ARGUMENTAIRE SUR L’INCOMPÉTENCE DU TRIBUNAL DE PAIX EN
RDC
I. L’incompétence du Tribunal de paix en raison de l’Article
36 de la loi sur le statut des chefs coutumiers
L’article 36 de la loi de 2015 relative au statut des chefs
coutumiers dispose expressément que :
> « En cas de conflit né à l’occasion de l’exercice du pouvoir
coutumier, le gouverneur de province ou son délégué pour la
chefferie, le chef de chefferie ou de secteur ou leurs délégués
pour le groupement et le village s’impliquent de manière à
contribuer à son règlement par voie de conciliation, de médiation
ou d’arbitrage. »
Cette disposition institue un mécanisme spécifique de
règlement des conflits nés de l’exercice du pouvoir coutumier,
excluant ainsi ces litiges du champ de compétence des
juridictions de l’ordre judiciaire.
En conséquence, le Tribunal de paix, juridiction de droit commun
pour les affaires civiles et pénales de premier degré, est
incompétent ratione materiae pour connaître d’un litige
impliquant l’exercice du pouvoir coutumier. En effet :
1. Primauté du mécanisme spécial : L’article 36 instaure une
procédure exclusive de conciliation, de médiation ou d’arbitrage
par des autorités administratives et coutumières, ce qui exclut
l’intervention d’un juge judiciaire.
2. Interprétation stricte des compétences
juridictionnelles : En droit congolais, les règles de compétence
sont d’interprétation stricte la compétence étant d'attribution,
chaque juridiction doit sous peine de briller dans l'excès de
pouvoir statuer dans les limites de ses compétences lui reconnaît
Par la loi . Loi organique n° 13/011-B du 11 avril 2013 portant
organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de
l'ordre judiciaire Article 110 enonce que Les Tribunaux de paix
connaissent de toute contestation portant sur le droit de la
famille, les successions, les libéralités et les conflits fonciers
collectifs ou individuels régis par la coutume. Partant de cette
énumération, nulle part où la loi reconnaît à ce tribunal la
compétence de statuer sur le différend opposant les chefs
coutumiers au sujet du même pouvoir.
. Dès lors qu’un texte soustrait un domaine à la compétence des
juridictions judiciaires, ces dernières ne peuvent s’en saisir sous
peine d’excès de pouvoir.
3. Principe de subsidiarité du juge : L’intervention du juge ne
saurait être admise que lorsqu’aucun autre mécanisme de
règlement des différends n’existe. Or, en l’espèce, la loi prévoit
clairement une alternative juridictionnelle à travers l’intervention
des autorités administratives et coutumières. Dès lors, toute
saisine du Tribunal de paix dans une affaire de cette nature
constitue une violation manifeste du principe de séparation des
compétences et conduit nécessairement à une déclaration
d’incompétence.
II. Le moyen tiré de l’incompétence est d’ordre public et peut être
soulevé à tout état de la procédure
En droit congolais, la question de l’incompétence d’une juridiction,
lorsqu’elle touche à la matière et à l’ordre public, peut être soulevée en tout
état de cause, même pour la première fois en appel ou devant la Cour de
cassation.
1. L’incompétence ratione materiae est une question d’ordre public
L’incompétence du Tribunal de paix découle ici d’une disposition impérative
de la loi qui organise la répartition des compétences entre les juridictions et
les autres instances de règlement des différends.
En conséquence, elle relève de l’ordre public et doit être soulevée d’office
par le juge ou par l’une des parties à tout moment.
À cet effet, la jurisprudence congolaise estime que les exceptions
d’incompétence peuvent être soulevées en tout état de cause, sans que la
partie qui les invoque ne soit tenue de respecter un délai précis. (Elis, 23
décembre 1949, JTO, 1950-51, p.160)
L’incompétence du Tribunal de paix découle ici d’une disposition impérative
de la loi qui organise la répartition des compétences entre les juridictions et
les autres instances de règlement des différends.
En conséquence, elle relève de l’ordre public et doit être soulevée
d’office par le juge ou par l’une des parties à tout moment.
En conclusion,
En l’espèce, le litige concerne un conflit né de l’exercice du
pouvoir coutumier. Or, l’article 36 de la loi sur le statut des chefs
coutumiers prévoit un mécanisme spécifique de règlement de ces
conflits, excluant la compétence des juridictions judiciaires, y
compris le Tribunal de paix.
L’incompétence étant d’ordre public, elle peut être soulevée à
tout état de la procédure. Il appartient donc au juge de se
déclarer incompétent et de renvoyer l’affaire vers l’instance
appropriée, sous peine de rendre une décision juridiquement
inexistante.
L’objectif est d’éviter qu’une juridiction se prononce illégalement
sur un litige qu’elle n’a pas vocation à connaître.
3. Jurisprudence constante
La jurisprudence congolaise a régulièrement rappelé que toute
décision rendue par une juridiction incompétente est frappée de
nullité absolue, . (C.S.J., R.P. 2966, Cass., matière
répressive, Paluku Wa Muthethi c/ Banque Internationale
de Crédit, Arrêt, 28 novembre 2008, Bulletin des Arrêts de
la cour suprême de justice (2004-2009), Kin., 2010, pp.
103-108. Jurisprudence citée par le feu professeur José-
Marie TASOKI MANZELE procédure pénale congolaise ed,
L’Harmattan, 2016. P.274
L’incompétence étant d’ordre public, elle peut être soulevée à
tout état de la procédure. Il appartient donc au juge de se
déclarer incompétent et de renvoyer l’affaire vers l’instance
appropriée, sous peine de rendre une décision juridiquement
inexistante qui s'exposerait à la cassation.