Université D’ALGER
Faculté de médecine
Département de Médecine dentaire
Cours d’ODF de 5ème année
Diagnostic parodontal en orthodontie
Année universitaire : 2022 /2023 Dr. Gheziel.R
Plan :
Introduction
1. Examen du parodonte en orthodontie :
1.1. Anamnèse.
1.2. Examen clinique :
1.2.1. Les signes visuels de l’inflammation de la gencive.
1.2.2. Le sondage parodontal.
1.2.3. L’examen des freins et des brides fibreuses.
1.3. Examen radiologique.
2. Evaluation clinique d’un parodonte à risque ou affaibli:
2.1. Inspection.
2.2. La palpation.
2.3. Evaluation du complexe muco‐gingival.
2.4. Evaluation de la mobilité dentaire.
3. Le diagnostic de la gingivite orthodontique.
Conclusion
Bibliographie
Introduction :
Le pré-requis à tout traitement orthodontique est l’absence d’infection et la présence d’un
parodonte capable de résister aux mouvements dentaires. Ces deux éléments sont essentiels
pour mener le traitement en toute sérénité, car les conséquences du traitement orthodontique,
sur un parodonte malade ou affaibli, sont irréversibles pour le pronostic des dents à long
terme. Le parodonte doit donc faire l’objet d’un examen clinique rigoureux, simple et
systématique (inspection, palpation, sondage) et d’un examen radiologique (panoramique,
rétro-alvéolaires localisées).
1. Examen du parodonte en orthodontie :
Sans être aussi approfondi que celui réalise par le parodontologiste il doit être systématique et
rigoureux:
1.1. Anamnèse :
Tous les facteurs étiologiques susceptibles de provoquer ou d’aggraver une lésion
muco-gingivale doivent être recherchés (exemple diabète, tabac…).
En premier lieu, l’anamnèse doit être médicale pour une connaissance précise des antécédents
médicaux et des traitements suivis.
Dans un second temps, une anamnèse centrée sur la sphère bucco‐dentaire sera réalisée.
Tout d’abord, seront recherchés les symptômes de douleur, œdème, saignement, suppuration,
hyperplasie ou récession ainsi que leur date d’apparition et leur évolution.
Les antécédents familiaux doivent être recherchés. Enfin il devra être noté les traitements
parodontaux ultérieurs. En dernier lieu seront notées les habitudes néfastes (succion du pouce)
ou la respiration buccale. Le patient sera interrogé sur la méthode de brossage, le type de
brosse à dent et dentifrice utilisé.
1.2. Examen clinique :
L’examen du parodonte superficiel du patient se fait par inspection et peut-être
éventuellement complété par le sondage.
1.2.1. Les signes visuels de l’inflammation de la gencive :
-La couleur de la gencive :
Une gencive saine est de couleur rose pâle. En cas de gingivite, une rougeur apparait.
-Le volume et la forme de la gencive :
Une gencive saine présente un rebord gingival mince intimement plaqué à la dent.
En cas de gingivite l’inflammation locale fait apparaitre un œdème au niveau de la gencive
libre. Le rebord gingival devient arrondi et n’adhère plus à la dent.
-La consistance et la texture de la gencive :
La gencive saine est de consistance ferme et présente un aspect dit « peau d’orange ».
-L’indice gingival de Loe et Silness (1963) :
Voici une façon simple de mesurer le degré d’inflammation de la gencive.
0 : gencive normale, pas d’inflammation, ni changement de couleur, ni saignement.
1 : légère inflammation de la surface gingivale.
2 : inflammation modérée, érythème, oedème, saignement au sondage ou à la pression.
3 : inflammation sévère, érythème important, œdème, saignement spontané, ulcération.
-L’indice de plaque de Silness et Loe:
Une présence trop importante de plaque dentaire doit être notée. Un test avec révélateur de
plaque doit être effectué et doit rentrer dans le cadre de la motivation à l’hygiène
buccodentaire.
Cet indice permet de quantifier simplement la quantité de plaque d’une séance à une autre. :
0 : pas de plaque
1 : mince film de plaque au contact de la gencive marginale visible seulement à l’exploration
à la sonde.
2 : accumulation modérée de plaque au contact de la gencive marginale, pas en interdentaire,
dépôts visibles à l’oeil nu.
3 : grande accumulation de plaque au contact de la gencive marginale et en inter‐dentaire.
1.2.2. Le sondage parodontal :
Le sondage parodontal n’est pas systématique mais doit être réalisé lors d’une suspicion de
parodontite. L’examen se fait en insérant la sonde le long de la racine sous la gencive libre. La
sonde doit être parallèle à la surface radiculaire et perpendiculaire au rebord gingival. Dès
qu’une résistance élastique est perçue la pression doit être arrêtée. Ce geste ne doit pas poser
de désagrément pour le patient.
Les valeurs inférieures à 4 mm au sondage sans saignement sont considérées comme normale.
La situation reste gérable avec un bon contrôle de plaque. L’examen clinique devra être
complété par l’évaluation de la radiographie panoramique qui renseignera sur l’état du
parodonte profond.
Cependant, si les valeurs sont supérieures à 4mm, l’orthodontiste va s’orienter vers un
diagnostic de parodontite. Le patient devra être dirigé vers un spécialiste en parodontologie
avant de démarrer le traitement orthodontique.
1.2.3. L’examen des freins et des brides fibreuses :
Un frein mal inséré doit être mis en évidence car il constitue un risque pathogène pour le
parodonte marginal. Il transmet au niveau de la gencive libre et de l’attache épithéliale toutes
les sollicitations des muscles péribuccaux.
Bassigny considère que le blanchiment de la gencive au niveau de l’insertion du frein lors de
la traction de la lèvre est un signe de freins anormalement insérés.
Monnet Corti et Borghetti pensent que les signes majeurs de mauvaise insertion sont la
mobilité et l’ouverture du sillon gingivo‐dentaire au cours de la traction de la lèvre.
1.3. Examen radiologique :
Le bilan radiologique (panoramique et clichés rétoalvéolaires) est recommandé pour le
diagnostic et le suivi de la maladie parodontale (avant, pendant et après traitement
orthodontique).
2. Evaluation clinique d’un parodonte à risque ou affaibli:
Un parodonte affaibli est un parodonte sain mais présentant une perte osseuse liée à un
antécédent d’infection, ou à une cause anatomique plus ou moins aggravé par une cause
traumatique (technique de brossage). L’examen clinique permet seulement l’étude du
parodonte marginal, il sera complété par une évaluation radiologique.
2.1. Inspection :
Plusieurs éléments d’appréciation peuvent être notés sur le type de parodonte :
*Une gencive presque translucide.
*Visibilité des racines par transparence.
*La présence d’altérations telles que : récession, fissure ou fente sont les signes d’un
parodonte fin.
2.2. La palpation :
Lors de la palpation, les éléments pouvant nous orienter vers un parodonte dit « à risque »
sont :
*Des racines proéminentes et palpables en particulier au niveau des incisives inférieures.
*Si lors du test de tension, nous observons un blanchiment de la gencive attachée
*Une évaluation du vestibule peu profond (selon Bassigny un vestibule peu profond est
souvent associé à une gencive kératinisée étroite).
2.3. Evaluation du complexe muco‐gingival :
Pour pouvoir classer un parodonte plusieurs mesures sont nécessaires. Les éléments à analyser
au niveau du parodonte sont :
2.3. 1‐La hauteur de la gencive :
Elle correspond à la hauteur de gencive kératinisée : c’est la distance allant du sommet du
rebord gingival jusqu’à la ligne muco‐gingivale.
Il faut noter que la hauteur de gencive kératinisée augmente pendant la croissance parodontale
et n’atteint la dimension adulte qu’à la fin de l’adolescence.
Cette hauteur est très variable d’un sujet à l’autre et selon les dents d’un même sujet.
Remarque : la ligne muco-gingivale est la limite entre la gencive attachée kératinisée et la
muqueuse alvéolaire non kératinisée. Elle se situe 3 à 5mm apicalement à la crête osseuse.
2.3. 2. Epaisseur de la gencive :
L’épaisseur de la gencive va déterminer si le parodonte est fin ou épais. Elle conditionne
certains objectifs thérapeutiques tels que la possibilité de déplacer la dent vestibulairement.
Afin de l’évaluer on peut utiliser une technique simple et facilement utilisable en clinique.
Elle consiste à placer une sonde parodontale colorée dans le sulcus. Sa visibilité à travers les
tissus fait considérer la gencive comme fine.
2.3. 3. Hauteur des papilles :
Elle est mesurée avec une sonde parodontale au niveau des papilles distale et mésiale. Elle est
définie comme la distance allant du sommet de la papille jusqu’au milieu de la ligne reliant
les dents voisines.
2.3. 4. Présence d’altérations du parodonte marginal :
L’harmonie des contours gingivaux est recherchée et toute altération est enregistrée (fissure,
fente, récession).
Les récessions chez le patient d’âge orthodontique se rencontrent essentiellement sur les
incisives inférieures et en particulier les centrales. Ces récessions ont le plus souvent comme
conséquence un défaut ou une absence de gencive attachée.
2.4. Evaluation de la mobilité dentaire :
Il est recommandé de rechercher une mobilité dentaire lors de l’examen clinique.
Une mobilité importante nécessite une prise en charge parodontale avant tout traitement
orthodontique.
3. Le diagnostic de la gingivite orthodontique :
La gingivite orthodontique est une réaction purement inflammatoire déclenchée par la
présence du matériel orthodontique et aggravée par la plaque bactérienne. Elle est caractérisée
par une hyperplasie gingivale sans migration de l’attache parodontale .Le sondage parodontal
est de 4–5 mm et est associé à une gencive flottante dont le rebord marginal se positionne très
coronairement (dépasse largement la jonction amélo-cémentaire). Elle ne contre-indique pas
la poursuite du traitement mais impose une hygiène rigoureuse et des séances de maintenance
parodontale pour éviter une complication infectieuse entraînant la perte osseuse. Si le
diagnostic est correctement posé, cette gingivite se résorbe spontanément un à deux mois
après la dépose du matériel. L’examen radiographique permet de faire le diagnostic
différentiel.
Conclusion :
Le diagnostic d’un parodonte sain et fiable est un pré-requis au traitement orthodontique. Les
outils diagnostiques traditionnels restent d’actualité. Ils sont simples et doivent être
systématiques. L’inspection, la palpation et les radiographies orientent le diagnostic. Le
sondage parodontal le précise et évite toute source d’erreur. Cet examen est un acte
incontournable pour le dépistage d’un parodonte infectieux. Lorsque le parodonte est sain,
l’orthodontiste doit s’assurer de la qualité et la quantité de gencive attachée entourant les
dents impliquées dans son traitement.