Chapitre 03 : évaluation de la biodiversité
La mesure de la biodiversité n’est pas universelle. Chaque méthode utilisée dépend en réalité
de l’objectif à suivre. Théoriquement, on évalue la biodiversité par tous les aspects de la BD
dans un système donnée. Mais pratiquement cette tâche est irréalisable , donc en se contente
d’une estimation approchée en se référant à des indicateurs qui concernent la génétique, les
espèces ou les peuplements , la structure de l’habitat, ou toute combinaison qui fournit une
évaluation relative mais pertinente de la DB.
3.1. Évaluation de la diversité spécifique :
La richesse spécifique (nombre des espèces) est l’unité de mesure la plus courante ; elle est
déterminée pour l’ensemble des taxons présents dans un milieu.
Plus le nombre est grand, plus on a de chances d’inclure une plus grande diversité génétique,
phylogénétique, morphologique, biologique et écologique.
Elle comprend trois échelles
Diversité alpha : est la richesse des espèces au sein d’un écosystème local.
Diversité béta : consiste à comparer la diversité des espèces entre écosystèmes ou le long de
gradients environnementaux. elle reflète la diversité alpha lorsqu’on passe d’un écosystème à
un autre dans un site
La diversité gamma : correspond à la diversité des espèces au niveau régional ou
géographique
Pour quantifier la diversité la méthode la plus simple est celle qui se base sur le
dénombrement des espèces Mais l’assimilation de la biodiversité à un simple dénombrement
des espèces oublie la notion d'espèce « clé», c'est-à-dire dont la disparition peut entraîner
l'effondrement de tout un écosystème.
le nombre d'individus pour une espèce donnée est un élément important à prendre en compte
(est-il équivalent qu'il ne reste que quelques éléphants en Afrique, ou bien que ces animaux
soient en troupeaux importants ?),
la notion d’abondance relative (par exemple éviter la prolifération d'une espèce au détriment
des autres, notamment dans le cas d'espèces invasives)
la prise en compte des dissimilitudes (car elles entraînent plus de diversité) et plus
généralement la considération de « caractéristiques », contingentes à de multiples facteurs,
des espèces présentes.
Quelques indices peuvent être mentionnés à savoir
L’abondance
ou le nombre d’individus d’une population est un paramètre fondamental qui conditionne très
largement la reproduction de l’espèce et sa capacité de dissémination vers l’extérieur. Il
mérite donc d’être pris en compte dans l’évaluation de la biodiversité des sites, ceux qui
hébergent des populations assez importantes pour rester viables à long terme ayant une grande
valeur pour la conservation des espèces (Joly, 2002).
La richesse et la diversité spécifique
qui peuvent être déterminées pour l’ensemble des taxons présents dans un milieu, ou pour des
sous-ensembles de taxons sont l’unité de mesure la plus courante (Levêque et Mounolou,
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2001). Selon Frochot (2002) la diversité spécifique peut être évaluée finement par des indices
reflétant la structure du peuplement étudié.
La densité relative de chaque espèce ou la régularité (Evenness)
Cette méthode est utilisée pour comparer différentes communautés ou écosystèmes
(Levêque et Mounolou, 2001). Selon Van Kooten (1998), trois aspects interviennent dans la
mesure de la biodiversité spécifique : l’échelle, la composition et le point de vue
La diversité spécifique peut être complétée par des indices de nature génétique. En génétique
en parle également de richesse (nombre d’allèles) ou régularité (fréquence relative des
allèles).
3.2. Évaluation de la diversité génétique
3.2.1. Fréquence allélique
Elle mesure la variation de la composition des allèles présent dans les gène des individus.
plus diverses sont leurs fréquences, plus la diversité génétique est grande c'est-à-dire la
moyenne d’hétérozygotie et la probabilité de deux allèles prélevés au hasard sont
génétiquement différentes.
3.2.3. Les traits phénotypiques :
C’est approche différente de la mesure de la diversité génétique qui de vérifier si les
individus partagent les mêmes traits de phénotype. Cette méthode évite l’examen de la
structure allélique fondamentale et se concentre sur la mesure de variance de certains traits.
En général, elle implique les caractères mesurables morphologiques et physiologiques d’un
individu.
3. 2.3. L’information d’ordre d’ADN : elle est obtenue r suite à une réaction en chaîne de
polymérisations afin d’obtenir les données ordonnées d’ordre d’ADN. Les espèces
étroitement liées peuvent partager jusqu’à 95% de leurs ordres d’ADN, de ce fait ayant peu de
diversité dans leur information génétique globale .
3.3. Évaluation de la diversité éco systémique
Elle permet d’identifier la diversité des habitats dans un écosystème, on peut utiliser une
démarche voisine de la taxonomie ; reconnaitre les entités, comment les classer pour pouvoir
comparer les différentes situations et tenter de généraliser les observations. Cette démarche a
donné lieu à plusieurs catégories de classification fondées sur les caractéristiques floristique
et faunistiques, les assemblages des espèces (phytosociologie) ou sur des caractéristiques du
paysage ( écorégion, structures phrénologiques... ).
Un exemple de typologie des habitats est système de classification CORINE des habitats
européens .
Plus précisément, La théorie des écosystèmes s'intéresse à la répartition des espèces, aux
schèmes de développement des communautés, ainsi qu'au rôle et à la fonction des principales
espèces. Elle étudie à la fois les fonctions des espèces et leurs interactions entre elles.
Il est en effet extrêmement difficile de relever toutes les espèces d'un écosystème puis de
saisir non seulement les impacts que chacune d'elles exerce sur les autres et sur son
environnement, mais aussi ceux que ces autres espèces et cet environnement exercent sur elle.
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L'une des grandes difficultés auxquelles se heurtent les chercheurs qui étudient les
communautés, c'est que les frontières entre elles ne sont pas étanches et clairement tranchées.
Un lac est délimité par ses rives et se distingue nettement de la forêt caducifoliée (à feuilles
caduques) qui l'entoure. Par contre, c'est graduellement que cette forêt se transforme en prairie
ou en forêt de conifères. Caractéristique des communautés « ouvertes » (par opposition aux
communautés « fermées », qui se distinguent par des changements brusques entre elles), cette
absence de délimitations franches rend difficiles la définition et la délimitation mêmes des
écosystèmes et donc, leur étude. L'analyse des communautés biologiques ou biocénoses se fait
à travers la quantification de plusieurs paramètres caractéristiques qui sont : abondance,
fréquence, constance, dominance, fidélité, structure, périodicité et diversité.
La diversité est la richesse d'une biocénose en espèces. Elle peut être appréciée par
l'indice de Fisher, Corbet et Williams (1943) : S = [alpha] log ( 1+ N / [alpha] ) Où S est le
nombre d'espèces, N le nombre d'individus et [alpha] l'indice de diversité ; log est le
logarithme népérien. L'indice de diversité permet de comparer la richesse de deux biocénoses,
en particulier lorsque le nombre d'individus récoltés dans chacune d'entre elles est très
différent.
Lorsque les conditions de milieu sont favorables on trouve de nombreuses espèces et chacune
d'elles est représentée par un petit nombre d'individus. L'indice de diversité est alors élevé.
Lorsque les conditions de milieu sont défavorables, on ne rencontre qu'un petit nombre
d'espèces mais chacune d'elles est en général représentée par de nombreux individus. L'indice
de diversité est alors faible. Le nombre d'espèces présentes dans une aire déterminée varie
beaucoup en fonction de la situation géographique. L'accroissement du nombre d'espèces est
particulièrement net lorsque l'on se déplace des régions polaires vers l'équateur. Par exemple,
la forêt tropicale qui ne couvre que 7 % de la surface terrestre abrite plus de la moitié des
espèces végétales et animales du globe, dont 80 % des insectes et 90% des primates.
3.4. Evaluation économique de la biodiversité
L’évaluation permet des arbitrages fondés sur la valeur comparée des biens, des services en
concurrence. Par exemple, à coût donné, il s'agit de permettre de préserver la biodiversité de
plus grande valeur (analyse coût-efficacité). Ou bien de décider si la préservation de tel aspect
de la biodiversité est souhaitable, car cette préservation occasionne des coûts, nécessite de
faire des choix (et en conséquence oblige à renoncer à d'autres opportunités ou priorités) ; ces
coûts peuvent alors être comparés à la valeur créée (analyse coût-bénéfice), qui doit en
conséquence pouvoir être estimée
Différentes méthodes d'évaluations peuvent être mises en œuvre : lorsqu'il s'agit d'évaluer
l'intérêt direct de la biodiversité pour la société,
3.4.1. L’évaluation contingente (qui appartient à la famille des méthodes de préférences
déclarées par les agents économiques, suite à des enquêtes
les méthodes des coûts de transport ou des prix hédonistes (préférences révélées par le
comportement réel des agents économiques) peuvent être utilisées.
la méthode des coûts de remplacement par exemple évalue le coût nécessaire pour
remplacer un service rendu par la biodiversité, comme l'épuration d'eau, par un service
artificiel de même nature). Cela étant, on n'atteint souvent qu'une borne inférieure de la valeur
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de la biodiversité, puisque faisant ainsi, on oublie le plus souvent les multiples autres
dimensions des bénéfices qu'elle apporte (par exemple la stabilité de systèmes). On oublie
parfois aussi les coûts qu'elle occasionne.
Les méthodes d'évaluation ont connu des évolutions remarquables concernant par exemple la
prise en compte des risques, notamment à travers le choix de taux d’actualisation, le bien
être social ou encore différents aspects de l'évaluation contingente présentée
précédemment.