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Droits de l'Homme en Algérie : Inquiétudes FIDH

La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) exprime de vives inquiétudes concernant la situation des droits de l'Homme en Algérie à l'approche du Conseil d'association UE-Algérie. Elle appelle les autorités européennes à aborder des questions telles que l'impunité des violations des droits de l'Homme, le harcèlement des défenseurs des droits, les discriminations envers les femmes et les atteintes à la liberté d'expression. La FIDH demande également la levée de l'état d'urgence et la mise en conformité des lois algériennes avec les engagements internationaux en matière de droits humains.

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Droits de l'Homme en Algérie : Inquiétudes FIDH

La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) exprime de vives inquiétudes concernant la situation des droits de l'Homme en Algérie à l'approche du Conseil d'association UE-Algérie. Elle appelle les autorités européennes à aborder des questions telles que l'impunité des violations des droits de l'Homme, le harcèlement des défenseurs des droits, les discriminations envers les femmes et les atteintes à la liberté d'expression. La FIDH demande également la levée de l'état d'urgence et la mise en conformité des lois algériennes avec les engagements internationaux en matière de droits humains.

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LETTRE OUVERTE

A L’OCCASION DU CONSEIL D'ASSOCIATION


UE-ALGÉRIE - 16 MARS 2005
A l’attention :
Des ministres des Affaires étrangères des Etats Membres de l’Union européenne
Du Haut Représentant de l’Union européenne pour la PESC, M. Javier Solana
De la Commissaire aux relations extérieures, Mme Benita Ferrero-Waldner
Du Représentant personnel du HRUE-PESC sur les droits de l'Homme, M. Michael Matthiessen

Paris, le 15 mars 2005

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,


Monsieur le Haut Représentant,
Madame la Commissaire,
Monsieur le Représentant,

A la veille du prochain Conseil d’association Union européenne (UE)-Algérie qui aura lieu le 16
mars 2005, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) souhaite vous faire part de
sa vive inquiétude quant à la situation des droits de l’Homme en Algérie, et vous prie de vous en faire l'écho
auprès des autorités algériennes.

L’article 2 de l’accord d’association UE-Algérie, signé en avril 2002, dispose formellement que les relations
entre les parties ainsi que l’ensemble des dispositions de l’accord lui-même sont fondées sur le respect des
droits de l’Homme et des principes démocratiques. L’importance de cette clause a été réitérée à de
nombreuses occasions, et notamment dernièrement par la Commission européenne dans sa communication,
approuvée par le Conseil, du 21 mai 20031. Celle-ci précise en effet que « l’Union doit veiller à l’inclusion
systématique des questions liées aux droits de l’Homme et à la démocratie dans tous les dialogues qui se
déroulent sur une base institutionnelle ».

Enfin, la FIDH souligne l'importance des engagements pris par l'UE au sein des différentes lignes directrices
élaborées en matière de droits de l’Homme, notamment les lignes directrices concernant la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ainsi que celles portant sur la protection des
défenseurs des droits de l’homme2.

Pour ces raisons, la FIDH vous demande de soulever avec la plus grande fermeté, les éléments
suivants auprès de vos homologues algériens lors de votre prochaine rencontre du 16 mars 2005 :

1
Cf. Commission des communautés européennes, « Donner une nouvelle impulsion aux actions menées par l’UE dans le domaine
des droits de l’Homme et de la démocratisation, en coopération avec les partenaires méditerranéens », COM (2003) 294 final.
2
Respectivement adoptées par le Conseil les 9 avril 2001 et 14 juin 2004.
1. Impunité des auteurs de violations graves des droits de l'Homme et harcèlement des
familles de disparus3

Alors que l’on estime à plus de 7000, les victimes des disparitions forcées en Algérie ces onze dernières
années, les familles de disparus continuent à demander en vain la vérité et la justice. Les auteurs de
violations graves des droits de l'Homme restent impunis et ceux qui les dénoncent sont harcelés.

A cet égard, la FIDH exprime son inquiétude concernant le projet d'amnistie générale qui devrait être
prochainement proposé par le gouvernement par voie référendaire. L'amnistie générale risque de priver les
victimes de leur droit légitime à la justice, de ne pas permettre à leur famille de connaître la vérité et d'ouvrir
la voie à l'impunité des responsables.

Aussi, la FIDH vous demande d'exhorter les autorités algériennes à faire la lumière sur toutes les
disparitions qui sont intervenues en Algérie au cours des dernières décennies, de garantir aux disparus
et à leurs familles le droit à la vérité et à la justice et de tout mettre en oeuvre afin que les auteurs de
disparitions forcées ne restent pas impunis.
4
2. Violations des droits des défenseurs des droits de l'homme

Le responsable de la LADDH, M. Ghoul Hafnaoui, est victime d'un harcèlement judiciaire répété. De
nombreux autres représentants d'organisations de défense des droits de l'Homme sont également victimes de
pressions sous différentes formes (harcèlement, arrestations et détentions arbitraires). Par ailleurs, en 2004,
les membres du Syndicat national autonome des personnels d’administration publique (SNAPAP) ont fait
l’objet de pressions récurrentes de la part des autorités.
Par ailleurs, les rassemblements pacifiques organisés par les collectifs de familles de disparus sont quasi
systématiquement l'objet de répression et de dispersion par les forces de police, recourant très souvent à la
force5.
En outre, l’accès au territoire algérien pour les ONG internationales de défense des droits de l’Homme est
étroitement contrôlé. La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme, en dépit de demandes
répétées auprès des autorités compétentes, se voit refuser l'accès à l'Algérie depuis l'été 2003. La FIDH
rappelle qu'une mission de contact et d’écoute mandatée par la Fédération internationale des ligues des droits
de l’Homme (FIDH), le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) ainsi que l’Institut de
recherche sur les droits de l’Homme du Caire a récemment été refoulée à l’aéroport d’Alger6.

A cet égard, la demande du Parlement européen adressé aux autorités algériennes, telle que formulée
dans sa résolution de septembre 2002, de soutenir « le rôle de la société civile et de ses associations
dans la perspective de la paix et de la démocratie dans leur pays et encourage leurs relations avec la
société civile et les associations européennes et internationales »7 reste d'actualité.
La FIDH exprime son inquiétude quant aux violations des droits des défenseurs des droits de
l’Homme, et vous demande, en vertu de l’article 2 de l’accord d’association, des lignes directrices de
l’UE sur la protection des défenseurs des droits de l’Homme, et de la Déclaration sur les défenseurs
des droits de l’Homme des Nations unies, de prier instamment le gouvernement algérien de garantir la
liberté d'action des défenseurs des droits de l'Homme et notamment, de lever toutes les formes
d’entraves à la liberté de penser, d'expression, de réunion et de rassemblement pacifique.

3. Violations des droits de l'Homme sous couvert d'état d'urgence

L'Algérie a, à l'occasion de la présentation de son rapport au Comité des Nations unies pour l'élimination
de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), en janvier 2005, déclaré que « avec la politique de

3
Cf. rapport annuel 2003 de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme (désigné ci-après par
Observatoire), programme conjoint de la FIDH et de l'Organisation mondiale contre la Torture (OMCT); et les appels urgents de
l'Observatoire DZA 001/0404/OBS 024 et 024.1., repris partiellement dans l'annexe 1.
4
Cf. appels urgents de l'Observatoire DZA 001/0301/OBS 018.5 et 018.6., repris en partie dans les annexes 2 et 3.
5
Cf. Observatoire rapport annuel 2003 et appels urgents DZA 001/0301/OBS 018.3 et 018.4, repris partiellement dans l'annexe 1.
6
Cf. communiqué FIDH du 22 février 2005.
7
Point 12 de la Résolution du Parlement européen sur la conclusion d'un accord d'association avec l'Algérie, 12
septembre 2002.
concorde civile qui a accéléré la normalisation de la situation sécuritaire, le terrorisme, en reflux, ne
constitue plus aujourd'hui une menace sérieuse pour les institutions et la population ». Dans ce contexte,
notre organisation s'étonne de ne pas voir levé l'état d'urgence qui est instauré en Algérie depuis 1992.
L'Algérie reste à ce jour régie par plusieurs décrets et lois d'exception adoptés depuis le début des années
1990 et notamment par la loi sur l'état d'urgence, qui permet aux autorités de l'Etat de jouir de pouvoirs
extraordinaires et notamment, le droit de détenir toute personne dont l'activité se révèle dangereuse pour
l'ordre et la sécurité publics. Notre organisation estime que l'abrogation de la loi sur l'état d'urgence est
indispensable au respect de l'état de droit en Algérie.

Notre organisation demeure fortement préoccupée par la violence politique en Algérie. Les acteurs de cette
violence, dont les populations civiles sont les premières victimes, sont bien évidemment les groupes
terroristes mais également les services de sécurité et les Groupes dits de légitime défense (GLD) qui, malgré
leur appellation, ne se contentent pas de jouer un rôle défensif mais se rendent coupables de graves
exactions. La loi de janvier 1997 légalisant les GLD doit être abrogée. Il revient aux forces
gouvernementales, et non à des groupes de civils armés, d’assurer la sécurité des personnes et des biens.
Nous souhaiterions vous inviter à prendre en considération le point 4 de la résolution du Parlement
européen sur la conclusion d'un accord d'association avec l'Algérie qui « considère que la levée de
l'Etat d'urgence contribuera au développement de l'Etat de droit et donc, au respect des conditions
préalables prévues par l'art. 2 de l'accord » et à vous en faire l'écho auprès des autorités algériennes.

4. Discriminations et violences faites aux femmes


La réforme du code de la famille8

Notre organisation est particulièrement préoccupée par le fait que la récente réforme du code de la famille
n'ait pas tenu compte des recommandations du CEDAW. Le code de la famille révisé maintient des
dispositions discriminatoires qui empêchent les femmes de jouir des mêmes droits que les hommes,
notamment pour les questions relatives au divorce et à la garde des enfants. Notre organisation déplore
également que, sur ce chapitre, les autorités algériennes aient cédé aux pressions des partis les plus
conservateurs en ne retenant pas l'avant-projet adopté par le gouvernement en 2004, qui prévoyait la
suppression de la présence du tuteur matrimonial.

Les violences faites aux femmes9

Le maintien d'une inégalité juridique entre les hommes et les femmes est corollaire d'une discrimination
légale qui place les femmes algériennes dans une situation de précarité et les expose dans une certaine
mesure, à différentes formes de violence. La violence domestique est depuis quelques années en Algérie, en
nette augmentation, et il n'existe pourtant aucune législation sur la violence à l'égard des femmes. Par
ailleurs, les allégations de viols commis pendant la guerre civile sont extrêmement nombreuses, elles n'ont
pourtant été l'objet d'aucune enquête approfondie ni d'aucune poursuite judiciaire envers les coupables.

Notre organisation demande aux autorités algériennes de se conformer à la Convention sur


l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, ratifiée par l'Algérie en
1996, de mettre en oeuvre ces recommendations de janvier 2005 et de revoir le texte du projet de
réforme du code de la famille à la lumière des principes contenus dans la Convention.
Cette demande s'inscrit dans le prolongement de la résolution du Parlement européen qui invitait déjà
en 2002, l'Assemblée populaire nationale à « instaurer au plus vite un cadre juridique juste et
équitable dans des domaines aussi essentiels que le statut de la femme (avec notamment la révision du
code de la famille qui bafoue les droits des femmes), le droit familial et la réforme de l'éducation »10.

8
Cf. communiqué de la FIDH du 25 février 2005.
9
Cf. briefing au Comité sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes d'Amnesty
International, décembre 2004.
10
Point 16 de la Résolution du Parlement européen sur la conclusion d'un accord d'association avec l'Algérie, 12
septembre 2002.
5. Liberté d'expression11

Les journalistes algériens sont victimes d'un véritable harcèlement judiciaire. Tout au long de l'année
2004, des dizaines de journalistes ont été convoqués par la justice suite aux plaintes en diffamation émanant
du pouvoir. Incarcérations, menaces, interpellations, censure, refus d'accréditation et condamnations à des
peines de prison sont devenus le lot quotidien des journalistes12.

La FIDH estime que la multiplication des procédures judiciaires qui visent à faire taire les voix
critiques à l'égard de la politique menée par le régime algérien. Notre organisation considère qu’il
s’agit d’atteintes graves à la liberté d’expression garantie par les conventions internationales
auxquelles l’Algérie est partie et notamment à l’article 19 du Pacte international sur les droits civils et
politiques.
Nous appelons les autorités algériennes à libérer toutes les personnes emprisonnées uniquement pour
avoir exercé de manière non violente leur droit à la liberté d’expression, d’association ou de réunion et
de cesser toute pression à leur égard.
Notre organisation demande également que les autorités algériennes lèvent les interdictions de fait
imposées aux publications des organes de presse indépendants ou d’opposition.

Nous souhaiterions en conséquence vous inviter à veiller à ce que les autorités algériennes se
conforment aux recommendations exprimées par le Parlement européen, dans sa résolution du 12
septembre 2002, lorsqu'il « demande aux autorités algériennes de poursuivre et d'accentuer leurs
efforts pour un plus grand respect des droits fondamentaux, y compris la liberté de la presse, la liberté
d'association et la liberté syndicale, conformément aux accords et pactes internationaux auxquels
l'Algérie est partie, et souhaite que ce pays procède au plus tôt à la concrétisation des
recommandations formulées par les organismes de contrôle des instruments en question »13.

Dans l’espoir que la présente lettre retiendra toute votre attention, nous vous prions d’agréer,
Madame, Monsieur, l’expression de notre haute considération distinguée.

Sidiki Kaba
Président de la FIDH

11
Cf. annexe 4.
12
Cf. communiqué de Reporters sans frontières du 31 décembre 2004; Communiqué de la FIDH « La FIDH s’inquiète
des atteintes répétées à la liberté d’expression », 7 juillet 2004.
13
Point 6 de la Résolution du Parlement européen sur la conclusion d'un accord d'association avec l'Algérie.
Annexe 114

Impunité des auteurs de violations graves des droits de l'Homme et harcèlement des familles de
disparus

En octobre 2003, la FIDH et la Ligue française des droits de l’Homme et du citoyen (LDH), soutenues
par la section de Relizane de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) et le Collectif
des familles de disparu(e)s en Algérie, ont déposé une plainte pour torture, actes de barbarie et crimes contre
l’humanité devant le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nîmes (France). Deux
anciens membres de la milice de Relizane résidant aujourd’hui en France ont été interpellés, mis en examen
et placés sous contrôle judiciaire. Le responsable de la LADDH à Relizane, M. Mohamed Smaïn, qui s’est
constitué partie civile le 20 mars 2004, a fait l’objet d’actes de harcèlement et de représailles de la part des
autorités algériennes à la suite de la mise en examen de ces deux personnes. Ainsi, le 10 avril 2004, il a été
arrêté en compagnie de journalistes enquêtant sur les disparitions forcées par la gendarmerie de Relizane, et
ses papiers de voiture lui ont été confisqués. Au terme de 20 heures de détention, M. Smaïn a été informé de
poursuites intentées contre lui pour “outrage à corps constitué”. Il a été libéré le 11 avril, sans que ce chef
d’accusation n’ait toutefois été retenu par le Parquet. Ses papiers ne lui ont été restitués que le 14 mai 2004.
En outre, M. Fethi Azzi, qui avait également témoigné contre les frères Mohamed en mars 2004, en
compagnie de M. Smaïn, a fait l’objet de pressions à son retour en Algérie. Ainsi, le 5 avril 2004, alors qu’il
reprenait son travail à la sous-préfecture, M. Azzi s’est vu signifier son renvoi immédiat, sans qu’aucune
explication ne lui soit fournie. Par ailleurs, il a reçu, à plusieurs reprises, des menaces à Jdiouia (département
de Relizane), où il réside.
Le 16 mai 2004, M. Smaïn a été convoqué par la police judiciaire de Relizane pour être entendu dans le
cadre d’une plainte pour “diffamation et dénonciation de crimes imaginaires”, déposée en mai 2004 par M.
Abed Mohamed, délégué exécutif communal15 de Jdiouia , et père de MM. Abdelkader et Houcine
Mohamed. Toutefois, le procureur général près la cour de Relizane a classé cette plainte sans suite le jour
même.
En outre, M. Smaïn est poursuivi depuis février 2001 pour “diffamation, dénonciation calomnieuse et
déclarations sur crimes imaginaires” par M. Mohamed Fergane, ancien responsable de la milice de Relizane,
et huit autres membres de la milice. Ces derniers avaient porté plainte contre lui, après qu’il eut alerté la
presse algérienne de l’exhumation d’un charnier par les services de gendarmerie. M. Smaïn, qui a été
condamné en appel, le 24 février 2002, à un an de prison ferme, 5.000 dinars (54 euros) d’amende et au
versement de 30.000 dinars (320 euros) de dommages et intérêts à chacun des plaignants, s’est pourvu en
cassation. Fin 2004, la procédure est toujours pendante devant la Cour suprême.

Le 20 septembre 2004, les forces de l’ordre ont violemment dispersé un rassemblement pacifique organisé
par SOS disparus et le Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie, devant le siège provisoire du Comité
ad hoc sur les disparus à Constantine. Le 5 octobre 2004, une marche qui devait regrouper à Alger les
familles des disparus pour réclamer « la Vérité et la Justice » sur les disparitions forcées a été interdite. Les
manifestants qui tentaient de se regrouper ont été victimes de violence de la part des policiers et plusieurs
personnes ont été arrêtées.

14
Cf. rapport annuel 2003 de l'Observatoire et appels urgents DZA 001/0404/OBS 024 et 024.1.
15
Autorité administrative non élue.
Annexe 216

Poursuites judiciaires et actes de harcèlement à l’encontre des membres de la LADDH

Monsieur Ghoul Hafnaoui, responsable de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme
(LADDH) à Djelfa et journaliste, a été condamné au total au cours de l'année 2004, à 11 mois de prison
ferme, et 2.262.000 dinars (24.330 euros) d’amende et dommages et intérêts. Un nombre considérable de
plaintes ont été déposées contre lui. A la suite de la publication, le 1er avril 2004, d’un communiqué de la
LADDH dans le journal El-Fadjr, dénonçant des irrégularités lors de la campagne présidentielle17, le wali et
ses proches ont porté plainte pour “diffamation” contre M. Hafnaoui. Interrogé sur ses activités au sein de la
LADDH et du MSJ, M. Hafnaoui a reçu des menaces de mort explicites, visant également sa famille, dans le
cas où il continuerait à “s’entêter”.
Dans un entretien accordé au quotidien national Le Soir d’Algérie, paru le 17 mai 2004, M. Hafnaoui a
dénoncé la situation des droits de l’Homme en Algérie, les pressions exercées à l’encontre des journalistes et
les mauvaises conditions sanitaires de l’hôpital public de Djelfa. A la suite de la parution de cet entretien,
deux plaintes pour “diffamation” et “atteinte à corps constitué” ont été déposées par le wali et le directeur de
la Santé publique de Djelfa contre M. Hafnaoui.
A la suite de la publication, le 23 mai 2004, dans le journal Djazaïr News, d’un article dans lequel M.
Hafnaoui critiquait le wali de Djelfa pour sa mauvaise gestion des fonds publics, 14 plaintes pour
“diffamation” ont été déposées contre lui par le wali et ses proches (notamment son chef de cabinet, le chef
du protocole, les directeurs exécutifs et des maires).
Le 24 mai 2004, M. Hafnaoui a été arrêté par des policiers en civil, puis placé en détention préventive à la
prison de Djelfa, en violation des articles 123 et 124 du code de procédure pénale, qui prévoient le recours à
la détention préventive uniquement dans les cas de flagrants délits, d’absence de domicile fixe, si la vie du
suspect peut être mise en danger, ou lorsque le suspect représente une menace pour les témoins ou pour
d’éventuelles preuves.
Le 24 juin 2004, M. Hafnaoui a fait parvenir une lettre à sa fille, dans laquelle il s’exprimait sur sa situation
juridique et ses conditions de détention. A la suite de la publication de ce document dans le quotidien
Essabah al-Djadid, le 30 juin 2004, M. Hafnaoui a été condamné, le 2 août, à deux mois de prison ferme et
2000 dinars d’amende par le tribunal de première instance de Djelfa pour “sortie illégale d’un document de
prison”, en l’absence de ses avocats.

Annexe 318

Entrave à la tenue d’une conférence

La section de la LADDH à Tizi Ouzou avait prévu d’organiser une conférence, animée par Me Ali Yahia
Abdenour, président de la LADDH, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits de
l’Homme, le 10 décembre 2004. Cette conférence, qui devait se tenir à la Maison de la culture “Mouloud
Mammeri”, a cependant dû être avancée au 8 décembre, la salle de conférence n’étant pas disponible à la
date prévue. De ce fait, le délai légal de demande d’autorisation, qui est de trois jours, n’a pas pu être
respecté. La conférence a donc dû être annulée.
Le 27 décembre 2004, la section de la LADDH a déposé auprès de la Direction de la réglementation et des
affaires générales de la préfecture une nouvelle demande d’autorisation, afin de tenir cette conférence le 6
janvier 2005. Les services de la préfecture ont refusé de réceptionner cette demande, et signifié verbalement
le refus d’autorisation, au motif de non conformité de la LADDH avec la loi sur les associations. La
LADDH, qui est pourtant légalement reconnue, a saisi le wali par courrier afin d’obtenir des explications
écrites sur ce refus. Fin décembre 2004, la section de la LADDH n’a reçu aucune réponse de la part du wali
et de ses services.

16
Cf. appels urgents de l'Observatoire DZA 002/0504/OBS 039, 039.1, 039.2 et le communiqué de presse du 2 décembre 2004.
17
L’élection présidentielle a eu lieu le 8 avril 2004.
18
Cf. Rapport annuel de l'Observatoire 2004, sous presse.
Annexe 4

Liberté de la presse19

Deux journalistes du journal algérien Erraï, Ahmed Bennaoum et Ahmed Oukili, viennent d'être
condamnés à deux mois de prison ferme et à une amende pour « outrage à corps constitué », suite à une
plainte déposée par le Directeur de la DGSN (direction générale de la sûreté nationale). Des articles de
presse publiés dans les colonnes de deux journaux, Erraï et le Journal de l'Ouest, mettaient en cause la
gestion et les dépassements de l'ex-chef de la sûreté du gourvenorat d'Oran.

Le 28 décembre 2004, le directeur de publication et trois journalistes du quotidien Le Soir d'Algérie, Fouad
Boughanem, Mohamed Bouhamidi, Hakim Laâlam et Kamel Amarni, ont été condamnés à un an de prison
avec sursis par le tribunal de Sidi M'Hamed d'Alger pour " offense au président de la République " et "
diffamation ". C'est à la suite de plusieurs articles, publiés avant l'élection présidentielle d'avril 2004, qui
dénonçaient la corruption dans les milieux politiques et les dérives du président Abdelaziz Bouteflika, que
les journalistes ont été poursuivis par la justice.
La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a poursuivi en justice les quotidiens El-Khabar et El
Watan pour "diffamation" pour avoir publié une lettre qui émanerait d'officiers de police dénonçant les
"agissements" du directeur général de la DGSN et de son secrétaire général. La partie civile a demandé 300
millions de dinars (soit plus de 3 millions d' euros) de dommages et intérêts. Le procureur a requis six mois
de prison ferme à l'encontre du directeur de publication d'El-Watan, Omar Belhouchet, de la journaliste,
auteur de l'article, Salima Tlemçani et du directeur d'El-Khabar, Ali DJerri.

Au début de ce mois de mars 2005, les autorités algériennes ont interdit la publication du dernier numéro
d'"Afrique Magazine", du groupe Jeune Afrique-L'intelligent, sur le territoire algérien en raison d'une
enquête intitulée "Algérie : Disparus, le deuil impossible".

19
Cf. Rapport annuel 2004 de Reporters sans frontières.

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