Université Pierre et Marie Curie
3M266 M. Michel
Limites inf et sup d’une suite à valeurs réelles
Dé…nition 1 Soit (un )n2N une suite de nombres réels. On appelle valeur d’adhérence
(v.a.) de la suite (un ) tout élément de R b = R[ f 1; 1g qui est limite d’une suite
extraite de (un ) ; on note VA (u) l’ensemble des v.a. de (un ). En d’autres termes, est
une v.a. de (un ) lorsqu’il existe une suite d’entiers strictement croissante (nk )k2N telle
que (unk ) est de limite .
Exemples.
b V (u) = f`g.
a) Si (un )n2N 2 RN est de limite ` 2 R,
b) Si (un ) est dé…nie par un = 1, si n 0 (3), un = 1, si n 1 (3) et un = n si
n 2 (3), VA (u) = f 1; 1; +1g
c) Si (un ) = (sin n)n2N , VA (u) = [ 1; 1] (c’est un exercice classique qui utilise le fait
qu’un sous-groupe de (R; +) est soit de la forme aZ avec a 2 R, soit dense dans R.)
Remarque. R b a une topologie naturelle qui est celle engendrée par les intervalles de
R et les intervalles de la forme [ 1; a[ ou ]a; +1] où a décrit R. Cette topologie est
b par d (x; y) =
métrisable - c’est celle associée à la distance dé…nie pour tous x; y 2 R
jarctan x arctan yj avec la convention que arctan ( 1) = 2 . R; b d est alors un
espace métrique et il est donc naturel que considérer que de considérer que +1 et 1
b
puissent être des v.a. d’une suite à valeurs dans R.
Proposition 2 Soit (un )n2N 2 RN . Alors
1) Soit 2 R. b (a) 2 VA (u) si et seulement si pour tout voisinage V de u dans R b
et tout n0 2 N, il existe n 2 N tel que n > n0 et un 2 V . (b) 2 VA (u) si et seulement
si pour tout V 2 VRb ( ), fn 2 N; un 2 V g est in…ni.
2) Si (vk ) est une suite extraite de (un ), VA (v) VA (u).
3) VA (u) est un ensemble non vide , borné si (un )n2N est bornée.
4) (un ) a une limite si et seulement si (un ) n’a qu’une seule v.a. et dans ce cas, cette
limite est l’unique élément de V (u).
Preuve. 1) Supposons que 2 VA (u). Soit alors une extractrice ' telle que u'(n)
admette pour limite. Si V 2 VRb ( ) et n0 2 N, il existe n1 2 N tel que u'(n) 2 V
lorsque n > n1 . n = n0 + n1 > n0 et u'(n0 ) 2 V . Supposons que pour tout V 2 VRb ( )
et tout n0 2 N, il existe n 2 N tel que n > n0 et un 2 V . Soit V 2 VRb ( ). Si
NV = fn 2 N; un 2 V g est in…ni, il est borné et pour n0 = 1+max NV , il n’existe pas dans
[n0 ; +1[ d’entiers n tel que un 2 V , ce qui est absurde. Supposons en…n que pour tout
b
V 2 VRb ( ), fn 2 N; un 2 V g est in…ni. Soit alors une suite d’intervalles ouverts (Vn ) de R
telle que f g = \ Vn ; si 2 R, on peut prendre (Vn ) = (]n 2 n ; n + 2 n [), si = +1,
n2N
on peut prendre (Vn ) = (]n; +1]) et si = 1, on peut prendre (Vn ) = ([ 1; n[).
Par hypothèse, il existe un entier qu’on note ' (0) tel que u'(0) 2 V0 . Supposons qu’il
existe des entiers ' (1) ; :::; ' (n) tels que ' (0) < ' (1) < < ' (n) et u'(j) 2 Vj lorsque
1
j 6 n. Par hypothèse, il existe dans [' (n) ; +1[ un entier qu’on note ' (n + 1) tel que
u'(n+1) 2 Vn+1 . On construit ainsi par un récurrence une extractrice ' telle que u'(n) 2 Vn
pour tout n 2 N. On en déduit que u'(n) est de limite et que 2 VA (u).
2) Immédiat
3) Supposons que u soit bornée. Alors u est à valeurs dans un segment de R et donc
dans un espace métrique compact. A ce titre, on peut extraire de (un ) une sous-suite
convergente et donc VA(u) 6= ?. Si u n’est pas majorée (resp. pas minorée), on peut en
extraire une suite de limite +1 (resp. 1) et donc +1 2 VA (u) (resp. 1 2 VA (u)).
4) Si (un ) a une limite `, toutes ses suites extraites admettent ` pour limite et donc
VA (u) = f`g. Réciproquement, supposons que VA (u) = f`g où ` 2 R. b Supposons que
` ne soit pas limite de u. Alors il existe un voisinage ouvert V de ` dans R b tel que pour
tout n0 2 N, il existe un entier n tel que n > n0 et un 2 = V . A l’aide d’une récurrence
immédiate, on construit une extractrice ' telle que pour tout n 2 N, u'(n) 2 RnV b .
Puisque (vn ) = u'(n) est à valeurs dans R, b VA (v) 6= ?. Soit 2 VA (v). Il existe une
extractrice telle que v (n) = u' (n) est de limite . Puisque V est ouvert dans R, b
b
RnV est fermé dans Rb et donc = lim v 2 RnV b . En particulier, 6= `. Ceci est absurde
car VA (v) VA (u) = f`g
Remarque. (3) prouve que R; b d est un espace métrique compact.
Dé…nition 3 Soit u = (un )n2N 2 RN . Puisque VA (u) 6= ?, VA (u) admet dans R b une
borne supérieure qu’on appelle limite supérieure de u et une borne inférieure qu’on appelle
limite inférieure de u. On pose limun = lim sup un = sup VA (u) et lim un = lim inf un =
inf VA (u).
Proposition 4 Soit u = (un )n2N 2 RN . limun et limun sont des valeurs adhérences de
u dans R.b Autrement dit, limun est le plus grand élément de VA (u) et limun est son
b N est décroissante et limun = lim supup = inf supu
plus petit. De plus, (supup )n2N 2 R
p>n n!+1 p>n n2N p>n
b N est croissante et lim un = lim inf up = sup inf up .
tandis que, (inf up )n2N 2 R
p>n n!+1p>n n2N p>n
Preuve. La suite (b
un ) = (supup ) est décroissante et à ce titre admet une limite `
p>n
b Considérons ( n ) 2 RN une suite strictement croissante de limite . Puisque
dans R.
est la limite décroissante de (b un ) et 0 < 6 u b0 = sup fuk ; k > 0g, il existe n0 2 N
tel que 0 < un0 6 u b0 . Supposons que n1 ; :::np aient été construits tels que n0 < n1 <
< np et j j < unj 6 u b1+nj 1 pour tout j 2 f1; ::; pg. Puisque p+1 < 6 u b1+np =
sup fuk ; k > 1 + np g, il existe np+1 2 N tel que np+1 > 1 + np et p < unp 6 u b1+np . Le
principe de récurrence permet donc d’a¢ rmer l’existence d’une suite d’entiers strictement
croissante (np ) telle que pour tout p 2 N, p < unp 6 u b1+np . Puisque ( p ) et (b
up ) ont
toutes les deux pour limite, ceci prouve qu’il en est de même de unp et donc que
2 VA (u). Par conséquent, 6 sup VA (u) = limun .
Soit maintenant ` 2 VA (u). Il existe donc une extractrice ' : N ! N telle que u'(n)
converge vers `. Puisque ' est une application strictement croissante de N dans N, lorsque
n 2 N, ' (n) > n et donc u'(n) 6 sup fuk ; k > ng = u bn . Passant à la limite, on obtient
2
` 6 . Puisque ` est arbitraire dans VA (u), on en déduit que limun = sup VA (u) 6 et
donc in …ne que limun = .
En raisonnant avec u, ce qui précède implique que limun est aussi la limite de la
suite croissante (inf up )n2N
p>n
L’e¢ cacité de la notion de limite inf ou sup vient ce que telles limites existent toujours
pour des suites à valeurs réelles et de ce que leur manipulation ne recèle pas vraiment de
piège.
Proposition 5 Soient u = (un )n2N et v = (vn )n2N des suites à valeurs dans R.
1) lim u 6 limu et l’égalité est équivalente à la convergence de u vers la valeur com-
mune des limites inf et sup.
2) Si un 6 vn pour tout n 2 N, lim un 6 lim vn et lim un 6 lim vn .
3) a) Si (vn ) est minorée, lim (un + vn ) 6 lim un + lim vn .
b) Si (vn ) est majorée, lim un + lim vn 6 lim (un + vn ).
c) Si (vn ) est bornée, lim un + lim vn 6 lim (un + vn ) 6 lim (un + vn ) 6 lim un +
lim vn .
4) On suppose que (vn ) converge vers `, prouver que lim (un + vn ) = ` + lim un et
lim (un + vn ) = ` + lim un .
5) Si un > 0 pour tout n 2 N, lim u1n = lim1u et lim u1n = lim1un .
n
6) Soit 2 R . Si > 0, lim un = lim un et lim un = lim un tandis que si < 0,
lim un = lim un et lim un = lim un .
7) Si (un ) et (vn ) sont à valeurs dans R+ , (lim un ) (lim vn ) 6 lim (un vn ) 6 lim (un vn ) 6
lim un lim vn .
La preuve de cette proposition est laissée au lecteur. Notons que (1) n’est qu’une
reformulation de l’assertion (4) de la proposition 2.