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ZAkya Daoud

Le document aborde l'évolution du rôle des femmes dans la politique maghrébine, soulignant leur présence croissante dans les sphères de pouvoir malgré des défis persistants. Des figures politiques comme Nadia Yassine, Louisa Hannoun et Radhia Nasraoui illustrent cette dynamique, bien que la participation des femmes reste limitée et souvent symbolique. Les réformes législatives et la présence dans les ONG témoignent d'un changement, mais des inégalités et des résistances subsistent dans la région.

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Le document aborde l'évolution du rôle des femmes dans la politique maghrébine, soulignant leur présence croissante dans les sphères de pouvoir malgré des défis persistants. Des figures politiques comme Nadia Yassine, Louisa Hannoun et Radhia Nasraoui illustrent cette dynamique, bien que la participation des femmes reste limitée et souvent symbolique. Les réformes législatives et la présence dans les ONG témoignent d'un changement, mais des inégalités et des résistances subsistent dans la région.

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GRAND ANGULAIRE

Le rôle principal des femmes dans la politique


Depuis de années, les pouvoirs maghrébins, soucieux de
répondre aux pressions internationales, ont commencé
à laisser entrer les femmes dans les sphères dirigeantes.
Zakya Daoud

inistres, députées, élues communales et mu- médiatisation exacerbée mais qui n'a en fait consis-

M nicipales, membres actives des sociétés civi-


les et de la haute administration, entrepre-
neurs et chefs d'entreprises, les femmes maghrébines
té qu'à dire abruptement et publiquement ce qui se
susurre dans les salles de rédaction, les colonnes des
journaux et les salons depuis que la parole s'est libé-
pénètrent de plus en plus les sphères du pouvoir. Mais rée après la mort de Hassan II. Portant une belle qua-
ont-elles pour autant le pouvoir ? Peuvent-elles agir rantaine, cette mère de quatre enfants, ayant fait ses
sur le déroulement des vies politiques de leurs nations études au lycée français de Rabat et porte parole of-
respectives ? ficieuse du mouvement de son père, s'est faite con-
Il peut paraître paradoxal, dans la situation actuelle naître depuis l'ouverture des médias aux opposants
au Maghreb, de nommer comme figures politiques do- par sa maîtrise parfaite de la mise en scène et de la
minantes, une islamiste pour le Maroc, une trotskiste communication politique, à défaut d'avoir réussi un
pour l'Algérie et une militante des droits de l'homme essai au titre pourtant prometteur Toutes voiles de-
sans cesse en butte aux persécutions du pouvoir en Tu- hors.
nisie. Pourtant Nadia Yassine, Louisa Hannoun et Rad-
hia Nasraoui sont, dans les trois cas, des femmes dont ‘ Le seul homme d'Algérie ’
les prises de position ont agi sur les pouvoirs et les ont
parfois fait reculer. out aussi médiatique, mais moins provocatri-

La fille du Cheikh T ce, Louisa Hanoun, ancienne militante fémi-


niste du courant dit de l'Egalité, est, depuis
1989, la seule femme chef d'un parti politique au
a figure ronde, souriante, sous son foulard bien Maghreb. Cette juriste née à Annaba qui a dépassé la

L serré, la bouche barrée spectaculairement d'un


auto collant noir et le bras levé en signe de vic-
toire, la fille du Cheikh Yassine, leader incontesté d'u-
cinquantaine et qui se présente comme « syndicalis-
te, ouvrière, socialiste et démocrate », était membre
du Parti des travailleurs dans les années soixante-dix,
ne mouvance islamiste importante refusant le jeu po- bien avant de le diriger, ce qui lui a valu un empri-
litique, al adhl wal ihssane (Justice et Spiritualité), a sonnement en 1983 pour son combat constant pour
vécu comme un triomphe les poursuites judiciaires l'égalité et la laïcité.
engagées contre elle fin juin 2005, immédiatement Dotée d'un caractère ferme et audacieux, elle a été
abandonnées par la suite tant elles se sont révélées qualifiée de « seul homme d'Algérie » quand elle a osé
contre productives, d'autant que les Etats-Unis ont apporter la contradiction, dans les années quatre-vingt-
volé à la rescousse de la rebelle. Pour le Journal heb- dix, au chef du Front islamique du salut (FIS) d'alors,
domadaire, « l'Etat marocain a réussi l'exploit d'obli- Abbés Madani, ce qui ne l'a nullement empêchée par
ger une superpuissance alliée, victime du terrorisme la suite d'être la figure de proue des dialoguistes pen-
islamiste, à condamner son action et à soutenir la li- dant toutes les années noires de l'Algérie prônant le
berté d'expression d'une mouvance islamiste d'op- dialogue contre les éradicateurs qui, sur la ligne de l'ar-
position ». Nadia Yassine a donc – provisoirement ? – mée, voulaient tuer tous les islamistes. Elle a d'ailleurs
gagné. récemment fait avouer à l'ex président, Liamine Ze-
Reçue à l'université de Berkeley pour une confé- roual, l'existence des « escadrons de la mort » algériens.
rence sur « la démocratie et l'islam », elle avait, à son Elle a également marqué le débat politique en se pré-
retour au Maroc, déclaré que la « monarchie n'est pas sentant à deux reprises, en 1999 et en 2004, aux élec-
adaptée au Maroc et qu'aussi bien elle est en voie de tions présidentielles contre Abdelaziz Bouteflika. De-
disparition ». Crime de lèse majesté qui lui a valu une puis, elle intervient constamment prenant position

Zakya Daoud, journaliste et écrivain, France.

42 AFKAR/IDEES, ETE 2005


GRAND ANGULAIRE

La député du PJD, Fatima El Hakroui, pendant son


intervention au Parlement. Rabat./ AFP

contre les privatisations, les récentes lois libérales sur nes obscures ont raconté avec des mots justes et émou-
les hydrocarbures et l'eau et naturellement contre la vants les tortures et les souffrances des années de plomb.
réformette du code de la famille algérien.
Une visibilité de surface ?
Les victimes des violences d'Etat
a participation politique des femmes au Maghreb

A
ux antipodes encore, Radhia Nasraoui, 51 ans,
avocate, mère de deux filles et surtout femme
de Hamma Hammami, leader du Parti ouvrier
L ne se limite pourtant pas à ces figures d'oppo-
santes et de victimes. Depuis une dizaine d'an-
nées, les pouvoirs maghrébins, soucieux de répondre
communiste tunisien (POCT), qui, depuis 20 ans ne aux pressions internationales, ont commencé à laisser
quitte la prison que pour y entrer à nouveau, est ap- entrer les femmes, qu'ils condamnaient auparavant aux
parue sur la scène politique tunisienne à la faveur de fourneaux, dans les sphères dirigeantes et là les trois
la défense des détenus, y compris islamistes et persé- pouvoirs ont des attitudes étrangement semblables :
cutés et pour avoir été constamment poursuivie par le deux femmes ministres au Maroc sur 32, chargées des
pouvoir du président Zine El Abidine Ben Ali. Elle a émigrés et du social, trois en Algérie sur 42 membres du
franchi la frontière de la vie politique de son pays en gouvernement, titulaires des portefeuilles de la cultu-
octobre 2003 lorsqu'elle a entamé une grève de la faim re, de la famille, et de l'enseignement supérieur, cinq
de plus de 50 jours pour « dénoncer le harcèlement et ministres femmes en Tunisie sur 47, chargées d'un dé-
les violences policières dont elle et ses proches étaient partement des Affaires étrangères, des technologies, de
victimes » suscitant une large mobilisation internatio- l'équipement, de l'habitat et de la famille.
nale. Présidente de l'association de lutte contre la tor-
ture en Tunisie, elle a été encore agressée en 2004 et Les députées et les autres
surtout en mars 2005 : elle a eu la figure abîmée et le
nez fracassé pour avoir participé à des manifestations u niveau des parlements, 12 députées en Tuni-
de protestation.
Cette attitude permet de la rapprocher des militan-
tes marocaines qui depuis décembre 2004, durant les
A sie (soit 11, 5 %) sur 189 parlementaires, avec
comme cerise sur le gâteau, la vice présidence
de l'Assemblée, 27 députées sur 389 membres de l'As-
séances de l'Instance Equité et Réconciliation, comme semblée populaire nationale algérienne et trois séna-
Fatima Ait Tajer dite Mouy Fatma, Khadija el Malki, Fa- trices sur 144 membres de la deuxième chambre. Le
tema Ameziane et tant d'autres, militantes et paysan- Maroc qui était jusqu'alors à la traîne, s'est amplement

AFKAR/IDEES, ETE 2005 43


GRAND ANGULAIRE

rattrapé aux législatives de septembre 2002 puisque l'environnement, et de développement durable qui se
par l'instauration d'un quota sous forme de liste uni- multiplient.
que nationale réservée aux femmes, le nombre des dé-
putées qui oscillait de deux à quatre est brusquement Les journalistes en pointe
passé à 35, soit 10 % des parlementaires. Les élues se
répartissent équitablement entre toutes les mouvan- lles sont aussi devenues très importantes dans
ces, islamistes du Parti de la Justice et du Développe-
ment (PJD), comme militantes de l'Union socialiste
des forces populaires (USFP) ou du Parti du Progrès et
E les médias. Trois figures là encore, Siham Ben-
sedrine, directrice de Kalima en Tunisie, an-
cienne éditrice, primée en 2001 par Reporters sans fron-
du socialisme (PPS, ex communiste). Nouzha Squalli, tières, Salima Ghezali en Algérie, ancienne présidente
membre du bureau politique de ce parti en dirige aus- de l'association féminine l'Emancipation, rédactrice
si le groupe parlementaire ; féministe puisque chevi- en chef de la Nation, proche des Réformateurs algé-
lle ouvrière de l'Association Démocratique des Fem- riens, elle a été longtemps baptisée Mme Sakharov pour
mes du Maroc (ADFM), elle a longtemps été élue avoir obtenu le prix du même nom, au Maroc, Samira
municipale de Casablanca où elle a focalisé son com- Sitail qui dirige l'information de la deuxième chaîne
bat sur la propreté de la ville. Aujourd'hui, après une de télévision. Toutes les trois interviennent dans le dé-
longue absence, surtout au Maroc et en Algérie, dans bat politique et jouent un rôle politique.
les trois pays, les élues municipales représentent en- Mais au delà de cette participation encore restrein-
tre 14 % et 20 % des élus. te, les dispositions juridiques inclues dans les codes
Cette participation politique récente, qui paraît à de la famille paraissent plus importantes pour l'avenir
beaucoup une visibilité de concession, ne permet pas des nouvelles générations de maghrébines. On sait
d'occulter qu'il y a un problème fondamental de dé- combien le code tunisien, datant de 1956 et constam-
mocratie commun aux trois pays et que les citoyens ment amendé jusqu'en 1992/93 est en avance dans l'ai-
maghrébins, et à fortiori les citoyennes, paraissent sin- re arabe, on sait comment le nouveau code marocain,
gulièrement démunis face à la chose politique. De plus, la Moudawana, a rattrapé, depuis sa promulgation en
cette participation n'a pas permis de dégager des atti- février 2004, les retards longtemps accumulés par ce
tudes et des discours féminins porteurs d'autres para- pays. On ne peut alors que déplorer l'insignifiance des
digmes d'autorité et d'autres façons de voir. En politi- dispositions des amendements du code algérien dont
que les femmes maghrébines se sont montrées les décrets d'application datent du début 2005 : main-
singulièrement proches de leurs concitoyens. tien de la polygamie sous réserve du consentement de
la première épouse, maintien de la répudiation, main-
Les sociétés civiles tien du divorce par rachat, le khol’, maintien, après un
débat long et contradictoire, du tuteur matrimonial,
lus probante peut alors paraître la participa- etcétéra.

P tion économique, la présence de nombreuses


femmes entrepreneurs, chefs d'entreprise au-
tant que de famille, 10 000 recensées en Tunisie, quel-
Certes, certaines des nouvelles dispositions font
montre d'un caractère plus humain comme le droit
au logement pour la femme divorcée, la suppression
ques milliers au Maroc et en Algérie, ce qui est égale- du mariage par procuration, les principes d'égalité
ment synonyme de poids politique. Tout comme la dans le couple, l'élargissement des prérogatives du ju-
présence dans la haute administration : sept femmes ge pour les droits de garde, de visite, et de pension ali-
chefs de daïra en Algérie, une wali, une présidant le mentaire, ainsi que la reconnaissance de l'acquisition
Conseil d'Etat, une femme gouverneur (il est vrai can- de la nationalité par la mère et l'obligation du con-
tonnée à l'administration centrale) au Maroc, une chef sentement pour contracter le mariage, ainsi que l'o-
du secteur des hydrocarbures, Amina Benkhedra, bap- bligation d'un contrat de mariage. Mais il n'empêche
tisée « la demoiselle de fer », Rahma Bourquia, mem- que ce code, légèrement amendé, reste très en retrait
bre de l'Académie du Royaume, 36 femmes nommé- par rapport aux codes tunisien et marocain et, font
es parmi les instances des oulémas, sans oublier les ressortir les féministes qui le combattent, est en in-
innombrables magistrates, présidentes de tribunaux, adéquation avec les conventions internationales sig-
conseillères auprès des cours suprêmes. nées par l'Algérie.
Mais la vie politique ne se résume pas aux institu- Sur ce plan là donc, ce ne sont pas les trois minis-
tions : les femmes maghrébines sont surtout actives tres, les trois sénatrices, les 27 députées et les sept gou-
dans les ONG et autres organisations de la société civi- verneurs des province qui changent vraiment la don-
le, particulièrement présentes non seulement dans les ne : indépendamment de toute visibilité de surface,
associations de défense des droits féminins mais en- l'Algérie reste profondément en retard, ce qui ne peut
core dans celles des droits de l'homme, contre la co- que défavoriser la participation des femmes à l'évolu-
rruption comme Transparency, à l'instar de Khadija tion de ce pays. n
Chérif en Tunisie, dans les associations de défense de

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