Chapitre 1
Topologie des espaces de Banach.
1.1 Espaces normés
Définition 1.1. Soit E un espace vestoriel complexe. Une norme sur E est une appli-
cation k · k : E −→ R, x 7−→ kxk telle que :
(T1 ). ∀x ∈ E, kxk ≥ 0
→
− →
−
(T2 ). kxk = 0 ⇐⇒ x = 0 , ( 0 est le vecteur nul de E, qu’on note aussi 0E )
(T3 ). ∀λ ∈ C, ∀x ∈ E, kλxk = |λ|kxk ( Homogénéité)
(T4 ). ∀x, y ∈ E, kx + yk ≤ kxk + kyk (Inégalité triangulaire)
La paire (E, k · k) est appelée espace vectotiel normé (e.v.n). S’il n’y a pas de confusion,
on dit simplement que E est un espace normé ( sans mentionner k · k).
Remarque 1.1. Si k · k ne vérifie que T1 , T3 et T4 , on dit que c’est une semi-norme.
Exercices 1.1. Si E est un espace vectoriel normé, vérifier que
∀u, v ∈ E, | kuk − kvk | ≤ ku − vk.
Exemple 1.1.
p
1) E = Rn , ∀x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , kxk0 = x21 + · · · + x2n , est la norme euclidienne
de Rn .
2) Deux autres normes usuelles sur Rn sont données par :
n
X
kxk1 = |xi |, kxk2 = sup (|xi |).
1≤i≤n
i=1
3) Cn muni des
p trois normes précédentes est aussi un espace normé avec
kxk0 = |x1 |2 + · · · + |xn |2 où |xi |=module de xi .
1
1.2 Produit scalaire. 2
4) Si E est un C-espace vectoriel de dimension finie muni d’une baseP(e1 , e2 , . . . , en ),
on définit trois normes naturelles sur E en posant pour tout x = ni=1 xi ei :
v
u n n
uX X
kxk0 = t 2
|xi | , kxk1 = |xi |, kxk2 = sup (|xi |).
1≤i≤n
i=1 i=1
5) E = C([a, b], C) espaces des fonctions continues sur [a,b] à valeurs dans C. On définit
une norme sur E par :
∀ f ∈ E, kf k = sup |f (x)|
x∈[a,b]
Exercices 1.2. Montrer que la norme définie ci-dessus sur C([a, b], C) vérifie les axiomes
de définition T1 , T2 , T3 et T4 .
1.2 Produit scalaire.
Définition 1.2. On appelle produit scalaire complexe ou produit hermitien sur E toute
application < ·, · >: E × E −→ C telle que
(P1 ). < u, v + w >=< u, v > + < u, w >, ∀ u, v, w ∈ E
(P2 ). < αu, v >= α < u, v >, ∀ α ∈ C, ∀ u, v ∈ E
(P3 ). < u, v >= < v, u >, ∀ u, v ∈ E
→
−
(P4 ). < u, u > ≥ 0 et <u,u>=0 ⇐⇒ u = 0 , ∀u∈E
Remarque 1.2.
a) Une forme qui vérifie les propriétés P1 à P3 est dite sesquilinéaire
b) P4 signifie que la forme < ·, · > est définie positive
c) Si E est réel, on dit tout simplement que < ·, · > est un produit scalaire
d) P2 , P3 =⇒< u, αv >= α < u, v > .
Exemple 1.2. Si E est un espace vectoriel de dimension finie et (e1 , e2 , . . . , en )P
une base
n
de E, alors
Pnon définit un produit
Pn scalaire Hermitien sur E en posant < u, v >= i=1 xi yi ,
avec x = i=1 xi ei , y = i=1 yi ei .
Définition 1.3. un espace vectoriel muni d’une forme hermitienne définie positive est
appelé un espace préhilbertien.
Proposition 1.1. Un espace préhilbertien est un espace normé. Sa norme est donnée
par √
kuk = < u, u >.
2 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.2 Produit scalaire. 3
Preuve:
√
• kuk = < u, u > ≥ 0
•
kuk = 0 ⇐⇒ < u, u >= 0
→
−
⇐⇒ u= 0
√ √ √
• kαuk = < αu, αu > = αα < u, u > = |α| < u, u > = |α|kuk
•
ku + vk2 = <u+v,u+v>
= <u,u>+<u,v>+<v,u>+<v,v>
≤ kuk2 + kvk2 + 2| < u, v > |
≤ kuk2 + kvk2 + 2kukkvk = (kuk + kvk)2
Ainsi ku + vk ≤ kuk + kvk.
Il nous reste donc à prouver l’inégalité suivante (utilisée dans la preuve ci-dessus)
appelée : inégalité de Cauchy- Schwarz :
| < u, v > | ≤ kuk · kvk (C.S)
D ∀α, β ∈ C
En effet E
0 ≤ αu + βv, αu + βv = |α|2 kuk2 + |β|2 kvk2 + αβ < u, v > +βα < v, u >
= |α|2 kuk2 + |β|2 kvk2 + 2Re[αβ < u, v >] (∗)
En particulier, en prenant α =< v, v >= kvk2 et β = −h< u, v >, alors i
2 4 2 2 2 2
(∗) =⇒ 0 ≤ kuk kvk + | < u, v > | kvk + 2Re − kvk | < u, v > |
=⇒ 0 ≤ kuk2 kvk4 − | < u, v > |2 kvk2
=⇒ 0 ≤ kuk2 kvk2 − | < u, v > |2
Ainsi | < u, v > |2 ≤ kuk2 kvk2 .
Remarque 1.3. L’inégalité (C-S) devient l’égalité si et seulement si u est colinéaire à v
En effet, d’une part il est clair que si u et v sont colinéaires alors on a l’égalité de
Cauchy-Schwarz (C-S). Réciproquement
| < u, v > | = kukkvk =⇒ | < u, v > |2 − kuk2 kvk2 = 0
=⇒ kuk2 kvk4 − | < u, v > |2 kvk2 = 0 h i
=⇒ kuk2 kvk4 + | < u, v > |2 kvk2 + 2Re − kvk2 | < u, v > |2
=⇒ |α|2 kuk2 + |β|2 kvk2 + 2Re[αβ < u, v >] = 0
où α =< v, v >= kvk2 et β = − < u, v >
=⇒ |α|2 kuk2 + |β|2 kvk2 + αβ < u, v > +βα < v, u >= 0
=⇒ < αu + βv, αu + βv >= 0
=⇒ αu + βv = 0.
Ce qui prouve que u et v sont colinéaires.
Proposition 1.2. Soit (E, < ·, · >) un espace préhilbertien et k · k la norme associée,
alors on a :
3 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.2 Produit scalaire. 4
(i) (Polarisation) ∀ u, v ∈ E,
4 < u, v >= ku + vk2 − ku − vk2 + iku + ivk2 − iku − ivk2 (P O1 )
et si E est réel, la formule de polarisation est donnée par
4 < u, v >= ku + vk2 − ku − vk2 .
(ii) On a en plus la formule du parallélogramme suivante
2kuk2 + 2kvk2 = ku + vk2 + ku − vk2 . (P a1 )
Preuve: Développons le membre de droite de (P O1 )
ku + vk2 − ku − vk2 + iku + ivk2 − iku − ivk2 = kuk2 + kvk2 + 2Re(< u, v >) − kuk2 − kvk2
+2Re(< u, v >) + ikuk2 + ikvk2 − ikuk2
+2iRe(< u, iv > −ikvk2 + 2iRe(< u, iv >)
= 4 Re(< u, v >) + 4iRe(< u, iv >)
= 4 Re(< u, v >) + 4Im(< u, v >).
Pour l’identité de parallélogramme, on a :
ku + vk2 + ku − vk2 = kuk2 + kvk2 + 2Re(< u, v >) + kuk2 + kvk2 − 2Re(< u, v >)
= 2(kuk2 + kvk2 ).
Définition 1.4. (Normes équivalentes)
Deux normes k · k1 et k · k2 sur E sont dites équivalentes si ∃ α > 0, β > 0 tels que
αkuk2 ≤ kuk1 ≤ βkuk2 , ∀ u ∈ E.
Exemple 1.3. Dans Rn , les normes k · k0 , k · k1 et k · k2 définies plus haut sont équi-
valentes.
On généralise cela aux produits d’espaces normés .
Définition
1.5.
(Produit d’espaces normés)
Soit E1 , k · k1 , · · · , En , k · kn n espaces normés. On pose E = E1 × · · · × En , muni
de sa structure d’espace vectoriel produit.
Pour X = (x1 , · · · , xn ) ∈ E, on pose :
q n
X
kXk0 = kx1 k21 + kx2 k22 + · · · , kxn k2n , kXk1 = kxi ki et kXk2 = sup1≤i≤n kxi ki .
i=1
Alors ces applications définissent trois normes équivalentes sur E. (Preuve : Exercice).
Remarque 1.4. On verra dans la suite que deux normes équivalentes définissent la
même topologie et réciproquement.
E = E1 × · · · × En muni de la topologie définie par l’une des trois normes précédentes
sera alors appelé espace normé produit de E1 ,E2 , · · · ,En .
4 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.3 Topologie d’un espace normé 5
1.3 Topologie d’un espace normé
Soit (E, k · k) un espace normé.
Proposition 1.3. E est un espace métrique dont la distance est donnée par
d(u, v) = ku − vk, ∀ u, v ∈ E.
Définition 1.6. La topologie de l’e.v.n (E, k · k) est celle définie par la distance précé-
dente. On a notamment les notions suivantes : ∀ a ∈ E, ∀ r > 0,
- L’ensemble B(a, r) = {x ∈ E, kx − ak < r} est la boule ouverte de centre a et de
rayon r.
- B(a, r) = {x ∈ E, kx − ak ≤ r} et S(a, r) = {x ∈ E, kx − ak = r} sont respectivement
la boule fermée et la sphère de centre a et de rayon r.
Par définition de la topologie de (E, d),
– ∀ x ∈ E, une partie A de E est voisinage de x si ∃ > 0, telle que B(x, ) ⊂ A.
– Une partie O de E est un ouvert s’il est voisinage de chacun de ses points.
Exercices 1.3. (résolu) Montrer que tout ouvert de (E, k · k) est reunion de boules ou-
vertes.
En effet si O est un ouvert, ∀ x ∈ E, ∃ x > 0 tel que B(x, ) ⊂O et par suite on a
O = ∪x∈O B(x, x ).
L’espace vectoriel (E, k · k) étant métrique, on a aussi :
Définition 1.7. Une suite (xn ) de points de E converge vers a ∈ E si la suite numérique
kxn − ak converge vers 0 i.e.
∀ > 0, ∃ no ∈ N, ∀ x ∈ N, n ≥ no =⇒ kxn − ak < .
Définition 1.8. La suite (xn ) est dite de Cauchy si
∀ > 0, ∃ no ∈ N, ∀ p, q ∈ N, (p ≥ no , q ≥ no ) =⇒ kxp − xq k < .
Comme on le vérifie aisément toute suite convergente est de Cauchy, la réciproque
n’est pas toujours vraie, si l’espace n’est pas complet.
Définition 1.9. Un espace de Banach est un espace vectoriel normé complet i.e. un
e.v.n dans lequel toute suite de Cauchy est convergente.
1.4 Exemples d’espaces de Banach
1) R muni de la valeur absolue est un e.v.n complet.
2) Rn ou Cn muni de l’une de ses trois normes canoniques est un espace de Banach.
5 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.4 Exemples d’espaces de Banach 6
3) Le produit de deux (ou n) espaces de Banach est un espace de Banach.
4) E = C([a, b], C) muni de la norme de convergence uniforme kf k∞ = supx∈[a,b] |f (x)|
est un espace de Banach.
5) Soit l2 , l’espace des suites complexes XP= (x1 , · · · , xn , · · · ) telles que ∞ 2
P
i=1 |xi | < ∞.
On pose ∀ X, Y ∈ l2 , < X, Y >= ∞ i=1 xi yi . Ceci est bien défini et représente un
produit scalaire sur l qui est donc un espace normé. On montre (Exercice) que l2
2
est complet.
6) Soit E = L2 ([a, b]) l’espace vectoriel des classes de fonctions numériques f telles que
Rb Rb
a
|f (x)|2 dx < ∞. On pose ∀ f, g ∈ E, < f, g >= a f (x)g(x)dx, ceci définit
un produit scalaire sur E et on montre que E est complet donc c’est un espace de
Banach.
Remarque 1.5. La notion de classes de fonctions dans l’exemple ci-dessus renvoie à
la relation : deux fonctions sont en relation ou dans la même classe si elles sont égales
presque partout ( voir Théorie de mesure). Plus généralement, on définit les espaces
Rb
Lp ([a, b]), p ≥ 1, a, b ∈ R, des classes de fonctions f telles que a |f (x)|p dx < ∞ et la
R 1/p
b
norme de Lp ([a, b]) est donnée par kf k = a
|f (x)|p
dx .
Exercices 1.4.
1. Montrer que C([a, b], C) et l2 sont complets (pour l2 voir espaces de Hilbert dans
la suite)
2. Montrer que deux normes équivalentes sur un espace vectoriel E définissent la
même topologie.
Preuve:de 2)
Soient k · k1 et k · k2 deux normes équivalentes sur E, alors il existe α > 0, β > 0 tels que
αkxk2 ≤ kxk1 ≤ βk · k2 (eq)
Notons par Bi (x, ), i=1,2, la boule ouverte de centre x et de rayon pour la norme k·ki .
Pour montrer que les deux topologies sont équivalentes, il suffit de prouver que toute
boule de l’une de ces normes contient une boule de l’autre. Or
(eq) =⇒ B2 (a, ) ⊂ B1 (a, β) et B1 (a, ) ⊂ B2 (a, α1 ).
En effet
kx − ak2 < =⇒ kx − ak1 ≤ βkx − ak2 < β
=⇒ x ∈ B1 (a, β)
kx − ak1 < =⇒ αkx − ak2 ≤ kx − ak1 <
=⇒ kx − ak2 < α1
=⇒ x ∈ B2 (a, α1 ) .
Réciproquement, supposons que k · k1 , k · k2 définissent la même topologie alors,
∃ r1 > 0, B1 (0, r1 ) ⊂ B2 (0, 1) et ∃ r2 > 0, B2 (0, r2 ) ⊂ B1 (0, 1) i.e. ∀x ∈ E,
kxk1 ≤ r1 =⇒ kxk2 ≤ 1
kxk2 ≤ r2 =⇒ kxk1 ≤ 1
6 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.5 Espaces vectoriels normés de dimension finie 7
or
→
− r1 x r1 x 1
∀ x 6= 0 , k k1 = r1 , ainsi k k2 ≤ 1 =⇒ kxk2 ≤ kxk1 .
kxk1 kxk1 r1
De même
r2 x r2 x
k k2 = r2 , ainsi k k1 ≤ 1 =⇒ r2 kxk1 ≤ kxk2 .
kxk2 kxk2
Par suite on a :
1
r2 kxk1 ≤ kxk2 ≤ kxk1 .
r1
1.5 Espaces vectoriels normés de dimension finie
Nous avons vu plus haut que tout espace vectoriel de dimension finie E peut être
muni de façon naturelle d’aumoins trois normes équivalentes k · k0 , k · k1 et k · k2 . Mieux
on a le résultat général suivant :
Proposition 1.4. Si dim E < ∞, alors toutes les normes sur E sont équivalentes.
Remarque 1.6. Si dim E = n, alors E est isomorphe à Rn et tout isomorphisme Ψ :
Rn −→ E transporte une norme x 7−→ kxk sur Rn en une norme y 7−→ kΨ−1 (y)ksurE.
Donc pour prouver la proposition précédente, il suffit de prouver que toutes les normes
sur Rn sont équivalentes.
Soit donc N une norme sur Rn et k · k l’une des trois normes canoniques de Rn . On va
montrer que NPest équivalente à k · k. Soit (ei )1≤i≤n la base canonique de Rn .
∀x ∈ Rn , x = ni=1 xi ei , ∀x0 ∈ Rn , on a :
|N (x) − N (x0 )| ≤ N (x − x0 ).
Montrons que N : Rn −→ R est continue pour la norme k · k.
En effet P
n i i
N (x − x0 ) = N (x − x0 )ei
Pn i=1i i
≤ i=1 |x − x0 |NP(e i)
i i n
≤ max1≤i≤n (|x −P x0 |)( i=1 N (ei ))
≤ kx − x0 k( ni=1 N (ei ))
ce qui prouve que si kx − x0 k < Pn N (e ) , alors |N (x) − N (x0 )| ≤ N (x − x0 ) < .
i=1 i
Donc N est continue par rapport à k · k. La fonction N atteint alors son minimum
et son maximum sur le compact S = {x ∈ Rn , kxk = 1}. Posons α = inf x∈S N (x),
β = supx∈S N (x)
→
−
∀x ∈ Rn , si x 6= 0 ,
x x
kxk
∈S =⇒ α ≤ N ( kxk )≤β
=⇒ αkxk ≤ N (x) ≤ βkxk
→
−
cette inégalité étant aussi vraie pour x = 0 , on a ∀x ∈ Rn ,αkxk ≤ N (x) ≤ βkxk.
7 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.6 Notion de continuité 8
Théorème 1.1. (Théorème de Fréderic Riesz)
Tout espace vectoriel normé localement compact est de dimension finie, ce qui est équi-
valent à si E=e.v.n et sa boule unité est compact alors dim E < ∞.
Remarque 1.7. E est localement compact signifie que tout point de E possède un
→
−
voisinage compact. Si 0 en possède un, par exemple B(0, ) alors par homothétie de
rapport 1ε on voit que B(0, 1) sera compact et réciproquement. Dès lors pour la preuve
du théorème de Riesz, on partira de B(0, 1) compact.
On a B(0, 1) ⊂ ∪x∈E B(x, 12 ) donc ∃ x1 , · · · , xp tels que B(0, 1) ⊂ B(x1 , 12 )∪B(x2 , 12 ) · · ·∪
B(xp , 12 ), car B(0, 1) est compact.
Considérons le sous-espace vectoriel F engendré par x1 , · · · , xp . Nous allons prouver que
E = F.
Par absurde, supposons que E 6= F, alors ∃ a ∈ E tel que a n’appartient pas à F. Donc
d(a, F) > 0. Posons α = d(a, F) = inf x∈F d(a, x). Par définition de inf, ∃ y ∈ F tel que
d(a, y) < α + α2 i.e. ka − yk < 3 α2 .
a−y
Posons z = ka−yk , z ∈ B(0, 1) donc ∃ xio tel que kz − xio k < 12 . On a :
a = y + ka − ykz
= y + ka − yk(z + xio − xio )
= y + ka − ykxio + ka − yk(z − xio )
u = y + ka − ykxio ∈ F et ku − ak = ka − ykkz − xio k ≤ 3 α2 × 12 < α.
u ∈ F donc α ≤ ku − ak et par suite on a α ≤ ku − ak < α (absurde).
Conclusion E = F et on a dim E < ∞.
1.6 Notion de continuité
La continuité d’une application entre espaces normés est en fait la continuité entre es-
paces topologiques (métriques) sousjacents. Soient E et F deux e.v.n et f : U ⊂ E −→ F
une application définie sur un ouvert U de E. Soit x0 ∈ U
Définition 1.10. On dit que f est continue en x0 si
∀ > 0, ∃ α > 0, ∀ x ∈ U, kx − x0 kE < α =⇒ kf (x) − f (x0 )kF < .
On dit que f est continue sur U si f est continue en tout point de U.
Exemple 1.4. La norme k · k : E −→ R est continue.
En effet ∀ x, x0 ∈ E, kxk − kx0 k ≤ kx − x0 k, pour > 0 et α = , on a
kx − x0 k < α =⇒ |kxk − kx0 k| < .
Exercices 1.5.
1. Prouver que si (xn ) est une suite de E convergeant vers x0 ∈ E et f continue sur
E à valeurs dans F alors f (xn ) converge vers f (x0 ).
8 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.6 Notion de continuité 9
2. Prouver que si E est un e.v.n de dimension finie p, alors toute semi-norme sur E
est continue et E est homéomorphe à Rp .
Proposition 1.5. (Espace quotient). Soient E un e.v.n et F un sous-espace vectoriel
fermé de E. Soit E/F l’espace vectoriel quotient et π : E −→ E/F , π(x) = x la
projection canonique . Alors
(i) l’application
k · kE/F : E/F −→ R
définit une norme sur E/F.
x 7−→ inf v∈F kx + vk = d(x, F)
(ii) π est continue et la topologie définie par la norme k · k coïncide avec la topologie
quotient de E par F.
(iii) Si E est un espace de Banach alors E/F l’est aussi.
Preuve:
→
− →
−
(i) Il est clair que ∀ x ∈ E/F, kxkE/F ≥ 0 et que k 0 k = 0 car 0 ∈ F.
Si kxk = 0 alors d(x, F) = 0 i.e. x ∈ F. Or x ∈ F ⇐⇒ x = 0. Le lecteur vérifiéra
en plus l’homogenéïté et l’inégalité triangulaire pour k · kE/F (T.D)
(ii) Comme E et E/F sont des espaces normés, donc à base denombrable de voisinages
de tout x, il suffit de prouver que π est séquentiellement continue. Soit donc (xn )
convergent vers x dans E. Montrons que π(xn ) converge vers π(x). En effet π étant
linéaire,
kπ(xn ) − π(x)k = kπ(xn − x)kE/F ≤ kxn − xkE −→ 0
d’où π est continue.
Avant de prouver que la topologie de k · kE/F est la topologie quotient, il convient
de remarquer que dans un e.v.n, un voisinage V de x est de la forme V = x + V0
où V0 ∈ V(0). On va seulement prouver que si V0 ∈ V(0) dans (E/F, k · k) alors
→
−
π −1 (V0 ) ∈ V E ( 0 ) et vice-versa.
−−→ →
−
La continuité de π prouve déja le premier sens i.e. ∀ V0 ∈ V(0E/F ), π −1 (V0 ) ∈ V( 0 ).
−−→ →
−
Réciproquement, supposons 0E/F ∈ U et π −1 (U ) ∈ V( 0 ) i.e. U est voisinage de
0E/F pour la topologie quotient.
→
−
Montrons que U ∈ V( 0 ) pour k · kE/F
→
−
π −1 (U ) ∈ V( 0 ) =⇒ ∃r > 0, B(0, r) ⊂ π −1 (U )
=⇒ π(B(0, r)) ⊂ U
or π(B(0, r)) = {x, kxk < r}. Si x ∈ π(B(0, r)) alors
d(x, F) ≤ d(x, 0) = kxk < r =⇒ kxkE/F < r i.e. π(B(0, r)) ⊂ BE/F (0, r).
De même ∀ y ∈ BE/F (0, r),
kykE/F < r =⇒ ∃y0 ∈ F, ky − y0 kE < r. Or y − y0 = y et y − y0 ∈ B(0, r), donc
=⇒ y ∈ π(B(0, r))
→
− →
−
Par suite π(B(0, r)) = BE/F (0, r) ∈ V( 0 ) donc U ∈ V( 0 ).
9 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.7 Exercices sur la topologie des espaces de Banach. 10
(iii) Supposons que E est un espace de Banach. Soit {xn } une suite de cauchy dans
E/F. ∀ > 0, ∃ n0 ∈ N, ∀ p, q ≥ n0 , kxp − xq k < . Sans perte de généralité, on
peut toujours supposer kxn − xn+1 k < 21n pour n ≥ n0 ( ≈ 2n10 ). Vérifier alors par
réccurence qu’on peut trouver an ∈ xn tels que kan − an+1 k < 21n si bien que (an )
est de cauchy dans E et converge vers a. Par suite π(an ) converge vers π(a) i.e.
xn = an = π(an ) converge vers a.
Définition 1.11. La codimension de F dans E est la dimension de E/F. On dit que
le sous-espace fermé F du banach E admet un supplémentaire direct s’il existe un autre
sous-espace fermé G tel que E = F ⊕ G.
1.7 Exercices sur la topologie des espaces de Banach.
Exercice 1. Sur l’espace Cn , on considère les trois normes suivante :
n
X n
X 21
kxk1 = |xi |, kxk0 = |xi |2 , kxk∞ = max |xi |
i=1,··· ,n
i=1 i=1
1) Vérifier qu’il s’agit bien des normes.
2) Montrer que ces normes sont équivalentes et déterminer les constantes d’équivalence
entre ces normes.
3) Représenter la boule unité fermée de chacune des trois normes dans R2 .
Exercice 2. Montrer que dans Cn , toutes les normes sont équivalentes.
Exercice 3. On considère les espaces, l1 , l2 et l∞ des suites complexes suivants, munis
des normes indiquées.
l1 = {(an ) : P n |an | < ∞}
P
l2 = {(an ) : n |an |2 < ∞}
l∞ = {(an ) : |an | < M, ∀n}
On les munit respectivement
P des normes
k(an )k1 = |an |
P n 1
2 2
k(an )k2 = n |a n |
k(an )k∞ = supn |an |
1) Montrer que l1 , l2 et l∞ sont des espaces vectoriels.
2) Vérifier que k · k1 , k · k2 , k · k∞ sont bien des normes.
Exercice 4. Soit (E, k · k) un espace vectoriel normé.
Montrer que l’adhérence de la boule ouverte B(x,r) de centre x et de rayon r est la boule
fermée de centre x et de rayon r.
10 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.7 Exercices sur la topologie des espaces de Banach. 11
Exercice 5. Soient E un C-espace vectoriel et p, q des normes sur E.
1) On suppose que Bp (0, 1) ⊂ Bq (0, 1). Montrer que q ≤ p.
2) On suppose que Bq (0, 1) = Bp (0, 1). Montrer que q = p.
Exercice 6. 1) Montrer que dans la définition d’une norme sur un espace vectoriel E,
on peut remplacer l’inégalité triangulaire par la propriété suivante : la boule unité
fermée {x ∈ E, kxk ≤ 1} est une partie convexe de E.
2) Dans R2 , on pose N (x, y) = max(|x+ y|, |x − 2y|). Montrer
que N est une norme
et dessiner sa boule unité fermée. On pourra utiliser 1) .
Exercice 7. Soient E un e.v.n et M un sous-espace vectoriel fermé de E. On définit sur
E/M une fonction N (g + M ) = inf m∈M (kg + mk)
1) Montrer que N est une norme sur E/M.
2) On suppose que E est complet, montrer que E/M est complet.
Indication : On peut utiliser
P la caractérisation d’espaces de Banach (voir Exercice 8).
On suppose une série n (xn + M ) qui converge absolument alors ∀ n>0, ∃ vn ∈ M,
kxn − vn k ≤ kxn + M k + 21n , par suite nP
P
(kxn − vn k) converge vers x car converge
absolument et E complet. Vérifier alors que n (xn + M ) converge vers x+M.
Exercice 8. Soit X un espace normé. Montrer que X est un espace de Banach si et
seulement si toute série normalement convergente dans X est convergente.
Indication : Si (xn ) est une suite de cauchy, on posePyn = xn+1 − xn , prouver qu’il
existe
P une sous-suite ynr telle que kynr k ≤ 21r et donc r kynr k ≤ 1 et en déduire que
ynr converge, donc (xn ) aussi.
Exercice 9. Notons par C 1 ([0, 1], C) l’espace vectoriel des fonctions de classe C 1 de
[0,1] dans C.
1) Montrer que les applications p : f 7−→ kf k∞ + kf 0 k∞ et q : 7−→ |f (0)| + kf 0 k∞ sont
des normes équivalentes sur C 1 ([0, 1], C).
2) Les normes p et f 7−→ kf k∞ sont-elles équivalentes ?
3) Montrer que C 1 ([0, 1], C) muni de la norme q est un espace de Banach. On pourra
considérer l’application f 7−→ (f 0 , f (0)) de C 1 ([0, 1], C) dans C 1 ([0, 1], C) × C.
Exercice 10. On munit E=C 1 ([0, 1], R) de la norme kf k = |f (0)| + supt∈[0,1] |f 0 (t)|.
Vérifier qu’il s’agit bien d’une norme et que (E, k · k) est un espace de Banach.
Exercice 11. 1) Montrer que l’espace Mn (C) des matrices complexes n × n est un
espace de Banach.
11 F. NGAKEU c MAT316-2025.
1.7 Exercices sur la topologie des espaces de Banach. 12
P An
2) Montrer que dans Mn (C), la série n!
converge. Sa somme est notée exp(A).
A n
3) Montrer que la suite (I + n
) converge vers exp(A) dans Mn (C).
Exercice 12. 1) Définir et donner un exemple d’algèbre de Banach.
2) Soit A une algèbre Banach. Montrer que l’ensemble des éléments inversibles de A
est un ouvert.
Exercice 13. On considère l’espace l1 (C) défini à l’exercice 3, avec sa norme k(an )k =
1
P
n |an |. Montrer que l (C) est complet.
Exercice
R1 14. On considère l’espace E = C[0, 1], R) muni de la norme : kf kI =
0
|f (x)|dx et la suite de fonctions : fn (x) = n(x − 21 )χ[ 1 , 1 + 1 ] + χ[ 1 + 1 ,1]
2 2 n 2 n
1) Montrer que kf kI est bien une norme sur E.
2) Montrer qur (fn ) est de cauchy dans E.
R1
3) Supposer que (fn ) converge vers f ∈ E. Montrer que 0 |f (x)|dx−→0,
R1
1
+1
|1 − f (x)|dx−→0. En déduire que f n’est pas continue. Conclure.
2 n
Exercice 15. D’après le théorème de Riesz, un espace vectoriel normé dont la boule
unité fermée est compacte, est un e.v.n de dimension finie. Reprendre la preuve de ce
théorème.
Exercice 16. On considère l’espace l∞ des suites (Un )n≥1 à valeurs complexes et bornées
et on désigne par C0 le sous-espace des suites (Un )n≥1 tendant vers 0. On munit l∞ de
la norme k · k∞ définie ainsi :
P our u = (un ), kuk∞ = sup |un |
n≥1
1) Montrer que (l∞ , k · k∞ ) est un espace de Banach.
2) Montrer que C0 est un sous-espace fermé de l∞ et que (C0 , k · k∞ ) est un espace de
Banach.
12 F. NGAKEU c MAT316-2025.