ECOLE POLYTECHNIQUE CONCOURS D’ADMISSION 2024
ENS : LYON, PARIS-SACLAY, RENNES
Composition de Mathématiques A, Filières MP et MPI
(XLSR)
1. Présentation du sujet
Cette année, le sujet était composé de deux parties complètement indépendantes,
mais dont l’objectif était similaire : la démonstration d’une estimée asymptotique.
Plus précisément, la première partie proposait l’étude de certaines variables aléatoires
définies sur l’ensemble des permutations Sn , probabilisé pour l’occasion. Ces variables
aléatoires consistaient en la signature, le nombre de points fixes, ou encore le nombre
de cycles de la décomposition en cycles à supports disjoints. Le point d’orgue était alors
la démonstration d’une faible déviation de ce nombre de cycles du terme asymptotique
principal de son espérance, à savoir ln n. Les questions demandaient de savoir com-
biner des outils classiques d’algèbre linéaire (diagonalisation, matrice de changement
de base), de combinatoire (dénombrement, formule du binôme de Newton), ou encore
des propriétés élémentaires des polynômes, mais aussi d’avoir une bonne maîtrise des
différentes comparaisons asymptotiques.
La seconde partie quant à elle avait pour but d’étudier le comportement asymp-
totique du cardinal ω(n) de l’ensemble des nombres premiers divisant un entier n,
et utilisait pour cela certains résultats classiques d’arithmétique, comme le lemme de
Gauss, combinés à des outils standards d’analyse. Là encore, la difficulté résidait dans le
bon maniement des comparaisons asymptotiques, et l’on obtenait in fine que la densité
des entiers n pour lesquels ω(n) dévie de ln(ln n) est asymptotiquement nulle.
2. Commentaires généraux
Le sujet présentait une longueur raisonnable, mais la difficulté des dernières questions
de la seconde partie était particulièrement élevée : ainsi, peu de candidats ont pu
traiter l’épreuve dans sa totalité. La première partie a été largement abordée dans sa
globalité, tandis que la seconde partie n’a pas rencontré le même succès, le nombre de
réponses à partir de la question 20.a. diminuant significativement. Soulignons qu’il était
d’ailleurs parfaitement possible de commencer sa composition en traitant en premier lieu
la seconde partie, stratégie qui n’a été adoptée que dans quelques rares copies. Notons
finalement qu’il n’était pas nécessaire de traiter l’ensemble du sujet pour obtenir une
excellente note.
Le niveau global des copies a été satisfaisant, mais nous avons pu observer cer-
taines erreurs systématiques. Tout d’abord, nous avons été surpris que la question 5.b.
ait occasionné tant d’erreurs, l’écriture de la matrice d’une application linéaire dans
deux bases différentes au départ et à l’arrivée semblant source de confusion. Ensuite, la
manipulation des comparaisons asymptotiques n’est pas maitrisée, et de nombreux can-
didats ont ainsi affirmé par exemple qu’un o(1) était nécessairement un O((ln n)/n).
Une autre erreur fréquente était de raisonner avec des équivalents, sans comprendre que
le résultat demandé était un developpement limité beaucoup plus fin. Nous avons éga-
lement constaté que l’utilisation du lemme de Gauss n’était pas correctement intégrée.
Nous détaillerons nos observations question par question plus avant.
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Enfin, comme chaque année, voici quelques recommandations d’ordre général. Tout
d’abord, rappelons que tout résultat hors programme ne peut être utilisé sans démons-
tration préalable. Nous insistons sur l’importance d’une rédaction rigoureuse et soignée,
ainsi que sur une mise en valeur claire de la structure de la copie (numérotation des
questions et présentation adéquate des résultats). De plus, un soin minimal et une
écriture lisible sont exigés. Rappelons aussi que, si la pondération des questions est
généralement proportionnelle à leur difficulté, il est absolument nécessaire de prendre
le temps de fournir une rédaction correcte des réponses données, y compris pour les
résultats élémentaires. A ce sujet, notons d’ailleurs que la stratégie de survoler le sujet
en ne répondant qu’aux questions les plus simples ne permet pas d’aboutir à une note
satisfaisante. Enfin, précisons encore une fois que l’utilisation de résultats antérieurs né-
cessite d’une part de préciser à la fois la question et le résultat utilisé, mais également
d’expliquer comment l’argumentation s’articule autour de celui-ci, toute formulation
vague étant systématiquement sanctionnée.
La moyenne des notes des 2690 candidats est de 8,16/20 avec un écart-type de 4,01.
3. Examen détaillé des questions
Partie 1.
1a. Une première question sans difficulté, et en général bien traitée. Une erreur surpre-
nante, mais récurrente, était l’affirmation que le polynôme (X − 1)n−1 · (X − 1 + n) est
scindé à racines simples, ou, de manière en quelque sorte équivalente, qu’une matrice
est diagonalisable dès lors que son polynôme caractéristique est scindé. Pour la déter-
mination des sous-espaces propres, une réponse du type Eλ = ker(λI − M ) n’était bien
sûr pas suffisante.
1b. Il fallait utiliser la formule de Leibniz sur le déterminant pour bien justifier l’égalité
des polynômes.
2. Le lien avec la formule établie dans la question précédente et les opérations de déri-
vation et intégration a en général bien été observé. À noter qu’il fallait distinguer le cas
n = 2 dans le second calcul, et que le troisième calcul fut source de nombreuses erreurs.
3. Question bien traitée, certains candidats ayant opté pour démontrer l’égalité entre
cardinaux sans faire usage de la première formule établie à la question 2.
4. L’observation que σ ∈ Dn si et seulement si ν(σ) = 0 n’a pas posé de difficulté.
L’utilisation de celle-ci combinée à la formule établie en 1.b. en x = 1 pour déduire le
résultat demandé a été moins systématiquement faite.
5a. Il fallait remarquer que les deux familles étaient à degrés échelonnés, mais aussi de
cardinal maximal.
5b. On utilisait ici la formule du binôme pour conclure rapidement. Beaucoup de can-
didats ont cependant répondu sans y faire appel, ce qui les a pénalisés par une perte
de temps.
5c. Le caractère inversible de la matrice, étant triangulaire, a été bien remarqué par
l’ensemble des candidats. Quant à la matrice inverse, il fallait utiliser à nouveau la
formule du binôme pour obtenir le résultat rapidement. Si alternativement on utilisait
la suite de l’énoncé pour conjecturer sa forme, une justification était indispensable.
5d. Il fallait prendre garde à bien interpréter matriciellement la famille d’égalités pour
pouvoir les inverser. Une source fréquente d’erreur a été la confusion entre la matrice
et sa transposée.
6. Il fallait ici dénombrer les permutations en utilisant point fixes et dérangements des
points non-fixes, puis utiliser la question précédente. Ceci a été globalement assez bien
réussi.
7.a. et 7.b. Questions sans difficulté, à condition de se souvenir de la question 4.
8.a. On revenait au travail de dénombrement fait en question 6. Certains candidats ont
d’ailleurs su répondre sans avoir traité cette dernière.
8.b. Pas de difficulté particulière pour ce calcul de limite, bien exécuté par l’ensemble
des candidats ayant répondu correctement à la question précédente.
8.c. La première stratégie consistait en un calcul de somme de série, qui demandait à
être justifié soigneusement. Une seconde stratégie, plus élégante et moins calculatoire,
consistait en l’observation que la variable aléatoire Zn pouvait se décomposer en la
somme des fonctions indicatrices "i est un point fixe", puis l’utilisation de la linéarité
de l’espérance.
9. Calculs de dénombrement ayant occasionné beaucoup d’erreurs. Très peu de copies
ont réussi à répondre correctement.
10. La première partie de la question consistait en la détermination du nombre de per-
mutations se décomposant en un unique cycle, ou bien en un nombre maximal de cycles,
ce qui a assez largement été réussi. La seconde partie était plus délicate, et demandait
de bien justifier la relation de récurrence en évitant des formulations trop vagues. À
ce stade, certains candidats se sont perdus, et ont confondu nombre de cycles avec
nombre de points fixes.
11. Pour cette question, il fallait prendre garde à bien démarrer la récurrence par le
cas n = 1 qui ne posait aucune difficulté. Ensuite, on utilisait la relation de récurrence
démontrée précédemment et qui n’était valable que pour les entiers k entre 2 et n − 1,
les termes résiduels devant être traités indépendamment. Ceci a été source d’erreurs,
et illustre l’exigence de concentration que réclame ce type de sujet.
12. Il fallait dériver l’égalité que l’on venait d’établir et l’évaluer en 1, ce qui une fois
identifié ne posait aucune difficulté.
13.a. Il fallait ici dériver deux fois l’égalité établie à la question 11. et l’évaluer toujours
en 1, ce qui ne posait toujours aucune difficulté. Question largement traitée dans son
ensemble.
13.b. Une déduction quasi évidente, qui n’a pas échappé aux personnes survolant le
sujet à la recherche de points.
14.a. Question plus délicate, pour laquelle il fallait traiter avec prudence les comparai-
sons asymptotiques. En particulier, la constante γ n’est pas un O((ln n)/n), et il fallait
justifier rigoureusement l’égalité
n ∞
X 1 X 1 1
2
= 2
+O ,
k k n
k=1 k=1
la formulation obtenue en remplaçant ci-dessus le O( n1 ) par un o(1) ne permettant pas
de conclure.
15. L’erreur largement répandue fut d’invoquer l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev au
lieu de l’inégalité de Markov, la première faisant intervenir l’espérance de la variable
aléatoire qui différait du terme ln n duquel on observait la déviation.
Partie 2.
16. Une première question de cette seconde partie amplement traitée, qui demandait
d’utiliser la relation de Chasles pour décomposer l’intégrale, et utiliser le caractère
constant par morceaux de la fonction A, l’intégration par parties étant ici proscrite.
17.a. Pas de difficulté ici.
17.b. Question accessible, largement traitée par les candidats.
17.c. La justification de la divisibilité semblait anodine, mais nous avons pu constater
qu’un grand nombre de candidats ne savaient pas y répondre rigoureusement. En par-
ticulier, l’utilisation du lemme de Gauss n’est pas correctement intégrée.
17.d. Question de conclusion qui n’a pas posé de difficulté particulière.
18. Il n’était pas nécessaire de savoir justifier la formule pour pouvoir traiter la double
inégalité.
19.a. Une question largement traitée, car on pouvait en particulier y répondre sans être
plongé dans le sujet. Ici encore, il fallait être prudent dans la manipulation des compa-
raisons asymptotiques, et bien justifier l’apparition du O(ln n).
19.b. Une question de synthèse, où il fallait combiner les questions 18. et 17.
19.c. Une autre question largement traitée, car indépendante des questions antérieures.
19.d. Il fallait combiner les questions précédentes. Rappelons que la phrase "On déduit
le résultat des questions précédentes" n’est pas une réponse correcte, et qu’il est im-
portant d’articuler son argumentation de manière détaillée.
20.a. L’énoncé suggérait d’utiliser la question 16., ce qui facilitait grandement la tâche.
20.b. RLa fonction R(t) étant bornée par la question 19.d., il fallait justifier que l’inté-
∞
grale 2 t(ln1t)2 dt convergeait, ce qui était direct.
20.c. Question où le manque de précision dans le traitement des comparaisons asymp-
totiques s’est encore manifesté, même si le nombre de candidats l’ayant abordé fut
restreint. A noter que la question demandait de majorer le reste de l’intégrale étudiée
précédemment.
21.a. Question facile, repérée par les candidats partis à la pêche aux points.
21.b. Question peu traitée, malgré l’indication donnée par l’énoncé.
22.a. et 22.b. Questions relativement faciles, mais peu traitées.
22.c. et 22.d. Questions bien plus délicates, et logiquement traitées que de manière
exceptionnelle.
23. On démontrait ici que l’ensemble des entiers n, pour lesquels le cardinal de l’en-
semble des nombres premiers divisant n dévie du terme ln(ln n), a une densité asymp-
totique nulle. Le nombre de candidats ayant su traiter cette question s’est révélé, lui
aussi, de densité nulle. À leur décharge, cette question était la plus difficile et demandait
une profonde réflexion.