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[COURS] La force majeure : définitions, conditions,
effets
Pamplemousse
29 - 37 minutes
La force majeure est un événement imprévisible, irrésistible
et extérieur. Notion incontournable de vos cours de droit, vous
devez impérativement la maîtriser, que cela soit en droit des
obligations contractuelles ou en responsabilité civile. Définition,
caractères, effets, exemples de sujets... Découvrez tout ce qu'il faut
savoir sur la force majeure !
Sommaire :
La force majeure est un événement imprévisible, irrésistible et
extérieur. Plus précisément, c’est un événement qui échappe au
contrôle du débiteur (extérieur), qui n’a pas pu être prévu quand le
contrat a été conclu (imprévisible) et qui est inévitable (irrésistible).
Au travers de cet article fort distrayant (si, si, le droit, c’est mieux qu’une
série TV), nous vous proposons de revenir sur la « définition » de la
notion de force majeure en droit français, les conditions qu’elle doit
remplir afin d’être retenue, et ses conséquences.
Définition de la force majeure
La force majeure (ci-après « FM ») se définit comme un événement
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imprévisible, irrésistible et extérieur.
Si cette définition relève de la matière contractuelle (droit des contrats),
vous croiserez cette notion dans d’autres domaines et cours en droit. Eh
oui, tous les moyens sont bons afin d’être exonéré de responsabilité…
Pour concrétiser ces informations, et parce qu’on est extrêmement
généreux chez Pamplemousse, on vous propose quelques exemples. Prêt
pour le périple ? Allons-y. Ça ne fait jamais de mal d’illustrer,
particulièrement dans vos copies (mais évitez les comparaisons farfelues,
vous êtes prévenu) !
Définition juridique de la force majeure
D’un point de vue juridique, la force majeure est une sorte de
consécration de l’adage selon lequel « à l’impossible, nul n’est tenu ».
En matière contractuelle, on n’a pas à exécuter ses obligations et on ne
pourra pas se le voir reprocher si l’on parvient à démontrer que cette
inexécution est due à la force majeure.
Par exemple, vous devez livrer des codes civils à toute une promotion de
jeunes L1. Vous avez passé un contrat. Or, une pandémie mondiale
s’abat sur la planète et il est interdit de sortir de chez soi, sauf pour
première nécessité.
Livrer des codes n’entre pas dans cette exception. Vous ne pouvez pas
exécuter votre obligation. Est-ce que les jeunes L1 pourront engager
votre responsabilité ? Probablement pas, car vous pourrez invoquer un
cas de force majeure.
Bon à savoir : vous retrouverez la force majeure en droit des
contrats. La notion a été remaniée au sein du Code civil, à
l’article 1218 par la réforme du 10 février 2016.
Avant cela, vous pouviez la rencontrer à l’article 1148 du Code civil* aux
côtés du « cas fortuit » (on y vient, ayez un peu de patience. Et en bonus,
on vous parlera même de la théorie de l’imprévision, à ne pas confondre
avec la force majeure, sa voisine).
*Si on vous le précise, ce n’est pas pour vous montrer qu’on le sait,
comme vous aimez le faire dans les copies, mais surtout pour que vous
sachiez reconnaître les indices lorsque vous avez une décision à
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commenter au visa de l’article 1148 du Code civil → réflexe : force
majeure !
La force majeure dans l’ancien article 1148 du Code civil en droit des
contrats
Le Code civil, dans la rédaction de l’article 1148 avant la réforme du
10 février 2016, disposait que « il n’y a lieu à aucuns dommages et intérêts
lorsque, par suite d’une force majeure ou d’un cas fortuit, le débiteur a été
empêché de donner ou de faire ce à quoi il était obligé, ou a fait ce qui lui
était interdit ».
On n’est pas très avancés n’est-ce pas ? Où voyez-vous une définition ici ?
Nulle part, chers étudiants, nulle part. L’article se contente d’indiquer
que certains événements, tels que la force majeure ou le cas fortuit,
permettaient d’échapper à une condamnation en dommages et intérêts.
En somme, il ne nous indique que les conséquences de la force
majeure (ou du cas fortuit, next step, soyez patient).
Ce qui est fabuleux sur ce tableau, c’est qu’on n’a ni la définition du
cas fortuit, ni celle de la force majeure.
Mais alors, comment procède-t-on lorsque l’on se retrouve face à une telle
impasse ? On va chercher sur Google ? ChatGPT et le reste de sa bande ?
Bien sûr que non !
On cherche dans la jurisprudence (oui, chez Pamplemousse, on fait le
travail avec rigueur afin de vous fournir le contenu le plus rigoureux
possible, vous guidant sur les réflexes de raisonnement à acquérir).
La définition de la force majeure selon la jurisprudence
Heureusement pour nous, la jurisprudence est venue éclairer notre
lanterne (parce qu’au fin fond de la forêt, sans lumière, il commence à faire
sombre) en donnant une définition du cas de force majeure :
• « Le cas de force majeure s’entend des événements qui rendent
l’exécution de l’obligation impossible, mais non de ceux qui la
rendent seulement plus onéreuse » (Cass. civ., 4 août 1915).
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Donc, si l’exécution de l’obligation est simplement rendue plus chère, il
n’est pas possible de s’en soustraire par la force majeure.
Par exemple, si, à raison d’une grève, vous n’avez pas la possibilité de
livrer des Codes civils sous forme de licornes, commandés par vos pairs,
par voie ferroviaire, mais qu’un vol est disponible, même s’il est plus
onéreux, l’obligation peut être exécutée.
Donc… Pas de force majeure ! True story (sauf qu’il ne s’agissait pas de
Code licornes, et qu’on était en bateau, pas en train certes. Cass. com.,
12 novembre 1969, n° 67-11.383).
La définition du cas fortuit selon la jurisprudence
Quant au cas fortuit, la jurisprudence ne l’a pas distingué ni défini,
mais la doctrine semble considérer que celui-ci n’est pas nécessairement
extérieur au débiteur.
Pour autant, il doit demeurer imprévisible (M. Hauriou, La distinction de
la force majeure et du cas fortuit, obs. CE, 10 mai 1912, Ambrosini c. État ;
J. Carbonnier, Les obligations, PUF, 1996, 20e édition, p. 292-293).
Si les deux (force majeure et cas fortuit) paraissent distincts, en témoigne
notamment cette décision dans laquelle la Cour de cassation évoque les
deux « le fait d’un tiers ne revêt le caractère d’un cas fortuit ou d’une force
majeure que s’il n’a pu être ni prévu, ni empêché dans ses conséquences »
(Cass. req. 2 mars 1927), il n’y a pas de définition bien établie en
jurisprudence du second (cas fortuit).
La réalité étant qu’en matière civile, il n’y avait pas d’intérêt de
distinguer les deux, étant donné qu’ils aboutissent aux mêmes
conséquences énoncées par l’ancien article 1148 du Code civil. La
jurisprudence ne semblait pas distinguer, évoquant tantôt le cas fortuit
pour des situations confinant à la force majeure.
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Interdiction de recopier cette phrase dans vos dissertations ou
commentaire d’arrêt, il s’agit là d’une interprétation purement
personnelle, d’un raisonnement juridique propre à l’équipe de rédaction.
Or, la méthodologie juridique, c’est avant tout avoir son propre
raisonnement… En recopiant ces propos, vous vous exposez à une
sanction pour plagiat, et vous n’aurez pas la possibilité d’étayer ce
raisonnement qui n’est pas le vôtre.
La nouvelle définition de la force majeure dans le Code civil en
matière contractuelle
Depuis le 10 février 2016, l’article 1218 du Code civil est plus explicite
quant à la force majeure qu’il définit comme un « événement échappant
au contrôle du débiteur, ne pouvant être raisonnablement prévu lors de la
conclusion du contrat, et dont les effets ne peuvent être évités, qui empêche
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l’exécution de son obligation par le débiteur ».
Pour ce qui est du cas fortuit, il a simplement disparu ! Que doit-on en
tirer ? La force majeure est un événement
1. Condition 1 : qui échappe au contrôle du débiteur (extérieur) ;
2. Condition 2 : qui n’a pas pu être prévu lorsque le contrat a été
conclu (imprévisible) ;
3. Condition 3 : qui est inévitable (irrésistible).
Cet événement a pour conséquence d’empêcher le débiteur d’exécuter
son obligation.
Bon à savoir : est-ce que la disparition du cas fortuit de l’article tend à
écarter une zone d’ombre dans notre forêt éclairée aux lanternes de la
jurisprudence ? Peut-être. Tout l’intérêt des précisions se situe ici,
notamment au niveau du caractère extérieur de la force majeure.
Alors oui, la jurisprudence est venue éclairer certains points, mais
d’autres demeuraient obscurs : la Cour de cassation avait par exemple
mis en avant le caractère extérieur d’un événement tout en lui refusant
le caractère de force majeure (Cass. civ. 3, 2 avril 2003, n° 01-17.724).
Dans d’autres cas, l’absence de caractère extérieur a été indifférent à la
caractérisation de la force majeure (décidément, x2 [Cass. civ. 1,
10 février 1998, n° 96-13.316]).
Mais, le législateur a décidé de « rallumer la lumière » en ces sombres
moments. Ce que l’on peut tirer de l’article 1218 du Code civil est que la
force majeure « échappe au contrôle du débiteur ». En d’autres
termes, le législateur a bien mis en évidence l’aspect extérieur de la
force majeure. Caractère qui était différemment interprété auparavant.
Cette fois, plus d’obscurité, le texte est clair et explicite !
Quelle est la différence entre cas fortuit et force majeure ?
La différence entre la force majeure et le cas fortuit est que la force
majeure est extérieure aux prévisions humaines ET à l’entreprise*,
tandis que le cas fortuit n’est extérieur qu’aux prévisions humaines.
Plus précisément, en doctrine, le cas fortuit est décrit comme un cas qui
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« échappe aux prévisions humaines, mais se rattache au
fonctionnement même de l’entreprise ou du service (…) [comme l’explosion
d’une chaudière dans une usine]. La force majeure, c'est un phénomène
imprévu, mais de plus, il est extérieur à l’entreprise » (M. Hauriou, La
distinction de la force majeure et du cas fortuit, obs. CE, 10 mai 1912,
Ambrosini c. État).
*Attendez, on vient de vous donner une phrase d’accroche pour une
dissertation ou un commentaire d’arrêt sur le thème de la force majeure,
là ? Oui, complètement !
Quelle est la différence entre imprévision et force majeure ?
La différence entre l’imprévision et la force majeure se situe
notamment au niveau de leurs conséquences (mais c’est plus subtile
encore).
Alors que la force majeure permet de s'exonérer en cas d’inexécution
contractuelle, l’imprévision aboutit à offrir la possibilité aux parties
de renégocier le contrat (art. 1195 du Code civil), voire à permettre au
juge d’en ordonner la résolution (ou résiliation) si toutefois les parties ne
parviennent pas à un accord.
Alors, là, vous allez nous dire : « imprévision, mais d’où ça sort ça ? Vous
n’en parlez nulle part avant ». Oui, on sait, on n’avait pas d’intérêt de le
faire. En revanche, vous vous posez peut-être la question, car en matière
contractuelle, existe bel et bien la théorie de l’imprévision. C’est quoi,
encore, que cette fantaisie ?
Aujourd’hui, l’article 1195 du Code civil consacre cette théorie comme
« un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion
du contrat qui rend l’exécution excessivement onéreuse pour l’une des
parties qui n’avait pas accepté d’assumer ce risque ».
La conséquence ici est de pouvoir demander une renégociation du
contrat, mais elle doit continuer à exécuter ses obligations pendant la
renégociation (les affaires sont les affaires, ça n’attend pas).
Donc, si on résume, quelles différences entre la force majeure et
l’imprévision ?
• Ici, l’article n’évoque pas exclusivement le débiteur : ce sont les
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parties qui peuvent invoquer l’imprévision, sans distinction ;
• L’événement doit être imprévisible, mais le caractère irrésistible
n’est pas exigé. Pour preuve, dans ce cas, l’exécution doit
simplement être rendue « plus onéreuse », pas impossible, en
somme ;
• La conséquence est la possibilité de demander à modifier le
contrat (et en l’absence d’accord entre les parties, il est possible de
demander l’adaptation du contrat au juge. Il va même pouvoir
procéder à sa révision sous certaines conditions, art. 1195 al. 2 du
Code civil).
Bon à savoir : et l’arrêt Canal de Craponne dans tout cela, on en fait
quoi ? Il aurait été indélicat de notre part de ne pas évoquer cet arrêt
important dans la jurisprudence civile qui… rejetait la théorie de
l’imprévision en matière contractuelle.
Quoi ? On a de quoi se perdre lors de notre périple, n’est-ce pas ? Mais
laissez-nous vous guider sur les chemins sinueux du droit civil.
Un petit rappel ne fait jamais de mal. Prenons un instant pour nous
poser au coin du feu au sein de ce labyrinthe (n’oubliez pas, on fait une
balade en forêt).
Jadis, à l’aube de la naissance d’une partie de la Team Pamplemousse, en
1876 (et oui, il y en a qui sont plus âgés que Dumbledore parmi nous), la
Cour de cassation rendit le célèbre arrêt Canal de Craponne (Cass. civ.,
6 mars 1876), dans lequel elle affirma que « dans aucun cas il
n’appartient aux tribunaux, quelque équitable que puisse leur paraître
leur décision, de prendre en considération le temps et les circonstances
pour modifier les conventions des parties et substituer des clauses
nouvelles à celles qui ont été librement acceptées par les contractants ».
Bref, la théorie de l’imprévision n’était pas invocable en matière
contractuelle, sauf stipulation contraire (donc les parties pouvaient
prévoir une clause en ce sens).
Attention, n’allez pas trop vite en besogne, on vous voit opposer cette
impossibilité en matière de contrats administratifs. Sauf que cette
rigidité ne concernait que la matière civile. Le Conseil d’État était déjà
plus souple, consacrant la théorie du « fait du principe » (CE 30 mars
1916, Gaz de Bordeaux, no 59928).
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Tout cela a évolué, qu’il s’agisse du droit civil ou du droit administratif,
mais il ne s’agit pas de l’objet de notre article. Donc, reprenons notre
excursion.
Domaines de la force majeure
Si les définitions de la force majeure que l’on vous a énoncées ci-dessus
concernent la matière contractuelle, cette théorie est invoquée dans
d’autres domaines du droit.
La force majeure en responsabilité civile extracontractuelle
En matière de responsabilité civile extracontractuelle, il est possible
d’invoquer la force majeure pour être exonéré de sa responsabilité.
La définition correspond à celle déjà énoncée (Cass. plén., 14 avr. 2006, n°
04-18.902 ; Cass. civ. 2, 4 juillet 2013, n° 12-23.562)
La force majeure en droit pénal
En matière pénale, une exonération de la responsabilité pénale est
envisageable lorsque l’auteur de l’infraction a agi sous l’empire d’une
contrainte ou d’une force à laquelle elle n’a pas pu résister (art. 122-2
du Code pénal). C’est un cas de force majeure exonératoire de
responsabilité pénale.
La jurisprudence le précise en ces termes « la force majeure ne peut
résulter que d’un événement indépendant de la volonté humaine et que
celle-ci n’a pu ni prévoir ni conjurer » (Cass. crim., 29 janvier 1921).
Ajoutant que « l’excuse de force majeure peut être admise lorsqu’un
événement imprévisible et insurmontable a empêché le prévenu de se
conformer à la loi » (Cass. crim., 6 novembre 1947, 31 octobre 1963,
n° 63-90.704).
La force majeure en droit public
Vous pouvez aussi rencontrer la force majeure au sein de la jungle du
droit public.
Alors, sachez que la théorie telle qu’on vous la présente relève
principalement du droit civil et plus précisément du droit des contrats,
mais que vous pouvez atterrir ici alors que vous étudiez le thème dans le
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cadre d’une autre branche du droit.
Exemples de force majeure
Les exemples en matière de force majeure sont nombreux en
jurisprudence, mais avant d’explorer ces éléments, prenons une situation
que nous avons tous connue et qui peut soulever des interrogations (on
veut aussi vous montrer qu’il faut utiliser les informations pour
réfléchir, pas simplement les réciter).
Force majeure et Covid-19
Il y a quelques années, alors que l’année 2020 venait de pointer le bout
de son nez en France (et ailleurs dans le monde), un virus inconnu
l’accompagna : la COVID-19.
Ce qui s’ensuivit fut digne d’un film de science-fiction : fermeture des
écoles, collèges, lycées et universités ; fermeture des lieux de réunions ;
interdiction de sortie (décret n° 2020-260 du 16 mars 2020). Un
confinement généralisé de la population mettant à l’arrêt bon nombre
d’activités.
Mais alors, et les débiteurs dans ce cas-là ? N’ont-ils pas fait face à une
situation imprévisible (qui pouvait prévoir qu’une pandémie mondiale
allait s’abattre ?!), extérieure (elle n’a pas été due à un débiteur), et
irrésistible (on ne pouvait pas aller à l’encontre de la réglementation qui
nous interdisait de vivre normalement tout de même).
Enfin… Si, à nos risques et périls qui constituaient notamment des amendes
bien salées, voire des peines d’emprisonnement (art. L. 3131-15 du Code de
la santé publique avant sa modification par la loi n° 2022-1089 du
31 juillet 2022).
En d’autres termes, les débiteurs qui n’ont simplement pas pu s’exécuter
du fait de cet invité indésirable pouvaient invoquer le cas de force
majeure.
Néanmoins, ceux qui pouvaient continuer à exécuter leurs obligations,
mais à des conditions tarifaires plus élevées, ne pouvaient pas l’invoquer.
En revanche, il existait la porte de la théorie de l’imprévision consacrée
au sein du Code civil en 2016.
Force majeure et événements climatiques/catastrophes naturelles
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Sinon, un ouragan d’une violence extrême peut (donc rien
d’automatique) constituer un événement de force majeure (Cass. civ. 3,
11 mai 1994, n° 92-16.201). Eh oui, les techniques météorologiques
permettent parfois d’anticiper ce type d’événement, qui de ce fait n’est
plus imprévisible… Tout est question d’appréciation souveraine des
juges du fond.
Une sécheresse, en revanche, n’a pas été considérée comme un
événement de force majeure, faute d’imprévisibilité (Cass. civ. 3,
9 décembre 1998, n° 97-12.913). Autrement dit, elle aurait pu l’être… Si
les caractères de la force majeure (on y arrive, patience) étaient tous
réunis. Encore une fois, il n’y a pas d’exemple incontestable de cas de
force majeure, tout est question de raisonnement.
Force majeure et guerre
La guerre ne constitue pas, en tant que telle, un cas de force majeure,
mais peut l’être selon les circonstances (tenez donc, que disait-on juste
avant ?! [Cass. req. 25 janvier 1922]). Il faut toujours justifier. C’est cela la
méthodologie.
Pour une même guerre, des situations ont été considérées comme
relevant de la FM (admise face à l’impossibilité d’exécuter un transport
aérien, en dépit de toutes les démarches effectuées par le
commissionnaire, Cass. com. 16 mars 1999, no 97-11.428), alors que
d’autres pas du tout (exclusion de la FM pour une société qui a annulé un
séjour hôtelier au Maroc la veille de la guerre du Golfe, Cass. civ. 1
8 décembre 1998, no 96-17.811).
Force majeure et grève
Une grève générale de grande ampleur* ou encore inopinée (Cass. civ.
1, 6 octobre 1993, no 91-16.568) peut être retenue comme cas de force
majeure.
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*Par exemple, « Constitue un cas de force majeure un mouvement de
grève de grande ampleur, affectant l’ensemble du secteur public et
nationalisé et par là même extérieur à l’entreprise, que celle-ci n’avait pu
prévoir et qu’elle ne pouvait ni empêcher en satisfaisant les revendications
de ses salariés, compte tenu de la maîtrise du gouvernement sur ces
décisions relatives aux rémunérations, ni surmonter d’un point de vue
technique » (Cass. civ. 1, 24 janvier 1995, n° 92-18.227 ; Cass. mixte,
4 février 1983, no 80-12.977).
Conditions de la force majeure
Le Code civil et le monde entier sont d’accord, ce qui caractérise la
force majeure est (art. 1218) :
1. Critère 1 : son caractère extérieur au débiteur qui l’invoque ;
2. Critère 2 : son caractère imprévisible au moment de la
conclusion du contrat ;
3. Critère 3 : son caractère irrésistible lors de sa survenance.
Condition 1 : L’imprévisibilité
L’imprévisibilité s’entend d’un événement qui ne pouvait pas être
anticipé. Lorsque vous raisonnez, il faut vous demander à quelle date
l’imprévisibilité doit être appréciée.
Et en bon étudiant, vous allez chercher au sein de la jurisprudence qui
donne généralement les réponses (oui, oui ! C’est si simple…).
En l’espèce, cela dit, l’article 1218 du Code civil est explicite : « qui ne
pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du
contrat ».
Mais, pour la bonne conscience, la Cour de cassation indique que « seul
un événement présentant un caractère imprévisible, lors de la
conclusion du contrat (…) est constitutif d’un cas de force
majeure » (Cass. civ. 1, 30 octobre 2008, n° 07-17.134).
À nouveau, le monde entier (OK, légère hyperbole) est unanime : c’est la
date de conclusion du contrat qui importe.
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Il y a eu des cas dans lesquels la prévisibilité a été retenue, excluant ainsi
la force majeure :
• Le transporteur bénévole qui n’avait pas adapté sa conduite au
mauvais état de la route qu’il connaissait (Cass. req. 2 mars 1927) →
rigoureuse la Cour de cassation, dites donc ! ;
• Le constructeur qui devait, pour des raisons fiscales, réaliser son
projet en quatre ans, alors qu’il devait savoir qu’un tel délai était trop
court, n’a pas pu être exonéré sur le fondement de la force majeure
(Cass. com. 10 mars 1975, no 74-10.963) → ben ouais les gars, on ne
pose pas des deadlines qu’on ne peut pas respecter ! Même la Cour de
cassation le dit ! ;
• La prévisibilité d’un attentat à la suite de la réception d’un billet
anonyme ne permet pas à la SNCF de s’exonérer (Cass. civ. 1, 26
janvier 1971, n° 68-12.567) → on se passera de commentaire.
Condition 2 : L’irrésistibilité
Le caractère irrésistible signifie que le débiteur ne peut pas faire face à
cet événement qui l’empêche d’exécuter son obligation. Il y succombe
forcément, il ne peut pas l’éviter.
Pas comme cette agression commise par un passager sur un autre
passager d’une voiture couchette à la SNCF. En effet, la Société Nationale
des Chemins de Fer aurait pu éviter cette situation en prenant les
dispositions suffisantes pour faire obstacle à tout accès aux
compartiments couchettes par les autres passagers du train (Cass. civ. 1,
21 novembre 2006, n° 05-10.783).
En revanche, si le passager s’approche soudainement de sa victime sans
précéder son geste de parole ou manifestation d’une agitation, et
poignarde avec vigueur le passager, cet événement devient irrésistible et
la SNCF peut se prévaloir d’un cas de force majeure (Cass. civ. 1, 23 juin
2011, n° 10-15.811).
Et comme pour le premier point, vous devez vous interroger quant à la
date d’appréciation de cette irrésistibilité. La jurisprudence et le Code
civil nous le disent, l’irrésistibilité s’apprécie au moment de
l’exécution :
• 1218 : « empêche l’exécution de son obligation par le débiteur » ;
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• Cass. civ. 1, 30 octobre 2008, n° 07-17.134 (encore) : « seul un
événement présentant un caractère (…) irrésistible dans son
exécution est constitutif d’un cas de force majeure ».
Exemples du caractère irrésistible
Par exemple, si vous vaquez tranquillement à vos livraisons en camion,
et qu’une horde de licornes en colère vous bloquent à un barrage, il
s’agit d’un événement imprévisible et irrésistible.
Alors que si la manifestation et les blocages licornesques étaient connus
et prévisibles, les lieux des barrages étaient inconnus et n’avaient pas
fait l’objet d’une communication qui aurait permis au chauffeur d’éviter
le blocage de son camion et le vol de la marchandise (ouais, ce n'est pas
toujours si mignon une licorne en fait. OK, on a un peu enjolivé l’affaire
[Cass. com. 5 juillet 2023, no 22-14.476]). Vous retrouvez et le
caractère imprévisible et le caractère irrésistible ici.
Autre exemple pour le trajet : la pollution des eaux résultant d’une
agriculture intensive ne constitue pas, pour un syndicat d’adduction
d’eau, un événement imprévisible et irrésistible de nature à l’exonérer
de son obligation de résultat de fournir une eau propre à la
consommation.
Ben ouais, les gars, il ne faut pas exagérer, c’est votre travail tout de
même. En plus, obligation de résultat*, enfin, quel toupet (Cass. civ. 1,
30 mai 2006, no 03-16.335).
*L’obligation de résultat impose au débiteur de l’obligation
d’atteindre le résultat attendu de son exécution. À défaut, le
créancier a juste à rapporter que le résultat n’est pas atteint (V. par
exemple, Cass. civ. 1, n° 07-12.373, 10 avril 2008).
Condition 3 : L’extériorité
L’extériorité signifie que l’événement doit être extérieur au débiteur.
Il ne doit pas avoir joué un rôle dans la survenance de
l’événement, pour des raisons évidentes…
Cette exigence ressort de l’article 1218 du Code civil selon lequel il s’agit
d’un « événement échappant au contrôle du débiteur ».
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La jurisprudence y tient, et par exemple, une personne dont les avoirs
ont été gelés en raison de son activité ne peut pas invoquer la force
majeure pour justifier l’inexécution de ses obligations (Cass. plén.,
10 juillet 2020, n° 18-18.542).
De même, l’intervention de l’administration lorsqu’elle est provoquée
par l’attitude de celui qui en est l’objet ne permet pas d’invoquer la force
majeure (les humains ne manquent pas de culot… Cass. civ. 3,
20 novembre 1985, n° 84-16.225).
Un dernier pour la route (en train), la SNCF ne peut invoquer des
pannes, qui révèlent un défaut d’entretien de ses services, pour
s’exonérer de son obligation de ponctualité (CA, Paris, 4 oct. 1996). Elle et
ses avocats auront essayé…
Effets de la force majeure
L’effet principal de la force majeure est que si elle est caractérisée, le
débiteur est exonéré de sa responsabilité : il n’a pas à exécuter ses
obligations.
Néanmoins, en matière contractuelle, si l’empêchement est temporaire,
les conséquences ne sont pas les mêmes que s’il est définitif.
Et de façon plus générale, le cas de force majeure qui aboutit à
l’impossibilité d’exécuter son obligation empêche d’engager la
responsabilité contractuelle ; et lorsqu’il contribue à la réalisation d’un
dommage hors cadre contractuel (on tombe sur le terrain de la
responsabilité délictuelle ou quasi délictuelle [art. 1240 s. du Code civil])
même scénario.
Il y a toujours un intérêt aux mécanismes que l’on vous enseigne, il faut
donc aller au bout du raisonnement et en tirer les conséquences.
Exonération de la responsabilité
L’article 1218 du Code civil dispose qu’un cas de force majeure empêche
le débiteur d’exécuter ses obligations (autrement dit, il peut être exonéré
de sa responsabilité, par exemple).
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Or, le contrat a force obligatoire et doit être exécuté. Aucun prétexte
ne justifie de ne pas tenir ses paroles (non, vraiment aucun ! On s’engage,
c’est un serment inviolable, art. 1103 du Code civil).
Le Code civil poursuit son récit en disposant qu’un contrat mal exécuté
ou pas exécuté peut aboutir à l’engagement de la responsabilité
contractuelle du cocontractant débiteur (art. 1231-1 du Code civil). Il y
a évidemment d’autres conditions à remplir.
MAIS, c’est là qu’arrive notre force majeure. Si l’inexécution est due à
un événement extérieur, imprévisible et irrésistible, alors le
débiteur (et lui uniquement ! [Cass. civ. 1, 25 novembre 2020 (19-21.060)]
peut l’invoquer pour ne pas indemniser la victime du dommage
résultant de cette inexécution.
Et on vous l’a dit, la force majeure est un moyen de s’exonérer de sa
responsabilité civile extracontractuelle (délictuelle ou quasi délictuelle).
Et comme d’habitude, l’événement doit être extérieur (pas le cas lorsqu’il
s’agit d’une altération des facultés mentales, par exemple, Cass. civ. 2 Civ.
18 décembre 1964), imprévisible et irrésistible (V. par exemple, pour
l’exclusion du régime Cass. civ. 2, 29 mai 1996, no 94-18.129).
Revenons-en à nos contrats. L’article 1218 du Code civil distingue deux
situations : un empêchement temporaire et un empêchement
définitif.
Effets en cas d’empêchement temporaire
En cas d’empêchement temporaire, l’exécution de l’obligation est
suspendue. Autrement dit, pendant la durée du cas de force majeure, le
débiteur peut justifier ne pas exécuter son obligation.
En revanche, lorsque la cause disparaît, le débiteur doit reprendre
l’activité/la prestation objet du contrat.
La jurisprudence le disait en ces termes « la force majeure n’exonère le
débiteur de ses obligations que pendant le temps où elle l’empêche de
donner ou de faire ce à quoi il s’est obligé » (Cass. civ. 3ᵉ, 22 février 2006,
n° 05-12.032).
Effets en cas d’empêchement définitif
Parfois, l’empêchement est définitif. Lorsque l’inexécution se révèle
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définitive, le contrat est résolu de plein droit, c’est-à-dire qu’il
disparaît et n’a plus à être exécuté. Autrement dit, les parties sont
libérées de leur serment inviolable. Une sorte de divorce, finalement.
Le Code civil encadre les modalités de liberté aux articles 1351 et 1351-1
du Code civil.
Exemples de sujets sur la force majeure
Pour t'aider à t'entraîner, et donc, à mieux réussir tes exercices
juridiques, voici des exemples de sujets sur la force majeure
(dissertation, cas pratique, commentaire d'article).
10 exemples de sujets de dissertations sur la force majeure
1. L'évolution de la notion de force majeure dans la jurisprudence
française ;
2. L'impact de la force majeure sur l'équilibre contractuel ;
3. La pandémie de COVID-19 et la force majeure : quelles leçons pour le
droit des contrats ? ;
4. Le rôle de la preuve dans l'établissement de la force majeure ;
5. Force majeure et responsabilité contractuelle : la difficile
conciliation ;
6. Force majeure et impossibilité d'exécution : nuances et distinctions ;
7. La force majeure dans les contrats à long terme : gestion des risques
et adaptations contractuelles ;
8. La force majeure en droit des contrats est-elle efficace ? ;
9. Comparaison entre la force majeure en droit français et en droit
international ;
10. La force majeure dans les contrats de consommation : protection du
consommateur ou échappatoire pour les entreprises ?
Exemple de cas pratique sur la force majeure
Voici un exemple de cas pratique sur la force majeure :
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« Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, une entreprise de
construction a été forcée de suspendre ses travaux en raison des
restrictions gouvernementales. Le contrat avec son client ne contenait
pas de clause explicite de force majeure.
Analysez si l'entreprise peut invoquer la force majeure pour justifier la
suspension de ses obligations contractuelles et explorer les conséquences
potentielles de cette situation. »
Exemple de commentaire d’article sur la force majeure
• Comparez les articles 1148 ancien du Code civil et 1218 du Code civil.
En résumé, c’est quoi la force majeure ?
La notion de force majeure, couramment rencontrée en droit des
obligations, tant contractuelles qu'extracontractuelles, est essentielle
pour comprendre comment certaines circonstances permettent
d'échapper à l’exécution ses obligations ou d'être exonéré de
responsabilité.
La force majeure se caractérise par trois critères :
1. Imprévisibilité ;
2. Irrésistibilité ;
3. Extériorité.
Elle peut être résumée par l'adage « à l’impossible, nul n’est tenu ».
En droit des contrats, l'article 1218 du Code civil, réformé le 10 février
2016, détaille cette notion, la distinguant de l'ancien article 1148 et du
concept de cas fortuit qui n’est plus mentionné.
Si l’empêchement dû à la force majeure est temporaire, l'exécution du
contrat est simplement suspendue. En revanche, si l'empêchement est
définitif, le contrat peut être résolu, libérant ainsi les parties de leurs
obligations.
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Article rédigé par une enseignante en Responsabilité civile
(attachée temporaire d'enseignement et de recherche)
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