0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
125 vues128 pages

Accès et Communicabilité des Archives en France

Ce mémoire de recherche examine l'accès aux archives publiques en France et les difficultés de communicabilité entre 1979 et aujourd'hui, en se concentrant sur les refus de communicabilité et les dérogations dans les services d'archives départementaux. L'étude analyse l'évolution des politiques de communication des archives, les législations de 1979 et 2008, ainsi que les perceptions des usagers face à ces restrictions. L'objectif est de déterminer si la libre communicabilité des archives, promise par les lois successives, est toujours valable ou remise en cause.

Transféré par

Saratou Saratou
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
125 vues128 pages

Accès et Communicabilité des Archives en France

Ce mémoire de recherche examine l'accès aux archives publiques en France et les difficultés de communicabilité entre 1979 et aujourd'hui, en se concentrant sur les refus de communicabilité et les dérogations dans les services d'archives départementaux. L'étude analyse l'évolution des politiques de communication des archives, les législations de 1979 et 2008, ainsi que les perceptions des usagers face à ces restrictions. L'objectif est de déterminer si la libre communicabilité des archives, promise par les lois successives, est toujours valable ou remise en cause.

Transféré par

Saratou Saratou
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

2013-2014

Master 1 Histoire et Document


Parcours métiers des archives et des bibliothèques
Option archives

L'accès aux archives et les


difficultés de communicabilité
dans les services d'archives
français : une remise en cause
de la libre communication des
archives ? 1979 à nos jours
Les usagers face aux refus de communicabilité et aux dérogations dans
les services d'archives départementaux aujourd'hui

Camille Olivier

Sous la direction de M. Marcilloux Patrice


2013-2014
Master 1 histoire, document
Parcours métiers des archives

L'accès aux archives et les


difficultés de communicabilité
dans les services d'archives
français : une remise en cause
de la libre communication des
archives ? 1979 à nos jours
Les usagers face aux refus de communicabilité et aux dérogations dans
les services d'archives départementaux aujourd'hui

Camille Olivier

Sous la direction de M. Marcilloux Patrice


L’auteur du présent document vous
autorise à le partager, reproduire,
distribuer et communiquer selon
les conditions suivantes :

- Vous devez le citer en l’attribuant de la manière indiquée par l’auteur (mais pas
d’une manière qui suggérerait qu’il approuve votre utilisation de l’œuvre).

- Vous n’avez pas le droit d’utiliser ce document à des fins commerciales.

- Vous n’avez pas le droit de le modifier, de le transformer ou de l’adapter.

Consulter la licence creative commons complète en français :


http://creativecommons.org/licences/by-nc-nd/2.0/fr/

Ces conditions d’utilisation (attribution, pas d’utilisation


commerciale, pas de modification) sont symbolisées par
les icônes positionnées en pied de page.
REMERCIEMENTS
En premier lieu, je tiens à remercier toutes les personnes qui ont accepté de participer à mon enquête
par le biais des questionnaires et des entretiens et sans lesquelles cette étude n'aurait pu aboutir.

J'exprime également toute ma gratitude à Mme Nadine Vivier, présidente de l'Association des
Historiens Contemporanéistes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, qui a accepté de diffuser mon
questionnaire à la liste de diffusion de l'association.

D'autre part, j'adresse toute ma gratitude à mon directeur de recherche, M. Patrice Marcilloux,
professeur des universités en archivistique à l'université d'Angers, pour son encadrement et ses conseils qui
m'ont permis de mener à bien ce mémoire de recherche.

Enfin, je remercie ma famille, mes amis et collègues de master qui m'ont adressé leur soutien sans faille
tout au long de ce travail. J'adresse notamment toute ma reconnaissance à Mlle Julie Fleurot et Mme Patricia
Pierrat qui ont accepté de relire consciencieusement ce mémoire.
Sommaire

Introduction..........................................................................................................................................1
L'évolution de la politique de communication dans les services d'archives français entre 1979 et
2008........................................................................................................................................................3
Partie 1 - De 1794 à 1979, un renouvellement tardif de la politique de communication des archives.........................5
Partie 2 - La loi du 15 juillet 2008 : vers la libéralisation des archives ?....................................................................15
Partie 3 - Principes libéraux, archives sensibles et inaccessibilité : les contradictions de la législation ?..................26

Bibliographie.......................................................................................................................................40
État des sources..................................................................................................................................45
Les usagers face aux refus de communicabilité et aux dérogations dans les services d'archives
départementaux aujourd'hui.............................................................................................................47
Partie 1 - Les publics et la politique de communication des services d'archives départementaux..............................50
Partie 2 - Les refus de communicabilité au sein des archives départementales...........................................................60
Partie 3 - Les dérogations aujourd'hui : pratiques et principes....................................................................................71

Conclusion...........................................................................................................................................83
Table des annexes...............................................................................................................................85
Table des matières............................................................................................................................119
Introduction

La question de la communicabilité des archives publiques a longtemps été un sujet de discorde entre les
usagers et les gouvernements en France. Les politiques gouvernementales menées pour l'ouverture des archives
publiques sont mises en place face à la pression des usagers qui aspirent à avoir des délais de communicabilité
toujours plus réduits, permettant ainsi l'expression pleine et entière de la libre communicabilité et de la
transparence annoncée par l’État.

Les délais de communicabilité imposés successivement en 1979 puis 2008 limite la communication
immédiate de certains documents d'archives. Ces délais ont pour fonction première de protéger des intérêts
nationaux et personnels. Ils sont élaborés pour des catégories particulières de documents et évoluent sous les
différentes législations. Face à ces délais, amateurs et professionnels sont alors confrontés à des refus de
communicabilité, dont les justifications ne sont pas toujours évidentes, tant pour les usagers que pour les
responsables d'archives.

A travers ce mémoire de recherche, il s'agira alors d'étudier l'accès aux archives et les difficultés de
communicabilité dans les services publics français, de 1979 à nos jours. Les bornes géographiques s'étendent au
niveau national et vise les services communaux, départementaux ainsi que les Archives nationales.

Le choix de ce sujet est venu suite à la lecture de l'ouvrage de Sonia Combe, Archives interdites : les
peurs françaises face à l'histoire contemporaine1. Cet ouvrage, et les polémiques qu'il a pu susciter, m'ont
donné envie de m'intéresser au sujet de la communicabilité des archives publiques et de voir quelle était
aujourd'hui la situation de la communicabilité des archives, puisque l'ouvrage de Sonia Combe date de 1994.

Une première partie de cette étude vise à dresser un état général de l'évolution de la politique de
communicabilité dans les services publics français entre 1979 et 2008. Dans une perspective chronologique,
cette étude va débuter toutefois par une analyse globale de la loi du 7 messidor an II (25 juin 1794) et de ses
apports quant à la communicabilité des archives publiques. Les deux dates de 1979 et 2008 font quant à elles
références aux deux grandes législations pour la communicabilité des archives : celle du 3 janvier 1979 et celle
du 15 juillet 2008. L'analyse inclut les Archives nationales et les services des collectivités territoriales.

1 Sonia Combe, Les peurs françaises face à l'histoire contemporaine, Paris, A. Michel, 1994, 327 p.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 1
Pour mener cette étude, il s'agit alors de se demander quelle a été l'évolution de la politique de
communicabilité entre 1979 et 2008 ; quels ont été les facteurs influençant la mise en place d'une nouvelle
législation, en 1979 puis en 2008 ? La loi du 15 juillet 2008 est la législation la plus récente dans le domaine
des archives, quelle a été sa mise en place et ses apports ? Malgré une réduction des délais de communication
en 2008, des obstacles à une libre accessibilité des documents d'archives persistent ; quels sont-ils ? Le principe
de libre communicabilité peut-il être remis en cause ?

La seconde partie de ce mémoire se concentre sur l'étude des difficultés de communicabilité et de la place
des dérogations dans les services départementaux aujourd'hui. Cette étude vise à analyser les difficultés de
communicabilité du point de vue des usagers des archives départementales, dans une dimension statistique et
sociale. Une analyse particulière des usages et du fonctionnement des dérogations de nos jours sera également
présentée. Cette étude de cas a été construite à partir de questionnaires et d'entretiens menés auprès des usagers
des archives départementales. Ces questionnaires ont été diffusés sur internet et ont permis de contacter des
usagers sur la base du volontariat. Au total, 72 réponses ont été réunies, et 19 personnes ont accepté de
témoigner. Les données recueillies ont été analysées par des graphiques pour permettre une étude statistique, et
les entretiens individuels ont été centrés sur des données sociales, analysant le ressenti des usagers face aux
refus de communicabilité.

Face à cette étude, la question se pose de savoir, aujourd'hui, quelle perception les publics ont-ils des
délais de communicabilité en vigueur dans les services départementaux d'archives ; sont-ils satisfaisants ?
L'ouverture de plus en plus importante des archives publiques n'évite pas la persistance de refus de
communication. Comment ces refus évoluent-ils aujourd'hui ; quelles sont les solutions mises en place pour y
remédier ? Les dérogations sont un recours possible face aux difficultés de communicabilité. Quelle est leur
pratique aujourd'hui ? L'octroi de plus en plus systématique des autorisations exceptionnelles de consultation ne
remet-il pas en cause l'intérêt des délais de communication ; ceux-ci sont-ils toujours justifiés ?

Au terme de ces développements et des réponses apportées, la question essentielle reste de savoir si,
aujourd’hui, la libre communicabilité des archives annoncée en 1794, 1979 et 2008 doit être remise en cause à
l’échelle nationale et dans le cadre des services départementaux d’archives.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 2
L'évolution de la politique de communication dans les
services d'archives français entre 1979 et 2008

Le 7 septembre 1790 marque la création des Archives nationales. Par opposition aux principes de l'Ancien
Régime, l'accent est désormais mis sur la transparence et bientôt sur la communication des archives. Cette
nouvelle institution se dote en effet d'une législation spécifique avec la loi du 7 messidor an II (25 juin 1794)
qui annonce la libre communicabilité des archives. Mais, le XIX ème siècle montre les limites de cette législation.
Alors qu'en 1856 un règlement annonce le principe d'un accès sélectif aux archives publiques, un décret de
1898 restreint davantage la communicabilité en permettant l'accès aux seules archives de plus de 50 ans.

Face à la libre communicabilité annoncée, les contradictions sont rapidement manifestes et dénoncées dès
le début du XXème siècle. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Ligue des droits de l'Homme aspire
à accéder aux documents officiels du conflit et appelle à l'ouverture des archives. Ces revendications sont
partagées par le Front Populaire en 1936. Cependant, ces désirs d'ouverture doivent affronter quelques années
plus tard le régime de Vichy.

Par opposition à la transparence souhaitée, la France de Vichy fait rapidement resurgir la notion d'archives
sensibles et de « secrets d'État ». Le régime de Vichy est « un passé qui ne passe pas »2, dont les documents
sont rapidement incommunicables.

La fin des années 1970 marque un tournant important avec la mise en place d'un ensemble législatif
déterminant pour la politique de communication des archives. Plusieurs décrets sont prononcés, réduisant le
délai légal de communicabilité des archives publiques, et plusieurs lois ont des conséquences sensibles sur
l'organisation et la communication des archives, avec par exemple la loi pour l'accès aux documents
administratifs du 17 juillet 1978. Mais le point majeur de cet ensemble juridique est la création, le 3 janvier
1979, d'une nouvelle législation pour les archives 3. Cette nouvelle loi permet de nouveaux principes de
communication, mais introduit également cinq délais spéciaux.

Cette loi est rapidement critiquée. Les premières constatations de ses faiblesses ont lieu à la fin des années
1990. La concrétisation de ces constatations est longue. Il faudra attendre plus de 10 ans pour que soit mise en
place la loi du 15 juillet 2008 sur la communicabilité des archives. Cette nouvelle législation, largement
critiquée, introduit là encore, de nouveaux délais de communicabilité mais crée en parallèle une catégorie
d'archives incommunicables.

2 Éric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, Paris, Gallimard, 1996, 513 p.
3 Loi n° 79-18 du 3 janvier 1979.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 3
Il s'agira alors de comprendre quelle a été l'évolution de la politique de communication entre 1979 et
2008 ; celle-ci conduit-elle à une fermeture ou à une ouverture progressive des archives ? Pour quelles raisons
certaines archives restent-elles inaccessibles ? Après l'adoption de la loi du 15 juillet 2008, la notion de libre
communicabilité peut-elle être remise en cause ?
Pour ce faire, nous analyserons dans un premier temps le renouvellement de la politique de communication
entre 1974 et 1979. Puis nous nous demanderons si la loi du 15 juillet 2008 conduit à une libéralisation des
archives. Enfin, nous tenterons d'étudier les contradictions de la législation de 2008, entre principes libéraux,
archives sensibles et « secrets d'État ».

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 4
Partie 1 - De 1794 à 1979, un renouvellement tardif de la politique
de communication des archives

En deux siècles, les archives n'ont été régies que deux fois par la loi, après la Révolution avec la loi du 7
messidor an II, et au XXème siècle avec la loi du 3 janvier 1979 sur les archives. Entre ces deux dates, plusieurs
décrets précisent la politique de communication des archives et des lois annexes ont des conséquences sensibles
sur le fonctionnement des services d'archives et sur leur politique de communicabilité.

1 De la Révolution au Front Populaire : vers la libéralisation de l'accès


aux archives ?
1.1. La loi du 7 messidor an II et la législation du XIXème siècle : l'ouverture des
archives aux citoyens ?

La loi du 7 messidor an II (25 juin 1794) est la première législation encadrant l'institution des archives et
est considérée comme le texte fondateur des Archives de France. Cette loi est établie dans le contexte de la
Révolution et avec la volonté de rompre avec les principes de l'Ancien Régime. Ses deux éléments majeurs
sont, d'une part, l'élaboration de principes destinés à aider au tri des documents collectés depuis le début de la
Révolution et, d'autre part, la libre communicabilité des documents rassemblés aux Archives. Cette libre
communicabilité est exprimée dans l'article 37 :

« Tout citoyen pourra demander dans tous les dépôts, aux jours et aux heures qui seront fixés, communication des
pièces qu'ils renferment: elle leur sera donnée sans frais et sans déplacement, et avec les précautions convenables de
surveillance. Les expéditions ou extraits qui en seront demandés, seront délivrés à raison de quinze sous du rôle. »4

Le libre accès des documents devient alors un droit civique, appartenant à chaque citoyen. Les archives,
appartenant jusqu' alors à celui qui régnait, deviennent un bien commun. Sous l'Ancien Régime, seule une
minorité de la population pouvait accéder aux archives détenues par le pouvoir royal, comprenant notamment le
Trésor des chartes. Ces privilégiés, munis des plus hautes recommandations, étaient essentiellement des
historiens et des académiciens. L'ouverture des archives à tous les citoyens provoque un déclin du lien entre
pouvoir politique et recherche historique ; l'accès aux archives n'est plus un privilège donné par l'État à une
minorité.

4 Article 37 de la loi du 25 juin 1794, disponible sur http://www.legilux.public.lu/rgl/1794/A/0002/Z.pdf

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 5
Cependant, ces principes libéraux sont rapidement ébranlés. En effet des limites à la notion de libre
communicabilité apparaissent dès le milieu du XIXème siècle, avec un règlement de 1856. Ce texte rétablit le
principe d'un accès sélectif aux archives publiques. Il mentionne ainsi les personnes autorisées à accéder aux
dites archives :

« Pour avoir droit à la communication immédiate des documents demandés ou à un refus expressément motivé, il
fallait être fonctionnaire public, membre ou lauréat de l'Institut, docteur d'une faculté, archiviste paléographe ou
élève de l’École des chartes. »5

Ainsi, l'accès aux archives redevient l'apanage d'une minorité de la population. La possibilité d'accéder aux
archives publiques est conditionnée par l'appartenance à une certaine catégorie sociale. Cette restriction de la
communication se poursuit avec le décret du 12 janvier 1898 qui met en place un délai de communicabilité fixé
à 50 ans, à l'issue duquel les documents sont librement communicables. Par ailleurs, si ce décret rappelle le
versement obligatoire des archives, il établit également que les institutions versantes doivent donner leur
approbation avant la consultation des documents. Les institutions étatiques retrouvent une main mise sur la
communication des archives. Ainsi, les archives courantes ne sont pas communicables, seules les archives
définitives d'au moins 50 ans le sont, avec accord préalable de l'administration versante. Les archives de
l'Ancien Régime tombent dans l'oubli puisque les administrations qui doivent donner leur accord avant
communication n'existent plus. Il semble ainsi que le principe de libre communicabilité soit relativement
ébranlé.

En conséquence, la loi du 7 messidor an II pose les bases d'une libre communicabilité des archives
publiques en annonçant la possibilité pour tous les citoyens d'accéder aux archives. Cependant, cette loi est
souvent vue comme incomplète et construite dans l'euphorie de la volonté démocratique post-révolutionnaire.
Dès 1856, elle connaît ses premières contradictions en rétablissant progressivement le principe d'un accès
sélectif aux archives pour certaines catégories de la population et pour les seules archives de plus de 50 ans.
Les contestations ne tardent pas à se manifester et, au début du XX ème siècle, de timides tentatives d'ouverture
voient le jour.

1.2. Les années 1920-1930: de timides tentatives d'ouverture

Les premières contestations de la politique de communication des archives interviennent dès les années
1920. La volonté d'ouverture des archives est notamment défendue par la Ligue des droits de l'Homme qui, au
lendemain de la Première Guerre mondiale, souhaite pouvoir accéder aux documents officiels du conflit afin
d'en comprendre les causes et d'en écrire l'histoire, or cela n'est pas possible. Plusieurs intellectuels français
5 Krystof Pomian « Les Archives. Du trésor des Chartes au Caran », Les lieux de mémoire, t. III, Les France, Gallimard, 1993 ; cité dans Sonia
Combe, Archives interdites. Les peurs françaises face à l'histoire contemporaine, Paris, A. Michel, 1994, p. 85.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 6
s'indignent alors de cette situation, comme le philosophe et universitaire Victor Basch (1863-1944) et l'historien
Alphonse Aulard (1849-1928). Co-fondateur et président de la Ligue des droits de l'Homme, Victor Basch est
un intellectuel engagé qui publie le 29 mai 1927 dans le journal L'Œuvre un article intitulé « Ouvrons nos
archives ! », protestant ainsi contre la politique de fermeture des archives françaises du conflit. L'historien
Aulard quant à lui critique le retard de la France dans la publication des documents du conflit de 14-18, comme
l'explique Sonia Combe :

« L'Allemagne vient en effet de publier une série de documents diplomatiques, « Die grosse Politik der europäischen
Kabinette », de 1870 à août 1914 en 39 volumes […]. Du côté anglais, on note la publication des « British
Documents on the Origins of the War ». « Chez nous, rien, commente Aulard. […] notre ministère des Affaires
étrangères a répondu que le travail de dépouillement et de choix était long à faire. Pourquoi plus long en France
qu'en Allemagne et en Angleterre ? » s'interroge-t-il. »6

Les archives du conflit de la Première Guerre mondiale ne sont donc pas communicables immédiatement,
malgré les contestations et les volontés de la Ligue des droits de l'Homme.

Victor Basch, socialiste engagé, prend une part importante dans la montée au pouvoir du Front Populaire.
Le Front Populaire veut ouvrir davantage les archives. Pour ce faire, ce gouvernement met en place un décret le
21 juillet 1936, exigeant le versement obligatoire des archives de plus de cent ans dans les dépôts de la capitale
et dans ceux des services départementaux et dispense les ministères de la Guerre, des Affaires étrangères, des
Colonies et le Conseil d'État de cette obligation. Par ce décret, les archives n'ayant plus d'utilité administrative
immédiate devront donc être versées dans le service d'archives approprié pour leur communication future.
Cependant, ce décret ne précise pas le sort des documents plus récents et freine la communication de certaines
archives ministérielles en laissant aux ministères le choix de ne pas les déposer et laissant à la notion de « secret
d'État » la possibilité de s'exprimer. Les pratiques antérieures semblent toujours actives puisque les institutions
étatiques ont de nouveau main mise sur le dépôt et par là même sur la communication future des documents.

Ainsi, les années 1920 et 1930 font le constat des manques de la législation post-révolutionnaire de 1794.
La ligue des droits de l'Homme appelle à l'ouverture des archives et les intellectuels dénoncent les pratiques de
communication des archives françaises après le conflit de 14-18. Le Front Populaire met en place de timides
tentatives d'ouverture. En annonçant le versement obligatoire des archives publiques de plus de cent ans, il
assure aux citoyens leur communication future mais bloque celle de certaines archives ministérielles. Les
années suivantes, notamment les décennies 1960-1970, sont décisives dans la politique de communication des
archives, influencée par la législation américaine et stimulée par d'autres lois aux conséquences importantes.

6 Sonia Combe, op. cit., p. 90.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 7
2 Les revendications des années 1960-1970 : l'appel à l'ouverture et à
la transparence des archives
2.1. « The Freedom of Information Act » : le modèle américain ?

Les années 1960-1970 sont marquées par une réelle volonté de transparence et d'ouverture des archives en
France. Ce mouvement de libéralisation est déjà acquis dans d'autres États depuis plusieurs années et la France
fait figure de retardataire. Le gouvernement français s'inscrit dans ce mouvement sous l'influence des historiens
américains et des pratiques des États-Unis en matière de communicabilité des documents. Ces pratiques sont
mises en valeur dans un texte adopté le 4 juillet 1966, « The Freedom of Information Act »7. Selon Sonia
Combe, cette loi garantit

« […] le droit de prendre connaissance du contenu des archives courantes des administrations quand bien même
elles seraient encore « en activité » dans les administrations productrices et auraient moins de trente ans. »8

Cette loi, qui vise en priorité la communication des archives administratives, influence la politique de
communication des archives françaises. Ces archives administratives dérogent aux règles de communicabilité
en France puisqu'il s'agit d'archives courantes ayant encore une utilité et une valeur probatoire et non d'archives
définitives de plus de cent ans devant être versées obligatoirement dans un service d'archives approprié. Cette
législation américaine est vue comme un modèle, opposé aux conceptions françaises en matière de
communicabilité. Sous l'influence de cette législation américaine, la France souhaite mettre en place une plus
grande transparence administrative, passant évidemment par une meilleure communicabilité des archives.

Pour répondre à ces nouveaux impératifs de transparence, une Commission de coordination de la


documentation administrative est créée le 13 juillet 1971. Présidée par le Conseiller d'État, Francis Baecque,
cette commission avait pour but,

« […] d'étudier les moyens d'améliorer, dans un souci d'efficacité et de rentabilité, le travail de documentation des
administrations publiques ; de veiller à la coordination, sur le plan technique, des activités d'édition des divers
services intéressés et à la diffusion la plus adéquate des publications émanant des administrations publiques. » 9

La commission est en outre chargée de constituer un inventaire des publications administratives, sur les
modèles allemand ou anglais cités précédemment. Ainsi, en 1973 paraît Le répertoire des publications
périodiques et de série de l'administration française. Ce répertoire est tenu à jours régulièrement, et les notices
de la première édition du répertoire seront multipliées par trois en 1979. Ce répertoire procure aux lecteurs une

7 Traduction : « Loi pour la liberté d'information ».


8 Sonia Combe, op. cit., p. 103.
9 Décret de 1971 ; cité dans Geneviève Boisard, « La documentation administrative et l'inventaire des publications officielles françaises »,
Bulletin des bibliothèques de France, n°2, 1980, p. 597-599.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 8
masse d'informations supplémentaires puisqu'ils peuvent désormais connaître les publications propres à chaque
administration, ainsi que leur localisation et leurs conditions de diffusion.

En conséquence, « The Freedom of Information Act » s'impose comme un modèle américain, influençant
la politique de communicabilité en France. A partir du milieu des années 1960, le gouvernement français
revendique une plus grande transparence de l'administration, qui aboutira à la publication d'un répertoire des
publications administratives dès 1973. Ce premier pas vers l'ouverture s'accompagne de nouvelles dispositions
importantes à la fin des années 1970, avec la mise en place de deux nouvelles institutions, la CNIL et la CADA.

2.2. L'accessibilité des archives : de nouvelles dispositions

Les années 1960-1970 voient la définition de nouveaux délais de communicabilité, et la création


d'institutions décisives pour la politique de communication des archives. Les revendications de transparence
aboutissent à la mise en place de dispositions nouvelles avec d'une part, le vote de la loi « Informatique et
libertés » le 6 janvier 1978, comprenant la création de la Commission Nationale Informatique et Libertés
(CNIL), et, d'autre part, l'adoption de la loi pour l'accès aux documents administratifs et la création de la
Commission d'Accès aux Documents Administratifs (CADA) le 17 juillet de la même année.

Le délai cinquantenaire, annoncé auparavant comme étant le délai imposé avant qu'un document puisse
devenir communicable est progressivement élargi. En 1962, à la fin de la Guerre d'Algérie, un décret portant
assouplissement des règles de communicabilité est publié : les documents antérieurs à 1920 sont désormais
librement communicables, permettant ainsi de gagner 8 ans par rapport au délai cinquantenaire. Ce texte est
suivi par un autre décret, en date du 22 novembre 1970 qui fixe la libre communicabilité de tout document
antérieur au 10 juillet 1940. Ces deux décrets s'appliquent cependant exclusivement aux Archives nationales,
mais s'insèrent dans une réelle volonté d'ouverture et de transparence du gouvernement.

Il y a donc dans les années 1960-1970 une véritable volonté d'ouverture, les archives sont de plus en plus
accessibles. La loi de 1794 est progressivement modifiée par un ensemble de décrets. Cette politique
d'ouverture se poursuit à la fin des années 1970, avec notamment la loi « informatique et libertés ».

La loi « informatique et libertés » concerne la communication au public des documents, qualifiés ici de
« fichiers ». En effet, cette loi prononcée en janvier 1978 a pour but principal de veiller à la protection des
fichiers informatisés contenant des informations nominatives et individuelles, via la CNIL. Selon Jean le
Pottier10,

10 Conservateur général du patrimoine et directeur des archives départementales de la Haute-Garonne.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 9
« La protection des renseignements personnels contenus dans des fichiers informatisés ou non, qu'institue la loi dite
« informatique et libertés » peut concerner les services d'archives à deux titres : les fichiers constitués par les
services d'archives, les fichiers reçus par ceux-ci. »11

Les fichiers ainsi protégés peuvent être versés dans un service d'archives approprié, conservés et communiqués.
La communication de ces fichiers est réglée quant à elle au 4°, I de l'article 39 :

« I.-Toute personne physique justifiant de son identité a le droit d'interroger le responsable d'un traitement de
données à caractère personnel en vue d'obtenir : […]

4° La communication, sous une forme accessible, des données à caractère personnel qui la concernent ainsi que de
toute information disponible quant à l'origine de celles-ci ; […]. »12

Cependant, cette loi introduit également à l'article 2813 ce que Jean Le Pottier qualifie de « droit à l'oubli »14.

« Sauf dispositions législatives contraires, les informations ne doivent pas être conservées sous une forme
nominative au-delà de la durée prévue à la demande d'avis ou à la déclaration, à moins que leur conservation ne soit
autorisée par la commission [*nationale de l'informatique et des libertés*]. »

Cet article précise ainsi que les fichiers nominatifs collectés ne doivent plus être conservés à partir du moment
où ils n'ont plus l'utilité première reconnue lors de leur collecte. Ainsi, la CNIL décide de la suppression ou de
la conservation des fichiers, et donc de leur communication future. C'est un point de discorde face au principe
de libre communicabilité annoncé.

Ainsi, la loi du 6 janvier 1978 vise à la protection des données personnelles et nominatives, informatisées
ou non ; elle encadre leur conservation et leur communication future. Ces données sont communicables de plein
droit à la personne concernée qui en fait la demande ; elles sont toutefois soumises à la décision de la CNIL qui
peut décider de leur conservation ou de leur suppression. Les documents administratifs sont également l'objet
d'une plus grande transparence.

La loi pour l'accès aux documents administratifs est instaurée le 17 juillet 1978. Cette loi réglemente
l'accès aux documents administratifs via l'intermédiaire d'une institution, la Commission d'Accès aux
Documents Administratifs ou CADA. Selon l'article 1 de la loi15, les documents administratifs sont,

11 Jean Le Pottier, « La communication des documents publics contemporains : synthèse des comptes rendus des réunions régionales de
l'Association des archivistes français. », La Gazette des archives, n° 130-131, 1985, p. 213-224.
12 Article 39 de la loi du 6 janvier 1978, disponible sur http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?
cidTexte=JORFTEXT000000886460#LEGIARTI000006528143
13 Article modifié par la loi du 6 août 2004 relative à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements de données à caractère
personnel.
14 Jean Le Pottier, op. cit., p. 217.
15 Les articles mentionnés dans cette sous-partie sont tous disponibles à l'annexe n°1, dans leur version initiale.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 10
« […] tous dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, directives, instructions, circulaires, notes et
réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives, avis,
à l’exception des avis du Conseil d'État et des tribunaux administratifs, prévisions et décisions revêtant la forme d'écrits,
d'enregistrements sonores ou visuels, de traitements automatisés d'informations non nominatives. »

L'accès à ces documents administratifs est reconnu à toute personne qui en fait la demande. L'article 2 précise
que « les documents administratifs sont de plein droit communicables aux personnes qui en font la demande, qu'ils émanent des administrations de
l'État, des collectivités territoriales, des établissements publics ou des organismes, fussent-ils de droit privé, chargés de la gestion d'un service

public. » Les conditions de consultation quant à elles sont définies à l'article 4. Il est ainsi possible de consulter
les documents sur place gratuitement ou d'en recevoir une copie, aux frais de l'intéressé. Après un délai de deux
mois, toute absence de réponse à une demande de consultation équivaut à un refus. Le refus de la
communication ou de l'utilisation d'un document administratif doit être expressément motivé par l'autorité
concernée, comme l'explique l'article 7 de la loi. Cependant, les administrations peuvent refuser la
communication de certaines catégories de documents administratifs pour protéger des intérêts publics ou privés.
Ainsi, sont par exemple concernés les dossiers médicaux ou les documents pouvant porter atteinte à la sûreté de
l'État ou à la défense nationale. Toutes ces catégories particulières de documents sont répertoriées à l'article 6
de la loi.

Pour veiller à la bonne application des règles en matière d'accès aux documents administratifs, la loi du 17
juillet 1978 crée « une autorité administrative indépendante »16, la CADA, ou Commission d'Accès aux
Documents Administratifs. Cette commission fonctionne également comme un recours judiciaire lorsqu'un
individu se voit refuser l'accès à un document administratif. Elle émet alors un avis pour juger du caractère
communicable ou non du document. A partir de la loi du 12 avril 2000 et de l'ordonnance du 6 juin 2005, ce
droit de regard de la CADA est étendu aux archives publiques17.

La volonté de transparence se concrétise ainsi dans les années 1970. La loi « informatique et libertés » et
la loi CADA instaurées en 1978 permettent une communication plus large des données personnelles et
nominatives et des documents administratifs. Rapidement, l'idée d'appliquer cette même transparence aux
archives publiques, en instaurant une nouvelle législation et de nouveaux délais de communication, voit le jour
en janvier 1979.

16 Article 5 de la loi du 17 juillet 1978.


17 Voir partie 3, 3.2, p. 35-36.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 11
3 La loi du 3 janvier 1979 : de nouveaux principes de communicabilité
dans les services d'archives
3.1. Élaboration et apports de la loi

Les deux lois de 1978, mettant l'accent sur la transparence des informations et souhaitant élargir l'accès
des documents aux citoyens, se trouvent face à une réglementation archivistique vieille de deux siècles. Afin
d'harmoniser les pratiques et de créer un ensemble législatif cohérent, une nouvelle loi sur les archives est
nécessaire. Il est important d'actualiser la loi, de l'adapter aux nouvelles revendications et aux nouveaux besoins
des citoyens et du gouvernement.

La mise en place de la nouvelle législation est longue et commence dès 1972. En effet, selon Ariane
Ducrot18, c'est en 1972 que le directeur des Archives de France décide de lancer le projet de loi, une démarche
française qui intervient tardivement par rapport aux autres États. Selon Ariane Ducrot, de 1973 à 1975 une
commission est chargée de rédiger les articles d'un avant projet de loi ; le projet définitif de la loi est présenté
au Conseil d'État en avril 1977. Après l'amendement et le vote du Sénat le 25 mai 1978 et la présentation à
l'Assemblée Nationale, le texte est définitivement voté le 19 décembre 1978. Enfin, le 3 janvier 1979, la loi sur
les archives est promulguée publiquement par le Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing. Le
rapporteur de cette loi, Michel Miroudot, sénateur, exprime dans son rapport19 l'orientation de cette loi :

« une tentative de conciliation entre la protection de la vie privée, les droits de l'individu et ceux de la
recherche »20

L'esprit de cette nouvelle loi est donc orienté majoritairement vers le droit au respect de la vie privée et le droit
à l'information, pour les particuliers comme pour les chercheurs ; deux points dénoncés comme contradictoires
dans l'article d'Ariane Ducrot.

La nouvelle loi sur les archives uniformise les règles en matière d'archives, puisqu'elle soustrait à un
ensemble de décrets une seule et même loi. Cependant, force est de constater que des décrets d'application
apparaissent ensuite, modifiant certains points de la loi. L'un des autres apports fondamentaux de cette loi est la
définition des notions d'archives publiques et d'archives privées, aux articles 3 21 et 9 de loi du 3 janvier 1979.
La distinction entre archives publiques et archives privées est un élément essentiel de la nouvelle loi sur les
archives.

18 Ariane Ducrot, « Comment fut élaborée et votée la loi sur les archives du 3 janvier 1979 ? », La Gazette des Archives, n°104, 1979, p. 17-33.
19 Michel Miroudot, rapport n°146 fait au nom de la commission des affaires culturelles, déposé le 13 décembre 1978.
20 Extrait du rapport n°146 de Michel Miroudot ; cité dans Sonia Combe, op. cit., p. 107.
21 Les articles de la loi du 3 janvier 1979 mentionnés dans cette partie sont tous disponibles à l'annexe n°2, dans leur version complète initiale.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 12
Malgré des apports certains, cette loi ne satisfait pas entièrement, notamment chez les historiens et les
22
chercheurs. Ainsi, Gilles Wolkowitsch dénonce « l'imprécision et la très mauvaise rédaction de la loi sur les archives » , et
Ariane Ducrot parle du contenu de la loi sur les archives comme étant « un peu novateur, incomplet et flou »23.

Après plusieurs années d'élaboration, la nouvelle loi sur les archives est donc mise en place le 3 janvier
1979 et s'intègre dans le climat d'ouverture de la fin des années 1970, répondant aux nouveaux besoins des
citoyens et du gouvernement. Centrant ses dispositions sur des éléments parfois jugés contradictoires, cette loi
n'est pas approuvée à l'unanimité. Elle introduit toutefois des éléments majeurs pour le droit des archives et aura
des conséquences sensibles dans les services. L'un des points les plus importants de cette nouvelle législation
est l'évolution des délais de communicabilité.

3.2. L'évolution des délais de communicabilité

Le point majeur de la nouvelle loi sur les archives du 3 janvier 1979 est la définition de nouveaux délais de
communicabilité. Ces délais induisent, d'une part, une ouverture globale des archives et, d'autre part, une
restriction de la communication avec des délais spéciaux pour certaines catégories de documents.

Le premier constat face aux nouveaux délais de communication est une ouverture générale des archives
par rapport à l'ancienne législation de 1794. La nouvelle loi confirme ainsi la libre communicabilité des
documents qui s'exerçait jusqu'à présent pour tous les documents antérieurs au 10 juillet 1940. Désormais, le
délai légal de communicabilité des archives publiques est fixé à 30 ans. Ainsi, en 1979, les documents produits
entre 1940 et 1948 sont légalement communicables. Ce nouveau délai permet une plus grande accessibilité des
documents, notamment ceux concernant la période sensible de la Seconde Guerre mondiale. Tout refus de
communicabilité doit être expressément motivé, comme le précise l'article 26 de la loi. Outre cette réduction du
délai légal de communication, la loi de 1979 permet de systématiser la procédure de communication
exceptionnelle, c'est à dire, la procédure de dérogation. Auparavant, la consultation d'un document avant
l'expiration du délai de communicabilité imposé était occasionnelle et souvent arbitraire, attribuée à certaines
catégories de chercheurs. Désormais, la possibilité de dérogation est inscrite à l'article 8 de la loi. La décision à
donner à une demande de dérogation est prise par le directeur général des Archives de France, après accord
préalable du service versant. Un dernier progrès est attesté dans la communication des documents statistiques.
Auparavant, sous la loi de 1951, ces documents étaient incommunicables, sans aucune dérogation possible.
Avec la loi de 1979, le processus de dérogation n'est toujours pas admis, mais les documents statistiques
deviennent communicables après un délai de 100 ans, consacrant davantage l'ouverture des archives.

22 Gilles WOLKOWITSCH, Archives, bibliothèques, musées : statut des collections accessibles au public, Économica, 1986 ; cité dans Sonia
Combe op. cit., p. 109.
23 Ariane Ducrot, op. cit.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 13
Ainsi, ces diverses mesures permettent de présenter la nouvelle loi sur les archives comme une législation
d'ouverture, aux aspects libéraux. Cependant, ces deux éléments font face à un nombre extensif des exceptions
au délai trentenaire, dont la justification est parfois assez vague et qui sont un obstacle à la libre
communicabilité annoncée.

La loi du 3 janvier 1979 instaure en effet de nouveaux délais de communicabilité 24. Les nouveaux délais de
communicabilité, mentionnés à l'article 7 de la loi, sont fixés entre 150 et 60 ans. Par rapport à l'ancienne
législation, certains délais se trouvent allongés. C'est ainsi le cas des « dossiers personnels » dont le délai était
préalablement fixé à 100 ans ; en 1979 ce délai passe à 120 ans. Cette augmentation du délai est justifiée par
l'allongement de la durée de vie. Le délai de 50 ans prévu pour les documents dont la communication risque de
mettre en cause la vie privée ou de nuire à la sûreté de l'État ou à la défense nationale passe à 60 ans. Par
ailleurs, les motifs de ce délai de 60 ans sont souvent incompris dans les services d'archives. Aucun article ne
précise réellement ce que l'on entend par « vie privée » par exemple ; autant d'incompréhensions qui permettent
de nombreuses interprétations abusives du délai de 60 ans. L'augmentation des délais de communicabilité,
doublée parfois d'une mauvaise interprétation, constituent un frein à la libre communicabilité annoncée. Les
exceptions au délai de 30 ans sont nombreuses. De plus, certains délais ne peuvent pas bénéficier du processus
de dérogation. C'est notamment le cas des documents statistiques, mentionnés ci-dessus, ainsi que des minutes
de notaire.

Ainsi, la loi du 3 janvier 1979 est jugée par certains comme étant libérale, grâce à la réduction du délai
légal de communicabilité et à la systématisation de la dérogation, et vue par d'autre comme entravant la
communication des archives par des délais plus longs et aux justifications vagues. Mais, dans l'ensemble, cette
loi consacre une ouverture globale des archives.

A la fin de cette première partie, il est possible de constater que la politique française sur la
communication des archives a relativement évolué. Par des lois concrètes, des influences extérieures, des
décrets timides ou des lois variées, les archives semblent s'ouvrir davantage entre 1794 et 1979. La loi du 3
janvier 1979 consacre les volontés nouvelles du gouvernement et des citoyens qui aspirent au droit à
l'information et au savoir. La loi sur la décentralisation de 1983 permet d’intégrer les collectivités territoriales
dans la politique de communication des archives. Bientôt de nouvelles dispositions sont nécessaires pour
répondre à une volonté d'accessibilité aux documents toujours plus grande, volonté que la loi sur les archives du
15 juillet 2008 souhaite combler.

24 A ce sujet, voir en annexe n°3 un tableau récapitulatif des délais de communicabilité existants avant et après 1979.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 14
Partie 2 - La loi du 15 juillet 2008 : vers la libéralisation des
archives ?

Dans les années 1990, la politique de communication des archives est de plus en plus critiquée, les
citoyens, et notamment les historiens, aspirent à une plus grande ouverture des archives. Une nouvelle
législation devient nécessaire et est mise en place le 15 juillet 2008. Présentée comme une loi d'ouverture
nécessaire, cette loi a des conséquences sensibles pour les services d'archives et les citoyens, mais est l'objet de
critiques et de condamnations importantes.

1 La nécessité d'une nouvelle législation


1.1. Les constatations du rapport Braibant

Le 25 mars 1995, Guy Braibant, président de la Section honoraire au Conseil d'État, est chargé par le
Premier ministre Edouard Balladur de dresser la situation des archives en France. Le Premier ministre exprime
ainsi sa demande :

« Je souhaiterais que vous dressiez le bilan de l’application de la loi n° 79-18 du 3 janvier 1979 sur les archives. Un
tel exercice me semble en effet nécessaire à plusieurs titres. »25

Le 28 mai 1996, Guy Braibant remet son rapport au Premier ministre Alain Juppé. Sur près de 300 pages, ce
rapport fait ainsi le constat de la situation des archives en France presque 20 ans après la loi de 1979, en
relevant les points positifs et les difficultés rencontrées et en proposant des solutions adaptées. 40 propositions
sont ainsi énumérées à la fin du rapport, divisées en 3 ensembles reprenant les 3 parties du rapport : partie 1.
Des archives plus riches ; partie 2. Des archives plus ouvertes ; partie 3. Des archives mieux gérées. Dans le
cadre de ce mémoire, l'intérêt principal est porté sur la seconde partie du rapport, faisant état de l'application de
la politique de communication définie par la loi de 1979. Cette partie se divise en 5 chapitres et totalise 11
propositions26.

Guy Braibant commence sa partie sur l'ouverture des archives par un constat général, celui de
l'inadaptation de la loi sur les archives de 1979 au monde contemporain :

« Le mouvement général vers la transparence en France et dans les pays comparables, l’ouverture des archives à
l’étranger qui, combinée avec le développement d’Internet, conduit à un système d’«.archives sans frontières.»,

25 Guy Braibant, Les archives en France, « Rapport au Premier Ministre », Paris, La Documentation Française, 1996, p. 1.
26 Ces 11 propositions sont disponibles à l'annexe n°4.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 15
l’accélération de l’Histoire et le vieillissement rapide des secrets, tout porte à remettre en cause un dispositif qui a
constitué un progrès en son temps mais qui est en train de devenir anachronique. »27

Après un bref rappel de l'évolution de la politique de communication entre la loi révolutionnaire de 1794 et la
loi de 1979, Guy Braibant condamne les multiples décrets d'application de la loi de 1979, allongeant la liste des
documents soumis à des délais spéciaux de communicabilité 28. Le conseiller critique notamment la légalité de
certains délais, utilisés abusivement par les administrations. C'est notamment le cas du délai de 60 ans dont les
archives ne sont pas communicables pour garantir la protection de la vie privée, de la défense nationale ou de la
sûreté de l'État, un délai trop souvent appliqué et mal utilisé. La multiplication des délais spéciaux est, selon
l'auteur du rapport, une solution mise en place pour combler les failles de la législation. Guy Braibant constate
de nombreuses divergences d'interprétation sur ces délais spéciaux, dont une majorité lui semble excessifs.

L'auteur en vient ensuite à la pratique des dérogations individuelles. Il dénonce un octroi arbitraire de
celles-ci, qu'il condamne et qu'il dénonce comme une inégalité des citoyens face au droit à l'information et au
savoir :

« […] les dérogations sont accordées en fonction de la personnalité du chercheur, de sa notoriété ou de l’opinion que
l’administration peut se faire de ses recherches. La pratique des dérogations individuelles est plus contestable
s’agissant des intérêts publics, dans la mesure où elle introduit une inégalité entre les usagers pour l’accès à des
documents protégés par des critères objectifs. »29

L'auteur demande par la suite une égalité des chercheurs face aux dérogations et appelle à une réduction du
temps de réponse à une demande de dérogation. Guy Braibant poursuit ensuite son analyse des dérogations
individuelles en constatant le manque d'inventaires relatifs aux fonds non communicables : il est en effet
impossible de demander un document en dérogation si l'on n’en connaît pas l'existence. Sur les dérogations
générales, l'auteur propose de systématiser leur pratique pour l'ouverture des fonds de moins de 30 ans. Par ses
propositions, l'auteur montre une réelle volonté d'ouverture des archives en France.

Dans un troisième chapitre, Guy Braibant s'intéresse aux délais de communicabilité qui lui semblent
excessifs :

« Le sentiment est général qu’une libéralisation est souhaitable. Nombre d’acteurs s’accordent à reconnaître que le
dispositif actuel est, au moins dans certains cas, trop restrictif. »30

Pour l'auteur, l'ensemble des délais paraissent abusifs : le délai de 120 ans relatif aux dossiers personnels, le
délai de 100 ans pour les registres d'état civil ainsi que pour les archives judiciaires ou le délai de 150 ans pour

27 Guy Braibant, op. cit., p. 47.


28 A ce sujet, voir la proposition n°17 du rapport en annexe n°4.
29 Guy Braibant, op. cit., p. 59-60.
30 Guy Braibant, op. cit., p. 63.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 16
les documents contenant des renseignements individuels médicaux. Guy Braibant propose de réduire d'une part,
le délai relatif aux documents dont la communication peut porter atteinte à la privée de 60 ans à 25 ans à partir
de la date du décès ou 50 ans ci celle-ci est inconnue, et d'autre part, le délai existant pour les documents dont la
communication peut porter atteinte à la sûreté de l'État ou à la défense nationale, de 60 à 50 ans. L'auteur
aborde ensuite la question du délai légal de communicabilité fixé à 30 ans et propose de réduire celui-ci à 25
ans, se rapprochant ainsi des politiques de communication en vigueur dans d'autres états.

Dans un avant dernier chapitre, Guy Braibant aborde ensuite « L'articulation de la loi sur les archives avec les lois du 6
31
janvier et du 17 juillet 1978 » et dénonce le manque de cohérence entre les trois lois, dont les principes sont parfois
contradictoires. L'auteur souhaite une articulation entre, d'une part, la loi du 6 janvier 1978 et celle sur les
archives de 1979, et d'autre part, entre la loi du 17 juillet 1978 et la loi de 1979 (propositions n° 24-25).

Enfin, dans un dernier très court chapitre, le conseiller d'État aborde brièvement la question des archives
privées. Il rappelle notamment que leur communication est soumise aux conditions fixées par leurs
propriétaires, lors d'un dépôt par exemple.

Ainsi les constatations du rapport Braibant sur l'application de la politique de communication définie par la
loi du 3 janvier 1979 révèle que la législation sur les archives doit être améliorée. Guy Braibant appelle à une
refonte de la loi, pour des archives plus ouvertes, pour des délais mieux interprétés, pour des dérogations moins
arbitraires et pour une cohérence législative entre les trois lois de 1978 et 1979. Cette constatation juridique de
la nécessité d'une nouvelle loi s'accompagne d'enjeux mémoriels nouveaux dans les années 1990 où l'on
souhaite davantage accéder à l'histoire, à son passé.

1.2. Justice, histoire et mémoire : de nouveaux enjeux mémoriels au cœur des


archives

Le souhait d'une plus grande ouverture des archives annoncée par Guy Braibant fait écho à un souhait
identique chez les citoyens dans les années 1990. Dans le dernier tiers du XX e siècle, on assiste en effet à une
quête nouvelle du passé, à une plus grande aspiration à connaître la vérité historique, à un droit à la mémoire ;
autant d'éléments qui nécessitent l'ouverture des archives.

Les enjeux mémoriels de la fin du XXe siècle se situent dans un premier temps autour des archives sensibles des
événements marquants du XXe siècle : la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy ou encore la Guerre
d'Algérie. Il semble y avoir une relation nouvelle entre les Français, la mémoire et l'histoire. Ils aspirent à
connaître leur passé, celui de leur entourage familial ou géographique. L'intérêt pour les archives sensibles

31 Guy Braibant, op. cit., p. 71.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 17
semble être de rigueur dès les années 1970, comme le montre Sophie Coeuré et Vincent Duclert dans leur
ouvrage Les archives :

« Sans qu'un lien de causalité s'impose mécaniquement, l'élaboration de la loi sur les archives, dans les années 1970,
accompagne en effet une nouvelle perception de la période de la Seconde Guerre mondiale par les historiens, les
cinéastes et par l'opinion française. On a pu la définir comme un ''retour du refoulé'', suivi dans les années 1990
d'une phase ''d'obsession'' ».32

Cette « phase d'obsession » dans les années 1990 a été probablement impulsée par la découverte du « fichier
juif » en 1991. En effet, en septembre 1991, Serge Klarsfeld découvre, dans les archives du secrétariat d'État
aux Anciens Combattants, un fichier contenant le recensement des juifs français et étrangers domiciliés dans le
département de la Seine qui semble avoir été établi suite à la demande de l'occupant allemand en 1940. En
1992, une commission présidée par René Rémond révèle que ce fichier n'est pas celui du recensement de 1940
car celui-ci a été détruit en totalité. Quoiqu'il en soit, cette affaire relance la polémique des archives sensibles.

« Ces fichiers cristallisent la question des archives interdites, car ils symbolisent la politique antisémite étatique de
Vichy, l'occultation de sa mémoire par l'administration, le trajet opaque de nombreux fichiers. » 33

Cette affaire met l'accent sur les archives cachées ou détruites, on cherche à établir les causes des dissimulations
d'archives. Il y a un intérêt nouveau pour ces archives sensibles dont en entrave la communication. Ces archives
sont au cœur des débats en 1994, lorsque paraît l'ouvrage de Sonia Combe, Archives interdites : les peurs
françaises face à l'histoire contemporaine. Cet ouvrage met en avant la difficulté d'accéder aux archives
sensibles, telles celles de l'Occupation, et relance l'aspiration des citoyens et des chercheurs à connaître la vérité
historique et à vouloir une plus grande ouverture des archives.

Cette aspiration à connaître la vérité historique apparaît également lors des grands procès pour crime contre
l'humanité qui ont lieu dans les années 1980-1990 : les procès de Klauss Barbie en 1987, de Paul Touvier en
1994 ou celui de Maurice Papon en 1997 mettent en lumière des documents d'archives inédits en tant que
preuves judiciaires. Ces événements relancent la question des archives en France, celle de leurs ''secrets'', de
leur accessibilité.

Entre histoire, mémoire et justice, l'accès aux archives est donc un nouvel impératif mobilisant l'ensemble
des citoyens, amateurs ou chercheurs ; relançant le constat d'une nécessaire ouverture des archives en France.
La volonté est grande de ne pas oublier, de conserver et de consulter les preuves du passé. Ces nouveaux
enjeux, joints aux constatations du rapport Braibant, mettent en avant la nécessité d'une nouvelle législation
dont la mise en place est longue et contestée.

32 Sophie Coeuré, Vincent Duclert, Les archives, Paris, La Découverte, 2011, p. 94.
33 Sophie Coeuré, Vincent Duclert, op. cit., p. 95.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 18
2 Une mise en place longue, difficile et souvent critiquée
2.1. Un projet de loi tardif : mise en place et contenu

Si le rapport Braibant est déposé au Premier ministre en 1996, la nouvelle loi sur les archives ne voit le
jour que 12 ans après, le 15 juillet 2008. Entre ces 12 années, plusieurs projets sont mis en place. Le premier
projet est annoncé en 1999, mais annulé l'année suivante. En 2001, la proposition d'intégrer des dispositions
spécifiques sur la réduction des délais de communication des d'archives publiques dans le projet de loi sur la
société de l'information n'est pas examinée. Un nouveau projet de loi est instauré dès 2003, il est examiné par le
Conseil d'État au début de l'année 2006 et déposé devant la commission des lois du Sénat en août 2006. A ce
propos, Gilles Morin, historien et président de l'Association des usagers du service public des Archives
nationales (AUSPAN), déclare :

« Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture du gouvernement de Villepin, a déposé en août 2006 sur le
bureau du Sénat un projet de loi annoncé et attendu depuis près de dix ans. À la veille de nouvelles élections
législatives, le dépôt sur le bureau du Sénat garantissait qu’il ne faudrait pas repartir de zéro avec le changement
d’Assemblée nationale à venir […]. »34

Les maître-mots du projet de loi sur les archives semblent être la libre communicabilité et la transparence. Il y a
une aspiration générale à une plus grande ouverture des archives, comme le préconisait Guy Braibant dans son
rapport. Les objectifs du projet de loi sont présentés ainsi par Gilles Morin :

« Cinq objectifs étaient affirmés : 1° adapter le droit applicable aux archives publiques ; 2° faciliter l’accès aux
archives publiques ; 3° donner un statut juridique aux archives des autorités politiques ; 4° améliorer la protection
des archives privées classées ; 5° renforcer la protection des archives au moyen d’un réajustement des sanctions
pénales. »35

Sur le deuxième objectif, les volontés s'attachent à affirmer la libre communicabilité des archives publiques,
réduire les délais de communicabilité, actualiser les secrets protégés par la loi et élargir le champs d'application
des dérogations36. Cependant les volontés de ce second objectif se heurtent aux modifications du Sénat
apportées après examen du projet de loi un an après sa présentation. Le Sénat souhaite en effet allonger certains
délais de communicabilité. Si la suppression du délai de 30 ans et la libre communicabilité des archives
publiques sont maintenues, les amendements du Sénat visent un certain nombre de restrictions. Ainsi cela
revient à ce que certains documents sur la Guerre Froide ou la Seconde Guerre mondiale, accessibles au
moment du projet de loi, ne seraient plus librement communicables. De plus, le délai de 50 ans prévu pour la
protection de la vie privée est amendé par le Sénat qui propose de faire passer ce délai à 75 ans, ce qui soulève
34 Gilles Morin, Bruno Delmas, « Les archives en France. Bouleversements et controverses », Histoire@Politique, n°5, 2008, p. 3.
35 Gilles Morin, op. cit.
36 Voir à ce sujet le projet de loi sur les archives de 2006, disponible sur le site du Sénat, http://www.senat.fr/leg/pjl05-471.html.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 19
nombre de critiques puisque cela va à l'encontre même du principe de libre communicabilité annoncé. Sans
compter que la notion de vie privée à une définition relativement extensive dans le projet de loi présenté en
2006. En effet les documents qui rendent publics « une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique »37 ne
sont pas communicables avant 75 ans ; une interprétation large des archives privées qui laisse place à l'arbitraire
des décisions administratives. Cet amendement s'accompagne de la volonté du Sénat de créer une catégorie
d'archives incommunicables, les archives permettant la localisation et la fabrication d'armes de destruction
massive ainsi que les documents relatifs à la sécurité des personnes et à la défense nationale. Les nécessités
d'ouverture présentées par Guy Braibant sont ici contredites pas le Sénat.

Ainsi, plus de 10 ans après les premières constatations de la nécessité d'une nouvelle loi sur les archives en
France, un projet voit le jour en 2006. S'il est présenté comme un texte d'ouverture, les modifications apportées
en première lecture par le Sénat un an plus tard tendent à restreindre l'accès aux archives. Dès lors, nombre de
critiques se multiplient pour exprimer l'opposition aux modifications apportées par le Sénat. Le projet de loi sur
les archives devient ainsi largement contesté.

2.2. Un projet de loi largement contesté

Le projet de loi sur les archives déçoit et les amendements du Sénat lors de la 1 ère et 2ème lecture en 2007 et
2008 soulèvent nombre de critiques ; l'adoption du projet de loi par le Sénat le 8 janvier 2008 inquiète. Certains
regrettent que l'ouverture des archives annoncée n'ait pas été plus grande, que des délais aient été allongés et
qu'une catégorie d'archives incommunicable ait été créée. Ainsi, à propos des mesures visant à créer une
catégorie d'archives incommunicables, Gilles Morin exprime son mécontentement :

« Ces mesures sont inadmissibles et antidémocratiques car l’accès aux archives publiques s’avère un droit
inaliénable des citoyens, même si des considérations d’intérêts supérieurs peuvent le limiter dans le temps. La
France, qui a cru pouvoir donner des leçons aux anciens pays de l’Est en matière d’ouverture des archives il y a peu,
invente des archives non communicables en totale contradiction avec les recommandations du Conseil de l’Europe
et avec la pratique des grandes démocraties. Sous le prétexte de la sécurité nationale face à la menace terroriste, le
législateur porte abusivement atteinte aux droits des citoyens, alors même que d’autres solutions étaient
envisageables : à savoir l’introduction de longs délais, éventuellement révisables, de communicabilité. »38

La création d'archives incommunicables est interprétée comme un frein à la recherche historique et aux libertés
des citoyens et comme une contradiction importante face à la libre communicabilité préalablement annoncée.
Le projet est d'abord l'objet de quelques critiques, issues essentiellement du milieu des archivistes, mais qui
dans un premier temps ne se répandent pas massivement. L'élément déclencheur d'une contestation générale est

37 Projet de loi sur les archives de 2006, op. cit., article 11.
38 Gilles Morin, op. cit., p. 4.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 20
la mobilisation de l'Association des usagers du service public des Archives nationales (AUSPAN) qui souhaite
sensibiliser les usagers et professionnels face aux risques de cette nouvelle loi pour la recherche et les libertés
personnelles. L'AUSPAN lance alors une pétition le 12 avril 2008, et recueille en une semaine seulement plus
de 500 signatures. Au total, la pétition est signée par plus de 1 400 personnes : chercheurs, historiens,
généalogistes, archivistes ou simples usagers. Le combat mené par l'AUSPAN a été relayé par la presse et la
radio. Ainsi, le 17 avril 2008 Vincent Duclert rédige un article dans Le Monde où il s'exprime ainsi :

« Une inquiétude très vive a saisi la communauté des historiens après l'adoption par le Sénat, le 8 janvier 2008, d'un
projet de loi sur les archives […]. Dans une Adresse aux parlementaires, l'Association des usagers des Archives
nationales a relevé cinq dispositions inquiétantes, susceptibles de paralyser la recherche historique contemporaine et
de restreindre "de façon arbitraire le droit d'accès des citoyens aux archives publiques contemporaines" […].
L'obscurité risque de tomber sur la recherche scientifique, les chercheurs se voyant entraver dans leur accès aux
sources politiques […] et menacer si leurs travaux portent "une atteinte excessive aux intérêts que la loi a entendu
protéger". » 39

Le projet de loi adopté en janvier 2008 ne cesse de soulever des objections et mobilise l'ensemble des milieux
professionnels et le milieu des usagers. Lors du vote du projet par les députés de l'Assemblée nationale le 29
avril 2008, les amendements proposés par le Sénat sont réexaminés. Tout d'abord, les archives
incommunicables sont désormais les seuls documents concernant les armes de destruction massive. Les
documents relatifs à la sécurité des personnes et à la défense nationale sont dorénavant soumis à un délai de 100
ans. Par ailleurs, le délai de 75 ans pour les documents concernant la vie privée est annulé et remplacé par un
délai de 50 ans40, mais la définition extensive de la notion de « vie privée » persiste. La nouvelle loi sur les
archives est votée, adoptée selon ces modifications le 15 juillet 2008 et est intégrée dans le Code du Patrimoine
qui constitue la première référence en matière de législation archivistique. Elle continue toutefois de soulever
des insatisfactions, comme le montre cette citation de François Julien-Laferrière, professeur émérite de Droit
public :

« Alors même qu'au départ l'objectif de la loi de 2008 était de faciliter l'accès aux archives, le texte voté par le
Parlement et promulgué par le Président de la République, à la suite de très nombreux amendements parlementaires,
a plutôt rendu cet accès plus difficile, notamment par l'allongement des délais de consultation de diverses catégories
d'archives. »41

Ainsi la nouvelle loi sur les archives est adoptée le 15 juillet 2008 après une contestation générale qui a eu
une certaine influence sur le vote de l'Assemblée nationale puisque quelques points critiques ont été supprimés.
Malgré la persistance d'une insatisfaction, la loi de 2008 permet une réduction globale des délais de

39 Vincent Duclert, « La nuit des archives », Le Monde, 17 avril 2008.


40 Voir le tableau récapitulatif des délais proposés, rejetés et adoptés en annexe n°5.
41 François Julien-Laferrière, « Accès aux archives et intérêts protégés », Quel avenir pour les archives en Europe ? Enjeux juridiques et
institutionnels, Paris, L'Harmattan, 2010, p. 129-138.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 21
communicabilité et son application dans les services d'archives a des conséquences importantes, sur les
professionnels comme sur les usagers.

3 L'application concrète de la loi dans les services d'archives


3.1. L'évolution des délais de communicabilité

L'objet principal de la nouvelle loi sur les archives de 2008 est la réduction des délais de communicabilité,
en vue d'établir un régime plus libéral. Selon Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication
de mai 2007 à juin 2009, la nouvelle loi sur les archives renoue avec :

« … les principes affirmés à la Révolution, établissant pour chaque citoyen d'avoir accès gratuitement et librement
aux documents produits par l'administration et de contrôler par là même, l'action de cette dernière. Une disposition
novatrice à l'époque et qui a ensuite influencé la législation archivistique de nombreux pays. Il aura fallu plus de
deux siècles pour que soit rétabli ce principe fondamental, gage d'une réelle démocratie. »42

Le principe de la libre communicabilité est donc réaffirmé. En ce sens, la première grande disposition de la loi
de 2008 quant aux délais de communication est la suppression du délai général de 30 ans qui prévalait depuis
l979. Ainsi, cette libre communicabilité est exprimée au chapitre 3 du Code du patrimoine, article L231-1 :

« Les archives publiques sont, sous réserve des dispositions de l'article L. 213-2, communicables de plein droit.
L'accès à ces archives s'exerce dans les conditions définies pour les documents administratifs à l'article 4 de la loi n°
78-753 du 17 juillet 1978 portant diverses mesures d'amélioration des relations entre l'administration et le public et
diverses dispositions d'ordre administratif, social et fiscal. »43

Le régime d'accès aux archives est calqué sur celui des documents administratifs et les conditions d'accès aux
documents d'archives immédiatement communicables obéissent à l'article 4 de la loi CADA ; il y a là un effort
d'harmonisation entre les législations archivistiques. Cette suppression du délai de 30 ans permet l'ouverture de
nombreux fonds d'archives auparavant non immédiatement communicables.

Par ailleurs, la nouvelle loi sur les archives de 2008 permet une réduction globale des délais de
communicabilité. Entre la loi de 1979 et celle de 2008, les délais spéciaux se réduisent et s'échelonnent
désormais de 25 à 120 ans, contre un maximum de 150 ans sous la loi de 1979. L'ensemble de ces délais sont
définis précisément à l'article L213-2 du Code du patrimoine44. Parmi les nouvelles dispositions, un délai de 25

42 Christine Albanel, discours prononcé au Sénat le 15 mai 2008 ; cité dans Sophie Coeuré, Vincent Duclert, op. cit., p. 34.
43 Article L213-1 de la loi sur les archives du 15 juillet 2008, disponible sur http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessio
nid=D99C62BA3F0180802FDDD8876DA92823.tpdjo04v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006159942&cidTexte= LEGITEXT00000607423
6&da teTexte=20140410
44 Voir l'annexe n°6.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 22
ans est ainsi opposé pour les délibérations du gouvernement et les documents touchant aux relations
internationales, contre 30 ans précédemment. Le même délai est imposé pour les archives touchant au secret
médical, lorsque la date du décès est connue, au cas contraire, un délai de 120 ans est requis à compter de la
date de naissance de l'intéressé, contre 150 ans auparavant. Les documents touchant à la sûreté nationale, à la
défense nationale et à la vie privée sont désormais communicables au terme de 50 ans, contre 60 ans dans la
législation antérieure. Le délai de 100 ans fixé dans la loi de 1979, pour les actes notariés par exemple, est
quant à lui remplacé par un délai de 75 ans. Un nouveau délai de 100 ans est également créé pour les documents
concernant des personnes mineures, et pour les documents relatifs à la sécurité des personnes et à la défense
nationale. Enfin, une catégorie d'archives incommunicables est créée pour les documents touchant aux armes
nucléaires.

Telles sont les nouvelles règles de communicabilité instaurées par la loi du 15 juillet 2008, qui traduisent dans
l'ensemble un effort d'ouverture des archives. Ces délais spéciaux, certes réduits, n'empêchent pas l'ouverture
anticipée de certains fonds par le processus des dérogations. Cette autorisation exceptionnelle de consultation
est réaffirmée dans l'article L213-3 du Code du patrimoine, confortant le droit des usagers.

Par conséquent, la loi sur les archives du 15 juillet 2008 instaure de nouveaux délais de communicabilité.
Malgré l'instauration d'une catégorie d'archives incommunicables, ces délais sont dans l'ensemble plus courts et
répondent ainsi aux volontés d'ouverture souhaitées par les usagers et les professionnels. Ces nouvelles
dispositions quant à la communication des archives représentent autant de changements et de conséquences
dans les services d'archives, pour les archivistes comme pour les usagers.

3.2. Des conséquences et des changements importants pour les services


d'archives et les usagers

Les changements introduits par la nouvelle loi de 2008 sont conséquents, tant pour les archivistes, qui
doivent s'adapter et connaître une nouvelle législation, que pour les usagers, qui aspirent davantage à
revendiquer et faire appliquer leurs nouveaux droits.

Les conséquences les plus importantes de cette nouvelle loi concernent les services d'archives. La
suppression du délai de 30 ans impose aux responsables d'archives de connaître et d'appliquer l'ensemble des
délais spécifiques en vigueur. Les responsables doivent alors appréhender des délais dont les justifications sont
parfois floues. Ainsi le délai de 50 ans pour les archives portant atteinte à la vie privée ou « qui portent une
45
appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique » est souvent mal interprété et engendre des décisions
arbitraires. De plus, les services d'archives raisonnent sur la communication d'un dossier dans son ensemble et
non pas pièce à pièce comme le fait la CADA. Ainsi, lorsqu'un document est jugé comme portant atteinte à des
45 Article L213-2 du Code du patrimoine.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 23
intérêts privés, l'ensemble du dossier dans lequel il se trouve est écarté de la communication immédiate. Cette
pratique restreint ainsi la communication d'un certain nombre de documents. Les services d'archives doivent
alors appréhender l'ensemble des nouveaux délais et mettre à jour le régime de communication de leurs fonds le
plus rapidement possible. Les services d'archives ont une masse de travail supplémentaire à gérer. Les archives
étant plus accessibles, ils ont plus de documents à traiter, notamment de la part des services producteurs,
comme l'exprime Bruno Delmas, professeur d'histoire contemporaine à l'École nationale des chartes :

« Les producteurs chercheront le plus possible à se décharger des obligations que la loi leur impose [...]. Ils
verseront le plus tôt possible aux services d’archives ce dont ils voudront se débarrasser, notamment les documents
devenus communicables, ce qui posera deux problèmes aux Archives : celui de l’accueil, du traitement et de
l’inventaire des documents et celui de la communication ». 46

Les services d'archives doivent donc faire face aux conséquences de la politique d'ouverture mise en place par
la loi de 2008. Une plus grande mission de collecte et de traitement des archives est requise, dont les
conséquences ont parfois été mal évaluées :

« Aucune disposition n’est prévue, aucune étude d’impact n’a été faite pour les services d’archives en matière de
collecte, de conservation, de traitement et de communication comme cela aurait été nécessaire [...]. Les masses vont
être très importantes et dans certains départements considérables. Un service d’archives départementales sur cinq
environ sera plein. » 47

Les services d'archives doivent alors s'adapter tant bien que mal aux conditions nouvelles requises par la loi de
2008 ; ils doivent gérer les quantités d'archives nouvelles ainsi que des usagers qui connaissent leurs droits.

Les conséquences et les changements de la nouvelle loi sur les archives ont en effet un impact important
sur les usagers, professionnels ou amateurs. Ceux-ci viennent, dès le lendemain de la proclamation de la loi, en
mairie ou dans des services d'archives pour demander consultation de documents désormais accessibles. Ils ont
pris connaissance des nouveaux délais et aspirent à faire valoir leurs droits auprès des responsables d'archives,
ces derniers se heurtant parfois à des lecteurs très bien renseignés. Ils sont d'autant plus présents dans les
services d'archives que de nouveaux fonds ont été ouverts, et notamment des fonds appartenant jusqu' alors aux
archives sensibles. Face à des archives plus accessibles, les demandes de dérogation diminuent largement, et
celles qui sont adressées sont généralement reçues positivement. Les usagers ont donc un plus grand accès aux
documents d'archives, facilité également par l'importance de la mise en ligne et de la numérisation de
documents. Cependant ces évolutions technologiques ne sont pas prises en compte dans la nouvelle loi de 2008,
alors même que l'archivage numérique devient un pan nécessaire dans l'histoire de l'archivistique.

46 Bruno Delmas, op. cit., p. 14.


47 Bruno Delmas, op. cit., p. 14.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 24
Ainsi, l'application de la loi de 2008 dans les services d'archives entraîne des changements et des
conséquences importantes. Les services doivent assimiler la connaissance des nouveaux délais de
communicabilité et réussir à appréhender une masse de travail supplémentaire. Les lecteurs quant à eux sont
conscients des apports positifs de la loi leur permettant d'avoir un accès plus élargi aux archives.

À l'issue de ce second développement il semble que la nouvelle loi sur les archives adoptée le 15 juillet
2008 se soit imposée comme une nécessité. La volonté d'ouverture annoncée par le rapport Braibant en 1996 et
souhaitée par l'ensemble des citoyens, amateurs et professionnels, a abouti après une mise en place difficile et
souvent contestée. Cette nouvelle loi permet-elle une libéralisation des archives ? Une réponse unique divise. Si
la nouvelle loi assure une réduction générale des délais de communication et réaffirme la libre communicabilité,
elle crée également une catégorie d'archives incommunicables, vue comme un frein à la recherche et aux
libertés. Par ailleurs beaucoup souhaitaient des délais plus courts. La loi de 2008 a certes modernisé l'appareil
législatif des archives mais n'a pas pour autant dissipé les contradictions d'une législation dans laquelle
l'annonce de principes libéraux contredit la persistance d'archives sensibles et inaccessibles.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 25
Partie 3 - Principes libéraux, archives sensibles et inaccessibilité :
les contradictions de la législation ?

Malgré la présentation de la loi sur les archives de 2008 comme une loi d'ouverture, des contradictions
persistent face aux principes libéraux annoncés. Beaucoup d'archives restent encore inaccessibles en raison de
leur poids historique, de leur nature ou de leur défaut de traitement. Pour tenter de pallier ces obstacles des
recours sont parfois possibles pour permettre la communication de ces documents.

1 Archives publiques et vie politique face aux théories libérales


1.1. Les archives de Vichy et de la guerre d'Algérie : des secrets d'État ?

Les archives de la France de Vichy et de la guerre d'Algérie sont souvent perçues comme des archives «
sensibles » au cœur des secrets d'État. Cela s'explique par le fait qu'elles abordent des sujets délicats de
l'histoire de France et qu'elles ont été très tôt fermées au public. Leur communication est interdite, restreinte
puis partiellement autorisée suite à la progression de la législation.

Avant la législation de 1979, les archives postérieures au 10 juillet 1940 étaient incommunicables. Cette
date marque le début du régime de Vichy, ce qui n'était pas un hasard selon Éric Conan et Henry Rousso 48.
L'État protège ses intérêts nationaux. Les archives de la France de Vichy ne sont alors pas accessibles, rendant
tout travail scientifique et historique relativement difficile, comme l'expliquent les deux auteurs cités
précédemment :

« Bref, travailler sur l'histoire de Vichy dans les années 60-70 était quasi impossible, en tout cas très difficile, faute
d'un accès libre et étendu aux sources publiques françaises ». 49

Il faut attendre 1979 pour voir une ouverture partielle des archives de Vichy. La nouvelle loi du 3 janvier 1979
annonce la libre communicabilité des archives de plus de 30 ans, ce qui ouvre en partie les fonds des archives
de Vichy. Cependant ces archives sont largement soumises aux délais spécifiques et notamment au délai de 60
ans pour les documents mettant en cause la vie privée, la sûreté de l'État ou la défense nationale, comme les
archives du Commissariat Général aux Questions juives. La communication par dérogation est cependant
possible et largement acceptée. Les années 1990, comme vu précédemment, voient l'émergence d'un lien
nouveau entre histoire et mémoire, les citoyens aspirent à connaître leur passé. Face à la pression de l'opinion,
48 Éric Conan, Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, Paris, Gallimard, 1996, 513 p.
49 Éric Conan, Henry Rousso, op. cit., p. 134.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 26
des étapes sont franchies pour l'ouverture des archives sensibles de l'Occupation. En 1997, une circulaire du
ministre de l'Intérieur50 encourage la communication des archives de la période 1940-1945. Par la suite et en
attendant une nouvelle loi, la grande majorité des fonds de cette période conservée aux Archives Nationales est
ouverte au public. Ainsi, lors de l'adoption de la nouvelle loi sur les archives le 15 juillet 2008, la législation en
place n'est plus un frein aux recherches sur le régime de Vichy dont les archives sont presque toutes
communicables. Les dérogations sont en effet largement acceptées et le nouveau délai qui a été fixé à 50 ans
(sous la loi de 2008) est arrivé à son terme.

Les archives de la guerre d'Algérie sont elles-aussi régulièrement qualifiées d'archives « sensibles ». Ces
archives sont restées longtemps inaccessibles. La loi de 1979 soumet en grande partie leur communication au
délai de 60 ans. Là encore, des contradictions sont perceptibles face aux principes libéraux annoncés. L'appel à
l'ouverture dans les années 1990 conduit à une plus grande accessibilité des archives de la guerre d'Algérie.
Ainsi, une circulaire du 13 avril 200151 en permet le libre accès pour tous les documents qui ne portent pas
atteinte à la vie privée, à la sûreté de l'État ou à la défense nationale. La loi de 2008 modifie le régime de
communication de ces archives, puisque le délai passe de 60 à 50 ans. Une partie des documents produits en
1958, au début de la guerre d'Algérie, deviennent alors communicables, mais il faut attendre 2012 pour que les
archives de 1962 soient accessibles.

Par conséquent, l'évolution de la politique de communicabilité entre 1979 et 2008 se caractérise davantage
par une ouverture des archives sensibles que par une pratique du secret d'État. Si quelques archives sensibles de
Vichy et de la guerre d'Algérie, entre autres, restent non immédiatement communicables en 2008, la plus
grande partie est accessible. Ces archives sensibles sont produites dans le cadre de la vie politique française.
Sur ce point, les archives politiques, et plus précisément les archives des hommes politiques, ont souvent été
exemptées d'une législation archivistique. La définition d'un régime juridique spécifique est nécessaire.

1.2. Quel régime juridique pour les archives politiques ?

D'après un article de Jean Laveissière, les archives politiques sont l'ensemble des documents produits ou
reçus dans le cadre de l'exercice d'une fonction gouvernementale52.

Les archives politiques bénéficient d'une réglementation nouvelle dans le cadre de la loi sur les archives de
2008. En effet, pendant très longtemps cette catégorie d'archives a souffert d'un manque important de
législation. Les archives des hommes politiques et des dirigeants ont souvent été exemptées de toutes

50 Un extrait de la circulaire est disponible en annexe n°7.


51 Un extrait de la circulaire est disponible en annexe n°8.
52 Jean Laveissière, « Le régime juridique des documents liés à l'exercice d'une fonction politique : lacune ou laxisme ? », La Gazette des
Archives, n°130-131, 1985, p. 241-250.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 27
obligations de versement. Ces archives étaient mêmes parfois considérées comme des archives privées et
nombreux sont les hommes politiques ayant quitté leurs fonctions avec une partie de leur documents :

« […] un changement de gouvernement ou de chef d'état s'accompagne en général d'un vaste remue-ménage, ceux
qui partent s'empressent fébrilement de vider les tiroirs, de trier les dossiers et de brûler les papiers qu'ils ne jugent
opportun ni de laisser ni d'emporter. »53

On imagine aisément les pertes importantes que ces pratiques ont occasionnées et du fait de ces pertes
l'incommunicabilité même des documents. Parfois, à la mort de ces hommes politiques, leurs archives sont
déposées dans un service d'archives et sont alors définies comme archives privées, leur communication n'obéit
pas alors aux délais des archives publiques. Malgré ces pratiques couramment admises, les archives politiques
doivent faire l'objet d'un versement obligatoire, puisqu'elles appartiennent aux archives publiques telles qu'elles
sont définies dans la loi de 1979, puis de 2008. Ces archives ont avant tout un intérêt public. Du point de vue
de leur communication, les archives politiques obéissant à la loi du 17 juillet 1978 ne sont pas communicables
lorsqu'elles risquent de porter atteinte « au secret des délibérations du Gouvernement et des autorités responsables relevant du pouvoir
54
exécutif » .

C'est par la loi du 15 juillet 2008 que les archives politiques bénéficient d'un encadrement plus strict autour de
leur versement, de leur collecte et de leur régime de communication. La nouvelle loi sur les archives encourage
le versement des archives des hommes politiques. Pour améliorer la collecte des archives politiques, la pratique
des « protocoles de remise » est inscrit officiellement dans la loi de 2008, une pratique qui existe pourtant
depuis plusieurs années. Ainsi, l'article L213-4 du Code du patrimoine définit ce système des protocoles 55. Dans
les faits, cette pratique permet aux hommes politiques de conserver un droit de regard sur « leurs » archives
pendant la période où elles ne sont pas immédiatement communicables. La consultation des documents avant
les délais imposés est soumise à dérogation et autorisée par l'autorité politique versante. Cette pratique donne
donc lieu à un contrôle temporaire de la communication des archives politiques, mais en contre partie cette
mesure permet un versement régulier.

Ainsi, les archives politiques, longtemps délaissées par la législation, sont encadrées plus strictement par la
loi de 2008. L'obligation de leur versement est renforcée dans la nouvelle loi et leur collecte est facilitée par le
système des protocoles. Toutefois, la communication de ces archives reste sous la décision de l'autorité
politique versante. Aux côtés des archives politiques coexistent d'autres catégories d'archives dont la
communication n'est pas autorisée selon une diversité de situations.

53 Jean Laveissière, op. cit., p. 242.


54 Article 6 de la loi du 17 juillet 1978.
55 Voir article L213-4 en annexe n°6.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 28
2 Archives inaccessibles : une diversité de situations
2.1. Les défauts de traitement, obstacle à la communication

Les défauts de traitements en archivistique peuvent être l'une des raison de la non communicabilité d'un
document ou ensemble de documents. Les situations sont nombreuses.

L'archivage des dossiers est nécessaire à leur bonne communication. A leur réception les dossiers doivent être
triés, analysés, inventoriés puis conservés dans un espace de stockage adapté pour permettre leur
communication future. A ce propos, Paul Ripoche exprime ainsi sa vision de l'archivage :

« Si le but premier de l'archivage est le classement méthodique et la conservation des documents, il est bien évident
que la raison d'être des efforts considérables ainsi déployés et des sommes investies dans cette fonction est
l'accessibilité des dossiers et la possibilité de les communiquer rapidement et sûrement à la demande. » 56

Un mauvais archivage est rapidement considéré comme un obstacle à la communication. Or, nombreux sont les
kilomètres linéaires d'archives non traités et restés tels quels dans les magasins. Cette situation est
particulièrement visible lors de l'adoption de la nouvelle loi sur les archives en 2008 qui incombe aux services
d'archives des masses de documents supplémentaires à traiter. Ainsi, dans une note de bas de page de l'article
précédemment cité, Bruno Delmas explique le retard accumulé par les Archives nationales dans le traitement
des documents :

« Les Archives nationales, faute de place, ont déjà cinquante ans d’arriéré de versement des archives notariales, il
s’en ajoute vingt-cinq de plus. »57

Les fonds d'archives qui ne sont pas traités ne peuvent pas faire l'objet d'une communication au public. Par
ailleurs, lorsqu'un fonds a été trié et analysé, il faut l'inventorier et essayer de constituer un instrument de
recherche. Les instruments de recherche sont nécessaires aux usagers des archives ; c'est grâce à ces
instruments que les usagers peuvent prendre connaissance des fonds conservés dans un service et en demander
la communication. Or, pendant longtemps, les instruments de recherche n'ont pas été systématiques. C'est un
frein à la communication, puisque comment demander à consulter des documents lorsque l'on n'en connaît pas
l'existence ? Sonia Combe dénonce, à l'époque de la parution de son ouvrage 58 (1994), le manque d'inventaires
pour les archives concernant la période de l'Occupation. Elle mentionne également que, parfois, les inventaires
existants sur cette période étaient soumis à dérogation pour leur consultation. Les instruments de recherche sont

56 Paul Ripoche, « La communication au public des archives et des documents administratifs », La Gazette des Archives, n°130-131, 1985,
p. 233-238.
57 Bruno Delmas, op. cit., p. 14.
58 Sonia Combe, op. cit.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 29
d'autant plus nécessaires pour la communication des archives de la série W. C'est une série où le chercheur est
rapidement perdu face à l'absence de découpage thématique, par opposition aux autres séries.

Les archives peuvent également être incommunicables en raison de leur état matériel, pour ne pas aggraver
davantage l'état des documents. Nombreuses sont les archives en mauvais état, nécessitant une restauration pour
être communicables. Cependant, ce dernier point ne peut pas véritablement être considéré comme un défaut de
traitement de la part des services. La restauration de documents coûte très cher et c'est une dépense que tous les
services ne peuvent pas se permettre. L'absence de moyens financiers risque alors de nuire à la libre
communicabilité des documents d'archives.

Ainsi les archives peuvent être inaccessibles en raison d'un défaut de traitement. Pour être communiqué,
un document d'archives doit avoir été archivé. Un retard ou un mauvais archivage porte préjudice à la
communication des documents. Le lecteur doit pouvoir disposer des outils nécessaires pour avoir une vue
d'ensemble des fonds disponibles. Certaines catégories d'archives ne sont pas communicables en raison de
délais spéciaux dont la justification est parfois assez floue. C'est le cas notamment des documents non
communicables pour protéger la « vie privée » et la « sûreté de l'État ».

2.2. Les notions de « vie privée » et de « sûreté de l'État »

L'inaccessibilité de certaines archives est définie selon des délais spécifiques dont la justification n'est pas
toujours explicite, conduisant parfois à des décisions arbitraires de la part des services d'archives. Les délais
imposés pour protéger la « vie privée » et la « sûreté de l'État »59 mettent en avant des notions floues.
Qu'entend-t-on par ces deux notions ?

La notion de « vie privée » a été souvent mal comprise par les services d'archives, les conduisant à déclarer
certains documents non communicables alors que ce n'était parfois pas le cas. La protection de la vie privée est
annoncée dès 1948 dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (article12), puis reprise à l'article 9
du Code Civil. D'après la juridiction de la CADA60, la notion de vie privée recouvre l'état civil, les coordonnées
personnelles, la situation patrimoniale et financière, la formation, les numéros d'immatriculation (police
d'assurance par exemple), l'appartenance politique ou religieuse et la situation professionnelle (dates de congés
par exemple). La notion de vie privée recouvre ainsi une large quantité d'informations à protéger ; autant
d'éléments que les archivistes doivent connaître pour définir correctement les délais de communicabilité des
documents. Les responsables d'archives doivent également veiller à maîtriser le concept de protection des

59 Voir l'article L213-2 en annexe n°6.


60 Voir http://www.cada.fr/protection-de-la-vie-privee,6111.html

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 30
personnes, qui est différent de la protection de la vie privée. La protection des personnes vise à restreindre la
communication des documents qui, selon le 3ème alinéa du I de l'article L. 213-2 :

« […] portent une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou
facilement identifiable, ou qui font apparaître le comportement d'une personne dans des conditions susceptibles de
lui porter préjudice ».61

Aucune archive publique contenant une information mettant en jeu la réputation d'une personne ne peut être
communiquée avant 50 ans. Ainsi, le délai cinquantenaire imposé pour la protection de la vie privée et la
protection des personnes contraint les archivistes à maîtriser des concepts variés, larges et parfois flous. Par
conséquent, certains documents, qui devraient être librement communicables, sont assujettis à un délai de 50
ans. De plus, les services d'archives, par manque de temps et/ou de personnel pour trier, impose parfois la non
communicabilité avant 50 ans pour l'ensemble d'un dossier ou d'une liasse alors que seuls quelques documents
sont réellement non communicables.

La notion de « sûreté de l'État » est également mentionnée à l'article L213-2 du Code du patrimoine. Cette
notion est également souvent mal interprétée par les responsables d'archives. La non-communicabilité de
document pour protéger la sûreté de l'État est plus rarement opposée que la notion de vie privée. Dénoncée
comme floue par le rapport Braibant, la notion de sûreté de l'État nécessite une explication. Cette notion
légitime la non-communicabilité de documents pour protéger la sécurité nationale. On peut se demander dès
lors quels documents sont protégés par ce délai. Selon une table ronde dirigée par Benoît Van Reeth 62, cette
notion recouvre plusieurs ensembles de documents dans le domaine militaire, financier ou économique. Dans le
domaine militaire, les documents non communicables pour protéger la sûreté de l'État peuvent être les archives
risquant de porter atteinte à la défense du pays. Dans l'espace économique et financier, la sûreté de l'État
recouvre une large quantité d'informations à maîtriser, comme le montre cette citation de Pierre Duquesne :

« Je donnerais un sens étroit et un sens large à la notion de sûreté de l’État en matière économique et financière. Du
sens étroit relève à l'évidence tout ce qui concerne la monnaie et la politique de change, donc le franc français, avec
des sensibilités qui, bien entendu, varient avec le temps. […] Le second aspect de ce sens étroit, c'est tout ce qui
concerne les contentieux financiers non réglés. Le troisième aspect de ces contentieux financiers bilatéraux, c'est
tout ce qui touche à la vie privée. »63

La notion de sûreté d'État fait donc référence à une variété importante de documents. Cette notion n'est pas
toujours comprise par les responsables d'archives et conduit parfois à des décisions arbitraires.

Ainsi, l'impératif de protection de la vie privée et de la sûreté de l'État peut, dans certains cas, faire
obstacle à la communication des archives. Dès 1996, dans son rapport, Guy Braibant dénonçait l'imprécision de
61 Article L213-2 du Code du Patrimoine.
62 Benoît Van Reeth, sous la dir., « La sûreté de l'État », La Gazette des Archives, n°177-178, 1997, p. 164-195.
63 Pierre Duquesne ; cité dans Benoît Van Reeth, op. cit., p. 174-175.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 31
ces deux notions. Cette imprécision nuit à la compréhension de ces deux notions et à leur application au sein
des services d'archives, favorisant ainsi des décisions arbitraires où le délai de 50 ans n'a parfois pas lieu d'être
appliqué. A côté de cela, coexistent des catégories particulières de documents dont la communication est
restreinte pour plusieurs raisons.

2.3. Des catégories particulières de documents

Deux catégories de documents présentent des particularités quant à leur communicabilité. Il s'agit en
premier lieu des archives statistiques, dont la communication et la possibilité de dérogation a longtemps été
délicate, puis des archives privées, dont le régime de communication est défini par les propriétaires des
documents ou par les personnes responsables de leur dépôt.

Le texte de base sur les documents statistiques est la loi du 7 juin 1951 sur l'obligation, la coordination et
le secret en matière de statistique. Selon un article de Jean Bégué dans La Gazette des Archives,

« La loi de 1951, distingue, parmi les données statistiques, les renseignements individuels ayant trait à la vie
personnelle et familiale et, d'une manière générale, aux faits et comportements d'ordre privé d'une part ; les
renseignements d'ordre économique ou financier d'autre part. »64

Le régime de communication des documents statistiques a évolué suite aux législations sur les archives de 1979
puis 2008. Sous la loi de 1951, les documents statistiques de base sont tenus au secret. Leur incommunicabilité
est prononcée à perpétuité et la possibilité d'adresser une demande de dérogation n'est pas autorisée. Sous la loi
du 3 janvier 1979, les archives statistiques deviennent communicables après un délai de 100 ans, mais toujours
sans possibilité de demande de dérogation. Par la suite, la dernière loi sur les archives du 15 juillet 2008
modifie le régime de communication des documents statistiques en imposant deux délais spécifiques. Un
premier délai de 25 ans et un second délai de 75 ans :

« I. ― Les archives publiques sont communicables de plein droit à l'expiration d'un délai de :

1° Vingt-cinq ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier :

a) Pour les documents dont la communication porte atteinte […] au secret en matière de statistiques sauf lorsque
sont en cause des données collectées au moyen de questionnaires ayant trait aux faits et comportements d'ordre privé
mentionnées aux 4° et 5° ; […]

4° Soixante-quinze ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier, ou un
délai de vingt-cinq ans à compter de la date du décès de l'intéressé si ce dernier délai est plus bref :

64 Jean Bégué, « Le cadre législatif français en matière de communicabilité des statistiques », La Gazette des Archives, n°130-131, 1985,
p. 230-232.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 32
a) Pour les documents dont la communication porte atteinte au secret en matière de statistiques lorsque sont en cause
des données collectées au moyen de questionnaires ayant trait aux faits et comportements d'ordre privé […] ». 65

Les archives statistiques ont donc un régime particulier de communication. Si les délais imposés entravent
encore une communication immédiate, ces archives sont toutefois plus ouvertes que lorsqu'elles étaient régies
par loi de 1951.

Les archives privées ont elles-aussi un régime particulier de communication. Les archives privées sont
définies brièvement dans le Code du patrimoine comme étant les archives qui ne font pas partie des archives
publiques66. Avant la loi de 1979, les archives privées étaient soumises aux mêmes règles que les archives
publiques. Depuis la loi du 3 janvier 1979, les conditions de communication des archives privées sont définies
par leurs propriétaires ou leur dépositaires, lors d'un don, d'un legs, d'un dépôt ou d'une dation. Lors de la
remise d'archives privées, le propriétaire peut en définir les conditions de conservation et de communication.
Les services d'archives sont alors tenus de respecter les conditions définies. En l'absence de précision quant aux
conditions de communication des archives privées, la tendance est d'appliquer les délais de communicabilité
des archives publiques. Cependant, ces communications doivent toujours se faire en respectant la vie privée des
personnes éventuellement mentionnées dans les documents. Les usagers des archives sont donc parfois
confrontés à des difficultés de communicabilité qui ne dépendent pas des responsables d'archives ou des délais
imposés par la législation. Parmi les archives déposées en tant que fonds privé, il existe certaines incohérences
pour les archives des hommes politiques. On l'a vu, certains hommes politiques considèrent les archives
constituées dans le cadre de leur fonction publique comme des archives privées. Ainsi, lorsque ces documents
sont déposés dans un service d'archives ils basculent dans le domaine privé et leur accessibilité est liée aux
conditions définies par le déposant.

Certaines catégories d'archives font donc l'objet de conditions particulières de communication. Les
documents statistiques obéissent à la loi de 1951 et ne sont communicables que s’ils ne portent pas atteinte au
secret en matière de statistiques. L'accessibilité des archives privées dépend des conditions de communication
définies par les propriétaires des documents. Cependant, il est parfois possible d'accéder aux documents
d'archives avant les délais de communicabilité fixés car des recours existent.

65 Article L213-2 du Code du patrimoine.


66 Article L211-5 du Code du patrimoine.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 33
3 Des recours possibles devant l'inaccessibilité de certains documents
d'archives
3.1. Les principes et le fonctionnement des dérogations

La possibilité d'accéder aux documents d'archives avant la fin des délais de communicabilité imposés est
affirmée à l'article L213-3 du Code du patrimoine67.

Les demandes de dérogation aux règles de communicabilité doivent être faites au sein du service d'archives
concerné, où l'usager remplit un formulaire de demande de dérogation 68. Au sein de ce formulaire, l'usager doit
décliner son identité et préciser le motif de sa demande. Une demande sérieuse et motivée reçoit une attention
d'autant plus favorable. Par ce formulaire, l'usager s'engage à ce que l'utilisation qu'il peut faire des documents
demandés en dérogation ne soit pas nuisible aux intérêts protégés par la loi. La demande de dérogation est alors
examinée, d'une part, par le service d'archives concerné qui émet un avis, favorable ou non, puis par le service
versant ou producteur. Les avis rendus par le service d'archives et l'autorité versante ou productrice ne sont pas
forcément identiques. Suite à l'avis rendu par le service versant ou producteur, le dossier de la demande de
dérogation est envoyé au Service Interministériel des Archives de France (SIAF) qui émet l'avis définitif. Tout
refus rendu, par le SIAF ou l'autorité dont émanent les documents, doit être expressément motivé, comme
l'indique l'article L213-5 du Code du patrimoine :

« Toute administration détentrice d'archives publiques ou privées est tenue de motiver tout refus qu'elle oppose à
une demande de communication de documents d'archives. » 69

Le SIAF suit généralement un refus émit par le service versant ou producteur, mais il peut prononcer un avis
défavorable alors que ledit service a autorisé la consultation par dérogation. Dans tout les cas, c'est au SIAF que
revient la décision finale. D'un point de vue général, les demandes de dérogation sont majoritairement
acceptées, et tendent à se réduire avec la loi de 2008 et l'ouverture des archives.
Les demandes de dérogation pour les archives militaires et les archives diplomatiques ne sont pas soumises au
SIAF mais à leurs ministères réciproques qui ont un service d'archives indépendant : le ministère de la Défense
pour les premières, et le ministère des Affaires étrangères pour les secondes.
L'essentiel des documents d'archives soumis à des délais de communicabilité peuvent faire l'objet d'une
demande de dérogation. Seules les minutes notariales de moins de 75 ans ne peuvent pas être demandées en
consultation par dérogation. Ainsi, malgré des délais parfois restrictifs, les dérogations permettent une
ouverture ponctuelle des fonds et sont un recours devant l'inaccessibilité de certaines archives.

67 Voir cet article en annexe n°6.


68 Un extrait de ce formulaire est disponible en annexe n°9.
69 Article L213-5 du Code du patrimoine.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 34
L'attribution des dérogations peut être individuelle ou générale. Les dérogations individuelle autorisent un
individu, ayant fait une demande de dérogation au préalable, à consulter temporairement les documents
demandés. Une fois cette consultation terminée, l'accessibilité des documents est de nouveau régie par les délais
imposés. Une nouvelle demande de dérogation est nécessaire pour accéder aux documents avant les délais. Les
dérogations générales quant à elle, ne sont pas attribuées par le SIAF mais par le ministre de la Culture. Elles
permettent l'ouverture d'un fonds à l'ensemble des usagers et non à une seule personne. Des dérogations
générales ont notamment été accordées pour les archives de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, face à des archives non librement communicables, des recours existent. La demande de dérogation
est généralement le moyen le plus utilisé pour avoir accès aux documents avant la fin des délais imposés. Les
dérogations, individuelles et générales, permettent ainsi l'ouverture anticipée de certaines archives. Cependant,
lorsque ces dérogations sont refusées aux usagers des recours supérieurs existent, notamment l'appel à la
CADA et aux tribunaux administratifs.

3.2. Des recours extérieurs : la CADA et les tribunaux administratifs

Pour ne pas nuire aux intérêts protégés par la loi, certains documents demandés en dérogation sont parfois
refusés. Face à ces refus des recours existent. Parmi eux, la Commission d'Accès aux Documents Administratifs
(CADA) est la plus utilisée. Viennent ensuite la saisie des tribunaux administratifs puis du Conseil d'État.

Depuis la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations,
la CADA peut donner son avis lorsqu'elle est saisie par un individu ayant des difficultés pour accéder à des
documents administratifs ou des archives publiques. Ainsi en cas de refus de dérogation, un individu peut saisir
la CADA dans les deux mois suivants le refus. La CADA, dans un délai d'un mois, émet alors un avis quant à la
communicabilité du document demandé. L'avis prononcé par ladite commission ne fait pas office d'avis
définitif. Le service d'archives ou le service versant n'a donc pas obligation de suivre l'avis ainsi rendu par la
Commission. Cependant, les administrations suivent généralement les avis rendus par la CADA. Lorsque le
refus de communiquer un document est maintenu, l'individu s'estimant lésé peut recourir au tribunal
administratif ou au Conseil d'État.

La CADA doit avoir été obligatoirement saisie avant tout recours aux tribunaux administratifs ou au
Conseil d'État. Le recours aux contentieux se fait en effet soit devant le tribunal administratif de la zone
géographique du service d'archives concerné, soit devant le Conseil d'État lorsque le refus de communicabilité
est adressé par un organisme à compétence nationale. La saisie de ces juridictions doit se faire dans les deux
mois suivant le dernier refus de communicabilité. Le juge statue alors sur la demande ainsi faite et peut mettre
en place les dispositions suivantes :

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 35
« Le juge peut demander à l'administration mise en cause la production de tous les documents nécessaires à l'affaire,
notamment les documents dont la communication a été refusée.

Il prononce l'annulation de la décision de refus de communication, s'il l'estime illégale.

Il peut aussi, à votre demande, et selon les motifs justifiant l'annulation, enjoindre, éventuellement sous astreinte,
l'administration à communiquer le document. »70

Les juges ont donc la possibilité de modifier les avis émis par l'autorité du service d'archives, de
l'administration versante ou de la CADA.

Ainsi, face aux refus de dérogations, il existe des recours extérieurs. La CADA peut émettre un avis
lorsqu'un individu s'est vu refuser une demande de dérogation. Mais son avis n'a pas valeur de décision finale.
Par opposition, le recours aux juridictions tels que les tribunaux administratifs et le Conseil d'État, peuvent
annuler un refus de communicabilité et permettre la communication du document demandé.

Au terme de cette dernière partie, il est possible de constater que la loi du 15 juillet 2008 garantit des
principes libéraux évidents. Elle ouvre les archives plus qu'elle ne crée des secrets d'État. Cependant des
obstacles à la libre communicabilité annoncée sont toutefois perceptibles. L'accessibilité des archives politiques
est soumise à l'autorité versante, les défauts de traitement peuvent nuire à la communication de documents, tout
comme la mauvaise compréhension de certains délais, et des catégories de documents peuvent faire l'objet d'un
régime de communication spécifique. Face à cela, des recours existent. Les dérogations sont le moyens le plus
utilisé, mais en cas de persistance du refus de communicabilité il est possible de faire appel à la CADA, aux
tribunaux administratifs ou au Conseil d'État.

70 http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F2472.xhtml

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 36
*****

Depuis la première loi sur les archives publiques en 1794, la politique de communication des archives a
considérablement évoluée. La loi du 7 messidor an II pose les premières bases d'une législation appelée à
évoluer. Cette loi annonce le principe d'une libre communicabilité des archives, un principe qui est cependant
incertain et souvent remis en question par des politiques gouvernementales restreignant l'accès aux archives. Au
XIXème siècle, seules les archives de plus de 50 ans sont ainsi librement communicables.

L'ouverture des archives publiques est souhaitée par tous ; amateurs comme professionnels aspirent à une
plus grande accessibilité des archives de la nation. Les années 1920-1930 tentent de combler les manques de la
législation post-révolutionnaire. De timides tentatives d'ouverture sont mises en place mais aucune législation
ne vient uniformiser l'ensemble des réglementations des archives.

Ce sont les années 1960-1970 qui sont décisives pour la législation archivistique. La France aspire à une
plus grande transparence et à une ouverture de ses archives. Elle tente ainsi de s’insérer dans une tendance
internationale d'ouverture et est notamment être influencée par la réglementation américaine des archives avec
« The Freedom of Information Act ». Au début des années 1960, le délai cinquantenaire est alors réduit de 8
ans, permettant la communication des documents antérieurs à 1920. En janvier 1978, la loi « Informatique et
libertés » encadre la communication des fichiers contenant des données nominatives et la loi du 17 juillet 1978
annonce la libre communicabilité des documents administratifs et créer une commission, la CADA, pour veiller
au respect des règles en matière d'accessibilité des documents administratifs.

La volonté de transparence et d'ouverture gagne ainsi la France. Rapidement, il devient nécessaire


d'appliquer cette même volonté aux archives publiques. Deux siècles après la législation de messidor, une
nouvelle loi est instaurée en 1979. Le point fondamental de cette loi est l'élaboration de nouveaux délais de
communicabilité et la volonté générale d'une ouverture des archives. Le délai légal de communication est
ramené à 30 ans et la pratique des dérogations est systématisée. Face à cela cependant, se dresse une liste de
délais spécifiques, de 60 à 150 ans, restreignant ainsi la libre communicabilité annoncée.

Au cours des années 1990, le rapport Braibant dresse le constat de l'application de la loi du 3 janvier 1979
dans les services d'archives. Le bilan est sévère, une refonte de la législation est nécessaire, d'autant plus que les
citoyens aspirent à connaître le passé et la vérité historique. La volonté de rétablir une vérité trop longtemps
confisquée fait échos à la volonté d'ouverture des archives.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 37
La mise en place de la nouvelle loi sur les archives est longue. Il faut attendre 12 ans après les
constatations du rapport Braibant pour que soit adoptée, le 15 juillet 2008, la nouvelle loi. Les amendements
proposés par le Sénat en première lecture, pour un allongement de certains délais de communicabilité et la
création d'une catégorie d'archives incommunicables, suscitent des oppositions de masse. Les contestations de
l'AUSPAN sont suivies par la communauté des historiens, chercheurs, généalogistes, archivistes ou simple
usagers. Devant ce soulèvement général, le Sénat annule certaines de ses propositions et la loi est adoptée le 15
juillet 2008.

Les apports de la nouvelle loi sont indéniables. Les mesures les plus importantes sont prises pour une
réduction globale des délais de communicabilité. L'ouverture des archives est réelle. La libre communicabilité
annoncée dès 1794 est, aujourd'hui plus que hier, un principe légitime qui ne peut pas être remis en cause.

Presque 6 ans après la législation du 15 juillet 2008, qu'en est-il aujourd'hui de la satisfaction des usagers
quant aux délais de communicabilité ? Quelle perception les usagers ont-ils de ces délais ; sont-ils suffisamment
informés ?

Des difficultés d'accessibilité persistent cependant. La communication des archives politiques reste sous la
décision de leurs propriétaires. Les défauts de traitement, comme l'absence d'inventaire, nuisent à la
communication des documents. Les justifications floues de certains délais, comme la notion de « vie privée »
entraînent parfois des décisions arbitraires de la part des responsables d'archives. Par ailleurs, la communication
de certains documents ne dépend pas toujours des règles imposées par la loi. C'est ainsi le cas des archives
privées dont le régime de communication est soustrait aux conditions fixées par les propriétaires. La question se
pose alors de savoir comment ces difficultés de communicabilité évoluent-elles aujourd'hui ? Les usagers sont-
ils égaux devant les refus de communicabilité ?

Face aux difficultés de communicabilité, des recours existent. Il est ainsi possible de faire des demandes
de dérogation et de saisir la CADA, le tribunal administratif ou le Conseil d'État lorsque celles-ci sont refusées.
Les dérogations sont majoritairement utilisées en cas de difficultés d'accessibilité aux documents d'archives. En
2008, elles sont moins utilisées que sous la loi de 1979, car la nouvelle loi a permis l'ouverture de nombreux
fonds, notamment ceux de la Seconde Guerre mondiale. De plus, les demandes instruites reçoivent
généralement une réponse positive de la part du SIAF. Ces remarques générales sont-elles confirmées
aujourd'hui ? Le SIAF a mis en place un observatoire des dérogations, fournissant ainsi à toute personne qui le

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 38
souhaite des données statistiques sur l'évolution des dérogations. Mais d'un point de vue social, quel est le
ressenti des usagers face aux dérogations ; estiment-ils qu'il s'agit d'un outil d'ouverture suffisant ?

L'ensemble de ces questions seront étudiées dans le cadre des services départementaux d'archives. Ce sont
ces services qui sont le plus accessibles, qui accueillent la majorité des lecteurs en comparaison des archives
communales ou nationales et communiquent le plus de documents.71

71 Constatations faites d'après les derniers chiffres clés du ministère de la Culture, années 2011 et 2012, disponibles sur
http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/archives-publiques/chiffres-clefs-rapports-et-etudes/chiffres-clefs-de-la-culture/

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 39
Bibliographie

HISTOIRE DES ARCHIVES : ÉTUDES GÉNÉRALES

BAUTIER (Robert-Henri), « Les archives », L'Histoire et ses méthodes, Paris, Gallimard, 1961, p. 1120-1161.

COEURÉ (Sophie), DUCLERT (Vincent), Les archives, Paris, La Découverte, 2011, 123 p.

DUCHEIN (Michel), « Requiem pour trois lois défuntes », La Gazette des Archives, n°104, 1979, p. 12-16.

FAVIER (Jean), Les Archives, Paris, Presses Universitaires de France, 7ème édition, 2001, 128 p.

HISTOIRE DES ARCHIVES : ÉTUDES PARTICULIÈRES

Archives et communication
BASTIEN (Hervé), « Du bon usage des dérogations : à propos d'un arrêt récent du conseil d'État », La Gazette
des Archives, n°167, 1994, p. 410-415.

BÉGUÉ (Jean), « Le cadre législatif français en matière de communicabilité des statistiques », La Gazette des
Archives, n°130-131, 1985, p. 230-232.

BOISARD (Geneviève), « La documentation administrative et l'inventaire des publications officielles


françaises », Bulletin des bibliothèques de France, n°12, 1980, p. 597-599.
DUCHEIN (Michel), « La communication des archives contemporaines », Vingtième Siècle : Revue d'histoire,
n°8, octobre-décembre 1985, p. 123-125.

FAVIER (Jean), « La communication des archives contemporaines en France : droit et pratique », La Gazette
des Archives, n°130-131, 1985, p. 202-210.

LE POTTIER (Jean) (sous la dir.), « L'accès des citoyens aux documents », table ronde, La Gazette des
Archives, n°177-178, 1997, p. 219-235.

LE POTTIER (Jean), « La communication des documents publics contemporains : synthèse des comptes rendus
des réunions régionales de l'association des archivistes français », La Gazette des Archives, n°130-131, 1985,
p. 213-224.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 40
RIPOCHE (Jean), « La communication au public des archives et des documents administratifs », La Gazette
des Archives, n°130-131, 1985, p. 233-238.

Archives et « vie privée »


GASNAULT (François) (sous la dir.), « La vie privée », table ronde, La Gazette des Archives, n° 177-1778,
1997, p. 197-218.

HILDESHEIMER (Françoise), FAVIER (Jean), Les Archives privées : le traitement des archives personnelles,
familiales, associatives, Paris, Christian, 1990, 94 p.

TOURTIER-BONAZZI (Chantal de), « La loi du 3 janvier 1979 et les archives privées », La Gazette des
Archives, n°107, 1979, p. 261-270.

Archives, politique et État

DUCLERT (Vincent), « Le secret en politique au risque des archives? Les archives au risque du secret en
politique. Une histoire archivistique française », Matériaux pour l'histoire de notre temps, 2000, n° 58,
p. 9-27.

LAVEISSIÈRE (Jean), « Le régime juridique des documents liés à l'exercice d'une fonction politique : lacune
ou laxisme ? », La Gazette des Archives, n°130-131, 1985, p. 241-250.

MONIER (Frédéric), « Le secret en politique, une histoire à écrire », Matériaux pour l'histoire de notre temps,
2000, n°58, Le secret en histoire, p. 3-8.

VAN REETH (Benoît) (sous la dir.), « La sûreté de l’État », table ronde, La Gazette des Archives, n°177-178,
1997, p. 164-195.

Archives « sensibles », archives « secrètes »

COMBE (Sonia), Archives Interdites : Les peurs françaises face à l'Histoire contemporaine, Paris, A. Michel,
1ère édition, 1994, 327 p.

COMBE (Sonia), Archives Interdites : l'histoire confisquée, Paris, La Découverte, 2001, 325 p.

CONAN (Éric), ROUSSO (Henry), Vichy, un passé qui ne passe pas, Paris, Gallimard, 2ème édition, 1996,
513 p.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 41
DEWERPE (Alain), Espion : une anthropologie historique du secret d'État contemporain, Paris, Gallimard,
1994, 478 p.

FULIGNI (Bruno), (sous la dir.), Dans les archives inédites des services secrets. Un siècle d'espionnage
français (1870-1989), Paris, L'Iconoclaste, 2011, 654 p.

LAURENT (Sébastien), (sous la dir.), Archives « secrètes », secrets d'archives ? Historiens et archivistes face
aux archives sensibles, Paris, CNRS, 2003, 288 p.

OBERT (Caroline), « Transparence et secret : l'accès aux archives contemporaines », Vingtième Siècle : Revue
d'histoire, n°52, octobre-décembre 1996, p. 126-128.

RENÉ-BAZIN (Paule), « La politique des Archives de France à l'égard de l'histoire de Vichy », Vingtième
Siècle : Revue d'histoire, n°102, 2/2009, p. 171-182.

SIMMEL (Georg), Secret et sociétés secrètes, Paris, Circé, 1996, 119 p.

WOLIKOW (Serge), (sous la dir.), Une histoire en révolution ? Du bon usage des archives, de Moscou et
d'ailleurs, Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, 1996, 315 p.

Archives, droit et législation

BEAUD (Olivier), « Les archives saisies par le droit », Genèses, 1990, p. 131-143.

BRAIBANT (Guy), « La législation française », La Gazette des Archives, n° 177-178, 1997,


p. 136-138.

CORNU (Marie), NÉGRI (Vincent), Code du patrimoine et autres textes relatifs aux biens culturels, Paris,
LexisNexis, 2012, 1953 p.

CORNU (Marie), FROMAGEAU (Jérôme), (sous la dir.), Les archives et le droit, Actes du colloque de
Sceaux, 25-26 mai 2000, Paris, L'Harmattan, 2003, 209 p.

CORNU (Marie), FROMAGEAU (Jérôme), (sous la dir.), Quel avenir pour les archives en Europe ? Enjeux
juridiques et institutionnels, Paris, L'Harmattan, 2010, 210 p.

DUCHEIN (Michel), « Législation et structures administratives des Archives de France, 1970-1988 », La


Gazette des Archives, n°141, 2e trimestre, 1988, p. 1-17.

GONOD (Pascale), « La réforme des archives : une occasion manquée », Actualité Juridique Droit
Administratif , 2008 p. 1597.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 42
HISTORIQUE, CONTENU ET APPLICATION DE LA LOI DU 3 JANVIER 1979

CHARPY (Jacques), « La loi du 3 janvier 1979 et la communication des documents », La Gazette des Archives,
n°107, 1979, p. 241-257.

DUCHEIN (Michel), « Les innovations apportées par la loi du 3 janvier 1979 », La Gazette des Archives,
n°107, 1979, p. 129-240.

DUCROT (Ariane), « Comment fut élaborée et votée la loi sur les archives du 3 janvier 1979 ? », La Gazette
des Archives, n°104, 1979, p. 17-33.

LAURENT (Sébastien), La loi, les archives, l'histoire, [en ligne], disponible sur http://www.vacarme. org/articl
e1590.html (consulté le 15 novembre 2013).

HISTORIQUE, CONTENU ET APPLICATION DE LA LOI DU 15 JUILLET 2008

BIRNBAUM(Jean), HERZBERG (Nathaniel), « Des historiens dénoncent un projet de loi visant à limiter
l'accès aux archives », Le Monde, 16 avril 2008.

COUTURIER (Brice), Les archives entre transparence et protection de la vie privée, [en ligne], disponible sur
http://www.franceculture.fr/emission-les-archives-entre-transparence-et-protection-de-la-vie-priv%C3%A9e-
2008-04-29.html (consulté le 1er février 2014).

DELMAS (Bruno), MORIN (Gilles), « Les archives en France. Bouleversements et controverses »,


Histoire@Politique, [en ligne], 2008/2 n°5, disponible sur http://www .cairn.info/revue-histoire-politique-
2008-2-page-0.htm (consulté le 1er février 2014).

DUCLERT (Vincent), « La nuit des archives », Le Monde, 17 avril 2008.

FABRE (Clarisse), « Le gouvernement crée une catégorie d'archives ''incommunicables'' », Le Monde, 30 avril
2008.

FERNANDEZ (Hélène), Inquiétudes sur le projet de loi relatif aux archives, [en ligne], disponible sur
http://www.laviedesidees.fr/+Inquietudes-sur-le-projet-de-loi+.html (consulté le 30 janvier 2014).

KUHN (Samuel), Loi sur les archives : devoir de vigilance, [en ligne], disponible sur http://blogs.mediapart
.fr/edition/usages-et-mesusages-de-lhistoire/article/180408/loi-sur-les-archives-devoir-de-vigilan (consulté le
30 janvier 2014).

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 43
LEPRINCE (Chloé), « Archives : Vichy et la guerre d'Algérie bientôt inaccessibles ? », Le Nouvel
Observateur, 17 avril 2008.

THOMAS (François), La querelle des archives, [en ligne], disponible sur http://www.non fiction.fr/article-
1017-la_querelle_des_archives.htm (consulté le 30 janvier 2014).

PROJET DE LOI SUR LES ARCHIVES ET LE PATRIMOINE POUR 2014

ELGEY (Georgette), LEMOINE (Hervé), Travaux de commission du Sénat sur l'accès aux documents
administratifs et aux données publiques, [en ligne], disponible sur http://videos.senat.fr/
video/videos/2014/video22 210.html (consulté le 24 avril 2014).

JOST (Clémence), Les généalogistes montent au créneau contre la future loi sur les archives en préparation,
[en ligne], disponible sur http://www.archimag.com/archives-patrimoine/2014/04/22/g%C3%A9n
%C3%A9alogie- p%C3%A9tition-modification-loi-archives (consulté le 21 avril 2014).

LE GOFF (Samuel), Info contexte – L'avant projet de loi sur le Patrimoine, [en ligne], disponible sur
https://www.contexte.com/article/culture/info-contexte-lavant-projet-de-loi-sur-le-patrimoine.html (consulté le
24 avril 2014).

NAVARRO (Jordi), Patrimoine : une loi pour fermer les archives ?, [en ligne], disponible sur
http://www.papiers-poussieres.fr/index.php/2014/04/03/patrimoine-une-loi-pour-fermer-les-archives/ (consulté
le 24 avril 2014).

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 44
État des sources

SOURCES LÉGISLATIVES ET RÉGLEMENTAIRES

BERNARD-XÉMARD (Clara), Droit civil 2013-2014 : les personnes-la famille, Paris, Gualino, 2013, 539 p.

BRAIBANT (Guy), Les archives en France, « Rapport au Premier Ministre », Paris, La Documentation
Française, 1996, 303 p.

FOREY (Elsa), MONNIER (Sophie), Droit de la culture, Paris, Gualino, 2009, 298 p.

GARREC (René), rapport n°146 sur le projet de loi relatif aux archives, [en ligne], 19 décembre 2007,
disponible sur http://www.senat.fr/rap/l07-146/l07-146.html (consulté le 1er février 2014).

Ligue des droits de l'Homme de la section de Toulon, Rapport Braibant. 40 propositions pour les archives en
France, [en ligne], disponible sur http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/arch/braibant.html (consulté le 26 mars
2014).

QUÉNET (Maurice), Quel avenir pour les Archives de France ? Rapport au Premier ministre, [en ligne],
2011, 91 p., disponible sur http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/1140
00194/0000.pdf (consulté le 18 février 2014).

Recueil des lois et règlements relatifs aux archives, 1958-1988, Paris, 1988, 2 vol.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, Livre II « Archives » du Code du patrimoine, Chapitre III « Régime de


communication », [en ligne], disponible sur http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=9DCE
691F2DBB12B5802A6E375A059296.tpdjo08v_2?idSectionTA=LEGISCTA000006159942&cidTexte=LEGIT
EXT000006074236&dateTexte=20140204 (consulté le 5 novembre 2013).

Sénat, Projet de loi n°471 relatif aux archives, [en ligne], enregistré à la Présidence du Sénat le 28 août 2006,
disponible sur http://www.senat.fr/leg/pjl05-471.html (consulté le 1er février 2014).

Sénat, Projet de loi sur les archives adopté, [en ligne], 8 janvier 2008, disponible sur
http://www.senat.fr/leg/tas07-047.html (consulté le 5 novembre 2013).

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 45
SOURCES D'ARCHIVES

Archives départementales de Maine-et-Loire


Archives du service :

AS 168 Demandes de dérogation aux délais légaux de communicabilité. 1987-1989

AUTRES SOURCES

Source sonore
VIEVORKA (Annette), STORA (Benjamin), invités France Inter de l'émission du 21 avril 2008 sur le projet de
loi sur les archives, [en ligne], disponible sur http://www.dailymotion .com/video/x55jdj_awievorka-et-bstora-
france-inter _news (consulté le 30-01-2014).

Questionnaires
Deux questionnaires ont été réalisés ; l'un pour le public professionnel des historiens, le second pour un public
plus général. Ces questionnaires sont constitués respectivement de 48 questions pour le premier, et 44 pour le
second, divisées en trois parties : la première est générale et s'intéresse aux profils des individus interrogés, la
seconde est orientée vers les délais de communicabilité et la troisième porte sur la communication des
documents dans les services départementaux. Les questionnaires ont été diffusés largement sur internet, dans
les forums « Pages 14-18 » et « Geneanet » et sur la liste de diffusion de l'Association des
Historiens Contemporanéistes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Pour une plus grande diversité
de réponses, un questionnaire a été diffusé sur les réseaux sociaux (page Facebook de l'Aedaa), ainsi qu'à la
liste mail des étudiants angevins appartenant à la formation professionnelle « métier des archives » (licence et
master).

Entretiens
La dernière question de chaque questionnaire s'adressait aux usagers des archives départementales souhaitant
partager leur expérience. Au total, 18 personnes ont accepté de témoigner, 9 dans chaque questionnaire. Une
sélection a été faite, privilégiant les personnes ayant fait une demande de dérogation. 10 personnes ont été
sélectionné et 5 ont répondu favorablement. Les témoins étant répartis dans l'ensemble de la France, des
entretiens téléphoniques ont été menés, entre 10 et 40 minutes.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 46
Les usagers face aux refus de communicabilité et aux
dérogations dans les services d'archives
départementaux aujourd'hui

Les difficultés d'accessibilité aux documents d'archives soulignées par Sonia Combe en 1994 sont
aujourd'hui obsolètes. Les conditions de communication se sont sensiblement améliorées et les usagers sont
plus à même d’accéder aux archives. Cependant des refus de communicabilité persistent toujours aujourd'hui ;
quels sont-ils ? La théorie selon laquelle les historiens et les chercheurs professionnels sont privilégiés quant à
l'accès à certaines archives est-elle attestée aujourd'hui au sein des services départementaux d'archives ? Les
archives départementales constituent pour certains usagers une source d'informations et de documentations
primordiale. Mais, lorsque les documents sont refusés, les services d'archives départementaux et les usagers
mettent-ils en place des solutions pour pallier à ces refus ? L'un des moyens d'accéder aux documents avant les
délais imposés est l'usage de la dérogation. Présentée autrefois comme un recours long, compliqué et accordée
arbitrairement, la dérogation fait-elle systématiquement suite à un refus de communicabilité ?

Les dérogations fournissent, nous l'avons vu, un recours face aux refus de communicabilité. Or, depuis la
loi du 15 juillet 2008, les demandes de dérogations ont tendance à diminuer. Les fonds auparavant largement
demandés pour être consultés avant les délais imposés sont désormais accessibles. De ce constat, il semble
nécessaire de se demander aujourd'hui quelle est la place et la pratique des dérogations dans les services
d'archives départementaux ? Les refus de communicabilité sont-ils systématiquement suivis par une demande
de dérogation ? Les principes selon lesquels les demandes de dérogations doivent être instruites sont-ils
toujours respectés ? Depuis 2008, les dérogations sont moins nombreuses et sont généralement accordées par le
SIAF. De ce point de vue, il semble nécessaire de s'interroger sur la pertinence de leur pratique ; leur intérêt ne
doit-il pas être remis en cause ? De même l'octroi de plus en plus systématique des dérogations ne remet-il pas
indirectement en cause la pertinence des délais imposés ? Ne faudrait-il pas accorder des dérogations générales
pour des fonds dont les dérogations individuelles sont systématiquement accordées ?

Face à ces refus de communicabilité, les usagers sont-ils toujours suffisamment informés ? Les délais de
communicabilité sont nombreux et parfois complexes à comprendre, nous l'avons vu. Il est nécessaire que les
publics soient informés de leurs droits, des délais en vigueur dans les services départementaux et des recours
existants (dérogation, CADA...). Il s'agira alors d'analyser le degré d'instruction des usagers aujourd'hui.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 47
La loi du 15 juillet 2008 est présentée comme une loi d'ouverture. Aujourd'hui, est-ce une politique
d'ouverture satisfaisante pour les usagers ? Les archives sensibles, décriées par Sonia Combe, sont plus
accessibles en 2008 et aujourd'hui. Mais quels rapports les usagers entretiennent-ils avec ces archives
sensibles ? La notion de « secret d'État » existe-t-elle toujours pour les usagers ?

L'ensemble de ces questions seront abordées dans le cadre des archives départementales. Selon le chiffre
du Ministère de la Culture et de la Communication, les services départementaux d'archives ont accueilli près de
70 % des usagers entre 2007 et 2010.

Cette étude a été réalisée par le biais de questionnaires et d'entretiens semi-directifs. Deux questionnaires
ont été réalisés.

Un premier questionnaire72, composé de 44 questions, s'adresse à un public mixte : hommes, femmes, retraités,
étudiants, employés, patrons, amateurs, passionnés... Ce questionnaire a été diffusé pendant un mois sur
internet, dans les forums « Geneanet » et « Pages 14-18 », sur la page Facebook de l'AEDAA, ainsi qu'à la liste
des étudiants angevins appartenant à la formation « métiers des archives » (licence et master). La diffusion par
internet a permis de toucher l'ensemble des départements. Ainsi ils sont nombreux à être représentés : Alpes-
Maritimes, Bas-Rhin, Ille-et-Vilaine, Paris, Pas-de-Calais, Var...
Au total, ce questionnaire a été complété par 52 personnes. Cependant le nombre de répondants peut varier
selon les questions car elles n'étaient pas toutes obligatoires. La dernière question s'adressait aux personnes
souhaitant laisser leurs coordonnées pour témoigner de leur expérience ; 9 personnes ont ainsi accepté de mener
un éventuel entretien.

Le second questionnaire73, composé de 48 questions, touche un public plus professionnel : les historiens.
Ce questionnaire a, en effet, été diffusé à la liste de diffusion de l'Association des Historiens
Contemporanéistes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (AHCESR). Ce questionnaire s'adresse
donc à un public plus expérimenté dans le domaine des archives : des historiens les ayant généralement utilisées
de nombreuses fois pour leurs études (mémoire, thèse) ainsi que leurs activités professionnelles (conférence,
colloque, rédaction d'un article...). Ainsi, certains, durant leur carrière, n'ont travaillé que sur dérogation. De
même que le premier, ce questionnaire touche un large ensemble de départements.

72 Questionnaire en annexe n°10.


73 Questionnaire en annexe n°11.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 48
Au total, ce questionnaire a été complété par 20 personnes dont 9 ont accepté de laisser leurs coordonnées pour
témoigner. De même que le premier questionnaire, le nombre de répondants peut varier selon les questions car
elles n'étaient pas toutes obligatoires.

Un tableau récapitulatif proposé en annexe n°12 résume les réponses obtenues aux questionnaires, et
permet de saisir les profils des individus y ayant répondu : âge, sexe, profession, taux de fréquentation en
archives départementales...

Les réponses à ces deux questionnaires ont été analysées dans une perspective statistique. A partir des
réponses fournies, des graphiques ont été réalisés permettant ainsi de réaliser des pourcentages et des données
cohérentes. Pour compléter cette étude, une dimension sociale était nécessaire. Celle-ci a pu être apportée par le
biais d'entretiens.

Sur les deux questionnaires, 18 personnes ont donc accepté de laisser leurs coordonnées pour apporter
leurs témoignages quant aux difficultés de communicabilité auxquelles elles ont pu être confrontées dans les
services départementaux d'archives. Cependant sur ces 18 personnes, toutes n'ont pas été confrontées à de
réelles difficultés de communicabilité. De plus, toutes n'ont pas saisi la spécificité d'une étude sur les archives
départementales, ainsi plusieurs personnes souhaitant apporter leurs témoignages sur les Archives nationales
ont été écartées. Une sélection a donc été nécessaire en fonction des réponses données. Les individus ayant été
confrontés à des difficultés de communicabilité dans un service d'archives départementales et ayant instruit une
demande de dérogation ont été privilégiés. Au total, 10 personnes ont été sélectionnées, mais seulement 5 ont
répondu à ma demande d'entretien. Les entretiens se sont alors déroulés les 17 et 18 avril 2014. Les 5
départements concernés étaient localisés dans l'ensemble de la France ; par souci d'économie, les entretiens ont
donc été faits par téléphone. Une grille d'entretien74 a été élaborée pour mener des entretiens semi-directifs.
Selon les personnes interrogées, les entretiens ont duré entre 10 et 40 minutes. Certaines personnes parlaient en
effet spontanément de leur expérience et allaient même au-delà des réponses demandées ; par opposition
d'autres personnes avaient du mal à s'exprimer et attendaient que des questions soient posées. Les réponses
apportées lors de ces entretiens seront utilisées dans cette étude de façon anonyme.

74 Grille d'entretien en annexe 13.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 49
Partie 1 - Les publics et la politique de communication des services
d'archives départementaux

La loi du 15 juillet 2008 est en place dans les services d'archives depuis près de 6 ans. Après ces années de
pratique, les nouveaux délais de communicabilité sont-ils correctement diffusés et assimilés ? La présentation
de la loi comme une loi d'ouverture est-elle toujours pertinente du point de vue des publics des archives
départementales ? Au cœur des questions d'accessibilité, qu'en est-il des archives sensibles ?

1 Des publics assez informés ?


1.1. Des lacunes dans la connaissance de la législation ?

Connaître la législation archivistique suppose quelques bases nécessaires dans le domaine des archives.
Les usagers peuvent prendre connaissance de cette législation grâce aux affichages et aux informations dans les
services et par leurs propres moyens.
D'après l'illustration 1, il apparaît que les usagers des archives
départementales connaissent la loi sur les archives du 15 juillet
200875. Parmi les 72 personnes interrogées, plus de 72 % déclarent
connaître la loi, tous publics confondus. Cependant, il n'est pas pour
autant systématique qu'ils connaissent les détails de cette loi, et
notamment les délais de communicabilité, point sur lequel les
Illustration 1: réponses à la question :
chiffres réunis sont moins tranchés. « Connaissez-vous la loi récente sur les
archives, votée en 2008 ? »
La connaissance des délais de communicabilité en
vigueur dans les services départementaux a été abordée
dans les deux questionnaires : à la question 12 pour le
questionnaire du public mixte et à la question 14 pour
le questionnaire adressé aux historiens. Le second
graphique montre que les usagers des archives
départementales connaissent majoritairement les délais Illustration 2: réponses à la question : « Connaissez-vous les
délais de communicabilité en vigueur dans les services
de communicabilité en place dans les services départementaux d'archives ?

départementaux. En effet, on constate que plus de 91 %

75 Question 16 pour le questionnaire du public mixte et 18 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 50
(pourcentage total des « oui ») des usagers déclarent connaître les délais de communicabilité. De plus, 54 %
affirment très bien connaître ces délais. Cependant, il faut retenir également que plus de 37 % des usagers
déclarent connaître insuffisamment ces délais et que près de 9 % ne les connaissent pas du tout. Il y a donc des
lacunes assez importantes dans la connaissance des délais. Il convient d'analyser plus précisément ces chiffres
selon le public concerné.
D'après le graphique ci-
contre, on observe que les
usagers affirmant ne pas
connaître les délais de
communicabilité
appartiennent au public mixte
(6 personnes). Aucun
historien ne déclare ne pas Illustration 3: analyse de la connaissance des délais de communicabilité – Par usager

connaître les délais. Cependant, il ne faut pas généraliser et affirmer que les historiens ont moins de lacunes que
le public mixte dans la connaissance des délais de communicabilité. En effet, on observe que parmi les 20
réponses des historiens, 9 personnes (soit 45%) déclarent très bien connaître les délais et plus de la moitié
affirme les connaître avec quelques lacunes. Par comparaison, sur les 52 réponses du public mixte, 30 affirment
très bien connaître ces délais (soit 58%). La généralisation selon laquelle les historiens, en vertu de leurs
connaissances et de leur fréquentation régulière des archives, auraient une meilleure connaissance des délais de
communicabilité paraît donc ici erronée. D'un point de vue général, donc, la connaissance des délais de
communicabilité est assez équitable entre les deux publics. Au sein de ces questions d'accessibilité, qu'en est-il
de la connaissance des dérogations pas les usagers des archives départementales ?
La connaissance des dérogations a été abordée par deux questions dans chaque questionnaire. Une première
générale : « Connaissez-vous
l'existence des dérogations ? »76 ;
une seconde plus précise : « Savez-
vous qu'il existe des dérogations
personnelles et des dérogations
générales ? »77. Ces deux questions
Illustration 4: réponses à la question : « Connaissez-vous l'existence des
ont fourni des réponses assez variées dérogations ? »

selon le public interrogé.

76 Question 24 pour le questionnaire du public mixte et 26 pour le questionnaire aux historiens.


77 Question 26 pour le questionnaire du public mixte et 28 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 51
D'après l'illustration 4, on observe que seulement 50 % des usagers déclarent connaître correctement l'existence
des dérogations, soit 36 réponses sur 72. Si l'on examine ce chiffre selon le public interrogé, on s'aperçoit que
les lacunes dans la connaissance des dérogations sont globalement localisées dans le public mixte, alors que
80 % historiens déclarent connaître ce recours. Mais d'une façon générale, les usagers, tous publics confondus,
connaissent l'existence des dérogations puisque les oui (total des « oui » et des « oui insuffisamment »)
réunissent plus de 80 % des réponses. Qu'en est-il de cette observation lorsque l'on aborde des questions plus
précises ? Les usagers des archives départementales sont-ils à même de faire la distinction entre dérogation
personnelle ou et dérogation générale ?
D'après l'illustration 5, il apparaît que non à
plus de 54 %. Les résultats sont toutefois
partagés puisque plus de 45 % connaissent
ces deux types de dérogations. Du point de
vue des réponses propres à chaque public,
Illustration 5: réponses à la question : « Savez-vous qu'il existe des
les résultats sont également partagés : il y a dérogations personnelles et des dérogations générales ? »

une égalité parfaite chez les historiens et une égalité relative chez le public mixte. D'après un entretien mené le
20 février 2014 avec M. Cyril Olivier78, attaché de conservation aux archives départementales de la Gironde, il
apparaît que cette mixité entre connaissance et ignorance est également perceptible par celui qui instruit la
dérogation : « Je dirais qu'il y a deux cas de figure : ceux qui en savent trop et qui tentent de ruser les archives, et ceux qui ne savent même pas
qu'il existe des archives non communicables. »

Ainsi, les usagers des archives départementales ont, globalement, une bonne connaissance de la législation
relative à l'accessibilité de celles-ci. La connaissance de la loi de 2008 est avérée, mais quelques lacunes sont
perceptibles dans la connaissance précise des délais de communicabilité et dans celle des dérogations. Si
quelques différences sont visibles entre les connaissances du public mixte et celles des historiens, il y a
toutefois un certain équilibre. Les lacunes rencontrées dans la connaissance de la législation sont-elles dues à un
manque d'information de la part des services départementaux d'archives ?

1.2. Des moyens d'information imparfaits

Dans les deux questionnaires, la question de l'information apportée par les services d'archives aux usagers
est abordée. Il s'agit de voir si, pour les usagers, les informations sur les délais de communicabilité et sur les
dérogations sont suffisantes.

78 M. Cyril Olivier, historien, attaché de conservation, chargé du bureau des recherches aux archives départementales de la Gironde, a donné son
accord pour être cité dans ce mémoire.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 52
D'après le graphique ci-après79, il apparaît assez clairement que les usagers manquent d'information quant
aux nouveaux délais et aux règles de communicabilité.
Les chiffres sont clairs et presque
identiques dans les deux questionnaires :
près de 70 % des usagers interrogés
aspirent à davantage d'information au
sein des services départementaux. Les
moyens d'information mis en œuvre dans
les services d'archives départementaux Illustration 6: réponses à la question « Pensez-vous que les informations
relatives aux nouveaux délais et aux règles de communicabilité devraient être
doivent donc être quelque peu remis en mieux diffusées dans les services départementaux d'archives ? »

cause. D'après les entretiens menés, un maître de conférences en histoire contemporaine, a expliqué que les
informations sur les délais de communicabilité ont été beaucoup évoqués lors de l'adoption de la loi de 2008 80.
Or, d'après ces graphiques, il apparaît aujourd’hui que les informations fournies sont moins importantes. Par
ailleurs, les conclusions de cette sous-partie doivent être mises en parallèle avec les conclusions précédentes.
Nous avons vu en effet que les usagers ont une connaissance globale des délais de communicabilité, et ce
malgré le manque d'information constaté. En conséquence, il est probable que les usagers s'informent eux
mêmes sur les délais, par des moyens extérieurs que ceux proposés aux archives.
Pour cerner les attentes des individus, une seconde question 81 a été posée à tous les usagers ayant répondu
« oui » à la question citée précédemment : « Selon quels moyens ces informations devraient-elles être
diffusées ? » Les réponses étaient libres et ont été assez diversifiées. Voici les propositions faites :

Public mixte Historiens


Propositions Récurrence Propositions Récurrence
Sur le site internet des AD. 16 fois Affichage aux AD, en salle de lecture 5 fois
Affichage aux AD, en salle de lecture. 9 fois Sur site internet des AD 2 fois
Un article dans la presse. 4 fois Dans les inventaires en ligne ou papier 1 fois
Prospectus dans les AD 2 fois Circulaire aux sociétés savantes et aux 1 fois
associations des enseignants-chercheurs des
universités
Informations dans les mairies 2 fois Un article dans la presse 1 fois
Mentions dans les guides d'archives 1 fois Dans les bulletins spécialisés des archives 1 fois
Par la liste de diffusion des universités 1 fois
Illustration 7: propositions faites par les usagers sur les moyens d'informations pouvant être mis en œuvre au sein des services
départementaux d'archives

79 Question 18 pour le questionnaire du public mixte et 20 pour le questionnaire aux historiens.


80 Entretien du 17 avril 2014, maître de conférence en histoire contemporaine.
81 Question 19 pour le questionnaire du public mixte et 21 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 53
Dans les deux questionnaires, deux propositions reviennent fréquemment : l'affichage d'informations sur le site
internet des archives départementales et dans les services d'archives. Cependant, l'affichage des délais de
communicabilité dans les services d'archives est obligatoire et inscrit dans le Code du patrimoine à l'article
L213-7. On s'étonne ainsi de la récurrence de cette proposition chez les usagers. Par ailleurs, les services
départementaux ont presque tous, aujourd'hui, un site internet sur lequel les délais de communicabilité sont
généralement disponibles82. Cependant, sur la plupart des sites internet (9 sur 10), les délais de communicabilité
ne sont pas visibles sur la page de garde du site. Il faut préalablement chercher ces informations dans les divers
onglets du site. Un point qui nécessiterait peut-être une amélioration. Le recours aux dérogations est parfois
mentionné sur les sites internet des archives départementales, mais le niveau d'information des usagers quant
aux dérogations est-il suffisant ?
Au vu des réponses à la question « Pensez-vous que les informations sur le fonctionnement et l'usage des
dérogations devraient être mieux diffusées au sein des services d'archives départementaux ? »83, les
informations sur les dérogations paraissent également insuffisantes.
D'après l'illustration 8 ci-contre, les usagers
interrogés aspirent à plus de 81 % à ce que les
informations sur l'usage et le fonctionnement des
dérogations soient mieux diffusées. Les archives
départementales sont toutefois tenues d'afficher
l'article L213-3 du Code du patrimoine portant sur
Illustration 8: réponses à la question « Pensez-vous que les
les dérogations, comme l'oblige l'article L213-7 informations sur le fonctionnement et l'usage des dérogations
devraient être mieux diffusées dans les services départementaux
cité précédemment. Les informations d'archives ? »

actuellement diffusées sur les dérogations paraissent insuffisantes, pour le public mixte comme pour les
historiens. Or, ce recours constitue un moyen d'obtenir l'accès à certains documents. Le manque d'information
peut donc nuire à la communicabilité des documents. Par ailleurs, les lacunes dans la connaissance des
dérogations, vues aux illustrations 4 et 5, résultent probablement d'un manque d'information sur ce recours vu
dans l'illustration 8.
En conséquence, il apparaît aujourd'hui qu'il y a un manque information quant aux délais de
communicabilité et aux dérogations dans les services départementaux. Les moyens d'information doivent être
révisés afin de correspondre aux besoins des usagers. Les usagers ayant pris connaissance de la législation des
archives en matière de communicabilité sont-ils satisfaits ? La politique d'ouverture présentée en 2008 est-elle
encore perceptible ?

82 Expérience réalisée sur le site internet de 10 services d'archives départementaux, sélectionnés au hasard : les délais de communicabilité sont
disponibles sur tous les sites visités (départements concernés : 01 ; 16 ; 18 ; 25 ; 34 ; 35 ; 49 ; 62 ; 65 ; 70).
83 Question 27 pour le questionnaire du public mixte et 29 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 54
2 La satisfaction des publics face à la politique d'ouverture
2.1. Des délais de communication satisfaisants ?

La satisfaction des publics quant aux délais de communicabilité actuellement en vigueur dans les services
départementaux d'archives a été étudiée dans les deux questionnaires. Cependant, 6 personnes du public mixte
n'ont pas répondu à la question « Que pensez-vous des délais de communicabilité en vigueur dans les services
départementaux d'archives ? ». 84Ainsi les réponses sont analysées sur un total de 66 usagers. Il convient tout
d'abord d'analyser les réponses générales, tous publics confondus.
D'après l'illustration 9 ci-dessous, on constate que les usagers sont globalement satisfaits des délais de
communicabilité actuellement en place. La réponse dominante est, à 47 %, « Bons, documents d'archives plutôt
accessibles ». Cette réponse est dominante chez les deux publics, à des taux semblables : 43,5 % et 55 %. On
peut interpréter cela comme une satisfaction correcte dans l'ensemble, même si quelques critiques ne sont pas à

Illustration 9: réponses à la question : « Que pensez-vous des délais de communicabilité en vigueur dans les services
départementaux d'archives ? »

exclure. En effet, les deux premiers choix de réponse (excellents et très bons) constituent la satisfaction la plus
haute quant aux délais de communicabilité, mais ces choix ne sont pas ici majoritaires puisqu'ils représentent à
eux deux seulement 24,2 %. Il faut noter cependant que les réponses « excellents » se situent essentiellement
chez le public mixte.
La seconde réponse dominante est tout autre
puisqu'il s'agit à plus de 24 % de la réponse
« Critiquables, beaucoup de délais sont
injustifiés ». On s'étonne alors que les deux
réponses dominantes soient relativement
Illustration 10: analyse de la répartition de la réponse « critiquables,
beaucoup de délais sont injustifiés »

84 Question 13 pour le questionnaire du public mixte et 14 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 55
opposées. Cependant lorsqu'on analyse plus précisément la répartition de cette réponse en fonction des usagers
interrogés, on s'aperçoit que se sont essentiellement les usagers du public mixte qui sont insatisfaits, puisqu'ils
représentent 13 des 16 réponses données, soit plus de 80 %. Il y a donc une diversité importante des réponses
chez le public mixte. D'autant plus que la réponse « Très critiquables, les délais de communicabilité ne
devraient exister » est localisée uniquement dans le public mixte.
Ainsi, dans l'ensemble, les délais de communicabilité en place aujourd'hui dans les services
départementaux d'archives sont satisfaisants pour les usagers. Les réponses sont globalement positives, même si
quelques mécontentements ne doivent pas être négligés. Au vu de ces délais de communicabilité, le sentiment
d'une ouverture des archives est-il toujours ressenti ?

2.2. Le sentiment d'une ouverture progressive des archives ?

Lors de son adoption en juillet 2008, la loi sur les archives était présentée comme une loi d'ouverture,
notamment grâce à la réduction globale des délais de communicabilité. Qu'en est-il aujourd'hui de ce sentiment
d'ouverture ?
Cette question a été abordée dans les deux
questionnaires à travers la question
suivante : « En ce qui concerne l'évolution
des délais de communicabilité, avez-vous le
sentiment d'une ouverture progressive des
archives ? »85. Les réponses obtenues sont
plutôt claires, puisque 76 % des usagers ont Illustration 11: réponses à la question : « En ce qui concerne l'évolution des
délais de communicabilité, avez-vous le sentiment d'une ouverture
le sentiment d'une ouverture progressive des progressive des archives ? »

archives. Le constat est sensiblement le même lorsque l'on étudie les réponses selon les usagers. Les entretiens
téléphoniques menés ont tous confirmé cette impression générale d'ouverture des archives, avec une
progression incontestable entre 1979 et 2008. Les réponses négatives à cette question sont plutôt minoritaires
puisqu'elles ne représentent que 23,6 %. Lorsque l'on regarde plus attentivement les réponses en fonction des
usagers interrogés, on constate qu'il y a une plus grande part de « non » chez les historiens que dans le public
mixte. Il y a presque 6 ans c'étaient également les historiens qui se montraient les plus insatisfaits quant à la
réalité de l'ouverture des archives suite à la loi de 2008. Parmi les réponses données par les historiens, une
personne m'a expliqué anonymement son point de vue quant à l'ouverture progressive des archives : « Ouverture
progressive des archives : oui, en ce qui concerne les documents publics gouvernementaux, et non à cause des restrictions pour protéger la vie privée

des gens sur une période plus longue ». Il y a donc une diversité de réponses à retenir.

85 Question 14 pour le questionnaire du public mixte et 17 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 56
Par conséquent, les usagers paraissent aujourd'hui moins critiques quant à l'ouverture progressive des
archives. Après près de 6 années de recul, les historiens admettent une ouverture réelle des archives, même si
des insatisfactions persistent. La question de l'ouverture des archives doit être mise en parallèle avec les secrets
d'État et les archives sensibles. Ces notions sont-elles encore aujourd'hui légitimes ?

3 Questions mémorielles et archives sensibles : les publics face aux


archives controversées
3.1. Existe-t-il encore des secrets d'État ? L'avis des publics

La notion de secret d'État a tendance à s'utiliser entre guillemets ces dernières années. On l'a vu, la loi du
15 juillet 2008 tend à ouvrir davantage les archives et à permettre la consultation d'archives considérées
auparavant comme sensibles. Aujourd'hui, les archives du régime de Vichy ou de la Guerre d'Algérie par
exemple, sont largement accessibles. Mais pour les usagers, les secrets d'État existent-ils encore aujourd'hui ?
Sur ce sujet, deux questions ont été posées dans les questionnaires. La
première question était : « Pensez-vous qu'il existe encore des « secrets
d'État »86 ? ». Les réponses obtenues sont assez équivoques. D'après
l'illustration 12, on s'aperçoit que les usagers des archives départementales
considèrent à plus de 90 % que les secrets d'État existent encore
aujourd'hui. Ainsi malgré les politiques d'ouverture mises en œuvre par le
gouvernement, les usagers ont toujours tendance à considérer que des
Illustration 12: réponses à la
archives sont gardées secrètes et non accessibles. Par usagers, les constats question : « Pensez-vous qu'il existe
encore des "secrets d'État"? » - Tous
sont sensiblement identiques. D'après l'illustration 13, on observe ainsi que publics confondus

le public mixte comme les historiens croient toujours en


l'existence des secrets d'État. Il faut noter cependant qu'une
plus grande proportion de « non » est perceptible chez les
historiens. Cela s'explique peut-être par leurs travaux de
recherche où ils sont amenés à consulter plus souvent des
archives « sensibles ». Les trois universitaires interrogés
lors des entretiens téléphoniques, (deux professeurs
Illustration 13: réponses à la question : « Pensez-vous
d'université et un maître de conférences) m'ont confirmé qu'il existe encore des "secrets d'État"? » - Par public

qu'en tant qu'historiens et universitaires, ils avaient l'impression d'être avantagés dans l'accès aux documents
d'archives.

86 Question 42 pour le questionnaire du public mixte et 46 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 57
Quoiqu'il en soit, une grande majorité des usagers ayant répondu aux questionnaires considèrent qu'il existe
encore des secrets d'État. Estiment-ils également que ces secrets d'État soient justifiés ? Cette question a été
posée dans les deux questionnaires et a
recueilli 61 réponses87. La majorité des
usagers estime alors que ces secrets d'État
ne sont pas justifiés ; mais l'écart avec la
réponse « oui » n'est pas manifeste. Les Illustration 14: réponses à la question : « Pensez-vous que ''les secrets
d'État'' sont justifiés ? »
résultats sont donc globalement partagés,
chez le public mixte comme chez les historiens. Le nouveau projet de loi sur le patrimoine et les archives
annoncé par Aurélie Filippetti pour l'année 2014 souhaite favoriser l'accès aux archives en simplifiant
notamment les délais de communicabilité. Reste à voir si cette nouvelle loi sera à même de dissiper la
persistance des « secrets d'État ».

Ainsi, les usagers estiment que les secrets d'États existent toujours aujourd'hui. Les historiens et les
usagers du public mixte s'accordent sur la question. Mais la justification de ces secrets d'État divise ; ils
paraissent infondés pour une petite majorité. Au sein des secrets d'État et des archives sensibles, qu'en est-il des
questions mémorielles ? La vague mémorielle des années 1990, influençant l'élaboration de la loi de 2008, est-
elle toujours perceptible aujourd'hui ?

3.2. Un intérêt pour les questions mémorielles ?

Les années 1990 voient un intérêt nouveau pour les questions mémorielles. La volonté de connaître et de
reconstruire son passé, de renouer avec une histoire trop longtemps cachée, touche une large partie de la
population. Ces questions
mémorielles sont-elles aujourd'hui
toujours au cœur des
préoccupations des usagers des
archives départementales ? La
question a ainsi été posée dans les
deux questionnaires : « Pensez-
vous que certains documents Illustration 15: réponses à la question : « Pensez-vous que certains documents
devraient être plus accessibles, précisément parce qu'ils touchent à des sujets difficiles
devraient être plus accessibles, ou controversés de la mémoire nationale ? »

précisément parce qu'ils touchent à des sujets difficiles ou controversés de la mémoire nationale ? »88. Les

87 Question 43 pour le questionnaire du public mixte et 47 pour le questionnaire aux historiens.


88 Question 41 pour le questionnaire du public mixte et 45 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 58
résultats obtenus montrent ainsi que 70,8 % des usagers interrogés considèrent que les documents concernant
la mémoire nationale devraient être plus accessibles. Les enjeux mémoriels importants des années 1990
perdurent aujourd'hui. Les usagers des archives départementales aspirent toujours à connaître leur histoire
nationale. Ce constat est visible chez les usagers du public mixte comme chez les historiens, avec toutefois une
plus grande proportion de « oui » chez ces derniers. Ces réponses nous renseignent indirectement sur la
satisfaction des usagers quant à l'accessibilité des archives touchant à des « sujets difficiles ou controversés de
la mémoire nationale », c'est à dire les archives sensibles. Si les usagers des archives départementales aspirent à
ce que ces documents soient plus accessibles c'est que dans les faits actuels ils ne le sont pas assez. Ce constat
doit être mis en parallèle avec les conclusions précédentes quant à la satisfaction des délais de communicabilité
et quant à l'ouverture des archives. Cette volonté d'ouverture des archives sensibles explique peut-être pourquoi
la question sur la satisfaction des délais de communicabilité a recueilli en grande partie la réponse « Bons,
documents d'archives plutôt accessibles », la nuance à son importance. La satisfaction des publics est donc à
relativiser.

En conséquence, les questions mémorielles ont, aujourd'hui encore, une dimension importante chez les
usagers des archives départementales. Ceux-ci aspirent à ce que les documents sensibles de la mémoire
nationale soient plus accessibles ; ils ne sont donc pas pleinement satisfaits quant à la communicabilité des
documents d'archives.

Au terme de cette première partie il a donc été possible d'étudier les connaissances et la satisfaction des
usagers quant à la politique de communicabilité des archives départementales. Il apparaît ainsi que les usagers
ont une connaissance globale de la loi de 2008. La connaissance des détails de cette loi est toutefois plus
lacunaire. Cela s'explique peut-être pas un manque d'information quant aux délais de communicabilité et aux
dérogations dans les services départementaux d'archives. Malgré ces difficultés, les usagers sont satisfaits des
délais actuellement en place et constatent une ouverture des archives. Une satisfaction et une ouverture qui
doivent cependant être relativisés puisque les usagers admettent qu'il existe encore des secrets d'État et que les
archives sensibles de la mémoire nationale ne sont pas suffisamment accessibles. Certains documents ne sont
donc toujours pas accessibles et des refus de communicabilité sont aujourd'hui encore ponctuellement délivrés
dans les services départementaux d'archives. Il convient désormais d'analyser plus précisément ces refus de
communication.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 59
Partie 2 - Les refus de communicabilité au sein des archives
départementales

Les refus de communicabilité au sein des services départementaux d'archives sont toujours perceptibles.
Par cette étude, l'intérêt est de comprendre quels sont aujourd'hui les caractéristiques des refus délivrés. Des
solutions existent-elles pour pallier à ces refus ? Suite à un refus de communicabilité, des recours existent, et
notamment les dérogations. Pour autant, les demandes de dérogation sont-elles aujourd'hui un recours
systématique ?

1 Des refus toujours présents aujourd'hui


1.1. Les refus de communication aux archives départementales

D'après les questionnaires diffusés et les entretiens menés, des refus de communication sont toujours
perceptibles aujourd'hui dans les services départementaux d'archives. Il s'agit alors d'analyser ici le nombre des
usagers interrogés ayant connu un refus de communicabilité, puis de voir quelles étaient les principales causes
de ces refus.
Une première question a d'abord été posée : « vous a-t-on déjà refusé la communication d'un document ou
d'un ensemble de documents dans un service d'archives départementales ? »89.
D'après l'illustration 16 ci-contre, on
constate que 72,2 % des usagers
interrogés ont déjà connu un refus de
communicabilité dans un service
départemental d'archives. Ce constat
est sensiblement le même lorsque
l'on regarde les réponses par groupes
Illustration 16 : réponses à la question : « Vous a-t-on déjà refusé la communication
d'usagers. On remarque toutefois d'un document ou d'un ensemble de documents dans un service départemental
d'archives ? »
que 28,5 % des usagers du public
mixte n'ont pas connu de refus, contre 25 % chez les historiens. L'hypothèse selon laquelle les historiens, en
vertu de leur statut et de leurs qualifications, peuvent être privilégiés pour accéder à certains documents paraît
ici remise en question. D'une façon globale cependant, la part des usagers n'ayant jamais connu de refus de

89 Question 20 pour le questionnaire du public mixte et 22 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 60
communicabilité reste faible. Cela ne représente précisément que 20 réponses sur 72 ; soit 15 sur 52 chez les
usagers du public mixte et 5 sur 20 chez les historiens.
La nature des documents refusés peut être variable. Dans les questionnaires, les usagers avaient la possibilité de
préciser librement la nature de ces documents d'archives refusés 90. Voici quelques exemples de réponse :
minutes de jugement, correspondance privée, archives des renseignements généraux, plans antérieurs à 1789,
minutes notariales, registres militaires, état civil, registres paroissiaux du début du XX ème siècle, témoignages
oraux, rapport d'activité d'un service d'archives municipales. Parmi les entretiens téléphoniques menés, 3
personnes se sont confrontées à un refus de communicabilité pour des documents de la période 1940-1945. Les
refus s'appliquent donc à des documents de nature variée.

Des refus de communicabilité au sein des services départementaux d'archives sont donc toujours délivrés
aujourd'hui. Parmi les usagers interrogés, seule une minorité n'a jamais essuyé un refus de communicabilité.
Pour quelles raisons ces documents n'ont pas été communicables ? Il est désormais nécessaire d'analyser les
causes des refus délivrés.

1.2. Les motifs des refus de communicabilité

L'article L213-5 du Code précise que « Toute administration détentrice d'archives publiques ou privées est tenue de motiver tout
91
refus qu'elle oppose à une demande de communication de documents d'archives » . Quelles sont alors les principaux motifs de
refus de communicabilité chez les usagers interrogés ?

Illustration 17: analyse des causes des refus de communicabilité délivrés aux usagers

Cette question a été posée dans les deux questionnaires92. Plusieurs réponses étaient possibles. D'après
l'illustration 17 ci-dessus, on constate que les motifs exprimés pour les refus de communicabilité sont assez

90 Question 22 pour le questionnaire du public mixte et 24 pour le questionnaire aux historiens.


91 Article L213-5 du Code du patrimoine.
92 Question 21 pour le questionnaire du public mixte et 23 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 61
variés. Le motif le plus souvent évoqué est, à 33 %, « Archives non encore librement communicables en vertu
des délais de communicabilité ». Les usagers doivent donc attendre la fin de ces délais de communicabilité ou
faire une demande de dérogation. Les autres motifs de refus sont « Classement des documents en cours » à
24,2 %, et « État matériel des documents » à 23,1 %. On a vu précédemment que les défauts de traitement et
l'état des documents pouvaient être un frein à la libre communicabilité ; cela persiste aujourd'hui. A propos des
défauts de traitements, plusieurs témoins ont fait part de leur expérience. Ainsi, d'après l'un des usagers
interrogés, « La loi de 2008 complique les choses ; il y a un manque de temps pour faire le tri dans une liasse »93, et un autre usager
déclare que « 2 mètres linéaires d'archives privées versées il y a plus de 20 ans et non encore classées »94. Par manque de temps et de
personnel l'archivage est parfois incomplet ou retardé. Les archives privées font l'objet d'un régime de
communication spécifique, nous l'avons vu. Les conditions de communicabilité sont généralement définies par
le propriétaire des documents, ce qui peut sans doute expliquer que la correspondance privée citée dans la partie
précédente n'ait pas été communiquée.

La non-communication des documents d'archives est donc principalement justifiée en raison des délais de
communicabilité imposés par la législation. Les services d'archives départementaux ont toutefois une certaine
part de responsabilité lorsque les documents ne sont pas accessibles car ils n'ont pas été archivés ou lorsqu'ils
sont en mauvais état et n'ont pas été restaurés. Les refus de communicabilité touchent-ils l'ensemble des
usagers ? Les demandes de consultation instruites dans un cadre professionnel sont-elles favorisées ?

1.3. Le cadre de la demande de consultation

Les demandes de consultation d'archives peuvent être instruites dans un cadre privé et professionnel. A
travers cette sous-partie, il convient d'analyser si un « profil » particulier d'usager est favorisé quant à
l'accessibilité aux documents d'archives.
Pour mener cette enquête, il a d'abord été demandé aux usagers du public mixte ayant connu un refus de
communicabilité de préciser le cadre de leur demande de consultation 95. Les historiens ont quant à eux consulté
des documents d'archives pour leurs travaux professionnels (colloque, thèse, rédaction d'un article, d'un
ouvrage...). D'après l'illustration 18 ci-après, on constate que les refus de communicabilité ont été délivrés
majoritairement, à 67,4 %, pour des usagers effectuant une demande dans un cadre personnel. Par opposition,
les demandes faites dans le cadre universitaire ou professionnel ont essuyé peu de refus. Est-ce à dire cependant
que les demandes professionnelles et universitaires sont favorisées ? Concernant les historiens il apparaît que
non. En effet, dans l'illustration 16 nous avons vu que 25 % des historiens interrogés n'avaient jamais connu de

93 Entretien du 18 avril 2014, professeur d'université.


94 Message anonyme du 11 mars dans le questionnaire des historiens.
95 Question 23 pour le questionnaire du public mixte.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 62
Illustration 18: réponses à la question : « Dans quel cadre s'inscrivait la demande de consultation des documents refusés? » -
Public mixte

refus de communicabilité, contre près de 29 % des usagers du public mixte. Cependant, les affirmations de
certaines personnes interrogées invitent à reconsidérer la question. Plusieurs personnes ont en effet affirmé, lors
des entretiens, que les demandes des universitaires et des historiens étaient souvent mieux reçues. L'une d'entre-
elle m'a ainsi confié avoir « Conseillé à plusieurs parlementaires de distinguer les recherches scientifiques et celles des citoyens [lambda]. Il
y a une différence de traitement entre les universitaires pour qui la voie est facilitée, parce que [l'on] est connu des archives et des administrations
96
versantes. Mais les facilités accordées ne reposent pas toujours sur les capacités professionnelles. » Il y a donc ici l'affirmation que les
demandes universitaires sont mieux reçues mais également une certaine nuance du propos. De même, lors d'un
autre entretien, une personne m'a confié que : « […] les historiens ne sont pas pour autant facilités. Il faut quand même nuancer, car
quand on précise que l'on est historien, c'est mieux reçu. »97, enfin une troisième personne m'a livré que les historiens étaient
globalement toujours un peu aidés lorsqu'ils étaient connus des services d'archives 98. D'une façon générale,
d'après ces propos, c'est davantage la fréquentation régulière du service d'archives, permettant d'être connu du
personnel comme un usager sérieux, qui peut influencer quelque peu la décision du service concerné quant à la
communicabilité d'un document.
Les refus de communicabilité peuvent donc toucher un public professionnel tout comme un public
amateur. Les historiens paraissent autant exposés aux refus que les usagers non professionnels. Il est cependant
possible qu'une certaine « souplesse » soit permise par les services départementaux d'archives aux usagers
réguliers et connus des personnels d'archives. Face aux refus de communicabilité y a-t-il des solutions mises en
place de la part des personnels d'archives et des usagers eux-mêmes ?

96 Entretien du 18 avril 2014, professeur d'université en histoire contemporaine.


97 Entretien du 17 avril 2014, professeur d'université en histoire contemporaine.
98 Entretien du 17 avril 2014, maître de conférence en histoire contemporaine.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 63
2 Des solutions face aux refus de communicabilité ?
2.1. Un personnel d'archives favorable à la communicabilité des documents

Les personnels des services départementaux d'archives se doivent d'informer les usagers quant à la
communicabilité d'un document et d'expliquer les causes d'un refus lorsqu'un document n'est pas
immédiatement communicable. Pour autant peuvent-ils encourager un refus de communication ou au contraire
faciliter l'accès d'un document ?
Dans les deux questionnaires, une question sur le rôle des personnels d'archives a ainsi été posée99. Quatre choix
de réponse étaient possibles quant au rôle des personnels d'archives : ils protègent les « secrets d'État » ; ils
encouragent la communication des documents et aident le lecteur à y avoir accès ; ils n'ont pas de pouvoir de
décision, ils se contentent d'appliquer les règles ; ils s'efforcent d'obtenir des administrations qui ont produit les
documents un avis favorable aux demandes de dérogation ; case « autre ». Il faut préciser que plusieurs
réponses étaient possibles.

Illustration 19: analyse de la vision des usagers quant au rôle des personnels d'archives

D'après l'illustration 19, les usagers interrogés considèrent à 45,2 % que les personnels d'archives des services
départementaux n'ont pas de pouvoir de décision quant à la communication des documents et qu'ils se
contentent d'appliquer la législation en vigueur. Les usagers considèrent ensuite, à 33,3 %, que les personnels
d'archives sont disposés à encourager la communication des documents et à les aider à y avoir accès. 7,5 %
pensent également que les responsables d'archives s'efforcent d'obtenir des réponses positives des services
producteurs lors d'une demande de dérogation. D'après ces réponses, les personnels d'archives sont largement
favorables à la communicabilité des documents et ont parfois tendance à en faciliter l'accès. Les entretiens
téléphoniques ont confirmé ces conclusions. Une des personnes interrogées a indiqué que des « efforts de la part du

99 Question 33 pour le questionnaire du public mixte et 35 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 64
personnel étaient faits »100 ; un second témoin a affirmé également qu' « il y a toujours eu une réponse fournie et des efforts faits pour
une demande aux archives départementales, par opposition à la situation 50 ans avant. Les personnels d'archives sont agréables et collaboratifs et

savent s'adapter aux différents publics »101. Il a également été précisé plusieurs fois que l'attitude des responsables
d'archives pouvait être différente d'un service à un autre, et selon les agents. Mais, d'une façon générale, les
responsables d'archives sont favorables à la communication des documents d'archives. Les usagers considérant
que les personnels d'archives protègent les secrets d'État et donc entravent la communication des documents
sont minoritaires, puisqu'ils représentent 5,4 % des réponses données, soit au total 5 réponses sur 93 (4 chez le
public mixte et 1 chez les historiens).
Par conséquent, pour les usagers, les personnels d'archives sont favorables à la communicabilité des
documents. Ils s'imposent parfois comme « une solution », tentant d'aider la communication de certaines
archives et d'encourager les administrations productrices à octroyer des dérogations. Malgré tout, des refus de
communicabilité sont toujours émis. Face à cela, les usagers utilisent d'autres modes de consultation d'archives.

2.2. D'autres modes de consultation d'archives face aux services


départementaux

Les usagers sont donc partiellement confrontés à des refus de communicabilité dans les services
départementaux d'archives. Mais les documents refusés sont parfois nécessaires pour les usagers. Pour ne pas
être dépendants des services départementaux et pour avoir une plus grande variété d'informations, les usagers
ont d'autres pratiques de consultation d'archives.
Dans les deux questionnaires, il a été demandé aux usagers des archives départementales s'ils avaient d'autres
pratiques de consultation d'archives102. D'après l'illustration 20 il apparaît
que oui, puisque 90,3 % des usagers interrogés affirment avoir d'autres
pratiques de consultation d'archives, ce qui représente 65 réponses sur 72.
Les réponses par usagers fournissent globalement les mêmes
conclusions : 88,5 % des usagers du public mixte et 95 % des historiens
affirment avoir d'autres pratiques de consultation d'archives. Il convient
désormais de savoir quelles sont ces autres pratiques. Il a en effet été Illustration 20: réponses à la question :
« Avez-vous d'autres pratiques de
demandé aux usagers ayant répondu « oui » à la question précédente de consultation d'archives ? »

préciser leurs autres pratiques de consultation d'archives103 ; plusieurs réponses étaient possibles.

100 Entretien du 17 avril 2014, maître de conférence en histoire contemporaine.


101 Entretien du 18 avril 2014, professeur d'université en histoire contemporaine.
102 Question 6 pour le questionnaire du public mixte et 5 pour le questionnaire aux historiens.
103 Question 7 pour le questionnaire du public mixte et 6 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 65
D'après le graphique 21 ci-dessous, il apparaît que les pratiques de consultation d'archives en dehors des
services départementaux
sont relativement variées.
Les deux pratiques de
consultation dominantes
sont, les Archives
nationales chez les
historiens (33,3%), et le
site « Mémoire des
hommes » chez les usagers
du public mixte à 34%. Ce
dernier chiffre s'explique Illustration 21: analyse des autres pratiques de consultation d'archives en dehors des archives
départementales
peut être par le fait que le
questionnaire ait été en partie diffusé sur le forum Pages 14-18 » consacré aux passionnés de la Première
Guerre mondiale dont les membres fréquentent également le site « Mémoire des Hommes ». Les sites internet
constituent de nouveaux moyens d’accès aux archives. A l'heure du Web 2.0, les sites internet des services
d'archives numérisent de plus en plus leurs documents, permettant aux usagers une large accessibilité. Les sites
internet extérieurs aux services d'archives, comme le site « Mémoire des Hommes », constituent une source
riche d'informations pour les usagers.
Ces deux pratiques, les Archives nationales et le site « Mémoire des Hommes » constituent les deux premières
pratiques de consultation d'archives en dehors des services départementaux. Viennent ensuite les archives
privées, puis les archives associatives. La case « autre » regroupe de nombreuses pratiques de consultation
précisées par les usagers : les archives du Ministère de la défense, les archives nationales à l'étranger, les
archives diplomatiques de la Courneuve, le Centre des archives diplomatiques de Nantes, les archives
municipales, les archives diocésaines, les archives de la préfecture de police de Paris, ou les sites de généalogie.

Les usagers ont donc recours à de nombreuses pratiques de consultation d'archives en dehors des archives
départementales, en France ou à l'étranger, à Paris ou en province, sur internet ou sur place. Face aux refus de
communicabilité, les usagers peuvent employer d'autres sources et peuvent également procéder à une demande
de dérogation. Cela est-il systématiquement le cas ?

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 66
3 Refus de communicabilité et dérogations : un lien systématique ?
3.1. La part des demandes de dérogation au sein des refus de communicabilité

Face à un refus de communicabilité, dans un service départemental d'archives ou dans un autre service, il
est possible de faire une demande de dérogation pour consulter le document concerné avant la fin du délai de
communicabilité imposé, comme cela est exprimé à l'article L213-3 du Code du patrimoine. Tout lecteur à la
possibilité de faire une demande de dérogation.
En ce sens, il est intéressant d'analyser si les refus de communicabilité délivrés par les services départementaux
d'archives aux usagers ont systématiquement été suivis par une demande de dérogation. Pour ce faire, la
question suivante a été posée dans les deux questionnaires: « À la suite d'un refus de communication, avez-vous
fait une demande de dérogation ? »104 .
D'après l'illustration 22 ci-contre,
il apparaît que les usagers du
public mixte et les historiens
n'ont pas la même pratique quant
aux demandes de dérogation. Le
premier constat, le plus
manifeste, est que les usagers du
public mixte ont peu recours aux Illustration 22: réponses à la question : « Suite à un refus de communicabilité, avez-
vous fait une demande de dérogation ? »
dérogations. En effet, 76,9 % des
usagers du public mixte ayant connu un refus de communicabilité déclarent ne pas avoir fait de demande de
dérogation, soit plus des 3 quarts des usagers concernés. Par opposition, la tendance s'inverse pour les historiens
puisque 55 % d'entre eux déclarent avoir fait une demande de dérogation suite à un refus de communicabilité.
Cette différence de pratique s'explique peut-être par le cadre initial de la demande de consultation. Les
historiens interrogés consultent les archives départementales pour leurs recherches (thèse, ouvrage, colloque...),
alors que les usagers du public mixte le font davantage dans un cadre personnel comme nous l'avons vu. Les
historiens sont donc potentiellement plus dépendants des sources d'archives que les usagers du public mixte.
Certains documents sont nécessaires à leurs travaux professionnels et un refus de communicabilité peut freiner
leurs recherches. Les enjeux ne sont pas les mêmes par rapport aux usagers du public mixte. De plus, les
historiens font un usage plus intense des dérogations. En effet, chez les usagers du public mixte, le recours aux
dérogations est plus ponctuel, alors que les historiens utilisent les dérogations plus fréquemment, voire
constamment, comme le montre certaines réponses au questionnaire. Ainsi, une des personnes interrogées à

104 Question 28 pour le questionnaire du public mixte et 30 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 67
affirmé : « j'ai presque toujours travaillé sur dérogation (Seconde Guerre mondiale et après 1945), autrement dit, je fais plusieurs demandes
chaque année »105, et une autre dit avoir fait des demandes de dérogations « de 1999 à nos jours »106. L'usage des
dérogations est donc pour certains usagers une habitude et une nécessité.

Ainsi, le lien entre refus de communicabilité et dérogation est assez hétérogène selon le public concerné.
Les demandes de dérogation sont une pratique plus courante chez les historiens que chez les usagers du public
mixte, non professionnels. Pourquoi le recours aux dérogations n'est-il pas plus généralisé chez les publics ;
cela est-il dû à un manque d'informations, à des a priori ?

3.2. L'appréhension des publics face aux dérogations

Une grande partie des usagers du public mixte et quelques historiens interrogés n'ont pas fait de demande
de dérogation. Il a été demandé à ces usagers s'ils avaient toutefois été tentés de le faire 107, et pourquoi ils ne
l'avaient pas fait finalement108.
D'après l'illustration 23, il apparaît que les usagers
du public mixte et les historiens n'ayant pas fait de
demande de dérogation n'ont pas été tentés de le
faire. Autrement dit, cela paraît être un choix
arrêté. Seule une minorité d'usagers déclare avoir
été tentée de faire une demande de dérogation,
avoir hésité, avant de ne pas le faire au final. Pour
quelles raisons certains usagers n'ont-ils pas fait de Illustration 23: réponses à la question : « Vous n'avez pas fait de
demande de dérogation, avez-vous été tenté de le faire ? »
demande de dérogation ? Pour répondre à cette
question, 4 choix de réponses étaient possibles : peur d'un refus immédiat ; démarches administratives trop
longues et compliquées ; je ne connaissais pas l'existence des dérogations ; autre.
Chez les historiens, seules 6 personnes ont répondu à cette question, et les réponses ont reposé uniquement sur
deux choix : « Autre » (1 réponse) et « Démarches administratives trop longues et compliquées » (5 réponses).
D'après le graphique 24 ci-après, les réponses des historiens sont peu variées. Les historiens interrogés n'ont
donc pas fait de demande de dérogation car ils estiment que les démarches administratives devant être
entreprises sont trop laborieuses. Une demande de dérogation nécessite en effet la constitution d'un dossier où
l'usager doit justifier sa demande de dérogation. Ce dossier transite ensuite par le service versant ou producteur
puis par le SIAF pour l'avis définitif.
105 Réponse à la question 31 dans le questionnaire adressé aux historiens. Personne interrogée également en entretien le 17 avril 2014.
106 Réponse à la question 31 dans le questionnaire adressé aux historiens.
107 Question 30 pour le questionnaire du public mixte et 32 pour le questionnaire aux historiens.
108 Question 28 pour le questionnaire du public mixte et 30 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 68
Illustration 24: réponses à la question : « Pourquoi n'avez-vous pas été tenté de faire une demande de
dérogation ? » - Historiens

Le temps de réponse peut ainsi s'étendre, selon la législation, jusqu'à deux mois. L'usager ayant répondu
« Autre » n'a pas fait de demande de dérogation car cela n'a pas d’utilité lorsqu'il s'agit de document en mauvais
état.
Par opposition, les réponses données par les usagers du public mixte sont plus nombreuses et plus variées,
comme on peut le voir dans l'illustration 25. Au total, 35 usagers du public mixte ont répondu à cette question.

Illustration 25: réponses à la question : « Pourquoi n'avez-vous pas été tenté de faire une demande de
dérogation ?- Public mixte

D'après le graphique, le premier constat est que 37,1 % des usagers interrogés déclarent ne pas avoir fait de
demande de dérogation car ils ne connaissaient pas l'existence de ce recours. Ce constat vient compléter les
observations faites précédemment. L'ensemble des usagers s'accordait en effet sur le fait que les informations
quant au fonctionnement et à l'usage des dérogations dans les services départementaux d'archives devraient être
mieux diffusées. Ainsi par manque d'information, une part importante des usagers n'a pas fait de demande de
dérogation, alors même que ce recours aurait peut-être pu débloquer la consultation d'un document.
Les usagers du public mixte déclarent ensuite, à 31,4 %, ne pas avoir fait de demande de dérogation car les
démarches administratives devant être entreprises sont trop longues et compliquées et 8,6 % ont peur d'un refus
immédiat. Ces deux choix de réponse reposent peut-être sur une expérience personnelle passée ou sur un
manque d'information conduisant à un certain a priori quant aux dérogations. La réponse « autre » regroupe

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 69
plusieurs raisons pour lesquelles les usagers n'ont pas fait de demande de dérogation, dont « document en cours de
109
réhabilitation » et « la consultation des documents refusés n'est pas une nécessité absolue » .

Les usagers des archives départementales appréhendent les démarches administratives nécessaires à une
demande de dérogation et méconnaissent l'existence de ce recours. Chez les usagers non professionnels le
manque d'information est relativement perceptible.

À l'issue de cette seconde partie, il apparaît donc que les refus de communicabilité sont toujours
perceptibles aujourd'hui au sein des services départementaux d'archives. Seule une minorité des usagers
interrogés n'ont pas connu de refus de communicabilité. Les délais de communicabilité imposés restent la
principale cause des refus délivrés. Ces refus touchent l'ensemble des usagers, amateurs comme professionnels.
Les personnels d'archives quant à eux paraissent favorables à la communicabilité des documents et ont même
tendance à aider les usagers à y avoir accès. Cela n'empêche pas les usagers d'avoir d'autres pratiques de
consultation d'archives. La dérogation se présente souvent comme un outil face aux refus de communicabilité.
Cependant, il apparaît que son utilisation n'est pas systématique. Les usagers des archives départementales ont
tendance à appréhender ce recours sur lequel ils ont quelques a priori, et certains en ignorent l'existence. Il
convient donc de se demander quelle est aujourd'hui l'usage des dérogations.

109 Réponses « autre » à la question 31 du questionnaire aux usagers du public mixte.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 70
Partie 3 - Les dérogations aujourd'hui : pratiques et principes

Aujourd'hui, les dérogations sont encore un recours utilisé face aux refus de communicabilité. Elles
interviennent dans un contexte nouveau où l'ouverture des archives est de plus en plus conséquent. A travers
cette étude, il s'agit de comprendre quelle est, aujourd'hui, la pratique des dérogations ? Les principes de son
fonctionnement sont-ils toujours les mêmes ? L'utilité des dérogations doit-elle être remise en cause ?

1 Des dérogations moins importantes mais toujours présentes


1.1. Demandes de dérogation et acceptation : un équilibre ?

D'après l'Observatoire des dérogations110 les demandes de dérogations tendent, depuis 2008, à être de
moins en moins nombreuses au sein des services départementaux d'archives et d'une façon générale dans
l'ensemble des services. De plus, les demandes faites sont généralement acceptées. Qu'en est-il de la situation
aujourd'hui ; est-il possible confirmer ces constats ? Dans les deux questionnaires, il a été demandé aux usagers
des archives départementales la question suivante : « Si vous avez fait une demande de dérogation, a-t-elle été
acceptée ? »111. Au total, seules 27 personnes ont répondu à cette question : 12 dans le public mixte et 15 chez
les historiens. D'après l'illustration 26 ci-contre, on constate que 77,8 %
des usagers interrogés ont reçu une réponse favorable à leur demande de
dérogation. Ces chiffres confirment les observations des Archives de
France, indiquant qu'en 2011, sur les 1677 demandes de dérogations
reçues, 94 % ont fait l'objet d'une réponse positive. Les dérogations
peuvent être accordées partiellement ou complètement et certaines
Illustration 26: réponses à la question :
données personnelles peuvent être anonymisées. Il a ainsi été demandé « Si vous avez fait une demande de
dérogation, à-t-elle été acceptée ? »
aux usagers des archives départementales de préciser s’ils avaient pu
consulter l'intégralité des documents demandés112. D'après l'illustration 27, on remarque que 39,3 % des usagers
ont bénéficié d'une communication complète des documents et 28,6 % d'une communication partielle. Les
réponses sont donc assez divisées. Il est important de constater également que plus de 32 % des usagers
concernés déclarent ne pas savoir si la communication des documents demandés a été complète ou non. Est-ce

110 Consultable à l'adresse suivante : http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/archives-publiques/chiffres-clefs-rapports-et-


etudes/observatoire/.
111 Question 34 pour le questionnaire du public mixte et 36 pour le questionnaire aux historiens.
112 Question 36 pour le questionnaire du public mixte et 37 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 71
là un manque d'information de la part des personnels d'archives ? Aucune précision complémentaire n'a été
apporté à ces réponses.

Illustration 27: analyse de la communication des documents après acceptation de la dérogation

D'après un entretien mené le 20 février 2014 avec M. Cyril Olivier, attaché de conservation aux archives
départementales de la Gironde, 10 demandes de dérogations ont été traitées en 2013 dans son service et ont
toutes été acceptées. Ces demandes avaient un caractère particulier puisqu'elles concernaient 894 documents
sollicités par deux chercheuses ; une dérogation générale leur a été accordée. En-dehors de ce travail de
recherche, aucune demande de dérogation n'a été instruite. Par ailleurs, d'après un entretien téléphonique du 25
février 2014, les archives départementales du Pas-de-Calais ont reçu 6 demandes de dérogation en 2012 et 4 en
2013. Les demandes de dérogations tendent donc à se réduire. D'après les 5 entretiens téléphoniques menés, 3
personnes ont instruit une demande de dérogation portant sur des documents de la Seconde Guerre mondiale, 3
dérogations qui ont toutes été acceptées. La question des dérogations divise cependant. D'après l'un des
entretiens mené avec un ancien professeur d'université en histoire contemporaine 113, « Les responsables d'archives
n'étudient pas assez les dossiers demandés en dérogation. Des dérogations ont été acceptées pour des documents extrêmement graves, alors que pour

d'autres on se demandait des fois sur quoi était fondé le refus. » Les réponses aux demandes de dérogation sont parfois
incomprises par certains usagers.
D'après le tableau ci-dessous, les demandes de dérogations instruites aux archives départementales se réduisent
entre 2006 et 2007, années les plus récentes fournies par l'Observatoire des dérogations. Cela s'explique
notamment par une ouverture globale des fonds grâce à des délais plus courts et des dérogations générales. Les
demandes de dérogation sont très majoritairement acceptées.

113 Entretien du 18 avril 2014, professeur d'université en histoire contemporaine.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 72
Années 2006 2007 2008
Demandes de dérogation instruites aux 1289 1172 921
archives départementales
Pourcentage des documents acceptés 98,4 % 96,5 % 98,2 %

Illustration 28: analyse des demandes de dérogation instruites dans les services départementaux d'archives d'après les chiffres de
l'Observatoire des dérogations des Archives de France

Dès lors, on peut se demander si l'octroi de plus en plus systématique des dérogations individuelles ne remet
pas en cause l'intérêt même de celles-ci ? Les dérogations sont également qualifiées « d'autorisation
exceptionnelles de consultation ». Or, devant des taux d'acceptation à près de 99 %, les dérogations ne semblent
plus avoir un caractère exceptionnel. Leur utilité peut ainsi être remise en cause.

Il apparaît donc qu'aujourd'hui que les demandes de dérogation faites aux archives départementales sont
toujours présentes, mais moins nombreuses. Ces demandes sont pour la plupart acceptées à une très grande
majorité, ce qui pose la question de leur intérêt. Cependant, quelques demandes de dérogations reçoivent une
réponse négative. Face à cela des recours existent : la CADA, les tribunaux administratifs ou le Conseil d'État.
Qu'en est-il de leur usage aujourd'hui ?

1.2. La CADA, les tribunaux administratifs et le Conseil d'État : des recours peu
utilisés

Le fonctionnement et l'usage de la CADA, des tribunaux administratifs et du Conseil d'État a été vu


précédemment. Ces trois recours constituent des outils d'ouverture quant à l'accès aux archives. Cependant ils
paraissent peu utilisés aujourd'hui.
Pour faire cette constatation, il a été demandé aux usagers des archives départementales ayant reçu une réponse
négative à leur demande de
dérogation si, à la suite de ce
refus, ils avaient saisi l'un de
ces trois recours114. Les
réponses ont été peu
nombreuses puisque seules
12 personnes ont répondu, 6
dans chaque public. D'après Illustration 29: analyse des recours utilisés lors d'une demande de dérogation refusée

l'illustration 29, on constate qu'aucun des 12 usagers n'a fait appel au Conseil d'État ou au tribunal

114 Question 37 pour le questionnaire du public mixte et 39 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 73
administratif ; deux recours qui restent en retrait des pratiques des usagers. Le seul recours utilisé dans le cas
d'une demande de dérogation refusée est la CADA, recueillant 25 % des réponses, soit 3 sur 12. Des chiffres
qui restent très faibles. La CADA demeure cependant le principal recours utilisé. Face à cela, il apparaît que
75 % des usagers dont la demande de dérogation n'a pas abouti positivement n'ont saisi aucun des trois recours
proposés. Pour quelles raisons? Cette question a été posée aux usagers dans les deux questionnaires115.
Au total, cette question a recueilli 22 réponses, plusieurs réponses étaient possibles. D'après l'illustration 30, les

Illustration 30: réponses à la question : « Pourquoi n'avez-vous saisi aucune de ces trois institutions ? »

réponses des usagers sont assez variées. Les deux réponses dominantes sont « Je ne connaissais pas l'existence
de ces trois recours » et « Démarches administratives trop longues et compliquées ». La non-utilisation des trois
recours que sont la CADA, les tribunaux administratifs et le Conseil d'État s'explique donc par des lacunes dans
la connaissance de ces institutions et par des a priori quant à leur fonctionnement. Les a priori conduisant les
usagers à penser que les démarches pour recourir à ces institutions sont trop longues et compliquées sont
partagés entre les usagers du public mixte et les historiens (3 réponses chez chaque public). Les lacunes quant à
la connaissance de ces institutions sont davantage localisées chez les usagers du public mixte (5 réponses) que
chez les historiens (1 réponse). Ces lacunes rejoignent le manque de connaissances quant à l'existence des
dérogations constaté précédemment. Les usagers des archives départementales sont peu informés. La troisième
réponse dominante est « Volonté de garder de bonnes relations avec le service d'archives concerné », à 22,7 %,
soit 5 réponses sur 22 (4 dans le public mixte, 1 chez les historiens). Cette réponse sous-entend que, pour les
usagers des archives départementales, recourir à la CADA ou à une autre institution serait susceptible
d'entraîner quelques tensions avec le personnel d'archives. Est-ce à dire que le personnel d'archives est hostile à
de telles démarches ? Pour certains usagers il apparaît que oui. La réponse « Peur d'un refus immédiat » ne
recueille que 18,2 % des réponses, soit 1 seule réponse chez le public mixte. Ainsi, les usagers des archives
départementales croient à une réponse positive de ces institutions ; ce n'est pas la peur du refus qui les conduit à
ne pas saisir ces institutions. Une constatation qui rejoint là encore l'analyse faite aux illustrations 24 et 25.

115 Question 39 pour le questionnaire du public mixte et 41 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 74
Enfin, dans la réponse « Autre », les usagers n'ont soit pas précisé leur réponse, soit répondu que saisir ces
institutions ne leur était pas nécessaire.

Il apparaît donc que peu de demandes de dérogation refusées soient suivies d'un recours à la CADA, aux
tribunaux administratifs ou encore au Conseil d'État. Ces institutions sont très rarement utilisées. Cela peut
s'expliquer par le fait que beaucoup d'usagers ne connaissent pas ces recours et que ceux qui les connaissent ont
des a priori quant au temps et aux démarches nécessaires pour les saisir. Qu'en est-il aujourd'hui de la prise en
charge des dérogations au sein des services départementaux d'archives ?

2 La prise en charge des demandes de dérogation


2.1. Un personnel d'archives réceptif et favorable aux dérogations

Le personnel d'archives se doit d'informer les usagers de la possibilité de recourir à une demande de
dérogation lorsqu'un document n'est pas immédiatement communicable. Lorsque les usagers ne connaissent pas
ce recours et les démarches nécessaires, le personnel d'archives doit, autant que faire se peut, les accompagner
et les aider. L'ensemble des archives peut être demandé en dérogation, sauf les archives notariales de moins de
75 ans ou les documents en mauvais état matériel.
Les personnels d'archives se montrent-ils réceptifs et favorables à ces demandes ? Pour répondre à cette
question, il a été demandé aux usagers des archives départementales s'ils avaient eu l'impression que leur
demande de dérogation avait été bien accueillie par le personnel des archives départementales 116. Au total, 31
personnes ont répondu à cette question, soit 17 chez les usagers du public mixte et 14 chez les historiens.
D'après l'illustration 31, il apparaît
que 83,9 % des usagers, tous
publics confondus, ont eu
l'impression que leur demande de
dérogation a été bien accueillie par
le personnel d'archives. Lorsque
l'on regarde les résultats par
usagers, on constate que les
Illustration 31: réponses à la question : « Avez-vous eu l'impression que votre
demandes de dérogation au sein demande de dérogation a été bien accueillie par le personnel d'archives ? »

d'un service d'archives départementales ont été bien accueillies pour 100 % des historiens et 70,6 % des usagers
du public mixte. Les 14 historiens interrogés sont donc tous satisfaits de la réception de leur demande de

116 Question 32 pour le questionnaire du public mixte et 34 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 75
dérogation. 29,4 % des usagers du public mixte estiment que leur demande de dérogation n'a pas été bien
accueillie par le service d'archives concerné, soit 5 personnes sur 31 (16,1%). L'insatisfaction est donc
minoritaire. Lors des entretiens téléphoniques, il a été demandé aux usagers si leur expérience de demande de
dérogation avait été une expérience satisfaisante. La réponse est majoritairement oui. Une personne, citée
précédemment, a cependant précisé que « Les responsables d'archives n'étudient pas assez les dossiers demandés en dérogation »,

mais a également expliqué que les personnels d'archives étaient « agréables et collaboratifs »117. Une autre personne a
témoigné d'« une expérience globalement satisfaisante »118, et un troisième usager a précisé que « l'irritation était marginale aux
119
archives départementales » .

Les personnels d'archives sont réceptifs et favorables aux demandes de dérogations. Celles-ci sont
généralement accueillies positivement dans les services d'archives. Après la prise en charge de la dérogation par
le personnel d'archives, celle-ci doit être instruite dans un délai restreint imposé par le Code du patrimoine. Ce
temps d'instruction est-il aujourd'hui respecté ?

2.2. Des temps d'instruction trop longs ?

D'après la législation en vigueur, le temps de réponse à une demande de dérogation ne doit pas excéder
deux mois. Cette réglementation figure à l'article L213-3 du Code du patrimoine 120. Ce temps d'instruction est-il
aujourd'hui toujours respecté ?
Il a été demandé aux usagers ayant
fait une demande de dérogation de
préciser le temps de réponse à
l'instruction de leur demande121. Au
total, 28 personnes ont répondu à
cette question, 16 chez le public
mixte, 12 chez les historiens. D'après
l'illustration 32, il apparaît qu'à Illustration 32: réponses à la question : « Approximativement, à combien estimez-
vous le temps qui a été nécessaire à l'instruction de votre demande de
35,7 % les usagers des archives dérogation ? » - Tous publics confondus

départementales ont eu un délai de réponse de trois mois quant à leur demande de dérogation, ce qui est
contraire à la législation en vigueur. Les délais de réponse sont donc quelquefois trop longs. Parmi les

117 Entretien du 18 avril 2014, professeur d'université en histoire contemporaine.


118 Entretien du 18 avril 2014, militaire retraité.
119 Entretien du 17 avril 2014, maître de conférence en histoire contemporaine.
120 Article en annexe n°6.
121 Question 35 pour le questionnaire du public mixte et 37 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 76
entretiens téléphoniques menés, une personne a affirmé avoir attendu 3 mois et demi avant l'instruction de sa
demande de dérogation122. Cette personne ignorait alors que la réglementation en vigueur fixait le délai
maximal de réponse à deux mois. L'autre réponse dominante est « autre ». Cette réponse regroupe alors des
délais inférieurs à un mois : « immédiat » (2 réponses), sous « quelques jours », sous « 15 jours » et sous « moins d'un mois ».
Ces réponses, additionnées aux réponses « 1 mois » et « 2 mois » constituent ainsi 64,3 % des réponses des
usagers. Le temps d'instruction à une demande de dérogation est donc globalement respecté.
Qu'en est-il des 35,7 % des usagers ayant répondu « 3 mois » ; comment ces usagers se répartissent-ils ?
D'après l'illustration 33, il
apparaît que le délai de 3 mois
concerne à 70 % les historiens,
contre 30 % des usagers du
public mixte. Ainsi, les
historiens sont plus
fréquemment confrontés à de
longs délais, au-delà du délai
imposé par la loi. Par Illustration 33: réponses à la question : « Approximativement, à combien estimez-vous le
temps qui a été nécessaire à l'instruction de votre demande de dérogation ? »- Par public
opposition, la réponse
« Autre » qui regroupe des délais inférieurs à un mois, concerne à plus de 85 % les usagers du public mixte. Les
délais les plus longs concernent donc les historiens, les plus courts sont concentrés autour du public mixte. La
théorie selon laquelle les historiens, en vertu de leur statut et de leur fréquentation des archives seraient un
public privilégié par rapport aux autres usagers paraît donc, encore une fois, fausse.
Les usagers du public mixte sont très présents dans les deux autres réponses (1 mois et 2 mois), à 60 % au
minimum. Le délai de 2 mois, qui est le délai réglementaire, ne concerne que 40 % des historiens contre 60 %
des usagers du public mixte.
En prenant les réponses données pour les choix : 1 mois, 2 mois, 3 mois (sans tenir compte des réponses
« Autre » qui sont fluctuantes et dont on ignore le délai précis) et en fixant le nombre de jours dans un mois à
31, on peut établir le temps moyen de réponse à une demande de dérogation à 58,9 jours soit presque deux mois
(1 mois et 27,9 jours précisément). Le délai d'instruction paraît donc respecté, sachant que les données précises
du choix « Autre » auraient davantage réduit ce délai.

Ainsi, il apparaît que le délai de réponse à une demande de dérogation, fixé à deux mois, soit globalement
respecté. Cependant, des abus sont perceptibles. Le délai d'instruction atteint parfois 3 mois, voire au-delà. Une

122 Entretien du 17 avril 2014, enseignant en histoire géographie. Demande faite aux archives départementales du Bas-Rhin.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 77
plus forte régularité pourrait être appréciée par les usagers. Suite à la réponse à leur demande de dérogation, les
publics sont-ils pleinement satisfaits ?

3 Les dérogations a posteriori : la satisfaction des publics ?


3.1. La justification des délais imposés ?

Une fois la demande de dérogation instruite par le SIAF et si la réponse est positive, l'usager concerné a
donc la possibilité de consulter tout ou partie des documents demandés. Une fois les documents en main, les
usagers peuvent ainsi estimer si les délais imposés à l'origine leur paraissent justifiés ou non.
Ainsi, dans les deux questionnaires, il a été demandé aux usagers des archives départementales de préciser ce
qu'ils avaient pensé des délais de communication imposés après avoir consulté les documents demandés en
dérogation123. Cinq choix de réponse étaient possibles : justifiés ; trop longs ; pas assez longs ; une partie des
documents aurait pu être communiquée plus tôt ; une partie des documents aurait dû être communiquée plus
tard. Au total, 28 personnes ont répondu à cette question : 18 chez le public mixte, et 10 chez les historiens.
D'après le graphique 34 ci-
contre, seuls trois choix de
réponse sur cinq ont été
choisis : justifiés ; trop
longs ; une partie des
documents aurait pu être
communiquée plus tôt.
Lorsque l'on regarde les
résultats tous publics
confondus, on remarque que Illustration 34: réponses à la question : « Après consultation des documents demandés en
dérogation, qu'avez-vous pensé des délais imposés ? »
les réponses sont assez
partagées. 39,3 % des usagers interrogés tendent à penser qu'une partie des documents aurait pu être
communiquée plus tôt. Lorsque l'on examine la répartition de ces réponses selon le public, on remarque que se
sont essentiellement les historiens qui ont fait ce choix de réponse, à 60 %. Par opposition, le choix dominant
chez les usagers du public mixte est « Justifiés », à 44,4 %, contre 20 % chez les historiens. La justification des
délais révèle en partie la satisfaction des usagers. Le public mixte paraît donc plus satisfait des délais imposés
sur les documents demandés en dérogation.

123 Question 40 pour le questionnaire du public mixte et 42 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 78
Les usagers affirmant que les délais imposés sont trop longs sont assez peu nombreux. En effet, après
consultation des documents demandés en dérogation, seuls 25 % des usagers affirment que les délais imposés
étaient trop longs, soit 7 réponses sur 28. Cette insatisfaction touche davantage les usagers du public mixte à
27,8 %, contre 20 % des historiens.
Les entretiens téléphoniques révèlent des réponses assez partagées. Une personne, historienne, témoigne que les
délais imposés n'étaient, selon elle, pas légitimes car les documents demandés étaient communicables
auparavant et avaient déjà été consultés 124. Aux archives départementales du Bas-Rhin, un usager a expliqué
vouloir consulter en dérogation des jugements des tribunaux allemands, versés aux archives en deux
versements. Le premier versement a été accepté en dérogation, le second non 125. Par opposition, une autre
personne a exprimé sa satisfaction quant aux délais imposés : « Oui, les délais étaient légitimes en archives départementales
126
dans la mesure où il s'agissait de protéger la vie privée des individus » . Ces quelques entretiens reflètent une hétérogénéité
relative quant à la satisfaction des publics.

À l'issue de ce développement, il apparaît donc qu’après consultation des documents demandés en


dérogation, les usagers estiment que les délais imposés sont globalement justifiés. Les avis sont parfois partagés
et les usagers du public mixte paraissent plus satisfaits que les historiens. Les usagers des archives
départementales estiment-ils pour autant que la dérogation est un outil d'ouverture suffisant ?

3.2. La dérogation : un outil d'ouverture suffisant ?

La dérogation permet la consultation de documents avant les délais imposés. Elle est donc généralement
perçue et présentée comme un outil d'ouverture. Cependant, les usagers des archives départementales
considèrent-ils aujourd'hui que la
dérogation est un outil d'ouverture
suffisant ?
Cette question a été posée dans les
deux questionnaires127. Au total, 71
personnes ont répondu à cette
question, soit 52 chez le public mixte
Illustration 35: réponses à la question : « Pensez-vous que la dérogation est outil
et 19 chez les historiens. d'ouverture suffisant ? »

124 Entretien du 17 avril 2014, professeur d'histoire contemporaine.


125 Entretien du 17 avril 2014, enseignant en histoire géographie.
126 Entretien du 17 avril 2014, maître de conférence en histoire contemporaine.
127 Question 25 pour le questionnaire du public mixte et 27 pour le questionnaire aux historiens.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 79
D'après le graphique 35, on aperçoit que les usagers des archives départementales estiment globalement que la
dérogation est un outil d'ouverture suffisant à plus de 59 %. Ce constat est également visible lorsque l'on
regarde les résultats selon le public interrogé. 61,5 % des usagers du public mixte et 52,6 % des historiens
estiment ainsi que la dérogation est un outil d'ouverture suffisant, soit la grande majorité des usagers interrogés.
L'utilité des dérogations est donc perceptible. Il ne faut cependant pas négliger les 40,8 % des usagers des
archives départementales qui estiment que la dérogation n'est pas un outil d'ouverture suffisant, soit 29
personnes sur 71.
Pour les usagers des archives départementales, les dérogations constituent donc majoritairement un outil
d'ouverture. C'est un recours apprécié et utilisé le plus fréquemment en cas de difficulté d'accès à des
documents. D'après les entretiens téléphoniques menés, les dérogations, qu'elles soient pratiquées
occasionnellement ou fréquemment, ne découragent pas les usagers à fréquenter de nouveau les services
d'archives. Sur les 5 personnes interrogées lors des entretiens, toutes ont affirmé que l'accès aux documents par
dérogation n'était pas du tout quelque chose qui pouvait les bloquer quant à la fréquentation des services
d'archives.

Il apparaît donc que les usagers des archives départementales, tant les historiens que les usagers du public
mixte, considèrent la dérogation comme un outil d'ouverture suffisant. Un outil d'ouverture suffisant, mais
également satisfaisant et apprécié puisque les usagers interrogés en entretien affirment tous continuer à
fréquenter un service d'archives après une ou plusieurs demandes de dérogation.

Au terme de cette dernière partie, il est possible de confirmer qu'il y a aujourd'hui une pratique nouvelle
des dérogations. Moins nombreuses et généralement acceptées, les demandes de dérogation constituent le
principal recours en cas de difficulté d’accès à des archives. La prise en charge des demandes de dérogation est
respectée. Les personnels d'archives accueillent favorablement les demandes et les temps d'instruction sont
honorés. A posteriori, la satisfaction des publics est partagée. Si les délais imposés à l'origine ne semblent pas
toujours justifiés aux yeux des usagers, les dérogations apparaissent comme un outil d'ouverture suffisant et
apprécié.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 80
*****

La situation des usagers des archives départementales face aux refus de communicabilité et aux
dérogations à considérablement évoluée ces dernières années. Si des refus sont encore perceptibles aujourd'hui,
une évolution positive est cependant indéniable quant à l'accessibilité aux archives. Les dérogations sont encore
d'usage mais leurs pratiques ne sont plus celles dénoncées par Sonia Combe vingt ans plus tôt. Le bilan est
plutôt positif, sans toutefois négliger quelques points particuliers qui mériteraient une amélioration.

Cette étude permet, dans un premier temps, de confirmer qu'il existe encore des refus de communicabilité
dans les services départementaux d'archives aujourd'hui. Cependant, ils évoluent dans un contexte d'ouverture
des archives et sont de moins en moins nombreux. Si les explications de ces refus se trouvent généralement
dans les délais imposés, la responsabilité des personnels d'archives est également envisageable lorsque les
documents ne sont pas traités dans les temps. Face à ces difficultés de communicabilité, les usagers peuvent
recourir à une demande de dérogation pour demander la consultation des documents avant la fin des délais
imposés. Cette étude confirme alors que, aujourd'hui, les dérogations sont moins nombreuses et sont
généralement accordées. Les dérogations prises en charge sont reçues positivement par le personnel d'archives
et instruites dans le délai imposé des deux mois. La prise en charge des dérogations est donc une source de
satisfaction générale pour les usagers et la dérogation est largement vue comme un outil d'ouverture. Par
opposition, les avis sont plus partagés quant à la justification des délais imposés. Nombreux sont les usagers
estimant que tout ou partie des documents auraient pu être communiqués plus tôt.
L'octroi systématique des demandes de dérogation ne remet-il pas directement en cause leur intérêt et celui de
certains délais de communication ? Ne serait-il pas plus simple d'accorder des dérogations générales pour les
fonds dont les dérogations sont toujours acceptées ? Cela pourrait faire gagner du temps aux usagers et aux
administrations. De même, quelle est la pertinence des délais pour des documents dont la consultation est
systématiquement accordée avant la fin de ces mêmes délais ?

Sur la satisfaction des publics, cette étude confirme que l'ensemble des usagers reconnaissent que les
délais de communicabilité actuellement en place dans les services départementaux sont satisfaisants et qu'il y a
une ouverture évidente des archives. Cependant, si l'ouverture des archives semble évidente, le maintien des
secrets d'État dans notre société actuelle le paraît tout autant. Aujourd'hui, les usagers des archives
départementales aspirent toujours à une plus grande ouverture de ces archives sensibles.

L'apport principal de cette étude réside dans le constat que les usagers sont aujourd'hui insuffisamment
informés dans les services départementaux d'archives. La politique de communication des services

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 81
départementaux d'archives est un des points qui, sous quelques aspects, nécessite une certaine amélioration.
D'après l'étude menée, les usagers connaissent correctement les délais de communicabilité et l'existence des
dérogations. Certains connaissent même les détails de la législation. Mais les connaissances acquises sont
davantage dues à des recherches personnelles qu'à des efforts d'information de la part des services d'archives.
Les moyens d'information mis en place par les services d'archives sont imparfaits et insatisfaisants pour les
usagers. Ils aspirent à ce que les informations quant aux délais de communicabilité et aux dérogations soient
mieux diffusées. Les usagers proposent des moyens d'information qui, d'après la loi, devraient être mis en place
dans tous les services d'archives (affichage des délais de communicabilité par exemple). Si certains usagers
pallient ce manque d'information par leurs propres recherches, d'autres restent dans l'ignorance et nourrissent
des a priori importants. Or, ces lacunes condamnent la communication de certains documents. Ne connaissant
pas l'usage des dérogations, de la CADA ou des tribunaux administratifs, certains usagers restent confrontés à
un refus de communicabilité.

Un autre élément important de cette étude se situe dans l'égalité quant aux refus de communicabilité entre
usagers professionnels et usagers amateurs. Les refus de communicabilité sont adressés tant dans le cadre d'une
demande privée que dans un cadre professionnel et autant aux usagers du public mixte qu'aux historiens.
L'hypothèse selon laquelle les historiens constituent un public privilégié semble erronée. De même, les
conclusions de Sonia Combe sur l'accord arbitraire des dérogations selon le statut ou l'apparence de la personne
sont aujourd'hui dépassées. Les personnels d'archives sont objectifs et impartiaux dans leurs décisions.

Ainsi, les archives départementales constituent un centre de perception de l'évolution de la situation des
usagers face aux refus de communicabilité et aux dérogations. Il pourrait être intéressant de voir si cette
évolution se reflète dans d'autres services d'archives territoriaux ou au sein des Archives nationales.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 82
Conclusion

Cette étude a permis de mettre en avant l'évolution chronologique et récente de la politique de


communicabilité des services d'archives en France, depuis ses origines en 1794 jusqu'à la dernière loi sur les
archives du 15 juillet 2008.

Les développements et les conclusions apportés par cette étude permettent de présenter une évolution
positive de la politique de communicabilité des archives. 1794, 1979 et 2008 marquent durablement la
législation des archives et conduisent à une réduction générale des délais de communication. Du point de vue
législatif, les archives publiques sont aujourd'hui de plus en plus accessibles et les refus moins nombreux ; mais
qu'en est-il du point de vue des usagers ?

C'est pour répondre à cette question que la seconde partie de cette étude s'est concentrée sur les usagers
des archives départementales ; sur leur perception de la politique de communicabilité aujourd'hui, sur leur
expérience des refus de communication et sur leur usage des dérogations comme outil d'ouverture.

L'ensemble des conclusions faites permettent ainsi de répondre à la question suivante : y a-t-il une remise
en cause de la libre communicabilité des archives annoncée successivement dans les textes législatifs ? A
l'échelle des archives départementales, il semble que non. L'ouverture des archives, joint à une réduction
globale des refus de communicabilité constatée dans la seconde partie de cette étude, invite à considérer
qu'aujourd'hui plus que hier la notion de libre communicabilité est légitime. Les dérogations, présentées comme
un outil d'ouverture, sont très largement accordées, au point d'une possible remise en cause de leur intérêt.

Les usagers interrogés dans cette étude paraissent satisfaits des délais de communicabilité aujourd'hui en
vigueur dans les services départementaux d'archives et reconnaissent une ouverture incontestable des archives.

Ces conclusions ne doivent cependant pas laisser croire qu'aucune barrière ne s'élève contre le principe de
libre communicabilité aujourd'hui. Un point important nécessitant une amélioration a été soulevé : le manque
d'information au public. Les services départementaux d'archives doivent être aptes à subvenir à ce besoin décrié
par les usagers. Alors que certains usagers peuvent pallier à un refus de communicabilité par une demande de
dérogation, d'autres restent confrontés à un refus car ils ignorent l'existence de ce recours. Des obstacles à une

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 83
liberté d'accès aux archives pleine et entière sont encore perceptibles. Ainsi, les archives départementales du
Calvados font payer l'accès à certains documents numérisés sur leur site internet. Ces deux éléments peuvent
nous inviter à réfléchir sur l'égalité de l'accès aux archives publiques aujourd'hui.

Reste à savoir si les conclusions de cette étude seront toujours légitimes après la nouvelle loi sur le
patrimoine et les archives annoncée par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, pour 2014.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 84
Table des annexes
Annexe n°1 : extrait de la loi du 17 juillet 1978 sur l'accès aux documents administratifs (version initiale)...........86

Annexe n°2 : extrait de la loi du 3 janvier 1979 sur les archives...............................................................................89

Annexe n°3 : tableau récapitulatif des délais de communicabilité en vigueur avant et après la loi sur les archives du
3 janvier 1979.............................................................................................................................................................91

Annexe n°4 : propositions pour l'ouverture des archives faites par Guy Braibant dans son rapport sur la situation
des archives en France (1996)....................................................................................................................................92

Annexe n°5 : tableau récapitulatif des délais proposés, rejetés et adoptés lors de la préparation de la nouvelle loi
sur les archives en 2008..............................................................................................................................................93

Annexe n°6 : extrait de la loi sur les archives du 15 juillet 2008 (version en vigueur au 10 avril 2014)..................94

Annexe n°7 : extrait de la circulaire du 2 octobre 1997 relative à l'accès aux archives publiques de la période 1940-
1945............................................................................................................................................................................96

Annexe n°8 : extrait de la circulaire du 13 avril 2001 sur l'accès aux archives publiques en relation avec la guerre
d'Algérie......................................................................................................................................................................97

Annexe n°9 : extrait d'un formulaire de demande de dérogation...............................................................................98

Annexes n° 10 : questionnaire envoyé aux usagers fréquentant un service d'archives départementales (public
mixte)........................................................................................................................................................................101

Annexe n° 11 : questionnaire envoyé à la liste de diffusion de l'Association des Historiens Contemporanéistes de


l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (AHCESR).......................................................................................107

Annexe n°12 : tableau récapitulatif des profils rencontrés dans les deux questionnaires........................................114

Annexe n°13 : grille d'entretien................................................................................................................................116

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 85
Annexe n°1 : extrait de la loi du 17 juillet 1978 sur l'accès aux documents administratifs (version
initiale).

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 86
Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 87
Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 88
Annexe n°2 : extrait de la loi du 3 janvier 1979 sur les archives128.

ARTICLE 3
Les archives publiques sont :
1° Les documents qui procèdent de l'activité de l’État, des collectivités locales, des établissements et entreprises
publics ;
2° Les documents qui procèdent de l'activité des organismes de droit privé chargés de la gestion des services
publics ou d'une mission de service public ;
3° Les minutes et répertoires des officiers publics ou ministériels.
Les archives publiques, quel qu'en soit le possesseur, sont imprescriptibles.
Les conditions de leur conservation sont déterminées par le décret en Conseil d’État prévu à l'article 32 de la
présente loi.
Ce décret détermine les cas où l'administration des archives laisse le soin de la conservation des documents
d'archives produits ou reçus par certaines administrations ou certains organismes aux services compétents de
ces administrations ou organismes. Il fixe les conditions de la coopération entre l'administration des archives et
ces administrations ou organismes.
ARTICLE 7
Le délai au-delà duquel les documents d'archives publiques peuvent être librement consultés est porté à :
1° Cent cinquante ans à compter de la date de naissance pour les documents comportant des renseignements
individuels de caractère médical ;
2° Cent vingt ans à compter de la date de naissance pour les dossiers de personnel ;
3° Cent ans à compter de la date de l'acte ou de la clôture du dossier pour les documents relatifs aux affaires
portées devant les juridictions, y compris les décisions de grâce, pour les minutes et répertoires des notaires
ainsi que pour les registres de l'état civil et de l'enregistrement ;
4° Cent ans à compter de la date du recensement ou de l'enquête, pour les documents contenant des
renseignements individuels ayant trait à la vie personnelle et familiale et, d'une manière générale, aux faits et
comportements d'ordre privé, collectés dans le cadre des enquêtes statistiques des services publics ;
5° Soixante ans à compter de la date de l'acte pour les documents qui contiennent des informations mettant en
cause la vie privée ou intéressant la sûreté de l’État ou la défense nationale, et dont la liste est fixée par décret
en Conseil d’État.

ARTICLE 9
Les archives privées sont l'ensemble des documents définis à l'article 1er qui n'entrent pas dans le champ
d'application de l'article 3 ci-dessus

ARTICLE 8
Sous réserve, en ce qui concerne les minutes des notaires, des dispositions de l'article 23 de la loi du 25 ventôse
an XI, l'administration des archives peut autoriser la consultation des documents d'archives publiques avant
l'expiration des délais prévus aux articles 6, alinéa 3, et 7 de la présente loi.

128 Abrogés par l'ordonnance du 24 février 2004

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 89
Cette consultation n'est assortie d'aucune restriction, sauf disposition expresse de la décision administrative
portant autorisation.
Par dérogation aux dispositions du premier alinéa du présent article, aucune autorisation ne peut être accordée
aux fins de permettre la communication, avant l'expiration du délai légal de cent ans, des renseignements visés
au 4° de l'article 7 de la présente loi.

ARTICLE 26
Toute administration détentrice d'archives publiques ou privées est tenue de motiver tout refus qu'elle oppose à
une demande de communication de documents d'archives.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 90
Annexe n°3 : tableau récapitulatif des délais de communicabilité en vigueur avant et après la loi
sur les archives du 3 janvier 1979.

Source : DUCROT Ariane, « Comment fut élaborée et votée la loi sur les archives du 6 janvier 1979 », La
Gazette des Archives, n°104, 1979, p. 29.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 91
Annexe n°4 : propositions pour l'ouverture des archives faites par Guy Braibant dans son
rapport sur la situation des archives en France (1996).

16 – Réduire à 25 ans le délai ordinaire d’accès aux archives qui ne sont pas librement communicables au titre
de la loi du 17 juillet 1978.
17 – Abroger les dispositions illégales relatives aux délais spéciaux figurant dans les décrets d’application de la
loi du 3 janvier 1979.
18 – Ramener à 25 ans après la date du décès de l’intéressé– ou, si elle est inconnue, 50 ans à compter de la
date du document
l’ensemble des délais spéciaux destinés à protéger la vie privée au sens large : dossiers de personnel, état civil,
affaires portées devant les juridictions – en ne maintenant un régime particulier que pour les informations
médicales (délai de 50 ans après la date du décès de l’intéressé ou de 75 ans à compter de la date du document).
19 – Réduire à 50 ans le délai spécial de protection des documents dont la communication serait susceptible de
porter atteinte à
certains intérêts publics, en précisant le champ des intérêts protégés : sûreté de l’État, sécurité physique des
personnes, secret de la défense nationale, conduite de la politique extérieure. L’atteinte susceptible d’être portée
à ces intérêts serait appréciée à la date de la demande de consultation.
20 – Préciser la manière dont l’application du délai de 50 ans aux documents protégés par le secret de la
défense nationale s’articule avec les dispositions organisant la classification de ces documents.
21 – Réserver pendant une durée indéterminée la communication des documents techniques relatifs aux
armements nucléaires.
22 – Engager une politique systématique de dérogations générales pour les archives dont la communication est
subordonnée à un délai spécial et modifier le décret no 79-1038 afin de permettre l’ouverture sélective des
fonds par dérogation générale pour les documents de moins de trente ans.
23 – Déconcentrer la procédure de dérogation, en l’assortissant, dans le cas des documents mettant en cause la
vie privée, de
garanties pour les personnes intéressées. L’harmonisation de cette procédure serait notamment assurée par la
direction des Archives de France qui pourrait être saisie de recours hiérarchiques et coordonnerait la pratique
des directions départementales par voie de directive.
24 – Mettre en cohérence les lois du 17 juillet 1978 et du 3 janvier 1979, notamment en ce qui concerne la
définition des archives faisant l’objet de délais spéciaux. Une marge serait cependant laissée entre les deux
textes, comprenant les documents administratifs non communicables au sens de la loi de 1978 qui ne font pas
l’objet d’un délai spécial dans la loi sur les archives : documents relatifs à la monnaie et au crédit public, à la
sécurité publique, documents mettant en cause le secret des
délibérations du gouvernement ou le secret en matière industrielle et commerciale. Ces documents seraient
accessibles au terme d’un délai de 25 ans, sous réserve que leur communication ne porte pas atteinte à d’autres
intérêts publics ou privés.
25 – Préciser les modalités d’articulation de la loi «.informatique et libertés.» du 6 janvier 1978 avec la loi sur
les archives.
26 – Étendre la compétence de la commission d’accès aux documents administratifs aux refus de
communication de documents d’archives fondés sur les dispositions de la loi du 3 janvier 1979.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 92
Annexe n°5 : tableau récapitulatif des délais proposés, rejetés et adoptés lors de la préparation de la
nouvelle loi sur les archives en 2008.

Source : extrait du « dossier : loi sur les archives de juillet 2008 », disponible sur
http://www.parlements.org/actualites/projet_de_loi_relatif_aux_archives_2008.html#tableau

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 93
Annexe n°6 : extrait de la loi sur les archives du 15 juillet 2008 (version en vigueur au 10 avril 2014).

ARTICLE L213-2
Par dérogation aux dispositions de l'article L. 213-1 :
I. ― Les archives publiques sont communicables de plein droit à l'expiration d'un délai de :
1° Vingt-cinq ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier :
a) Pour les documents dont la communication porte atteinte au secret des délibérations du Gouvernement et des
autorités responsables relevant du pouvoir exécutif, à la conduite des relations extérieures, à la monnaie et au
crédit public, au secret en matière commerciale et industrielle, à la recherche par les services compétents des
infractions fiscales et douanières ou au secret en matière de statistiques sauf lorsque sont en cause des données
collectées au moyen de questionnaires ayant trait aux faits et comportements d'ordre privé mentionnées aux 4°
et 5° ;
b) Pour les documents mentionnés au 1° du I de l'article 6 de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978, à l'exception
des documents produits dans le cadre d'un contrat de prestation de services exécuté pour le compte d'une ou de
plusieurs personnes déterminées lorsque ces documents entrent, du fait de leur contenu, dans le champ
d'application des 3° ou 4° du présent I ;
2° Vingt-cinq ans à compter de la date du décès de l'intéressé, pour les documents dont la communication porte
atteinte au secret médical. Si la date du décès n'est pas connue, le délai est de cent vingt ans à compter de la
date de naissance de la personne en cause ;
3° Cinquante ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier, pour
les documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale, aux intérêts
fondamentaux de l'Etat dans la conduite de la politique extérieure, à la sûreté de l’État, à la sécurité publique, à
la sécurité des personnes ou à la protection de la vie privée, à l'exception des documents mentionnés aux 4° et
5°. Le même délai s'applique aux documents qui portent une appréciation ou un jugement de valeur sur une
personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable, ou qui font apparaître le comportement
d'une personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice.
Le même délai s'applique aux documents relatifs à la construction, à l'équipement et au fonctionnement des
ouvrages, bâtiments ou parties de bâtiment utilisés pour la détention des personnes ou recevant habituellement
des personnes détenues. Ce délai est décompté depuis la fin de l'affectation à ces usages des ouvrages,
bâtiments ou parties de bâtiment en cause ;
4° Soixante-quinze ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier,
ou un délai de vingt-cinq ans à compter de la date du décès de l'intéressé si ce dernier délai est plus bref :
a) Pour les documents dont la communication porte atteinte au secret en matière de statistiques lorsque sont en
cause des données collectées au moyen de questionnaires ayant trait aux faits et comportements d'ordre privé ;
b) Pour les documents relatifs aux enquêtes réalisées par les services de la police judiciaire ;
c) Pour les documents relatifs aux affaires portées devant les juridictions, sous réserve des dispositions
particulières relatives aux jugements, et à l'exécution des décisions de justice ;
d) Pour les minutes et répertoires des officiers publics ou ministériels ;
e) Pour les registres de naissance et de mariage de l'état civil, à compter de leur clôture ;

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 94
5° Cent ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier, ou un délai
de vingt-cinq ans à compter de la date du décès de l'intéressé si ce dernier délai est plus bref, pour les
documents mentionnés au 4° qui se rapportent à une personne mineure.
Les mêmes délais s'appliquent aux documents couverts ou ayant été couverts par le secret de la défense
nationale dont la communication est de nature à porter atteinte à la sécurité de personnes nommément désignées
ou facilement identifiables. Il en est de même pour les documents relatifs aux enquêtes réalisées par les services
de la police judiciaire, aux affaires portées devant les juridictions, sous réserve des dispositions particulières
relatives aux jugements, et à l'exécution des décisions de justice dont la communication porte atteinte à
l'intimité de la vie sexuelle des personnes.
II. ― Ne peuvent être consultées les archives publiques dont la communication est susceptible d'entraîner la
diffusion d'informations permettant de concevoir, fabriquer, utiliser ou localiser des armes nucléaires,
biologiques, chimiques ou toutes autres armes ayant des effets directs ou indirects de destruction d'un niveau
analogue.

ARTICLE L213-3

I. ― L'autorisation de consultation de documents d'archives publiques avant l'expiration des délais fixés au I de
l'article L. 213-2 peut être accordée aux personnes qui en font la demande dans la mesure où l'intérêt qui
s'attache à la consultation de ces documents ne conduit pas à porter une atteinte excessive aux intérêts que la loi
a entendu protéger. Sous réserve, en ce qui concerne les minutes et répertoires des notaires, des dispositions de
l'article 23 de la loi du 25 ventôse an XI contenant organisation du notariat, l'autorisation est accordée par
l'administration des archives aux personnes qui en font la demande après accord de l'autorité dont émanent les
documents.
Le temps de réponse à une demande de consultation ne peut excéder deux mois à compter de l'enregistrement
de la demande.
II. ― L'administration des archives peut également, après accord de l'autorité dont émanent les documents,
décider l'ouverture anticipée de fonds ou parties de fonds d'archives publiques.

ARTICLE L213-4

Le versement des documents d'archives publiques émanant du Président de la République, du Premier ministre
et des autres membres du Gouvernement peut être assorti de la signature entre la partie versante et
l'administration des archives d'un protocole relatif aux conditions de traitement, de conservation, de valorisation
ou de communication du fonds versé, pendant la durée des délais prévus à l'article L. 213-2. Les stipulations de
ce protocole peuvent également s'appliquer aux documents d'archives publiques émanant des collaborateurs
personnels de l'autorité signataire.
Pour l'application de l'article L. 213-3, l'accord de la partie versante requis pour autoriser la consultation ou
l'ouverture anticipée du fonds est donné par le signataire du protocole.
Le protocole cesse de plein droit d'avoir effet en cas de décès du signataire et, en tout état de cause, à la date
d'expiration des délais prévus à l'article L. 213-2.
Les documents d'archives publiques versés antérieurement à la publication de la loi n° 2008-696 du 15 juillet
2008 relative aux archives demeurent régis par les protocoles alors signés. Toutefois, les clauses de ces
protocoles relatives au mandataire désigné par l'autorité signataire cessent d'être applicables vingt-cinq ans
après le décès du signataire.

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 95
Annexe n°7 : extrait de la circulaire du 2 octobre 1997 relative à l'accès aux archives publiques
de la période 1940-1945

Paris, le 2 octobre 1997.


Le Premier ministre à Mesdames
et Messieurs les ministres et secrétaires d’État

1. C’est un devoir de la République que de perpétuer la mémoire des événements qui se déroulèrent dans notre
pays entre 1940 et 1945.
La recherche historique est, à cet égard, essentielle. Les travaux et les publications des chercheurs constituent
une arme efficace pour lutter contre l’oubli, les déformations de l’histoire et l’altération de la mémoire. Ils
contribuent ainsi à ce que le souvenir conservé de cette période soit vivace et fidèle.
Pour que de telles recherches puissent être menées, il faut que leurs auteurs disposent d’un accès facile aux
archives qui concernent la période. L’objet de la présente circulaire est d’indiquer comment, dans le respect de
la législation applicable, cet objectif peut être atteint.
2. Les documents produits par les administrations publiques durant la Seconde Guerre mondiale sont en
principe accessibles à tous, puisque, en vertu de l’article 6 de la loi no 79-18 du 3 janvier 1979 sur les archives,
les archives publiques deviennent librement communicables à l’expiration d’un délai de trente ans.
Il en va toutefois différemment des documents relevant, pour leur consultation, des délais spéciaux prévus à
l’article 7 de la loi du 3 janvier 1979 précitée, et en particulier de ceux qui, en application du 5° dudit article, ne
peuvent être communiqués avant un délai de soixante ans, parce qu’ils contiennent des informations
susceptibles de porter atteinte à la vie privée, ou parce qu’ils ont été répertoriés comme intéressant la sûreté de
l’État ou la défense nationale.
3. Un projet de loi est actuellement en préparation, afin d’aménager les conditions d’accès à ces documents, à
partir des propositions contenues dans le rapport de M. Guy Braibant sur les Archives de France.
4. Pour le présent, et sans attendre l’aboutissement de cette réforme législative, il convient de faire le meilleur
usage des possibilités de dérogations, générales ou individuelles, ouvertes par l’article 8 de la loi du 3 janvier
1979 précitée et par les décrets pris pour son application.
[…]
Les dérogations sont normalement accordées aux demandeurs à titre individuel. Mais il est également possible
d’ouvrir au public, par le biais de dérogations générales, l’accès à certains fonds ou parties de fonds, dès lors
que les documents qui composent ceux-ci sont vieux d’au moins trente ans.
[…]

Lionel JOSPIN

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 96
Annexe n°8 : extrait de la circulaire du 13 avril 2001 sur l'accès aux archives publiques en
relation avec la guerre d'Algérie.

Paris, le 13 avril 2001.

Le Premier ministre à Madame la ministre de l'emploi et de la solidarité, Madame la garde des sceaux, ministre
de la justice, […].
Le retour sur les événements liés à la guerre d'Algérie comme les récents débats qui se sont développés à ce
sujet montrent l'intérêt qui s'attache à ce que les faits correspondant à cette période reçoivent l'éclairage de la
recherche historique. En effet, seule une telle approche, avec les exigences de rigueur et de méthode qui lui sont
inhérentes, permettra de donner de ces faits une connaissance claire et impartiale.
Un travail historique de qualité ne peut toutefois être mené sans que les chercheurs disposent d'un large accès
aux archives publiques relatives à ces événements. C'est pourquoi je souhaite que cet accès soit facilité. L'objet
de la présente circulaire est d'indiquer comment un tel objectif peut être atteint, dans le respect de la législation
applicable.
1. Les documents produits par les administrations publiques durant la période en cause sont en principe
accessibles de plein droit, puisque le délai de trente ans, fixé par l'article 6 de la loi no 79-18 du 3 janvier 1979
sur les archives, à l'issue duquel les archives publiques peuvent être librement consultées, est aujourd'hui
expiré.
Les seules restrictions possibles concernent donc des documents qui, en raison des informations ou des
renseignements qu'ils contiennent, relèveraient, pour leur consultation, des délais spéciaux prévus à l'article 7
de la même loi. Il peut s'agir, notamment, de documents contenant des informations mettant en cause la vie
privée, ou intéressant la sûreté de l’État ou la défense nationale, ou encore relatifs aux affaires portées devant
les juridictions.
L'article 8 de la loi et les textes réglementaires pris pour son application donnent toutefois la faculté à
l'administration compétente d'autoriser la consultation des archives avant l'expiration des délais ainsi fixés.
[…]
2. Je souhaite que ces autorisations soient largement délivrées, à titre individuel, lorsqu'elles sont demandées
pour effectuer des travaux de recherche historique, en particulier par des personnes appartenant à la
communauté scientifique ou universitaire.
[...]
4. Je souhaite que les demandes de dérogation soient traitées avec diligence. [...]
5. Il convient, enfin, d'accélérer les inventaires des fonds d'archives relatifs à la guerre d'Algérie, et de les tenir
à la disposition du public, de manière que chercheurs et historiens soient effectivement à même de présenter des
demandes de dérogation à titre individuel.
Je vous demande également de veiller à ce que les fonds documentaires qui sont encore détenus par vos
services soient rapidement versés aux services d'archives compétents.
Les inventaires qui pourront être ainsi constitués permettront, le moment venu, de décider l'octroi de
dérogations générales portant sur des fonds bien identifiés.
Lionel Jospin

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 97
Annexe n°9 : extrait d'un formulaire de demande de dérogation.

DEMANDE DE COMMUNICATION PAR DÉROGATION


DE DOCUMENTS D’ARCHIVES PUBLIQUES
NON LIBREMENT COMMUNICABLES
(Code du patrimoine, articles L. 213-1 à L. 213-5)

IDENTIFICATION DU SERVICE D’ARCHIVES :

IDENTIFICATION DU DEMANDEUR
Monsieur Madame Mademoiselle
NOM :
Nom de jeune fille :
Prénom :
Adresse postale permanente :
temporaire (avec date limite) :
Adresse électronique :
Titres universitaires :
Profession :

RENSEIGNEMENTS RELATIFS A LA RECHERCHE


SUJET (intitulé précis : thème, limites géographiques et chronologiques)

NATURE DE LA RECHERCHE
Recherche administrative : établissements de droits
Recherche historique personnelle (hors recherche généalogique)
Recherche généalogique : Personnelle Professionnelle
Recherche scientifique : Livre Article Enquête collective

Directeur de recherche (facultatif ; joindre éventuellement une attestation) :

Établissement d’exercice (université, centre de recherche) :

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 98
IDENTIFICATION DES DOCUMENTS DEMANDÉS PAR DÉROGATION
SERVICE D’ARCHIVES CONSERVANT LES DOCUMENTS :______________________________
NOM DU DEMANDEUR :____________________________________________________________
Feuillet intercalaire n°___________

COTE DU VERSEMENT :

Service d’origine :
(Remplir un feuillet intercalaire distinct par versement ou par service versant).

Cote(s) :
Analyse (recopier l’analyse de l’instrument de recherche disponible) :

Dates extrêmes :
Avis des Archives : Sans objet (article déjà communicable)
Accord Refus
Avis de l’autorité dont émanent les documents :
sur la communication des originaux Accord Refus
sur la délivrance de reproductions Accord Refus

Cote(s) :
Analyse (recopier l’analyse de l’instrument de recherche disponible) :

Dates extrêmes :
Avis des Archives : Sans objet (article déjà communicable)
Accord Refus
Avis de l’autorité dont émanent les documents :
sur la communication des originaux Accord Refus
sur la délivrance de reproductions Accord Refus

[…]

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 99
OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES
(Observations concernant les motivations de la demande, la relation des documents sollicités avec le sujet de
recherche, les dérogations déjà obtenues pour des documents analogues, les projets de publication, etc.)

ENGAGEMENT DE RÉSERVE.
Je soussigné :
m’engage formellement à veiller à ce que l’usage que je pourrai faire des informations contenues dans les
documents que je vais consulter par dérogation ne porte pas atteinte à des droits ou des intérêts protégés par la
loi.

Date et signature :

Nombre de feuillets intercalaires joints à la présente demande :

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 100
Annexes n° 10 : questionnaire envoyé aux usagers fréquentant un service d'archives
départementales (public mixte).

Votre profil :

1- Votre tranche d'âge :

18-25 ans
25-35 ans
35-45 ans
45-55 ans
Plus : précisez l'âge …..............................................................................................................................

2- Êtes-vous :

Une femme
Un homme

3- Votre catégorie socioprofessionnelle :

Agriculteurs exploitants
Salariés de l’agriculture
Patrons de l’industrie et du commerce
Professions libérales et cadres supérieurs
Cadres moyens
Employés
Ouvriers
Personnels de services
Étudiant
Autres catégories

4- A quelle fréquence fréquentez-vous un service d'archives départementales ?

Plusieurs fois par semaine, précisez le nombre de jours ….....................................................................


Moins de 3 fois dans le mois
Moins de 3 fois dans l'année

5- Pourquoi fréquentez-vous un service d'archives départementales? Plusieurs réponses possibles

Recherches personnelles
Recherches professionnelles
Autre, précisez........................................................................................................................................

6- Avez-vous d'autres pratiques de consultation d'archives ?

Oui
Non

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 101
7- Si oui, quelles sont-elles ? Plusieurs réponses possibles

Archives nationales
Archives associatives
Archives privées
Site « Mémoire des hommes »
Autre, précisez........................................................................................................................................

8- Quelle est la nature des documents que vous consultez ? Plusieurs réponses possibles.

Registres d'état civil


Plans, cartes, cadastre...
Archives anciennes (avant 1789)
Archives modernes (après 1789 et jusqu'au 10 juillet 1940 pour les services départementaux)
Archives contemporaines (au-delà du 10 juillet 1940)
Archives privées
Autres, précisez …...................................................................................................................................

9- Utilisez-vous des archives orales ?

Oui
Non

10-Si non, pourquoi ?

Car elles sont peu accessibles en archives départementales


Car cela ne correspond pas à mes besoins
Autre, précisez........................................................................................................................................

11- En dehors des sources d'archives proprement dites, quel type de documents consultez-vous pour vos recherches ?
Plusieurs réponses possibles.

Ouvrages imprimés
Articles de presse
Sources internet
Autres, précisez …...................................................................................................................................

Les délais de communicabilité

12- Connaissez-vous les délais de communicabilité en vigueur dans les services d'archives départementaux?

Oui, très bien


Oui, insuffisamment
Non

13- Si oui, qu'en pensez-vous ? Une seule réponse.

Excellents, tous les délais sont justifiés et les archives très accessibles
Très bons, documents d'archives accessibles

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 102
Bons, documents d'archives plutôt accessibles
Moyens, quelques délais devraient être révisés
Critiquables, beaucoup de délais sont injustifiés
Très critiquables, les délais de communicabilité ne devraient exister

14-En ce qui concerne l'évolution des délais de communicabilité, avez-vous le sentiment d'une ouverture progressive des
archives ?

Oui
Non

15- Non, pourquoi ?......................................................................................................................................

16- Connaissez-vous la loi récente sur les archives, votée en 2008 ?

Oui
Non

17- Si oui, en êtes-vous satisfait ?

Oui
Non

18-Pensez-vous que les informations relatives aux nouveaux délais et règles de communicabilité dans les services
départementaux d'archives devraient être mieux diffusées ?

Oui
Non

19- Si oui, selon quels moyens ces informations devraient-elles être diffusées ?

…...............................................................................................................................................................................................

La communication des documents dans les services départementaux

20- Vous a-t-on déjà refusé la communication d'un document ou d'un ensemble de documents dans un service
départemental d'archives?

Oui
Non

21- Si oui, pourquoi ? Plusieurs réponses possibles


Archives non encore librement communicables en vertu des délais de communicabilité
Archives privées, faisant l'objet de modalités de communication spécifiques

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 103
État matériel des documents
Classement des documents en cours
Autre raison, précisez ...........................................................................................................................

22- Quelle était la nature du document ou ensemble de documents refusé ?

…..........................................................................................................................................................................

23- Dans quel cadre s'inscrivait la demande de consultation de ce/ces document(s) ?

Cadre professionnel (généalogistes professionnels, historiens...)


Cadre universitaire (mémoire, thèse, HDR...)
Cadre personnel
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

24- Connaissez-vous l'existence des dérogations ?

Oui, très bien


Oui, mais je ne sais pas bien quelle est la procédure à suivre
Non

25- Si oui, pensez-vous que la dérogation est un outil suffisant d'ouverture des archives ?
Oui
Non

26- Savez-vous qu'il existe des dérogations personnelles et des dérogations générales ?
Oui
Non

27- Pensez-vous que les informations sur le fonctionnement et l'usage des dérogations devraient être mieux diffusées au
sein des services d'archives départementaux ?
Oui
Non

28- À la suite d'un refus de communication, avez-vous fait une demande de dérogation ?
Oui
Non

29- Si oui, vers quelle date pouvez-vous approximativement situer cette demande ?

…..........................................................................................................................................................................

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 104
30- Si non, avez-vous été tenté de le faire ?
Oui
Non

31- Non, pourquoi ?

Peur d'un refus immédiat


Démarches administratives trop longues et compliquées
Je ne connaissais pas l'existence des dérogations
Autre raison, précisez.................................................................................................................

32- Avez-vous eu l'impression que cette demande de dérogation a été bien accueillie par le personnel du service
départemental d'archives ?
Oui
Non, précisez...........................................................................................................................................

33- S'agissant des personnels responsables des archives départementales, diriez-vous que :
Ils protègent les « secret d'État »
Ils encouragent la communication des documents et aident le lecteur à y avoir accès
Ils n'ont pas de pouvoir de décision, ils se contentent d'appliquer les règles
Ils s'efforcent d'obtenir des administrations qui ont produit les documents un avis favorable aux demandes
de dérogation
Autre, précisez......................................................................................................................

34- Si vous avez fait une demande de dérogation, a-t-elle été acceptée ?
Oui
Non

35- Approximativement, à combien estimez-vous le temps qui a été nécessaire à l'instruction de votre demande de
dérogation ?
1 mois
2 mois
3 mois
Plus, précisez ….......................................................................................................................................

36- Savez-vous si la communication des documents a été :


Partielle, une partie des documents a été retirée du dossier
Complète, tout le dossier a été communiqué
Les éléments nominatifs avaient été cachés
Je l'ignore

37- Dans le cas d'une demande de dérogation refusée, avez-vous saisi:


La CADA (Commission d'Accès aux Documents Administratifs)
Un tribunal administratif
Le Conseil d'État
Aucun des trois

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 105
38- Si vous n'avez saisi aucune de ces trois institutions, avez-vous été tenté de le faire ?
Oui
Non

39- Pourquoi n'avez-vous saisi aucune de ces trois institutions ?


Peur d'un refus immédiat
Démarches administratives trop longues et compliquées
Je ne connaissais pas l'existence de ces trois recours
Volonté de garder de bonnes relations avec le service d'archives concerné
Autre raison, précisez..............................................................................................................................

40- Après consultation des documents demandés, avez-vous pensé que les délais de communicabilité imposés étaient :

Justifiés
Trop longs
Pas assez longs
Une partie des documents aurait pu, selon moi, être communiquée plus tôt
Une partie des documents aurait dû, selon moi, être communiquée plus tard

41- Pensez-vous que certains documents devraient être plus accessibles, précisément parce qu'ils touchent à des sujets
difficiles ou controversés de la mémoire nationale ?
Oui
Non

42- Pensez-vous qu'il existe encore des « secrets d'État » ?


Oui
Non

43- Si oui, pensez-vous que c'est justifié ?


Oui
Non

44-Si vous avez déjà eu l'occasion d'introduire une demande de dérogation, accepteriez-vous d'être interrogé dans le cadre
de mon mémoire de recherche ?
Oui, merci d'indiquer vos coordonnées : nom, prénom, numéro de téléphone et/ou adresse mail (ces
informations ne seront pas divulguées dans le mémoire, elles sont simplement utiles pour vous contacter et fixer un
éventuel rendez-vous.)
…................................................................................................................................................................................................
.......................................................................................................................................................
Non

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 106
Annexe n° 11 : questionnaire envoyé à la liste de diffusion de l'Association des Historiens
Contemporanéistes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (AHCESR).

Votre profil :

1- Votre tranche d'âge :


18-25 ans
25-35 ans
35-45 ans
45-55 ans
Plus : précisez l'âge …..............................................................................................................................

2- Êtes-vous :
Une femme
Un homme

3- Quelle est votre situation professionnelle ?


MCF
Directeur de recherche
ATER
IE / IR
PRAG
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

4- A quelle fréquence fréquentez-vous un service d'archives départementales ?


Plusieurs fois par semaine, précisez le nombre de jours ….....................................................................
Moins de 3 fois dans le mois
Moins de 3 fois dans l'année

5- Avez-vous d'autres pratiques de consultation d'archives ?


Oui
Non

6- Si oui, quelles sont-elles ? Plusieurs réponses possibles


Archives nationales
Archives associatives
Archives privées
Site « Mémoire des hommes »
Autre, précisez........................................................................................................................................
…..............................................................................................................................................................

7- Sur quelle période historique travaillez-vous ?


XIXe siècle
XXe siècle
Temps présent
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 107
8- Vos recherches relèvent principalement de quelle catégorie ?
Histoire sociale
Histoire politique
Histoire économique
Histoire culturelle
Histoire des relations internationales
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

9- Aux archives départementales, quelles séries consultez-vous ?


Série M Série T
Série N Série U
Série O Série V
Série P Série X
Série Q Série Y
Série R Série Z
Série S Série W
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

10- Utilisez-vous des archives orales ?


Oui
Non

11- Si oui, pourquoi ?


Ces sources ont un grand intérêt pour mes recherches
Cela m'évite d'aller aux archives départementales
Cela me permet d'avoir des informations sans attendre les délais de communicabilité de certains documents
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

12- S'agissant des sources orales,


En consultez-vous aux archives départementales ?
En consultez-vous aux Archives nationales ?
En consultez-vous à partir de sources privées ?
En consultez-vous à partir de sources associatives ?
En collectez-vous par vous-même ?
Je n'en utilise pas
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

13- En dehors des sources d'archives proprement dites, quel type de documents consultez-vous pour vos recherches ?
Plusieurs réponses possibles.
Ouvrages imprimés
Articles de presse
Sources internet
Autres, précisez …...................................................................................................................................

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 108
Les délais de communicabilité

14- Connaissez-vous les délais de communicabilité en vigueur dans les services d'archives départementaux?
Oui, très bien
Oui, insuffisamment
Non

15- Si oui, qu'en pensez-vous ? Une seule réponse.


Excellents, tous les délais sont justifiés et les archives très accessibles
Très bons, documents d'archives accessibles
Bons, documents d'archives plutôt accessibles
Moyens, quelques délais devraient être révisés
Critiquables, beaucoup de délais sont injustifiés
Très critiquables, les délais de communicabilité ne devraient pas exister

16- Citez une catégorie de fonds qui devrait, selon vous, être ouverte sans délais de communicabilité
…................................................................................................................................................................................................
.......................................................................................................................................................

17- En ce qui concerne l'évolution des délais de communicabilité, avez-vous le sentiment d'une ouverture progressive des
archives ?
Oui
Non, pourquoi ? …...................................................................................................................................

18- Connaissez-vous la loi récente sur les archives, votée en 2008 ?


Oui
Non

19- Si oui, en êtes-vous satisfait ?


Oui
Non

20-Pensez-vous que les informations relatives aux nouveaux délais et règles de communicabilité dans les services
départementaux d'archives devraient être mieux diffusées ?
Oui
Non

21- Si oui, selon quels moyens ces informations devraient-elles être diffusées ?
…................................................................................................................................................................................................
.......................................................................................................................................................

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 109
La communication des documents dans les services départementaux

22- Vous a-t-on déjà refusé la communication d'un document ou d'un ensemble de documents dans un service
départemental d'archives?
Oui
Non

23- Si oui, pourquoi ? Plusieurs réponses possibles


Archives non encore librement communicables en vertu des délais de communicabilité
Archives privées, faisant l'objet de modalités de communication spécifiques
État matériel des documents
Classement des documents en cours
Autre raison, précisez .............................................................................................................................

24- Quelle était la nature du document ou ensemble de documents refusé ?


…..........................................................................................................................................................................

25- Dans quel cadre s'inscrivait la demande de consultation de ce/ces document(s) ?


Rédaction d'un article scientifique
Communication orale pour une journée d'étude ou un colloque
Rédaction d'un ouvrage
Rédaction d'une thèse ou Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

26- Connaissez-vous l'existence des dérogations ?


Oui, très bien
Oui, mais je ne sais pas bien quelle est la procédure à suivre
Non

27- Si oui, pensez-vous que la dérogation est un outil suffisant d'ouverture des archives ?
Oui
Non

28- Savez-vous qu'il existe des dérogations personnelles et des dérogations générales ?
Oui
Non

29- Pensez-vous que les informations sur le fonctionnement et l'usage des dérogations devraient être mieux diffusées au
sein des services d'archives départementaux ?
Oui
Non

30- À la suite d'un refus de communication, avez-vous fait une demande de dérogation ?
Oui

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 110
Non

31- Si oui, vers quelle date pouvez-vous approximativement situer cette demande ?
…..........................................................................................................................................................................

32- Si non, avez-vous été tenté de le faire ?


Oui
Non

33- Non, pourquoi ?


Peur d'un refus immédiat
Démarches administratives trop longues et compliquées
Je ne connaissais pas l'existence des dérogations
Autre raison, précisez.................................................................................................................

34- Avez-vous eu l'impression que cette demande de dérogation a été bien accueillie par le personnel du service
départemental d'archives ?
Oui
Non, précisez...........................................................................................................................................

35- S'agissant des personnels responsables des archives départementales, diriez-vous que :
Ils protègent les « secret d'État »
Ils encouragent la communication des documents et aident le lecteur à y avoir accès
Ils n'ont pas de pouvoir de décision, ils se contentent d'appliquer les règles
Ils s'efforcent d'obtenir des administrations qui ont produit les documents un avis favorable aux demandes
de dérogation
Autre, précisez......................................................................................................................

36- Si vous avez fait une demande de dérogation, a-t-elle été acceptée ?
Oui
Non

37- Approximativement, à combien estimez-vous le temps qui a été nécessaire à l'instruction de votre demande de
dérogation ?
1 mois
2 mois
3 mois
Plus, précisez ….......................................................................................................................................

38- Savez-vous si la communication des documents a été :


Partielle, une partie des documents a été retirée du dossier
Les éléments nominatifs ont été anonymisés
Complète, tout le dossier a été communiqué
Je l'ignore

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 111
39- Dans le cas d'une demande de dérogation refusée, avez-vous saisi:
La CADA (Commission d'Accès aux Documents Administratifs)
Un tribunal administratif
Le Conseil d'État
Aucun des trois

40- Si vous n'avez saisi aucune de ces trois institutions, avez-vous été tenté de le faire ?
Oui
Non

41- Si oui, pourquoi n'avez-vous saisi aucune de ces institutions ?


Peur d'un refus immédiat
Démarches administratives trop longues et compliquées
Je ne connaissais pas l'existence de ces trois recours
Volonté de garder de bonnes relations avec le service d'archives concerné
Autre raison, précisez..............................................................................................................................

42-Après consultation des documents demandés, avez-vous pensé que les délais de communicabilité imposés étaient :
Justifiés
Trop longs
Pas assez longs
Une partie des documents aurait pu, selon moi, être communiquée plus tôt
Une partie des documents aurait dû, selon moi, être communiquée plus tard

43- En tant qu'historien, consultez-vous la série W ? (archives contemporaines, postérieures au 10 juillet 1940)
Oui
Non

44- Si non, pourquoi ?


Archives inaccessibles
Série trop abondante
Instruments/outils de recherche n'existent pas
Archives trop administratives
Autre, précisez ….....................................................................................................................................

45- Pensez-vous que certains documents devraient être plus accessibles, précisément parce qu'ils touchent à des sujets
difficiles ou controversés de la mémoire nationale ?
Oui
Non

46- Pensez-vous qu'il existe encore des « secrets d'État » ?


Oui
Non

47- Si oui, pensez-vous que c'est justifié ?


Oui
Non

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 112
48- Si vous avez déjà eu l'occasion d'introduire une demande de dérogation, accepteriez-vous d'être interrogé dans le cadre
de mon mémoire de recherche ?
Oui, merci d'indiquer vos coordonnées : nom, prénom, numéro de téléphone et/ou adresse mail (ces
informations ne seront pas divulguées dans le mémoire, elles sont simplement utiles pour vous contacter et fixer un
éventuel rendez-vous.)
…................................................................................................................................................................................................
.......................................................................................................................................................
Non

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 113
Annexe n°12 : tableau récapitulatif des profils rencontrés dans les deux questionnaires.

Questionnaire « public mixte » Questionnaire aux historiens

Nombre de réponses 52 20
Personnes acceptant 9 9
de témoigner

18-25 ans : 27 % 18-25 ans : 5 %


25-35 ans : 8 % 25-35 ans : 20 %
Tranche d'âge 35-45 ans : 8 % 35-45 ans : 25 %
45-55 ans : 33 % 45-55 ans : 20 %
Autre : 25 % Autre : 30 %

Sexe Hommes : 60 % Hommes : 50 %


Femmes : 40 % Femmes : 50 %

Patrons de l’industrie et du MCF : 14


commerce : 4 %
Professions libérales et cadres Directeur de recherche : 24 %
supérieurs : 13 %
Profession Cadres moyens : 17 % ATER : 10 %
Employés : 12 % PRAG : 5 %
Personnels de services : 2 % Autre : 48 %
Étudiant : 23 %
Autre : 29 %

Taux de fréquentation Plusieurs fois par semaine : 30 % Plusieurs fois par semaine : 15 %
des archives Moins de 3 fois dans le mois : 21 % Moins de 3 fois dans le mois : 60 %
départementales Moins de 3 fois dans l'année : 23 % Moins de 3 fois dans l'année : 20 %
Autre : 26 % Autre : 5 %

Fréquentation des Recherches personnelles : 69 % Recherches professionnelles 100 %


archives Recherches professionnelles : 7 %
départementales Études : 18 %
pour : Autre : 7 %

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 114
Registres d'état civil : 24 % Série M : 18 %
Plans, cartes, cadastre : 11 % Série N : 3 %
Archives anciennes : 16 % Série P : 10 %
Archives modernes : 22 % Série P : 7 %
Archives contemporaines (série W) : Série Q : 7 %

Nature des 12 %
documents Archives privées : 11 % Série R : 3 %

consultés / séries Autre : 4 % Série S : 2 %

consultées Série T : 7 %
Série U : 5 %
Série V : 3 %
Série X : 2 %
Série Z : 5 %
Série W : 20 %
Autre : 8 %

Archives nationales : 23 % Archives nationales : 33 %


Autres pratiques de Archives associatives : 16 % Archives associatives : 19 %
consultation Archives privées : 17 % Archives privées : 24 %
d'archives Site « Mémoire des hommes » : 34 % Site « Mémoire des hommes » : 6 %
Autre : 10 % Autre : 19 %

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 115
Annexe n°13 : grille d'entretien

GRILLE D'ENTRETIEN N°

Renseignements et coordonnées
Date de l'entretien :
Durée de l'entretien :
Autorisation d'utiliser les informations de façon anonyme :
Profession :
Âge :
Localisation géographique/ service d'AD :

Votre expérience des refus de communicabilité


Vous avez été confronté à un ou plusieurs refus de
communicabilité ; pouvez-vous m'en parler ? Comment
cela s'est-il passé ?
- le nombre de refus
- date approximative
- le cadre de la demande de communication ; pourquoi ces
documents ?
- y a-t-il eu une demande de dérogation ?

Vos impressions, votre ressenti


Quelles ont été vos impressions face au refus de
communicabilité ; comment l'avez-vous pris ? Ce refus
vous semblait-il légitime ?
Les documents demandés avaient-ils une réelle
importance pour vous ?
Avez-vous parlé de votre expérience ? (famille, amis,
collègues)
Ce refus vous a-t-il découragé ; avez-vous continué à
fréquenter des services départementaux d'archives après
plusieurs refus ?

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 116
Table des illustrations
Illustration 1: réponses à la question : « Connaissez-vous la loi récente sur les archives, votée en 2008 ? ».......................50

Illustration 2: réponses à la question : « Connaissez-vous les délais de communicabilité en vigueur dans les services
départementaux d'archives ?...................................................................................................................................................50

Illustration 3: analyse de la connaissance des délais de communicabilité – Par usager.........................................................51

Illustration 4: réponses à la question : « Connaissez-vous l'existence des dérogations ? »....................................................51

Illustration 5: réponses à la question : « Savez-vous qu'il existe des dérogations personnelles et des dérogations
générales ? »............................................................................................................................................................................52

Illustration 6: réponses à la question « Pensez-vous que les informations relatives aux nouveaux délais et aux règles de
communicabilité devraient être mieux diffusées dans les services départementaux d'archives ? ».......................................53

Illustration 7: propositions faites par les usagers sur les moyens d'informations pouvant être mis en œuvre au sein des
services départementaux d'archives........................................................................................................................................53

Illustration 8: réponses à la question « Pensez-vous que les informations sur le fonctionnement et l'usage des dérogations
devraient être mieux diffusées dans les services départementaux d'archives ? »...................................................................54

Illustration 9: réponses à la question : « Que pensez-vous des délais de communicabilité en vigueur dans les services
départementaux d'archives ? »................................................................................................................................................55

Illustration 10: analyse de la répartition de la réponse « critiquables, beaucoup de délais sont injustifiés ».......................55

Illustration 11: réponses à la question : « En ce qui concerne l'évolution des délais de communicabilité, avez-vous le
sentiment d'une ouverture progressive des archives ? ».........................................................................................................56

Illustration 12: réponses à la question : « Pensez-vous qu'il existe encore des "secrets d'État"? » - Tous publics confondus
.................................................................................................................................................................................................57

Illustration 13: réponses à la question : « Pensez-vous qu'il existe encore des "secrets d'État"? » - Par public...................57

Illustration 14: réponses à la question : « Pensez-vous que ''les secrets d'État'' sont justifiés ? »..........................................58

Illustration 15: réponses à la question : « Pensez-vous que certains documents devraient être plus accessibles, précisément
parce qu'ils touchent à des sujets difficiles ou controversés de la mémoire nationale ? ».....................................................58

Illustration 16 : réponses à la question : « Vous a-t-on déjà refusé la communication d'un document ou d'un ensemble de
documents dans un service départemental d'archives ? ».......................................................................................................60

Illustration 17: analyse des causes des refus de communicabilité délivrés aux usagers.......................................................61

Illustration 18: réponses à la question : « Dans quel cadre s'inscrivait la demande de consultation des documents
refusés? » - Public mixte.........................................................................................................................................................63

Illustration 19: analyse de la vision des usagers quant au rôle des personnels d'archives....................................................64

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 117
Illustration 20: réponses à la question : « Avez-vous d'autres pratiques de consultation d'archives ? »...............................65

Illustration 21: analyse des autres pratiques de consultation d'archives en dehors des archives départementales...............66

Illustration 22: réponses à la question : « Suite à un refus de communicabilité, avez-vous fait une demande de
dérogation ? »..........................................................................................................................................................................67

Illustration 23: réponses à la question : « Vous n'avez pas fait de demande de dérogation, avez-vous été tenté de le
faire ? »....................................................................................................................................................................................68

Illustration 24: réponses à la question : « Pourquoi n'avez-vous pas été tenté de faire une demande de dérogation ? » -
Historiens................................................................................................................................................................................69

Illustration 25: réponses à la question : « Pourquoi n'avez-vous pas été tenté de faire une demande de dérogation ?- Public
mixte........................................................................................................................................................................................69

Illustration 26: réponses à la question : « Si vous avez fait une demande de dérogation, à-t-elle été acceptée ? »...............71

Illustration 27: analyse de la communication des documents après acceptation de la dérogation........................................72

Illustration 28: analyse des demandes de dérogation instruites dans les services départementaux d'archives d'après les
chiffres de l'Observatoire des dérogations des Archives de France.......................................................................................73

Illustration 29: analyse des recours utilisés lors d'une demande de dérogation refusée........................................................73

Illustration 30: réponses à la question : « Pourquoi n'avez-vous saisi aucune de ces trois institutions ? »..........................74

Illustration 31: réponses à la question : « Avez-vous eu l'impression que votre demande de dérogation a été bien accueillie
par le personnel d'archives ? »................................................................................................................................................75

Illustration 32: réponses à la question : « Approximativement, à combien estimez-vous le temps qui a été nécessaire à
l'instruction de votre demande de dérogation ? » - Tous publics confondus..........................................................................76

Illustration 33: réponses à la question : « Approximativement, à combien estimez-vous le temps qui a été nécessaire à
l'instruction de votre demande de dérogation ? »- Par public.................................................................................................77

Illustration 34: réponses à la question : « Après consultation des documents demandés en dérogation, qu'avez-vous pensé
des délais imposés ? ».............................................................................................................................................................78

Illustration 35: réponses à la question : « Pensez-vous que la dérogation est outil d'ouverture suffisant ? ».......................79

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 118
Table des matières

Introduction..........................................................................................................................................1
L'évolution de la politique de communication dans les services d'archives français entre 1979 et
2008........................................................................................................................................................3
Partie 1 - De 1794 à 1979, un renouvellement tardif de la politique de communication des archives.........5
1 De la Révolution au Front Populaire : vers la libéralisation de l'accès aux archives ?...............................................5
1.1. La loi du 7 messidor an II et la législation du XIXème siècle : l'ouverture des archives aux citoyens ?...5
1.2. Les années 1920-1930: de timides tentatives d'ouverture...........................................................................6

2 Les revendications des années 1960-1970 : l'appel à l'ouverture et à la transparence des archives...........................8
2.1. « The Freedom of Information Act » : le modèle américain ?....................................................................8
2.2. L'accessibilité des archives : de nouvelles dispositions..............................................................................9

3 La loi du 3 janvier 1979 : de nouveaux principes de communicabilité dans les services d'archives.......................12
3.1. Élaboration et apports de la loi..................................................................................................................12
3.2. L'évolution des délais de communicabilité................................................................................................13

Partie 2 - La loi du 15 juillet 2008 : vers la libéralisation des archives ?......................................................15


1 La nécessité d'une nouvelle législation.....................................................................................................................15
1.1. Les constatations du rapport Braibant.......................................................................................................15
1.2. Justice, histoire et mémoire : de nouveaux enjeux mémoriels au cœur des archives...............................17

2 Une mise en place longue, difficile et souvent critiquée..........................................................................................19


2.1. Un projet de loi tardif : mise en place et contenu......................................................................................19
2.2. Un projet de loi largement contesté...........................................................................................................20

3 L'application concrète de la loi dans les services d'archives.....................................................................................22


3.1. L'évolution des délais de communicabilité................................................................................................22
3.2. Des conséquences et des changements importants pour les services d'archives et les usagers................23

Partie 3 - Principes libéraux, archives sensibles et inaccessibilité : les contradictions de la législation ?.26
1 Archives publiques et vie politique face aux théories libérales................................................................................26
1.1. Les archives de Vichy et de la guerre d'Algérie : des secrets d'État ?......................................................26
1.2. Quel régime juridique pour les archives politiques ?................................................................................27

2 Archives inaccessibles : une diversité de situations..................................................................................................29


2.1. Les défauts de traitement, obstacle à la communication...........................................................................29
2.2. Les notions de « vie privée » et de « sûreté de l'État » .............................................................................30
2.3. Des catégories particulières de documents................................................................................................32

3 Des recours possibles devant l'inaccessibilité de certains documents d'archives.....................................................34


3.1. Les principes et le fonctionnement des dérogations..................................................................................34
3.2. Des recours extérieurs : la CADA et les tribunaux administratifs............................................................35

Bibliographie.......................................................................................................................................40

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 119
État des sources..................................................................................................................................45
Les usagers face aux refus de communicabilité et aux dérogations dans les services d'archives
départementaux aujourd'hui.............................................................................................................47
Partie 1 - Les publics et la politique de communication des services d'archives départementaux............50
1 Des publics assez informés ?.....................................................................................................................................50
1.1. Des lacunes dans la connaissance de la législation ?................................................................................50
1.2. Des moyens d'information imparfaits........................................................................................................52

2 La satisfaction des publics face à la politique d'ouverture........................................................................................55


2.1. Des délais de communication satisfaisants ?.............................................................................................55
2.2. Le sentiment d'une ouverture progressive des archives ?..........................................................................56

3 Questions mémorielles et archives sensibles : les publics face aux archives controversées....................................57
3.1. Existe-t-il encore des secrets d'État ? L'avis des publics...........................................................................57
3.2. Un intérêt pour les questions mémorielles ?..............................................................................................58

Partie 2 - Les refus de communicabilité au sein des archives départementales...........................................60


1 Des refus toujours présents aujourd'hui....................................................................................................................60
1.1. Les refus de communication aux archives départementales.....................................................................60
1.2. Les motifs des refus de communicabilité..................................................................................................61
1.3. Le cadre de la demande de consultation....................................................................................................62

2 Des solutions face aux refus de communicabilité ?..................................................................................................64


2.1. Un personnel d'archives favorable à la communicabilité des documents.................................................64
2.2. D'autres modes de consultation d'archives face aux services départementaux.........................................65

3 Refus de communicabilité et dérogations : un lien systématique ?..........................................................................67


3.1. La part des demandes de dérogation au sein des refus de communicabilité.............................................67
3.2. L'appréhension des publics face aux dérogations......................................................................................68

Partie 3 - Les dérogations aujourd'hui : pratiques et principes....................................................................71


1 Des dérogations moins importantes mais toujours présentes....................................................................................71
1.1. Demandes de dérogation et acceptation : un équilibre ?...........................................................................71
1.2. La CADA, les tribunaux administratifs et le Conseil d'État : des recours peu utilisés.............................73

2 La prise en charge des demandes de dérogation.......................................................................................................75


2.1. Un personnel d'archives réceptif et favorable aux dérogations ................................................................75
2.2. Des temps d'instruction trop longs ?..........................................................................................................76

3 Les dérogations a posteriori : la satisfaction des publics ?.......................................................................................78


3.1. La justification des délais imposés ?.........................................................................................................78
3.2. La dérogation : un outil d'ouverture suffisant ?.........................................................................................79

Conclusion...........................................................................................................................................83
Table des annexes...............................................................................................................................85
Table des illustrations......................................................................................................................117

Olivier Camille | L'accès aux archives et les difficultés de communicabilité dans les services d'archives français : une remise en cause de la libre
communication des archives ? 1979 à nos jours. 120
Après avoir dressé un état chronologique de la politique de communicabilité des archives à l'échelle nationale
RÉSUMÉ
depuis ses origines jusqu'en 2008, l'intérêt de ce mémoire s'attache à étudier la situation actuelle des usagers face
aux refus de communicabilité et aux dérogations à l'échelle des archives départementales. Cette étude est le
résultat d'une enquête de plusieurs mois menée par le biais d'entretiens et de questionnaires diffusés sur internet.
Le but de cette enquête est de recueillir les points de vue et les témoignages des usagers quant aux refus de
communicabilité et aux dérogations afin d'en dresser la situation actuelle. Il s'agit notamment de montrer
l'évolution des pratiques au sein des archives départementales.
Ce mémoire vise aussi à analyser la satisfaction des publics quant aux délais de communicabilité et aux moyens
d'information mis en place dans les services d'archives aujourd'hui et de recueillir leurs éventuelles
recommandations.
L'intérêt de cette étude est également de comparer le ressenti et les expériences des difficultés de
communicabilité entre des usagers variés (amateurs, passionnés, étudiants, retraités...) et des historiens
professionnels afin de voir s'il y a ou non des différences d'accessibilité aux archives en fonction du public
concerné.
Mots-clés : archives ; communicabilité ; législation ; archives départementales ; accessibilité ; dérogation

After having drawn up a chronological record of the nationaly communicability's policy of archives since its
ABSTRACT

origins until 2008, this report try to expose the current situation of the users in front of refusal of communicability
and of the dispensations on the scale of departmental's archives. This study is the result of a survey of several
months conduct by interview and questionnaires disseminated on Internet.
The objective of this survey is to collect user's points of view who had been confront of refusals of
communicability and dispensations to draw up the current situation. That is particularly showing the evolution of
the practices within departmental's archives.
Moreover, this report aims for analyse the satisfaction of the public as for the deadlines of communicability and the
means of information set up in the services of archives today and to collect their possible recommendations.
To conclude, the interest of this study is to compare the felt and the experiences of communicability difficulties
between the different users (amateurs, enthusiasts, students, retired person) and historians to see if there are
differences of accessibility to archives according to the concerned public.

Keywords : archive ; communicability ; legislation ; departemental's archives ; accessibility ; dispensation

Présidence de l'université
40 rue de rennes – BP 73532
49035 Angers cedex
Tél. 02 41 96 23 23 | Fax 02 41 96 23 00
ENGAGEMENT
DE NON PLAGIAT
Je, soussigné(e) Mlle Olivier Camille........................................
déclare être pleinement conscient(e) que le plagiat de documents ou d’une
partie d’un document publiée sur toutes formes de support, y compris l’internet,
constitue une violation des droits d’auteur ainsi qu’une fraude caractérisée.
En conséquence, je m’engage à citer toutes les sources que j’ai utilisées
pour écrire ce mémoire.

signé par l'étudiant(e) le 09 / 06 / 2014

Cet engagement de non plagiat doit être signé et joint


à tous les rapports, dossiers, mémoires.

Présidence de l'université
40 rue de rennes – BP 73532
49035 Angers cedex
Tél. 02 41 96 23 23 | Fax 02 41 96 23 00

Vous aimerez peut-être aussi