part qu’un représentant HCR assiste aux travaux en qualité d’observateur avec voix
consultative et d’autre part que le président peut inviter toute personne, en raison de ses
statue sur le cas, dans les conditions prévues par le décret et d’autres textes pertinents 412.
L’article 12 pour sa part dispose qu’en cas d’arrivée massive de personnes en quête d’asile,
réfugié «prima facie» sous réserve de vérifications ultérieures au cas par cas. Enfin, les
Elle est l’organe qui statue en dernier ressort en cas de contestation d’une décision
introduit directement auprès du secrétariat technique, soit par le canal des bureaux du
HCR et la Commission des recours se prononce dans un délai maximum de deux (02)
411Selon l'article 2 (al 1) du décret n°2011/389, la Commission d'éligibilité est composé de 08 membres: Un
Président : 01 représentant du Ministère chargé des relations extérieures ;Un vice-président : 01
représentant du ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation ; 01 représentant du
ministère des Relations extérieures ;01 représentant du ministère des affaires sociales ;01 représentant de
la délégation générale à la Sûreté nationale ; 01 représentant de la gendarmerie nationale ; 01 représentant
de la direction générale de la recherche extérieure ;01 représentant de la commission nationale des droits
de l’homme et des libertés
412Article 11 du décret n°2011/389
413Article 13 du décret n°2011/389
145
mois après sa saisine. Avant de prendre sa décision, la Commission des recours 414 peut
mesure d’instruction utile. Le recours devant la Commission doit comporter l’exposé des
cause. L’introduction d’un recours suspend toute mesure d’expulsion nationale. 415 Selon
HCR peut être invité à assister aux travaux en qualité d’observateur avec voix
consultative.
Il convient de relever que les procédures devant ces Commissions sont gratuites.
Les membres des Commissions prêtent serment avant leur entrée en fonction devant le
respectifs au moins une fois par mois et en cas de besoin lorsque les circonstances
l’exigent. Les décisions de chacune des Commissions sont prises à la majorité simple des
membres présents. En cas d’égalité des voix, celle du président est prépondérante. Les
technique.
Secrétariat technique délivre au bénéficiaire, ainsi qu’à tous les membres mineurs et
qui leur permettront d’obtenir auprès des autorités compétentes des cartes de réfugiés
visées par l’article 13 (1) de la loi. La durée de validité de la carte de réfugié est de deux
statut de réfugiés, l’article 17 dispose que: «sauf raison impérieuse de sécurité nationale, un
délai de (06) mois est accordée à l’intéressé pour trouver un pays d’accueil».
Ainsi, toute personne ayant perdu la qualité de réfugié ou ne l’ayant pas obtenu et
n’ayant pas quitté le territoire au terme du délai de six (06) mois est considéré comme un
étranger en situation irrégulière au sens de la loi n°97/012 du 10 janvier 1997 fixant les
414Selon les termes de l'article 3(1) du décret n°2011/389, la commission des recours est composée de 05
membres: Un président : 01 représentant de la présidence de la République; un vice-président : 01
représentant des services du Premier ministre ; 01 représentant du ministère de la justice ; 01 représentant
du ministère des Relations extérieures ; 01 représentant du ministère de l’administration territoriale et de la
décentralisation.
415Article 13 , Op cit 124
146
Conclusion du chapitre
La protection des droits des réfugiés revêt de nos jours, comme nous venons de le
proportions alarmantes que prennent les flux de migrations forcées dans le monde, et
scientifique à une prise en compte urgente de la question des réformes, ou plutôt d'un
renouvellement du droit des réfugiés 416. Les conflits armés, la répression, les persécutions,
les violations graves et massives des droits de l'homme, les déplacements massifs en
raison des catastrophes liées aux changements climatiques, ont en effet généré ces
les demandeurs d’asile et les réfugiés ont vu leurs droits consacrés à travers divers
reconnaissance de leur statut et à leur prise en charge. Ces difficultés vont de la procédure
personnes vulnérables, ce qui constituent dans la plupart des cas, des faits aggravants de
leur précarité. En contexte camerounais, - en revenant sur le cas des États d'accueil
d'Afrique Centrale encadrés dans l'espace politique intégré de la CEEAC-, si des efforts
appréciables ont été opérés dans le domaine des réformes législatives en faveur d'une
protection juridique perti