Introduction à la MQ
Christ Tshitanda
October 2024
1 Introduction à la mécanique quantique
1.1 Passage de la mécanique classique à la mécanique quan-
tique
Le succès de la théorie classique en physique a été sans précédent. Deux con-
cepts fondamentaux gouvernaient l’ensemble des phénomènes naturels observés
: la matière et le rayonnement. Ces deux notions, bien définies et décrites,
constituaient les piliers de la physique classique.
La matière était modélisée par la mécanique newtonienne, dont l’élément
de base était une particule localisable en tout point de l’espace. Le mouvement
d’une telle particule pouvait être décrit par sa position et sa quantité de mouve-
ment (produit de la masse et de la vitesse), ces deux grandeurs constituant les
variables dynamiques de la matière. La mécanique classique permettait ainsi de
prédire le comportement d’un système de particules avec une grande précision,
à partir des forces appliquées et des lois du mouvement de Newton.
Le rayonnement, en revanche, obéissait aux lois de l’électromagnétisme,
formulées par Maxwell. Cette théorie décrivait le rayonnement non plus comme
un ensemble de particules, mais comme une onde électromagnétique. Les vari-
ables dynamiques de cette onde étaient les composantes du champ électrique et
du champ magnétique en chaque point de l’espace. Cette vision ondulatoire du
rayonnement se montrait capable d’expliquer des phénomènes variés comme la
propagation de la lumière ou les ondes radio.
Vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le développement des
technologies de mesure et d’observation a permis d’identifier trois problèmes ma-
jeurs qui échappaient aux explications de la théorie classique : le rayonnement
du corps noir, l’effet photoélectrique et le spectre atomique. Ces phénomènes
remettaient en question les fondements mêmes de la physique classique, car ils
ne pouvaient être compris dans le cadre de la mécanique newtonienne ni de
l’électromagnétisme de Maxwell.
Ces trois problèmes constituent sans doute les événements marquants ayant
conduit à l’élaboration de la théorie quantique. Face à ces échecs de la théorie
classique, il est apparu nécessaire de revoir les concepts mêmes de matière et
de rayonnement. C’est cette nouvelle vision, basée sur les principes quantiques,
qui fera l’objet de notre présentation.
1
1.1.1 Rayonnement du corps noir
Expérience et résultats
L’expérience consiste à utiliser un four uniformément chauffé avec un petit trou
de faible diamètre à sa surface. Ce système se comporte comme un corps noir.
En portant le four à une température T et après un certain temps, un prisme
placé près du trou permet d’analyser le spectre du rayonnement émis. Ce rayon-
nement comprend toutes les fréquences. Lorsque nous représentons l’intensité
du flux lumineux en fonction de la longueur d’onde, nous observons les car-
actéristiques suivantes :
• La distribution obtenue dépend uniquement de la température, et non de
la nature du matériau utilisé.
• L’aire sous la courbe augmente avec la température.
• Chaque courbe possède un maximum correspondant à une longueur d’onde
spécifique et à une température d’équilibre. Ce déplacement du maximum
pour chaque courbe suit une loi empirique appelée déplacement de Wien.
Interprétation classique
Pour expliquer ces résultats expérimentaux, Rayleigh et Jeans ont utilisé la
physique statistique et l’électromagnétisme. Le rayonnement absorbé par le
corps noir donne de l’énergie aux oscillateurs (particules) qui constituent le four.
Ces oscillateurs, étant chargés, émettent un rayonnement continu en raison de
l’électromagnétisme, qui ressort finalement par le petit trou.
L’intensité lumineuse est donnée par la formule suivante :
Iν (ν, T ) = ρ(ν)⟨E(ν, T )⟩ (1)
où ρ(ν) est le nombre d’oscillateurs par unité de volume et ⟨E(ν, T )⟩ l’énergie
moyenne de chaque oscillateur.
Ces deux grandeurs sont issues de la mécanique statistique :
1. La densité d’oscillateurs est donnée par :
8πν 2
ρ(ν) = (2)
c3
2. L’énergie moyenne par oscillateur est :
R∞
E exp(−E/kB T ) dE
⟨E(ν, T )⟩ = 0R ∞ = kB T (3)
0
exp(−E/kB T ) dE
La loi de Rayleigh-Jeans obtenue est donc :
8πν 2
Iν (ν, T ) = kB T (4)
c3
2
Cependant, cette loi ne s’accorde qu’avec les faibles fréquences. Pour les hautes
fréquences, l’intensité tend vers l’infini, ce qui mène à une contradiction connue
sous le nom de catastrophe ultraviolette.
Interprétation quantique
Dans la section précédente, nous avons vu que la théorie classique ne pouvait
pas expliquer le rayonnement d’un corps noir. Max Planck propose alors une hy-
pothèse novatrice : l’énergie des oscillateurs n’est pas continue mais se présente
par quantités discrètes, ou quanta. Cette hypothèse se formule ainsi : l’énergie
d’un oscillateur est un multiple entier d’une quantité minimale ϵ, définie par :
En = nϵ = nhν (5)
où h est la constante de Planck, ν la fréquence d’oscillation et n un entier.
En tenant compte de cette hypothèse, Planck dérive une nouvelle expression
pour l’intensité du rayonnement d’un corps noir :
8πν 2 hν
Iν (ν, T ) = (6)
c3 exp(hν/kB T ) − 1
C’est la loi de Planck, qui corrige la loi de Rayleigh-Jeans en prédisant que
l’intensité tend vers zéro pour les grandes fréquences, en accord avec les obser-
vations expérimentales.
1.1.2 Effet photoélectrique
Expérience et résultats
L’effet photoélectrique se manifeste lorsqu’une surface métallique émet des électrons
après exposition à un rayonnement lumineux, appelé rayonnement photoélectrique.
Ce phénomène a été découvert par Hertz en 1887. Il peut être mis en évidence
en utilisant un circuit électrique monté de la manière suivante :
Figure 1: Cellule photovoltaı̈que
En considérant le schéma ci-dessus comme une synthèse de l’expérience
visant à mesurer le courant électrique produit par l’émission d’électrons, plusieurs
observations sont faites :
3
• L’ampèremètre A indique une variation de l’intensité du courant lorsque
la lumière atteint la cathode (généralement composée d’un métal alcalin).
Toutefois, en dessous d’une certaine fréquence seuil, l’ampèremètre n’indique
aucun courant, quelle que soit l’intensité de la lumière.
• Même lorsque le circuit est déconnecté de son générateur de tension électrique,
l’ampèremètre mesure toujours une intensité de courant dès lors que la
cathode est éclairée.
• Il existe une différence de potentiel, appelée potentiel d’arrêt, au-delà de
laquelle aucun courant n’est mesuré, même sous éclairage.
• Lorsque la tension appliquée augmente au-delà du potentiel d’arrêt, l’intensité
du courant atteint une valeur limite appelée intensité de saturation.
Interprétation classique
Selon la théorie classique, l’effet photoélectrique pouvait être provoqué par
n’importe quel rayonnement lumineux, pourvu que l’intensité de la lumière soit
suffisante. Il était attendu qu’après un certain temps, même pour des fréquences
basses, des électrons soient émis. Cependant, cette interprétation se révèle en
contradiction avec les observations expérimentales.
Interprétation quantique
En 1921, Albert Einstein reçoit le prix Nobel de physique pour son explica-
tion théorique de l’effet photoélectrique en introduisant le concept de photon.
Il postule que la lumière n’émet pas son énergie de manière continue, comme le
suggère la théorie ondulatoire classique, mais de manière quantique, sous forme
de particules discrètes appelées photons. Cette approche pose les bases de la
théorie corpusculaire de la lumière.
La relation qui lie l’énergie d’un photon à sa fréquence est donnée par la
formule d’Einstein :
hc
E = hν = (7)
λ
où h est la constante de Planck, ν la fréquence de la lumière, et λ la longueur
d’onde du rayonnement.
Selon Einstein, pour qu’un photon arrache un électron de la surface d’un
métal, il doit transférer son énergie au moins égale au travail de sortie Ws ,
propre au matériau. Si l’énergie du photon est suffisante, l’excès est converti en
énergie cinétique de l’électron émis. L’équation qui en découle est la suivante :
hν = Ec + Ws (8)
où Ec représente l’énergie cinétique de l’électron éjecté. L’effet photoélectrique
ne se produit que si la fréquence ν du rayonnement incident dépasse une valeur
seuil νs , liée au travail de sortie du matériau par la relation :
Ws
νs = (9)
h
4
et la longueur d’onde seuil associée est donnée par
c
λs = . (10)
νs
Observations expérimentales
• En augmentant l’intensité de la lumière incidente, le nombre de photons
augmente proportionnellement, ce qui accroı̂t le nombre d’électrons émis
et, donc, le courant de saturation.
• Le potentiel d’arrêt est la tension nécessaire pour arrêter les électrons émis
de manière à ce qu’ils ne puissent plus atteindre l’anode. Ce potentiel
dépend linéairement de la fréquence du rayonnement incident au-delà de
la fréquence seuil νs .
En tenant compte des équations ci-dessus, la relation entre le potentiel
d’arrêt U0 , la fréquence ν et la fréquence seuil νs est donnée par :
Ec (max) = e|U0 | = h(ν − νs ) (11)
Le potentiel d’arrêt permet ainsi de déterminer expérimentalement le travail
de sortie du matériau, en extrapolant la valeur de Ws à partir des mesures
effectuées.