Little Boney, Grosse Menace: Une Analyse de L'Image: Witakania SUNDASARI Ferli Hasanah
Little Boney, Grosse Menace: Une Analyse de L'Image: Witakania SUNDASARI Ferli Hasanah
SUNDASARI
&
HASANAH,
Little
Boney,
Grosse
Menace
:
Une
analyse
de
l’image
INTRODUCTION grâce à l’invention de l’imprimerie. La
The Genius of France Nursing Her caricature est définie par Philippe Roberts-‐‑
Darling est une des caricatures de James Jones comme
Gillray sur laquelle la France est présentée Tout dessin ayant pour but soit de
comme une puissance qui menace faire rire par la déformation, la
disposition ou la manière dont est
l’Europe, en particulier, et notamment à la
présenté le sujet, soit d’affirmer une
Grande-‐‑Bretagne, le pays natal de l’artiste,
opinion, généralement d’ordre
car La France voulait répandre ses idées politique ou social, par l’accentuation
révolutionnaires au-‐‑delà de ses frontières ou la mise en évidence d’une des
et lançait des guerres interminables contre caractéristiques ou de l’un des
les coalitions royalistes européennes. Avec éléments du sujet, sans avoir pour
sa politique expansionniste, Napoléon ultime but de de provoquer l’hilarité
Bonaparte a créé une grande armée en (cité dans Reshef, 1984)
employant une stratégie et une tactique En fait, « le terme caricature, […]
triomphale qui l’ont mené à la victoire. apparaît lui pour la première fois au
Glorifié et détesté en même temps, milieu du XVIIe siècle » (Dupuy, 2008) et
Napoléon Bonaparte est sacré ainsi héritier « devient au 18e siècle l’instrument favori
et défenseur de la Révolution. Mais il des gravures politiques qui commencent à
marqua ironiquement la fin de la apparaître à cette époque d’émergence
Révolution française en se proclamant d’une nouvelle réalité qu’on appelle
premier Consul à vie par un coup d’Etat, ‘l’opinion publique’ » (Dupuy, 2000).
puis en 1804, en se couronnant Empereur Quant aux caricatures politiques, « elles,
des Français, sous le titre de Napoléon 1er. n’hésitent point à s’emparer du sujet afin
James Gillray représente le de couler leur message efficacement dans
caricaturiste incontestable de la vision un moule à la fois familier et provocateur
anglaise à l’égard de la France » (Cillessen & Reichardt, 2010) dont le but
révolutionnaire et napoléonienne et « est de « déstabiliser par l’arme du rire tout
appartient à une première génération pouvoir trop sûr de lui » (de Baecque,
d’artistes s’étant entièrement consacrés à 1997). Par rapport au public, la caricature
la caricature politique » (Porterfield, 2014). politique est « une influence évidente, un
Il a témoigné « l’installation des partis appel au peuple » (Laurent, 2015) ou
politiques modernes en Angleterre sous le « [participe] des combats d’opinion et de
règne de George III et, en France, le propagande et [joue] également le rôle de
passage de la Révolution à l’Empire » moyen d’information » (Duprat, 2002). De
(Porterfield, 2014) d’où sont venus les ce fait, la caricature fournit « des
sujets hilarants de ses caricatures. Il était documents très précieux pour l’histoire
tributaire à Golden Age of Caricature au politique et l’histoire des représentations
cours duquel la caricature anglaise se collectives » (Baridon & Guédron, 2011).
développait ayant comme cible La caricature est une dessin de
particulière la Révolution française : l’humour noir et sarcastique où « la
[l]e bouleversement politique et social, aux représentation […] d’une personne ou […]
enjeux bientôt universels, qui produira la d’un sujet, dans laquelle la vérité et la
réponse graphique satirique et ressemblance exacte ne sont altérées que
humoristique la plus violente, la plus par l’excès du ridicule » (cité par Duprat,
grotesque et la plus abondante. Le rire de 1999). Sur l’image, l’artiste met souvent
la caricature anglaise devient alors
des choses dégradantes, grotesques,
terrible, à certains égards effrayant et
grivoises, même brutales ou violentes.
ouvertement anti-‐‑français. (Dupuy,
2000) « Dessin polémique, la caricature, si elle
Issu de l’italien caricatura, la n’a pas toujours vocation à déclencher le
caricature connaît une très longue histoire rire, cherche nécessairement à ridiculiser, à
-‐‑ la plus ancienne datant 79 av. J-‐‑C – dont choquer, à provoquer, ou encore à
la diffusion se développe rapidement stigmatiser une situation ou une
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la signification conventionnelle est concernant ses regards sur l’événement
importante, aussi bien de la façon de parlant.
dessiner qui « respecte des règles
représentatives convenues » (Joly, 1994)
tels que les règles de la perspective ou
celles des tiers. En utilisant des lignes
imaginaires, la règle des tiers divise une
image « en 9 rectangles égaux en traçant 2
lignes horizontales et 2 lignes verticales
sur les tiers » (Beilhe, 2012) afin de
positionner les points d’intérêt de l’image
le long de ces ligne ou à leur point
d’intersection. Les lignes horizontales et
verticales sont nommées les lignes de
force, les points aux intersections
composés par les lignes de force sont
nommés les points forts.
S’appuyant sur la théorie de la
sémiologie de l’image, cette recherche va
montrer comment la caricature de James
Gillray The Genius of French Nursing Her
Darling communique ses messages qui
représentent à son tour les engagements Figure 1. The Genius of France Nursing Her
politiques de l’artiste. Darling, 1804, eau-‐‑forte colorisée, 354x260cm
(« The Genius of France Nursing Her Darling »,
MÉTHODE s. d.)
La recherche que nous menons
porte sur une caricature de James Gillray
RÉSULTATS ET DISCUSSION
(1756-‐‑1815), intitulée The Genius of French Pour analyser la caricature The
Nursing Her Darling, qui a été publié en Genius of France Nursing Her Darling, deux
1804 (voir figure 1). Nous analysons cette niveaux de lectures s’effectuent
image en appuyant sur la théorie de respectivement : lecture dénotative et
Roland Barthes considérant une image lecture connotative.
comme phénomène sociologique vu
qu’elle produit du sens. Pour faire une Lecture dénotative
analyse de l’image, il introduit deux Pour comprendre le message de la
niveaux de lectures : une lecture caricature analysée, il faut d’abord trouver
dénotative pour le sens premier et une des signifiants qui vont être reliés aux
lecture connotative pour le deuxième signifiés. Pour parler de la France
(dans Joly, 1994). Cette analyse applique la révolutionnaire et napoléonienne, l’artiste
même méthode : par une lecture désigne les objets liés à l’idée de la France
dénotative au premier plan et ensuite par en tant que tels. Au premier niveau, la
une lecture connotative au deuxième. lecture se fait par les trois signes tels que
L’analyse est commencée par une signes linguistiques, signes iconiques et
lecture dénotative au cours de laquelle signes plastiques.
nous décrivons des objets trouvés sur
scène et leurs significations basées sur la Signe linguistique
connaissance commune ou sur la Le titre de la caricature est bien
convention. Après, une lecture connotative marqué et se trouve sur l’encadrement de
qui est interprétative est appliquée sur ces l’image dont le mot « nursing » amène à
significations plus profondes ayant pour l’idée de la relation mère-‐‑enfant. Ce
but de comprendre le message de l’artiste signifiant va avec une soi-‐‑disant comptine:
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2527-‐5100
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205
FRANCISOLA,
2
(2)
(décembre
2017):
p.202-‐214
There’s a little King Pippin sont les signifiants de la Révolution
He shall have a Rattle & Crown française et la République. Alors que
*Bless thy five wits my Baby Napoléon devient lui le signe iconique de
Mind it don’t throw itself down! la dernière période.
Hey my Kitten
my kitten… Signe plastique
[Il y a un petit Roi Bien-‐‑Admiré Les couleurs les plus présentes sur
Il aura un hochet et une couronne la scène sont le bleu, le blanc et le rouge
* Bénis tes cinq esprits mon bébé qui évoquent tous les trois les couleurs du
Attention, ne te jette pas ! drapeau français, officiellement établie en
Salut mon chaton 1958 par la Constitution. Or, ces trois
mon chaton… ] couleurs sont connues depuis longtemps.
En chantant une comptine, la mère Bien souvent que l’on les associées à la
berce son enfant et l’entoure de l’amour et Révolution française de 1789, en fait « [la]
de l’admiration. Elle cite également ce monarchie française sur le point de se
qu’elle espère le meilleur pour son bien consolider, ce sont ses couleurs qui
aimé. deviendraient d’abord celles du Royaume
Sur le bouclier s’écrit ‘Vive la de France » (Bertozzo, 2016). Le tricolore
République’ et ‘the Last of King’ comme est donc un signifiant de l’État français.
slogan de la Révolution française de 1789. En somme, tous les signifiants de
ces trois types de signes présentent sur
Signe iconique l’image renvoient « naturellement » à
Le signifiant de la présence mère-‐‑ l’idée de la France, voire à ce qui s’est
enfant est aussi représenté par les signes passé à un moment donné en France. Par
iconiques. Par la posture des personnages une bonne reconnaissance des
sur la scène fabriquant une photo d’une significations voire des objets associés à la
mère et son petit bébé. Cette impression France, cette lecture dénotative nous
est renforcée par la présence des objets amène à un contexte historique dont parle
socioculturels déterminés : un berceau « l’artiste.
symbole du sein maternel et de la
protection de la petite enfance » Lecture connotative
(Oesterreicher-‐‑Mollwo, 1992) qui se trouve Après la lecture dénotative, une
au sol, tout près des pieds de la femme, lecture connotative se fait pour que l’on
deux « hochets » ; l’un est tenu par la mère arrive à une interprétation en profondeur
et l’autre par l’enfant que décrit l’artiste de l’image.
comme un enfant admiré (pippin), ayant
encore envie d’un hochet bien qu’il en a Signe linguistique
déjà un. Si par la lecture dénotative, nous
Outre, sur la scène, il y a aussi les avons remarqué une soi-‐‑disant comptine
signifiants qui renvoient à l’idée de la nous amenant à l’idée de la relation mère-‐‑
France que l’on peut catégoriser en trois enfant, où la mère berce son enfant en lui
périodes de l’Histoire de la France, à chantant ses espérances pour son bien
savoir respectivement l’Ancien Régime, La aimé.
Révolution française de 1789 et la *Bless thy five wits my Baby
République, et la France sous l’empereur Cette phrase est inspirée de la pièce
Napoléon le 1er. Les sceptres – l’un King Lear de William Shakespeare où sur
surmonté d’une fleur de lys et l’autre acte 3 scène 4, lorsque Edgar se retrouve
d’une croix – la couronne et la trône, avec King Lear. Edgar dit « Bless thy five
l’hermine et la fourrure, tous signifient la wits, Tom’s a-‐‑cold » ainsi sur acte 3 scène
France de l’Ancien Régime, ainsi que (la 6 « Bless thy five wits » (Walthall, 2016).
tête de) Louis XVI le dernier roi. Le bonnet Edgar est le fils légitime du comte de
phrygien et la cocarde et aussi Marianne
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Gloucester. Il doit s’enfuir en se déguisant and did the act of darkness with her, swore
en Tom le mendiant à cause de l’ambition as many oaths as I spake words and broke
et de la trahison d’Edmond -‐‑le fils them in the sweet face of heaven – one that
slept in the contriving of lust and waked
illégitime de son père – qui convoite
to do it. Wine loved I deeply, dice dearly,
l’héritage du comte en faisant tournant le
and in woman outparamoured the Turk.
dernier contre Edgar. Alors que King Lear False of heart, light of ear, bloody of hand
s’amène à un destin tragique par sa fierté – hog in sloth, fox in stealth, wolf in
mais aussi par la trahison de ses deux filles greediness, dog in madness, lion in prey.
et de ses gendres. Cette tragédie parle « de Let no creaking of shoes nor the rustling of
la folie et de la manipulation, les silks betray thy poor heart to woman. Keep
conséquences de la cupidité […] un thy foot out of brothel, thy hand out of
avertissement simple sur ce qui se passe plackets, thy pen from lender’s books, and
defy the foul fiend. (« No Fear
lorsque nous comptons sur notre fierté et
Shakespeare: King Lear: Act 3, Scene 4,
notre égo, plutôt que notre raison, pour
Page 4 », s. d.)
prendre nos décisions » (Littlehale, 2017). [Un serviteur, fier de cœur et d'ʹesprit,
De ceci, nous pouvons lier le thème de la qui me bouclait les cheveux, portait
pièce au contexte à un moment donné de des gants dans ma casquette, servait la
la France. convoitise du cœur de ma maîtresse et
King Lear is about political authority as faisait l'ʹobscurité avec elle, jurait
much as it is about family dynamics. autant de jurons que je prononçais des
Lear is not only a father but also a king, mots et les cassait dans la douce face
and when he gives away his authority to du ciel -‐‑ une qui a dormi dans le désir
the unworthy and evil Goneril and de la convoitise et s'ʹest réveillé pour le
Regan, he delivers not only himself and faire. Le vin que J’aimais
his family but all of Britain into chaos profondément, découpait chèrement,
and cruelty. (« SparkNotes: King Lear: et chez la femme, il excitait le Turc.
Themes, Motifs & Symbols », s. d.) Faux de cœur, lumière d'ʹoreille,
[Roi Lear parle autant de l'ʹautorité sanglant de main -‐‑ sanglier en paresse,
politique que de la dynamique renard furtif, loup en avidité, chien en
familiale. Lear est non seulement un folie, lion en proie. Que le grincement
père mais aussi un roi, et quand il des souliers et le craquement des soies
cède son autorité à l'ʹindigne et au ne trahissent pas ton pauvre cœur à la
mal Goneril et Regan, il livre non femme. Garde ton pied hors du
seulement lui-‐‑même et sa famille, bordel, ta main hors des pattes, ta
mais toute la Grande-‐‑Bretagne dans plume des livres du prêteur, et défie
le chaos et la cruauté.] du démon.]
Pareillement à King Lear, le roi Faisant référence explicitement à
Louis XVI a perdu son pouvoir lorsqu’il le King Lear de Shakespeare, Gillray
« lègue » à sa fille Marianne (à lire la compare la France révolutionnaire et
République française) qui ensuite le napoléonienne à la tragédie puisque « all
« lègue » à son tour à Napoléon d’où le the values that we think of as protecting our
chaos et la violence qui règnent en France sense of humanity are attacked » (Woods,
ainsi qu’en Europe.
2016). James Gillray écrit sur cette
Cependant, les « five wits » nous font caricature :
penser à cinq sens : ouïe, vue, odorat, goût *“False of Heart, light of Ear, bloody of
et touche. Alors que cet écrivain anglais Hand,
parle plutôt de : common wit, imagination, “Fox in stealth, Wolf in Greediness, Dog
in Madness,
fantasy, estimation, et memory (Walthall,
“Lion in Prey; -‐‑ Bless thy Five Wits”
2016). Sur cet acte, le personnage Edgar
vide Shakespeare’s King Lear
s’assume sincèrement ses défauts et ses [Faux de cœur, lumière d'ʹoreille,
erreurs devant King Lear devenu fou : sanglante de main,
A servingman, proud in heart and mind, "ʺFox en furtivité, Loup dans la
that curled my hair, wore gloves in my gourmandise, Chien dans la folie,
cap, served the lust of my mistress’ heart
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fréquent des divinités » (Oesterreicher-‐‑ divers caractères physiques ou moraux
Mollwo, 1992) qui symbolise « la de personnages et à toucher
protection du ‘troupeau’ des fidèles ou, efficacement ses spectateurs, grâce à
l’accentuation du trait et à sa force de
dans un cadre non religieux, de la masse
simplification. C’est un art de la
des sujets » (Rapelli, 2005).
subversion qui déforme le modèle,
L’idée de la protection est renforcée s’attaque à la personne publique, à son
par un autre objet : le bouclier. Cet arme image, à ses sentiments, à sa politique,
défensive est néanmoins en contradiction en faisant preuve d’un irrespect sans
avec la lance qui, étant une arme offensive, limite. (Salles & Eymard, s. d.)
« symbolise la guerre » (Oesterreicher-‐‑ Sur la scène, contrairement à
Mollwo, 1992). Par la mise en image d’un l’image commune de Marianne comme
bouclier, au sol, à côté d’une lance, debout une jolie jeune femme fine, Gillray dénigre
et ensanglantée, l’artiste a montré que la Marianne comme une grande femme
justice, la prudence et la protection – grassouillette aux mains rondelettes. Elle a
symbolisée par le bouclier – sont défaites un gros nez, une grande bouche avec des
par le guerrier – symbolisé par la lance. dents proéminentes. Ses gros yeux sont
Cette idée de défaite est ainsi représentée grand ouverts sous ses sourcils épais. Sa
par ce qui est décrit sur le bouclier : sur taille imposante renforce les traits de
lequel repose la tête désincarnée sanglante caractère d’une femme diabolique. Tandis
du roi Louis XVI et sa couronne renversée. que pour dessiner Napoléon Bonaparte,
L’artiste dessine ici un roi qui a été l’artiste utilise odieusement le nanisme,
exécuté, ainsi qu’un coup de pouvoir c’est-‐‑à-‐‑dire l’art de minimiser son
contre le royaume lors des chaos connut la personnage à la taille lilliputienne, d’où
France révolutionnaire. La Révolution qui l’artiste le rebaptise « Little Boney » depuis
a mis fin au royaume de France est 1803. D’une manière opposée au portrait
symbolisée par la tête et la couronne officiel voire idéalisé de l’Empereur, James
renversée du le dernier roi de l’Ancien Gillray le déformé avec une forte
Régime, « Le malheureux Louis XVI enfin, dépréciation : « [Courbe] le menton de son
qualifié par les royalistes eux-‐‑mêmes de modèle et lui étire la bouche en un trait
‘roi de pétaud’, ou encore de ‘roi zéro’, est amer. Ses maxillaires s’allongent pour
également transformé par les patriotes, mieux dépeindre sa bestialité tandis que
tenants de la Révolution, en roi cochon » son allure chétive indique par défaut son
(Duprat, 1999). appétit démesuré » (Wacheux, 2009).
Sur ces deux derniers objets, nous Malgré ces exagérations, les
remarquons une autre signifiante bien personnages sont quand même reconnus
présente : le sang. « Dans le christianisme, par exemple par leurs icones
le sang est interprété comme une force vestimentaires. A part son uniforme
expiatoire et libératrice », mais militaire, Napoléon Bonaparte est
paradoxalement, le sang signifie aussi facilement reconnaissable à son chapeau
l’impureté (Oesterreicher-‐‑Mollwo, 1992).. surnommé le ‘Petit chapeau’, qui est
Le sang se montre ainsi comme des taches devenu l’un des symboles qui caractérise
sur la robe de Marianne et sur sa main sa silhouette. « Dans l’imaginaire
gauche. collectif, Napoléon et son chapeau ne font
Une caricature est toujours une qu’un » (Huguenaud, 2002).
exagération de quelque chose : Pareillement, Marianne elle est aussi
Dessin polémique, la caricature ne reconnue par son bonnet phrygien,
cherche pas toujours à déclencher le décoré d’une cocarde.
rire, mais elle déforme, parodie, raille, Par ces signes iconiques que nous
ridiculise, dénoncé une situation ou le
venons d’analyser, encore une fois nous
comportement d’une personne ou d’un
remarquons que l’artiste continue à
groupe social. Ses trois fonctions de
base sont : exagérer, défigurer, accuser. mettre en opposition un objet contre
Elle vise donc à mettre en évidence
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cette couleur puisque cette couleur est « du vêtement d’opprobre des Juifs, des
présente sous forme de taches de sang : hérétiques et des prostituées, d’autant plus
sur le bouclier et la lance, ainsi que sur la que depuis le Moyen Age, faire portant
robe et la main de Marianne. Cela nous quelqu’un d’un habit jaune, c’est une
renvoie à l’horreur brute, au meurtrie. façon dévaloriser. En Occident, la couleur
Cependant, dans la culture romaine, jaune est d’ailleurs un symbole « de la
le rouge est « la couleur du pouvoir, celle trahison, de la tromperie et du mensonge »
de l’empereur, de la noblesse et des (Simonnet, 2004). Sur la caricature, l’artiste
généraux » et « [les] autorités judiciaires désigne intentionnellement Marianne en
portent volontiers du rouge, de même que robe jaune.
le bourreau, seigneur de la vie et de la The Genius of France Nursing Her
mort » ou encore « Satan, le seigneur des Darling est une gravure en couleur. Parmi
enfers, et Babylone la prostituée en sont les couleurs qu’utilise l’artiste, le rouge et
tout autant revêtus, expression de la force le jaune sont les plus remarquables. Ces
dévastatrice du feu de l’enfer et des deux couleurs sont considérées comme
appétits insatiables de la passion ». Coiffée des couleurs chaudes, avec une certaine
d’un bonnet rouge et portant des signification : le rouge est associé au feu
chaussures de la même couleur, nous ne mais aussi à la violence et au danger, alors
pouvons pas ne pas associer Marianne à que le jaune qui est associée à la
cette dernière signification du rouge. tromperie, la lâcheté et aussi au danger
Empereur, Napoléon est vêtu de l’hermine (Chapman, 2014). L’artiste travaille sur
rouge mettant en cachette son uniforme son choix de couleurs (à lire les couleurs
militaire : un manteau bleu à larges revers de ton chaude) pour renforcer le sentiment
jaunes et rouges ; une culotte blanche d’angoisse ou d’inquiétude provoqués par
couronné de ruban rouge ; et aussi des le danger qu’incarne la France. Ceci est
souliers pointus noirs. Un soldat se renforcé par la présence de la couleur
déguise en roi. noire signifiant « de l’indifférence, de
La couleur de son uniforme est une l’insondable, pour exprimer l’obscurité, le
« couleur du divin, de la vérité, et par le chaos primordial, la mort. Couleur du
biais du maintien de la vérité et de la deuil […], il est signe d’affliction dénuée
permanence du firmament, couleur de la d’espoir. » (Oesterreicher-‐‑Mollwo, 1992).
fidélité. C’est aussi la couleur de l’irréel, Au niveau de la lumière, elle vient
du fantastique » ou encore « perdre la du haut, du côté gauche. Cela dit du côté
raison à cause de l’ivresse ». Par ce choix où l’artiste a mis son personnage principal,
très recherché de couleurs de vêtements, dont l’ombre couvre un petit peu
l’artiste a pour but de montrer une image Marianne ; puis Marianne et Napoléon
démoniaque de la France. En laissant font de l’ombre au portrait de Louis XVI.
Napoléon se sacrer l’Empereur, la France Voire ils le cachent derrière eux. Il est
trahit ses idées républicaines voire trahit d’ailleurs englobé par des nuages noircis,
sa Révolution et son peuple en rejetant la « la couleur du mal » (Oesterreicher-‐‑
faute sur la République pour tous les Mollwo, 1992). Gillray met sur la scène
chaos et les violences. l’histoire noire de la France. D’une part il y
Outre le rouge, le jaune est a la victoire de l’Empereur Napoléon Ier.
également des significations paradoxales. D’autre part il y a également les violences
C’est une « couleur claire, associée à la et la trahison. De ce fait, il existe de
symbolique de l’or, de la lumière et du l’angoisse, de la peur et aussi de la haine.
soleil » mais aussi « mauvais, diabolique ». En somme, The Genius of France
Dans la culture romaine, c’est une couleur Nursing Her Darling avec ses traits
« réservée aux prêtres et aux gouvernants ; défavorisant et des connotations
elle devint pour cela symbole de la péjoratives influence le regard du public
puissance et de la dignité », anglais à l’encontre du nouveau régime
paradoxalement c’est aussi une couleur français. L’Empire français est une
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images diaboliques de la France la-‐‑revolution-‐‑francaise-‐‑affiche-‐‑ses-‐‑
révolutionnaire et napoléonienne pour couleurs/
ensuite transférer un message discréditant Bonhomme, M. (2010). La caricature
la France et Napoléon Bonaparte. politique. Mots. Les langages du
L’artiste se forge une image politique, (94), 39-‐‑45.
démoniaque de la France et surtout de [Link]
Napoléon Bonaparte faite de son Brown, H. G. (2007). Napoleon Bonaparte,
engagement politique royaliste pour faire Political Prodigy. History Compass,
comprendre cette période turbulente de 5(4), 1382-‐‑1398.
l’histoire de la France en pointant du doigt [Link]
à la Révolution et à la trahison par la mise 0542.2007.00451.x
en évidence des oppositions et des Chapman, C. (2014). Théorie des couleurs, 1 :
paradoxes représentées par les signes Signification de la couleur. Repéré à
linguistiques, les signes iconiques et les l’adresse [Link]
signes plastiques. [Link]/theorie-‐‑des-‐‑couleurs-‐‑1-‐‑
signification-‐‑de-‐‑la-‐‑couleur/
REMERCIEMENTS Cillessen, W., & Reichardt, R. (2010).
Nous adressons nos remerciements aux Matières scatologiques dans la
personnes qui nous ont aidées dans la caricature politique, de la Réforme à
réalisation de cet article. En premier lieu, la Révolution. Annales historiques de
nous remercions Mme. Anne-‐‑Cécile la Révolution française, (361), 13-‐‑32.
GUILBARD, maître de conférences en [Link]
Littérature française et Esthétique de de Baecque, A. (1997). Daumier et les
l’image de l’Université de Poitiers. En tant parlementaires de 1830 à 1875 ;
qu’enseignante de cours de L’image Daumier et les gens de justice.
politique, elle nous a guidées dans notre Annales. Histoire, Sciences Sociales,
travail. Nous remercions aussi M. Yves 52(3), 531-‐‑533.
LETEURTRE pour sa précieuse aide à Duprat, A. (1999). Histoire de France par la
relecture et à la correction de cet article. caricature. Paris: Larousse.
Duprat, A. (2002). Les rois de papier: la
RÉFÉRENCES caricature de Henri III à Louis XVI.
Arasse, D. (1981). L’index de Michel-‐‑Ange. Paris: Belin.
Communications, 34(1), 6-‐‑24. Dupuy, P. (2000). La caricature anglaise
[Link] face à la France en Révolution (1789-‐‑
505 1802). Dix-‐‑huitième Siècle, 32(1),
Baridon, L., & Guédron, M. (2011). 307-‐‑320.
Caricaturer l’art : usages et [Link]
fonctions de la parodie. In S. Le Men 7
(Éd.), L’art de la caricature (p. 87-‐‑108). Dupuy, P. (2008). La violence française
Paris: Presses universitaires de Paris révolutionnaire au crible de la
Ouest. Repéré à caricature anglaise (1789-‐‑1799).
[Link] Repéré à
216?lang=fr [Link]
Beilhe, F. (2012). La règle des tiers. Repéré à om/article-‐‑[Link]
[Link] Huguenaud, K. (2002). Chapeau de
regle-‐‑des-‐‑tiers/ Napoléon. Repéré à
Bertozzo, M. (2016). Le 15 février 1794, la [Link]
Révolution française affiche ses des-‐‑2-‐‑empires/objets/chapeau-‐‑de-‐‑
couleurs : De l’adoption du drapeau napoleon/
tricolore. Repéré à à l’adresse Joly, M. (1994). Introduction à l’analyse de
[Link] l’image. Paris: Nathan.
u/blog/2016/02/22/15-‐‑fevrier-‐‑1794-‐‑
Disponible
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(décembre
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