NYAME AKUMA No 88.
December 2017
CÔTE D’IVOIRE
Contribution à l’analyse de la
production céramique de la ré-
gion de Gbèkè dans le centre de
la Côte d’Ivoire
Kouadio Narcisse Yao1
[email protected] Figure 1: Carte générale de la région de Gbèkè
Thomas Goovaerts2, Thierry Leduc2,
Siméon Kouassi Kouakou1, & Eric roscopiques, mésoscopiques et microscopiques (MOP et
MEB) ainsi que d’analyses diffractométriques (DRX) et
Goemaere2 chimiques (EDS).
1
Département d’Archéologie de l’Ins- Introduction
titut des Sciences Anthropologiques Le mobilier céramique constitue l’une des com-
de Développement (ISAD) posantes essentielles des vestiges archéologiques des
Université Félix Houphouët-Boigny, communautés humaines de la région de Gbèkè (Boua-
Abidjan, Côte-d’Ivoire. ké-Sakassou), de l’époque précoloniale à nos jours. À
Bouaké, dans le canton Pèpressou, particulièrement
dans les alentours des villages de Latteman Koffikro et
2
Service Géologique de Belgique, de Ndènou, on retrouve des fragments céramiques sur
Institut Royal des Sciences Naturelles les sites d’anciens habitats (Yao 2010) et sur les amas de
scories, résultant de la réduction du fer dans des hauts-
de Belgique (IRSNB), Bruxelles, fourneaux primitifs (Korol 1946 : 23-24). À Sakassou, la
Belgique céramique est signalée sur les anciens sites d›habitat de
Dibri-ndènou. Les populations du village d›Ouassou ont
développé depuis longtemps cet artisanat qui intègre la
céramique aux activités quotidiennes. Les observations
Résumé
macroscopiques menées sur des échantillons issus de nos
prospections et sondages fournissent des informations sur
L’examen de la céramique des villages de Latte-
la morphologie, la technologie et la nature des décors.
man Koffikro, Ndènou, Ouassou et Dibri-ndènou, s’inscrit
dans un programme d’étude de l’histoire du peuplement
La seule observation macroscopique des pâtes de
de la région de Gbèkè (Bouaké-Sakassou), de l’époque
ces fragments céramiques ne permet d›observer que les
précoloniale à nos jours. L’analyse des chaînes opératoires
paillettes de mica blanc et les grains de sable. Or, la com-
de façonnage et de finition a permis de mettre en évidence
position minéralogique de la céramique archéologique
la présence d’une tradition céramique locale, mais aussi
de la localité, déduite des examens mésoscopique et mi-
d’identifier les sources des matières premières. Cet ar-
croscopique en lame mince, mais aussi de l’analyse dif-
ticle propose un aperçu méthodologique des pratiques
fractométrique et par EDS, doit permettre de tracer les
utilisées pour étudier les données céramiques collectées
sources des matières premières entrant dans la compo-
en contexte archéologique au moyen d’observations mac-
sition des pâtes et de comparer les différentes produc-
8
NYAME AKUMA No 88. December 2017
Le bassin versant de la N’zi se situe entre les lon-
gitudes 3°49’ et 5°22’ Ouest, et les latitudes 6°00’ et 9°26’
Nord. Il couvre une superficie de 35.500 km2, soit 11 %
de la superficie de la Côte d’Ivoire. L’ensemble est do-
miné par un relief assez monotone (Avenard et al. 1971),
dont l’altitude varie de plus de 400 m au nord à moins
de 100 m au sud. L’altitude moyenne est de 215 mètres.
Les principales entités de sols, d’importance inégale, qui
recouvrent le bassin sont les sols ferralitiques moyenne-
ment et/ou faiblement désaturés et les sols ferrugineux
tropicaux, auxquels s’ajoute une très petite entité de com-
plexes de sols (Perraud 1971). En général, les lithosols et
les sols peu évolués occupent les crêtes et les interfluves,
Figure 2: Carte géologique de la région de Gbèkè le plus souvent sous savane. Sur les versants à forte pente,
les sols sont faiblement ferralitiques, érodés, gravillon-
tions céramiques régionales. Ces données alimenteront naires ou bruns, eutrophes, érodés et peu profonds (Riou
la banque de données nationale des céramiques ar- 1966 : 18).
chéologiques.
Sur le plan géologique, la Côte d’Ivoire est si-
Contexte archéologique tuée au centre du craton ouest-africain. Le pays renferme
deux unités structurales et se subdivise en un socle cris-
La région de Gbèkè (Bouaké-Sakassou) est loca- tallin (97 % de territoire) et un bassin sédimentaire situé
lisée dans le centre de la Côte d’Ivoire à 350 km d’Abi- sur la côte de l’océan atlantique et s’étendant à l’ouest
djan. L’étude porte sur un ensemble de quatre villages et à l’est d’Abidjan. Les villages situés dans l›interfluve
situés dans deux des départements de la région. Il s’agit Bandama-N›zi, qu›il est communément admis d›appeler
d’une part de Latteman Koffikro et de Ndènou, deux pe- le « V Baoulé », sont installés sur le socle cristallin com-
tits villages très proches situés dans le canton Pèpressou prenant des formations granitoïdes homogènes à biotite
à Bouaké et qu’un chemin caillouteux difficilement pra- et granitoïdes hétérogènes à biotite du complexe Baoulé
ticable pendant toute l’année relie à la ville de Bouaké, (plutonites orogéniques), d’âge protérozoïque inférieur
distante d’environ 35 km. D’autre part, on a Ouassou et (Bi Tié et al. 2006). Dans la partie nord, en position cen-
Dibri-ndènou, situés sur l’axe Bouaké-Sakassou dans le trale, le horst de Bouaké s’impose dans le paysage par ses
canton Oualêbo à moins de 25 km de Bouaké et à 17 km formes volumineuses, ses plateaux et ses longs versants.
de Sakassou (Figure 1). Ces villages sont implantés au Ce point haut domine les localités alentour de 50 à 100 m
milieu d’une savane tantôt herbeuse, tantôt arborée, du en de longues pentes parfois insensibles, parfois bien vi-
fait de leur proximité avec la rivière N’zi (rive ouest) et sibles comme à l’est au-dessus du pays mi-schisteux, mi-
le fleuve Bandama (rive est). Le climat est de type baou- granitique qui s’étend jusqu’à la chaîne de Fétékro (Riou
léen (quantité de pluie variant entre 1100 et 1600 mm par 1966 : 7). On distingue aussi à l’ouest les bas pays schis-
an) ; il assure la transition entre le nord et le sud et s’ap- teux de l’ouest entre Tiébissou et le Bandama (Avenard et
parente à celui du nord mais en diffère par des précipi- al. 1971) qui comprend les localités de Sakassou.
tations moins abondantes en juillet-août (Gourihi, 1980 :
1). C’est un climat à quatre saisons avec deux maxima de À proximité des différents villages, des sites ar-
précipitations de mars à juin et de septembre à octobre ; chéologiques protohistoriques et historiques ont été dé-
puis deux minima, l’un en juillet-août appelé couramment couverts, dont la majorité est constituée de restes d›une
« petite saison sèche » et l’autre très marqué de novembre activité sidérurgique, attestée par la présence de nombreux
à février qu’on nomme « grande saison sèche », pendant amas de scories et de bases de fours très dégradés dans
laquelle souffle l’harmattan. le canton Pèpressou, ainsi que d’anciens sites d›habitats
dans le canton Oualêbo. Dans le Pèpressou, la rivière
intermittente Ndjolessa coule au nord à moins d›un kilo-
9
NYAME AKUMA No 88. December 2017
Table 1: Description sommaire des fragments analysés
mètre de Latteman Koffikro dans la direction du village lusques) et des déchets métallurgiques (scories de fer,
Allomanou en serpentant dans la zone ouest de Ndènou. tuyères, paroi cuite…).
Le site Ndjolessa porte les traces de nombreux aménage-
ments successifs ayant engendré, par endroits, la dispari- Matériel et méthodes
tion des témoins archéologiques. Dans le canton Oualê-
bo, les abords de la rivière Gogo, affluent intermittent du Description du matériel archéologique
Kpra, abritent les anciens sites d›habitat d›Ouassou et de Quatre fragments ont été choisis pour analyses
Dibri-ndènou. pétrographiques en lame mince, par diffraction de rayons
X, et au MEB/EDS. Cette sélection couvre les différents
La présente étude concerne un ensemble céra- types de céramique découverts dans la zone d’étude. Une
mique de 612 fragments (pas d’objets entiers), collectés description sommaire est présentée dans la Table 1.
lors de sondages et de ramassages systématiques. Cette
industrie céramique est constituée de 92 fragments is- Les analyses microscopiques (MOP et MEB/EDS)
sus du ramassage en surface lors des prospections, soit Après avoir été observés sous la loupe binocu-
15%, et de 520 fragments exhumés pendant les sondages, laire et décrits, les tessons ont été sciés perpendiculaire-
soit 85%. En sondage, les couches archéologiques ont une ment aux parois et des fragments ont été utilisés pour la
épaisseur moyenne d’environ 75 cm et sont constituées fabrication de lames minces (4,5 x 3 cm) observées au
d’une argile brune compacte à Bouaké et d’une argile microscope optique polarisant (MOP). Certaines tranches
sableuse sombre à Sakassou. Outre l›industrie céramique, ont été polies pour pouvoir être examinées au microscope
les couches ont livré des ossements d›animaux en état de électronique à balayage (MEB : FEI, Quanta 200). L’uti-
dégradation très avancée, des objets métalliques (bague, lisation d’un détecteur BSE a permis de distinguer des
fragments de couteau…), des outils lithiques (molette, phases minérales possédant des densités électroniques
pierre polie), des coquillages (cauris et coquilles de mol- différentes. Des analyses semi-quantitatives des pâtes et
10
NYAME AKUMA No 88. December 2017
des grains ont été réalisées par EDS (EDAX, Apollo 10 pour les localités du Canton Oualêbo à Sakassou.
SDD silicon drift detector, 23 kV). Les trois techniques L’analyse des colorations des faces (interne, ex-
sont complémentaires et permettent de déterminer la com- terne et médiane), de l’ensemble du mobilier céramique
position minéralogique ainsi que les proportions et les étudié, indique un faible taux de cuisson réductrice et un
relations de texture et de structure entre les éléments qui taux élevé de cuisson oxydante certainement dû à l’em-
composent lݎchantillon (matrice, inclusions et pores). La ploi post-cuisson. Cette cuisson serait probablement obte-
pétrographie en lame mince donne aussi accès aux tech- nue à l’aide de combustibles d’origine végétale avec une
niques de fabrication de la poterie et permet notamment circulation plus ou moins importante de l’oxygène. Enfin,
de savoir si les inclusions sont ajoutées ou pas et fina- l’aspect rugueux de la surface des objets des localités de
lement de proposer les sources (géologiques et géogra- Sakassou indique un traitement par grattage, tandis que la
phiques) des matières premières. surface lisse et brillante des céramiques de Bouaké, pro-
vient d’un polissage.
La diffraction des rayons X (DRX)
La diffractométrie appliquée aux poudres de L’observation macroscopique du matériel céra-
« roche » totale est complémentaire de l’observation mique ne permet de reconnaître que les inclusions de
pétrographique et permet d’identifier et de quantifier les paillettes de mica blanc et des grains détritiques de quartz
phases minérales de la céramique. Les fragments de tes- dans une matrice argileuse. Sous la loupe binoculaire
sons (enveloppés à l’intérieur de papier pour réduire la (max. 40x), la pâte argileuse fine varie du brun clair au
contamination) ont d’abord été cassés à l’aide d’un mar- brun plus foncé. Elle est formée non seulement de grains
teau et d’une plaque en acier, puis pulvérisés dans un de la taille des argiles, mais surtout de paillettes de phyl-
broyeur planétaire de laboratoire Fritsch à billes d’agate. losilicates fortement altérés (dans la matière première).
Ensuite, la poudre est tamisée et la fraction <53μm est La pâte renferme des inclusions opaques riches en fer, po-
récupérée. tentiellement des minéraux ferro-titanés. Ces inclusions
sont souvent anguleuses et, moins fréquemment, sub-ar-
La fraction restante est repassée au broyeur pla- rondies. Leur taille est variable, du sable très fin (63 à
nétaire jusqu’à ce que les cristallites soient toutes de taille 125 µm) au sable très grossier (1 à 2 mm). On observe un
inférieure à 53μm. Les temps de broyage sont limités afin travail de lissage à l’esthèque sur certains tessons ainsi
d’éviter le surbroyage et la création artificielle de défauts que des surfaces brutes fumées.
propres à la structure de certains minéraux. Les poudres
sont ensuite analysées à l›aide d›un diffractomètre PANa- Si l›on compare les céramiques qui datent de 150 ±
nalyticalEmpyrean (tube de cuivre λ : 1,5418Å, filtre Ni, 30 BP pour le site de Dibri-ndènou et de 190 ± 30 BP pour
30 mA, 40 kV). Les poudres désorientées sont chargées le site de Ndènou, ainsi que celles d’Ouassou et de Lat-
sur un support en acier et mesurées dans une configura- teman Koffikro, à celles produites par les artisans actuels
tion Bragg-Brantano. La zone étudiée était comprise entre de la région (Bouaké-Sakassou), on constate qu›elles sont
6 et 69 degrés 2-thêta. L›interprétation semi-quantitative très proches du point de vue morphologique et technolo-
se fait à l›aide du logiciel Visual Crystal 6. gique, mais diffèrent quant aux décors selon la nature et
les techniques d›impression. Pour les sites archéologiques
Caractérisation archéométrique du matériel céra- de Ndènou et Latteman Koffikro, les impressions sont
mique exécutées soit à la roulette de cordelette torsadée, soit à
la fibre plate tressée simple ou alterne, soit aux cylindres
L’examen des fragments montre que les réci- gravés. Les décors consistent en ondulations et lignes
pients céramiques archéologiques ont été façonnés à par- de carrés. Or, les artisans potiers actuels pratiquent des
tir de colombins de pâte d’argile, moulés sur un support impressions roulées à l’épi de maïs ou Abléwaka et au
(autre récipient comme une calebasse, un creuset…) ou ressort de vélo, puis des impressions piquetées à l’aide de
modelés à partir de mottes d’argile fraîche. La décoration poinçon. Une synthèse des différents types d’impressions
est dominée par les techniques d’incision au poinçon et est reprise dans la Table 2.
d’impression à la roulette pour les sites du canton Pèpres-
sou à Bouaké et d’impression piquetée ou au poinçon
11
NYAME AKUMA No 88. December 2017
Table 2a: Différentes impressions rencontrées dans la région de Gbèkè (Bouaké-Sakassou)
La pétrographie au MOP montre que la pâte flé), de rares grains d’amphibole ainsi que des débris de
est argilo-phylliteuse et de tonalité claire. Les phyllites roches (granites, chloritoschistes ou amphibolitoschistes)
sont constituées de fines paillettes flexueuses de mus- partiellement à fortement altérés (kaolinite + hydroxydes
covite et de biotite. Les microphyllites de la pâte sont de fer) constituent les autres types d’inclusions. Notons
peu ou pas orientées, ce qui indique un travail modéré toutefois que la kaolinite n’est plus identifiable par DRX
de la pâte par l’artisan. Leur altération (atmosphérique car le minéral est déshydroxylé à partir de 490°C et est
et du fait de la pâte crue) se marque par une ouverture amorphe (formation de métakaolinite). La métakaolinite
des feuillets et un ploiement de ceux-ci. Des grains de confère une bonne résistance mécanique aux tessons. Les
minéraux opaques en lumière transmise ont été observés, minéraux denses observés sont constitués d’épidote, de
bien que peu nombreux. D’autres méthodes analytiques sphène et de zircon. L’absence de bimodalisme dans la
indiquent un contenu élevé en fer pour une partie d’entre taille des éléments détritiques indiquerait que la fraction
eux. Les micropores sont courts, linéaires à légèrement sableuse n’a pas été ajoutée mais est présente dans la ma-
courbes. On observe différents types d’inclusions, dont tière première. On observe quelques inclusions plastiques
le plus abondant est représenté par des grains de quartz à semi-plastiques riches en fer interprétées comme des
monocristallins et de nombreux quartz polycristallins. apports accidentels. Les tessons examinés ne montrent
Les grains sont anguleux à sub-arrondis, mal classés et pas d’adjonction de chamotte, coquilles, paille, mousse,
inéquants ; ils ne montrent pas d’orientation. Les grains crottin, charbon de bois, cendres ou ossements. Il n’y a
de plagioclase reconnaissables à leurs macles polysyn- pas non plus (ou quasi pas) de débris de cuirasse latéri-
thétiques sont faiblement altérés. Les grains de feldspath tique.
potassique semblent plus altérés (saussuritisation). Des
paillettes de biotite thermiquement affectées et de mus- La diffractométrie de poudres désorientées
covite (avec parfois des plaquettes d’hématite intercalées confirme les observations faites en lames minces. Elle
entre les feuillets leur conférant un aspect un peu gon- identifie les seules phases principales comme le quartz, les
12
NYAME AKUMA No 88. December 2017
Table 2b: Différentes impressions rencontrées dans la région de Gbèkè (Bouaké-Sakassou)
feldspaths, la biotite et la muscovite. L’absence de kaoli- méthodes. Les micas, plus ou moins altérés, sont abon-
nite et la présence de pics de micas indiquent des tem- dants dans tous les échantillons avec une prédominance
pératures de cuisson supérieures à 490°C et inférieures de la muscovite ou de la biotite selon les tessons. Les
à 800°C pour tous les tessons étudiés. Les autres phases microphyllites présentent globalement une orientation
cristallines présentes et visibles en lame mince, comme préférentielle qui n’apparaissait pas au MOP. Les felds-
les minéraux denses, sont en proportions trop faibles pour paths montrent peu ou pas de traces d’altération et sont
être identifiées par cette méthode. représentés par des plagioclases à dominance sodique
(albite) et des feldspaths potassiques. Des oxydes de
Notons encore qu’il est difficile en DRX de dis- fer sont présents dans tous les échantillons, que ce soit
tinguer les différents types de feldspaths lorsqu’ils sont en sous forme d’un simple enrichissement local de la pâte,
mélange (cas d’une roche détritique contenant des miné- de petits grains très riches en fer (oxydes de fer « purs »)
raux issus de divers types de roches) et en tenant égale- ou de grains plus grands d’origine latéritique. L’amphi-
ment compte des solutions solides - ce qui signifie qu›il bole observée au MOP est calcique à dominance magné-
existe une variabilité dans la composition chimique des sienne (magnésio-ferri-hornblende). Les autres minéraux
minéraux eux-mêmes - partielles ou totales entre les pôles accessoires mis en évidence sont l’épidote, l’apatite dé-
K, Na et Ca notamment les plagioclases). C’est pourquoi tritique, le rutile, le zircon, des oxydes mixtes titane-fer
les différents feldspaths sont regroupés sous le terme gé- (leucoxènes) renfermant aussi une partie de manganèse.
nérique de « feldspaths sl » (Table 3). Aucun engobe n’a été détecté par cette méthode.
Les observations au MEB et les analyses EDS ont
permis de compléter les résultats obtenus par les autres
13
NYAME AKUMA No 88. December 2017
Table 3: Résultats d’analyses semi-quantitatives des fragments examinés
Identification des sources des matières premières grâce aux traces de crabes dans les zones humides, aux
termitières dans les broussailles ou trouvées par hasard.
La texture de la pâte où se mélangent une frac- À l’exception de l’ancien site de Tanou-sakassou, qui se
tion argileuse (avec microphyllites) fine et des sables fins situe à plus de 1,5 km du village, tous les sites d’extrac-
à grossiers, et l’assemblage minéralogique montrent que tion d’argile se trouvent à proximité des villages et sont
la matière première est issue d’alluvions de rivière. Sans d’accès facile.
analyse chimique quantitative de la pâte, il est difficile de
caractériser la nature minéralogique de l’argile crue (car Cette étude doit conduire les archéologues et les
les minéraux sont fortement transformés par le traitement autres chercheurs à identifier et analyser les gisements
thermique), cependant les analyses EDS - bien que semi- d›argile locaux et régionaux, mais aussi à aborder tous les
quantitatives - et la nature des inclusions indiqueraient aspects technologiques modernes en les comparant avec
une pâte argileuse mixte à kaolinite, illite, smectite, avec les techniques potières ancestrales.
des interstratifiés illite-smectite. Les inclusions caracté-
risent un sable issu du démantèlement de granites à bio-
tite et/ou de granites à muscovite et/ou de granites à deux
micas ou de granitoïdes. Ces sables ont été transportés par
un cours d’eau, au vu du mélange et du degré d’arrondi
des grains. La source de l’argile sableuse est à chercher
dans la plaine alluviale d’un cours d’eau et non pas dans
les arènes se développant sur les massifs granitiques ou
au pied de ceux-ci. On observe quelques débris lithiques
indiquant la participation de roches sédimentaires méta-
morphisées ou de roches métamorphiques plus évoluées,
mais pas de fragments de roches ultrabasiques (roches
vertes). La composition des tessons examinés est en bon
accord avec la géologie régionale.
En ce qui concerne la céramique actuelle, les
artisans utilisent des sources d’argile locales. La plupart
de ces gisements ont été découverts par leurs ancêtres,
14
NYAME AKUMA No 88. December 2017
Bibliographie Korol, J.
1946 Notes sur un gisement Néolithique situé à Boua-
Avenard, J.M. ké (Côte d’Ivoire) et peuplement ancien de la
1971 Aspects de la géomorphologie. Cahiers ORS- région. Notes Africaines, 32: 23-24.
TOM, série sciences humaines, n°2:137-140.
Perraud, A.
Bi Tié. A.G. 1971 Pédologie. In Atlas de Côte d’Ivoire, Cahiers
2006 Impact de la variabilité climatique sur les res- ORSTOM, (hors série) Abidjan, Ministère du
sources hydriques des bassins de N’zo et N’ZI plan, Institut de Géographie Tropicale.
en Côte d’Ivoire (Afrique tropicale humide). Ver-
tigo, 7(1), DOI : 10.4000/vertigo. 2038. Riou, G.
1966 Étude régionale de Bouaké. Tome 2. L’économie,
Gourihi, M. Ministère du plan de la Côte d’Ivoire.
1980 Organisation administrative territoriale de la Côte
d’Ivoire de 1893 à nos jours, thèse de doctorat de Yao, K.
l’Université de Strasbourg II, (France). 2010 Production de la céramique subactuelle des
Baoulé de la vallée de Bandama, Rapport de
DEA de l’Université de Cocody-Abidjan.
15