CH 2
CH 2
continuité
Motivation
Les équations en une variable x qu’on sait résoudre explicitement, c’est-à-dire en donnant une formule pour la solution,
sont très particulières : par exemple les équations du second degré ax 2 + bx + c = 0.
Mais pour la plupart des équations, il n’est pas possible de donner une formule pour la ou les solutions. En fait il n’est
même pas évident de déterminer seulement le nombre de solutions, ni même s’il en existe. Considérons par exemple
l’équation extrêmement simple :
x + exp x = 0
Il n’y a pas de formule explicite (utilisant des sommes, des produits, des fonctions usuelles) pour trouver la solution x.
Dans ce chapitre nous allons voir que grâce à l’étude de la fonction f (x) = x + exp x, il est possible d’obtenir
beaucoup d’informations sur l’ensemble des solutions de l’équation x + exp x = 0, et même de l’équation plus générale
x + exp x = y (où y ∈ R est fixé).
x + exp(x)
y
Nous serons capables de prouver que pour chaque y ∈ R l’équation « x + exp x = y » admet une solution x, que cette
solution est unique, et nous saurons dire comment varie x en fonction de y. Le point clé de cette résolution est l’étude
de la fonction f et en particulier de sa continuité. Même s’il n’est pas possible de trouver l’expression exacte de la
solution x en fonction de y, nous allons mettre en place les outils théoriques qui permettent d’en trouver une solution
approchée.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 1. NOTIONS DE FONCTION 2
1. Notions de fonction
1.1. Définitions
Définition 1.
Une fonction d’une variable réelle à valeurs réelles est une application f : U → R, où U est une partie de R. En
général, U est un intervalle ou une réunion d’intervalles. On appelle U le domaine de définition de la fonction f .
Exemple 1.
La fonction inverse :
f : ] − ∞, 0[ ∪ ]0, +∞[ −→ R
1
x 7−→ .
x
Le graphe d’une fonction f : U → R est la partie Γ f de R2 définie par Γ f = (x, f (x)) | x ∈ U .
Le graphe d’une fonction (à gauche), l’exemple du graphe de x 7→ 1x (à droite).
Γf
f (x)
(x, f (x))
1
x
x
x
f +g
( f + g)(x)
f
g(x)
g
f (x)
x
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 1. NOTIONS DE FONCTION 3
Définition 2.
Soient f : U → R et g : U → R deux fonctions. Alors :
• f > g si ∀x ∈ U f (x) > g(x) ;
• f > 0 si ∀x ∈ U f (x) > 0 ;
• f > 0 si ∀x ∈ U f (x) > 0 ;
• f est dite constante sur U si ∃a ∈ R ∀x ∈ U f (x) = a ;
• f est dite nulle sur U si ∀x ∈ U f (x) = 0.
Définition 3.
Soit f : U → R une fonction. On dit que :
• f est majorée sur U si ∃M ∈ R ∀x ∈ U f (x) 6 M ;
• f est minorée sur U si ∃m ∈ R ∀x ∈ U f (x) > m ;
• f est bornée sur U si f est à la fois majorée et minorée sur U, c’est-à-dire si ∃M ∈ R ∀x ∈ U | f (x)| 6 M .
Définition 4.
Soit f : U → R une fonction. On dit que :
f ( y)
f (x)
x y
Exemple 2. ¨
[0, +∞[−→ R
• La fonction racine carrée p est strictement croissante.
x 7−→ x
• Les fonctions exponentielle exp : R → R et logarithme ln :]0, +∞[→ R sont strictement croissantes.
¨ ¨
R −→ R [0, +∞[−→ R
• La fonction valeur absolue n’est ni croissante, ni décroissante. Par contre, la fonction
x 7−→ |x| x 7−→ |x|
est strictement croissante.
Définition 5.
Soit I un intervalle de R symétrique par rapport à 0 (c’est-à-dire de la forme ] − a, a[ ou [−a, a] ou R). Soit
f : I → R une fonction définie sur cet intervalle. On dit que :
• f est paire si ∀x ∈ I f (−x) = f (x),
• f est impaire si ∀x ∈ I f (−x) = − f (x).
Interprétation graphique :
• f est paire si et seulement si son graphe est symétrique par rapport à l’axe des ordonnées (figure de gauche).
• f est impaire si et seulement si son graphe est symétrique par rapport à l’origine (figure de droite).
y y
x x
Exemple 3.
• La fonction définie sur R par x 7→ x 2n (n ∈ N) est paire.
• La fonction définie sur R par x 7→ x 2n+1 (n ∈ N) est impaire.
• La fonction cos : R → R est paire. La fonction sin : R → R est impaire.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 1. NOTIONS DE FONCTION 5
y
x3
x2
Définition 6.
Soit f : R → R une fonction et T un nombre réel, T > 0. La fonction f est dite périodique de période T si
∀x ∈ R f (x + T ) = f (x).
f
f (x) = f (x + T )
~i x x+T
Interprétation graphique : f est périodique de période T si et seulement si son graphe est invariant par la translation
de vecteur T ~i, où ~i est le premier vecteur de coordonnées.
Exemple 4.
Les fonctions sinus et cosinus sont 2π-périodiques. La fonction tangente est π-périodique.
y
+1
cos x
x
π sin x
−π 0 2π 3π
−1
Mini-exercices.
1. Pour deux fonctions paires que peut-on dire sur la parité de la somme ? du produit ? et de la composée ? Et pour
deux fonctions impaires ? Et si l’une est paire et l’autre impaire ?
2. On note {x} = x − E(x) la partie fractionnaire de x. Tracer le graphe de la fonction x 7→ {x} et montrer qu’elle
est périodique.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 2. LIMITES 6
2. Limites
2.1. Définitions
Limite en un point
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I de R. Soit x 0 ∈ R un point de I ou une extrémité de I.
Définition 7.
Soit ` ∈ R. On dit que f a pour limite ` en x 0 si
On dit aussi que f (x) tend vers ` lorsque x tend vers x 0 . On note alors lim f (x) = ` ou bien lim f = `.
x→x 0 x0
ε
`
ε
x0
x
δ
Remarque.
• L’inégalité |x − x 0 | < δ équivaut à x ∈]x 0 − δ, x 0 + δ[. L’inégalité | f (x) − `| < ε équivaut à f (x) ∈]` − ε, ` + ε[.
• On peut remplacer certaines inégalités strictes « < » par des inégalités larges « 6 » dans la définition : ∀ε >
0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | 6 δ =⇒ | f (x) − `| 6 ε
• Dans la définition de la limite
∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − `| < ε
le quantificateur ∀x ∈ I n’est là que pour être sûr que l’on puisse parler de f (x). Il est souvent omis et l’existence
de la limite s’écrit alors juste :
∀ε > 0 ∃δ > 0 |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − `| < ε.
• N’oubliez pas que l’ordre des quantificateurs est important, on ne peut pas échanger le ∀ε avec le ∃δ : le δ dépend
en général du ε. Pour marquer cette dépendance on peut écrire : ∀ε > 0 ∃δ(ε) > 0 . . .
Exemple 5.
p
• lim x = x 0 pour tout x 0 > 0,
p
x→x 0
• la fonction partie entière E n’a pas de limite aux points x 0 ∈ Z.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 2. LIMITES 7
y y
E(x)
p
x
p
x0
1 1
0 1 x0 x 0 1 x0 ∈ Z x
Soit f une fonction définie sur un ensemble de la forme ]a, x 0 [∪]x 0 , b[.
Définition 8.
• On dit que f a pour limite +∞ en x 0 si
∀A > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ f (x) > A
On note alors lim f (x) = +∞.
x→x 0
• On dit que f a pour limite −∞ en x 0 si
∀A > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ f (x) < −A
On note alors lim f (x) = −∞.
x→x 0
x0 x
x0 − δ
x0 + δ
Limite en l’infini
On définirait de la même manière la limite en −∞ pour des fonctions définies sur les intervalles du type ] − ∞, a[.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 2. LIMITES 8
Exemple 6.
On a les limites classiques suivantes pour tout n > 1 :
¨
+∞ si n est pair
• lim x = +∞ et lim x =
n n
x→+∞ x→−∞ −∞ si n est impair
1 1
• lim = 0 et lim = 0.
x→+∞ x n x→−∞ x n
Exemple 7.
Soit P(x) = an x n + an−1 x n−1 + · · · + a1 x + a0 avec an > 0 et Q(x) = bm x m + bm−1 x m−1 + · · · + b1 x + b0 avec bm > 0.
+∞
si n > m
P(x)
lim = ban si n = m
x→+∞ Q(x) m
0 si n < m
Soit f une fonction définie sur un ensemble de la forme ]a, x 0 [∪]x 0 , b[.
Définition 10.
• On appelle limite à droite en x 0 de f la limite de la fonction f ]x 0 ,b[
en x 0 et on la note lim
+
f.
x0
• On définit de même la limite à gauche en x 0 de f : la limite de la fonction f ]a,x 0 [
en x 0 et on la note lim
−
f.
x0
lim f (x) pour la limite à droite et lim f (x) pour la limite à gauche.
• On note aussi x→x
0 x→x 0
x>x 0 x<x 0
y
E(x)
0 2 x
2.2. Propriétés
Proposition 1.
Si une fonction admet une limite, alors cette limite est unique.
On ne donne pas la démonstration de cette proposition, qui est très similaire à celle de l’unicité de la limite pour les
suites (un raisonnement par l’absurde).
Nous n’allons donc pas donner la démonstration de ces résultats (comme en classe de terminale, on les admet !).
Proposition 3.
Si lim f = ` et lim g = `0 , alors lim g ◦ f = `0 .
x0 ` x0
Il y a des situations où l’on ne peut rien dire sur les limites. Par exemple si lim x 0 f = +∞ et lim x 0 g = −∞ alors on
ne peut à priori rien dire sur la limite de f + g (cela dépend vraiment de f et de g). On raccourci cela en +∞ − ∞
est une forme indéterminée.
∞ 0 ∞
Voici une liste de formes indéterminées : +∞ − ∞ ; 0 × ∞ ; ; ; 1 ; ∞0 ; 00 .
∞ 0
Enfin voici une proposition très importante qui signifie qu’on peut passer à la limite dans une inégalité large.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 3. CONTINUITÉ EN UN POINT 10
Proposition 4.
0
• Si f 6 g et si lim f = ` ∈ R et lim g = ` ∈ R, alors ` 6 `0 .
x0 x0
• Si f 6 g et si lim f = +∞, alors lim g = +∞.
x0 x0
• Théorème des gendarmes
Si f 6 g 6 h et si lim f = lim h = ` ∈ R, alors g a une limite en x 0 et lim g = `.
x0 x0 x0
x0
Mini-exercices.
2x 2 −x−2
1. Déterminer, si elle existe, la limite de 3x 2 +2x+2 en 0. Et en +∞ ?
2. En utilisant la définition de la limite (avec des ε), montrer que lim x→2 (3x + 1) = 7.
p p
1+x− 1+x 2 x 2 −4
3. Déterminer, si elle existe, lim x→0 x . Et lim x→2 x 2 −3x+2 ?
3. Continuité en un point
3.1. Définition
Soit I un intervalle de R et f : I → R une fonction.
Définition 11.
• On dit que f est continue en un point x 0 ∈ I si
∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I |x − x 0 | < δ =⇒ | f (x) − f (x 0 )| < ε
c’est-à-dire si f admet une limite en x 0 (cette limite vaut alors nécessairement f (x 0 )).
• On dit que f est continue sur I si f est continue en tout point de I.
ε
f (x 0 )
ε
x0
x
δ
Intuitivement, une fonction est continue sur un intervalle, si on peut tracer son graphe « sans lever le crayon »,
c’est-à-dire si sa courbe représentative n’admet pas de saut.
Voici des fonctions qui ne sont pas continues en x 0 :
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 3. CONTINUITÉ EN UN POINT 11
y y y
x0 x x0 x x0 x
Exemple 10.
Les fonctions suivantes sont continues :
• une fonction constante sur un intervalle,
p
• la fonction racine carrée x 7→ x sur [0, +∞[,
• les fonctions sin et cos sur R,
• la fonction valeur absolue x 7→ |x| sur R,
• la fonction exp sur R,
• la fonction ln sur ]0, +∞[.
Par contre, la fonction partie entière E n’est pas continue aux points x 0 ∈ Z, puisqu’elle n’admet pas de limite en ces
points. Pour x 0 ∈ R \ Z, elle est continue en x 0 .
3.2. Propriétés
La continuité assure par exemple que si la fonction n’est pas nulle en un point (qui est une propriété ponctuelle) alors
elle n’est pas nulle autour de ce point (propriété locale). Voici l’énoncé :
Lemme 1.
Soit f : I → R une fonction définie sur un intervalle I et x 0 un point de I. Si f est continue en x 0 et si f (x 0 ) 6= 0,
alors il existe δ > 0 tel que
∀x ∈]x 0 − δ, x 0 + δ[ f (x) = 6 0
f (x 0 )
x0 − δ x0 x0 + δ
Démonstration. Supposons par exemple que f (x 0 ) > 0, le cas f (x 0 ) < 0 se montrerait de la même manière. Écrivons
ainsi la définition de la continuité de f en x 0 :
∀ε > 0 ∃δ > 0 ∀x ∈ I x ∈ ]x 0 − δ, x 0 + δ[ =⇒ f (x 0 ) − ε < f (x) < f (x 0 ) + ε.
Il suffit donc de choisir ε tel que 0 < ε < f (x 0 ). Il existe alors bien un intervalle J = I∩ ]x 0 − δ, x 0 + δ[ tel que pour
tout x dans J, on a f (x) > 0.
La continuité se comporte bien avec les opérations élémentaires. Les propositions suivantes sont des conséquences
immédiates des propositions analogues sur les limites.
Proposition 5.
Soient f , g : I → R deux fonctions continues en un point x 0 ∈ I. Alors
• λ · f est continue en x 0 (pour tout λ ∈ R),
• f + g est continue en x 0 ,
• f × g est continue en x 0 ,
1
• si f (x 0 ) 6= 0, alors f est continue en x 0 .
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 3. CONTINUITÉ EN UN POINT 12
Exemple 11.
La proposition précédente permet de vérifier que d’autres fonctions usuelles sont continues :
• les fonctions puissance x 7→ x n sur R (comme produit x × x × · · · ),
• les polynômes sur R (somme et produit de fonctions puissance et de fonctions constantes),
P(x)
• les fractions rationnelles x 7→ Q(x) sur tout intervalle où le polynôme Q(x) ne s’annule pas.
La composition conserve la continuité (mais il faut faire attention en quels points les hypothèses s’appliquent).
Proposition 6.
Soient f : I → R et g : J → R deux fonctions telles que f (I) ⊂ J. Si f est continue en un point x 0 ∈ I et si g est
continue en f (x 0 ), alors g ◦ f est continue en x 0 .
Définition 12.
Soit I un intervalle, x 0 un point de I et f : I \ {x 0 } → R une fonction.
• On dit que f est prolongeable par continuité en x 0 si f admet une limite finie en x 0 . Notons alors ` = lim f .
x0
• On définit alors la fonction f˜ : I → R en posant pour tout x ∈ I
¨
f (x) si x 6= x 0
˜
f (x) =
` si x = x 0 .
Alors f˜ est continue en x 0 et on l’appelle le prolongement par continuité de f en x 0 .
x0 x
0?
Comme pour tout x ∈ R∗ on a | f (x)| 6 |x|, on en déduit que f tend vers 0 en 0. Elle est donc prolongeable par
continuité en 0 et son prolongement est la fonction f˜ définie sur R tout entier par :
¨
x sin 1x
si x 6= 0
˜
f (x) =
0 si x = 0.
Mini-exercices.
q
1. Déterminer le domaine de définition et de continuité des fonctions suivantes : g(x) = 1/ x + 12 , h(x) =
ln(x 2 + x − 1).
2. Trouver les couples (a, b) ∈ R2 tels que la fonction f définie sur R par f (x) = ax + b si x < 0 et f (x) = exp(x)
a
si x > 0 soit continue sur R. Et si on avait f (x) = x−1 + b pour x < 0 ?
x +8
3
3. La fonction définie par f (x) = |x+2| admet-elle un prolongement par continuité en −2 ?
p
f (x) = x calculer cette limite.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 4. CONTINUITÉ SUR UN INTERVALLE 13
Une illustration du théorème des valeurs intermédiaires (figure de gauche), le réel c n’est pas nécessairement unique.
De plus si la fonction n’est pas continue, le théorème n’est plus vrai (figure de droite).
y
f (b) y
y f (b)
y
f (a)
a c1 c2 c3 b x f (a)
a b x
f (b) > 0
a c
b x
f (a) < 0
Démonstration. Il s’agit d’une application directe du théorème des valeurs intermédiaires avec y = 0. L’hypothèse
f (a) · f (b) < 0 signifiant que f (a) et f (b) sont de signes contraires.
Exemple 13.
Tout polynôme de degré impair possède au moins une racine réelle.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 4. CONTINUITÉ SUR UN INTERVALLE 14
y
x 7→ P(x)
En effet, un tel polynôme s’écrit P(x) = an x n + · · · + a1 x + a0 avec n un entier impair. On peut supposer que le
coefficient an est strictement positif. Alors on a lim P = −∞ et lim P = +∞. En particulier, il existe deux réels a et b
−∞ +∞
tels que f (a) < 0 et f (b) > 0 et on conclut grâce au corollaire précédent.
Voici une formulation théorique du théorème des valeurs intermédiaires.
Corollaire 2.
Attention ! Il serait faux de croire que l’image par une fonction f de l’intervalle [a, b] soit l’intervalle [ f (a), f (b)]
(voir la figure ci-dessous).
f (b)
f ([a, b])
f (a)
a b x
Démonstration. Soient y1 , y2 ∈ f (I), y1 6 y2 . Montrons que si y ∈ [ y1 , y2 ], alors y ∈ f (I). Par hypothèse, il existe
x 1 , x 2 ∈ I tels que y1 = f (x 1 ), y2 = f (x 2 ) et donc y est compris entre f (x 1 ) et f (x 2 ). D’après le théorème des valeurs
intermédiaires, comme f est continue, il existe donc x ∈ I tel que y = f (x), et ainsi y ∈ f (I).
Théorème 2.
Soit f : [a, b] → R une fonction continue sur un segment. Alors il existe deux réels m et M tels que f ([a, b]) = [m, M ].
Autrement dit, l’image d’un segment par une fonction continue est un segment.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 5. FONCTIONS MONOTONES ET BIJECTIONS 15
y
M
a b x
Comme on sait déjà par le théorème des valeurs intermédiaires que f ([a, b]) est un intervalle, le théorème précédent
signifie exactement que
Donc m est le minimum de la fonction sur l’intervalle [a, b] alors que M est le maximum.
Mini-exercices.
1. Soient P(x) = x 5 − 3x − 2 une fonctions définie sur R. Montrer que l’équation P(x) = 0 a au moins une racine
dans [1, 2] ;
2. Montrer qu’il existe x > 0 tel que 2 x + 3 x = 7 x .
Proposition 7.
Si f : E → F est une fonction bijective alors il existe une unique application g : F → E telle que g ◦ f = id E et
f ◦ g = id F . La fonction g est la bijection réciproque de f et se note f −1 .
Remarque.
• On rappelle que l’identité, id E : E → E est simplement
définie par x 7→ x.
• g ◦ f = id E se reformule ainsi : ∀x ∈ E g f (x) = x.
• Alors que f ◦ g = id F s’écrit : ∀ y ∈ F f g( y) = y.
• Dans un repère orthonormé les graphes des fonctions f et f −1 sont symétriques par rapport à la première bissectrice.
Voici le graphe d’une fonction injective (à gauche), d’une fonction surjective (à droite) et enfin le graphe d’une fonction
bijective ainsi que le graphe de sa bijection réciproque.
LIMITES ET FONCTIONS CONTINUES 5. FONCTIONS MONOTONES ET BIJECTIONS 16
y y f
y y=x
f −1
y
y
x1 x2 x3 x x
x x
y
y=x
f −1
J = f (I)
I x
y
y=x
f1 f2
f2−1
p p x
− y y
f1−1
On remarque que la courbe totale en pointillé (à la fois la partie bleue et la verte), qui est l’image du graphe de f par
la symétrie par rapport à la première bissectrice, ne peut pas être le graphe d’une fonction : c’est une autre manière
de voir que f n’est pas bijective.
Généralisons en partie l’exemple précédent.
Exemple 15.
Soit n > 1. Soit f : [0, +∞[→ [0, +∞[ définie par f (x) = x n . Alors f est continue et strictement croissante. Comme
1 p
lim+∞ f = +∞ alors f est une bijection. Sa bijection réciproque f −1 est notée : x 7→ x n (ou aussi x 7→ n x) : c’est la
fonction racine n-ième. Elle est continue et strictement croissante.
Mini-exercices.
1. Soit f : R → R définie par f (x) = x 3 + x. Montrer que f est bijective,
2. Pour y ∈ R on considère l’équation x + exp x = y. Montrer qu’il existe une unique solution y. Comment varie y
en fonction de x ? Comme varie x en fonction de y ?