VIH et soins au Burkina Faso : enjeux territoriaux
VIH et soins au Burkina Faso : enjeux territoriaux
Décembre 2008
Nous exprimons nos profonds remerciements à notre directrice de thèse, le Pr. Jeanne Marie
AMAT-ROZE, pour l'aide compétente qu'elle nous a apportée, pour sa patience et son
encouragement à finir ce travail. Son œil critique nous a été très précieux pour structurer le
travail et pour l’améliorer. Comment vous exprimer ma gratitude autrement qu'en vous
promettant d'agir comme vous avec des étudiants dans ma situation, si un jour l'occasion m'en
était donnée.
Au Pr. Gérard SALEM et son équipe, avec qui nous avons fait nos premiers pas dans la
géographie de la santé à Paris 10. Merci d’avoir accepté d’être le rapporteur de cette thèse en
participant au jury.
Au Pr. Michel LESOURD qui nous fait l'honneur de participer au jury de soutenance; nous
l’en remercions.
Nos recherches ont eu pour cadre le Burkina Faso. Nous y avons bénéficié de soutiens
multiformes. C’est donc le lieu de remercier le Secrétaire Permanent du CNLS/IST du
Burkina Faso, ici présent comme membre du jury, qui nous a offert un cadre de travail en
nous accueillant dans son institution. La lutte contre l’infection du VIH que vous menez à la
tête de votre structure est un combat de longue haleine. Les résultats sont là, fruits palpables
de votre implication et de votre persévérance quotidiennes. Puissiez-vous encore inscrire le
nom du Burkina Faso aux côtés des autres pays résolument décidés à retourner le « ruban
rouge » pour le grand V de la victoire.
Pour leurs encouragements et leur assistance aussi bien matérielle que morale qui m'ont
permis de faire cette thèse dans de bonnes conditions, je remercie chaudement mes proches et
à mes amis et à toute l’équipe de finalisation : Doc’, Youssouf, Clarisse, Yves, Isi, Assimi.
Merci et tous mes encouragements à toutes ces structures associatives communautaires qui
viennent en aide aux personnes vivant avec le VIH (Association African Solidarity,
Association pour l’appui moral, matériel et intellectuel aux enfants, Association Vie Solidaire,
Association agir tous ensemble, Association savoir faire face, Association SOS-Sida/Jeunesse
mobilisée : merci pour la collaboration et l’appui à la réalisation de mes enquêtes de terrain.
A toutes les PVVIH que j’ai rencontrées et côtoyées dans mes périples à travers le Burkina
Faso. A leur endroit, je formule le vœu de la mise au point d’un traitement curatif du mal avec
lequel elles vivent au quotidien.
Pour l’amour qu’ils me portent, leur présence dans ma vie et toute leur affection : merci à mes
parents, soeurs, frères et un clin d’œil particulier au marin qui m’a tenu la main pour passer
cette houle de la thèse.
En dépit d’une riposte planétaire développée depuis un quart de siècle, l’infection à VIH/sida
continue de toucher de plus en plus de personnes, même si par ailleurs un déclin est relevé
dans plusieurs pays. L’Afrique subsaharienne demeure son territoire privilégié avec plus des
deux tiers des contaminations et des décès.
Le Burkina Faso présente une évolution favorable avec une diminution du taux d’infection
estimé, dans la population des 15-49 ans, à 7,17 % en 1997 et à 1,6 % en 2007. Mais la
maladie aurait emporté 12 000 personnes en 2005 et 9 200 en 2006, en relation avec les
niveaux d’infection des années 1990 et les difficultés d’accès aux traitements. En effet, bien
que la thérapie antirétrovirale existe et que son accessibilité s’améliore au fil du temps, on
estime que les besoins sont loin d’être couverts : seulement 17 263 personnes sous ARV dans
76 structures de soins pour plus de 46 000 besoins de traitements estimés.
Vivre avec le VIH et accéder aux traitements est facteur de déstabilisation pour les individus.
Cette déstabilisation a plusieurs expressions : elle peut être sociale, économique et/ou spatiale.
L’analyse enseigne que, malgré les progrès et les champs d’action des structures publiques,
privées, auxquelles s’ajoutent les structures communautaires agréées, les disparités spatiales
sont encore grandes pour la prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH.
Partant de là, et en fonction des accessibilités aux traitements, on observe chez les personnes
vivant avec le VIH des itinéraires thérapeutiques différenciés, facteurs de nouvelles
territorialités. Celles-ci révèlent non seulement des logiques personnelles mais encore les
logiques spatiales et sociales des acteurs du soin, illustrant pour partie le fonctionnement du
territoire national.
Des enquêtes réalisées auprès des personnes sous traitement permettent de mettre en évidence
ces territorialités et les processus de territorialisation.
Mots clés : Infection à VIH/sida, offre de soins sida, territorialités, Burkina Faso.
Keywords: Infection with HIV / AIDS, AIDS care provision, territoriality, Burkina Faso.
INTRODUCTION GENERALE........................................................................................ 21
VIH.................................................................................................................................... 107
Carte 5 : Prévalence du VIH (%) chez les adultes (15-49 ans) en Afrique, 2007................... 54
Carte 8 : Répartition des cas de sida par région sanitaire en 2007 ......................................... 72
Carte 9 : Carte sanitaire du Burkina Faso (découpage en 55 districts sanitaires) ................ 116
Carte 11 : Situation de la prise en charge des enfants et des adultes en 2007 ...................... 133
Carte 12 : Disponibilité des services de laboratoires VIH/SIDA au Burkina Faso en 2007 . 135
Cartes 13 : Evolution par province des structures de prise en charge par les ARV de 2003 à
Carte 15 : Situation des districts offrant des services de PTME en 2007............................. 152
Carte 19 : Aire d’action des structures de prise en charge thérapeutique en 2007 .............. 175
Carte 27. Flux du déplacement par année de Séguénéga à Ouahigouya .............................. 239
Carte 28. Mobilités vers Ouagadougou (depuis 1994) et vers Gaoua (2005)....................... 240
Encadré 4: PCR et diagnostic précoce de l’infection à VIH chez l’enfant ..................... 222
Figure 2. Organisation de la lutte contre le VIH/SIDA et les IST au Burkina Faso ........ 92
Graphique 1 : Evolution comparée des taux de croissance du PIB réel du Burkina Faso
Graphique 5 : Evolution du taux de prévalence chez les femmes enceintes à partir des
les sites sentinelles en milieu rural de 1997 à 2006 au Burkina Faso ................................ 62
Graphique 9 : Situation de la notification des cas d’IST au Burkina Faso de 2001 à 2006
............................................................................................................................................. 75
Graphique 10 : Evolution des patients (enfants, adultes) sous ARV de 2003 à 2007 ..... 129
Graphique 11 : Situation de la prise charge par les ARV pédiatriques par province ... 131
Graphique 14. Répartition des membres de ASAFF par âge et par sexe ....................... 196
Graphique 15. Evolution annuelle des structures de PEC ARV, 2003 à 2007 ............... 218
Tableau 1 : Situation des indicateurs de développement humain du Burkina Faso et des pays voisins
en 2005 ............................................................................................................................................. 43
Tableau 5. Situation de la prévalence du VIH dans les sites sentinelles urbains de 1997 à 2006 ........ 62
Tableau 9 : Evolution des données de séropositivité de la syphilis dans les sites sentinelles de 2002 à
2006 au Burkina Faso ....................................................................................................................... 75
Tableau 10. Budget prévisionnel du CSLS 2006-2010 par secteur d’intervention ............................. 86
Tableau 15 : Evolution des infrastructures et des ressources humaines en santé de 2004 à 2007 ...... 119
Tableau 16 : Répartition des établissements privés de soins par région ........................................... 120
Tableau 18 : Evolution des dépenses des prestataires de 2003 à 2005 en % .................................... 124
Tableau 21 : Paquet minimum d’activités (PMA) des structures pour la prise en charge médicale ... 138
Tableau 22: Evolution des structures soins publiques impliquées dans la prise en charge par les ARV
de 2003 à 2007................................................................................................................................ 143
Tableau 23 : Evolution des structures de soins privées impliquées dans la prise en charge par les ARV
de 2003 à 2007................................................................................................................................ 144
Tableau 24. Evolution du coût mensuel de vente des traitements les plus prescrits en valeur absolue
....................................................................................................................................................... 148
Tableau 27 : Evolution des cas d’IST traités de 2004 à 2006 .......................................................... 156
Tableau 28 : Evolution de la dépense par source de financement de 2005 à 2006 ............................ 157
Tableau 29 : Situation des dépenses en fonction des interventions pour les années 2005 et 2006 ..... 159
Tableau 30 : Situation des dépenses par prestataires de biens et services pour les années 2005 et 2006
en valeur relative ............................................................................................................................ 160
Tableau 31 : Situation des agents de santé formés par type de formation de 2004 à 2007 ................ 166
Tableau 32 : Evolution des acquisitions d’ARV par la CAMEG de 1999 à 2007 ............................. 167
Tableau 33 : Répartition des bénéficiaires de la PECC en fonction du sexe et de l’âge en 2007....... 174
Tableau 34 : Evolution des structures associatives impliquées dans la prise en charge de la thérapie
antirétrovirale de 2003 à 2007 ......................................................................................................... 176
Tableau 36 : Synthèse des données socioéconomiques recueillies lors de l’enquête terrain ............. 186
Tableau 37 : Synthèse des données de l’infection et du traitement recueillies lors de l’enquête terrain
....................................................................................................................................................... 188
Tableau 38 : Synthèse des données de mobilité recueillies lors de l’enquête ................................... 190
Tableau 40. Distribution des enquêtés de la province du Boulgou selon le moyen de déplacement .. 199
Tableau 41 : Répartition des enquêtés de la province du Kadiogo par sexe ..................................... 205
Tableau 42 : Répartition des enquêtés de la province du Kadiogo par ethnie ................................... 205
Tableau 44 : Fréquence des coûts des soins des enquêtés de la province du Kadiogo ...................... 207
Tableau 45 : Année de mise sous thérapie antirétrovirale des enquêtés de la province du Kadiogo .. 207
Tableau 46. Distribution des enquêtés de la province du Kadiogo selon le moyen de déplacement .. 207
Tableau 48 : Distribution des enquêtés de la province du Yatenga selon le moyen de déplacement . 216
Tableau 49: Suivi biologique d'une personne vivant avec le VIH traitée ou non par TARV............. 221
Tableau 53 : Répartition de l’échantillon selon l’année de prise en charge thérapeutique ................ 231
Tableau 54 : Situation des contributions financières des personnes enquêtées pour leur prise en charge
thérapeutique .................................................................................................................................. 232
Tableau 55 : Répartition des motifs explicatifs des mobilités des enquêtés ..................................... 236
qu’elles ont au plan mondial, supplanté celles liées au paludisme. Sur toutes les couches
sociales, démographiques et économiques, le VIH règne sans discontinuer : femmes, hommes,
enfants, adultes, riches, pauvres subissent les affres de cette pandémie. En moins de trente
ans, le sida s’est hissé au quatrième rang des causes de morbidité et de mortalité dans le
monde, derrière les maladies cardio-vasculaires, les tumeurs malignes et les infections des
voies respiratoires. La planète doit faire face à une maladie dont l’ampleur n’a d’égale que les
moyens mis en œuvre pour la riposte. En effet, jamais une maladie n’a connu autant de
mobilisation, tant sur le plan des ressources humaines que matérielles et financières.
Rappel historique
Au départ, considéré comme une curiosité médicale ne touchant que certaines minorités
(essentiellement des personnes transfusées et de jeunes individus dans la population
homosexuelle de New York, Los Angeles et San Francisco), l’infection à VIH créa une
grande vague de stupeur à la fin de 1989. En effet, à cette date tous les continents avaient
déclaré des cas de sida. Mais déjà, en 1984 naissait une forte suspicion relative à la présence
du VIH sur le continent africain [Amat-Roze’2002] Si aucun cas de sida n’a été signalé pour
cette année en Afrique, des études ont montré l’existence de certains cas en Afrique jusqu’en
1985. C’est le cas pour la Côte d’Ivoire et la Guinée [Rémy’1993].
Ainsi, l’infection à VIH a été très vite considérée non plus comme un simple problème de
santé, mais un réel problème de développement. Dans les pays les plus durement touchés, le
VIH a réduit l’espérance de vie de plus de 20 ans, ralenti la croissance économique et aggravé
la pauvreté des ménages [ONUSIDA’2008 b].
Le sida est un obstacle au développement car, en plus des impacts de la maladie qui
constituent à eux seuls un problème, les pays en développement (PED) ont d’autres raisons de
se sentir concernés par cette infection. En effet, il s’avère que la pauvreté générale et la
répartition inégale des revenus, caractéristiques du sous-développement, favorisent la
propagation du VIH [Banque Mondiale’1998]. La pandémie est devenue le "principal facteur
de destruction" de tout progrès économique en Afrique subsaharienne. Selon le Programme
des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le VIH a infligé « le plus important
revers du développement humain » de l’histoire moderne [PNUD’2005] ; et "les politiques
publiques ne sont pas à la hauteur des défis posés" c’est-à-dire, assurer à tous ceux qui sont
infectés la possibilité de se faire soigner.
SECTION 1 : LA PROBLEMATIQUE
Bientôt trente années de révélation dans le monde et en dépit des succès enregistrés dans
certaines contrées en terme de riposte, l'épidémie du VIH continue de sévir, notamment en
Afrique subsaharienne. Dans cette partie du monde, l’apparente stabilité du taux d’infection à
VIH – à des niveaux élevés, en général – est surtout masquée par le nombre élevé de cas de
sida, traduisant en réalité les fortes prévalences du VIH des années passées. La problématique
de l’accès aux traitements y est particulièrement centrale. Plus de 67% des décès dus au sida y
surviennent, tragique illustration des besoins non assurés en matière de traitement
Jamais les recherches et les progrès ne sont allés aussi vite dans le cas d’une épidémie
mondiale. En effet il y a moins de dix ans, il n’existait qu’une seule famille d’antirétroviraux,
incapable d’inhiber suffisamment la réplication du VIH. Aujourd’hui, grâce à l’association de
plusieurs médicaments, le sida est devenu une maladie infectieuse chronique. En attendant la
mise au point d’un vaccin dont des essais cliniques ont cours fréquemment depuis 2000, il
existe des soins, améliorant l’état de santé et augmentant l’espérance de vie. Malgré ces
progrès, l’accès aux traitements et la couverture demeurent encore inégalement répartis et
faibles.
Au Burkina Faso, pays en développement aux ressources économiques limitées, la lutte contre
le VIH est traitée comme une priorité nationale1 [Banque Mondiale’1998]. Malgré une
relative stabilité puis une baisse de l’infection comme en témoignent les chiffres officiels de
séroprévalence (7,17% en 1997 à 1,6% en 2007), le nombre de décès dus au sida demeure
élevé. L’accès aux soins liés à l’infection à VIH a beaucoup évolué depuis l’arrivée des
premières thérapies, soutenues par différentes initiatives depuis 2003. De quelques centaines
de personnes sous thérapie antirétrovirale en 2003 et dix structures de prise en charge, le
Burkina Faso comptait en fin 2007, plus de 17 263 personnes sous ARV avec 78 structures
dispensant des soins et traitements du sida. Toutefois, il convient de rappeler que pour la
même année, les besoins de traitement étaient estimés à 48 0001.
1
Projections effectuées à partir du logiciel SPECTRUM pour l’année 2007
Vivre avec le VIH et accéder aux traitements est facteur de déstabilisation pour les individus,
dans la mesure où la disponibilité et la distribution spatiale des services de soins liés à
l’infection à VIH diffèrent d’une zone à l’autre, nonobstant l’accessibilité financière.
Les pathologies ont toutes une géographie : leur inscription spatiale. C’est donc à travers une
approche/démarche géographique que nous avons déterminé les objectifs de notre étude, lui
conférant un intérêt nouveau dans le cadre de la prise en charge thérapeutique des personnes
vivant avec le VIH au Burkina Faso.
L’objectif général de ce travail est de décrire les territorialités induites par la recherche de
thérapie antirétrovirale à travers les disparités spatiales de l’offre de soins sida au Burkina
Faso.
Cette recherche, de par son caractère géographique, se basera sur des outils de cartographie et
d’analyse spatiale, ce qui permettra de la rajouter à son originalité un intérêt programmatique
pour la lutte contre le VIH au Burkina, notamment en termes de gestion de l’observance aux
traitements.
L’épidémie du VIH, est-elle un objet géographique ? Cette question est largement discutée et
étayée par AMAT-ROZE (AMAT-ROZE’03). « Comme toute épidémie, l’infection à VIH a
non seulement une histoire (son évolution temporelle) mais aussi une géographie (son
inscription spatiale et ses itinéraires de propagation. » Le géographe s’appuie sur les
informations produites par le cortège disciplinaire rassemblé au chevet de l’infection pour
recueillir des indices : génétique moléculaire, virologie, épidémiologie (…) histoire,
économie. Au géographe, la cartographie de l’infection à différentes échelles ; au géographe
de développer une problématique intégrant les variables qui personnalisent un lieu et qui font
D’une manière générale, les différentes thématiques d’études et de recherches sur le VIH et le
sida, aussi bien au Burkina Faso que partout ailleurs dans le monde, ont porté et portent sur
les aspects liés aux voies d’infection, aux zones de prévalence, aux mesures de prévention
ainsi que les itinéraires des virus, et ce, dans divers domaines de recherches comme la
médecine, la sociologie et l’anthropologie. Jusque-là, très peu d’investigations ont porté sur
l’accès aux soins des personnes vivant avec le VIH. Seules existent les recherches médicales
déjà effectuées ou en cours afin de trouver des traitements adéquats. De la mise au point des
thérapies à leur disponibilité dans un territoire donné, se recoupe un ensemble de facteurs à
savoir : l’existence et la disponibilité des thérapies, la connaissance de leur existence, les
conditions d’accessibilité à ces thérapies, ces conditions étant aussi bien humaines, physiques
que financières.
Le sida, problème mondial de santé publique, oblige à une analyse globale du contexte dans
lequel il se développe pour mieux comprendre ces circonstances d’évolution. Ces contextes
environnementaux (géographique, historique, politique socio-économique, politique sanitaire
d’offre de soins…) contribuent à modeler les comportements humains pour expliquer les
disparités spatiales de l’infection et de la prise en charge thérapeutique.
Si une approche géographique est un élément nécessaire pour une meilleure connaissance des
dynamiques épidémiques, les mises en valeur de ces disparités à travers des territorialités,
permettent également une réflexion sur des approches plus appropriées pour de meilleures
stratégies d’actions, de prise en charge et de lutte contre les épidémies, d’où notre recherche
sur « Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités,
exemple du Burkina Faso.»
SECTION 5 : LA METHODOLOGIE
Notre travail est une recherche appliquée à travers une approche quantitative. Elle a fait appel
à différentes modalités qui ont permis de recouper des informations en centrant la recherche
sur une analyse spatiale des déterminants relevés. Ce seront essentiellement :
- l’analyse bibliographique par l’utilisation des données de la littérature mais aussi
les rapports et la littérature grise ;
- l’analyse des données épidémiologiques de la sérosurveillance du VIH au Burkina
Faso,( les données de l’ONUSIDA, du Conseil national de lutte contre le sida et les
IST (CNLS-IST), des associations, des structures hospitalières ) ;
- les entretiens avec les responsables du ministère de la santé et du Secrétariat
permanent du Conseil national de lutte contre le sida et les IST (SP/CNLS-IST) afin
La bibliographie consultée sur le VIH en général et sur l’accès aux traitements en particulier,
se retrouve sur des liens électroniques. Ce sont les sites web des organismes à caractère
national, régional ou mondial (SP/CNLS-IST, All Africa, OMS, UNAIDS, AMADES, etc.).
Beaucoup de documents et d’articles publiés et édités proviennent du fonds documentaire du
SP/CNLS-IST et de différentes conférences sur le sida. Quelles qu’en soit leur nature ou
provenance la revue de littérature traite du problème de l’accès difficile aux traitements dans
les pays en voie de développement, surtout ceux de l’Afrique subsaharienne.
Dans certains articles ou pour certains auteurs, les ressources limitées d’un pays constituent
un obstacle à la vulgarisation du traitement et à l’accès aux ARV. Selon d’autres sources, les
ressources limitées ne sauraient à elles seules justifier la faiblesse de l’offre de soins. En effet
de nombreuses mesures et initiatives ont été prises pour que le droit au traitement des
personnes vivant avec le VIH soit respecté. Les raisons de ce faible accès au traitement sont
systémiques au secteur santé: système sanitaire inadéquat, manque de personnel, mauvaise
gestion des ressources…
Cette revue documentaire ayant fait l’objet d’exploration dans les recherches du DEA, elle a
été affinée et complétée par de nouveaux ouvrages, des articles récemment publiés et des
données de la littérature grise.
Le plan proposé pour présenter notre travail est structuré neuf chapitres, répartis ainsi qu’ils
suivent en trois parties.
La deuxième partie aborde l’offre nationale de soins liés à l’infection à VIH. Le chapitre
quatre qui débute cette partie décrit la situation sanitaire nationale, en se référant aux
différentes stratégies et politique sanitaire qui ont modelé l’offre de soins, dans un contexte de
sous-développement et de dépendance vis-à-vis des partenaires au développement. Ces
partenaires ont permis à partir de 2003 la mise en œuvre de plusieurs initiatives qui ont
amélioré l’offre de soins liés à l’infection à VIH. Avec ses contraintes et ses exigences en
termes de disponibilité et d’accessibilité, l’offre de soins pour la prise en charge thérapeutique
du VIH se décline en divers services et structures de prise en charge, incluant la disponibilité
en médicaments et les différentes portes d’entrée vers les soins. C’est ce que nous abordons
dans le chapitre cinq. Enfin, la prise en charge thérapeutique, de par ses caractéristiques et ses
spécificités (infrastructures, équipements, qualification de personnel, implication des
communautés, etc.) a des effets, des apports sur le système de soins. Ces apports, qui
participent à renforcer le niveau de l’offre de soins seront traités dans le chapitre six.
La troisième partie de notre travail porte sur les recompositions territoriales à travers les
mobilités et la déstabilisation induite par la quête de soins, à travers la prise en charge
thérapeutique et territorialités. Dans cette partie, le chapitre sept présente les résultats de
l’enquête réalisée dans les quatre sites de recherche dans une déclinaison des différentes
caractéristiques : sociodémographiques, infection, traitement et mobilités y relatives. Ces
différentes données viendront étayer les analyses pour vérifier les différentes les hypothèses
dans le chapitre huit.
L’INFECTION
PREMIERE À VIH AU BURKINA
PARTIE : L’INFECTION FASOFASO
A VIH AU BURKINA
Entièrement continental, le Burkina Faso est une ancienne colonie de l’Afrique occidentale
française (AOF), et jusqu’à la Révolution d’Août 1983, le pays s’appelait la Haute-Volta. Il
est limité au Nord et à l’Ouest par le Mali, à l’Est par le Niger et au Sud par la Côte-d’Ivoire,
le Ghana, le Togo et le Bénin. Par la Côte-d’Ivoire, le Togo, le Bénin ou le Ghana, sa capitale
Ouagadougou, située au centre du pays, est à environ 1000 km de la côte [Da’2004]. De par
sa position géographique, le Burkina Faso est un véritable carrefour, où se mêlent échanges de
biens et mouvements des peuples et il constitue un important pays de transit routier. Cette
situation en fait un pays d’immigration et de brassage des populations [Da’2004].
Avec une population estimée à 13 730 258 habitants en 2006 selon les statistiques de l’INSD
[INSD/BF’2006], le Burkina Faso présente un profil économique qui le place parmi les pays
les moins avancés, sur la base d’un seuil absolu de pauvreté estimé à 89 712 F.CFA en 2006
et à 91 598 F.CFA en 2007 [MEF/BF’2008]. Le Burkina Faso est marqué par des modes de
production essentiellement ruraux liés à l’agriculture et à l’élevage. Les groupes humains
partagent des traditions séculaires influençant les rapports entre hommes et femmes et les
relations entre générations, ainsi que les coutumes matrimoniales. Il existe en outre des
manifestations en rapport avec une urbanisation accélérée et des flux migratoires importants
au plan national et régional qui ont une influence sur la situation de l’épidémie du VIH.
Mais toutes ces expériences demeurent inachevées car les organes de gestion ont souvent été
nommés par le Gouvernement du fait des Etats d'exception, hypothéquant ainsi la libre
administration des collectivités locales. C'est dans la Constitution du 02 juin 1991 (révisée par
la loi n°002/97/ADP du 27 janvier 1997) que le renouveau actuel du processus de
décentralisation trouve son fondement, à travers l’organisation du pays en collectivités
territoriales. Ainsi, en 1996, le nombre des collectivités provinciales se renforce avec la
création de quinze (15) nouvelles provinces, induisant du même fait, la création de 14
nouvelles communes urbaines. Par ailleurs, cinquante nouveaux départements sont créés.
Les lois de décentralisation de 1998, ainsi que la loi n° 013-2001 du 02 juillet 2001 portant
modification des lois de 19983, consacrent le transfert de onze (11) domaines de compétences
aux collectivités locales parmi lesquels (i) le domaine foncier propre aux collectivités locales,
(ii) l’aménagement du territoire et la gestion du domaine foncier et de l’urbanisme, (iii) le
développement économique et la planification, (iv) la santé et l’hygiène, etc.
Ces compétences sont dévolues aux collectivités locales selon le principe de subsidiarité qui,
faut-il le rappeler, est un mode de dévolution des compétences qui veut que les niveaux
inférieurs exercent les compétences et les pouvoirs qu'ils peuvent correctement et mieux
exécuter que les niveaux supérieurs. Le niveau supérieur n'intervient dans les compétences
qu'en cas de carence constatée ou de refus manifeste du niveau inférieur d'assumer ses
responsabilités. Ainsi, les activités de base ont été dévolues à la commune à titre exclusif,
tandis que les compétences intermédiaires le sont à la province à titre exclusif ou sont
quelquefois partagées.
Plus d’une décennie après le début de la mise en œuvre du processus, des acquis mais aussi
des insuffisances sont à signaler dans la décentralisation administrative. Les principaux acquis
demeurent la fonctionnalité des communes urbaines ainsi que l’appui effectif des partenaires
au développement. En ce qui concerne les insuffisances nous pouvons énoncer:
l'inadéquation des moyens des communes urbaines existantes par défaut de transfert
effectif des ressources;
la mise en place inachevée des collectivités locales, notamment la commune rurale et
la province;
la déconcentration qui doit accompagner le processus de décentralisation est aussi
inachevée, tant au niveau des circonscriptions administratives qu'au niveau des
structures techniques des différents départements ministériels;
la faible capacité de gestion de certains élus locaux.
3
Ce sont les lois de décentralisation de 1998 : n°040/98/AN du 03 août 1998, n° 041/98/AN du 06 août 1998 et
n°043/98/AN du 06 août 1998.
D’emblée, on peut retenir du RGPH 2006 que la population demeure rurale et que la
répartition géographique présente des inégalités selon les régions. Ainsi, la région du Centre
renferme 11,1% de l'ensemble de la population. Elle est suivie des régions de la Boucle du
Mouhoun (10,5%) et des Hauts-Bassins (10,3%). En revanche, la région des Cascades est la
moins peuplée (3,8%), suivie dans l'ordre croissant par les régions du Sud-Ouest (4,6%) et du
Centre-Sud (4,7%) de la population du Burkina. Les résultats provisoires du RGPH 2006,
indiquent également, que 20% des habitants sont établis en milieu urbain contre 79,7% en
milieu rural. Selon le sexe, seulement 21% des hommes et 19,50% des femmes recensés
vivent en milieu urbain. Par rapport aux régions, le Centre affiche le plus fort taux
d'urbanisation (77,5%). Il est suivi par la région des Hauts-Bassins avec 34,7% de sa
population totale. Ces disparités sont illustrées par la carte suivante.
Le pays bénéficie d’un climat tropical à deux saisons très contrastées et dont la durée varie en
latitude à cause du balancement régulier du front intertropical (FIT) ou convergence
intertropicale (CIT). Durant la saison sèche, de novembre à mars, souffle l’harmattan, vent sec
du Nord-Est vers le Sud-Ouest alors qu’en saison humide, domine l’alizé maritime qui change
de direction en traversant l’équateur géographique, à la rencontre du précédent. L’amplitude
thermique annuelle varie entre 28 et 32° C et les mois les plus chauds correspondent aux
périodes transitoires entre les deux saisons : octobre-novembre et avril-mai avec des
températures pouvant atteindre 42°C à l’ombre. Les précipitations sont en moyenne de 850 à
900 mm sur 3 à 5 mois de l’année avec un maximum en juillet-août, glissant de plus en plus
en août-septembre, provoquant très souvent des inondations. Le Sud du pays est largement
plus arrosé (Niangoloko : 1200 mm/P/an) que le Nord (Dori : 500 mm/P/an). Cette variabilité
des pluies dans l’espace s’ajoute à celle temporelle, allant parfois du simple au double,
rendant la maîtrise de ce facteur naturel difficile, dans le cadre des activités agricoles et sylvo-
pastorales.
De l’hydrographie, il faut retenir que bien que relativement peu arrosé, le Burkina a un réseau
hydrographique assez important, surtout dans sa partie méridionale. Les cours d’eau se
Concernant les sols, la majeure partie du pays est couverte de sols ferrugineux le plus souvent
lessivés sur matériaux d’altération kaolinite ; mais on retrouve ça et là des poches dans les
provinces du Houet, du Kénédougou et de la Comoé où se développent des sols rouges,
profonds et homogènes, du type ferrallitique. Dans l’ensemble, ces sols sont très pauvres en
matériaux fertilisants, donc non propices aux activités agricoles qui pourtant soutiennent un
pan entier de l’économie du pays.
L’économie du Burkina Faso, pays à faible revenu, repose essentiellement sur l’agriculture et
l’élevage, de type traditionnel extensif5. Ces deux activités dont 20 à 30% entrent dans le PIB,
occupent environ 80% de la population engagée dans une lutte âpre pour une autosuffisance
alimentaire [MEF/BF’2007]. C’est pourquoi l’agriculture reste largement dominée par les
cultures vivrières auxquelles s’ajoutent quelques cultures de rente. Au cours de la dernière
décennie, la production fruitière et maraîchère (mangues, oranges, papayes, mandarines,
citrons, goyaves, haricots verts, tomates, maïs, …) a connu un véritable essor grâce au
développement des périmètres, plaines et bas-fonds aménagés, de même que la petite
irrigation villageoise. Quant à l’élevage, il représente plus de 10% du revenu national et 30%
des exportations. Les produits de la cueillette (amendes de karité) et ceux de la pêche avec le
développement de la pisciculture (Comoé, Tapoa) ainsi que la construction de grands barrages
(Kompienga, Bagré) ne sont point négligeables.
4
Le Banifing est un bassin peu cité, donc très peu connu.
5
En 2001, le PNB était de 230 $US. Avec la dévaluation du FCFA en janvier 1994, le taux de croissance du PIB
est passé de 4% en 1995 à 6% en 1996 et 5,5% en 1997. L’indice des prix à la consommation, de 8,3% entre
1993-97, est passé à 2,3% en 1997.
Graphique 1 : Evolution comparée des taux de croissance du PIB réel du Burkina Faso et de
quelques pays de l’UEMOA de 2003 à 2007
10,0
8,0
6,0
%
4,0
2,0
0,0
-2,0 2003 2004 2005 2006 2007
Année
Tableau 1 : Situation des indicateurs de développement humain du Burkina Faso et des pays voisins
en 2005
Indicateur de Indicateur de Espérance de
Pays Taux
développement développement vie à la PIB / Habitant
d’alphabétisation
humain (2000) humain (2005) naissance
Bénin 0,420 0,435 55,4 34,7 1 141
Burkina Faso 0,325 0,370 51,4 23,6 1 213
Côte d’Ivoire 0,428 0,432 47,4 48,7 1 648
Ghana 0,548 0,553 59,1 57,9 2 480
Mali 0,386 0,380 53,1 24,0 1 033
Togo 0,493 0,512 57,8 53,2 1 506
Source : Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008, PNUD 2007
Le 1er mars 1919, la colonie du Haut - Sénégal et Niger a été disloquée et ce fut la création de
la colonie de la Haute-Volta qui rejoint la fédération de l’Afrique occidentale française
(AOF). Malheureusement à partir de 1930, des révoltes ainsi que la famine vont concourir à la
dislocation de cette nouvelle colonie qui sera effective en 1932. La Haute Volta, pays aux
ressources naturelles limitées mais riche de ses hommes est sacrifiée pendant la crise
économique des années 30 pour la mise en valeur des autres colonies françaises voisines.
Ainsi, elle est partagée en 1932 entre le Soudan français, le Niger et la Côte d’Ivoire qui hérite
de la part du lion. Ces hommes serviront de main d’œuvre pour les plantations de la Côte
d’Ivoire, l’Office du Niger (projet de culture de riz et de coton au Soudan) et aux travaux de
construction du chemin du fer Abidjan-Niger [Madiega’1995].
De septembre 2002 à avril 2003, du fait de la crise sociale et politique qui a troublé la paix en
Côte d’Ivoire, plus de trois cent mille (300 000) ressortissants burkinabé ont été rapatriés avec
une forte concentration respectivement dans les provinces du Houet, du Boulkiemdé, du
Passoré, du Mouhoun, du Kourritenga, du Poni et du Bam. Si les rapatriés ont été confrontés à
des problèmes alimentaires et de logement à leur arrivée au Burkina Faso, beaucoup sont
arrivés dans des conditions très éprouvantes de santé. Ils seraient à l’origine de certains cas de
maladies à caractère épidémiologique (rougeole, fièvre jaune) et quelques cas d’infection à
VIH et de sida ont été signalés parmi la population rapatriée [Belem’2003].
S’il est vrai que l’épidémie du VIH est un sérieux problème de santé, elle pose également un
problème de genre. La communauté internationale reconnaît de plus en plus que les
dimensions genre du VIH ne doivent plus être passées sous silence. Un tournant important a
été opéré lors de la Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies sur le VIH en
Juin 2001, à l’occasion de laquelle 189 pays ont signé une Déclaration d’Engagement
reconnaissant que « l’égalité des genres et le renforcement des capacités des femmes sont des
éléments essentiels de l’atténuation de la vulnérabilité des femmes et des filles face au VIH.
Selon l’OMS, les normes de genre ont un impact sur la transmission du VIH (OMS’2002). Le
genre est une notion qui va bien au-delà de la notion de sexe. Il se réfère, au sein d'une société
donnée, aux attentes et normes largement partagées concernant la conduite appropriée de
l'homme et de la femme, leurs caractéristiques et leurs rôles. C’est une construction sociale et
culturelle qui différencie les femmes des hommes et définit les façons dont ils interagissent.
Dans bien des régions, par exemple, les normes de genre permettent aux hommes d'avoir plus
de partenaires sexuels que les femmes.
Aussi, par rapport à l’infection du VIH, l’on pensait seuls les hommes homosexuels étaient
affectés. Les femmes sont restées longtemps à l’ombre, car les regards de la communauté
internationale se sont portés vers les personnes droguées par voies intraveineuses et les
hémophiles. Cette prédominance dans les deux groupes a rendu invisible la problématique des
femmes comme groupe humain affecté [Obando’2003]. Cependant, l’infection a commencé à
apparaître parmi les femmes. Par la suite, en raison de l’augmentation de l’infection par voie
hétérosexuelle, on a trouvé que la grande majorité des infectées étaient des femmes mariées et
avec un partenaire stable et pratiquement monogames.
Au Burkina Faso, les femmes représentent 51,7% de la population générale, soit 94 hommes
pour 100 femmes [RGPH, 2006]. Selon le bilan général de la mise en œuvre du PNM 2007,
pour les cas de sida notifiés dans les formations sanitaires, 5 144 personnes ont été
enregistrées parmi lesquelles 1 835 hommes et 3 309 femmes soit respectivement 36% et 64%
des cas [SP/CNLS-IST’2007]. Le sexe ratio est de 0,55.
Toujours selon le bilan général de la mise en œuvre du PNM 2007, les statistiques sur les
infections sexuellement transmissibles qui sont une porte d’entrée de l’infection à VIH
révèlent les chiffres plus élevés chez les femmes pour 2006. L’incidence est de 12,4‰ chez
les femmes contre seulement 2,9‰ chez les hommes.
Mariées, les femmes sont « un groupe à risque » car ne pouvant pas négocier les rapports
sexuels avec l’époux à qui elles doivent entière soumission. Comme le souligne Le Palec A.,
les femmes n’ont aucun contrôle sur la vie sexuelle du mari mais elles se doivent d’exiger les
devoirs conjugaux. Les programmes de prévention recommandent la fidélité pour se protéger.
Mais les femmes savent que leur fidélité protège éventuellement le mari [Le Palec’2000],
dans un univers culturel où la polygamie est monnaie courante sans toujours être officialisée.
Cet état des faits s’aggrave avec l’influence de la religion musulmane où l’homme a le droit
de prendre jusqu’à quatre épouses. « Je préfère savoir mon époux chez une autre femme que
je connaît plutôt qu’il me trompe », ce sont les propos d’une femme, dont le mari a convolé en
secondes noces avec « son consentement ». Cette situation de polygamie que beaucoup de
femmes ont fini par accepter et à laquelle certaines souscrivent entièrement et sans pression7,
6
Se dit des sociétés où la transmission du statut social avec nom et fortune relève de la lignée maternelle. Il
n’existe pas de société humaine où le matriarcat, comme pendant symétrique du patriarcat (un système social
dominé exclusivement par les hommes), ait existé.
7
Il ressort des différents entretiens avec les femmes que cette situation est la plus facile à gérer plutôt que de se
« battre » au péril de son foyer, voire même de sa vie, avec une rivale.
Comme on peut le constater, à travers ces éléments qui ont été énumérés, les dimensions
culturelles n’échappent pas aux lourdes conséquences de l’épidémie à VIH. Dans le contexte
actuel, on peut donc conclure que le VIH désorganise globalement les normes sociales
établies, ainsi que les habitudes et les pratiques culturelles ayant largement cours dans les
sociétés dites traditionnelles du Burkina Faso.
Le lien entre sida et pauvreté à valeur universelle s’est renforcé pendant les vingt dernières
années sous toutes les latitudes [Amat-Roze’2002]. La pauvreté et le VIH sont
interdépendants. La pauvreté est un facteur déterminant des comportements qui exposent
l’individu au risque d’infection par le VIH ; elle amplifie ainsi l’incidence du VIH. La réalité
du VIH peut facilement entraîner une intensification de la pauvreté et même pousser à la
pauvreté des individus non pauvres [African Studies Center’2003].
Avec l’appui du PNUD et du Danemark, le CNLS-IST du Burkina Faso a réalisé une analyse
sur l’impact du sida sur la pauvreté des ménages [PNUD/BF, 2001]. Il ressort de cette analyse
que le VIH aggrave la pauvreté parmi les ménages déjà pauvres. Des facteurs principaux tels
que : la diminution des revenus des ménages (parents décédés ou malades), l’augmentation
Le sida est une maladie à déclaration obligatoire, mais, l’on constate une sous notification des
cas dans les pays en développement. En effet, on admet couramment que 10% des cas y font
l’objet d’une notification contre 75 à 94% dans les pays industrialisés [Amat-Roze’2005].
Cette sous déclaration se manifeste aussi bien selon le sexe, l’âge (enfant ou adulte) que les
lieux de résidence. Obtenir des données fiables et à jour, constitue la pierre angulaire de la
planification stratégique en matière de riposte au VIH. Selon le rapport mondial sur
l’épidémie du sida [ONUSIDA’2008], les estimations relatives de l’infection à VIH et de son
impact se sont considérablement améliorées en Afrique subsaharienne et en Asie. En effet,
aux estimations de prévalence à partir de la surveillance sentinelle, de nombreux pays
réalisent des enquêtes démographiques nationales en intégrant le test VIH ; ce qui permet
d’affiner les résultats épidémiologiques obtenus.
Très vite l’épidémie a été considérée non plus comme un simple problème de santé, mais un
réel problème de développement. En effet, dans les pays les plus durement touchés, le VIH a
réduit l’espérance de vie de plus de 20 ans, ralenti la croissance économique et aggravé la
pauvreté des ménages [ONUSIDA, 2008 b]. Plusieurs pays ont connu d’importantes
modifications démographiques.
Les données épidémiologiques internationales les plus récentes montrent une baisse du
nombre de nouvelles infections et du taux de décès dû au sida en Asie, en Afrique
Subsaharienne et en Amérique Latine. La diminution de ce taux de décès est liée au succès de
l’élargissement de l’accès aux médicaments antirétroviraux dans les zones les plus
défavorisées et plus démunies. Le rapport sur l’épidémie mondiale du sida [ONUSIDA’2008]
donne les estimations suivantes :
33 millions [30,3 millions-36,1 millions] de personnes vivaient avec le VIH en 2007.
Le nombre annuel des nouvelles infections à VIH a baissé de 3,0 millions [2,6
millions-3,5 millions] en 2001 à 2,7 millions [2,2 millions-3,2 millions] en 2007, soit
une régression de 10%.
Globalement, 2,0 millions [1,8 million-2,3 millions] de personnes sont décédées à
cause du sida en 2007, par rapport à l’estimation de 1,7 million [1,5 million-2,3
millions] en 2001.
Bien que le pourcentage de personnes vivant avec le VIH se soit stabilisé depuis 2000,
le nombre global de personnes vivant avec le VIH a régulièrement augmenté, car de
nouvelles infections se produisent chaque année, les traitements du VIH prolongent la
vie et les nouvelles infections continuent à surpasser le nombre de décès dus au sida.
Les femmes représentent la moitié de toutes les personnes vivant avec le VIH. Au
cours des 10 dernières années, la proportion de femmes parmi les personnes vivant
avec le VIH est restée stable à l’échelle mondiale, mais a augmenté dans de
nombreuses régions.
Les jeunes entre 15 et 24 ans représentent environ 45% des nouvelles infections à VIH
à l’échelle mondiale.
On estime que 370 000 [330 000-410 000] enfants de moins de 15 ans ont été infectés
par le VIH en 2007 et que, le nombre d’enfants de moins de 15 ans vivant avec le VIH
est passé de 1,6 million [1,4 million-2,1 millions] en 2001 à 2,0 millions [1,9 million-
2,3 millions] en 2007.
L’Afrique subsaharienne demeure la région la plus gravement touchée et le sida y est toujours
la principale cause de mortalité dans plusieurs pays8. En effet, Les statistiques mondiales
montrent que parmi les personnes infectées en 2007, plus de deux adultes sur trois (68%) et
presque 90% des enfants vivent en Afrique subsaharienne. De plus, plus de trois décès dus au
sida sur quatre (76%) y surviennent, ce qui traduit les insuffisances en matière de traitement
antirétroviral dans cette région du monde.
8
Au Burkina Faso, le paludisme demeure la première cause de mortalité, DEP Ministère de la santé, 2006
15% dans huit pays en 2005 (Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Mozambique,
Namibie, Swaziland, Zambie et Zimbabwe [ONUSIDA/OMS’2007]. En 2007, selon le
sur l’épidémie du sida, cette sous-région compte 35% de toutes les personnes vivant
avec le VIH, presque un tiers (32%) de toutes les nouvelles infections à VIH et de
tous les décès dus au sida à l’échelle mondiale en 2007. L’Afrique du Sud connaît une
stabilisation de l’épidémie mais elle demeure la plus importante au monde avec 5,7
millions de Sud-Africains vivant avec le VIH en 2007. Le triste record de prévalence
du VIH la plus élevée et jamais enregistrée est détenu depuis 2006 par le Swaziland
(26%).
Dans la plupart des pays d’Afrique de l’Est, la prévalence du VIH chez les adultes est
stable ou a commencé à baisser. Ce déclin est dû à des modifications de
Le graphique ci-dessus montre une stabilisation de l’infection à partir des années 2000-2001
même si le nombre de personnes vivant avec le VIH demeure élevé. Cette situation est
identique à celle observée au Burkina Faso.
L’infection à VIH, depuis l’apparition des premiers cas en 1986, n’a cessé de croître, laissant
dans son sillage une large traînée macabre constituée de personnes infectées. De 10 cas
notifiés en 1986, le Burkina Faso compte en 2007 environ 130 000 personnes vivant avec le
VIH. Malgré une stabilisation, voire une baisse notable ces trois dernières années, l’épidémie
draine d’année en année son funeste cortège. Depuis 1986, la révision et l’amélioration des
Le rapport sur l’épidémie mondiale du sida 2008 [ONUSIDA, 2008] estime la prévalence
moyenne de l’infection à VIH à 1,6% en fin 2007 dans la population adulte de 15-49 ans. De
ce rapport, il ressort le caractère plus féminin de l’épidémie, en ce sens que les femmes sont
toujours plus infectées que les hommes. La prévalence VIH en 2007 chez les jeunes femmes
de 15-24 ans est de 0,9% tandis que chez les jeunes hommes de la même tranche d’âge, la
prévalence est de 0,5%, comme le montre le tableau ci-dessus.
Graphique 4 : Prévalence du VIH (%) chez les femmes enceintes en consultations prénatales,
1997-2007
L’évolution de la prévalence du VIH depuis 1997 présente un profil du Burkina Faso, qui
varie par année pour certains indicateurs clés.
La surveillance sentinelle, recommandée par l’OMS, est censée permettre un meilleur suivi
des épidémies, surtout pour les pays qui disposent de faibles capacités financières. Elle doit
s’appliquer, de façon annuelle, sur les groupes de populations les plus à risque d’être
infectées, facilement identifiables et accessibles. La surveillance sentinelle ne nécessite pas
l’exigence statistique d’être représentative ; de plus, elle se situe résolument, a la fin des
années 1980 et au début de la décennie 90, dans une logique de santé publique et une optique
d’évaluation des activités de prévention et d’orientation des programmes de lutte contre le
VIH/SIDA [Lamarange’2007].
Ainsi au Burkina Faso, le critère d’inclusion concerne toute femme venue en consultation
prénatale et n’ayant pas subi de prélèvement sanguin auparavant pour la syphilis. La
méthodologie d’échantillonnage respecte les normes de l’OMS/ONUSIDA : il s’agit du
En 2004, ce sont treize sites sentinelles repartis dans l’ensemble des treize régions sanitaires
que compte le Burkina qui ont depuis octobre, entamé la collecte des données pour la
surveillance régulière de l’épidémie. Cette collecte se fait dans 43 centres de prélèvement
(essentiellement des Centres de santé et de promotion sociale et dans les Centre médicaux,
avec ou sans Antenne chirurgicale CM/CMA) situées en zone urbaine et en zone rurale.
Chaque région sanitaire compte un nombre de sites de prélèvement, allant de deux à six sites.
Le choix des centres de prélèvement des sites répond à des critères bien précis [SP/CNLS-
IST, 2005 b]. En effet, le centre doit être capable (i) de fournir régulièrement des services de
santé maternelle et infantile, (ii) de prélever du sang chez les femmes enceintes dans le cadre
des examens de routine (dépistage de la syphilis, détermination du groupe sanguin, etc.) et
(iii) de mobiliser des ressources techniques, matérielles, financières et humaines pour
permettre et/ou encadrer les activités de surveillance de l’infection à VIH sur le site. De plus,
il doit (iv) de disposer d’un laboratoire fiable qui peut effectuer des examens courants de
laboratoire, manipuler et stocker des échantillons de sang et être géographiquement accessible
par tous les temps ainsi que (v) de regrouper une population composée de groupes
démographiques variés en termes d’ethnie, de religion, de catégorie professionnelle, de niveau
d’éducation, etc.. Il doit également (vi) avoir un taux de fréquentation élevé, susceptible de
permettre le recrutement dans les délais définis, d’un nombre suffisant de femmes enceintes et
(vii) d’un personnel, prêt à coopérer et être techniquement capable d’assurer les activités de
surveillance biologique.
Graphique 5 : Evolution du taux de prévalence chez les femmes enceintes à partir des
enquêtes dans les sites sentinelles de 1997 à 2006
Source : Réalisé à partir du rapport du comité technique de surveillance épidémiologique, juin 2007
La configuration des sites sentinelles donne six sites en milieu rural et sept en milieu urbain.
Des données des sites sentinelles urbains, on peut constater une baisse de la prévalence
globale de 54,9% de 1997 à 2003 puis une augmentation de 18,8% de 2003 à 2006. Le
graphique ci-dessous présente la dynamique de l’épidémie dans les sites urbains.
7,1% 7,1%
6,3%
5,4%
4,8%
4,4%
3,8%
3,4% 3,3%
3,2%
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Source : Réalisé à partir du rapport du comité technique de surveillance épidémiologique, juin 2007
La dynamique de l’épidémie dans les sites urbains de 1997 à 2003 est due à la baisse générale
observée dans les sites sentinelles bien que l’on constate des hausses dans les sites de
Tableau 5. Situation de la prévalence du VIH dans les sites sentinelles urbains de 1997 à 2006
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Bobo- 7,6%* 8,4% 5,7% 6,2% 5,7% 6,2% 4,3% 3,6% 3,8% 2,8%
Dioulasso
Ouagadougou 6,7%** 8,0% 7,7% 6,3% 4,8% 4,7% 4,0% 4,9% 5,4% 5,9%
Ouahigouya 6,5% 7,0% 6,0% 5,1% 4,2% 3,6% 3,6% 4,0%
Gaoua 4,0% 6,0% 5,4% 5,9% 4,6% 3,0% 2,4% 2,0% 2,8%
Tenkodogo 4,3% 3,8% 2,8% 2,2% 2,3% 2,6% 2,8% 1,4% 2,2%
Fada 1,3% 2,1% 1,2% 2,7%
Koudougou 2,7% 2,6% 3,8%
Source : Réalisé à partir du rapport du comité technique de surveillance épidémiologique, juin 2007
* Prévalence supérieure à la prévalence moyenne des sites urbains
** Prévalence inférieure à la prévalence moyenne des sites urbains
Au niveau des sites ruraux, on enregistre une baisse de la prévalence de 46,6% de 2003 à
2006. Toutefois, des disparités sont constatées dans les sites : d’une part des tendances
moyennes à l’augmentation pour les sites de Sindou (12,5%) et Manga (36,3%) et d’autre part
des tendances à la baisse pour les sites de Dori (14,0%), Dédougou (11,8%) et Ziniaré
(61,0%). Le graphique ci-dessous présente la dynamique de l’épidémie dans les sites ruraux.
Graphique 7 : Evolution de la prévalence du VIH chez les femmes de 15 à 49 ans dans les
sites sentinelles en milieu rural de 1997 à 2006 au Burkina Faso
3,50%
3,00%
2,50%
2,00% 1,9%
1,5%
1,50% 1,4%
1,0%
1,00%
0,50%
0,00%
2003 2004 2005 2006
Kaya 3,60% 2,10% 1,90% 1,20%
Dori 1,6% 0,5% 1,2% 0,5%
Dédougou 1,2% 1,7% 2,0% 0,7%
Sindou 1,2% 0,3% 0,6% 0,9%
Manga 1,4% 1,6% 2,2%
Ziniaré 2,8% 1,0% 0,6%
Prévalence moyenne VIH 1,9% 1,5% 1,4% 1,0%
Source : Réalisé à partir du rapport du comité technique de surveillance épidémiologique, juin 2007
Toujours sur la surveillance du VIH, les données en population générale sont issues de
l’Enquête démographique et de santé, tandis que des enquêtes spécifiques et/ou ponctuelles
sont réalisées auprès de groupes de populations dits vulnérables ou spécifiques.
Les résultats de l’EDSBF-III donnent pour la population active, une prévalence moyenne du
VIH qui est de 1,8% dont 1,8% pour les femmes et 1,9% pour les hommes. Il ressort de
l’enquête que la prévalence est beaucoup plus élevée en milieu urbain (3,6%) qu’en milieu
rural (1,3%). Ces résultats ont également montré des disparités régionales, illustration à
travers la carte ci-après, en matière de prévalence de l’infection à VIH où des prévalences
élevées ont été constatées dans les régions du Centre (4,2%), du Sud-Ouest (3,7%), des
Cascades (2,4%), de la Boucle du Mouhoun (2,3%) et du Centre-Ouest (2,3%).
Des enquêtes ponctuelles sur des cibles spécifiques sont recommandées en vue de compléter
les données épidémiologiques sur les cas de Sida et des IST. Ces enquêtes sont réalisées
auprès : (i) des groupes vulnérables pour les risques de co-infection tuberculose/VIH, la
prévention de la transmission de la mère à l’enfant, etc, (ii) des groupes exposés au risque
comme les prostituées, les camionneurs, les militaires et (iii) des zones présentant un intérêt
épidémiologique.
9
Synthèse effectuée à partir des différents bilans de mise en œuvre des PNM de 2001 à 2007
Toujours en phase de mise en place depuis son démarrage timide en 2005, la notification
sentinelle des cas de sida devrait permettre une meilleure complétude des cas de sida.
Malheureusement, depuis une session de formation organisée en mai 2005 pour lancer le
processus, aucune donnée épidémiologique n’a pu être collectée à partir de cette source10.
C’est la collecte systématique et routinière des cas de sida, mais aussi des cas d’IST, par les
formations sanitaires (FS) dont le taux de complétude est de 100% pour les FS publiques et de
91% pour FS du secteur privé [MS/BF’2008]. Les données sont ensuite acheminées et
centralisées à la Direction des études et de la planification du Ministère de la santé
(DEP/Santé) après une validation par niveau : depuis les CSPS jusqu’aux différents CMA et
une centralisation par district sanitaire. Après le traitement, l’analyse au niveau central ainsi
que la validation finale avec tous les acteurs concernés, les données sont ensuite
communiquées au SP/CNLS-IST via le CMLS/Santé. Cette notification de routine se fait
selon des tranches d’âge, mais les données fournies sont le plus souvent indicatives. Bien que
systématiques, les notifications portent sur les malades ayant fréquenté les formations
sanitaires. Malheureusement, le taux de fréquentation des formations sanitaires par les
populations demeure encore bas : 34,1%, 34,1%, 38,6% et 42,60% respectivement en 2004,
2005, 2006 et 2007 [MS/BF, 2008].
10
Organisée par le CMLS/Santé en collaboration avec le SP/CNLS-IST et le Centre Muraz, avec l’appui de
certains partenaires techniques et financiers (OMS, ONUSIDA) la formation devait permettre d’engager le
système de notification sentinelle des cas de sida au sein des CHU, CHR et CTA. Mais il n’en a rien été.
7 000 40 000
36 978
6 046
6 000 35 000
26 977 30 000
5 000
25 000
4 000
17 081 20 000
3 000
15 000
9 136 1 951
2 000
10 000
957 942
1 000 5 000
10
0 0
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2002, 2003, 2004,
2005, 2006, 2007
La lecture du graphique montre une augmentation régulière (malgré les dents de scie) des
nouveaux cas jusqu’en 2002 et 2003 où les cas sont pratiquement de moitié par rapport à
l’année précédente. Malgré la faible fréquentation des formations sanitaires qui demeure l’une
des causes à cette sous notification, ce résultat a mis en exergue la nécessité de fournir
davantage d’efforts pour la notification des cas dans les structures sanitaires.
Cette sous notification, au regard des nouveaux cas de 2004, semble trouver son explication
par l’arrivée de plusieurs initiatives d’accès aux soins. Cela a eu un effet de « ruée » vers les
structures de santé. Les populations qui avaient délaissé les formations sanitaires à cause de
l’accès difficile aux soins et traitements, voire l’absence de thérapie, ont accouru grâce aux
multiples campagnes d’information sur les différentes initiatives d’aide à la prise en charge
thérapeutique. Jusque là, le recours était dirigé vers la pharmacopée et la médecine
traditionnelles, qui a défaut de trouver le remède adéquat, soulageait un tant soit peu à l’aide
Travailleuses de sexe
Orpailleurs
Routiers
Jeunes de 15 à 19 ans
EDS 2003/2004
Projet Virus
Militaires
Prisonniers
Source : Réalisée à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2002, 2003, 2004, 2005, 2006,
2007
La surveillance des cas d’IST se fait de deux façons : (i) par la notification routinière au
niveau de l’ensemble des formations sanitaires des IST telles que les ulcérations génitales, les
écoulements urétraux et vaginaux, les conjonctivites purulentes du nouveau né, etc. et (ii) par
la sérosurveillance au niveau des sites sentinelles et portant essentiellement sur la syphilis.
Graphique 9 : Situation de la notification des cas d’IST au Burkina Faso de 2001 à 2006
120000 450000
414 848
400000
100000
350000
250000
60000 218 257
200000
40000 150000
123 927
100000
20000
60 731
50000
0 0 0
2001 2002 2003 2004 2005 2006
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2002, 2003,
2004, 2005, 2006, 2007
Tableau 9 : Evolution des données de séropositivité de la syphilis dans les sites sentinelles de 2002 à
2006 au Burkina Faso
Les nombreuses sources ont permis de disposer des données sur la dynamique de l’infection à
VIH au Burkina Faso. Ces données, quelle que soit la source, montrent une stabilisation de
l’épidémie, voire une tendance à la baisse de la prévalence (7,17% en 1997, 4,2% en 2002,
1,6% en 2007). Cette performance est la résultante d’une stratégie nationale adaptée et
appropriée mise en œuvre depuis l’apparition des premiers cas de sida.
http://www.unaids.org
ONUSIDA publie un rapport biennal depuis 1998 comportant des estimations de la prévalence du VIH pays par pays. Ces
estimations sont réalisées par le Groupe de Travail ONUSIDA/OMS sur la Surveillance mondiale du VIH/SIDA et des
IST créé en 1996, en tenant compte des recommandations du Groupe de Référence d’ONUSIDA sur les Estimations, la
Modélisation et les Projections, et en collaboration avec les programmes nationaux de lutte contre le SIDA. Elles sont basées
sur les différentes sources de données disponibles.
Les rapports d’ONUSIDA sont disponibles sur http://www.unaids.org ainsi que les logiciels utilisés pour la réalisation des
estimations :
EPP (Estimation and Projection Package), pour estimer et projeter les prévalences du VIH chez les adultes à
partir de données de surveillance sentinelle, pour les pays à épidémie généralisée ou concentrée ;
Spectrum, un ensemble de modèles permettant, entre autres, de réaliser des projections démographiques (module
DemProj) ou d’estimer l’impact démographique du VIH/SIDA (module AIM) ;
Workbook Method, sous la forme d’un classeur Excel, pour réaliser des estimations de la prévalence nationale à
partir de données de surveillance pour les pays à épidémie concentrée ou à faible prévalence ;
Modes of Transmission (MoT), également sous la forme d’un classeur Excel, pour calculer des projections des
nouvelles infections à VIH selon le mode de transmission.
Entre deux rapports, ONUSIDA publie des Epidemic Update avec des estimations globales par grande région géographique.
Les méthodologies utilisées par ONUSIDA pour ses estimations évoluent en fonction des recommandations de son Groupe de
Référence sur les Estimations, la Modélisation et les Projections. Les rapports des différentes réunions de ce groupe sont
disponibles sur un site dédié : http://www.epidem.org.
http://www.census.gov/ipc/www/hivaidsn.html
Créée en 1987 par le Center for International Research (CIR) of the United States Bureau of the Census avec le support de
l’USAID, cette base rassemble l’ensemble des données de prévalence et d’incidence du VIH publiées dans des revues
internationales médicales et scientifiques ou présentées lors de conférences sur le VIH/SIDA. Pour chaque chiffre entré dans
la base de données, il est précisé l’effectif de l’échantillon, la population concernée, la tranche d’âges, la région géographique, la
date d’observation et la source de l’information. La base de données, disponible sous la forme d’une base Access, permet
d’effectuer une recherche multicritères. Il est possible d’exporter les résultats de la requête au format Excel ou texte.
Les données sont mises à jour annuellement et la dernière révision date de décembre 2006. Des tables synthétiques ainsi que des
cartes peuvent être téléchargées sur le site de la HIV/AIDS Surveillance Database. La base n’est plus téléchargeable en ligne
mais peut être commandée par courriel.
http://www.who.int/hiv/pub/epidemiology/pubfacts/en/
Publiés par l’OMS et l’ONUSIDA depuis 1997, les EFS sont une émanation du groupe ONUSIDA/OMS sur la Surveillance
Globale du VIH/SIDA et des IST. Réactualisés régulièrement, ces Fact Sheets fournissent une image synthétique de la
situation épidémique de chaque pays dans le monde et rassemblent à la fois les estimations réalisées par ONUSIDA, une
synthèse des données disponibles dans la HIV/AIDS Surveillance Database, des informations sur les services de santé
implémentés dans le pays, 13 indicateurs démographiques, 11 indicateurs socio-économiques, 9 indicateurs d’accès aux services
de santé, 10 indicateurs sur les connaissances et les comportements et des indicateurs sur les IST.
http://www.who.int/globalatlas/default.asp
La UNAIDS/WHO Global HIV/AIDS online database est un sous projet du Global Health Atlas de l’OMS. Cette base de
données reprend essentiellement les données publiées dans les Epidemiological Fact Sheets. Il est possible de réaliser ses
propres requêtes, d’exporter les résultats, mais également de réaliser des cartes interactives.
Par ailleurs, certaines cartes et tableaux synthétiques, déjà réalisés, sont directement téléchargeables.
http://www.measuredhs.com/
L’ensemble des rapports finaux de ces enquêtes en population générale est disponible en ligne Par ailleurs, les différentes
bases de données peuvent être téléchargées après en avoir fait la demande en ligne. Les principaux indicateurs calculés à partir
de ces enquêtes (un peu moins de 200) peuvent être consultés à partir d’un outil appelé STATcompiler, disponible en anglais et
en français, permettant de créer ses propres tableaux puis de les exporter au format Excel.
http://www.statcompiler.com/statcompiler/
Les données concernant le VIH/SIDA ne sont pas accessibles directement dans STATcompiler mais peuvent être consultés via
un outil équivalent, disponible via le même site : la HIV/AIDS Survey Indicators Database (voir plus bas).
Les données de STATcompiler peuvent être également cartographiées en ligne à l’aide de STATmapper :
http://statmapper.mapsherpa.com
http://www.measuredhs.com/hivdata/
Mise en ligne en mai 2002, la HIV/AIDS Survey Indicators Database a pour vocation de réunir dans une même base de
données un peu plus de 150 indicateurs comportementaux, épidémiologiques ou portant sur les connaissances relatives au
VIH/SIDA. Les indicateurs retenus ont été déterminés en fonction de guides et de besoins de l’ONUSIDA, de l’Assemblée
Générale des Nations unies réunie en session spéciale sur le VIH/SIDA (UNGASS), des Objectifs du Millénaire
(Millennium development Goals ou MDGs), du plan présidentiel américain PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS
Relief) et du Fond Mondial contre le VIH/SIDA, le Paludisme et la Tuberculose.
La base de données réunie les résultats d’environ 200 enquêtes menées dans plus de 75 pays. Il s’agit essentiellement d’EDS,
mais également de Multiple Indicator Cluster Surveys (MICS), de Reproductive Health Surveys (RHS), de Sexual
Behaviour Surveys (SBS) et de Behavioral Surveillance Surveys (BSS). La base de données est supervisée par un comité
international incluant des représentants de l’USAID (principal financeur), l’UNICEF, le CDC, l’ONUSIDA, l’OMS, le US
Bureau of the Census, FHI, MEASURE Evaluation, le Synergy Project, le US Census Bureau International Programs Center
et MEASURE DHS+.
Comme pour STATcompiler, l’utilisateur peut construire en ligne ses propres tableaux puis les exporter au format Excel.
Depuis mi-2007, des cartes au niveau national et régional des différents indicateurs peuvent être réalisées en ligne à l’aide de
HIVMapper : http://www.hivmapper.com/.
Source : In LARMARANGE J., Prévalence du VIH en Afrique : validité d’une mesure, Thèse de doctorat de l’université de Paris 5
Descartes, option démographie, Paris 2007
Dans la même dynamique, des concertations nationales et internationales ont permis de fixer
des orientations politiques en faveur d’une meilleure connaissance de l’épidémie. La réponse
nationale a connu trois principales phases couvrant respectivement les périodes 1987-1995,
1995-2001 et 2001 à nos jours.
Mais les résultats ont été modestes : diagnostics incomplets, transfusion sanguine non
contrôlée, faible implication et manque de formation des agents sanitaires, absence
d’accompagnement des associations, dépistage sérologique inexistant. Les raisons de ces
résultats ont été imputées à la faible implication des politiques, à la défaillance des conseillers
techniques dépassés par l’ampleur, à la nouveauté du problème et la mauvaise appréciation du
rôle potentiel que pouvaient jouer les associations de la société civile [FONTENEAU, 2002].
Le CSLS 2001-2005 s’articulait autour de six objectifs regroupés en quatre axes stratégiques
définis comme suit : (1) le renforcement des mesures de préventions de la transmission des
IST et VIH ; (2) le renforcement de la surveillance de l’épidémie ; (3) l’amélioration de la
qualité de la prise en charge globale des personnes infectées et affectées ; (4) l’élargissement
de la réponse et la promotion du partenariat national international et de la coordination
multisectorielle. La mise en œuvre du CSLS a été assurée à travers une planification
opérationnelle des activités, traduite annuellement dans un Plan national multisectoriel
(PNM). Les PNM font individuellement l’objet d’un bilan annuel qui est soumis à la session
ordinaire du CNLS-IST.
Dans le souci de prendre en compte le caractère multisectoriel de la lutte, cinq (5) secteurs de
mise en œuvre ont été identifiés dans le cadre stratégique 2006 – 2010 avec des attributions
spécifiques. Il s’agit : 1) du secteur ministériel comprenant d’une part le Ministère de la Santé
et d’autre part les autres ministères et institutions ; 2) du secteur communautaire représenté
par les associations, les ONG, les communautés coutumières et religieuses ; 3) du secteur
privé (entreprises, sociétés) ; 4) du secteur décentralisé (provinces) ; 5) du secteur de la
coordination nationale.
Le budget du CSLS 2001-2005 corrigé s’élève à 70,65 milliards de F.CFA. Les actions de
plaidoyer réalisées par le SP/CNLS-IST pour la mobilisation des ressources en faveur de la
lutte contre le VIH/Sida et les IST ont permis de disposer davantage de moyens financiers
auprès des partenaires. L'engagement de ceux-ci s'est traduit par la mise en place de diverses
initiatives, de projets et programmes et autres appuis institutionnels. Il a été enregistré sur la
période un accroissement de 170% du nombre de partenaires techniques et financiers
impliqués dans la lutte contre le VIH/Sida et les IST. Quant aux ressources mobilisées, elles
sont passées de 3,6 milliards de francs CFA en 2001 à 14,8 milliards en 2003 pour atteindre
21,8 milliards en 2005. Le cumul des ressources se chiffre par contre en fin 2005 à 64,1
milliards de FCFA pour la période 2001-2005, ce qui représente un taux de mobilisation de
90,7%. Le taux d’absorption des fonds mobilisés est estimé à 83,92%.
Suite à la rédaction du bilan global de la mise en œuvre du CSLS 2001-2005, il se dégage une
appréciation positive du fait de sa contribution à la baisse de la séroprévalence et à
l’amélioration de la prise en charge des personnes infectées par le VIH ainsi que la pertinence
de son contenu (cadre avec les objectifs mondiaux dans le domaine de la réponse contre les
IST et le VIH/SIDA). Cependant, l’impact limité sur la prise en charge des PVVIH
(notamment la décentralisation effective des soins), l’absence d’un plan de communication, la
faible fonctionnalité de certaines structures mise en place (notamment les structures
décentralisées de coordination de la lutte contre les IST et le VIH/SIDA), la faible
capitalisation et systématisation de la production de données factuelles sur la réponse
nationale et l’absence de consensus sur les modalités d’allocation et de répartition des
ressources financières ont constitué les éléments limitant le succès de la mise en œuvre du
CSLS 2001-2005. Une nouvelle stratégie sera adoptée après cette période.
La nouvelle stratégie de lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2006-2010, résulte d’un long
processus participatif partant de l’évaluation du précédent Cadre stratégique à la définition
des orientations stratégiques pour la période 2006-2010. Il s’est agi de :
la prise en compte des recommandations de l’évaluation à mi-parcours du Cadre
stratégique de lutte contre le VIH/SIDA 2001-2005 (CSLS),
la formulation de l’avant projet de Cadre stratégique de lutte contre le VIH/SIDA et
les IST 2006-2010 (CSLS) : cette étape de formulation de l’avant projet a consisté en
la mise en place d’un groupe de travail pour l’élaboration du CSLS 2006-2010
composé de six comités techniques sectoriels et trois comités de rédaction, puis
l’organisation de réunions et ateliers périodiques en vue d’assurer un meilleur cadrage
des axes stratégiques et des secteurs d’intervention conformément aux besoins de la
lutte contre le VIH/SIDA et les IST. Ainsi, les comités techniques sectoriels ont été
mis en place respectivement pour le secteur ministériel santé, le secteur des ministères
autres que celui de la santé, le secteur communautaire, le secteur privé, le secteur
décentralisé et le secteur de la coordination nationale. Chaque comité technique
sectoriel a travaillé avec l’appui des partenaires techniques et financiers et a pu ainsi
orienter les actions prioritaires pour 2006-2010. L’organisation d’un atelier de
consensus, du 12 au 13 avril 2005 a permis d’adopter les conclusions formulées par les
travaux de réflexion et d’orientation. Les rapports des travaux des comités techniques
sectoriels ont été soumis aux comités multisectoriels de rédaction qui devaient les
consolider et proposer les premiers drafts du document de cadre stratégique. Les drafs
successifs ont fait l’objet de restitutions d’étapes au groupe de travail composé des
représentants du monde associatif et communautaire, des institutions et ministères, de
la société civile, des organisations coutumières et religieuses et des partenaires
techniques et financiers
le processus de validation de l’avant projet du Cadre stratégique de lutte contre le
VIH/SIDA et les IST 2006-2010, s’est déroulé ainsi qu’il suit :
Le CSLS 2006-2010 a défini cinq (5) axes stratégiques qui constituent les grandes lignes
d’orientations des interventions de la réponse nationale pour la période considérée au Burkina
Faso. Ces axes identifiés sont (1) le renforcement des mesures de prévention de la
transmission du VIH/SIDA et des IST et promotion du conseil dépistage volontaire, (2) le
renforcement de l’accès aux soins et à la prise en charge médicale et communautaire des
PVVIH, (3) le renforcement de la protection et du soutien aux PVVIH et personnes affectées
par le VIH/SIDA et autres groupes spécifiques, (4) le renforcement du partenariat, de la
coordination et de la mobilisation des ressources et (5) le renforcement de la surveillance de
l’épidémie, du suivi évaluation et promotion de la recherche.
Le CSLS 2006-2010 s’intègre dans le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) et
ses objectifs s’inscrivent dans la perspective des objectifs du millénaire pour le
développement (OMD) et des objectifs du nouveau partenariat pour le développement de
l’Afrique (NEPAD). Il est harmonisé avec le cycle budgétaire du Gouvernement, d’autant
plus qu’environ 80% des ressources allouées à la réponse au VIH sont inscrites dans le budget
national, toutes sources confondues. Par ailleurs, le Programme national de développement
sanitaire (PNDS) 2001-2010 qui s’inscrit dans le CSLP constitue aussi un dispositif
stratégique d’appui à la lutte contre le VIH/SIDA et les IST (objectif intermédiaire 4).
Le CSLS 2006-2010 est chiffré et budgétisé et dont les ressources nécessaires pour la lutte
contre le VIH/SIDA et les IST s’élèvent à 119 848 849 692 F.CFA. La répartition du budget
par axe stratégique et par année est présentée dans le tableau ci-après :
La contribution des PTF à la mise en œuvre du CSLS 2006-2010 a été matérialisée par la
tenue de la table ronde des bailleurs de fonds le 03 juillet 2006. Lors de ces assises, les
partenaires techniques et financiers ont annoncé chacun leur contribution pour la mise en
œuvre du CSLS 2006-2010. Certains ont donné des indications sur la nature et les modalités
de leurs interventions, les conditionnalités ainsi que les domaines concernés. D’autres ont pris
l’engagement d’apporter des ressources supplémentaires pour soutenir le Gouvernement,
Au 31 décembre 2007, la situation des annonces de contributions s’est située à 108,9 milliards
de FCFA soit 90,89% du coût global du Cadre stratégique de lutte contre le VIH/SIDA et les
IST
Les différents partenaires techniques et financiers impliqués dans le financement n’ont pas de
zone d’intervention spécifique, exception faite des coopérations techniques belge (CTB),
allemande (GTZ), des Bas-Pays (AES/Burkina) et de la BAD à travers le Projet d’appui à la
lutte contre le VIH/SIDA (PALS/BAD) dont les zones d’intervention sont les suivantes :
- CTB : la région du plateau central avec trois provinces
- GTZ : les régions du Sud-Ouest et de l’Est
- PALS/BAD : les régions de la Boucle du Mouhoun, des Hauts-Bassins, du Sud-Ouest,
du Centre Ouest
- AES : les provinces du Samnatenga, du Bam, du Zoundwéogo et celles des Balés.
Le dispositif mis en place pour la période 2006-2010 connaît une constante amélioration et
une adaptation pour répondre aux besoins de l’approche multisectorielle et de la spécificité
des acteurs et de certains secteurs. En effet, le Cadre stratégique de lutte contre le sida et les
IST est passé de quatre (4) axes pour celle de 2001-2005 à cinq (5) axes pour l’actuel. On a
noté également l’apparition d’un autre sous secteur qui est celui de l’action sociale dans le
nouveau Cadre stratégique. En rappel, le Cadre stratégique 2006-2010 a été adopté le 27
juillet 2005 et s’accompagne pour la première fois d’un Plan opérationnel qui définit les
actions prioritaires et constitue le référentiel pour l’élaboration des Plans nationaux
multisectoriels dont la périodicité est annuelle. La structure centrale de coordination qui
définit la politique et les orientations nationales pour la lutte contre les IST et le VIH/SIDA
demeure le Conseil national de lutte contre le SIDA et les IST (CNLS-IST) qui a également
Les interventions en matière de lutte contre les IST et le VIH/SIDA sont mises en œuvre par
des structures regroupées en trois (3) catégories que sont : (i) les structures centrales de
coordination, (ii) les structures décentralisées de coordination et (iii) les structures
d’exécution.
Elles se composent du Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA et les
IST (SP/CNLS-IST) et des structures de coordination des partenaires techniques et financiers.
Outre la structure centrale, les structures décentralisées de coordination ont connu pour
certaines une opérationnalisation et pour d’autres un renforcement par l’augmentation de leur
nombre afin d’améliorer la couverture des entités territoriales. Ce sont :
Au niveau des structures d’exécution, une forte dynamique a été observée au niveau des
secteurs ministériels avec de plus en plus de ministères qui élaborent des plans d’actions après
un processus d’analyse de la situation et de la réponse au VIH. Les structures d’exécution sont
représentées par :
celles du sous-secteur de la santé représentées par les Directions centrales du
Ministère de la santé, les Centres hospitaliers universitaires (CHU) et régionaux
(CHR), les Directions régionales de la santé (DRS), les Districts sanitaires (DS),
les structures sanitaires et pharmacies privées, les projets/programmes
spécifiques, les CM, les CMA, les CSPS ;
celles du sous-secteur de l’action sociale représentée par les Directions centrales
du Ministère de l’action sociale et de la solidarité nationale, les Directions
régionales et provinciales de l’action sociale et de la solidarité nationale ;
celles du sous-secteur des institutions et des ministères autres que ceux de la
santé et de l’action sociale représentées par les cellules relais;
celles du secteur privé et des entreprises représentées par les cellules relais ;
celles du secteur communautaire qui comprennent les associations/ ONG locales,
les communautés coutumières, les communautés religieuses et les Organisations
à Base Communautaire avec une couverture du territoire plus ou moins variable,
CNLS-IST
Partenaires techniques
et financiers
Structures de coordination
SP/CNLS-IST
CPLS
Projets/Programmes
Application des
stratégies et politiques
Structures d’exécutionS
CCLS/CCRLS
Structures d’exécution
Echanges et concertations
Coordination sectorielle
Coordination nationale
Directives et Orientations
Bilan de mise en
œuvre du PNM
Il existe un flux d’informations utiles et actualisées entre les partenaires. La session annuelle
du CNLS-IST, présidée par le Chef de l’Etat, offre un cadre approprié pour partager et
discuter les données du suivi évaluation. Les rapports issus des réunions hebdomadaires du
Secrétariat permanent du CNLS-IST sont disponibles au sein de l’Unité de suivi évaluation et
permettent aux partenaires de suivre régulièrement l’évolution des activités de tous les
secteurs. Le Comité technique de programmation et de suivi (CTPS), le Comité de pilotage du
Fonds commun et les structures de coordination des Partenaires techniques et financiers
(GT/ONUSIDA, GT, Groupe conjoint des Nations unies sur le VIH/SIDA…) permettent
également la circulation des informations entre les acteurs de terrain et les partenaires
techniques et financiers. Le niveau de fonctionnalité de certains de ces cadres reste cependant
à améliorer dans le sens de la régularité de leur tenue et du suivi des recommandations.
Dans le domaine de la prévention, plusieurs stratégies ont été développées et exécutées par les
institutions nationales, les partenaires, les ONG, les associations/ OBC à travers la mise en
œuvre d’actions spécifiques. Pour les cinq prochaines années, la principale priorité sera la
valorisation des approches positives pour le changement de comportement.
La mise en œuvre des actions de renforcement de la protection des personnes vivant avec le
VIH se fera à travers le renforcement de la prise en charge psychosociale, économique et
spirituelle des personnes vivant avec le VIH et des personnes affectées dans les formations
sanitaires et au niveau des organisations à base communautaire, le renforcement du soutien
psychologique, spirituel, social et économique aux groupes vulnérables et spécifiques, la
promotion des activités génératrices de revenus et le renforcement de la lutte contre les
pratiques de stigmatisation et de discrimination envers les personnes infectées et affectées.
Les actions en matière de coordination devront s’articuler autour du plaidoyer pour une plus
grande implication des partenaires techniques et financiers nationaux et internationaux, du
renforcement de la capacité organisationnelle et institutionnelle des structures impliquées
dans la lutte contre le VIH/SIDA et les IST, du renforcement de la coordination
multisectorielle des acteurs et partenaires de la lutte contre le VIH/SIDA et les IST, du
renforcement de la coopération régionale et internationale, du renforcement et capitalisation
du partenariat national, du renforcement du plaidoyer pour la mobilisation des ressources en
faveur de la lutte contre le VIH/SIDA et les IST.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 100
exemple du Burkina Faso
Tableau 14 : Feuille de route en matière d’appui
Domaine d’intervention Interventions clés
prioritaire 2006 2007 2008 2009 2010
Coordination et de mobilisation des ressources financières
9% des projet et 13% des projet et 17% des projet et 21% des projet et
programmes de programmes de programmes de programmes de
développement ont développement ont développement ont développement ont
défini des stratégies défini des stratégies défini des stratégies défini des stratégies
Il est défini et mis en
d’intégration ou de d’intégration ou de d’intégration ou de d’intégration ou de
œuvre un plan national de
renforcement de la renforcement de la renforcement de la renforcement de la
sensibilisation et
composante VIH/SIDA composante VIH/SIDA composante VIH/SIDA composante VIH/SIDA
Plaidoyer pour une plus d’information des
90% des partenaires 95% des partenaires 100% des partenaires 100% des partenaires
grande implication des partenaires techniques et
financiers nationaux financiers nationaux financiers nationaux financiers nationaux
partenaires techniques et financiers, nationaux et
établissent un plan de établissent un plan de établissent un plan de établissent un plan de
financiers, nationaux et internationaux
contribution financière à contribution financière à contribution financière contribution financière
internationaux Elaboration et mise en
la lutte contre le SIDA la lutte contre le SIDA à la lutte contre le à la lutte contre le
place d’un système
90% des partenaires 95% des partenaires SIDA SIDA
harmonisé de gestion des
financiers nationaux financiers nationaux 100% des partenaires 100% des partenaires
financements
financent les aspects financent les aspects financiers nationaux financiers nationaux
décentralisés de la lutte décentralisés de la lutte financent les aspects financent les aspects
contre le SIDA contre le SIDA décentralisés de la lutte décentralisés de la lutte
contre le SIDA contre le SIDA
Chaque structure
impliquée dans la lutte
contre le VIH/SIDA a
Renforcement des défini un plan de
capacités renforcement institutionnel
499 structures 665 structures 665 structures 665 structures
organisationnelles et (formation, équipements,
bénéficient d’un bénéficient d’un bénéficient d’un bénéficient d’un
institutionnelles des ressources humaines)
renforcement renforcement renforcement renforcement
structures impliquées Un mécanisme de suivi
institutionnel institutionnel institutionnel institutionnel
dans la lutte contre le évaluation fonctionnel est
VIH/SIDA mis en place et fonctionnel
399 structures bénéficient
d’un renforcement
institutionnel ;
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 101
exemple du Burkina Faso
Domaine d’intervention Interventions clés
prioritaire 2006 2007 2008 2009 2010
Renforcement de la Il est établi un Il est établi un Il est établi un Il est établi un Il est établi un
coordination chronogramme annuel de chronogramme annuel de chronogramme annuel de chronogramme annuel chronogramme annuel
multisectorielle des concertation des différents concertation des concertation des de concertation des de concertation des
acteurs et des partenaires acteurs aux différents différents acteurs aux différents acteurs aux différents acteurs aux différents acteurs aux
de la lutte contre le niveaux de la lutte différents niveaux de la différents niveaux de la différents niveaux de la différents niveaux de la
VIH/SIDA (national, régional, lutte (national, régional, lutte (national, régional, lutte (national, lutte (national,
provincial) provincial) provincial) régional, provincial) régional, provincial)
Un plan de renforcement 5 antennes régionales du 13 antennes régionales 13 antennes régionales 13 antennes régionales
du SP /CNLS est établi SP/CNLS sont mises en du SP/CNLS sont du SP/CNLS sont du SP/CNLS sont
avec un échéancier place fonctionnelles fonctionnelles fonctionnelles
8 antennes régionales du
SP/CNLS sont mises en
place
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 102
exemple du Burkina Faso
Domaine d’intervention Interventions clés
prioritaire 2006 2007 2008 2009 2010
Développement des ressources et des infrastructures
- construire 1 CSPS dans - Construire 1 CSPS - construire 1 CSPS dans - -construire 1 CSPS - -construire 1 CSPS
un rayon de 10 km dans dans un rayon de 10 un rayon de 10 km dans dans un rayon de 10 dans un rayon de 10
les zones à fiable densité km dans les zones à les zones à faible densité km dans les zones à km dans les zones à
démographique et faible densité démographique et faible densité faible densité
étendue démographique et étendue démographique et démographique et
- construire un CSPS pour étendue -construire un CSPS étendue étendue
10000 habitants dans les - Construire un CSPS pour 10000 habitants -construire un CSPS -construire un CSPS
zones à forte densité pour 10000 habitants dans les zones à forte pour 10000 habitants pour 10000 habitants
(zone urbaine) dans les zones à forte densité (zone urbaine) dans les zones à forte dans les zones à forte
- Formation de 30 densité (zone urbaine) - Formation de 30 densité (zone urbaine) densité (zone urbaine)
médecins - Formation de 30 médecins - Formation de 30 - Formation de 30
- Formation de 800 médecins - Formation de 800 médecins médecins
infirmiers - Formation de 800 infirmiers - Formation de 800 - Formation de 800
- Formation de 15 infirmiers -Formation de 15 infirmiers infirmiers
Dans le domaine de la pharmaciens - Formation de 15 pharmaciens -Formation de 15 -Formation de 15
santé - Transformation 9 pharmaciens - Transformation de 7 pharmaciens pharmaciens
dispensaires isolés en - Transformation 8 dispensaires isolés en - Transformation 6 - Transformation de 4
CSPS dispensaires isolés en CSPS dispensaires isolés en dispensaires isolés en
- Transformation 2 CSPS - Transformation de 1 CSPS CSPS
maternités isolées en - Transformation de 2 maternité isolée en CSPS - Transformation de 1 - Transformation de 1
CSPS maternités isolées en - Construire 13 dépôts maternité isolée en maternité isolée en
- Construire 5 dépôts CSPS MEG CSPS CSPS
MEG - Construire 8 dépôts - construire 1 hôpital - Construire 17 dépôts - Construire 25 dépôts
- Construire 1 hôpital MEG - renforcer les différents MEG MEG
- Renforcer les différents - construire 2 hôpitaux niveaux du système de - renforcer les - construire 1 hôpital
niveaux du système de - renforcer les différents santé en fonction de différents niveaux du - renforcer les
santé en fonction de niveaux du système de leurs besoins spécifiques système de santé en différents niveaux du
leurs besoins spécifiques santé en fonction de fonction de leurs système de santé en
leurs besoins besoins spécifiques fonction de leurs
spécifiques besoins spécifiques
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 103
exemple du Burkina Faso
Domaine d’intervention Interventions clés
prioritaire 2006 2007 2008 2009 2010
Développement des ressources et des infrastructures
- Construction de 264 - Construction de 282 - Construction de 301 - Construction de 321 - Construction de343
écoles primaires et 88 écoles primaires et 94 écoles primaires et 100 écoles primaires et écoles primaires et
écoles secondaires écoles secondaires écoles secondaires 107 écoles 114 écoles
Dans le domaine de
- Réhabilitation de 113 - Réhabilitation de 121 - Réhabilitation de 129 secondaires secondaires
l’éducation
écoles primaires et 38 écoles primaires et 40 écoles primaires et 43 - Réhabilitation de 138 - Réhabilitation de 147
écoles secondaires écoles secondaires écoles secondaires écoles primaires et écoles primaires et
46 écoles secondaires 49 écoles secondaires
- Formation de 160 agents - Formation de 160 - Formation de 160 - Formation de 160 - Formation de 160
sociaux agents sociaux agents sociaux agents sociaux agents sociaux
- Mettre à la disposition - Rendre fonctionnels - Rendre fonctionnels - Rendre fonctionnels - Rendre fonctionnels
des régions 13 les comités de prise en les comités de prise en les comités de prise les comités de prise
psychologues charge des OEV en charge des OEV en en charge des OEV en charge des OEV
Dans le domaine de
- Mettre en place des raison de 13 pour le raison de 13 pour le en raison de 13 pour en raison de 13 pour
l’action sociale
comités de prise en niveau régional et 45 niveau régional et 45 le niveau régional et le niveau régional et
charge des OEV en au niveau provincial au niveau provincial 45 au niveau 45 au niveau
raison de 13 pour le provincial provincial
niveau régional et 45 au
niveau provincial
Source : SP/CNLS-IST/BF : document de base pour la consultation nationale de l’accès universel pour la prévention, le traitement, la prise en charge et l’appui dans le cadre
de la lutte contre le sida, janvier 2006
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 104
exemple du Burkina Faso
Quelles que soient les sources, les données sont concordantes sur l’état de l’épidémie au
Burkina Faso : le pays est en situation d’épidémie généralisée (séroprévalence régulièrement
supérieure à 1%). Le plaidoyer pour la mobilisation des ressources et le rôle de leadership du
Burkina Faso dans la sous-région ont fortement contribué à un afflux massif des financements
à partir de 2001 pour ensuite régresser entre 2005 et 2006. En effet, il est constaté une
régression des capacités de mobilisation des ressources financières de l’ordre de 15 points
(115,1% en 2006 contre 131,3% en 2005) [ONUSIDA, 2007 a].
Néanmoins, depuis la déclaration officielle des premiers cas de VIH/SIDA, et surtout à partir
de la décennie 2000, de nombreux acteurs, sous la coordination du SP/CNLS-IST, se sont
investis pour faire de la lutte contre la pandémie, une réalité au Burkina Faso. L’aspect
médical de la prise en charge du VIH/SIDA a été couplé avec des actions communautaires
d’envergure. Les acteurs sur le terrain se sont diversifiés et la couverture géographique des
actions a été étendue à tout le pays.
Photo 1 : Le SP/CNLS-IST
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 105
exemple du Burkina Faso
CONCLUSION PARTIELLE
Au regard des données validées par les institutions telles que ONUSIDA ou OMS et qui sont
périodiquement diffusées, le Burkina Faso a connu pendant de longues années, une épidémie
à VIH généralisée, c’est-à-dire marquée par des prévalence régulièrement supérieures à 1%. Il
a fallu attendre la décennie 2000 et la mise en œuvre d’une riposte d’envergure au niveau
national, à travers l’approche multisectorielle et un engagement au plus haut niveau de l’Etat,
pour noter une inflexion significative de la prévalence. Ainsi, de 7,17% en 1997, la
prévalence moyenne a connu une baisse régulière jusqu’en 2003 ; elle se stabilise par la suite
(à partir de 2005) et pour 2007, la prévalence du VIH au Burkina Faso est de 1,6%.
Toutefois, « l’arbre ne doit pas cacher la forêt », car cette baisse notable de la prévalence
s’accompagne d’un nombre toujours élevé de personnes vivant avec le VIH et traduit une
mortalité due au sida en hausse. Cette situation pourrait être le reflet d’une situation peu
reluisante de la prise en charge thérapeutique, dont l’accessibilité aux thérapies antiretrovirale
reste limitée à un grand nombre de personnes vivant avec le VIH. Ces limites sont les
résultantes d’une offre nationale de soins et de traitements dont les logiques de répartition,
suivent le modèle de la décentralisation administrative. L’implication des organisations
communautaires et associatives de base a permis de rendre disponibles les soins et traitements
aux plus indigents, à travers une prise en charge globale, allant au-delà de l’aspect médical.
De plus, par rapport à la prise en charge thérapeutique du sida, la mise en œuvre de plusieurs
initiatives et aides au traitement a contribué à insuffler au système de santé en général et à
l’offre de soins en particulier, un dynamisme, un nouveau départ dont les retombées positives
ont profité à toute l’organisation du système de soins au Burkina Faso.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 106
exemple du Burkina Faso
DEUXIÈME PARTIE
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 107
exemple du Burkina Faso
CHAPITRE 4 : LE SYSTEME DE SANTE ET L’OFFRE NATIONALE DE
SOINS
Le système de santé du Burkina Faso est de type pyramidal avec une offre publique de soins à
plateau technique variable suivant le niveau et un sous secteur sanitaire privé, faiblement
développé, évoluant aux cotés d’une offre publique de soins qui se densifie au fil des années
pour répondre aux besoins.
L’initiative de Bamako (IB), les réformes macroéconomiques et les grandes réformes ont
largement contribué à modifier le système de santé et l’offre de soins. La description du
système de santé porte sur trois aspects : les réformes intervenues, la politique sanitaire et son
évolution dans le temps et enfin l’organisation du système de soins.
Une réforme peut être définie comme un changement approprié et durable afin d’améliorer
l’efficience, l’équité et l’efficacité du secteur de la santé [Berman’1995]. Les réformes du
système de santé sont intervenues dans un contexte national marqué par une rareté structurelle
de ressources et par une paupérisation grandissante des populations. Le processus de
décentralisation du secteur de la santé évolue dans le même sens que celui de la
décentralisation administrative. De plus, ces réformes s’organisent alors que chacun
s’interroge sur la baisse continue de l’utilisation des services de santé par les populations.
A partir de 1990, le système de santé a connu de nouvelles réformes avec des options précises
en matière de décentralisation afin d’assurer une plus grande implication des communautés.
La mise en œuvre de l’Initiative de Bamako a entraîné: i) l’application du recouvrement des
coûts à tous les niveaux de la pyramide sanitaire, ii) un effort de rationalisation des soins au
niveau des centres de santé et, iii) une plus grande implication des communautés dans la
gestion des soins, à travers les comités de gestion des Centres de santé et de promotion sociale
(CSPS) et les conseils de santé des districts. L’initiative de Bamako, n’ayant pas été
accompagnée de mesures adéquates pour la prise en charge des indigents ni de systèmes de
partages des risques, s’est souvent traduite par une réduction de l’accessibilité financière.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 108
exemple du Burkina Faso
Pour faire face aux difficultés d’approvisionnement du secteur public et à la faveur de la
politique de médicaments essentiels adoptée par le gouvernement, une Centrale d’achat des
médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (CAMEG) a été mise en
place en 1993.
Malgré les réformes entreprises, les résultats globaux du système de santé burkinabé
demeurent modestes : 159ème dans le classement de l'OMS13. C’est pourquoi, suite aux états
généraux de la santé (1999), une Politique sanitaire nationale (PSN) a été adoptée en 2000 et
un Plan national de développement sanitaire (PNDS) en 2001. Le but de la PSN est de
contribuer au bien-être des populations sur la base des principes de la santé pour tous.
C’est à partir des années quatre-vingt dix que les réformes, initiées depuis 1978, ont connu un
renforcement autour des domaines institutionnels des soins de santé et de la pharmacie. Les
principales réformes portent sur i) la mise en place d’un système de santé de district, ii) la
réforme du secteur hospitalier, iii) la libéralisation du système, et iv) la politique
d’approvisionnement en médicaments essentiels.
Depuis 1992, le Burkina Faso a décidé de la mise en place de 53 districts sanitaires puis 63 en
2007, mettant ainsi en œuvre les recommandations de la conférence de Harare en 1987. La
création des districts s’est basée sur trois types de critères relativement classiques: couverture
d’une population comprise entre 150 000 et 200 000 habitants, existence d’un réseau de CSPS
aux rayons d’action compris entre 10 et 12 km, une capacité d’appui administratif et
communautaire dans la gestion et l’assurance de la qualité des services.
13
OMS, Rapport sur la santé dans le monde, 2000 (Annexe tableau 9)
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 109
exemple du Burkina Faso
Le processus de décentralisation date en fait de l’adoption des soins de santé primaire (SSP)
en 1978. La décentralisation n’est toutefois devenue effective qu’à travers la relance des SSP
en 1992 par l’intermédiaire de l’adoption de l’Initiative de Bamako [Ministère de la
santé’1992]. Le processus et les éléments de cette décentralisation sont les suivants :
la mise en place d’infrastructures adéquates comprenant : un hôpital de district, un
réseau de CSPS, un service de laboratoire, un équipement technique approprié au
niveau de l’hôpital et des CSPS. La mise en place d’un dépôt pharmaceutique
disposant de Médicaments essentiels sous leurs noms génériques (MEG) ;
le renforcement des compétences techniques des structures périphériques du système
de santé ;
l’autonomie de gestion des formations sanitaires et du district en tant qu’entité
décentralisée du système de santé. Le district ainsi que chaque formation sanitaire
(CSPS, CMA, CHR, CHN) gère, chaque entité en ce qui la concerne, les ressources
financières provenant de la tarification des prestations et de la vente des MEG ;
l’appui technique conséquent à travers les 11 régions sanitaires mises en place en
1996.
Pour concrétiser son engagement, l’État alloue depuis 1998 des ressources financières aux
districts sanitaires. Divers textes législatifs et réglementaires ont été produits pour faciliter la
mise en œuvre du processus. Ces textes portent sur le fonctionnement du district sanitaire,
celui de formations sanitaires et les structures et procédures de gestion. Par ailleurs, les
collectivités locales (provinces et communes) peuvent créer ou acquérir « des établissements
dans le domaine de la santé » [BF’1998] ou encore construire et gérer des CSPS.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 110
exemple du Burkina Faso
Le recouvrement des coûts par un système de vente des médicaments essentiels et de
tarification des actes est en lien avec l’autonomie de gestion accordée désormais aux
formations sanitaires. A la suite d’un processus de sensibilisation de la population de l’aire de
santé, chaque formation sanitaire met en place un comité de gestion de six à sept membres. La
population est majoritaire au sein de ce comité et le personnel de santé de la formation
sanitaire y joue un rôle de conseil technique.
Malgré l’importance des ressources utilisées, la qualité des prestations de soins en milieu
hospitalier demeure faible. Voilà pourquoi, la réforme hospitalière a été mise en œuvre. La
réforme hospitalière, engagée en 1997, avait pour objectif d’améliorer la performance des
hôpitaux nationaux (universitaires) et régionaux. La loi hospitalière n°035-2002/AN du 26
novembre 2002 leur conférait l’autonomie financière et administrative en les régissant en
Établissements publics de santé.
Les actions mises en place portaient sur : (1) l’amélioration du plateau technique, (2) le
renforcement du nombre des agents et de leurs compétences, (3) l’organisation des soins, (4)
l’amélioration de la qualité des prestations (accueil, propreté etc.).
La redéfinition du rôle des services de soins de base a nécessité, en outre, la révision de celui
de l’hôpital. Théoriquement, l’hôpital continue de participer à l’offre des soins de santé
primaire, mais en réalité les prestations hospitalières sont concentrées sur les cas graves
référés des autres structures. Le volet suivi et supervision des autres structures de niveau
inférieur est quasiment oublié surtout dans les centres hospitaliers régionaux et les hôpitaux
universitaires. Par ailleurs on a accordé une importance particulière à l’autonomie de gestion
des structures.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 111
exemple du Burkina Faso
4.1.3. Libéralisation du système sanitaire
La libéralisation du secteur sanitaire a connu un essor important à partir des années 1990. Le
nombre de certaines infrastructures privées comme, par exemple, les officines et dépôts
pharmaceutiques, les laboratoires et les cliniques de soins a presque triplé (entre 1980 et
1999). Cet accroissement concerne surtout les zones urbaines comme Ouagadougou et Bobo-
Dioulasso, qui regroupent près de 75% de l’ensemble des infrastructures de soins du secteur
privé, contre 25% pour les autres centres urbains et semi urbains [MS/BF, 2007].
Ce développement du secteur privé s’est réalisé sans aucun contrôle du Gouvernement. Son
essor considérable ces dernières années provient très certainement du fait de la piètre qualité
des soins offerts dans le secteur public, de l’introduction de la tarification des actes et de la
vente des médicaments dans ce même secteur et enfin, de l’extension de la pratique privée des
agents de l’État.
L’ensemble du secteur a été longtemps dominé par le secteur public pharmaceutique créant
ainsi, jusqu’aux années 90, un quasi-monopole des grossistes publics. Les mesures de
privatisation partielles de la Société nationale d'approvisionnement pharmaceutique
(SONAPHARM) en 1993 ont contribué à inverser la tendance. De plus, la mise en place de
la centrale d’achat des médicaments essentiels et génériques (CAMEG) en 1992 et l’adoption
de la politique des médicaments essentiels par le gouvernement en 1994, ont permis de
renforcer le secteur public.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 112
exemple du Burkina Faso
4.2 La politique sanitaire
L’évolution de la politique sanitaire du pays a été marquée par trois grandes périodes : de
l’époque coloniale aux années 1980 ; de 1980 à 1992 et, enfin, de 1992 à nos jours. Une seule
et même volonté caractérisait les différentes périodes : réduire les inégalités de santé sur le
territoire national.
De la période coloniale aux années 1980 : le premier « Plan-Cadre » voit le jour en 1960 ; il
organise les grandes lignes de la politique sanitaire [Meunier’1999]. Cette période est
caractérisée par la détermination des pouvoirs publics à lutter contre les grandes maladies
endémiques comme la variole, la lèpre, l’onchocercose, la trypanosomiase et les maladies à
potentiel épidémique tels le choléra, la méningite, la fièvre jaune, etc. [Ministère de la santé
publique’1971]. Cette politique sanitaire se fonde sur la promotion de mesures préventives et
promotionnelles. La spécificité de cette politique réside dans le fait qu’elle fait porter la
responsabilité des états de santé par l’État et ses démembrements (les collectivités locales, les
mairies et autres entités administratives définies). La politique sanitaire repose sur des
structures publiques de soins. Les services sont, de surcroît, fournis « gratuitement » à la
population.
La période qui va de 1980 à 1992 est marquée par une politique basée sur les soins de santé
primaires. Cette politique sanitaire met l’accent, tout en réduisant les coûts d’accès aux soins,
sur le rapprochement de l’offre de services de santé des populations rurales. De nombreux
investissements ont été réalisés afin d’étendre les services sanitaires curatifs et préventifs
jusqu’au niveau des villages. La priorité a été donnée à la réduction des inégalités
géographiques et sociales en matière de santé : entre populations urbaines et populations
rurales, entre « riches » et « pauvres », entre hommes et femmes.
Les maladies parasitaires comme le paludisme, les maladies diarrhéiques, les plaies et
traumatismes courants, les accouchements et les évacuations sanitaires étaient également
parties prenantes des politiques sanitaires. Cette époque a connu le début de nouvelles
prestations comme la planification familiale notamment à partir de 1984 alors qu’elle était
jusque là interdite par une loi coloniale de 1920. C’est également au cours de cette période
qu’un programme élargi de vaccination a été mis en place. Il en est de même de l’effort de
collaboration entre médecine moderne et traditionnelle, officiellement affirmée par les
décideurs au niveau national, régional et périphérique. On note également au cours de cette
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 113
exemple du Burkina Faso
période une prise de conscience élevée de la population et des divers membres de la
communauté sur les problèmes de santé. En effet les grandes campagnes sanitaires de cette
époque comme la « vaccination commando », le programme « un village = un poste de santé
primaire14 » ont été rendues possibles par la mobilisation d’importantes ressources des
partenaires nationaux et internationaux, des divers secteurs et celles de la communauté.
Cependant, aucune évaluation précise n’a encore été faite de ces campagnes très ciblées.
Depuis 1992, la politique sanitaire se caractérise par une volonté réaffirmée de rendre le soin
accessible à toute la population, riche comme pauvre, en milieu urbain et rural. Cela s’est
notamment concrétisé par l’adhésion à la politique de l’Initiative de Bamako qui fut conçue
comme une politique « de renforcement des soins de santé primaires », selon le titre du
document de référence du ministère de la santé » [Ministère de la santé’1992]. Le concept de
santé maternelle et infantile fait place à celui de santé reproductive dont le contenu est
beaucoup plus large.
Les innovations sont plus à rechercher dans les aspects organisationnels que dans le contenu
et la nature des soins à offrir. C’est à cette période que commence la mise en place des
districts sanitaires, la promotion de points de vente de médicaments essentiels au sein des
structures sanitaires, la réforme hospitalière et la collaboration avec la médecine
traditionnelle. Les priorités d’interventions restent toutefois la lutte contre les endémo-
épidémies avec une place de plus en plus grande accordée aux problèmes en émergence tels le
VIH/sida ou la persistance de pratiques néfastes comme l’excision.
14
Un village = un poste de santé primaire (PSP), a permis la mise en place de 6932 PSP en
1987
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 114
exemple du Burkina Faso
- Le niveau périphérique est composé de 6315 districts sanitaires dont les équipes cadres
gèrent les services de santé de base.
15
Les districts sanitaires qui étaient au nombre de 55 sont passés à 63 selon le nouveau
découpage sanitaire réalisé en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 115
exemple du Burkina Faso
Carte 9 : Carte sanitaire du Burkina Faso (découpage en 55 districts sanitaires)
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 116
exemple du Burkina Faso
4.3.1 Le système sanitaire public
L’organisation du système sanitaire tient ses fondements du système sanitaire colonial dont
l’objectif principal était essentiellement de maintenir la main d’œuvre indigène en bonne
santé. Le système de santé s’appuyait sur trois principaux services : le service des troupes
coloniales, celui des établissements hospitaliers et, enfin, celui de la police sanitaire.
De 1960 à 1979, le système national de santé était organisé en dix (10) secteurs médicaux
centrés sur les départements administratifs de l’époque. Ils offraient des soins curatifs et
préventifs à travers des formations sanitaires fixes et, dans le cadre de la lutte contre les
grandes endémies, des équipes mobiles de dépistage, de traitement et de vaccination. Cette
organisation porte encore les marques du système colonial qui accorde une place aux
campagnes de masse; tout en gardant les priorités de l’approche hospitalo-centrique.
De 1980 à 1992, avec dix directions départementales, l’organisation du système de santé était
calquée sur l’organisation administrative; le souci était de rapprocher au maximum les
services de santé des populations. L’organigramme du secteur public a beaucoup varié au gré
des changements sociopolitiques que le pays a connus. Mais pour l’essentiel on note,
aujourd’hui, trois niveaux de responsabilités :
Le niveau central, par l’entremise du Cabinet du Ministre, est chargé de l’application
de la politique nationale de santé définie par le gouvernement. Le ministre est assisté
par un secrétariat général qui assure la coordination administrative et technique des
services.
Le niveau intermédiaire est constitué par les Directions régionales de la santé (DRS).
Elles sont au nombre de treize (13), et constituent des relais entre le niveau central et
les districts sanitaires. La Direction régionale de la santé a pour mission de mettre en
œuvre la politique du gouvernement dans les régions sanitaires en collaboration avec
les directions centrales et les équipes cadres de districts.
Le niveau périphérique est représenté par le district sanitaire, l'entité opérationnelle la
plus décentralisée du système national de santé. Il est administré par une équipe cadre
de district (ECD) chargée de la planification des soins cliniques, de la supervision, de
la gestion et de la recherche en santé.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 117
exemple du Burkina Faso
Figure 3 : Organisation du secteur public
Niveau
central
Niveau
Directions régionales (13) intermédiaire Centres hospitaliers régionaux (9)
Source : Réalisée à partir des données recueillies du document de politique sanitaire nationale
Les structures publiques de soins sont organisées en quatre niveaux : (i) les centres de santé et
de promotion sociale (CSPS), les dispensaires et maternités isolés sont les premiers contacts
entre les services et la population, (ii) les centres médicaux (CM) et les centres médicaux avec
antenne chirurgicale (CMA) sont le premier niveau de référence, (iii) les centres hospitaliers
régionaux (CHR) sont le deuxième niveau de référence, et (iv) les centres hospitaliers
universitaires (CHU) sont le troisième niveau de référence. Le Service de Santé des Forces
Armées Nationales, l’Office de santé des travailleurs et la Caisse nationale de sécurité sociale
contribuent à l’offre de soins dans leurs propres institutions.
Le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) est le niveau de soins le plus périphérique
avec une capacité de 6 lits pour l’observation de malades. Une telle structure est considérée
fonctionnelle si elle dispose d’un effectif de trois agents conforme aux normes de personnel et
offre le paquet minimum d'activités (PMA) défini pour le CSPS.
Le Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) constitue le premier niveau de référence
pour les formations sanitaires périphériques. Il a une capacité d'hospitalisation de 40 à 60 lits.
En plus des activités dévolues au niveau CSPS ; le CMA doit assurer la prise en charge des
urgences médicochirurgicales comme les césariennes, les cures de hernies, les interventions
pour grossesses extra-utérines et les appendicectomies.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 118
exemple du Burkina Faso
Le Centre Hospitalier Régional (CHR) est le troisième niveau de soins. Avec une capacité
d'hospitalisation de 140 lits environ, il comprend plusieurs services et sert de référence et de
recours aux centres médicaux (CM), aux centres médicaux avec antenne chirurgicale (CMA)
et aux centres de santé et de promotion sociale (CSPS). Il n’existe pas de normes en personnel
pour ces structures et les plateaux techniques existants sont très inégaux à cause du déficit en
personnel spécialisé et en équipements.
Tableau 15 : Evolution des infrastructures et des ressources humaines en santé de 2004 à 2007
Offres de soins 2004 2005 2006 2007
Infrastructures
Effectif CHR/CHU 12 12 12 12
Effectif CMA 41 41 42 42
Effectif CM 42 35 26 33
Effectif de CSPS 1 148 1 172 1 211 1 268
Effectif Dispensaires isolés 67 83 173 164
Effectif Maternités isolées 16 23 18 21
Rayon moyen d'action théorique (kilomètre) 8 8 8 8
Proportion des CSPS respectant les normes en 76
personnel (%) 76 77 75
Ratio habitants par CSPS 11 082 10 079 9 946 9 876
Ratio habitants par CM/CMA 216 082 186 681 205 069 191 074
Ressources humaines
Effectif d'AIS 1 202 ND 1 319 1 490
Effectif IB 1 735 ND 1 575 1 934
Effectif IDE 1 984 ND 1 695 2 338
Effectif Médecins 359 ND 249 441
Effectif Chirurgiens Dentistes 30 ND 50 38
Effectif sage femme / maïeuticien d’état 504 ND 456 604
Effectif Pharmaciens 35 ND 51 58
Pour des soins plus spécialisés dépassant les capacités existantes au niveau national, certains
malades sont évacués vers d’autres pays comme Abidjan, Paris etc. A ce secteur public, il faut
ajouter le service de santé des forces armées qui offrent des soins de premiers niveaux et des
services de référence aux militaires et leurs familles.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 119
exemple du Burkina Faso
Bien que prédominante, l’action des structures publiques de santé est complétée par des
acteurs privés à tous les échelons de la pyramide sanitaire. Longtemps marginale, la place de
ces acteurs devient importante par l’arrivée sur le marché de professionnels qui n’ont plus de
destin naturel dans la fonction publique, du fait des contraintes budgétaires [Adsp’ 2000]. La
médecine traditionnelle16 présente depuis toujours côtoie des structures privées de type
infirmier à l’origine et de plus en plus médical actuellement.
Au regard des textes en vigueur et à l’exception des dépôts de médicaments pour lesquels une
dérogation est possible, la pratique dans le secteur sanitaire privé est réservée aux
professionnels de la santé. Cependant, il existe de plus en plus d’établissements sanitaires
gérés par des associations et des organisations non gouvernementales (ONG). Les structures
privées de soins sont beaucoup plus présentes en milieu urbain et semi-urbain. Cette pratique
privée est très répandue parmi les agents de l’État. Les rares formations existant en milieu
rural sont des centres gérés le plus souvent par des associations ou des organismes religieux.
16
Le Burkina Faso a reconnu l’importance de la médecine traditionnelle par la loi
n°23/94/ADP du19/05/94 portant code de la santé publique
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 120
exemple du Burkina Faso
A côté du secteur public, existe un secteur privé qui est passé de 19 structures en 1985 à 340
en 2007. Ce secteur comprend les cliniques privées à but lucratif, les institutions de soins
relevant d’associations et d’ONG à but non lucratif. Selon le rapport d’analyse des résultats
du recensement des établissements privés de soins réalisé en 2007 [Ministère de la
Santé’2007], les formations sanitaires privées emploient 1789 agents permanents toutes
catégories confondues soit une moyenne de 5,26 agents par établissement privé de soins. Le
personnel technique de santé représente 60,26% et est en majorité constitué d’infirmiers. Le
nombre de médecins spécialistes est sensiblement égal au nombre d’établissements offrant des
prestations de spécialités. Les vacataires sont au nombre de 915, avec une prédominance des
médecins spécialistes. Le nombre élevé de vacataires surtout au niveau des médecins
spécialistes (431) suppose qu’un professionnel est vacataire dans plusieurs établissements à la
fois. A l’image des établissements privés de soins, le personnel est aussi concentré dans les
régions du Centre et des Hauts Bassins. Le personnel médecin est quasiment rare dans les
autres régions. 53,82% des établissements privés de soins offrent des consultations de
médecine générale : ce sont essentiellement les polycliniques, les cliniques, les centres
médicaux et les cabinets médicaux. Cependant certains établissements privés (Cabinet de
soins infirmiers, CSPS, Cliniques d’accouchement) offrent une consultation de médecine
générale alors qu’ils ne le devraient pas conformément aux textes en vigueur.
Le secteur pharmaceutique privé compte actuellement environ 115 officines et au moins trois
grossistes. Par ailleurs, la médecine et la pharmacopée traditionnelles sont reconnues depuis
1994 dans le code de la santé publique et jouent un rôle important, notamment en zone rurale.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 121
exemple du Burkina Faso
4.3.3 Le sous secteur traditionnel
La couverture des besoins sanitaires des populations était assurée, avant la colonisation, par la
médecine et la pharmacopée traditionnelle. Le colonisateur n’était pas en mesure d’aller à
l’encontre des tradipraticiens. Il cherchait également à exploiter les plantes médicinales
locales. Cette logique s’est poursuivie après l’indépendance. Malgré leur popularité, la
médecine et la pharmacopée traditionnelles ont fait l’objet de mesures restrictives et elles sont
juste tolérées par le code de la santé de 1970. C’est à partir de cette date cependant, que les
organismes internationaux ont manifesté un intérêt particulier : la création en 1978 de
l’Institut de recherche sur les substances naturelles (IRSN) et certaines mesures prises sous la
révolution ont renforcé la promotion de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles.
Ainsi un service chargé de la recherche pharmaceutique a été créé à cet effet au niveau du
Ministère de la Santé, et le gouvernement a encouragé et facilité l’organisation des
tradipraticiens en associations provinciales.
Pour soutenir le système de santé en général, le Burkina a consacré 202,1 milliards de F.CFA
en 2005 dans le domaine de la santé contre 164,1 milliards de F.CFA en 2004. Ces ressources
proviennent essentiellement du secteur public (23,9% (y compris les dépenses de sida), du
secteur privé (3,1%), des ménages (37,4%), des institutions sans but lucratif au service des
ménages (0,1%), des partenaires techniques et financiers (35,0%). Les dépenses de la santé
hors celles allouées à la réponse au sida s’élèvent à 178,0 milliards de F.CFA.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 123
exemple du Burkina Faso
Tableau 17 : Evolution de la structure de la dépense nationale de santé par source de financement de
2003 à 2005 (en millions de F.CFA)
L’analyse des dépenses hors celles allouées à la réponse au sida révèle qu’elles ont été
allouées principalement au profit des pharmacies pour l’achat des biens médicaux (32,2%), de
l’administration générale de la santé et de l’assurance maladie (24,7%), des hôpitaux (13,8%),
de la santé publique et des programmes de prévention (18,5%), des soins ambulatoires (7,1%),
des institutions de recherche et d’enseignement (2,2%) et des prestataires non spécifiés
(1,5%). Le tableau ci-après présente l’évolution des dépenses en pourcentage par rapport aux
prestataires de 2003 à 2005.
De l’étude des comptes nationaux de la santé pour les années 2003, 2004 et 2005, il ressort
que les dépenses des agents du Ministère de la santé, émargeant au budget de l’Etat ont
augmenté au fil des années. En effet, les dépenses sont passées successivement de 10,7
milliards FCFA en 2003 à 12,6 milliards en 2005 ; ce qui représente un taux d’accroissement
de 18,1%.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 124
exemple du Burkina Faso
Plusieurs institutions assurent l’achat de services en matière de santé. Les différentes sources
sont représentées dans le tableau ci-après (Tableau 19).
C’est donc au centre d’une offre de soins en proie à (i) une faible utilisation des services, (ii)
des ressources humaines nécessitant un recyclage et meilleure répartition, (iii) des surenchères
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 125
exemple du Burkina Faso
de l’acte médical ce qui limite l’accessibilité aux plus démunis, c’est dans ce contexte
qu’interviennent les soins et traitements du sida dont la mise en œuvre nécessite la
collaboration et la mobilisation de tous les acteurs et à tous les niveaux de la pyramide.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 126
exemple du Burkina Faso
CHAPITRE 5 : L’OFFRE NATIONALE DE SOINS LIES A L’INFECTION DU
VIH
La prise en charge du sida, plus particulièrement les soins médicaux aux personnes vivant
avec le VIH (PvVIH), est l’un des éléments clés de la riposte internationale à la pandémie.
Toutes les formations sanitaires, suivant le besoin de soins de la population générale ou de la
personne infectée, participent à l’offre de soins des PvVIH. On a souvent parlé d’un
continuum de la trilogie « conseil, dépistage, soins ». Dans le cadre de la réponse à l’infection
du VIH, la prévention est partie intégrante de l’offre de soins dans la prise en charge
thérapeutique. Les débats ont souvent « mis en balance » la prévention et la prise en charge,
apparaissant comme concurrentes dans l’allocation des ressources. Or comme le souligne A.
Desclaux, « cette opposition n’a pas de sens dans une stratégie de réponse au VIH »
[Desclaux’2001].
L’infection à VIH conduit pour la grande majorité des personnes séropositives non-traitées à
une déficience immunitaire croissante. Les infections opportunistes (IO) apparaissent en
présence d’un système immunitaire affaibli et déterminent de manière essentielle la morbidité
et la mortalité des personnes souffrant d’une infection à VIH. En ce qui concerne ces
infections opportunistes, il ne s’agit pas, dans la plupart des cas, d’infections nouvelles, mais
de réactivation d’infections latentes déjà présentes. Plus l’infection à VIH progresse, et moins
le système immunitaire est en mesure de tenir en échec ces «infections latentes» [Forum Med
Suisse’2001]
Le suivi et la prévention adéquate des infections opportunistes ont un impact positif sur la
morbidité (diminution de la fréquence et de la sévérité des infections). La généralisation de
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 127
exemple du Burkina Faso
l’accès aux médicaments pour ces infections, tels que les molécules antituberculeuses et le
cotrimoxazole, est une intervention coût-efficace17 et une composante obligatoire des soins du
sida. Il faut cependant souligner que la thérapie antirétrovirale est en elle-même la meilleure
prophylaxie contre les infections opportunistes. L’élargissement des traitements
antirétroviraux réduira progressivement la nécessité du recours aux autres médicaments contre
les infections opportunistes [France diplomatie’2008].
Développée au début des années 2001 au Burkina Faso, grâce à la mise à contribution des
structures communautaires, la prophylaxie des infections opportunistes est systématique pour
toute personne sous ARV. Impulsée par les différentes initiatives à partir de 2003, elle s’est
renforcée au fil des années permettant la prise en charge successive de 9.701cas en 2004,
13.616 cas en 2005 et 30.113 cas en 2006. Pour l’année 2006, la prophylaxie a couvert toute
la file active des personnes vivant avec le VIH et bénéficiant de soins ARV.
Selon l’OMS, la prise en charge thérapeutique consiste à fournir des soins de santé complets
aux personnes vivant avec le VIH. En conséquence, elle suppose l’extension de l’accès au
traitement et de proposer aux patients un diagnostic précoce, un traitement adapté incluant les
ARV pour ceux dont l’état de santé le nécessite, une prophylaxie et un traitement des
infections opportunistes, des soins infirmiers incluant l’hygiène, la nutrition, les soins
palliatifs, l’aide à l’observance au traitement et des soins à domicile. Elle s’impose comme un
droit des personnes infectées et affectées par le VIH. Elle comporte plusieurs maillons
destinés à atténuer la vulnérabilité des individus vivant avec le VIH et les communautés, et
contribue à contrôler les impacts sur les individus, les familles et les systèmes institutionnels
et sociaux. Cette prise en charge induit les implications suivantes :
- une continuité de la prise en charge entre le système de santé et la communauté
(familles, associations, OBC, secteurs traditionnel et confessionnel) ;
- un renforcement des capacités des services de santé ;
- une prise en compte des dimensions socioéconomiques de la prise en charge ;
- une décentralisation des activités et une extension de l’accès au traitement ;
17
La prise en charge des IO est une intervention coût-efficace pour la prévention du VIH en
ce sens que le traitement des IO rend la prévention du VIH plus efficace et cette dernière
réduit les coûts liés au traitement
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 128
exemple du Burkina Faso
- une approche interdisciplinaire de la prise en charge ;
- une meilleure implication des PVVIH dans la prise en charge ;
- une promotion et une dissémination des bonnes pratiques de prise en charge.
Au Burkina Faso, avant 1999, il n’existait que quelques cas isolés de personnes vivant avec le
VIH sous thérapie antirétrovirale. Les ARV étaient alors importés par des officines privées ou
arrivaient sous forme de dons des particuliers (amis, parents, etc.). En mars 1999, un atelier
national de consensus a permis de sélectionner les molécules pour la bithérapie, mais, il a
fallu attendre 2003 après l’adoption des normes et de prise en charge de l’infection à VIH,
pour constater le démarrage officiel à travers la sélection des ARV (première et deuxième
ligne) qui ont été commandés par le Comité ministériel de lutte contre le sida et les IST du
Ministère de la santé.
Graphique 10 : Evolution des patients (enfants, adultes) sous ARV de 2003 à 2007
20000
18000 17263
16000
14000 12842
12000
10000
8136
8000
6000
3867
4000
1514
2000 420 534 649
0
2003 2004 2005 2006 2007
Source : Synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2003, 2004, 2005, 2006, 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 129
exemple du Burkina Faso
Le graphique ci-dessus montre une progression constante du nombre de personnes sous
thérapie antirétrovirale. En effet, le nombre de personnes sous ARV a été multiplié par 11 de
2003 à 2007. Les personnes sous thérapie antirétrovirale sont prises en charge par des
structures publiques et privées de soins, disséminées sur l’ensemble du territoire.
a : en 2005
b : en 2006
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 130
exemple du Burkina Faso
c : en 2007
Le nombre de personnes bénéficiant d’une thérapie antirétrovirale n’a cessé de croître sur
l’ensemble du territoire, passant d’un petit millier de personnes (1 514) en 2003
essentiellement à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, à 18 000 personnes (enfants et adultes)
en 2007, inégalement réparti dans 43 provinces sur les 45 que compte le pays.
Malheureusement de 2003 et 2004, les données consolidées de prise en charge thérapeutiques
ne sont pas désagrégées par province pour permettre une spatialisation. Aussi, la répartition
spatiale du nombre de personnes sous thérapie antirétrovirale a seulement pris en compte les
données à partir de 2005 (Carte 10 a, b, c).
La qualité de plus en plus grande du rapportage des données sur la prise en charge
thérapeutique par les ARV nous permet de réaliser la carte de la situation de la TAV pour
l’année 2007 (Carte 11). Sur cette carte, on constate que si la prise en charge des adultes
concerne 43 provinces sur 45, la prise en charge par la thérapie pédiatrique n’est effective que
dans 8 provinces réparties comme suit dans les régions :
Graphique 11 : Situation de la prise charge par les ARV pédiatriques par province
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 131
exemple du Burkina Faso
363
221
40
12 5 6 1 1
t ga
dé
rgo
u ue go ou
n lan um
èm Ho dio uh da So ten
ulki zou Ka Mo Ou Ya
n
Bo Ga
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 132
exemple du Burkina Faso
Carte 11 : Situation de la prise en charge des enfants et des adultes en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 133
exemple du Burkina Faso
5.1.3. Les examens biologiques
Au niveau des examens biologiques nécessaires au suivi médical des PVVIH, l’offre est
disparate selon que l’on est dans des grandes villes comme Ouagadougou et Bobo Dioulasso
ou dans les campagnes et autres villes moyennes.
Dans les premiers cas, les Hôpitaux nationaux offrent une gamme assez large d’examens à
disponibilité variable ponctuée par les ruptures en réactifs, tandis que l’offre privée (à travers
les laboratoires) existe mais est peu accessible financièrement. Dans les villes moyennes et les
campagnes, les examens biologiques sont pratiquement peu disponibles, obligeant les PVVIH
à parcourir des distances très grandes, souvent au prix de leur santé, pour réaliser leurs
examens.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 134
exemple du Burkina Faso
Carte 12 : Disponibilité des services de laboratoires VIH/SIDA au Burkina Faso en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 135
exemple du Burkina Faso
Pour le cas spécifique des laboratoires disposant de compteurs CD4, le nombre est passé
respectivement de 13 en 2005 à 39 en 2007.
Tableau 20 : Situation des laboratoires équipés en compteurs pour la numération des CD4 en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 136
exemple du Burkina Faso
Yako CMA Yako Cyflow 2006
Ziniaré CMA Ziniaré Cyflow 2006
Plateau Central Boussé CMA Boussé Facscount 2006 3
Zorgho CMA Zorgho Facscount 2006
Dori CHR Dori Facscount 2006
Sahel 2
Djibo CMA Djibo Facscount 2006
Sud Ouest Gaoua CHR Gaoua Facscount 2005 1
Source : CMLS/Ministère de la santé, 2007
Elle contribue grandement à la prise en charge des PVVIH aussi bien en ville qu’en campagne
et se retrouve dans le circuit de soins de la plupart des PVVIH. Bien qu’elle soit importante,
elle reste difficilement quantifiable du fait de l’inorganisation du secteur et de l’insuffisance
de collaboration avec les structures modernes de soins. Outre les pratiques non documentées
réalisées par les tradipraticiens communautaires, il existe depuis l’année 2000 une expérience
à l’unité de Phytothérapie du Centre Médical Saint Camille (CMSC) en collaboration avec la
Direction de la promotion de la médecine traditionnelle. C’est un travail scientifique qui vise
le suivi clinique et biologique des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) traitées par la
Médecine traditionnelle, dont l’objectif général est de « contribuer à l’amélioration de la prise
en charge des PVVIH par une meilleure implication de la Médecine traditionnelle ».
Dans le domaine du suivi clinique et biologique, 200 patients VIH positifs ont été enregistrés
au centre médical Saint Camille au compte de l’unité de phytothérapie parmi lesquels, six
patients ont été perdus de vue. En revanche, aucun décès n’a été enregistré et seulement
quatre patients ont été mis sous ARV portant le nombre total à 11 ayant passé à la trithérapie
(7 étaient déjà passés sous ARV en 2006). On note par ailleurs qu’entre 2006 et 2007, six
patients ont connu une chute de leur taux de CD4 au premier contrôle après trois mois de
phytothérapie avec une remontée après six mois de traitement. Treize patients sont restés
stationnaires du point de vu de l’évolution de leur taux de CD4 et 160 patients ont connu une
ascension régulière et significative du taux de leur CD4. En conclusion sur le plan clinique et
biologique la majorité des patients présente une amélioration quant à leurs paramètres
cliniques et biologiques.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 137
exemple du Burkina Faso
Dans le domaine de l’encadrement des tradipraticiens impliqués dans la lutte contre le
VIH/SIDA, au cours de cette année 18 ont été encadrés du point de vue de la formation et de
la production des recettes. Quatre autres présentant un intérêt sont en cours de sélection.
En ce qui concerne le recensement des plantes à risque d’interaction négative avec les ARV,
douze (12) plantes ont été recensées comme pouvant être à risque d’interaction négative avec
les ARV. Une brochure sur ces plantes à l’intention des cliniciens est disponible.
L’ensemble des services disponibles est offert dans le circuit traditionnel de soins ou dans le
cadre des soins à domicile ou encore en soins ambulatoires. Si les soins ambulatoires sont
presque exclusivement offerts par les structures de soins, par contre les soins à domicile sont
plus exécutés par les structures communautaires impliquées dans la prise en charge des
PVVIH.
Tableau 21 : Paquet minimum d’activités (PMA) des structures pour la prise en charge médicale
Niveau Activités
Formations sanitaires publiques
Dépistage, diagnostic clinique
Suivi des malades
1. CSPS VAD
Traitement syndromique des IST et affections opportunistes
Référence pour le diagnostic biologique et les traitements
Dépistage – diagnostic – suivi clinique – traitement des infections
opportunistes (tuberculose, candidose, zona, herpès, parasitoses,
digestives)
2. CM/CMA
Diagnostic biologique du VIH et des infections opportunistes
Surveillance clinique du traitement avec les ARV
Référence pour prise en charge spécialisée si nécessaire
Dépistage – diagnostic – suivi clinique – traitement des infections
opportunistes (salmonelloses, isosporose, cryptosporidiose,
microporidiose, traitement présomptif de la toxoplasmose + infections
citées pour le CMA)
3. CHR Diagnostic biologique du VIH et des infections opportunistes
Traitement par les ARV et suivi
Prophylaxie en cas d'exposition aux risques de transmission du VIH
Référence pour prise en charge spécialisée si nécessaire
Diagnostic – traitement des infections opportunistes – suivi clinique et
biologique
4. CHU
Diagnostic biologique du VIH et des infections opportunistes.
Traitement par les ARV et suivi
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 138
exemple du Burkina Faso
Prophylaxie en cas d'exposition aux risques de transmission du VIH
Formations sanitaires privées
Counselling
VAD (visite à domicile)
Accompagnement, soutien psychosocial
1. Communautaire
Dépistage dans les CDVC
Hygiène et alimentation
Prise en charge de la fin de vie
2. Cabinets de soins infirmiers Idem CSPS
3. Cabinets médicaux Idem CM, CMA mais prise en charge ambulatoire
4. Clinique et polyclinique
Consultation externe
Laboratoire + Idem CHR et CHU en fonction des compétences et du matériel
disponible
Hospitalisation
Plusieurs spécialités
NB. La correspondance établie entre les structures publiques et privées ne concerne que les activités.
Plusieurs structures publiques et privées offrent des services de prise en charge médicale.
Leur évolution spatio-temporelle est illustrée par les cartes 13 a, 13 b, 13 c, 13 d, et 13 e,
représentées ci-après.
L’organisation de la prise en charge par les ARV a connu une importante progression aussi
bien au niveau de la qualité des soins que du nombre de structures impliquées depuis le
lancement en octobre 2003 du processus d’introduction des ARV dans le paquet thérapeutique
des formations sanitaires et la mise à disposition des outils de régulation et de standardisation
de la prise en charge médicale. Cette augmentation des structures est le fait de plusieurs
initiatives, au moins une trentaine, dont les principales ont été les suivantes : Initiative PPTE,
Ensemble pour une solidarité thérapeutique hospitalière en réseau (ESTHER), Banque
mondiale (MAP et TAP), Croix rouge française, Fonds mondial de lutte contre le sida, la
tuberculose et le paludisme, Medecins sans frontière, Société TAN ALIZ, Banque africaine de
développement (Projet de renforcement des services de santé et Projet d’appui à la lutte contre
le sida), Don Brésilien, Don Belge.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 139
exemple du Burkina Faso
Cartes 13 : Evolution par province des structures de prise en charge par les ARV de 2003 à 2007
Carte 13 a : en 2003
Carte 13 b : en 2004
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 140
exemple du Burkina Faso
Carte 13 c : en 2005
Carte 13 d : en 2006
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 141
exemple du Burkina Faso
Carte 13 e : en 2007
La revue documentaire et les entretiens effectués auprès des responsables des services techniques font
remonter la prise en charge officielle au Burkina Faso par les ARV en 2000, avec l’ouverture du
Centre de traitement ambulatoire (CTA) par l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida
(OPALS) en partenariat avec la Croix-Rouge française, à Ouagadougou en septembre 2000. L’effort
du Gouvernement ne sera effectif qu’en 2002 [SP/CNLS-IST’2003] à travers l’initiative des ressources
PPTE dont le Burkina est bénéficiaire. Ces ressources ont permis d’impliquer le CHU-YO, le CHU-SS
et cinq centres hospitaliers régionaux.
A partir de 2003 et avec l’impulsion des différentes initiatives, les TARV seront dispensés dans neuf
de structures de soins publiques ; en 2007, on en dénombre soixante six (66). Le tableau ci-après
illustre l’évolution de l’implication des structures publiques dans la prise en charge par les ARV de
2003 à 2007.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 142
exemple du Burkina Faso
Tableau 22: Evolution des structures soins publiques impliquées dans la prise en charge par les ARV
de 2003 à 2007
Régions sanitaires
Structures/Sites de PEC 2003 2004 2005 2006 2007
CHR Dédougou
CMA Nouna
CMA Boromo
Boucle du Mouhoun
CMA Solenzo
CMA Tougan
CMA Toma
CHR Banfora
Cascades
CMA Sindou
CHUYO Médecine C
CHU YO Dermatologie
CHUP CDG
CHU YO Pédiatrie
CHU YO Pneumologie
HDJ Ouaga
Centre CMA Kossodo
CMA Pissy
CMA sect 30
Camp S. Lamizana
Clinique OST
CNLAT
CM Présidence
CHR Tenkodogo
CMA Koupéla
Centre Est CMA Ouargaye
CMA Garango
CMA Zabré
CHR Kaya
CMA Kongoussi
Centre Nord
CMA Barsalogo
CMA Boulsa
CHR Koudougou
CMA Nanoro
Centre Ouest
CMA Léo
CMA Réo
CMA Manga
CMA Po
Centre Sud
CMA Kombissiri
CMA Saponé
CHR Fada
CMA Bogandé
Est
CMA Diapaga
CMA Pama
CHU SS HDJ
CHU SS
CMA District 15 Bobo
CMA District 22 Bobo
Hauts Bassins
CMA Houndé
CMA Dandé
CMA Orodara
Clinique OST
CHR Ouahigouya
CMA Yako
Nord CMA Gourcy
CMA Seguenega
CMA Titao
Plateau central CMA Ziniaré
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 143
exemple du Burkina Faso
CMA Zorgho
CMA Boussé
CHR Dori
Sahel CMA Djibo
CMA Gorom-Gorom
CHR Gaoua
CMA Batié
Sud Ouest
CMA Diébougou
CMA Dano
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2003, 2004, 2005, 2006, 2007
L’implication des structures privées18 de soins dans la prise en charge des personnes affectées
et infectées par le VIH a contribué à impulser une réelle dynamique dans l’offre de service et
dans la décentralisation des prestations. A travers le dépistage proposé à l’ensemble de la
population, et les services divers qu’elles offrent aux personnes vivant avec le VIH, les
structures privées de soins constituent un maillon important dans l’offre de soins, et
notamment pour la prise en charge médicale des PVVIH au Burkina Faso.
L’arrivée des premières initiatives de prise en charge qui ont subventionné les TARV ont
permis à certaines structures d’apporter un soutien aux structures étatiques d’offre de soins
liés à l’infection du VIH. Le nombre de structures privées de soins est passé de 5 en 2003 à 13
en 2007. Le tableau ci-dessous présente l’implication des structures privées dans la prise en
charge par les ARV de 2003 à 2007.
Tableau 23 : Evolution des structures de soins privées impliquées dans la prise en charge par les ARV
de 2003 à 2007
18
Sont prises en compte les structures associatives communautaires, les structures
confessionnelles et les cliniques privées.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 144
exemple du Burkina Faso
5.3. L’approvisionnement en médicaments
La mise en place de ces financements additionnels n’a pas toujours été accompagnée
d’évaluations préalables permettant de révéler la complexité du cycle d’approvisionnement et
tout particulièrement de certains de ses éléments clés : estimation des besoins, capacité et
conditions de stockage, notamment dans les centres de prise en charge, logistique de
distribution, suivi des commandes fournisseurs, contrôle de qualité et rétro information de la
périphérie vers le niveau central décisionnel. Il résulte de cette situation, parfois au niveau
central mais surtout à la périphérie, dans les centres de prises en charge, des niveaux de stocks
mal corrélés aux besoins, entraînant soit des ruptures de stocks soit la péremption de surstocks
pouvant conduire à l’interruption des traitements, avec comme corollaire, le risque sous-
jacent d’apparition de pharmaco résistance [UNICEF’2008].
Deux circuits d’approvisionnement coexistent au Burkina Faso, à savoir le circuit privé tenu
par des grossistes privés (officines et pharmacies) et celui public représenté par la Centrale
d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG) avec ses quatre agences. La
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 145
exemple du Burkina Faso
distribution au public se fait par l’entremise des Dépôts répartiteurs des districts, des Dépôts
MEG des formations sanitaires. En ce qui concerne les ARV, ils sont presque exclusivement
délivrés par la CAMEG qui a dû adapter son système de gestion (basé sur les grossistes) à la
vente des ARV directement au client.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 146
exemple du Burkina Faso
Carte 14 : Couverture territoriale des agences de la CAMEG
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 147
exemple du Burkina Faso
Lorsque la CAMEG a décidé en 1999 de distribuer les ARV au Burkina Faso sur demande du
Ministère de la santé, le coût moyen mensuel de la trithérapie variait entre 500 000 FCFA et
600 000 FCFA dans le secteur privé. Des négociations avec certaines firmes pharmaceutiques
ont abouti à une réduction très sensible des prix allant de 60% et 80%, depuis mai 2001. Ces
produits étaient vendus au prix coûtant aux malades sans marge bénéficiaire.
Tableau 24. Evolution du coût mensuel de vente des traitements les plus prescrits en valeur absolue
Zidovudine + 250 184 82 080 40 000 40 000 32 635 27 420 25 085 20 300
Lamivudine +
Efavirenz
Zidovudine + 310 497 89 215 53 488 53 488 46 123 39 665 37 630 35 345
Lamivudine +
Indinavir
Lamivudine + 279 374 53 450 31 458 31 072 27 242 22 572 21 044 17 670
Stavudine +
Efavirenz
A la faveur des initiatives (Initiative PPTE, ESTHER, Banque Mondiale (MAP et TAP),
Croix Rouge Française, Fonds mondial de lutte contre la tuberculose, le sida et le paludisme,
Médecins Sans Frontière, Société TAN ALIZ, Banque africaine de développement (Projet de
renforcement des services de santé et Projet d’appui à la lutte contre le sida), Don Brésilien,
Don Belge, etc.) survenues en fin octobre 2003, le prix de participation des patients à
l’acquisition des ARV a été fixé à 5000 FCFA. Depuis le 1er décembre 2007, lors de la
commémoration de la Journée mondiale sida, le prix d’achat des ARV est passé de 5000
FCFA à 1500. Cette décision a été entérinée par arrêté n°2008-034/MS/CAB du 09 avril
2008, portant fixation des prix de cession des ARV aux personnes vivant avec le VIH au
Burkina Faso pour traitement, quelque soit le protocole thérapeutique. Toutefois, les ARV
sont donnés gratuitement aux personnes qui sont déclarées indigentes, soit environ 80% des
PvVIH ayant besoin de traitement [SP/CNLS-IST’2008].
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 148
exemple du Burkina Faso
5.4 Les portes d’entrée dans la prise en charge médicale
Il s’agit d’un certain nombre de maladies ou de situations qui constituent des opportunités
pour l’enrôlement des patients dans le circuit de prise en charge médicale. Ce sont :
5.4.1. La tuberculose
Au cours des dix dernières années, les cas de tuberculose ont plus que triplé dans bon nombre
de pays, notamment dans les milieux à forte prévalence du VIH. Environ 35 % des personnes
souffrant de tuberculose sont en même temps infectées par le VIH. La co-infection
tuberculose-VIH est devenue le principal facteur de propagation de l’épidémie de tuberculose
dans la région africaine. Chez les personnes vivant avec le VIH, le virus favorise l’évolution
de la tuberculose active, en cas d’infection latente ou récente due à Mycobacterium
tuberculosis. Sur le plan pathologique, la tuberculose accélère la survenue du sida chez les
personnes vivant avec le VIH et constitue une maladie révélatrice de l’infection à VIH. À ce
jour, plusieurs essais randomisés ont établi l’efficacité des interventions conjointes pour
réduire l’incidence de la tuberculose et la mortalité due à cette maladie chez les PvVIH. Le
recours au traitement prophylactique à base de cotrimoxazole et d’isoniazide et la prise en
charge des infections opportunistes ont permis de réduire la morbidité et la mortalité chez les
PvVIH. La thérapie antirétrovirale, de son côté, a permis de réduire l’incidence de la
tuberculose de plus de 80 % chez les PVVIH [OMS’2007].
Au Burkina Faso, selon les données recueillies en 1995, lors d’une étude réalisée au Centre
régional de lutte anti-tuberculeuse (CRLAT) de Bobo-Dioulasso, 35% des malades
tuberculeux étaient co-infectés TB/VIH. En 2003, une étude réalisée au CRLAT de
Ouagadougou a montré un taux de séroprévalence VIH chez les tuberculeux de 25,9%.
[SP/CNLS-IST’2004]
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 149
exemple du Burkina Faso
de la qualité de ce réseau est régulièrement réalisé par le Laboratoire national de référence
(LNR) et les examens sont jugés fiables.
Le nombre de patients atteints de tuberculose bénéficiant d’un dépistage du VIH est passé de
23% en 2006 à 49% en 2007 ; 83% des tuberculeux co-infectés sont sous prophylaxie au
cotrimoxazole.
Concernant l’implication des communautés, depuis l’année 2005, onze (11) structures
associatives de coordination régionales appuient 352 associations de mise en œuvre à travers
deux composantes : prévention (171 associations d’IEC/CCC, 21 associations de
tradipraticiens et 20 associations d’anciens et de nouveaux malades) et prise en charge
communautaire (20 associations de PECC de la TB et 120 associations de PECC des PVVIH).
De 2005 à 2007, les prestataires communautaires ont sensibilisé environ 925 000 personnes,
apporté un soutien psycho-social à 3294 malades de la TB et référé 4593 cas suspects de TB
vers les CDT.
Sans mesure de prévention, 30 à 35% des enfants de mères séropositives contractent le virus à
la naissance [UNICEF, 2005]. Les TARV peuvent pourtant réduire le taux de transmission du
VIH de la mère à l’enfant pendant la grossesse, le travail et l’accouchement. C’est le but de la
prévention de la transmission mère-enfant (PTME) qui à travers les différentes composantes
(counselling, dépistage volontaire, thérapie antirétrovirale, etc.) qu’elle offre, permet de
sauver plusieurs milliers de vies chaque année.
Trois types d’approches ont été utilisés à savoir l’approche contractuelle (cas du Centre
médical Saint Camille), l’intégration des activités de prévention de la transmission mère-
enfant dans les formations sanitaires (cas des structures publiques) et l’implication des
associations.
D’un point de vue évolutif, le nombre de districts offrant des services de PTME est
respectivement passé de 3, 12, 26, 38, 45 à 50 pour les années 2002, 2003, 2004, 2005, 2006
et 2007. Outre l’extension, la qualité des activités de PTME s’est progressivement améliorée
au cours de la période au regard des résultats enregistrés (Cf. tableau suivant). S’agissant du
nombre de formations sanitaires ayant intégré la PTME dans leur paquet minimum d’activités,
il est passé respectivement de 9, 14, 44, 152, 211 à 400 sites pour les années 2002, 2003,
2004, 2005, 2006 et 2007. Cette progression, bien qu’intéressante ne concerne que moins de
50% des formations sanitaires publiques du pays.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 151
exemple du Burkina Faso
Carte 15 : Situation des districts offrant des services de PTME en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 152
exemple du Burkina Faso
Tableau 25 : Etat de progrès de la transmission mère-enfant (TME)
Il constitue une importante porte d’entrée pour la prise en charge médicale en ce sens qu’en
assurant le dépistage dans un cadre formel et spécialisé, il donne l’opportunité aux personnes
dépistées positives d’être orientées vers des structures de prise en charge adéquate.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 153
exemple du Burkina Faso
Les activités de promotion du CDV ont permis de dépister 115 991 personnes en 2007 contre
199 767 en 2006, représentant un taux de régression de 41,9% ; ceci s’explique par
l’insuffisance de ressources pour la réalisation de la campagne de dépistage en milieu scolaire
et universitaire.
Les taux de séropositivité des années 2005, 2006 et 2007 montrent une certaine stabilité de
l’évolution de l’épidémie : 5,8% en 2005 contre 5,5% en 2007.
Il existe trois types de CDV comprenant les centres intégrés aux formations sanitaires, les
centres autonomes gérés par les associations et le dépistage mobile.
©AAS, 2008
Une équipe de l’unité mobile (stratégie avancée)
de l’association AAS en pleine séance de dépistage.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 154
exemple du Burkina Faso
Carte 16 : Localisation des centres de dépistage en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 155
exemple du Burkina Faso
5.4.4. La prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles
Les interventions dans ce domaine ont couvert essentiellement : la révision et la diffusion des
documents techniques, la formation/supervision des acteurs, la dotation en kits IST à des prix
subventionnés, le renforcement de la surveillance des IST et le suivi évaluation des activités.
En effet dès 2002, il a été procédé : (i) à la révision et à l’adoption des algorithmes de prise en
charge syndromique des IST, (ii) à l’adoption des normes et protocoles pour la prise en charge
syndromique des cas IST et (iii) à la formation des agents à la prise en charge syndromique
des IST.
Si l’année 2003 a été marquée par une faible exécution des activités dans ce domaine par
insuffisance de financement, par contre les années suivantes ont connu un renforcement des
interventions à travers surtout : l’extension et le renforcement des expériences réussies dans
les interventions dans le milieu des travailleuses19 du sexe, la multiplication et la diffusion de
la 3ème version des algorithmes de prise en charge des IST dont une version sous forme
d’affiche a été élaborée, la confection et la mise à disposition effective des kits de traitement
des IST à des coûts abordables (100-200 et 500 FCFA) dans les formations sanitaires y
compris celles des Ministères de la défense, de la sécurité et des maisons d’arrêt, la mise en
place d’un système de surveillance renforcée dans les sites sentinelles, la mise en place du
réseau national de surveillance de la sensibilité des germes responsables des IST et le
renforcement des compétences des agents.
Ces efforts, intensifiés en 2005 ont permis de notifier et de traiter de plus en plus de cas d’IST
dans les formations sanitaires (Cf. tableau ci-dessous). La majorité des cas traités sont
retrouvés chez les femmes et dans la tranche d’âge 20-29 ans.
19
Il existe également des hommes dans ce milieu de la prostitution, mais la terminologie
internationale à laquelle nous essayons de nous coller au plus, instruit d’utiliser « travailleuses
du sexe ».
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 156
exemple du Burkina Faso
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2005, 2006, 2007
Par ailleurs, dans le cadre des interventions ciblées, il faut noter l’élargissement des
interventions envers d’autres cibles et d’autres villes :
- District sanitaire de Bogodogo (projet AWARE/HIV),
- Ouagadougou, Banfora et Pô avec ONG Médicos del mundo,
- Ouagadougou et Koudougou avec ATU-JB
- les actions du projet et de l’association Yérèlon qui s’étendent de Bobo-
Dioulasso à Niangoloko.
- le suivi des travailleuses du sexe et les routiers par le CSPS du secteur 15 de
Ouagadougou en collaboration avec l’Union des routiers du Burkina contre le
SIDA dans toutes les grandes gares du pays et dans les principales frontières.
Pour soutenir l’offre de soins liés à l’infection à VIH, les acteurs de financement de la réponse
au VIH ont injecté successivement 14,10 milliards de FCFA en 2003, 17,97 milliards de
FCFA en 2004, 24,11 milliards de FCFA en 2005 et 21,28 milliards de FCFA en 2006. La
baisse des ressources en 2006 pourrait s’expliquer par le fait que le CSLS 2006-2010 était
dans sa phase transitoire (adoption du nouveau cadre stratégique et tenue de la table ronde des
bailleurs de fonds en juillet 2006). Sur la période, les partenaires extérieurs restent la
principale source de financement de la réponse au VIH avec 52,29% en 2003; 80,30% en
2004 et 82,49% en 2005, 81,77% en 2006. La diminution de la contribution des partenaires
extérieurs est due à la clôture de certains projets/programmes, tels le Projet d’appui au
Programme national multisectoriel de lutte contre le sida (PA-PMLS), le programme de
traitement accéléré (TAP). Ces clôtures n’ont pas entraîné un arrêt définitif des interventions
mais plutôt une baisse de l’apport des partenaires techniques et financiers intervenants dans
ces projets et programmes.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 157
exemple du Burkina Faso
Partenaires bilatéraux 5,82 5,98
Partenaires multilatéraux 4,33 9,72
Institutions financières internationales 8,56 0,00
ONG internationales 1,18 1,70
Total 24,11 21,28
Source : SP/CNLS-IST : Etude sur l’estimation financière des ressources et des dépenses de sida, 2005 et 2006
Ces ressources mobilisées ont servi principalement à financer les services de soins et de
traitement : 26,1% des ressources en 2003, 26,52% en 2004, 41,98% en 2005 et 35,21% en
2006. Elles ont par ailleurs été affectées aux dépenses de prévention : 34,4% des dépenses en
2003, 23,23% en 2004 et 23,40 en 2005 puis 29,48% en 2006.
Dans les services de soins et de traitement, la plupart des ressources ont été allouées à
l’approvisionnement en ARV. Ces ressources rapportées aux dépenses globales se présentent
comme suit : 7,7% en 2003, 8,55% en 2004 et 28,34% en 2005 et 16,82% en 2006.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 158
exemple du Burkina Faso
Tableau 29 : Situation des dépenses en fonction des interventions pour les années 2005 et 2006
Catégories Dépenes 2005 Dépenes 2006
PREVENTION 5 642 332 000,00 6 274 394 783,00
Masse média 1 545 000
IEC/CCC 2 175 521 000 1 295 301 844,00
Conseil et dépistage volontaire 249 970 000 539 905 904,00
Jeunes 296 386 000 284 000 000,00
Programmes axés sur les TS et leurs clients 226 665 000 93 000 000,00
Activités sur les lieux de travail 24 249 000 307 416 469,00
Programmes de prévention pour PVVIH 1 100 000 134 776 350,00
Populations spécifiques 373 368 000 177 449 707,00
Fourniture de préservatif féminin et masculin 1 144 264 000 1 711 531 944,00
Amélioration de la prise en charge des IST - 328 729 023,00
Prevention de la transmission mère enfant du VIH 808 270 000 954 976 799,00
Sécurité de sang 340 994 000 228 648 697,00
Precautions universelles - 218 658 046,00
PRISE EN CHARGE MEDICALE 10 123 228 000,00 7 494 404 018,00
Traitement Antiretroviral 6 833 850 000 3 580 413 868,00
Soutien nutritionnel associé au traitement ARV 542 333 000 807 111 377,00
Suivi en laboratoire spécifique des maladies liées au VIH 196 624 000 623 863 612,00
Soutien psychologique et services d'accompagnement - 349 041 399,00
Transport des patients et aide d'urgence - 2 786 321,00
Soins palliatifs 18 689 000 813 840 736,00
Prophylaxie des infections opportunistes 460 000 000 68 509 292,00
Traitement des infections opportunistes 2 071 732 000 1 233 837 413,00
Autres services de soins et de traitement non classés ailleurs 15 000 000,00
ORPHELINS ET ENFANTS VULNERABLES 941 934 000 868 847 400,00
MANAGEMENT DE PROGRAMME 3 788 806 000,00 4 205 066 353,00
Gestion de programme 2 178 726 000 1 990 531 457,00
Planification et coordination 24 863 000 136 189 420,00
Suivi et évaluation 645 344 000 848 630 744,00
Recherche opérationnelle 512 982 000 1 046 143 769,00
Surveillance (sero-sentinel, comportementale) 426 891 000 183 570 963,00
FORMATION 932 889 000 646 998 957,00
PROTECTION SOCIALE ET SERVICES 1 142 816 000,00 764 483 968,00
D'ACCOMPAGNEMENT
Protection sociale à travers les prestations de services sociaux 32 089 000 699 689 852,00
Projets générateurs de revenus 61 192 000 63 798 000,00
Autres services de protection sociale non classés ailleurs 1 049 535 000 996 116,00
ENVIRONNEMENT FAVORABLE 1 540 576 000,00 1 029 963 580,00
Plaidoyer et communication stratégique 14 772 000 112 259 471,00
Droit de l'Homme 199 173 000 68 500 064,00
Renforcement institutionnel spécifique au SIDA 1 326 631 000 849 204 045,00
TOTAL 24 112 581 000,00 21 284 159 059,00
Source : SP/CNLS-IST : Etude sur l’estimation financière des ressources et des dépenses de sida, 2005 et 2006
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 159
exemple du Burkina Faso
En terme de cibles, l’analyse des comptes nationaux sida montre que la plupart des ressources
ont été dépensées au profit de la population générale et des personnes vivant avec le sida de
2003 à 2006 :
la population générale avec : 48,1% en 2003; 52% en 2004 et 35,25% en 2005 et
42,33% en 2006
les personnes vivant avec le VIH avec : 31,7 en 2003; 20,33% en 2004 et 44,35%
en 2005 et 39,42% en 2006.
L’analyse des dépenses en terme de prestataires de biens et services montre une amélioration
dans la répartition des ressources ; en effet, la part des dépenses affectées aux structures de
soins spécifiquement (hôpital, services de soins ambulatoires, services de laboratoire et
pharmacies) est passée de 12,82% en 2005 à 36,15% en 2006. Les dépenses des services de
promotion de santé et de prévention ont largement été revues à la baisse au profit des services
sociaux, de la coordination des actions et des centres de recherche. Le tableau suivant
présente la situation des dépenses par prestataires en valeur relative pour les années 2005 et
2006.
Tableau 30 : Situation des dépenses par prestataires de biens et services pour les années 2005 et 2006
en valeur relative
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 160
exemple du Burkina Faso
L’introduction tardive des ARV n’aura pas permis avant 2003 une offre de soins efficiente.
Toutefois, avec l’appui de différentes initiatives d’accès aux soins et traitements du sida,
l’offre de soins liés à l’infection à VIH a été marquée par l’implication des structures de tout
ordre : publiques, privées confessionnelles, associatives, privées lucratives. L’intégration des
structures aura permis, malgré l’arrivée tardive des thérapies antiretrovirale, de constater une
couverture géographique importante (43 provinces sur 45 dispensent des TARV). A cette
couverture géographique s’allie un nombre important de personnes vivant avec le VIH
bénéficiaires de cette prise en charge thérapeutique. Leur nombre va crescendo en raison de la
réduction des coûts, certes, mais cela y va aussi de l’importance des ressources humaines et
matérielles développées ou renforcées dans ce sens. Cela nous permet de nous interroger sur
les apports de la prise en charge thérapeutique sur le système de santé et l’offre de soins au
niveau du Burkina Faso.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 161
exemple du Burkina Faso
CHAPITRE 6 : L’INFECTION A VIH ET LA PRISE EN CHARGE
THERAPEUTIQUE, QUELS APPORTS SUR L’OFFRE NATIONALE DE
SOINS
L’infection du VIH a profondément éprouvé les systèmes de santé des pays en développement
qui étaient déjà en difficulté. Les systèmes de santé sont doublement touchés : à travers le
personnel infecté par le VIH et dans leur organisation. Il y a un fort afflux de patients pour les
différents aspects de prise en charge médicale : examens biologiques et médicaux, prise en
charge des infections opportunistes, TAR, co-infection tuberculose, VIH, etc. L’appréciation
des répercussions porte sur trois principaux niveaux : le personnel de santé, les structures de
soins et les dépenses publiques [PNUD’2001]. Mais, in fine, l’épidémie n’a t-elle pas fait
progresser le système sanitaire tout entier ?
Depuis la CISMA 2001 tenue à Ouagadougou, les communautés avaient marqué leur
participation à la lutte contre le VIH ; une lutte qui, d’abord axée sur la prévention, allait être
résolument orientée vers l’implication dans les soins et traitements liés au VIH à partir de la
mise en œuvre de l’initiative « three by five ».
Pour faire face à cet assaut de l’infection à VIH sur le système de santé, il a fallu développer
des initiatives telle que l’implication du communautaire dans l’offre de soins, la création de
centres spécialisés pour la prise en charge des personnes infectées, la formation du personnel
médical, paramédical et des agents communautaires de soins à la prise en charge médicale.
L’initiative « Three by five » constitue pour les systèmes de santé des pays où la charge
morbide du sida est particulièrement élevée un formidable défi en raison de l’ampleur des
changements à apporter d’urgence dans un contexte d’incapacités et de sous rendement
chroniques [2004]. Cette initiative a été un moteur, un levier de l’élargissement des soins et
traitements à une plus grande majorité de personnes qui en avaient besoin. Cet élargissement
s’est traduit dans les pays en développement sur le plan géographique et institutionnel. Ce qui
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 162
exemple du Burkina Faso
a permis la rénovation, voire la mise en place d’infrastructures et d’équipements sanitaires, la
formation plus accrue des professionnels de santé, etc., d’où l’apport au système de santé.
Ces trois provinces étaient auparavant rattachées au district sanitaire de Dori pour le Yagha, le
district sanitaire de Léo pour le Ziro et au district sanitaire de Fada pour la Komondjari. Leur
autonomie n’étant pas encore effective, ces provinces ne disposent pas des compétences
humaines et matérielles nécessaires à la prise en charge thérapeutique de l’infection à VIH.
Pour améliorer la qualité de la prise en charge des patients sous thérapie antirétrovirale, l’on
constatera une modification institutionnelle du système de santé au Burkina Faso. Cette
modification devrait permettre de soutenir le système traditionnel de soins. En effet, le
Gouvernement du Burkina Faso avec l’appui technique et financier de la Croix rouge
française, a, en 2000, procédé à la mise en place d’un Centre de traitement ambulatoire en vue
de la prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le sida : c’est un hôpital de jour
spécialisé dans la prise en charge du sida. Il est intégré à l’hôpital public en tant que service
ou unité de soins, et géré par une équipe de soignants professionnels nationaux.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 163
exemple du Burkina Faso
Le concept du Centre de traitements ambulatoires a été défini et mis en place dès 1994 par
l’Organisation panafricaine de lutte contre le sida (OPALS). Il a naturellement évolué depuis,
notamment avec la disponibilité des traitements antirétroviraux et des financements
extérieurs. Ainsi, le rôle précurseur et initiateur, l’appui technique proposé par l’OPALS et
poursuivi à partir de 1998 par la Croix-Rouge française, ont permis de faire des CTA les
premières structures de prise en charge des malades en Afrique [CRF’2007]. Le 16 novembre
1998, la Croix-Rouge française (CRF) et l'Organisation panafricaine de la lutte contre le
SIDA (OPALS) ont signé une Convention-Cadre en vertu de laquelle les deux organisations
officialisent un rapprochement afin d'optimiser leurs interventions sur le sida en Afrique, à
partir d'un instrument commun20.
C’est ainsi qu’en septembre 2000, le CTA de Ouagadougou est ouvert et celui de Bobo-
Dioulasso a été inauguré en novembre 2002 mais sa fonctionnalité n’a été effective qu’à partir
du 25 Janvier 2005.. Malgré les réserves, les craintes et les difficultés rencontrées, le CTA
s’est imposé comme l’une des réponses les mieux adaptées pour la prise en charge de
personnes atteintes du sida dans les pays du Sud, et notamment en Afrique subsaharienne.
D’une capacité d’accueil de 300 patients, le CTA de Ouagadougou sera très vite submergé par
l’arrivée de patients de diverses et très lointaines origines21. La CRF a restitué aux autorités le
centre de Bobo-Dioulasso en 2004 et celui de Ouagadougou en avril 2007. Les CTA sont
passés sous la tutelle du Ministère de la santé et ils ont pris la dénomination de « Hôpital du
jour » (HDJ), rattachés au centre hospitalier universitaire Sanon Sourou (CHU-SS) pour celui
de Bobo-Dioulasso et au centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) pour
celui de Ouagadougou.
Photo 3 : L’hôpital du jour de
Ouagadougou
20
http://www.croix-rouge.fr/goto/actualites/durban/carte.asp
21
Entretiens réalisés au CTA en 2004
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 164
exemple du Burkina Faso
Construit au sein du CHU-YO (Ouagadougou), cette infrastructure est le signe révélateur de
l’importance accordée à la prise en charge thérapeutique des PvVIH
Le Centre de Traitement Ambulatoire (CTA) a été élaboré à partir d'une connaissance des réalités sanitaires et sociales africaines. Il s'agit d'une structure légère,
souple, adaptée à son environnement culturel, insérée dans le système de santé du pays et associée aux programmes nationaux de lutte contre le sida.
Le personnel est entièrement composé de professionnels locaux, dont certains sont mis à disposition par le ministère de la Santé des pays concernés.
Principes
- S'inscrire en cohérence avec les dispositifs de santé en fonctionnement.
- Allier la modernité (hôpital de jour) à la tradition africaine (soins à domicile).
- Veiller à l'intégration et à la non-discrimination du malade au sein de la société.
- Devenir le support d'une recherche clinique effective
Objectifs
Centre de soins spécialisé sur le VIH, le CTA assiste les structures existantes dans la prise en charge des personnes atteintes. Ses objectifs se déclinent sur trois
domaines complémentaires.
- En termes de santé, le CTA a pour mission d'assurer l'accueil, le dépistage et une prise en charge médicale des patients par la mise à disposition de
traitements appropriés, y compris, dans la mesure du possible, les traitements antirétroviraux.
- En termes de formation, le CTA veille à affiner et compléter les connaissances et techniques acquises par le personnel, afin d'accroître son efficacité et
son autonomie.
- En termes de prévention, la mobilisation des acteurs communautaires, des associations et des patients eux-mêmes favorise la diffusion de l'information
sur le VIH dans l'environnement du CTA
Fonctionnement
Le CTA assure le dépistage du VIH/Sida, le suivi médical, le traitement des infections opportunistes, la dispensation de médicaments et le soutien social.
Généralement articulé avec une structure hospitalière, il est animé par des spécialistes de la santé (médecins, infirmiers) et du social (assistant social,
psychologue) et dispose d'un technicien de laboratoire et de personnels de soutien (secrétariat, accueil, administration, entretien). Ces programmes associent
progressivement les Sociétés Nationales de Croix-Rouge/Croissant Rouge et ont vocation, à terme, à être intégrés à leurs activités.
6.1.3. La nécessité d’un renforcement des capacités des structures publiques de prise en
charge
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 165
exemple du Burkina Faso
Après l’introduction officielle de la thérapie antirétrovirale en 2003, les besoins en traitement
n’ont pas cessé de croître. En effet, la file active ARV est passée de 9 701 en 2004, à 13 616
en 2005 et à 30 113 en 2006, pourtant le nombre de patients sous traitement antirétroviral n’a
pas suivi la même évolution que les besoins. C’est ainsi qu’une vaste campagne de formation
a été organisée à partir de 2004 et a permis de disposer d’environ 4172 professionnels de
santé impliqués dans la prise en charge. Le tableau suivant donne la situation des agents de
santé formés par type de formation.
Tableau 31 : Situation des agents de santé formés par type de formation de 2004 à 2007
Type de formation 2004 2005 2006 2007
formation spécifique en matière de 394 médecins, pharmaciens, 40 pharmaciens
prescription techniciens de laboratoire, 75 médecins
infirmiers 50 paramédicaux (dont agents
CDT tuberculose)
formation au diplôme interuniversitaire 20 prestataires 10 prestataires 10 prestataires
formation en suivi biologique 105 techniciens de laboratoire
De plus, d’autres formations non quantifiées ont été réalisées au profit (i) des préparateurs en
pharmacie sur la gestion et la dispensation des ARV, (ii) des agents de santé au cours Fournier
en France sur la prise en charge du VIH/SIDA et des IST, (iii) des agents des services de la
lutte contre la maladie sur l’organisation de la prise en charge médicale des PVVIH, (iv) d’un
pool de formateurs sur la prévention des infections, la prise en charge des IST et le CDV dans
toutes les régions sanitaires.
Toujours dans le sens des mesures prises par le Gouvernement et comme présenté au 5.3, des
initiatives de prises en charge ont été négociées et ont permis au pays de rendre disponibles de
façon permanente les ARV pour la prise en charge thérapeutique des patients. Ainsi, les
premiers stocks d’ARV ont acquis sur fonds propre de la CAMEG en 1999, puis ont suivi les
dotations des initiatives qui se présentent comme suit :
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 166
exemple du Burkina Faso
- mars 2002 : Approvisionnement du CTA sur financement de la Croix Rouge
Française ;
- octobre 2002: Introduction des ARV en génériques sur financement de l’entreprise
TAN ALIZ ;
- 2003: Protocole d’accord avec ESTHER, MSF et la Banque Mondiale à travers le
MAP ;
- 2004: Protocole d’accord avec le PNUD (Bénéficiaire principal du Fonds Mondial
de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour une durée de deux ans
prorogé en 2006 et avec la Banque africaine de développement à travers le projet
de renforcement des services de santé (PRSS) ;
- 2005 : Protocole d’accord avec la Banque mondiale à travers le TAP et la Banque
africaine de développement à travers le projet d’appui à la lutte contre le VIH/sida
(PALS) ;
- 2007: Renouvellement du protocole d’accord avec le SP/CNLS-IST (nouveau
bénéficiaire principal du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le
paludisme) ;
- 2007: Protocole d’accord avec la Fondation CLINTON (UNITAID) et le Royaume
de Belgique à travers le projet d’appui au Plan national multisectoriel de lutte
contre le VIH/sida et les IST.
Le tableau suivant présente l’évolution des acquisitions d’ARV par la CAMEG de 1999 à
2007.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 167
exemple du Burkina Faso
6.2. Implication du monde associatif à l’offre de soins sida, quelle contribution ?
L’action de sensibilisation menée par la société civile a été utile pour ouvrir la voie au
traitement d’un plus grand nombre de personnes vivant avec le sida. Dès 1978 à la conférence
sur les soins de santé primaires de Alma Ata, la pleine participation de la communauté aux
activités multiformes menées en vue d’améliorer la santé est devenue l’un des piliers du
mouvement en faveur de la santé pour tous [OMS’2004]. La Charte d’Ottawa, signée en 1986
à l’occasion de la Première Conférence internationale pour la promotion de la santé, considère
que le renforcement de l’action communautaire constitue l’une des cinq priorités essentielles
en vue d’une action sanitaire fondée sur la prévention22. Pour atteindre l’objectif des « 3
millions d’ici 2005 », il va falloir établir des partenariats entre les gouvernements nationaux,
les organisations internationales, la société civile et les communautés et tirer parti des
ressources propres à chacun pour obtenir des résultats sur le terrain. Il est indispensable que
l’action soit conduite par les gouvernements car la société civile ne peut pas se substituer au
secteur public. Toutefois, certaines instances gouvernementales pourront constituer des
partenariats avec des groupes de la société civile et mettre en place des dispositifs permettant
d’utiliser les compétences existant au sein des diverses communautés.
Au Burkina Faso, le dispositif associatif de la réponse au sida soutenu par les pouvoirs publics
et les partenaires au développement est particulièrement dense, diversifié et constitue depuis
le début de l’épidémie un des leviers essentiel de la politique de lutte contre la maladie.
L’implication du monde communautaire dans la prise en charge des personnes affectées et
infectées par le VIH, c’est-à-dire la population générale dans toutes ses déclinaisons, a
contribué à impulser une réelle dynamique dans l’offre de service et dans la décentralisation
des prestations. A travers le dépistage proposé à l’ensemble de la population, et les services
divers qu’elles offrent aux personnes vivant avec le VIH, les structures associatives
constituent un maillon important de l’offre de soins, et notamment pour la prise en charge
thérapeutique au Burkina Faso.
22
Charte d’Ottawa. Première Conférence internationale pour la Promotion de la Santé : Vers une nouvelle santé
publique, Ottawa, Canada, 17–21 novembre 1986. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1986
(WHO/HPR/HEP/95.1; http://whqlibdoc.who.int/hq/1995/ WHO_HPR_HEP_95.1.pdf, consulté le 12 mars 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 168
exemple du Burkina Faso
Longtemps impliquées et confinées dans la prévention de l’infection à travers les actions de
sensibilisation, les communautés ont véritablement intégré l’offre de soins de sida à partir de
2003, avec les premières initiatives de prise en charge ARV au Burkina Faso.
A la fin du 3ème trimestre 2007, le nombre des centres de dépistage sur le territoire national
était de 121 repartis dans 40 districts sanitaires, soit un taux de couverture de 73%. Quatre-
vingt huit (88) centres sont intégrés dans les formations sanitaires contre 33 centres de
dépistage, gérés par des structures communautaires [SP/CNLS-IST’2007]. Au nombre des
centres des structures associatives, on compte les centres autonomes, fixes et les équipes
mobiles, appelées « dépistage en stratégie avancée ».
La répartition détaillée des centres autonomes suivant les 45 provinces du Burkina Faso donne
une disparité d’implantation et un faible niveau, voire une absence totale de couverture de
certaines provinces. Ainsi, seul un tiers (15 provinces) dispose de centres de dépistage
communautaires, le Kadiogo disposant de 50% des centres, suivi du Houet (9%), du
Boulkiemdé (6%). Les douze autres provinces disposent chacune d’un centre de dépistage.
Les centres communautaires de dépistage ont véritablement été répertoriés à partir de 2004 (16
centres). Au cours de l’année 2005, le nombre est passé du simple au double (31 centres) avant
de se stabiliser au cours des deux dernières années. Cette augmentation des centres autonomes
caractérise bien la place de choix qu’occupent les activités de dépistage au niveau du monde
associatif. Les principales actions menées sont (i) le dépistage de routine, (ii) les campagnes
nationales de dépistage, et (iii) le dépistage mobile, en stratégie avancée.
33
33
31
16
5 6
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2004, 2005, 2006, 2007
NB/ A partir de 2005, il existe plus de données sur les stratégies mobiles
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 169
exemple du Burkina Faso
Carte 17 : Localisation des centres de conseil dépistage volontaire autonome
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 170
exemple du Burkina Faso
A l’échelle des 13 régions du Burkina Faso, les disparités d’implantation révèlent un faible
niveau de couverture avec des régions où aucun site communautaire n’est mis en place :
Centre Nord (Sanmatenga), du Sud Ouest (Poni). Par contre, les régions de la Boucle du
Mouhoun (Mouhoun), des Cascades (Comoé), du Centre Est (Boulgou), du Centre Sud
(Zoundwéogo), de l’Est (Gourma), Plateau Central (Oubritenga) et du Sahel (Séno) disposent
d’un centre par région.
Tout comme les structures associatives concentrées dans les zones urbaines, les centres de
dépistage autonomes se déclinent dans la même logique. Ainsi, la province du Kadiogo
compte à elle seule 44 centres de dépistage dont 27 centres intégrés et 17 centres autonomes
soit 39% du total des structures. Un seul centre est situé hors des limites communales de
Ouagadougou : c’est le centre ALAVI, situé dans le département de Tanghin Dassouri. Les
autres structures autonomes se répartissent indifféremment dans les cinq arrondissements de
la capitale, la forte concentration se retrouvant dans l’arrondissement de Boulmiougou.
En dehors de la ville de Ouagadougou où deux unités mobiles sont utilisées dans les bars et
sites de prostitution, les autres unités mobiles se déploient dans les localités qui ne disposent
pas de centre de dépistage.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 171
exemple du Burkina Faso
intervenue en septembre 2000. La PECC repose sur des normes élaborées en juin 2000, et
intitulées «Normes et protocoles de prise en charge des personnes vivant avec le VIH ».
La prise en charge nécessite donc une continuité entre le système de santé et la communauté
(familles, associations, secteurs traditionnel et confessionnel); une prise en compte des
dimensions socioéconomiques et une meilleure implication des PVVIH dans la prise en
charge.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 172
exemple du Burkina Faso
Carte 18 : Evolution des structures de PECC de 2004 à 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 173
exemple du Burkina Faso
A partir de 2006, le nombre croissant des personnes sous ARV a nécessité une plus grande
implication du communautaire pour la PECC. C’est ainsi qu’avec l’appui de ses partenaires,
le PAMAC a permis la réalisation d’activités par 108 structures associatives en 2006 ; leur
nombre est passé à 120 en 2007.
L’arrivée des premières initiatives de prise en charge qui ont subventionné les TARV ont
permis à certaines structures associatives d’apporter un soutien aux structures étatiques
d’offre de soins du sida. Impliquées en 2004 dans le continuum de soins, à travers le projet
«Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme », plus d’une
soixantaine de structures associatives bénéficieront à partir de 2005 d’une convention de
collaboration avec le Ministère chargé de la santé. Elles sont au total 69 associations et parmi
elles, six recevront une accréditation pour la prise en charge médicale des PVVIH : trois
structures de la province du Kadiogo, dans la région du Centre (AAS, ALAVI et Bergerie),
deux structures du Houet, à l’Ouest (REV+, Espoir et vie) et une structure communautaire du
Yatenga au Nord (AMMIE) [SPS/CNLS-IST’2004].
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 174
exemple du Burkina Faso
Carte 19 : Aire d’action des structures de prise en charge thérapeutique en 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 175
exemple du Burkina Faso
Des six structures en 2005, le nombre d’associations impliquées dans la prise en charge
médicale a augmenté, avec une file active sans cesse croissante atteignant cinq mille (5000)
personnes, adultes et enfants y compris. Le tableau ci-après présente l’évolution des structures
associatives impliquées dans la prise en charge de la thérapie antirétrovirale.
Tableau 34 : Evolution des structures associatives impliquées dans la prise en charge de la thérapie
antirétrovirale de 2003 à 2007
REGIONS
Structures/Sites de PEC 2003 2004 2005 2006 2007
SANITAIRES
CM Oasis
CM ALAVI
Centre
CM Bergerie
CM Vie positive
Clinique yerelon
Hauts Bassins CM REVS+
CM espoir et Vie
Nord CM AMMIE
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2003, 2004, 2005, 2006, 2007
L’offre de soins liés à l’infection à VIH au Burkina Faso s’est traduite par une implication
concrète des structures associatives communautaires dans la prévention et la prise en charge
thérapeutique.
Des actions de prévention, il ressort que la couverture territoriale en centre de dépistage s’est
améliorée, permettant aux populations d’accéder aux dépistages de routine pour connaître leur
statut sérologique.
Par rapport à la prise en charge thérapeutique, il s’est agit de renforcer les capacités des agents
communautaires de soins, pour appuyer le personnel des structures publiques. Cela a été
nécessaire pour étendre la couverture géographique de l’accès aux thérapies et permettre ainsi
à un plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH d’avoir accès aux soins et
traitements pour améliorer leurs conditions de vie et augmenter l’espérance de vie.
La construction d’infrastructures comme les hôpitaux de jour, qui s’intègrent dans le paysage
sanitaire, facilite et permet une meilleure accessibilité des soins aux personnes qui en ont
besoin.
L’offre nationale de soins a été gravement éprouvée par l’infection à VIH au Burkina Faso, à
l’instar des autres pas en voie de développement avec des ressources limitées. En effet, mes
systèmes de soins souvent inadaptés ou inaccessibles pour diverses raisons, ont été mis en mal
par la prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH. Des exigences en
termes d’équipements, d’infrastructures, de disponibilité en médicaments et de personnel
médical et soignant qualifié, ont dans un premier temps limité l’accessibilité et la disponibilité
des soins et traitements liés à l’infection à VIH. Il a fallu la mise en œuvre de nombreuses
initiatives en faveur de l’accès aux traitements du sida pour toutes les PvVIH pour élargir
l’accessibilité à un grand nombre de personnes vivant avec le VIH, aux conditions
économiques souvent mauvaises.
Cette disponibilité des soins liés à l’infection à VIH a été accompagnée par des effets positifs
sur l’offre nationale de soins. En termes d’acquis sur le plan institutionnel (infrastructure,
formation de personnel, meilleur équipement du plateau technique des laboratoire…) ou de
renforcements de la couverture géographique de l’offre, la prise en charge thérapeutique a
véritablement connu in essor à partir de 2004, suite à l’initiative « Thre by five » puis grâce à
la contribution du Fonds mondial de lutte contre le paludisme, le sida et la tuberculose.
Ces initiatives ont permis de réduire le coût de la thérapie et de permettre des prestations au
niveau des structures de base de l’offre de soins. A l’échelle de la province considérée comme
collectivité locale de base, les différents CM et CMA ont été progressivement et entièrement
impliqués.
Aussi, à l’intérieur d’une province, ou au niveau national, les nouvelles territorialités induites
par les mobilités des personnes vivant avec le VIH seraient à rechercher ailleurs que dans la
quête d’une prise en charge thérapeutique suivant la distribution spatiale de l’offre de soins.
Des notions telles que « rejet par la famille du défunt époux », « déménagement », « regard
des autres », « divorce » qui appellent des aspects de stigmatisation et de discrimination sont à
considérer.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 177
exemple du Burkina Faso
TROISIÈME PARTIE
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 178
exemple du Burkina Faso
CHAPITRE 7 : LES SITES D’ENQUETES ET DONNEES DE TERRAIN
Dans le cadre de notre recherche, le Burkina Faso est la zone d’étude sur laquelle nous avons
choisi d’appliquer les différentes hypothèses présentées dans la partie introductive de notre
travail. Mais nous avons circonscrit les enquêtes relatives aux personnes vivant avec le VIH
sous thérapie antirétrovirale et territorialités sur quatre sites. Ce sont les provinces suivantes :
- La province du Boulgou dans la région sanitaire du Centre-Sud,
- La province du Kadiogo dans la région sanitaire du Centre,
- La province du Poni dans la région sanitaire du Sud-Ouest.
- La province du Yatenga dans la région sanitaire du Nord,
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 179
exemple du Burkina Faso
7.1. Méthodologie
23
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Ethique.htm
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 180
exemple du Burkina Faso
L'apparition du VIH dans les années 1980 a engendré énormément de réflexions et de
politiques éthiques, au delà des réponses cliniques et scientifiques que l'épidémie nécessitait.
En l'absence de tout traitement efficace, l'éthique a commencé par se pencher sur la
responsabilité des professionnels de santé auxquels il était demandé de soigner les patients
quel que soit leur état ou l'origine de la maladie. Il s'agissait en fait de combattre les
préjudices liés à l'homosexualité et à la toxicomanie et de faire face aux craintes de
transmission du virus. Au cours des années 90 et suivantes, la controverse sur le devoir de
soins des médecins et des autres prestataires vis-à-vis des patients vivant avec le VIH s'est
atténuée car le risque de transmission s'était entre-temps avéré très faible ou tout au moins
maitrisable. Par contre, la polémique s'est déportée sur la question de la confidentialité du
statut du patient vis-à-vis du VIH.
Il convient également de tenir compte du «terrain». En effet, lorsque l'on s'intéresse, par
exemple, à des publics déjà fortement sollicités, des populations «surenquêtées», il se pose de
manière évidente les questions liées à la gestion de leur lassitude et les réticences motivées
par les multiples sollicitudes, parfois sans feed- back ou de promesses non tenues. Ici encore,
la réflexion sur les «terrains surinvestis» par de nombreux acteurs et chercheurs, notamment
en Afrique, engage les doctorants à étudier de près une méthodologie de recherche qui soit à
la fois rigoureuse et respectueuse de l’éthique.
Dans ce cas-ci de notre travail, pour mener à bien ces enquêtes de terrain, il a été considéré
prioritairement deux éléments que sont le consentement éclairé des personnes retenues et la
confidentialité des informations collectées. Selon E. Hirsch, en ce qui concerne le VIH et le
sida, l’accès à un protocole de recherche équivaut dans certains pays à la seule possibilité de
bénéficier d’un traitement [Hirsch’2003]. Aussi, bien que surexploitée, les personnes vivant
avec le VIH acceptent assez aisément de participer aux recherches, avec le secret espoir de
bénéficier d’une prise en charge médicale. La thématique de cette recherche de thèse ne
portant pas sur des essais cliniques, il a fallu vraiment cette solidarité entre structures
communautaires pour avoir une grande adhésion des sujets.
Dans les démarches, une première étape a porté sur les échanges avec les responsables des
structures retenues pour leur expliquer les objectifs de notre travail et demander leur adhésion
à l’enquête. Ensuite, nous avons organisé une rencontre regroupant la file active sous ARV en
présence des responsables des structures. Il s’est agi au cours de ces rencontres de leur
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 181
exemple du Burkina Faso
expliquer de façon très claire les objectifs et les résultats poursuivis, notamment la manière
dont leur participation pouvait permettre de décrire la territorialité des personnes sous ARV.
Il existe au sein des structures faisant de la prise en charge par les ARV, au moins deux files
actives dans le cadre de l’offre de soins du sida : (i) la file active des personnes sous ARV et
(ii) la file active des personnes en attente de traitement. Dans le cadre de notre travail, l’intérêt
a porté sur les personnes vivant avec le VIH bénéficiant d’une thérapie antirétrovirale.
24
Malgré les rencontres et les échanges multipliés avec les structures de ces localités, et
également la mise à leur disposition des différentes fiches pour le questionnaire, nous n’avons
pas pu entrer en possession des fiches et ce, jusqu’à la finalisation de notre travail. Au regard
de la convivialité et de la collaboration avec ces structures, nous estimons que les raisons sont
liées à une grande sollicitation pour de nombreuses contributions.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 182
exemple du Burkina Faso
Le tableau ci-après présente la répartition de l’échantillon par site d’enquête.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 183
exemple du Burkina Faso
7.1.5. Outils et procédure de la collecte de données
La collecte des données s’est basée sur l’administration de questionnaire auprès des personnes
vivant avec le VIH sous ARV et la réalisation d’entretiens auprès de responsables de
structures. Elles se sont toutes menées de manière individuelle.
Les entretiens auprès des responsables de structures ont permis de collecter les données
générales sur l’épidémiologie du VIH, l’offre de soins, la riposte nationale au sida, … Les
questionnaires ont été administrés par des enquêteurs qui ont reçu une formation ad’ hoc à la
compréhension des questions. Ces enquêteurs, conformément aux aspects d’éthique liés au
VIH ont été proposés par les responsables des structures parmi leurs conseillers ou le
personnel de soins infirmiers.
La saisie des données a été faite avec Epidata par la méthode de simple saisie : un masque de
saisie suivant le schéma de pré-codification des questionnaires a été élaboré avec le logiciel.
Les différents items du questionnaire ont été pris en compte au niveau du masque. Après le
pré-test de l’outil, les ajustements nécessaires ont été apportés au masque de saisie. Les
balises pour l’entrée systématique et obligatoire au niveau de tous les champs ont été retenues
afin d’éviter la perte d’information. Les valeurs minimales, maximales et légales ont été
définies pour minimiser les erreurs au moment de la saisie.
Une équipe d’agents expérimentés a été affectée à cette tâche de saisie de données. Les
données saisies ont ensuite fait l’objet de vérification et d’épuration par le biais des
tabulations partielles en vue de corriger les incorrections et les incohérences en se référant au
contenu exact des questionnaires. Ainsi, sur cette base, un contrôle de qualité sur un
échantillon des fiches saisies a été effectué. L’apurement des données a été fait. A l’issue,
certains questionnaires ont été éliminés et les données présentées ici proviennent d’une base
de 402 fiches. Les données ont été ensuite transférées sous SPSS 11.5 pour analyse. Ces
données ont été complétées et enrichies par les données de bases des localités et des structures
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 184
exemple du Burkina Faso
d’enquêtes. C’est le cas par exemple pour le lieu d’habitation où les secteurs ont été pris en
compte plutôt que les noms de quartier.
7.2. Résultats globaux
Les résultats de l’enquête de terrain portent sur un échantillon final de 402 personnes vivant
avec le VIH dont 366 femmes (91%) et 36 hommes (9%), reparti dans les sites des provinces
du Boulgou, du Kadiogo, du Poni et du Yatenga. Les personnes enquêtées sont
essentiellement des Burkinabé à 95,5% et des nationalités des pays voisins (4 Maliens, 2
Nigériens, 6 Togolais et 6 Ghanéens).
L’âge moyen de l’échantillon est de 36,4 ans avec un écart type de 7,55 ans ; les âges
extrêmes sont de 16 ans (individu de sexe féminin) et de 60 ans (individu de sexe masculin).
L’âge moyen chez les femmes est de 36,2 ans avec un écart type de 7,67 ans. Chez les
hommes, l’âge moyen est de 38,97 ans avec un écart type de 5,7 ans.
Tout sexe confondu, 333 personnes de l’échantillon ont au moins un enfant, le plus grand
nombre d’enfants déclarés étant de 9 (déclarés par deux individus). Sur un effectif de 256
personnes ayant déclaré connaître le statut sérologique des enfants, seulement 35 d’entre eux
ont au moins un enfant vivant avec le VIH.
Il ressort que 34,57% enquêtés ont déclaré vivre en union (marié, concubinage) tandis que
65,43% vivent seul (divorcé, veuf, célibataire). Néanmoins, il convient de noter que les
enquêtés ayant déclaré vivre seuls, 84% ont déjà vécu en union (divorcé, veuf).
La répartition des enquêtés par catégorie socioprofessionnelle montre que 16% ont un salaire
rémunéré (employé, cadre), 14% travaillent pour leur compte (employeur, artisan, paysan,
travailleur indépendant) et 70% n’avaient d’activités rémunérées (étudiant, sans emploi).
En terme de niveau d’instruction, il ressort que 52% des enquêtés ont au moins participé à un
programme de formation formelle (primaire, secondaire, supérieur) et 48% d’entre eux n’ont
aucun niveau d’instruction.
Enfin, de l’analyse de l’échantillon, 74% des enquêtés vivent dans la province du Kadiogo.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 185
exemple du Burkina Faso
Tableau 36 : Synthèse des données socioéconomiques recueillies lors de l’enquête terrain
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 186
exemple du Burkina Faso
Des caractéristiques de l’infection, on retient que 238 individus (59,2%) sont porteurs du
VIH1 et 8,2% vivent avec le VIH 2. Les personnes qui ignorent de quelle souche de virus ils
sont porteurs dont 128, tandis que la forme combinée (VIH1+VIH2) est très rare (seulement 3
personnes). Trois motifs ont été évoqués pour le dépistage et la plupart des enquêtés ont
réalisé leur dépistage dans le cadre d’une suspicion clinique (63%) ; ce qui caractérise un
stade avancé de l’infection.
Si les premiers dépistages relevés pendant l’enquête ont commencé en 1996, à partir de
l’année 2004, on constate un réel engouement. En effet, 52% des enquêtés ont réalisé leur
dépistage de 1996 à 2004. Par rapport au lieu et au mode de contamination, 52% des enquêtés
ne savent pas où ils ont pu contracter le virus et 59% ignorent comment ils ont été infectés.
Majoritairement sans aucun emploi rémunéré, soit 70% de l’échantillon, la majorité des
personnes enquêtées bénéficient de la thérapie sida grâce aux diverses initiatives ayant
souscrit à la politique de l’accès universel pour le traitement. C’est ainsi que pour 83% de
l’échantillon, ils ne déboursent aucune somme pour leur thérapie.
Par rapport au traitement, 79% des enquêtés ont connu l’existence de la thérapie
antirétrovirale par leur médecin. Aussi, 52% des enquêtés ont été mis sous thérapie
antirétrovirale de 2000 à 2005, correspondant à la proportion des enquêtés dépistés de 1996 à
2004 ; ce qui confirme que la plupart des enquêtés ont réalisé leur dépistage par des
suspicions cliniques (63%).
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 187
exemple du Burkina Faso
Tableau 37 : Synthèse des données de l’infection et du traitement recueillies lors de l’enquête terrain
Motif du dépistage
Dépistage volontaire 142 35,32%
Examens médicaux 252 62,69%
Emploi 8 1,99%
Années de dépistage
1996 2 0,25%
1997 1 0,25%
1998 1 0,25%
1999 7 1,74%
2000 13 3,23%
2001 32 7,96%
2002 43 10,70%
2003 31 7,71%
2004 82 20,40%
2005 72 17,91%
2006 99 24,63%
2007 19 4,73%
2008 1 0,25%
Type de VIH
VIH 1 238 59,20%
VIH 2 33 8,21%
VIH 1+2 3 0,75%
Ignore 128 31,84%
Lieu de contamination
Ouagadougou 77 19,15%
Hors Ouagadougou 63 15,67%
Côte d’Ivoire 19 4,73%
Autre pays 5 1,24%
Ignore 238 59,20%
Mode de contamination
Voie sexuelle 155 38,56%
Transfusion sanguine 9 2,24%
Objets souillés 7 1,74%
Ne sait pas 231 57,46%
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 188
exemple du Burkina Faso
Variables Effectif total Pourcentage
Connaissance du traitement
Médecin ou docteur 319 79,35%
Les conseillers 52 12,94%
La famille 13 3,23%
Autre personnes 16 3,98%
Médias 2 0,50%
2008 4 1,00%
De données de terrain, il ressort que 44,3% des enquêtés ont changé de résidence depuis leur
infection et pendant leur traitement. Les motifs fréquemment évoqués sont soient liés à la
discrimination (Chassé, rejoindre ma famille, répudié, divorce, retrouvé mes enfants) à 74%
des cas de changement, soient liés à la recherche d’emploi à 14%. Le motif lié à la santé vient
en dernière position. En effet, seul 3% des enquêtés ont changé de résidence à la recherche de
soins ; ce qui est négligeable. De plus, l’enquête a révélé que les déplacements temporaires ou
occasionnels pour des raisons de santé sont également négligeable (6%).
En terme de déplacement du lieu de résidence au centre de soins, il ressort que 30,3% des
enquêtés le font à vélo, par 26,4% d’entre eux, le font à pieds et 22,4% à mobylette.
Pour ce qui est des éléments d’amélioration des conditions de vie des patients, les enquêtés, à
50% souhaitent un appui financier pour exercer des activités génératrices de revenus (AGR), à
35% militent pour une continuité dans la disponibilité des traitements et à 15% pour une
amélioration des conditions d’accueil dans les services de santé.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 189
exemple du Burkina Faso
Tableau 38 : Synthèse des données de mobilité recueillies lors de l’enquête
Si les médicaments et les structures de prise en charge thérapeutique existent dans la plupart
des provinces (cartes n° 10, 11 et 12), il ressort de l’analyse des flux de la carte n°21 relative
aux mobilités générales de l’échantillon enquêté, que certaines personnes vivant avec le VIH
se déplacent ou se déplaçaient à la recherche de soins. Cela pourrait être dû à la prise en
charge globale fournie par les structures communautaires. Cette idée est confortée par le
nombre élevé d’enquêtés (50%) qui souhaitent un appui financier pour réaliser des AGR.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 190
exemple du Burkina Faso
Carte 21 : Mobilités générales de l’échantillon enquêté
Carte 21 a : Mobilités partant des sites d’enquêtes (sauf le Kadiogo) vers Ouagadougou et les autres localités du Burkina Faso
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 191
exemple du Burkina Faso
Carte 21 b : Mobilités sortant du Kadiogo vers d’autres localités et pays
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 192
exemple du Burkina Faso
Bien que chaque province ait ses spécificités, les formes d’accès à la file active sous thérapie
antirétrovirale sont presque identiques pour toutes les provinces enquêtées et ne différent donc
guère l’une de l’autre. Cependant, pour une meilleure visualisation du paquet d’activités au
sein de chaque province, nous avons choisi de proposer une petite monographie de chacune
d’entre elle, tout en restituant les données d’enquêtes de terrain y relatives.
D’une superficie de 6 852 km², la province du Boulgou est située au Centre-est du Burkina
Faso, dans la région administrative du même nom. Le chef-lieu de la province est Tenkodogo.
Le Boulgou est limité au Nord par les provinces du Kourittenga et du Ganzourgou ; au Sud
par les républiques du Ghana et du Togo ; à l’Est par les provinces du Gourma et du
Koulpélogo ; et à l’Ouest par les provinces du Zoundwéogo et du Nahouri. Situé à la frontière
du Togo et du Ghana, et traversé par une route nationale bitumée, le Boulgou connait un
important trafic routier et sert d’ouverture sur la côte pour le Burkina. La province compte 3
communes urbaines et 10 communes rurales et plus de 250 villages.
Selon les statistiques de l’INSD, la population du Boulgou est estimée à 542 286 habitants
dont 252 418 hommes et 289 868 femmes au recensement de 2006. En attendant les résultats
définitifs du RGPH 2006, on retient que selon le recensement général de la population de
1996, la densité moyenne était de 61 habitants/km2. L’ethnie ou langue majoritaire est le bissa
qui représente 66,62%, suivi du mooré (21,18%), du fulfuldé (8,2% et du koussassé 2,88%.
(RGPH 1996). Les autres langues ou ethnies sont très minoritaires.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 193
exemple du Burkina Faso
Carte 22 : Province du Boulgou, le découpage administratif
Sur le plan sanitaire, la province compte deux districts sanitaires, Tenkodogo et Zabré. Les
infrastructures sanitaires sont les suivantes par district sanitaire [DEP/MS’2008] :
- Tenkodogo : 1 centre hospitalier régional (CHR), 2 CM (Garango et Bittou) 41 CSPS,
une formation sanitaire (FS) militaire, une FS privée et une FS parapublique, 3
officines et 29 dépôts privés. Le rayon moyen d’action théorique est de 6,22 km.
- Zabré : 1 Centre Médical avec Antenne chirurgicale (CMA), 15 CSPS dont le rayon
moyen d’action théorique (RMAT) est de 6,01 km. Il existe également 4 dépôts privés
pour les médicaments
La prévalence du VIH pour l’ensemble de la région du Centre-Est était de 1,4 en 2005 et 2,2
en 2006. Elle est fournie à partir de la surveillance du site sentinelle de Tenkodogo. On ne
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 194
exemple du Burkina Faso
dispose pas des données exactes sur la prescription des ARV au niveau de la province du
Boulgou ; néanmoins la thérapie antirétrovirale est effective au CHR de Tenkodogo depuis
2004 avec la mise à disposition de 50 traitements, à l’initiative du programme MAP.
AATE : l’Association Agir Tous Ensemble (AATE) a été créée le 13 avril 2002 à l’issue
d’une assemblée de toutes les associations oeuvrant dans la lutte contre le VIH. Son aire
d’action couvre les communes de Tenkodogo et de Garango. Elle a démarré ses activités par
la prévention du VIH à travers les activités de sensibilisation (projection de film, théâtre suivi
de débats), de conseil dépistage, en stratégie fixe et en stratégie avancée. Mais les années
passant, l’association a élargi ses activités à la prise en charge communautaire des personnes
vivant avec le VIH à travers les clubs d’observance, les groupes de paroles, des repas
communautaires… De 2002 à 2007, AATE comptabilise une file active de 255 personnes
vivant avec la VIH.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 195
exemple du Burkina Faso
ASAFF : l’Association Solidarité Action Faire Face (ASAFF) est une association de
personnes vivant avec le VIH, incluant les personnes porteuses du virus et celles affectées par
l’infection à VIH. Elle a été reconnue officiellement en 2003 et elle intervient essentiellement
dans la prise en charge communautaire et la prévention. Son credo : devenir une référence
dans le soutien et l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH dans la région du
Centre Est, un idéal pour l’amélioration de leur condition de vie. Un des objectifs majeurs de
cette association est de lutter contre la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes
les personnes vivant avec le VIH mais aussi les Orphelins et enfants vulnérables.
En terme d’appui, ASAFF couvre toute la région du Centre Est et au-delà et la structure de ses
membres se présente comme suit.
Graphique 14. Répartition des membres de ASAFF par âge et par sexe
340
194
118
63
21
Jeunes (13-25 ans) Femmes (> 25 ans) Hommes (>25 ans) Veuves Veufs
L’enquête de terrain réalisée dans la province du Boulgou était constituée d’un échantillon de
57 personnes vivant avec le VIH parmi lesquelles, 95% de femmes. Sur le plan ethnique, les
deux principales ethnies présentes dans la localité se détachent bien : 49% de bissa et 40% de
mossi. Ces données viennent confirmer la nationalité des personnes enquêtées, avec 96% de
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 196
exemple du Burkina Faso
Burkinabé. Seules 2 personnes sont originaires de pays limitrophes, mais elles résident depuis
de longue date dans le Boulgou.
Par rapport à la situation matrimoniale, les enquêtées, essentiellement des femmes, sont
veuves (60%). Les personnes mariées représentent 23% de l’échantillon, suivi par les
célibataires (11%). Seulement 3 personnes vivant avec le VIH et bénéficiant de prise en
charge thérapeutique, sont divorcées et une seule personne vit en concubinage.
De l’instruction de l’échantillon, on relève que plus de 77% (soit 44 personnes) n’ont aucun
niveau scolaire. Le niveau le plus élevé s’arrête au secondaire (4 personnes), tandis que 9
personnes vivant avec le VIH ont déclaré avoir fréquenté jusqu’au primaire.
Parmi les personnes enquêtées, 70% d’entre elles sont porteuses du VIH 1, la souche la plus
répandue au Burkina Faso et 5% porteuses du VIH 2 ; tandis que 25% ignore le type de VIH
avec lequel elles vivent. Le recours au dépistage, porte d’entrée pour la prise en charge
thérapeutique est réalisé dans 63% des cas pour des raisons médicales (dépistage
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 197
exemple du Burkina Faso
proposé/suggéré au cours d’une consultation médicale). Le dépistage volontaire est effectué
par 37% de l’échantillon, soit pour des raisons de curiosité, soit au cours de campagne de
dépistage. La suspicion d’être porteur du VIH est aussi une des raisons qui motive le
dépistage volontaire, au regard de comportements à risques. Pour ce qui est des modes de
contamination, il apparaît que 72% des enquêtés aient été infectés par voie sexuelle, 2% par
voie sanguine, 4% par objet souillé tandis que 23% ne connaissent pas l’origine de leur
contamination.
Pour la thérapie antirétrovirale qui a débuté dans le Boulgou en 2003, grâce aux initiatives,
l’analyse des données montre que 18% des enquêtés ont mis sous thérapie antirétrovirale
entre 2002 et 2004. En 2005, la prise en charge thérapeutique a concerné 44% de l’échantillon
cumulé, 79% en 2006 et 98% en 2007. Une personne a rejoint la file active de traitement sida
en 2008.
A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida (JMS) 2007, le coût de la prise en
charge thérapeutique a été fixé à 1500 FCFA (un peu moins de 2 euros et 50 centimes). De
plus, les initiatives pour l’accès aux soins sida contribuent à fournir les soins. La résultante est
que pour 74% des personnes enquêtées dans la province, la prise en charge thérapeutique est
gratuite ; tandis qu’une minorité de l’échantillon (21%), contribue pour leurs soins à hauteur
de 1500 FCFA. Deux personnes ont déclaré débourser 8000 FCFA pour leur thérapie : cette
somme concerne surtout le coût des examens biologiques, telle que la numération des CD4.
Le déplacement du lieu de résidence au centre de soins est effectué à pieds par 54% de
l’échantillon d’enquête de la province, surtout les personnes vivant avec le VIH résidant dans
la commune de Tenkodogo qui sont majoritaires dans l’échantillon. Les personnes vivant
avec le VIH venant de communes éloignées autres que Tenkodogo, utilisent les transports en
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 198
exemple du Burkina Faso
commun (12%). La bicyclette est utilisée par 28% et la motocyclette par une minorité de 5%.
Le temps mis pour accéder aux structures de prise en charge thérapeutique est compris entre
10 et 120 minutes. En effet, il ressort que 37% des enquêtés cumulés mettent 20 minutes pour
arriver au centre de prise en charge. 92% des enquêtés mettent entre 10 et 60 minutes pour
arriver au centre de prise en charge. Seuls 3 personnes des enquêtés ont besoin de 95 à 120
minutes pour avoir accès au centre de prise en charge thérapeutique.
Tableau 40. Distribution des enquêtés de la province du Boulgou selon le moyen de déplacement
Moyens de déplacement Pieds Vélo Motocyclette Car/Bus Total
Echantillon 31 16 3 7 57
Pourcentage 54,39% 28,07% 5,26% 12,28% 100%
Source : données d’enquête, 2008 NIKIEMA
Des mobilités générales de l’échantillon, il ressort que l’infection à VIH n’a pas influé sur les
mobilités de l’échantillon. Les principales destinations sont Ouagadougou, Fada, Koupèla, le
Ghana (frontière commune), la Côte d’Ivoire. (Voir carte 20a)
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 199
exemple du Burkina Faso
7.4. La province du Kadiogo
Le Kadiogo est situé au coeur du Burkina Faso. Il est limité au Nord par les provinces du
Kourwéogo et d'Oubritenga, au Sud par la province du Bazéga, à l'Ouest par les provinces du
Boulkiemdé et du Kourwéogo, et à l'Est par les provinces d'Oubritenga et du Ganzourgou.
La province couvre une superficie de 2 826,28 km² pour une population estimée à 1 523 980
habitants selon le rapport préliminaire du RGPH 2006. Située sur la plaine centrale, au cœur
de ce qui a toujours été considéré comme le plateau Mossi, elle a l'avantage d'abriter la
capitale politique Ouagadougou qui demeure également le siège de la puissante chefferie
traditionnelle ayant donné le glorieux royaume Mossi de Ouagadougou. La superficie de la
province épouse les mêmes limites territoriales que la région du Centre ; on y dénombre 152
villages et 7 communes dont la capitale Ouagadougou qui est divisée en cinq arrondissements.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 200
exemple du Burkina Faso
Le Kadiogo est essentiellement une province d'immigration. En effet, en 1996 la province a
enregistré un solde migratoire positif de 793 personnes par rapport à l'étranger. Par rapport
aux autres provinces (migration interne), le Kadiogo a connu un solde migratoire positif de
200 732 personnes. Par rapport à la migration durée de vie (au moins un déplacement depuis
la naissance), les hommes sont plus nombreux surtout en milieu urbain. Le rapport de
masculinité (nombre d'hommes sur nombre de femmes) y est de 115% ; c'est-à-dire pour 100
migrantes on a 115 migrants. Par contre, en milieu rural, ce sont les femmes qui migrent le
plus : 55 hommes pour 100 femmes (RGPH, 1996).
Sur le plan sanitaire, la province est divisée en quatre districts sanitaires : Kossodo, Paul VI,
Pissy et Secteur 30. Les infrastructures sanitaires de la province connaissent des évolutions
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 201
exemple du Burkina Faso
significatives, aussi bien dans la qualité que dans la quantité. Ainsi pour 2007, la typologie
des infrastructures est la suivante [DEP/MS’2008]:
- 2 hôpitaux universitaires dont un consacré uniquement à la prise en charge
pédiatrique, le centre hospitalier universitaire Charles de Gaulle (CHUP-CDG) ;
- 16 CM/CMA (avec un ratio de 97 503 habitants /CM/CMA)
- 70 CSPS dont 68 remplissent les normes en personnel (1 infirmier, 1 accoucheuse
auxiliaire ou 1 matrone et 1 agent itinérant de santé ou 1 manœuvre)
- le Rayon moyen d’action théorique (RMAT) pour la province est de 2,40 km et il
varie du simple ou double, voir même du triple, d’un district sanitaire à un autre. Ainsi
le RMAT est de 1,56 km (Kossodo), 3,30 km (Paul VI), 0,99 km (Pissy) et 3,68
(secteur 30).
La surveillance du VIH dans la province est faite à partir du site sentinelle de Ouagadougou
qui a été l’un des trois sites du Burkina Faso à commencer la surveillance sentinelle en 1998.
Depuis cette date, la prévalence a toujours été régulièrement supérieure à la moyenne
nationale. Pour 2005 et 2006, la prévalence a été respectivement de 5,4% et 5,9%.
La riposte à l’épidémie au VIH à travers la prise en charge médicale a pendant longtemps été
le domaine des structures publiques de soins. Elles étaient appuyées par les organisations à
base communautaire, qui traitaient essentiellement des aspects psychologique, social,
économique. Mais par la suite, avec l’appui des initiatives d’accès au traitement et le soutien
de divers partenaires locaux et internationaux, certaines structures associatives ont intégré la
prise en charge thérapeutique dans leur paquet d’activités. Parmi ces structures, nous nous
sommes intéressés à deux d’entre elles : l’Association african solidarity (AAS) et
l’association SOS-Sida/jeunesse mobilisée.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 202
exemple du Burkina Faso
personnes séropositives. Le nombre des bénéficiaires de l`association étant sans cesse en
croissance, l’association initie plusieurs autres projets qu’elle greffe au centre Oasis.
© AAS, 2007
Ces séances ont lieu avant la mise sous traitement et tout au long du traitement ; elles sont
confidentielles et se résument au médecin et à son patient
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 203
exemple du Burkina Faso
De l’entretien réalisé avec un responsable du centre Oasis, il ressort que la file active est
constituée de personnes vivant avec le VIH venant de diverses et multiples origines
géographiques (de tout le pays) pour bénéficier d’une prise en charge : Kaya, Koudougou,
Kombissiri, Pô, Bittou, etc. Aussi, on enregistre des personnes de toutes nationalités et des
rapatriés de la Côte d’Ivoire (qui viennent dans l’espoir de poursuivre un traitement débuté en
Côte d’Ivoire) et également des ressortissant des pays limitrophes résidants à Ouagadougou.
Les résultats de l’enquête de terrain effectuée dans la province du Kadiogo ont porté sur un
échantillon de 300 personnes. La répartition par sexe indique que les femmes représentent
92% de l’échantillon contre 8% d’hommes.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 204
exemple du Burkina Faso
Tableau 41 : Répartition des enquêtés de la province du Kadiogo par sexe
Sexe
Structures Total
Masculin Féminin
Echantillon (Effectif) 25 275 300
Pourcentage 8% 92% 100%
Les données relatives au statut matrimonial indiquent une prédominance des veufs (39%).
Suivent dans l’ordre décroissant les personnes vivant en concubinage (20%), les mariés
(15%), les divorcés (14%) et les célibataires (12%).
La majorité des personnes enquêtées, 61% sont sans emploi rémunéré et ces données
concernent surtout les femmes, majoritaires dans l’échantillon. Les emplois rémunérés
concernent les cadres de la fonction publique, des travailleurs indépendants et des employés
du secteur privé. La représentativité de ce groupe est de 32%. L’échantillon est aussi constitué
de 8 élèves/étudiants, de 10 artisans, de 2 paysans et d’un employeur du secteur privé.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 205
exemple du Burkina Faso
Tableau 43 : Localités de résidence de l’échantillon d’enquête de la province du Kadiogo
La répartition de l’échantillon par type de VIH montre que 55% des enquêtés sont porteurs du
VIH 1, le type le plus répandu au Burkina Faso. Le VIH 2 est représenté à 9% et 2 personnes
ont la combinaison VIH 1 et 2 tandis que 35% des personnes enquêtés ignorent de quel VIH
ils sont porteurs.
Des motifs du dépistage, il ressort que 34% des enquêtés ont connu leur sérologie par un
dépistage volontaire. Et pour 64% des enquêtés, le recours au dépistage a été fait pour des
raisons médicales (dépistage proposé/suggéré au cours d’une consultation médicale en raison
de suspicion). De plus en plus d’employeurs exigent le dépistage au VIH comme complément
de dossier d’embauche : ce fut le cas pour 8 personnes de l’échantillon du Kadiogo.
Pour ce qui est des modes de contamination, 33% des enquêtés ont été infectés par voie
sexuelle, 8 personnes par la transfusion sanguine et 3 personnes par un objet souillé.
Toutefois, 64% des enquêtés ignorent comment ils ont pu contracter le virus.
Depuis les premières mises sous traitement (1999-2000), les prix des soins ont bien varié,
évoluant vers une quasi gratuité grâce à l’appui de différentes et multiples initiatives. C’est
ainsi que 84% des enquêtés déclarent ne rien dépenser en coût pour se soigner et 15% d’entre
eux déclarent débourser moins de 1.500 FCFA pour leurs soins dans la province du Kadiogo.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 206
exemple du Burkina Faso
Tableau 44 : Fréquence des coûts des soins des enquêtés de la province du Kadiogo
Coût des soins (FCFA) 0 500 800 1000 1500 2500 5000
Effectif échantillon 251 42 1 1 1 3 1
Pourcentage 83,7% 14,0% 0,3% 0,3% 0,3% 1,0% 0,3%
Pour les soins sida, les résultats montrent que le traitement a démarré en 2000 et que 38% des
enquêtés cumulés ont été mis sous traitement avant 2004 et 100% en 2007, comme le montre
le tableau ci-après.
Tableau 45 : Année de mise sous thérapie antirétrovirale des enquêtés de la province du Kadiogo
Année 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 Total
Effectif 10 10 16 31 46 48 87 52 0 300
Fréquence
3,3% 3,3% 5,3% 10,3% 15,3% 16% 29% 17,3% 0%
Les déplacements vers les centres de soins se font aussi bien à pieds qu’avec divers moyens
de locomotion.
Tableau 46. Distribution des enquêtés de la province du Kadiogo selon le moyen de déplacement
En terme de temps mis pour aller au centre de prise en charge, il ressort que 8% des enquêtés
mettent moins de 20 minutes pour s’y rendre, 83% des enquêtés mettent mois de 60 minutes
et 10% mettent entre 75 et 180 minutes.
L’infection à VIH et la prise en charge thérapeutique n’a pas eu d’impact sur les mobilités de
l’échantillon du Kadiogo, qui a continué les déplacements aussi bien à l’intérieur du Burkina
Faso que vers les pays voisins et même vers d’autre continent (Chine). La carte 21b illustre
ces différentes mobilités des personnes vivant avec le VIH qui ont été enquêté au Kadiogo.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 207
exemple du Burkina Faso
7.5. La province du Poni
Située dans la région administrative du Sud-Ouest du Burkina Faso, la province du Poni, dont
la commune de Gaoua est son chef-lieu, est comprise entre 9°50 et 10°46 de latitude Nord, et
entre 2°45 et 4°00 de longitude Ouest. D’une superficie totale de 7 514 km², la province du
Poni représente 2,7 % de la superficie totale du pays et 45,4 % de celle de la région. Elle est
limitée :
- au Nord par les provinces de la Bougouriba et du loba,
- au Sud par la province du Noumbiel et la république de Côte d'Ivoire,
- à l'Ouest par la province de la Comoé,
- à l'Est par la république du Ghana avec laquelle elle partage le fleuve
Mouhoun comme frontière naturelle.
De part sa position géographique, la commune de Gaoua est un carrefour. Elle est située à
environ 70 km de la frontière avec la Côte d’Ivoire (axe bitumé, Gaoua-Kampti-Frontière) et à
124 km des frontières Ghanéenne et Ivoirienne (axe non bitumé Gaoua-Batié-Kpéré).
Selon les résultats préliminaires du RGPH en 2006, le Poni compte 254 371 habitants dont
121 114 hommes et 133 257 femmes.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 208
exemple du Burkina Faso
Carte 24 Province du Poni en découpage administratif
Sur le plan sanitaire, la province présente des indicateurs relativement bas : on y dénombre un
CHR situé dans le district sanitaire de Gaoua, 2 CM/CMA, 32 CSPS, 5 dispensaires et une
maternité isolés. Toujours dans la province, on y trouve une structure de soins des forces
armées, 3 formations sanitaires privées, une officine et 8 dépôts privés pour satisfaire les
besoins de la population en médicaments. Le rayon moyen d’action théorique est de 7,76 km
pour les CSPS. Sur le plan des ressources humaines, le district sanitaire de Gaoua dispose
d’un médecin, 47 infirmiers d’Etat et 45 infirmiers brevetés [DEP/MS’2008].
Concernant le VIH, Gaoua constitue un site sentinelle rural et pour la prévalence, elle se situe
à 2,0% pour 2005 et 2,8% pour 2006. Les premières prises en charge thérapeutiques du sida
remontent à 2004, avec 55 traitements au CHR de Gaoua (50 sur le MAP et 5 sur le PRSS).
L’appui à la prise en charge thérapeutique (prise en charge communautaire) des personnes
vivant avec le VIH est du ressort des structures communautaires. C’est le cas de l’Association
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 209
exemple du Burkina Faso
Vie Solidaire (AVS), agréée pour les activités de lutte contre l’infection à VIH et surtout pour
la prise en charge communautaire des personnes vivant avec le VIH bénéficiant de la thérapie
antirétrovirale.
L’Association Vie Solidaire (AVS) a été créée en 1999 suite aux événements néfastes du
sida ressentis au sein de la communauté des personnes vivant avec le VIH à Gaoua
(stigmatisation, rejet, abandon, discrimination). Elle a été officiellement reconnu le 21
décembre 2001 et regroupe en son sein des membres affectés et des membres infectés par
le VIH. Son objectif principal est de « Contribuer à l’amélioration des conditions de vie
des personnes infectées et affectées par l’infection à VIH ». En terme d’approche,
l’association utilise les stratégies suivantes :
- Mise en place et animation des groupes de parole.
- Organisation des causeries éducatives dans les secteurs.
- Organisation des visites à domicile et à l’hôpital.
2 conseillères de AVS rendent visite à un malade à Ici suivi de repas communautaire, le groupe de
domicile pour lui apporter un soutien moral, s’enquérir parole est l’occasion d’échanges sur le
de son état de santé, faire le suivi du traitement et lui traitement suivi, le vécu quotidien et des
remettre un kit d’hygiène (savon, eau de javel, etc.) conseils sont prodigués aux uns et aux autres
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 210
exemple du Burkina Faso
7.5.2. Les résultats de l’enquête de la province du Poni
Elles sont toutes sans emploi et leur niveau d’instruction est le suivant : secondaire (1
personne), primaire (1 personne) et trois femmes n’ont pas été à l’école. Au regard des
données collectées, les localités de résidence sont les suivantes : quatre femmes résident dans
la commune de Gaoua (Poni) et la dernière est dans la commune de Kampti. Elles sont toutes
des ménagères.
Pour tout l’échantillon, la prise en charge thérapeutique est entièrement gratuite, grâce à
l’appui des subventions d’accès aux soins sida dont bénéficie la province.
Pour se rendre au centre de soins, les personnes enquêtées y vont à pieds, avec un temps
moyen de marche d’environ 45 à 60 minutes. Mais en terme de mobilités, depuis l’infection,
seule une personne y est soumise, se rendant principalement à Ouagadougou pour des soins
quand son état de santé l’exige. (Carte 21a).
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 211
exemple du Burkina Faso
7.6. La province du Yatenga
La province du Yatenga est située dans la région sanitaire et administrative du Nord. Elle
couvre une superficie de 7103 km² et est limitée à l'Est par la province du Bam, au nord-est
par la province du Lorum, à l'Ouest par la province du Sourou, au nord par la République du
Mali et au Sud par la Province du Zondoma. Avec ses 13 communes dont 12 rurales, le
Yatenga représente en terme de superficie 2,6% le Burkina Faso et sa population est de
547 952 habitants, soit 257 672 hommes et 290 280 femmes, selon le rapport préliminaire du
RGPH 2006 et de l’INSD de la même année. La ville de Ouahigouya, est le chef-lieu de
région et de province.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 212
exemple du Burkina Faso
Sur le plan sanitaire, la province dispose de deux districts sanitaires, Ouahigouya et
Séguénéga avec respectivement 1 CHR, 26 CSPS répartis sur une superficie de 5 343 km² et
57 CSPS couvrant un territoire de 1 856 km². Le rayon moyen d’action théorique est de 8,09
km pour Ouahigouya et de 3,22 km pour Séguénéga. Les maternités isolées sont prises en
compte dans les CSPS, du fait du paquet minimum d’activités.
Le centre hospitalier régional (CHR), localisé dans la ville de Ouahigouya, est le niveau
supérieur et le pôle de référence de toute la région sanitaire du Nord ; il couvre théoriquement
la superficie totale de la région Nord soit environ 1400 km2 et 3 médecins exercent au CHR.
La province dispose également d’une formation sanitaire parapublique, une formation
sanitaire des forces armées et 9 formations sanitaires du privé. Un seul médecin en théorie est
formé pour la prescription des ARV au sein du CHR.
A cette offre de soins publique, s’ajoute les services et soins offerts par les structures
communautaires agréées. Le rapport du CMLS/santé pour le bilan général de la mise en
œuvre du PNM 2004, fait état d’une formation sanitaire associative à Ouahigouya qui assure
la prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH. Il s’agit de l’Association
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 213
exemple du Burkina Faso
pour l’appui moral, matériel et intellectuel à l’enfant (AMMIE), leader dans la lutte contre le
VIH et la prise en charge des personnes. Elle dispose d’un centre de dépistage volontaire
anonyme et d’un centre médical de prise en charge.
Créée en 1996, AMMIE intervient dans toute la région du Nord à travers une offre multiforme
de soins. Cette association a véritablement intégré les aspects de prise en charge thérapeutique
du sida depuis 2003. Elle dispose d’une unité de soins, fonctionnant comme une formation
sanitaire de jour, avec des lits d’hospitalisation et un médecin formé pour la prise en charge
médicale. Bien que non formalisé, un système de référence et de contre-référence des malades
est pratiqué avec le CHR de Ouahigouya. En partenariat avec des réseaux d’association
nationales, internationales et avec des hôpitaux et bien d’autres fondations, initiatives et
programmes de lutte de contre le VIH et les IST, AMMIE compte une file active de 827
personnes dont 327 sont sous traitements ARV en 2006. Pour 2007, le nombre de personnes
sous ARV est de 459 personnes dont 4 enfants.
La file active a été constituée depuis 1997 et le premier malade a bénéficié d’un traitement
ARV en 2000. Les principaux partenaires subventionnant les traitements antirétroviraux sont :
ESTHER, le programme TAP, le Fonds mondial, etc.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 214
exemple du Burkina Faso
Tableau 47 : Localités de résidence de l’échantillon d’enquête de la province du Yatenga
Province
Province du Yatenga
Localités du Lorum Total
Namissiguima Ouahigouya Séguènega Tangaye Titao
Echantillon 1 36 1 1 1 40
Pourcentage 2,5% 90% 2,5% 2,5% 2,5% 100%
De l’analyse du statut matrimonial, 50% des enquêtés sont mariés et 40% d’entre eux sont
veufs. Les 10% restants sont déclarés divorcés.
Par rapport à l’occupation professionnelle, la grande majorité des personnes enquêtées, 78%
sont sans emploi rémunéré : ce sont essentiellement les activités domestiques (pour les
femmes) et les activités agricoles. Les emplois rémunérés concernent les cadres de la fonction
publique et des employés du secteur privé (3 personnes). De plus, il ressort que 5 enquêtés
sont du secteur agricole.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 215
exemple du Burkina Faso
conseillers, qui après le counselling de post-test, ont expliqué à 35%, des personnes vivant
avec le VIH, l’existence et la nécessité d’un traitement, au regard du caractère immuno-
déficient du virus. Deux personnes parmi l’échantillon enquêté ont appris l’existence du
traitement par des membres de la famille et par des collègues. Pour la thérapie antirétrovirale,
50% de l’échantillon ont commencé à en bénéficier entre 2002 et 2005 et 43% en 2006 et
2007. La quasi gratuité des ARV déclarée en décembre 2007 et le caractère communautaire de
la structure site d’enquête, influent sur le coût du traitement : il est gratuit pour 93% des
personnes et seulement 3 personnes vivant avec le VIH paient leurs thérapie à 1500 FCFA
(soit 2,287 euros).
Pour se rendre au centre de soins, la majorité des personnes enquêtées y vont à pieds, avec un
temps moyen de marche d’environ 30 à 45 minutes. Seules les personnes vivant avec le VIH
qui résident hors de la commune de Ouahigouya mettent au plus deux heures pour se rendre
au centre, en utilisant soit des motocyclettes ou les cars des transports en commun.
La lecture de la carte 21a retrace les mobilités propres aux enquêtés de la province. Le fait
d’être infecté n’entame en rien leur déplacement et les principales destinations sont
Ouagadougou, Kaya, Gourcy et dans une certaine mesure Bobo-Dioulasso et Solenzo.
Après ce chapitre dont l’objet était de restituer les données collectées sur le terrain, le chapitre
suivant va être le lieu d’analyse des différentes variables. En faisant appel à des études
spécifiques, en rappelant les différents indicateurs socio-économiques et de développement du
Burkina Faso ; en examinant l’offre de soins liés à l’infection à VIH dans sa répartition
spatiale ; nous allons rechercher les liens éventuels entre les mobilités induites par la
territorialisation de l’offre de soins et les nouvelles territorialités qui s’en dégageraient pour
les personnes vivant avec le VIH.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 216
exemple du Burkina Faso
CHAPITRE 8 : PRISE EN CHARGE THERAPEUTIQUE DU VIH ET
TERRITORIALITES
De l’offre de soins aux conditions socio-économiques des personnes vivant avec le VIH, et
prenant en compte le lieu de vie, ce sont des facteurs contribuant à induire des mobilités pour
les personnes vivant avec le VIH en quête de prise en charge thérapeutique. Mais quelles
relations peut-on établir entre ces mobilités et la prise en charge thérapeutique ? La
déstabilisation vécue par les personnes vivant avec le VIH est-elle une résultante de mobilités
induites par la quête de soins liés à l’infection à VIH ?
L’amélioration de l’accès aux soins liés au VIH nécessite que de nombreux services soient
offerts partout et à toutes les personnes vivant avec le VIH qui en ont besoin. Cela impliquent
que les nombreux services uniquement offerts au niveau central ou district, soient
progressivement et rapidement étendus au niveau des centres de soins et des milieux
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 217
exemple du Burkina Faso
communautaires (ONUSIDA/OMS’2005) où une expertise existe déjà et peut-être renforcée
grâce à des formations adéquates.
La thérapie antirétrovirale peut donc être ajoutée au paquet minimum d’activités de toutes les
structures de santé remplissant un minimum de conditions telles que l’approvisionnement
régulier et ininterrompu des médicaments, un personnel formé à la prescription et au suivi
médical des soins sida, des services de conseil et de dépistage, etc.
Graphique 15. Evolution annuelle des structures de PEC ARV, 2003 à 2007
78
80
70 59
60
50 39
40
24
30
14
20
10
0
2003 2004 2005 2006 2007
Source : synthèse faite à partir des bilans généraux de la mise en œuvre des PNM 2003, 2004, 2005, 2006, 2007
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 218
exemple du Burkina Faso
quadrillage du territoire était donc effectif en terme de localisation géographique (Voir Carte
évolution des structures, 2003). Mais à l’intérieur d’une même région sanitaire, suivant
toujours le critère de normes, les centres de référence furent les premiers à la dispensation des
traitements ARV, au regard de la qualité requis pour ce service. Ainsi, pour la même année
2003, sur les 14 structures de prise en charge thérapeutique, toutes sont des Centres
hospitaliers universitaires et régionaux en dehors des structures de la province du Kadiogo
parmi lesquelles on retrouve des structures telles que le CMA de Pissy, le camp militaire, le
CNLAT, etc. L’implication de ces structures se justifie amplement au regard de leurs
spécificités :
- le CMA de Pissy est sous la tutelle de l’ONG Médecins sans frontière (MSF), qui a
fait des soins et traitement du VIH, son cheval de bataille au Burkina Faso.
En mars 2002, MSF décidait de s'engager auprès des malades du Sida à Ouagadougou, dans
le district sanitaire de Pissy. Le Burkina Faso est un de ces nombreux pays frappés de plein
fouet par la pandémie du SIDA. Néanmoins, la majorité des malades n'a pas accès aux
soins. Le projet est intégré dans le système de santé national et l'offre de soins inclut le
- Le centre médical du camp militaire : c’est le centre de référence pour les services
militaires ; en ce sens, il dispose d’infrastructures et d’équipements de 1ère ligne, ainsi
que de personnel qualifié. Il couvre la prise en charge thérapeutique du personnel
militaire, de leurs familles et aussi de la population générale.
- Le centre national de lutte antituberculeux (CNLAT) : dans les pays en
développement, la tuberculose est la complication infectieuse et la cause de décès la
plus fréquente de l’infection VIH et le VIH est l’infection la plus souvent associée à la
tuberculose. La reconnaissance de l’interaction étroite entre les deux maladies a
conduit progressivement à une collaboration entre les programmes, voire à leur
intégration. Les programmes de lutte contre le SIDA sont incités à dépister rapidement
la tuberculose chez les sujets séropositifs présentant des symptômes suspects, voire à
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 219
exemple du Burkina Faso
rechercher chez eux une infection tuberculeuse latente, si les moyens techniques et
financiers le permettent. A l’inverse, les programmes de lutte antituberculeuse sont
incités à vérifier le statut VIH de tous les malades tuberculeux, afin d’offrir à ceux des
malades co-infectés qui sont éligibles un traitement antirétroviral simultané ou
séquentiel [Zellweger’2007]. De ce fait, la prise en charge thérapeutique du sida était
confiée au CNLAT, qui a intégré au fur et à mesure les soins par les ARV dans ses
activités en plus de la prophylaxie et du traitement de la tuberculose.
Le suivi biologique joue un rôle essentiel dans la prise en charge de l’infection à VIH. Il
permet de déterminer le moment où il devient nécessaire de débuter un traitement
antirétroviral (CD4 et charge virale), et de suivre son efficacité et sa tolérance. Il est
maintenant possible de réaliser des dosages d'antirétroviraux (recherche de sous-dosage dans
les cas d'échec de traitement, ou de surdosage s'il existe des effets indésirables), mais
également d'analyser les échecs éventuels, en recherchant des résistances par analyse
génotypique (de pratique courante), ou phénotypique [Chaplain’2006] (encore au stade de la
recherche). Les différents types de suivi sont :
25
http://www.ch-pau.fr/informations/sida.htm, observance traitement
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 220
exemple du Burkina Faso
Bilan initial (la confirmation de la séropositivité par un 2ème prélèvement, Elisa et
Western- Blot.
Surveillance biologique des personnes non traitées (avec plus de 500 lymphocytes
CD4/mm3 et une charge virale peu élevée : une surveillance tous les 3 à 6 mois des
lymphocytes CD4 et de la charge virale).
Surveillance biologique des personnes traitées (surveillance et efficacité de la
thérapie, dosage des lymphocytes CD4 et de la charge virale).
Surveillance des personnes ayant moins de 200 lymphocytes CD4/mm3 (personnes à
forte immunodépression ou insuccès de thérapie, pour surveiller la survenue des IO).
Tableau 49: Suivi biologique d'une personne vivant avec le VIH traitée ou non par TARV
Sérologie VIH + - - -
NFS, plaquettes + +} + +
CD4-CD8 + +} 3 à 6 + +
ARN-VIH + mois + +
Transaminases + +} + +
+}
Sérologie syphilis +
Sérologie CMV + Tous les ans si recherche négative au bilan initial
Sérologie toxoplasmose +
Sérologie VHB +
Sérologie VHC +
IDR 10u + - - -
Examen gynécologique + Tous les ans Tous les ans Tous les 6 mois
Radio du thorax + - - -
Fond d'œil - - - +
CMV (antigénémie ou PCR) - - - +
Hémoculture (recherche de MAC) - - - +
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 221
exemple du Burkina Faso
De la disponibilité des compteurs de CD4, on en dénombre 39 sur tout le territoire (Cf. carte
de la disponibilité des services de laboratoires). Leur répartition suit celle des CMA au sein
desquels ils sont installés. Au regard de leur nombre et de leur localisation, ils restent
accessibles à la population ; et la manipulation d’un compteur CD4 ne requiert certainement
pas une grande technicité qui nécessiterait des formations pour le personnel médical et
soignant. Mais qu’en est-il pour d’autres services biologiques, comme la Polymerase chain
reaction (PCR) ?
L’analyse de la carte relative à la distribution des services biologiques, montre que seulement
cinq structures sont équipées pour la technique PCR, Polymerase Chain Reaction, réparties
ainsi qu’il suit dans les régions selon le nombre : Boucle du Mouhoun (1), Centre (3), Hauts-
Bassins (1). Cette répartition des PCR, de par la technicité de l’équipement répond à une
territorialité gravitant autour des centres de recherche :
- Le centre Muraz (Hauts-Bassins), participe à l’identification de thématiques et à la
réalisation des études et des recherches ;
- Le centre de recherche de Nouna (Boucle du Mouhoun) ;
- Le CMA de Pissy, sous la tutelle de MSF, comme relevé plus haut, étant que centre de
référence pour les traitements et les soins sida, dispose d’un personnel qualifié à la
manipulation de la PCR. De plus, au regard de la file active de cette structure, un
équipement de soins comme la PCR se justifie amplement pour motiver l’adhésion des
bailleurs de fonds pour une telle acquisition.
- Le centre médical Saint Camille est la structure pilote de programme PTME, ce qui
justifie également la PCR.
Quelles sont les solutions pour l'enfant si la transmission de la mère à l'enfant n'a pas été prévenue?
La solution est un diagnostic précoce avec la méthode de réaction de polymérisation en chaîne (PCR). Une fois
dépisté, l'enfant pourra suivre un traitement avant que son système immunitaire ne se détériore ou qu'il ne
développe des maladies opportunistes, la plupart du temps irréversibles comme l'encéphalopathie, ou pire, qu'il ne
meure avant son deuxième anniversaire, comme c'est le cas de 60 % des enfants qui naissent porteurs du HIV.
Elena Alonso, référente médicale de Médecins Sans Frontières (MSF) pour les programmes de lutte contre le
VIH/sida, 11 août 2008.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 222
exemple du Burkina Faso
Carte 26 : L’attractivité des PCR du Kadiogo
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 223
exemple du Burkina Faso
Les données utilisées pour la réalisation de cette carte sont celles de la file active des
différentes structures de soins et de traitement sida en 2006, par province. En effet, la
technique de la PCR intervient aussi bien pour les patients traités par les TARV que ceux non
traités. L’attractivité des unités de Ouagadougou s’étend jusqu’aux provinces de l’Oudalan
(région du Sahel), Yatenga (région du Nord), Tapoa (région de l’Est). Les points représentent
le nombre de personnes vivant avec le VIH dans la province qui utilisent les services de la
PCR. Le dosage de la charge virale s’effectue deux fois l’année.
En plus d’un quart de siècle d’existence, le sida a bien changé de visage; au passage il a livré
quelques uns de ses secrets, passant d’un pronostic de mort à courte échéance à une maladie
qui se traite. Bien que le nombre de personnes bénéficiant d’une thérapie du sida ait
pratiquement doublé dans les pays en développement depuis les initiatives en 2003 ; bien que
le coût des soins et traitements du sida ait considérablement baissé, il reste que les mobilités,
qu’elles soient temporaires ou occasionnelles, pourraient à terme, constituer un frein pour
l’accès universel aux soins et traitements du sida. Surtout si ces mobilités sont liées à la prise
en charge thérapeutique et partant à un suivi régulier de la thérapie. En effet, l’éloignement
géographique des centres de santé constitue un facteur de mobilités et pourrait à terme
constituer un frein à l’accès universel aux soins.
Très souvent oubliée, la question de la distance matérielle est primordiale dans l’accès aux
soins. L’offre de soins répond à des politiques, des logiques institutionnelles qui ne peuvent
intégrer tous les besoins « individualisés ou différenciés » des populations. De nombreux pays
en développement sont confrontés à ce problème d’accessibilité aux soins sida, comme en
témoigne le cas du Laos. « Au Laos, se faire soigner quand on est affecté par le virus du sida
reste un challenge. Les malades n'ont le choix qu'entre deux centres de soins ouverts par une
ONG ; l'un en province, l'autre ouvert l'année dernière seulement dans la capitale Vientiane.
Monsieur B. avoue son soulagement. Fini pour lui les éprouvants allers-retours entre
Vientiane, où il vit, et l'hôpital de Savannakhet, dans le centre du Laos. Pendant un an, il a dû
parcourir, tous les deux mois environ, les 490 kilomètres séparant les deux villes. Au Laos,
pas de ligne de chemin de fer; c'est donc en bus qu'il faisait le voyage. Deux jours de trajet,
particulièrement pénibles lorsque l'on est affaibli par le VIH » [Donnars’2008].
26
Outils simplifiés et standardisés pour dispenser le traitement antirétroviral : Pour renforcer
sans délai l’application du traitement antirétroviral, il faut élaborer des principes directeurs
conviviaux qui aident les agents de santé à identifier et mobiliser les personnes vivant avec le
VIH/SIDA, à dispenser le traitement et à en contrôler les résultats, y compris l’émergence
éventuelle d’une pharmaco résistance. L’OMS met au point de tels outils.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 225
exemple du Burkina Faso
exposé à travers la stratégie d’intervention de l’OMS pour atteindre les objectifs de
l’initiative.
L’initiative « 3 x 5 », l’OMS et ses partenaires vont élaborer des principes et des mécanismes
afin de promouvoir et d’offrir un accès équitable aux services de traitement antirétroviral et de
soins pour les femmes, les filles et les enfants, et notamment les groupes marginalisés de
personnes vivant avec le VIH et le sida [UNIFEM’2003]. Les principes de l’initiative sont
sont focalisés sur la nécessité d'améliorer les parties prenantes à tous les niveaux de la chaîne
d'approvisionnement et de la demande. La coopération entre les décideurs politiques de
transport et de santé, communautés locales, les personnels de santé et PvVIH est cruciale en
vue de développer une approche holistique pour l'accès aux services de santé.
Prenant le cas des femmes enceintes en consultation prénatale, cette consultation se fait dans
les formations sanitaires de base, en l’occurrence les CSPS au Burkina Faso.
Malheureusement, la thérapie des soins et traitements liés au VIH n’est pas disponible dans
ces formations sanitaires de base, sauf celles qui sont intégrées dans le programme national de
prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Le dépistage du VIH doit être
proposé pendant les consultations de soins de santé primaire, au même titre que celui de la
malaria ou de la malnutrition. Ensuite, « décentraliser les activités est la meilleure solution
pour garantir l’accessibilité des traitements aux populations les plus reculées et
décongestionner les hôpitaux surchargés et souffrant d’une grave pénurie de personnel
soignant », telle sera l’implication et l’apport des communautés à la réalisation de l’initiative.
L’analyse de la mobilité de l’échantillon d’étude montre que sur l’ensemble des mobilités
occasionnelles ou temporaires, très peu sont concernées par des motifs de santé ou de
recherche de thérapie sida. L’ensemble des mobilités considérées, soit un total de 157, seules
9 ont concerné un motif de soins, soit 6%. L’étude ayant retracé les mobilités depuis 1986, les
résultats viennent confirmer que l’effet de mobilités liées à prise en charge thérapeutique n’a
plus cours, du fait des initiatives d’accès aux soins et traitement sida.
Raisons de
Motifs Funérailles Soins famille Travail Visite Autres Total
Fréquence 7 3 5 7 70 3 95
% 7% 3% 5% 7% 74% 3% 100%
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 226
exemple du Burkina Faso
Tableau 51 : Fréquence des mobilités temporaires selon le motif
Visite/ Raisons
Motifs Funérailles Décès Mari Travail Vacances Soins Familiales Autres Total
Fréquence 6 1 3 37 6 5 4 62
% 10% 2% 5% 60% 10% 8% 6% 100%
Dans tous les cas, l’offre thérapeutique en terme d’accès aux ARV est suffisante en quantité et
en qualité. Aussi, les mobilités liées à la quête thérapeutique ne doivent pas être encouragées.
Dans les cas retrouvés parmi l’échantillon d’enquête, les mobilités concernent des personnes
vivant avec le VIH, en quête d’une prise en charge globale, au regard de leurs conditions
socio-économiques. La prise en charge globale, qui va au-delà des soins et traitements, offre
un soutien alimentaire, vestimentaire, psychosocial et le développement d’activités
génératrices de revenus pour permettre aux bénéficiaires de créer des conditions meilleures de
vie à travers la chronicité du sida qu’offre la prise en charge thérapeutique.
Premiers niveaux de soins, les centres de santé primaires sont aujourd’hui en mesure de
proposer des activités de prévention, de dépistage et de traitements anti-rétroviraux.
« Avant je devais parcourir 40 kms, aujourd’hui je peux aller dans un centre de santé
qui n’est qu’à 3 ou 4 kms » témoigne une patiente.
En plus d’un quart de siècle d’existence, le sida est devenu la première cause de mortalité
dans de nombreux pays, surtout en Afrique subsaharienne. Pourtant, la chronicité de la
maladie est une réalité avec les multiples thérapies pour les soins et traitements du sida. De
nombreux traitements permettent de prolonger la vie et d’améliorer les conditions générales
de vie de plusieurs milliers de personnes vivant avec le VIH. Si au Nord comme au Sud,
l’épidémie constitue un drame humain, social et économique, force est de constater
malheureusement que l’infection à VIH demeure un dilemme des pauvres qui peinent à
survivre pour pouvoir se prendre en charge, face à une maladie dont les soins et traitements
semblent être l’apanage des personnes aisées.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 227
exemple du Burkina Faso
8.1.3.1. Infection à VIH et conditions socio économiques
Selon l’ONUSIDA, les personnes à faible revenu risquent plus de contracter le virus, et celles
qui sont infectées ont du mal à gagner leur vie à cause de la maladie et de la stigmatisation
[ONUSIDA’2002]. Il nous semble important de revenir sur les liens de causalité
entre infection à VIH et conditions socio-économiques au Burkina Faso. Bien que très peu ou
pas d’études aient clairement croisé variables épidémiologiques et données socio-
économiques27, il existe quelques études pertinentes qui ont fait des analyses des liens entre
infection à VIH et pauvreté. Parmi elles, l’ « Etude multi-sites et sur les jeunes de Bobo-
Dioulasso » [Baya’2000] est l’une des rares qui ai traité du statut sérologique des enquêtés en
lien avec leurs conditions socio-économiques. De cette étude, on retient que la population
adulte est la plus touchée au Burkina Faso, avec une forte proportion de femmes.
Il ressort de l’étude VIH/sida et pauvreté au Burkina Faso, que « le VIH touche un nombre
plus élevé de pauvres que de riches, compte tenu tout simplement de la taille démographique
de chacune de ces catégories socio-économiques » [PNUD’2001].
27
Pendant plusieurs années, les contraintes éthiques n’ont pas permis aux tests sérologiques
de constituer des données exhaustives permettant d’établir la carte d’identité socio-
économique des personnes vivant avec le VIH, à cause de leur caractère anonymes et
volontaires.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 228
exemple du Burkina Faso
refuser l’acte sexuel) les expose à avoir davantage de partenaires sexuels multiples et ainsi,
aux risques d’infection à VIH.
Enfin la dernière étude sur laquelle nous nous sommes rapportés est le rapport humain du
PNUD sur le Burkina Faso, en 2001. Tout le chapitre 4 du document relatif à VIH/sida et
pauvreté, montre que l’épidémie du VIH aggrave la pauvreté des ménages qui sont déjà
pauvres, [PNUD’2001]. Le rapport souligne par ailleurs que la pauvreté est un facteur de
vulnérabilité au VIH/sida. La pauvreté rend, en effet, les pauvres vulnérables à l’infection à
VIH, à la morbidité et à la mortalité.
De façon plus générale sur toute la population et à l’échelle du pays, l’Institut National de la
Statistique et de la Démographie (INSD), a conduit pour le compte du gouvernement
burkinabé deux Enquêtes Prioritaires (EP I et II) d’envergure nationale sur les conditions de
vie des ménages en 1994 et en 1998. Plus récemment en 2003, l’Enquête Annuelle du Burkina
sur les Conditions de Vie des Ménages [EA/QUIBB’2003] a été menée. Selon le rapport sur
les conditions des ménages publié en 2003, la proportion de la population burkinabé vivant en
dessous du seuil de pauvreté est de 46,6% en 2003, contre 45,3% en 1998 et 44, 5% en 1994 ;
l’espérance de vie à la naissance est estimée à 45,7 ans, le taux d’alphabétisation des adultes à
27% et le taux de scolarisation à 21,8%, dont 15,4% pour les femmes [INSD/EBCVM’2003].
L’étude soutient que « sans aucun doute l’épidémie entraîne de graves conséquences au
niveau social et économiques des personnes vivant avec le VIH et leurs familles : les ménages
pauvres sont affectés par la réduction des revenus, par la hausse considérable des dépenses
médicales et malheureusement par les dépenses funéraires lors du décès des personnes vivant
avec le VIH. »
Au regard des différentes analyses ci-dessus, nous reportons notre regard sur les
caractéristiques sociodémographiques de notre échantillon d’enquête, telles que synthétisées
dans le tableau ci-après.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 229
exemple du Burkina Faso
Tableau 52 : Extraits des caractéristiques sociodémographiques de l’échantillon
Variables femmes Analphabètes Niveau primaire Sans Veufs Infection par voie
emploi sexuelle
Pourcentage 91% 47,8% 34,3% 68% 42,3% 39%
La paupérisation des ménages s’est accrue dans un contexte de crise mondiale : une enquête
qualitative a été faite dans les secteurs les plus vulnérables des deux principales villes du
pays, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Les résultats montrent que l’évolution des prix a
détérioré rapidement les conditions de vie [PNUD’2007]. Aussi, pour les ménages pauvres, la
structure des dépenses a été ajustée en faveur des dépenses alimentaires (entre 60 et 80 pour
cent de leurs revenues) au détriment des dépenses de santé et d’éducation. L´enquête a
également relevé une dégradation sensible de l’état de santé des groupes vulnérables due à
une plus grande vulnérabilité aux maladies, à une réduction de l’hygiène alimentaire,
vestimentaire, corporelle et du foyer.
D’une manière générale, les soins et traitements du sida ont connu un essor à partir de 2004,
par l’entremise de diverses initiatives d’accès au traitement, dont le « three by five » dont la
mise en œuvre, débutée en 2003, aura permis de constater jusqu’en 2006, des progrès
remarquables sur les plans géographique et institutionnel.
Les caractéristiques de l’échantillon d’enquête par rapport à la date de mise sous traitement
montrent une prépondérance des années 2005 à 2006 : elles concentrent le plus grand nombre
d’inclusion à la file de prise en charge thérapeutique.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 230
exemple du Burkina Faso
Tableau 53 : Répartition de l’échantillon selon l’année de prise en charge thérapeutique
Année de mise sous ARV Fréquence % % cumulé
2000 11 2,74 2,74
2001 10 2,49 5,22
2002 20 4,98 10,2
2003 32 7,96 18,16
2004 59 14,68 32,84
2005 79 19,65 52,49
2006 115 28,61 81,09
2007 72 17,91 99
2008 4 1 100
Total 402 100
Source : NIKIEMA, 2008 : Résultats de l’enquête de terrain
Jusqu’en 2004, seules 24 structures réparties dans 11 provinces dispensaient des soins et
traitements du sida. Au niveau institutionnel, la déconcentration de l’offre de soins n’était pas
effective : seuls les CHR des chefs-lieux de région, ainsi que quelques structures spécifiques
(CMA Pissy, Centre médical Saint Camille, centre médical du camp militaire, etc.). Pour
bénéficier d’une consultation, les personnes vivant avec le VIH étaient soumises à des
conditions éprouvantes, surtout quand on sait l’état avancé d’infection dans lequel elles se
rendaient au centre médical28 :
- des longues heures de marche (pour les plus chanceux qui résidaient dans une localité
proche du chef-lieu) ou de voyage (pour souvent dormir sur le pas de l’hôpital et
attendre le lendemain) ;
- les coûts du transport d’un lieu à un autre ;
- le mauvais état des voies de communication ;
- les pesanteurs sociales sont entre autres des freins pour des personnes vivant avec le
VIH en quête de prise en charge thérapeutique.
28
Enquêtes de terrain du DEA
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 231
exemple du Burkina Faso
8.1.3.4. Initiatives d’accès à la prise en charge thérapeutique et coût des soins
Le principal effet majeur de la mise en œuvre des différentes initiatives d’accès aux
traitements et soins du sida, a été la prise en compte du niveau de revenus des populations
les plus concernées par l’infection et ayant besoin de traitement. Ainsi, la quête de prise en
charge thérapeutique, longtemps modulée par les coûts de l’offre, devenait accessible à
une frange de la population aux caractéristiques socio-économiques défavorables. Si le
nombre de personnes vivant avec le VIH sous thérapie a augmenté de 2004 à 2006, c’est
que dans le même temps les coûts de la prise en charge thérapeutique étaient divisés par 5,
voire par 10 (Cf. tableau suivant) .
Cette situation est confirmée par l’enquête terrain en ce sens que la plupart des enquêtés
(83%) ont accès aux ARV gratuitement et 15% à moins de 1500 F.CFA.
Tableau 54 : Situation des contributions financières des personnes enquêtées pour leur prise en charge
thérapeutique
Somme déboursée
pour ARV (FCFA) Fréquence %
0 335 83,3
500 42 10,4
800 1 0,2
1000 1 0,2
1500 16 4
2500 3 0,7
5000 2 0,5
8000 2 0,5
Total 402 100
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 232
exemple du Burkina Faso
médicaments. Aussi, au regard de la disparité nationale de l’offre de soins, et en prenant en
compte que les mobilités géographiques ne sont plus liées à la quête de thérapies, il reste à
poser la question sur les éléments qui pourraient constituer des facteurs de déstabilisation et
partant, de territorialités, pour les personnes vivant avec le VIH.
L’analyse des différentes données (la lecture des cartes en tant qu’outil de recherche mais
aussi en tant que résultat de recherche), fait appel à des aspects qui dépassent le cadre de
l’analyse ou de la prospection du géographe. Ajoutée aux informations que livrent les cartes,
l’analyse des différentes variables et le traitement des entretiens individuels nous amène vers
des concepts de stigmatisation et de discrimination. Loin de nous, la prétention de nous
attarder dans un domaine aux circonvolutions bien profondes. Mais nous allons transcrire les
informations y relatives que nous avons pu collecter au cours de notre études.
Dès 1987, Jonathan Mann, fondateur du Programme mondial sida de l’Organisation mondiale
de la santé mettait la communauté internationale en garde contre le risque d’accroissement des
exclusions sociales et de la stigmatisation consécutif à l’épidémie. Jonathan Mann prévoyait
une lutte contre l’épidémie en trois phases et soulignait que la dernière porterait
essentiellement sur les réponses sociales, culturelles, économiques et politiques au VIH. Cette
« troisième épidémie », marquée par la discrimination et la stigmatisation, constituerait, selon
Jonathan Mann, un défi aussi central que la maladie elle-même.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 233
exemple du Burkina Faso
Ce phénomène est bien connu et régulièrement combattu au niveau international. En
témoignent certaines initiatives telles que celle de Denver (Colorado, Etats-Unis) qui est créée
depuis 1983 lors du deuxième Forum national sur le SIDA et rassemble des personnes vivant
avec le VIH autour de la lutte contre la stigmatisation. Les 'Principes de Denver' adoptés lors
de ce Forum recommandent en effet que toute l'aide possible soit apportée aux personnes
vivant avec le VIH dans leur lutte contre la stigmatisation et la discrimination associées au
VIH et au sida29.
Selon le rapport ONUSIDA 2004, la stigmatisation a des répercussions concrètes sur la vie
des personnes vivant avec le VIH. En outre, elle est perçue comme engendrant parfois la
honte ou la peur de l'ostracisme. De ce fait, elle contribue à dissuader les malades dans leur
démarche de demande d’aide aux autres membres de leur famille ou de leur communauté,
mais aussi dans leur quête d’une prise en charge thérapeutique. L’acuité de ce problème a
justifié la tenue d’une table ronde sur "VIH/SIDA, stigmatisation et discrimination : une
approche anthropologique, en novembre 2002 à l’UNESCO et qui a rassemblé des chercheurs
en sciences sociales travaillant sur cette thématique dans différentes régions du monde
[UNESCO’2002].
Au Burkina Faso, comme dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne et dans le
monde, la notion de stigmatisation précède celle de discrimination. La stigmatisation se
définit comme une marque, une empreinte qu’on « colle » à une personne pour la différencier
du groupe social auquel elle appartient. Et cette tache n’est pas des moindres car c’est un
stigmate de maladie, le sida, qui demeure encore méconnu des populations dans ses diverses
29
Définition des principes de Denver extraite du livre d’Act Up-Paris, Le sida, combien de
divisions ?, éditions Dagorno, 1994
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 234
exemple du Burkina Faso
manifestations : depuis l’infection jusqu’à la prise en charge.
La manifestation d’une différence entre les personnes vivant avec le VIH et le groupe de
population affectée peut venir des individus infectés eux-mêmes. Dans ce cas, on parle d’une
auto-stigmatisation.
Le vécu de la maladie (plus d’un quart de siècle de vie) a fortement modifié la perception de
la société. C’est une maladie qui faisait peur, une peur qui conduisait à des comportements de
stigmatisation envers les personnes vivant avec le VIH. L’analyse des données collectées lors
de l’enquête de terrain ne permet pas une lecture sociale de cette discrimination. Nous allons
donc nous référer à diverses études30 menées au Burkina Faso pour étayer nos propos.
Ainsi :
« Avant quand je voyais un séropositif, moi-même j’éprouvais une peur intérieure par rapport
à cette personne. On avait mal compris la maladie. Avant quand on voyait un PVVIH, on le
fuyait, c’est comme si le toucher de la personne te contaminait le VIH. » (Homme, 30 ans,
célibataire, sérologie non définie, Ouagadougou).
« Avant que je ne contracte la maladie, quand je voyais une PVVIH je la fuyais. » (Femme,
38 ans, séropositive, mariée, Ouagadougou).
« J’avais peur des séropositifs. Je n’osais pas les approcher. » (Femme, 30 ans, séropositive,
mariée, Yako).
30
Ce sont des témoignages issus de diverses études : ANRS 1281, IRD/Centre Muraz,
SP/CNLS-IST & le KIT d’Amsterdam…
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 235
exemple du Burkina Faso
« Je prenais les gens qui ont le VIH/SIDA comme des gens qui n’ont pas été sérieux dans
leurs comportements dans la vie ; c’est ce que je pensais des autres PVVIH » (Homme de
34 ans, sérologie non définie, célibataire, Ouagadougou).
Des données de l’étude, on retrouve des facteurs explicatifs de mobilités, en rapport avec la
stigmatisation et la discrimination. A la question « avez-vous toujours habité là, si non
pourquoi ? », il ressort que 44% de l’échantillon a au moins une fois changé de lieu de
résidence. Et parmi les différentes raisons évoquées, celles liées à stigmatisation et
discrimination sont prépondérantes.
1 131 73,60
2 17 9,55
3 5 2,81
4 25 14,04
Total 178 100
Les motifs « 1 » : renvoie à toutes les réponses ayant un lien avec la situation familiale ; et les
réponses codifiées par « 2 », traduisent le changement de résidence suite « au décès du
conjoint ». Les choix 3 et 4 portent respectivement sur « raisons de santé » et « recherche de
travail »
Cette discrimination mérite certainement une recherche plus fouillée, car elle a des facteurs
aggravants au regard de la catégorie sociodémographique concernée : femmes, veuves pour la
plupart, divorcées (répudiées) et sans ressources financières. Si on considère le statut
sérologique des enfants et du conjoint, les cas infectés qui ressortent sont synonymes de
déstabilisation pour ce groupe.
L’offre de soins et traitements du sida est structurée autour de 4 types de structures de prise en
charge thérapeutique : les structures publiques, privées, communautaires et confessionnelles.
Selon l’étude sur « stigmatisation et fréquentation des structures de prise en charge du VIH :
cas des hommes au Burkina Faso » [SP/CNLS-IST’2007], la majorité des personnes vivant
avec le VIH en quête de traitement utilisent les formations sanitaires associatives et
confessionnelles à 64,1% contre 31,7% pour les formations sanitaires publiques.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 236
exemple du Burkina Faso
Tableau 56 : Fréquentation des structures de prise en charge thérapeutique
Type de structure utilisée pour la prise en Effectif %
charge thérapeutique
Centre médical public 45 31,7%
Centre médical privé 5 3,5%
Centre médical confessionnel 15 10,6%
Associations/ONG 76 53,5%
Autre 1 0,7%
Total 142 100,0%
Selon la même étude, le choix d’une structure pour la prise en charge thérapeutique est
fonction de plusieurs éléments, allant de l’accueil du personnel à la disponibilité et à la qualité
des services offerts. Le coût des prestations est aussi un facteur important ; il motive le choix
de la structure, au regard des conditions socio-économiques de la population d’enquête en
particulier et des populations les plus vulnérables face à l’infection en général. Le tableau ci-
après présente les fréquences des différentes motivations pour le choix de la structure de prise
en charge thérapeutique.
La place de choix revient aux soins, ce qui reste bien évidemment le premier motif qui
conduit les personnes vivant avec le VIH au centre de soins. L’importance du deuxième
critère, c’est-à-dire la discrétion (confidentialité) est assez révélatrice du besoin des PVVIH
de garder leur statut secret dans le souci d’éviter la stigmatisation.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 237
exemple du Burkina Faso
8.2.2. Personnes vivant avec le VIH, mobilités et recomposition territoriale : les
territorialités induites par la prise en charge thérapeutique
La prise en charge thérapeutique entraîne pour les personnes vivant avec le VIH, des
transformations de leur vécu quotidien et, partant une recomposition territoriale. Cette
recomposition territoriale trouve ses fondements dans la disparité de l’offre de soins et de
traitement du sida, d’une part ; et d’autre part, dans la perception de la stigmatisation ou de la
discrimination de la part de la société dans laquelle évoluent les personnes vivant avec le
VIH. Ces nouvelles territorialités, induites par la quête d’une prise en charge thérapeutique,
s’affranchissent des frontières, de multiples manières. Leur mise en place, leur « tracé »
résulte de croisement de plusieurs facteurs allant du social (le vécu quotidien, les stigmates, le
regard de la société, etc.) au spatial (localisation du lieu de vie, la distribution de différents
offres et services nécessaires aux personnes vivant avec le VIH…).
1- Femme de 42 ans, Burkinabé (mossi), mariée avec 5 enfants. Résidant dans une commune
ne disposant pas de structure de prise en charge thérapeutique. Ménagère sans aucun
niveau d’instruction, elle vit à Séguénéga avec son époux depuis plus de 25 ans, donc bien
avant la déclaration des premiers cas de sida. Elle n’a effectué qu’un seul voyage hors de
sa commune de résidence : en 2004, elle a passé 3 semaines à Bobo-Dioulasso. Motif,
rendre visite à des parents. Dépistée en 2005, elle a bénéficié d’une prise en charge
thérapeutique depuis mai 2006 à Ouahigouya.
Sa mobilité s’est crue, à travers les déplacements périodiques et fréquents pour renouveler
son ordonnance médicale, participer au club d’observance pour le suivi de la prescription
médicale.
Pour les examens biologiques, elle a inclus la province du Kadiogo dans sa recomposition
territoriale. Son territoire de vie s’en trouve ainsi modifié, et ses mobilités sont accrues.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 238
exemple du Burkina Faso
Carte 27. Flux du déplacement par année de Séguénéga à Ouahigouya
Résidence
depuis début
Résidence actuelle Lieu de soins ARV 2004 2005 2006 2007
Depuis le début de son traitement, elle va toujours à Ouagadougou malgré l’arrivée des
thérapies à Gaoua. Ainsi pour 2006, elle s’est déplacée 2 fois à Ouagadougou pour ses soins
et dans le même période, elle a fait trois séjours médicaux à Gaoua.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 239
exemple du Burkina Faso
Carte 28. Mobilités vers Ouagadougou (depuis 1994) et vers Gaoua (2005)
3- Veuve de 47 ans, avec 5 enfants. Son dépistage, effectué en 2005 après une suspicion
médicale, a permis de bénéficier d’une thérapie antiretrovirale dans la même année.
Malgré la distance qu’elle parcourt régulièrement (45 km), elle n’a pas l’intention de
changer de centre pour sa prise en charge thérapeutique. Cette conviction tient du fait
que le CHR de Koupèla a connu des situations de ruptures de stock en ARV, surtout
en 2005.
Son cas illustre les ruptures de stocks qui ont été signalés entre 2004 et 2005. Dans un
premier temps, sas mobilités étaient justifiées par les soins. Mais depuis 2006, aucun
district ne signale encore des ruptures de stocks en ARV.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 240
exemple du Burkina Faso
Carte 29. Mobilités liées à la prise en charge globale
5- Jeune mère burkinabé de 26 ans, mariée avec un enfant. Elle a effectué un dépistage
volontaire en 2006 et depuis 2007, elle bénéficie d’une prise en charge thérapeutique.
Bien que la distance qu’elle parcourt soit très éloignée, elle continuera à venir dans ce
centre à Ouagadougou, tant qu’il n’y aurait pas un centre identique que Oasis dans sa
localité. NB/ Epoux est infecté.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 241
exemple du Burkina Faso
6- Jeune femme de 27 ans. Dépistage au VIH réalisé après suspicion médicale en 2006.
La distance entre sa résidence et le centre est très éloignée mais elle y va parce qu’il
n’y a pas d’autre centre proche de chez elle. En 2007, pendant trois semaines, elle n’a
pas pu rejoindre son club d’observance pour raisons financières.
Ces cas sont des typiques de mobilités non liées aux soins prioritairement car le CM de
Boussé dispense les soins et traitements du sida depuis 2006. Ces femmes ne devraient
plus être dans la file active de Oasis, s’il n’y avait que les soins qui motivaient leurs
périodiques déplacements, de Boussé vers Ouagadougou. De plus, il y a le centre médical
Paul VI qui, en terme de distance, est encore plus proche pour elles que le centre Oasis.
Les raisons de leur présence à Oasis sont liées à une prise en charge globale, que ne
dispense pas les structures publiques d’offres de soins.
7- Mère de 42 ans divorcée avec 4 enfants. C’est par suite d’une suspicion médicale
qu’elle a effectué son dépistage en 2003, année de sa mise sous thérapie
antiretrovirale. Elle a débuté sa thérapie dans un autre lieu, centre médical Paul VI.
Elle a changé par la suite à cause de la distance et pour bénéficier des soins. NB/ elle a
été contaminée en 2003 par son époux, alors qu’ils étaient à Divo (en Côte d’Ivoire)
où son mari est planteur.
8- Femme de 29 ans, vivant en concubinage, avec deux enfants dont elle ignore la
sérologie. La suspicion médicale a été à l’origine du test de dépistage effectué en
2006. Sa prise en charge thérapeutique a commencé en 2007 et bien qu’elle connaisse
d’autres centres de prise en charge, elle fréquente le centre Oasis pour l’aide globale
dont elle bénéficie, notamment les dons de vivres.
10- Femme de 39 ans, veuve, trois enfants dont aucun n’est vivant avec le VIH. Elle
bénéficie d’une prise en charge thérapeutique depuis 2004 après un dépistage effectué
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 242
exemple du Burkina Faso
en 2005, des suites d’une suspicion médicale. Le centre est assez éloigné pour elle
mais elle dit ne pas vouloir changer de lieu car elle s’est habituée à s’y rendre pour ses
soins.
11- Femme de 24 ans, vivant en concubinage, mère d’un enfant. Elle a été dépistée
positive en 2003 suite à des examens médicaux. Elle trouve le centre éloigné de sa
maison mais depuis 2003 qu’elle est sous thérapie ARV, elle a fini par s’habituer et ne
compte pas changer de centre.
12- Une veuve de 27 ans, avec 2 enfants non infectés ; dépistée positive au VIH en 2006
suite à une suspicion médicale, elle a été mise sous thérapie antiretrovirale en 2007. La
distance qui la sépare du centre de soins est assez éloignée, mais elle a choisi d’aller à
cause de la prise en charge alimentaire dont elle bénéficie en plus des soins gratuits.
13- Femme mossi, 30 ans, vivant en concubinage, 1 enfant ; a été dépistée en 2006 et est
sous thérapie antiretrovirale depuis cette date. Malgré la distance très éloignée qui la
sépare du centre Oasis, elle a choisi d’y aller sur les recommandations de son
médecin ; elle s’y finalement habituée à parcourir. NB/ Son conjoint est infecté mais
leur enfant ne l’est pas. Les relations du couple ont été resserrés depuis qu’ils ont tous
les deux connu leur sérologie vis-à-vis du VIH.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 243
exemple du Burkina Faso
Conclusion partielle
Les résultats de l’enquête de terrain ont confirmé dans une large majorité les données relatives
à l’infection à VIH au Burkina Faso. Les caractéristiques sociodémographiques, économiques,
les indicateurs relatifs à l’infection elle-même ou à l’accessibilité aux soins et traitements liés
au VIH, sont les identiques aux caractéristiques qui ressortent des données ONUSIDA/OMS.
Les personnes vivant avec le VIH au Burkina Faso, pour la plus grande majorité, à la faveur
de l’accès aux traitements au traitement pour tous, prôné par diverses initiatives, ont vu leurs
conditions de vie s’améliorer (augmentation de l’espérance de vie, amélioration de niveau de
vie car pouvant encore travailler, pas de dépendance vis-à-vis de la communauté, etc.).
De grands efforts ont été consentis par le Gouvernement avec l’appui de ses différents
partenaires pour faciliter l’accès et la disponibilité aux soins, à l’échelle de la collectivité
locale de base, à savoir la province. Cela devait soulager une population caractérisée par une
forte paupérisation. Néanmoins, on constate encore ça et là des mobilités de personnes vivant
avec le VIH. Ces mobilités, qui à priori, semblent induites par la prise en charge
thérapeutique, n’en est rien quand on y regarde de près. Si quelques personnes vivant avec le
VIH assistent à une recomposition territoriale du fait des soins liés à l’infection à VIH, cela
est dû à une exigence de leur état de santé qui nécessite un recours de référence. Mais pour
bon nombre de mobilités, elles sont le fait d’un besoin de soutien autre médical : une prise en
charge globale avec un accent sur l’appui financier, les ressources alimentaires et la prise en
charge scolaire des enfants pour ceux qui en ont. Cette recomposition territoriale permet
également aux personnes vivant avec le VIH, d’échapper au phénomène de stigmatisation et
de discrimination en se fondant dans une grande localité. C’est le cas de Ouagadougou avec
ses structures communautaires associatives dont le rôle premier est l’assistance et l’aide aux
personnes vivant avec le VIH, sous diverses formes.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 244
exemple du Burkina Faso
ConClusion générale
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 245
exemple du Burkina Faso
Depuis les premiers cas de sida dont mention a été faite en 1981 par l’immunologiste Michael
Gottlieb dans la revue scientifique Morbidity and Mortality Weekly des Centers for Disease
Control d’Atlanta, le visage de ce mal a beaucoup changé. D’une simple infection, le VIH est
devenu très vite une épidémie, puis une pandémie de par son aspect globalisant et généralisé,
présent sur tous les continents. En un quart de siècle la « Planète sida » a connu de profonds
bouleversements et de grands changements démographiques, socio-économiques, sanitaires ;
mais le plus grand reste, sans conteste, l’arrivée en 1996 des associations puissantes
d’antiretroviraux communément appelées multithérapies31 (Pillonel et Laporte, 2002). Les
progrès thérapeutiques ont transformé l’infection à VIH de maladie progressive, dont la
finalité est la mort, en une maladie chronique. La mobilisation des chercheurs (biologistes,
épidémiologistes, virologues, etc.) a permis de rendre disponible des médicaments liés aux
soins et aux traitements du sida. L’implication aux plus hauts niveaux institutionnels et
communautaires a permis d’assurer des prises en charge thérapeutiques à des personnes
vivant avec le VIH dans les pays à ressources économiques et financières limitées. Des vies
humaines ont été sauvées, et les effets dévastateurs de l’infection sur les individus, les
familles, les communautés, les systèmes de santé, l’éducation, l’agriculture, la production, la
sécurité et le développement en sont largement atténués (ONUSIDA, 2006).
Toutefois, la lecture des données laisse percevoir un déséquilibre mondial des soins et des
traitements du sida : il reflète le tableau général des inégalités en matière de santé et donne à
la communauté internationale l’occasion de prouver qu’elle est véritablement décidée à y
mettre fin (OMS 2004). C’est ainsi que plusieurs initiatives sont mises en œuvre, que
plusieurs slogans sont lancés pour améliorer l’accès aux soins et aux traitements d’un plus
grand nombre. Cet élan permit de réduire la fracture entre Nord et Sud de la riposte au VIH.
Au Burkina Faso, la prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH a
timidement démarré en 1999 ; elle concernait des prescriptions particulières sur un échantillon
très petit de privilégiés. La principale raison était surtout l’accessibilité à la thérapie ; une
accessibilité qui se décline à travers la disponibilité, le coût, l’accessibilité géographique, et
les pesanteurs sociales qui constituent des freins à cet objectif.
31
Pillonel J., Laporte A. « d’une maladie mortelle à une maladie chronique », In Adsp, « Le sida 20 ans après »,
n°40, septembre 2002.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 246
exemple du Burkina Faso
Il faut attendre pratiquement une décennie plus tard pour que la prise en charge thérapeutique
connaisse son tournant décisif en 2004, avec l’appui des différentes initiatives qui ont permis
de faire face à une forte demande croissante. Cela a conféré une double importance à l’offre
de soins à travers une couverture géographique plus grande et un niveau institutionnel
renforcé.
Des facteurs de vulnérabilité et des facteurs aggravants face à une infection généralisée
Pays aux potentialités naturelles bien limitées, avec une économie fortement agricole, le
Burkina Faso connaît un phénomène d’urbanisation peu maîtrisé et une forte croissance
démographie avec une proportion élevée des jeunes de 15-49 ans et de femmes (52%). La
pauvreté et la précarité socio-économique sont responsables (i) de la migration de jeunes
ruraux vers le milieu semi urbain et encore plus vers le milieu urbain économiquement plus
avancé ; (ii) de l’exode vers la Côte d’Ivoire dans la perspective d’améliorer les conditions
économiques. La difficulté de survie, l’appât du gain facile mènent à des comportements à
risques, la mendicité, la drogue pour les garçons et la prostitution pour les filles, augmentant
ainsi leur vulnérabilité à l’infection à VIH32 (SP/CNLS-IST, 2007).
Dans un contexte marqué par l’emprise des hommes sur les décisions sociales et familiales,
les conditions de vie et d’existence des femmes sont rythmées par une précarité d’ensemble :
- machine à produire mais qui ne peut prétendre en utiliser les retombées financières,
- épouse soumise et fidèle, sans aucune possibilité de négocier les rapports sexuels
(utilisation de préservatifs, moment du rapport, conditions du rapport…),
- sans droit à l’information ou sous-informée sur les points relatifs à sa santé, du fait de
la non ou faible scolarisation des filles, prédisposées à des mariages précoces.
La couche socio-économique la plus à risque est finalement celle la plus touchée par
l’infection, ce qui se traduit dans les vécus au quotidien par une stigmatisation menant
inévitablement vers une discrimination. Cet ensemble de facteurs prédispose ou a contribué à
entretenir une généralisation de l’infection à VIH. En effet, selon les sources officielles de
l’OMS, la séroprévalence a atteint un chiffre record 7,17 % en 1997. Mais au regard de la
mobilisation nationale depuis les premières heures de la riposte, les différents efforts
consentis et les grands domaines programmatiques mis en œuvre, ont permis une baisse voir
32
Présidence du Faso/CNLS-IST, Etude sur les facteurs explicatifs des disparités spatiales de la prévalence du
VIH/SIDA au Burkina Faso, Burkina Faso, 2007, 84p et annexes
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 247
exemple du Burkina Faso
une stabilisation de la séroprévalence depuis 2006. Toutefois le nombre de personnes vivant
avec le VIH reste élevé, ainsi que le nombre de décès annuel dû au sida.
La disponibilité des soins et traitements liés au sida est une réalité, à l’échelle des districts
sanitaires considérés comme unités d’analyse spatiale. Sur les 55 districts sanitaires que
compte le Burkina Faso répartis dans les 45 provinces, seuls trois districts n’offrent pas la
prise en charge thérapeutique aux personnes vivant avec le VIH. Depuis les dernières ruptures
de stocks constatés en 2005 (SP/CNLS-IST, 2005), tous les besoins réels exprimés pour une
thérapie du sida sont supposés être couverts. Les besoins de thérapie tels que présentés par les
rapports de l’ONUSIDA et de l’OMS sont avant tout des calculs résultant d’estimations à
partir du taux de prévalence annuel. Malheureusement, cette estimation est faite sur la base
que « toute personne vivant avec le VIH et ayant besoin de traitement, se présenterait à une
structure sanitaire pour en bénéficier ». Cette logique n’est pas systématique au Burkina Faso,
où l’on constate déjà une sous-utilisation des services de santé par les populations ; les raisons
vont du manque de moyens financiers à une plus grande crédibilité accordée à la
pharmacopée et à la médecine traditionnelles. Les soins et traitements du sida intègrent
d’autres paramètres qui jouent sur la fréquentation des structures de soins.
Selon le lieu de vie, la prise en charge thérapeutique varie en fonction du besoin des
personnes vivant avec le VIH. Ainsi, pour la thérapie antiretrovirale, le lieu de vie des
personnes vivant avec le VIH n’est pas un frein, terme de distance à parcourir, pour bénéficier
d’une prise en charge. C’est là qu’intervient le rôle majeur joué par les structures associatives
à travers les mobilités qu’elles confèrent à leurs actions.
En effet, à travers le dépistage en stratégie avancée, les visites et les soins à domicile, les
organisations de la société civile se déplacent vers les populations dont l’accessibilité
géographique est rendue difficile par manque de voies de communications. Toutefois, il se
pose avec acuité le problème des laboratoires équipés aux normes pour les différents et
réguliers examens biologiques. La compétence et la technicité qu’ils requièrent, ainsi que le
coût d’achat de certains équipements sont toujours un point d’achoppement de cette offre de
soins et de traitements du sida.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 248
exemple du Burkina Faso
Et l’accessibilité financière
« La santé pour tous » se matérialise par des soins accessibles à tous et gratuits à l’exception
des médicaments de première ligne. Aussi, le meilleur moyen pour évaluer l’accessibilité
financière ou économique est de comparer le prix du médicament avec le salaire journalier le
plus bas ou moyen du pays [ZIO, 2005]. En rapportant cette assertion à la prise en charge
thérapeutique du sida, on retrouve les dispositions nationales pour les soins aux personnes
indigentes, l’appui des différents partenaires qui font bénéficier de soins gratuits à travers les
structures associatives et communautaires. Et plus proche de nous, le 1er décembre 2007, un
décret ministériel a fixé à 1 500 FCFA (environ 2€ et 30 centimes), le coût des soins et
traitements trimestriels liés au sida, pour toutes les thérapies considérées. Les enquêtes de
terrain ont montré que plus de 80% des enquêtés déclarent bénéficier gratuitement des soins
liés à l’infection du VIH.
Sans avoir poussé la réflexion sur la discrimination liée à l’infection à VIH et aux soins sida,
nous avons pu constater à la lumière des résultats de terrain et de la revue de littérature, que
les personnes vivant avec le VIH portent bien les stigmates de l’infection, des étiquettes
placées ça et là par la société, par leur entourage conduisant inexorablement vers une
discrimination sociale. Cette discrimination explique le déplacement d’un lieu à un autre pour
la quête de soins, dans le souci de ne pas se faire remarquer par son entourage. Elle est la
principale raison des arrivées tardives à la prise en charge : selon l’enquête, la majorité des
dépistages sont liées à une suspicion médicale, le plus souvent lors de consultations médicales
ou d’hospitalisations pour ce qui va se révéler être des infections opportunistes.
Considérée encore comme une maladie, les soins et traitements du VIH/sida débutent souvent
par la médecine et la pharmacopée traditionnelles dont les limites se sont révélées très vite
face à la complexité du virus. Les thérapeutes traditionnels viennent à bout de certaines
infections opportunistes, d’où l’organisation de ce sous-secteur par le Ministère en charge de
la santé, afin de faciliter la référence des cas à forte suspicion de VIH vers les centres de
dépistages ou directement vers les structures sanitaires.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 249
exemple du Burkina Faso
D’une façon générale, les mobilités des personnes vivant avec le VIH sont liées à la quête
d’une prise en charge globale, l’aspect thérapeutique n’étant pas négligé mais il n’est pas le
critère décisif du choix de centre de prise en charge. Ces déplacements sont aussi liés au
stigmate et à la discrimination dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH. Les
centres de prise en charge thérapeutique relevant des associations et des ONG ont très vite été
marqués d’un sceau particulier ; et à travers le centre, ce sont toutes personnes qui fréquentent
le centre qui sont « pointées du doigt accusateur et discriminant ». Mais la forte fréquentation
de ces centres relève de leur appui aux personnes vivant avec le VIH pour une prise en charge
globale.
Sur la base de nos enquêtes de terrain et au regard des différentes données liées à l’infection à
VIH et aux soins et traitements du sida, nous pouvons affirmer sans hésiter qu’il y a matière à
recherche. Notre travail nous l’espérons, sera un précurseur vers d’autres champs et même en
géographie, pourquoi pas ? Nous en voulons pour preuve, notre thème de recherche : prise en
charge thérapeutique et territorialités. En choisissant ce thème, nous étions convaincus que
beaucoup de travaux avaient été réalisés sur l’infection et sa prise en charge. Cela reste vrai,
mais pas pour le Burkina Faso, surtout dans le champ de la géographie. Par exemple, dans le
champ de la prévention, il serait opportun d’approfondir les impacts des centres d’écoutes
pour la cible « jeunes ». Les centres d’écoutes semblent décrire une territorialisation dont on
pourrait analyser les retombées des actions en lien avec la prise en charge thérapeutique et
plus précisément la fréquentation des centres de santé.
Ce travail, nous l’avons voulu exploratoire dans un domaine encore sous les pesanteurs
socioculturelles propres à l’Afrique subsaharienne. Les différentes pistes qu’offre l’infection à
VIH nous permettront, à terme, de mieux documenter les nombreux angles de recherche
possibles : il y a encore matière à faire dans le champ de la prise en charge thérapeutique, et
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 250
exemple du Burkina Faso
les facteurs liés à l’infection doivent être mieux appréhendés. Il serait souhaitable de pouvoir
accompagner la riposte nationale avec des outils de la géographie tels que les Systèmes
d’Informations Géographiques (SIG). Les SIG offrent l’opportunité de disposer d’un
panorama de l’organisation spatio-temporelle de l’offre de soins au travers de tous ses acteurs,
et d’entreprendre une modélisation. Les cartes produites et le suivi en temps réel sont un outil
d’aide à la décision pour les acteurs chargés de la coordination de la lutte.
La riposte nationale au VIH doit s’intégrer dans la politique sanitaire globale pour une
meilleure complémentarité des actions. Le ministère en charge de la santé utilise de plus en
plus Health Mapper, avec l’appui de l’OMS, pour des actions de planification et un meilleur
suivi de sa politique de décentralisation.
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 251
exemple du Burkina Faso
BIBLIOGRAPHIE
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 252
exemple du Burkina Faso
DA D. E. C. 2004 : Dynamique des milieux au sahel central, les
marges subtropicales du Burkina Faso. HDR de géographie, URCA
[DA.D.E.C,2004] Reims, 3 vol., 617p.
DAKOURE H, La situation des femmes au Burkina Faso,
[Dakoure H,2004] WiLDAF/FEDDAF, décembre 2004
A. DAUPHINE : »Espace terrestre et espace géographique » in « Les
concepts de la géographie humaine », sous la direction de A.S.
[Dauphine,1991] BAILLY ; Paris ; Masson ; 2ème édition ; 1991
DESCLAUX A, Evidences empiriques et innovations en matière de
VIH/SIDA dans le secteur de la santé en Afrique, In « 12ème
CISMA : la conférence internationale sur le VIH/SIDA, la lutte contre
la pauvreté et le développement en Afrique subsaharienne », Burkina
[Desclaux ,2001] Faso, décembre 2001, pp 239-264
FASO-DEV.Pharmacopée traditionnelle au Burkina : le retour à la
source[en ligne].Disponible sur: <http://www.faso-
[Faso-Dev,2008] dev.net/Pharmacopee-traditionnelle-au.html>(consulté le 07/08/2008).
FONTENEAU Bénédicte. Les associations de lutte contre le SIDA au
Burkina Faso, version provisoire, Katholieke universiteit Leuven,
[Fonteneau ,2002] septembre 2002
[Forum Med
Suisse,2001] Forum Med Suisse No 23 6 juin 2001
FOURNET, F., HARANG, M. Environnement urbain et transition
sanitaire en Afrique de l’Ouest : étude des disparités spatiales de santé
[Fournet, F., Harang, dans la ville de Ouagadougou (Burkina Faso) [en ligne], UR 93 :
M'2004] Populations et espaces à risques sanitaires [consulté le 19/01/05].
France diplo tv.Améliorer l’accès aux traitements contre le sida [en
ligne].disponible sur
<http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/ministere_817/publications_827/co
operation-internationale-developpement_3030/brochures-grand-
public_3260/ameliorer-acces-aux-traitements-contre-
[France sida_3018/priorites-opportunites-action_6162.html>.(consulté le
Diplomatie,2008] 05/03/2008).
GREGOIRE, J-L et al : VIH/SIDA et développement au Burkina Faso,
[Gregoire,2003] PNUD 2003
HIRSCH E., VIH-Sida: éthique du soin, de la recherche et accès aux
traitements, médecine sciences, Volume 19, numéro 6-7, juin-juillet
[Hirsch E’2003] 2003, p. 753-760
HIRSCH E., VIH-Sida: éthique du soin, de la recherche et accès aux
traitements, médecine sciences, Volume 19, numéro 6-7, juin-juillet
[Hirsche,2003] 2003, p. 753-760
[INSD,,2006] Burkina Faso, RGPH 2006 (résultats préliminaires)
Burkina Faso, INSD, RGPH 1996 et 2006 (dont les résultats
[INSD,1996] préliminaires sont en cours de validation)
INSD/Burkina Faso & ORC Macro/USA, Enquête démographique et
[INSD/BF,2004] de santé 2003, rapport de synthèse, septembre 2004
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 253
exemple du Burkina Faso
Burkina Faso, INSD, Enquête démographique et de santé (EDS-2003),
[INSD/BF,2004] septembre 2004, 455p
INSD, RGPH 1996, 2006 (résultats préliminaires en cours de
[INSD/BF,2006] validation)
LARMARANGE J., Prévalence du VIH en Afrique : validité d’une
mesure, Thèse de doctorat de l’université de Paris 5 Descartes, option
[Larmarange J,2007] démographie, Paris 2007
LOUIS, J-P & al, La surveillance épidémiologique : Principes et
application aux retroviroses à VIH en Afrique intertropicale, Médecine
[Louis,J-P & Al,1997] d’Afrique Noire, n°37, 1997
In Actes du colloque Actes du colloque « mémoires voltaïques : la HV
[Madiega Et Massa, coloniale », paris, octobre 1993 sous la direction de Georges Madiega
1995] et Gabriel Massa, Karthala 1995, 677 pages
MAIRE, B., LIORET, S. et al. Nutritional transition and non-
communicable diet-related chronic diseases in developing countries.
[Maire, B., Lioret, S. Et Cahiers d’études et de recherches francophones / Santé [en ligne], Vol.
Al.'2002] 12, n°1, 45-55, jan.-fév., 2002 [consulté le 26/01/05].
Mallkin J., Yaméogo M et coll. Tuberculosis and HIV in West
[Mallkin , Yaméogo & Burkina Faso : Clinical presentation and clinical evolution. Int.J.
Coll,1997] Tubert. Lung.Dis. 1997, 1 : 68-74
Burkina Faso, Ministère de l’Administration territoriale et de la
décentralisation (MATD)
[Matd/Bf,2007] http://www.matd.gov.bf/SiteMatd/decentral/default.html,2007
MEDA N., Suivi et évaluation des programmes nationaux de lutte
contre le SIDA : examen de l’expérience du Burkina Faso, 1987-1998,
[Medan,1998] Monographie, octobre 1998
Ministère de l’économie et des finances du Burkina Faso, Rapport de
synthèse pour la revue du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté,
[MEF/BF2008] mars 2008
MEUNIER, A. Système de soins et organisation du territoire au BF.
[Meunier ,2000] Mappe Monde N°60, 2000.
Ministère de la santé: Analyse des résultats du recensement des
[MS/BF,2007] établissements privés de soins, novembre 2007
Burkina Faso, Ministère de la Santé, Annuaire statistique de la santé
[MS/BF,2008] 2007, Mai 2008
Op. Cit. (Burkina Faso, Ministère de la Santé, Annuaire statistique de
[MS/BF,2008] la santé 2007, Mai 2008)
Nations Unies, Assemblée générale, Déclaration d’engagement sur le
VIH/sida, Résolution de l’assemblée générale, Vingt-sixième session
extraordinaire, Point 8 de l’ordre du jour, 8e séance plénière, 27 juin
[Nations Unies’2001] 2001
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 254
exemple du Burkina Faso
NIKIEMA, P., RIDDE, V. et GIRARD, J. L’efficacité des politiques
publiques de santé dans un pays de l’Afrique de l’Ouest : le cas du
[Nikiema, P. Et Burkina Faso. International Political Science Review, vol. 24, n°2,
Al.'2003] 2003, pp 237-256.
OBANDO, A.E., Femmes et SIDA, Women’s Human Rights net
[Obando-A.E,2003] (WHRnet), Septembre 2003
OMS, Tuberculose et VIH/SIDA : une stratégie de lutte contre la
double épidémie dans la Région africaine de l’OMS : Rapport du
[OMS,2007] Directeur régional, août 2007.
OMS, Rapport sur la santé dans le monde 2004, Changer le cours de
[OMS’2004] l’histoire, Genève 2004
ONUSIDA/CNLS-IST, Rapport de suivi des progrès réalisés 2006-
[ONUSIDA,2007 A] 2007 Burkina Faso, Avril 2007
ONUSIDA/OMS, Le point sur l’épidémie du sida 2007, décembre
[ONUSIDA,2007 B] 2007
ONUSIDA, Accès universel pour la prévention, le traitement, la prise
en charge et l’appui dans le cadre de la lutte contre le VIH/SIDA et les
[ONUSIDA,2008 A] IST au Burkina Faso : Rapport de suivi des progrès 2007, Mai 2008
[ONUSIDA,2008 B] ONUSIDA, Rapport sur l’épidémie mondiale du sida 2008, août 2008
[ONUSIDA,2008] ONUSIDA, Rapport sur l’épidémie mondiale du sida 2008, août 2008
ONUSIDA/OMS, Orientations sur l’éthique et l’accès équitable au
traitement et aux soins liés au VIH : consultation sur l’accès équitable
[ONUSIDA/OMS’2005] au traitement et aux soins liés au VIH/sida, 2005
[Palec,2000] Le PALEC A., Le SIDA, une maladie de femmes, 2000, pp 354-355
[Pamac’2005] PAMAC, Rapport sur le PECC 2005
PARET, H. La planification de la santé en Afrique. Paris,
[Paret, H'1984] L’Harmattan, 1984, 198 p.
Jean-Yves Pavée; Femmes et infection à VIH/sida : et si on en
parlait ? [en ligne], France, 2005 disponible
[Pavee,2007] sur:<www.abbott.fr>.(consulté le 18/11/2007)
Synthèse effectuée à partir des différents bilans de mise en œuvre des
[PNM,2001 A 2007] PNM de 2001 à 2007
PNUD, Rapport sur le développement humain du Burkina Faso 2001:
[PNUD 2001] lutte contre le VIH/SIDA,
PNUD/Burkina Faso, Rapport sur le développement humain durable,
[Pnud/Bf,2001] Burkina Faso 2001 : lutte contre le VIH/sida 156p et Annexes
Prazuck T. et collaborateurs. Impact de l’épidémie du SIDA sur le
programme de lutte anti-tuberculeux dans l’ouest du Burkina Faso.
[Prazuck,1991] 6ème conférence internationale sur le SIDA en Afrique, Dakar, 1991
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 255
exemple du Burkina Faso
REMY G., Image géographique des infections à VIH en Afrique de
l’Ouest : Faits et interrogations, In Médecine d'Afrique Noire : 1993,
[Remy,1993] 40 (1, 2, 3)
SAKHO A., Droit, éthique et sida dans la recherche clinique et les
essais thérapeutiques dans les pays en voie de développement.[en
ligne].disponible sur:
« www.ds.auf.org/IMG/doc/4.23SAKHOANIMA.doc »,(consulté le
[Sakho,2007] 30/07/2007)
SALEM, G., FOURNET, F. et CADOT, E. Villes africaines et santé :
de la jeunesse des vieilles endémies à l’émergence de nouvelles
épidémies. In La santé en Afrique, anciens et nouveaux défis. Paris,
[Salem, G. Et Al.'2000] Afrique contemporaine, juillet-septembre 2000, n° 195, pp 60-70.
SALEM, G., JANNEE, E. Urbanisation et santé dans le tiers-monde;
[Salem, G., Jannee, transition épidémiologique, changement social et soins de santé
E.'1989] primaires. Bondy, ORSTOM, 1989, 549 p.
SALEM, G. La santé dans la ville, Géographie d’un petit espace dense
: Pikine (Sénégal). Paris, Karthala ORSTOM, Collection “ Hommes et
[Salem, G'1998] Sociétés”, 1998, 364 p.
SALEM, G. Peuplement, population et santé : une inégale répartition.
In Géographie humaine : questions et enjeux du monde contemporain.
[Salem, G'2002] Paris, Armand Colin, 2002, pp. 66-96.
SIVIGNON, M. Les notions centrales de la géographie. In Géographie
humaine : questions et enjeux du monde contemporain. Paris, Armand
[Sivignon, M.'2002] Colin, 2002, pp 39-66.
Bilan général de la mise en œuvre du PNM 2004, document de travail
de la 4ème session du CNLS-IST, SP/CNLS-IST, Burkina Faso,
[Sp/Cnls-Ist’2004] décembre 2004
Bilan de la mise en œuvre du PNM 2007, Document de travail de la
7ème session du CNLS-IST, Burkina Faso, SP/CNLS-IST, décembre
[Sp/Cnls-Ist’2007] 2007
SUBRA, K. Géographie du système de soins à Ouagadougou.
Mémoire de maîtrise de Géographie. Université Paris X - Nanterre,
[Subra, K.'1999] 1999, 109 p + annexes
[UNICEF,2005] UNICEF, Enfants, la face cachée du sida, octobre 2005, 59p
UNICEF, Evaluation des systèmes d’approvisionnement et de
distribution des ARV dans la zone Afrique Centrale et de l’Ouest,
[UNICEF,2008] Rapport de phase 2, mars 2008
VAN LERBERGHE, W., de BROUWERE, V. Etat de santé et santé
de l’Etat en Afrique subsaharienne. In La santé en Afrique, anciens et
[Van Lerberghe, W., De nouveaux défis. Paris, Afrique contemporaine, juillet-septembre 2000,
Brouwere, V.'2000] n° 195, pp 175-190.
http://whqlibdoc.who.int/hq/1995/ WHO_HPR_HEP_95.1.pdf,
consulté le 12 mars 2007
[Who/Hpr/Hep’1995]
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 256
exemple du Burkina Faso
http://www.croix-rouge.fr/goto/actualites/durban/carte.asp
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Ethique.htm
http://www.arcatsante.org/JDS/article/896/TERRAIN_Jeunes_chercheurs_et_si
da_En_quete_de_dialogue
http://www.who.int/hiv/pub/guidelines/guidanceethics_fr.pdf
http://www.medicusmundi.ch/mms/services/bulletin/bulletin106_2007/chapter
3/28.html
http://www.ch-pau.fr/informations/sida.htm, observance traitement
http://www.santetropicale.com/santemag/actualites/0403/0403_29.htm : La
santé dans le sud : 0,08 spécialistes pour 1000 habitants ! In « El Moudjahid -
Algérie - 26/04/2003 »
http://www.ruralpovertyportal.org/french/regions/africa/bfa/index.htm
http://www.john-libbey-eurotext.fr/en/revues/sante_pub/san/e-docs
http://www.ird.bf/activités/persan.htm
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 257
exemple du Burkina Faso
ANNEXE A: QUESTIONNAIRE POUR LES PERSONNES VIVANT AVEC LE VIH
Date …………………
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 258
exemple du Burkina Faso
6- Quelle somme payez-vous pour votre traitement ARV aujourd’hui ?..........................................
7- Si le prix a changé depuis que vous avez commencez les ARV, dites les dates et
montants…………………..
Année…………… Prix…………… Année…………… Prix…………… Année……………
Prix……………
8- Comment avez-vous eu connaissance du traitement?
………………………………..…………………………………………………………………
………………………………………………………..………
9- Avez-vous interrompu votre traitement à un moment donné ? Oui ( ) Non ( )
Si oui, précisez la période et les
raisons…………………………………………………………………………………
………….….………………………………………………………………………………................
10- Avez-vous toujours été suivi dans ce centre de traitement ?
i. ►OUI ( )
ii. ►NON ( )
Si non où avez-vous commencez le
traitement ?………………………………………………………………………………
11- Pourquoi avez-vous changé de centre de traitement ? ...............................................
……………………………..
12- Comment qualifierez-vous la distance qui sépare votre domicile du centre de traitement :
Pas éloignée ( ) Eloignée ( ) Très éloignée ( )
13- Pourquoi allez vous dans ce centre ?
Pour sa proximité ( ) Pour l'accueil du personnel ( )
Pour la discrétion ( ) Pour le soutien moral ( )
Pour les soins ( ) Sur recommandations de mon médecin ( )
Absence de centre à proximité de mon lieu d’habitation ( )
Autres,
précisez………………………………………………………………………………………………
….……
14- Avez-vous l’intention d’en changer ?
►OUI ( )
pourquoi……………………………………………………………………………………………
…………..
►NON ( )
pourquoi……………………………………………………………………………………………
15- Dans quelle structure sont effectués les différents examens biologiques ?
a. Ici même (structure de prise en charge ARV) ? ( )
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 259
exemple du Burkina Faso
b. Dans une structure ? Donnez le
nom…………………………………………..……………
16- Etes-vous suivis ou avez-vous été suivis par des médecins ou des structures de prise en charge
hors du Burkina Faso ?
►OUI ( ) Dans lequel de ces pays ?
Côte d’Ivoire ( ) Belgique ( ) Sénégal ( ) Ghana ( ) Mali ( )
France ( ) Bénin ( ) Togo ( ) Autres,
précisez………….....................................................
Pourquoi ?
a. Pour la discrétion ( )
b. Espoir de meilleurs soins ( )
c. J’ai une assurance maladie qui me le permet ( )
d. Manque de confiance dans les centres du BF ( )
e. Autres raisons,
précisez………………………………………………………………
…….………………………
►NON ( ) Pourquoi
a. Par manque de moyens ( )
b. Bonne prise en charge au BF ( )
c. Autres raisons,
précisez…………………………………………………….……………………………
…………………………………………………………..……………………………..
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 260
exemple du Burkina Faso
8- Votre état de santé nécessite-t-elle qu’une autre personne vous conduise au centre de santé ?
Oui ( ) Non ( )
9- Combien de temps mettez-vous pour vous rendre au centre de
soins ?........................................................
10- Vous arrive-t-il de voyager ? Oui ( ) Non ( )
11- Si oui, citez 3 destinations
fréquentes………………………………………………………………………………………
12- Quelle est votre dernière
destination ?…………………………………………………………………………………….
13- A quand remonte ce déplacement ? (la
date)..........................................................................................................
Mobilités temporaires (depuis le 1er janvier 1986 jusqu’à ce jour) durée supérieure ou égale à 15
jours
Date : de …….à …… Durée (mois ou année) Lieu Motif
Mobilités occasionnelles (depuis le 1er janvier 1986 jusqu’à ce jour) durée inférieure à 15 jours
Date : de …….à …… Durée (mois ou année) Lieu Motif
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 261
exemple du Burkina Faso
D- Sérologie de la famille
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 262
exemple du Burkina Faso
ANNEXE B : SP/CNLS-IST : ATTRIBUTIONS ET RELATIONS
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 263
exemple du Burkina Faso
3. Couverture opérationnelle des secteurs
Secteur Coordination
-structures centrales
-structures décentralisées
DCCRO
Secteur Communautaire
DED-FSMOS
Bureau SP
UC-PSE
UGF Secteur des Entités territoriales DET
DAF Antennes Rég.
DCRP
DME
Secteur des Institutions et
DSS
Ministères
DED-FSMOS
DME
Secteur Privé et entreprises
Copyright@SP/CNLS-IST, 2008 11
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 264
exemple du Burkina Faso
6. Rapports avec le Ministre de la santé
(2/2)
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 265
exemple du Burkina Faso
TABLE DES MATIERES
Remerciements ...............................................................................................................................2
Résumé ..........................................................................................................................................4
Abstract ..........................................................................................................................................5
Sommaire .......................................................................................................................................6
Listes des cartes ..............................................................................................................................7
Listes des encadrés .........................................................................................................................9
Tables des figures ......................................................................................................................... 10
Listes des graphiques .................................................................................................................... 11
Listes des photos .......................................................................................................................... 13
Listes des tableaux ........................................................................................................................ 14
Liste des sigles et acronymes ........................................................................................................ 17
INTRODUCTION GENERALE........................................................................................ 21
Section 1 : La problématique......................................................................................... 23
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 266
exemple du Burkina Faso
1.4. Une économie tributaire du secteur primaire .......................................................... 41
1.5. Relations avec la Côte d’Ivoire, liens séculiers et infection à VIH .......................... 43
1.6. Dimensions socio-culturelles, genre et pauvreté, impacts sur l’infection à VIH ...... 44
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 267
exemple du Burkina Faso
3.3 Les grandes interventions de la réponse nationale au VIH ....................................... 94
VIH.................................................................................................................................... 107
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 268
exemple du Burkina Faso
5.1.2. La thérapie antirétrovirale ............................................................................ 128
5.1.3. Les examens biologiques ............................................................................... 134
5.1.4. La pharmacopée et la médecine traditionnelle............................................... 137
5.4 Les portes d’entrée dans la prise en charge médicale ............................................. 149
6.1. Traitement et soins de l’infection à VIH, quels apports à l’offre de soins.............. 162
6.2. Implication du monde associatif à l’offre de soins sida, quelle contribution ? ....... 168
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 269
exemple du Burkina Faso
7.1. Méthodologie ....................................................................................................... 180
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 270
exemple du Burkina Faso
7.6.1.1. L’association pour l’appui moral, matériel et intellectuel à l’enfant
(AMMIE)............................................................................................................ 214
7.6.2. Résultats de l’enquête de la province du Yatenga .......................................... 214
7.6.2.1. Profil sociodémographique .................................................................. 214
7.6.2.2. Caractéristiques de l’infection et de la prise en charge thérapeutique.... 215
7.6.2.3. Facteurs de mobilité de l’échantillon.................................................... 216
CHAPITRE 8 : PRISE EN CHARGE THERAPEUTIQUE DU VIH ET TERRITORIALITES ... 217
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 271
exemple du Burkina Faso
ANNEXE B : SP/CNLS-IST : ATTRIBUTIONS ET RELATIONS ............................................ 263
Prise en charge thérapeutique des personnes vivant avec le VIH et territorialités, 272
exemple du Burkina Faso